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samedi, 14 mars 2009

Benoît XVI : Dieu disparaît de l’horizon des hommes !

 

 

 

 

 

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« La théologie et la philosophie de l'Histoire

naissent surtout pendant les crises de l'histoire des hommes...

L'essai de penser I'Histoire d'une façon théologique

[s'inscrit dans] la théologie occidentale. »

(Benoît XVI)

 

 

 

 

 

 

Certains s’étonnent des lignes de Benoît XVI dans sa récente « Lettre » envoyée aux Evêques, qui fait suite aux troubles suscités par la levée de l’excommunication des prélats consacrés par Mgr Lefebvre en 1988. Rappelons les propos qui provoquent un étonnement, d’ailleurs beaucoup plus feint que réel, chez quelques catholiques conciliaires : « En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein. Conduire les hommes vers Dieu, vers le Dieu qui parle dans la Bible : c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Église et du Successeur de Pierre aujourd’hui. D’où découle, comme conséquence logique, que nous devons avoir à coeur l’unité des croyants. » (Benoît XVI, Lettre aux Evêques de l’Eglise catholique au sujet de la levée de l’excommunication des quatre Évêques consacrés par Mgr Lefebvre, jeudi 12 mars 2009).

 

C’est pourquoi, afin de rappeler quelques vérités essentielles défendues par Benoît XVI, nous publions un texte, passé quelque peu inaperçu, à savoir l'intervention du pape l’année dernière au synode des évêques sur "La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise", en octobre 2008, texte dans lequel il expose clairement les raisons de la disparition de Dieu de l’horizon des hommes, conséquence, pour Joseph Ratzinger, d’une « herméneutique philosophique profane [qui] s’affirme et nie la possibilité de l'entrée et de la présence réelle du Divin dans l’histoire. » Cette herméneutique profane est négatrice de l’action de Dieu dans l’Histoire, mais aussi de sa présence, aboutissant inévitablement à une culture athée qui a évacué, non seulement l’idée de Dieu sur le plan philosophique, mais également la possibilité même de sa présence mystérieuse au sein du devenir de ce monde.

Comme le soulignait Benoît XVI lors d’une autre intervention : « Rappelons-nous la parole de Jésus qui continue cette parole du Psaume:  "Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point". Humainement parlant, la parole, notre parole humaine, n'est presque rien dans la réalité, à peine un souffle. A peine prononcée, elle disparaît. Comme si elle n'était rien. Mais la parole humaine a déjà une force incroyable. Ce sont les mots qui créent ensuite l'histoire, ce sont les mots qui donnent forme aux pensées, les pensées desquelles viennent la parole. C'est la parole qui forme l'histoire, la réalité. »

 


 

 

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Giovanni da Fidanza, né à Bagnorea en 1221, mort à Lyon le 15 juillet 1274,
plus connu sous le nom de saint Bonaventure

 

théologie de l'histoire.JPGOn oublie trop facilement que Joseph Ratzinger est d’abord et avant tout un théologien travaillant sur l’histoire de la Révélation, et la place de dieu au sein de l’Histoire. Sa théologie, inspirée de saint Augustin et saint Bonaventure [1], est à la recherche d’un accomplissement complet du divin dans l’histoire humaine, déclarant, à la suite de Bonaventure, souhaiter le déploiement illimité, dans l’Histoire, des interprétations de l’Écriture par la théologie. Dans sa thèse de jeunesse, Joseph Ratzinger a posé les racines de sa compréhension de l’Histoire, de l’Écriture, de la Tradition, et de son refus d’une actualisation du catholicisme dans la modernité qui entendrait « consoner » avec les aspirations eschatologiques temporelles (les fruits infinis du progrès matériel, technologique, scientifique et moral) portées par cette même modernité. Comme l’écrit Philippe Levillain : « Benoît XVI […] explique – et il raconte aussi – comment il faut lire l’histoire du salut établie en Europe, de la Terre Sainte aux confins de la terre, la vocation missionnaire restant au cœur du christianisme. […] Faire de la théologie un personnage historique fondamental pour l’avenir du christianisme, telle est l’empreinte que veut laisser Benoît XVI, premier pape élu du XXIe siècle » (P. Levillain, Le moment Benoît XVI, Fayard, 2008, p. 273).


 

Benoît XVI s’oppose donc frontalement, et par son discours et ses décisions, ce qui dérange profondément les progessistes, à la modernité dont la marque constituante est une désacralisation absolue et radicale du monde et des sociétés ; en affirmant la primauté du spirituel et le caractère fondateur de la Révélation à l’intérieur de l’Histoire des hommes, dont Dieu, par une attitude destructrice qui fait suite à une dérive théologique et exégétique considérable qui s’est abattue sur la catholicité jusqu’à la vider de sa substance, est la première victime, Joseph Ratzinger est en parfait accord avec ce qu’il écrivait dans son essai portant sur la théologie de l’Histoire chez saint Bonaventure  : « La théologie et la philosophie de l'Histoire naissent surtout pendant les crises de l'histoire des hommes... L'essai de penser I'Histoire d'une façon théologique [s'inscrit dans] la théologie occidentale. La théologie de l'Histoire de saint Bonaventure, est en opposition à l'aristotélisme et à Saint Thomas, sans négliger l'enracinement de l'œuvre dans l'univers spirituel auquel elle appartenait. Ainsi, saint Bonaventure, représentant d'une conception de l'Histoire qui évite la tentation millénariste tout en lui redonnant son dynamisme d'attente, nous éclaire quant au rapport de l'Europe à ses sources ….» (J. Ratzinger, La théologie de l'Histoire de saint Bonaventure, PUF, 2007).


 

Note.


 

[1] Giovanni da Fidanza, né à Bagnorea (actuelle Bagnoregio, près de Viterbe, Italie) en 1217-1218 ou 1221, mort à Lyon dans la nuit du 14 et 15 juillet 1274, plus connu sous le nom de Bonaventure (qui est dû à une petite légende) qu’il prit lors de son entrée dans les ordres. Il fut ministre général de l'Ordre franciscain et est à présent Docteur de l'Eglise, connu sous le titre : Docteur séraphique, de par son commentaire de l'expérience de saint François d'Assise avec le Séraphin.

 

L’œuvre complète de saint Bonaventure a été publiée, en 10 volumes in-folio, entre 1882 et 1910par le Collège d'études médiévales des Franciscains de Quaracchi (Florence).

 

* Livres d'exégèse :

- Commentaires du Livre de la Sagesse
- Commentaire de l'Evangile selon Luc
- Conférences sur l'Évangile de Jean.

* Livres de spiritualité :

- Les Trois voies de la Vie spirituelle
- L'Itinéraire de l'âme vers Dieu (oeuvre qui est en quelque sorte une phénoménologie de l'Esprit)
- L'Arbre de vie
- Le Soliloquium

* Commentaire sur les 4 Livres du Maître des sentences de Pierre Lombard
* Vie de saint François
* Un compendium de Théologie : Le Breviloquium (son oeuvre essentielle)
* De très nombreux sermons
* Une synthèse de théologie spirituelle Les Conférences sur l'Hexaemeron.


 

Bibliographie



* Étienne Gilson, La philosophie de saint Bonaventure, Paris : Vrin 1953 (indispensable, bien que Gilson soit revenu, à la fin de sa carrière, sur le fait qu'il soit possible de tirer une philosophie chez saint Bonaventure).
* Joseph Ratzinger, La théologie de l'histoire de saint Bonaventure, Paris : PUF 1988 (la thèse de doctorat de notre saint Père Benoit XVI)
* Emmanuel Falque, Saint Bonaventure ou l'entrée de Dieu en théologie, éditions VRIN, 2000. (une excellente lecture phénoménologique de saint Bonaventure. Où il est montré, entre autre, que saint Bonaventure ne fait pas rentrer Dieu en philosophie (onto-théologie dénoncée par Heidegger), mais qu'il rentre directement en théologie).

Les points de conflits avec saint Thomas D'Aquin

Le franciscain Guillaume de La Mare rédige un Correctoire de Frère Thomas (en 1279) qui recense tous les points de conflits entre Thomas d’Aquin et les Franciscains. Bien que les deux immenses penseurs se soient beaucoup côtoyés, certains points conflictuels surgissent entre eux : il convient de les présenter.

1) Querelle sur le commencement du monde et son éternité. (proposition 6)
Pour Aristote, et tous les Grecs, le monde n’est pas une création, mais seulement un changement (cf. le démuirge de Platon dans le Timée). Dieu n’est qu’auteur et principe.

Saint Thomas, lui, ne tranche pas cette question : il dit que c’est impossible à déterminer philosophiquement.

2) Querelle de l’hylémorphisme (proposition 28)
Saint Thomas a osé affirmer l’unité de l’être humain, unité substancielle d’âme et de corps : l’homme est un corps. Cela dépasse la conception néo-platonicienne en vigueur chez tous les théologiens.

3) La vision Béatifique (propostion 49)
La Béatitude ne consiste plus en un acte de la volonté, mais en un acte de l’intelligence (Somme théologique, Ia, IIae, art. 4, qu. 3.)  En effet, si l’homme est définit comme un animal raisonnable, la béatitude ne peut consister qu’en ce qui caractérise l’homme en propre.
La volonté représente un manque : on veut parce qu’on a pas. Or la béatitude est une possession qui consiste en l’identification du connu (Dieu) au connaissant (l’homme).
Ce conflit illustre les problèmes des statuts de l'affect et de l'intelligence.

4) Le rapport à l'Ecriture sainte
La raison est le propre de l'homme : il n'y a pas de raison qu'elle ne puisse pas connaître Dieu. La raison créé représente la théologie naturelle. Pas cette question chez Bonaventure

 


 

 

 

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« On propose des interprétations qui nient la présence réelle de Dieu dans l’histoire »

 

Transcription intégrale de l'intervention du pape au synode des évêques

sur "La Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Eglise", mardi 14 octobre 2008



par Benoît XVI

 



Chers frères et soeurs, en travaillant à mon livre sur Jésus, j’ai eu largement l’occasion de voir tout le profit que l’on peut tirer de l'exégèse moderne, mais aussi d’en percevoir les problèmes et les risques.

La [constitution conciliaire] "Dei Verbum" 12 donne deux indications méthodologiques pour un travail d’exégèse adéquat. En premier lieu, elle confirme la nécessité d’utiliser la méthode historico-critique, dont elle décrit rapidement les éléments essentiels. Cette nécessité est la conséquence du principe chrétien formulé en Jean 1, 14: "Verbum caro factum est". Le fait historique est une dimension constitutive de la foi chrétienne. L’histoire du salut n’est pas une mythologie, mais une histoire vraie et il faut donc l’étudier selon les méthodes de la recherche historique sérieuse.

Mais cette histoire a une autre dimension, celle de l'action divine. C’est pourquoi "Dei Verbum" parle d’un second niveau méthodologique nécessaire pour bien interpréter des paroles qui sont à la fois des paroles humaines et la Parole de Dieu. Le Concile dit – appliquant en cela une règle fondamentale pour toute interprétation d’un texte littéraire – qu’il faut interpréter la Sainte Ecriture dans l’esprit même où elle a été écrite et il indique en conséquence trois éléments méthodologiques fondamentaux qui permettent de tenir compte de la dimension divine, pneumatologique de la Bible. Il faut donc: 1) interpréter le texte en ayant présente à l’esprit l'unité de toute la Sainte Ecriture; aujourd’hui on appelle cela l’exégèse canonique, une expression qui n’avait pas encore été créée à l’époque du Concile, mais le Concile dit la même chose: il faut avoir présente à l’esprit l'unité de toute la Sainte Ecriture; 2) il faut aussi tenir compte de la tradition vivante de toute l’Eglise et enfin 3) il faut respecter l'analogie de la foi.


Ce n’est que lorsque les deux niveaux méthodologiques - historico-critique et théologique - sont respectés que l’on peut parler d’une exégèse théologique, d’une exégèse adaptée à ce Livre. Alors que, au premier niveau, l'exégèse académique actuelle travaille à un très haut niveau et nous aide vraiment, on ne peut en dire autant pour l’autre niveau. On constate souvent que ce second niveau, celui que constituent les trois éléments théologiques indiqués par "Dei Verbum", est presque absent, avec des conséquences plutôt graves.

La première conséquence de l'absence de ce second niveau méthodologique est que la Bible n’est plus qu’un livre du passé: on peut en tirer des conséquences morales, y apprendre l’histoire, mais le Livre en tant que tel ne parle que du passé et l'exégèse n’est plus vraiment théologique, elle devient histoire pure, histoire de la littérature. C’est la première conséquence: la Bible reste dans le passé, elle ne parle que du passé.

Il y a une seconde conséquence, encore plus grave: quand l'herméneutique de la foi indiquée par "Dei Verbum" disparaît, un autre type d’herméneutique apparaît nécessairement, une herméneutique sécularisée, positiviste, dont la clé fondamentale est la conviction que le Divin n’apparaît pas dans l’histoire humaine. Selon cette herméneutique, quand il semble qu’il y ait un élément divin, il faut expliquer d’où vient cette impression et réduire le tout à l'élément humain.


Il en résulte que l’on propose des interprétations qui nient l’historicité des éléments divins. Aujourd’hui, ce que l’on appelle le "mainstream" de l'exégèse en Allemagne nie, par exemple, que le Seigneur ait institué la Sainte Eucharistie et affirme que le corps de Jésus serait resté dans le tombeau. La Résurrection ne serait pas un événement historique mais une vision théologique. C’est le résultat de l’absence d’une herméneutique de la foi: une herméneutique philosophique profane s’affirme alors et nie la possibilité de l'entrée et de la présence réelle du Divin dans l’histoire.


La conséquence de l'absence du second niveau méthodologique est qu’un profond fossé méthodologique s’est creusé entre l’exégèse scientifique et la "Lectio divina". C’est précisément de là que naît parfois une forme de perplexité, y compris dans la préparation des homélies. Quand l'exégèse n’est pas de la théologie, la Sainte Ecriture ne peut être l'âme de la théologie et, réciproquement, quand la théologie n’est pas essentiellement interprétation de la Sainte Ecriture dans l’Eglise, cette théologie n’a plus de base.


Il est donc absolument nécessaire, pour la vie et la mission de l’Eglise, pour l’avenir de la foi, de dépasser ce dualisme entre exégèse et théologie. La théologie biblique et la théologie systématique sont deux dimensions d’une unique réalité, que nous appelons théologie.

 

Je crois donc souhaitable que l’une des propositions [du synode] parle de la nécessité de tenir compte, dans l’exégèse, des deux niveaux méthodologiques qu’indique "Dei Verbum" 12, là où il est question de la nécessité de développer une exégèse non seulement historique, mais aussi théologique. Il faudra donc élargir en ce sens la formation des futurs exégètes, pour ouvrir vraiment les trésors de la Sainte Ecriture au monde d’aujourd’hui et à nous tous.




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 


19.10.2008