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jeudi, 27 août 2009

Qu’est-ce que la «Tradition» ?

 

Eclaircissement au sujet des éléments spirituels,

historiques et religieux,

 constitutifs de la sainte Tradition chrétienne

 

 

 

 

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Abel offrant à l'Eternel son sacrifice 

 

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Dès l’origine il n'y a pas une Tradition,
mais deux « traditions », deux cultes,
ce qui signifie deux religions,
l’une naturelle reposant uniquement sur l’homme,
l’autre surnaturelle plaçant toutes ses espérances
en Dieu seul et en sa Divine Providence.
TomasoOrnateCrucifix30ES586.jpg

borella-guenon.jpgBénéficiant d’un usage devenu quasi classique, en particulier grâce aux efforts de l’ésotériste René Guénon (1886-1951)  [1], bien que sa place est, comme il se doit, éminente chez les catholiques fidèles à l’enseignement de l’Eglise, on constate pourtant, avec regrets, qu’aucune expression, aucun mot, aucune appellation ne donne lieu aujourd’hui à plus de contresens, d’affirmations erronées et d’incompréhensions que celui de « Tradition ». Il  faut reconnaître que son emploi, souvent de manière inexacte et inflationniste, à présent si courant en divers milieux, ne favorise guère la clarté du sujet, et une somme conséquente d’absurdités gigantesques constitue, hélas ! son environnement sémantique habituel caractéristique.

 

Alors même que rien ne serait plus essentiel que de pouvoir préciser ce que signifie la Tradition en nos temps siimage001.jpg troublés et confus, il semble, paradoxalement, que l’on s’ingénie très souvent, par méconnaissance, ignorance, bêtise ou malveillance volontaire, qui sont allées jusqu’à tendre dernièrement à inférer au catholicisme traditionnel, par l’effet d’une profonde stupidité, son attitude de déférent respect vis-à-vis de l’apport des siècles et l’autorité du Magistère à une soumission mahométane face à la lettre du Coran, à rendre plus obscur encore ce qui devrait pourtant s’imposer à tous comme une évidence. De ce fait, les ambiguïtés successives s’accumulant d’une manière inquiétante, il nous apparaît donc nécessaire, en réaction face à cette situation, de dégager les grands principes qui président à l’essence de ce mot, et mettre en lumière les principaux fondements qui le sous-tendent.     

 

 

I. Sens étymologique et ecclésial du mot

 

murillo22.jpgAu sens étymologique, le mot Tradition est formé de « trans » (à travers) et de « dare » (donner). Il signifie donc littéralement : « Ce qui est donné par transfert ». Ainsi la seule idée qui est réellement incluse dans ses radicaux constitutifs est celle de translation, de livraison, de transmission, de passation, de transport, de legs. Le sens étymologique ne fait aucune allusion à la nature de ce qui est transmis. En somme, il désigne un véhicule dont il ignore le chargement. Il se contente de définir un certain mode d’acquisition des connaissances sans dire en quoi elles consistent. Il indique seulement comment on les reçoit. Mais quel est ce mode de réception ? C’est l’héritage. Ainsi, la Tradition, au sens étymologique, c’est le « legs du passé ».

 

Toutefois, dans la terminologie ecclésiastique, le mot Tradition ne s’applique plus à tout l’héritage du passé sans distinction de contenu. Il est réservé exclusivement à la partie de la Révélation divine qui n’a pas été consignée par écrit et qui s’est transmise oralement.

 

Toute Révélation en effet, peut laisser deux sortes de traces : une trace écrite qui vient s’ajouter à celles qui ont déjà éré consignées et qui formeront avec elle l’Ecriture Sainte, mais également une trace orale qui s’ajoute à la Tradition, car on recherchera et on recueillera évidemment les moindres vestiges des précieuses paroles divines. La reconnaissance de la Tradition comme deuxième source de la Révélation (la première étant l’Ecriture) est une caractéristique de l’Eglise catholique (et dans une mesure moindre de l’Eglise orthodoxe). Les écoles protestantes sont partagées sur ce chapitre ; les unes admettent une certaine tradition mais la limitent à quelques textes ; la majorité est hostile à la notion même de « tradition », à laquelle elle oppose l’adage ‘‘Sola Scriptura ’’.

 

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La Tradition chrétienne

ne se rattache pas à un ensemble de mythes

communs avec le reste de l ‘humanité,

mais est liée à une « Révélation ».

 

 

 

 

murillostaug.jpgAussi, est-il bon de donner quelques preuves de l’ancienneté de cette reconnaissance de la Tradition Apostolique, telle queGregorythegreat222.jpg l’entend l’Eglise catholique, ce que  Saint Augustin résume de cette façon : « Il y a beaucoup de choses auxquelles l’Eglise est fermement attachée et que l’on est autorisé, par conséquent, à regarder comme ordonnées par les Apôtres, bien qu’elles ne nous aient pas été transmises par écrit. » (De Bapt. V, 23-31). En effet, l'Eglise considère, à juste titre, puisqu’elle est l’assemblée fondée par le Christ qui bénéficie constamment de sa grâce, que la vérité chrétienne est donnée à la fois par la Bible et la Tradition qui trouve son expression normative dans les déclarations du Magistère. C’est ce que rappela avec fermeté le Concile de Trente:  « Le sacro-saint Synode oecuménique et général de Trente, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, constamment conscient du fait qu'il faut supprimer l'erreur pour préserver l'Evangile dans sa pureté au sein de l'Eglise, Evangile qui fut antérieurement promis par les prophètes dans l'Ecriture Sainte, entrevoyant clairement cette vérité et discipline qui, ayant été reçue par les apôtres de la bouche du Christ même ou communiquée à eux par la dictée du Saint-Esprit, suivant l'exemple des Pères, reçoit avec un égal sentiment de piété et d'honneur tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont le même Dieu est l'auteur, ainsi que lesdites traditions, qu'elles concernent la foi ou les moeurs, comme ayant été dictées soit par la bouche même du Christ, soit par le Saint-Esprit, et préservées dans l'Eglise Catholique par une succession ininterrompue. » [Concile de Trente, 1545-1563, Session 4].

 

abraham_sacrifice.jpgDe la sorte, il convient de le souligner, le caractère original de la Tradition chrétienne vient du fait qu’elle ne se rattache pas à une terre, à unbaptism-Murrillo.jpg héritage symbolique particulier, à un ensemble de coutumes ou de mythes qui seraient communs avec le reste de l ‘humanité, mais est liée et dépendante d’une « Révélation » et d’un culte, transmis non par une civilisation, mais par une lignée, une descendance qui est celle des Patriarches, des Justes et des Prophètes aboutissant au Messie, par le mystère de l’Incarnation du Christ Jésus

 

Ainsi l’Eglise, société surnaturelle fondée par le Christ, est donc la gardienne de !’Écriture et de la Tradition qui sont les deux sources principales de la Révélation. C’est pourquoi, il est certain que si l’on donne une définition confuse de la Tradition, on fait de l’Eglise la gardienne d’une Révélation elle-même confuse. Il est, dès lors, plus que vital de bien comprendre ce que l’on doit entendre sous le nom de Tradition.

 

 

 

II. Qu’entend-t-on par « Révélation divine » ?

 

 

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 S’il est au monde, aujourd’hui,

une religion capable précisément de parler de la Tradition

et d’en présenter le contenu,

c’est le christianisme. Il n’y en a pas d’autres !

 

 

wgart_-art-d-domenich-adam_eve.jpgLa Révélation divine s’est manifestée en trois grandes phases. Il y eut d’abord une Révélation primitive qui fut reçueJGAG_402_23HLZ4ICDHT6_small.jpg par les Patriarches mais qui n’engendra aucune Écriture, puis une seconde Révélation qui donna naissance à l’Ancien Testament et, enfin, une troisième Révélation, celle du Messie, qui engendra le Nouveau Testament avec lequel la Révélation publique est close.

 

Chaque phase a vu apparaître une forme particulière de Tradition qui a véhiculé la partie non écrite de la Révélation et que l’Eglise, sous sa forme du moment, s’est attachée à conserver. En effet, tous les historiens de la Religion sont d'accord pour affirmer que l’Eglise, bien que sous des formes différentes, remonte aux toutes premières origines de l’humanité, donc au temps des toutes premières Révélations.

 

Puisque nous voulons définir la Tradition, nous devons donc nécessairement en saisir la chaîne dès le début et nous demander : dans quelles conditions précises  elle a pu ou non parvenir jusque nous ? De l’avis général des docteurs de l’Eglise, la Révélation faite par Dieu à Adam et aux patriarches qui lui ont succédée comportait quatre composantes essentielles : un Dieu, une Loi, un Culte et une Prophétie :

 

+ Un Dieu - Le Dieu de la Tradition est personnel, créateur et unique. Il est personnel, on peut avoir avec Lui un commerce ; Il n’est ni une force aveugle, ni une entité abstraite ; la religion primitive n’est pas panthéiste. Dieu est créateur ; Il n’a aucune force indépendante au-dessus de Lui ; Il est souverain maître de tout, donc créateur de tout. Dieu est unique ; il n’y a pas d’autre dieu que Lui ; la relation primitive n’est pas non plus polythéiste.

 

+ Une Loi - Elle est tacite ; c’est la règle de conduite mise au cœur de l’homme ; c’est la voix de la conscience ; c’est la loi naturelle ; elle n’est donc pas positivement révélée ; mais quand Caïn la transgresse, Dieu la rappelle explicitement ; elle est d’ailleurs complétée par des prescriptions diverses, comme par exemple le précepte de procréation.

 

+ Un Culte - La loi du sacrifice est universelle ; elle consiste à confesser devant Dieu son propre néant ; tel est le fondement du culte ; de non-sanglant qu’il était avant la chute, il est devenu sanglant depuis, puisqu’il s’y est ajouté la nécessité de l’expiation ; Abel a compris cela et non Caïn. Le culte de Caïn est une offrande d’action de grâce, c’est désormais insuffisant ; il n’est pas accepté par Dieu. Le sacrifice d’Abel est expiatoire et il va donc entrer dans la tradition divine comme ayant été accepté par Dieu.

 

+  Une Prophétie - On l’appelle le « Protévangile » ; en voici le texte. Dieu s’adresse au serpent après l’épisode de la tentation originelle. Le Protévangile est la pièce maîtresse de la Tradition primitive  : «Je mettrai des inimitiés (au pluriel dans le texte : inimicitias) entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ; elle te brisera la tête et tu la mordras au talon.» (Genèse, III, 15).

 

III. Division en deux formes distinctes de la Tradition

 

baphomet11.gifAujourd’hui, cette prophétie s’est réalisée en partie ; nous savons que la postérité de la femme c’est le Christ et nousGreco_Annonciation.jpg en déduisons que la postérité du serpent, c’est l’Antéchrist. Dans les temps anciens, elle alimenta les méditations des hommes qui « marchaient avec Dieu », parce qu’elle résume l’histoire du monde ; beaucoup d’exégètes disent que cette prophétie a été donnée par Dieu pour soutenir l’espérance des premiers hommes, car elle formule l’espérance de la Rédemption. Les « hommes justes, il va sans dire, étaient de la sorte en attente impatiente de ce « brisement de tête » et de cette « morsure au talon ».

 

Le problème, c'est que les deux traditions portent le même nom (tradition), mais n’ont pas du tout le même contenu. Il faut impérativement pour dénouer cette difficulté, discerner entre les deux traditions, laquelle contient véritablement la "Tradition primitive" et laquelle est un rameau dévié.

 

La Tradition première, qui donc contenait oralement toute la Révélation, a été l’objet de très graves altérations. Il s’y est mêlé des traditions profanes, non révélées qui par conséquent ont fini par envahir, étouffer et effacer toute trace de vraie Tradition, c’est-à-dire de la Révélation divine. D'ailleurs l’Histoire de la Religion sur la terre, jusqu’à Abraham, n’est autre chose que celle des altérations successives de la Tradition primitive.

 

Ceci explique pourquoi s’il est au monde, aujourd’hui, une religion capable précisément de parler de la Tradition et d’en présenter le contenu, c’est le christianisme. Il n’y en a pas d’autres. Quand Guénon dit : «Le christianisme a oublié la Tradition, c’est l'Inde qui l’a conservée», il se trompe [2]. C’est exactement le contraire, en réalité. Toutes les religions païennes (et pas seulement l’hindouisme), ont quitté la ligne droite des jalons traditionnels avant Abraham et avant l’Ecriture. Elles ne possèdent donc, de la Tradition, que la version babélienne dont, justement, Dieu n’a pas voulu.

 

IV. Altération de la Tradition

 

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Toutes les religions païennes

ne possèdent de la Tradition,

que la version babélienne dont Dieu n’a pas voulu.

 

 

 

langues_babel.jpgLe corollaire obligé de la confusion et de la dispersion babélienne, c’est la vocation d’Abraham. Il n’y a plus d’autrenandi_the_mount_of_lord_shiva_eu55.jpg moyen, pour perpétuer la Vraie Religion, que de constituer un « peuple-citadelle » qui en soit le gardien. Mais de quoi ce peuple serait-il le gardien, s’il n’y a plus rien à garder ? Or, à la période du Déluge, l’apostasie était devenue générale et irréversible, il n’y avait donc plus rien à garder. Il fallait donc que Dieu reconstitue la Tradition première (ou sacerdotale primitive) ; il lui fallait procéder à une nouvelle Révélation qui serait la répétition de la première, il fallait tout refaire de rien.

 

Patiemment Dieu, comme nous le savons, de nouveau, se révèlera à Abraham, Isaac et Jacob, en vue de reconstituer la Tradition première qui était perdue.

 

C’est donc Moïse, après l’élection d’Abraham, qui sera chargé de recueillir la Révélation nouvelle par laquelle Dieu reconstituait la Tradition primitive oubliée. Mais, cette fois, la Révélation fut consignée par écrit : c’est l’Ecriture Sainte. En même temps, une organisation sacerdotale est créée, qui veillera entre autres fonctions, à la conservation littérale de l’Ecriture. Et les générations futures n’auront qu’à se louer de la rigueur avec laquelle cette conservation sera réalisée. Nous connaissons donc aujourd’hui la Tradition Patriarcale, non pas directement et oralement, mais par l’Ecriture.

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Ceux qui n’adhèrent pas à l’Ecriture, comme les hindous,

les bouddhistes, taoistes, polythéistes, etc.,

ne connaissent de la Tradition que ce qui en subsistait à Babel,

c’est-à-dire la partie profane, cosmologique et récente ;

la partie qui est sans valeur pour le Salut.

 

 

 

Comment savons-nous ce que Dieu a dit à Adam, puis à Noé ? Ce n’est certes pas par la Tradition puisqu’elle a été altérée et même oubliée. C’est pas l’Ecriture. Ceux donc qui n’adhèrent pas à l’Ecriture, comme c’est le cas des hindous, bouddhistes, taoistes, polythéistes, etc., ne connaissent de la Tradition que ce qui en subsistait à Babel, c’est-à-dire la partie profane, cosmologique et récente ; la partie qui est sans valeur pour le Salut ; c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ignorent le Salut et qu’ils le remplacent par la « délivrance », terminologie si prisée par René Guénon.

 

V. La Tradition est double

 

shiva-ganesh-bronze-AT-B-147.jpgOr, il n'est pas indifférent de noter que si n'est quasiment jamais fait mention de la tradition hébraïque dans les écrits delcf_02.jpg Guénon ou de manière passablement anecdotique, c'est qu'il la considère comme relativement périphérique et non centrale vis-à-vis de la tradition orientale, ce qui n'est pas sans poser d'immenses et quasi insolubles problèmes théoriques puisque le judaïsme, ou plus exactement « l'Histoire Sainte » dont il est le témoin et le dépositaire de par une élection toute spéciale (« Histoire Sainte » à l'intérieur de laquelle est placé l'ensemble des bases de la foi chrétienne puisque s'inscrivant dans le plan général de la Rédemption), se veut et se présente comme dévoilant et expliquant l'histoire générale de l'humanité depuis le comment de la Création et le début des temps, possédant un dépôt d'une valeur et d'une éminence de Vérité à nulle autre comparable.

 

Dans ce cas il convient donc de savoir, question essentielle, laquelle des deux traditions, l'orientale ou, la judéo-chrétienne, est vraiment « originelle », "Primordiale", et quelle est celle qui n'est qu'un « rameau détaché » d'un tronc authentiquement primitif ?

 

 

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S’il n'est quasiment jamais fait mention

de la tradition hébraïque dans les écrits de Guénon,

c'est qu'il la considère comme relativement périphérique

et non centrale vis-à-vis de la tradition orientale…

 

 

 

cain-murdering-abel-vampire-art.jpgDès l’origine il y a donc, non pas une Tradition, mais deux « traditions », deux cultes, ce qui signifie deux religions,image003-full.jpg l’une naturelle reposant uniquement sur l’homme, l’autre surnaturelle plaçant toutes ses espérances en Dieu seul et en sa Divine Providence. La suite des événements n’aura de cesse de confirmer ce constant antagonisme, cette rivalité et séparation entre deux « voies » dissemblables que tout va en permanence opposer, les rendant rigoureusement étrangères et inconciliables.

 

Il n'est pas indifférent de relever l’analyse pertinente de saint Augustin (324-385) au sujet de ces « deux postérités » engendrant deux traditions et donc deux « Cités » absolument irréconciliables et antagonistes, deux « Cités » que tout oppose et sépare, fondées sur des principes radicalement divergents, travaillant à des objectifs totalement contraires, poursuivant des buts à tous égards dissemblables [3].

 

VI. La tradition mensongère

 

FrancMa1.jpgOn comprend mieux pourquoi, du fait qu'ils appartienent à la tradition déviée et pervertie qui a la haine de Dieu et de ses lois, les ennemis de l’Eglise attaquent toutes les institutions, matérielles et spirituelles : dogme, hiérarchie, sacrements, implantation territoriale, tout ce qui incarne la réalité de la présence de la société spirituelle fondée par Jésus-Christ, société qui est en horreur à Satan et à ceux qui lui sont, consciemment ou inconsciemment, soumis. La Tradition que protège l’Eglise est, comme il est aisé de le concevoir, l’objet d’attaques particulières animées par une féroce hostilité.

 

D’autres, plus perfidement, faussement catholiques, défendent une tradition mouvante, évolutive, changeante, alors que du point de vue dogmatique, la Tradition ne possède pas de véritable variabilité, car le changement ne peut avoir lieu que dans le sens de l’enrichissement : un enrichissement c’est-à-dire un processus qui ne comporte par d’éliminations. Quand une notion aura été une fois réputée traditionnelle par les autorités de droit avec les preuves d’apostolicité qui s’imposent, personne ne lui retirera plus jamais sa traditionnalité. Il s’agit donc d’un épanouissement de la même nature que celui du dogme avec lequel d’ailleurs il chevauche. Il n’y a pas d’épanouissement sans stabilité. Certains, qualifient donc la Tradition de « vivante », la soumettant à un processus naturel vital, c’est-à-dire à une alternance d’assimilations et d’éliminations, les unes provoquant les autres, tolérant d’elle qu’elle se débarrasse périodiquement d’un certain nombre d’éléments qui « ont fait leur temps » et qui seront remplacés par les nouveaux [4]. Voilà la Tradition devenue évolutive et le tour est joué. Il ne s’agira plus d’un épanouissement mais d’un tourbillon !

 

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L’Eglise est gardienne d’une Tradition

antagoniste de celle de Babel.

C’est même un des traits particuliers de l’Eglise,

que d’avoir été maintenue séparée

de la souche des fausses religions païennes.

 

 

evola.jpgRedisons avec force, que la Tradition des Apôtres forme, avec celle des Patriarches, un ensemble homogène qui constitue811-1.jpg précisément cette vraie « Tradition » dont l’Eglise est la détentrice.

 

Parallèlement à ce courant orthodoxe, il s’est créé un autre courant que l’on devrait appeler « pseudotraditionnel » et qui en diffère, évidemment, dans son contenu et dans son mode de constitution.

 

Le contenu de la « pseudo-tradition » n’est pas homogène ; il est composite. Il est fait de trois constituants, mêlés plus ou moins intimement. On y trouve des vestiges déformés de la Révélation Divine, comme par exemple les conceptions panthéistes et païennes. On y trouve des élucubrations humanitaires comme celles de la Tour de Babel. Et l’on y trouve des produits de la fausse mystique, c’est-à-dire de la mystique démoniaque qui est la source de la mythologie polythéiste.

 

 

02.jpgBref, cette pseudo-tradition véhicule, mêlées ensemble, toutes les productions de la religiosité naturelle. Quant à son mode de constitution, on peut dire que la pseudo-tradition est dans son droit quand elle prétend à la même ancienneté que la Vraie.

 

Elles ont toutes les deux le même point de départ qui est le jugement de Dieu sur les sacrifices d’Abel et de Caïn. La pseudo-tradition est aujourd’hui défendue, sous le nom de « tradition ésotérique », par des penseurs qui en font la source commune  fondée pour les religions non-chrétiennes.

 

Mais elle est sans fondement pour l’Eglise laquelle est gardienne d’une Tradition essentiellement antagoniste de celle-là. C’est même un des traits particuliers de l’Eglise, à toutes les époques, que d’avoir été maintenue séparée de la souche commune des fausses religions.

 

 

VII. La fallacieuse idée de l’évolution de la Tradition 

 

maistrecolour.jpgS’il était absolument nécessaire de rappeler ces définitions, c’est que nous assistons à une manœuvre qui tend à dénaturer et à transformer la vraie Tradition, en lui faisant perdre sa rigueur et en la rendant évolutive afin d’y introduire des éléments notionnels hétérodoxes.

 

Le christianisme, pensait Joseph de Maistre (1753-1821), sous-entendant évidemment le catholicisme, est le couronnement des religions, « La Religion » par définition, celle qui conduit à son maximum de profondeur l’exigence métaphysique universelle, celle qui recèle les mystères religieux ineffables malheureusement oubliés, celle qui « révèle Dieu à l’homme » [5].

 

 

De ce fait, la Vérité ne change pas, son expression, les modes de sa formulation peuvent sensiblement varier avec les époques, mais rien, absolument rien ne peut être modifié de l’essence sacrée et éternelle du saint et vénérable dépôt de la Foi, c’est pourquoi le Saint-Office le 3 juillet 1907, par le Décret Lamentabili, réprouva et condamna comme erronée, fallacieuse et hérétique la proposition : « La vérité n’est pas plus immuable que l’homme, elle évolue avec lui, en lui et par lui. » [6]

 

Pie_IX15.jpg

 

"Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs
et les vengeurs de l'auguste religion catholique,
ils n'ont jamais rien eu de plus à cœur que de découvrir et de condamner
toutes les hérésies et les erreurs contraires notre Foi divine,
à la doctrine de l'Église Catholique."

 

 

image-1.jpgSouvenons-nous de ce qu’écrivait Pie IX dans l’encyclique Quanta cura, déclarant en préambule, alors que les pernicieuses idées révolutionnaire menaçaient la Tradition de l’Eglise, en attaquant ses fondements, niant son authenticité et lançant les pires attaques à son encontre soutenant le caractère évolutif et progressif des dogmes et de la Foi :

 

- « Nos Prédécesseurs se montrèrent les défenseurs et les vengeurs de l'auguste religion catholique, de la vérité et de la justice : soucieux, avant tout, du salut des âmes, ils n'ont jamais rien eu de plus à cœur que de découvrir et de condamner par leurs très sages Lettres et Constitutions toutes les hérésies et les erreurs qui, contraires à notre Foi divine, à la doctrine de l'Église Catholique, à l'honnêteté des mœurs et au salut éternel des hommes, ont fréquemment soulevé de violentes tempêtes et lamentablement souillé l'Église et la Cité. C'est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d'hommes iniques, qui projettent l'écume de leurs désordres comme les vagues d'une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption : ébranler les fondements de la religion catholique […] corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l'entraîner dans les pièges de l'erreur, et enfin l'arracher du sein de l'Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts. » [7]

 

Il poursuivait ainsi :

 

« Ne cessez jamais d'inculquer aux fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et « qu’heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur » (Psaume 143). Enseignez que « l'autorité repose sur le fondement de la Foi Catholique » (Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d'Éphèse) et « qu'il n'y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu'il nous peut suffire d'avoir reçu le libre arbitre en naissant ; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c'est-à-dire, qu'oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté. » (Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Épiscopal de Carthage). N'omettez pas non plus d'enseigner que « le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l'Église » (Saint Léon, Lettre 156). »  [8]

 

Conclusion

 

 

murillo-2.jpgCeci explique pourquoi, alors que l'objet de la foi catholique s'appuie uniquement sur le dépôt contenu dans l'Ecriture et la Tradition confiée à l'interprétation de la Sainte Eglise, c'est positivement le péché des athées, c’est-à-dire l’orgueil, qui volontairement rejettent Dieu parce qu'ils ne veulent pas de maître [9], soutiennent sous couvert d’une chimérique évolution,  que le respect de la Tradition est une soumission mahométane chez ceux qui l’observent, et reproduisent ainsi sans s’en rendre compte par leur stupide attitude, équivalemment, le péché de Lucifer qui, voulant être autonome, refusa de se soumettre à Dieu.

 

Comme nos premiers parents qui, désirant être comme des dieux, voulurent connaître par eux-mêmes le bien et le mal,adam_eve_garden.jpg les hérétiques refusent de s’incliner devant l'autorité du Magistère et des actes de l'Eglise établie par Dieu, et rejettent ceux qui, pieusement, révèrent les déclarations de la sainte institution. Il est intéressant de noter que c'est également l’attitude des rationalistes, scientistes et autres modernes esprits qui, fiers de leur raison, ne veulent pas la soumettre à la Foi. C'est aussi le péché de certains faux chrétiens trop orgueilleux pour accepter l'interprétation traditionnelle des dogmes, les atténuent, les relativisent, les discutent et les déforment pour les harmoniser avec leurs médiocres exigences.


Un grand nombre tombent ainsi implicitement dans ce terrible et repoussant défaut, en agissant comme si les dons naturels et surnaturels dont Dieu les a gratifiés, étaient complètement leurs. Sans doute reconnaissent-ils parfois, du moins en théorie, que Dieu est leur premier principe ; mais en pratique, ils s'estiment démesurément comme si ils étaient eux-mêmes les auteurs des qualités qui sont en eux en ratiocinant, bavardant à l’excès, pérorant, jacassant, interprétant, tenant des propos superficiels et tordant les principes éternels de la Foi.  

 
Ils se complaisent ainsi indécemment dans leurs piètres qualités et leurs misérables mérites, comme s'ils en étaient les seuls auteurs, ignorant l’avertissement sage de Bossuet :

 

« L'âme se voyant belle s'est délectée en elle-même,

et s'est endormie dans la contemplation de son excellence :

elle a cessé un moment de se rapporter à Dieu : elle a oublié sa dépendance ;

elle s’est premièrement arrêtée et ensuite livrée à elle-même.

Mais en cherchant d'être libre

jusqu'à s'affranchir de Dieu et des lois de la justice,

l'homme est devenu captif de son péché » [10].

 

Notes.

 

 

[1] guenon.jpgRené Guénon a bénéficié d’un parcours initiatique et maçonnique plus que substantiel. Reçu le 25 octobre 1907 au sein de la Logezoom_B2-538.jpg Humanidad n° 240, ainsi que, le même jour, dans le Chapitre et Temple « I.N.R.I. » du Rite Primitif et Originel Swedenborgien, il se vit remettre des mains de Theodor Reuss (1855-1923) le cordon noir de Kadosh. Puis après avoir été élevé à la maîtrise, le 10 avril 1908, non sans suivre en parallèle une démarche Martiniste (c’est Phaneg, de son vrai nom Georges Descomiers (1867-1945), qui le fera Supérieur Inconnu lui donnant une chartre de délégué général pour le Loir-et-Cher) qui s'acheva par sa consécration épiscopale par Fabre des Essarts (1848-1917) sous le nom de « Palingenesius d’Alexandrie », en tant qu'évêque de l'église gnostique fondée par Jules Doinel (1842-1902), n’hésitant pas à s’engager dans la création d'un Ordre Rénové du Temple. En 1912 ’il sera accepté comme maître maçon dans la Loge Thébah travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté sous les auspices de la Grande Loge de France, Loge qu’il fréquentera régulièrement jusqu’en 1917, où il s’éloignera de France pour enseigner comme professeur de philosophie à Sétif en Algérie.

 

 

[2] visites_5eC_inde_shiva1.jpgPour René Guénon, l'essence de la Tradition primordiale se retrouve de façon privilégiée dans la tradition hindoue qui est détentrice d'une source directe d'une incomparable pureté à l'égard des fondements premiers de la « Science Sacrée » d'origine non-humaine selon-lui, plaçant les autres traditions dans une sorte de situation de dépendance à son égard, comme il le déclare de manière catégorique et stupéfiante en affirmant La situation vraie de l’Occident par rapport à l’Orient n’est, au fond, que celle d’un rameau détaché du tronc .» (R. Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1è partie, chapitre 1.)

 

 

 

 

 

 

[3] C'est sans doute dans le livre XV de son ouvrage La Cité de Dieu, que saint Augustin, Père et docteur de l'Eglise, développera le plus complètement l'exposé de sa doctrine qui deviendra l'une des colonnes fondatrices de la théologie chrétienne en Occident.

 

[4] nave-VaticanII1.JPGLa grande argumentation des hautes instances vaticanes lors du dernier concile, était de poser un principe fallacieux, mais qui semblait quiJean-XXIII_Discours-ouverture.jpg aller de soi, à savoir que la quintessence de la Tradition, dans l’Église, était d’évoluer et de s’adapter toujours et toujours... sans doute comme les volutes de la fumée dans le vent de l’histoire ! Reconnaissons toutefois, malgré l’état d’esprit moderniste de certains passages contestables, l’excellence de ces lignes de la Constitution Dogmatique Dei Verbum : « La sainte Tradition et la Sainte Ecriture sont reliées et communiquent  étroitement entre elles, car toutes deux jaillissant d'une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu'un tout et tendent à une même fin… La sainte Tradition, porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l'Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs... La sainte Tradition et la Sainte Ecriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l'Eglise. » (Constitution Dogmatique Dei Verbum, § 9,v.10).

 

[5] J. de  Maistre, Du Pape, liv. III, ch. I.

 

[6] « Veritas non est immutabilis plus quam ipse homo, quippe quae cum ipso, in ipso et per ipsum evolvitur ». DENZINGER, n° 2058,  Décret Lamentabili, 3 juillet 1907. L’Encyclique Pascendi dominici gregis parut deux mois plus tard, le 8 septembre 1907 ; elle condamnait le modernisme comme le renouvellement de nombreuses hérésies. Elle repoussait sa conception de l’expérience religieuse substituée à ces preuves, conception dans laquelle se confondent l’ordre de la nature et celui de la grâce.

 

[7] Quanta cura, Lettre encyclique de sa sainteté le Pape Pie IX, 8 décembre 1864.

 

[8] Ibid.

 

[9] C’est d'eux que parle le Psalmiste quand il dit : « L'insensé a dit en son cœur : il n’y a pas de Dieu » (Ps. XIII, 1).

 

[10] Bossuet, Traité de la concupiscence, ch. XI.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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mardi, 25 août 2009

Michel Onfray : l'histrion médiatique de la «mort de Dieu» !

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Portrait d’un produit dégénéré de l'ère du soupçon


 

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Pour l'"athéologue",
le croyant est à la fois stupide, pernicieux et criminel...

 

04-onfray.jpgL'antichristianisme n'est plus politique, comme sous la IIIe République, il est devenu culturel. La religion catholique, en particulier, fait l'objet de charges très violentes de la part de certains milieux (gauche extrême, homosexuels militants...), mais aussi d'intellectuels à la mode pour lesquels cela devient une spécialité. Un personnage assez répugnant se distingue, au sein de ce milieu par sa vulgarité : Michel Onfray.

Michel Onfray, qui professe une « athéologie militante », personnifie ce nouvel antichristianisme. Il a connu un véritable succès avec un Traité d'athéologie (Grasset) [1] qui s'est vendu à plus de deux cent mille exemplaires. VRP de ce bréviaire de la haine antireligieuse, il est devenu un familier des journaux à la mode et des plateaux de télévision.

I. Un pseudo-rebelle qui n'est qu'un serviteur du système

Onfray, plutôt que d'étayer son athéisme de façon philosophique, se livre à une attaque en règle contre les religions. Son combat est avant tout408px-Nietzsche_Olde_02.jpg une haine des monothéismes, le catholicisme ayant une place de choix. Pour l'"athéologue", le croyant est à la fois stupide, pernicieux et criminel. Il fait preuve à la fois d'une "haine de 'intelligence", d'une "haine de la vie", d'une "haine de la liberté", d'une "haine de la sexualité, des femmes et du plaisir", etc. Entre autres accusations : "En matière de science, l'Église se trompe sur tout depuis toujours" ; "[la religion monothéiste] fomente le mépris, la méchanceté" ; "le Vatican aime Adolf Hitler" ; "la Genèse défend 'esclavage", etc. Au milieu d'un fatras d'invectives, Jésus est qualifié d'"ectoplasme", et Paul de "voyageur de commerce hystérique". [2]

EmileCombes.pngIl apparaît que le livre d'Onfray, au-delà de son style écumant de haine, est truffé d'erreurs grossières. Sur le fond, on a affaire à un vulgaire vulgarisateur qui recycle et ripoline de vieilles lunes. Une telle démarche - c'est sa seule modernité - est formatée pour les médias : des slogans simplistes et un ton péremptoire. L'"athéologue" autoproclamé surfe ainsi sur des abîmes de crédulité et d'inculture qui auraient fait rougir le petit père Combes.

 

A propos de l’antichristianisme maladif, le père Maldamé explique : « Disciple de Nietzsche, M. Onfray a manifestement un adversaire principal. S'il attaque le monothéisme et cite ses trois grandes formes religieuses, M. Onfray vise essentiellement le christianisme qu'il a connu dans la version du catholicisme de la tradition française. Tel est l'ennemi qu'il combat vigoureusement. D'une certaine manière les références au judaïsme et à l'islam, fort limitées dans l'information et l'attention, ne sont là que pour dire qu'il n'est pas l'ennemi d'une seule tradition, mais de toute pensée monothéiste. Son mépris s'adresse principalement aux chrétiens. Dans le développement de sa polémique, M. Onfray est aveuglé par le mépris. Il ne prend pas en compte ses adversaires au sérieux. Il ne les écoute pas ; il ne les lit pas vraiment ; il se contente d'idées reçues qui ne sont jamais exposées pour elles-mêmes ni examinées avec le minimum de rigueur que l'on demande à des étudiants : lire un texte, l'analyser selon sa nature, le situer dans son contexte, le placer dans une tradition... L'antichristianisme de M. Onfray veut se justifier par un discours empli d'erreurs. » [3]

C'est justement cela qui est inquiétant : cette ignorance crasse sur le religieux qui est la marque de notre époque et dont se nourrit grassementbaumier.jpg l'antichristianisme. On peut dire n'importe quoi sans faire broncher personne (ou presque). Du coup, n'importe quelle sottise prononcée sur un ton docte peut paraître crédible aux heures de grande écoute. L'antichristianisme ne se nourrit pas que d'ignorance naïve, mais aussi de préjugé tenace. Le malheur du catholicisme, c'est qu'on croit le connaître. Parce qu'il fait encore partie du paysage, qu'il rappelle des souvenirs d'école privée et de profession de foi, il semble, par cet effet décalé de la mémoire, encore familier à une majorité de Français. Il entre là-dedans des sentiments complexes : une nostalgie sourde, une attente déçue et inavouée, tout comme une culpabilité persistante mêlée de rancœur douloureuse. D'où une montée de mépris, parfois, pour ce qu'on s'imaginait fort comme un juge et qu'on peut aujourd'hui couvrir de crachats si facilement.

Pour René Rémond, "cette violence illustre la persistance d'un héritage historique, la mémoire d'un temps, pas si lointain à tout prendre, où l'Église était en mesure de s'opposer à l'évolution des moeurs". Le catholicisme ne profite pas de la prime à l'exotisme dont bénéficient les religions orientales. (Son incroyable nouveauté ne nous apparaît plus, ou pas encore.) Il engendre toujours des réflexes conditionnés d'hostilité. Une vulgate de demi-intellectuel qui n'est déjà plus de mise chez des penseurs de première catégorie même s'ils sont agnostiques (comme Marcel Gauchet ou Régis Debray). Comme le constate René Rémond, moins le christianisme est puissant, plus il suscite d'"hostilités fantasmatiques".

Par-delà l'ignorance ou le préjugé, il y a parfois dans la haine à l'égard du christianisme un ressort qui n'est pas seulement d'ordre psychologique mais spirituel. "La haine du démon", comme l'écrit Michel De Jaeghere, ou le "nihilisme" dont parle Bernard Sichère, "la religion féroce de ceux qui ne croient en rien et qui veulent empêcher qu'on croie". Tout chrétien ne pourra que souscrire à ce point de vue conforme à l'Évangile, même s'il se gardera de réduire toute hostilité à de la haine démoniaque.

II. Michel Onfray : un enfant dégénéré de l'ère du soupçon

schopenhauer.jpgLe cas Onfray mérite d'être médité non par ce qu'il pense (un tas de poncifs), mais par ce qu'il révèle de notre époque. Cet écrivain, c'est sûr, n'est ni Marx ni Feuerbach, ni Nietzsche ni Schopenhauer, ni Freud ni Sartre. Plutôt un enfant tardif et dégénéré de l'ère du soupçon, un histrion médiatique de la "mort de Dieu". Loin de s'opposer à l'air du temps, il le flatte en jouant les rebelles. Mais il n'est qu'un serviteur du système, qui brosse l'hédonisme marchand dans le sens du poil.

Il y a une grandeur tragique chez Nietzsche, dans sa façon de prendre un risque personnel, de choisir "Dionysos" contre leMarx.jpg "Crucifié". Le penseur allemand fait penser à Kirilov, ce personnage des Possédés - de Dostoïevski - qui entretient un rapport de rivalité avec le Christ et qui, ne pouvant le supporter, sombre dans la folie. C'est le "drame de l'humanisme athée" que sondera le cardinal de Lubac.

Onfray, lui, ressemble comme un frère au "dernier homme" dont parlait Nietzsche dans son Zarathoustra, "méprisable" parce qu'ayant perdu tout sens de son propre dépassement. Le "dernier homme" devenu nietzschéen et qui professe un nihilisme de confort.

6a00d8341c65d453ef00e5536d3f748833-800wi.jpgQue ce soit dans la défense d'un hédonisme qui affadit la sexualité ou dans sa justification du clonage, l'auteur de L'art de jouir prend l'Histoire en roue libre. Ou plutôt ce qui tient lieu de substitut d'Histoire, c'est-à-dire la logique auto-justificatrice de la technique conjuguée au jeu des forces économiques. Là est sa dangerosité, derrière ses outrances de potache : il entend, avec quelques autres, donner une justification idéologique à l'avènement d'un monde monstrueux. Où l'homme, réduit à des chimères mythologiques, serait détruit de l'intérieur et recomposé par les manipulations génétiques. L'antichristianisme actuel s'inscrit dans l'horizon de cette grande "rupture anthropologique". Avec, sous-jacente, la question de l'homme : y a-t-il une nature humaine qui doit être respectée dans son être, ou celle-ci peut-elle être l'objet de tous les modelages culturels et génétiques ? La différence sexuelle est-elle une composante essentielle de l'humanité, ou une occurrence qui doit être sans conséquence sur l'organisation des sociétés ? Ce n'est pas un hasard si la revendication homosexuelle est le fer de lance de ce mouvement radicalement antichrétien.

Si anticléricaux et catholiques d'antan partageaient à peu près la même conception de la morale, les antichrétiens d'aujourd'hui remettent en cause radicalement la conception de l'homme issue du judéo-christianisme.

III. Un nihilisme à l'échelle de l'Europe

Par-delà l'"exception française" et le combat un peu désuet pour la laïcité, on assiste bien à un nihilisme à l'échelle de l'Europe - qui n'est pas séparable de la tentative utopique, et sans doute inconsciente, de notre continent, de "sortir de l'Histoire", après avoir subi le "sens de l'Histoire".

Phénomène lui aussi typiquement européen (à l'exception du Québec) : l'incroyance ; alors que le monde serait, paraît-il, en proie au "retour du religieux". Ici, au contraire, constate l'historien, "le phénomène de l'incroyance a pris de l'ampleur et interpelle les croyants".

Si ce sont d'éminentes personnalités catholiques (comme Schumann ou Monnet) qui furent à l'origine les promoteurs du projet européen, force est de reconnaître qu'en certaines occasions l'Europe politique participe aujourd'hui de ces "lynchages médiatiques" contre des catholiques qui n'ont que le tort d'exprimer leurs convictions. Le catholicisme romain va-t-il devenir le "bouc émissaire" de notre continent en mal d'identité et d'espérance ?

En tout cas, si l'Europe réagit contre cette spirale auto-destructrice et connaît une nouvelle renaissance, on peut parier que cela ne se fera pas sans le christianisme.

Sources:

 

Jean-Marc Bastière, L'Europe contre le christianisme, 2007.

 

Jean-Michel Maldamé o.p, Michel Onfray ou le dialogue impossible, 2005.

 

 

Notes.

 

[1] Extrait significatif : « Les trois monothéismes partagent par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré... » (Michel Onfray, Traité d'athéologie, Grasset, 2005).

[2] Deux ouvrages d'intellectuels catholiques, justement, entendent répondre à cette charge d'une rare violence : Irène Fernandez, dans Dieu avec esprit (Réponse à Michel Onfray), chez Philippe Rey, et Matthieu Baumier, dans L'anti-traité d'athéologie (Le système Onfray mis à nu), aux Presses de la Renaissance (voir entretien "Onfray s'attaque à un christianisme fantasmé !").

 

[3] Le père Jean-Michel Maldamé o.p., docteur en théologie, Doyen émérite de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Toulouse,804693-gf.jpg membre de l'Académie pontificale des Sciences, résume bien l’objectif de Michel Onfray : « Dans les invectives que M. Onfray adresse aux monothéismes, on ne peut pas ne pas remarquer la virulence avec laquelle il attaque saint Paul. Il prolonge ce que disait Nietzsche de celui qui a enraciné le message de Jésus dans l'hellénisme. Le procès est simple à instruire, puisque Paul lui-même reconnaît avoir une « écharde dans la chair » - expression qui a reçu bien des explications et qui reste difficile à interpréter, même si certains y voient une maladie... M. Onfray ne fait pas dans la nuance ; pour lui, il est clairement établi que Paul est un malade, et il nomme la maladie : « hystérie » et « impuissance sexuelle » (op.cit., p. 168). Du fait de cette maladie, Paul serait « incapable de mener une vie sexuelle digne de ce nom » (op. cit., p. 169). Le diagnostic est donc aussi arbitraire que sans appel. Or c'est à partir de cette maladie que toute la doctrine de Paul est interprétée. À l'école de Nietzsche, M. Onfray oppose Jésus et Paul, celui qui aime la vie et celui qui la hait. Il écrit à ce propos : « Paul de Tarse transforme le silence de Jésus sur ces questions en un vacarme assourdissant en promulguant la haine du corps, des femmes, de la vie » (op. cit., p. 165). Mais c'est la doctrine entière de Paul qui est dite par la métaphore de la maladie ; ainsi M. Onfray dit de l'évangélisation par Paul : « Partout il contamine. Bientôt la maladie de Paul gagne le corps entier de l'empire » (p. 173). »

 

Il poursuit : « Plus grave encore, M. Onfray dit que « Paul n'a lu aucun évangile de son vivant » (op. cit., p. 172). Utiliser cet argument est malhonnête, car nul n'ignore aujourd'hui que les évangiles ont été mis par écrit dans leur forme définitive après la mort de Paul. Il est aussi malhonnête, car c'est ignorer qu'après sa conversion Paul a rencontré à maintes reprises les apôtres qui furent les compagnons de Jésus depuis le baptême de Jean et qui furent témoins de sa résurrection. Paul est donc bien inscrit dans une tradition vivante ; même si sa position est différente de celle des autres apôtres, il est vraiment du nombre. Si pour M. Onfray Paul n'a pas lu les évangiles, c'est qu'il ne lisait pas ou si peu. Ainsi il met Paul au rang des ignorants : « La culture de Paul. Rien ou si peu [...]. Sa formation intellectuelle ? On ne sache pas qu'il ait brillé dans des écoles ou de longues études » (op. cit., p. 173). Voilà ce qui contredit ce que Paul dit de lui-même et de sa formation ; voilà ce qui manifeste l'ignorance de la richesse intellectuelle du judaïsme de l'époque et tout particulièrement de la rencontre entre le monothéisme juif et la culture grecque ; voilà surtout ce qui manifeste que M. Onfray n'a pas vraiment lu les lettres de Paul qui, certes, témoignent d'une grande passion, mais aussi d'une grande culture et d'une puissance intellectuelle hors du commun. Cette caricature de Paul est au service d'une thèse qui est dans tout le livre : le christianisme est l'ennemi de l'intelligence. »

(Jean-Michel Maldamé o.p, Michel Onfray ou le dialogue impossible, 2005. )

 

 

 

 

 

 

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mercredi, 24 septembre 2008

L’ESOTERISME CHIITE, par RESTIF

 

 

 

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Imam Ali

 

 

Ce que l’Islam à  de plus haut se trouve sans doute être l’ésotérisme chiite, ésotérisme lumineux dont Henri Corbin (1903-1978), élève d’Etienne Gilson et Jean Baruzi, également de Louis Massignon qui lui révèle la « théosophie orientale » de Sohravardi ce qui orientera définitivement sa vocation philosophique, alors qu’après plusieurs séjours en Allemagne, il publie en 1937 la première traduction française d'Heidegger sous le titre « Qu'est-ce que la métaphysique ? », plus tard attaché à l'Institut français d'Istanbul (1939 à 1945), où il sera chargé de fonder le département d'iranologie à l'Institut français de Téhéran, fondant la « Bibliothèque iranienne » où seront publiés les classiques de cette tradition oubliée, ésotérisme donc, dont il a magnifiquement parlé dans les quatre volumes de son monumental « En Islam iranien ».

Nous sommes finalement ici en pays de connaissance. Les grands mystiques persans usent du langage d’un Louis-Claude de Saint-Martin,  et plus encore d’un Jacob Boehme. Henri Corbin a pris  vingt ans de sa vie pour donner un ordre à ce qui lui fut le plus cher, à ce qu’il connût mieux qu’homme au monde (les érudits persans étaient émerveillés par Corbin).
Il écrit dans le livre " Le Chiisme et Iran" : « Cela présuppose que l’on admette l’existence d’univers spirituels permanents, posant à l’homme une interrogation permanente, lui  adressant une invite permanente. On ne peut l’admettre, certes, sans avoir vaincu le "réflexe agnostique" spontané chez l’homme  occidental de nos jours. A qui n’a pas vaincu  ce réflexe il ne reste plus qu’à confondre philosophie et sociologie de la philosophie. Il y a un abyme entre l’une et l’autre ».

 

 

 

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Les douze Imams, de l'admiration des Chiites :

Imam Ali (599-661)
Imam Hassan (624-670)
Imam Hussein (625-680)
Imam Zeyn-el Abidin (659-719)
Imam Bakir (677-733)
Imam Djafer Sâdik (699-765)
Imam Moussa Kazim (745-799)
Imam Riza (765 -818)
Imam Taki (811-835)
Imam Naki (829-868)
Imam Hassan el Askeri (846-874)
Imam Mehdi (870-878)

 


Bien sûr, Corbin use du terme « philosophie » en son sens premier, recherche de la « Sophia », on est loin de Hegel et de Kant, ce qui nous démontre que l’Histoire et la géographie (entres autres facteurs) contribuent à forger des différences essentielles. Ainsi,  on peut se demander si La Perse, d'où provient le principal peuple chiite - n’a pas amené à l’Islam son génie si particulier, celui qui nous avait déjà donné ce dualisme d’où devait surgir le manichéisme si influent sur certaines théories gnostiques, puis Zoroastre enfin le Démon, puisque la très grande majorité - religieux compris quand ils sont savants - des spécialistes des deux testaments et de la figure diabolique s’accordent à reconnaître dans le Satan de Paul et de l’Evangile l’Ahriman iranien (sa très forte influence disons), alors que celui de l’Ancien Testament est l’outil de Dieu, pas son ennemi (cf. le Livre de Job et d ‘autres épisodes où le texte dit « Dieu envoya un Satan »).

Hélas, les croyants refusent trop souvent dans ces cas là d’écouter même les sévères pères dominicains qui marchent la main dans la main avec leurs collègues protestants et agnostiques - les textes sont là et on voit combien est différent le Satan juif et l’être d’iniquité de saint Paul, le « Prince de ce Monde » de l’Evangile, tentateur de Notre Seigneur. Reste évidemment le serpent de la Genèse « le plus rusé de tous les animaux » dans lequel il est bien difficile de ne pas reconnaître « notre » Satan et qui ici intervient bien comme un ennemi du projet divin.

Nos chercheurs n’ont pas d’explications à cela, mais ils ont raison sur les autres apparitions de l’Adversaire dans l’Ancien Testament (je ne dis pas que d'autres pensées soient inconcevables : de toute manière le diable n'est pas le plus petit mystère de la Bible et de la théologie chrétienne!).

 

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Henri Corbin (1903-1978)

 

 

Tout ceci pour dire que la civilisation Perse à toujours eu un génie singulier, que nous lui devons énormément et qu’il n’est donc pas tellement étonnant que le plus grand mysticisme islamique, son ésotérisme le plus riche ne soit pas arabe ( le plus riche et le plus ouvert si on en croit ces textes « soufis-shiite » ou des chrétiens interviennent (cf. « Le livre du dedans », Rûmi) et discutent avec la petite assemblée des initiés - certains disent que les Templiers avaient de fraternelles accointances avec certains surgeons soufis… on retrouve d’ailleurs le Graal -La lumière de gloire et le Saint Graal, Henri Corbin, en islam iranien, t.2, chap.IV) et même une chevalerie mystique, lire le Futuwa. D’après Corbin le véritable ésotérisme iranien n’a RIEN de prosélyte, bien au contraire… Et comme tous les gens sérieux il est infiniment discret

 

 

 

 

 

22:43 Publié dans Sédévacantisme | Lien permanent | Commentaires (113) | Tags : islam, musulman, religion, spiritualité, religions |  Imprimer | | | | | Pin it!