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jeudi, 28 mai 2009

Le saint temps des pèlerinages et des processions

Une tradition combattue par la Révolution française

 

 

   

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Toute procession, si minime soit-elle, relève,

suppose, une volonté intérieure de conversion

et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies  

 

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procession.jpgEn cette période du temps liturgique, on constate que se conserve heureusement, en particulier dans les campagnes mais pas seulement puisque Pentecôte est le moment par excellence de son expression lors de l’habituel Pèlerinage de Chartres, une tradition ancestrale que la Révolution française voulut abolir et qui suscite parfois chez nos contemporains de l’étonnement, mais qui pourtant demeure inscrite au cœur même de notre vie religieuse et fut sauvée de haute lutte, à savoir la pieuse marche des pèlerins à travers les champs et les campagnes pour se rendre dans les sanctuaires vénérés.

 

Comme la plupart des rites, les pèlerinages et les processions participent d’une relation qui relève de la sainte mémoire avec les lieux, les saints et les monuments, et rythment harmonieusement la succession des mois et des saisons au sein de l’année. C’est pourtant cet immémorial ordre des choses que l’on voulut détruire avec une rage démentielle, et qui réussira à survivre à la folie antichrétienne de la République, mais qu’une modernité impie, héritière des idées destructrice de 1789, corruptrice par sa haine des éléments essentiels de la vie spirituelle, serait toutefois en passe de faire disparaître si ne se maintenait pas chez certains, une ferme volonté de perpétuer et poursuivre l’antique dévotion catholique.

 

 

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Partir en pèlerinage n'est pas un acte liturgique comme un autre

 

 

I. Nature du pèlerinage

 

Il existe des processions dans pratiquement tous les rites religieux, de l'Antiquité à nos jours. Comme l’écrit Myriam Fertet-Boudriot : « Les pèlerinages sont des activités rituelles qui nous poussent à nous rendre sur des lieux de dévotions. Ils comportent de nombreuses processions rituelles en rapport avec ce que l’on appelle la « piété populaire » : processions en l'honneur des saints, processions mariales, processions aux flambeaux, chemins de croix, etc. On songe par exemple aux processions qui couronnent en beaucoup d’endroits les fêtes de l'Assomption. Partir en pèlerinage n'est pas d’abord un acte liturgique comme un autre, c'est, plus profondément, l’acceptation d’un départ. Partir, c'est se mettre en mouvement vers des lieux qui ont pour nous une signification spirituelle. Toute procession, si minime soit-elle, relève, au fond, de la démarche du pèlerinage. Elle suppose une volonté intérieure de conversion et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies. » [1]

 

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La tradition des Pardons en Bretagne

Le pèlerinage et la procession constituent donc une des composantes fondamentales de la piété catholique. La montée du protestantisme avec sa tendance vers une spiritualité plus intériorisée sembla menacer ces manifestations extérieures de la foi, puisqu’aux yeux de certains théologiens, le pèlerinage faisait au contraire obstacle au contact avec le divin par un inutile, pour ne pas dire impur détour via le monde du sensible. Telle fut, par exemple, l’attitude de la Réforme face aux pèlerinages catholiques du XVIe siècle [2].

II. Le rappel du Concile de Trente

Or, le Concile de Trente (1545-1563) préconisera au contraire la vénération de la Vierge et des saints à travers les images [3] et les reliques ou par le biais des pèlerinages. Ainsi la pratique religieuse populaire insuffla une nouvelle vie aux nombreux lieux de pèlerinages marials, ce qui allait profondément marquer la piété jusqu'au siècle des Lumières. Par exemple, vers 1552, saint Philippe Neri, (1515-1594) ordonné prêtre, proposa à tous un usage qui lui était familier, celui de visiter en deux jours, soit treize heures de marche, Saint-Jean-de-Latran (qui rappelait le patriarcat de Rome) et les quatre basiliques patriarcales, en un tour du monde idéal, ainsi impliqué dans un pèlerinage pénitentiel ; avec deux étapes supplémentaires : Saint-Sébastien, très cher au cœur de Philippe, et Sainte-Croix.[4]

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De Saint-Pierre à Saint-Paul
on méditait sur la sueur de sang au jardin des Oliviers
et sur la marche de Jésus vers la maison du grand prêtre

ignatius_loyola.jpgToutefois, l'époque de la Contre-Réforme catholique et le renouveau ecclésial qui avaient suivi le Concile de Trente, portent surtout l'empreinte de la spiritualité d'Ignace de Loyola (+1556) [5], le fondateur de la Compagnie de Jésus, dont la vision allait durablement influencer la culture religieuse du XVIIIe siècle. Tout ce dont les Réformés s'étaient défait avec incompréhension et ardeur aveugle, parce que cela choquait leur spiritualité ou leur idéal de pureté, Ignace l'enseigna en le replaçant dans le contexte plus vaste du mystère de l'Incarnation. Son activité et son influence étaient marquées de son acceptation évidente des aspects visibles de l'Église du Christ. Selon lui les cérémonies liturgiques, la décoration picturale et l'ornementation des églises, les pèlerinages et les processions constituaient le côté visible de l'Église. Ignace insistait de ce fait pour que l'on ne parlât pas uniquement de la foi, mais également de la contribution humaine sur le plan du salut. A plus d'une occasion il se référa à la vieille doctrine de l'Église qui tient compte à la fois de Dieu et de la personne humaine, de la grâce divine et de la nature. Il ne visait pas la restauration de l'Église primitive, mais sa renaissance intérieure et son renouvellement dans un esprit religieux et ecclésial.

III. Le temps de la Révolution satanique

Mais la menace la plus grave qui s'abattit sur ces bienfaisantes dévotions, fut celle de la Révolution française, qui chercha à définitivement supprimer ce qui existait depuis des siècles, interdisant sur l’ensemble du territoire et dans les plus minuscules recoins du pays toutes les activités religieuses publiques qui, selon les fous qui s’étaient emparés du pouvoir politique, « menaçaient » le nouvel ordre laïque et républicain, brisant les statues, brûlant les vierges noires qui étaient vénérées depuis des siècles par les populations. Ainsi, la période révolutionnaire marqua la fin des grands pèlerinages populaires, et l’abbaye du Mont Saint Michel, par exemple, sera transformée en prison dès 1793, et le restera jusqu’en 1863.

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L'imitation parfaite de Jésus passe par l'invocation de Marie

Il faudra donc attendre la fin de l’orage révolutionnaire, alors que les sanctuaires avaient été dévastés, les chapelles incendiées ou transformées, dans le meilleur des cas, en greniers ou prisons, le clergé assassiné et dispersé par la Convention, pour qu’émergent de nouveau les pèlerinages et les processions. De la sorte, la dévotion aux anciens sanctuaires qui se manifesta lentement au début du XIXe siècle, après les sombres années où Satan régnait en maître sur la France, sera de nouveau autorisée officiellement en 1821 sous Louis XVIII, et à Chartres c’est par un grand pèlerinage en 1873, puis un autre en 1876, que resurgit enfin de la parenthèse révolutionnaire le grand élan dévotionnel qui subsiste encore magnifiquement de nos jours. Enfin Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont le premier eut lieu en 1891.

Notes

[1] Myriam Fertet-Boudriot, Processions, Union Sainte Cécile – Strasbourg, Caecilia 4/2003.

[2] Il faut reconnaître que née de la vénération des tombeaux des martyrs, la multiplication des reliques donna lieu à quelques abus manifestes et les critiques, notamment de Calvin qui en 1543 dans le Traité des reliques dénonça la multiplication des mêmes objets dans des endroits différents (14 clous de la Croix, 4 couronnes d'épines), n’étaient pas toutes infondées. En effet si au début, les églises comptant des martyrs envoyaient gratuitement des reliques à celles qui n'en avaient pas. Les besoins augmentant, les églises occidentales enverront à Rome, du VIe au IXe s., des centaines de pèlerins qui achèteront les ossements (de chrétiens anonymes ou sans notoriété), retrouvés en masse dans les catacombes. Ainsi, après le IXe s., on exigea de plus en plus de reliques de saints célèbres (ossements ou autres souvenirs). Les croisades provoquent un nouvel afflux de reliques et un trafic florissant. A l'abbaye bénédictine de Corbie (Somme), on trouvait ainsi des reliques de Jésus (sang, cheveux, morceaux de son cordon ombilical, de la crèche, de sa serviette d'enfant, de sa croix, de son tombeau et de ses vêtements, des pains multipliés au désert) ; de la Vierge (gouttes de son lait, cheveux, morceaux de son manteau et de son voile ; 1 morceau de voile est conservé à St-Jacques de Compiègne) ; de St Pierre (cheveux et barbe, fragments de sa croix, sandales, table, poussière de son tombeau) ; de Marie-Madeleine (cheveux et parfums) ; de Zacharie, père de Jean Baptiste (os) ; de Jean Baptiste (vêtements) ; de Noé (poils de barbe) ; des Rois mages rapportées à Cologne par Frédéric Ier Barberousse en 1164. Selon Jacques Collin de Plancy (1793-1881) [Dictionnaire des reliques, 1821-22], les ossements dispersés dans les églises permettraient de reconstituer les squelettes de plusieurs centaines de milliers de saints. (On a recensé par exemple pour St Blaise 8 bras, St Pierre 32 doigts, St Matthieu 11 jambes, St Léger 10 têtes, St Étienne 8 têtes. Le corps de St Antoine de Padoue est à Padoue avec un bras supplémentaire à Lisbonne et un autre à Venise. Ste Agnès a 3 corps : à Rome, Monresa (Catalogne) et Utrecht, 1 tête à Rouen et des os à Anvers et Bruxelles. Lazare : Marseille, Avallon, Autun prétendaient avoir son corps. De Judas (qui n'était pas un saint), on présenta des reliques à Florence, St-Denis et Aix-en-Provence (les deniers contre lesquels il vendit le Christ), à Rome (sa lanterne et sa tasse), à Amras (un morceau de la corde avec laquelle il se pendit), etc.

[3] Pour reprendre le raisonnement de Jean de Damas (8e siècle), c'est par le truchement de l'image qu'on vénère l'original, c'est-à-dire la Vierge ou les saints à qui l'on adresse prières, invocations et actions de grâce. « L'être humain à la recherche du sens ultime est en même temps en partance vers des figures concrètes qui lui illustrent ce sens de façon visible et palpable. Bien sûr, le mystère reste toujours plus grand que sa représentation. Il nous est impossible de confirmer le divin dans une quelconque matière terrestre, mais nous découvrons que le Verbe incarné nous est devenu plus humain que s'il était resté à jamais l'éternel Souverain à l'horizon le plus éloigné de notre entendement. » (Mgr. Klaus Hemmerle, Aix-la-Chapelle).

[4] « Philippe et ses fidèles se retrouvaient à Santa Maria della Vallicella, pour ainsi dire chez Philippe. De là, ils se rendaient à Saint-Pierre, et c’était une étape préparatoire, qui rappelait le parcours du cénacle à Gethsémani. À Saint-Pierre commençait le chemin proprement dit : de Saint-Pierre à Saint-Paul on méditait sur la sueur de sang au jardin des Oliviers et sur la marche de Jésus vers la maison du grand prêtre ; de Saint-Paul à Saint-Sébastien on méditait sur le parcours de Jésus de la maison du grand prêtre à celle du chef du sanhédrin et sur la flagellation ; de Saint-Sébastien jusqu’à la halte-rafraîchissement, on méditait le parcours de la maison de Caïphe au prétoire de Pilate et le couronnement d’épines ; de la pause à Saint-Jean, la Passion ; de Saint-Jean à Sainte-Croix, le parcours du prétoire de Pilate au palais d’Hérode ; de Sainte-Croix à Saint-Laurent, celui du palais d’Hérode au prétoire de Pilate et la condamnation à mort ; de Saint-Laurent à Sainte-Marie-Majeure, le parcours du prétoire de Pilate au calvaire et l’ultime effusion de sang. » [Cf. Les sept églises : un parcours symbolique ]

[5] Ainsi dans son autobiographie, récit de sa vie jusqu'en 1538, saint Ignace se désigne à plusieurs reprises comme pèlerin. Selon sa propre conception, ce qualificatif ne s'applique pas seulement au pèlerin en Terre sainte qu'il fut réellement, mais aussi à celui qui considérait à juste titre son cheminement vers Dieu comme le grand pèlerinage de sa vie. Sa disponibilité croissante pour être à l'écoute de Dieu et pour se laisser guider par lui traverse comme un fil rouge toutes les péripéties et les difficultés de son existence. Or, son livret d'exercices spirituels nous renseigne sur l'importance que l'invocation de Marie a revêtue aux moments décisifs de son existence. Dans la spiritualité ignatienne, l'imitation parfaite de Jésus passe par l'invocation de Marie.

07:30 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (60) | Tags : catholicisme, foi, christianisme, république, histoire |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 23 avril 2009

L’essence satanique de la Révolution française

 ou les fondements nihilistes de la modernité

 

 

 

 

 

 

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« Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique

qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. »

(Joseph de Maistre)

 

 

 

 

carmelites_compiegne_a.jpgLa Révolution qui est survenue en France à la fin du XVIIIe siècle, faisant qu'il y a bien, malgré l'aveuglement de nos contemporains et les illusions de certains sots, un avant et un après 1789, le passage, par l'effet d'une fracture violente et radicale, entre un monde fondé sur des valeurs sacrées, et un autre livré et dominé par les puissances de l'enfer auxquelles nous sommes à présent soumis et asservis, est une révolte contre l’ordre naturel et surnaturel établi par Dieu. 

 

La Révolution, il est bon de le rappeler en ce jour de la saint Georges qui célèbre la lutte des forces spirituelles contre celles, infectes et ténèbreuses, du  dragon, est satanique dans son principe, nihiliste dans son essence, terrifiante dans ses conséquences !

 

Foncièrement antichrétienne et antireligieuse, elle s’est attaquée avec une sorte de fureur irrationnelle à l'Église, tuant son clergé, combattant sa hiérarchie, ses institutions, ses dogmes, et, pour mieux la renverser, elle a voulu arracher et détruire, par une politique systématique qui poussa la folie jusqu'à établir un nouveau calendrier afin d'effacer des mémoires le temps grégorien, définitivement les fondements mêmes du christianisme.

 

Pourtant, les acteurs qui animèrent la Révolution semblent être de simples marionnettes sans réelle influence sur le cours des choses, des pantins suspendus à des fils actionnés par des mains inconnues ; à cet égard Joseph de Maistre écrit : « La Révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. (...) Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la Révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la Révolution, c’est la Révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien quand on dit qu’elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s’était montrée d’une manière si claire dans aucun événement humain. » [1]

 

De la sorte, dirigée par des fantômes, la Révolution n’en fut que plus dangereuse, plus menaçante, car non dépendante de la décision ou du charisme d’un homme. Ne reposant pas sur la volonté de ceux qui en servent la cause, la Révolution posséda de ce fait une capacité de nuisance non maîtrisable, un devenir et une logique échappant à toutes les règles habituelles qui, jusqu’alors, régissaient l’Histoire.

 

 

Un ordre étranger de nature démoniaque

 

maistrecolour.jpgCependant cela n’exonère d’aucune responsabilité les êtres qui se sont livrés à la pire des profanations en sacrifiant l’innocente victime royale.

 

Comme le souligne Joseph de Maistre : « Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terriblesSi la souveraineté réside sur une tête, et que cette tête tombe victime de l’attentat, le crime augmente d’atrocité. Mais si ce Souverain n’a mérité son sort par aucun crime ; si ses vertus même ont armé contre lui la main des coupables, le crime n’a plus de nom. » [2]

 

L’incroyable passivité générale, la quasi indifférence dans laquelle Louis XVI fut exécuté fait de ce régicide un crime collectif : « jamais un plus grand crime n’appartint à un plus grand nombre de coupables », en conséquence : « Chaque goutte du sang Louis XVI en coûtera des torrents à la France... » [3]

 

 

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« Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre,

 c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté,

 nul n’ayant des suites plus terribles. »

 

« Chaque goutte du sang Louis XVI en coûtera des torrents à la France... »

 

 

 

 

 

Ainsi, on peut affirmer qu’un effroyable vertige criminel s’est emparé de la France révolutionnaire, est que ce mystère ne peut trouver son explication que dans un ordre d’une nature étrangère à l’intelligence humaine.

 

Pire encore, cet ordre étranger de nature démoniaque, échappe non seulement au domaine de la loi de la raison naturelle, mais aussi au règne substantiel de la vérité ontologique qui féconde et donne la vie. C’est pourquoi soutiendra Maistre : « Le mal n’a rien de commun avec l’existence ; il ne peut créer, puisque sa force est purement négative : le mal est le schisme de l’être ; il n’est pas vrai. Or ce qui distingue la Révolution française, et ce qui en fait un événement unique dans l’histoire, c’est qu’elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n’y soulage l’oeil de l’observateur : c’est le plus haut degré de corruption connu ; c’est la pure impureté. » [4]

 

 

Une « pure impureté », le jugement est implacable, mais il est certes à la hauteur de l’œuvre de forfaiture commise à l’encontre d’une institution sacrée, de l’attentat contre un monde qui avait sans doute ses imperfections, mais qui avait su protéger au fil des siècles par ses vénérables institutions les plus hautes vertus dont l’esprit est capable, respectant la bienfaisante hiérarchie des valeurs et plaçant la religion au centre de toutes les activités des hommes sur cette terre. Auparavant, comme nous le savons, les anciens levaient les yeux vers le Ciel, scrutant l’immensité en y cherchant la rassurante présence de Dieu. Le renversement du regard, la désorientation du cœur et de l’âme, le rejet de Dieu pour faire de l’homme, en l’exaltant inconsidérément, la nouvelle idole d’un culte sanguinaire, telle est l’entreprise sacrilège de la Révolution.  

 

Ceci explique pourquoi : « Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. (...) Le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l’apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l’inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tachaient de surpasser Paris ; tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde. » [5]

 

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« ...tout cela sort du cercle ordinaire des crimes,

et semble appartenir à un autre monde. »

 

 

La contre-révolution et son principe

 

Joseph de Maistre comprendra donc très bien que la Révolution ne peut être authentiquement combattue que par la mise en œuvre d’un principe inverse, d’une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire.

 

Si la Révolution est de nature satanique, écrit Maistre à l’évêque de Raguse en 1815, « elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier (c’est tout ce que l’homme peut faire) ; ensuite il agira tout seul. » [6]

 

 

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« La contre-révolution sera

pour le catholicisme et contre la démocratie ! »

 

 

 

Au fond la méthode du redressement salvateur est simple pour Maistre, il s’agit en effet de « délier le principe contraire », pour ainsi dire de le libérer, de lui rendre sa capacité d’action et d’intervention au sein de la réalité collective, de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social. Le résultat de ce redressement « contre-révolutionnaire », Maistre l’expose sans détour avec une surprenante clarté  : « Cette immense et terrible Révolution fut commencée, avec fureur qui n’a pas d’exemple contre le catholicisme et pour la démocratie ! Le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. » [7]

 

De ce fait, voici la définition la plus précise, la plus juste, la plus exacte de ce qu’est l’essence profonde de la contre-révolution, de sa perspective et son objet propre : « Le rétablissement de la monarchie qu’on appelle "contre-révolution", ne sera point une "révolution contraire", mais le "contraire de la révolution". » [8]

 

Enfin, comment ne pas citer en forme de synthèse de la conception politique maistrienne les dernières lignes du chapitre V des Considérations sur la France, lignes où Maistre prédit un possible rétablissement du christianisme et de la royauté, après leur triomphe sur les épreuves infligées par l’histoire :

 

« Français! faites place au Roi très-chrétien ; portez-le vous même sur son trône antique ; relevez son oriflamme, et que son or, voyageant d’un pôle à l’autre, porte de toute part la devise triomphale :

 

CHRISTUS REGNAT, VINCIT, IMPERAT ! »

 

 

 

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"Le Christ Commande, il Règne, il est Vainqueur !"

 

 

 

 

Notes.

 

 

[1] J. de Maistre, Considérations sur la France, ch. I. (1795). La politique expérimentale maistrienne n’a pas pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels. « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, "j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir." (Soirées..., X, Œuvres Complètes, t. V p. 188). Elle est donc avant tout révélation de l’insondabilité du divin, préludant moins à la science qu’à l’étonnement métaphysique. » (J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.) S'inscrivant intégralement dans cet étonnement métaphysique la politique de Maistre est, de ce fait, et selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’histoire. Cela signifie que la source du droit c’est Dieu, et en aucun cas la « volonté populaire », il ne peut y avoir de légitimité issue du peuple où d’une décision collective ou individuelle puisque la source de toute légitimité vient d’en haut ; le pouvoir ne reçoit son mandat que du Ciel. Récusant le principe qui se trouve logé à la base de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », Maistre rappelle : « Le corps social ne peut pas s’autocréer ; la volonté collective ne peut donc pas être la source du droit. » (Oeuvres Complètes, t. I, p. 321.)

 

[2] Op. cit., ch. II.

 

[3] Ibid.

 

[4] Ibid., ch. IV.

 

[5] Ibid., ch. V.

 

[6] Lettres et Opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, E. Vaton, Paris, 1873.

 

[7] Considérations sur la France, ch. VIII.

 

[8] Ibid., ch. X. C’est la Volonté divine uniquement qui agit dans l’histoire, les hommes n’étant que les « outils de Dieu », et tout particulièrement les souverains qui incarnent de par la dimension sacrale de leur fonction leur relation privilégiée à la Transcendance. La monarchie est donc de droit divin où elle n'est pas.   Maistre s’élève donc contre ceux qui se sont « insurgés contre la vérité » car, et ceci est l’idée majeure de la doctrine maistrienne, Dieu mène le monde vers un but de lui seul connu, il conduit, et lui seul, le destin des nations selon des voies spécifiques et particulières. De la sorte on peut dire que le peuple est gouverné secrètement par « un esprit recteur, qui l’anime comme l’âme anime le corps et qui produit la mort lorsqu’il se retire. » C’est là le sens précis de ce que l’on nomme le gouvernement temporel de la Providence, c’est-à-dire l’action directe ou indirecte de Dieu dans la marche et les affaires du monde, et parfois, à la plus grande surprise des hommes, l’apparition de la  force divine de sa justice et de son châtiment dans les événements de l’Histoire.