dimanche, 13 septembre 2009
René Guénon et le ténébreux « Roi du Monde »
ou le caractère sinistre d’une très classique
théorie occultiste

Catholique apostat et ésotériste antichrétien,
René Guénon, avec le "Roi du Monde",
réutilise un mythe puisé chez les occultistes du XIXe siècle.

« Le Roi du Monde
est en rapport avec les pensées
de tous ceux qui dirigent
la destinée de l’humanité… »


Dans « La Mission des Juifs » (1884)
l'occultiste Saint-Yves d’Alveydre, théoricien de la Synarchie,
résumait l'Histoire avec une division en quatre âges
dont le dernier : le Kali Yuga
ramenait à l'âge d'or.
La figure du « Roi du Monde », dont René Guénon (1886-1951), catholique apostat et ésotériste antichrétien, se
fit l’avocat, est plus que discutable, ceci en raison de la grande opacité qui règne sur cette appellation à l’assonance inquiétante, et dont tout indique que nous sommes ici en présence d'un mythe douteux, puisé chez les occultistes du XIXe siècle.
Guénon formula la théorie du Roi du monde, car cette théorie réalisait la perfection d’une conception ‘‘administrative’’ de l’unité des religions. Toutes les religions, selon Guénon, sont des modifications secondaires d’une « Tradition primordiale » dont le dépôt est confié à un personnage mystérieux, le « Roi du monde », entouré de tout un ensemble de ‘‘fonctionnaires’’ sacrés qui assurent les relations du « Centre primordial », situé quelque part, sous terre, en Asie, avec les diverses formes traditionnelles.
I. Sources occultistes de Guénon

Tout ce qui se trouve dans les ouvrages de Guénon,
est en réalité ce qui faisait l’essentiel
des thèses de l’occultisme.
Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur cette thèse suspecte et ridicule propagée par les occultistes, et on est frappé par la réutilisation massive
que fit Guénon des connaissances exposées chez Fabre d'Olivet (1767-1825) ainsi que celles présentées dans le ‘‘Peuple primitif’’ de Frédéric de Rougemont qui constitua pour lui une vraie mine et une riche documentation y puisant ses principales idées, en particulier celle de l'existence d'une « Tradition universelle » à la source de toutes les traditions, les notions de symbolisme, de Roi du Monde et de « Centre », les ternaires, le son originel OM, les religions asiatiques, les cycles cosmiques, etc.
Par ailleurs, Saint-Yves d'Alveydre (1842-1909), autre occultiste célèbre, qui se trouve à la limite entre ceux que Guénon a lus et ceux qu'il a connus [1], dans « La Mission des Juifs » (1884) résumait l'histoire de la connaissance depuis le déluge dans le cadre d'un Kalpa 4.320.000.000 d'années, multiple des 432.000 ans du Manvantara avec une division en quatre âges dont le dernier : Kali Yuga ramenait l'âge d'or. « La Mission de l'Inde », parue en 1910 après la mort de Saint-Yves, développait le thème du centre spirituel de l'humanité :
- « "l'Agartha", son organisation en différents cercles autour du Brahmatma, du Mahatma et du Mahanga (...) ce que Guénon reprit dans le Roi du Monde. L'ouvrage a été utilisé dans : Orient et Occident, La Crise du Monde moderne et l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues. (...)» [2]
On le constate, ce qui se retrouvera intégralement, quelques décennies plus tard, dans les ouvrages de Guénon, est en réalité tout ce qui faisait l’essentiel du discours classique de l’occultisme.
II. Recyclage des thèmes occultistes
Ce sont donc chez de vieux thèmes occultistes, que Guénon au début du XXe siècle, sous prétexte d’y "mettre de l’ordre", cherchera de fragiles éléments de crédibilité, en prenant fait et cause pour le témoignage recueilli par Ferdinand Ossendowski (1876-1945) qui fit publier un ouvrage, Bêtes, hommes et dieux (1924), dans lequel il relatait certains propos entendus à l'occasion d'un voyage qui le conduisit en Mongolie, propos assurant, accompagnés par des éléments plus ou moins tangibles, la réalité de l'existence de cette bien étrange figure royale.

Ferdinand Ossendowsky rapporta dans son livre, Bêtes, hommes et dieux, les éléments légendaires circulant en Asie parmi les populations autour de l’existence du « Roi du Monde », et considérait que cette figure servait surtout des raisons d'ordre politique, comme il le déclarera, à la surprise des auditeurs, sans nul détour lors de la table ronde réunie en juillet 1924 par Frédéric Lefèvre, rédacteur en chef des Nouvelles littéraires, en présence de l'orientaliste René Grousset (1885-1952), de Jacques Maritain (1882-1973) et de René Guénon en personne : « Aucune nation de l'Asie, dira-t-il, n'étant assez forte pour soutenir temporellement l'impérialisme de la religion jaune, cette fonction a été dévolue à une humanité souterraine et à son chef (...) en attendant le nouveau Gengis-Khan. »
En revanche Guénon, imbibé de fables occultistes, contre toute vraisemblance, prit fait et cause pour la véracité de cette thèse, et s'opposera à l'avis partagé à la fois par Ossendowsky et René Grousset, soutenant : « L'idée du Roi du Monde remonte en Asie à une haute antiquité et elle a toujours eu un rôle important dans la tradition hindoue et shivaïte qui forme le fond du bouddhisme tibétain. »
III. Désorientation spirituelle de Guénon

Selon l'occultiste René Guénon, la Charité
est "un élément sentimental secondaire" !
Maritain, de son côté, avec un très pertinent sens théologique, ayant peu de sympathie pour les fables orientales, se contentera de signaler tout
d’abord qu'il y avait dans cette appellation, une malheureuse assonance avec ce que nous apprend l'Evangile lorsqu'il affirme : « le prince de ce monde est déjà jugé » (Jean 16, 11) ; il réagira cependant vivement, à juste titre, s’agissant d’une possibilité d’enrichissement ou « d’alliance » de la pensée chrétienne par l’Orient, par ces mots qui provoqueront un très instructif dialogue avec Guénon qui identifiera dans ses propos la « Charité » en tant qu’amour de Dieu, à « un élément sentimental…secondaire » :
- J. Maritain : ‘‘…l’alliance en question ne serait pour elle qu’une inadmissible subordination et la ruine de la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, entre la nature et la grâce. La théologie, appuyée sur les principes révélés de la foi, est la science suprême…’’.
- R. Guénon : ‘‘Non pas, elle n’est qu’une détermination de la métaphysique, je parle de la véritable et authentique métaphysique. Celle-ci va bien au-delà.’’
- J. Maritain : ‘‘Nulle science ne va au-delà de la foi révélée. De plus, la sagesse hindoue n’ignore-t-elle pas de façon complète, non seulement l’ordre de la moralité proprement dite, - ce que nous appelons mérite, péché, etc. – mais aussi l’ordre de la charité ?’’
-
- F. Ossendowski : ‘‘Le peuple mongol est honnête, pacifique, profondément estimable ; il pratique l’hospitalité. Mais il n’y a en effet aucune place dans la religion jaune pour la charité au sens d’amour de Dieu.’’
- R. Guénon : ‘‘C’est là un élément sentimental et par conséquent secondaire.’’
J. Maritain : ‘‘Allons donc ! C’est une vertu toute spirituelle et toute surnaturelle. ‘‘Dieu est charité’’. C’est par elle seule que l’homme atteint la perfection, c’est par elle aussi, et par le don de sagesse qui en est inséparable, qu’a lieu la véritable contemplation. C’est par elle seule que l’Esprit peut régner parmi les hommes. Voilà le point capital sur lequel nul accord n’est possible avec l’intellectualisme absolu et l’ésotérisme hindous.’’ »
IV. Le Roi du Monde : figure ténébreuse !

"...Du cercueil commencent à sortir des banderoles
transparentes de lumière à peine visibles."
On le voit, Guénon professe des positions inacceptables du point de vue chrétien, et sa vision des plus hauts mystères de la Foi, est profondément obscurcie. Mais pour ce faire une idée de ce à quoi prête foi René Guénon, il est bon de connaître, pour notre édification, ce que rapporte exactement Ossendowski dans son texte, souvent évoqué, mais peu cité, où l’on découvre un Roi du Monde bien peu engageant, se livrant à des opérations spirites avec son prédécesseur afin de « guider » (sic) les puissants de la terre :
- « Le Roi du Monde parle longtemps, puis s’approche du cercueil, en étendant la main. Les flammes brillent plus éclatantes ; les raies
de feu sur le mur s’éteignent et reparaissent, s’entrelacent, formant des signes mystérieux de l’alphabet vatannan. Du cercueil commencent à sortir des banderoles transparentes de lumière à peine visibles.
Ce sont les pensées de son prédécesseur. Bientôt le Roi du Monde est entouré d’une auréole de cette lumière et les lettres de feu écrivent, écrivent sans cesse sur les parois les désirs et les ordres de Dieu.
A ce moment le Roi du Monde est en rapport avec les pensées de tous ceux qui dirigent la destinée de l’humanité : les rois, les tsars, les khans, les chefs-guerriers, les grands-prêtres, les savants, les hommes puissants.
Il connaît leurs intentions et leurs idées. Si elles plaisent à Dieu, le Roi du Monde les favorisera de son aide invisible ; si elles déplaisent à Dieu, le Roi provoquera leur échec. Ce pouvoir est donné à Agharti par la science mystérieuse d’Om, mot par lequel nous commençons toutes nos prières. (…).» [3].

Guénon souscrivit sans aucune réserve aux assertions rapportées par Ossendowski, et devint le vigoureux propagandiste de cette thèse qui lui permettait de trouver quelques arguments supplémentaires allant dans le sens de ses vues au sujet de la présence d'un « Centre » situé dans une zone géographique inconnue, « Centre » détenteur des éléments cachés de la « Tradition primordiale », éléments conservés entre les mains d'un monarque régnant mystérieusement, par l'effet d'une autorité supérieure d'origine « non-humaine » en tant que « Roi du Monde » .
Sa plume se fait même étonnement vibrante, et il va, dans le « Roi du Monde », jusqu’à avaliser sans pouvoir s’appuyer sur aucune preuve tangible, la véracité de ce qu’avance Ossendowski avec une rare ardeur : « M. Ossendowski dit parfois des choses qui n’ont pas leur équivalent dans la Mission de l’Inde, et qui sont de celles qu’il n’a certainement pas pu inventer de toutes pièces. »
Conclusion

Jacques Maritain dira de la doctrine de Guénon
qu'elle est :
« Un spécieux mirage qui mène la raison à l'absurde,
l'âme à la seconde mort ! »
Pour comprendre le processus intellectuel qui amena Guénon à soutenir de telles aberrants délires, il suffit simplement de considérer que, dans l'esprit de Guénon, les restes de la « Tradition primordiale », bien que voilés, n'ont jamais cessé de perdurer et ont été préservés au sein de l'Agarttha, mythique cité invisible, endroit où réside le « Roi du Monde ».
Si les enjeux spirituels n'étaient pas d'une importance si déterminante, on pourrait, éventuellement, sourire à ces rêves quelque peu naïfs, porteurs d'un onirisme mythologique enfantin et imaginatif. Mais le caractère propre de ces affirmations amène, ceux qui y donnent leur consentement, à soutenir de telles aberrations au niveau de la foi et des fondements de la Révélation, qu'il faut se garder d'une trop grande bienveillance à leur sujet sous peine de se trouver en présence de convictions inacceptables, foncièrement négatrices des vérités de l'Ecriture.

Que la terre pût posséder un « Roi du Monde », ou plus exactement un « Prince », tout nous le confirme puisque nous trouvons sa noire présence à tous les moments de la Révélation [3]. Mais que ce peu fréquentable monarque, irréductible adversaire de l'Eternel selon l’Ecriture, soit pourvu des attributs sacrés de la dignité sacerdotale, est une autre affaire, et l'on ne peut que convenir que c’est sans doute par l’effet de sortilèges maléfiques, que Guénon, profondément désorienté spirituellement, souhaita lui conférer un tel degré de reconnaissance sur le plan traditionnel.
Jacques Maritain, qui établira rapidement la nature antichrétienne de la pensée de Guénon, définira solennellement la pseudo-connaissance ésotérique de Guénon qui voulait en faire l'herméneutique générale de la Tradition, comme : "un spécieux mirage qui mène la raison à l'absurde, et l'âme à la seconde mort !" [5] On conviendra, à la lumière de ce qui vient d'être exposé s'agissant de la nature du "Roi du Monde", qu'il ne se trompait pas !
Notes.
1. S'il ne le rencontra pas lui-même, il fréquenta jusqu'à sa mort en 1921 un de ses disciples les plus remarquables Charles Barlet (1838-1921).
2. Cf. J.-P. Laurant, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, ch. II. ‘‘Sept ans d'occultisme’’, 'Age d'Homme, 1975, pp. 27-41.
3. F. Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux, 1924, ch. 47 & 48.
4. Ce « Prince », ce « Roi du Monde », de son vrai nom Satan, est « plein de sagesse et parfait en beauté » (Ezéchiel 28, 12), il est capable de se dissimuler sous les traits d'un « ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 14). Dominant sur tout ce qui existe, il est bien le « dieu », l'effectif « Roi du monde » des êtres trompés, et c'est pourquoi, à son tour, saint Jacques nous prévient : « Ne savez-vous pas que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu ? Quiconque voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu. » (Jacques 4, 4).
5. J. Maritain, Les Degrés du Savoir, 1932.
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vendredi, 01 mai 2009
L’Ordre noir des Illuminati !
ou la vérité cachée derrière une
fantasmagorie cinématographique anticatholique
intitulée ‘‘Anges et Démons’’

+ I L L U M I N A T I +
La recette du roman de Dan Brown ‘‘Anges et Démons’’ , adapté pour le cinéma, et dont l’énorme bruit médiatique est difficilement évitable, tient en quelques lignes : une secte antichrétienne, les Illuminati, veut détruire le Vatican… A Rome, alors qu’un conclave est réuni pour élire un nouveau pape (l’ancien a été évidemment assassiné !), au coeur du Vatican une invention menace d'annihiler la cité sainte. Les Illuminati, société secrète qui fut créée pour venger la mémoire du savant Galilée (1564-1642), semblent enfin tenir leur revanche sur leur ennemi de toujours : l'Église catholique. Le compte à rebours est lancé. Les héros peu crédibles de cette bouffonnerie stupide, se jettent donc dans une course folle au travers des rues de Rome à la recherche du refuge secret des Illuminati, ultime chance de sauver le Vatican.
Le problème, car il y en a bien un qui justifie cette note, c’est que les ingrédients de cette ridicule et médiocre fiction brownienne sont présentés
comme autant de vérités historiques, et que les thèses stupides qui sont présentées dans cet opus de mauvais goût, risquent fort de devenir, pendant un temps, le nouveau credo des ignorants, faisant que le livre et le film risquent de remplacer la « Bible » pour tous ceux qui regardent l’Eglise comme une puissance mafieuse qui cache, depuis des siècles, de sombres secrets. D’ailleurs, pour mieux jouer sur l’ambiguïté, au début du récit, l’auteur explique doctement à son public émerveillé : « Tous les tombeaux, sites souterrains, édifices architecturaux auxquels se réfère cet ouvrage existent bel et bien. Quant à la confrérie des Illuminati, elle a aussi existé… » Nous voilà rassurés !
Un thriller pseudo théologique
Certes tout est très classique dans Anges et démons, qui n’a pour seule originalité en tant que médiocre thriller appuyé sur des effets spéciaux lourdingues, que celle d’utiliser le décor fascinatoire du Vatican comme toile de fond. Nous le savons, des dizaines de cinéastes, sachant le caractère attractif du mystérieux catholique sur les gogos, s’y sont essayés depuis des décennies, avec des succès variables et, comme toujours, en usant des grosses ficelles du métier pour faire de l’audience. Le problème, c’est que Dan Brown risque d’embarquer avec lui, dans un monde dominé par la crasse ignorance, des millions de lecteurs sans culture religieuse, ce qui est beaucoup plus grave
La secte des Illuminati a bien existé…
Dans le Da Vinci Code, Dan Brown nous apprenait sans rire, que Jésus et Marie-Madeleine s’étaient aimés et avaient conçu une descendance. Avec Anges et démons, il nous explique que les avancées de la science vont bientôt permettre de percer le secret de la création du monde, ce dont, évidemment, l’Eglise craint la révélation car cela remettrait en doute ses dogmes. Ainsi, les Illuminati, qui comme chacun sait rongent leur frein depuis des siècles, sentent que l’heure est venue pour eux de sortir de leur clandestinité et de divulguer à la face du monde ce que l’Eglise nous cache.
Marco Fibbi, attaché de presse du Vatican, déclarait avec mécontentement : « En temps normal, nous lisons les scénarii qui nous sont proposés. Là, ce n'était pas nécessaire. Le nom de Dan Brown nous a suffit. La plupart des films reçoivent des autorisations tant qu'ils respectent la tradition de l'Église. Anges & Démons est le vecteur de nombreux fantasmes qui risquent de nuire aux croyances religieuses les plus simples. Comme cela a été le cas pour The Da Vinci Code. » De son côté, le président de la Ligue Catholique pour les Droits Civils et Religieux, William Donohue, s'est emporté dans une tribune sur le New York Daily News en ces termes : « Un défi en particulier attend notre nouvel évêque. Dan Brown et Ron Howard ont une nouvelle fois collaboré pour s'attaquer à l'Église catholique avec des fabulations méprisantes. Le message véhiculé est diffamatoire : l'Église catholique qui a combattu pour l'ouverture des Universités au Moyen Âge plus que n'importe quelle institution y est décrite comme le chantre de l'obscurantisme. (…) Ron Howard est fou de penser que le Vatican pourrait aimer son travail. Un prêtre canadien en civil s'est infiltré dans l'équipe pendant le tournage à Rome et nous a rapporté combien ils détestaient le catholicisme. Il est temps d'arrêter de raconter des bobards. ». Enfin, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican a déclaré que le film était : « un pot pourri de mensonges, un cocktail d'inventions fantasmagoriques. »
Logiquement, le Vicariat de Rome n’a donc pas voulu collaborer au film, les producteurs américains, peu scrupuleux, n’ayant pas hésité à demander aux responsables de l’Eglise catholique à Rome l’autorisation de tourner des scènes dans les églises de Santa-Maria del Popolo et de Santa-Maria della Vittoria. Le Père Marco Fibbi, responsable du bureau de presse du diocèse de Rome, déclara ainsi à la revue italienne « TV Sorrisi e Canzoni » : « Nous prêtons souvent nos églises à des productions qui ont une finalité ou une compatibilité avec le sentiment religieux. Mais le diocèse de Rome ne le fait pas quand un film a une ligne fantaisiste qui blesse le sentiment religieux commun ».
Une vérité historique
Or, ce qui est intéressant, c’est que la secte des Illuminati a bien existé, mais à la fin du XVIIIe siècle. Rien à voir, donc, avec Galilée, décédé deux siècles plus tôt. Et encore moins avec Le Bernin, de son vrai nom Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), célèbre artiste, qui aurait été, selon les fantaisistes thèses de Dan Brown, un des membres les plus influents de la secte. Le jeu de piste à travers la Rome contemporaine, imaginé par Dan Brown pour retrouver la fameuse bombe, reposant entièrement sur les œuvres (et donc la complicité) de l’artiste, relève d’une imagination fertile et fantaisiste, l’écrivain américain prenant des libertés incroyables avec la vérité historique pour se livrer à des élucubrations grotesques.
Mais la manipulation rencontre néanmoins une trace de vérité : les Illuminati, venant de la franc-maçonnerie, travaillent bien à fomenter depuis le XVIIIe siècle un gigantesque complot contre le Vatican. Faisant que depuis plusieurs siècles, les « initiés » infiltrent tous les rouages du « pouvoir mondial » pour imposer leur vision laïque et déchristianisée de l’Univers, ce qu’ils sont parvenus à réaliser de façon remarquable.

Le Bernin aurait été, selon Dan Brown,
un membres des Illuminati
En effet, les Illuminés de Bavière (ou Illuminati), en allemand der Illuminatenorden, furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt [1], elle eut à faire face à des dissensions internes avant d'être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785. 
De nombreuses théories démontrèrent le rôle joué par les Illuminati dans la Révolution, et mirent en lumière le fait que l'ordre des Illuminati survécut à son interdiction et qu'il serait responsable, outre de la Révolution française, mais de nombreux complots contre l'Église catholique.

« Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée :
le plus possible et le plus vite possible. »
Par exemple, les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme de l'abbé Augustin Barruel (1741-1820) [2] soutiennent une théorie selon
laquelle les Illuminés de Bavière d’Adam Weishaupt, infiltrèrent la franc-maçonnerie [3] afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, de manière à libérer l'humanité de la superstition et des mythes de l’Eglise.
Cette thèse, montre que la Révolution française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminés et les jacobins. Et il faut reconnaître que les Illluminati, porteur d’une ténébreuse doctrine, voulaient remplacer toutes les religions par l’humanisme et mettrent à mort les tyrans.
Barruel démontre, que la Révolution a été préparée dans les loges maçonniques [4], et suivant les instructions secrètes des Illuminés de Bavière ou Illuminati.
Leur but avoué était de :
- détruire la famille par la suppression du mariage,
- anéantir l'autorité paternelle et maternelle par la main-mise de l'état sur l'enfant,
- la suppression de la propriété privée par le monopole d'état et le collectivisme et au besoin par la spoliation brutale"...
- l'établissement d'un "gouvernement dominateur universel".
Les Illuminati déclaraient :
"Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible."
"La grande force de notre ordre réside dans sa dissimulation."
Le pervers projet des Illuminati
Cette organisation pyramidale se constitua en franc-maçonnerie, et son fondateur, Weishaupt y porta le titre de « Général » assisté par un « Conseil Suprême » formé de ses premiers compagnons, qu'il appelait « aréopagites ».
Seule la direction de l'organisation connaissait ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » devaient observer une période probatoire d'environ deux ans avant d'accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprenait des thèmes et des dénominations de l'Antiquité. Le recrutement resta limité à la Bavière et ne dépassa pas quelques dizaines de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décida de renforcer son organisation en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « La Prudence » .

On pourrait se débarrasser des Prêtres
par la restauration de la religion naturelle,
et réunir les hommes dans une seule société
en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité
Dans son ouvrage, l’abbé Augustin Barruel prédisait fort justement :
- « Le Dieu que votre apostasie irritait chaque jour, laissa cette nuée de sophistes s'enfoncer dans l'abyme des Loges; et là, sous le voile des jeux maçonniques, les adeptes réunirent leurs conspirations contre l'Autel, contre le Trône, contre toute grandeur. Les adeptes se multiplièrent autant que les sophistes. Sous les auspices d'un nouveau sage, ajoutant l'impiété à l'impiété, les blasphème au blasphème, se forma, sous le nom d'Illuminés, une nouvelle secte, méditant, comme le héros de votre apostasie, d'écraser Jésus-Christ; et comme les élèves de ce héros, jurant de vous écraser vous-mêmes; et comme toutes les sectes des brigands, d'écraser tout empire des lois. » [5]
Mais on lira surtout avec attention la doctrine des Illuminati à l’égard du christianisme, et ce en quoi consistaient ses projets vis-à-vis de la religion et de l’Eglise.
On constatera avec surprise, combien les vues exprimées par Weishaupt et ses adeptes se sont accomplies d’une manière impressionnante :
- « Le grand mystère de l’Ordre par rapport à la Religion, consistait dans la doctrine : que le christianisme n’était fondé que sur l’imposture et la superstition et qu’en récompense le Déisme, la re1igion de la Raison ou le Naturalisme, étaient la vraie religion. les principes qu’on avait établis sur la Religion, ne tendaient qu’à anéantir les prêtres auxquels on donnait le titre d’imposteur ; ceux du système politique, qu’on avait posés devaient détruire tous les princes qu’on appelait tyrans et oppresseurs. On les traita tous les deux de méchants auxquels l’Ordre devait faire une guerre continuelle pour s’en débarrasser comme de personnes tout à fait inutiles et pour les faire disparaître de la surface de la terre. Les autres règles et maximes qu’on avait prescrites étaient conformes à ces principes.
[…]
- Par rapport à la Religion on substitua au Christianisme le Naturalisme ; et pour tromper ceux qui avaient encore de la vénération pour le nom de Christ et pour le Christianisme, et qui se seraient éloignés en tremblant q’ils avaient vu que pour être Illuminés il fallait rejeter le Christianisme ouvertement, on ne laissa pas d’insinuer que Jésus-Christ lui-même n’avait pas eu d’autre but que de faire valoir la religion naturelle et de la rendre universelle et qu’on exécuterait son plan, si l’on travaillait à la restauration de cette religion, toujours empêchée par les Prêtres qui, par là, avaient donné l’origine à tant de sectes chrétiennes. On avança hardiment que c’était l’esprit du Christianisme et qu’il avait été transmis par le canal de la discipline secrète (disciplina arcani) et de la maçonnerie aux Illuminés, qui pouvaient se glorifier avec raison d’être en effet les seuls chrétiens. Pour prouver ces choses extravagantes et dangereuses, on ne manqua pas de pervertir le sens de plusieurs passages de la Sainte Ecriture et d’interpréter en mal les hiéroglyphes de la maçonnerie…
Toute religion révélée n’est que du Non-Sens,
tout pouvoir ecclésiastique
n’est qu’une usurpation des Droits de l’homme
[…]
On pourrait se débarrasser des Prêtres par la restauration de la religion naturelle et réunir les hommes dans une seule société en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité… Cette Secte infernale avait pris pour fondement de son Système la proposition fausse et dangereuse qu’une bonne intention était suffisante pour justifier et sanctifier chaque action quels que fussent les moyens dont on se servit pour la faire. En conséquence de ce principe les Illuminés se permirent les ruses les plus atroces, pour exécuter les desseins qu’ils avaient formés contre la Religion … leur projet était de détruire le Christianisme, Toute religion prétendue révélée n’étant que du Non-Sens, tout pouvoir ecclésiastique n’est qu’une usurpation injuste et dérogeante aux Droits de l’homme. Il faut absolument délivrer le genre humain de cet empire de l’imposture. Voilà le premier but de l’Ordre ; pour y atteindre la première chose à laquelle il faut s’obliger par serment, c’est la haine du Culte quelconque..
[…]
L’inscription qu’on pourra mettre sur les ruines des trônes,
des débris des autels et les monceaux de cendres qui couvriront
en peu de temps toute l’Europe,
peut être conçue dans ces deux mots :
‘‘L’ouvrage de l’Illuminatisme !’’ » [6]
Notes
[1] Né le 6 février 1748 a Ingolstadt, en Allemagne, Adam Weishaupt, juif ashkénaze, fut converti au catholicisme et reçut l'enseignement des jésuites. Après ses études, il devint en 1775 professeur de droit canonique à l'Université d'Ingolstadt, en Bavière. En 1777, il fut initié à la loge Théodore du Bon Conseil, à Munich. Il créa au sein de l'université où il enseignait un mouvement rebelle qui lui fit perdre sa chaire. La conspiration des Illuminés de Bavière, dont il n'était probablement pas le seul auteur, fut mise au jour en 1785. Après 18 mois d'enquête difficile, tant l'administration bavaroise avait été infiltrée par ses adeptes, il fut banni d'Allemagne en 1787. Il est décédé le 18 novembre 1830 à Gotha et renia toujours de la foi catholique.
[2] Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 5 vol., P. Fauche, 1798-1799. Rééditions : Hambourg, P. Fauche, 1803 ; Édition revue et corrigée, 1818 ; Abrégé par E. Perrenet éd. Paris, La Renaissance française, 1911 ; avec un introduction de Christian Lagrave, Diffusion de la pensée française, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 1974 ; Extraits sous le titre : Spartacus Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière, Ventabren, Les Rouyat, 1979 ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989 ; Éditions de Chiré, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 2 t., 2005. Historien et jésuite français, né le 2 octobre 1741 à Villeneuve-de Berg (Vivarais) où il mourut le 5 octobre 1820. A. Barruel entra dans la Compagnie de Jésus, séjourna en Autriche, Bohême, Moravie, Italie, Rome, etc. Il revint en France à la dissolution de son Ordre et se consacra tout entier aux travaux philosophiques et historiques. Il a été un des premiers historien à dénoncer, non sans mal, les origines maçonniques et véritablement diaboliques de la Révolution Française. Plus les jours devinrent mauvais, plus l'abbé Barruel déploya de zèle et de vigilance... Traqué et poursuivi, il dut se réfugier en Angleterre... Il y publia une Histoire du Clergé pendant la Révolution. C'est là aussi, à Londres, qu'il conçut et commença à publier son grand ouvrage: Mémoires pour servir à l'Histoire du jacobinisme (1797-1798). Pendant l'Empire, il se tint à l'écart. Napoléon le soupçonna d'avoir propagé le Bref de Pie VII et le fit emprisonner à l'âge de 70 ans. Il fut inquiété de nouveau sous les Cent Jours. Sur lui, pèse, bien entendu, la conspiration du silence qui poursuit tous ceux qui se sont attachés un peu sérieusement à démasquer les agissements de la Secte. (Cf. Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220, note 113).
[3] La maçonnerie, comme il est prouvé par les documents historiques de cet Ordre, s’était éloignée immensément au XVIIIe siècle de sa Constitution chrétienne primitive. Rejetant les fondements spirituels religieux qui étaient à sa base, elle avait dévié vers un déisme favorisant l’indifférentisme et l’éloignement à l’égard de l’Eglise. Toutefois, on se gardera d’identifier le terme d’ « Illuminés », employé pour désigner les membres du mouvement dirigé par Adam Weishaupt (1748-1830), à une quelconque marque de sensibilité transcendante ou « mystique ». En effet, les « Illuminés » de Weishaupt étaient, tout au contraire, habités par un unique souci, fort concret et matériel, celui d’établir, par la violence et la déchristianisation, un modèle utopique de société basé sur la justice sociale et l’égalité.
La secte des illuminés de Bavière était structurée et organisée en trois classes et treize grades :
1. Première classe – Pépinière :
* Cahier préparatoire
* Noviciat
* Minerval
* Illuminé Mineur
2. Deuxième classe – Franc maçonnerie:
* Apprenti
* Compagnon
* Maître
* Illuminé Majeur ou Novice Ecossais
* Chevalier Ecossais
3. Troisième classe – Mystères:
* Petits Mystères- Prêtres
* Petits mystères- Princes
* Grands Mystères- Mages
* Grands Mystères- Roi
[4] Dan Brown parle des visées expansionnistes du groupe aux Etats Unis dans les termes suivants : "Les Illuminati procédèrent par infiltration et aidèrent des banques, des universités et des industries pour financer leur but ultime : la création d'un seul Etat mondial unifié - une sorte de Nouvel Ordre mondial séculier". D'autres parlent de procédés criminels, chantage, assassinat, contrôle des banques, corruption, infiltration de secteurs stratégiques... Une vaste conspiration mondiale, une entreprise de corruption vers l'incroyance.
[5] Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 289-291.
[6] Histoire de l'Illuminisme par le Dr Starck à l'intention du père Barruel, 1797, in M. Riquet, Augustin de Barruel, un Jésuite face aux jacobins francs-maçons, Beauchesne,1989, pp. 150-190.
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