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samedi, 01 août 2009

Kraftwerk : le départ de Florian Schneider


par Radek

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Florian Schneider-Esleben

 

florian-schneider.jpgCertes l’information du départ de Florian Schneider, relayée discrètement par les médias spécialisés, n’est pas très nouvelle, puisque la décision, annoncée sur le site officiel du groupe [1], de se retirer; a été annoncée en janvier 2009, toutefois, pour tous ceux qui s’intéressent, ou se sont intéressés au courant musical électronique des années soixante dix, dont les membres de Kraftwerk furent à la fois les précurseurs et les maîtres incontestés, il y a là comme le sentiment d’un changement radical d’époque, et il n’est pas superflu, profitant de la relative détente de l’été, de rendre un hommage particulier à la figure singulière de celui qui était devenu l’un des visages emblématiques de la structure musicale de Dusseldörf, qui nous erst très sympathique pour diverses raisons, dont cette position catégorique :

« Vous voyez, un autre groupe, comme Tangerine Dream, même [si il est] allemand, [il a] un nom [en] anglais, [ce qui sous-entend] une identité anglo-américaine, ce que nous dénonçons complètement. Nous voulons que le monde entier sache que nous sommes originaire d'Allemagne, parce que la mentalité allemande — qui est plus évoluée — fera toujours partie de notre comportement. Nous créons à partir de la langue allemande, notre langue maternelle, qui est très mécanique ; nous utilisons cela comme base de notre musique. [...] Après la guerre, l'industrie du spectacle en Allemagne était détruite. Le peuple allemand s'est vu dépossédé de sa culture, au profit de la culture américaine. Je pense que nous sommes la première génération née après la guerre à renverser tout ça, à savoir où ressentir la musique américaine et où nous ressentir nous-mêmes. Nous ne pouvons pas nier le fait que nous sommes allemands.  »  [2]

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"Nous voulons que le monde entier sache
que nous sommes originaire d'Allemagne.
Le peuple allemand s'est vu dépossédé de sa culture,
au profit de la culture américaine. "

 

pic8_90[1].jpg le 7 avril 1947 en Allemagne, Florian Schneider-Esleben était avec Ralf Hütter, l'un des deux membres fondateurs de Kraftwerkskin_10[1].jpg constitué en 1970. Les deux amis s’étaient rencontrés en 1968 alors qu'ils étaient étudiants au conservatoire de Düsseldorf, et jouaient ensemble dans un groupe d'improvisation très contemporain appelé Organisation. Florian, qui pratiquait tout d’abord la flutte et le violon, fut sans doute le premier, à partir de l’album Ralf und Florian en 1973, à porter le strict et austère costume trois pièces, qui deviendra l’uniforme général des quatre membre du groupe dès le célèbre hymne de l’année 1975 : Radio-Activity, et qu’il garderont jusqu’à leur engouement pour le cyclisme. Florian avait indéniablement le secret des poses hiératiques, de la distance silencieuse, et une sorte d’ascèse naturelle qui lui donna une originalité unique.

 

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Album Ralf und Florian (1973)

 

Ainsi, à l'âge de 62 ans, et après quarante ans de bons et loyaux services, Florian Schneider s’éloigne de Ralf Hütter, alors même que l’on pouvait imaginer le duo inséparable, tant les deux musiciens semblaient extrêmement liés et constituaient l’un et l’autre l’âme de la formation mythique [3].

D’ailleurs à l’idée d’une séparation, Ralf avait toujours exprimé le caractère improbable d’une telle hypothèse. Au journal Rock & Folk qui leurkraftwerk_kling_klang.jpg demandait s’il était concevable que les deux membres se séparent, Ralf Hütter répondait un jour : « On a essayé, mais ça n'a pas marché. Notre entente est trop stimulante: nous avons découvert beaucoup de choses parce que nous étions ensemble, et la solitude n'aurait pas pu nous faire parvenir là où nous sommes maintenant. C'est une dualité nécessaire… Kling-klang. (…) Bien sûr, avec Florian nous faisons de la musique ensemble depuis dix ans, alors nous comprenons sans même échanger un mot, de façon para-psychologique, alors qu'eux [Wolfgang Flür et Karl Bartos, NDLR] ne travaillent à nos côtés que depuis trois ans et ne pénètrent que petit à petit dans l'univers Kraftwerk. Notre musique, nous ne pourrions pas la jouer avec n'importe qui. Il est indispensable de se comprendre, car l'humour électronique n'est pas évident pour tout le monde. » [4]

De même, à une question similaire, posée par un journaliste du Chicago Sun-Times en ces termes : Pouvez-vous imaginer un album de Kraftwerk sans Florian ? Ralf Hütter affirmait : "Non, non ce n'est pas possible. Kraftwerk est conçu ainsi, c'est la stéréo. Henning Schmitz travaille également avec nous depuis 20 ans. Il vient en tournée avec nous et travaille comme ingénieur musical en studio depuis que nous avons débuté le concept de Tour de France en 1982 ou 1983. Nous avons également une relation sur le long terme avec notre ingénieur informaticien Fritz Hilpert. Il s'est occupé de notre équipement pour la scène, ce que vous avez pu voir à Chicago."

 

 

kraftwerk_tour_de_france.jpgOr, aujourd’hui, cette supposition impossible est devenue réalité, l’entreprise sonore germanique qui a bénéficié d’un succès mondial, ne comporte plus qu’un membre fondateur. Il était donc normal, ayant déjà sur La Question consacré une note à ce groupe, et alors que le Tour de France, dont nos amis allemands ont si brillamment su chanter le lyrisme sportif, vient de s’achever, de saluer avec sympathie la haute figure de Florian Schneider et de souhaiter qu’il goûte enfin entièrement, lui relativement timide et solitaire qui détestait la foule et les ambiances de concerts [5], la sérénité d’une vie paisible et anonyme à laquelle il aspirait.

Est-ce pour autant les prémisses d’un fin prochaine de Kraftwerk ? On pourrait le penser, toutefois Ralf Hütter, véritable tête pensante de la formation, a répondu à cette interrogation de la façon suivante, de nature à calmer toutes les inquiétudes :

« Kraftwerk est permanent. La pérennité est un concept central dans l'art. Nos sons et nos programmes sont immortels. Beethoven avait une très mauvaise écriture, surtout à la fin de sa vie, et les spécialistes s'empoignent encore sur l'interprétation de telle ou telle notation. Grâce à l'ordinateur, quelqu'un d'autre pourra continuer ce que nous faisons. les sons de Kraftwerk sont numériques, il n'y a plus de bande, tout est sur disque dur: lorsque nous seront partis, disparus, quelqu'un d'autre pourra travailler sur le sons. Déjà, les gens samplent ces sons de nos disques, là, quelqu'un pourrait travailler sur les programmes. »

 

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Music Non Stop !

Notes.

[1] Le 5 janvier 2009, l’annonce suivante a été publiée sur le site de Kraftwerk : “Florian Schneider leaves Kraftwerk after a 40 years partnership with Ralf Hütter. This partnership has generated an incredible music and huge advances in music technology. Florian is a great musician, always seeking the perfect sound through technology. Refined and perfected sounds and vocoders to impossible levels of perfection. Our thanks for the state of art that led to Kraftwerk's music all these years. And our wishes for success Florian's new projects as well as to this new Kraftwerk”

[2] Ralf Hütter, Creem magazine, 1975.

[3] C’est Stefan Pfaffe, déjà responsable du son depuis longtemps qui, dorénavant, remplacera Florian sur scène. La formation actuelle est donc composée de Ralf Hütter, Fritz Hilpert, Henning Schmitz et Stéphane Pfaffe.

[4] Rock & Folk, mai 1978.

[5] Il n’était pas rare, et j’en ai été le témoin direct à plusieurs occasions lors des tournées françaises du groupe, de croiser Florian fuyant littéralement les journalistes, habillé très modestement, casquette sur la tête, se mêlant discrètement à la population dans les rues des villes afin de s’y promener incognito en toute tranquillité.

 


09:05 Publié dans De la musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : kraftwerk, electro, allemagne, tour de france, cyclisme |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 19 octobre 2008

KRAFTWERK: DES ROBOTS HUMAINS...TROP HUMAINS!

par RADEK

 

 

 

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Nul n’a pu oublier le mythique groupe allemand Kraftwerk et le concept mythique de robotisation lié à son discours théorique. Avec une image à la froide rigueur, une esthétique singulièrement géométrique, la formation tranchait d’avec les mœurs et attitudes de la pop-music des années 70’s, et cela faisait, avouons-le, grand bien à l’époque. En avance de façon extraordinaire sur son temps, et plus particulièrement au sein du  Krautrock et de la  Kosmische Musik, Kraftwerk inaugura toutes les tendances qui se feront connaître ensuite sous le nom générique de « techno », initiant au passage l’immense vague  « électro-industrielle ».


Une réputation de grande intégrité et d’impeccable discipline, suivait les quatre musiciens du groupe, réputation renforcée par les poses hiératiques à l’indifférente distance savamment calculée qu’ils s’employaient, avec un effort soutenu et un insistant rappel arborant constamment, dans un style soigné,  costumes et cravates, à montrer au public. Nous étions sous le charme. Par ailleurs la dépersonnalisation alla si loin, certains n’hésiteront sans doute pas en ces pages à parler de « désincarnation », que l’on vit les quatre étranges acteurs de Kraftwerk créer des doublures artificielles d’eux-mêmes qu’ils installèrent sur scène afin de les remplacer lors de l’exécution de quelques titres, dont en particulier le célèbre hymne after-punk et pro-soviétique: "We are the Robots"

 

 

 



 

 

Or, une révélation surprenante, venant de quelqu’un hautement impliqué dans l’histoire du groupe pendant plusieurs années, soit l’ancien percussionniste : Wolfgang Flür, a brisé il y a peu cette illusoire image de papier glacé. En effet s’étant décidé à publier un ouvrage de souvenirs intitulé : « Kraftwerk, j’étais un robot », Wolfang Flür, lève le voile sur la réalité existentielle effective qui présidait au quotidien de la formation. On découvre ainsi, au détour de quelques anecdotes curieuses, le comportement plus que détestable, égocentrique et autoritaire des deux fondateurs : Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben (lesquels firent tout pour interdire la publication de l'ouvrage outre-Rhin), conjuguant, avec une autocratique domination, narcissisme exacerbé, mise à l’écart assez basse, manœuvres suspectes, et, peut-être, le pire pour des compositeurs, appropriations d’inventions et même usurpation de morceaux élaborés par d’autres. D’ailleurs la situation et le désaccord prirent un tour si tendu, que Wolfang Flür et Klaus Rôder, l'autre percussionniste, furent sèchement remerciés en 1987, pour, comble de grinçante ironie : « inutilité musicale ! »

Combien se confirment donc les vues considérées, assez légèrement par un manque d’examen attentif, comme excessivement pessimistes sur la nature des créatures, et se brisent, radicalement, les postures préfabriquées par trop abstraites et idéalistes, oublieuses des éléments négatifs qui, depuis l’origine, structurent et constituent l’homme réel. Ce nouvel épisode de désillusion, illustre avec force le fait que la vertu professée en mode simplement naturel est toujours le masque qu’utilise le vice pour se dissimuler ! En effet : « La vertu humaine veut avoir un grand nombre de témoins et d’approbateurs, mais sa vraie inclination n’est pas d’être, mais de paraître. La vraie vertu ne se soucie que d’être ; elle est même bien aise quand on l’ignore ; et ceux qui la pratiquent avec le plus de perfection ne demandent point d’autre témoignage que celui de leur conscience. » (J. Esprit, La Fausseté des vertus humaines, Aubier, 1996, p. 530.)    



A lire :  « Kraftwerk, j'étais un robot »,de Wolfang Flür, Camion blanc, 415 p. Rens. : www.camionblanc.com

Voir également :

 

Culturopoing.com/


Le Tour de France, Kraftwerk et la critique-machine

 

 

 

 

 

 

20:47 Publié dans De la musique | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : musique, musiques, concert, kraftwerk, techno |  Imprimer | | | | | Pin it!