samedi, 23 octobre 2010
La Papauté de droit divin
La Monarchie pontificale et la Royauté éternelle
« Le droit divin de la primauté apostolique
place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église. »
Pastor Aeternus, 1870.
L'origine du pouvoir pontifical, beaucoup l’oublient, vientdirectement de Dieu qui a donné au Pape la souveraineté universelle, absolue, la suprême puissance non seulement dans l'ordre spirituel, mais encore dans l'ordre temporel, soumettant les princes de ce monde à l’autorité de celui qui est le Vicaire de Jésus-Christ, Roi spirituel et successeur de saint Pierre, faisant de l'Eglise une vraie et pure monarchie d’origine divine.
Si l’on ne se contente pas d’une ecclésiologie étroitement limitée au droit canonique disciplinaire, mais que l’on examine véritablement, et avec une attention exigeante, la nature du principe de la souveraineté pontificale, on est alors capable de percevoir en quoi l’Eglise tout entière est fondée, constituée, édifiée sur le « droit divin » du Pape, droit devant lequel tous les autres droits, sans exception aucune, et notamment le droit disciplinaire, s’effacent absolument.
Ire Partie.
L’Eglise est une monarchie fondée sur le droit divin
I. Le Pape est un monarque de « droit divin »
En effet, le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué une
monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin » [1], face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme. Mgr Sauvé, théologien pontifical et consulteur de la Sainte congrégation de l’Index, explique très bien en quoi le Pape est de « droit divin », en ce sens qu’il exerce un pouvoir « absolu » qui ne dépend ni ne relève d'aucune autorité ecclésiastique et évidemment encore moins d’un pouvoir temporel, commandant tous les fidèles et l’ensemble des clercs. Il écrira, au sujet du droit divin du pape, ces lignes importantes : « Le concile du Vatican, en proclamant la souveraineté du Pape, a déclaré par là même quelle est la constitution de l'Eglise ou sa forme gouvernementale. Cette constitution est simple et admirable, comme toutes les oeuvres de Dieu. L'unité devant être un des caractères distinctifs de la société des croyants, Jésus-Christ a voulu assurer cette unité au moyen de l'unité de gouvernement, personnifié dans l'unité de chef. De tous les régimes, en effet, le régime d'un seul étant, sans contredit, le plus apte à maintenir l’unité dans une société quelconque, Notre-Seigneur a préféré pour son Eglise la forme monarchique aux autres formes de gouvernement. Tant qu'il est resté sur cette terre, le Christ a été le chef unique, le monarque visible, comme homme, et invisible, comme Dieu, de l'Eglise fondée par lui. Depuis sa glorieuse ascension, il n'a pas cessé d'en être le roi invisible et de verser sur elle ses célestes influences; mais en emportant au ciel sa chair glorifiée, il a dû laisser à sa place quelqu'un qui tînt les rênes du gouvernement visible de la société chrétienne. Ce quelqu'un, qui est son lieutenant, son vicaire, c'est le Pape, fondement, tête et centre de l'Eglise. Le Pape est donc le dépositaire visible de la puissance spirituelle du Christ : c'est lui que le divin Sauveur a établi, dans la personne de saint Pierre, le fondement, la base, la pierre angulaire de la société des croyants; c'est à lui que Notre-Seigneur a donné les clefs de son royaume, c'est-à-dire la souveraine puissance; c'est lui qu'il a établi le pasteur suprême de son troupeau. (…) Ce qui revient à dire que la puissance ecclésiastique se trouve à son plus haut degré concentrée dans les mains du souverain Pontife…monarque suprême et n'ayant ni égal, ni associé dans sa souveraineté (…) Le Pape donc est le suprême monarque de l'Eglise, investi par Dieu du droit de la gouverner d’une façon souveraine et indépendante de qui que ce soit ici-bas. » [2].
« Si donc quelqu’un dit
que ce n’est pas de droit divin que saint Pierre a,
et pour toujours,
des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle,
qu’il soit anathème. »
Pastor Aeternus, Vatican I.
C’est cette doctrine du droit divin que l’on retrouve au cœur du dogme de l’infaillibilité promulgué lors du concile Vatican I, ainsi formulé dans Pastor Aeternus : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [3]
Et de même :
- « Le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » [4] C’est ce sur quoi insiste le droit canon : « Le Pontife romain légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. » (Can. 219) « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe.» (Can. 218, § 1).
Dom Guéranger (1805-1875), le célèbre restaurateur de l’ordre bénédictin en France, après sa suppression par la Révolution française (loi du 13 février 1790), disciple de Joseph de Maistre (1753-1821), soutiendra dans son excellent ouvrage De la monarchie pontificale : « Nous n'avons qu'un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d'avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C'est donc toujours et uniquement à l'institution divine qu'il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l'Église et de la forme qui lui a été donnée Il n'est rien de mieux affirmé dans l'Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l'Église fût intimé d'une manière irrécusable par la lettre même de l'Écriture. La tradition est pareillement sur ce sujet d'une richesse beaucoup plus abondante que sur la plupart des autres dogmes. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L'Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu'à la fin. » [5]
Mgr de Ségur (1820-1881) traduira quant à lui ainsi la primauté de droit du Pape, signalant que là où est le Pape, là est l’Eglise :
« Le Pape, Chef de l’Episcopat est infaillible : c’est à Jésus-Christ que nous obéissons lorsque nous recevons humblement, amoureusement la parole de son Vicaire. Mais lorsque nous abandonnons cette voie pour suivre tel ou tel Docteur, fût-il prêtre, fut-il même évêque, ce n’est plus à Dieu, c’est à l’homme que nous adhérons; et cela est indigne d’un chrétien. (….) Si l’esprit de révolte venait à briser quelqu’une des colonnes du temple ; si l’orgueil et la passion venaient à séparer de l’unité catholique quelque prêtre, quelque Evêque, que faudrait-il faire ? Demeurer inébranlable dans la foi de Pierre, dans la foi du Pape infaillible. Là où il est, là est l’Eglise, et là seulement. » [6]
De la sorte, si nous nous demandons de quel droit le Pape est-il le successeur de Pierre, la réponse est immédiate : de droit divin. Telle est la conclusion à laquelle aboutit une analyse approfondie du sujet, se basant sur les principes de la Révélation mis en lumière par Cajetan : « Mais de quel droit l’évêque de Rome est-il le successeur de Pierre ? De droit divin ! De droit
divin il faut un successeur. Car la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Mais puisqu’il s’est fixé à Rome, cette église lui fut appropriée, et ses successeurs sur ce siège sont héritiers de son pontificat suprême. Du reste cette appropriation fut confirmée par le Christ lui même qui vint à la rencontre de Pierre, lorsqu’il voulu fuir et lui dit: Venio Romam iterum crucifigi ! Le droit de succession est par conséquent un droit divin. Le droit du successeur est un droit historique. Nous croyons en effet que le Souverain Pontife de Rome est chef de l’Eglise universelle. Or ce que nous croyons ne dépend pas d’une preuve historique, mais d’une révélation divine. Ainsi donc le droit de succession est un droit divin; il faut un. successeur, Le droit de successeur, c. à. d. le droit à la succession -est un droit historique: l’évêque de Rome est, en droit, successeur. Mais ce droit historique devient un droit divin parce que l’Eglise universelle croit non seulement que Pierre doit avoir des successeurs, mais que l’évêque de Rome est ce successeur. Le droit de l’évêque de Rome à la succession est un droit divin par conséquence. L’origine doit être cherchée dans un fait historique. Mais puisque nous croyons à l’apostolicité du siège de Rome, nous devons croire que Dieu a voulu ce fait historique, et par conséquent que le droit du Pontife romain à la suprématie dans l’Eglise est un droit divin. Nous croyons en fait à une disposition providentielle, d’où nous déduisons un droit divin. » [7]
II. Exercice du « droit divin » dans l’Eglise

« Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu,
est fait saint, de manière indubitable. »
- Grégoire VII -
On pourrait s’interroger, tant ces éléments sont oubliés de nos jours avec les conséquences redoutables qui en découlent, pour savoir comment dans l’Eglise s’opère cette perpétuation du droit divin dans la personne du Pontife ? On sait que le Conclave, réuni après la mort du Pape qui était en exercice, désigne son successeur dans le secret d’une délibération placée sous l’assistance de l’Esprit Saint. Cette assistance indéfectible donne sa note singulière à l’élection, et lui confère un caractère sacré supérieur à tout ce que l’on connaît en ce monde. C’est pourquoi on désigne du nom « d’acte de reconnaissance ecclésiale universelle » cette élection effectuée par le Sacré Collège des cardinaux, acte, et ceci mérite d’être fortement souligner, qui est doté, de façon plénière, entière, et incontestable du caractère de l’infaillibilité divine, puisqu’il est placé sous la motion de l’Esprit Saint. Le Pontife élu, à l’instant même de son élection, est donc non seulement le Pontife de l’Eglise, le successeur de Pierre, mais l’acte qui le porte au pontificat est absolument infaillible puisque l’assistance de l’Esprit étant accordée au cardinaux, leur choix est un acte frappé du sceau divin. [8]
Grégoire VII (+1085), canonisé en 1606, édicta afin de préciser la nature de l’éminent
pouvoir d’origine divine dont est détenteur le Pape, un ensemble de 27 propositions : les Dictatus papae, où furent énoncés pour la première fois les principes du droit divin et de la théocratie pontificale, principes qui présidèrent à l’édification de la doctrine de la Papauté, jusque et y compris, dans l’élaboration du droit canon moderne. Voici les articles principaux de ce texte essentiels, daté de 1075, qui fixent définitivement la conception de l’autorité romaine :
« 1. L’Eglise romaine a été fondée par Dieu seul. Quod Romana ecclesia a solo Domino sit fundata.
2. Seul le Pontife romain peut seul être appelé de droit universel. Quod solus Romanus pontifex iure dicatur universalis.
11. Le Pape est le seul nom dans le monde. Quod hoc unicum est nomen in mundo.
18. Un jugement prononcé par lui ne peut être annulé par quiconque; et seul lui-même, parmi tous, peut le faire. Quod sententia illius a nullo debeat retractari et ipse omnium solus retractare possit.
19. Le Pape ne peut être jugé par personne. Quod a nemine ipse iudicari debeat. »
Et surtout, s’agissant de ce qu’opère l’élection sur le Pontife : -
« 23. Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu, est fait saint, de manière indubitable, par les mérites de saint Pierre et saint Ennode, évêque de Pavie, qui témoignent pour lui, beaucoup de saints pères étant d’accord avec lui. Ainsi qu’il est écrit dans les décrets du pape Symmaque. Quod Romanus pontifex, si canonice fuerit ordinatus, meritis beati Petri indubitanter effecitur sanctus testante sancto Ennodio Papiensi episcopo ei multis sanctis patribus faventibus, sicut in decretis beati Symachi pape continetur. »
On le voit, selon Grégoire VII, le nouvel élu par du conclave, est lavé, blanchi, rendu saint de manière indubitable, ceci expliquant pourquoi la légitimité du nouveau pape ressort sans aucune contestation possible, du fait dogmatique. S’il est élu, celui choisi par le Sacré-Collège agissant infailliblement sous la motion du Saint-Esprit est, par les mérites de saint Pierre, Pape de l’Eglise de droit divin.
De même, Gilles de Rome (1247-1316) connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, le « doctor fundatissimus » et « theologorum princeps », auteur du De Ecclesiastica potestate, disciple de saint Thomas d'Aquin, enseignant à l'université de Paris qui deviendra général des Augustins, puis archevêque de Bourges en 1295 et qui, dans la querelle qui opposa Philippe le Bel et Boniface VIII, se positionna clairement pour le Pape (on lui attribue, sans doute avec raison, la rédaction de la bulle Unam Sanctam), écrivit un traité, le De Ecclesiastica potestate, encore inédit, où il développera une théorie relativement élaborée du droit divin pontifical justifiant, à l’instar de Grégoire VII, l’instauration d’une théocratie :
« Toutes les facettes du pouvoir doivent être subordonnées à une tête, et cette tête c'est le pape. L'église se confond avec son chef le pape, il dispose et ordonne toute l'Eglise en lui, c'est lui qui possède le pouvoir spirituel qui par nature surpasse toute autre forme de puissance. Dans le gouvernement de l'univers tout ce qui est corporel est gouverné par le spirituel. Une des conséquences de cette supériorité universelle du pape est qu'il n'existe aucun titre de juste possession, ni pour les biens temporels, ni pour les biens laïques, ni pour quoi que se soit, sinon sous l'autorité de l'église et par l'église. Il n'est aucun domaine où la domination de l'Eglise ne soit légitime, qu'il s'agisse de la propriété ou de la juridiction. L'Eglise est souveraine des deux domaines, le domaine temporel où domine le pouvoir terrestre est soumis nécessairement à la souveraineté du pouvoir ecclésiastique. » [9]
Plus proche de nous, le cardinal Louis Billot (1846-1931), qui s’appuyait surles « Dictatus papae » de Grégoire VII, ayant étudié les partisans médiévaux de la théocratie pontificale et qui connaissait parfaitement les enseignements de Gilles de Rome, de Méliton de Sardes (IIe s.) et d’Eusèbe de Césarée (IIe-IIIe s.), insista à son tour de manière à ce qu’il n’y ait aucune ambiguïté s’agissant de la nature de l’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui signifie, à lui seul, l’infaillibilité et la légitimité du Pontife :
« On doit au moins tenir fermement, comme absolument inébranlable et hors de tout doute, ceci : l’adhésion de l’Église universelle est toujours à elle seule le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife, et donc de l’existence de toutes les conditions requises à cette légitimité. Et la raison de ceci n’est pas à chercher au loin. Elle se prend en effet immédiatement de la promesse et de la providence infaillibles du Christ : Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre Elle. Ce serait en effet la même chose, pour l’Église, d’adhérer à un faux Pontife que d’adhérer à une fausse règle de foi puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre en croyant, et de fait suit toujours. Dieu (…) ne peut permettre que toute l’Église admette comme pontife celui qui ne l’est pas vraiment et légitimement.» [10]
Ainsi donc, tous les théologiens d’ailleurs se rejoignent sur ce point, et voient dans l’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui désigne le nouveau Pontife, un acte infaillible qui imprime en lui la marque du « droit divin ». Jean de Saint Thomas, le célèbre dominicain commentateur de saint Thomas au XVIIe siècle, l’exprime ainsi : « L’acceptation pacifique de l’Eglise universelle s’unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l’Eglise engage sa destinée. C’est donc un acte infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. » [11]
Il y a donc une vérité incontestable, massive, positive, à laquelle doivent impérativement se soumettre les fidèles et les clercs de tous rangs et dignités - la doctrine de l’Église étant constante, permanente et formelle - l’élu désigné par le Conclave est reconnu sans aucun doute possible comme Pape par toute l’Église, puisque l’acte de désignation est doté de l’infaillibilité divine ; et c’est en raison de l’immense et impressionnante dignité que revêt cet acte, ainsi que l’écrit Pie XII dans Vacantis Apostolicae Sedis, que depuis toujours les Papes l’ont protégé et entouré de soins attentifs : « [Les Papes] se sont efforcés d'apporter une vigilante sollicitude et de pourvoir par des règles salutaires à une affaire d'Eglise de la plus haute importance, et dont Dieu leur a remis le soin, à savoir : à l'élection du successeur de saint Pierre, Prince des apôtres, dont le rôle est de tenir sur cette terre la place de Jésus-Christ, Notre-Seigneur et Sauveur, et de paître et conduire comme Pasteur et Chef suprême tout le troupeau du Seigneur. » [12]
III. L’action infaillible du droit divin
Le Sacré Collège bénéficie donc d’une infaillibilité dans l’acte de l’élection, désignant « infailliblement » le nouveau Pontife qui, dès lors, devient Pape par l’effet du droit divin qui imprime son caractère ineffaçable et constant dans sa personne.
a) Limite du droit disciplinaire
Certains cependant, arguant de la célèbre bulle de Paul IV (1476-1559) Cum ex Apostolatus(1559), en particulier depuis le dernier concile de Vatican II qui laissa infecter plusieurs de ses actes par le modernisme, actes et déclarations conciliaires que soutinrent et défendirent les derniers Papes, mettent en doute la possibilité de l’infaillibilité des cardinaux dans « l’acte même » de l’élection du Souverain Pontife, puisque la dite bulle de Paul IV stipule en effet :
- « Si jamais il advient [...] qu’un Souverain Pontife même, avant sa promotion et élévation [...] au Souverain Pontificat, déviant de la foi Catholique est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, invalide, vaine, et on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle deviendrait valide parce que l’intéressé accepte la charge, reçoit la consécration, ou entre ensuite en possession du gouvernement et de l’administration ou par l’intronisation du pontife romain ou par l’acte d’agenouillement fait devant lui, ou par l’acte d’obédience à lui rendu par tous, et ce quelle que soit la durée de cette situation. » [13]
Or, cette supposition est une grave faute, ceci en raison de plusieurs points connexes qui tous semblent concourir à une erreur principale : soutenir la déposition pour hérésie d’un élu de droit divin. En effet, outre que convaincre d’hérésie un membre de l’Eglise, et plus encore un évêque, un cardinal ou un Pape, est chose relativement difficile car de nombreux critères sont nécessaires à réunir, sachant de plus que tant que la chose n’est pas jugée nul ne peut être désigné comme hérétique [14], il convient principalement de savoir que le droit disciplinaire, qui est certes maître dans son domaine, n’a cependant pas priorité sur le plan de l’autorité par rapport à l’infaillibilité. C’est ce qu’explique le Cardinal Billot, au sujet du « droit divin » qualifiant le pouvoir du Pontife, montrant la frontière, la limite infranchissable qui sépare une bulle à caractère purement disciplinaire comme celle de Paul IV, qui ne saurait être intégrée dans les lois générales manifestant le droit divin, et les lois canoniques qui relèvent uniquement du principe de l’infaillibilité sur lequel repose de l’acte de l’élection
Ainsi, une fois l’élu désigné par les cardinaux, la légitimité du nouveau pape est un fait dogmatique incontestable :
- « Dès l’instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l’Église comme la tête est au corps, la question ne saurait plus être agitée d’un vice dans l’élection ou de l’absence d’une des conditions requises pour sa légitimité. L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection. Cette adhésion est initiée théologiquement par l’acte juridique de reconnaissance et d’obédience des cardinaux au nouveau pape, posé dans le cadre de la cérémonie d’intronisation, lequel acte fonde et entraîne subséquemment ce qu’on appelle communément l’adhésion pacifique de l’Église, c’est-à-dire celle de tous et, d’une manière infaillible, elle démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » [15]
b) Le critère d’infaillibilité
Ainsi donc, le « droit divin » qui caractérise la nature de l’élection pontificale,
est porteur d’un critère d’infaillibilité devant lequel la bulle de Paul IV, de nature uniquement disciplinaire et non-dogmatique, qui est unique dans le Bullaire pontifical bien qu’elle fut très incidemment reprise dans le droit canon pie-bénédictin pour un motif étranger à l’invalidation de l’élection pontificale, s’incline absolument. Lorsque l’élu vient d’être proclamé et désigné comme successeur de St. Pierre par le conclave, il est immédiatement purifié d’éventuelles fautes antécédentes. Il « est fait saint, de manière indubitable » comme le dit Grégoire VII, il est Pape, et comme l’écrit le cardinal Billot : « L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection (…) lequel acte (…) démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » Cette vérité à propos de la force infaillible de l’acte juridique de reconnaissance, le cardinal Louis Billot la reformulera également ainsi :
- « Dieu ne permettra jamais que l'Église toute entière reconnaisse comme pape quelqu'un qui ne l'est pas réellement et légalement. De telle sorte que, dès qu'un pape est accepté par l'Église et qu'il est uni avec elle comme la tête est unie au corps, on ne peut plus élever le moindre doute que l'élection aurait été viciée… l'acceptation universelle de L'Église guérit à la racine n'importe quelle élection viciée. » [16]
Refuser ce principe, c’est-à-dire ne pas reconnaître comme Pape celui élu par le conclave comme authentique Pontife de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, légitime successeur de Pierre, c’est être « anathème » selon les termes de Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [17]
10:52 Publié dans Benoît XVI, Doctrine, Dogmatique, Dogme, Eglise catholique, Histoire, Occident chrétien, Papauté, Pape, Philosophie, Philosophie politique, Politique, Réflexion, Religion, Rome, Théologie, Vatican | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pape, eglise catholique, droit divin, histoire, philosophie, culture, vatican, élection, monarchie, entrer des mots clefs |
Facebook |
dimanche, 01 août 2010
LA DOCTRINE DU SAINT EMPIRE
La théocratie pontificale selon Joseph de Maistre


L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire,
ne demeure que le « Sacerdoce Suprême »
pour se voir dévolu l’archétype éternel
du Saint Empire et le restaurer.
Tout le courant réactionnaire prend sa source chez Joseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain théoricien par excellence de la contre-révolution. Nombreux sont ses héritiers se réclamant directement de sa pensée, dont il nous faut citer, parmi les plus connus : Louis de Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume, le cardinal Pitra ou encore Louis Veuillot, sans oublier Dom Guéranger (1806-1875), le célèbre abbé de Solesmes, qui publia un livre d'essence purement maistrienne : « La Monarchie pontificale » (1870). [1]
La position de Maistre, à savoir la suprématie absolue du spirituel sur le
temporel, position remarquablement exprimée par Dom Guéranger, est d’une grande force de par son caractère évident pour un catholique : le pouvoir ecclésiastique est la source de toute autorité, c’est l’institution la plus vénérable et sainte qui fut jamais donnée aux hommes, parce qu’elle détient la mission, du point de vue surnaturel, de la garde de la « Révélation », dépôt sacré confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, Evêque de Rome et premier Pape.
I. Infaillibilité et Souveraineté
Ainsi donc, et il importe d’y insister, il ne saurait y avoir pour la perspective
contre-révolutionnaire authentique, alors que l’ensemble des structures anciennes se sont effondrées, de politique qu’exclusivement religieuse, ceci impliquant que toutes les autres préoccupations (de niveau national, régional, social, économique, humain, moral, culturel, etc.), qui ne concernent pas directement le rayonnement de l’Eglise et le triomphe de la Croix, aussi légitimes soient-elles - et même nécessaires selon les circonstances si elles relèvent d’impératifs vitaux immédiats - ne présentent en réalité aujourd’hui que des objectifs périphériques et subordonnés par rapport au combat essentiel puisque, de par l’absolue suprématie du spirituel sur le temporel, le seul élément sacré véritable dont tout dépend du point de vue de l’avenir européen, et qu’il faut défendre avec ferveur en concourant à en établir au plus vite le règne en une sorte de sainte croisade de chrétienté, ou de « Reconquista » à l’échelle du continent, est la Papauté.

Seul importe aujourd'hui,
dans un mode en ruine livré au chaos,
le rayonnement de l’Eglise
et le triomphe de la Croix !
Le Pape est en effet « l’origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, le « Patriarche universel », pour saint Léon, le « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère, non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme le dira saint Jérôme, certes l’infaillibilité en matière théologique, mais surtout l’autorité supérieure sur le plan temporel et en premier lieu, de manière incontestable, le pouvoir suprême.
Il faut d’ailleurs ici faire intervenir une notion centrale chez Joseph de Maistre telle qu’exprimée dans son ouvrage Du Pape, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que la Tradition, c’est-à-dire la vraie religion « qui naquit le jour où naquirent les jours » unique fondement des lois directrices et du pouvoir, est appelée à dominer sur les institutions politiques - qui doivent être chrétiennes - tenues de se conformer aux enseignements de la Révélation divine. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde.» (Du Pape, I, chap. I). C’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre ultime, celui qui, au-dessus des Rois, des Princes et Empereurs chrétiens, détient l’autorité suprême et veille au respect du droit en œuvrant pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes », souligne avec fermeté Maistre qui, adhérant entièrement aux vues de Grégoire VII exprimées en 1075 dans ses Dictatus papae, s’appuie également sur les thèses de l’augustinisme politique telles que développées par Méliton de Sardes (IIe siècle) Eusèbe de Césarée (v. 265–339), et les partisans médiévaux de la théocratie pontificale dont, en particulier, Gilles de Rome (1247-1316), connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, désigné par l’Eglise comme doctor fundatissimus et theologorum princeps, auteur du De ecclesiastica potestate. [2]
De la sorte, dans la pensée maistrienne, infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'une sans l'autre, il s'agit de deux principes parfaitement identiques et équivalents devant exercer une domination totale sur l’ordre politique ici-bas, sachant que c’est l’Eglise, et elle seule, qui détient, maintient et a la possibilité de réveiller lorsque les temps adviendront, le Saint Empire.


Le pape est le maître absolu,
il est le seul titulaire légitime de l'Empire,
il est le vicaire du Christ,
l'empereur suprême !
Soulignons que dans les Dictatus papae, Grégoire VII, qui sut s’imposer face aux velléités de l’empereur
Henri IV qu’il obligea à s’amender à Canossa, affirmait que la plénitude de pouvoir (plenitudo potestatis) est en possession du souverain pontife. En 27 points précis, le pape expliquait en quoi, dans la société chrétienne fondée sur la foi de l’Eglise, le pouvoir est détenu en propre par le sacerdoce auquel est soumis toute forme de pouvoir temporel. Grégoire VII affirmait que le pape est, de par le Christ dont il est le représentant sur cette terre, le seul et unique à détenir un pouvoir universel, incomparablement supérieur à celui des souverains, qu'il couronne, mais qu’il peut également déposer ou excommunier si nécessaire : « Dans la société chrétienne, dont la foi cimente l'unité, l'ordre laïque n'a d'autre fonction que l'exécution des commandements formulés par l'ordre sacerdotal. De cet ordre le pape est le maître absolu, il est le seul titulaire légitime de l'Empire, puisqu'il est le vicaire du Christ, l'empereur suprême. » Le pape rappelle, ce qui est fondamental sur le plan politique, qu’il est l'héritier, par Constantin, du cadre civilisateur de l’Empire romain et par là même, représente le Pontifex maximus, « l'Empereur suprême », faisant que tous les détenteurs d’un pouvoir temporel qui ne sont à la tête que de charges laïques au sein de la chrétienté, et en premiers les empereurs du Saint Empire qui, comme les Rois de France, péchèrent par orgueil, lui doivent soumission et obéissance. A ce titre, Grégoire VII dira à l'abbé de Cluny : « Nous portons le poids énorme des affaires spirituelles et séculières. » [3]
De toute manière insiste Joseph de Maistre, si l’on y réfléchit, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’Histoire, depuis des siècles, plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse du respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’Unité des nations. De leur côté, les rois et empereurs se sont tous montrés incapables, divisés par leurs vanités nationales, dévorés par leur orgueil, aveuglés par des chimères, à assurer l’harmonie en Europe, démontrant, par l’exemple contraire, que tout pouvoir qui ignore sa subordination vis-à-vis de l’autorité spirituelle est un pouvoir vain, illusoire et vide de sens, ne pouvant agir que d’une façon désordonnée en se précipitant, inévitablement, vers sa perte
II. La Royauté française a perdu sa légitimité

La monarchie française est coupable
depuis Philippe le Bel et son rejet
de la bulle Unam Sanctam de Boniface VIII.
Au titre de l’œuvre destructrice de l’Unité de la chrétienté, outre les empereurs germaniques qui portent une lourde responsabilité dans le chaos politique européen, passé et présent, et furent justement condamnés par Rome, la monarchie française, qui en a payé le prix fort en 1789, a, elle aussi, commis des fautes considérables, dont notamment le rejet par Philippe le Bel de la bulle Unam Sanctam (1302) de Boniface VIII, le pontife qui canonisa saint Louis [4], sans même s’étendre sur l’attitude scandaleuse d’un François Ier et son alliance coupable avec les Turcs, où sur l’apostrophe impie de Louis XIV à l’encontre d’Innocent XI lui déclarant, sans honte : « Vous êtes sacré avec une huile venant de la terre, et moi avec une huile venant du ciel !»
Ainsi Joseph de Maistre, très critique envers la monarchie française, considéra que la Révolution fut donc
un « Sermon de la Providence prêchait aux Rois », et signalera expressément que c’est l’Eglise, par les évêques, qui fit le Royaume de France : « Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme; s'il en manque, il n'est pas seulement affaibli, il est mutilé. Voyez son histoire. Au gouvernement des druides, qui pouvaient tout, a succédé celui des évêques, qui furent constamment, mais bien plus dans l'antiquité que de nos jours, les conseillers du roi en tous ses conseils. Les évêques ont fait le royaume de France ; rien n'est plus vrai. Les évêques ont construit cette monarchie comme les abeilles construisent une ruche. » [5]
Certes, la France est dépositaire d’une haute dignité religieuse de par son « élection divine » qu’elle reçut lors du baptême de Clovis en 496 le jour de Noël et fit d’elle la fille aînée de l’Eglise, le Royaume aimé et chéri du Christ, la nation - « Tribu de Juda de l’ère nouvelle (…) choisie pour la protection de la foi catholique » selon s. Pie X [6], dotée de grâces magnifiques et d’un amour particulier de la part du Ciel. Mais ses actions indignes et son comportement orgueilleux, ont conduit ce pays à sa ruine ; non peut-être définitivement, mais actuellement et jusqu’à sa repentance, sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs, ne l’oublions-pas, si la monarchie est de “droit divin”, comme le rappellera justement Bossuet, cela implique une conséquence directe : le monarque de droit divin se doit d'obéir à Dieu, sous peine de perdre sa légitimité ! [7]

En raison de sa rébellion envers l’Eglise,
et parce qu’elle ne s’est pas libérée
du poison révolutionnaire,
la France a perdu sa dignité religieuse
et son élection divine !
Pourquoi l’a-t-elle perdue cette légitimité ? En raison de sa rébellion à l’égard de l’Eglise, mais aussi parce que le poison révolutionnaire, injecté lentement bien des siècles avant la chute de Louis XVI par des comportements royaux inexcusables envers la Papauté, est encore, comme il est aisément vérifiable, de partout présent dans les esprits et les institutions en France.
Voici l’explication que donne Maistre, montrant les deux causes de l’indignité actuelle de la nation française : « Des préjugés détestables avaient totalement perverti cet ordre admirable, cette relation sublime entre les deux puissances [monarchie et papauté]. A force de sophismes et de criminelles manœuvres, on était parvenu à cacher au roi très-chrétien l'une de ses plus brillantes prérogatives, celle de présider (humainement) le système religieux, et d'être le protecteur héréditaire de l'unité catholique. Constantin s'honora jadis du titre d'évêque extérieur. Celui de souverain pontife extérieur ne flattait pas l'ambition d'un successeur de Charlemagne; et cet emploi, offert par la Providence, était vacant! Ah ! si les rois de France avaient voulu donner main-forte à la vérité, ils auraient opéré des miracles ! » [8] Puis, Maistre se penche sur l’essence diabolique de la Révolution : « Renversée à la fin par un orage surnaturel, nous avons vu cette maison, si précieuse pour l'Europe, se relever par un miracle qui en promet d'autres, et qui doit pénétrer tous les Français d'un religieux courage ; mais le comble du malheur pour eux serait de croire que la révolution est terminée, et que la colonne est replacée, parce qu'elle est relevée. Il faut croire, au contraire, que l'esprit révolutionnaire est sans comparaison plus fort et plus dangereux qu'il ne l'était il y a peu d'années. Le puissant usurpateur ne s'en servait que pour lui. Il savait le comprimer dans sa main de fer, et le réduire à n'être qu'une espèce de monopole au profit de sa couronne. Mais depuis que la justice et la paix se sont embrassées, le génie mauvais a cessé d'avoir peur ; et au lieu de s'agiter dans un foyer unique, il a produit de nouveau une ébullition générale sur une immense surface. »[9]

L’esprit de la Révolution, par la France,
a, hélas ! pénétré de partout
et s’est répandu dans toute l’Europe.
L’esprit de la Révolution a donc pénétré l’ensemble de la nation, et s’est ensuite répandu dans tous les Etats européens. Est-ce qu’à présent, à plus de deux siècles de distance, cet esprit infect n’est plus ? Bien au contraire écrit Maistre, il est plus encore redoutable car la France persiste plus que jamais dans son erreur républicaine et, comme il est aisé de le constater, ne s’est absolument pas repentie de ses horribles péchés : « Je demande la permission de le répéter : la révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans les temps passés. Elle est satanique dans son essence. Jamais elle ne sera totalement éteinte que par le principe contraire, et jamais les Français ne reprendront leur place jusqu'à ce qu'ils aient reconnu cette vérité. Le sacerdoce doit être l'objet principal de la pensée souveraine. » [10]
Cette dernière phrase, après l’affirmation de la déchéance de la France tant qu’elle ne se sera pas purgée de l’esprit satanique qu’elle a généré depuis des siècles, est de la plus haute importance car elle signifie que l’éventuelle perspective de rétablissement de l’Ordre traditionnel, en France et en Europe, relève à présent d’un mouvement porté par une action de nature étroitement et exclusivement religieuse.
III. Les erreurs de Charles Maurras
Cette position originale, qui tranche d’avec toutes les autres théories politiques, en particulier avec la pensée de Charles Maurras (1868-1952) et de l'Action Française [11], va être à l’origine d’un certain nombre de visions pour le moins arrêtées, reprises par les penseurs contre-révolutionnaires, au sujet du rôle qui revient à l’institution catholique qui, face à l’effondrement de la monarchie dont on constate qu’elle est incapable de se régénérer - même si sur le plan de la « raison politique » la royauté reste le meilleur régime pour la France – doit reconstruire et réédifier l’ancien ordre détruit et brisé.

Le providentialisme de Joseph de Maistre,
s’oppose radicalement aux conceptions
de Charles Maurras.
D'essence profondément monarchiste, le providentialisme maistrien est cependant très éloigné des conceptions de Charles Maurras, agnostique, marqué par le positivisme philosophique d'Auguste Comte, s’appuyant sur une analyse tirée de la raison naturelle, car il participe d'un constat simple, mais cependant obligeant du point de vue doctrinal, c'est qu'il ne peut plus être question, en toute logique, d'envisager, pour les sociétés humaines, une « politique » basée sur l'expérience, ou de se référer à la validité d'une prétendue « loi » organique qui viendrait légitimer, aidée par la raison empirique, c'est-à-dire pervertie et obscurcie puisque l’ordre naturel a été souillé par le péché, une constitution ou un régime. Ainsi Joseph de Maistre, loin d'être le théoricien de la « politique expérimentale » fut, bien au contraire, celui par excellence du caractère rigoureusement irrationnel de la science politique. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration sur ces sujets, constatera-t-il, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois inaccessibles à l'entendement classique, guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles sous la conduite de la Divine Providence.
Maistre, et c’est là un aspect important de sa pensée, ne fonde pas sa doctrine de la légitimité politique, contrairement à Maurras, sur la « naturalité » ou la raison, mais sur le caractère sacré et religieux du pouvoir dans son lien à l’Eglise. S’il eut recourt, de rares fois, aux leçons de la politique expérimentale pour renforcer son discours, il ne se laissa jamais abuser par les leçons qu’elle donne, comme il le mit en lumière par cette courte sentence : « Le réel est traversé par tant d’irrationalité qu’on trouve presque toujours la théorie la plus plausible contredite et annulée par l’expérience. » [12]
Dès lors, c’est précisément cette irrationalité du réel qui est, selon Maistre, la marque même de la
volonté divine au sein de l’Histoire. Le caractère incompréhensible du développement historique sera donc à l’origine de la théorie maistrienne de l’intervention providentielle. La politique pour Maistre, contrairement à ce que prétendit Maurras, n’est pas une science raisonnée, mais le constat de l’ignorance des plans divins et l’aveu, par les hommes, d’une impossibilité à en maîtriser la logique. La perspective politique selon Joseph de Maistre devint ainsi très claire : le divin se manifeste dans l’Histoire en n’obéissant à aucune loi humaine. Cette notion est non seulement en radicale opposition avec les Lumières qui voulurent placer la « Raison » et le « Contrat » au centre de la cité, puisque pour Maistre « l’état de nature » est une fiction et « une contre nature. » [13], mais elle s’oppose également en tous points, en particulier de par sa conception de la théocratie pontificale fondatrice de l’Empire, à la pensée de l’auteur de l’Enquête sur la monarchie (1900) et à son royalisme fondé sur la raison le limitant aux frontières de la nation.
La politique selon Maistre n’eut jamais pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels : « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir.» [14] S'inscrivant intégralement dans l’étonnement métaphysique, la politique pour Maistre est, selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’Histoire ; Dieu dont le Pape est le représentant en ce monde, le « Vicaire » par excellence, et le Saint Empire l’incarnation organique la plus aboutie du point de vue politique.
III. Infaillibilité et Souveraineté

« Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu
ne peut jamais être Empereur ! »
S. Pie V
Que soutient Maistre, d’ailleurs, pour être plus précis encore ? Tout simplement que le seul horizon politique véritable pour un membre de l’Eglise c’est la chrétienté, c’est-à-dire « l’Unité spirituelle des nations européennes » à laquelle il convient de travailler, et que les monarques français, pas plus que le empereurs germaniques, n’ont ni su ni voulu édifier. Cette unité doit être préparée, construite, élaborée par une bénéfique union des différents pouvoirs nationaux - bienfaisante et souveraine harmonie unificatrice qui ne peut être exercée que par l’autorité suprême du sacerdoce : la Papauté. Les pontifes romains furent d’ailleurs toujours attachés à la dignité de l’Empire, et n’hésitèrent pas, tel s. Pie V, à reprendre vertement les empereurs ou les monarques français lorsqu’ils oublièrent la valeur du titre d’Empereur. En effet, lorsque Charles IX donna, dans une lettre envoyée à Rome, le titre d’Empereur au chef des turcs, le Pape lui répondit ceci : « Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu ne peut jamais être Empereur ! Donner le titre d’Empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal. »
L’attachement de Joseph de Maistre au Pape, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saint
Bernard, relève donc d’une idée fort précise qui transparaît sous chacune de ses lignes, et que l'on peut résumer de la manière suivante : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeure que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire et le restaurer.

« L’infaillibilité dans l’ordre spirituel
et la souveraineté dans l’ordre temporel
sont deux mots parfaitement synonymes.»
De ce fait, l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, notion spirituelle
fondamentale qui fait l’objet d’un important développement dans le livre Du Pape, fut, à la suite de Joseph de Maistre, l'idée centrale des penseurs catholiques après la Révolution qui constatèrent l’échec des nations et des souverains à édifier la chrétienté, au point que les évêques firent en sorte que cette notion soit adoptée le 18 juillet 1870 par la deuxième constitution dogmatique Pastor Æternus du Concile de Vatican I.
Il faut donc comprendre le sens politique de l’infaillibilité, qui n’a d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés. Maistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » [15]
Conclusion

Il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui
que religieuse et continentale,
s’exerçant par un pouvoir reçu
de l’autorité spirituelle.
La perspective de restauration contre-révolutionnaire, telle que théorisée par Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversée par une vision : le Pape est le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction et sa dimension d’infaillibilité, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Le Principe de la suprématie du spirituel, que Maistre expliquera en 1814 dans sa Préface à l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, et que Pie IX rappellera dans le Syllabus en 1864, n’est pas de nature uniquement « politique », car il est tout d'abord établi sur une évidence sacrée d'ordre métaphysique, il est placé sous la dépendance d'une perspective étroitement et rigoureusement transcendante et religieuse. D’où l’idée maistrienne, caractéristique, qu’il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui que religieuse et continentale, s’exerçant par un pouvoir temporel reçu par délégation de l’autorité spirituelle.
De la sorte, ne croyons pas que cette doctrine de la primauté absolue de l’autorité spirituelle soit une
simple vue de l’esprit, une position idéologique parmi d’autre. Ce serait là une grave erreur. En effet, la question de l'origine divine du droit sur le plan politique, fonde et donne en réalité sa légitimité à la doctrine catholique de l'infaillibilité, car elle touche à la Vérité originelle de la Révélation dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire, et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur. Si l'autorité spirituelle redevient un jour, et il faut l’espérer, témoigner, œuvrer et prier en ce sens, la source de toute souveraineté en Europe, il en résultera une solide et salvatrice cohésion politique, une unité durable où les différentes nations, et leurs Souverains, participant enfin d’un projet commun sous les bannières frappées du signe de la Croix de la Rome catholique et éternelle, donneront naissance à une nouvelle chrétienté rayonnant sur le monde, par le rétablissement du Saint Empire, des Lumières de l’Evangile et des Vérités de la sainte religion du Christ.

Notes.
1. L'influence de Joseph de Maistre dans les milieux d'Eglise, se remarque nettement dans l'œuvre du Cardinal Pitra (1812-1889), ardent défenseur d'une « Tradition » unique se transmettant depuis la Révélation fondée sur la connaissance sacrée du symbolisme, et trouvera chez Gustave de Bernardi (1824-1885), écrivain comtadin, un très fervent avocat se signalant par la publication d'un livre remarquable : « La Vérité divine et l’idée humaine ou Christianisme et révolution » (1870), dans lequel est clairement montré la contradiction irréductible qui sépare « l’homocentrisme » révolutionnaire et le théocentrisme contre-révolutionnaire.
2. On le sait, tout un courant moderniste dans l’Eglise au XXe siècle, et ce avant même Vatican II, oeuvra à dénoncer l’augustinisme politique. De nombreux clercs mirent ainsi un point d’honneur à affirmer, en critiquant les conceptions médiévales, que du point de vue de l’autorité temporelle, la perspective spirituelle devait se retirer et se conserver dans une distante réserve. Beaucoup critiquèrent la tendance, propre à s. Augustin, qui tendait à effacer “la séparation formelle de la nature et de la grâce” qui spécifie, en effet, la pensée politique de l’évêque d’Hippone, et qui eut pour conséquence l'intégration dans ses finalités de l'ordre naturel dans l'ordre surnaturel, du droit naturel dans la justice surnaturelle, du droit de l'Etat dans celui de l'Eglise, intégration qui s’opéra lors de la réforme grégorienne. Dans son ouvrage : L'augustinisme politique, essai sur la formation des théories politiques au Moyen-Âge, Vrin, 1934, dont l'intention était d’écarter de l'Église toute prétention théocratique, Henri Xavier Arquillière soutiendra que l'augustinisme politique ne fut pas respectueux de l'autonomie de l'ordre temporel, erreur caractéristique de s. d'Augustin d’après-lui, et que seul s. Thomas put délivrer l'Eglise des pièges conceptuels forgés par l'auteur de la Cité de Dieu. Cette thèse contestable est, hélas ! devenue celle de l’Eglise moderne, qui a abandonné ses conceptions traditionnelles au profit de vues démocrates en contradiction d’avec les principes séculaires qu’elle observa jadis. A signaler, parmi les critiques les plus virulents de l’augustinisme politique, Henri de Lubac, qui n’hésitera pas à aller jusqu’à contester la pertinence historique et théologique de la notion même d’augustinisme politique : Augustinisme politique ?, in Théologies d’occasion, DDB, 1984, pp. 255-308. Pourtant, n’en déplaise à Henri de Lubac et aux critiques contemporains de l’augustinisme politique, la théocratie pontificale est une théorie, comme le démontrent les nombreuses références à Augustin chez les auteurs du Moyen Age - il suffit de lire le De ecclesiastica potestate deGilles de Rome - qui trouve effectivement ses racines dans la Cité de Dieu dont la position est simple : l'Eglise est la figure sur la terre de la Cité du ciel, son rôle est de faire régner ici-bas la paix et la justice véritables, et pour atteindre ce but doit subordonner les nations chrétiennes à son autorité. De fait, et on ne peut nier que s. Augustin ait jugé légitime le recours au bras séculier pour lutter contre les hérétiques et les schismatiques, l’évidence d’une soumission du pouvoir temporel aux perspectives de l’Eglise se trouve bien sous la plume de l’auteur des Confessions, ce que souligne d’ailleurs explicitement Etienne Gilson : “Que l'Etat puisse, et doive même être éventuellement utilisé pour les fins propres de l'Eglise, et, à travers elle, pour celles de la Cité de Dieu, c'est un point sur lequel Augustin n'aurait certainement rien à objecter (...) Bien qu'il n'en ait jamais expressément formulé le principe, l'idée d'un gouvernement théocratique n'est pas inconciliable avec sa doctrine, car si l'idéal de la cité de Dieu n'implique pas cette idée, elle ne l'exclut pas non plus.” (E. Gilson, Introduction à l'étude de saint Augustin, Vrin, 1943, p. 239-240). Gilles de Rome, déjà évoqué, qui fut sans doute le rédacteur de la bulle Unam Sanctam (1302) promulguée par Boniface VIII, était donc parfaitement fondé lorsqu’il écrivait : « Cette Eglise, une et unique, n'a qu'un corps, une tête, non deux têtes comme les aurait un monstre : c'est le Christ et Pierre, vicaire du Christ, et le successeur de Pierre. Quiconque résiste à cette puissance ordonnée par Dieu résiste à l'ordre de Dieu (Rm 13, 2) ».
3. Avant Grégoire VII, c’est le pape Gélase 1er (492-496) qui exerça une influence déterminante sur la pensée politique du Moyen Âge, qui établira la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, affirmant l’infinie supériorité du spirituel par ce principe : « Devant Dieu, le pape est responsable de l’empereur. » Ainsi donc, lors de la querelle des Investitures qui opposa la papauté et le Saint Empire romain germanique, entre 1075 et 1122, les déclarations de Grégoire VII dans ses Dictatus papae de 1075, vont prendre une importance considérables, et définir la position de Rome pour les siècles à venir qui s’imposera lors du Concordat de Worms en 1122. Cette querelle va avoir des conséquences considérables sur l’Eglise. En effet, à partir de Victor II, les souverains pontifes vont imposer à ce que le Pape soit élu par le collège des cardinaux et non plus désignés par l'empereur. Une fois ce principe acquis, ils luttèrent ensuite contre l'investiture des évêques par l'empereur - évêques, avec les ordres monastiques, qui furent la clef de voûte du pouvoir impérial. L'enjeu était donc clair : l'Occident devait devenir une théocratie pontificale. D’ailleurs, en 1139, Innocent II convoqua le deuxième concile de Latran, faisant valoir le caractère légitime de la domination du sacerdoce sur le pouvoir temporel et de sa revendication de la couronne impériale de Constantin. Le concile proclamera dans ses actes : « Rome est à la tête du monde. » En 1198, dans la lettre Sicut Universitatis Conditor adressée par Innocent III au Consul de Toscane, fut donc parfaitement décrit ce que le pape considérait comme devant être le rapport entre le pouvoir temporel et le pouvoir pontifical. Comparant le pouvoir pontifical au soleil et le pouvoir temporel à la lune, il affirmait que le pouvoir temporel reçoit sa lumière du pouvoir pontifical, en soulignant que la dignité du pouvoir temporel perd de sa splendeur si elle ne prend pas sa lumière de l'autorité pontificale. L’ultime épisode de la lutte du sacerdoce et de l’Empire opposera Frédéric II et les papes Grégoire IX et Innocent IV, ce dernier, réunissant à Lyon un concile en 1245, y déposera l’empereur et déliera ses sujets de leur serment de fidélité à son égard - ce qui créa une désorganisation totale dans ses Etats - le pape montrant ainsi qu’il était bien le maître du pouvoir temporel puisque capable de priver un souverain de son pouvoir politique. Le concile de Lyon sera le point culminant de la définition comme de l’imposition des vues politiques et théologiques de la papauté. Rappelons que sur le plan historique, l'Empire, tissu monarchique et corporatif dirigé par l’empereur porteur de l’idée d’unité provenant de l’Empire romain, est né à Noël de l'an 800 lors du couronnement de Charlemagne par Léon III, établissant ce que les clercs nommeront la translatio imperi selon laquelle la toute-puissance temporelle de l’Imperium passa des Romains aux Germains. Mais c'est sous la dynastie des Ottoniens, au Xe siècle, que se forma véritablement l’Empire à partir de l'ancienne Francie orientale carolingienne, ou Regnum Francorum orientalium. La désignation Sacrum Imperium fut utilisée pour la première fois en 1157, et le titre Sacrum Romanum Imperium (Heiliges Römisches Reich) semble apparaître vers 1184 pour être employée de manière définitive à partir de 1254. Le complément Deutscher Nation (Nationis Germanicæ) ne fut ajouté qu’au XVe siècle. Sur le plan symbolique, le Saint-Empire romain germanique cessa d’exister le 6 août 1806, lorsque François II déposa solennellement sa couronne, déclarant dans son acte d’abdication : « Nous considérons comme dissous les liens qui, jusqu'à présent, Nous ont attaché au corps de l'Empire germanique, (…) Nous sommes libéré de tous Nos devoirs envers cet Empire. » Depuis cette date, mais ceci était vrai dès l’origine, c’est le pape qui reste seul en Europe détenteur de la légitimité de l’Empire.
4. Nous l’avons déjà dit plusieurs fois, mais il importe d’y insister fortement tant ce fait aura de terribles conséquences, la Royauté française est gravement coupable et s’est maintenue en état de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus scandaleux de Philippe le Bel de se soumettre aux justes demandes de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposer dans toute la chrétienté pour préserver l'unité de la religion et des Etats, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il développait, en des termes précis et sages, la fameuse théorie des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » L’attitude, extrêmement fautive de Philippe le Bel, aura ensuite des conséquences désastreuses, puisqu'en revendiquant une fallacieuse indépendance à l’égard de Rome à l'intérieur de son royaume, et rentrant en conflit avec le Pape, le Roi de France sera à l'origine du morcellement fratricide et stérile de l'empire chrétien, puis de l’hostilité continuelle du Royaume envers la Papauté ce qui l’aura conduit de la Révolution de 1789 à sa présente ruine.
5. J. de Maistre, Du Pape, livre premier, ch. II, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1928. Maistre poursuit : « Les conciles, dans les premiers siècles de la monarchie [française], étaient de véritables conseils nationaux. (…) Le christianisme pénétra de bonne heure chez les Français, avec une facilité quine pouvait être que le résultat d'une affinité particulière (…) Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique dans le monde (…) Le sceptre français brilla à Jérusalem et à Constantinople. Que ne pouvait-on pas en attendre? Il eût agrandi l'Europe, repousse l'islamisme et suffoqué le schisme ; malheureusement il ne sut pas se maintenir. Aucune nation n'a possédé un plus grand nombre d'établissements ecclésiastiques que la nation française, et nulle souveraineté n'employa plus avantageusement pour elle un plus grand nombre de prêtres que la cour de France. La plus haute noblesse de France s'honorait de remplir les grandes dignités de l'Église. Qu'y avait-il en Europe au-dessus de cette Église gallicane, qui possédait tout ce qui plaît à Dieu et tout ce qui captive les hommes : la vertu, la science, la noblesse et l'opulence ? » (Ibid.)
6. S. Pie X, Allocution, 13 décembre 1908, in Marquis de la Franquerie, La Mission divine de la France, p. 16. Dans Nobilissima Gallorum Gens, Léon XIII s’adressait également aux français en déclarant : « Vos ancêtres ont signalé leur vertu en défendant par toute la terre le nom catholique, en propageant la foi chrétienne parmi les nations barbares, en délivrant et protégeant les saints-lieux de la Palestine, au point de rendre à bon droit proverbial ce mot des vieux temps : ‘‘Gesta Dei per Francos’’. » (Lettre Apostolique, t. I, p. 227.) Il y a d’ailleurs au sujet de la royauté française, de par le miracle de la descente du saint chrême lors du sacre de Clovis, un refus chez certains légistes et clercs médiévaux de considérer le pouvoir royal comme subordonné à la papauté puisque dépendant directement de Dieu. D’aucuns virent même dans la cérémonie du sacre, comparable à quelques égards à l’onction que reçoivent les évêques, une sorte de huitième sacrement, qui confèrerait au Roi une dimension quasi sacerdotale, sacrement non transmis mais simplement administré par l’Eglise, faisant que la conception de la source de l’autorité dans le royaume fut de regarder que le pouvoir politique français, contrairement aux Empereurs du Saint-Empire romain germanique, ne provenait pas du Pape. Cette situation, que l’Eglise désigna sous le nom de « Privilège de Reims » (cf. Victor II, Urbain II et Innocent III), est à l’origine d’une attitude, qui ne sera pas sans créer bien des difficultés, visant à ne reconnaître en droit politique aucune autorité ecclésiale au-dessus du monarque français. Il est à noter que saint Thomas d’Aquin, dans le De Regno – dans lequel il montre que c’est bien par le Pape que s’effectua le passage de la couronne de l’Empire : « le pape Adrien transféra l’empire [par Charlemagne] des Grecs aux Germains » (De Regno, liv. III, ch. XVII), s’est élevé avec fermeté contre cette prétention française, quelque peu exagérée, et refusa avec force l’idée que le sacre royal puisse consister en un « sacrement », affirmant : « Les roys n’ont aucun pouvoir sur les choses spirituelles ; ils ne reçoivent donc pas la clef du Royaume des cieux, mais seulement une autorité sur le temporel, autorité qui, elle aussi, ne peut venir que de Dieu (…). L’onction du sacre ne leur confère aucun ordre sacré, mais signifie que l’excellence de leur pouvoir descend du Christ, de telle sorte que c’est sous l’autorité du Christ qu’eux-mêmes règnent sur le peuple chrétien. » (IV Sent., D. XIX, q. 1, a 1, ad. 2.)
7. J.B. Bossuet, La Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, 1679.
8. Du Pape, op.cit.
9. Ibid.
10. Ibid.
11.
Si nous ne pouvons que déplorer la scandaleuse condamnation de l'Action française en 1926, par le pape Pie XI, qui alla jusqu’à classer certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits », condamnation heureusement levée en 1939 par Pie XII, alors que Maurras, et ceci fort légitimement eu égard à son talent littéraire, venait d’être élu à l'Académie française, néanmoins on fera difficilement de l’auteur d’Anthinéa (1901) ou Kiel et Tanger (1910), un « descendant intellectuel » de Joseph de Maistre comme il a pu être écrit un peu rapidement. En effet, admirateur de la philosophie positiviste d’Auguste Comte dans laquelle il voyait une réponse à l'idéalisme allemand, Maurras avait une conception purement utilitariste de la religion catholique. Voyant dans l'Église une simple composante organique de la nation intimement liée à l'Histoire de France, il ne considéra en elle que sa possibilité d’unification structurelle du corps social national n’accédant, évidemment, ni à sa dimension d’universalité fédératrice de la chrétienté, ni à son mystère spirituel. Ainsi affirmer, comme le soutient un récent ouvrage, qui pèche par bien des approximations, une méthodologie plus que discutable et des légèretés inexcusables, que Maurras se serait livré à une captation d’héritage des théocrates les utilisant comme de « véritables masques (…) qu’il a lui-même modelés pour séduire des publics proches de ces autorités contre-révolutionnaires » (T. Kunter, Charles Maurras, la Contre-révolution pour héritage, Nouvelles éditions latines, 2009, p. 194), n’est cependant pas entièrement faux. Toutefois, reconnaissons à Maurras une influence plus que positive sur le national-catholicisme au Mexique, le catholicisme brésilien, le mouvement Cursillos de la Cristiandad fondé en 1950 par l'évêque de Ciudad Real, Mgr Hervé, sans oublier Salazar au Portugal, dont la doctrine politique de l’Estado Novo fut élaborée en s’inspirant ouvertement des idées maurassiennes, ce qui est tout de même d’excellents fruits à mettre au crédit du théoricien du nationalisme intégral.
12. J. de Maistre, Préface de l’Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Cattier, 1882.
13. J. de Maistre, Oeuvres Complètes, t. VII, 1854, p. 526.
14. J. de Maistre, Les Soirées de St. Pétersbourg, X, Œuvres Complètes, t. V, p. 188.
15. Du Pape, op.cit. La constitution dogmatique Pastor Æternus (1870),affirmera en des termes extrêmement forts la primauté du pontife romain en matière doctrinale : « Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra (…) jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut. (…) le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles (...) Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » (Constitution dogmatique Pastor Æternus, publiée par le premier concile du Vatican, votée lors de la quatrième session, proclamée solennellement par le pape Pie IX le 18 juillet 1870).
16. J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.
17. Du Pape, op.cit., ch. IV.
18. Ibid.
19. Ibid.
20. Ibid.
21. Ibid., ch. VI.
L e p r o b l è m e d u s é d é v a c a n t i s m e

« Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. » Du Pape, Joseph de Maistre, 1819
« Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. »
C'est pourquoi, notre conviction profonde, explique la raison de notre position légitimiste en matière d’autorité ecclésiale, qui rejoint entièrement celle de Joseph de Maistre : la monarchie romaine fonde, fait et établit l’Eglise, et nul ne peut de sa propre volonté, du haut d'un imaginaire tribunal surgi de son jugement subjectif de simple laïc, voire de prêtre, d’évêque ou même de cardinal, décider de son propre chef de ne plus reconnaître le Souverain Pontife. Certes les erreurs modernistes considérables soutenues lors du concile Vatican II ont, légitimement, de quoi troubler bien des âmes catholiques. Cependant rien ne dépasse en valeur, la nécessité, par économie de suppléance vitale, la préservation absolue de l'institution Pontificale, d’autant en temps de crise extrême telle que nous la connaissons aujourd'hui, car une cessation de la visibilité de la charge pétrinienne conduirait à un mal plus grand encore facteur d’une destruction certaine pour l’Eglise.
Ainsi, la thèse sédévacantiste ne permet pas de résoudre une interrogation majeure et centrale, celle de savoir comment l’Église peut-elle continuer d’exister sans un pape à sa tête ? Si l’on suit la conviction des partisans de la vacance du Saint-Siège l’Eglise n’existerait plus.
Mais dès lors qu’il y a l’Eglise, et Eglise il y a, il y bien un Pape qui la gouverne.
Cajetan d’ailleurs considère qu’il faut une déclaration officielle d’un concile pour déposer un pape ! La religion conciliaire subvertit l’Eglise, mais la position sédévacantiste, en tant qu’elle conduit à un ecclesiovacantisme, est beaucoup plus subversive car elle fait mourir l’Eglise, et elle aboutirait, si elle était suivie massivement, à ce qu’il n’y ait il n’y a plus de combat possible dans l’Eglise, hormis le combat pour avoir raison sur le papier, combat qui est finalement stérile du point de vue religieux.
Notre analyse du sujet :
LE SEDEVACANTISME EST UN PECHE MORTEL !
(fichier pdf téléchargeable de 33 pages)
REPONSE AU DEFI DE L’ABBE HERVE BELMONT
00:23 Publié dans De la littérature, Des livres, Philosophie, Philosophie politique, Politique, Réflexion, Religion | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : joseph de maistre, politique, philosophie, métaphysique, théologie, littérature, histoire, religion, eglise catholique, théorie, spiritualité, rome, vatican |
Facebook |
vendredi, 28 mai 2010
L’essence religieuse de la Question Juive
Eclaircissements au sujet du problème Juif :
l’antijudaïsme théologique de La Croix au XIXe


« La question de l’antijudaïsme est toute religieuse,
car le mystère de l'aveuglement de la Synagogue
est un phénomène religieux. »
C’est en 1890, en août précisément, que le journal La Croix, fondé par les Assomptionnistes, se
proclamera « le journal catholique le plus antijuif de France, celui qui porte le Christ, signe d’horreur aux Juifs. » Si les critiques à l’encontre de « l’argent Juif », des « usuriers Juifs », du « Juif libéral et capitaliste », ne manquèrent pas sous la plume des rédacteurs, toutefois La Croix se distinguera nettement de la presse antisémite de l’époque incarnée par Edouard Drumont et « La Libre Parole », par une attitude toute religieuse, plaçant le problème au niveau qui doit être le sien, à savoir celui d’une dénonciation, en raison de son hostilité au Christ, du caractère profondément dissolvant et révolutionnaire des activités judaïques et de la pensée juive à l’intérieur de la société chrétienne.
L’attitude nuisible du judaïsme synagogal avait déjà été notée, non sans une certaine acuité par Joseph de Maistre, lui qui, parmi les auteurs contre-révolutionnaires, fut le premier à s’exprimer sur le sujet, déclarant avec une certaine sévérité : « Les juifs méritent une attention particulière de la part de tous les gouvernements, il ne faut pas être étonné si le grand ennemi de l'Europe les favorise d'une manière si visible.Tout porte à croire que leur argent, leur haine et leurs talents sont au service des grands conjurés. Le plus grand et le plus funeste talent de cette secte maudite, qui se sert de tout pour arriver à ses fins, a été depuis son origine de se servir des princes mêmes pour les perdre. » [1] L’ennemi de la chrétienté, en l’espèce la Synagogue, est donc selon Maistre, liée à l’esprit satanique de la Révolution qui enrôle tous ceux qui s’opposent à l’Eglise et au règne social de Jésus-Christ.[2] La question, qui est ainsi posée à la chrétienté par le judaïsme, comme nous allons nous en apercevoir, est donc de nature étroitement et strictement spirituelle.

« Le Juif est l’ennemi du Messie et de ses disciples. »
De la sorte, pour le catholicisme, et ceci le distingue nettement de l’antisémitisme - à propos duquel nous avons dit qu'il était impossible pour un chrétien - le problème Juif est un problème essentiellement religieux et non racial. Les rédacteurs de La Croix ne le cachaient pas : « Nous croyons que la question est toute religieuse, car le mystère de la conservation de la race juive au milieu du monde est un phénomène religieux. (…) La question du Christ et du peuple déicide domine de très haut toute cette affaire. » [3] Et cette question était, et reste, effectivement toute religieuse - uniquement religieuse - là est le fond essentiel du problème, pas ailleurs, c’est-à-dire, pour être bien clair, qu’il n’est aucun cas plan racial ou biologique [4]. Pierre Sorlin, dans son ouvrage très documenté, La Croix et les Juifs, exposa la conception catholique du problème Juif avec clarté : « Cette affirmation est l’une des plus constantes à La Croix. Pendant vingt ans, la Bonne Presse ne cessa de rappeler qu’il existe un problème parce qu’Israël est le ‘‘peuple déicide.’’ » [5]
Tout l’argumentaire des Pères Assomptionnistes fut donc centré sur cet aspect religieux de la question juive, ce qui en faisait bien l’expression d’un antijudaïsme théologique, et non, comme certains l’écrivent trop vite, d’un « antisémitisme » : « Le peuple déicide s’est séparé des bon anges. Le déicide est, en quelque sorte, la marque de rupture. Dieu avait choisi un peuple pour répandre son Nom, et donner naissance à un Sauveur. Il avait gratifié ce peuple de qualités particulières, et spécialement d’une grande force de résistance à l’adversité. Pour lui permettre de survivre, il avait lui-même rédigé un code destiné à le protéger. (…) Déçus par la pauvreté du Christ, les Juifs le tuèrent et conçurent contre ses disciples une haine inexpiable. » (La Croix, 9 septembre 1896.)


L’argumentaire des Assomptionnistes est centré
sur l’aspect religieux de la question juive.
II. L’Eglise : le vrai Israël !
Trois phases, dit Pierre Sorlin, suffisent au P. Bailly pour résumer ce credo que soutenait alors la Bonne Presse : « Un peuple de Dieu a été formé pour donner à l’Univers un Dieu sauveur. Ce peuple de Dieu s’est divisé radicalement quand Notre-Seigneur fut mis sur la Croix. Une partie est devenue l’Eglise ; une autre partie est devenue le peuple déicide. » (La Croix, 19 décembre 1891.) Dès lors, le grief principal qui servira de fil conducteur à La Croix, sera défini en une phrase brève, mais décisive : « Le Juif est l’ennemi du Messie et de ses disciples. » (La Croix, juin 1881).

« Le crucifix est un objet d’horreur aux Juifs. (…)
Les Juifs assouvissent leur haine vigoureuse de l’Eglise …
ils déchristianisent et pillent le pays. »
Le thème, amplifié, développé et enrichi, devient une constante régulière dans les pages de La Croix : « Le crucifix est un objet d’horreur aux Juifs. (…) Les Juifs assouvissent leur haine vigoureuse de l’Eglise. Ils déchristianisent et pillent le pays. » (La Croix, 16 avril, 10 novembre 1889 ; 25 octobre 1890.)
Plus encore, est montrée, et dénoncée, l’entreprise destructrice des Juifs dont l’objet premier porte sur une détestation radicale de l’Eglise : « Il n’y a qu’une chose dont le Juif ne puisse pas dire : ‘‘J’en serai le maître’’. C’est l’Eglise. Aussi tout ce qui touche l’Eglise lui fait horreur et si un Etat conserve ce germe de liberté, l’Eglise de Dieu, il recule et dirige toute sa haine contre cette puissance. [Les Juifs] sont les organisateurs de la persécution contre les catholiques ; ils poursuivent leur lutte habile et haineuse contre la civilisation chrétienne ; espèrent détruire la société chrétienne. » (La Croix, 17 avril 1897 ; 15 février 1898 ; 7 décembre 1897).

« Les Juifs poursuivent leur lutte habile et haineuse
contre la civilisation chrétienne. »
III. Le projet Juif
Une explication est fournie par les prêtres rédacteurs de La Croix à leurs lecteurs catholiques, afin de leur faire comprendre pourquoi les Juifs manifestent une telle haine vis-à-vis du christianisme : « La persévérance avec laquelle la race ennemie du Christ s’acharne sur les baptisés est facile à expliquer : elle témoigne de l’endurcissement des Israélites qui, pour ne pas reconnaître leur erreur, veulent faire disparaître ceux qui détiennent la Vérité. » (La Croix, 7 décembre 1897). Une fois encore, les Assomptionnistes de La Croix, présenteront nettement une attitude théologique dans leur antijudaïsme. Ils le déclarent de manière très claire, ce qu’ils réaffirmeront à plusieurs reprises : « Nous semblons parfois avoir, dans ce journal, la haine des Juifs, et cependant nous n’avons de haine que pour le crime qu’ils perpétuent à travers les siècles, le déicide. » (La Croix, 28 octobre 1897).
Ce refus, qui est tout autant de la haine que du rejet de la sainte religion chrétienne, aura, et a eu à travers l’Histoire, des conséquences terribles. Mais il en est une surtout de conséquence, insoupçonnée, que cette hostilité à l’égard de l’Evangile et de l’Eglise, a provoquée, comme le dit fort bien La Croix : « Les Juifs renient l’Evangile et par là retardent la libération du genre humain. La vie chrétienne est faite de renoncement : voilà ce que n’accepte pas le Juif, rivé à son or ; il est d’ailleurs caractéristique qu’Israël, sous prétexte de laïcisation, attaque surtout les ordres religieux : ‘‘l’arme du moine, c’est le don de soi, c’est le sang toujours offert’’ ; l’arme souveraine du Juif, c’est l’or… » (La Croix, 22 novembre 1894.)

« Les Juifs en refusant l’Evangile,
retardent la libération du genre humain. »
a) Le déicide
Retarder la libération du genre humain, voilà bien ce que provoque ce rejet violent, brutal et catégorique de l’Evangile de la part des Juifs ; tragique situation qui conserve dans la prison de ce monde, de façon cruelle et douloureuse, les âmes qui aspirent avec toute leur ardeur sincère, pouvoir un jour goûter aux consolations de la Rédemption.
L’Eglise réprouve donc la Synagogue pour ses péchés mais ne veut pas la détruire : « Le nom de Juif soulève au fond des cœurs une horreur instinctive ; les Juifs inspirent le mépris et le dégoût, le baptisé, qui ne doit point persécuter les Juifs, doit éprouver et éprouve au fond un sentiment de répulsion pour le peuple déicide. » (La Croix, 2 juillet 1884.) Et il est vrai que le souvenir de la douloureuse Passion du Sauveur reste, de façon indélébile, lié au Juif : « Au Calvaire le Juif déicide a dit le premier : ‘‘Tuons-le’’ et il a transmis cet parole comme un héritage à ses enfants. » (La Croix, 6 juillet 1883). La responsabilité des Juifs, dans ce triste événement, n’est pas niable : « Les israélites ont consommé leur propre malheur, ils se sont exclus du droit commun et portent la responsabilité du mouvement de recul qu’un catholique esquisse en leur présence. » [6]
b) Le rejet du judaïsme
La Croix va donc insister dans ses colonnes sur le caractère réprouvé du judaïsme, et en faire l’un des thèmes principaux de son discours. C’est ce que va exprimer, en des termes assez durs, Tardif de Moidrey : « Ce n’est pas Israël qui s’est retranché de l’humanité, c’est Dieu qui l’en a exclu. Le judaïsme est une religion maudite car le Juif porte sur ses épaules la malédiction divine (…) Le Juif est déchu depuis le jour du déicide et de la malédiction » [7] Face à une telle radicale et sévère condamnation, le Père Bailly expose l’attitude à avoir envers les Juifs : « On doit, certes, beaucoup de charité aux Juifs, et les papes en ont donné l’exemple, mais les admettre dans la société chrétienne, c’est déclarer que le déicide dont ils portent la malédiction perpétuelle ne touche plus notre génération…Oui, ils sont maudits si nous sommes chrétiens. » [8]
IV. Le talmudisme synagogal

« Le judaïsme est devenu un antichristianisme. »
Les rédacteurs de La Croix vont, lorsque les positions critiques essentielles furent exprimées par leurs soins à un lectorat
catholique qui découvraient les analyses doctrinales de l’antijudaïsme, centrer leur propos sur une dénonciation des positions juives, telles qu’on les trouve dans le Talmud. Ceci amènera une série d’articles dont la conclusion peut se résumer ainsi : « Il faut être très aveugle et fort laïcisé pour ne pas comprendre que le peuple de Dieu, façonné afin de préparer le Christ, ayant été maudit, s’est retourné pour accomplir contre le Sauveur une mission opposée. On sera obligé de reconnaître qu’aucune société ne peut vivre avec cet élément destructeur. Le judaïsme est devenu une sorte d’antichristianisme. » (La Croix, 10 décembre 1897.)
Le verdict de La Croix est donc simple, mais cependant très inquiétant: « A partir de ce moment, le peuple déicide se prosternant devant le Talmuld et la Kabbale, rendit un culte officiel bien que secret à celui que Jésus-Christ appelle ‘‘Le Prince de ce monde’’. Dès lors les Juifs se constituèrent en une société secrète gouvernée par un chef occulte, société des Fils de la Veuve. C’est Jérusalem privée de son Temple. Les Fils de la Veuve, ce sont les Juifs dispersés dans le monde, mais se reconnaissant aux signes kabbalistiques…Le but de cette société est de détruire le royaume de Jésus-Christ. » [9]
Au printemps 1898, la revue théorique de La Croix, « Les Questions actuelles », fera une présentation générale du Talmud en parlant de ce dernier comme d’un « code civil et religieux des Juifs, faisant que les israélites, incapables aujourd’hui de lire la Bible, puisent dans le Talmud la majeure partie de leurs observances. » [10] Et cette présentation est suivie d’une mise en lumière des lois talmudiques qui a de quoi inquiéter : « Le Talmud préconise que le non-Juif, qui n’est pas complètement homme, n’a pas de droits ; qu’on peut le voler, le tromper (…). Le Juif talmudiste, fanatisé par les rabbins, croit plaire à Dieu en volant, en persécutant les baptisés ; il est l’instrument du mal, se protéger contre ses atteintes est un réflexe de légitime défense. » [11]
Il est ainsi affirmé avec force par les Pères Assomptionnistes, en une forme de solennelle sentence : « La Croix qui se dresse toujours comme une protestation sanglante contre le peuple déicide, doit faire éclater la vérité que d’autres étouffent. »
V. La nécessaire conversion des Juifs
Toutefois, malgré ces nombreux griefs suscitant un légitime effroi, La Croix se distinguera néanmoins de l’antisémitisme de son époque par une attitude conforme à la loi de l’Eglise : un israélite peut, s’il le désire en recevant le baptême, cesser d’être Juif ! Et certains le firent et fort bien, devenant même prêtres, voire évêques, comme les frères Augustin et Joseph Lémann, d’ailleurs si remarquables de piété, de fidélité et d’engagement traditionnel à l’égard de la religion chrétienne, qu’ils firent l’admiration de leurs contemporains.
Le journal catholique, voulut préciser sa pensée afin de se distinguer et montrer la spécificité de l’antijudaïsme par rapport à l’antisémitisme : « Le Juif naît avec une double tâche originelle : celle d’Adam d’abord, il n’est pas baptisé ; celle de Caïphe ensuite : la haine du Christ. En ce sens le Juif est le plus déshérité des humains ; à la tare originelle, il ajoute cette marque spécifique qu’est la malédiction ; il existe un abîme entre les chrétiens lavés et sacrés par le sang de Jésus-Christ et les Juifs maudits. Vous pouvez donner des dignités, couvrir d’honneur le Juif, aussi longtemps qu’il n’aura pas quitté sa religion, il restera le maudit de la société chrétienne. » (La Croix, 2 juillet 1884). Pourtant, le Juif demeure malgré cette tâche, l’héritier de la Promesse messianique. De ce fait l’Eglise le regarde, dans sa grande miséricorde, comme un égaré, un infidèle, mais voit en lui le représentant d’un peuple qui fut aimé et élu de Dieu. Et, ce regard, constamment l’Eglise l’a eu à l’égard des Juifs, au point même où, comme le proclame avec force La Croix : « Le Juif est aveugle parce qu’il persiste à se tenir dans l’ombre ; s’il renonçait à son erreur, Dieu l’accueillerait avec joie. » [12]

"La conversion promise des Juifs
est la seule solution définitive de la question juive."
De là se dégagent deux principes caractéristiques propres à l’antijudaïsme catholique :
- Les chrétiens ont le devoir de s’attacher à convertir les Juifs. C’est ce que fit La Croix qui demanda expressément au peuple déicide de se convertir, invitant les catholiques à faire un effort particulier pour cela : « On devrait prier pour la conversion des Juifs ; voilà l’œuvre par excellence. La conversion promise des Juifs sera la seule solution définitive de la question juive. » [13]
- Le baptême est suffisant pour enlever toutes les tâches : « Que l’israélite renonce à la foi juive, qu’il revienne au christianisme et aussitôt il efface le signe de malédiction de son âme et de son front. La conversion seule et non le code civil peut effacer la malédiction. Les Juifs convertis qui se rangent sincèrement sous la bannière du Christ, rentrent dans la nation choisie. » (La Croix, 6 novembre 1894 – 2 janvier 1897).
On le voit, et d’ailleurs Sorlin le fait remarquer : « La Croix se sépare radicalement de la majorité des antisémites français qui, de Drumont à Jules Guérin, voient dans les défauts de la race sémite le fondement de la question juive et n’attachent aucune importance au baptême. Les Assomptionnistes prennent le parti des Juifs baptisé qui, à leur sens, n’ont rien gardé d’Israël.» [14]
Et cela va même plus loin puisque, et c’est un sentiment partagé par beaucoup de catholiques, lorsque les Juifs sont convertis ils deviennent les meilleurs des catholiques : « Les Juifs convertis, par le seul fait de leur conversion, cessent d’être un peuple à part (…) Lorsqu’ils veulent renoncer à ce crime [le déicide], nous les embrassons avec amour et leur restituons tous les privilèges de bénédictions qu’ils ont reçus pour préparer le règne du Messie. » (La Croix, 28 octobre 1897).
VI. Israël et l’avènement de l’Antéchrist
On le constate, le propre de l’antijudaïsme, s’il n’épargne pas ses violentes critiques à l’égard du Juif talmudique, enténébré par les brouillards de la Synagogue, est convaincu que le retour à la Vérité de l’enfant d’Israël est une bénédiction salvatrice pour lui et pour l’Eglise. A ce titre, lors de la Parousie finale signale La Croix : « les nations infidèles acclameront le Sauveur, et les plus ardents seront les Juifs. » (La Croix, 29 janvier 1892).
Ceci participe d’ailleurs de cette conviction, profondément inscrite dans les principes catholiques : « Les Juifs sont les restes du peuple choisi qui doit se convertir aux derniers jours ; l’univers connaît un grand conflit qui ne finira qu’avec le monde, par la conversion d’Israël dispersé. » (La Croix, 28 février 1890). Les idées de La Croix sont comparables à ce que dit saint Paul (« tout Israël sera sauvé » Romains XI, 26), à ce qu’écrit également l’abbé Joseph Lémann dans son Histoire complète de l’idée messianique (1909), à savoir que le retour en Terre Sainte des Juifs, c’est-à-dire dans l’Eglise, est un signe de joie et d’allégresse pour le monde entier.
Toutefois, un point est à noter - conforme à l’Ecriture et comme il nous fut donner de le dire dans Le Chef des Juifs : l’Antéchrist - avant de se convertir les Juifs établiront le règne de l’Antéchrist : « Les Juifs proclameront un jour un faux Christ qu’ils reconnaîtront après avoir repoussé le vrai Christ, et celui-là sera l’Antéchrist, qui dominera le monde et règnera à Jérusalem. Toute l’histoire se déroule pour préparer ce grand drame historique dont nous sommes les acteurs et dans le drame du monde, le Juif jouera, jusqu’à la fin des temps, un rôle principal. La conversion du Juif, c’est-à-dire la fin de la lutte, sera le signe de la fin du monde. » (La Croix, 12 décembre 1883).

L’Antéchrist dominera le monde
et règnera à Jérusalem !
Les descriptions de cet avènement terrible sont ainsi exprimées par les prêtres de La Croix : « Les Juifs déclarent que Jésus a trompé l’attente parce qu’il n’a pas eu de puissance temporelle ; à la place de ce Christ divin, ils veulent un Christ terrestre qui aura tout ce qui a manqué à Jésus, soumettre la terre et posséder l’or. (…) Le peuple de Dieu fut conservé autrefois afin que, par lui, la terre entière fût préparée au Christ, le peuple déicide sera à son tour conservé au milieu des nations afin de préparer le règne de l’Antéchrist. Le peuple Juif, c’est le tronc destiné à fournir ce grand ennemi du Christ annoncé pour le combat suprême et pour la victoire définitive. Nous n’avons pas le droit d’ignorer aujourd’hui que le Juif a la mission de faire le règne de cet Antéchrist. Le peuple déicide, qui s’est séparé des bons anges, est conservé providentiellement pour donner cet Antéchrist. Ensuite le Juif se convertira. La nation de l’Antéchrist est la menace suspendue sur le monde, comme le peuple du Christ est l’espérance de la Terre. » (La Croix, 29 novembre 1894).
Conclusion
Nous le voyons, suite à ces précisions fondamentales qui nous permettent d’accéder à une compréhension élargie et approfondie du problème posé par le judaïsme depuis plus de vingt siècles, la question Juive est une question d’essence spécifiquement religieuse. C’est « La Question » la plus impressionnante, inquiétante et extraordinaire qui soit, puisqu’elle touche aux événements qui conduisirent à la terrible Passion de Jésus-Christ, et à ceux qui accompagneront la fin des temps.
Dieu a confié à Israël une tâche magnifique, et Satan une mission abominable. Tout le problème Juif, l’unique question juive se résume à ce commandement double et totalement contradictoire, qui ne peut se traiter, se penser et se régler, que sur un mode exclusivement et étroitement religieux.
Tout autre tentative, tout essai ou volonté de trouver une solution à la difficulté que représentent la place et le rôle du peuple d’Israël à l’intérieur de l’Histoire, qui ne prendrait pas en compte la dimension authentique de ce problème, se heurterait fatalement comme cela est arrivé d’innombrables fois au cours des siècles, et arrivera de nouveau de façon inévitable, à la force d’un mur formidable. Ce mur, déconcertant et quasi surnaturel, est une représentation symbolique de celui qui soutenait le Temple de Jérusalem, et s’il est aujourd’hui de nature spirituelle puisque l’ancien Temple est détruit, il convient que soit forger un outil particulier pour le tailler afin d’en faire la base de l’édifice consacré à la gloire de Dieu et non de Satan, et cet outil, seul adapté à cette tâche sacrée, a pour nom : la théologie !
Notes.
1. Maistre, J. (de), Quatre chapitres inédits sur la Russie, Chap. IVe « l’Illuminisme », Vaton, 1859.
2. C’est ce qu’écrivait l’abbé Goudet : « Le Tout-Puissant se sert de la Révolution pour broyer les Nations infidèles à leur mission et refaire le monde sur un plus vaste plan. […] Avec l’ère de la Révolution s’ouvre la période d’Apostasie proprement dite annoncée par saint Paul… » (Goudet, A., Mission des Juifs, Chap. VI, 1854.)
3. Bailly, P., La Croix, 28 mai 1890.
4. Dieu a désavoué ceux qui ont renié son Fils unique et consubstantiel, “vrai Dieu né du vrai Dieu”, il a donc rompu son Alliance avec eux. Par conséquent, Il a ainsi constaté la stérilité du Judaïsme pharisaïque et rabbinique, qui est aujourd’hui enseigné dans les synagogues, judaïsme qui a tué son Fils, le condamne, le désapprouve, et le “maudit”. De ce fait, il n’y a absolument aucune « fidélité » des descendants d’Abraham à l’égard de Dieu, si ce n’est celle des Juifs qui répondirent à l’attente messianique, c’est-à-dire les Apôtres, les premiers convertis de l’Eglise de Jérusalem. Pour ces Juifs, devenus chrétiens, il ne saurait leur être reproché quoi que ce soit ; ils sont de parfaits chrétiens, membres de l’Eglise, membres du Corps mystique du Christ. Là est la grande différence d’avec l’antisémitisme raciste et biologique, qui s’oppose aux Juifs en raison de leur origine ethnique, ce qui est absolument inacceptable pour la doctrine catholique qui ne reconnaît plus en Jésus-Christ, ni Juifs ni païens, mais seulement des âmes consacrées, par l’eau, le sel et l’Esprit, toutes absolument appelées, par grâce, à la vie divine sans distinction mondaine d’aucune sorte.
5. Sorlin, P., La Croix et les Juifs, Grasset, 1967, p. 132.
6. Ibid., p. 136.
7. Tardif de Moidrey, Microbes, in La Croix, 19 mai 1896.
8. Bailly, P., La Croix, 6 novembre 1894.
9. La Croix, Supplément : « Le complot Juif », 29 mars 1898. On notera que, malgré ses vives critiques dirigées contre le judaïsme talmudique, lorsqu’une campagne d’opinion qui avait la bienveillance de la République vers 1893, venue d’Allemagne, qui n’est pas si éloignée que cela des problèmes contemporains relatifs au port du voile islamique dans les lieux publics en France, voulut interdire l’abattage rituel des animaux tel que le pratiquaient les Juifs, campagne des milieux antisémites relayée par la Société protectrice des animaux, La Croix, à la surprise générale, défendra la Synagogue et son droit religieux à consommer sa viande selon les prescriptions bibliques, au nom des droits sacrés de chaque communauté à pratiquer son culte selon ses usages, droits que l’Eglise, depuis des siècles, a toujours scrupuleusement respectés.
10. Les Questions actuelles, « Le péril Juif », avril 1898.
11. Ibid., « Mystères talmudiques », juillet 1882.
12. Les Questions actuelles, « Les principes de [l’antijudaïsme] chrétien », 16 février 1897.
13. Question juive, cf. Une Croix pour la conversion d’Israël, 29 septembre 1897.
14. Sorlin, P., op. cit., p. 148. Contrairement à La Croix, dont ils se distinguent nettement et en critiquent les positions jugées trop religieuses, les journaux antisémites clament que le Juif est par essence perverti, et que cette perversion, selon eux constitutive de la race d’Israël, le baptême catholique n’y change strictement rien. (Cf. Drumont, E., La France juive devant l’opinion, 1886, pp. 31-32 ; Guérin, J., Les trafiquants de l’antisémitisme, 1905, pp. 3-4.)
02:40 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : antijudaïsme, judaïsme, juifs, synagogue, religion, eglise catholique, théologie, histoire, eschatologie, prophéties, métaphysique, ecriture sainte |
Facebook |
vendredi, 05 février 2010
Israël : la « Synagogue de Satan ! »
ou la nature perverse du judaïsme après Jésus-Christ


La Synagogue s’est constituée une religion charnelle
dénuée de tout caractère sacré,
se transformant en une secte dirigée par l’esprit démoniaque.
Les Juifs, en rejetant Jésus-Christ, ont trahi honteusement Dieu, ils ont failli aux Promesses, ils sont passés du côté du Diable et accomplissent ses œuvres depuis cette date. Ainsi donc, pour les chrétiens c’est le judaïsme actuel qui est infidèle à l’Ancien Testament, et s’il y a bien un “petit reste” fidèle qui, en entrant dans l’Église chrétienne garantit la continuité de l’Alliance entre l’Ancienne et la Nouvelle, la masse des Juifs, l’Israël actuel, est entre les mains de l’adversaire de Dieu, soumis aux vues perverses du Diable, sous la dépendance « spirituelle » de l’ennemi.
L’Eglise enseigne que le judaïsme post-biblique est réprouvé, désapprouvé, rejeté par Dieu, autrement dit, tant qu’il demeure dans le refus obstiné du Christ, il n’est pas uni spirituellement à Dieu, il ne Lui est pas cher, il n’est pas en grâce de Dieu, il est l’objet d’une répulsion distante de la part de l’Eternel, il représente une assemblée, une Synagogue, dont le Chef est Satan !
I. La corruption de la Synagogue
Dieu, rompant son Alliance, a désavoué ceux qui ont renié son Fils unique et consubstantiel, “vrai Dieu né du vrai
Dieu”. Par conséquent, Il a ainsi constaté la stérilité du Judaïsme pharisaïque et rabbinique, qui a tué les Prophètes et son Fils, et le condamne, le désapprouve, et le “maudit”. De cet fait, il n’y a absolument aucune « fidélité » des descendants d’Abraham, comme l’écrit Vatican II [1], si ce n’est celles des Juifs qui eux furent fidèles à l’attente messianique, c’est-à-dire les Apôtres, les premiers convertis de l’Eglise de Jérusalem. Mais évoquer la prétendue fidélité des Juifs qui rejetèrent le Christ, en voulant s’appuyer sur saint Paul, c’est faire allusion, bien plutôt, à une « infidélité ». Ce n’est pas du tout la même chose !
Bossuet explique très bien la corruption subie par la Synagogue qui a interprété fautivement les textes de l’Ecriture, s’est constituée une religion charnelle, dénuée de tout caractère saint et sacré, se transformant en une secte dirigée par l’esprit démoniaque :
- « L'exégèse satanique est entachée d'applications erronées, d'additions arbitraires, de suppressions audacieuses. Eh bien, C’est en communiquant aux docteurs de la Synagogue cette manière d’interpréter l’Ecriture que Satan va contribuer à établir au sein du peuple Juif l’erreur du Messie conquérant. (…) Ainsi en va-t-il d’un grand nombre de rabbins et de scribes ; inspirés par Satan, ils tortureront et corrompront les plus importantes prophéties messianiques. Ce ne sera plus le Christ des Prophètes qui deviendra l'objet de leur attente, mais un Christ défiguré. Outre la participation de Satan, l'action humaine et des événements politiques contribueront à l'introduction et à l'affermissement des ténèbres. Les Juifs commenceront non point à oublier le Dieu de leurs pères, mais à mêler dans leur religion des superstitions indignes.» [2]
De ce fait, le judaïsme actuel, celui qui est enseigné dans la Synagogue, est donc une doctrine dévoyée placée entre les mains de l’adversaire de
Dieu et travaille, objectivement, contre l’Eglise, dont il est l’adversaire résolu. Cette transformation s’est opérée à un instant précis dans l’Histoire : au moment de l’arrestation du Christ. A partir de cet instant, les événements tragiques qui allaient suivre, ne pouvaient qu’entraîner pour la Synagogue, la perte de ses prérogatives et aboutir à sa transformation en une institution malfaisante et sinistre, ainsi que nous le décrit Augustin Lemann en des lignes saisissantes :
- « Lors de l’assemblée du Sanhédrin, à une interpellation faite à Jésus-Christ par le Grand Prêtre Caïphe, la Synagogue tombe dans l’erreur (…). Aussi la Synagogue enseignante ayant, sous ce rapport, gravement manqué à son devoir, par une négligence coupable, méritera-t-elle d’être privée de l’assistance divine. Livrée à son propre esprit, elle retombera dans l’erreur en méconnaissant Jésus-Christ et en condamnant dans sa divine personne le Messie souffrant. » [3]
La Synagogue a donc, historiquement, poussé les Juifs puis les païens à combattre sans relâche les chrétiens, et depuis les débuts de l’Eglise elle n’a eu de cesse de vouloir la perte du christianisme, la destruction de la sainte religion du Christ. Aujourd’hui, alors qu’Israël pourrait être une source de bénédiction pour le monde, enivré par son vertige national, il répand une atmosphère de guerre et s’impose aux nations avec une rageuse férocité qui conduira, fatalement, vers une situation terrible. C’est ce que résumait déjà il y a plusieurs décennies Mgr Louis Meurin, avec une impressionnante précision, exposant de façon remarquable l’œuvre mortifère à laquelle se consacre désormais la Synagogue qui fédère, hélas ! derrière elle beaucoup d’âme puissamment trompées par ses erreurs :
- « L'enfer a déchaîné les erreurs funestes du Paganisme autrefois vaincu ; il a appelé sous son drapeau la haine antique de la Synagogue déchue et l'audace exaspérée du peuple déicide... il a enrôlé dans son armée toutes les passions violentes de l'humanité viciée (...). Toutes ces forces, l'Enfer les a organisées et les dirige contre l'Église de Christ (...). Le Paganisme, le Judaïsme, l'apostasie, les vices et les passions, sous la suprême direction de Lucifer, montent ensemble à l'assaut de l'Église (...). L'Épouse du Sauveur est accoutumée à vaincre par la souffrance. Le peuple d'Israël, qu'il est grand et majestueux tant qu'il marche avec le Seigneur, mais qu'il est terrible et horrible dans sa haine contre son Messie qu'il a méconnu et tué sur la Croix ! S'il voulait seulement s'élever du sens matériel de ses Livres saints au sens spirituel, il serait sauvé.... Mais il ne le veut pas. Son aveuglement est volontaire... l'orgueil en est l'explication. (...) L'orgueil d'une grande intelligence préfère mille fois souffrir que de s'abaisser et reconnaître son erreur. Aussitôt qu'il s'humilie devant Dieu, le Juif voit : "il tombe de ses yeux comme des écailles" (Actes IX, 18)...Pourquoi donc les Juifs ne voient-ils pas la vérité ? Pourquoi - orgueilleusement – la cherchent-ils dans une Cabale foncièrement antirationnelle et ouvertement satanique ? N'espérez pas, ô Juifs, pouvoir échapper à la calamité qui vous menace encore une fois ! Votre nation déicide est dans ce moment arrivée à une de ces apogées de pouvoir... qui doit aboutir, comme toujours, à un grand malheur national. Le jour qui vous écrasera sera la veille d'une expansion vitale de l'Église, votre victime, telle que l'Histoire n'en a jamais vue. Vos prophètes le lui ont promis ! » [4]
II. Le sionisme est inspiré par la Synagogue antichrétienne
Dès lors l’espérance sioniste, en développant un arsenal militaire et constituant des armées, en souhaitant se rendre
en Israël après des siècles de diaspora, alors qu’Israël est rejeté de Dieu et collabore avec Satan, cachant pour certains l’idée d’une réédification du Temple afin de hâter le retour du Messie, est une aberration anti-scripturaire et blasphématoire, dont on perçoit fort bien qu’elle est inspirée par les rabbins pervertis de la Synagogue antichrétienne. Soutenir un tel projet criminel, est donc un scandale absolu, et pour un chrétien une apostasie ! Si, pour la majorité des évangélistes réformés, et la majorité des naïfs des différentes églises non apostoliques dépourvus de théologie, le fait d’un retour des Juifs en Israël est regardé comme une juste rétribution après des siècles d’exil, pour les Juifs, c’est très clair, l’idée nationale d’un retour en Terre sainte correspond, sans ambiguïté aucune, au rétablissement du Royaume et à la réédification du Temple afin d’hâter la venue d’un Messie national qui n’est autre que l’Antéchrist.
Pour un chrétien, se faire l’avocat d’un tel projet fou, et qui va, de toute évidence, provoquer des ravages plus encore importants qu’il n’en a déjà générés, est une attitude apostate et insensée, le témoignage d’une radicale désorientation, purement et simplement.
Redisons-le : l’idée nationale de la Synagogue, qui a trouvé dans le sionisme son mode de réalisation, est synonyme d’attente d’un Messie charnel et mondain qui assurera le triomphe des Juifs, détruisant ce qui en fait obstacle, la religion chrétienne ! On est très loin d’un projet manifestant une volonté divine, un projet béni par Dieu. Le projet sioniste dissimule en fait un secret désir, que réalise l’espérance messianique, dominer les royaumes de la terre pour y instaurer un pouvoir de domination infernal.
III. L’Eglise condamne le sionisme

Saint Pie X ce pape si sage et si pieux que l’Eglise à canonisé et qu’elle demande d’honorer avec respect et dévotion, ne reconnut pas dans le sionisme la main de Dieu. En effet, saint Pie X ne sentit point cette présence de Dieu dans le sionisme car il en était formellement dépourvu, puisque le caractère authentique de ce mouvement fut d’être dirigé par l’adversaire de Dieu, afin de se constituer une cité dans la Jérusalem d’en bas grâce à la réunion charnelle et violente de la nation Juive, pour s’y faire adorer et abattre la chrétienté. L’attitude de saint Pie X vis-à-vis du projet politique de Theodor Herzl, avait été longuement mûrie et étudiée avec un conseiller très proche du saint Père, Mgr Rafael Merry del Val (1865-1930) [5], qui fut en réalité très impliqué dans cette décision conçue comme une authentique expression de la doctrine de l’Eglise en la matière. Herzl, le théoricien du sionisme avait exposé ses thèses dans son livre « Der Judenstaat, l’Etat des Juifs » en 1896, il fut ensuite élu président de l’Organisation sioniste mondiale qui se donnait pour programme la reconstitution d’un foyer national sur la terre d’Israël. Dans son livre, « Altneuland », « Terre ancienne, terre nouvelle », en hébreu, «Tel Aviv», il s’était livré à une description « utopique » de l’Etat nouveau qu’il envisageait d’édifier selon le slogan du Mouvement sioniste : « Si vous le voulez, ce ne sera pas une légende… »
Ainsi, en réaction à Herzl, venu chercher au Vatican un appui catholique pour légitimer le sionisme naissant, le « Non Possumus » qu’exprima saint Pie X, était tout à la fois une volonté de ne point encourager cette aventure dangereuse et impie, mais surtout de manifester la pensée de l’Eglise à l’égard du projet sioniste. Ainsi, Herzl, contrairement à ce que l’on croit trop souvent, arrivant à Rome s'entretiendra, non pas directement avec saint Pie X, mais avec le Cardinal Merry Del Val, alors Secrétaire d'Etat du Vatican, puis avec le Pape. C’est donc à l'un et à l'autre, que Théodore Herzl exposa son plan de la création d'un Etat Juif en Terre sainte, et c’est à l'un et à l'autre, qu’il demandera pour la réalisation de son programme le concours et les secours de l'Eglise. Le pape et le Secrétaire d'Etat écoutèrent Herzl avec attention, et l'un et l'autre lui dirent fermement : « Non Possumus », saint Pie X ajoutant avec force, qu’il faudrait d'abord que les Juifs reconnaissent Jésus afin que l'Eglise puisse reconnaître comme authentique le Retour en Israël.
Le pape ne se trompait pas dans sa déclaration, car en sa qualité de Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et défenseur de l'Eglise, il avait pour rôle de maintenir intacte la foi et la doctrine catholique. Et sa déclaration, qui conserve une autorité vénérable, fut sans appel. Le sionisme, plan forgé par des hommes impies qui rejetaient Jésus-Christ, n’était pas voulu par Dieu. L’Eglise ne pouvait donc que dissuader quiconque de soutenir, appuyer ou pire s’engager dans ce piège terrible, sous peine de commettre un péché grave. Cette position, qui honore l’Eglise et montre le caractère inspiré de son jugement, reste de façon inchangée, intacte et invariante, celle de la Tradition catholique :
- « Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif. ‘‘Non Possumus’’. » (Saint Pie X, 25 janvier 1904, Cité du Vatican).
Et saint Pie X, pour effectuer du haut de son immense autorité cette déclaration officielle qui scellait clairement la position de l’Eglise, pouvaient s’appuyer sur les textes des docteurs de l’Eglise dans lesquels apparaît clairement une dénonciation des erreurs judaïques, et ce de l’Ecriture sainte elle-même (s. Jean, s. Pierre et s. Paul), jusqu’à s. Jérôme, s. Augustin, en passant par s. Bernard, s. Thomas d’Aquin, s. Dominique, etc., et la nécessité pour les Juifs de se convertir avant de pouvoir retourner dans la Terre sainte véritable qui les attend : l’Eglise !
IV. Les Juifs ont « pour père le Diable ! »
Contrairement à ce que laisse croire Vatican II, l’Alliance ancienne est à présent morte, déchue, finie, défunte. Cette mort a été même prédite et annoncée par Dieu : «Voici, des jours viennent, dit l’Éternel, et j’établirai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une Nouvelle Alliance, non selon l’Alliance que je fis avec leurs pères, au jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, mon alliance qu’ils ont rompue, quoique je les eusse épousés...» (Jérémie XXXI, 31-34). Ce passage capital, cité in extenso dans l’épître aux Hébreux chapitre VIII, met l’accent sur le fait que la Nouvelle Alliance est établie sur une tout autre base que l’Ancienne. D’abord, c’est une Alliance à un seul contractant, comme celle que Dieu avait faite avec Abraham. Mais elle va plus loin. Elle est fondée sur l’oeuvre de Dieu lui-même dans les coeurs : «Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, et je l’écrirai sur leur coeur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple» (Jérémie XXXI, 33).
L’Ancienne Alliance était donc basée sur la coopération des hommes. Moïse reçut la déclaration de Dieu, contenant les conditions du pacte.
Mais l’Alliance n’était pas inconditionnelle (Deutéronome XI, 1-28), elle était soumise à l’obéissance du peuple d’Israël: “Je mets devant vous une bénédiction et une malédiction: la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de Dieu... la malédiction, si vous n’obéissez pas” (Deutéronome XI, 28). C’est très clair. Le maintien de l’Alliance, comme il apparaît formellement, dépendait du comportement d’Israël, et Dieu menaça plusieurs fois de la rompre à cause des infidélités des Juifs qu’il voudrait détruire (Deutéronome XXVIII; Lévitique XXVI, 14 ss.; Jérémie XXVI, 4-6; Osée VII, 8 et IX, 6). Après la mort du Christ, le pardon de Dieu ne fut pas accordé à tout Israël, mais seulement à “un petit reste” fidèle au Christ et à Moïse, la majorité des Juifs resta sous la colère, et y demeure jusqu’à aujourd’hui.
À la suite de l’infidélité de l’ensemble du peuple d’Israël envers le Christ et l’Ancien Testament qui L’annonçait, le pardon de Dieu se restreint à “un petit reste”. En revanche, les Juifs infidèles à Dieu, recevront de la part de Jésus une sentence extraordinairement sévère :
- « Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. » (Jean VIII, 44).
Ce n’est donc pas une rupture du plan de Dieu, mais une modification profonde, radicale de l’Alliance primitive prévue dès l’origine, dans l’Alliance nouvelle et définitive, qui donnera au “petit reste” des juifs fidèles au Messie un “cœur nouveau” et s’ouvrira à l’humanité entière. Jésus n’a pas instauré une nouvelle religion, il a enseigné que Dieu voulait le salut de toute l’humanité et que la venue du Messie était la condition de ce salut. La communauté chrétienne est restée fidèle à la Tradition vétérotestamentaire, en reconnaissant en Jésus le « Christ » annoncé par les Prophètes.
Sans cette reconnaissance, nul retour n’est envisageable sur une terre qui n’est plus l’héritage d’un peuple infidèle et qui a désobéi, d’un peuple qui a trahi Dieu dans la relation qui avait été instituée. Dès lors vouloir réintégrer une terre en faisant comme si le Christ n’était pas venu et n’avait pas modifié le sens des promesses, est une impiété scandaleuse.
V. La restauration d’Israël est une chimère
Saint Pie X avait parfaitement perçu en quoi consistait l’erreur fondamental du sionisme, mouvement fondé lors de ses trois premiers congrès
constitutifs à Bâle, en août 1897, août 1898 et août 1899 par des hommes imprégnés de laïcisme, de conceptions révolutionnaires, républicaines et athées, soit de vouloir imposer cette idée saugrenue, et impie, que la venue de Jésus-Christ n’a modifié en rien la situation pour le peuple Juif, et qu’il reste, malgré son crime, sa réprobation et l’exil, propriétaire de la Terre sainte. Les Archives israélites, organe le plus important du judaïsme français publièrent d’ailleurs ceci confirmant cette opinion inacceptable : «... La reconstitution de la nationalité juive, nous l'avons dit et nous ne cesserons de le redire, est d'ordre providentiel….Quand l'heure de la patrie juive, devenue la patrie de toute l'humanité, sonnera, quand il faudra battre le rappel de tous les dispersés d'Israël, le souverain Maître de l'univers suscitera les agents de ce mouvement de ralliement… » [6]
Or, cette idée est une chimère, une vision illusoire, comme le dit Joseph Lémann :
- « Chimère, encore une fois, d'attendre la restauration matérielle d'un État juif à Jérusalem. Il ne faut pas transporter à une nouvelle Jérusalem terrestre les promesses qui appartiennent à l'Église de Jésus-Christ. Cette Jérusalem à laquelle les Juifs seront ramenés un jour de l'Orient et de l'Occident, et vers laquelle tous les peuples accourront avec eux, n'est point une Jérusalem matérielle, qui jamais ne pourrait être assez vaste pour contenir une si grande multitude dans son sein ; c'est l'Église même de Jésus-Christ.» [7]
En un mot, du point de vue catholique, du point de vue de saint Pie X et de tous les papes, du point de vue des docteurs de l’Eglise, du point de vue même de Dieu, le sionisme et son ambition de reconstitution d’un Royaume Juif en Israël est, concrètement, l’ignoble négation de la Croix et du Gologotha !
Conclusion
Depuis la Croix, les promesses ne s’appliquent plus car l’Alliance a été révoquée, et nul ne progresse dans cette ancienne relation contrairement à ce que déclare fautivement l’Eglise conciliaire [8], car qui est exclu d’une Alliance ne peut y poursuivre un lien, ou alors cela signifierait, ce qui est absurde, que le judaïsme actuel maintiendrait l’Alliance avec Dieu, ce qui n’a aucun sens puisque l’Ancienne Alliance est devenue caduque, comme le déclare saint Paul dans l’épître aux Hébreux. Mais le drame, car s’en est un, c’est que cette rupture s’est transformée en une nouvelle alliance pour celui qui fut le peuple élu, une alliance avec les forces de l’enfer, faisant de la Synagogue, pour le reste des siècles, une puissance ténébreuse en lutte contre le christianisme.

Depuis la Croix, les promesses faites aux Juifs ne s’appliquent plus,
car l’Alliance a été révoquée.
Ce n’est donc pas pour rien, ni sans de justes motifs, que Pie IX, voulant conférer une image correspondant à ce qui animait l’esprit pervers des complots judaïques contre Rome, recourut dans sa lettre Encyclique Etsi multa luctuosa (1873), à la figure de la “Synagogue de Satan”, pour désigner les ennemis de l’Eglise, incluant sous cette expression, tous ceux qui, de près ou de loin, et en particulier les Juifs, travaillaient sans relâche à ruiner la civilisation chrétienne. [9]
On le comprend donc aisément, lorsque Rome, qui ne cultive pas un antijudaïsme pour d’inexistants motifs, eut perçu distinctement les causes réelles des immenses tragédies révolutionnaires qui bouleversèrent les Etats chrétiens depuis et qui faillirent, au XVIIIe siècle, réduire l’Eglise à une ruine en martyrisant son clergé, brûlant ses monastères, détruisant ses édifices sacrés, elle n’hésita pas à désigner, clairement, les responsables du vertige satanique qui s’était emparé de l’Europe, en l’occurrence les Juifs. Ainsi, La Civiltà Cattolica, fondée en 1850, intervint dès 1858 sur la question juive. Environ dix ans après, en 1869, Gougenot des Mousseaux exposa amplement, dans Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, les mécanismes qui oeuvraient à mettre en miettes la chrétienté, et Pie IX, en 1870, entrevit justement dans le Judaïsme la cause première de la Révolution [10], suivi en cela par Léon XIII, qui désigna les Juifs comme étant le moteur principal de la corruption contemporaine.
Israël est donc bien devenu, depuis l’arrestation du Christ, la Synagogue qui travaille à abattre l’ordre chrétien afin d’y substituer une loi impie, une assemblée ayant en répulsion et abomination Jésus-Christ et son Eglise, et à qui Notre Seigneur a donné pour nom : « LA SYNAGOGUE DE SATAN. »
On comprend de la sorte mieux pourquoi, dans l’Expositio in Cantica Canticorum, attribuée à s. Thomas d’Aquin, on trouve cette phrase en forme de prière tant les œuvres de cette Synagogue de Satan sont néfastes :
- « Synagogue ! Reviens et quitte l’erreur de ton intelligence, reviens et quitte ton sens charnel ! Reviens en adhérant à la vérité ! Jerusalem, Jerusalem, revertere ad Dominum Deum tuum ! »
Notes.
1. L’Ancienne Alliance, a été rejetée car considérée comme inutile par Dieu (Epître aux Hébreux VIII-XI), de même que la Synagogue talmudique (que l’Apocalypse de st Jean appelle à deux reprises Synagogue de Satan - II, 9 ; III, 9 - ), après le meurtre du Christ, a été désapprouvée par Dieu qui a constaté son infidélité au pacte conclu par Lui avec Abraham et l’a répudiée pour conclure une Nouvelle Alliance avec le “petit reste” d’Israël fidèle au Christ et à Moïse, et avec tous les Gentils prêts à accueillir l’Évangile lesquels, en très grande partie, ont correspondu au don de Dieu, alors qu’une grande partie, endurcie et orgueilleuse, l’a refusé, pour s’adorer narcissiquement, nationalement et racialement elle-même, au moyen d’idoles qu’elle s’est construite en guise de miroir. Saint Paul dans l’Epître aux Romains dit que l’appel de Dieu, selon la Vulgate, ne change pas (“Ego sum Dominus et non mutor”), il ne soutient pas qu’il est sans repentance, terme qui a une toute autre signification et qui fut introduit arbitrairement par les pères conciliaires. Le peuple d’Israël qui, durant la vie de Jésus, n’a pas répondu à l’appel et au don de Dieu, en tuant le Christ, s’est tragiquement coupé de l’Alliance. C’est pourquoi, est cher à Dieu, c’est-à-dire demeure en grâce de Dieu, seul “le petit reste” de ceux qui ont accepté le Messie, Jésus-Christ venu parmi les hommes pour les sauver, et qui est aujourd’hui dans l’Eglise. Les autres, les Juifs de la Synagogue, sont réprouvés et rejetés par Dieu, ils ont pour Père le Diable dont ils veulent accomplir les désirs (Jean VIII, 44), ils sont donc, concrètement, des fidèles de Satan.
2. Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, part. II, ch. 17.
3. A.. Lemman, Histoire complète de l'idée messianique, 1909, pp. 165 ; 326.
4. L. Meurin, (Mgr), La franc-maçonnerie synagogue de Satan, Bureau de la bibliothèque du clergé, 1893, pp. 414 - 415.
5. Rafael Merry del Val est né à Londres le 10 octobre 1865. Il fit ses études à Londres et en Belgique et ressentit très tôt le désir d’être prêtre. En 1885, sur ordre du pape Léon XIII il entra à L’Académie des nobles ecclésiastiques, établissement qui forme à Rome les futurs cadres de la diplomatie vaticane. Il obtint deux doctorats (philosophie et théologie) à l'Université pontificale grégorienne, ainsi qu'une licence de droit canonique. Léon XIII, qui l'avait vite distingué, le nomma camérier secret surnuméraire dès l'âge de 22 ans bien qu'il fût encore séminariste et donc pas ordonné prêtre, ce qui lui donna droit au titre de "Monsignor"et d'agrémenter sa soutane de violet. Le pape confia au nouveau Mgr Merry del Val, polyglotte européen accompli, diverses missions de représentation. Le 30 décembre 1888, il fut ordonné prêtre par le cardinal Lucido Parocchi, vicaire gérant de Rome et commença une carrière dans la diplomatie pontificale. En novembre 1903, il fut créé cardinal prêtre au titre de Sainte-Praxède et nommé secrétaire d'État en titre, cumulant cette fonction avec celles de préfet de la Congrégation de Lorette et des Palais Apostoliques. À l’âge de 38 ans, il était le plus jeune secrétaire d'État et cardinal de l'Église contemporaine. Il occupa ces fonctions jusqu'à la mort du pape Pie X, qu'il servit pendant tout son pontificat avec une ferveur et un zèle exceptionnels. Redoutable diplomate et conservateur anti-moderniste intransigeant (comme les cardinaux Louis Billot et Gaetano de Laï et tout l'entourage du pape Pie X), Merry del Val traqua les modernistes avec un acharnement implacable. (Cf. Girolamo Dal Gal, Il cardinale Merry del Val, segretario di Stato del Beato Pio X, éd. Paoline, 1953.) Par ailleurs, fait moins connu mais significatif, c’est à Merry del Val que l’on doit le maintien de l’oraison du Vendredi saint portant sur les Juifs jusqu’à la funeste période moderne. En effet, alors que l’exorde de l’oraison prononcée dans la liturgie catholique lors de la prière du Vendredi saint, introduite dès le VIIe siècle, que Jean XXIII crut bon de supprimer en 1959, stipulait : “Oremus et pro perfidis Judaeis”, la révision de l’oraison fut à l’ordre du jour pendant l’entre-deux-guerres, en particulier après la création à Rome, le 24 février 1926, de l’Opus sacerdotale Amici Israel, destinée à donner à la politique du Saint-Siège une orientation plus favorable au peuple juif. Il était question notamment, on voit que les choses ne datent pas d’hier, de « propager les idéaux du sionisme parmi les catholiques» tout en les encourageant à un « apostolat fondé sur l'amour et la charité». Cela impliquait la conversion des Juifs, selon la tradition catholique et conformément à la prière Oremus, mais dans une optique différente, définie par le pape Pie XI lors de l'Année sainte 1925. Dès sa deuxième année d’existence, l'Opus sacerdotale réunissait 19 cardinaux, 300 évêques et environ 3 000 prêtres. La première mission de l’association consista à faire supprimer le mot perfidis dans la prière du Vendredi saint. Le pape Pie XI, qui travaillait volontiers en accord avec le grand-rabbin de Milan demanda à la Congrégation des rites d’élaborer une réforme en ce sens. Il chargea l'abbé bénédictin Ildefonso Schuster, lui-même partisan de cette réforme, de suivre le dossier. La Curie lui opposa cependant une fin de non-recevoir, celle-ci étant assortie d’un refus sans appel du cardinal Merry del Val, en son rang de préfet du Saint-Office, au motif qu’il s’agissait de transformer une prière « inspirée et sanctifiée » par les siècles et exprimant : « la répugnance pour la rébellion et la trahison du peuple élu, perfide et déicide.» (Cf. H. Wolf, Pro perfidis Judaeis, Die Amici Israel und ihr Antrag auf eine Reform der Karfreitagsfürbitte für die Juden (1928). in Historische Zeitschrift, CCLXXIX (2004), p. 612-658.)
6. Archives Israéliennes, 2 septembre 1897.
7. J. Lemann, (abbé), L’Avenir de Jérusalem, IIe Part., ch. II, 1901.
8. Vatican II par la déclaration Nostra Aetate § IV – va jusqu’à soutenir que les juifs qui ne croient pas en Jésus sont inclus également dans le plan du Salut [en 1980, Jean-Paul II à Mayence en Allemagne, a appelé les Juifs, en contradiction complète avec s. Paul et l’Ecriture : «le peuple de l’Ancienne Alliance jamais révoquée»; expression fautive et inexacte qui était déjà présupposée dans la liturgie nouvelle (version française officielle) du Vendredi-Saint, avec l’oraison implorant Dieu que les juifs “progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son alliance”] : «.L'Église a toujours également devant les yeux les paroles de l'apôtre Paul au sujet des siens «à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses qui ont été faites aux Patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ» [Rm 9, 4-5], le fils de la Vierge Marie... Les juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits. Cependant ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps...».Or, il y a eu, depuis le Christ, substitution de l’Église à la Synagogue, Synagogue talmudique que l’Apocalypse de st Jean appelle à deux reprises Synagogue de Satan et qui fut rejetée par Dieu (Apocalypse. 2, 9 ; 3, 9) en raison de son infidélité, et répudiée au profit de l’Eglise (Jésus dit aux pharisiens qui niaient sa divinité, c’est-à-dire au judaïsme rabbinique et postbiblique antichrétien, que leur père selon la génération charnelle était certes Abraham, mais que selon l’esprit leur père était le diable (Jean VIII, 31-47). D’ailleurs s. Ambroise, évêque de Milan, qui accueillit s. Augustin auprès de lui, disait de la Synagogue qu'elle est un «lieu de perfidie, une maison d'impiété, un ramassage de folie ; elle est condamnée par Dieu même », s. Bernard la désigne ainsi : « infortunée est la Synagogue des perfides... » (IVe Sermon des Rameaux). Voir également : s. Jean Chrysostome, Commentaire sur l’Évangile selon St Jean, Homélie LIV, 1; saint Augustin, Commentaire sur Jean, Discours XLII, 1; saint Thomas D’Aquin, Commentaire sur St Jean, VIII, Lectio IV, 1201.
9. Etsi multa luctuosa, Encyclique du 21 nov. 1873. Cf. Lettre de 1865, de Pie IX à Mgr Darboy, archevêque de Paris, in La Documentation catholique, t. VI, juillet-décembre 1921, p. 139.
10. Pie IX ne se fait pas faute, dans sa Lettre pastorale Etsi Multa Luctuosa, de dénoncer en des termes très vigoureux l’action des révolutionnaires, et de désigner ceux qui en sont les animateurs secrets, soit la judéo-maçonnerie : « Les lugubres attentats qui se poursuivent et se consomment sous les yeux même du successeur de Pierre, sont naturellement le premier objet de ses plaintes. Les choses en sont venues à ce point, que la mort semble préférable à une vie si violemment et si constamment agitée, et que, les yeux levés au ciel, nous sommes parfois contraint de nous écrier : ‘‘Il nous vaut mieux mourir qui d’assister ainsi à la destruction des choses saintes’’ (I Macchab., III, 59) […] La guerre ainsi allumée contre l’Église dans toutes les parties du monde, est excitée et alimentée, en plus d’un pays, par les sociétés secrètes, le saint-père recommande aux pasteurs des peuples d’avoir sous les yeux et de rappeler aux fidèles les condamnations dont ces sociétés ont été frappées par le siége apostolique. Plût à Dieu que cette voix des sentinelles de l’ordre comme de la vérité eût été entendue avant que le mal eût pris tous ses développements ! » (Pie IX, Lettre pastorale Etsi Multa Luctuosa, 21 nov. 1873).


Nouvelle et définitive condamnation
des thèses sionistes de Vincent Morlier :
hérésiarque, blasphémateur,
insulteur de la papauté et de l’Eglise !
Nous avons réfuté, dans nos précédents textes (« Le caractère satanique du sionisme ! » ; « Le Chef des Juifs : l’Antéchrist ! ») point par point, la thèse sioniste, sotte, inexacte et blasphématoire de Vincent Morlier, mettant en lumière les incohérences de son raisonnement et les aberrants motifs qui le conduisaient à soutenir une position qui conjugue, allègrement, le profond entêtement quant à ce qu’il en est de la réalité du « Retour » prétendument d’origine divine en Terre sainte des Juifs, et surtout une notable sympathie vis-à-vis des théories réformées évangéliques, faisant, qu’après avoir attentivement examiné sa pensée, nous en avons condamné, fermement et sévèrement, les conclusions
Nous avons pourtant reçu récemment, de Vincent Morlier, un nouveau texte qui se veut une contestation de nos critiques antérieures, texte s’intitulant : « Complément de réfutation de la thèse antisioniste exposée par ‘‘Zacharias’’ ». On y trouve rien de bien différent, sur le plan argumentaire, de ce que soutenait déjà Morlier auparavant, puisqu’il persiste à considérer le sionisme comme un fait divin. De la sorte, de manière à faire connaître ses analyses exprimées avec le style curieux qui les caractérise, et respecter les engagements que nous avions pris, nous mettons ci-dessous à disposition en fichier pdf téléchargeable son ultime pensum, évidemment accompagné d’une nouvelle condamnation de notre part, également téléchargeable : « Israël : la ‘‘Synagogue de Satan’’ »
Toutefois, nous avertissons nos lecteurs que notre texte aura cette fois-ci un caractère définitif, car Vincent Morlier, participant d’un évident anticatholicisme, s’imagine libre d’utiliser un langage ordurier pour invectiver les papes et l’Eglise, « signe » troublant d’ailleurs, de son évidente désorientation coupable. Si nous ne cachons pas notre totale indignation devant de tels propos scandaleux, et s’il nous fallut, non sans nausée, les supporter un temps pour aller au bout de la purge qu’il convenait de réaliser des profondes désorientations de Vincent Morlier, cependant, ce triste personnage s’étant autorisé à des formulations singulièrement déplacées dans son dernier texte, celles-ci nous font comprendre, certes que l’aveuglement chez lui a atteint un point irréversible, mais surtout que la frontière à ne pas dépasser a été cette fois-ci largement franchie. De ce fait, cette troisième réponse sera la dernière, et constitue donc un jugement qui met un point final et définitif au débat !
Israël :la "Synagogue de Satan!".pdf
Complément de Réfutation de la thèse antisioniste de ''Zacharias''.pdf
02:04 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (57) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : judaïsme, juifs, israël, église catholique, théologie, philosophie, histoire, métaphysique |
Facebook |
vendredi, 23 octobre 2009
L’antijudaïsme philosophique
La « Question Juive » de Marx et la mise en lumière de
l’essence judaïque du capitalisme
par Radek

« L'Argent est le dieu jaloux d'Israël
devant qui nul autre dieu ne doit subsister. »
(Karl Marx)

Karl Marx, auteur que l’on ne présente plus, âgé de 25 ans, promu récemment docteur en philosophie, rédigea un article qui parut
en février 1844 dans l’unique numéro d’une revue qu’il avait tout juste contribué à fonder à Paris, Deutsch-Französische Jahrbücher. Son titre ? Zur Judenfrage « A propos de la Question Juive » – et non « La Question Juive », comme on s’est accoutumé à l’indiquer en France, texte qui était d’ailleurs une réponse au livre éponyme de Bruno Bauer [1].
L’originalité de Marx, dans ce texte polémique, venait du fait qu’il percevait non seulement le judaïsme comme une forme d’obscurantisme religieux, ce qu’il dénonça très violemment en de nombreuses occasions, mais qu’il allait jusqu’à le présenter comme étant, concrètement, une vivante métaphore du capitalisme moderne ; sa source ontologique, son origine véritable, son agent actif délétère. Pour Marx, si la société voulait se libérer de la domination capitaliste, il lui fallait d’abord s’émanciper du judaïsme et de l’esprit Juif.
I. Marx antisémite ?
Contrairement à Bruno Bauer, Marx, avec une pertinence supérieure d’autant qu’il connaissait bien son sujet, définissait les
Juifs par leur religion qu'il identifiait avec le culte pratique de l'argent : « Le monothéisme du juif est donc en réalité le polythéisme des besoins multiples », il ajoutait : « L'Argent est le dieu jaloux d'Israël devant qui nul autre dieu ne doit subsister. [...] Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic et de l'argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même.» [2]

« La nationalité chimérique du Juif
est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent. »
Pour lui, judaïsme et bourgeoisie étaient donc équivalents, d'où découlera le devoir politique selon-lui, de supprimer le judaïsme pour supprimer la société bourgeoise. Sa critique est pour le moins radicale :
- « Le dieu des Juifs s'est sécularisé et est devenu le dieu mondial. Le change, voilà le vrai dieu du Juif. Son
dieu n'est qu'une traite illusoire. (…) L'idée que, sous l'empire de la propriété privée et de l'argent, on se fait de la nature, est le mépris réel, l'abaissement effectif de la religion, qui existe bien dans la religion juive, mais n'y existe que dans l'imagination. C'est dans ce sens que Thomas Münzer déclare insupportable e que toute créature soit transformée en propriété, les poissons dans l'eau, les oiseaux dans l'air, les plantes sur le sol : la créature doit elle aussi devenir libre
Ce qui est contenu sous une forme abstraite dans la religion juive, le mépris de la théorie, de l'art, de l'histoire, de l'homme considéré comme son propre but, c'est le point de vue réel et conscient, la vertu de l'homme d'argent. Et même les rapports entre l'homme et la femme deviennent un objet de commerce ! La femme devient l'objet d'un trafic. La nationalité chimérique du Juif est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent. » [3]
Marx aurait ainsi, d’après certaines interprétations, écrit un pamphlet non pas simplement antijudaïque mais antisémite qui devait peser lourdement sur les théories des mouvements révolutionnaires face aux Juifs.
Ainsi, de l’Histoire de l’antisémitisme de Léon Poliakov, en 1951 [4], au Marx de Jean Ellenstein, en 1981 [5], et à la Géographie de l’espoir de Pierre Birnbaum, en 2004 [6], Karl Marx, l’auteur du Capital fut désigné comme « antisémite ». Ce petit-fils de rabbin, fils d’un converti au protestantisme et lui-même baptisé protestant par son père en 1824, se serait empêtré dans la « haine de soi ». Robert Misrahi, dans un Marx et la Question Juive, en 1972, avait été jusqu’à l’accuser d’avoir écrit « un des ouvrages les plus antisémites du XIXe siècle », où serait même lancé, suggérait-il, un « appel au génocide » [7]. Qu’en est-il réellement, que soutint et défendit véritablement Marx dans cet ouvrage ?
II. L’antisémitisme philosophique en Allemagne
W. Marr, dans un pamphlet qui eut un certain retentissement, même en France : « La victoire du Judaïsme sur le Germanisme »,
déclarait : « l'Allemagne était la proie d'une race conquérante, celle des Juifs, race possédant tout et voulant judaïser l'Allemagne, comme la France d'ailleurs », il concluait en disant « la Germanie est perdue ». [8] Max Stirner, anarcho-individualiste à la radicalité plus encore brutale, écrivait des Juifs : « Ces enfants vieillottement sages de l'antiquité, n'ont pas dépassé l'état d'âme nègre. Malgré toute la subtilité et toute la force de leur sagacité et de leur intelligence qui se rend Maîtresse des choses avec un facile effort et les contraint à servir l'homme, ils ne peuvent découvrir l'esprit qui consiste à tenir les choses pour non avenues. » [9]
Une autre forme de l'antisémitisme philosophique se retrouve chez Duhring qui, en plusieurs traités, pamphlets et livres, attaquait l'esprit sémitique et la conception sémite du divin et de la morale, qu'il opposait à la conception des peuples du Nord. Poussant logiquement jusqu'au bout les conséquences de ses prémisses, et non sans quelques exagérations et inexactitudes, il attaquait injustement le christianisme qui était pour lui la dernière manifestation de l'esprit sémitique : « Le christianisme, disait-il, n'a surtout aucune morale pratique qui, non susceptible de double interprétation, serait utilisable et saine. Par conséquent, les peuples n'en auront fini avec l'esprit sémitique que lorsqu'ils auront chassé de leur esprit ce deuxième aspect actuel de l'hébraïsme. »
Nous le voyons, c’est donc l’ensemble de la philosophie allemande qui combattait à l’époque l'esprit juif qu'elle considérait comme essentiellement différent de l'esprit germanique et qui figurait pour elle le passé en opposition avec les idées du présent. Tandis que « l'Esprit » se réalisait dans l'histoire du monde, tandis qu'il marchait, les Juifs restaient à un stade inférieur, le mercantilisme usurier. Telle était la pensée de Hegel et celle de ses disciples de gauche, Feuerbach et Arnold Ruge. [11]
III. Schopenhauer et le foetor judaïcus
Schopenhauer, de son côté, ne modérait pas sa plume et refusait aux Juifs les droits politiques, parce qu'ils « sont et restent un peuple étranger » [11]. Il allait jusqu’à parler à leur sujet de « puanteur juive » ! Il écrit : « Il faut vraiment être bouché, avoir été endormi comme au chloroforme par le foetor judaïcus pour méconnaître celte vérité : que dans l'homme et la bête, c'est le principal, l'essentiel qui est identique, que ce qui les distingue, ce n'est pas l'élément premier en eux, le principe, l'archée, l'essence intime, le fond même des deux réalités phénoménales, car ce fond, c'est en l'un comme en l'autre la volonté de l'individu; mais qu'au contraire, cette distinction, c'est dans l'élément secondaire qu'il faut la chercher, dans l'intelligence, dans le degré de la faculté de connaître chez l'homme, accrue qu'elle est du pouvoir d'abstraire, qu'on nomme Raison, elle s'élève incomparablement plus haut; et pourtant, cette supériorité ne tient qu'à un plus ample développement du cerveau, à une différence dans une seule partie du corps, et encore, cette différence n'est que de quantité. » [12]
Ailleurs, allant plus loin, il explique, en raison de son pessimisme athée : « Un Dieu comme ce Johavah (sic), qui animi causa, pour son bon plaisir et de gaîté de cœur produit ce monde de misère et de lamentations et qui encore s'en félicite, voilà qui est trop. Considérons donc à ce point de vue la religion des Juifs comme la dernière parmi les doctrines religieuses des peuples civilisés, ce qui concorde parfaitement avec ce fait qu'elle est aussi la seule qui n'ait absolument aucune trace d'immortalité. » [13]
III. L’essence judaïque de la société selon Marx

« L’émancipation sociale du juif,
c’est l’émancipation de la société du judaïsme. »
Marx, beaucoup plus froidement, et avec une distance analytique qui caractérisera ses ouvrages futurs, décrivait la
situation du Juif en Europe à son époque. Il est enfermé dira-t-il, dans « le trafic » et « l’argent », suscitant de par son comportement bassement vénal une inévitable caricature sociale du « judaïsme ». Vu sa place dans la société bourgeoise, le Juif incarne donc l’essence judaïque de cette société, il montre en quoi l’ensemble du système capitaliste libéral est une construction qui ne s’explique, et ne trouve d’explication que par le « judaïsme ». La société contemporaine pour Marx est une monstruosité car elle vit courbée devant le dieu Mammon, elle est érigée sous « l’empire de la propriété privée et de l’argent ».
Alexis Lacroix soutient, s’interrogeant sur le texte de Marx : « L’humanisme réel » déployé dans « La Question juive » est révolutionnaire dans ce sens qu’il fusionne une promesse d’émancipation de l’humanité avec un programme d’éradication du judaïsme – c’est-à-dire du juif dans son identité. Non pas que Marx sous-entende que, par soi, la « suppression » du juif entraînerait la fin du capitalisme. Mais un impensé organiciste anime secrètement ses diatribes : à ses yeux, protéger la communauté, c’est d’abord la protéger du juif, puisque le juif est le premier responsable du capitalisme qui la corrompt. » [14] Lacroix, relaye volontairement la thèse contemporaine selon laquelle toute critique du judaïsme est de l’antisémitisme. Ce n’est pas nouveau : le philosophe américain Dagobert Runes publiait en 1960 le texte de Marx en l’intitulant : A world without Jews (Un monde sans Juifs) de manière à faire croire que Marx était un adepte de la « solution finale ». [15]
Conclusion
Ce discours, qui ne brille pas par son intelligence, s’empêche, concrètement, de voir ce que dénonçait exactement Marx, ce qu’il mettait en lumière dans « La Question Juive », à la suite de Schopenhauer, Hegel et Feuerbach, à savoir qu’il y a un problème interne au judaïsme qui fait de sa présence au sein de la société un facteur de corruption, puisque participant au développement non contrôlé de l’argent et des puissances usurières qui en arrivent à dominer tous les secteurs de la vie sociale.
C’est ce qu’il décrit en des lignes relativement explicites dans « La Question Juive » :
- « La ténacité du Juif, nous l'expliquons non par sa religion, mais plutôt par le fondement humain de sa religion, le besoin pratique, l'égoïsme.
C'est parce que l'essence véritable du Juif s'est réalisée, sécularisée d'une manière générale dans la société bourgeoise, que la
société bourgeoise n'a pu convaincre le Juif de l'irréalité de son essence religieuse qui n'est précisément que la conception idéale du besoin pratique. Aussi ce n'est pas seulement dans le Pentateuque et dans le Talmud, mais dans la société actuelle que nous trouvons l'essence du Juif de nos jours, non pas une essence abstraite, mais une essence hautement empirique, non pas en tant que limitation sociale du Juif, mais en tant que limitation juive de la société. Dès que la société parvient à supprimer l'essence empirique du judaïsme, le trafic de ses conditions, le Juif est devenu impossible, parce que sa conscience n'a plus d'objet, parce que la base subjective du judaïsme, le besoin pratique, s'est humanisée, parce que le conflit a été supprimé entre l'existence individuelle et sensible de l'homme et son essence générique.
[...]
Nous reconnaissons donc dans le judaïsme un élément antisocial général et actuel qui, par le développement historique auquel les Juifs ont, sous ce mauvais rapport, activement participé, a été poussé à son point culminant du temps présent, à une hauteur où il ne peut que se désagréger nécessairement.
Dans sa dernière signification, l'émancipation juive consiste à émanciper l'humanité du judaïsme. » [16]
S’appuyant sur ce raisonnement, où les conditions mêmes qui pourraient entraîner la libération de la société sont nettement indiquées, la conclusion de Marx sera logiquement sans appel : « L’émancipation sociale du juif, c’est l’émancipation de la société du judaïsme. »
Notes.
1. En 1843, Bruno Bauer, qui venait de perdre son enseignement à l’université de Bonn en raison de ses diatribes antireligieuses, publia deux livres : La Question Juive, et L’Aptitude des juifs et des chrétiens d’aujourd’hui à devenir libres. Il s’y interrogeait sur les prétentions des juifs d’Allemagne à revendiquer leur émancipation politique.
2. K. Marx, La Question Juive, 10/18, 1968.
3. Ibid.
4. Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme, réédition en 2 volumes, coll. « Pluriel/Hachette », 1981.
5. Jean Ellenstein, Marx, Fayard, 1981.
6. Pierre Birnbaum, Géographie de l’espoir. L’exil, les Lumières, la désassimilation, Gallimard, 2004.
7. Robert Misrahi, Marx et la question juive, Gallimard, 1972.
8. W. Marr, Der sieg das Judenthum uber das Germanthum, Berne, 1879.
9. M. Stirner, Der Einzige und sein Eigenthum, 1882.
10. L. Feuerbach, L'essence du christianisme ; Arnold Ruge, Zwei Yahre.
11. A. Schopenhauer, Ethique, droit et politique,
12. A. Schopenhauer, Fondement de la morale, trad. d'Auguste Burdeau [1879], introd. et notes d'Alain Roger, Le Livre de poche, 1991, p. 194 sqq.
13. A. Schopenhauer, Parerga und Paralipomena, t. Il, chap. XII, 1874, p. 312.
14. Alexis Lacroix, Le Socialisme des imbéciles, La Table ronde, 2005.
15. H. Draper, Karl Marx’s theory of revolution, v. 1, 1977.
16. K. Marx, La Question Juive, op. cit.

LA QUESTION JUIVE
Nous mettons à la disposition des lecteurs le dernier chapitre de conclusion de « La Question Juive » (1844), texte peu connu et rarement édité, pour les raisons que l’on imagine aisément, que Marx écrivit afin de proposer une solution à la résolution du problème posé par la présence du judaïsme à l’intérieur des sociétés modernes.
Marx n’hésite pas à mettre en relation l’aliénation et la domestication des peuples et des nations par les puissances mercantiles et usurières, et ce qu’il nommait clairement comme étant la domination universelle de « l’esprit Juif ».
On notera que ce dernier chapitre s’intitule : « la capacité des juifs et des chrétiens actuels de devenir libres ». Pour Marx, cette capacité à recouvrer la liberté passait par un unique remède qu’il n’est pas inutile de rappeler : « émanciper l’humanité du judaïsme ».
12:41 Publié dans Philosophie politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : antijudaïsme, philosophie, histoire, politique |
Facebook |
vendredi, 16 octobre 2009
La Sainte Inquisition : une institution nécessaire !
‘‘ R e c e d a n t + T e n e b r a e + P e c c a t i ’’

Ce Tribunal est doux et miséricordieux,
il combat le péché pour le bien des âmes,
et s’il s’entoure d’un appareil apte à frapper l’imagination,
c’est surtout pour éviter d’user de violence envers le pécheur.
Le télescopage de deux évènements, l’un scandaleux, soit les frasques immondes d’un ministre de la Culture et
de la Communication adepte du tourisme sexuel et amateur de prostitués masculins asiatiques, et la sortie en salle d’un film grotesque baptisé « Rose & Noir », film ridicule charriant à grandes eaux maladroites tous les poncifs d’une pestilentielle infra-culture dominante antichrétienne (mélange ethnique, homosexualité, haine de l’Eglise, etc.), est de nature à susciter une profitable réflexion sur ce qu’il faudrait entreprendre pour que s’engage un possible recul des ténèbres actuelles dans lesquelles s’enfonce un monde en perdition, ténèbres infectes qui sont en fait, concrètement, celles du péché !
En effet, les vomissures abjectes qui s’exposent à la « une » des journaux, radios et télévisions, ne sont pas sans devoir nous pousser à entreprendre une interrogation approfondie à propos de la place fantastique prise par ces dites « ténèbres du péché » au sein de la cité d’aujourd’hui. A ce titre, ce n’est sans doute pas pour rien que sous l’Ancien Régime, à l’intérieur duquel la séparation fatale entre le religieux et le politique n’était pas encore advenue, on n’hésitait pas à livrer au Tribunal de l’Inquisition et soumettre à « La Question » quiconque pouvait être suspect de répandre les germes fétides de la corruption à l’intérieur de la société. Rappelons que le châtiment pour le coupable consistait le plus souvent en une mise au « pilori », devenant ainsi par dérision, l’objet de la honte publique - le fautif, sous un accoutrement grotesque étant flétri par les rires, les quolibets et les sarcasmes du peuple. Telle était la raison de la tenue de l’hérésiarque, rendue célèbre par Goya, avec laquelle étaient justement exhibés les pécheurs.
I. Les bienfaits de la Sainte Inquisition
Joseph de Maistre (1753-1821), le génial penseur de la contre-révolution catholique, à une époque de décadence qui
accouchera du fruit empoisonné de la Révolution de 1789, le XVIIIe siècle, époque pervertie pas si éloignée de la nôtre du point de vue moral qui, de plus en plus, n’en comprenait plus le rôle, l’importance et la nécessité, exposa clairement les avantages des châtiments inquisitoriaux, et la place fondamentale du Tribunal de la Sainte Inquisition :
- « […] Il n’y a rien de si juste, de si docte, de si incorruptible que les grands tribunaux espagnols de la sainte Inquisition, et si, à ce caractère général, on ajoute encore celui du sacerdoce catholique, on se convaincra, avant toute expérience, qu’il ne peut y avoir dans l’univers rien de plus calme, de plus circonspect, de plus humain par nature que le Tribunal de l’Inquisition. » [1]

On ne devrait pas hésiter à livrer au Tribunal de l’Inquisition
et soumettre à « La Question » ceux qui répandent
les germes fétides de la corruption à l’intérieur de la société !
Pourquoi n’y a-t-il rien de plus calme, de plus humain par nature que ce saint Tribunal ? Maistre nous l’explique :
- « Dans ce tribunal établi pour effrayer l’imagination, et qui devait être nécessairement environné de formes mystérieuses et sévères pour produire l’effet qu’en attendait le législateur, le principe religieux conserve néanmoins toujours son caractère ineffaçable. Au milieu même de l’appareil des supplices, il est doux et miséricordieux, et parce que le sacerdoce entre dans ce Tribunal, ce Tribunal ne doit ressembler à aucun autre. En effet, il porte dans ses bannières la devise nécessairement inconnue à tous les tribunaux du monde : ‘‘MISERICORDIA ET JUSTITIA’’. » [2]
Oui, ce Tribunal est doux et miséricordieux, il combat le péché pour le bien des âmes, et s’il s’entoure d’un appareil apte à frapper l’imagination, c’est surtout pour éviter d’user de violence envers le pécheur. Le comte chambérien poursuit :
- « La miséricorde siège donc avec la justice et la précède même: l’accusé traduit devant ce tribunal est libre de confesser sa faute, d’en demander pardon, et de se soumettre à des expiations religieuses. Dès ce moment le délit se change en péché, et le supplice en pénitence. Le coupable jeûne, prie, se mortifie. Au lieu de marcher au supplice, il récite des psaumes, il confesse ses péchés, il entend la messe, on l’exerce, on l’absout, on le rend à sa famille et à la société. » [3]
Ce traitement conféré par la Sainte Inquisition, n’était-il pas préférable à cet étalage impudique des crimes auquel on assiste de nos jours ? Le repentir sincère du coupable, entendant la messe, rendu à sa famille après s’être purgé de ses péchés, n’était-il pas un signe exemplaire de la miséricorde de l’Eglise et un témoignage frappant de ce que pouvait faire le Ciel pour laver l’âme du pécheur ?
Le martyr de l’Inquisiteur, saint Pedro de Arbués,
assassiné par les Juifs en 1485 alors qu'il était en prière,
canonisé par le pape Pie IX en 1867.
II. Tragique corruption de la signification du péché
Certes, on considèrera que les temps sont révolus pour de telles pratiques, qui ont pourtant fait leurs preuves, et qu’il
convient en notre siècle d’impunité généralisée, de juger sévèrement les obscurs contrevenants, de punir de façon inflexible « les petits, les sans grades, les oubliés de la vie » [4], et d’absoudre les puissants, donnant un spectacle révoltant qui encourage à la ruse, au mensonge, à la tromperie, à la dissimulation et conduit au mépris définitif de l’autorité. Comprenne qui pourra ?
Ce qui nous importe, par delà ces évidentes disparités du lamentable désordre laïc et républicain, c’est le constat que l’on peut établir, au regard de la hideuse peinture que la société moderne donne d’elle-même et place sous nos yeux étonnés, à savoir que le péché est devenu un état de normalité ! La faute est à présent admise et regardée comme participant d’un ordre habituel. Or, le péché, le monde l’oublie volontairement, est intrinsèquement lié au règne des ténèbres. Il est le signe de la domination de l’infection corporelle, psychique et spirituelle. Il est la marque de l’Adversaire ; sa signature directe !
Mais ces ténèbres du péché, demanderont certains, quelles sont-elles véritablement ? Que sont réellement ces marques de la réprobation et du mal ? Comment distinguer et purger socialement les affres de la décadence des mœurs, éradiquer les vices et mettre fin, ou du moins sérieusement limiter l’exploitation industrielle des émois et des palpitations irrationnelles de la chair ? Disposons-nous effectivement d’une analyse capable d’éclairer les cœurs et les intelligences sur ces sujets fondamentaux, autre que celle proposée par l’Eglise ?
Evidemment, d’innombrables ouvrages emplissent, jusqu’à les saturer, les rayons des bibliothèques, et l’interrogation, placée à la racine matinale de la pensée, ne cesse de traverser l’esprit des penseurs depuis l’aube des temps, en particulier s’agissant du mal et de son traitement. Cependant, hélas ! nous assistons de plus en plus aujourd’hui à une hideuse transformation juridique, comportementale, littéraire et même religieuse sous l’influence des normes empuanties du monde qui se sont introduites à Rome sous la force de l’esprit de Vatican II, de l’authentique doctrine du péché.
Les études, les thèses, les ouvrages publiés depuis plusieurs décennies, tendent vers une sorte de verbiage superficiel
dénué de substance essentielle, transformant la pensée en de mauvais romans pour kiosque de gare. Dans la sphère non religieuse, on ne compte plus en philosophie, chez les auteurs à la mode, les pénultièmes dissertations sur Spinoza, Schopenhauer, l’inévitable Nietzsche, Sartre, Ricoeur, Deleuze, Lévinas, etc., toujours et encore ressassant les mêmes sempiternelles banales balivernes, dont l’unique objet est de peindre les émois, les doutes et les petites peines existentielles, des éternels étudiants assistés, narcissiques victimes consentantes de la modernité.
La religion, sachant qu’il n’y en a qu’une qui puisse revendiquer cette dénomination, à savoir la sainte religion chrétienne (héritière de la Révélation primitive et du mosaïsme biblique elle seule reçoit son origine d’une source pure et divine faisant d’elle la Tradition au sens authentique et surtout générique du terme), reste donc le domaine, alors que l’ensemble de la réalité sociale, économique et politique, est soumise à une terrible réification, encore en mesure d’autoriser une réflexion essentielle sur l’homme, soit celle de son rapport au religieux.
Toutefois elle aussi, par l’effet des mouvements de mode et de la fluctuation des tendances, est devenue l’objet des esthètes oisifs et des vanités bavardes désoeuvrées qui peuplent les salons où flottent surtout en guise de pieuse odeur, avec insistance, non l’encens avec lequel on devrait honorer le Créateur dans le secret des chapelles, mais celle du de tabac froid et de la morne non-pensée. Elle est devenue « tendance », fait vendre des livres, et l’on porte le catholicisme en ville chez certains très mauvais scribouillards qui ont pour noms Sollers, Hadjadj, Dantec, etc., comme une marque de puant snobisme.
III. Le nécessaire retour au catholicisme de combat

Le cardinal Fernando Nino de Guevara
(Greco)
Grand inquisiteur puis archevêque de Séville.
Il est donc vital de mettre en œuvre une démarche nouvelle, d’effectuer, en rompant avec les schémas obsolètes de la modernité, une reprise ontologique du domaine sacré, non par une nouvelle « pause » mondaine à la futilité passagère, mais par une étude attentive des pervers fondements de l’exécrable monde héritier des fruits mortifères de la Révolution. L’installation de la corruption généralisée que nous connaissons : effondrement des valeurs, dégradation des mœurs, perte du sens de la religion, négation du caractère sacré de l’enfant, etc. Tout cela représente un tel naufrage, qu’il faut, à l’évidence, un certain équilibre pour éviter d’être saisi par un puissant vertige, mais surtout une authentique virilité spirituelle pour réagir en Chevalier chrétien ! [5]
Ce n’est pas pour rien que l’ultime modèle dont s’est doté ce système satanique pour conduire son œuvre de perdition généralisée, est le libéralisme qui étend avec une efficacité redoutable son règne sur l’ensemble de la planète [6]. Sans que l’on n’y prenne garde et quasi invisiblement alors que beaucoup l’ignorent (le marxisme, frère jumeau du libéralisme en tant que système politique a quasi disparu, ou est en voie de disparition), l’idéologie libérale s’est généralisée au sein d’un monde qui ne pense qu’en termes d’évolution, de devenir, de plaisir, de jouissance, de légèreté des mœurs, de satisfaction immédiate, de frénésie licencieuse.
a) L’enfer du libéralisme
Pour la société libérale, l’individu, détaché et coupé de son « être historique », est le sujet-objet vivant, enchaîné à la nécessité techno-industrielle, financière et consumériste, devenant une abstraction, un rouage finalisé du mécanisme mondial de production et de valorisation. Le devenir technique et monétaire du monde, a arraché, et arrachera l'homme à toute assise stable, le réduira au simple rang d'objet, plongé de gré ou de force dans le mouvement historique du devenir spéculatif, technique et hédoniste.
L'humanité, il est vrai, se meurt depuis toujours, ou du moins depuis la Chute, dans le fétichisme qui constitue son mode aliéné d'existence et de conscience. Les objets de la production, s'opposent donc fatalement à l'homme comme un être étranger, comme une puissance indépendante, et il est donc vital que la réflexion critique, qui est une tâche de la métaphysique comme de la philosophie véritable, puisse partir, en mettant à la question la conception libérale de l’homme, de l'existant, de « l'être-là » (Dasein), rivé et jeté au monde, qui sans l’apport de la Révélation, serait dans une situation de délaissement moral absolument total et tragique.
b) Sagesse d la société traditionnelle d’Ancien Régime
La société traditionnelle n’était donc pas pour rien profondément religieuse, car l’essence de l’homme, faute d’une raison suffisante et d’un discernement des causes, ne peut se penser, se comprendre, s’interpréter, que par l’entremise de la Révélation qui est à la fois un don et une grâce. On perçoit ainsi pourquoi, souhaitant abattre la civilisation d’Ancien Régime, la modernité s’est tout d’abord, et en priorité, attaquée à la religion ; le laïcisme et la déchristianisation devenant le cri de guerre d’un monde désireux d’en finir avec les anciens cadres spirituels.
C’est pourquoi, toute tentative de dénonciation des valeurs erronées de la modernité, comme d’une remise en lumière des vérités du christianisme, doit et ne peut passer, que par une dénonciation des conceptions démiurgiques du libéralisme.
IV. En finir avec l’humanisme athée
On trouve la meilleure formulation de la conception matérialiste qui peu à peu s’est imposée, chez Feuerbach (1804-1872) qui affirma : « le secret de la théologie c'est l'anthropologie » [7]. Le pari de l'athéisme humaniste porta de ce fait sur l'homme, et sur l'homme uniquement, car dans cette conception il était impossible de pouvoir accéder à Dieu. Ainsi l'humanisme feuerbachien s’est placé au sein d'une problématique nominaliste qui ne cessa de préoccuper la théologie protestante, soit la question du « pro me, pro nobis » de Luther, d’un Dieu existant que pour autant qu'il existe pour nous. Les théologiens protestants, et à leur suite les théologiens modernistes catholiques qui imposèrent leurs thèses lors du dernier concile, se sentiront d'autant plus attirés par l'humanisme feuerbachien que celui-ci se situera dans une sorte de prolongement de Luther, voilà pourquoi Hans Ehrenberg, Karl Heim et Karl Barth lui reconnaissent aujourd'hui d'avoir posé le problème religieux au niveau où il doit se situer pour eux, c'est-à-dire ni au niveau historique, ni au niveau philosophique ou métaphysique, ni théologique, mais au niveau des aspirations humaines.
Feuerbach lui-même soulignera que sa tentative de transformer la théologie en anthropologie (c'est-à-dire de redécouvrir l'homme sous les
revêtements de la divinité), rejoignait les efforts de la théologie luthérienne : « Le mode religieux ou pratique de cette humanisation fut le protestantisme, dit-il, seul Le Dieu qui est homme, le Dieu humain, le Christ, est le Dieu du protestantisme. Le protestantisme ne se préoccupe plus, comme le catholicisme, de ce qu'est Dieu en lui-même, mais seulement de ce qu'il est pour l'homme ; aussi n'a-t-il plus de tendance spéculative ou contemplative, comme le catholicisme ; il n'est plus théologie - il n'est que christologie, c'est-à-dire anthropologie religieuse ». [8]
Or cette œuvre de la nature, précisément, est pour la pensée moderne, dissimulée par le discours religieux, qui s'oppose fatalement à l'homme comme un être étranger, comme une puissance indépendante, d’où la célèbre formule de Marx : « la religion c'est l'opium du peuple » [9]. Brutale affirmation qui donna lieu à de nombreuses, et souvent inexactes interprétations. Pour Marx, dont finalement l’athéisme contemporain est largement redevable, l'essence d'une critique du fait religieux s'enracine dans une volonté d’émancipation de l’homme. Emancipation de ses besoins afin de parvenir, car il ne peut en être autrement, à une satisfaction de ses désirs les plus secrets.
V. Les fruits pervers de la liberté
Cette émancipation, après deux siècles d’éloignement à l’égard de la religion, nous en mesurons à présent les terribles effets. Ainsi donc, comme
nous le savons, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère depuis que l’humanité, incapable de se diriger de par une dégradation de ses facultés, est victime de ses passions et soumise à ses vices. Il faut, dès lors, que s’impose à tous un ordre, un Ordre qui soit d’Eglise car elle seule possède une essence divine, les hommes étant incapables de forger par eux-mêmes une loi qui soit juste, bonne et raisonnable.
Dans ces conditions, s'il ne peut y avoir de politique naturelle fondée en raison, s'il n'est pas possible d'instaurer une organisation de la société basée sur l'enseignement conféré par les lumières de l'intelligence que faut-il faire ? Tout simplement convenir, sans délai, de l'incapacité des moyens humains, des projets collectifs, des ambitions temporelles car, « aucune institution n'est solide ni durable si elle ne repose que sur la force humaine : l'histoire et le raisonnement se réunissent pour démontrer que les racines de toute grande institution sont placées hors de ce monde... Les souverainetés surtout n'ont de force, d'unité et de stabilité qu'en proportion qu'elles sont divinisées par la religion. » [10] Insupportable affirmation ? Inacceptable humiliation des facultés ? Mépris des causes secondes ? Dépréciation scandaleuse des possibilités contenues en l'homme ? Oui ! sans aucun doute. Car la force des souverainetés, la puissance du pouvoir, ne proviennent que d'en Haut, « ... cette force, c'est le Nom sur lequel les institutions reposent ; car rien n'est que par Celui qui est. » [11]
Le monde moderne accélère sa course démentielle vers une désorientation de plus en plus marquée et évidente, une société profane et apostate à l’égarement nauséabond, à présent dépourvue et vidée de toute dimension sacrée depuis la terrible Révolution satanique et antichrétienne de 1789, se précipite vers un abîme qui prend le visage de l’ignoble décadence contemporaine, le siècle étant entièrement livré aux mains des puissances de l’Enfer.
Conclusion

approuvez tout sans balancer,
et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance,
en vous présentant une démonstration complète
du mérite de toutes ces choses."
La Tradition catholique n’est pas de l’archéologie, les chrétiens doivent avoir l’esprit tourné vers le futur, tout en sachant
qu’une force lancée en avant avec courage doit prendre appui sur un socle antérieur solide. Ce socle, c’est la Tradition ! “Que m’importe le passé en tant que passé, s’écriait Gustave Thibon, ne voyez-vous pas que, lorsque je pleure sur la rupture d’une tradition, c’est surtout à l’avenir que je pense ? Quand je vois pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs qui demain sécheront faute de sève.” Telles sont donc les raisons de maintenir et défendre ardemment les éléments de la Tradition.
C’est pourquoi, à la faveur de la contre-révolution qui s’impose, réveillons les institutions salutaires, espérons, avant qu’il ne soit trop tard, pour que l’Histoire accorde un temps de redressement après les périodes ténébreuses que nous traversons. Prions pour le retour de la Sainte Inquisition !
Ecoutons, en conclusion, les précieux conseils de Joseph de Maistre, conseils qui peuvent nous être très utiles dans cette œuvre salvatrice de contre-révolution catholique que nous devons entreprendre pour sauver la France :
« L’Inquisition est en soi une institution salutaire,
qui a rendu les services les plus importants,
et qui a été ridiculement et honteusement calomniée
par le fanatisme sectaire et philosophique […]
je ne conseillerais jamais à une nation de changer ses institutions antiques,
qui sont toujours fondées sur de profondes raisons,
et qui ne sont presque jamais remplacées par quelque chose d’aussi bon.
Rien ne marche au hasard, rien n’existe sans raison.
L’homme qui détruit n’est qu’un enfant vigoureux qui fait pitié.
Toutes les fois que vous verrez une grande institution ou une grande entreprise
approuvée par les nations,
mais surtout par l’Église, comme la chevalerie, par exemple, les ordres religieux,
mendiants, enseignants, contemplatifs, missionnaires, militaires, hospitaliers, etc.;
les indulgences générales, les croisades, les missions, l’Inquisition, etc.;
approuvez tout sans balancer,
et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance,
en vous présentant une démonstration complète du mérite de toutes ces choses.
Je vous l’ai dit plus haut, Monsieur, et rien n’est plus vrai :
la violence ne peut être repoussée que par la violence ». [12]

+
« MISERICORDIA ET JUSTITIA »

Saint Pedro de Arbués (1441-1485)
Inquisiteur provincial pour le royaume d'Aragon
avec la couronne et la palme du martyr.
Notes.
1. Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, 1815.
2. Ibid.
3. Ibid.
4. N. Sarkozy, Discours au soir de son élection présidentielle, mai 2007.
5. On pourra être saisi d’écoeurement à la lecture d’un éditorial intitulé : "Eviter Massada" dans la très conciliaire revue La Nef du très couard Jacques de Guillebon, lorsqu’à l’initiative de jeunes volontés s’était constitué il y a quelques mois un mouvement visant à s’opposer, par la force si besoin, aux actions des immondes crapules d’Act Up qui voulaient salir la Papauté suite aux déclarations de Benoît XVI.
6. En tant que doctrine constituée, le libéralisme a été radicalement censuré et condamné par l’Eglise, qui l’a qualifié sous les termes de « rationalisme » et de « naturalisme » - la condamnation la plus explicite de cette hérésie figure dans la Constitution « De Fide » du Concile de Vatican I, en 1870.
7. L. Feuerbach, L'Essence du Christianisme, FM/Fondations, 1982.
8. Ibid.
9. K. Marx, Contribution à la Critique de la Philosophie du Droit de Hegel, Molitor, 1976. La véritable accusation portée contre la religion par Marx, est
que l'homme de par l'emprise du concept religieux aliène, oublie son rôle dans l'oeuvre historique de son émergence sur la scène de l'Histoire. En ce sens il n'y a pas de séparation entre la pensée du jeune Marx et l'auteur du Capital, car entre le philosophe et l'économiste politique continue d'agir la critique historique, voilà pourquoi le matérialisme chez Marx présente une spécificité originale le rendant extrêmement différent de l'humanisme athée. Cette originalité distingue le matérialisme historique, en tant que conception et compréhension du développement de l'homme dans l'Histoire comme moteur de son propre devenir, de toute forme classique de la critique antireligieuse. La religion chez Marx est ainsi critiquée, sous un aspect peu connu, elle est accusée de séparer, de masquer l'essence créatrice de l'homme, d'organiser le « mensonge » social et historique. Dès 1844, Marx établira d'ailleurs une relation entre le « trafic », la fraude et la religion ; il met à jour, comme Nietzsche, une filiation sur ce point entre le judaïsme et le christianisme : « le fondement socio-économique du judaïsme est le commerce et l'usure, le culte temporel des juifs -le trafic- et leur dieu temporel l'argent- sont des projections fétichistes (...) la religion judaïque est la forme spiritualisée du commerce, en ce sens le christianisme est la pensée sublime du judaïsme, le judaïsme est la mise en pratique du christianisme » (K. Marx, La Question Juive, Aubier Montaigne, 1971.) Le christianisme, selon Marx, achève de séparer l'homme de l'homme, de masquer le véritable procès de son auto-émergence créatrice dans l'histoire, voilà pourquoi : « la religion est la réalisation fantastique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine c'est de ne pas avoir d'essence » (K. Marx, Manuscrits de 1844, Ed. Sociales, 1962.) La religion voile l'historicité fondamentale de l'être humain, voile le fait qu'il se crée, qu'il se forme, qu'il se produit par son action créatrice, qu'il constitue son « monde », en édifiant le monde. L'homme dans son action, dans sa praxis créatrice connaît les choses en agissant, il agit sur elles, il les transforme ; et sa connaissance « réfléchit », tel le miroir de Nicolas de Cuse, les principes créateurs de sa pensée. L'homme connaît le monde en créant son monde humain : en se créant. Pour Marx la « matière » est impliquée dans l'activité sensible, productrice et transformatrice de la praxis. Tant que le matérialisme se réduit à l'affirmation de la chose isolée (ce caillou, cet arbre etc...), il les comprend abstraitement, le matérialisme historique de Marx retrouve l'unité vivante de la relation, du nexus, dépassant en cela le vieux matérialisme et l'idéalisme religieux. En réalité Marx cherchera à rendre à la pensée sa force active celle qu'elle avait avant la séparation de la conscience et du travail, lorsqu'elle était directement liée à la pratique. « L'acte qui posa la pensée humaine et sépara l'homme de l'animal et de la nature fut un acte pleinement créateur, bien qu'il ait abouti à la scission interne de la réalité humaine. Il s'agit de retrouver, à un niveau supérieur, cette puissance créatrice totale » (H. Lefebvre, Le Matérialisme Dialectique, PUF, 1962.) En édifiant son système philosophique, Marx critiquera toutes les théories matérialistes antérieures qui n'ont pas saisi dans la réalité extérieure la matérialisation de l'activité humaine : « le principal défaut des matérialistes (et surtout Feuerbach), dit Marx, a toujours été de ne voir dans l'objet, dans la réalité, qu'une perception des sens et non ce qu'il contenait de réalité humaine, sensible. Si Feuerbach admet bien que les objets matériels soient distincts des objets de la pensée, il ne comprend pas ce que l'activité humaine a, en elle-même, d'objectif » (K. Marx, L'Idéologie Allemande ).
10. J. de Maistre, Réflexion sur le protestantisme dans ses rapports avec la Souveraineté.
11. J. de Maistre, Considérations sur la France, chap. V.
12.
J. de Maistre, op. cit. La suite de cette Lettre sur l’Inquisition est intéressante, décrivant exactement la manière dont les esprits sont pervertis : « On y pensera au milieu du siècle le plus irreligieux, lorsque personne ne songe à faire des fondations, et que tous les souverains semblent se concerter pour spolier l’Église au lieu de l’enrichir. C’est ainsi que la souveraineté est la dupe éternelle des novateurs, et que les nations se jettent dans l’abîme, en croyant atteindre une amélioration imaginaire, tandis qu’elles ne font que satisfaire les vues intéressées et personnelles de ces hommes téméraires et pervers. La moitié de l’Europe changera de religion pour donner une femme à un prêtre libertin, ou de l’argent à des princes dissipateurs; et cependant le monde ne retentira que des abus de l’Église, de la nécessité d’une réforme et de la pure parole de Dieu. On fera de même des phrases magnifiques contre l’Inquisition, mais cependant les avocats de l’humanité, de la liberté, de la science, de la perfectibilité, etc., ne demandent, dans le fond, pour eux et leurs amis, que la liberté de faire et d’écrire ce qui leur plaît. Des nobles, des riches, des hommes sages de toutes les classes, qui ont tout à perdre et rien à gagner au renversement de l’ordre, séduits par les enchanteurs modernes, s’allient avec ceux dont le plus grand intérêt est de le renverser. Inexplicables complices d’une conjuration dirigée contre eux-mêmes, ils demandent à grands cris pour les coupables la liberté dont ceux-ci ont besoin pour réussir. On les entendra hurler contre les lois pénales, eux en faveur de qui elles sont faites, et qui abhorrent jusqu’à l’ombre des crimes qu’elles menacent. C’est un délire dont il faut être témoin pour le croire, et qu’on voit encore sans le comprendre. » (Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Lettre VI.)
02:14 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : inquisition, église catholique, histoire, espagne |
Facebook |
jeudi, 25 juin 2009
COMMENT PEUT-ON ÊTRE CHRÉTIEN ?
Le caractère divin de la Révélation


Ehye asher Ehye
"Je Suis qui Je suis"
[Exode 3, 14]
Il y aurait beaucoup à dire à propos des positions, relativement caractéristiques des analyses que l’on peut rencontrer, il faut l’avouer largement répandues et qui bénéficient d’une importante publicité dans de nombreux ouvrages et médias hostiles au christianisme, et dont les prolégomènes critiques sont, comme toujours, dirigés tout d’abord à l’encontre de la racine mosaïque de la Révélation. Ainsi, pour faire justice des trop rapides conclusions qui firent et font encore les beaux jours d’un néo-paganisme folklorique, et tordre le coup à nombre absurdités énoncées avec une incroyable légèreté, il importe, d’autant en une période où les thèses de la Nouvelle Droite ont largement montré leur limite, de constater de façon rigoureuse la fausseté des positions dont s’était fait le chantre Alain de Benoist et que défendait le GRECE , positions qui relevaient toutes de vieilles lunes antichrétiennes qui ont leurs sources chez des auteurs matérialistes et athées, de Renan à Louis Rougier en passant par Celse , Nietzsche et Harnack, sans oublier le plus qu’hétérodoxe Julius Evola, dont on retiendra cependant cette pertinente remarque à l’endroit des néo-païens non conscients de leur propre héritage : «L'action juive a été possible seulement parce que dans l'humanité non-juive s'étaient développés des processus de dégénérescence et de désagrégation : l'élément juif s'est greffé à ces processus, avec l'esprit, les instincts et les méthodes qui lui sont propres, il les a accélérés jusqu'à l'exaspération, les conduisant là où, seuls, ils ne seraient pas parvenus aussi rapidement. » [1]

«L'action juive a été possible
seulement parce que dans l'humanité non-juive
se sont développés des processus de dégénérescence et de désagrégation . »
C’est pourquoi pour faire suite, en cette période estivale propice à la méditation, à notre première étude : « Pourquoi n’est-il plus possible d’être païen ? », il nous semble intéressant de reprendre, face aux questions suscitées par notre premier texte, l’interrogation du fait chrétien, en se penchant, partant des origines mosaïques jusqu’à nous, sur l’ensemble de la perspective historique et spirituelle de la Révélation, afin de mettre en lumière sa cohérence et ses critères de crédibilité sur le plan religieux, qui démontrent, au final, la parfaite vérité et la fonction salvatrice du christianisme.
Cette étude, nécessairement développée, se déploiera en trois volets qui seront publiés successivement :
I. Origine divine de la Révélation mosaïque
II. Le rôle providentiel du christianisme pour l'Europe
III. L’Ordre chrétien.

I. Origine divine de la Révélation mosaïque
a) – Origine des hébreux
Il faut donc commencer par la première des nombreuses affirmations, un rien rapides et réductionnistes, qui se fondent sur la thèse bien connue du caractère construit, politique et non originel du monothéisme hébreux, qui plus est issu d’une source hétérogène malsaine et hétéroclite expliquant la permanence de sa nocivité à travers l’Histoire : « Le judaïsme [est depuis l’origine] une force destructrice pour toute race ou culture. […] eux-mêmes sans race, les Juifs deviennent alors l'anti-race; eux-mêmes sans nation, ils deviennent l'anti-nation..» [2]
On dira, pour être gentil, que c’est une entrée en matière singulièrement osée ! Comment ? le judaïsme primitif aurait été un mouvement révolutionnaire nihiliste ! Quelle vision étroite et si peu conforme à la réalité du fait mosaïque sur le plan historique, alors que les prospections archéologiques menées depuis 1990 sur les hautes terres de Canaan (vers Béthel et Silo) ont permis d'établir la présence, à partir de -1200, de petites communautés de nomades qui se sédentarisent, probablement pour cultiver leurs céréales. Communautés qui ne sont en rien formées par d’anciens esclaves des égyptiens [3].
Et alors qu’à ce jour aucune trace archéologique de Moïse ni d'allusion à son existence antérieurement au récit biblique n'a été retrouvée, ni en Égypte, ni en Palestine, mais que l'on connaît les principaux notables de l'entourage des pharaons du Nouvel Empire, et surtout, élément fondamental, que l’on sait que l’identification faite jusqu’à présent par les érudits des « Apirou » aux Hébreux, et ce jusque tout récemment, est totalement fautive, entraînant des interprétations absolument erronées, dont l’idée évolienne d’un peuple non national est redevable. [4]

Les Hébreux sont groupés en familles, en clans,
qui gardent leur identité et leurs traditions propres.
La tradition biblique reste notre seule source de renseignements, qui nous présente donc les Hébreux de l'époque patriarcale comme des « étrangers » (gérim), non par eux-mêmes, mais uniquement par rapport aux populations locales qu’ils rencontrent, des pasteurs semi-nomades en voie de sédentarisation, à la recherche de pâturages. Ils vivent en autarcie et refusent de se marier « avec les filles des Cananéens ». Ils sont groupés en familles élargies (bêyt'âb) ou en clan (mishpâhâh), qui gardent leur identité et leurs traditions propres (culte du Dieu de leurs pères). Rien à voir, comme on le constate, avec un peuple esclave vivant de rapines et profitant du produit du travail des peuples qu’ils soumettent. Rappelons d’ailleurs qu’après une errance, ils revinrent en Canaan, occupée par les Philistins, et par la victoire de David, roi d'Israël, contre Goliath, champion des Philistins, ils gagnent la terre de Canaan. C'est le début des royaumes, celui de Salomon de 970 à 930 avant J.-C., avec pour capitale Jérusalem, où Salomon fait bâtir un temple renfermant l'arche d'Alliance, puis sa division en deux avec le royaume de Juda qui survécut jusqu'en 587 avant J.-C., et celui d'Israël jusqu'en 722 avant J.-C. Victime de sa division, paradoxalement, c’est le peuple hébreu affaibli qui subit plusieurs invasions étrangères, perse, grecque et romaine, dont la dernière dirigée par Titus en 70 de notre ère provoqua la seconde Diaspora.
b) – La fable de la source égyptienne du monothéisme hébreux

Nicolas Poussin.
La Fille du Pharaon trouve Moïse au bord du Nil (1638)
Deuxième élément significatif, sans même s’appuyer sur les textes bibliques dont on pourra toujours rétorquer qu’ils sont l’œuvre d’une habile construction tardive due à Esdras, il y a dans l’affirmation portant sur la prétendue origine égyptienne du monothéisme hébreu, une considérable méprise initiale qu’il importe de réfuter. On le sait, reprenant les thèses de Gressmann, Jean Astruc, Eduard Meyer, Yahuda et Sellin, Freud, en 1939, émit l'hypothèse que Moïse était un haut militaire, proche d'Akhenaton et acquis à ses idées monothéistes. Il dut s'enfuir lors de l'effondrement de la religion d'Aton en emmenant avec lui un groupe de Sémites qu'il avait soumis lors d'une de ses campagnes contre ces « habirous », parfois appelés « Israal » ou Hyskos dans les textes égyptiens. Voici pour Freud quelle fut la réalité de l'Exode : « Moïse essaya de convertir ces hébreux à la religion d'Aton, mais ce peuple avait « la nuque raide » et ne manquait aucune occasion de se tourner vers d'autres dieux : Baal, veaux d'or, Astarté (Ishtar en Akkadien) Tammuz (Dumuzi) etc. » [5]
Or, il apparaît que les choses se sont passées fort différemment, car la thèse égyptienne, si populaire de nos jours, ayant reçu une sorte de vérité « analytique » avec le « Moïse » de Sigmund Freud, est un roman amusant, mais qui est loin, pour le moins, de répondre aux critères historiographiques sérieux. Ainsi, élément immédiat qu’il nous faut définitivement purger. Moïse, et le monothéisme hébreu, ne sont en rien redevables à la religion égyptienne. En effet, pour nombre de critiques, Moïse aurait recueilli l'héritage de la religion amarnienne. Cette thèse est absurde au plus haut degré puisque plus de cent cinquante ans avaient déjà passé lors de la Révélation mosaïque [6]. Le culte d'Aton avait été banni et tout ce qui a pu être dit de sa possible survie clandestine, nous le savons, est pure spéculation depuis l’excellent ouvrage de Marianna Simon : « La philosophie de la religions dans l'œuvre de Schleiermacher », Vrin, 1974. Il était d'ailleurs loin de correspondre au monothéisme biblique aniconique, puisque sa représentation sous forme de disque dispensant ses bienfaits au moyen de ses rayons pourvus de « petites mains ouvertes » était en contradiction flagrante avec le second commandement (“ Tu ne te feras aucune image de ce qui est dans les cieux en haut ” Exode 20,4). Akhenaton lui-même ne différait guère des autres pharaons qui se disaient divins puisqu'il se croyait l'incarnation d'Aton et avait même des prêtres de son culte. Chaque matin, le disque solaire était censé enfanter au moyen de ses rayons sa propre image en la personne royale. Cependant, à la différence du Dieu biblique, ce nouveau dieu égyptien ne parle pas aux hommes et n'a pas d'exigence éthique. Quelle que soit l'historicité attribuée au personnage de Moïse, dont on ne voit pas pourquoi il ne serait pas considéré comme réel sur le plan religieux, la religion dont il est le fondateur apparaît au demeurant beaucoup plus anti-égyptienne qu'égyptienne !
Le prêtre égyptien Manéthon ne s'y était pas trompé en rédigeant au IIIème siècle av. une sorte de contre récit de l'Exode, plein de ressentiment. Si l'Egypte est si présente dans l'Exode, c'est, comme l'écrit Jan Assmann, professeur d'égyptologie à l'université de Heidelberg, que : “le monothéisme mosaïque est une contre-religion explicite qui ne peut s'auto-définir qu'à partir de son contre-modèle ”. [7]
c) – L’originalité de la Révélation

Seconde absurdité, l’idée d’une compilation d’éléments adventices qui verrait la Torah être une habile et ingénieuse compilation, une sorte de symbiose réussie d'éléments pré-judaïques provenant d'autres cultures et participant de diverses mythologies (ougaritique, egyptienne, et suméro-babylonienne,, etc.). Jan Assmann, dans l’ouvrage déjà cité, retrace suffisamment l'entreprise de « déconstruction » qu'ont opérée, entre autres, John Spencer (1630-1693), Spinoza, et Freud, qui ont tous œuvré, selon des modalités différentes, à la réhabilitation de la religion égyptienne, entreprise qui aujourd’hui fait les beaux jours de tous les adversaires du christianisme, mais qui, hélas ! repose sur des affirmations fantaisistes.

La religion dont Moïse est le fondateur
est beaucoup plus anti-égyptienne qu'égyptienne !
Ainsi, dans la droite ligne de l’obsolète critique radicale redevable aux faibles lumières de la philologie, l’exemple le plus comique en date est le récent volume de compilations des très modernistes héritiers de Renan : « Ce que la Bible doit à l'Egypte de Eliot Braun », André Lemaire, Pierre Grelot, Thomas Römer, Bayard Centurion, 2008, sorte de re-sucé médiocre des déjà anciens opus de L'année 1902 : Adolf Harnack, L'essence du christianisme, et, L'Évangile et l'Église d'Alfred Loisy. Cette critique pouvant également être faite au grotesque roman de science-fiction « Les Secrets de l'Exode : l'origine égyptienne des Hébreux » dont l’éditeur nous dit gentment que ses auteurs Messod et Roger Sabbah, « accumulent éléments et preuves aux fins d'authentifier leur découverte », alors même que les dits « auteurs », qui donnent souvent l'impression de s'appuyer sur des raisonnements scientifiques, ne connaissent pas la langue égyptienne ancienne, ni le fonctionnement et l'origine de l'écriture hiéroglyphique établissant entre langues et écritures hébraïques et égyptiennes des parallèles complètement fallacieux, basés sur des faux syllogismes : on pourrait prouver de la même façon que les mayas sont des descendants des égyptiens parce qu'ils construisaient aussi des pyramides. Les équations entre les noms des rois égyptiens de la XIXe dynastie et les noms bibliques Moïse et Josué sont tout aussi invraisemblables et contraires à toutes les règles de la phonétique historique. [8]
Mais pourquoi ces braves gens se trompent radicalement ? Tout simplement parce que la réforme religieuse d'Akhénaton n'a absolument rien de monothéiste ! C'est une pure légende, car la religion égyptienne était tout au plus hénothéiste, mais très loin d’un authentique monothéisme. Depuis la plus haute antiquité, un hymne à Osiris, Râ, Ptah, Isis, Hathor ou même des divinités plus obscures (Mereretseger, Renenoutet) présentaient systématiquement la divinité comme « unique » au sens de différente des autres, mais pas plus. Aton émerge par exemple comme divinité à l'époque du grand-père d'Amenhotep IV, Thoutmosis IV, sous Amenhotep III. Il fut particulièrement mis à l'honneur (surtout à partir du premier jubilé), mais son nom même interdit toute interprétation monothéiste : dans sa première version, il intègre les noms de Horakhty et Shou, dans sa seconde version celui de Rê. Il donc évident que nous avons affaire à une construction divine typiquement égyptienne, un balancement entre le un et le multiple ou l'un et l'autre ne s'excluent pas, mais en aucun cas une manifestation du Dieu Un à l’exclusion des autres qui seraient écartés de l’attribut divin.
d) – Le Dieu de la Révélation biblique est en rupture avec tous les autres dieux

Le premier monothéisme authentique,
sur la scène de l’Histoire de l’humanité,
est bien celui des Hébreux
A ce titre, le premier monothéisme authentique, sur la scène de l’Histoire de l’humanité, est donc bien celui des Hébreux. Qu’il émerge lentement, en étant entouré de cultes, de traditions étrangères au mosaïsme, qu’est-ce que cela a de nouveau ? Rien ! la Bible elle-même nous en parle et évoque les dieux étrangers qui étaient parfois l’objet d’un culte parmi les hébreux. Comment imaginer d’ailleurs, l’apparition d’une religion sans qu’elle soit entourée d’éléments externes ? Il n’y a donc en cela aucun point extraordinaire ni de choquant. D’ailleurs dans la Bible, la question se pose autrement. La Bible n'est pas une histoire d'Israël alors qu'elle la suppose. C'est le témoin, religieux et révélé, des institutions vécues par Israël au milieu des nations; elles lui donnent son identité propre de peuple de Dieu.
Il y a, dans la Torah et les prophètes, quatre « strates » où des codes correspondent à des récits. Dans la plus ancienne strate le Dieu est, national et dynastique, mais la dynastie élue est celle de Juda (Genèse 49, 10), un cadet d'entre les fils de Jacob ; La seconde strate est prophétique ; La troisième strate est deutéronomique, marquée par la sagesse et la monition sapientiale (Deutéronome 4, 6–10), elle insère le Deutéronome dans l'histoire deutéronomique. La quatrième est sacerdotale, postexilique, Israël ayant perdu son autonomie politique; elle insiste sur le rôle d'Aaron auprès de Moïse et distingue — comme Ezéchiel (ch. 45) — le prince et le prêtre, le sacré et le profane, la religion vraie. De ce fait la simple chronologie des évènements, que nous transmettent l’épigraphie, l’archéologie et les traditions historiographiques, s’imposant à nous comme une méthode spécifique dont la validité pourrait être largement remise en question dans la mesure où le recours à la critique historiographique s’agissant d’un problème de foi soulève de nombreux débats, puisque aux tenants d’une analyse synchronique des textes, considérés au mépris des antiques usages rédactionnels religieux dans leur état final d’élaboration, s’opposent ceux d’une analyse diachronique et profane visant à distinguer, dater et identifier les auteurs au mépris des anciens usages, n’est pas satisfaisante pour comprendre l’originalité du monothéisme hébreu.
Si l’on affirme, comme les livres actuels, que vers - 1300 les Hébreux sont venus de Mésopotamie, où ils étaient sédentaires depuis un millénaire, et apparaissent en Palestine, puis en Égypte, que -1250 correspond à l’Exode biblique, la date de -1225 proposée comme fondation du monothéisme par Moïse, après la Révélation sur le Mont Sinaï du décalogue est bien un événement considérable pour un peuple qui avait derrière lui près d’un millénaire et demi d’existence. Abraham, qui, par ses origines, est l’héritier de cette civilisation mésopotamienne et de ses croyances, apparaît en rupture avec elle. Ce qui lui est demandé c’est justement de quitter “son pays, sa terre natale, sa famille” (Genèse XII). Selon l’exégète juif du Ier siècle, Philon d’Alexandrie, l’acte le plus important de la vie d’Abraham est précisément d’avoir symboliquement quitté Haran, le lieu de toutes les illusions produites par les sensations pour s’élever vers l’intelligible ; l’acte fondateur d’Abraham consiste à rompre avec le lieu des origines Ainsi, unique religion monothéiste dans le monde antique polythéiste, le mosaïsme biblique, qui hérite de l’acte d’Abraham, incarne bien un caractère spécifique et original au sein des autres peuples.
e) – « Monothéisme » n’est pas un terme théologique
Il n’y a donc que peu d’originalité et beaucoup d’illusions très classiques dans l’assertion d’Alain de Benoist, très voltairienne et conforme aux auteurs antichrétiens depuis des siècles, écrivant : «A l'origine, le monothéisme n'est qu'une monolâtrie : pour les premiers Hébreux, Yahvé n'est qu'un dieu national, au côté des dieux protecteurs des peuples… » [Intolérance et religion, Nouvelle Rebue d’Histoire] Ceci, alors même que tout nous montre le contraire, et surtout, ce qui est à souligner mais que personne ne sait vraiment lorsqu’on parle de ces sujets, que [Monothéisme] n'est pas un terme théologique !
Il n'est même pas un terme du grec classique. C’est pourquoi il n'y a pas d'entrée [Monothéisme] dans le Dictionnaire de Théologie catholique de A. Vacant, E. Mangenot, E. Amann (ni dans son supplément), ni dans le Dictionnaire théologique de L. Bouyer. Il y en a qu’une oui, mais dans le très discutable Dictionnaire critique de théologie de J.Y. Lacoste, où l’on nous dit pour la énième foi : « l’'unicité de Dieu est proclamée dans l'Hymne à Aton d'Aménophis IV et supposée par certains scribes de Babylonie qui considèrent les dieux comme les membres de Marduk » ! Merci, on connaît la chanson et la vieille rengaine archi-rebouillie qui, comme le mythe de l’évolution darwinienne, est en passe de figurer bientôt en bonne place au Musée des reliques de la pensée matérialiste athée.
Conclusion
Dès lors, si l’on considère avec les chercheurs un peu plus sérieux l’originalité, non pas du monothéisme, mais de la Révélation du Dieu unique des hébreux, il n’y a aucune difficulté à admettre, cette fois-ci selon un point de vue chrétien, c’est-à-dire religieux, que la tradition juive, et non le « monothéisme », mais la Révélation du Dieu véritable, fut la première croyance humaine, d’une humanité représentée par Adam qui savait, originairement, qu'il n'y avait qu'un Dieu. Le polythéisme naissant, quelques générations plus tard, fait donc suite à une dégénérescence tragique aboutissant à une idolâtrie qui eut pour effet de voir se répandre les cultes divers, qui iront jusqu’à l'emporter ensuite sur le culte originel, étant une infidélité au Dieu originel. A ce titre, Abraham redécouvrira sous la figure de la fidélité au Dieu véritable, ce que l’on nomme sur le plan historiographique, mais non théologique, le « monothéisme » ; Dieu, le vrai Dieu, Se révélant à lui et contractant une Alliance qu'il renouvellera avec son fils Isaac puis son petit-fils Jacob. Plus tard, c’est donc Moïse qui annoncera au peuple qu'il doit sortir d'Égypte, conformément à l'Alliance faite avec Abraham, Dieu se présentant à lui, en se dévoilant, plus encore qu’à Abraham, comme celui qui Est (Ehye asher Ehye, "Je Suis qui Je suis »[Exode 3, 14] ).
Flavius Josèphe (37–100), né et élevé à Jérusalem, est donc autorisé à dire de Moïse, dans une formule qui résume toute la religion révélée de la Bible : “Moïse montra que Dieu est unique, incréé, éternellement immuable plus beau que toute forme mortelle, connaissable pour nous par sa puissance, mais inconnaissable en son essence.” (Contre Apion II, 167).
Notes.
[1] J. Evola, Il mito del sangue, Hoepli, 1942.
[2] Ibid. Le texte se poursuit ainsi : « Mommsen écrivait : «Déjà dans le monde antique, le judaïsme fut un ferment de cosmopolitisme et de décomposition nationale». Substance insaisissable, fuyante et sans patrie à l'intérieur de toute patrie, Wolf voit dans l'élément hébraïque le principe même de l'anti-race, de l'anti-tradition, de l'anti-culture : non pas l'antithèse d'une culture particulière, mais l'antithèse de toute culture racialement et nationalement déterminée. Dans le composé juif, la part désertique ou orientaloïde renforce cette influence : par leur esprit nomade, apatride, les Juifs auraient injecté dans différents peuples -- en commençant par les Romains -- le virus de l'anti-nationalisme, de l'universalisme, de l'internationalisme culturel. Ils exercent une action incessante de corrosion contre tout ce qui est différencié, qualitatif, lié au sang et à la tradition. »
[3] Dans l’article Wikipédia « Données archéologiques sur les premiers Israélites » , on apprend : « Dès le début, le développement est beaucoup plus rapide dans la moitié nord, plus arrosée et traversée par les voies de communication, que dans la moitié sud, sèche et peu accessible. Les premiers Israélites sont d'origine indigène, ce sont des Cananéens1 (voir les remarques de Pierre de Miroschedji à ce sujet. Une chose les distingue toutefois : contrairement à leurs voisins, les premiers Israélites n'élèvent pas de porc et ne mangent pas de viande de porc, ce qui permet à l'archéologie de les suivre à la trace, par l'analyse des déchets (os). La forme ovale des installations est très caractéristique. » Mais le plus intéressant, qui rend très peu crédible la thèse d’un peuple esclave : « « Il n'existe aucune trace des Hébreux de la Bible dans l'archéologie égyptienne. Aucune trace archéologique ne permet d'affirmer que les Hébreux aient été esclaves en Égypte, ni qu'ils aient massivement quitté l'Égypte en traversant le Sinaï. Au contraire, les fouilles en Égypte montrent que l'esclavage n'existait pas : les ouvriers de Deir el-Médineh, bâtisseurs de la vallée des rois n'étaient pas des esclaves, mais des petits fonctionnaires bénéficiant d'un logement individuel. Les 20 000 ouvriers bâtisseurs de la pyramide de Khéphren n'avaient rien d'esclaves et étaient bien traités. Le dessin relevés par Champollion dans la tombe de Rekhmirê montre déjà que les travaux de construction sont faits par des ouvriers et que les travailleurs sémites, lorsqu'il y en a (attention, il ne s'agit pas alors d'Hébreux mais de Sémites), sont traités sur un pied d'égalité. Christiane Desroche Noblecourt, médaille d'or du CNRS, souligne ce point depuis l'exposition Toutânkhamon dont elle était l'organisatrice, à Paris en 1967, sans parvenir à le faire prendre en compte par le grand public. »
[4] « Lorsqu'on découvrit les premiers textes mentionnant les Apirou dans la correspondance d'un roi de Canaan avec un pharaon égyptien, certains opérèrent rapidement le rapprochement avec le terme biblique `bry (dérivé de עבר), autrement dit les « Hébreux », et pensèrent que ces lettres constituaient une preuve extra-biblique de l'invasion de Canaan menée par Josué. Néanmoins, après de nombreuses recherches, cette hypothèse est maintenant largement abandonnée. Les personnes faisant partie des groupes d'Apirou portent, en effet, des noms d'origine variée ne permettant pas de supposer une appartenance ethnique unique. De plus, des fouilles sur les hautes terres de Canaan laissent notamment supposer que les premiers Israélites n'apparaissent qu'à partir de -1200. » [Cf. Jean-Marie Durand, Assyriologie, Cours au Collège de France, 2005]
[5] S. Freud, Moïse et le monothéisme, 1939.
[6] Cf. Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Robert Laffont, 1996.
[7] J. Assmann, Moïse l'Egyptien :Un essai d'histoire de la mémoire, Flammarion, 2003.
[8] Lire l’analyse critique effectuée par Avraham Malthete, Epigraphiste-Paléographe, Spécialiste du texte biblique, universitaire et scientifique, du livre « Les Secrets de l'Exode : l'origine égyptienne des Hébreux ».
10:53 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, histoire, histoire sainte, reflexion |
Facebook |
jeudi, 28 mai 2009
Le saint temps des pèlerinages et des processions
Une tradition combattue par la Révolution française


Toute procession, si minime soit-elle, relève,
suppose, une volonté intérieure de conversion
et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies

En cette période du temps liturgique, on constate que se conserve heureusement, en particulier dans les campagnes mais pas seulement puisque Pentecôte est le moment par excellence de son expression lors de l’habituel Pèlerinage de Chartres, une tradition ancestrale que la Révolution française voulut abolir et qui suscite parfois chez nos contemporains de l’étonnement, mais qui pourtant demeure inscrite au cœur même de notre vie religieuse et fut sauvée de haute lutte, à savoir la pieuse marche des pèlerins à travers les champs et les campagnes pour se rendre dans les sanctuaires vénérés.
Comme la plupart des rites, les pèlerinages et les processions participent d’une relation qui relève de la sainte mémoire avec les lieux, les saints et les monuments, et rythment harmonieusement la succession des mois et des saisons au sein de l’année. C’est pourtant cet immémorial ordre des choses que l’on voulut détruire avec une rage démentielle, et qui réussira à survivre à la folie antichrétienne de la République, mais qu’une modernité impie, héritière des idées destructrice de 1789, corruptrice par sa haine des éléments essentiels de la vie spirituelle, serait toutefois en passe de faire disparaître si ne se maintenait pas chez certains, une ferme volonté de perpétuer et poursuivre l’antique dévotion catholique.

Partir en pèlerinage n'est pas un acte liturgique comme un autre
I. Nature du pèlerinage
Il existe des processions dans pratiquement tous les rites religieux, de l'Antiquité à nos jours. Comme l’écrit Myriam Fertet-Boudriot : « Les pèlerinages sont des activités rituelles qui nous poussent à nous rendre sur des lieux de dévotions. Ils comportent de nombreuses processions rituelles en rapport avec ce que l’on appelle la « piété populaire » : processions en l'honneur des saints, processions mariales, processions aux flambeaux, chemins de croix, etc. On songe par exemple aux processions qui couronnent en beaucoup d’endroits les fêtes de l'Assomption. Partir en pèlerinage n'est pas d’abord un acte liturgique comme un autre, c'est, plus profondément, l’acceptation d’un départ. Partir, c'est se mettre en mouvement vers des lieux qui ont pour nous une signification spirituelle. Toute procession, si minime soit-elle, relève, au fond, de la démarche du pèlerinage. Elle suppose une volonté intérieure de conversion et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies. » [1]


Le pèlerinage et la procession constituent donc une des composantes fondamentales de la piété catholique. La montée du protestantisme avec sa tendance vers une spiritualité plus intériorisée sembla menacer ces manifestations extérieures de la foi, puisqu’aux yeux de certains théologiens, le pèlerinage faisait au contraire obstacle au contact avec le divin par un inutile, pour ne pas dire impur détour via le monde du sensible. Telle fut, par exemple, l’attitude de la Réforme face aux pèlerinages catholiques du XVIe siècle [2].
II. Le rappel du Concile de Trente
Or, le Concile de Trente (1545-1563) préconisera au contraire la vénération de la Vierge et des saints à travers les images [3] et les reliques ou par le biais des pèlerinages. Ainsi la pratique religieuse populaire insuffla une nouvelle vie aux nombreux lieux de pèlerinages marials, ce qui allait profondément marquer la piété jusqu'au siècle des Lumières. Par exemple, vers 1552, saint Philippe Neri, (1515-1594) ordonné prêtre, proposa à tous un usage qui lui était familier, celui de visiter en deux jours, soit treize heures de marche, Saint-Jean-de-Latran (qui rappelait le patriarcat de Rome) et les quatre basiliques patriarcales, en un tour du monde idéal, ainsi impliqué dans un pèlerinage pénitentiel ; avec deux étapes supplémentaires : Saint-Sébastien, très cher au cœur de Philippe, et Sainte-Croix.[4]

Toutefois, l'époque de la Contre-Réforme catholique et le renouveau ecclésial qui avaient suivi le Concile de Trente, portent surtout l'empreinte de la spiritualité d'Ignace de Loyola (+1556) [5], le fondateur de la Compagnie de Jésus, dont la vision allait durablement influencer la culture religieuse du XVIIIe siècle. Tout ce dont les Réformés s'étaient défait avec incompréhension et ardeur aveugle, parce que cela choquait leur spiritualité ou leur idéal de pureté, Ignace l'enseigna en le replaçant dans le contexte plus vaste du mystère de l'Incarnation. Son activité et son influence étaient marquées de son acceptation évidente des aspects visibles de l'Église du Christ. Selon lui les cérémonies liturgiques, la décoration picturale et l'ornementation des églises, les pèlerinages et les processions constituaient le côté visible de l'Église. Ignace insistait de ce fait pour que l'on ne parlât pas uniquement de la foi, mais également de la contribution humaine sur le plan du salut. A plus d'une occasion il se référa à la vieille doctrine de l'Église qui tient compte à la fois de Dieu et de la personne humaine, de la grâce divine et de la nature. Il ne visait pas la restauration de l'Église primitive, mais sa renaissance intérieure et son renouvellement dans un esprit religieux et ecclésial.
III. Le temps de la Révolution satanique
Mais la menace la plus grave qui s'abattit sur ces bienfaisantes dévotions, fut celle de la Révolution française, qui chercha à définitivement supprimer ce qui existait depuis des siècles, interdisant sur l’ensemble du territoire et dans les plus minuscules recoins du pays toutes les activités religieuses publiques qui, selon les fous qui s’étaient emparés du pouvoir politique, « menaçaient » le nouvel ordre laïque et républicain, brisant les statues, brûlant les vierges noires qui étaient vénérées depuis des siècles par les populations. Ainsi, la période révolutionnaire marqua la fin des grands pèlerinages populaires, et l’abbaye du Mont Saint Michel, par exemple, sera transformée en prison dès 1793, et le restera jusqu’en 1863.

Il faudra donc attendre la fin de l’orage révolutionnaire, alors que les sanctuaires avaient été dévastés, les chapelles incendiées ou transformées, dans le meilleur des cas, en greniers ou prisons, le clergé assassiné et dispersé par la Convention, pour qu’émergent de nouveau les pèlerinages et les processions. De la sorte, la dévotion aux anciens sanctuaires qui se manifesta lentement au début du XIXe siècle, après les sombres années où Satan régnait en maître sur la France, sera de nouveau autorisée officiellement en 1821 sous Louis XVIII, et à Chartres c’est par un grand pèlerinage en 1873, puis un autre en 1876, que resurgit enfin de la parenthèse révolutionnaire le grand élan dévotionnel qui subsiste encore magnifiquement de nos jours. Enfin Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont le premier eut lieu en 1891.
Notes
[1] Myriam Fertet-Boudriot, Processions, Union Sainte Cécile – Strasbourg, Caecilia 4/2003.
[2] Il faut reconnaître que née de la vénération des tombeaux des martyrs, la multiplication des reliques donna lieu à quelques abus manifestes et les critiques, notamment de Calvin qui en 1543 dans le Traité des reliques dénonça la multiplication des mêmes objets dans des endroits différents (14 clous de la Croix, 4 couronnes d'épines), n’étaient pas toutes infondées. En effet si au début, les églises comptant des martyrs envoyaient gratuitement des reliques à celles qui n'en avaient pas. Les besoins augmentant, les églises occidentales enverront à Rome, du VIe au IXe s., des centaines de pèlerins qui achèteront les ossements (de chrétiens anonymes ou sans notoriété), retrouvés en masse dans les catacombes. Ainsi, après le IXe s., on exigea de plus en plus de reliques de saints célèbres (ossements ou autres souvenirs). Les croisades provoquent un nouvel afflux de reliques et un trafic florissant. A l'abbaye bénédictine de Corbie (Somme), on trouvait ainsi des reliques de Jésus (sang, cheveux, morceaux de son cordon ombilical, de la crèche, de sa serviette d'enfant, de sa croix, de son tombeau et de ses vêtements, des pains multipliés au désert) ; de la Vierge (gouttes de son lait, cheveux, morceaux de son manteau et de son voile ; 1 morceau de voile est conservé à St-Jacques de Compiègne) ; de St Pierre (cheveux et barbe, fragments de sa croix, sandales, table, poussière de son tombeau) ; de Marie-Madeleine (cheveux et parfums) ; de Zacharie, père de Jean Baptiste (os) ; de Jean Baptiste (vêtements) ; de Noé (poils de barbe) ; des Rois mages rapportées à Cologne par Frédéric Ier Barberousse en 1164. Selon Jacques Collin de Plancy (1793-1881) [Dictionnaire des reliques, 1821-22], les ossements dispersés dans les églises permettraient de reconstituer les squelettes de plusieurs centaines de milliers de saints. (On a recensé par exemple pour St Blaise 8 bras, St Pierre 32 doigts, St Matthieu 11 jambes, St Léger 10 têtes, St Étienne 8 têtes. Le corps de St Antoine de Padoue est à Padoue avec un bras supplémentaire à Lisbonne et un autre à Venise. Ste Agnès a 3 corps : à Rome, Monresa (Catalogne) et Utrecht, 1 tête à Rouen et des os à Anvers et Bruxelles. Lazare : Marseille, Avallon, Autun prétendaient avoir son corps. De Judas (qui n'était pas un saint), on présenta des reliques à Florence, St-Denis et Aix-en-Provence (les deniers contre lesquels il vendit le Christ), à Rome (sa lanterne et sa tasse), à Amras (un morceau de la corde avec laquelle il se pendit), etc.
[3] Pour reprendre le raisonnement de Jean de Damas (8e siècle), c'est par le truchement de l'image qu'on vénère l'original, c'est-à-dire la Vierge ou les saints à qui l'on adresse prières, invocations et actions de grâce. « L'être humain à la recherche du sens ultime est en même temps en partance vers des figures concrètes qui lui illustrent ce sens de façon visible et palpable. Bien sûr, le mystère reste toujours plus grand que sa représentation. Il nous est impossible de confirmer le divin dans une quelconque matière terrestre, mais nous découvrons que le Verbe incarné nous est devenu plus humain que s'il était resté à jamais l'éternel Souverain à l'horizon le plus éloigné de notre entendement. » (Mgr. Klaus Hemmerle, Aix-la-Chapelle).
[4] « Philippe et ses fidèles se retrouvaient à Santa Maria della Vallicella, pour ainsi dire chez Philippe. De là, ils se rendaient à Saint-Pierre, et c’était une étape préparatoire, qui rappelait le parcours du cénacle à Gethsémani. À Saint-Pierre commençait le chemin proprement dit : de Saint-Pierre à Saint-Paul on méditait sur la sueur de sang au jardin des Oliviers et sur la marche de Jésus vers la maison du grand prêtre ; de Saint-Paul à Saint-Sébastien on méditait sur le parcours de Jésus de la maison du grand prêtre à celle du chef du sanhédrin et sur la flagellation ; de Saint-Sébastien jusqu’à la halte-rafraîchissement, on méditait le parcours de la maison de Caïphe au prétoire de Pilate et le couronnement d’épines ; de la pause à Saint-Jean, la Passion ; de Saint-Jean à Sainte-Croix, le parcours du prétoire de Pilate au palais d’Hérode ; de Sainte-Croix à Saint-Laurent, celui du palais d’Hérode au prétoire de Pilate et la condamnation à mort ; de Saint-Laurent à Sainte-Marie-Majeure, le parcours du prétoire de Pilate au calvaire et l’ultime effusion de sang. » [Cf. Les sept églises : un parcours symbolique ]
[5] Ainsi dans son autobiographie, récit de sa vie jusqu'en 1538, saint Ignace se désigne à plusieurs reprises comme pèlerin. Selon sa propre conception, ce qualificatif ne s'applique pas seulement au pèlerin en Terre sainte qu'il fut réellement, mais aussi à celui qui considérait à juste titre son cheminement vers Dieu comme le grand pèlerinage de sa vie. Sa disponibilité croissante pour être à l'écoute de Dieu et pour se laisser guider par lui traverse comme un fil rouge toutes les péripéties et les difficultés de son existence. Or, son livret d'exercices spirituels nous renseigne sur l'importance que l'invocation de Marie a revêtue aux moments décisifs de son existence. Dans la spiritualité ignatienne, l'imitation parfaite de Jésus passe par l'invocation de Marie.
07:30 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (60) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholicisme, foi, christianisme, république, histoire |
Facebook |
vendredi, 01 mai 2009
L’Ordre noir des Illuminati !
ou la vérité cachée derrière une
fantasmagorie cinématographique anticatholique
intitulée ‘‘Anges et Démons’’

+ I L L U M I N A T I +
La recette du roman de Dan Brown ‘‘Anges et Démons’’ , adapté pour le cinéma, et dont l’énorme bruit médiatique est difficilement évitable, tient en quelques lignes : une secte antichrétienne, les Illuminati, veut détruire le Vatican… A Rome, alors qu’un conclave est réuni pour élire un nouveau pape (l’ancien a été évidemment assassiné !), au coeur du Vatican une invention menace d'annihiler la cité sainte. Les Illuminati, société secrète qui fut créée pour venger la mémoire du savant Galilée (1564-1642), semblent enfin tenir leur revanche sur leur ennemi de toujours : l'Église catholique. Le compte à rebours est lancé. Les héros peu crédibles de cette bouffonnerie stupide, se jettent donc dans une course folle au travers des rues de Rome à la recherche du refuge secret des Illuminati, ultime chance de sauver le Vatican.
Le problème, car il y en a bien un qui justifie cette note, c’est que les ingrédients de cette ridicule et médiocre fiction brownienne sont présentés
comme autant de vérités historiques, et que les thèses stupides qui sont présentées dans cet opus de mauvais goût, risquent fort de devenir, pendant un temps, le nouveau credo des ignorants, faisant que le livre et le film risquent de remplacer la « Bible » pour tous ceux qui regardent l’Eglise comme une puissance mafieuse qui cache, depuis des siècles, de sombres secrets. D’ailleurs, pour mieux jouer sur l’ambiguïté, au début du récit, l’auteur explique doctement à son public émerveillé : « Tous les tombeaux, sites souterrains, édifices architecturaux auxquels se réfère cet ouvrage existent bel et bien. Quant à la confrérie des Illuminati, elle a aussi existé… » Nous voilà rassurés !
Un thriller pseudo théologique
Certes tout est très classique dans Anges et démons, qui n’a pour seule originalité en tant que médiocre thriller appuyé sur des effets spéciaux lourdingues, que celle d’utiliser le décor fascinatoire du Vatican comme toile de fond. Nous le savons, des dizaines de cinéastes, sachant le caractère attractif du mystérieux catholique sur les gogos, s’y sont essayés depuis des décennies, avec des succès variables et, comme toujours, en usant des grosses ficelles du métier pour faire de l’audience. Le problème, c’est que Dan Brown risque d’embarquer avec lui, dans un monde dominé par la crasse ignorance, des millions de lecteurs sans culture religieuse, ce qui est beaucoup plus grave
La secte des Illuminati a bien existé…
Dans le Da Vinci Code, Dan Brown nous apprenait sans rire, que Jésus et Marie-Madeleine s’étaient aimés et avaient conçu une descendance. Avec Anges et démons, il nous explique que les avancées de la science vont bientôt permettre de percer le secret de la création du monde, ce dont, évidemment, l’Eglise craint la révélation car cela remettrait en doute ses dogmes. Ainsi, les Illuminati, qui comme chacun sait rongent leur frein depuis des siècles, sentent que l’heure est venue pour eux de sortir de leur clandestinité et de divulguer à la face du monde ce que l’Eglise nous cache.
Marco Fibbi, attaché de presse du Vatican, déclarait avec mécontentement : « En temps normal, nous lisons les scénarii qui nous sont proposés. Là, ce n'était pas nécessaire. Le nom de Dan Brown nous a suffit. La plupart des films reçoivent des autorisations tant qu'ils respectent la tradition de l'Église. Anges & Démons est le vecteur de nombreux fantasmes qui risquent de nuire aux croyances religieuses les plus simples. Comme cela a été le cas pour The Da Vinci Code. » De son côté, le président de la Ligue Catholique pour les Droits Civils et Religieux, William Donohue, s'est emporté dans une tribune sur le New York Daily News en ces termes : « Un défi en particulier attend notre nouvel évêque. Dan Brown et Ron Howard ont une nouvelle fois collaboré pour s'attaquer à l'Église catholique avec des fabulations méprisantes. Le message véhiculé est diffamatoire : l'Église catholique qui a combattu pour l'ouverture des Universités au Moyen Âge plus que n'importe quelle institution y est décrite comme le chantre de l'obscurantisme. (…) Ron Howard est fou de penser que le Vatican pourrait aimer son travail. Un prêtre canadien en civil s'est infiltré dans l'équipe pendant le tournage à Rome et nous a rapporté combien ils détestaient le catholicisme. Il est temps d'arrêter de raconter des bobards. ». Enfin, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican a déclaré que le film était : « un pot pourri de mensonges, un cocktail d'inventions fantasmagoriques. »
Logiquement, le Vicariat de Rome n’a donc pas voulu collaborer au film, les producteurs américains, peu scrupuleux, n’ayant pas hésité à demander aux responsables de l’Eglise catholique à Rome l’autorisation de tourner des scènes dans les églises de Santa-Maria del Popolo et de Santa-Maria della Vittoria. Le Père Marco Fibbi, responsable du bureau de presse du diocèse de Rome, déclara ainsi à la revue italienne « TV Sorrisi e Canzoni » : « Nous prêtons souvent nos églises à des productions qui ont une finalité ou une compatibilité avec le sentiment religieux. Mais le diocèse de Rome ne le fait pas quand un film a une ligne fantaisiste qui blesse le sentiment religieux commun ».
Une vérité historique
Or, ce qui est intéressant, c’est que la secte des Illuminati a bien existé, mais à la fin du XVIIIe siècle. Rien à voir, donc, avec Galilée, décédé deux siècles plus tôt. Et encore moins avec Le Bernin, de son vrai nom Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), célèbre artiste, qui aurait été, selon les fantaisistes thèses de Dan Brown, un des membres les plus influents de la secte. Le jeu de piste à travers la Rome contemporaine, imaginé par Dan Brown pour retrouver la fameuse bombe, reposant entièrement sur les œuvres (et donc la complicité) de l’artiste, relève d’une imagination fertile et fantaisiste, l’écrivain américain prenant des libertés incroyables avec la vérité historique pour se livrer à des élucubrations grotesques.
Mais la manipulation rencontre néanmoins une trace de vérité : les Illuminati, venant de la franc-maçonnerie, travaillent bien à fomenter depuis le XVIIIe siècle un gigantesque complot contre le Vatican. Faisant que depuis plusieurs siècles, les « initiés » infiltrent tous les rouages du « pouvoir mondial » pour imposer leur vision laïque et déchristianisée de l’Univers, ce qu’ils sont parvenus à réaliser de façon remarquable.

Le Bernin aurait été, selon Dan Brown,
un membres des Illuminati
En effet, les Illuminés de Bavière (ou Illuminati), en allemand der Illuminatenorden, furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt [1], elle eut à faire face à des dissensions internes avant d'être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785. 
De nombreuses théories démontrèrent le rôle joué par les Illuminati dans la Révolution, et mirent en lumière le fait que l'ordre des Illuminati survécut à son interdiction et qu'il serait responsable, outre de la Révolution française, mais de nombreux complots contre l'Église catholique.

« Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée :
le plus possible et le plus vite possible. »
Par exemple, les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme de l'abbé Augustin Barruel (1741-1820) [2] soutiennent une théorie selon
laquelle les Illuminés de Bavière d’Adam Weishaupt, infiltrèrent la franc-maçonnerie [3] afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, de manière à libérer l'humanité de la superstition et des mythes de l’Eglise.
Cette thèse, montre que la Révolution française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminés et les jacobins. Et il faut reconnaître que les Illluminati, porteur d’une ténébreuse doctrine, voulaient remplacer toutes les religions par l’humanisme et mettrent à mort les tyrans.
Barruel démontre, que la Révolution a été préparée dans les loges maçonniques [4], et suivant les instructions secrètes des Illuminés de Bavière ou Illuminati.
Leur but avoué était de :
- détruire la famille par la suppression du mariage,
- anéantir l'autorité paternelle et maternelle par la main-mise de l'état sur l'enfant,
- la suppression de la propriété privée par le monopole d'état et le collectivisme et au besoin par la spoliation brutale"...
- l'établissement d'un "gouvernement dominateur universel".
Les Illuminati déclaraient :
"Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible."
"La grande force de notre ordre réside dans sa dissimulation."
Le pervers projet des Illuminati
Cette organisation pyramidale se constitua en franc-maçonnerie, et son fondateur, Weishaupt y porta le titre de « Général » assisté par un « Conseil Suprême » formé de ses premiers compagnons, qu'il appelait « aréopagites ».
Seule la direction de l'organisation connaissait ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » devaient observer une période probatoire d'environ deux ans avant d'accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprenait des thèmes et des dénominations de l'Antiquité. Le recrutement resta limité à la Bavière et ne dépassa pas quelques dizaines de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décida de renforcer son organisation en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « La Prudence » .

On pourrait se débarrasser des Prêtres
par la restauration de la religion naturelle,
et réunir les hommes dans une seule société
en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité
Dans son ouvrage, l’abbé Augustin Barruel prédisait fort justement :
- « Le Dieu que votre apostasie irritait chaque jour, laissa cette nuée de sophistes s'enfoncer dans l'abyme des Loges; et là, sous le voile des jeux maçonniques, les adeptes réunirent leurs conspirations contre l'Autel, contre le Trône, contre toute grandeur. Les adeptes se multiplièrent autant que les sophistes. Sous les auspices d'un nouveau sage, ajoutant l'impiété à l'impiété, les blasphème au blasphème, se forma, sous le nom d'Illuminés, une nouvelle secte, méditant, comme le héros de votre apostasie, d'écraser Jésus-Christ; et comme les élèves de ce héros, jurant de vous écraser vous-mêmes; et comme toutes les sectes des brigands, d'écraser tout empire des lois. » [5]
Mais on lira surtout avec attention la doctrine des Illuminati à l’égard du christianisme, et ce en quoi consistaient ses projets vis-à-vis de la religion et de l’Eglise.
On constatera avec surprise, combien les vues exprimées par Weishaupt et ses adeptes se sont accomplies d’une manière impressionnante :
- « Le grand mystère de l’Ordre par rapport à la Religion, consistait dans la doctrine : que le christianisme n’était fondé que sur l’imposture et la superstition et qu’en récompense le Déisme, la re1igion de la Raison ou le Naturalisme, étaient la vraie religion. les principes qu’on avait établis sur la Religion, ne tendaient qu’à anéantir les prêtres auxquels on donnait le titre d’imposteur ; ceux du système politique, qu’on avait posés devaient détruire tous les princes qu’on appelait tyrans et oppresseurs. On les traita tous les deux de méchants auxquels l’Ordre devait faire une guerre continuelle pour s’en débarrasser comme de personnes tout à fait inutiles et pour les faire disparaître de la surface de la terre. Les autres règles et maximes qu’on avait prescrites étaient conformes à ces principes.
[…]
- Par rapport à la Religion on substitua au Christianisme le Naturalisme ; et pour tromper ceux qui avaient encore de la vénération pour le nom de Christ et pour le Christianisme, et qui se seraient éloignés en tremblant q’ils avaient vu que pour être Illuminés il fallait rejeter le Christianisme ouvertement, on ne laissa pas d’insinuer que Jésus-Christ lui-même n’avait pas eu d’autre but que de faire valoir la religion naturelle et de la rendre universelle et qu’on exécuterait son plan, si l’on travaillait à la restauration de cette religion, toujours empêchée par les Prêtres qui, par là, avaient donné l’origine à tant de sectes chrétiennes. On avança hardiment que c’était l’esprit du Christianisme et qu’il avait été transmis par le canal de la discipline secrète (disciplina arcani) et de la maçonnerie aux Illuminés, qui pouvaient se glorifier avec raison d’être en effet les seuls chrétiens. Pour prouver ces choses extravagantes et dangereuses, on ne manqua pas de pervertir le sens de plusieurs passages de la Sainte Ecriture et d’interpréter en mal les hiéroglyphes de la maçonnerie…
Toute religion révélée n’est que du Non-Sens,
tout pouvoir ecclésiastique
n’est qu’une usurpation des Droits de l’homme
[…]
On pourrait se débarrasser des Prêtres par la restauration de la religion naturelle et réunir les hommes dans une seule société en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité… Cette Secte infernale avait pris pour fondement de son Système la proposition fausse et dangereuse qu’une bonne intention était suffisante pour justifier et sanctifier chaque action quels que fussent les moyens dont on se servit pour la faire. En conséquence de ce principe les Illuminés se permirent les ruses les plus atroces, pour exécuter les desseins qu’ils avaient formés contre la Religion … leur projet était de détruire le Christianisme, Toute religion prétendue révélée n’étant que du Non-Sens, tout pouvoir ecclésiastique n’est qu’une usurpation injuste et dérogeante aux Droits de l’homme. Il faut absolument délivrer le genre humain de cet empire de l’imposture. Voilà le premier but de l’Ordre ; pour y atteindre la première chose à laquelle il faut s’obliger par serment, c’est la haine du Culte quelconque..
[…]
L’inscription qu’on pourra mettre sur les ruines des trônes,
des débris des autels et les monceaux de cendres qui couvriront
en peu de temps toute l’Europe,
peut être conçue dans ces deux mots :
‘‘L’ouvrage de l’Illuminatisme !’’ » [6]
Notes
[1] Né le 6 février 1748 a Ingolstadt, en Allemagne, Adam Weishaupt, juif ashkénaze, fut converti au catholicisme et reçut l'enseignement des jésuites. Après ses études, il devint en 1775 professeur de droit canonique à l'Université d'Ingolstadt, en Bavière. En 1777, il fut initié à la loge Théodore du Bon Conseil, à Munich. Il créa au sein de l'université où il enseignait un mouvement rebelle qui lui fit perdre sa chaire. La conspiration des Illuminés de Bavière, dont il n'était probablement pas le seul auteur, fut mise au jour en 1785. Après 18 mois d'enquête difficile, tant l'administration bavaroise avait été infiltrée par ses adeptes, il fut banni d'Allemagne en 1787. Il est décédé le 18 novembre 1830 à Gotha et renia toujours de la foi catholique.
[2] Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 5 vol., P. Fauche, 1798-1799. Rééditions : Hambourg, P. Fauche, 1803 ; Édition revue et corrigée, 1818 ; Abrégé par E. Perrenet éd. Paris, La Renaissance française, 1911 ; avec un introduction de Christian Lagrave, Diffusion de la pensée française, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 1974 ; Extraits sous le titre : Spartacus Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière, Ventabren, Les Rouyat, 1979 ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989 ; Éditions de Chiré, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 2 t., 2005. Historien et jésuite français, né le 2 octobre 1741 à Villeneuve-de Berg (Vivarais) où il mourut le 5 octobre 1820. A. Barruel entra dans la Compagnie de Jésus, séjourna en Autriche, Bohême, Moravie, Italie, Rome, etc. Il revint en France à la dissolution de son Ordre et se consacra tout entier aux travaux philosophiques et historiques. Il a été un des premiers historien à dénoncer, non sans mal, les origines maçonniques et véritablement diaboliques de la Révolution Française. Plus les jours devinrent mauvais, plus l'abbé Barruel déploya de zèle et de vigilance... Traqué et poursuivi, il dut se réfugier en Angleterre... Il y publia une Histoire du Clergé pendant la Révolution. C'est là aussi, à Londres, qu'il conçut et commença à publier son grand ouvrage: Mémoires pour servir à l'Histoire du jacobinisme (1797-1798). Pendant l'Empire, il se tint à l'écart. Napoléon le soupçonna d'avoir propagé le Bref de Pie VII et le fit emprisonner à l'âge de 70 ans. Il fut inquiété de nouveau sous les Cent Jours. Sur lui, pèse, bien entendu, la conspiration du silence qui poursuit tous ceux qui se sont attachés un peu sérieusement à démasquer les agissements de la Secte. (Cf. Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220, note 113).
[3] La maçonnerie, comme il est prouvé par les documents historiques de cet Ordre, s’était éloignée immensément au XVIIIe siècle de sa Constitution chrétienne primitive. Rejetant les fondements spirituels religieux qui étaient à sa base, elle avait dévié vers un déisme favorisant l’indifférentisme et l’éloignement à l’égard de l’Eglise. Toutefois, on se gardera d’identifier le terme d’ « Illuminés », employé pour désigner les membres du mouvement dirigé par Adam Weishaupt (1748-1830), à une quelconque marque de sensibilité transcendante ou « mystique ». En effet, les « Illuminés » de Weishaupt étaient, tout au contraire, habités par un unique souci, fort concret et matériel, celui d’établir, par la violence et la déchristianisation, un modèle utopique de société basé sur la justice sociale et l’égalité.
La secte des illuminés de Bavière était structurée et organisée en trois classes et treize grades :
1. Première classe – Pépinière :
* Cahier préparatoire
* Noviciat
* Minerval
* Illuminé Mineur
2. Deuxième classe – Franc maçonnerie:
* Apprenti
* Compagnon
* Maître
* Illuminé Majeur ou Novice Ecossais
* Chevalier Ecossais
3. Troisième classe – Mystères:
* Petits Mystères- Prêtres
* Petits mystères- Princes
* Grands Mystères- Mages
* Grands Mystères- Roi
[4] Dan Brown parle des visées expansionnistes du groupe aux Etats Unis dans les termes suivants : "Les Illuminati procédèrent par infiltration et aidèrent des banques, des universités et des industries pour financer leur but ultime : la création d'un seul Etat mondial unifié - une sorte de Nouvel Ordre mondial séculier". D'autres parlent de procédés criminels, chantage, assassinat, contrôle des banques, corruption, infiltration de secteurs stratégiques... Une vaste conspiration mondiale, une entreprise de corruption vers l'incroyance.
[5] Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 289-291.
[6] Histoire de l'Illuminisme par le Dr Starck à l'intention du père Barruel, 1797, in M. Riquet, Augustin de Barruel, un Jésuite face aux jacobins francs-maçons, Beauchesne,1989, pp. 150-190.
00:25 Publié dans Esotérisme, Septième Art | Lien permanent | Commentaires (114) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sociétés secrètes, ésotérisme, catholicisme, vatican, histoire, secret, magie, occultisme, franc-maçonnerie |
Facebook |
jeudi, 23 avril 2009
L’essence satanique de la Révolution française
ou les fondements nihilistes de la modernité

« Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique
qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. »
(Joseph de Maistre)
La Révolution qui est survenue en France à la fin du XVIIIe siècle, faisant qu'il y a bien, malgré l'aveuglement de nos contemporains et les illusions de certains sots, un avant et un après 1789, le passage, par l'effet d'une fracture violente et radicale, entre un monde fondé sur des valeurs sacrées, et un autre livré et dominé par les puissances de l'enfer auxquelles nous sommes à présent soumis et asservis, est une révolte contre l’ordre naturel et surnaturel établi par Dieu.
La Révolution, il est bon de le rappeler en ce jour de la saint Georges qui célèbre la lutte des forces spirituelles contre celles, infectes et ténèbreuses, du dragon, est satanique dans son principe, nihiliste dans son essence, terrifiante dans ses conséquences !
Foncièrement antichrétienne et antireligieuse, elle s’est attaquée avec une sorte de fureur irrationnelle à l'Église, tuant son clergé, combattant sa hiérarchie, ses institutions, ses dogmes, et, pour mieux la renverser, elle a voulu arracher et détruire, par une politique systématique qui poussa la folie jusqu'à établir un nouveau calendrier afin d'effacer des mémoires le temps grégorien, définitivement les fondements mêmes du christianisme.
Pourtant, les acteurs qui animèrent la Révolution semblent être de simples marionnettes sans réelle influence sur le cours des choses, des pantins suspendus à des fils actionnés par des mains inconnues ; à cet égard Joseph de Maistre écrit : « La Révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. (...) Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la Révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la Révolution, c’est la Révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien quand on dit qu’elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s’était montrée d’une manière si claire dans aucun événement humain. » [1]
De la sorte, dirigée par des fantômes, la Révolution n’en fut que plus dangereuse, plus menaçante, car non dépendante de la décision ou du charisme d’un homme. Ne reposant pas sur la volonté de ceux qui en servent la cause, la Révolution posséda de ce fait une capacité de nuisance non maîtrisable, un devenir et une logique échappant à toutes les règles habituelles qui, jusqu’alors, régissaient l’Histoire.
Un ordre étranger de nature démoniaque
Cependant cela n’exonère d’aucune responsabilité les êtres qui se sont livrés à la pire des profanations en sacrifiant l’innocente victime royale.
Comme le souligne Joseph de Maistre : « Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terribles. Si la souveraineté réside sur une tête, et que cette tête tombe victime de l’attentat, le crime augmente d’atrocité. Mais si ce Souverain n’a mérité son sort par aucun crime ; si ses vertus même ont armé contre lui la main des coupables, le crime n’a plus de nom. » [2]
L’incroyable passivité générale, la quasi indifférence dans laquelle Louis XVI fut exécuté fait de ce régicide un crime collectif : « jamais un plus grand crime n’appartint à un plus grand nombre de coupables », en conséquence : « Chaque goutte du sang Louis XVI en coûtera des torrents à la France... » [3]
« Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre,
c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté,
nul n’ayant des suites plus terribles. »
« Chaque goutte du sang Louis XVI en coûtera des torrents à la France... »
Ainsi, on peut affirmer qu’un effroyable vertige criminel s’est emparé de la France révolutionnaire, est que ce mystère ne peut trouver son explication que dans un ordre d’une nature étrangère à l’intelligence humaine.
Pire encore, cet ordre étranger de nature démoniaque, échappe non seulement au domaine de la loi de la raison naturelle, mais aussi au règne substantiel de la vérité ontologique qui féconde et donne la vie. C’est pourquoi soutiendra Maistre : « Le mal n’a rien de commun avec l’existence ; il ne peut créer, puisque sa force est purement négative : le mal est le schisme de l’être ; il n’est pas vrai. Or ce qui distingue la Révolution française, et ce qui en fait un événement unique dans l’histoire, c’est qu’elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n’y soulage l’oeil de l’observateur : c’est le plus haut degré de corruption connu ; c’est la pure impureté. » [4]
Une « pure impureté », le jugement est implacable, mais il est certes à la hauteur de l’œuvre de forfaiture commise à l’encontre d’une institution sacrée, de l’attentat contre un monde qui avait sans doute ses imperfections, mais qui avait su protéger au fil des siècles par ses vénérables institutions les plus hautes vertus dont l’esprit est capable, respectant la bienfaisante hiérarchie des valeurs et plaçant la religion au centre de toutes les activités des hommes sur cette terre. Auparavant, comme nous le savons, les anciens levaient les yeux vers le Ciel, scrutant l’immensité en y cherchant la rassurante présence de Dieu. Le renversement du regard, la désorientation du cœur et de l’âme, le rejet de Dieu pour faire de l’homme, en l’exaltant inconsidérément, la nouvelle idole d’un culte sanguinaire, telle est l’entreprise sacrilège de la Révolution.
Ceci explique pourquoi : « Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. (...) Le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l’apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l’inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tachaient de surpasser Paris ; tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde. » [5]

« ...tout cela sort du cercle ordinaire des crimes,
et semble appartenir à un autre monde. »
La contre-révolution et son principe
Joseph de Maistre comprendra donc très bien que la Révolution ne peut être authentiquement combattue que par la mise en œuvre d’un principe inverse, d’une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire.
Si la Révolution est de nature satanique, écrit Maistre à l’évêque de Raguse en 1815, « elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier (c’est tout ce que l’homme peut faire) ; ensuite il agira tout seul. » [6]

« La contre-révolution sera
pour le catholicisme et contre la démocratie ! »
Au fond la méthode du redressement salvateur est simple pour Maistre, il s’agit en effet de « délier le principe contraire », pour ainsi dire de le libérer, de lui rendre sa capacité d’action et d’intervention au sein de la réalité collective, de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social. Le résultat de ce redressement « contre-révolutionnaire », Maistre l’expose sans détour avec une surprenante clarté : « Cette immense et terrible Révolution fut commencée, avec fureur qui n’a pas d’exemple contre le catholicisme et pour la démocratie ! Le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. » [7]
De ce fait, voici la définition la plus précise, la plus juste, la plus exacte de ce qu’est l’essence profonde de la contre-révolution, de sa perspective et son objet propre : « Le rétablissement de la monarchie qu’on appelle "contre-révolution", ne sera point une "révolution contraire", mais le "contraire de la révolution". » [8]
Enfin, comment ne pas citer en forme de synthèse de la conception politique maistrienne les dernières lignes du chapitre V des Considérations sur la France, lignes où Maistre prédit un possible rétablissement du christianisme et de la royauté, après leur triomphe sur les épreuves infligées par l’histoire :
« Français! faites place au Roi très-chrétien ; portez-le vous même sur son trône antique ; relevez son oriflamme, et que son or, voyageant d’un pôle à l’autre, porte de toute part la devise triomphale :
CHRISTUS REGNAT, VINCIT, IMPERAT ! »

"Le Christ Commande, il Règne, il est Vainqueur !"
Notes.
[1] J. de Maistre, Considérations sur la France, ch. I. (1795). La politique expérimentale maistrienne n’a pas pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels. « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, "j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir." (Soirées..., X, Œuvres Complètes, t. V p. 188). Elle est donc avant tout révélation de l’insondabilité du divin, préludant moins à la science qu’à l’étonnement métaphysique. » (J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.) S'inscrivant intégralement dans cet étonnement métaphysique la politique de Maistre est, de ce fait, et selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’histoire. Cela signifie que la source du droit c’est Dieu, et en aucun cas la « volonté populaire », il ne peut y avoir de légitimité issue du peuple où d’une décision collective ou individuelle puisque la source de toute légitimité vient d’en haut ; le pouvoir ne reçoit son mandat que du Ciel. Récusant le principe qui se trouve logé à la base de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », Maistre rappelle : « Le corps social ne peut pas s’autocréer ; la volonté collective ne peut donc pas être la source du droit. » (Oeuvres Complètes, t. I, p. 321.)
[2] Op. cit., ch. II.
[3] Ibid.
[4] Ibid., ch. IV.
[5] Ibid., ch. V.
[6] Lettres et Opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, E. Vaton, Paris, 1873.
[7] Considérations sur la France, ch. VIII.
[8] Ibid., ch. X. C’est la Volonté divine uniquement qui agit dans l’histoire, les hommes n’étant que les « outils de Dieu », et tout particulièrement les souverains qui incarnent de par la dimension sacrale de leur fonction leur relation privilégiée à la Transcendance. La monarchie est donc de droit divin où elle n'est pas. Maistre s’élève donc contre ceux qui se sont « insurgés contre la vérité » car, et ceci est l’idée majeure de la doctrine maistrienne, Dieu mène le monde vers un but de lui seul connu, il conduit, et lui seul, le destin des nations selon des voies spécifiques et particulières. De la sorte on peut dire que le peuple est gouverné secrètement par « un esprit recteur, qui l’anime comme l’âme anime le corps et qui produit la mort lorsqu’il se retire. » C’est là le sens précis de ce que l’on nomme le gouvernement temporel de la Providence, c’est-à-dire l’action directe ou indirecte de Dieu dans la marche et les affaires du monde, et parfois, à la plus grande surprise des hommes, l’apparition de la force divine de sa justice et de son châtiment dans les événements de l’Histoire.
14:15 Publié dans Philosophie politique | Lien permanent | Commentaires (46) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : révolution, histoire, satanisme, crime, rreligion, catholicisme, république, droits de l'homme |
Facebook |








































