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samedi, 27 décembre 2008

LE SERMENT ANTIMODERNISTE DE SAINT PIE X

 

OU LE VENIN SPÉCULATIF DE L'HÉRÉSIE MODERNE

FACE A LA DOCTRINE SACRÉE DE L'ÉGLISE

 

 

 

 

 

«  Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique :

s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité. (…)

Telle est la foi catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement,

il ne pourra être sauvé. »

 

(Symbole d'Athanase ou Quicumque)

 

 

 

 

 

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Saint Pie X (1835-1914)

 

 

 

 

 

Pour lutter contre les idées infectes et pernicieuses, dont en particulier le naturalisme, le libéralisme, le panthéisme et l’évolutionnisme spéculatif en matière dogmatique, saint Pie X, qui avait déjà promulgué en 1907 une lettre encyclique intitulée Pascendi Dominici Gregis qui dénonçait vigoureusement les scandaleuses erreurs modernes, jugea nécessaire d’instituer une cérémonie de prestation de serment par laquelle chaque nouveau prêtre le jour de son ordination sacerdotale, ou quiconque parmi les clercs devant accéder à une chaire d’enseignement ou à un office ecclésiastique, solennellement, devait absolument abjurer, toutes les inexactitudes doctrinales que l’esprit du siècle avait introduites peu à peu au sein de l’Eglise, et déclarer qu’il rejetait avec force le venin des opinions délétères diffusées par des consciences désorientées hostiles à la Tradition sainte et sacrée du Magistère éternel.

 

Ainsi, le 1er septembre 1910, il fut imposé à tout membre de l’Eglise le Sacrorum antistitum, également appelé « Serment Antimoderniste », qui fut en vigueur jusqu'à Paul VI qui crut nécessaire, dans l’élan destructeur et délirant du concile Vatican II qui avalisa follement toutes les thèses combattues auparavant, en 1967, de l’abroger [1].

 

 

 

 

 

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Canonisation de Saint Pie X le 29 mai 1954 :

la châsse du Saint Père et l'autel papal

 

 

 

Qu’est-ce qui, pour saint Pie X, rendait indispensable cette décision surprenante ? Tout simplement un constat absolument terrifiant et inquiétant : les ennemis de l’Eglise qui l’avaient attaquée de l’extérieur pendant des siècles se trouvaient à présent au sein même de l’institution et travaillaient à en saper les bases spirituelles diffusant des thèses extrêmement périlleuses pour le devenir de la foi, dont, en particulier, cette idée sulfureuse à propos de « l'évolution des dogmes, qui passeraient d'un sens à l'autre, différent de celui que l'Eglise a d'abord professé », ceci à la faveur des différentes périodes de l’Histoire au prétexte, hideusement subjectif et à la dérisoire vanité, d’un nécessaire approfondissement spéculatif de la foi, les modernistes acceptant, comme on le sait, et ainsi qu’il est devenu courant de le remarquer chez les partisans de cette position, l'idée d'une évolution dynamique de la doctrine de l'Église par opposition à l’ensemble des dogmes fixes, ce que repoussa avec fermeté saint Pie X dans Lamentabili sane exitu (1907), expliquant clairement que la Vérité de la Révélation ne changeait pas à la faveur des temps mais restait immuable pour tous les hommes.

En effet, le rêve, absurde au demeurant, qu’il puisse être possible de faire évoluer le dogme comme s’il s’agissait d’une théorie profane soumise aux impératifs temporels, relève d’une méprise totale et d’un aveuglement ridicule laissant croire que la spéculation théologique peut s’exercer par tout un chacun comme s’il était docteur de l’Eglise, voyant, indécence supérieure, des minuscules et fétides esprits englués dans les fanges impures du péché pénétrer sans prudence, et sans un minimum de réserve, dans des domaines qui touchent à l’intimité même de Dieu, esprits imprudents ne s’apercevant pas, dans leur grossière épaisseur, que la doctrine a été fixée, une fois pour toute lors des sept grands conciles des premiers siècles, qui arrêtèrent définitivement les grands principes intangibles de la foi afin de briser le poison de l’hérésie [2].

 

Cela justifia au XIXe siècle les déclarations du concile Vatican I qui, face aux prétentions ridicules et destructrices des penseurs modernes (Friedrich Schleiermarcher, Heinrich Eberhard Gottlob Paulus, Ferdinand Christian Baur, Ernest Renan, auxquels succédèrent Adolf von Harnack ou Alfred Loisy), fut contraint de réaffirmer :

 

- « Si quelqu'un dit, qu'il pourrait se faire que, selon le progrès de la science, on pourrait attribuer aux dogmes proposés par l'Eglise un autre sens que celui que l'Eglise lui donne et lui a donné, qu'il soit anathème. » (Vatican I, Canons sur la foi catholique : Ch. 4, Dentzinger 1818).



- « L'Esprit-Saint, en effet, n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour dévoiler, par son inspiration, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le Dépôt de la Foi. »
(Pie IX, Const. Pastor Aeternus, Vatican I, Sess. IV Ch. IV, Dz. 1836).

 

 

L’erreur de la très moderne et puérile prétention spéculative, était, finalement, d’importer le Dieu profane des philosophes et des savants au sein de la théologie divine, de transposer, de façon totalement déplacée, les maigres explications de Dieu surgies des fragiles facultés humaines au sein du discours révélé, ceci aboutissant à une minoration du mystère de la Divinité et à une surévaluation prétentieuse de l’humaine nature, attitude en rupture complète avec la position religieuse traditionnelle fondée sur la réception accueillante et consentante de la Vérité. Au fond, il y avait dans cette tentative dérisoire et velléitaire de la chair de « spéculer », une évidente volonté d’appropriation conquérante de ce qui relève, pourtant, des domaines sacrés de l’ontologie face auxquels la créature ne peut que se sentir qu’impuissante et inachevée devant l’inépuisable secret du Ciel. Le nom le plus apte à qualifier ce prétentieux souhait de spéculation était donc celui "d’impiété" car la spéculation, rationnelle, historique et textuelle, ne servait qu’à assurer les fondements  de démonstrations logiques, or une démonstration uniquement rationnelle ou logique de l’existence de Dieu, admissible et utile bien évidemment au niveau des preuves formelles immédiates comme l'exposa parfaitement saint Thomas d’Aquin [3], se dévoilait en définitive, lorsqu’elle osait toucher, en étant pervertie dans son objet, au mystère intime de Dieu en écartant le pieux respect à l'égard de l'autorité de l'Ecriture Sainte et du Magistère, une incrédulité manifeste, puisqu’elle ne se fondait plus sur l'autorité de l'Eglise et la foi, mais sur la raison déductive et l'analyse critique des textes pour asseoir ses convictions. Cette grave menace d’une pénétration de l’intérieur par les ennemis de la foi, qui oeuvraient puissamment à dévoyer le précieux dépôt doctrinal en transformant le cheminement spirituel vers Dieu en une connaissance intellectuelle abstraite et spéculative soumise aux caprices de la libre interprétation, fut positivement dénoncée par le Saint Père dans son Encyclique « Pascendi » en ces termes :

 

- « Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c'est que, les artisans d'erreurs, il n'y a pas à les chercher aujourd'hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c'est un sujet d'appréhension et d'angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l'Eglise, ennemis d'autant plus redoutables qu'ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d'un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l'Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu'ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu'à la simple et pure humanité.

Ces hommes-là peuvent s'étonner que Nous les rangions parmi les ennemis de l'Eglise. Nul ne s'en étonnera avec quelque fondement qui, mettant leurs intentions à part, dont le jugement est réservé à Dieu, voudra bien examiner leurs doctrines, et, conséquemment à celles-ci, leur manière de parler et d'agir.

Ennemis de l'Eglise, certes ils le sont, et à dire qu'elle n'en a pas de pires on ne s'écarte pas du vrai. Ce n'est pas du dehors, en effet, on l'a déjà noté, c'est du dedans qu'ils trament sa ruine; le danger est aujourd'hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l'Eglise; leurs coups sont d'autant plus sûrs qu'ils savent mieux où la frapper. Ajoutez que ce n'est point aux rameaux ou aux rejetons qu'ils ont mis la cognée, mais à la racine même, c'est-à-dire à la foi et à ses fibres les plus profondes. Puis, cette racine d'immortelle vie une fois tranchée, ils se donnent la tâche de faire circuler le virus par tout l'arbre: nulle partie de la foi catholique qui reste à l'abri de leur main, nulle qu'ils ne fassent tout pour corrompre. Et tandis qu'ils poursuivent par mille chemins leur dessein néfaste, rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique: amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d'habileté qu'ils abusent facilement les esprits mal avertis. D'ailleurs, consommés en témérité, il n'est sorte de conséquences qui les fasse reculer, ou plutôt qu'ils ne soutiennent hautement et opiniâtrement. »

[Pascendi Dominici Gregis, Rome, le 8 septembre 1907 ]

En un temps donc, où les erreurs naturalistes, évolutionnistes, panthéistes et libérales se sont plus encore amplifiées et répandues dangereusement dans toute le corps de l’Eglise jusqu’à son sommet, pouvant même nous faire douter d’une pérennité de la vraie foi, pervertissant les esprits à un point qui ne pouvait s’envisager il y a seulement quelques décennies, il nous paraît plus qu’utile de porter une nouvelle fois à la connaissance de chacun les termes mêmes du Serment « Antimoderniste », afin que l’on puisse comprendre, concrètement, ce contre quoi lutta saint Pie X, et ce que condamne, depuis toujours, la Tradition sacrée.

 

 

 

 

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Elévation de la Sainte Hostie

lors d'une messe d'ordination sacerdotale

 

 

 

 

 

SERMENT ANTIMODERNISTE

 

 

Motu proprio Sacrorum antistitum,

1er septembre 1910, promulgué par le pape Saint Pie X

 

 

 

 

Moi, N..., j'embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l'Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.

 

 

- Et d'abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison "par ce qui a été fait" Rm 1,20 , c'est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.

 

- Deuxièmement, j'admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c'est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l'origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu'ils sont tout à fait adaptés à l'intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d'aujourd'hui.

 

- Troisièmement, je crois aussi fermement que l'Eglise, gardienne et maîtresse de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu'il vivait parmi nous, et qu'elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles.

 

- Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu'à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l'invention hérétique de l'évolution des dogmes, qui passeraient d'un sens à l'autre, différent de celui que l'Eglise a d'abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l'Epouse du Christ, pour qu'elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l'effort humain et qu'un progrès indéfini perfectionnerait à l'avenir.

 

- Cinquièmement, je tiens très certainement et professe sincèrement que la foi n'est pas un sentiment religieux aveugle qui émerge des ténèbres du subconscient sous la pression du cœur et l'inclination de la volonté moralement informée, mais qu'elle est un véritable assentiment de l'intelligence à la vérité reçue du dehors, de l'écoute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l'autorité de Dieu souverainement véridique, ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur.

 

Je me soumets aussi, avec la révérence voulue, et j'adhère de tout mon cœur à toutes les condamnations, déclarations, prescriptions, qui se trouvent dans l'encyclique Pascendi (3475-3500) et dans le décret Lamentabili 3401- 3466, notamment sur ce qu'on appelle l'histoire des dogmes.

 

De même, je réprouve l'erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l'Eglise peut être en contradiction avec l'histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd'hui, ne peuvent être mis d'accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

 

Je condamne et rejette aussi l'opinion de ceux qui disent que le chrétien savant revêt une double personnalité, celle du croyant et celle de l'historien, comme s'il était permis à l'historien de tenir ce qui contredit la foi du croyant, ou de poser des prémices d'où il suivra que les dogmes sont faux ou douteux, pourvu que ces dogmes ne soient pas niés directement.

 

 

Je réprouve également la manière de juger et d'interpréter l'Ecriture sainte qui, dédaignant la tradition de l'Eglise, l'analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s'attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité.

 

Je rejette en outre l'opinion de ceux qui tiennent que le professeur des disciplines historico-théologiques ou l'auteur écrivant sur ces questions doivent d'abord mettre de côté toute opinion préconçue, à propos, soit de l'origine surnaturelle de la tradition catholique, soit de l'aide promise par Dieu pour la conservation éternelle de chacune des vérités révélées ; ensuite, que les écrits de chacun des Pères sont à interpréter uniquement par les principes scientifiques, indépendamment de toute autorité sacrée, avec la liberté critique en usage dans l'étude de n'importe quel document profane.

 

Enfin, d'une manière générale, je professe n'avoir absolument rien de commun avec l'erreur des modernistes qui tiennent qu'il n'y a rien de divin dans la tradition sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens panthéiste, si bien qu'il ne reste plus qu'un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l'histoire : les hommes par leurs efforts, leur habileté, leur génie continuant, à travers les âges, l'enseignement inauguré par le Christ et ses apôtres.

 

Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu'à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours "dans la succession de l'épiscopat depuis les apôtres", non pas pour qu'on tienne ce qu'il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que "jamais on ne croie autre chose, ni qu'on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

 

Toutes ces choses, je promets de les observer fidèlement, entièrement et sincèrement, et de les garder inviolablement, sans jamais m'en écarter ni en enseignant ni de quelque manière que ce soit dans ma parole et dans mes écrits. J'en fais le serment ; je le jure. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles.

 

 

 

 

Ordination II.PNG

 

La grande prosternation lors d'une messe d'ordination

 

 

 

 

 

Notes.

 

 

[1] Il faut se souvenir que la riposte des modernistes ne tarda point. En effet, après le dé­cès de saint Pie X on s’ingénia à répandre la rumeur selon laquelle les dispositions contre le modernisme n’avaient pas de valeur obligeante parce qu’elles n’auraient pas été insérées dans le code de droit canon qui avait été promulgué en 1917 par Benoît XV. Toutefois, le nouveau pape déjoua la manœuvre malveillante des modernistes, en publiant une mise au point qu’il est bon de rappeler : « Les prescriptions susdites [de Pascendi et de Sacro­mm antistitllm], ayant été données à cause des serpents contenus dans les erreurs modernistes, sont, de par leur nature, temporaires et transitoires, et n’ont pas pu, pour cette raison, être intégrées dans le code de droit canonique. D’autre part cependant, tant que le virus du modernisme n’aura pas totalement cessé d’exister, elles devront gar­der leur pleine force [de loi], jusqu’à ce que le Siège apostolique en décide autrement » (décret du Saint Office sur les conseils de vigi­lance et le serment antimoderniste, approuvé et confirmé par le pape Benoît XV « en vertu de son autorité suprême », donné à Rome le 22 mars 1918, in: Acta Apostolicae Sedis, Rome 1918, p. 136).

 

[2] Il n’est pas anodin de voir Yves Congar (1904-1995), un des théologiens les plus influents lors de Vatican II auquel il assista en tant qu’expert, puis élevé au cardinalat par Jean-Paul II, avouer dans son Journal : « Nous sommes tombés d’accord aussi sur ce point que l’une des tâches de notre génération était de faire aboutir les requêtes valables du modernisme. Ici, il faut bien comprendre. Il y a deux choses dans le modernisme ; toutes deux ont été gauchies et gâchées par lui, mais toutes deux, aussi, recouvrent de vrais problèmes. Il y a la tentative d’appliquer au donné chrétien, qui se présente comme un donné historique, les méthodes critiques. […] Et il y a eu une philosophie religieuse comportant toute une interprétation de l’acte de foi, de l’insertion du croyant dans l’Église (Tyrrell, etc.). De cette philosophie, je me suis formulé, avec le temps, la requête de fond valable. C’est ce que j’appelle « le point de vue du sujet », dont je vois bien la liaison avec une ecclésiologie de la « Gemeinschaft » et avec une foule d’autres points. […] Mais, dans la nécessaire réaction contre le modernisme, le valable a été balayé comme le dévoyé. On a fait triompher des points de vue étriqués d’une « théologie » ( ?) à la fois non critique et toute faite, mécanique, vidée de la sève des sources et du contenu de la contemplation de foi. […]Il s’agissait donc de restituer à la théologie sa dimension historique et sa dimension de connaissance religieuse vivante. Avant même de le connaître, je pressentais qu’un homme avait attaqué déjà ces problèmes : Möhler. » (Cf. Journal d’un théologien (1946-1956) du P. Yves Congar, pp. 59-60.)

 

[3] L’homme cherche ici-bas, par ses petites industries à s’accaparer ce qui par essence lui échappe ; ses déclarations au sujet de son désir d’aborder de façon spéculaire les questions religieuses visent en fait, très souvent, non pas à s’orienter vers le Ciel par des moyens sacramentaires et surnaturels, mais à la réalisation effective de ses aspirations démiurgiques mobilisées par une soif puérile de connaissance et à une basse envie, très vulgaire, de pouvoir. C’est pourquoi Pascal affirmera que la religion authentique, lorsque la démonstration de Dieu en mode logique a été faite, ne relève plus de la spéculation rationnelle, mais se comprend uniquement avec le cœur : « Le cœur a son ordre, l’esprit a le sien qui est par principes et démonstration. Le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu’on doive être aimé en exposant l’ordre les causes de l’amour ; cela serait ridicule. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison. » Ainsi, saint Thomas d'Aquin, dont on fait grand cas et à juste titre du point de vue de la théologie naturelle, meurt en 1274, alors qu'il était en route pour le concile œcuménique de Lyon, auquel le pape l'avait convoqué comme expert. Mais n’oublions pas que le 6 décembre 1273, un mois avant sa naissance au Ciel, il entendit Jésus-Christ lui adresser, du fond du Tabernacle en célébrant la messe. cette parole célèbre : « Tu as bien écrit de Moi, Thomas. Quelle récompense désires-tu recevoir ? ». Et le saint, pénétré d'amour, s'écria : « Point d'autre que Vous, Seigneur ! ». Après cette extase, saint Thomas, qui s’était toujours laissé guider par l’Esprit Saint, cessa d'écrire et de dicter. À son secrétaire qui s'en inquiétait il répondit : « Je ne peux plus. Tout ce que j'ai écris me paraît comme de la paille en comparaison de ce que j'ai vu » ; il avait même prévu, après cette vision, de brûler toutes ses œuvres ! Devant les moines du monastère cistercien de Fossa Nova qui étaient autour de lui sur son lit de mort, il commentait le Cantique des Cantiques, et en recevant sa dernière Eucharistie, il dit : « Je vous reçois, ô salut de mon âme. C'est par amour de vous que j'ai étudié, veillé des nuits entières et que je me suis épuisé ; c'est vous que j'ai prêché et enseigné. Jamais je n'ai dit un mot contre Vous. Je ne m'attache pas non plus obstinément à mon propre sens ; mais si jamais je me suis mal exprimé sur ce sacrement, je me soumets au jugement de la Sainte Eglise Romaine dans l'obéissance de laquelle je meurs. » [Procès de canonisation, § 79, p. 376-377 et Guillaume de Tocco, Ystoria sancti Thome, chap.47 ].

 

 

 

16:28 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : religion, théologie, culture, philosophie, grâce, péché |  Imprimer | | | | | Pin it!