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jeudi, 23 avril 2009

L’essence satanique de la Révolution française

 ou les fondements nihilistes de la modernité

 

 

 

 

 

 

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« Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique

qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. »

(Joseph de Maistre)

 

 

 

 

carmelites_compiegne_a.jpgLa Révolution qui est survenue en France à la fin du XVIIIe siècle, faisant qu'il y a bien, malgré l'aveuglement de nos contemporains et les illusions de certains sots, un avant et un après 1789, le passage, par l'effet d'une fracture violente et radicale, entre un monde fondé sur des valeurs sacrées, et un autre livré et dominé par les puissances de l'enfer auxquelles nous sommes à présent soumis et asservis, est une révolte contre l’ordre naturel et surnaturel établi par Dieu. 

 

La Révolution, il est bon de le rappeler en ce jour de la saint Georges qui célèbre la lutte des forces spirituelles contre celles, infectes et ténèbreuses, du  dragon, est satanique dans son principe, nihiliste dans son essence, terrifiante dans ses conséquences !

 

Foncièrement antichrétienne et antireligieuse, elle s’est attaquée avec une sorte de fureur irrationnelle à l'Église, tuant son clergé, combattant sa hiérarchie, ses institutions, ses dogmes, et, pour mieux la renverser, elle a voulu arracher et détruire, par une politique systématique qui poussa la folie jusqu'à établir un nouveau calendrier afin d'effacer des mémoires le temps grégorien, définitivement les fondements mêmes du christianisme.

 

Pourtant, les acteurs qui animèrent la Révolution semblent être de simples marionnettes sans réelle influence sur le cours des choses, des pantins suspendus à des fils actionnés par des mains inconnues ; à cet égard Joseph de Maistre écrit : « La Révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent. (...) Plus on examine les personnages en apparence les plus actifs de la Révolution, et plus on trouve en eux quelque chose de passif et de mécanique. On ne saurait trop le répéter, ce ne sont point les hommes qui mènent la Révolution, c’est la Révolution qui emploie les hommes. On dit fort bien quand on dit qu’elle va toute seule. Cette phrase signifie que jamais la Divinité ne s’était montrée d’une manière si claire dans aucun événement humain. » [1]

 

De la sorte, dirigée par des fantômes, la Révolution n’en fut que plus dangereuse, plus menaçante, car non dépendante de la décision ou du charisme d’un homme. Ne reposant pas sur la volonté de ceux qui en servent la cause, la Révolution posséda de ce fait une capacité de nuisance non maîtrisable, un devenir et une logique échappant à toutes les règles habituelles qui, jusqu’alors, régissaient l’Histoire.

 

 

Un ordre étranger de nature démoniaque

 

maistrecolour.jpgCependant cela n’exonère d’aucune responsabilité les êtres qui se sont livrés à la pire des profanations en sacrifiant l’innocente victime royale.

 

Comme le souligne Joseph de Maistre : « Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre, c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté, nul n’ayant des suites plus terriblesSi la souveraineté réside sur une tête, et que cette tête tombe victime de l’attentat, le crime augmente d’atrocité. Mais si ce Souverain n’a mérité son sort par aucun crime ; si ses vertus même ont armé contre lui la main des coupables, le crime n’a plus de nom. » [2]

 

L’incroyable passivité générale, la quasi indifférence dans laquelle Louis XVI fut exécuté fait de ce régicide un crime collectif : « jamais un plus grand crime n’appartint à un plus grand nombre de coupables », en conséquence : « Chaque goutte du sang Louis XVI en coûtera des torrents à la France... » [3]

 

 

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« Un des plus grands crimes qu’on puisse commettre,

 c’est sans doute l’attentat contre la souveraineté,

 nul n’ayant des suites plus terribles. »

 

« Chaque goutte du sang Louis XVI en coûtera des torrents à la France... »

 

 

 

 

 

Ainsi, on peut affirmer qu’un effroyable vertige criminel s’est emparé de la France révolutionnaire, est que ce mystère ne peut trouver son explication que dans un ordre d’une nature étrangère à l’intelligence humaine.

 

Pire encore, cet ordre étranger de nature démoniaque, échappe non seulement au domaine de la loi de la raison naturelle, mais aussi au règne substantiel de la vérité ontologique qui féconde et donne la vie. C’est pourquoi soutiendra Maistre : « Le mal n’a rien de commun avec l’existence ; il ne peut créer, puisque sa force est purement négative : le mal est le schisme de l’être ; il n’est pas vrai. Or ce qui distingue la Révolution française, et ce qui en fait un événement unique dans l’histoire, c’est qu’elle est mauvaise radicalement ; aucun élément de bien n’y soulage l’oeil de l’observateur : c’est le plus haut degré de corruption connu ; c’est la pure impureté. » [4]

 

 

Une « pure impureté », le jugement est implacable, mais il est certes à la hauteur de l’œuvre de forfaiture commise à l’encontre d’une institution sacrée, de l’attentat contre un monde qui avait sans doute ses imperfections, mais qui avait su protéger au fil des siècles par ses vénérables institutions les plus hautes vertus dont l’esprit est capable, respectant la bienfaisante hiérarchie des valeurs et plaçant la religion au centre de toutes les activités des hommes sur cette terre. Auparavant, comme nous le savons, les anciens levaient les yeux vers le Ciel, scrutant l’immensité en y cherchant la rassurante présence de Dieu. Le renversement du regard, la désorientation du cœur et de l’âme, le rejet de Dieu pour faire de l’homme, en l’exaltant inconsidérément, la nouvelle idole d’un culte sanguinaire, telle est l’entreprise sacrilège de la Révolution.  

 

Ceci explique pourquoi : « Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. (...) Le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l’apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l’inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tachaient de surpasser Paris ; tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde. » [5]

 

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« ...tout cela sort du cercle ordinaire des crimes,

et semble appartenir à un autre monde. »

 

 

La contre-révolution et son principe

 

Joseph de Maistre comprendra donc très bien que la Révolution ne peut être authentiquement combattue que par la mise en œuvre d’un principe inverse, d’une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire.

 

Si la Révolution est de nature satanique, écrit Maistre à l’évêque de Raguse en 1815, « elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier (c’est tout ce que l’homme peut faire) ; ensuite il agira tout seul. » [6]

 

 

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« La contre-révolution sera

pour le catholicisme et contre la démocratie ! »

 

 

 

Au fond la méthode du redressement salvateur est simple pour Maistre, il s’agit en effet de « délier le principe contraire », pour ainsi dire de le libérer, de lui rendre sa capacité d’action et d’intervention au sein de la réalité collective, de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social. Le résultat de ce redressement « contre-révolutionnaire », Maistre l’expose sans détour avec une surprenante clarté  : « Cette immense et terrible Révolution fut commencée, avec fureur qui n’a pas d’exemple contre le catholicisme et pour la démocratie ! Le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. » [7]

 

De ce fait, voici la définition la plus précise, la plus juste, la plus exacte de ce qu’est l’essence profonde de la contre-révolution, de sa perspective et son objet propre : « Le rétablissement de la monarchie qu’on appelle "contre-révolution", ne sera point une "révolution contraire", mais le "contraire de la révolution". » [8]

 

Enfin, comment ne pas citer en forme de synthèse de la conception politique maistrienne les dernières lignes du chapitre V des Considérations sur la France, lignes où Maistre prédit un possible rétablissement du christianisme et de la royauté, après leur triomphe sur les épreuves infligées par l’histoire :

 

« Français! faites place au Roi très-chrétien ; portez-le vous même sur son trône antique ; relevez son oriflamme, et que son or, voyageant d’un pôle à l’autre, porte de toute part la devise triomphale :

 

CHRISTUS REGNAT, VINCIT, IMPERAT ! »

 

 

 

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"Le Christ Commande, il Règne, il est Vainqueur !"

 

 

 

 

Notes.

 

 

[1] J. de Maistre, Considérations sur la France, ch. I. (1795). La politique expérimentale maistrienne n’a pas pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels. « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, "j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir." (Soirées..., X, Œuvres Complètes, t. V p. 188). Elle est donc avant tout révélation de l’insondabilité du divin, préludant moins à la science qu’à l’étonnement métaphysique. » (J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.) S'inscrivant intégralement dans cet étonnement métaphysique la politique de Maistre est, de ce fait, et selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’histoire. Cela signifie que la source du droit c’est Dieu, et en aucun cas la « volonté populaire », il ne peut y avoir de légitimité issue du peuple où d’une décision collective ou individuelle puisque la source de toute légitimité vient d’en haut ; le pouvoir ne reçoit son mandat que du Ciel. Récusant le principe qui se trouve logé à la base de la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », Maistre rappelle : « Le corps social ne peut pas s’autocréer ; la volonté collective ne peut donc pas être la source du droit. » (Oeuvres Complètes, t. I, p. 321.)

 

[2] Op. cit., ch. II.

 

[3] Ibid.

 

[4] Ibid., ch. IV.

 

[5] Ibid., ch. V.

 

[6] Lettres et Opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, E. Vaton, Paris, 1873.

 

[7] Considérations sur la France, ch. VIII.

 

[8] Ibid., ch. X. C’est la Volonté divine uniquement qui agit dans l’histoire, les hommes n’étant que les « outils de Dieu », et tout particulièrement les souverains qui incarnent de par la dimension sacrale de leur fonction leur relation privilégiée à la Transcendance. La monarchie est donc de droit divin où elle n'est pas.   Maistre s’élève donc contre ceux qui se sont « insurgés contre la vérité » car, et ceci est l’idée majeure de la doctrine maistrienne, Dieu mène le monde vers un but de lui seul connu, il conduit, et lui seul, le destin des nations selon des voies spécifiques et particulières. De la sorte on peut dire que le peuple est gouverné secrètement par « un esprit recteur, qui l’anime comme l’âme anime le corps et qui produit la mort lorsqu’il se retire. » C’est là le sens précis de ce que l’on nomme le gouvernement temporel de la Providence, c’est-à-dire l’action directe ou indirecte de Dieu dans la marche et les affaires du monde, et parfois, à la plus grande surprise des hommes, l’apparition de la  force divine de sa justice et de son châtiment dans les événements de l’Histoire.