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lundi, 24 novembre 2008

« Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » de Bourdaloue

Pensées présentées

par

Radek

 

 

 

 

 

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Louis Bourdaloue en prière

 

" Aimons la vérité qui nous reprend, et défions-nous de celle qui nous flatte."

 

 

 

 

 

 

180px-Louis_Bourdaloue_by_Jean_Jouvenet[1].jpgZak, lors d’un récent message à l’intérieur des commentaires de sa note fondamentale portant sur la « Métaphysique de la virtualité », compara mes très rigoureux avertissements et les sévères et dures admonestations que j'ai cru bon d'exprimer et que je réitère d'ailleurs entièrement sans en changer la moindre  virgule, à des prêches de Louis Bourdaloue (1632-1704). Il rajouta même qu’il serait sans doute intéressant, à l’occasion, de porter à la connaissance de chacun un sermon portant sur l’humilité volontaire. Judicieuse idée à vrai dire. Il m’a donc semblé intéressant, acceptant volontiers cette pertinente invitation, de prendre l’initiative de mettre en ligne sur " La Question ", blog spirituel s’il en est, un texte bien oublié, mais pourtant célèbre, du dit Bourdaloue, non pas un prône à vrai dire, mais des extraits de ses « Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » qui, je l’espère, s’avéreront utile à l’édification générale.

 

Rappelons que Bourdaloue, fut peut-être l’un des plus brillants prédicateurs du XVIIe siècle, possédant un art oratoire supérieur qui lui donnait, les yeux imperturbablement clos dit-on, de quasiment déclamer en chaire ses sermons avec une extraordinaire présence quasi théâtrale. Mais son rôle de s’arrête pas à la prédication. En effet, les idées de Bourdaloue possèdent une place significative dans l’histoire de la spiritualité française. Plus que quiconque il fit porter l’attention du parcours chrétien sur l’importance de la réflexion intérieure, le retour sur soi, l’examen de conscience, le discernement et la lucidité à l’égard de nos passions troublées et vices cachés. Jean-Pierre Landry, professeur à l’université de Lyon III soutient : « On peut d’ailleurs penser que sa prédication est un des meilleurs exemples de la pastorale de la peur au XVIIe siècle. Il prêche en effet un Dieu juste mais sévère, qui châtie durement le pécheur. Le devoir essentiel du chrétien est donc [selon-lui] de fuir l’impureté et d’être moralement impeccable. » Ceci explique pourquoi, comparable en cela au moraliste de Port-Royal Pierre Nicole (1625-1695), dès 1668, il s’opposera au « quiétisme » dans son sermon sur la prière.

Ainsi, bien que membre de la Compagnie de Jésus, on considère que Bourdaloue, le fondateur de l'éloquence chrétienne en France, fut « le plus Janséniste des Jésuites ». Raison de plus pour lui accorder une place de choix dans les pages de "La Question".

 

 

 

 

‘‘ Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité ’’

 

 

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‘‘Notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents’’

 

 

 

 

Nous aimons tant l'humilité dans les autres : quand travaillerons-nous à la former dans nous-mêmes? Partout où nous l'apercevons hors de nous, elle nous plaît, elle nous charme. Elle nous plaît dans un grand, qui ne s'enfle point de sa grandeur. Elle nous plaît dans un intérieur, qui reconnaît sa sujétion et sa dépendance. Elle nous plaît dans un égal ; et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux, si c'est néanmoins un homme humble que cet égal, et que la Providence vienne à l'élever, nous lui rendons justice, et ne pensons point à lui envier son élévation.

Or puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui, pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Mais voici le mystère que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait l'humilité dans les autres? elle les porte à s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous? elle nous porterait à nous abaisser au-dessous des autres, et voilà ce que nous n'aimons pas.

 

On s'est échappé dans une rencontre, on a parlé, agi mal à propos. C'est une faute ; et si d'abord on la reconnaissait, si l'on en convenait de bonne foi et qu'on témoignât de la peine, la chose en demeurerait là. Mais parce qu'on veut se justifier et se disculper, parce qu'on ne veut pas subir une légère confusion, combien s'en attire-t-on d'autres? Vous contestez, et les gens s'élèvent contre vous ; ils vous traitent d'esprit opiniâtre ; et, piqués de votre obstination, ils prennent à tâche de vous mortifier, de vous rabaisser, de vous humilier. Avec un peu d'humilité, qu'on s'épargnerait d'humiliations !

Il s'est élevé bien des savants dans le monde, et il s'en forme tous les jours. Quelles découvertes n'ont-ils pas faites et ne font-ils pas encore? Depuis l'hysope jusqu'au cèdre, et depuis la terre jusqu'au ciel, est-il rien de si secret, soit dans l'art, soit dans la nature, où l'on n'ait pénétré ? Hélas! on n'ignore rien, ce semble, et l'on possède toutes les sciences hors la science de soi-même. Selon l'ancien proverbe, cité par Jésus-Christ même, on disait et l'on dit encore : Médecin, guérissez-vous vous-même (Luc, IV, 23); ainsi je puis dire : Savants, si curieux de connaître tout ce qui est hors de vous, hé ! quand apprendrez-vous à vous connaître vous-mêmes?

Il est vrai, vous ne parlez de vous que dans les termes les plus modestes et les plus humbles. Vous rejetez tous les éloges qu'on vous donne ; vous rabaissez toutes les bonnes qualités qu'on vous attribue ; vous paraissez confus de tous les honneurs qu'on vous rend ; enfin , vous ne témoignez pour vous-même que du mépris. Tout cela est édifiant.

Mais du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer, ou par une parole, ou par un geste, ou par une œillade, vous voilà tout à coup déconcerté : votre cœur se soulève , le feu vous monte au visage, vous vous mettez en défense, et vous répondez avec aigreur. Que d'humilité et d'orgueil tout ensemble! Mais tout opposés que semble être l'un et l'autre, il n'est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement et à témoigner du mépris pour soi-même, il n'y a qu'une humiliation apparente, et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la part d'autrui, c'est là que l'humiliation est véritable, et par là même qu'elle devient insupportable.

 

Humilions-nous, mais sincèrement, mais profondément, et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents , mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellents ministères, mieux que tous les miracles que Dieu pourrait opérer par nous : comment cela? parce que notre humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talents, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentiments dune vraie et solide humilité.

 

[…]

 

Vous vous plaignez de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons naturels qui brillent dans les autres, et qui les distinguent; mais surtout vous ajoutez que ce qui vous afflige, c'est de ne pouvoir pas, faute de talent, glorifier Dieu comme les autres le glorifient : illusion. Car si vous examinez bien le fond de votre cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige, ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres, mais de ne pouvoir pas, en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-même. Que notre orgueil est subtil, et qu'il a de détours pour nous surprendre! jusque dans la gloire de Dieu, il nous fait désirer et chercher notre propre gloire.

 

[…]

 

Un père a eu raison de dire que le souvenir de nos péchés nous est infiniment plus utile que le souvenir de nos bonnes œuvres.

Pour entendre la pensée de ce saint docteur, il faut distinguer deux choses :

 

- nos actions, et

- le souvenir de nos actions.

 

Or il n'en est pas de l'un comme de l'autre, et ils ont des effets tout opposés. Nos bonnes actions nous sanctifient, mais le souvenir de nos bonnes actions nous corrompt, parce qu'il nous enorgueillit : au contraire, nos mauvaises actions nous corrompent, mais le souvenir de nos mauvaises actions sert à nous sanctifier, parce qu'il sert à nous humilier. De là, double conséquence. Pratiquons la vertu ; et dès que nous l'avons pratiquée, que l'humilité nous mette un voile sur les yeux pour ne plus voir le bien que nous avons fait. Et. par une règle toute différente, fuyons le péché; mais quand nous avons eu le malheur d'y tomber, que l'humilité nous tire le voile de dessus les yeux, pour voir toujours le mal que nous avons commis. Ainsi nous serons vertueux sans danger, et ce ne sera pas même sans fruit que nous aurons été pécheurs.

 

 

‘‘Le monde au-dessus de nous,

le monde au dessous de nous, le monde autour de nous’’

 

Il y a un monde au-dessus de nous, un monde au-dessous de nous, et un monde autour de nous. Un monde au-dessus de nous, ce sont les grands ; un monde au-dessous de nous, ce sont ceux que la naissance ou que le besoin a réduits dans une condition inférieure à la nôtre ; un monde autour de nous, ce sont nos égaux. Selon ces divers degrés, nous prenons divers sentiments. Ce monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité, et de la vanité la plus puérile. Ce monde qui est au-dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Et ce monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. Il faut expliquer ceci, et reprendre par ordre chaque proposition.

 

- Le monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité. Je ne dis pas qu'il devient le sujet de notre ambition : cela est plus rare. Car il n'est pas ordinaire qu'un homme d'une condition commune, quoique honnête d'ailleurs, se mette dans l'esprit de parvenir à certains états d'élévation et de grandeur. Mais du reste, il tombe dans une faiblesse pitoyable : c'est de vouloir au moins s'approcher des grands, de vouloir être connu des grands et les connaître, de n'avoir de commerce qu'avec les grands, de ne visiter que les grands, de s'ingérer dans toutes les affaires et toutes les intrigues des grands, de s'en faire un mérite et un point d'honneur. Ecoutez-le parler, vous ne lui entendiez jamais citer que de grands noms, que des personnes de la première distinction et du plus haut rang, chez qui il est bien reçu, avec qui il a de fréquents entretiens, qui l'honorent de leur confiance, et par qui il est instruit à fond de tout ce qui se passe. Fausse gloire et vraie petitesse, où, voulant s'élever au-dessus de soi-même, l'on se rabaisse dans l'estime de tous les esprits droits et de bon sens!

 

- Le monde qui st au dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Dès qu'on a quelque supériorité sur les autres, on veut la leur faire sentir. On les traite avec hauteur, on leur parle avec empire, on ne s'explique en leur présence qu'en des termes et qu'avec des airs d'autorité ; on les tient dans une soumission dure et dans une dépendance toute servile, comme si l'on voulait en quelque manière se dédommager sur eux de tous les dédains qu'on a soi-même à essuyer de la part des maîtres de qui l'on dépend. Car voilà ce que l'expérience tous les jours nous fait voir : des gens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête, mais absolus et fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination.

 

- Le monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. On ne se mesure ni avec les grands ni avec les petits, parce qu'il y a trop de disproportion entre eux et nous; mais on se mesure avec des égaux : et comme il n'est pas possible que l'égalité demeure toujours entière, et que l'un de temps en temps n'ait l'avantage sur l'autre, de là naissent mille envies qui rongent le cœur, qui même éclatent au dehors, et se tournent en querelles et en inimitiés. Car c'est assez qu'un homme l'emporte sur nous, ou, sans qu'il l'emporte, c'est assez qu'il concoure en quelque chose avec nous, pour nous indisposer et nous aigrir contre lui ; et n'est-ce pas là ce qui cause entre les personnes de même profession, et jusque dans les états les plus saints, tant de partis et tant de divisions? Etrange injustice où nous porte notre orgueil ! Ayons l’Esprit de Dieu, et suivons-le. Conduits par cet esprit de sagesse, d'équité, de charité, d'humilité, nous rendrons au monde que la Providence a placé au-dessus de nous tout ce qui lui est dû, mais sans nous en faire esclaves, et sans nous prévaloir, par une vaine ostentation, de l'accès que nous aurons auprès de lui.

 

[…]

‘‘Mon élévation a été mon humiliation’’

 

 

La ressource de l'orgueilleux , lorsque l'évidence des choses le convainc malgré lui de son incapacité et de son insuffisance , est de se persuader qu'elle lui est commune avec les autres. Ce qu'il n'est pas capable de bien faire, il ne peut croire qu'il y ait quelqu'un qui le fasse bien, un mauvais orateur ne convient qu'avec des peines extrêmes qu'il y en ait de bons. Il reconnaîtra aisément qu'il y en a eu autrefois, parce qu'il n'entre avec ceux d'autrefois en nulle concurrence. Il les exaltera même comme des modèles inimitables ; il les regrettera, il demandera où ils sont, s'épanchera là-dessus dans les termes les plus pompeux et les plus magnifiques : mais pourquoi? est-ce qu'il s'intéresse beaucoup à la gloire de ces morts? non certes : mais, pour une maligne consolation de son orgueil, il voudrait, en relevant le mérite des morts, obscurcir le mérite des vivants et le rabaisser.

S'humilier dans l'humiliation , c'est l'ordre naturel et chrétien ; mais dans l'humiliation même s'élever et s'enfler, c'est, ce me semble, le dernier désordre où peut se porter l'orgueil. Voilà ce qui arrive tous les jours. Des gens sont humiliés : on ne pense point à eux, on ne parle point d'eux, on ne les emploie point, on ne les pousse à rien. En sont-ils moins orgueilleux , et est-ce à eux-mêmes qu'ils s'en prennent des mauvais succès qui leur ont fait perdre tout crédit, ou à la cour, ou ailleurs? Bien loin de cela , c'est alors que leur cœur se grossit davantage, et qu'ils deviennent plus présomptueux que jamais. S'ils demeurent en arrière, ce n'est, à ce qu'ils prétendent, que par l'injustice de la cour, que par l'ignorance du public. A les en croire , et par la seule raison qu'on ne les avance pas , tout est renversé dans le monde. Il n'y a plus ni récompense de la vertu , ni distinction des personnes, ni discernement du mérite. Que l'orgueil est une maladie difficile à guérir! l'élévation le nourrit, et l'humiliation , qui devrait l'abattre , ne sert souvent qu'à le réveiller et à l'exciter.

Notre vanité nous séduit, et nous fait perdre l'estime du monde dans les choses mêmes où noirs la cherchons, et par les moyens que nous y employons. Une femme naturellement vaine s'ingère, dans les conversations, à parler de tout, à raisonner sur tout. Elle juge , elle prononce, elle décide, parce qu'elle se croit femme spirituelle et intelligente ; mais elle aurait beaucoup plus de raison et plus d'esprit, si elle s'en croyait moins pourvue ; et voulant trop faire voir qu'elle en a, c'est justement parla même qu'elle en fait moins paraître.

On loue beaucoup les grands; car ils aiment à être loués et applaudis. Mais, à bien considérer les louanges qu'on leur donne, on trouvera que la plupart des choses dont on les loue, et qui semblent en effet louables selon le monde , sont dans le fond et selon le christianisme, selon même la seule raison naturelle, plutôt des vices que des vertus.

 

Tel aurait été un grand homme, si on ne l'avait jamais loué ; mais la louange l'a perdu. Elle l'a rendu vain, et sa vanité l'a fait tomber dans des faiblesses pitoyables, et en mille simplicités qui inspirent pour lui du mépris. Je dis en mille simplicités ; car quelque fonds de mérite qu'on ait d'ailleurs, il n'y a point ni dans les discours, ni dans les manières d'agir, d'homme plus simple qu'un homme vain. On lui fera accroire toutes choses , dès qu'elles seront à sa louange. Est-il chagrin et de mauvaise humeur: louez-le, et bientôt vous lui verrez reprendre toute sa gaieté. Les gens le remarquent , le font remarquer aux autres, et s'en divertissent. C'est ainsi que , sans le vouloir ni l'apercevoir, il vérifie dans sa personne cette parole de l'Evangile, que celui qui s élève sera abaissé et humilié. Comme donc l'ambition, selon le mot de saint Bernard, est la croix de l'ambitieux, je puis ajouter que souvent l'orgueil devient l'humiliation de l'orgueilleux.

Cet homme est toujours content de lui ; et, n'eût-il eu aucun succès, il se persuade toujours avoir réussi le mieux du monde. Contentez-vous de savoir ce qui en est, et d'en croire ce que vous devez ; mais du reste, pourquoi cherchez-vous à le détromper de son erreur, puisqu'elle le satisfait, et qu'elle ne nuit à personne? Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois des raisons qui peuvent vous engager à lui ouvrir les yeux, et à lui faire connaître l'illusion où il est ; mais avouez-le de bonne foi, c'est une malignité secrète, c'est une espèce d'envie qui vous porte à l'humilier, et à lui faire perdre cette idée dont il s'est laissé prévenir en sa faveur. Car mille gens sont ainsi faits : non seulement ils sont jaloux de la réputation solide et vraie qu'on a dans le monde , mais de plus, par une délicatesse infinie de leur orgueil, ils sont en quelque manière jaloux de la bonne opinion, quoique mal fondée, qu'un homme a de lui-même.

 

Qu'il me soit permis de faire une comparaison. Il y a des mérites, et en très grand nombre, qui ne devraient se produire à la lumière qu'avec des précautions dont on use à l'égard de certaines étoffes pour les débiter. On ne les montre que dans un demi-jour, parce que le grand jour y ferait paraître des défauts qui en rabaisseraient le prix. Combien de gens peuvent s'appliquer la parole du Prophète : Mon élévation a été mon humiliation ?

C'est-à-dire qu'ils semblent ne s'être élevés que pour se rendre méprisables, que pour laisser apercevoir leur faible, que pour perdu toute la bonne opinion qu'on avait conçue d'eux. Tant qu'ils se sont tenus à peu près dans le rang où la Providence les avait fait naître, ils réussissaient, on les honorait, on parlait d'eux avec éloge; mais, par une manie que l'orgueil ne manque point d'inspirer, ils ont voulu prendre l'essor, et porter plus haut leur vol : c'est là qu'on a commencé à les mieux connaître, et qu'en les connaissant mieux, on a appris à les estimer moins. En un mot. ils étaient auparavant dans leur place, et ils y faisaient bien ; mais ils n'y sont plus, et tout ce qui n'est pas dans sa place blesse la vue.

 

 

 

 

 

 

 

17:50 Publié dans Des livres | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : littérature, foi, religion, église, christ |  Imprimer | | | | | Pin it!