jeudi, 18 juin 2009

Antispécisme : le visage monstrueux de la cause animale !

 

ou les aspects cachés d'une théorie scandaleuse

 

 

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« Dieu a confié les animaux à la gérance

de celui qu’Il a créé à son image.

Il est donc légitime

de se servir des animaux pour la nourriture,

on peut les domestiquer

pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et ses loisirs. »

 

 

 

 

L’antispécisme, théorie édifiée par Peter Singer relayée en France par les Cahiers antispécistes, est une monstruosité philosophique et une abjection conceptuelle absolument infecte, à l’origine de la plupart des slogans des militants anti-corridas, même si la plupart des naïfs qui sont enrôlés dans les associations de lutte contre la tauromachie l’ignorent, slogans qui sont caractéristiques de cette mouvance : « Refusons la torture ! »- « Non à la souffrance gratuite ! » « Assez de barbarie ! » , etc. L’antispécisme, théorie ouvertement matérialiste, considère en effet à la base que la notion « d'être humain », du moins telle que nous la concevons en conférant une dignité particulière à la personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26), est une abstraction absurde d'origine religieuse, le reliquat d’une superstition biblique obsolète et dépassée.

 

 

A l’aide d’une mise en scène au goût douteux, on pouvait lire récemment sur une affichette antispéciste : « Humain ou animal quelle différence ? c’est la même souffrance. » Or, la différence est considérable de l’homme à l’animal. Ne pas le reconnaître présente un immense danger qu’il ne faut surtout pas mésestimer. C’est ce qu’explique très bien Camille Loty Malebranche, dans un article intitulé « De la zoocratie idéologique contemporaine... » : « (…) La déhiérarchisation des espèces humaine et animalières comporte un risque sérieux d’animalisation de l’homme. Une dénaturation amenuisante de l’humain. De la réclame pour nourriture santé et minceur à l’adresse des chiens et des chats à la sexualité humano-animale exponentielle sur le web, nous en sommes arrivés à une inversion du spécisme ancien jugé essentialiste et discriminatoire notamment par Peter Singer, nous sommes dans la pire crise du sens qui soit, la désignification ontologique devenue chose théorique totalement excentrique d’un occident en mal de substitution d’un sens et d’une justice que la société refuse et qui voit certains intellos se rabattre sur l’extrême insensé ironiquement intronisé comme valeur et morale. » De son côté Réflexes, qui n’est pourtant pas l'une de nos lectures favorites, résume correctement le problème : « le but avoué ou inavoué de tout antispéciste est de supprimer de la surface de la terre toute idée de souffrance, de mise à mort, volontaire ou non, sans préoccupation d’espèce. » Or cette idée est absurde dans la mesure où la souffrance, comme la mort, sont intrinsèquement liées à la vie. C’est une loi intangible du vivant.

 

I – Opposition à la pensée chrétienne

 

 

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« Soyez féconds, multipliez,
emplissez la terre et soumettez-la.»
(Genèse 1, 28).

 


Ceci explique pourquoi les antispécistes
réservent leurs critiques les plus virulentes à la culture judéo-chrétienne, puisque le dogme biblique bien connu, selon lequel l'Homme, et lui seul, fut créé à l'image de Dieu, est en contradiction directe avec la doctrine antispéciste de l'égalité en dignité des espèces. Pour le chrétien, les autres espèces ont été créées par Dieu bien sûr, mais dans un but précis : pour servir l'Homme [1]. Ainsi même si les animaux méritent le respect que leur confère le statut de créatures de Dieu, ils restent inférieurs à l’homme et n'ont pas droit au Salut, ni donc aux Sacrements. La Bible s’ouvrant par l’injonction divine faite à l’homme de « remplir la terre et la soumettre » [Genèse 1, 28]. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique stipule donc logiquement : « Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et ses loisirs. Si elles restent dans des limites raisonnables, les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement recevables, puisqu’elles contribuent à soigner ou épargner des vies humaines. » [2]

 

 

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Si les animaux méritent le respect

que leur confère le statut de créatures de Dieu,

ils restent inférieurs à l’homme et n'ont pas droit au Salut,

ni donc aux Sacrements.

 

 

 

bentham.jpgMais Peter Singer, Philosophe, spécialiste de bioéthique, libéral de gauche, connaissant bien le marxisme, utilisant pour base conceptuelle de ses travaux la pensée utilitariste de Jeremy Bentham [3] provoque depuis quelques années une petite révolution dans la conception chrétienne classique. En effet, en affirmant que ce qui compte ce n'est pas que l'animal ne parle ni ne raisonne à l'égal de l'homme, mais qu'il souffre tout comme lui, il en arrive à postuler un droit à une reconnaissance en tant qu'être sensible et donc à un arsenal juridique de droits sensés protéger les animaux. « Le spécisme, affirme une brochure, est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte (ou de moins prendre en compte) les intérêts de certain-e-s au bénéfices d’autres, en prétextant des différences réelles ou imaginaires mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu’elles sont censées justifier ». On mesure le caractère plus qu’inquiétant d’une telle position, qui constitue artificiellement une égalité entre animal et homme, et surtout refuse qu’il soit établi une distinction entre les espèces en l’assimilant follement au racisme.

 

II - Une infâme doctrine justifiant l'infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme

 

 

peter-singer.jpgD’ailleurs dans son langage, lorsque Singer parle « d’animal », il entend toutes les espèces y compris celle de « l'animal humain » (sic) ! Choquééthique animale.jpg par l'exploitation animale, Singer cherche à l'analyser dans le cadre de son matérialisme. Il trouve l'idée de vie trop idéaliste, et souhaite la remplacer par quelque chose de plus concret : la souffrance. L'individu animal n'a pas droit à la vie, mais le droit de ne pas souffrir. C'est la fameuse maxime de Bentham : « La question n'est pas : peuvent ils raisonner ? ni peuvent ils parler, penser ? mais : peuvent ils souffrir ? ». De ces prémisses, Singer déduit qu'il est condamnable de manger des animaux qui peuvent souffrir, plus encore de se livrer à des rites sanguinaires au prétexte de traditions culturelles. « Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison - hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur - de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces. » [4] Mais là où les choses deviennent extrêmement graves, c’est que non seulement Singer ose affirmer que toutes les espèces animales méritent une égale considération, ce qui est déjà passablement inacceptable du point de vue d’un sain anthropocentrisme chrétien, mais il ose scandaleusement écarter de cette égalité, écoutons bien : « le nourrisson de moins d'un mois, les  malades mentaux,  les idiots, les handicapés sans parler du fœtus » ! A tous ceux-là, il n'accorde pas le statut de personne car ils ne se considèrent pas eux-mêmes comme ayant un futur donc, comme des animaux non à même de ressentir la souffrance et le plaisir, on peut dès lors les supprimer sans commettre une faute morale... L'infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme sont ainsi joyeusement justifiés au nom de l’antispécisme !

 

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« Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison –

hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur –

de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité

de considération des intérêts aux membres des autres espèces. »

(Peter Singer, Animal Liberation, 1975)

 


D’ailleurs n'a-t-il pas comparé « nouveaux-nés, handicapés et animaux », et trouvé que ces derniers étaient supérieurs aux premiers ! Il n’hésite pas à déclarer, sans aucune difficulté, qu’il est pour l'euthanasie à l’égard des handicapés, puisqu'ils sont « inférieurs aux animaux » ! Il écrit : « Je pense qu'un chimpanzé a certainement plus conscience de lui-même qu'un nouveau-né. Il y a des circonstances dans lesquelles tuer un nouveau-né n'est pas mauvais, alors que tuer un chimpanzé l'est. » [5] Voilà ce qui se cache derrière les thèses des avocats de la cause animale, et celles des gentils opposants à la corrida que l’on voit apparaître lors des férias, voilà l’hideuse et épouvantable doctrine, proposant tranquillement le meurtre des nouveaux-nés, qui sous-tend les actions, en apparence sympathiques, des anti-corridas !

 

 

III- Libération animale ou disparition des espèces ?


L’infâme démonstration de Singer, dont on vient de voir à quoi elle conduit, s'inscrit dans un large courant de critique des notions de conscience et d' ordre naturel, sur une base matérialiste et athée. Elle est un point de passage obligé de la démonstration sur l'égalité animale - concept partagé par de nombreux biologistes, à l'instar de Stephen Jay Gould - dans la mesure où l' argument de la conscience est un élément central de l'anthropocentrisme il est systématiquement étendu à l’ensemble des espèces, sans que lui soit appliqué le moindre critère de différenciation. On évoque à grands cris, voire même par des attentats terroristes parfois [6] les droits à la libération des animaux, l'humain devant cesser toute activité comme les corridas, les zoos, la chasse, mais aussi l'expérimentation scientifique et l'alimentation carnée, alors que parler de « libération » pour un animal de ferme est passablement ridicule. Les animaux de ferme sont le fruit de centaines ou de milliers d'années de sélection génétique par l'humain ; ils sont incapables de vivre par eux-mêmes, leur existence est totalement dépendante de la tutelle de l'humain. Mais comme les partisans de la libération animale prônent le végétarisme et le végétalisme, ils ne visent pas à libérer l'animal de ferme, ni d’élevage, dont le fameux taureau de combat qui ne tient son existence que de la corrida, mais à le faire disparaître !


Il est plus élégant d'appeler à « libérer » les animaux plutôt qu'à les faire disparaître, mais cela relève d'une immonde escroquerie intellectuelle, car en fait cette pensée conduit à la disparition objective de certaines espèces. Ceci explique pourquoi l’action des anti-corridas est en réalité une action de mort sur le plan concret, soutenue sur le plan théorique par une doctrine nihiliste et mortifère !
On comprend mieux pourquoi, sachant le danger diabolique et antichrétien qui se cache derrière ces théorie animales, lors de l'Assemblée des évêques à Glosar, en l'an 1051, « plusieurs hérétiques ont été condamnés à mort en raison de leur refus de tuer des poules » , car si l’ordre naturel et son mode propre de vie a été voulu par Dieu, s’y opposer représente une révolte contre les lois divines.

 

IV. Révolte contre l’ordre naturel

 

D’ailleurs, et cela n’a rien d’extraordinaire, les antispécistes ne cachent pas qu'ils désapprouvent ouvertement l'ordre naturel, car il est structurellement inégalitaire et cruel, ils veulent détruire la hiérarchie des créatures qui place l’homme, en tant que sommet de la création, avant l’animal. En théorie pour ces insensés démentiels, il s'agit de ne pas faire aux animaux ce que l'on refuse de faire aux humains, en pratique, se qu’ils se gardent de dire trop ouvertement mais qui est pourtant bien réel, il s’agira de faire subir sous peu aux humains, grâce aux directives des administrations, bien pire qu’aux animaux – en clair, au nom de la volonté de la disparition de la souffrance, on pratiquera demain dans cette société hygiénique et aseptisée, l’avortement, l’eugénisme et l’euthanasie, allègrement et en toute bonne conscience antispéciste !

 

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« Dieu créa l'homme à son image,

à l'image de Dieu il le créa,

homme et femme il les créa. »

(Genèse 1, 27).

 

 

L’anthropologie catholique, qui voit en l’homme le gérant de la création, nous évite, heureusement, la regrettable et dangereuse confusion à laquelle parviennent les tenants de la « libération animale » : anéantir l’homme et le réduire concrètement au rang d’un animal au prétexte de la non discrimination entre les espèces. Rien n’est donc plus ridicule et stupide que l’affirmation selon laquelle les défenseurs des animaux sont « plus humains », plus ouverts aux malheurs de leurs prochains, dont les animaux font partie : il y a là en effet une extension abusive de l’usage d’un mot que la Bible réserve à l’homme. La pointe de l’enseignement de Jésus est justement d’affirmer ceci : même abîmé ou défiguré, un homme restera toujours un homme, un frère dont je suis responsable et dont j’ai à me faire « le prochain » au titre d’une commune origine, l’un et l’autre créés à l’image de Dieu, et d’une commune vocation à partager la vie même de Dieu dans son Royaume.

 

Dans le contexte du « commencement» biblique où la vérité révélée sur l'homme comme « image et ressemblance de Dieu» constitue la base immuable de toute l'anthropologie chrétienne. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa» (Gn 1, 27). Ce passage concis contient les vérités fondamentales de l'anthropologie: l'homme est le sommet de tout l'ordre de la création dans le monde visible; le genre humain, qui commence au moment où l'homme et la femme sont appelés à l'existence, couronne toute l'oeuvre de la création; tous les deux sont des êtres humains, l'homme et la femme à un degré égal tous les deux créés à l'image de Dieu. Cette image, cette ressemblance avec Dieu, qui est essentielle à l'être humain, est transmise par l'homme et la femme, comme époux et parents, à leurs descendants: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28). Le Créateur confie la «domination» de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur «origine» commune. De la sorte, la vérité sur le caractère personnel de l'être humain ressort de la description biblique. L'homme est une personne, et cela dans la même mesure pour l'homme et pour la femme, car tous les deux ont été créés à l'image et à la ressemblance du Dieu personnel. Ce qui rend l'homme semblable à Dieu, c'est le fait que, contrairement au monde des créatures vivantes, y compris les êtres doués de sens (animalia), l'homme est aussi un être raisonnable (animal rationale), possédant, et lui seul dans le règne du vivant, une âme immortelle. Grâce à cette propriété, l'homme et la femme peuvent «dominer» les autres créatures du monde visible (cf. Gn 1, 28), et sont appelés à une vie surnaturelle, puisque les hommes rassemblés et réunis en Jésus-Christ deviendront « participants de la nature divine » (2 Pierre 1 ; 3) : ils seront déifiés. L’homme « deviendra par grâce ce que Dieu est par nature ».

 

 

Conclusion

 

On évitera donc impérativement le ridicule anthropomorphisme qui consiste à prêter aux animaux des sentiments ou raisonnements humains et à parler de la mort d’un chat ou d’un chien - même s’il s’agit d’un sympathique compagnon de notre vie quotidienne - comme s’il s’agissait de notre voisin ou de notre grand-mère ! A trop confondre l’homme et l’animal avec de faux bons sentiments, on en vient déjà à regarder l’animal comme un homme grâce à une propagande délirante, mais il y a fort à parier que tout cela nous conduise très vite, à force de toujours pousser trop loin l’inversion des valeurs, à positivement considérer les hommes comme de simples animaux.

 

 

 

Notes.

 

[1] Secrétariat Général de la Conférence Episcopale d’Allemagne : La responsabilité de l’homme à l’égard de l’animal. Positions, réflexions, suggestions, document de travail en date du 4 octobre 1993.

 

[2] CEC, no. 2417.

 

[3] Selon la conception utilitariste de Bentham, envisager l'animal comme un sujet est la source de l'éthique. Ceci débouche donc chez lui trois grands sujets de préoccupation : la critique matérialiste des théories de la conscience, l'égalité de considération entre les espèces animales, et le droit à l'euthanasie. C'est dans son livre « Question d'éthique pratique » qu'il expose le plus clairement cette triple préoccupation et les connections qu'il trouve entre elles. Dans ce cadre s’intègre le Projet Grands singes anthropoïdes, présentés dans les Cahiers antispécistes lyonnais de septembre 1993, qui partant du fait que les humains débiles profonds ont des capacités égales voire inférieures à celles des gorilles et autres orangs-outangs, propose une nouvelle déclaration des droits, non de l’homme, mais de la « communauté des égaux », qui regroupe l’homme et un certains nombre de singes. Cette déclaration propose avec le plus grand sérieux, par exemple, que les singes vivent en liberté parmi nous, qu’ils puissent bénéficier d’une aide judiciaire en cas de litige avec un humain (ou un autre singe). Sans commentaire.

 

[4] Peter Singer, Animal Liberation, 1975.

 

[5] Ibid.

 

(6] Certains militants réalisent de façon concrète la libération des animaux, en évacuant ceux-ci des élevages et des laboratoires, et en menant des actions terroristes contre les organisations les plus impliquées dans les cruautés envers animaux. Ces actes sont devenus assez courants au Royaume Uni et aux Etats Unis, ils concernent désormais aussi l'Europe du nord et une partie de l'Europe continentale (au total, plus de 20 pays). La France n'est pas encore vraiment touchée. Les attentats sont généralement le fait de l'Animal Liberation Front (ALF). Ce mouvement est apparu en Angleterre durant les années 70, à partir de membres issus de la Hunt Saboteur Association. Il est composé de petites cellules (une demi-douzaine de personnes, parfois moins) indépendantes, le noyau de l'ALF étant utilisé uniquement pour la revendication des attentats, la diffusion des méthodes, et la suggestion d'objectifs.

 

[7] G. von Hoensbroech, Das Papstthum in seiner sozialkulturellen Wirksamkeit, 1904, p.35.

mercredi, 03 juin 2009

L’Eglise catholique et la Corrida

 

La tauromachie et sa relation à la religion

 

 

 

 


« Je crois à la vertu purificatrice de la corrida.

Je crois à cette fonction que le Grecs appelaient la catharsis,

qui nous lave de nos pulsions, de nos violences intérieures. »

Mgr Bruguès,

Secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique

 

 

 

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Effigie de la Vierge de la Charité dans sa Solitude

(Virgen de la Caridad en su Soledad).

 

Chapelle de la confrérie du Baratillo de Séville

qui fait procession le Mercredi Saint ("hace su estancion de penitencia")

liée au monde taurin et au quartier des arènes, l'Arenal.

 

 

 

matador-3.jpgLa corrida, perçue par les uns comme un « art noble » et par les autres comme une tuerie barbare, déchaîne les passions. Cela n’est pas nouveau, ses détracteurs et ses défenseurs s’opposent depuis le XVIe siècle. Toutefois, s’il semble à première vue difficile de trancher à l’intérieur d’un débat délicat où les opinions s’affrontent avec une vigueur extraordinaire, nous déclarons simplement, par delà les aspects purement spectaculaires de l’art tauromachique, que le décorum, les éléments quasi sacrés qui entourent la corrida (vêtements de lumière, sens du sacrifice, dévotion et sentiment religieux, etc.), sont un motif de nature à susciter respect et sympathie à l’égard de cette tradition singulière qui à tissé au fil des siècles des liens très étroits avec le catholicisme.

 

En effet, le temps de la corrida, celui de la féria, c’est-à-dire de la « fête », que cette dernière soit cause des corridas ou lam7.jpg corrida cause de la fête, est indissociable et toujours lié au domaine religieux de par les saints ou le temps liturgique auxquels sont associées les grandes réunions taurines : San Isidro à Madrid, Semaine Sainte à Séville, San Firmin à Pampelune [1], le Toro de la Vega à Tordesillas en l’honneur de la Vierge de la Peña [2], le Corpus Christi à Tolède, Pentecôte à Nîmes, etc., ceci, alors que paradoxalement, l’Eglise s’est parfois opposée aux jeux taurins qu’elle considérait comme des réminiscences directes des antiques jeux du cirque, sachant que ces dites « férias » étaient souvent l’occasion de débordements en divers domaines (alcool, sexualité, argent, etc.), dans un climat d’immense liesse populaire qui rappelait très clairement le monde du paganisme. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où, au-delà des Pyrénées, la pourtant si écoutée et révérée Eglise catholique espagnole, resta absolument impuissante à imposer certaines de ses volontés.

 

taureaux »

I. Rappel historique

 

 

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Les premiers jeux taurins,
sont sans doute une survivance des sacrifices d'animaux
pratiqués dans les cultures primitives

 

Un rapide examen des données historiques nous fournit des renseignements intéressants, puisqu’en l’absence de sources fiables, de nombreuses thèses perdurent s’agissant de l’origine de la corrida. Ce que l’on peut affirmer, c’est que les premiers jeux taurins, sont sans doute une survivance des sacrifices d'animaux pratiqués dans les cultures primitives, et apparaissent tout d’abord probablement à Rome [3], puis ne resurgissent vraiment dans le sud de l’Europe que vers les XIe ou XIIe siècles, dans un contexte précis : la noblesse guerroyant à cheval y voyait une excellente possibilité de s'entraîner. Le Comte de Las Navas (1855-1935) considérait que l’origine de la corrida était intimement liée avec les premiers temps de l'humanité, faisant référence aux chasses préhistoriques de l'aurochs pour expliquer la survivance des jeux taurins en Espagne. Ces jeux, en ce pays, s’imposèrent d’ailleurs peu à peu en divers lieux et en de nombreuses occasions (fêtes pour célébrer la venue d'un personnage important, canonisation d'un saint, consécration d’un évêque, etc.). On aménageait, pour la circonstance la plaza del toro avec des gradins de bois et la population s’y retrouvait pour communier au spectacle de bravoure de quelques téméraires audacieux, qui venaient défier des bêtes sauvages possédant une énergie exceptionnelle.

 

II. La bénédiction de l’Eglise catholique

 

catalina.JPGLe clergé catholique espagnol, qui constatera l’engouement pour ces fêtes et qui s’interrogea sur la manière d’en circonscrire les tendances excessives, fera mieux à l’époque que soutenir les traditions taurines, il ira jusqu’à les bénir et leur conférer, intelligemment, un caractère religieux qu’elles ont encore conservé. On trouve, par exemple, dans un livre de la Société du Saint Sacrement de l’église paroissiale de Saint Pierre de Valladolid, un texte expliquant que cette Société offrira régulièrement « des jeux taurins ». Des Tiers Ordres, pour marquer les réjouissances liées à leur fondation, organisèrent des fêtes où l’on se livrait à la corrida ; certaines Confréries, comme Notre Dame de Sabor à Caceres, n’admettaient en leur sein que des « chevaliers courant les taureaux ». Lors de la béatification de sainte Thérèse d’Avila, en 1614, on organise trente courses lors desquelles cent taureaux sont mis à mort. Il en va de même lors de la canonisation de saint Ignace de Loyola, de saint François Xavier, de saint Isidore le Laboureur en 1622, de saint Thomas de Villeneuve en 1654.

 

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Notre Dame des Sept Douleurs

 

Les liens entre l’Eglise et la corrida vont donc se resserrer étroitement, et l’on verra même éclore ce que l’on pourrait appeler  « les miraclesmater01.jpg taurins » : Baltasar de Fuensalida en 1612 à Tolède, désarçonné par un taureau lors d’une corrida, invoque Notre Dame de l’Espérance pendant qu’il est encorné et guérit de ses blessures. Saint Pierre Regalado, patron de Valladolid, arrête un taureau furieux par son regard. Sainte Thérèse d’Avila elle-même, apaise deux taureaux qui viennent à ses pieds et qu’elle caresse.

 

De leur côté, les très catholiques monarques espagnols n’étaient pas reste, et semblaient eux aussi apprécier ces pratiques. C'est ainsi que l'Empereur Charles-Quint (1500-1558) fut si heureux de la naissance de son premier enfant qu'il descendit dans l'arène de Valladolid pour y combattre et tuer un taureau sauvage. De ce fait, les corridas sous Charles II, au XVIIe siècle, deviendront un vrai phénomène de société. Les conquérants espagnols introduisirent même les jeux taurins en Amérique Centrale et du Sud. En 1529 le conquistador Cortes y importe les taureaux, et plus encore qu'en Espagne, la tauromachie aura le soutien de l'Eglise. Les Indiens l'appréciaient et considéraient qu’il y avait là un équivalent de leurs rites. Ainsi, dans les territoires conquis par les espagnols au nouveau monde, les capucins élèvent des taureaux et possèdent, comme à Caracas, des arènes où, à l’occasion de chaque fêtes religieuses, se déroulent  des corridas qui servent à financer la construction d’églises, de chapelles ou de monastères. C’est ainsi que fut édifiée l’église de Castillo de Chapultepec en 1788, ainsi que celle de Guadalupe en 1808. De même en Italie, séduit par cette vogue, César Borgia, fils du pape Alexandre VI, réintroduit la corrida  qui avait été en vigueur à Rome jusqu’à Léon X (1521), pour la mettre au programme de ses divertissements favoris. Seule l’accession au trône d’Espagne d’un français, Philippe d'Anjou, le petit fils de Louis XIV, fera que l’on interdise un court temps aux seigneurs d'y participer, d'autant que les corridas de l'époque étaient bien plus dangereuses pour les hommes que celles d'aujourd'hui, et n’étaient pas sans risque pour les spectateurs, Francisco Goya, ayant représenté un accident survenu au cours d’une de ces fêtes, et entraîné la mort de l’alcalade de Torrejón. Symbole du lien étroit entre clergé et corrida, en 1761, un prêtre de la Rota (Province de Cadix) constitue un élevage qu’il cède à une confrérie trente ans plus tard. On vit même des moines se faire toréros à l’époque de pépé Hillo.

 

III. L’Eglise et le développement de l’art taurin

 

Toro-2.jpgC’est d’ailleurs à un ecclésiastique, Don Gregorio de Tapia y Salcedo, que se codifie avec en 1643, la publication du Traité d’équitation et diverses règles pour toréer, la tauromachie à cheval réservée à la noblesse.

Par ailleurs, le célèbre taureau de Miura, aux caractéristiques exceptionnelles, qui est encore de nos jours le prince des arènes, fut formé au départ par un prêtre, Marcelino Bernaldo de Quiros, curé de Rota, qui croisa les vaches andalouses des pères dominicains du couvent de San Jacinto, avec des toros navarais, race qui provient elle-même des moines de la Très Sainte Trinité de Carmona.

Les spectacles taurins vont donc devenir un élément central des festivités en Espagne, et se dérouleront de plus en plus sur les places publiques afin de célébrer victoires, fêtes patronales ou événements religieux. Ceci fera émerger une tauromachie pédestre et populaire, très peu réglementée, pratiquée lors des fêtes religieuses, avant que, de 1730 à 1750, la corrida ne se codifie, faisant apparaître les trois « tercios » et surtout les passes à l'aide de la muleta. Les premières arènes permanentes sont édifiées, et de semi-sauvage, le taureau devient domestique et connaît les premières sélections génétiques pour en faire un combattant adéquat, sachant que les élevages sont tenus par des religieux (Dominicains, Chartreux), même si à terme, les élevages laïcs imposeront la suprématie du taureau andalou.

 

 

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Francisco Goya (1746-1828) - Tauromachie

 

 

IV. Saint Pie V et la bulle « De Salute Gregi Dominici »

 

Toutefois, devant l’engouement excessif du peuple pour l’art taurin, en 1567, saint Pie V promulguait la bulle « De Salute Gregi Dominici » qui condamnait sans appel les jeux taurins. Il était même question de les abolir et de priver de sépulture chrétienne ceux qui trouveraient la mort dans les combats contre les taureaux.

 

Les termes de la bulle papale étaient extrêmement clairs :

 

« 1-En de nombreuses villes et autres lieux, on ne cesse d'organiser des spectacles privés ou publics consistant en courses de taureaux ou d'autres animaux sauvages, destinés à faire exhibition de force et d'audace, courses qui occasionnent fréquemment des accidents mortels, des mutilations et sont un danger pour les âmes.

2- Pour Nous, donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis au cirque ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétienne, et désireux d'abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d'assurer avec l'aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes, à tous et à chacun des princes chrétiens, revêtus de n'importe quelle dignité, aussi bien ecclésiastiques que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres et quelles que soient la communauté ou la république auxquelles ils appartiennent, Nous défendons et interdisons, en vertu de la présente Constitution à jamais valable, sous peine d'excommunication et d'anathème encourus ipso facto, de permettre qu'aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités des spectacles de ce genre où l'on donne la chasse à des taureaux et à d'autres bêtes sauvages. Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages.

3- Si quelqu'un vient à y trouver la mort, que la sépulture ecclésiastique lui soit refusée.

4- Nous interdisons également sous peine d'excommunication aux clercs, aussi bien réguliers que séculiers, pourvus de bénéfices ecclésiastiques ou engagés dans les Ordres sacrés, d'assister à ces spectacle. » [4]

 

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La religion catholique et la tauromachie on réalisé une rencontre

faisant que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise

sont devenues indissociables

 

Philippe II, conscient de la passion de son peuple pour la tauromachie, ne fera ni enregistrer ni publier cette bulle en Espagne, et négociera avec le successeur de saint Pie V, Grégoire XIII, qui décida finalement de lever l’interdiction pour les laïcs, bien qu ‘en 1583, Sixte V rétablira les sanctions, que lèvera de nouveau définitivement le pape Clément VII en 1596. Ainsi en Espagne, comme en France, la religion catholique et la tauromachie, même si en 1489 Tomàs de Torquemada avait condamné la corrida comme « spectacle immoral et barbare, inique et cruel », opéraient une rencontre originale, qui allait faire que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise deviendraient indissociables Si la corrida fut un temps interdite par les autorités libérales en Espagne à la fin du XVIIIe siècle, elle est de nouveau autorisée par Ferdinand VII (1813-1833) dès 1814, l’inscrivant dans sa politique de réaction conservatrice aux idées des Lumières et de la Révolution française, qui rétablie également la Sainte Inquisition, rappelle les Jésuites et supprime la franc-maçonnerie.  Ferdinand VII, roi très catholique, créera même en 1830 une école de tauromachie, dont il confiera la charge à Pedro Romero, instituant une véritable culture tauromachique, indissociablement unie, protégée et bénie par l'Eglise. On vit donc s’adjoindre de façon permanente aux arènes, des chapelles, où des messes étaient célébrées avant les corridas, les toreros revêtus de leur habit de lumière, effectuant leurs dévotions, priant leurs saints tutélaires, et faisant plusieurs fois sur eux le signe de la Croix avant de pénétrer dans l'amphithéâtre, alors même que des prêtres étaient affectés aux lieux de cultes construits à l’intérieur des arènes.

 

 

V. Situation actuelle de la corrida dans un monde déchristianisé et anti-traditionnel

 

 

 

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Manuel Laureano Rodríguez Sánchez dit « Manolete »

(1917-1947)

 

Blessé à mort dans les arènes à Linares par le taureau « Islero »

il repose au cimetière San Agustín de Cordoue.

 

 

33.jpgAlors qu’il n’y a pas à présent en Espagne, dans un monde de plus en plus déchristianisé, une procession de reliques ou une fête religieuse qui ne soit suivie ou précédée de corridas, qu’il existe des Confréries religieuses de toreros qui portent pendant la Semaine Sainte la Vierge de la Solitude, de la Merci, de la Rosée ou des Douleurs, qu’un élevage très réputé de taureaux, près de Salamanque, a été créé par le curé de Valverde, que dans la plupart des plazas, qui possèdent une chapelle attenante, les toreros sont bénis, comme à Nîmes, par un « aumônier » des arènes, de voir s’élever avec une rare virulence hystérique contre la tauromachie, tout ce que le monde actuel compte comme personnalités anti-traditionnelles les plus représentatives (Michel Onfray, Cabu, Michel Drucker, Cavanna, Mgr Gaillot, Renaud, etc.), au nom d’une étrange conception de la morale et de la vertu, traduisant une inexplicable haine qui ressemble beaucoup, jusqu’à s’y méprendre, à un net rejet du sacré.

 

 

 

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« Loin d’être empreint de cruauté, le geste de toréer,
d’oser affronter un taureau et un public,
en vérité, me semble une expression symbolique très belle de cette foi dangereuse
qu’il faut pour vivre en homme et qui n’est d’abord religieuse même si elle peut l’être aussi.»
Père Jacques Teissier, aumônier aux arènes de Nîmes, 2004.

 

On pourra ainsi aimablement sourire de voir par exemple un pasteur canadien, totalement ignorant de la réalité de la tauromachie, venir tancer l’aumônier des arènes de Nîmes, en des termes ridicules, ou encore écouter les arguments des anti-corridas, qui ne brillent pas par leur niveau, dans lesquels on retrouve toutes les vieilles ficelles de l’émotionnel contemporain accompagnées des classiques clichés de la sensibilité naïve, s’appuyant sur la starisation des avocats de l’abolition et la grosse artillerie médiatique larmoyante, tout ceci soutenu par la petite musique gauchisante et moderniste bien connue, à laquelle rien ne manque pour mettre en chanson la classique mélopée des refrains anti-traditionnels.

 

Le plus absurde est donc d’entendre les adversaires de la corrida, alors même que tous, majoritairement l’âme sereine, consomment, ou laissent consommer, allègrement et fort silencieusement, de la viande industrielle où les animaux sont indignement traités, portent des chaussures en cuir, engloutissent en une année leur poids en viande et charcuterie, ingurgitent des poulets préalablement plumés vifs, des grenouilles dont on prélève les cuisses vivantes, des homards ébouillantés, etc., pousser contre la « barbarie » de la corrida afin de criminaliser à grand bruit et manifestations aux goûts discutables, une pratique qui ne relève ni de l’industrie alimentaire, ni de l’expérimentation médicale, mais d’un rituel qui n’est évidemment pas du « sadisme » ni la satisfaction stupide d’un plaisir sanguinaire devant la souffrance d’une bête, mais représente une des dernières manifestations occidentales encore vivantes, qui conserve un lien profond et privilégié avec la religion, exprimant la confrontation éternelle de l’homme face à la puissance indomptée et nocturne de la nature, symbolisée par le taureau, en un acte tragique pénétré d’une inquiétante beauté, où transparaît, « dans la lumière » des arènes, l’essence sacrificielle de la vie.

 

 

Notes.

 

[1] Le célèbre lâché de taureaux, ou « encierro », représente l'évènement le plus important et célèbre de la féria San Fermin tant prisée par Hemingway. Les encierros ont lieu tous les jour et consistent en une course de taureaux sur une des rues de la ville menant aux arènes où des centaines d'hommes courent devant ces taureaux ! Chaque après-midi, des corridas ont lieu et des parades sont organisées à travers les rues de la ville. Le 7 juillet, une procession, dont les origines remontent au 13ème siècle, attire la foule en l'honneur de Saint Firmin. Fête annuelle depuis 1591, la longue semaine de festivités célèbre Saint Firmin, patron de la Navarre, rappelle qu’au IIIe siècle, quand Pampelune faisait partie de l'Empire Romain, Saint Firmin fut converti à la chrétienté par un évêque français : Saint Saturnin venu à Pampelune prêcher l’Evangile. Saint Firmin voyagea ensuite en France pour y étudier et devenir lui-même évêque.

[2] Le Toro de la Vega est une fête importante qui commence le 8 septembre de chaque année en l'honneur de la Vierge de la Peña (rocher en espagnol) dont l'ermitage se trouve de l'autre coté de la rivière, à Tordesillas localité située à 25 km au sud-ouest de la ville de Valladolid. Le samedi soir, tous les peñas (associations) parcourent la ville avec leur fanfare et une lanterne dont la plus belle reçoit un prix chaque année. Cette manifestation rappelle les rondes de garde sur les anciennes murailles. S'ensuivent plusieurs jours de fêtes qui culminent le mardi suivant avec le Tournoi du taureau de la Vallée. Le taureau est alors défié par des hommes à pied ou à cheval, dans un rituel qui a ses propres règles et qui est unique en Espagne.

 

[3] l'Histoire semble démontrer que les premières courses de taureaux organisées suivant un certain rituel se sont déroulées à l'époque de la Rome impériale. Elles faisaient partie des jeux du cirque qui comprenaient plusieurs genres. On les trouvait plus exactement parmi les "venationes", autrement dit "les chasses". (Cf. Les Tauromachies européennes. La forme et l’histoire, une approche anthropologique, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1998).

 

[4] La bulle De Salute Gregi Dominici se poursuit ainsi :

 

« 5- Quant aux obligations, serments et voeux, sans exception, faits jusqu'à présent ou promis pour l'avenir par n'importe quelles personnes, par l'Université ou le Collège, concernant ces sortes de chasse de taureaux, même lorsqu'elles ont lieu, par suite d'une fausse piété, en l'honneur des saints ou à l'occasion d'une solennité ou fête ecclésiastique quelconque, qu'il faut au contraire honorer et célébrer par des louanges, des réjouissances spirituelles et des oeuvres pies et non par ce genre de spectacles, Nous les interdisons absolument, les cassons et les annulons et, suivant les cas, jugeons et proclamons à jamais qu'on doit les considérer comme sans effet et non avenus.

6- Nous ordonnons à tous les princes, comtes et barons feudataires de la Sainte Eglise Romaine, sous peine de la privation de leurs fiefs qu'ils ont reçus de l'Eglise elle-même, et Nous exhortons dans le Seigneur les autres princes et seigneurs chrétiens et leur ordonnons en vertu de la sainte obéissance par respect et pour l'honneur du saint Nom de Dieu, d'observer strictement toutes les choses prescrites ci-dessus, en leur promettant une magnifique récompense de Dieu en retour d'une si bonne oeuvre.

7- Nous ordonnons, en outre, à tous nos vénérables frères, patriarches, primats, archevêques et évêques, et aux autres ordinaires des lieux, en vertu de la sainte obéissance, sous peine de jugement divin et de la condamnation à l'éternelle malédiction, de publier suffisamment dans leurs villes et diocèses respectifs la présente lettre et de faire observer les dites prescriptions également sous les peines et censures ecclésiastiques. » [Bullarium Romanum, Titre VII, La Documentation catholique, 1935].

 

 

Bibliographie :

 

Corridas : d’or et de sang, Marine de Tilly, éditions du Rocher, 2008.

Ethique et esthétique de la corrida, numéro spécial de la Revue critique, Editions de Minuit, 2007.

Philosophie de la corrida de Francis Wolff, Histoire de la Pensée, Fayard, 2007.

Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Élisabeth Hardouin- Fugier, Connaissances et savoirs, 2005.

Michel Leiris, l’écrivain matador, Annie Maillis, L’Harmattan, 2000.

Sang et lumière, Joseph Peyré, Grasset, 1935.

Mort dans l'après-midi , Ernest Hemingway, Gallimard, 1932.

Les Bestiaires, Henry de Montherlant, 1926.

 

 

 

 

dimanche, 12 avril 2009

LA QUESTION

 

Orientations théoriques et doctrinales

du blog La Question

 

 

 

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Misericordia et Justicia

 

 

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« Quiconque veut être sauvé,

doit avant tout tenir la foi catholique :

celui qui ne la garde pas intègre et inviolée ira,

sans aucun doute, à sa perte éternelle

(Saint Athanase, Symbole Quicumque).

 

 

 

Plus que jamais, au moment où les analyses de "La Question" semblent intéresser un auditoire de plus en plus large et diversifié, il nous apparaît indispensable de préciser clairement l'originalité de notre démarche, c'est-à-dire exposer les raisons de notre positionnement si spécifiquement critique et radical, qui peut parfois surprendre et souvent étonner.

 

 

Augustin.JPGDisons, immédiatement, que d’un point de vue purement doctrinal, outre l’enseignement des pères, docteurs et saints de l’Eglise, nous ne faisons pas mystère de notre immense attachement à l’égard de la doctrine de saint Augustin , le père de l’Occident chrétien, et aux idées de Joseph de Maistre (1753-1821) et, plus largement, aux penseurs contre-révolutionnaires qui marquèrent le renouveau de la vie spirituelle au XIXe siècle, et qui, précisément, reprirent et adoptèrent les thèses du comte chambérien au sujet de la « Tradition », et en firent un profitable usage dans leurs propres œuvres, dont, pour ne citer que les plus connus : le vicomte Louis de Bonald (1754-1840), Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880) et le célèbre abbé de Solesmes, Dom Guéranger (1806-1875).

 

 

 

 

I. La défense de la Tradition

 

Il importe ainsi de souligner, rapidement, ce qui nous particularise, ce qui nous distingue et ce qui explique notre dette, de par nos convictions chrétiennes traditionnelles affichées et déclarées, à l’égard de la pensée des pères grecs et latins, des docteurs, des théologiens et des saints qui constituèrent le précieux patrimoine dogmatique et doctrinal de l’Eglise jusqu’à la convocation du funeste concile Vatican II [1], non par un souci de recherche d’une vaine originalité, mais par une conscience vive de la sensibilité particulière qui caractérise les tenants de la Tradition.

 

En effet, ce blog ne s'est pas fixé plusieurs objectifs de manière cumulative, il s'en est donné un seul, de façon impérative et exclusive : la reprise d'une véritable démarche de nature authentiquement critique vis-à-vis des travers de la modernité religieuse et du libéralisme à l'école de la pensée et de l’enseignement de ceux que l’on désigne sous le nom de « penseurs contre-révolutionnaires ».

 

 

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Joseph de Maistre (1753-1821)

 

La Question est engagée dans une véritable démarche de nature traditionnelle,

à l'école de l’enseignement

des penseurs contre-révolutionnaires.

 

 

 

On l'a suffisamment dit et répété, notre attitude n'est pas réductible aux modes classiques par lesquels certains tentent en vain de vouloir agir sur le monde ou s’y confronter. Notre attachement principiel relève d'une mise en oeuvre de l’exigence spirituelle et mystique sur un plan métaphysique et ontologique, dont il n’est point nécessaire de trop expliciter la méthode, car il suffit d'en comprendre l'origine et le sens, sens éminemment religieux on s'en doute sans peine, pour se former une idée juste de ce que nous sommes et exprimons.

 

La rigueur de nos positions, qui se s’est traduite par des analyses relativement sévères au sujet de divers évènements, ou même de personnes que nous n’avons pas pour habitude d’épargner (auteurs modernistes soi-disant catholiques,  hommes d’église progressistes, etc.) [2], nous oblige d'ailleurs à maintenir une ligne relativement étroite, ce dont on a pu, à plusieurs occasions, nous faire le reproche ; reproche que nous avons d’ailleurs, nous l’avouons volontiers, plutôt accueilli comme un compliment.

 

En cela nous croyons répondre au devoir supérieur d’apostolat qui d'ailleurs, dans le Nouveau Testament déjà en ce qui regarde la proclamation du message de la Révélation, n’était pas uniquement le privilège des Douze, mais de tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ. De la sorte, chaque chrétien, de par son baptême qui l’incorpore au Christ, reçoit cette mission apostolique, élément essentiel du sacerdoce des baptisés dans la mesure où le chrétien, chaque chrétien, est astreint lui aussi à la mission de témoignage et de défense de la vérité, ce que dans l'histoire de l'Eglise confirma sous la forme des innombrables associations de fidèles, de pénitents ou les tiers ordres, qui ont constitué depuis des siècles une ligne continue, comme le montrent jusqu'à nos jours les diverses confréries pieuses auxquelles pourraient, avec ses divers membres, s’avoisiner La Question [3].

 

 

II. Le combat contre le nihilisme intemporel, l’idéologie de la « dignité humaine » et la glorification de la chair

 

L’expérience de notre confrontation avec le nihilisme contemporain sous ses diverses formes, et dont la société d’aujourd’hui hideusement désacralisée offre le pénible spectacle, nous a appris à ne pas interpréter la situation présente uniquement en termes de deuil circonstanciel, de néant relatif à une période déterminée, comme si naïvement il y avait eu un temps antérieur de pure lumière et d’entière plénitude, de valeurs sûres et bien établies. Nous le savons, le nihilisme n'est pas un phénomène historique, il traverse et commande la totalité de l'Histoire, car, ainsi que le soulignait Joseph de Maistre : « Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai tout est mal puisque rien n’est à sa place. (...) Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses. » (J. de Maistre, Oeuvres Complètes, t. I, p. 39).

 

Ainsi, nous devons avouer que pour nous il n'y a pas d'extériorité par rapport au nihilisme, c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'alternative, de nostalgie d'un avant ou d'un après, car c'est l'existence elle-même, par delà les époques, qui est plongée dans l'abîme du nihil (rien), qui est confrontée, depuis le péché originel, à la nécessité d'affronter la question de l'absence, du délaissement, de l'angoisse et de la perte, du tragique de l'échec et de la mort.

 

 

 

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« Le mal a tout souillé,

et dans un sens très vrai tout est malpuisque rien n’est à sa place.

Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses. »

(J. de Maistre)

 

 

En fidèles disciples de saint Augustin, nous considérons que la faute d'Adam est d'autant plus grave et inacceptable qu'il était pourvu en Eden d’une grâce spéciale et particulière le rendant, certes pleinement libre et responsable de ses actes, mais surtout capable de résister à la tentation et au mal. Or ce n'est plus le cas à présent, depuis la chute, puisque les créatures vivent sous la domination d’une faiblesse qui a puissamment abîmé et réduit leurs facultés, si bien que tous les hommes sont aujourd'hui, par nature, devenus des « enfants de colère » (Ephésiens 2,3), des êtres corrompus et dégradés.

 

De la sorte, inutile de préciser notre hostilité aux couronnes tressées à la gloire de l’homme par l’Eglise conciliaire, car les créatures ne peuvent être « libres » au sens de l’idéologie des « Droits de l’homme », puisque toutes ne sont aucunement libres mais prisonnières, à l’état naturel, de forces négatives qui les entraîne vers la corruption et le péché. L'idéologie des « Droits de l'homme », qui souhaite mettre l'homme à la place de Dieu, travaille donc positivement à renverser l'ordre originel au profit d'une entreprise prométhéenne diabolique, oubliant que tout est mal parce que tout a été vicié par le péché originel. Comme le disait déjà Pascal à propos du péché originel : « sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes » (Pensées). Il y a donc une dégradation, non seulement de notre nature, mais de tout l'univers : « L'homme est puni par là où il a péché, c'est-à-dire dans sa volonté. Il ne sait pas ce qu'il veut, il veut ce qu'il ne veut pas,, il ne veut pas ce qu'il veut; il voudrait vouloir. » (J. de Maistre, Soirées de St. Pétersbourg).

 

 

 

III. La mise à jour de la corruption de l’homme et l’appel à la pénitence

 

L'homme, depuis le chute, est concrètement soumis à Satan, ses désirs, sa volonté, et, hélas ! jusqu’à ses vertus sont l'otages des forces négatives. Le Christ est donc venu pour nous libérer de ces puissances nocives, non pas pour célébrer la gloire de l'homme et le triomphe de l'humanité, mais pour nous demander de retrouver le chemin d’une juste position de piété à l’égard de Dieu.

 

 

 

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« J'ai prêché la repentance envers Dieu

et la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. »

(Actes 20.21)

 

 

 

Ceci explique pourquoi le premier message de l’Évangile, annoncé par Jean-Baptiste et prêché par Jésus lui-même , est : « Repentez-vous, et croyez ! » (Matthieu 3.2-11). La repentance est à la base du message de l'Évangile. L'apôtre Paul écrit d'ailleurs : « J'ai prêché la repentance envers Dieu et la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. » (Actes 20.21) Et la première prédication de l'apôtre Pierre se conclut par : « Repentez vous ! » Ainsi, « Repentez-vous » est l'exclamation que l'on entend dans toute la Bible, lorsque Dieu appelle les hommes à prendre conscience de leurs péchés et à revenir vers Lui, mais les hommes, malgré l'appel de Dieu et sa patience, refusèrent de reconnaître les causes de leurs malheurs et ne voulurent jamais se repentir, au nom de leurs prétendus « Droits » à présent érigés en dogme. Dès lors on comprend mieux pourquoi le credo de l’idéologie révolutionnaire s’appuie, en tous ses fondements, sur les Droits de l’homme, sachant que : « Si, arrachant le masque à la Révolution, vous lui demandez : Qui es-tu ? elle vous dira : … Je suis la haine de tout ordre religieux et social que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble ; je suis la proclamation des droits de l’homme contre les droits de Dieu… » (Mgr Gaume, La Révolution, recherches historiques sur l’origine et la propagation du mal en Europe, tome I, page 46.)

 

 

IV. La dénonciation de l’hérésie panthéiste et naturaliste de Vatican II

 

Le plus grave, du point de vue de la situation actuelle, c’est que le dernier concile de l’Eglise, Vatican II, sous l’impulsion de nombreux théologiens progressistes et du pape Jean-Paul II, infecté par le naturalisme panthéiste, en rupture avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise [4] a soutenu une thèse scandaleusement hérétique portant sur une théorie inacceptable soutenant une « communication des idiomes » entre la Divinité et l’homme, théorie qui tend à affirmer que par son Incarnation « le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » [5].

 

Cette conjugaison de deux erreurs, anthropologique et christologique, est une thèses profondément hérétique qui résulte d’une idée axiale singulièrement inexacte : les attributs divins ont été conférés à tous les hommes, même les non baptisés, y compris les païens et les idolâtres, du simple fait qu’ils soient hommes.

 

Telle est, scandaleusement car rendant inutile l’œuvre salvifique du Christ si tout homme est sauvé dans sa religion, toute la délirante doctrine de Vatican II et de Jean-Paul II, pape qui a pu affirmer dans une allocution, se citant lui-même : « Le concile Vatican II l’a rappelé avec acuité : “ Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. ” ».  Et nous retrouvons, encore et toujours ce dogme impie et hérétique de « l’homme-dieu » qui a conduit à la divinisation de l'homme en tant que tel, c'est-à-dire du seul fait qu'il soit homme (la fameuse « dignité de la chair »), et à la naturalisation de Dieu dont les échos se font sentir dans les terribles déviations de l’Eglise conciliaire qui est en train d’édifier autour d’elle un champ de ruine.

 

On est en présence ici, comme on le constate, de tous les éléments propres à définir une hérésie : appropriation et réinterprétation du rôle et de la personne du Christ, dévolution à l’homme des idiomes propres à la Divinité, ce qui aboutit concrètement à une naturalisation du surnaturel et à surnaturalisation du naturel, dérive hérétique qui se rapproche des thèses panthéistes des Nicolaïtes ou des Ubiquitaires soutenant que Jésus-Christ était formellement présent partout et en tous par communication de son essence, selon les seules vertus de la nature humaine, thèses condamnées par l’Eglise qui se retrouvent paradoxalement dans tous les textes et ouvrages publiés s’appuyant sur les théories conciliaires.

 

Or, il importe de le redire, Dieu ne s'est pas fait homme en transmettant sa nature divine indistinctement à tous les hommes, du simple fait de son Incarnation - c'est une pure folie, non chrétienne, new-âge et panthéiste de l'affirmer ! Il s'est fait homme pour nous sauver du péché et de la mort par le sacrifice de la Croix et nous accorder les promesse du Royaume et de la vie éternelle, pas pour magnifier notre indigne et mondaine humanité terrestre vendue, selon la chair, à l'adversaire de Dieu ! [6]

 

Lorsqu’on songe que la déclaration « Dignitatis humanæ » sur la liberté religieuse est en contradiction avec l’encyclique « Quanta cura » et le « Syllabus » de Pie IX, avec les encycliques « Libertas præstantissimum » et « Immortale Dei » de Léon XIII, avec tout l’enseignement de Pie XII, et que l’un des rédacteurs de « Dignitatis humanae », le Père Yves Congar, écrivit que d’après ce texte, la liberté religieuse était contenue dans la Révélation, avouant lui-même qu’une telle affirmation était un pur mensonge : « À la demande du pape, j’ai collaboré aux derniers paragraphes de la déclaration sur la liberté religieuse: Il s’agissait de montrer que le thème de la liberté religieuse apparaissait déjà dans l’Écriture, or il n’y est pas »., on comprend mieux en quoi le concile Vatican II constitue un acte de rupture formel d’avec la Tradition séculaire de l’Eglise, et représente un poison mortel qu’il convient de combattre et d’éradiquer.

 

 

V. Le rejet total du dialogue interreligieux et de la déclaration conciliaire « Nostra Aetate »

 

Par la même logique irréaliste et panthéiste, qui présida à la rédaction de « Gaudium et Spes », la déclaration conciliaire « Nostra Aetate », à son tour, a soutenu, par un renversement complet des conceptions traditionnelles de l'Eglise et un reniement total de toute sa doctrine ancestrale qui avait son origine dans les Ecritures : « Tous les dieux des nations sont des démons » (Psaumes 96, 5), que : « L’Église reconnaît et apprécie ce qui est vrai et saint dans ces religions ; leurs règles et doctrines apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. » (Nostra Aetate n° 2). Le naturalisme du père Henri de Lubac, ami personnel de l'abbé hindou, le père Jules Monchanin, qui vécu en Inde sous le nom de swami Parama Arubi Ãnandam, est à la source directe de cette folle position panthéiste qui se montrait également dans « Gaudium et Spes » : « L'Esprit Saint offre à tous d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé aux mystères pascal.» (Gaudium et Spes, 22). D’où notre critique sans concession du mirage bouddhiste, de l’hérésie musulmane, des pratiques démoniaques de l’animisme africain ou encore, sous couvert d'un peu crédible rattachement à une prétendue "Tradition primordiale", de la gnose syncrétiste dont l'occultiste néo-musulman René Guénon se fit l'avocat au XXe siècle.

 

 

- l'antijudaïsme théologique

 

Par ailleurs, c'est en ce sens que s'explique notre revendication de l'antijudaïsme théologique qui pose clairement la place centrale du peuple élu dans l'histoire de la Révélation, sans cacher pour autant, en raison de son rejet du Messie par son geste déicide, son retranchement actuel en tant que nation et religion de sa position antérieure, au seul profit de l'Eglise qui, de par les fruits bénis de la Nouvelle Alliance, est devenue l'Israël véritable, alors que le judaïsme rabbinique n'est plus qu'une branche apostate et impie qui n'a strictement plus rien à voir avec le mosaïsme biblique à l'égard duquel il a été foncièrement infidèle. De la sorte, loin donc d’avaliser l’attitude conciliante et complaisante vis-à-vis du judaïsme synagogal, qui témoigne aujourd'hui de la fin définitive de l'Ancienne Alliance,  ou d'approuver  l’inculturation propre à Vatican II, nous soutenons la nécessité d’une évangélisation effective des peuples non chrétiens, y compris l'indispensable effort en direction des juifs "perfides", et un refus de toute attitude de faiblesse à l’égard des coutumes idolâtres et des rites païens.

 

 

 

 

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Le peuple hébreu, l’Israël charnel, n’est plus qu’une réalité naturelle

désacralisée dont la filiation divine a cessé

depuis l’instauration de la Loi nouvelle.

« Le peuple hébreu [est] réprouvé comme perfide et ingrat,

après avoir, d’une façon indigne,

ôté la vie à son Rédempteur. »

 

(Saint Pie V)

 

 

A ce titre Vatican II, dont l'immense responsabilité est bien engagée, est en rupture avec toute la Tradition catholique en proposant une vision avantageuse des religions non chrétiennes, invitant au dialogue avec les idolâtres : « changement révolutionnaire opéré par l’Église catholique », a pu dit le père Claude Geffré (cf. De Babel à Pentecôte, Essais de théologie interreligieuse, Cerf, p. 15). C’est pourquoi Mgr Lefebvre écrivait : « Le Concile (DH. 2-3) invoque outre la dignité radicale de la personne humaine, sa quête naturelle du divin : tout homme, dans l’exercice de sa religion quelle qu’elle soit, serait en fait orienté vers le vrai Dieu, en recherche même inconsciente du vrai Dieu, "branché sur Dieu", si l’on veut, et à ce titre il aurait un droit naturel à être respecté dans l’exercice de son culte. Donc si un bouddhiste fait brûler des bâtons d’encens devant l’idole de Bouddha, selon la théologie catholique, il commet un acte d’idolâtrie, mais à la lumière de la nouvelle doctrine découverte par Vatican II, il exprime "l’effort suprême d’un homme pour chercher Dieu". Par conséquent cet acte religieux a droit au respect, cet homme a droit à ne pas être empêché de l’accomplir, il a droit à la liberté religieuse. D’abord il y a une évidente contradiction à affirmer que tous les hommes adonnés aux faux cultes sont de soi, naturellement, tournés vers Dieu. Un culte erroné, de soi, ne peut que détourner les âmes de Dieu, puisqu’il les engage dans une voie qui, de soi, ne conduit pas à Dieu. On peut admettre que, dans les fausses religions, certaines âmes puissent être orientées vers Dieu, mais c’est parce qu’elles ne s’attachent pas aux erreurs de leur religion ! Ce n’est pas par leur religion qu’elles se tournent vers Dieu, mais malgré elle ! Par conséquent, le respect qu’on devrait à ces âmes n’impliqueraient pas que l’on doive le respect à leur religion. » (Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné, Ed. Fideliter, ch. XXVIII, 1987).

 

De ce fait, la Déclaration « Nostra aetate » promulguée lors de Vatican II, ayant adopté, pour la première fois de l'histoire de l'Eglise, une attitude positive vis-à-vis des religions non chrétiennes, faisant qu’en quittant l’exclusivisme du « Hors de l’Église pas de salut », on a reconnu tout à la fois que ces religions comportaient des éléments importants de vérité (elles sont autre chose que de l’idolâtrie) et que les croyants sincères qui adhèrent à ces religions ont accès au salut, ce qui est de la démence délirante ! ainsi, cela est incontestable, par l'effet des idées toxiques et fantaisistes qui se sont imposées à Vatican II, le pluralisme religieux, soutenu par les idées absurdes au sujet de la dignité de l’homme, est devenu un fait central de la nouvelle pastorale, indigne et apostate, de l'Eglise moderne.

 

 

VI. La lutte contre le modernisme et le libéralisme

 

 

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‘‘O CRUX AVE ! SPES UNICA’’

(Salut ô Croix, unique espérance)

 

De ce fait, on ne s’étonnera pas de nous voir lutter avec force contre les thèses modernistes qui sont un venin terrifiant pour le devenir de la Foi de l’Eglise, considérant, à la suite de Mgr Lefebvre [5], que Vatican II est un concile schismatique porteur de conceptions scandaleuses touchant à la fallacieuse « Dignité de l’Homme », nous faisant adhérer pleinement à la déclaration du fondateur d’Ecône : « Nous adhérons de tout coeur, de toute notre âme, à la Rome catholique, gardienne de la Foi catholique (...) Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues (...) C'est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les moeurs, le culte, (...) en attendant que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle. » (Mgr Marcel Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974).

 

Cette question du statut de l’homme, est donc une question de souveraineté car il s’agit d’une question souveraine, question qui éclaire les mécanismes existentiels et qui préside à la réponse que nous pouvons leur donner. Et cette maîtrise n'est pas la bruyante caricature d'une domination de pure force sur une réalité, toujours changeante et fuyante, c'est une maîtrise religieuse, éclairée par l’Ecriture Sainte et ayant donc son emprise sur la vérité du Ciel, ne confondant pas la surface simplificatrice d'un discours, et l'essence d'une présence divine, seule en mesure d'habiter véritablement les cœurs, néanmoins accompagnée d’une force de conviction devant les menaces et les dangers actuels, reprenant l’injonction que fit Abraham a Sancta Clara (1644-1709), né comme Heidegger à Messkirch, à ses contemporains au moment où les Turcs menaçaient Vienne en 1683, en publiant un ouvrage intitulé sous la forme d'un cri que nous reprenons volontiers à notre tour :

 

 

« Auf, auf ihr Christen ! »

(Levez-vous ô Chrétiens) [7].

 

 

 

 

Notes.

 

[1] Nous ne cachons pas, suivant en cela Monseigneur Lefebvre, notre profonde hostilité aux thèses nocives empreintes de naturalisme, d’immanentisme, de libéralisme et de modernisme, qui se sont infiltrées lors du concile Vatican II, et qui traversent l’ensemble de ses actes frappés par de nombreuses et évidentes erreurs doctrinales. La plupart des textes conciliaires étant, fort heureusement, des « constitutions pastorales » couvertes du seul magistère ordinaire (donc non infaillible) de l'Eglise, comme l’a bien expliqué le pape Paul VI : « étant donné le caractère pastoral du concile, il a évité de prononcer d’une manière extraordinaire des dogmes comportant la note d’infaillibilité, mais il a muni ses enseignements de l’autorité du magistère ordinaire suprême ; ce magistère ordinaire et manifestement authentique doit être accueilli docilement et sincèrement par tous les fidèles, selon l’esprit du concile concernant la nature et les buts de chaque document. » [Paul VI, 12 janvier 1966 ; DC, 1966, col. 418-420], nous nous autorisons donc, légitimement, à en refuser les conclusions erronées, et à en dénoncer les fruits extrêmement vénéneux, rejoignant l’analyse critique de Jean-Paul II, lorsque, dans un bref instant de lucidité, parlant des conséquences du concile, il écrivit : « des idées contredisant la vérité révélée et enseignée depuis toujours ont été répandues à pleines mains ; de véritables hérésies ont été propagées dans le domaine dogmatique et moral, créant des doutes, des confusions, des rébellions […] même la liturgie a été manipulée » (Discours au 1er congrès national sur les missions populaires, 6 février 1981 [DC, 1981, 346]. Ceci dit sans oublier le terrifiant aveu de Paul VI qui ira jusqu’à parler d’une influence satanique qui fit suite à Vatican II : « La fumée de Satan s’était répandue dans le Temple de Dieu à la suite du Concile Vatican II. On croyait qu’après le concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude ». (Paul VI, Homélie du 29 juin 1972).


[2] Quelques uns ont pu, naïvement, considérer faute de disposer d’arguments plus sérieux, que les virulentes critiques exprimées par nos soins, dans la mesure où nous avions fait le choix, bien évidemment parfaitement conscient pour diverses raisons qui nous appartiennent, d’oeuvrer sous couvert d'un pseudonyme, relevaient d’une attitude discutable. Rappelons que l'anonymat (du grec anonymos « sans nom » ), désigne précisément la qualité de ce qui est « sans nom » ou plus exactement « sans renommée », c'est-à-dire l'état d'une personne qui se refuse à être connue pour son activité, d’écriture en particulier, en écartant le piège de la célébrité narcissique qui menace toujours, y compris, même et surtout, les meilleures intentions. Ainsi cette absence de renommée, soit cet « anonymat », est une garantie pour nous de pouvoir toujours disposer d’une entière liberté de ton, en étant lié par aucune nécessité ni en dépendance d’une raison mondaine. Par ailleurs, sachant avec quelle vitesse vient se glisser dans l’écriture sa compagne éternelle, soit la complaisante vanité qui, comme le précisa La Rochefoucauld, « si elle ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle les ébranle toutes » , nous savons trop combien il importe de se garder des pièges dans lesquels croupissent les actuels littérateurs prétendument « chrétiens », si généreux de leur identité au point de chercher à l’imposer de toutes parts oeuvrant, avec une rare énergie visible et un touchant dynamisme, à faire figurer leurs noms sur le moindre petit bout de papier imprimé. D’autre part connaissant plus qu’il n’est nécessaire, les vices d’une nature corrompue depuis l’orgueil d’Adam qui, pleine d'artifices, « trompant, n'a jamais d'autre fin qu'elle‑même, travaille pour son intérêt, et calcule le pro­fit qu'elle peut tirer d'autrui, reçoit de bonne grâce les honneurs et les respects, craint la confusion et le mépris, a des yeux pour les biens du temps, se réjouit d'un gain terrestre, s'afflige d'une perte, et s'irrite d'un seul petit mot d'injure, fait tout pour le gain et l'intérêt propre ; ne peut rien faire de désintéressé ; mais pour ce qu'elle fait de bien, elle espère recevoir ou autant ou mieux, ou la faveur, ou des louanges; elle souhaite vivement que l'on estime ce qu'elle fait, ce qu'elle donne, ce qu'elle dit, sourit aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ses sem­blables, prompte à se plaindre de ce qui l'offense, rapporte tout à elle - pour elle, elle combat et discute - elle veut se montrer et toucher à tout, elle veut être connue, et s'attirer les louanges et l'admiration », nous nous prévenons contre cette photographie très réaliste et exacte de la nature humaine qui nous la montre prise sur le fait, et nous conduit donc à nous maintenir à distance de ses menaçants artifices. Enfin, détail fort intéressant s’il en est, cette photographie est bien anté­rieure à la photographie moderne, puisque l’auteur de ce tableau n'est guère connu, et n'a absolument pas cherché à l'être, puisque c'est l'auteur, « ANONYME », de L’Imitation de Jésus-Christ.

 

[3] Le Saint Père Benoît XVI a encouragé l’œuvre d’apostolat en ces termes : « ...comme aux commencements, aujourd'hui aussi le Christ a besoin d'apôtres prêts à se sacrifier eux-mêmes. Il a besoin de témoins, prêtres ou laïcs, et de martyrs comme saint Paul: autrefois violent persécuteur des chrétiens, lorsque sur le chemin de Damas il tomba à terre ébloui par la lumière divine, il passa sans hésitation du côté du Crucifié et il le suivit sans regret. Il vécut et travailla pour le Christ; pour Lui, il souffrit et il mourut. Combien son exemple est aujourd'hui d'actualité ! » (Homélie du Pape Benoît XVI, 28 juin 2007, à Saint-Paul Hors-les-Murs)

 

[4] « L'idéologie des Droits de l'Homme, le libéralisme, n’est pas une hérésie ordinaire, c’est l’hérésie propre, personnelle de Satan, puisqu’elle consiste, pour la créature, à usurper à son profit l’indépendance et la souveraineté qui n’appartiennent qu’à Dieu, de toute éternité, et dans l’ordre des temps à Notre Seigneur Jésus-Christ. (…) On voit par là en quoi le libéralisme moderne diffère de tout ce qui l’a précédé en fait de révolte et de péché. C’est le péché lui-même, le dernier terme et le plus haut degré du péché. Le libéralisme appelle “l’homme de péché”, il prépare les voies à l’Antéchrist. "Suivre le courant", c'est à quoi se résument ces fameuses inventions et ces grandes fiertés du Libéralisme catholique. Le libéralisme "catholique" n'est autre chose, en effet, que l'esprit révolutionnaire cherchant à s'introduire dans l'Eglise elle-même.» (Pie IX, Déclaration du 18 juin 1871, Société de Saint-Augustin, Desclée De Brouwer et Cie, Paris 1899, p. 223)

 

[5] L'erreur anthropologique et théologique de Jean-Paul II provient d’une conception phénoménologique erronée qui consiste en une inexactitude christologique dont la gravité est extrêmement importante sur le plan des conséquences puisque, dans sa vision, se servant de la dualité des natures dans Jésus-Christ, le théologien Karol Wojtyla en est arrivé à inférer en vertu de la “communication des idiomes ”, les attributs de la nature divine à la nature humaine dans le Christ, pour ensuite considérer qu’ils lui appartiennent en propre, et donc, par cette appartenance, l’étendre à tout homme en tant qu’il est homme – ce qui apparente objectivement cette position aux visions panthéistes, et ramène les positions de l’Eglise conciliaire au new âge. Jean-Paul II cherchera de nombreuses fois à dissimuler la nouveauté de sa pensée, en citant inlassablement afin de conférer un vernis de crédibilité à ses thèses, une phrase du paragraphe 22 de la Constitution conciliaire « Gaudium et Spes » selon laquelle « le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme par son Incarnation ». Mais ce que l'on ignore c'est que cette phrase a été introduite dans le schéma conciliaire sur proposition de Mgr Karol Wojtyla lui-même, alors archevêque de Cracovie ! De la sorte en citant continuellement « Gaudium et spes 22, 2 », faute de trouver le moindre fondement à une telle pensée dans la Sainte Écriture ou dans les Pères de l’Église, Jean-Paul II, tout au long de son pontificat, se citait donc lui-même !

 

[6] La déification promise à l’homme et dont parlent les pères de l’Eglise, n’a rien à voir avec une divinisation de l’état naturel, et s’obtient par deux critères essentiels :

- Le baptême, la naissance à la « vie surnaturelle », puis la sanctification par les sacrements, la prière, etc.

- Le temps, sachant que les promesses du Christ affirmant que nous verrons Dieu sans voile et participerons de sa vie, promesses réelles et magnifiques évidemment, ne portent et ne parlent que de notre état post mortem, non sur la glorification de notre nature humaine présente, misérable et pécheresse, ici-bas vivant en un monde livré aux puissances du « Malin » (I Jean 5, 19).

[7] De son vrai nom Ulrich Megerle, Abraham a Sancta Clara est né le 02 juin 1644 à Kreenheinstetten près de Messkirch en pays de Bade. Entré en 1662 dans le couvent des Augustins déchaussés (Barfüsser-Augustiner), et après avoir vécu sept ans à Graz, il commence sa carrière de prédicateur à la chaire de l’église des Augustins de Vienne en 1669 et la continue sans interruption jusqu’à sa mort le 1er décembre 1709. En plus de ses sermons il a publié plusieurs ouvrages dont le principal est : Judas der Erzschelm (Judas, l’infâme), publié entre 1686. Au moment où les Turcs menacent directement Vienne en 1683 il publie : Auf, auf ihr Christen ! (Levez-vous ô Chrétiens). Cet écrit a servi de base à la Kapuzinerpredigt (le sermon du Capucin) inclus dans la pièce Wallensteins Lager de Schiller.