Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 12 novembre 2008

Rodney Starck : Le triomphe de la déraison idéologique

 

« ou le modèle économique occidental, fruit du libéralisme matérialiste athée »

 

Note.jpg

Les nouveaux habits des sinistres avocats de la peste noire

de la déraison idéologique 

 

De très curieux propos ont été, il y a quelques jours, écris sur un blog naturiste au sujet des positions doctrinales de « LA QUESTION » !


Passons sur la valeur plus que ridicule et stupide des notes indigentes qui ont suscité quelques échanges à notre sujet, notes dont la nullité et la débilité ne méritent pas qu’on s’y attarde outre-mesure, même s’il est triste de voir s’y égarer, et surtout s’y corrompre en se laissant aller à des commentaires hasardeux, des plumes qui furent, à une époque encore récente, plus heureusement inspirées. Nous mettrons donc volontairement de côté les notions de théologie, assez malmenées, abordées par certains ignorants radicaux, n'ayant qu'un goût fort modéré pour les conversations de comptoir, préférant nous pencher, pour faire suite à notre précédente note, sur une thèse qui semble avoir la faveur de quelques incultes écervelés  : les liens supposés entre christianisme et capitalisme.


En effet, s’appuyant sur un ouvrage "Le triomphe de la raison",  publié par un piètre sociologue des religions Rodney Starck [1], enseignant à Baylor University (Etats-Unis), on en vient à prétendre que le christianisme serait à l’origine du capitalisme.

Paraphrasons le titre de ce bouquin, en l'intitulant le "Triomphe de la déraison idéologique", afin de résumer brièvement sa thèse :

« La réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, parce que le christianisme contient en lui-même "la possibilité du progrès". Nous pouvons ainsi identifier la base de la différence entre le christianisme et toutes les autres religions : « Progrès, dans la connaissance de Dieu, mais aussi de la nature qui, parce qu’elle a été créée par lui a nécessairement une structure rationnelle, légitime, stable qui attend que l’homme la comprenne mieux.»

On voit le niveau assez médiocre du raisonnement général de l'ouvrage, qui fait peu de cas de ce que représente comme folie pour la sagesse des hommes le scandale de la Croix, oubliant ce qui  excède radicalement la raison dans la Révélation  !

Le plus hilarant, c’est que ce sociologue incompétent en vient à citer saint Augustin lorsqu’il vante le développement de la technique dans la "Cité de Dieu" : « Quels progrès merveilleux, et on pourrait dire stupéfiants, l’industrie humaine a faits dans les techniques du tissage, de la construction, de l’agriculture et de la navigation ! (…) la maîtrise acquise en ce qui concerne les mesures et le calcul ! ». ( La Cité de Dieu, 22, 24). Son incompétence est telle que, sans s’en apercevoir, il commet une erreur gigantesque en confondant science et économie, imaginant que le développement de la technique est dû à la monnaie ! Sombre idiotie.

Cette erreur est confirmée lorsque par la suite il soutient sottement : « (...) non l’Europe n’a pas connu de progrès économique en dominant et en exploitant le reste du monde par la conquête et la colonisation ; elle a dominé le monde grâce à ses progrès économiques. » Or, il aurait fallu apprendre à l’inculte sociologue, qui débite âneries sur âneries, que l’Europe a d'abord dominé le monde par ses armées et par le PROGRES SCIENTIFIQUE ! non par son économie. Ce qui n’est pas du tout la même chose !

Pour achever de peindre sa grotesque fresque ultra-libérale fantaisiste, Rodney Starck nous affirme plus loin, confirmant sa tragique méprise  : « Ce que l’on a appelé l’ «impérialisme » est la conséquence et non la cause du progrès économique de l’Europe. Le capitalisme a commencé à se développer dans les zones qui échappaient au despotisme étatique, à savoir les cités italiennes, Venise, Gênes, Milan, Florence pour se répandre ensuite là où il était faible : les Pays-Bas, puis l’Angleterre… »


Or ce que ne voit pas, ou ne sait pas Rodney Starck, c'est que ce sont ces zones, précisément, qui les premières mirent en place l’usure et la spoliation et créèrent une économie mafieuse qui plongea l’Europe dans les guerres, la ruine et la domination des lobbys. On ignore, en effet, que la peste noire qui décima la population européenne vers 1350 fut la conséquence du plus grand effondrement financier de l’histoire, en comparaison, de laquelle la Grande crise de 1929 n’a été qu’un épisode transitoire, de peu de conséquence. En effet, en 1345, l’effondrement des grandes maisons bancaires florentines des Bardi et Peruzzi conduisit à une véritable désintégration financière et à une régression sans précédent puisque d’après les meilleures estimations, pendant la période 1300-1450, la population européenne, suite à la famine, aux épidémies et aux guerres, fut réduite de 35 à 45% et c elle du monde de 25%.


La dévastation causée par les banquiers marchands vénitiens et leurs « alliés » dans la seconde moitié du XIVe siècle fut terrifiante. En Europe, en Chine et en Inde (presque trois-quarts de la population mondiale), la tendance démographique positive s’inversa après quatre à six siècles d’augmentation régulière de la population. Famines, pestes bubonique et pulmonaire, épidémies et guerres, tous ces facteurs firent disparaître de la terre 100 millions d’être humains [2].

 

masque-de-venise-commedia-dell-arte-dottore-peste-1466.jpg


Masque vénitien rappelant l'épidémie de peste noire

qui fit suite à l’effondrement du système bancaire de 1345


 

Venise qui était une ville sans industrie, "à la seule exception de la construction navale militaire, réussira à dominer le monde méditerranéen et à contrôler un empire simplement à travers ses entreprises commerciales. Fernand Braudel nota : « On disait du Vénitien : "Non arat, non seminat, non vendemiat" (il ne laboure pas, ne sème pas, ne vendange pas). Construite dans la mer, manquant totalement de vignes et de champs cultivés, ainsi le doge Giovanni Soranzo décrit-il sa ville, en 1327. » De son côté Frederick Lane précisera également : « Les patriciens vénitiens étaient moins intéressés par les profits provenant de l’industrie que par ceux provenant du commerce entre les régions où l’or et l’argent avaient des cours différents »."

 

t-crane[1].jpg

 

"Non arat, non seminat, non vendemiat"

 


Ainsi, entre 1250 et 1350, "les financiers vénitiens mirent sur pied une structure de spéculation mondiale sur les monnaies et sur les métaux précieux qui rappelle par certains aspects l’immense casino moderne des « produits dérivés ». Les dimensions de ce phénomène dépassaient de très loin la spéculation plus modeste sur la dette, sur les marchandises et sur le commerce des banques florentines. Les Vénitiens parvinrent ainsi à enlever aux monarques le monopole de l’émission et la circulation de la monnaie [3]. Les historiens « de rite libre-échangiste » maintiennent que les banquiers florentins firent beaucoup de bien à la communauté de l’époque, en ne s’occupant que de leurs intérêts égoïstes. En accumulant des fonds, en bâtissant des monopoles financiers, ils développèrent le commerce et ouvrirent la voie à l’industrie capitaliste en concurrence pacifique avec d’autres marchands, prenant soin d’expier quelques petits péchés dûs à l’usure par de généreuses donations aux institutions religieuses. Selon cette version mensongère de l’histoire, le serpent s’introduisit dans ce paradis terrestre, sous la forme des rois centralisateurs du pouvoir [4]."

 

Peste.JPG

La peste symbolisée par la mort du Tarot de Marseille



On voit très bien où veut en venir Rodney Stark : « Les pays en retard ont exactement été ceux qui ont été dominés par des monarchies absolues : l’Espagne, qui a exporté son despotisme en Amérique du Sud, et la France qui en a fait de même dans ses colonies. Par contre, le capitalisme a fleuri là où la liberté et le droit de propriété étaient les mieux respectés, à savoir les Etats-Unis d’Amérique qui ont dépassé l’Europe dès la fin du 19e siècle. Le monde moderne, a pris son essor seulement dans les sociétés chrétiennes. »

De la sorte, s’il faut en croire les conceptions de Starck, auxquelles de petits esprits prêtent une fallacieuse autorité, l’Espagne catholique d'Isabelle et Ferdinand n’aurait pas été chrétienne, la France de Jeanne d'Arc et Charles VII non plus ? On rêve ! Et c’est l’Angleterre et son or, à l'époque, puis aujourd'hui les Etats-Unis, dominés, domestiqués, asservis par les puissances d’argent, qui eux seraient chrétiens puisque authentiquement capitalistes. Mais c’est de la démence totale !


Le peu sérieux bouquin de Rodney Starck, qui sciemment glisse allègrement en créant d’évidentes confusions entre les notions de «science » et de « finance », qui sont pourtant bien différentes voire même antagonistes, est en fait un texte idéologique au service des intérêts de la voyoucratie internationale, ce qui a d'ailleurs était parfaitement démontré par Bruno Michon dans son analyse critique, qui déclare que cette étude : « constitue plus un travail idéologique que véritablement historico-sociologique » [5] .


Ce livre est éminemment américain, il est un apologue servile du libéralisme et du capitalisme truffé de raccourcis grossiers, de patentes contrevérités. Ce tissu ridicule d’absurdités consternantes, est un ouvrage navrant et fou, qui mérite de figurer parmi les pires productions de la déraison intellectuelle contemporaine ; un texte de basse et vulgaire propagande au service des plus sinistres forces obscures anonymes et pestilentielles de l’argent roi.

 

Notes.

 

[1] Rodney Starck, « Le triomphe de la raison. Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme », Presses de la Renaissance, 2007.

[2]  Cf. Frederick C. Lane, « Money and Banking in Medieval and Renaissance Venise », John Hopkins University Press, 1985.

[3]  Cf. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, Armand Colin, 1979, tome III.

[4] Cf. Paul B. Gallagher, Comment Venise orchestra le plus grand scandale financier de l'Histoire, Fidelio, hiver 95.

[5] Bruno Michon, qui doute à juste titre, de la validité scientifique du livre de Starck, chose rare à ce niveau universitaire ce qui doit nous inviter à regarder les thèses de ce livre avec une extrême prudence, considère que cette étude « constitue plus un travail idéologique que véritablement historico-sociologique ». D’ailleurs dans sa recension, publiée dans les Archives de sciences sociales des religions, il met très nettement en garde contre les thèses simplificatrices de l’auteur et, de nombreuses fois, fait la lumière sur les limites théoriques et les significatives erreurs de cet ouvrage, comme en témoignent les extraits suivants :

 

« Il s’agit là d’un discours normatif pour lequel l’auteur sacrifie la complexité de l’histoire à une sélection arbitraire d’exemples plus ou moins pertinents. »

 

« Encore une fois, sans poser la question du véritable progrès que constitue ce ‘pré-capitalisme’, l’auteur joue avec l’histoire en relativisant, par exemple, l’interdiction de l’usure par l’Église et en affirmant qu’au contraire si l’islam fermait les yeux sur l’usure, ce n’était pas dans le but d’investir mais dans celui de consommer. Une telle preuve d’orientalisme (la passivité des Orientaux est un des topos de ce type d’argumentaire), pose à nouveau la question de la validité scientifique de l’ouvrage. »

 

- « En ayant recours à des ‘preuves’ historiques souvent constituées d’anecdotes légères, l’auteur montre que le despotisme empêche la fondation d’une société libre et capitaliste implicitement considérée comme le modèle politique idéal. La performativité d’un tel discours n’a pas besoin d’être établie. »

 

- « L’ouvrage heurte par ses positions normatives qui semblent être le pendant ‘sociologique’ des réflexions du cardinal Ratzinger sur la foi et la raison. Pourtant, contrairement aux assertions de l’ancien préfet de la congrégation de la foi, le discours de Starck se rapporte plus à la rhétorique des ‘faucons’ américains réécrivant l’histoire afin de donner corps à une certaine forme d’idéologie impérialiste. »

 

- « S’il est évident que le capitalisme est né en Europe, il semble beaucoup plus sujet à caution que celui-ci soit issu d’une « théologie rationnelle chrétienne ». Bien que L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme soit l’objet de critique légitime, il est aberrant que Rodney Starck passe cet ouvrage capital sous silence, évitant d’aborder la théorie bien documentée et bien discutée de Weber. »

 

- « Nier aux traditions juive, grecque, bouddhiste ou islamique l’idée de théologie voire de science ressemble plus à une aberration qu’à une véritable recherche historique. »

 

- « Finalement, ce qui gêne dans cet ouvrage est l’ambiguïté consentie par l’auteur entre un discours savant et une idéologie politique. Max Weber nous a pourtant, depuis longtemps, mis en garde contre les dangers d’une telle dérive. »

 

 

Archives de sciences sociales des religions, 140 (2007) - Varia,  mis en ligne le 02 juillet 2008.

 

 

 

07:08 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (158) | Tags : france, europe, actualité, ump, parti socialiste, usa |  Imprimer | | | | | Pin it!

lundi, 01 janvier 2007

Voeu pour la France

medium_bloy1.jpg








" La France n’est pas une nation comme les autres.
 
C’est la seule dont Dieu ait besoin, a dit de Maistre,
 
qui fut quelquefois prophète.
 
Il y aura toujours en elle, quoi qu’on fasse,
 
un principe de vie souveraine que rien ne saurait
 
détruire."
 
 
 
Léon Bloy
Journal, 15 août 1894.
 
 
 
 
 
 

00:25 Publié dans Fêtes | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : Politique, Ségolène, UMP, PS, UDF, Sarkozy, Identitaire |  Imprimer | | | | | Pin it!