dimanche, 06 mai 2007

« MISERICORDIA ET JUSTITIA »

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Tomás de Torquemada
 
(1420-1498)

  Moine dominicain, confesseur de la reine Isabelle de Castille et du roi Ferdinand II d'Aragon

Premier Grand Inquisiteur de l'Inquisition espagnole de 1483 à sa mort.

 

 

 

ou

 

 

Les bienfaits

 

de

 

la Sainte Inquisition

 

+

 

Joseph de Maistre

 

 

 

 

 

« […] Il n’y a rien de si juste, de si docte, de si incorruptible que les grands tribunaux espagnols [de la sainte Inquisition], et si, à ce caractère général, on ajoute encore celui du sacerdoce catholique, on se convaincra, avant toute expérience, qu’il ne peut y avoir dans l’univers rien de plus calme, de plus circonspect, de plus humain par nature que le tribunal de l’Inquisition.

 

Dans ce tribunal établi pour effrayer l’imagination, et qui devait être nécessairement environné de formes mystérieuses et sévères pour produire l’effet qu’en attendait le législateur, le principe religieux conserve néanmoins toujours son caractère ineffaçable. Au milieu même de l’appareil des supplices, il est doux et miséricordieux, et parce que le sacerdoce entre dans ce tribunal, ce tribunal ne doit ressembler à aucun autre. En effet, il porte dans ses bannières la devise nécessairement inconnue à tous les tribunaux du monde, MISERICORDIA ET JUSTITIA.

 

Partout ailleurs la justice seule appartient aux tribunaux, et la miséricorde n’appartient qu’aux souverains. Des juges seraient rebelles, s’ils se mêlaient de faire grâce; ils s’attribueraient les droits de la souveraineté; mais dès que le sacerdoce est appelé à siéger parmi les juges, il refusera d’y prendre place à moins que la souveraineté ne lui prête sa grande prérogative. La miséricorde siège donc avec la justice et la précède même: l’accusé traduit devant ce tribunal est libre de confesser sa faute, d’en demander pardon, et de se soumettre à des expiations religieuses. Dès ce moment le délit se change en péché, et le supplice en pénitence.

Le coupable jeûne, prie, se mortifie. Au lieu de marcher au supplice, il récite des psaumes, il confesse ses péchés, il entend la messe, on l’exerce, on l’absout, on le rend à sa famille et à la société.

 

Si le crime est énorme, si le coupable s’obstine, s’il faut verser du sang, le prêtre se retire, et ne reparaît que pour consoler la victime sur l’échafaud. 

 

*

 

[…]Pour achever ma profession de foi, monsieur le Comte, je ne terminerai point ces lettres sans vous déclarer expressément, qu’ennemi mortel des exagérations dans tous les genres, je suis fort éloigné d’affaiblir ma cause en refusant de céder sur rien. J’ai voulu prouver que l’Inquisition est en soi une institution salutaire, qui a rendu les services les plus importants, et qui a été ridiculement et honteusement calomniée par le fanatisme sectaire et philosophique. Ici je m’arrête, n’entendant excuser aucun abus. Si l’Inquisition a quelquefois trop comprimé les esprits; si elle a commis quelques injustices; si elle s’est montrée ou trop soupçonneuse ou trop sévère (ce que je déclare ignorer parfaitement), je me hâte de condamner tout ce qui est condamnable; mais je ne conseillerais jamais à une nation de changer ses institutions antiques, qui sont toujours fondées sur de profondes raisons, et qui ne sont presque jamais remplacées par quelque chose d’aussi bon. Rien ne marche au hasard, rien n’existe sans raison.

L’homme qui détruit n’est qu’un enfant vigoureux qui fait pitié. Toutes les fois que vous verrez une grande institution ou une grande entreprise approuvée par les nations, mais surtout par l’Église, comme la chevalerie, par exemple, les ordres religieux, mendiants, enseignants, contemplatifs, missionnaires, militaires, hospitaliers, etc.; les indulgences générales, les croisades, les missions, l’Inquisition, etc.; approuvez tout sans balancer, et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance, en vous présentant une démonstration complète du mérite de toutes ces choses.

 

Je vous l’ai dit plus haut, monsieur, et rien n’est plus vrai: la violence ne peut être repoussée que par la violence.

 

*

 

On y pensera au milieu du siècle le plus irreligieux, lorsque personne ne songe à faire des fondations, et que tous les souverains semblent se concerter pour spolier l’Église au lieu de l’enrichir. C’est ainsi que la souveraineté est la dupe éternelle des novateurs, et que les nations se jettent dans l’abîme, en croyant atteindre une amélioration imaginaire, tandis qu’elles ne font que satisfaire les vues intéressées et personnelles de ces hommes téméraires et pervers.

 

La moitié de l’Europe changera de religion pour donner une femme à un prêtre libertin, ou de l’argent à des princes dissipateurs; et cependant le monde ne retentira que des abus de l’Église, de la nécessité d’une réforme et de la pure parole de Dieu. On fera de même des phrases magnifiques contre l’Inquisition, mais cependant les avocats de l’humanité, de la liberté, de la science, de la perfectibilité, etc., ne demandent, dans le fond, pour eux et leurs amis, que la liberté de faire et d’écrire ce qui leur plaît. Des nobles, des riches, des hommes sages de toutes les classes, qui ont tout à perdre et rien à gagner au renversement de l’ordre, séduits par les enchanteurs modernes, s’allient avec ceux dont le plus grand intérêt est de le renverser.

 

Inexplicables complices d’une conjuration dirigée contre eux-mêmes, ils demandent à grands cris pour les coupables la liberté dont ceux-ci ont besoin pour réussir. On les entendra hurler contre les lois pénales, eux en faveur de qui elles sont faites, et qui abhorrent jusqu’à l’ombre des crimes qu’elles menacent. C’est un délire dont il faut être témoin pour le croire, et qu’on voit encore sans le comprendre. »

 

 

(Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, extraits des Lettre II & VI, 1815)