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samedi, 23 octobre 2010

La Papauté de droit divin

 

 

 

La Monarchie pontificale et la Royauté éternelle

 

Tiare.jpg 

« Le droit divin de la primauté apostolique 

place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église. » 

Pastor Aeternus, 1870.

 

armes vatican.pngL'origine du pouvoir pontifical, beaucoup l’oublient, vientdirectement de Dieu qui a donné au Pape la souveraineté universelle, absolue, la suprême puissance non seulement dans l'ordre spirituel, mais encore dans l'ordre temporel, soumettant les princes de ce monde àl’autorité de celui qui est le Vicaire de Jésus-Christ, Roi spirituel et successeur de saint Pierre, faisant de l'Eglise une vraie et pure monarchie d’origine divine.

 

 Si l’on ne se contente pas d’une ecclésiologie étroitement limitée au droit canonique disciplinaire, mais que l’on examine véritablement, et avec une attention exigeante, la nature du principe de la souveraineté pontificale, on est alors capable de percevoir en quoi l’Eglise tout entière est fondée, constituée, édifiée sur le « droit divin » du Pape, droit devant lequel tous les autres droits, sans exception aucune, et notamment le droit disciplinaire, s’effacent absolument.

 

 
Ire Partie.

L’Eglise est une monarchie fondée sur le droit divin

 

I. Le Pape est un monarque de « droit divin »

 

En effet, le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué uneCajetan.jpg monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin »[1], face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme. Mgr Sauvé, théologien pontifical et consulteur de la Sainte congrégation de l’Index, explique très bien en quoi le Pape est de « droit divin », en ce sens qu’il exerce un pouvoir « absolu » qui ne dépend ni ne relève d'aucune autorité ecclésiastique et évidemment encore moins d’un pouvoir temporel, commandant tous les fidèles et l’ensemble des clercs. Il écrira, au sujet du droit divin du pape, ces lignes importantes : « Le concile du Vatican, en proclamant la souveraineté du Pape, a déclaré par là même quelle est la constitution de l'Egliseou sa forme gouvernementale.  Cette constitution est simple et admirable, comme toutes les oeuvres de Dieu. L'unité devant être un des caractères distinctifs de la société des croyants, Jésus-Christ a voulu assurer cette unité au moyen de l'unité de gouvernement, personnifié dans l'unité de chef. De tous les régimes, en effet, le régime d'un  seul étant, sans contredit, le plus apte à maintenir  l’unité dans une société quelconque, Notre-Seigneur a préféré pour son Eglise la forme monarchique aux autres formes de gouvernement. Tant qu'il est resté sur cette terre, le Christ a été le chef unique, le monarque visible, comme homme, et invisible, comme Dieu, de l'Eglise fondée par lui. Depuis sa glorieuse ascension, il n'a pas cessé d'en être le roi invisible et de verser sur elle ses célestes influences; mais en emportant au ciel sa chair glorifiée, il a dû laisser à sa place quelqu'un qui tînt les rênes du gouvernement visible de la société chrétienne. Ce quelqu'un, qui est son lieutenant, son vicaire, c'est le Pape, fondement, tête et centre de l'Eglise. Le Pape est donc le dépositaire visible de la puissance spirituelle du Christ : c'est lui que le divin Sauveur a établi, dans la personne de saint Pierre, le fondement, la base, la pierre angulaire de la société des croyants; c'est à lui que Notre-Seigneur a donné les clefs de son royaume, c'est-à-dire la souveraine puissance; c'est lui qu'il a établi le pasteur suprême de son troupeau. (…) Ce qui revient à dire que la puissance ecclésiastique se trouve à son plus haut degré concentrée dans les mains du souverain Pontifemonarque suprême et n'ayant ni égal, ni associé dans sa souveraineté (…) Le Pape donc est le suprême monarque de l'Eglise, investi par Dieu du droit de la gouverner d’une façon souveraine et indépendante de qui que ce soit ici-bas. »  [2].

 

Pastor Aeternus.jpg 

« Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ

ou de droit divin (iure divino),

que le bienheureux Pierre

a des successeurs perpétuels (perpetuos successores)

dans sa primauté sur l’Église universelle,

ou que le Pontife romain n’est pas le successeur

du bienheureux Pierre en cette primauté,

qu’il soit anathème. »  

(Constitutio dogmatica Pastor Aeternus

§ 2. De perpetuitate primatus beati Petri in Romanis Pontificibus,

Vatican I, 1870).

 

 

 

Pie IX (2).jpgC’est cette doctrine du droit divin que l’on retrouve au cœur du dogme de l’infaillibilité promulgué lors du concile Vatican I, ainsi formulé dans Pastor Aeternus :  « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a des successeurs perpétuels dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [3]

 

Et de même :

 

- « Le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » [4] C’est ce sur quoi insiste le droit canon : « Le Pontife romain légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. » (Can. 219) « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe.» (Can. 218, § 1).

Dom Gueranger.jpgDom Guéranger (1805-1875), le célèbre restaurateur de l’ordre bénédictin en France, après sa suppression par la Révolution française (loi du 13 février 1790), disciple de Joseph de Maistre (1753-1821), soutiendra dans son excellent ouvrage De la monarchie pontificale : « Nous n'avons qu'un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d'avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C'est donc toujours et uniquement à l'institution divine qu'il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l'Église et de la forme qui lui a été donnée Il n'est rien de mieux affirmé dans l'Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l'Église fût intimé d'une manière irrécusable par la lettre même de l'Écriture. La tradition est pareillement sur ce sujet d'une richesse beaucoup plus abondante que sur la plupart des autres dogmes. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L'Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu'à la fin. »  [5]

 

 

Mgr_de_Segur.jpgMgr de Ségur (1820-1881) traduira quant à lui ainsi la primauté de droit du Pape, signalant que là où est le Pape, là est l’Eglise : 

 « Le Pape, Chef de l’Episcopat est infaillible : c’est à Jésus-Christ que nous obéissons lorsque nous recevons humblement, amoureusement la parole de son Vicaire. Mais lorsque nous abandonnons cette voie pour suivre tel ou tel Docteur, fût-il prêtre, fut-il même évêque, ce n’est plus à Dieu, c’est à l’homme que nous adhérons; et cela est indigne d’un chrétien. (….) Si l’esprit de révolte venait à briser quelqu’une des colonnes du temple ; si l’orgueil et la passion venaient à séparer de l’unité catholique quelque prêtre, quelque Evêque, que faudrait-il faire ? Demeurer inébranlable dans la foi de Pierre, dans la foi du Pape infaillible. Là où il est, là est l’Eglise, et là seulement. » [6]

De la sorte, si nous nous demandons de quel droit le Pape est-il le successeur de Pierre, la réponse est immédiate : de droit divin. Telle est la conclusion à laquelle aboutit une analyse approfondie du sujet, se basant sur les principes de la Révélation mis en lumière par Cajetan :  « Mais de quel droit l’évêque de Rome est-il le successeur de Pierre ? De droit divin ! De droitCoeur sacré.jpg divin il faut un successeur. Car la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Mais puisqu’il s’est fixé à Rome, cette église lui fut appropriée, et ses successeurs sur ce siège sont héritiers de son pontificat suprême. Du reste cette appropriation fut confirmée par le Christ lui même qui vint à la rencontre de Pierre, lorsqu’il voulu fuir et lui dit: Venio Romam iterum crucifigi ! Le droit de succession est par conséquent un droit divin. Le droit du successeur est un droit historique. Nous croyons en effet que le Souverain Pontife de Rome est chef de l’Eglise universelle. Or ce que nous croyons ne dépend pas d’une preuve historique, mais d’une révélation divine. Ainsi donc le droit de succession est un droit divin; il faut un. successeur, Le droit de successeur, c. à. d. le droit à la succession -est un droit historique: l’évêque de Rome est, en droit, successeur. Mais ce droit historique devient un droit divin parce que l’Eglise universelle croit non seulement que Pierre doit avoir des successeurs, mais que l’évêque de Rome est ce successeur. Le droit de l’évêque de Rome à la succession est un droit divin par conséquence. L’origine doit être cherchée dans un fait historique. Mais puisque nous croyons à l’apostolicité du siège de Rome, nous devons croire que Dieu a voulu ce fait historique, et par conséquent que le droit du Pontife romain à la suprématie dans l’Eglise est un droit divin. Nous croyons en fait à une disposition providentielle, d’où nous déduisons un droit divin.  » [7]

 

II. Exercice du « droit divin » dans l’Eglise 

 

Pape droit divin.jpg

« Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu,

est fait saint, de manière indubitable. »

- Grégoire VII -

 

Adoration de Dieu.jpg On pourrait s’interroger, tant ces éléments sont oubliés de nos jours avec les conséquences redoutables qui en découlent, pour savoir comment dans l’Eglise s’opère cette perpétuation du droit divin dans la personne du Pontife ? On sait que le Conclave, réuni après la mort du Pape qui était en exercice, désigne son successeur dans le secret d’une délibération placée sous l’assistance de l’Esprit Saint. Cette assistance indéfectible donne sa note singulière à l’élection, et lui confère un caractère sacré supérieur à tout ce que l’on connaît en ce monde. C’est pourquoi on désigne du nom « d’acte de reconnaissance ecclésiale universelle » cette élection effectuée par le Sacré Collège des cardinaux, acte, et ceci mérite d’être fortement souligner, qui est doté, de façon plénière, entière, et incontestable du caractère de l’infaillibilité divine, puisqu’il est placé sous la motion de l’Esprit Saint. Le Pontife élu, à l’instant même de son élection, est donc non seulement le Pontife de l’Eglise, le successeur de Pierre, mais l’acte qui le porte au pontificat est absolument infaillible puisque l’assistance de l’Esprit étant accordée au cardinaux, leur choix est un acte frappé du sceau divin. [8]

  Grégoire VII (+1085), canonisé en 1606, édicta afin de préciser la nature de l’éminentGrégoire VII.jpg pouvoir d’origine divine dont est détenteur le Pape, un ensemble de 27 propositions : les Dictatus papae, où furent énoncés pour la première fois les principes du droit divin et de la théocratie pontificale, principes qui présidèrent à l’édification de la doctrine de la Papauté, jusque et y compris, dans l’élaboration du droit canon moderne. Voici les articles principaux de ce texte essentiels, daté de 1075, qui fixent définitivement la conception de l’autorité romaine    : 

« 1. L’Eglise romaine a été fondée par Dieu seul. Quod Romana ecclesia a solo Domino sit fundata

 2. Seul le Pontife romain peut seul être appelé de droit universel. Quod solus Romanus pontifex iure dicatur universalis.

 11. Le Pape est le seul nom dans le monde. Quod hoc unicum est nomen in mundo. 

 18. Un jugement prononcé par lui ne peut être annulé par quiconque; et seul lui-même, parmi tous, peut le faire. Quod sententia illius a nullo debeat retractari et ipse omnium solus retractare possit. 

19. Le Pape ne peut être jugé par personne. Quod a nemine ipse iudicari debeat. » 

Et surtout, s’agissant de ce qu’opère l’élection sur le Pontife : -

 « 23. Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu, est fait saint, de manière indubitable, par les mérites de saint Pierre et saint Ennode, évêque de Pavie, qui témoignent pour lui, beaucoup de saints pères étant d’accord avec lui. Ainsi qu’il est écrit dans les décrets du pape Symmaque. Quod Romanus pontifex, si canonice fuerit ordinatus, meritis beati Petri indubitanter effecitur sanctus testante sancto Ennodio Papiensi episcopo ei multis sanctis patribus faventibus, sicut in decretis beati Symachi pape continetur. »

On le voit, selon Grégoire VII, le nouvel élu par du conclave, est lavé, blanchi, rendu saint de manière indubitable, ceci expliquant pourquoi la légitimité du nouveau pape ressort sans aucune contestation  possible, du fait dogmatique. S’il est élu, celui choisi par le Sacré-Collège agissant infailliblement sous la motion du Saint-Esprit est, par les mérites de saint Pierre, Pape de l’Eglise de droit divin.

Gilles de Rome.jpgDe même, Gilles de Rome (1247-1316) connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, le « doctor fundatissimus » et « theologorum princeps », auteur du De Ecclesiastica potestate, disciple de saint Thomas d'Aquin, enseignant à l'université de Paris qui deviendra général des Augustins, puis archevêque de Bourges en 1295 et qui, dans la querelle qui opposa Philippe le Bel et Boniface VIII, se positionna clairement pour le Pape (on lui attribue, sans doute avec raison, la rédaction de la bulle Unam Sanctam), écrivit un traité, le De Ecclesiastica potestate, encore inédit, où il développera une théorie relativement élaborée du droit divin pontifical justifiant, à l’instar de Grégoire VII, l’instauration d’une théocratie :

« Toutes les facettes du pouvoir doivent être subordonnées à une tête, et cette tête c'est le pape. L'église se confond avec son chef le pape, il dispose et ordonne toute l'Eglise en lui, c'est lui qui possède le pouvoir spirituel qui par nature surpasse toute autre forme de puissance. Dans le gouvernement de l'univers tout ce qui est corporel est gouverné par le spirituel. Une des conséquences de cette supériorité universelle du pape est qu'il n'existe aucun titre de juste possession, ni pour les biens temporels, ni pour les biens laïques, ni pour quoi que se soit, sinon sous l'autorité de l'église et par l'église. Il n'est aucun domaine où la domination de l'Eglise ne soit légitime, qu'il s'agisse de la propriété ou de la juridiction. L'Eglise est souveraine des deux domaines, le domaine temporel où domine le pouvoir terrestre est soumis nécessairement à la souveraineté du pouvoir ecclésiastique. » [9]

  

Cardinal Louis Billot.jpgPlus proche de nous, le cardinal Louis Billot (1846-1931), qui s’appuyait surles « Dictatus papae » de Grégoire VII, ayant étudié les partisans médiévaux de la théocratie pontificale et qui connaissait parfaitement les enseignements de Gilles de Rome, de Méliton de Sardes (IIe s.) et d’Eusèbe de Césarée (IIe-IIIe s.), insista à son tour de manière à ce qu’il n’y ait aucune ambiguïté s’agissant de la nature de l’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui signifie, à lui seul, l’infaillibilité et la légitimité du Pontife : 

 « On doit au moins tenir fermement, comme absolument inébranlable et hors de tout doute, ceci : l’adhésion de l’Église universelle est toujours à elle seule le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife, et donc de l’existence de toutes les conditions requises à cette légitimité. Et la raison de ceci n’est pas à chercher au loin. Elle se prend en effet immédiatement de la promesse et de la providence infaillibles du Christ : Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre Elle. Ce serait en effet la même chose, pour l’Église, d’adhérer à un faux Pontife que d’adhérer à une fausse règle de foi puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre en croyant, et de fait suit toujours. Dieu (…) ne peut permettre que toute l’Église admette comme pontife celui qui ne l’est pas vraiment et légitimement[10]

Ainsi donc, tous les théologiens d’ailleurs se rejoignent sur ce point, et voient dansl’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui désigne le nouveau Pontife, un acte infaillible qui imprime en lui la marque du « droit divin ».  Jean de Saint Thomas, le célèbredominicain commentateur de saint Thomas au XVIIe siècle, l’exprime ainsi :  « L’acceptation pacifique de l’Eglise universelle s’unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l’Eglise engage sa destinée. C’est donc un acte infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. » [11]

Saint Esprit.gifIl y a donc une vérité incontestable, massive, positive, à laquelle doivent impérativement se soumettre les fidèles et les clercs de tous rangs et dignités - la doctrine de l’Église étant constante, permanente et formelle - l’élu désigné par le Conclave est reconnu sans aucun doute possible comme Pape par toute l’Église, puisque l’acte de désignation est doté de l’infaillibilité divine ; et c’est en raison de l’immense et impressionnante dignité que revêt cet acte, ainsi que l’écrit Pie XII dans Vacantis Apostolicae Sedis, que depuis toujours les Papes l’ont protégé et entouré de soins attentifs : « [Les Papes] se sont efforcés d'apporter une vigilante sollicitude et de pourvoir par des règles salutaires à une affaire d'Eglise de la plus haute importance, et dont Dieu leur a remis le soin, à savoir : à l'élection du successeur de saint Pierre, Prince des apôtres, dont le rôle est de tenir sur cette terre la place de Jésus-Christ, Notre-Seigneur et Sauveur, et de paître et conduire comme Pasteur et Chef suprême tout le troupeau du Seigneur. » [12]

 

III. L’action infaillible du droit divin

Le Sacré Collège bénéficie donc d’une infaillibilité dans l’acte de l’élection, désignant « infailliblement » le nouveau Pontife qui, dès lors, devient Pape par l’effet du droit divin qui imprime son caractère ineffaçable et constant dans sa personne.

a) Limite du droit disciplinaire

Paul IV.jpgCertains cependant, arguant de la célèbre bulle de Paul IV (1476-1559) Cum ex Apostolatus(1559), en particulier depuis le dernier concile de Vatican II qui laissa infecter plusieurs de ses actes par le modernisme, actes et déclarations conciliaires que soutinrent et défendirent les derniers Papes, mettent en doute la possibilité de l’infaillibilité des cardinaux dans « l’acte même » de l’élection du Souverain Pontife, puisque la dite bulle de Paul IV stipule en effet :

- « Si jamais il advient [...] qu’un Souverain Pontife même, avant sa promotion et élévation [...] au Souverain Pontificat, déviant de la foi Catholique est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, invalide, vaine, et on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle deviendrait valide parce que l’intéressé accepte la charge, reçoit la consécration, ou entre ensuite en possession du gouvernement et de l’administration ou par l’intronisation du pontife romain ou par l’acte d’agenouillement fait devant lui, ou par l’acte d’obédience à lui rendu par tous, et ce quelle que soit la durée de cette situation. » [13]

Or, cette supposition est une grave faute, ceci en raison de plusieurs points connexes qui tous semblent concourir à une erreur principale : soutenir la déposition pour hérésie d’un élu de droit divin. En effet, outre que convaincre d’hérésie un membre de l’Eglise, et plus encore un évêque, un cardinal ou un Pape, est chose relativement difficile car de nombreux critères sont nécessaires à réunir, sachant de plus que tant que la chose n’est pas jugée nul ne peut être désigné comme hérétique [14], il convient principalement de savoir que le droit disciplinaire, qui est certes maître dans son domaine, n’a cependant pas priorité sur le plan de l’autorité par rapport à l’infaillibilité. C’est ce qu’explique le Cardinal Billot, au sujet du « droit divin » qualifiant le pouvoir du Pontife, montrant la frontière, la limite infranchissable qui sépare une bulle à caractère purement disciplinaire comme celle de Paul IV, qui ne saurait être intégrée dans les lois générales manifestant le droit divin, et les lois canoniques qui relèvent uniquement du principe de l’infaillibilité sur lequel repose de l’acte de l’élection

Ainsi, une fois l’élu désigné par les cardinaux, la légitimité du nouveau pape est un fait dogmatique incontestable :

- « Dès l’instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l’Église comme la tête est au corps, la question ne saurait plus être agitée d’un vice dans l’élection ou de l’absence d’une des conditions requises pour sa légitimité. L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection. Cette adhésion est initiée théologiquement par l’acte juridique de reconnaissance et d’obédience des cardinaux au nouveau pape, posé dans le cadre de la cérémonie d’intronisation, lequel acte fonde et entraîne subséquemment ce qu’on appelle communément l’adhésion pacifique de l’Église, c’est-à-dire celle de tous et, d’une manière infaillible, elle démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » [15]

b) Le critère d’infaillibilité

conclave romain.jpgAinsi donc, le « droit divin » qui caractérise la nature de l’élection pontificale,Ordo rituum conclavis.jpg est porteur d’un critère d’infaillibilité devant lequel la bulle de Paul IV, de nature uniquement disciplinaire et non-dogmatique, qui est unique dans le Bullaire pontifical bien qu’elle fut très incidemment reprise dans le droit canon pie-bénédictin pour un motif étranger à  l’invalidation de l’élection pontificale, s’incline absolument. Lorsque l’élu vient d’être proclamé et désigné comme successeur de St. Pierre par le conclave, il est immédiatement purifié d’éventuelles fautes antécédentes. Il « est fait saint, de manière indubitable » comme le dit Grégoire VII, il est Pape, et comme l’écrit le cardinal Billot : « L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection (…) lequel acte (…) démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » Cette vérité à propos de la force infaillible de l’acte juridique de reconnaissance, le cardinal Louis Billot la reformulera également ainsi :

- « Dieu ne permettra jamais que l'Église toute entière reconnaisse comme pape quelqu'un qui ne l'est pas réellement et légalement.  De telle sorte que, dès qu'un pape est accepté par l'Église et qu'il est uni avec elle comme la tête est unie au corps, on ne peut plus élever le moindre doute que l'élection aurait été viciée… l'acceptation universelle de L'Église guérit à la racine n'importe quelle élection viciée. »  [16]

Refuser ce principe, c’est-à-dire ne pas reconnaître comme Pape celui élu par le conclave comme authentique Pontife de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, légitime successeur de Pierre, c’est être « anathème » selon les termes de Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [17] 

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dimanche, 01 août 2010

LA DOCTRINE DU SAINT EMPIRE

La théocratie pontificale selon Joseph de Maistre

 

 

théocratie pontificale.jpg

 

Aigle Saint Empire.jpg

L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire,

ne demeure que le « Sacerdoce Suprême »

pour se voir dévolu l’archétype éternel

du Saint Empire et le restaurer.

 

 

 

 

Joseph de Maistre.jpgTout le courant réactionnaire prend sa source chez Joseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain théoricien par excellence de la contre-révolution. Nombreux sont ses héritiers se réclamant directement de sa pensée, dont il nous faut citer, parmi les plus connus : Louis de Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume, le cardinal Pitra ou encore Louis Veuillot, sans oublier Dom Guéranger (1806-1875), le célèbre abbé de Solesmes, qui publia un livre d'essence purement maistrienne : « La Monarchie pontificale » (1870). [1]

 

La position de Maistre, à savoir la suprématie absolue du spirituel sur leDom Guéranger.jpg temporel, position remarquablement exprimée par Dom Guéranger, est d’une grande force de par son caractère évident pour un catholique : le pouvoir ecclésiastique est la source de toute autorité, c’est l’institution la plus vénérable et sainte qui fut jamais donnée aux hommes, parce qu’elle détient la mission, du point de vue surnaturel, de la garde de la « Révélation », dépôt sacré confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, Evêque de Rome et premier Pape.

 

I. Infaillibilité et Souveraineté

 

Saint Pierre.jpgAinsi donc, et il importe d’y insister, il ne saurait y avoir pour la perspectiveS. Pierre tiare.jpg contre-révolutionnaire authentique, alors que l’ensemble des structures anciennes se sont effondrées, de politique qu’exclusivement religieuse, ceci impliquant que toutes les autres préoccupations (de niveau national, régional, social, économique, humain, moral, culturel, etc.), qui ne concernent pas directement le rayonnement de l’Eglise et le triomphe de la Croix, aussi légitimes soient-elles - et même nécessaires selon les circonstances si elles relèvent d’impératifs vitaux immédiats - ne présentent en réalité aujourd’hui que des objectifs périphériques et subordonnés par rapport au combat essentiel puisque, de par l’absolue suprématie du spirituel sur le temporel, le seul élément sacré véritable dont tout dépend du point de vue de l’avenir européen, et qu’il faut défendre avec ferveur en concourant à en établir au plus vite le règne en une sorte de sainte croisade de chrétienté, ou de « Reconquista » à l’échelle du continent, est la Papauté.

 

chasuble-ihs.jpg

 

 

Seul importe aujourd'hui,

dans un mode en ruine livré au chaos,

le rayonnement de l’Eglise

et le triomphe de la Croix !

 

 

santa-sede_.jpgLe Pape est en effet « l’origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, le « Patriarche universel », pour saint Léon, le « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère, non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme le dira saint Jérôme, certes l’infaillibilité en matière théologique, mais surtout l’autorité supérieure sur le plan temporel et en premier lieu, de manière incontestable, le pouvoir suprême.

 

Il faut d’ailleurs ici faire intervenir une notion centrale chez Joseph de Maistre telle qu’exprimée dans son ouvrage Du Pape, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que la Tradition, c’est-à-dire la vraie religion « qui naquit le jour où naquirent les jours » unique fondement des lois directrices et du pouvoir, est appelée à dominer sur les institutions politiques - qui doivent être chrétiennes - tenues de se conformer aux enseignements de la Révélation divine. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde.» (Du Pape, I, chap. I). C’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre ultime, celui qui, au-dessus des Rois, des Princes et Empereurs chrétiens, détient l’autorité suprême et veille au respect du droit en œuvrant pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes », souligne avec fermeté Maistre qui, adhérant entièrement aux vues de Grégoire VII exprimées en 1075 dans ses Dictatus papae, s’appuie également sur les thèses de l’augustinisme politique telles que développées par Méliton de Sardes (IIe siècle) Eusèbe de Césarée (v. 265–339), et les partisans médiévaux de la théocratie pontificale dont, en particulier, Gilles de Rome (1247-1316), connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, désigné par l’Eglise comme doctor fundatissimus et theologorum princeps, auteur du De ecclesiastica potestate. [2]

 

De la sorte, dans la pensée maistrienne, infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'une sans l'autre, il s'agit de deux principes parfaitement identiques et équivalents devant exercer une domination totale sur l’ordre politique ici-bas, sachant que c’est l’Eglise, et elle seule, qui détient, maintient et a la possibilité de réveiller lorsque les temps adviendront, le Saint Empire.

 

Tiare papale.jpg
Pape empereur.jpg

 

 

Le pape est le maître absolu,

il est le seul titulaire légitime de l'Empire,

il est le vicaire du Christ,

l'empereur suprême !

 

 

Canossa Henri IV.jpgSoulignons que dans les Dictatus papae, Grégoire VII, qui sut s’imposer face aux velléités de l’empereurgregoire-vii.jpg Henri IV qu’il obligea à s’amender à Canossa, affirmait que la plénitude de pouvoir (plenitudo potestatis) est en possession du souverain pontife. En 27 points précis, le pape expliquait en quoi, dans la société chrétienne fondée sur la foi de l’Eglise, le pouvoir est détenu en propre par le sacerdoce auquel est soumis toute forme de pouvoir temporel. Grégoire VII affirmait que le pape est, de par le Christ dont il est le représentant sur cette terre, le seul et unique à détenir un pouvoir universel, incomparablement supérieur à celui des souverains, qu'il couronne, mais qu’il peut également déposer ou excommunier si nécessaire : « Dans la société chrétienne, dont la foi cimente l'unité, l'ordre laïque n'a d'autre fonction que l'exécution des commandements formulés par l'ordre sacerdotal. De cet ordre le pape est le maître absolu, il est le seul titulaire légitime de l'Empire, puisqu'il est le vicaire du Christ, l'empereur suprême. » Le pape rappelle, ce qui est fondamental sur le plan politique, qu’il est l'héritier, par Constantin, du cadre civilisateur de l’Empire romain et par là même, représente le Pontifex maximus, « l'Empereur suprême », faisant que tous les détenteurs d’un pouvoir temporel qui ne sont à la tête que de charges laïques au sein de la chrétienté, et en premiers les empereurs du Saint Empire qui, comme les Rois de France, péchèrent par orgueil, lui doivent soumission et obéissance. A ce titre, Grégoire VII dira à l'abbé de Cluny : « Nous portons le poids énorme des affaires spirituelles et séculières. » [3]

 

Clef-St-Pierre.jpgDe toute manière insiste Joseph de Maistre, si l’on y réfléchit, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’Histoire, depuis des siècles, plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse du respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’Unité des nations. De leur côté, les rois et empereurs se sont tous montrés incapables, divisés par leurs vanités nationales, dévorés par leur orgueil, aveuglés par des chimères, à assurer l’harmonie en Europe, démontrant, par l’exemple contraire, que tout pouvoir qui ignore sa subordination vis-à-vis de l’autorité spirituelle est un pouvoir vain, illusoire et vide de sens, ne pouvant agir que d’une façon désordonnée en se précipitant, inévitablement, vers sa perte

 

II. La Royauté française a perdu sa légitimité

 

Philippe le bel.jpg

 

La monarchie française est coupable

depuis Philippe le Bel et son rejet

de la bulle Unam Sanctam de Boniface VIII.

 

 

Boniface VIII.jpgAu titre de l’œuvre destructrice de l’Unité de la chrétienté, outre les empereurs germaniques qui portent une lourde responsabilité dans le chaos politique européen, passé et présent, et furent justement condamnés par Rome, la monarchie française, qui en a payé le prix fort en 1789, a, elle aussi, commis des fautes considérables, dont notamment le rejet par Philippe le Bel de la bulle Unam Sanctam (1302) de Boniface VIII, le pontife qui canonisa saint Louis [4], sans même s’étendre sur l’attitude scandaleuse d’un François Ier et son alliance coupable avec les Turcs, où sur l’apostrophe impie de Louis XIV à l’encontre d’Innocent XI lui déclarant, sans honte : « Vous êtes sacré avec une huile venant de la terre, et moi avec une huile venant du ciel !»

Ainsi Joseph de Maistre, très critique envers la monarchie française, considéra que la Révolution fut doncExécution Louis XVI.jpg un « Sermon de la Providence prêchait aux Rois », et signalera expressément que c’est l’Eglise, par les évêques, qui fit le Royaume de France : « Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme; s'il en manque, il n'est pas seulement affaibli, il est mutilé. Voyez son histoire. Au gouvernement des druides, qui pouvaient tout, a succédé celui des évêques, qui furent constamment, mais bien plus dans l'antiquité que de nos jours, les conseillers du roi en tous ses conseils. Les évêques ont fait le royaume de France ; rien n'est plus vrai. Les évêques ont construit cette monarchie comme les abeilles construisent une ruche. » [5]

St-Remy-BaptemeClovis2.jpgCertes, la France est dépositaire d’une haute dignité religieuse de par son « élection divine » qu’elle reçut lors du baptême de Clovis en 496 le jour de Noël et fit d’elle la fille aînée de l’Eglise, le Royaume aimé et chéri du Christ, la nation - « Tribu de Juda de l’ère nouvelle (…) choisie pour la protection de la foi catholique » selon s. Pie X [6], dotée de grâces magnifiques et d’un amour particulier de la part du Ciel. Mais ses actions indignes et son comportement orgueilleux, ont conduit ce pays à sa ruine ; non peut-être définitivement, mais actuellement et jusqu’à sa repentance, sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs, ne l’oublions-pas, si la monarchie est de “droit divin”, comme le rappellera justement Bossuet, cela implique une conséquence directe : le monarque de droit divin se doit d'obéir à Dieu, sous peine de perdre sa légitimité ! [7]

République.jpg

En raison de sa rébellion envers l’Eglise,

et parce qu’elle ne s’est pas libérée

du poison révolutionnaire,

la France a perdu sa dignité religieuse

et son élection divine !

 

liberté.jpgPourquoi l’a-t-elle perdue cette légitimité ? En raison de sa rébellion à l’égard de l’Eglise, mais aussi parce que le poison révolutionnaire, injecté lentement bien des siècles avant la chute de Louis XVI par des comportements royaux inexcusables envers la Papauté, est encore, comme il est aisément vérifiable, de partout présent dans les esprits et les institutions en France.


Voici l’explication que donne Maistre, montrant les deux causes de l’indignité actuelle de la nation française : « Des préjugés détestables avaient totalement perverti cet ordre admirable, cette relation sublime entre les deux puissances [monarchie et papauté]. A force de sophismes et de criminelles manœuvres, on était parvenu à cacher au roi très-chrétien l'une de ses plus brillantes prérogatives, celle de présider (humainement) le système religieux, et d'être le protecteur héréditaire de l'unité catholique. Constantin s'honora jadis du titre d'évêque extérieur. Celui de souverain pontife extérieur ne flattait pas l'ambition d'un successeur de Charlemagne; et cet emploi, offert par la Providence, était vacant! Ah ! si les rois de France avaient voulu donner main-forte à la vérité, ils auraient opéré des miracles ! » [8] Puis, Maistre se penche sur l’essence diabolique de la Révolution :  « Renversée à la fin par un orage surnaturel, nous avons vu cette maison, si précieuse pour l'Europe, se relever par un miracle qui en promet d'autres, et qui doit pénétrer tous les Français d'un religieux courage ; mais le comble du malheur pour eux serait de croire que la révolution est terminée, et que la colonne est replacée, parce qu'elle est relevée. Il faut croire, au contraire, que l'esprit révolutionnaire est sans comparaison plus fort et plus dangereux qu'il ne l'était il y a peu d'années. Le puissant usurpateur ne s'en servait que pour lui. Il savait le comprimer dans sa main de fer, et le réduire à n'être qu'une espèce de monopole au profit de sa couronne. Mais depuis que la justice et la paix se sont embrassées, le génie mauvais a cessé d'avoir peur ; et au lieu de s'agiter dans un foyer unique, il a produit de nouveau une ébullition générale sur une immense surface. »[9]

Declaration des droits de l'homme.jpg

L’esprit de la Révolution, par la France,

a, hélas ! pénétré de partout

et s’est répandu dans toute l’Europe.

 

cocarde révolutionnaire.jpgL’esprit de la Révolution a donc pénétré l’ensemble de la nation, et s’est ensuite répandu dans tous les Etats européens. Est-ce qu’à présent, à plus de deux siècles de distance, cet esprit infect n’est plus ? Bien au contraire écrit Maistre, il est plus encore redoutable car la France persiste plus que jamais dans son erreur républicaine et, comme il est aisé de le constater, ne s’est absolument pas repentie de ses horribles péchés : « Je demande la permission de le répéter : la révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans les temps passés. Elle est satanique dans son essence. Jamais elle ne sera totalement éteinte que par le principe contraire, et jamais les Français ne reprendront leur place jusqu'à ce qu'ils aient reconnu cette vérité. Le sacerdoce doit être l'objet principal de la pensée souveraine. » [10]


Révolution arbre.gifCette dernière phrase, après l’affirmation de la déchéance de la France tant qu’elle ne se sera pas purgée de l’esprit satanique qu’elle a généré depuis des siècles, est de la plus haute importance car elle signifie que l’éventuelle perspective de rétablissement de l’Ordre traditionnel, en France et en Europe, relève à présent d’un mouvement porté par une action de nature étroitement et exclusivement religieuse.

 


III. Les erreurs de Charles Maurras

 

Royalisme.jpgCette position originale, qui tranche d’avec toutes les autres théories politiques, en particulier avec la pensée de Charles Maurras (1868-1952) et de l'Action Française [11], va être à l’origine d’un certain nombre de visions pour le moins arrêtées, reprises par les penseurs contre-révolutionnaires, au sujet du rôle qui revient à l’institution catholique qui, face à  l’effondrement de la monarchie dont on constate qu’elle est incapable de se régénérer - même si sur le plan de la « raison politique » la royauté reste le meilleur régime pour la France – doit reconstruire et réédifier l’ancien ordre détruit et brisé.

 

Charles Maurras.jpg

Le providentialisme de Joseph de Maistre,

s’oppose radicalement aux conceptions

de Charles Maurras.

 

Auguste Comte.jpgD'essence profondément monarchiste, le providentialisme maistrien est cependant très éloigné des conceptions de Charles Maurras, agnostique, marqué par le positivisme philosophique d'Auguste Comte, s’appuyant sur une analyse tirée de la raison naturelle, car il participe d'un constat simple, mais cependant obligeant du point de vue doctrinal, c'est qu'il ne peut plus être question, en toute logique, d'envisager, pour les sociétés humaines, une « politique » basée sur l'expérience, ou de se référer à la validité d'une prétendue « loi » organique qui viendrait légitimer, aidée par la raison empirique, c'est-à-dire pervertie et obscurcie puisque l’ordre naturel a été souillé par le péché, une constitution ou un régime. Ainsi Joseph de Maistre, loin d'être le théoricien de la « politique expérimentale » fut, bien au contraire, celui par excellence du caractère rigoureusement irrationnel de la science politique. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration sur ces sujets, constatera-t-il, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois inaccessibles à l'entendement classique, guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles sous la conduite de la Divine Providence.

 

Maistre, et c’est là un aspect important de sa pensée, ne fonde pas sa doctrine de la légitimité politique, contrairement à Maurras, sur la « naturalité » ou la raison, mais sur le caractère sacré et religieux du pouvoir dans son lien à l’Eglise. S’il eut recourt, de rares fois, aux leçons de la politique expérimentale pour renforcer son discours, il ne se laissa jamais abuser par les leçons qu’elle donne, comme il le mit en lumière par cette courte sentence : « Le réel est traversé par tant d’irrationalité qu’on trouve presque toujours la théorie la plus plausible contredite et annulée par l’expérience. » [12]

 

Dès lors, c’est précisément cette irrationalité du réel qui est, selon Maistre, la marque même de laJoseph de Maistre portrait.jpg volonté divine au sein de l’Histoire. Le caractère incompréhensible du développement historique sera donc à l’origine de la théorie maistrienne de l’intervention providentielle. La politique pour Maistre, contrairement à ce que prétendit Maurras, n’est pas une science raisonnée, mais le constat de l’ignorance des plans divins et l’aveu, par les hommes, d’une impossibilité à en maîtriser la logique. La perspective politique selon Joseph de Maistre devint ainsi très claire : le divin se manifeste dans l’Histoire en n’obéissant à aucune loi humaine. Cette notion est non seulement en radicale opposition avec les Lumières qui voulurent placer la « Raison » et le « Contrat » au centre de la cité, puisque pour Maistre « l’état de nature » est une fiction et « une contre nature. » [13], mais elle s’oppose également en tous points, en particulier de par sa conception de la théocratie pontificale fondatrice de l’Empire, à la pensée de l’auteur de l’Enquête sur la monarchie (1900) et à son royalisme fondé sur la raison le limitant aux frontières de la nation.

 

burke.jpgLa politique selon Maistre n’eut jamais pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels : « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir [14] S'inscrivant intégralement dans l’étonnement métaphysique, la politique pour Maistre est, selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’Histoire ; Dieu dont le Pape est le représentant en ce monde, le « Vicaire » par excellence, et le Saint Empire l’incarnation organique la plus aboutie du point de vue politique.

 

 

III. Infaillibilité et Souveraineté

 

 

Saint Pie V.jpg

« Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu

ne peut jamais être Empereur ! »

S. Pie V

 

pie_v.jpgQue soutient Maistre, d’ailleurs, pour être plus précis encore ? Tout simplement que le seul horizon politique véritable pour un membre de l’Eglise c’est la chrétienté, c’est-à-dire « l’Unité spirituelle des nations européennes » à laquelle il convient de travailler, et que les monarques français, pas plus que le empereurs germaniques, n’ont ni su ni voulu édifier. Cette unité doit être préparée, construite, élaborée par une bénéfique union des différents pouvoirs nationaux - bienfaisante et souveraine harmonie unificatrice qui ne peut être exercée que par l’autorité suprême du sacerdoce : la Papauté. Les pontifes romains furent d’ailleurs toujours attachés à la dignité de l’Empire, et n’hésitèrent pas, tel s. Pie V, à reprendre vertement les empereurs ou les monarques français lorsqu’ils oublièrent la valeur du titre d’Empereur. En effet, lorsque Charles IX donna, dans une lettre envoyée à Rome, le titre d’Empereur au chef des turcs, le Pape lui répondit ceci : « Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu ne peut jamais être Empereur ! Donner le titre d’Empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal. »

 

 

Pape souverain.jpgL’attachement de Joseph de Maistre au Pape, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saintSaint bernard de claiveaux.jpg Bernard, relève donc d’une idée fort précise qui transparaît sous chacune de ses lignes, et que l'on peut résumer de la manière suivante  : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeure que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire et le restaurer.

 

Pie IX.jpg

« L’infaillibilité dans l’ordre spirituel

et la souveraineté dans l’ordre temporel

sont deux mots parfaitement synonymes.»

 

 

Pie IX tiare.jpgDe ce fait, l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, notion spirituellePapauté.jpg fondamentale qui fait l’objet d’un important développement dans le livre Du Pape, fut, à la suite de Joseph de Maistre, l'idée centrale des penseurs catholiques après la Révolution qui constatèrent l’échec des nations et des souverains à édifier la chrétienté, au point que les évêques firent en sorte que cette notion soit adoptée le 18 juillet 1870 par la deuxième constitution dogmatique Pastor Æternus du Concile de Vatican I.

Il faut donc comprendre le sens politique de l’infaillibilité, qui n’a d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés. Maistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » [15]

 

Conclusion

charlemagne couronné.jpg

Il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui

que religieuse et continentale,

s’exerçant par un pouvoir reçu

de l’autorité spirituelle.

 

 

 

Ordre impérial.gifLa perspective de restauration contre-révolutionnaire, telle que théorisée par Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversée par une vision : le Pape est le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction et sa dimension d’infaillibilité, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Le Principe de la suprématie du spirituel, que Maistre expliquera en 1814 dans sa Préface à l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, et que Pie IX rappellera dans le Syllabus en 1864, n’est pas de nature uniquement « politique », car il est tout d'abord établi sur une évidence sacrée d'ordre métaphysique, il est placé sous la dépendance d'une perspective étroitement et rigoureusement transcendante et religieuse. D’où l’idée maistrienne, caractéristique, qu’il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui que religieuse et continentale, s’exerçant par un pouvoir temporel reçu par délégation de l’autorité spirituelle.

De la sorte, ne croyons pas que cette doctrine de la primauté absolue de l’autorité spirituelle soit uneTriregnum.jpg simple vue de l’esprit, une position idéologique parmi d’autre. Ce serait là une grave erreur. En effet, la question de l'origine divine du droit sur le plan politique, fonde et donne en réalité sa légitimité à la doctrine catholique de l'infaillibilité, car elle touche à la Vérité originelle de la Révélation dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire, et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur. Si l'autorité spirituelle redevient un jour, et il faut l’espérer, témoigner, œuvrer et prier en ce sens, la source de toute souveraineté en Europe, il en résultera une solide et salvatrice cohésion politique, une unité durable où les différentes nations, et leurs Souverains, participant enfin d’un projet commun sous les bannières frappées du signe de la Croix de la Rome catholique et éternelle, donneront naissance à une nouvelle chrétienté rayonnant sur le monde, par le rétablissement du Saint Empire, des Lumières de l’Evangile et des Vérités de la sainte religion du Christ.

Aigle bicéphale Saint empire.jpg

Notes.

 

1. L'influence de Joseph de Maistre dans les milieux d'Eglise, se remarque nettement dans l'œuvre du Cardinal Pitra (1812-1889), ardent défenseur d'une « Tradition » unique se transmettant depuis la Révélation fondée sur la connaissance sacrée du symbolisme, et trouvera chez Gustave de Bernardi (1824-1885), écrivain comtadin, un très fervent avocat se signalant par la publication d'un livre remarquable : « La Vérité divine et l’idée humaine ou Christianisme et révolution » (1870), dans lequel est clairement montré la contradiction irréductible qui sépare « l’homocentrisme » révolutionnaire et le théocentrisme contre-révolutionnaire.

2. On le sait, tout un courant moderniste dans l’Eglise au XXe siècle, et ce avant même Vatican II, oeuvra à dénoncer l’augustinisme politique. De nombreux clercs mirent ainsi un point d’honneur à affirmer, en critiquant les conceptions médiévales, que du point de vue de l’autorité temporelle, la perspective spirituelle devait se retirer et se conserver dans une distante réserve. Beaucoup critiquèrent la tendance, propre à s. Augustin, qui tendait  à effacer “la séparation formelle de la nature et de la grâce” qui spécifie, en effet, la pensée politique de l’évêque d’Hippone, et qui eut pour conséquence l'intégration dans ses finalités de l'ordre naturel dans l'ordre surnaturel, du droit naturel dans la justice surnaturelle, du droit de l'Etat dans celui de l'Eglise, intégration qui s’opéra lors de la réforme grégorienne. Dans son ouvrage : L'augustinisme politique, essai sur la formation des théories politiques au Moyen-Âge, Vrin, 1934, dont l'intention était d’écarter de l'Église toute prétention théocratique, Henri Xavier Arquillière soutiendra que l'augustinisme politique ne fut pas respectueux de l'autonomie de l'ordre temporel, erreur caractéristique de s. d'Augustin d’après-lui, et que seul s. Thomas put délivrer l'Eglise des pièges conceptuels forgés par l'auteur de la Cité de Dieu. Cette thèse contestable est, hélas ! devenue celle de l’Eglise moderne, qui a abandonné ses conceptions traditionnelles au profit de vues démocrates en contradiction d’avec les principes séculaires qu’elle observa jadis. A signaler, parmi les critiques les plus virulents de l’augustinisme politique, Henri de Lubac, qui n’hésitera pas à aller jusqu’à contester la pertinence historique et théologique de la notion même d’augustinisme politique : Augustinisme politique ?, in Théologies d’occasion, DDB, 1984, pp. 255-308. Pourtant, n’en déplaise à Henri de Lubac et aux critiques contemporains de l’augustinisme politique, la théocratie pontificale est une théorie, comme le démontrent les nombreuses références à Augustin chez les auteurs du Moyen Age - il suffit de lire le De ecclesiastica potestate deGilles de Rome - qui trouve effectivement ses racines dans la Cité de Dieu dont la position est simple : l'Eglise est la figure sur la terre de la Cité du ciel, son rôle est de faire régner ici-bas la paix et la justice véritables, et pour atteindre ce but doit subordonner les nations chrétiennes à son autorité. De fait, et on ne peut nier que s. Augustin ait jugé légitime le recours au bras séculier pour lutter contre les hérétiques et les schismatiques, l’évidence d’une soumission du pouvoir temporel aux perspectives de l’Eglise se trouve bien sous la plume de l’auteur des Confessions, ce que souligne d’ailleurs explicitement Etienne Gilson : “Que l'Etat puisse, et doive même être éventuellement utilisé pour les fins propres de l'Eglise, et, à travers elle, pour celles de la Cité de Dieu, c'est un point sur lequel Augustin n'aurait certainement rien à objecter (...) Bien qu'il n'en ait jamais expressément formulé le principe, l'idée d'un gouvernement théocratique n'est pas inconciliable avec sa doctrine, car si l'idéal de la cité de Dieu n'implique pas cette idée, elle ne l'exclut pas non plus.” (E. Gilson, Introduction à l'étude de saint Augustin, Vrin, 1943, p. 239-240). Gilles de Rome, déjà évoqué, qui fut sans doute le rédacteur de la bulle Unam Sanctam (1302) promulguée par Boniface VIII, était donc parfaitement fondé lorsqu’il écrivait : « Cette Eglise, une et unique, n'a qu'un corps, une tête, non deux têtes comme les aurait un monstre : c'est le Christ et Pierre, vicaire du Christ, et le successeur de Pierre. Quiconque résiste à cette puissance ordonnée par Dieu résiste à l'ordre de Dieu (Rm 13, 2) ».

3. Avant Grégoire VII, c’est le pape Gélase 1er (492-496) qui exerça une influence déterminante sur la pensée politique du Moyen Âge, qui établira la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, affirmant l’infinie supériorité du spirituel par ce principe : « Devant Dieu, le pape est responsable de l’empereur. » Ainsi donc, lors de la querelle des Investitures qui opposa la papauté et le Saint Empire romain germanique, entre 1075 et 1122, les déclarations de Grégoire VII dans ses Dictatus papae de 1075, vont prendre une importance considérables, et définir la position de Rome pour les siècles à venir qui s’imposera lors du Concordat de Worms en 1122. Cette querelle va avoir des conséquences considérables sur l’Eglise. En effet, à partir de Victor II, les souverains pontifes vont imposer à ce que le Pape soit élu par le collège des cardinaux et non plus désignés par l'empereur. Une fois ce principe acquis, ils luttèrent ensuite contre l'investiture des évêques par l'empereur - évêques, avec les ordres monastiques, qui furent la clef de voûte du pouvoir impérial. L'enjeu était donc clair : l'Occident devait devenir une théocratie pontificale. D’ailleurs, en 1139, Innocent II convoqua le deuxième concile de Latran, faisant valoir le caractère légitime de la domination du sacerdoce sur le pouvoir temporel et de sa revendication de la couronne impériale de Constantin.. Le concile proclamera dans ses actes : « Rome est à la tête du monde. »  En 1198, dans la lettre Sicut Universitatis Conditor adressée par Innocent III au Consul de Toscane, fut donc parfaitement décrit ce que le pape considérait comme devant être le rapport entre le pouvoir temporel et le pouvoir pontifical. Comparant le pouvoir pontifical au soleil et le pouvoir temporel à la lune, il affirmait que le pouvoir temporel reçoit sa lumière du pouvoir pontifical, en soulignant que la dignité du pouvoir temporel perd de sa splendeur si elle ne prend pas sa lumière de l'autorité pontificale. L’ultime épisode de la lutte du sacerdoce et de l’Empire opposera Frédéric II et les papes Grégoire IX et Innocent IV, ce dernier, réunissant à Lyon un concile en 1245, y déposera l’empereur et déliera ses sujets de leur serment de fidélité à son égard - ce qui créa une désorganisation totale dans ses Etats - le pape montrant ainsi qu’il était bien le maître du pouvoir temporel puisque capable de priver un souverain de son pouvoir politique. Le concile de Lyon sera le point culminant de la définition comme de l’imposition des vues politiques et théologiques de la papauté. Rappelons que sur le plan historique, l'Empire, tissu monarchique et corporatif dirigé par l’empereur porteur de l’idée d’unité provenant de l’Empire romain, est né à Noël de l'an 800 lors du couronnement de Charlemagne par Léon III, établissant ce que les clercs nommeront la translatio imperi selon laquelle la toute-puissance temporelle de l’Imperium passa des Romains aux Germains. Mais c'est sous la dynastie des Ottoniens, au Xe siècle, que se forma véritablement l’Empire à partir de l'ancienne Francie orientale carolingienne, ou Regnum Francorum orientalium. La désignation Sacrum Imperium fut utilisée pour la première fois en 1157, et le titre Sacrum Romanum Imperium (Heiliges Römisches Reich) semble apparaître vers 1184 pour être employée de manière définitive à partir de 1254. Le complément Deutscher Nation (Nationis Germanicæ) ne fut ajouté qu’au XVe siècle. Sur le plan symbolique, le Saint-Empire romain germanique cessa d’exister le 6 août 1806, lorsque François II déposa solennellement sa couronne, déclarant dans son acte d’abdication : « Nous considérons comme dissous les liens qui, jusqu'à présent, Nous ont attaché au corps de l'Empire germanique, (…) Nous sommes libéré de tous Nos devoirs envers cet Empire. » Depuis cette date, mais ceci était vrai dès l’origine, c’est le pape qui reste seul en Europe détenteur de la légitimité de l’Empire.

4. Nous l’avons déjà dit plusieurs fois, mais il importe d’y insister fortement tant ce fait aura de terribles conséquences, la Royauté française est gravement coupable et s’est maintenue en état de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus scandaleux de Philippe le Bel de se soumettre aux justes demandes de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposer dans toute la chrétienté pour préserver l'unité de la religion et des Etats, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il développait, en des termes précis et sages, la fameuse théorie des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » L’attitude, extrêmement fautive de Philippe le Bel, aura ensuite des conséquences désastreuses, puisqu'en revendiquant une fallacieuse indépendance à l’égard de Rome à l'intérieur de son royaume, et rentrant en conflit avec le Pape, le Roi de France sera à l'origine du morcellement fratricide et stérile de l'empire chrétien, puis de l’hostilité continuelle du Royaume envers la Papauté ce qui l’aura conduit de la Révolution de 1789 à sa présente ruine.

5. J. de Maistre, Du Pape, livre premier, ch. II, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1928. Maistre poursuit : « Les conciles, dans les premiers siècles de la monarchie [française], étaient de véritables conseils nationaux. (…) Le christianisme pénétra de bonne heure chez les Français, avec une facilité quine pouvait être que le résultat d'une affinité particulière (…) Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique dans le monde (…) Le sceptre français brilla à Jérusalem et à Constantinople. Que ne pouvait-on pas en attendre? Il eût agrandi l'Europe, repousse l'islamisme et suffoqué le schisme ; malheureusement il ne sut pas se maintenir. Aucune nation n'a possédé un plus grand nombre d'établissements ecclésiastiques que la nation française, et nulle souveraineté n'employa plus avantageusement pour elle un plus grand nombre de prêtres que la cour de France. La plus haute noblesse de France s'honorait de remplir les grandes dignités de l'Église. Qu'y avait-il en Europe au-dessus de cette Église gallicane, qui possédait tout ce qui plaît à Dieu et tout ce qui captive les hommes : la vertu, la science, la noblesse et l'opulence ? » (Ibid.)

6. S. Pie X, Allocution, 13 décembre 1908, in Marquis de la Franquerie, La Mission divine de la France, p. 16. Dans Nobilissima Gallorum Gens, Léon XIII s’adressait également aux français en déclarant : « Vos ancêtres ont signalé leur vertu en défendant par toute la terre le nom catholique, en propageant la foi chrétienne parmi les nations barbares, en délivrant et protégeant les saints-lieux de la Palestine, au point de rendre à bon droit proverbial ce mot des vieux temps : ‘‘Gesta Dei per Francos’’. » (Lettre Apostolique, t. I, p. 227.) Il y a d’ailleurs au sujet de la royauté française, de par le miracle de la descente du saint chrême lors du sacre de Clovis, un refus chez certains légistes et clercs médiévaux de considérer le pouvoir royal comme subordonné à la papauté puisque dépendant directement de Dieu. D’aucuns virent même dans la cérémonie du sacre, comparable à quelques égards à l’onction que reçoivent les évêques, une sorte de huitième sacrement, qui confèrerait au Roi une dimension quasi sacerdotale, sacrement non transmis mais simplement administré par l’Eglise, faisant que la conception de la source de l’autorité dans le royaume fut de regarder que le pouvoir politique français, contrairement aux Empereurs du Saint-Empire romain germanique, ne provenait pas du Pape. Cette situation, que l’Eglise désigna sous le nom de « Privilège de Reims » (cf. Victor II, Urbain II et Innocent III), est à l’origine d’une attitude, qui ne sera pas sans créer bien des difficultés, visant à ne reconnaître en droit politique aucune autorité ecclésiale au-dessus du monarque français. Il est à noter que saint Thomas d’Aquin, dans le De Regno – dans lequel il montre que c’est bien par le Pape que s’effectua le passage de la couronne de l’Empire : « le pape Adrien transféra l’empire [par Charlemagne] des Grecs aux Germains » (De Regno, liv. III, ch. XVII), s’est élevé avec fermeté contre cette prétention française, quelque peu exagérée, et refusa avec force l’idée que le sacre royal puisse consister en un « sacrement », affirmant : « Les roys n’ont aucun pouvoir sur les choses spirituelles ; ils ne reçoivent donc pas la clef du Royaume des cieux, mais seulement une autorité sur le temporel, autorité qui, elle aussi, ne peut venir que de Dieu (…). L’onction du sacre ne leur confère aucun ordre sacré, mais signifie que l’excellence de leur pouvoir descend du Christ, de telle sorte que c’est sous l’autorité du Christ qu’eux-mêmes règnent sur le peuple chrétien. » (IV Sent., D. XIX, q. 1, a 1, ad. 2.)

7. J.B. Bossuet, La Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, 1679.

8. Du Pape, op.cit.

9. Ibid.

10. Ibid.

11. Maurras.jpgSi nous ne pouvons que déplorer la scandaleuse condamnation de l'Action française en 1926, par le pape Pie XI, qui alla jusqu’à classer certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits », condamnation heureusement levée en 1939 par Pie XII, alors que Maurras, et ceci fort légitimement eu égard à son talent littéraire, venait d’être élu à l'Académie française, néanmoins on fera difficilement de l’auteur d’Anthinéa (1901) ou Kiel et Tanger (1910), un « descendant intellectuel » de Joseph de Maistre comme il a pu être écrit un peu rapidement. En effet, admirateur de la philosophie positiviste d’Auguste Comte dans laquelle il voyait une réponse à l'idéalisme allemand, Maurras avait une conception purement utilitariste de la religion catholique. Voyant dans l'Église une simple composante organique de la nation intimement liée à l'Histoire de France, il ne considéra en elle que sa possibilité d’unification structurelle du corps social national n’accédant, évidemment, ni à sa dimension d’universalité fédératrice de la chrétienté, ni à son mystère spirituel. Ainsi affirmer, comme le soutient un récent ouvrage, qui pèche par bien des approximations, une méthodologie plus que discutable et des légèretés inexcusables, que Maurras se serait livré à une captation d’héritage des théocrates les utilisant comme de « véritables masques (…) qu’il a lui-même modelés pour séduire des publics proches de ces autorités contre-révolutionnaires » (T. Kunter, Charles Maurras, la Contre-révolution pour héritage, Nouvelles éditions latines, 2009, p. 194), n’est cependant pas entièrement faux. Toutefois, reconnaissons à Maurras une influence plus que positive sur le national-catholicisme au Mexique, le catholicisme brésilien, le mouvement Cursillos de la Cristiandad fondé en 1950 par l'évêque de Ciudad Real, Mgr Hervé, sans oublier Salazar au Portugal, dont la doctrine politique de l’Estado Novo fut élaborée en s’inspirant ouvertement des idées maurassiennes, ce qui est tout de même d’excellents fruits à mettre au crédit du théoricien du nationalisme intégral.

12. J. de Maistre, Préface de l’Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Cattier, 1882.

13. J. de Maistre, Oeuvres Complètes, t. VII, 1854, p. 526.

14. J. de Maistre, Les Soirées de St. Pétersbourg, X, Œuvres Complètes, t. V, p. 188.

15. Du Pape, op.cit. La constitution dogmatique Pastor Æternus (1870),affirmera en des termes extrêmement forts la primauté du pontife romain en matière doctrinale : « Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra (…) jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut. (…) le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles (...) Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » (Constitution dogmatique Pastor Æternus, publiée par le premier concile du Vatican, votée lors de la quatrième session, proclamée solennellement par le pape Pie IX le 18 juillet 1870).

16. J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.

17. Du Pape, op.cit., ch. IV.

18. Ibid.

19. Ibid.

20. Ibid.

21. Ibid., ch. VI.

 

 

 

 L e  p r o b l è m e   d u  s é d é v a c a n t i s m e

 

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« Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. »

    Du Pape, Joseph de Maistre, 1819

 

En écho à un débat sur La Question Actualités, nous croyons nécessaire de souligner ici, en marge de notre article, une certitude fondée en raison naturelle et en conviction surnaturelle, certitude que nous recevons du célèbre auteur Du Pape, le comte Joseph de Maistre, qui fit tant pour défendre l’institution de la Papauté, et qui se résume à cette affirmation :

 « Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. » 

C'est pourquoi, notre conviction profonde, explique la raison de notre position légitimiste en matière d’autorité ecclésiale, qui rejoint entièrement celle de Joseph de Maistre : la monarchie romaine fonde, fait et établit l’Eglise, et nul ne peut de sa propre volonté, du haut d'un imaginaire tribunal surgi de son jugement subjectif de simple laïc, voire de prêtre, d’évêque ou même de cardinal, décider de son propre chef de ne plus reconnaître le Souverain Pontife. Certes les erreurs modernistes considérables soutenues lors du concile Vatican II ont, légitimement, de quoi troubler bien des âmes catholiques. Cependant rien ne dépasse en valeur, la nécessité, par économie de suppléance vitale, la préservation absolue de l'institution Pontificale, d’autant en temps de crise extrême telle que nous la connaissons aujourd'hui, car une cessation de la visibilité de la charge pétrinienne conduirait à un mal plus grand encore facteur d’une destruction certaine pour l’Eglise.

Ainsi, la thèse sédévacantiste ne permet pas de résoudre une interrogation majeure et centrale, celle de savoir comment l’Église peut-elle continuer d’exister sans un pape à sa tête ? Si l’on suit la conviction des partisans de la vacance du Saint-Siège l’Eglise n’existerait plus.

Mais dès lors qu’il y a l’Eglise, et Eglise il y a, il y bien un Pape qui la gouverne.

 Cajetan d’ailleurs considère qu’il faut une déclaration officielle d’un concile pour déposer un pape ! La religion conciliaire subvertit l’Eglise, mais la position sédévacantiste, en tant qu’elle conduit à un ecclesiovacantisme, est beaucoup plus subversive car elle fait mourir l’Eglise, et elle aboutirait, si elle était suivie massivement, à ce qu’il n’y ait il n’y a plus de combat possible dans l’Eglise, hormis le combat pour avoir raison sur le papier, combat qui est finalement stérile du point de vue religieux.

 

Notre analyse du sujet : 

LE SEDEVACANTISME EST UN PECHE MORTEL !

(fichier pdf téléchargeable de 33 pages)

 

 

REPONSE AU DEFI DE L’ABBE HERVE BELMONT

 

 

 

vendredi, 12 mars 2010

L'antijudaïsme chrétien

ou

 

L’histoire de la réaction

contre la conjuration anticatholique en Europe

 

Pie IX.jpg
Sept douleurs.jpg

« Les tempêtes qui assaillent l'Eglise 

sont les mêmes que celles subies à ses origines;

elles étaient alors provoquées par les Gentils,

par les gnostiques et par les Juifs

et les Juifs y sont aussi présentement. » 

 

- Sa Sainteté Pie IX, Discours, le 12 février 1874  -

  

 

 

Pape Pie IX.jpgSi saint Pie X pouvaient s’appuyer sur les textes des docteurs de l’Eglise, dans lesquels apparaît clairement une ferme dénonciation des erreurs judaïques, et ceux de l’Ecriture sainte elle-même (s. Jean, s. Pierre et s. Paul se distinguent par leurs propos sévères), jusqu’à s. Jérôme, s. Augustin, s. Jean Chrysostome, en passant par s. Bernard, s. Thomas d’Aquin et s. Dominique, étrangement, dans les écrits des auteurs chrétiens précédant le milieu du XIXe siècle, le problème Juif, et celui du judaïsme plus globalement, n’occupera plus une place éminente et centrale dans les ouvrages, comme cela avait été le cas auparavant.

 

On l’évoque certes, mais de façon quasi auxiliaire et périphérique. Il n’est pas situé, ou présenté, comme cela adviendra plus tard, au centre des dangers encourus par la civilisation occidentale. Il faudra le traumatisme violent et terrifiant de la Révolution française, qui s’étendit à toute l’Europe en peu de temps, ayant pour conséquence l’abandon des lois protectrices dont s’étaient dotés les Etats chrétiens et l’entrée massive des Juifs dans la société, notamment en France, pour que s’impose l’idée d’une conjuration ourdie depuis fort longtemps, et qu’apparaisse de manière centrale le thème d’une volonté très lointaine de la Synagogue d’abattre la chrétienté. 

 

 

I - Joseph de Maistre : précurseur de l’antijudaïsme catholique

 

Joseph de Maistre.jpgL’un des plus grands analystes de la Révolution et de ses causes, Joseph de Maistre, a parfaitement théorisé la nature de cet événement saisissant, le définissant comme étant : « Satanique dans son essence, satanique parce que rebelle à l’autorité, c’est-à-dire à Dieu. » [1]. L’unique alternative possible, pour Maistre, face à un monde ruiné et détruit, déchu de sa souveraineté, était le recours à la papauté : si “la Révolution est l’erreur”, dira-t-il, si elle “est satanique dans son essence, elle ne peut donc être tuée que par la papauté, qui est la vérité, puisqu’elle est le Christ en terre”. Il faut donc réunir à nouveau l’Eglise et l’Etat, le trône et l’autel.

 

Ce qui est tout à fait extraordinaire avec Joseph de Maistre, c’est qu’il fut sans doute le premier, parmi les penseurs contre-révolutionnaires (Bonald, Lamennais, Blanc de Saint-Bonnet, etc.), à un moment où aucun auteur ne soulevait ce problème, à dénoncer la menace judaïque, exposant longuement dans ses écrits, la nécessité pour les Etats chrétiens de maîtriser les fils d’Israël afin d’éviter qu’ils ne parviennent, par leurs manœuvres et funestes industries, à corrompre les fondements de l’ordre social chrétien.

Lamennais.jpg

Hugues-Félicité Robert de Lamennais (1782-1854),

disciple de Joseph de Maistre et contre-révolutionnaire

dans les premiers temps de son activité doctrinale.

 

 

 

Augustin_Barruel.pngD’ailleurs, dans son étude, G. Miccoli, sur lequel s’est appuyé l’abbé Curzio Nitoglia lors de son examen approfondi ettapis maître.gif remarquable du sujet : « Contre-révolution et judéo-maçonnerie » [2], affirme : “Dans la conspiration des sophistes, des philosophes, des impies, des francs-maçons dépositaires du secret suprême de la secte, des jacobins, telle qu’elle est reconstruite et racontée par Barruel [Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme, Londres 1797-98], les Juifs n’ont pas de part. Tout comme ils ne figurent pas dans les autres analyses contemporaines qui décrivent et découvrent les caractères de la “révolution”: cela vaut pour toutes Les Considérations sur la France [1797] de Joseph de Maistre… La polémique antimaçonnique qui fit rage parmi les émigrés français ne connaît pas trace des Juifs, sinon pour dénoncer les faveurs qui leur furent concédées. La liste des conspirateurs qui ont comploté pendant des décennies contre le trône et l’autel devient le lieu commun de toute une presse d’actualité secondaire : elle ignore les Juifs.” [3] Ainsi que le fait voir l’abbé Nitoglia : « Le Judaïsme est encore totalement absent dans l’excellent travail, en douze volumes, que Mgr Jean-Joseph Gaume dédie à La Révolution, entre 1856 et 1858. Il y approfondit le problème du césarisme ou gibelinisme, comme retour de la philosophie politique païenne, qui en niant la subordination du Souverain temporel au Pape est source de la Révolution ou de désordre, de l’Humanisme et de la Renaissance comme étapes fondamentales du réveil de l’esprit païen, non seulement dans le domaine politique mais également dans celui des tendances et passions humaines, qui portera au Protestantisme et à la Révolution française. » (J. Gaume, La Révolution. Recherches historiques sur l’origine et la propagation du mal en Europe depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, Paris, 1856-1858.) » [4]

 

II -  Les contre-révolutionnaires anti-judaïques

 

Cependant très vite, en raison d’évènements inquiétants, dont l’accroissement de la population juive et l’entrée des israélites dans les divers rouages de la société civile à la faveur de l’abandon des anciennes législations protectrices [5], le thème va s’imposer de façon constante et régulière, au point de devenir, ceci en conformité avec les orientations du Saint-siège, l’élément principal de la critique contre-révolutionnaire, qui regardera désormais le Judaïsme comme la cause principale des désordres du temps.

 

 Joseph Lemann.gifParmi les auteurs qui, au XIXe siècle, dénoncèrent le rôle nocif exercé par la Synagogue, il faut citer Mgr Léon Meurin s.j., expert en hébreu et en sanscrit (évêque in partibus d’Ascalona, puis archevêque titulaire de Nisibi et évêque résident de Port-Louis), qui publia  La franc-maçonnerie synagogue de Satan (1893), les abbés, puis évêques, Joseph et Augustin Lemann, et bien sûr Gougenot des Mousseaux avec son ouvrage : Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens (1869). On notera toutefois que dès 1830, un abbé italien, Luigi Chiarini [6], enseignant d’Antiquités Orientales à Varsovie,  publiait à Paris un ouvrage en deux volumes, intitulé “Théorie du Judaïsme” dans lequel il révélait le visage authentique du Judaïsme talmudique (c’est sur cet ouvrage que s’appuyèrent Giuseppe Oreglia et Gougenot des Mousseaux).

 

Le Judaïsme devenait sous la plume de ces auteurs, le symbole de la nouvelle civilisation sécularisée qui avait apostasié, précisément parce que par formée par l’Eglise, après de longues années de conjuration antichrétienne et de complot : « La conspiration antichrétienne devenait ainsi l’œuvre éminente des Juifs pour abattre l’Eglise du Christ et les porter à la domination du monde. » [7]

 

III -  Les déclarations anti-judaïques de Pie IX

 

Ce qui est intéressant pour notre sujet, c’est de voir que l’ensemble des études effectuées par les penseurs contre-révolutionnaires, vont être accueillies avec attention par Rome, au point même que les thèses qui avaient été publiées sous forme d’ouvrages destinés à un large public, vont se retrouver, quasi intégralement, sous la plume des papes.

 

Saint Michel archange.jpgA cet égard, les discours de Pie IX, après 1870, sont tout à fait significatifs. En effet, Pie IX ne manquera pas de prononcer des paroles très dures, et éminemment explicites, contre les Juifs, dont on sait qu’ils prirent la tête, ou furent à l’origine tout au moins, de tous les actes révolutionnaires de brigandage visant à abattre l’Eglise. Le Saint Père ira jusqu’à qualifier les Juifs d’un terme très sévère, surtout dans la bouche d’un pape, puisqu’il les nommera des “chiens” : « Ils sont devenus tels de “fils” qu’ils étaient, pour leur dureté et incrédulité, et de ces chiens - ajoute le pontife - il y en a malheureusement trop aujourd’hui à Rome, et nous les entendons aboyer par toutes les rues, et ils nous harcèlent partout. » [8] 

 

 

 

 

 

 

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Le pape Pie IX déclara que les Juifs
représentaient aujourd'hui la "Synagogue de Satan"

 

 

 

a) Etsi multa luctuosa

 

Pius IX.jpgMais le pape ne s’arrête pas à ces paroles d’une impressionnante dureté, il poursuit ainsi, au moment où la presse anticléricale laissait publier d’authentiques ordures à l’encontre de l’Eglise catholique : « Les juifs sont des “bœufs”, qui ne connaissent pas Dieu, et écrivent des blasphèmes et des obscénités dans les journaux, mais viendra un jour, terrible jour de la vengeance divine, où ils devront rendre compte des iniquités qu’ils ont commises. » [9]

 

On le constate, les déclarations pontificales sont, à cette époque qui venait de subir les outrages scandaleux de l’esprit révolutionnaire au point de menacer le Vatican et de mettre en péril l’Eglise, très éloignées du discours politiquement correct et des ellipses stylistiques [10]. Pie IX exposera  ainsi, avec une solide intransigeance, les responsabilités des milieux judaïques, et ne craindra pas de désigner, avec une force extraordinaire, le danger pour la civilisation chrétienne que représente l’esprit judaïque et les Juifs en général : « Peuple dur et déloyal, comme on voit aussi dans ses descendants, qui faisait de continuelles promesses à Dieu et ne les maintenait jamais. » [11]

 

Il faut dire que jamais dans l’Histoire, on avait assisté à un tel déchaînement de haine envers la sainte Eglise de Jésus-Christ, et depuis 1789, c’était comme si une fièvre folle de détestation des prêtres, des religieux et de l’ensemble du clergé, s’était emparée des consciences. Les partis républicains mettaient tout en œuvre pour détruire le christianisme, et l’on voyait nettement qui était à l’origine de ces idées funestes qui à présent oeuvraient à transformer la chrétienté en une société désacralisée et apostate.

 

jesus_tombe_pour_la-premier.jpg

- Jésus tombe pour la première fois -

Ve Station

 

« En cette circonstance le Seigneur ne permit pas qu’un Juif l’aidât.

Cette nation était déjà réprouvée, et dure dans la réprobation, (...)

Jésus-Christ voulut plutôt être aidé par un païen,

donnant ainsi une preuve qu’à la nation juive dépravée

d’autres nations se substitueraient pour connaître et suivre Jésus-Christ. »

 

 

 

C’est pourquoi, le 23 mars 1873, Pie IX, faisant référence à Simon le Cyrénéen, revint dans une déclaration officielle sur la réprobation dont les Juifs étaient l’objet : « En cette circonstance le Seigneur ne permit pas qu’un Juif l’aidât. Cette nation était déjà réprouvée, et dure dans la réprobation, (...) Jésus-Christ voulut plutôt être aidé par un païen, donnant ainsi une preuve de ce qui avait été prédit, c’est-à-dire qu’à la nation juive dépravée d’autres nations se substitueraient pour connaître et suivre Jésus-Christ. » [12]. Puis une nouvelle fois, dans un discours daté du 12 février 1874 destiné aux curés de Rome, le pape Pie IX, établira un parallèle entre la situation que traversait l’Eglise romaine et celle qu’elle avait connue lors des premiers siècles : « Les tempêtes qui l’assaillent sont les mêmes que celles subies à ses origines; elles étaient alors provoquées par les Gentils, par les gnostiques et par les Juifs et les Juifs y sont aussi présentement. » [13]

 

b) La  Synagogue de Satan''

 

Ce n’est donc pas pour rien, ni sans de justes motifs que Pie IX, voulant conférer une image correspondant à ce qui animait l’esprit pervers despreteur-juif-anglais.jpg complots judaïques contre Rome, recourut dans sa lettre Encyclique Etsi multa luctuosa (1873), à la figure de la “Synagogue de Satan”, pour désigner les ennemis de l’Eglise, incluant sous cette expression, tous ceux qui, de près ou de loin, travaillaient sans relâche à ruiner la civilisation chrétienne. [14]  On le comprend donc aisément, lorsque Rome eut perçu distinctement les causes réelles de la tragédie révolutionnaire, elle n’hésita pas à désigner clairement les responsables du vertige destructeur qui s’était emparé de l’Europe, en l’occurrence les Juifs. Ainsi, La Civiltà Cattolica, fondée en 1850, intervint dès 1858 sur la question juive. Environ dix ans après, en 1869, Gougenot des Mousseaux exposa amplement, dans Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, les mécanismes qui pourraient détruire la chrétienté. Pie IX, en 1870, entrevit dans le Judaïsme la cause première de la Révolution, puis Léon XIII, plus encore, désigna les Juifs comme étant le moteur principal de la corruption contemporaine.

 

 IV – Les Juifs : agents de la révolution

 

kabbale-copie-1.jpgLes abbés Joseph et Augustin Lémann comprirent également, eux qui venaient par le sang de la souche d’Israël, qu’ilmenorah.jpg fallait absolument préserver la chrétienté du péril Juif, et qu’accorder aux Juifs l’égalité des droits civils représentait un terrifiant danger pour le devenir de la société : « Nous connaissons les tendances de notre nation; ses bonnes comme ses mauvaises qualités. (…) Le suprême danger de Rome... ce ne sont pas les hommes de la Révolution, ils passeront. Le suprême danger de Rome c’est vous, ô messieurs, qui ne passez pas. Armés du droit, avec votre habileté… et votre puissance, avant que le siècle n’arrive à sa fin, vous serez les maîtres... » [15]

 

Les Juifs, comme l’on démontré Joseph et Augustin Lémann, furent les avocats absolus de la Révolution et de la laïcisation de l’Europe, les Etats modernes et la Synagogue pharisaïque, ayant en commun un identique refus du Règne Social du Christ et de son Eglise. Les nouvelles lois de la société, au fond, étaient très anciennes : elles participaient du même rejet obstiné de Jésus-Christ, tel que l’avait désiré le Sanhédrin et la majeure partie du peuple Juif. Cette analyse s’appuie sur la “théologie de l’Histoire” propre à l’Eglise. Mgr Delassus  écrit à ce sujet : « Le Calvaire a séparé en deux la race juive: d’une part, les disciples qui ont appelé à eux et se sont incorporé tous les chrétiens; de l’autre, les bourreaux, sur la tête desquels, selon leur vœu, est retombé le sang du Juste, les vouant à une malédiction qui durera autant que leur rébellion. » [16]  

 

 

V -  Le sionisme : héritier de l’idée révolutionnaire juive

etoile_david.gifIl est d’ailleurs à noter, pour aller au bout de notre examen de la question, que le mouvement national Juif qui apparaîtra au XIXe siècle, à savoirancien-temple-jerusalem.jpg le sionisme, fondé lors de ses trois premiers congrès constitutifs à Bâle, en août 1897, août 1898 et août 1899, par des hommes imprégnés de laïcisme, de conceptions révolutionnaires, républicaines et athées, voulut imposer cette idée saugrenue et impie que la venue de Jésus-Christ n’avait modifié en rien la situation pour le peuple d’Israël, et qu’il restait, malgré son crime, sa réprobation et l’exil, propriétaire de la Terre sainte. Les Archives israélites, organe le plus important du judaïsme français à l’époque, dira ceci, montrant bien en quoi le sionisme se positionnait en contradiction directe d’avec l’Eglise : «.La reconstitution de la nationalité juive, nous l'avons dit et nous ne cesserons de le redire, est d'ordre providentiel….Quand l'heure de la patrie juive, devenue la patrie de toute l'humanité, sonnera, quand il faudra battre le rappel de tous les dispersés d'Israël, le souverain Maître de l'univers suscitera les agents de ce mouvement de ralliement… » [17]

              Or, cette idée était, et reste une chimère, une vision illusoire, comme le soulignera Joseph Lémann :

- « [C’est une] chimère, encore une fois, d'attendre la restauration matérielle d'un État juif à Jérusalem. Il ne faut pas transporter à une nouvelle Jérusalem terrestre les promesses qui appartiennent à l'Église de Jésus-Christ. Cette Jérusalem à laquelle les Juifs seront ramenés un jour de l'Orient et de l'Occident, et vers laquelle tous les peuples accourront avec eux, n'est point une Jérusalem matérielle, qui jamais ne pourrait être assez vaste pour contenir une si grande multitude dans son sein ; c'est l'Église même de Jésus-Christ, qui, comme l'annonce Zacharie dans une autre prophétie, est comparée à une ‘‘ville sans murs’’ (Zacharie II, 4-5), parce qu'elle est ouverte à tous, et qu'il n'y a point de multitude, si grande qu'elle puisse être, que l'Église ne Puisse contenir dans son Sein. » [18]

On comprend mieux pourquoi, le projet national Juif, élaboré par les sionistes au XIXe siècle, participe d’une intention forgée à la même période où Rome tremblait sous les coups de la Révolution, où le pape était enfermé comme un prisonnier dans le Vatican. Il participe donc, précisément, d’un objectif antichrétien en ce sens qu’il souhaitât faire comme si le Christ n’avait pas changé la Loi et aboli, en en modifiant le sens et la lecture, les promesses. En un mot, du point de vue catholique, du point de vue même de Dieu, le sionisme et son ambition de reconstitution d’un Royaume Juif en Israël représentait et représente toujours, concrètement, l’ignoble négation de la Croix et du Golgotha !

Conclusion

 

 

Saint_Thomas,_Fontaine_de_la_Sagesse,_Antoine_Nicolas,_v__1648.jpg

 "Synagogue ! Reviens et quitte l’erreur de ton intelligence,

reviens et quitte ton sens charnel ! Reviens en adhérant à la vérité ! "

- S. Thomas d'Aquin -

 

antijudaïsme synagogue.jpgAinsi, il n’est pas vrai - et c’est ce sur quoi voulurent insister les auteurs contre-révolutionnaires qui étaient effrayés par les fruits pervers que la Révolution venait de produire, discours repris, et même parfois amplifié par le Magistère ecclésiastique qui s’appuya également sur les pères de l’Eglise et ses principaux docteurs et théologiens - que les agents de la révolution aient changé. Non, après le déicide, l’agent principal, l’agent invisible et actif, le suppôt privilégié de Satan, fut et reste, insisteront tous les auteurs catholiques au XIXe siècle, le Judaïsme talmudique, qui voulut, pendant des siècles, détruire l’Eglise et la chrétienté, comme il a tué Jésus-Christ.

Tant qu’il ne se convertira pas au christianisme, tant que cet agent ténébreux travaillera à mettre en œuvre son projet criminel, le risque sera grand pour la civilisation chrétienne et la menace très importante pour elle. Dans l’Expositio in Cantica Canticorum, attribuée à s. Thomas d’Aquin, on trouve cette phrase : « Synagogue ! Reviens et quitte l’erreur de ton intelligence, reviens et quitte ton sens charnel ! Reviens en adhérant à la vérité ! Jerusalem, Jerusalem, revertere ad Dominum Deum tuum ! »

Espérons et prions effectivement pour que ce retour, le seul vrai et authentique « Retour » qui soit, advienne au plus vite. Et alors, quand il sera entièrement accompli par la grâce du Ciel, un cantique nouveau remontera dans l’âme des fils d’Israël, mais un cantique désormais pur et décanté, qui passera pour l’éternité du cœur aux lèvres afin de louer et glorifier Jésus-Christ !

 

Notes

 

1. J. de Maistre, Considérations sur la France, Lyon 1884, p. 67.

2. C. Nitoglia (abbé), Contre-révolution et judéo-maçonnerie, Sodalitium, n° 50, juin-juillet 2000,  pp. 5-16.

3. G. Miccoli, Santa Sede, questione ebraica e antisemitismo, in Storia d’Italia, Annali vol. 11 bis, Gli ebrei in Italia, Einaudi, Torino 1997, p. 1388.

4. C. Nitoglia (abbé), op. cit., p. 5.

5. Cf. Le Chef des Juifs : l’Antéchrist, ch. II. « La croissance non « miraculeuse » de la race Juive au XIXe siècle en Europe », La Question, 2009, pp. 18-25. 

6. Notice biographique selon deux encyclopédies : [Luigi Chiarini] : “(1789-1832), prêtre italien, orientaliste et écrivain antisémite. Invité à venir de Toscane en Pologne, Chiarini obtint la chaire de Langues Orientales à l’Université de Varsovie grâce à la protection de Potocki, ministre de l’éducation. En 1826, il devient membre du Jewish Commitee dont les membres sont nommés par le gouvernement. Dans sa Théorie du Judaïsme (1830), Chiarini calomnia le Talmud et le rabbinat et tenta de raviver la diffamation du sang [meurtre rituel]. Il considérait que l’Etat devait aider les Juifs à se libérer eux-mêmes de l’influence du Talmud. Il commença une traduction française du Talmud de Babylone, avec l’appui du Tsar Nicolas Ier, dont deux volumes ont été publiés (1831). Chiarini fut contraint d’abandonner son projet à cause de l’insurrection polonaise. Ses autres travaux sont une grammaire d’Hébreu en Latin; un dictionnaire Hébreu-Latin, et un article: Dei funerarii degli ebrei polacchi (Bologne 1826)”. (Cf. Encyclopedia Judaica, Gerusalemme s. d., vol 5, pp. 409-410). [Luigi Chiarini] : “né a Montepulciano le 26 avril 1789, mort à Varsovie le 28 février 1832... Il publia Théorie du Judaïsme (1830)... ce livre est divisé en trois parties: dans la 1re, il établit les difficultés pour connaître le vrai visage du Judaïsme, dans la 2e, il explique la théorie du Judaïsme, dans la 3e, il traite de la réforme du Judaïsme et examine en détail les moyens de supprimer ses éléments “pernicieux”. En résumé, Chiarini s’efforce de prouver que les prétendus maux du Judaïsme trouvent leur origine principalement dans les enseignements soi-disant antisociaux et nuisibles du Talmud. Il soutient que l’Etat devrait aider les Juifs à se libérer eux-mêmes de l’influence du Talmud, et qu’ils devraient retourner à la simple foi mosaïque. Ce but peut être atteint de deux manières: d’abord par la fondation d’écoles où l’on donne l’enseignement de la Bible et où l’on étudie la grammaire hébraïque; ensuite par une traduction française du Talmud de Babylone avec des notes d’explication et des réfutations”. (Cf. The Jewish Encyclopedia, New York - London 1905-1912, IV vol., pp. 21-22.)

7. G. Miccoli, op. cit., p. 1394.

8. Ibid., Discorsi del Sommo Pontefice Pio IX pronunziati in Vaticano ai fedeli di Roma e dell’orbe dal principio della sua prigionia fino al presente, Roma 1874-1878, pp. 1404-1405.

9. Ibid., p. 1405.

10. Alors que Pie IX avait commencé son pontificat, en juin 1846, par une conception plutôt libérale de l’autorité pontificale, les événements qui vont survenir, peu après son accession au trône de Pierre, vont modifier du tout au tout son état d’esprit. En effet, le 15 novembre 1848, le chef du gouvernement du Saint Siège, Pellegrino Rossi était assassiné par les révolutionnaires italiens, les insurgés proclamant la République romaine. Le 24 novembre, Pie IX quitte de nuit dans la voiture à cheval du duc d'Harcourt son palais du Quirinal, après que les partisans de Giuseppe Mazzini eurent attaqué le palais tuant Mgr Palma. Il se réfugie à Gaète, dans le Royaume des Deux-Siciles. Il lance alors un appel aux puissances européennes pour retrouver son trône. La France intervient en sa faveur. Le général Oudinot s'empare de Rome à la bataille du Janicule le 30 juin 1849 et chasse les révolutionnaires en juillet. De retour à Rome, le 12 avril 1850, Pie IX mène dès lors une politique de répression contre les idées républicaines. Un nouveau secrétaire d’État, le cardinal Giacomo Antonelli, est nommé, renouant avec la politique conservatrice de Grégoire XVI. Quelques années plus tard, la prise de Rome, le 20 septembre 1870 par les troupes piémontaises, constitue un aboutissement à l’unification de la péninsule en faisant de la cité du pape la nouvelle capitale du royaume d’Italie, une loi des Garanties, votée le 15 mai 1871, accorde au Saint Siège une simple extraterritorialité sur quelques palais et le droit de souveraineté uniquement sur sa cité du Vatican. Le pape Pie IX se considère désormais comme prisonnier à l’intérieur du palais du Vatican. Dans l’Église, l’émotion est grande. En France, la politique italienne de Napoléon III suscite l’indignation des catholiques pour qui le pouvoir temporel du pape garantissait son indépendance spirituelle. Pie IX apparaît alors comme « le pape-martyr ». Il ne se fait pas faute, dans sa Lettre pastorale Etsi Multa Luctuosa, de dénoncer en des termes vigoureux l’action des révolutionnaires, et de désigner ceux qui en sont les animateurs secrets, soit la judéo-maçonnerie : « Les lugubres attentats qui se poursuivent et se consomment sous les yeux même du successeur de Pierre, sont naturellement le premier objet de ses plaintes. Les choses en sont venues à ce point, que la mort semble préférable à une vie si violemment et si constamment agitée, et que, les yeux levés au ciel, nous sommes parfois contraint de nous écrier : ‘‘Il nous vaut mieux mourir qui d’assister ainsi à la destruction des choses saintes’’ (I Macchab., III, 59). Pas un jour, en effet, ne s’est écoulé depuis l’invasion de la ville sainte, sans que quelque nouvelle blessure fût portée au coeur déjà si ulcéré de Pie IX. L’expulsion et la spoliation des religieux de l’un et l’autre sexe ravivent et augmentent chaque matin les plaies de la veille. Toucher à cette portion choisie du troupeau, c’est toucher le pasteur à la prunelle de l’oeil. Si, conformément à la parole du grand Antoine rapportée par son historien saint Athanase, le diable, qui est l’ennemi de tous les chrétiens, ne peut en aucune façon supporter les moines animés de l’esprit de leur saint état et les épouses virginales du Christ, en retour, l’Église a pour eux et pour elles des tendresses toutes spéciales. N’est-ce point d’ailleurs une énormité flagrante que l’observation des conseils évangéliques soit désormais proscrite dans la capitale du christianisme, c’est-à-dire dans le lieu du monde où les vertus chrétiennes DOIVENT s’épanouir le plus librement et arriver à leur développement le plus vigoureux ? […] La guerre ainsi allumée contre l’Église dans toutes les parties du monde, est excitée et alimentée, en plus d’un pays, par les sociétés secrètes, le saint-père recommande aux pasteurs des peuples d’avoir sous les yeux et de rappeler aux fidèles les condamnations dont ces sociétés ont été frappées par le siége apostolique. Plût à Dieu que cette voix des sentinelles de l’ordre comme de la vérité eût été entendue avant que le mal eût pris tous ses développements ! Que de malheurs, que de larmes, que de ruines, que de sang eussent été épargnés au genre humain ! Faut-il donc désormais désespérer des choses, et les enfants de Dieu doivent-ils se résigner à ne plus traverser les sentiers de l’Église militante qu’à travers le deuil et l’humiliation ? La religion ne comptera-t-elle plus de jours propices sur la terre, et la fille du ciel s’apprête-t-elle à secouer la poussière de ses pieds sur un monde dont la corruption ne peut plus être lavée que par la flamme ? Le vicaire de Jésus-Christ nourrit et inspire des espoirs meilleurs. » (Pie IX, Lettre pastorale Etsi Multa Luctuosa, 21 nov. 1873).

11. Discorsi del Sommo Pontefice Pio IX, op. cit., p. 1405.

12. Discorsi di Pio IX, vol. II, p. 294. On remarque que la position de Pie IX est absolument contredite par ce qui est affirmé, de façon fallacieuse, par le Concile Vatican II dans Nostra Ætate : “Les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Ecriture”.

13. Ibid.,  vol. III, p. 149.

14. Etsi multa luctuosa, Encyclique du 21 nov. 1873. Cf. aussi la Lettre de 1865, de Pie IX à Mgr Darboy, archevêque de Paris, in La Documentation catholique, t. VI, juillet-décembre 1921, p. 139.

15. A. et J. Lémann (abbés), Lettre aux Israélites dispersés, sur la conduite de leurs coreligionnaires de Rome durant la captivité de Pie IX au Vatican, Roma 1873.

16. H. Delassus (Mgr), La conjuration antichrétienne. Le temple maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Eglise Catholique, t. III, 1910, p. 1117.

17.Archives Israéliennes, 2 septembre 1897.

18. J. Lémann, (abbé), L’Avenir de Jérusalem, IIe Part., ch. II, 1901.

 

 

 

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Révélation sur les sources cachées

de Vincent Morlier !

 

 

Un aimable correspondant, ayant suivi avec attention le débat qui nous opposa ces derniers mois à Vincent Morlierdébat qui vient de s’achever par sa piteuse déroute, ses arguments ayant été systématiquement contredits, brisés et réduits à néant un à un, alors qu’il était venu défendre avec véhémence sur La Question la thèse absurde du sionisme chrétien - nous a fait remarquer, fort justement, ce dont nous le remercions très vivement, que les idées erronées, téméraires, blasphématoires et hérétiques défendues aujourd’hui par Vincent Morlier, avaient été en réalité déjà exprimées par Hubert Le Caron dans un ouvrage publié sous le titre : « Dieu est-il antisémite ? l'infiltration judaïque dans l'Eglise conciliaire, Fideliter, 1987, ouvrage dans lequel il écrivait ceci, qui n’est pas sans nous rappeler certaines divagations délirantes qui nous sont à présent bien connues, et qui ont sans doute été discrètement « empruntées » à Le Caron, comme on peut le constater :   

 

« J'ai exposé dans le "Mystère d'Israël" que le rassemblement d'Israël sur la terre de ses ancêtres, après deux mille ans de dispersion, était un fait unique dans l'histoire de l'humanité et un signe des temps. Ce fait miraculeux avait été annoncé par les prophètes d'Israël, spécialement par Ezéchiel, par Notre Seigneur lui-même et par l'Apôtre saint Paul. (…)

 [La] conversion d'Israël marquera le terme "de la fin du temps des nations" annoncée par le Seigneur lui-même quand il montait à Jérusalem pour y subir sa passion. Cette fin du temps des nations qui a commencé en 1967 avec la reconquête de Jérusalem par les Juifs (guerre des Six Jours) et qui correspond à la période du rassemblement doit finalement aboutir à la conversion, comme cela a été prophétisé par Ezéchiel (Chap. XXXVII):

Voici que je vais ouvrir vos tombeaux

et je vous ferai remonter hors de vos tombeaux

O mon peuple et je vous ramènerai

sur la terre d'Israël. (Rassemblement)

Je mettrai mon esprit en vous (conversion)

et vous vivrez (de la vie de la foi).

            Si la prochaine période de l'histoire de l'humanité, après les convulsions du monde actuel fondé sur l'orgueil de l'homme, est celle du triomphe du Coeur Immaculé de Marie et du Sacré Coeur, triomphe annoncé par la Vierge elle-même, (rue du Bac, à Pellevoisin et à Fatima), il est très probable que la mère de Dieu convertira ceux de son peuple qui constituent la véritable postérité d'Abraham.

            D'ailleurs, nous l'avons dit, l'heure de la fin des temps des nations, c'est-à-dire du privilège religieux des nations sur Israël a sonné lors de la reconquête de Jérusalem par les Juifs en 1967.

            Il est à remarquer que le rassemblement d'Israël et la reconquête de Jérusalem se sont effectués dans un laps de temps assez réduit puisque la déclaration Balfour autorisant les Juifs à retourner en Terre sainte date de 1917. La deuxième phase, c'est-à-dire la conversion ne devrait plus maintenant tellement tarder»

 

[H. Le Caron, Dieu est-il antisémite ? Ed. Fideliter, 1987, pp. 174 ; 184-185.]

 

Ce discours inexact, mais qui a au moins pour lui, chez Hubert Le Caron, d’être original, présentant fautivement la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 - qui visait à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine - comme étant la réalisation des Prophéties, participe d’une terrible confusion et d’une incompréhension totale du sens spirituel des Ecritures, au profit d’une conception littéraliste, charnelle et judaïsée que nous avons longuement dénoncée.

Mais le plus grave, ou plus exactement « tragique » dans ces fredaines illusoires, vient surtout du fait qu’elles entraînent certains chrétiens déraisonnables à encourager le sionisme, sous prétexte qu’il serait d’essence divine. Or, s’il est évident que le sionisme, loin d’être divin, est une entreprise satanique, comme il le fut démontré dans Le Chef des Juifs : l’Antéchrist !, on imagine, non sans trembler, ce à quoi seront appelés à se convertir les Juifs qui se sont emparés militairement de la Terre sainte, avec l’intention d’y rebâtir un troisième Temple à l’intérieur duquel il ne pourront rendre un culte, l’Ancienne Loi ayant été définitivement renversée par Jésus-Christ et remplacée par la Nouvelle Alliance, qu’à l’Antéchrist !

 

Beaucoup de naïfs, catholiques ou non, qui ont été tristement bernés par les nuisibles mensonges du sionisme, risquent donc à terme, de tomber de très haut, en s’apercevant que leur action qu’ils croyaient juste était en réalité perverse et ténébreuse, et se trouvait dirigée invisiblement et de main de maître, par le « Très-Bas » !

 

vendredi, 05 février 2010

Israël : la « Synagogue de Satan ! »

ou la nature perverse du judaïsme après Jésus-Christ

 

 

 

 

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GreeceSynagogue.jpg

 La Synagogue s’est constituée une religion charnelle

dénuée de tout caractère sacré,

se transformant en une secte dirigée par l’esprit démoniaque.  

 

 

  

judaisme.gifLes Juifs, en rejetant Jésus-Christ, ont trahi honteusement Dieu, ils ont failli aux Promesses, ils sont passés du côté du Diable et accomplissent ses œuvres depuis cette date. Ainsi donc, pour les chrétiens c’est le judaïsme actuel qui est infidèle à l’Ancien Testament, et s’il y a bien un “petit reste” fidèle qui, en entrant dans l’Église chrétienne garantit la continuité de l’Alliance entre l’Ancienne et la Nouvelle, la masse des Juifs, l’Israël actuel, est entre les mains de l’adversaire de Dieu, soumis aux vues perverses du Diable, sous la dépendance « spirituelle » de l’ennemi.

 

L’Eglise enseigne que le judaïsme post-biblique est réprouvé, désapprouvé, rejeté par Dieu, autrement dit, tant qu’il demeure dans le refus obstiné du Christ, il n’est pas uni spirituellement à Dieu, il ne Lui est pas cher, il n’est pas en grâce de Dieu, il est l’objet d’une répulsion distante de la part de l’Eternel, il représente une assemblée, une Synagogue, dont le Chef est Satan !

 

I. La corruption de la Synagogue

 

 

juifs-synagogue-228481.jpgDieu, rompant son Alliance, a désavoué ceux qui ont renié son Fils unique et consubstantiel, “vrai Dieu né du vrai374_ALTEREBESmall.jpg Dieu”. Par conséquent, Il a ainsi constaté la stérilité du Judaïsme pharisaïque et rabbinique, qui a tué les Prophètes et son Fils, et le condamne, le désapprouve, et le “maudit”. De cet fait, il n’y a absolument aucune « fidélité » des descendants d’Abraham, comme l’écrit Vatican II [1], si ce n’est celles des Juifs qui eux furent fidèles à l’attente messianique, c’est-à-dire les Apôtres, les premiers convertis de l’Eglise de Jérusalem. Mais évoquer la prétendue fidélité des Juifs qui rejetèrent le Christ, en voulant s’appuyer sur saint Paul, c’est faire allusion, bien plutôt, à une « infidélité ». Ce n’est pas du tout la même chose !

 

Bossuet explique très bien la corruption subie par la Synagogue qui a interprété fautivement les textes de l’Ecriture, s’est constituée une religion charnelle, dénuée de tout caractère saint et sacré, se transformant en une secte dirigée par l’esprit démoniaque   :

 

-          « L'exégèse satanique est entachée d'applications erronées, d'additions arbitraires, de suppressions audacieuses. Eh bien, C’est en communiquant aux docteurs de la Synagogue cette manière d’interpréter l’Ecriture que Satan va contribuer à établir au sein du peuple Juif l’erreur du Messie conquérant. (…) Ainsi en va-t-il d’un grand nombre de rabbins et de scribes ; inspirés par Satan, ils tortureront et corrompront les plus importantes prophéties messianiques. Ce ne sera plus le Christ des Prophètes qui deviendra l'objet de leur attente, mais un Christ défiguré. Outre la participation de Satan, l'action humaine et des événements politiques contribueront à l'introduction et à l'affermissement des ténèbres. Les Juifs commenceront non point à oublier le Dieu de leurs pères, mais à mêler dans leur religion des superstitions indignes.» [2]

 

De ce fait, le judaïsme actuel, celui qui est enseigné dans la Synagogue, est donc une doctrine dévoyée placée entre les mains de l’adversaire desanhédrin.jpg Dieu et travaille, objectivement, contre l’Eglise, dont il est l’adversaire résolu. Cette transformation s’est opérée à un instant précis dans l’Histoire : au moment de l’arrestation du Christ. A partir de cet instant, les événements tragiques qui allaient suivre, ne pouvaient qu’entraîner pour la Synagogue, la perte de ses prérogatives et aboutir à sa transformation en une institution malfaisante et sinistre, ainsi que nous le décrit Augustin Lemann en des lignes saisissantes : 

 

-          « Lors de l’assemblée du Sanhédrin, à une interpellation faite à Jésus-Christ par le Grand Prêtre Caïphe, la Synagogue tombe dans l’erreur (…). Aussi la Synagogue enseignante ayant, sous ce rapport, gravement manqué à son devoir, par une négligence  coupable, méritera-t-elle d’être privée de l’assistance divine. Livrée à son propre esprit, elle retombera dans l’erreur en méconnaissant Jésus-Christ et en condamnant dans sa divine personne le Messie souffrant. » [3]

 

aum_photo_judaisme.jpgLa Synagogue a donc, historiquement, poussé les Juifs puis les païens à combattre sans relâche les chrétiens, et depuis les débuts de l’Eglise elle n’a eu de cesse de vouloir la perte du christianisme, la destruction de la sainte religion du Christ. Aujourd’hui, alors qu’Israël pourrait être une source de bénédiction pour le monde, enivré par son vertige national, il répand une atmosphère de guerre et s’impose aux nations avec une rageuse férocité qui conduira, fatalement, vers une situation terrible. C’est ce que résumait déjà il y a plusieurs décennies Mgr Louis Meurin, avec une impressionnante précision, exposant de façon remarquable l’œuvre mortifère à laquelle se consacre désormais la Synagogue qui fédère, hélas ! derrière elle beaucoup d’âme puissamment trompées par ses erreurs :

 

-          « L'enfer a déchaîné les erreurs funestes du Paganisme autrefois vaincu ; il a appelé sous son drapeau la haine antique de la Synagogue déchue et l'audace exaspérée du peuple déicide... il a enrôlé dans son armée toutes les passions violentes de l'humanité viciée (...). Toutes ces forces, l'Enfer les a organisées et les dirige contre l'Église de Christ (...). Le Paganisme, le Judaïsme, l'apostasie, les vices et les passions, sous la suprême direction de Lucifer, montent ensemble à l'assaut de l'Église (...). L'Épouse du Sauveur est accoutumée à vaincre par la souffrance. Le peuple d'Israël, qu'il est grand et majestueux tant qu'il marche avec le Seigneur, mais qu'il est terrible et horrible dans sa haine contre son Messie qu'il a méconnu et tué sur la Croix ! S'il voulait seulement s'élever du sens matériel de ses Livres saints au sens spirituel, il serait sauvé.... Mais il ne le veut pas. Son aveuglement est volontaire... l'orgueil en est l'explication. (...) L'orgueil d'une grande intelligence préfère mille fois souffrir que de s'abaisser et reconnaître son erreur. Aussitôt qu'il s'humilie devant Dieu, le Juif voit : "il tombe de ses yeux comme des écailles" (Actes IX, 18)...Pourquoi donc les Juifs ne voient-ils pas la vérité ? Pourquoi - orgueilleusement – la cherchent-ils dans une Cabale foncièrement antirationnelle et ouvertement satanique ? N'espérez pas, ô Juifs, pouvoir échapper à la calamité qui vous menace encore une fois ! Votre nation déicide est dans ce moment arrivée à une de ces apogées de pouvoir... qui doit aboutir, comme toujours, à un grand malheur national. Le jour qui vous écrasera sera la veille d'une expansion vitale de l'Église, votre victime, telle que l'Histoire n'en a jamais vue. Vos prophètes le lui ont promis ! » [4]

 

 

II. Le sionisme est inspiré par la Synagogue antichrétienne

               

étoile david.jpgDès lors l’espérance sioniste, en développant un arsenal militaire et constituant des armées, en souhaitant se rendreHerzl.jpg en Israël après des siècles de diaspora, alors qu’Israël est rejeté de Dieu et collabore avec Satan, cachant pour certains l’idée d’une réédification du Temple afin de hâter le retour du Messie, est une aberration anti-scripturaire et blasphématoire, dont on perçoit fort bien qu’elle est inspirée par les rabbins pervertis de la Synagogue antichrétienne. Soutenir un tel projet criminel, est donc un scandale absolu, et pour un chrétien une apostasie ! Si, pour la majorité des évangélistes réformés, et la majorité des naïfs des différentes églises non apostoliques dépourvus de théologie, le fait d’un retour des Juifs en Israël est regardé comme une juste rétribution après des siècles d’exil, pour les Juifs, c’est très clair, l’idée nationale d’un retour en Terre sainte correspond, sans ambiguïté aucune, au rétablissement du Royaume et à la réédification du Temple afin d’hâter la venue d’un Messie national qui n’est autre que l’Antéchrist.

 

Pour un chrétien, se faire l’avocat d’un tel projet fou, et qui va, de toute évidence, provoquer des ravages plus encore importants qu’il n’en a déjà générés, est une attitude apostate et insensée, le témoignage d’une radicale désorientation, purement et simplement.

Redisons-le : l’idée nationale de la Synagogue, qui a trouvé dans le sionisme son mode de réalisation, est synonyme d’attente d’un Messie charnel et mondain qui assurera le triomphe des Juifs, détruisant ce qui en fait obstacle, la religion chrétienne ! On est très loin d’un projet manifestant une volonté divine, un projet béni par Dieu. Le projet sioniste dissimule en fait un secret désir, que réalise l’espérance messianique, dominer les royaumes de la terre pour y instaurer un pouvoir de domination infernal.

 

III. L’Eglise condamne le sionisme

 

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"Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur
nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif :
‘‘Non Possumus’’. »
(Saint Pie X, 25 janvier 1904, Cité du Vatican)

 

 Merry del Val.jpgSaint Pie X ce pape si sage et si pieux que l’Eglise à canonisé et qu’elle demande d’honorer avec respect et dévotion, ne reconnut pas dans le sionisme la main de Dieu. En effet, saint Pie X ne sentit point cette présence de Dieu dans le sionisme car il en était formellement dépourvu, puisque le caractère authentique de ce mouvement fut d’être dirigé par l’adversaire de Dieu, afin de se constituer une cité dans la Jérusalem d’en bas grâce à la réunion charnelle et violente de la nation Juive, pour s’y faire adorer et abattre la chrétienté. L’attitude de saint Pie X vis-à-vis du projet politique de Theodor Herzl, avait été longuement mûrie et étudiée avec un conseiller très proche du saint Père, Mgr Rafael Merry del Val (1865-1930) [5], qui fut en réalité très impliqué dans cette décision conçue comme une authentique expression de la doctrine de l’Eglise en la matière. Herzl, le théoricien du sionisme avait exposé ses thèses dans son livre « Der Judenstaat, l’Etat des Juifs » en 1896, il fut ensuite élu président de l’Organisation sioniste mondiale qui se donnait pour programme la reconstitution d’un foyer national sur la terre d’Israël. Dans son livre, « Altneuland », « Terre ancienne, terre nouvelle », en hébreu, «Tel Aviv», il s’était livré à une description « utopique » de l’Etat nouveau qu’il envisageait d’édifier selon le slogan du Mouvement sioniste : « Si vous le voulez, ce ne sera pas une légende… »

 

Ainsi, en réaction à Herzl, venu chercher au Vatican un appui catholique pour légitimer le sionisme naissant, le « Non Possumus » qu’exprima saint Pie X, était tout à la fois une volonté de ne point encourager cette aventure dangereuse et impie, mais surtout de manifester la pensée de l’Eglise à l’égard du projet sioniste. Ainsi, Herzl, contrairement à ce que l’on croit trop souvent, arrivant à Rome s'entretiendra, non pas directement avec saint Pie X, mais avec le Cardinal Merry Del Val, alors Secrétaire d'Etat du Vatican, puis avec le Pape. C’est donc à l'un et à l'autre, que Théodore Herzl exposa son plan de la création d'un Etat Juif en Terre sainte, et c’est à l'un et à l'autre, qu’il demandera pour la réalisation de son programme le concours et les secours de l'Eglise. Le pape et le Secrétaire d'Etat écoutèrent Herzl avec attention, et l'un et l'autre lui dirent fermement : « Non Possumus », saint Pie X ajoutant avec force, qu’il faudrait d'abord que les Juifs reconnaissent Jésus afin que l'Eglise puisse reconnaître comme authentique le Retour en Israël.

 

 jesus.jpgLe pape ne se trompait pas dans sa déclaration, car en sa qualité de Vicaire de Jésus-Christ sur la terre et défenseur de l'Eglise, il avait pour rôle de maintenir intacte la foi et la doctrine catholique. Et sa déclaration, qui conserve une autorité vénérable, fut sans appel. Le sionisme, plan forgé par des hommes impies qui rejetaient Jésus-Christ, n’était pas voulu par Dieu. L’Eglise ne pouvait donc que dissuader quiconque de soutenir, appuyer ou pire s’engager dans ce piège terrible, sous peine de commettre un péché grave. Cette position, qui honore l’Eglise et montre le caractère inspiré de son jugement, reste de façon inchangée, intacte et invariante, celle de la Tradition catholique :

 

-          « Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif. ‘‘Non Possumus’’. » (Saint Pie X, 25 janvier 1904, Cité du Vatican).

 

Et saint Pie X, pour effectuer du haut de son immense autorité cette déclaration officielle qui scellait clairement la position de l’Eglise, pouvaient s’appuyer sur les textes des docteurs de l’Eglise dans lesquels apparaît clairement une dénonciation des erreurs judaïques, et ce de l’Ecriture sainte elle-même (s. Jean, s. Pierre et s. Paul), jusqu’à s. Jérôme, s. Augustin, en passant par s. Bernard, s. Thomas d’Aquin, s. Dominique, etc., et la nécessité pour les Juifs de se convertir avant de pouvoir retourner dans la Terre sainte véritable qui les attend : l’Eglise ! 

 

IV. Les Juifs ont « pour père le Diable ! »

 

Menorah (1).pngContrairement à ce que laisse croire Vatican II, l’Alliance ancienne est à présent morte, déchue, finie, défunte. Cette mort a été même prédite et annoncée par Dieu : «Voici, des jours viennent, dit l’Éternel, et j’établirai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une Nouvelle Alliance, non selon l’Alliance que je fis avec leurs pères, au jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte, mon alliance qu’ils ont rompue, quoique je les eusse épousés...» (Jérémie XXXI, 31-34). Ce passage capital, cité in extenso dans l’épître aux Hébreux chapitre VIII, met l’accent sur le fait que la Nouvelle Alliance est établie sur une tout autre base que l’Ancienne. D’abord, c’est une Alliance à un seul contractant, comme celle que Dieu avait faite avec Abraham. Mais elle va plus loin. Elle est fondée sur l’oeuvre de Dieu lui-même dans les coeurs : «Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, et je l’écrirai sur leur coeur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple» (Jérémie XXXI, 33).

 

L’Ancienne Alliance était donc basée sur la coopération des hommes. Moïse reçut la déclaration de Dieu, contenant les conditions du pacte.Priest_prepares_the_Menorah_3.jpg Mais l’Alliance n’était pas inconditionnelle (Deutéronome XI, 1-28), elle était soumise à l’obéissance du peuple d’Israël: “Je mets devant vous une bénédiction et une malédiction: la bénédiction, si vous obéissez aux commandements de Dieu... la malédiction, si vous n’obéissez pas” (Deutéronome XI, 28). C’est très clair. Le maintien de l’Alliance, comme il apparaît formellement, dépendait du comportement d’Israël, et Dieu menaça plusieurs fois de la rompre à cause des infidélités des Juifs qu’il voudrait détruire (Deutéronome XXVIII; Lévitique XXVI, 14 ss.; Jérémie XXVI, 4-6; Osée VII, 8 et IX, 6). Après la mort du Christ, le pardon de Dieu ne fut pas accordé à tout Israël, mais seulement à “un petit reste” fidèle au Christ et à Moïse, la majorité des Juifs resta sous la colère, et y demeure jusqu’à aujourd’hui.

 

À la suite de l’infidélité de l’ensemble du peuple d’Israël envers le Christ et l’Ancien Testament qui L’annonçait, le pardon de Dieu se restreint à “un petit reste”. En revanche, les Juifs infidèles à Dieu, recevront de la part de Jésus une sentence extraordinairement sévère :

 

-          « Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. » (Jean VIII, 44).

 

 

Ce n’est donc pas une rupture du plan de Dieu, mais une modification profonde, radicale de l’Alliance primitive prévue dès l’origine, dans l’Alliance nouvelle et définitive, qui donnera au “petit reste” des juifs fidèles au Messie un “cœur nouveau” et s’ouvrira à l’humanité entière. Jésus n’a pas instauré une nouvelle religion, il a enseigné que Dieu voulait le salut de toute l’humanité et que la venue du Messie était la condition de ce salut. La communauté chrétienne est restée fidèle à la Tradition vétérotestamentaire, en reconnaissant en Jésus le « Christ » annoncé par les Prophètes.

 

Sans cette reconnaissance, nul retour n’est envisageable sur une terre qui n’est plus l’héritage d’un peuple infidèle et qui a désobéi, d’un peuple qui a trahi Dieu dans la relation qui avait été instituée. Dès lors vouloir réintégrer une terre en faisant comme si le Christ n’était pas venu et n’avait pas modifié le sens des promesses, est une impiété scandaleuse.

 

 

V. La restauration d’Israël est une chimère

flag-1998.jpgSaint Pie X avait parfaitement perçu en quoi consistait l’erreur fondamental du sionisme, mouvement  fondé lors de ses trois premiers congrèsmontefiore2.jpg constitutifs à Bâle, en août 1897, août 1898 et août 1899 par des hommes imprégnés de laïcisme, de conceptions révolutionnaires, républicaines et athées,  soit de vouloir imposer cette idée saugrenue, et impie, que la venue de Jésus-Christ n’a modifié en rien la situation pour le peuple Juif, et qu’il reste, malgré son crime, sa réprobation et l’exil, propriétaire de la Terre sainte. Les Archives israélites, organe le plus important du judaïsme français publièrent d’ailleurs ceci confirmant cette opinion inacceptable : «... La reconstitution de la nationalité juive, nous l'avons dit et nous ne cesserons de le redire, est d'ordre providentiel….Quand l'heure de la patrie juive, devenue la patrie de toute l'humanité, sonnera, quand il faudra battre le rappel de tous les dispersés d'Israël, le souverain Maître de l'univers suscitera les agents de ce mouvement de ralliement… » [6]

              Or, cette idée est une chimère, une vision illusoire, comme le dit Joseph Lémann :

         - « Chimère, encore une fois, d'attendre la restauration matérielle d'un État juif à Jérusalem. Il ne faut pas transporter à une nouvelle Jérusalem terrestre les promesses qui appartiennent à l'Église de Jésus-Christ. Cette Jérusalem à laquelle les Juifs seront ramenés un jour de l'Orient et de l'Occident, et vers laquelle tous les peuples accourront avec eux, n'est point une Jérusalem matérielle, qui jamais ne pourrait être assez vaste pour contenir une si grande multitude dans son sein ; c'est l'Église même de Jésus-Christ.» [7]

             En un mot, du point de vue catholique, du point de vue de saint Pie X et de tous les papes, du point de vue des docteurs de l’Eglise, du point de vue même de Dieu, le sionisme et son ambition de reconstitution d’un Royaume Juif en Israël est, concrètement, l’ignoble négation de la Croix et du Gologotha !

 

Conclusion

 

Depuis la Croix, les promesses ne s’appliquent plus car l’Alliance a été révoquée, et nul ne progresse dans cette ancienne relation contrairement à ce que déclare fautivement l’Eglise conciliaire [8], car qui est exclu d’une Alliance ne peut y poursuivre un lien, ou alors cela signifierait, ce qui est absurde, que le judaïsme actuel maintiendrait l’Alliance avec Dieu, ce qui n’a aucun sens puisque l’Ancienne Alliance est devenue caduque, comme le déclare saint Paul dans l’épître aux Hébreux. Mais le drame, car s’en est un, c’est que cette rupture s’est transformée en une nouvelle alliance pour celui qui fut le peuple élu, une alliance avec les forces de l’enfer, faisant de la Synagogue, pour le reste des siècles, une puissance ténébreuse en lutte contre le christianisme.

 

Christ en Croix.jpg

 Depuis la Croix, les promesses faites aux Juifs ne s’appliquent plus,

car l’Alliance a été révoquée.

 

 

Ce n’est donc pas pour rien, ni sans de justes motifs, que Pie IX, voulant conférer une image correspondant à ce qui animait l’esprit pervers des complots judaïques contre Rome, recourut dans sa lettre Encyclique Etsi multa luctuosa (1873), à la figure de la “Synagogue de Satan”, pour désigner les ennemis de l’Eglise, incluant sous cette expression, tous ceux qui, de près ou de loin, et en particulier les Juifs, travaillaient sans relâche à ruiner la civilisation chrétienne. [9]

 

Pie IX.jpgOn le comprend donc aisément, lorsque Rome, qui ne cultive pas un antijudaïsme pour d’inexistants motifs, eut perçu distinctement les causes réelles des immenses tragédies révolutionnaires qui bouleversèrent les Etats chrétiens depuis et qui faillirent, au XVIIIe siècle, réduire l’Eglise à une ruine en martyrisant son clergé, brûlant ses monastères, détruisant ses édifices sacrés, elle n’hésita pas à désigner, clairement, les responsables du vertige satanique qui s’était emparé de l’Europe, en l’occurrence les Juifs. Ainsi, La Civiltà Cattolica, fondée en 1850, intervint dès 1858 sur la question juive. Environ dix ans après, en 1869, Gougenot des Mousseaux exposa amplement, dans Le Juif, le Judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens, les mécanismes qui oeuvraient à mettre en miettes la chrétienté, et Pie IX, en 1870, entrevit justement dans le Judaïsme la cause première de la Révolution [10], suivi en cela par Léon XIII, qui désigna les Juifs comme étant le moteur principal de la corruption contemporaine.

 

 

Israël est donc bien devenu, depuis l’arrestation du Christ, la Synagogue qui travaille à abattre l’ordre chrétien afin d’y substituer une loi impie, une assemblée ayant en répulsion et abomination Jésus-Christ et son Eglise, et à qui Notre Seigneur a donné pour nom : « LA SYNAGOGUE DE SATAN. »

 

On comprend de la sorte mieux pourquoi, dans l’Expositio in Cantica Canticorum, attribuée à s. Thomas d’Aquin, on trouve cette phrase en forme de prière tant les œuvres de cette Synagogue de Satan sont néfastes :

 

-          « Synagogue ! Reviens et quitte l’erreur de ton intelligence, reviens et quitte ton sens charnel ! Reviens en adhérant à la vérité ! Jerusalem, Jerusalem, revertere ad Dominum Deum tuum ! »

 

 

Notes.

 

 

1. L’Ancienne Alliance, a été rejetée car considérée comme inutile par Dieu (Epître aux Hébreux VIII-XI), de même que la Synagogue talmudique (que l’Apocalypse de st Jean appelle à deux reprises Synagogue de Satan - II, 9 ; III, 9 - ), après le meurtre du Christ, a été désapprouvée par Dieu qui a constaté son infidélité au pacte conclu par Lui avec Abraham et l’a répudiée pour conclure une Nouvelle Alliance avec le “petit reste” d’Israël fidèle au Christ et à Moïse, et avec tous les Gentils prêts à accueillir l’Évangile lesquels, en très grande partie, ont correspondu au don de Dieu, alors qu’une grande partie, endurcie et orgueilleuse, l’a refusé, pour s’adorer narcissiquement, nationalement et racialement elle-même, au moyen d’idoles qu’elle s’est construite en guise de miroir. Saint Paul dans l’Epître aux Romains dit que l’appel de Dieu, selon la Vulgate, ne change pas (“Ego sum Dominus et non mutor”), il ne soutient pas qu’il est sans repentance, terme qui a une toute autre signification et qui fut introduit arbitrairement par les pères conciliaires. Le peuple d’Israël qui, durant la vie de Jésus, n’a pas répondu à l’appel et au don de Dieu, en tuant le Christ, s’est tragiquement coupé de l’Alliance. C’est pourquoi, est cher à Dieu, c’est-à-dire demeure en grâce de Dieu, seul “le petit reste” de ceux qui ont accepté le Messie, Jésus-Christ venu parmi les hommes pour les sauver, et qui est aujourd’hui dans l’Eglise. Les autres, les Juifs de la Synagogue, sont réprouvés et rejetés par Dieu, ils ont pour Père le Diable dont ils veulent accomplir les désirs (Jean VIII, 44), ils sont donc, concrètement, des fidèles de Satan.

 

2. Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle, part. II, ch. 17.

 

3. A.. Lemman, Histoire complète de l'idée messianique, 1909, pp. 165 ; 326.

 

4. L. Meurin, (Mgr),  La franc-maçonnerie synagogue de Satan, Bureau de la bibliothèque du clergé, 1893, pp. 414 - 415.

 

5. Rafael Merry del Val est né à Londres le 10 octobre 1865. Il fit ses études à Londres et en Belgique et ressentit très tôt le désir d’être prêtre. En 1885, sur ordre du pape Léon XIII il entra à L’Académie des nobles ecclésiastiques, établissement qui forme à Rome les futurs cadres de la diplomatie vaticane. Il obtint deux doctorats (philosophie et théologie) à l'Université pontificale grégorienne, ainsi qu'une licence de droit canonique. Léon XIII, qui l'avait vite distingué, le nomma camérier secret surnuméraire dès l'âge de 22 ans bien qu'il fût encore séminariste et donc pas ordonné prêtre, ce qui lui donna droit au titre de "Monsignor"et d'agrémenter sa soutane de violet. Le pape confia au nouveau Mgr Merry del Val, polyglotte européen accompli, diverses missions de représentation. Le 30 décembre 1888, il fut ordonné prêtre par le cardinal Lucido Parocchi, vicaire gérant de Rome et commença une carrière dans la diplomatie pontificale. En novembre 1903, il fut créé cardinal prêtre au titre de Sainte-Praxède et nommé secrétaire d'État en titre, cumulant cette fonction avec celles de préfet de la Congrégation de Lorette et des Palais Apostoliques. À l’âge de 38 ans, il était le plus jeune secrétaire d'État et cardinal de l'Église contemporaine. Il occupa ces fonctions jusqu'à la mort du pape Pie X, qu'il servit pendant tout son pontificat avec une ferveur et un zèle exceptionnels. Redoutable diplomate et conservateur anti-moderniste intransigeant (comme les cardinaux Louis Billot et Gaetano de Laï et tout l'entourage du pape Pie X), Merry del Val traqua les modernistes avec un acharnement implacable. (Cf. Girolamo Dal Gal, Il cardinale Merry del Val, segretario di Stato del Beato Pio X, éd. Paoline, 1953.) Par ailleurs, fait moins connu mais significatif, c’est à Merry del Val que l’on doit le maintien de l’oraison du Vendredi saint portant sur les Juifs jusqu’à la funeste période moderne. En effet, alors que l’exorde de l’oraison prononcée dans la liturgie catholique lors de la prière du Vendredi saint, introduite dès le VIIe siècle, que Jean XXIII crut bon de supprimer en 1959, stipulait : “Oremus et pro perfidis Judaeis”, la révision de l’oraison fut à l’ordre du jour pendant l’entre-deux-guerres, en particulier après la création à Rome, le 24 février 1926, de l’Opus sacerdotale Amici Israel, destinée à donner à la politique du Saint-Siège une orientation plus favorable au peuple juif. Il était question notamment, on voit que les choses ne datent pas d’hier, de « propager les idéaux du sionisme parmi les catholiques» tout en les encourageant à un « apostolat fondé sur l'amour et la charité». Cela impliquait la conversion des Juifs, selon la tradition catholique et conformément à la prière Oremus, mais dans une optique différente, définie par le pape Pie XI lors de l'Année sainte 1925. Dès sa deuxième année d’existence, l'Opus sacerdotale réunissait 19 cardinaux, 300 évêques et environ 3 000 prêtres. La première mission de l’association consista à faire supprimer le mot perfidis dans la prière du Vendredi saint. Le pape Pie XI, qui travaillait volontiers en accord avec le grand-rabbin de Milan demanda à la Congrégation des rites d’élaborer une réforme en ce sens. Il chargea l'abbé bénédictin Ildefonso Schuster, lui-même partisan de cette réforme, de suivre le dossier. La Curie lui opposa cependant une fin de non-recevoir, celle-ci étant assortie d’un refus sans appel du cardinal Merry del Val, en son rang de préfet du Saint-Office, au motif qu’il s’agissait de transformer une prière « inspirée et sanctifiée » par les siècles et exprimant : « la répugnance pour la rébellion et la trahison du peuple élu, perfide et déicide (Cf. H. Wolf, Pro perfidis Judaeis, Die Amici Israel und ihr Antrag auf eine Reform der Karfreitagsfürbitte für die Juden (1928). in Historische Zeitschrift, CCLXXIX (2004), p. 612-658.)

 

6. Archives Israéliennes, 2 septembre 1897.

 

7. J. Lemann, (abbé), L’Avenir de Jérusalem, IIe Part., ch. II, 1901.

 

8. Vatican II par la déclaration Nostra Aetate § IV – va jusqu’à soutenir que les juifs qui ne croient pas en Jésus sont inclus également dans le plan du Salut [en 1980, Jean-Paul II à Mayence en Allemagne, a appelé les Juifs, en contradiction complète avec s. Paul et l’Ecriture : «le peuple de l’Ancienne Alliance jamais révoquée»; expression fautive et inexacte qui était déjà présupposée dans la liturgie nouvelle (version française officielle) du Vendredi-Saint, avec l’oraison implorant Dieu que les juifs “progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son alliance”] : «.L'Église a toujours également devant les yeux les paroles de l'apôtre Paul au sujet des siens «à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses qui ont été faites aux Patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ» [Rm 9, 4-5], le fils de la Vierge Marie... Les juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits. Cependant ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps...».Or, il y a eu, depuis le Christ, substitution de l’Église à la Synagogue, Synagogue talmudique que l’Apocalypse de st Jean appelle à deux reprises Synagogue de Satan et qui fut rejetée par Dieu (Apocalypse. 2, 9 ; 3, 9) en raison de son infidélité, et répudiée au profit de l’Eglise (Jésus dit aux pharisiens qui niaient sa divinité, c’est-à-dire au judaïsme rabbinique et postbiblique antichrétien, que leur père selon la génération charnelle était certes Abraham, mais que selon l’esprit leur père était le diable (Jean VIII, 31-47). D’ailleurs s. Ambroise, évêque de Milan, qui accueillit s. Augustin auprès de lui, disait de la Synagogue qu'elle est un «lieu de perfidie, une maison d'impiété, un ramassage de folie ; elle est condamnée par Dieu même », s. Bernard la désigne ainsi : « infortunée est la Synagogue des perfides... » (IVe Sermon des Rameaux). Voir également : s. Jean Chrysostome, Commentaire sur l’Évangile selon St Jean, Homélie LIV, 1; saint Augustin, Commentaire sur Jean, Discours XLII, 1; saint Thomas D’Aquin, Commentaire sur St Jean, VIII, Lectio IV, 1201.

 

9. Etsi multa luctuosa, Encyclique du 21 nov. 1873. Cf. Lettre de 1865, de Pie IX à Mgr Darboy, archevêque de Paris, in La Documentation catholique, t. VI, juillet-décembre 1921, p. 139.

 

10. Pie IX ne se fait pas faute, dans sa Lettre pastorale Etsi Multa Luctuosa, de dénoncer en des termes très vigoureux l’action des révolutionnaires, et de désigner ceux qui en sont les animateurs secrets, soit la judéo-maçonnerie : « Les lugubres attentats qui se poursuivent et se consomment sous les yeux même du successeur de Pierre, sont naturellement le premier objet de ses plaintes. Les choses en sont venues à ce point, que la mort semble préférable à une vie si violemment et si constamment agitée, et que, les yeux levés au ciel, nous sommes parfois contraint de nous écrier : ‘‘Il nous vaut mieux mourir qui d’assister ainsi à la destruction des choses saintes’’ (I Macchab., III, 59) […] La guerre ainsi allumée contre l’Église dans toutes les parties du monde, est excitée et alimentée, en plus d’un pays, par les sociétés secrètes, le saint-père recommande aux pasteurs des peuples d’avoir sous les yeux et de rappeler aux fidèles les condamnations dont ces sociétés ont été frappées par le siége apostolique. Plût à Dieu que cette voix des sentinelles de l’ordre comme de la vérité eût été entendue avant que le mal eût pris tous ses développements ! » (Pie IX, Lettre pastorale Etsi Multa Luctuosa, 21 nov. 1873).

  

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Nouvelle et définitive condamnation

des thèses sionistes de Vincent Morlier :

hérésiarque, blasphémateur,

insulteur de la papauté et de l’Eglise !

 

 

 

Nous avons réfuté, dans nos précédents textes (« Le caractère satanique du sionisme ! » ; « Le Chef des Juifs : l’Antéchrist ! ») point par point, la thèse sioniste, sotte, inexacte et blasphématoire de Vincent Morlier, mettant en lumière les incohérences de son raisonnement et les aberrants motifs qui le conduisaient à soutenir une position qui conjugue, allègrement, le profond entêtement quant à ce qu’il en est de la réalité du « Retour » prétendument d’origine divine en Terre sainte des Juifs, et surtout une notable sympathie vis-à-vis des théories réformées évangéliques, faisant, qu’après avoir attentivement examiné sa pensée, nous en avons condamné, fermement et sévèrement, les conclusions

 

Nous avons pourtant reçu récemment, de Vincent Morlier, un nouveau texte qui se veut une contestation de nos critiques antérieures, texte s’intitulant : « Complément de réfutation de la thèse antisioniste exposée par ‘‘Zacharias’’ ». On y trouve rien de bien différent, sur le plan argumentaire, de ce que soutenait déjà Morlier auparavant, puisqu’il persiste à considérer le sionisme comme un fait divin. De la sorte, de manière à faire connaître ses analyses exprimées avec le style curieux qui les caractérise, et respecter les engagements que nous avions pris, nous mettons ci-dessous à disposition en fichier pdf téléchargeable son ultime pensum, évidemment accompagné d’une nouvelle condamnation de notre part, également téléchargeable : « Israël : la ‘‘Synagogue de Satan’’ »

 

Toutefois, nous avertissons nos lecteurs que notre texte aura cette fois-ci un caractère définitif, car Vincent Morlier, participant d’un évident anticatholicisme, s’imagine libre d’utiliser un langage ordurier pour invectiver les papes et l’Eglise, « signe » troublant d’ailleurs, de son évidente désorientation coupable. Si nous ne cachons pas notre totale indignation devant de tels propos scandaleux, et s’il nous fallut, non sans nausée, les supporter un temps pour aller au bout de la purge qu’il convenait de réaliser des profondes désorientations de Vincent Morlier, cependant, ce triste personnage s’étant autorisé à des formulations singulièrement déplacées dans son dernier texte, celles-ci nous font comprendre, certes que l’aveuglement chez lui a atteint un point irréversible, mais surtout que la frontière à ne pas dépasser a été cette fois-ci largement franchie. De ce fait, cette troisième réponse sera la dernière, et constitue donc un jugement qui met un point final et définitif au débat !

 

 

 

 Israël :la "Synagogue de Satan!".pdf

 

Complément de Réfutation de la thèse antisioniste de ''Zacharias''.pdf

 

 

 

02:04 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (58) | Tags : judaïsme, juifs, israël, église catholique, théologie, philosophie, histoire, métaphysique |  Imprimer | | | | | Pin it!

vendredi, 23 octobre 2009

L’antijudaïsme philosophique

La « Question Juive » de Marx et la mise en lumière de

l’essence judaïque du capitalisme

par Radek

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« L'Argent est le dieu jaloux d'Israël

devant qui nul autre dieu ne doit subsister. »

(Karl Marx)

 

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L'évolution du rapace au financier

 

Karl Marx, auteur que l’on ne présente plus, âgé de 25 ans, promu récemment docteur en philosophie, rédigea un article qui parutMarx II.jpg en février 1844 dans l’unique numéro d’une revue qu’il avait tout juste contribué à fonder à Paris, Deutsch-Französische Jahrbücher. Son titre ? Zur Judenfrage « A propos de la Question Juive » – et non « La Question Juive », comme on s’est accoutumé à l’indiquer en France, texte qui était d’ailleurs une réponse au livre éponyme de Bruno Bauer [1].

L’originalité de Marx, dans ce texte polémique, venait du fait qu’il percevait non seulement le judaïsme comme une forme d’obscurantisme religieux, ce qu’il dénonça très violemment en de nombreuses occasions, mais qu’il allait jusqu’à le présenter comme étant, concrètement, une vivante métaphore du capitalisme moderne ; sa source ontologique, son origine véritable, son agent actif délétère. Pour Marx, si la société voulait se libérer de la domination capitaliste, il lui fallait d’abord s’émanciper du judaïsme et de l’esprit Juif.

I. Marx antisémite ?

zimmermann_propagandafilm_html_m4939d860.jpgContrairement à Bruno Bauer, Marx, avec une pertinence supérieure d’autant qu’il connaissait bien son sujet, définissait lesbruno4.jpg Juifs par leur religion qu'il identifiait avec le culte pratique de l'argent : « Le monothéisme du juif est donc en réalité le polythéisme des besoins multiples », il ajoutait : « L'Argent est le dieu jaloux d'Israël devant qui nul autre dieu ne doit subsister. [...] Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic et de l'argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même.» [2]

 

 

 

 

 

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« La nationalité chimérique du Juif

est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent. »

 

 

 

LIBRE PAROLE ILLUSTREE 71-1.jpgPour lui, judaïsme et bourgeoisie étaient donc équivalents, d'où découlera le devoir politique selon-lui, de supprimer le judaïsme pour supprimer la société bourgeoise. Sa critique est pour le moins radicale :

 

- « Le dieu des Juifs s'est sécularisé et est devenu le dieu mondial. Le change, voilà le vrai dieu du Juif. Sonren.jpg dieu n'est qu'une traite illusoire. (…) L'idée que, sous l'empire de la propriété privée et de l'argent, on se fait de la nature, est le mépris réel, l'abaissement effectif de la religion, qui existe bien dans la religion juive, mais n'y existe que dans l'imagination. C'est dans ce sens que Thomas Münzer déclare insupportable e que toute créature soit transformée en propriété, les poissons dans l'eau, les oiseaux dans l'air, les plan­tes sur le sol : la créature doit elle aussi devenir libre

Ce qui est contenu sous une forme abstraite dans la religion juive, le mépris de la théorie, de l'art, de l'histoire, de l'homme considéré comme son propre but, c'est le point de vue réel et conscient, la vertu de l'homme d'argent. Et même les rapports entre l'homme et la femme deviennent un objet de commerce ! La femme devient l'ob­jet d'un trafic. La nationalité chimérique du Juif est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent. » [3]

Marx aurait ainsi, d’après certaines interprétations, écrit un pamphlet non pas simplement antijudaïque mais antisémite qui devait peser lourdement sur les théories des mouvements révolutionnaires face aux Juifs.

Ainsi, de l’Histoire de l’antisémitisme de Léon Poliakov, en 1951 [4], au Marx de Jean Ellenstein, en 1981 [5], et à la Géographie de l’espoir de Pierre Birnbaum, en 2004 [6], Karl Marx, l’auteur du Capital fut désigné comme « antisémite ». Ce petit-fils de rabbin, fils d’un converti au protestantisme et lui-même baptisé protestant par son père en 1824, se serait empêtré dans la « haine de soi ». Robert Misrahi, dans un Marx et la Question Juive, en 1972, avait été jusqu’à l’accuser d’avoir écrit « un des ouvrages les plus antisémites du XIXe siècle », où serait même lancé, suggérait-il, un « appel au génocide » [7]. Qu’en est-il réellement, que soutint et défendit véritablement Marx dans cet ouvrage ?

II. L’antisémitisme philosophique en Allemagne

 

14-05.jpgW. Marr, dans un pamphlet qui eut un certain retentissement, même en France : « La victoire du Judaïsme sur le Germanisme »,Feuerbach.jpg déclarait : « l'Allemagne était la proie d'une race conquérante, celle des Juifs, race possédant tout et voulant judaïser l'Allemagne, comme la France d'ailleurs », il concluait en disant « la Germanie est perdue ». [8] Max Stirner, anarcho-individualiste à la radicalité plus encore brutale, écrivait des Juifs : « Ces enfants vieillottement sages de l'antiquité, n'ont pas dépassé l'état d'âme nègre. Malgré toute la subtilité et toute la force de leur sagacité et de leur intelligence qui se rend Maîtresse des choses avec un facile effort et les contraint à servir l'homme, ils ne peuvent découvrir l'esprit qui consiste à tenir les choses pour non avenues. » [9]

 

Une autre forme de l'antisémitisme philosophique se retrouve chez Duhring qui, en plusieurs traités, pamphlets et livres, attaquait l'esprit sémitique et la conception sémite du divin et de la morale, qu'il opposait à la conception des peuples du Nord. Poussant logiquement jusqu'au bout les conséquences de ses prémisses, et non sans quelques exagérations et inexactitudes, il attaquait injustement le christianisme qui était pour lui la dernière manifestation de l'esprit sémitique : « Le christianisme, disait-il, n'a surtout aucune morale pratique qui, non susceptible de double interprétation, serait utilisable et saine. Par conséquent, les peuples n'en auront fini avec l'esprit sémitique que lorsqu'ils auront chassé de leur esprit ce deuxième aspect actuel de l'hébraïsme. »

 

Nous le voyons, c’est donc l’ensemble de la philosophie allemande qui combattait à l’époque l'esprit juif qu'elle considérait comme essentiellement différent de l'esprit germanique et qui figurait pour elle le passé en opposition avec les idées du présent. Tandis que « l'Esprit » se réalisait dans l'histoire du monde, tandis qu'il marchait, les Juifs restaient à un stade inférieur, le mercantilisme usurier. Telle était la pensée de Hegel et celle de ses disciples de gauche, Feuerbach et Arnold Ruge. [11]

 

III. Schopenhauer et le foetor judaïcus

 

Schopenhauer.jpgSchopenhauer, de son côté, ne modérait pas sa plume et refusait aux Juifs les droits politiques, parce qu'ils « sont et restent un peuple étranger » [11]. Il allait jusqu’à parler à leur sujet de « puanteur juive » ! Il écrit : « Il faut vraiment être bouché, avoir été endormi comme au chloroforme par le foetor judaïcus pour méconnaître celte vérité : que dans l'homme et la bête, c'est le principal, l'essentiel qui est identique, que ce qui les distingue, ce n'est pas l'élément premier en eux, le principe, l'archée, l'essence intime, le fond même des deux réalités phénoménales, car ce fond, c'est en l'un comme en l'autre la volonté de l'individu; mais qu'au contraire, cette distinction, c'est dans l'élément secondaire qu'il faut la chercher, dans l'intelligence, dans le degré de la faculté de connaître chez l'homme, accrue qu'elle est du pouvoir d'abstraire, qu'on nomme Raison, elle s'élève incomparablement plus haut; et pourtant, cette supériorité ne tient qu'à un plus ample développement du cerveau, à une différence dans une seule partie du corps, et encore, cette différence n'est que de quantité. » [12]

 

Ailleurs, allant plus loin, il explique, en raison de son pessimisme athée : « Un Dieu comme ce Johavah (sic), qui animi causa, pour son bon plaisir et de gaîté de cœur produit ce monde de misère et de lamentations et qui encore s'en félicite, voilà qui est trop. Considérons donc à ce point de vue la religion des Juifs comme la dernière parmi les doctrines religieuses des peuples civilisés, ce qui concorde parfaitement avec ce fait qu'elle est aussi la seule qui n'ait absolument aucune trace d'immortalité. » [13]

III. L’essence judaïque de la société selon Marx

180_193_org_upload_wikimedia_org__2Fwikipedia__2Fcommons__2Fthumb__2F9__2F94__2FAntisemiticroths_jpg__2F180px-Antisemiticroths_jpg.jpg

« L’émancipation sociale du juif,

c’est l’émancipation de la société du judaïsme. »

 

1818%20YoungerMarx.jpgMarx, beaucoup plus froidement, et avec une distance analytique qui caractérisera ses ouvrages futurs, décrivait lagws_rothschild_01-775580.jpg situation du Juif en Europe à son époque. Il est enfermé dira-t-il, dans « le trafic » et « l’argent », suscitant de par son comportement bassement vénal une inévitable caricature sociale du « judaïsme ». Vu sa place dans la société bourgeoise, le Juif incarne donc l’essence judaïque de cette société, il montre en quoi l’ensemble du système capitaliste libéral est une construction qui ne s’explique, et ne trouve d’explication que par le « judaïsme ». La société contemporaine pour Marx est une monstruosité car elle vit courbée devant le dieu Mammon, elle est érigée sous « l’empire de la propriété privée et de l’argent ».

Alexis Lacroix soutient, s’interrogeant sur le texte de Marx : « L’humanisme réel » déployé dans « La Question juive » est révolutionnaire dans ce sens qu’il fusionne une promesse d’émancipation de l’humanité avec un programme d’éradication du judaïsme – c’est-à-dire du juif dans son identité. Non pas que Marx sous-entende que, par soi, la « suppression » du juif entraînerait la fin du capitalisme. Mais un impensé organiciste anime secrètement ses diatribes : à ses yeux, protéger la communauté, c’est d’abord la protéger du juif, puisque le juif est le premier responsable du capitalisme qui la corrompt. » [14] Lacroix, relaye volontairement la thèse contemporaine selon laquelle toute critique du judaïsme est de l’antisémitisme. Ce n’est pas nouveau : le philosophe américain Dagobert Runes publiait en 1960 le texte de Marx en l’intitulant : A world without Jews (Un monde sans Juifs) de manière à faire croire que Marx était un adepte de la « solution finale ». [15]

Conclusion

LA FEUILLE 7.jpgCe discours, qui ne brille pas par son intelligence, s’empêche, concrètement, de voir ce que dénonçait exactement Marx, ce qu’il mettait en lumière dans « La Question Juive », à la suite de Schopenhauer, Hegel et Feuerbach, à savoir qu’il y a un problème interne au judaïsme qui fait de sa présence au sein de la société un facteur de corruption, puisque participant au développement non contrôlé de l’argent et des puissances usurières qui en arrivent à dominer tous les secteurs de la vie sociale.

C’est ce qu’il décrit en des lignes relativement explicites dans « La Question Juive » :

- « La ténacité du Juif, nous l'expliquons non par sa religion, mais plutôt par le fondement humain de sa religion, le besoin pratique, l'égoïsme.

 

C'est parce que l'essence véritable du Juif s'est réalisée, sécularisée d'une manière générale dans la société bourgeoise, que laLa feuille3.jpg société bourgeoise n'a pu convaincre le Juif de l'irréalité de son essence religieuse qui n'est précisément que la conception idéale du besoin pratique. Aussi ce n'est pas seulement dans le Pentateuque et dans le Talmud, mais dans la société actuelle que nous trouvons l'essence du Juif de nos jours, non pas une essence abstraite, mais une essence hautement empirique, non pas en tant que limitation sociale du Juif, mais en tant que limitation juive de la société. Dès que la société parvient à supprimer l'essence empirique du judaïsme, le trafic de ses conditions, le Juif est devenu impossible, parce que sa conscience n'a plus d'objet, parce que la base subjective du judaïsme, le besoin pratique, s'est humanisée, parce que le conflit a été supprimé entre l'existence individuelle et sensible de l'homme et son essence générique.

 

[...]

 

Nous reconnaissons donc dans le judaïsme un élément antisocial général et actuel qui, par le développement historique auquel les Juifs ont, sous ce mauvais rapport, activement participé, a été poussé à son point culminant du temps présent, à une hauteur où il ne peut que se désagréger nécessairement.

 

Dans sa dernière signification, l'émancipation juive consiste à émanciper l'huma­nité du judaïsme. » [16]

S’appuyant sur ce raisonnement, où les conditions mêmes qui pourraient entraîner la libération de la société sont nettement indiquées, la conclusion de Marx sera logiquement sans appel : « L’émancipation sociale du juif, c’est l’émancipation de la société du judaïsme. »

 

Notes.

1. En 1843, Bruno Bauer, qui venait de perdre son enseignement à l’université de Bonn en raison de ses diatribes antireligieuses, publia deux livres : La Question Juive, et L’Aptitude des juifs et des chrétiens d’aujourd’hui à devenir libres. Il s’y interrogeait sur les prétentions des juifs d’Allemagne à revendiquer leur émancipation politique.

2. K. Marx, La Question Juive, 10/18, 1968.

3. Ibid.

4. Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme, réédition en 2 volumes, coll. « Pluriel/Hachette », 1981.

5. Jean Ellenstein, Marx, Fayard, 1981.

6. Pierre Birnbaum, Géographie de l’espoir. L’exil, les Lumières, la désassimilation, Gallimard, 2004.

7. Robert Misrahi, Marx et la question juive, Gallimard, 1972.

8. W. Marr, Der sieg das Judenthum uber das Germanthum, Berne, 1879.

9. M. Stirner, Der Einzige und sein Eigenthum, 1882.

10. L. Feuerbach, L'essence du christianisme ; Arnold Ruge, Zwei Yahre.

11. A. Schopenhauer, Ethique, droit et politique,

12. A. Schopenhauer, Fondement de la morale, trad. d'Auguste Burdeau [1879], introd. et notes d'Alain Roger, Le Livre de poche, 1991, p. 194 sqq.

13. A. Schopenhauer, Parerga und Paralipomena, t. Il, chap. XII, 1874, p. 312.

14. Alexis Lacroix, Le Socialisme des imbéciles, La Table ronde, 2005.

15. H. Draper, Karl Marx’s theory of revolution, v. 1, 1977.

16. K. Marx, La Question Juive, op. cit.

 

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LA QUESTION JUIVE

 

Nous mettons à la disposition des lecteurs le dernier chapitre de conclusion de « La Question Juive » (1844), texte peu connu et rarement édité, pour les raisons que l’on imagine aisément, que Marx écrivit afin de proposer une solution à la résolution du problème posé par la présence du judaïsme à l’intérieur des sociétés modernes.

Marx n’hésite pas à mettre en relation l’aliénation et la domestication des peuples et des nations par les puissances mercantiles et usurières, et ce qu’il nommait clairement comme étant la domination universelle de « l’esprit Juif ».

On notera que ce dernier chapitre s’intitule : « la capacité des juifs et des chrétiens actuels de devenir libres ». Pour Marx, cette capacité à recouvrer la liberté passait par un unique remède qu’il n’est pas inutile de rappeler : « émanciper l’humanité du judaïsme ».

 

LA QUESTION JUIVE.pdf

 

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vendredi, 04 septembre 2009

René Guénon : un ésotériste antichrétien !

 

ou

la nature ténébreuse et

 corruptrice de la gnose guénonienne

 

 

 

borella-guenon.jpg
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La contradiction est totale entre la position chrétienne,
et la thèse guénonienne défendant l’unité des traditions
par leur rattachement à une prétendue "Tradition primordiale".

 

dyn004_original_120_155_pjpeg_2546912_f2ddf7c0071c0c7592da2b1777d700f7.jpgOn est loin de se douter, abordant la pensée de René Guénon (1886-1951), que nous nous trouvons en9782070230082.gif présence de l’un des plus redoutables adversaires contemporains du christianisme et de l’Eglise. Beaucoup même, se sont laissés abuser, ont été profondément dupés par certaines de ses déclarations avantageuses en apparence, et considèrent, dans leur candide naïveté, que Guénon contribua à « faire des chrétiens ».

 

Or, les chrétiens éventuels qu’aurait « fait » Guénon, sont tous des êtres devenus, peu à peu mais inexorablement, étrangers à leur propre Tradition, car infectés par les germes corrupteurs d’une théorie foncièrement mensongère, imprégnée, bien plus qu’on ne l’imagine, d’une gnose occultiste fort éloignée de l’enseignement de la Révélation. En effet, Guénon rejette avec vigueur l’idée que le christianisme puisse représenter l’unique voie de Salut, et subordonne, de façon inacceptable, la Révélation à une fallacieuse « Tradition primordiale » d’origine cosmique et babélienne.

 

I. Une stratégie mensongère

 

orient.jpgDans un premier temps, l'intention de Guénon, comme il l'exposa tout d'abord dans l'Introduction générale à l'étude des doctrinesrene-guenon-caire2.jpg hindoues (1921), puis dans Orient et Occident (1924), était que puisse s'opérer un redressement de l'Occident par les lumières de l'Orient. « Pour Guénon, remarquait Marie-France James, il ne s'agit pas, de toute évidence, d'une simple "entente philosophique" entre l'Orient et l'Occident mais d'un redressement et même d'une complétude de la tradition occidentale, prenant sa source à la plus pure et invariable métaphysique qui, pour des raisons de fait tenant à l'âge sombre du kali-yuga, est conservée et réalisée dans le seul Orient au sein de l’Aggartha. [1]

 

Nous sommes là en présence d'un renversement de perspective : il ne s'agit plus d'apporter la Révélation judéo-chrétienne à la Gentilité, mais d'éclairer cette révélation, d'en dévoiler le sens caché, d'en permettre le plein épanouissement, à la lumière des doctrines maîtresses de l'Orient.» [2]

 

Mais ensuite, l'idée cachée de Guénon, sera bien celle d'une incorporation, d'une « intégration » de la tradition occidentale au sein de lavgreets-ganesh.jpg tradition orientale, d'une véritable « absorption » par laquelle elle sera dissoute et retournera à sa prétendue « source » afin que puisse s'accomplir l'ultime « retour aux origines » préfigurant la fin de l'actuel Manvantara et le surgissement d'un nouveau qui s'engagera, à son tour, dans un mouvement cyclique divisé en différents âges ou périodes, et ceci éternellement.

 

D’ailleurs, étayant et confirmant sa conviction, ainsi que justifiant la terrible destination qui lui est réservée, le jugement dépréciatif de Guénon à l'égard du christianisme ne souffre d'aucune ambiguïté :

 

-          « (...) en dépit des origines initiatiques du christianisme, celui-ci, dans son état actuel, n'est certainement rien d'autre qu'une religion, c'est-à-dire une tradition d'ordre exclusivement exotérique, et il n'a pas en lui-même d'autres possibilités que celles de tout exotérisme ; il ne le prétend d'ailleurs aucunement, puisqu'il n'y est jamais question d'autre chose que d'obtenir le "salut". Une initiation peut naturellement s'y superposer, et elle le devrait même normalement pour que la tradition soit véritablement complète, possédant effectivement les deux aspects exotérique et ésotérique ; mais dans sa forme occidentale tout au moins, cette initiation, en fait, n'existe plus présentement.» [3]

 

II. L’hypocrisie guénonienne

 

2-8251-0976-2_1.jpgLes lecteurs crédules qui prirent ainsi pour argent comptant les assertions avantageuses de Guénon concernant la730167_1312469.jpg possibilité d’un éventuel rétablissement de la Tradition en Occident à partir du christianisme, ou plus exactement du catholicisme, comme semblent le confirmer certains passages de la Crise du monde moderne, ouvrage qu’il publia en 1927, seront sans doute satisfaits d’apprendre ce qu’il écrivait à Julius Evola (1898-1974) en 1933, expliquant que sa position, à laquelle il ne croyait pas, n’était en réalité conditionnée que par un pur souci de stratégie :

 

-          « Vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais pour des raisons qu’il ne m’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette, et a eu pleinement le résultat (négatif) que j’attendais. » (Lettre à Julius Evola, 1933).

 

Il confirmera, en cette même année 1933, dans un autre courrier destiné à Roger Maridort, la duplicité de son attitude, et son absence de toute conviction s’agissant du rôle possible que l’Eglise aurait pu jouer dans le cadre d’un rétablissement en Occident.

 

Guénon écrit explicitement :

 

-          « Pour ce que j’ai dit dans Orient et Occident au sujet du rôle possible de l’Eglise catholique (comme représentant une forme traditionnelle occidentale pouvant servir de base à certaines réalisations, ainsi que cela a d’ailleurs eu lieu au moyen âge), je dois dire que je ne me suis jamais fait d’illusions sur ce qu’il pouvait en résulter en fait des circonstances actuelles ; mais il ne fallait pas qu’on puisse me reprocher d’avoir pu négliger certaines possibilités, au moins théoriques, ou de ne pas en tenir compte. » (Lettre à Roger Maridort, 1933).

 

Ce que l’on peut résumer par ces mots : je n’ai jamais cru le moindre instant à cette possibilité mais, n’ayant pas voulu donner prise à la critique, je l’ai évoquée de manière uniquement tactique alors même que j’en connaissais le caractère parfaitement illusoire. 

 

 

III. Subordination inacceptable de la Révélation à la "Tradition primordiale"

 

 

 

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"Aucune entente n'est réellement possible avec quiconque
a la prétention de réserver à une seule et unique forme traditionnelle
le monopole de la révélation et du surnaturel."

 

9782070297528.jpgGuénon refuse avec vigueur la nature « exclusive » et non-universaliste de la Révélation chrétienne dans la mesure où elle déclare que le ChristGuenon-author-pg-image-1.jpg seul lave et libère les hommes du péché originel. Il place la Parole de l'Evangile dans une relation de « subordination » vis-à-vis de l’Orient, et affirmera clairement qu'il ne peut accepter la prétention du christianisme à détenir, de manière solitaire, un caractère surnaturel et transcendant :

 

-          « (...) c'est toujours la même chose : affirmation que le christianisme possède le monopole du surnaturel et est seul à avoir un caractère "transcendant", et, par conséquent, que toutes les autres traditions sont "purement humaines", ce qui , en fait, revient à dire qu'elles ne sont nullement des traditions, mais qu'elles seraient plutôt assimilables à des "philosophies" et rien de plus (...) autrement dit, le christianisme seul est une expression de la Sagesse divine ; mais malheureusement ce ne sont là que des affirmations (...) tout cela s'accompagne d'une argumentation purement verbale, qui ne peut paraître convaincante qu'à ceux qui sont déjà persuadés d'avance, et qui vaut tout juste autant que celle que les philosophes modernes emploient, avec d'autres intentions, quand ils prétendent imposer des limites à la connaissance et veulent nier tout ce qui est d'ordre supra-rationnel.» [4]

 

Poursuivant sur sa conviction  l'aveu de Guénon, en conclusion d’un article précédent, est d'un grand intérêt puisqu'il dévoile nettement le fond de sa pensée :

 

-          « (...) aucune entente n'est réellement possible avec quiconque a la prétention de réserver à une seule et unique forme traditionnelle, à l'exclusion de toutes les autres, le monopole de la révélation et du surnaturel. » [5]

 

 

IV. La "Tradition" selon le christianisme

 

Dom Irénée Gros avait su, dans un texte d'avril 1950, préciser pourtant ce qui distingue le christianisme et en rend impossible la réduction dans les schémas universalistes, montrant que la Révélation exige une purification supérieure à celle qui est réalisée par les pratiques orientales :

 

 - « [L'expérience chrétienne], écrivait-il, exige une purification de l'esprit encore plus totale et qui n'est plus et ne peut plus être notre œuvre.jeandelacroix.jpg Essentiellement surnaturelle en effet, elle se poursuit sous la direction de l'Esprit-Saint lui-même usant à cette fin des vertus théologales et des dons qu'il nous a conférés. (…) le christianisme est cette relation absolument transcendante que l'esprit ne peut découvrir et devant laquelle l'homme est impuissant. Le christianisme n'est connaissable que par révélation, son Dieu n'est accessible que par grâce. Dès lors, la métaphysique doit reprendre sa place subordonnée, elle ne sera que l'humble servante d'une sagesse qui est don souverain et entièrement gratuit du Dieu Créateur et qu'elle est par elle-même aussi incapable de concevoir que d'accomplir. (...) La conversion ne se fera pas sans crucifiement et c'est la loi de la conversion. » [6]

 

danielou.jpgLa Tradition, pour le christianisme, c’est donc l’émergence, par la purification et la grâce, d’un élément fondateur dans l’Histoire des hommes : « la foi » ; foi qui les engage dans un autre ordre des choses. Le cardinal Jean Daniélou (1905-1974) résumera justement cette originalité :

 

                - « Le premier trait qui caractérise le christianisme est qu’il est essentiellement la foi en un événement, celui de la Résurrection du Christ. Cet événement constitue une irruption de Dieu dans l’histoire qui modifie radicalement la condition humaine et constitue une nouveauté absolue. Or ceci distingue complètement le christianisme de toutes les autres religions. C’est là ce que méconnaît René Guénon quand il réduit le christianisme à n’être qu’une des formes de la tradition originelle. Il en évacue précisément tout ce qui en fait l’originalité. Les grandes religions non chrétiennes affirment l’existence d’un monde éternel qui s’oppose au monde du temps. Elles ignorent le fait d’une irruption de l’éternel dans le temps qui donne à celui-ci consistance et le transforme en histoire. » [7]

 

 

 

Conclusion

 

 

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Le christianisme n'est connaissable que par révélation,

son Dieu n'est accessible que par grâce."

 

 

 

 

Dans un article publié en 1951, et avec pertinence, le père Jean Daniélou insistait déjà sur la nature foncièrement novatrice de l’idée chrétienne decrucifixion-von-st.jpg Rédemption, de « promotion spirituelle » unique dans l’histoire des traditions religieuses de l’humanité, que n’avait pas du tout perçu Guénon, apparemment hermétique à la dimension anthropologique, oublieux du caractère dramatique de la condition de l’homme, de tous les hommes soumis, depuis la Chute, à la puissance du péché :

 

-          « Il n’est que de relire saint Paul pour voir combien les termes de ‘‘création nouvelle’’, ‘‘d’homme nouveau’’, reviennent fréquemment chez lui. Il y a donc des éléments que ne possédaient pas la tradition antérieure, une promotion spirituelle. Cette promotion correspond au passage de la connaissance de Dieu par le monde visible à la révélation intime en Jésus-Christ. Par suite, ici seulement, mais ici au sens le plus fort du terme, il y a histoire. C’est ce que n’a pas vu Guénon. » [8]

 

Le problème est donc nettement posé, et il semble bien que la contradiction soit irréductible entre la position chrétienne de radicale nouveauté extratemporelle du fait de l’Incarnation et de la Résurrection du Messie, et la thèse guénonienne défendant l’unité des traditions par leur rattachement à une prétendue Tradition originelle primordiale, en réalité tradition caïniste babélienne.

 

Telle est la secrète vision guénonienne, et la stupéfiante conséquence à laquelle conduit cette hallucinante doctrine subordonnant la Révélation de l’Evangile à la religion cosmique réprouvée par Dieu, aboutissant à éloigner radicalement ceux qui, par inconscience ou légèreté adhèrent à ces thèses, des bases effectives de la religion chrétienne pour les précipiter dans les bras ténébreux du « Roi du Monde » qui, comme le sait normalement tout chrétien, est condamné définitivement et rejeté pout toujours !

 

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« Le prince de ce monde est déjà jugé. »
(Jean 16, 11).

 

 

 

Notes.

 

[1] L’Agarttha est le centre spirituel suprême, invisible et souterrain, selon René Guénon qui fait siennes les théories développées par des occultistes comme Saint-Yves d'Alveydre, qui se serait dissimulé aux hommes, lorsque l’humanité est entrée dans le cycle « d’obscurcissement et de confusion » qui est le nôtre, le Kali-Yuga, il y a environ 6 000 ans. Ce centre est le dépositaire de la Tradition primordiale et tous les « centres secondaires » qui sont formés à son image et qui le représentent « extérieurement » s’y rapportent. Mais ceux-ci sont, eux, devenus progressivement inaccessibles à leur tour, et seules les organisations initiatiques, qui gardent le lien en quelque sorte avec eux permettent d’y accéder – ou tout au moins de s’orienter dans leur direction. C’est ainsi que l’ésotérisme existe. Une des idées dominantes de l’œuvre de René Guénon est la communauté d’origine des traditions initiatiques et religieuses de l'humanité et, par suite, d'une Tradition primitive, source unique ayant donné naissance à tous les grand courants orthodoxes qui ont, au cours des âges, alimenté la vie spirituelle des hommes.


[2] M.-F. James, Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, Nouvelles Editions Latines, 1981, p. 226.

 

[3] R. Guénon, « Christianisme et initiation », in Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, Editions Traditionnelles, 1983, pp. 39-40.

 

[4] R. Guénon, Etudes sur l’hindouisme, Editions Traditionnelles, 1973, pp. 282-283.

 

[5] Ibid., p. 274.

 

[6] Dom Irénée Gros, o.s.b., Sagesse hindoue et Sagesse chrétienne, Témoignages, avril 1950, pp. 198-212.

 

[7] J. Daniélou, Essai sur le mystère de l’histoire, Ed. du Seuil, 1953, p. 107.

 

[8] France Catholique, juin 1951.

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mardi, 25 août 2009

Michel Onfray : l'histrion médiatique de la «mort de Dieu» !

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Portrait d’un produit dégénéré de l'ère du soupçon


 

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Pour l'"athéologue",
le croyant est à la fois stupide, pernicieux et criminel...

 

04-onfray.jpgL'antichristianisme n'est plus politique, comme sous la IIIe République, il est devenu culturel. La religion catholique, en particulier, fait l'objet de charges très violentes de la part de certains milieux (gauche extrême, homosexuels militants...), mais aussi d'intellectuels à la mode pour lesquels cela devient une spécialité. Un personnage assez répugnant se distingue, au sein de ce milieu par sa vulgarité : Michel Onfray.

Michel Onfray, qui professe une « athéologie militante », personnifie ce nouvel antichristianisme. Il a connu un véritable succès avec un Traité d'athéologie (Grasset) [1] qui s'est vendu à plus de deux cent mille exemplaires. VRP de ce bréviaire de la haine antireligieuse, il est devenu un familier des journaux à la mode et des plateaux de télévision.

I. Un pseudo-rebelle qui n'est qu'un serviteur du système

Onfray, plutôt que d'étayer son athéisme de façon philosophique, se livre à une attaque en règle contre les religions. Son combat est avant tout408px-Nietzsche_Olde_02.jpg une haine des monothéismes, le catholicisme ayant une place de choix. Pour l'"athéologue", le croyant est à la fois stupide, pernicieux et criminel. Il fait preuve à la fois d'une "haine de 'intelligence", d'une "haine de la vie", d'une "haine de la liberté", d'une "haine de la sexualité, des femmes et du plaisir", etc. Entre autres accusations : "En matière de science, l'Église se trompe sur tout depuis toujours" ; "[la religion monothéiste] fomente le mépris, la méchanceté" ; "le Vatican aime Adolf Hitler" ; "la Genèse défend 'esclavage", etc. Au milieu d'un fatras d'invectives, Jésus est qualifié d'"ectoplasme", et Paul de "voyageur de commerce hystérique". [2]

EmileCombes.pngIl apparaît que le livre d'Onfray, au-delà de son style écumant de haine, est truffé d'erreurs grossières. Sur le fond, on a affaire à un vulgaire vulgarisateur qui recycle et ripoline de vieilles lunes. Une telle démarche - c'est sa seule modernité - est formatée pour les médias : des slogans simplistes et un ton péremptoire. L'"athéologue" autoproclamé surfe ainsi sur des abîmes de crédulité et d'inculture qui auraient fait rougir le petit père Combes.

 

A propos de l’antichristianisme maladif, le père Maldamé explique : « Disciple de Nietzsche, M. Onfray a manifestement un adversaire principal. S'il attaque le monothéisme et cite ses trois grandes formes religieuses, M. Onfray vise essentiellement le christianisme qu'il a connu dans la version du catholicisme de la tradition française. Tel est l'ennemi qu'il combat vigoureusement. D'une certaine manière les références au judaïsme et à l'islam, fort limitées dans l'information et l'attention, ne sont là que pour dire qu'il n'est pas l'ennemi d'une seule tradition, mais de toute pensée monothéiste. Son mépris s'adresse principalement aux chrétiens. Dans le développement de sa polémique, M. Onfray est aveuglé par le mépris. Il ne prend pas en compte ses adversaires au sérieux. Il ne les écoute pas ; il ne les lit pas vraiment ; il se contente d'idées reçues qui ne sont jamais exposées pour elles-mêmes ni examinées avec le minimum de rigueur que l'on demande à des étudiants : lire un texte, l'analyser selon sa nature, le situer dans son contexte, le placer dans une tradition... L'antichristianisme de M. Onfray veut se justifier par un discours empli d'erreurs. » [3]

C'est justement cela qui est inquiétant : cette ignorance crasse sur le religieux qui est la marque de notre époque et dont se nourrit grassementbaumier.jpg l'antichristianisme. On peut dire n'importe quoi sans faire broncher personne (ou presque). Du coup, n'importe quelle sottise prononcée sur un ton docte peut paraître crédible aux heures de grande écoute. L'antichristianisme ne se nourrit pas que d'ignorance naïve, mais aussi de préjugé tenace. Le malheur du catholicisme, c'est qu'on croit le connaître. Parce qu'il fait encore partie du paysage, qu'il rappelle des souvenirs d'école privée et de profession de foi, il semble, par cet effet décalé de la mémoire, encore familier à une majorité de Français. Il entre là-dedans des sentiments complexes : une nostalgie sourde, une attente déçue et inavouée, tout comme une culpabilité persistante mêlée de rancœur douloureuse. D'où une montée de mépris, parfois, pour ce qu'on s'imaginait fort comme un juge et qu'on peut aujourd'hui couvrir de crachats si facilement.

Pour René Rémond, "cette violence illustre la persistance d'un héritage historique, la mémoire d'un temps, pas si lointain à tout prendre, où l'Église était en mesure de s'opposer à l'évolution des moeurs". Le catholicisme ne profite pas de la prime à l'exotisme dont bénéficient les religions orientales. (Son incroyable nouveauté ne nous apparaît plus, ou pas encore.) Il engendre toujours des réflexes conditionnés d'hostilité. Une vulgate de demi-intellectuel qui n'est déjà plus de mise chez des penseurs de première catégorie même s'ils sont agnostiques (comme Marcel Gauchet ou Régis Debray). Comme le constate René Rémond, moins le christianisme est puissant, plus il suscite d'"hostilités fantasmatiques".

Par-delà l'ignorance ou le préjugé, il y a parfois dans la haine à l'égard du christianisme un ressort qui n'est pas seulement d'ordre psychologique mais spirituel. "La haine du démon", comme l'écrit Michel De Jaeghere, ou le "nihilisme" dont parle Bernard Sichère, "la religion féroce de ceux qui ne croient en rien et qui veulent empêcher qu'on croie". Tout chrétien ne pourra que souscrire à ce point de vue conforme à l'Évangile, même s'il se gardera de réduire toute hostilité à de la haine démoniaque.

II. Michel Onfray : un enfant dégénéré de l'ère du soupçon

schopenhauer.jpgLe cas Onfray mérite d'être médité non par ce qu'il pense (un tas de poncifs), mais par ce qu'il révèle de notre époque. Cet écrivain, c'est sûr, n'est ni Marx ni Feuerbach, ni Nietzsche ni Schopenhauer, ni Freud ni Sartre. Plutôt un enfant tardif et dégénéré de l'ère du soupçon, un histrion médiatique de la "mort de Dieu". Loin de s'opposer à l'air du temps, il le flatte en jouant les rebelles. Mais il n'est qu'un serviteur du système, qui brosse l'hédonisme marchand dans le sens du poil.

Il y a une grandeur tragique chez Nietzsche, dans sa façon de prendre un risque personnel, de choisir "Dionysos" contre leMarx.jpg "Crucifié". Le penseur allemand fait penser à Kirilov, ce personnage des Possédés - de Dostoïevski - qui entretient un rapport de rivalité avec le Christ et qui, ne pouvant le supporter, sombre dans la folie. C'est le "drame de l'humanisme athée" que sondera le cardinal de Lubac.

Onfray, lui, ressemble comme un frère au "dernier homme" dont parlait Nietzsche dans son Zarathoustra, "méprisable" parce qu'ayant perdu tout sens de son propre dépassement. Le "dernier homme" devenu nietzschéen et qui professe un nihilisme de confort.

6a00d8341c65d453ef00e5536d3f748833-800wi.jpgQue ce soit dans la défense d'un hédonisme qui affadit la sexualité ou dans sa justification du clonage, l'auteur de L'art de jouir prend l'Histoire en roue libre. Ou plutôt ce qui tient lieu de substitut d'Histoire, c'est-à-dire la logique auto-justificatrice de la technique conjuguée au jeu des forces économiques. Là est sa dangerosité, derrière ses outrances de potache : il entend, avec quelques autres, donner une justification idéologique à l'avènement d'un monde monstrueux. Où l'homme, réduit à des chimères mythologiques, serait détruit de l'intérieur et recomposé par les manipulations génétiques. L'antichristianisme actuel s'inscrit dans l'horizon de cette grande "rupture anthropologique". Avec, sous-jacente, la question de l'homme : y a-t-il une nature humaine qui doit être respectée dans son être, ou celle-ci peut-elle être l'objet de tous les modelages culturels et génétiques ? La différence sexuelle est-elle une composante essentielle de l'humanité, ou une occurrence qui doit être sans conséquence sur l'organisation des sociétés ? Ce n'est pas un hasard si la revendication homosexuelle est le fer de lance de ce mouvement radicalement antichrétien.

Si anticléricaux et catholiques d'antan partageaient à peu près la même conception de la morale, les antichrétiens d'aujourd'hui remettent en cause radicalement la conception de l'homme issue du judéo-christianisme.

III. Un nihilisme à l'échelle de l'Europe

Par-delà l'"exception française" et le combat un peu désuet pour la laïcité, on assiste bien à un nihilisme à l'échelle de l'Europe - qui n'est pas séparable de la tentative utopique, et sans doute inconsciente, de notre continent, de "sortir de l'Histoire", après avoir subi le "sens de l'Histoire".

Phénomène lui aussi typiquement européen (à l'exception du Québec) : l'incroyance ; alors que le monde serait, paraît-il, en proie au "retour du religieux". Ici, au contraire, constate l'historien, "le phénomène de l'incroyance a pris de l'ampleur et interpelle les croyants".

Si ce sont d'éminentes personnalités catholiques (comme Schumann ou Monnet) qui furent à l'origine les promoteurs du projet européen, force est de reconnaître qu'en certaines occasions l'Europe politique participe aujourd'hui de ces "lynchages médiatiques" contre des catholiques qui n'ont que le tort d'exprimer leurs convictions. Le catholicisme romain va-t-il devenir le "bouc émissaire" de notre continent en mal d'identité et d'espérance ?

En tout cas, si l'Europe réagit contre cette spirale auto-destructrice et connaît une nouvelle renaissance, on peut parier que cela ne se fera pas sans le christianisme.

Sources:

 

Jean-Marc Bastière, L'Europe contre le christianisme, 2007.

 

Jean-Michel Maldamé o.p, Michel Onfray ou le dialogue impossible, 2005.

 

 

Notes.

 

[1] Extrait significatif : « Les trois monothéismes partagent par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré... » (Michel Onfray, Traité d'athéologie, Grasset, 2005).

[2] Deux ouvrages d'intellectuels catholiques, justement, entendent répondre à cette charge d'une rare violence : Irène Fernandez, dans Dieu avec esprit (Réponse à Michel Onfray), chez Philippe Rey, et Matthieu Baumier, dans L'anti-traité d'athéologie (Le système Onfray mis à nu), aux Presses de la Renaissance (voir entretien "Onfray s'attaque à un christianisme fantasmé !").

 

[3] Le père Jean-Michel Maldamé o.p., docteur en théologie, Doyen émérite de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Toulouse,804693-gf.jpg membre de l'Académie pontificale des Sciences, résume bien l’objectif de Michel Onfray : « Dans les invectives que M. Onfray adresse aux monothéismes, on ne peut pas ne pas remarquer la virulence avec laquelle il attaque saint Paul. Il prolonge ce que disait Nietzsche de celui qui a enraciné le message de Jésus dans l'hellénisme. Le procès est simple à instruire, puisque Paul lui-même reconnaît avoir une « écharde dans la chair » - expression qui a reçu bien des explications et qui reste difficile à interpréter, même si certains y voient une maladie... M. Onfray ne fait pas dans la nuance ; pour lui, il est clairement établi que Paul est un malade, et il nomme la maladie : « hystérie » et « impuissance sexuelle » (op.cit., p. 168). Du fait de cette maladie, Paul serait « incapable de mener une vie sexuelle digne de ce nom » (op. cit., p. 169). Le diagnostic est donc aussi arbitraire que sans appel. Or c'est à partir de cette maladie que toute la doctrine de Paul est interprétée. À l'école de Nietzsche, M. Onfray oppose Jésus et Paul, celui qui aime la vie et celui qui la hait. Il écrit à ce propos : « Paul de Tarse transforme le silence de Jésus sur ces questions en un vacarme assourdissant en promulguant la haine du corps, des femmes, de la vie » (op. cit., p. 165). Mais c'est la doctrine entière de Paul qui est dite par la métaphore de la maladie ; ainsi M. Onfray dit de l'évangélisation par Paul : « Partout il contamine. Bientôt la maladie de Paul gagne le corps entier de l'empire » (p. 173). »

 

Il poursuit : « Plus grave encore, M. Onfray dit que « Paul n'a lu aucun évangile de son vivant » (op. cit., p. 172). Utiliser cet argument est malhonnête, car nul n'ignore aujourd'hui que les évangiles ont été mis par écrit dans leur forme définitive après la mort de Paul. Il est aussi malhonnête, car c'est ignorer qu'après sa conversion Paul a rencontré à maintes reprises les apôtres qui furent les compagnons de Jésus depuis le baptême de Jean et qui furent témoins de sa résurrection. Paul est donc bien inscrit dans une tradition vivante ; même si sa position est différente de celle des autres apôtres, il est vraiment du nombre. Si pour M. Onfray Paul n'a pas lu les évangiles, c'est qu'il ne lisait pas ou si peu. Ainsi il met Paul au rang des ignorants : « La culture de Paul. Rien ou si peu [...]. Sa formation intellectuelle ? On ne sache pas qu'il ait brillé dans des écoles ou de longues études » (op. cit., p. 173). Voilà ce qui contredit ce que Paul dit de lui-même et de sa formation ; voilà ce qui manifeste l'ignorance de la richesse intellectuelle du judaïsme de l'époque et tout particulièrement de la rencontre entre le monothéisme juif et la culture grecque ; voilà surtout ce qui manifeste que M. Onfray n'a pas vraiment lu les lettres de Paul qui, certes, témoignent d'une grande passion, mais aussi d'une grande culture et d'une puissance intellectuelle hors du commun. Cette caricature de Paul est au service d'une thèse qui est dans tout le livre : le christianisme est l'ennemi de l'intelligence. »

(Jean-Michel Maldamé o.p, Michel Onfray ou le dialogue impossible, 2005. )

 

 

 

 

 

 

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dimanche, 23 août 2009

Nietzsche inspirateur du Sionisme

 

 

ou Zarathoustra à Jérusalem

zarathustra.jpg
« Le “nouvel Hébreu” sera l’homme nouveau […]
de stature majestueuse, il avancera vers son indépendance
sur la terre de ses ancêtres sous le ciel pur et divin de la renaissance,
la démarche altière et assurée comme l’antique Hébreu »
Jacob Cohen (1881-1960)
herzl01.jpg

 

« La jeunesse juive doit s’élever aux sommets de Zarathoustra,

là où règne un air pur et vif,

non seulement pour le plaisir esthétique,

mais aussi pour apprendre ce que signifiait être un homme libre. »

 

Israël Eldad

 

 

 

nie.jpgNietzsche, comme il a été démontré, voit dans le peuple juif le symbole de la puissance, en « opposition à tous les décadents ». Son admiration pour le judaïsme de l’époque biblique et pour celui de la Diaspora est bien connue. Sa répugnance à l’égard du judaïsme institutionnel, découle  simplement du fait que celui-ci a constitué le fondement historique du christianisme, qu’il en était arrivé, par l'effet d'une désorientation spirituelle et philosophique tragique, à mépriser.[1]

 

Ses réflexions sur le judaïsme et sur le peuple juif sont récurrentes dans la totalité de son œuvre. Dans La418px-Coat_of_arms_of_Israel_svg.png volonté de puissance, par exemple, il écrit à propos des Juifs : « L’instinct juif du “peuple élu”, toutes les vertus du monde lui appartiennent, le reste du monde n’est que son contraire ». [2] Ses déclarations contre les antisémites : "Les antisémites ne pardonnent pas aux Juifs d'avoir de l'esprit - les antisémites - autre nom des 'pauvres d'esprit' ", lui attirent, comme il est normal, la sympathie des milieux Juifs. Toutefois, ce que l’on ignore, c’est que l’influence nietzschéenne s’est très vite infiltrée profondément dans les principaux courants de la pensée juive, dans les idées politiques et le débat culturel, ainsi que dans la littérature et la poésie hébraïques contemporaines mais surtout, et en particulier, elle devint l'une des sources principales du Sionisme, faisant de Nietzsche une référence importante chez les intellectuels et militants Juifs à l'origine du mouvement nationaliste israélien.

 

 

 

nietzsche1864.jpg

 

 

La présence de Nietzsche dans le kibboutz n’est pas étonnante :

des « bataillons du travail »

où l’on lisait des chapitres entiers de Nietzsche

en passant par l’Hachomer Hatzaïr,

jusqu’au Cercle sioniste "Nietzsche"

tout ceci explique pourquoi

Nietzsche est aimé en Israël.

 

 

 

sionism.jpgDès l’apparition du mouvement de renaissance de l’État hébreu, à la fin du XIXe siècle, Nietzsche a particulièrement marqué les principaux précurseurs du sionisme, de gauche et de droite, religieux et laïques, pionniers des seconde et troisième vagues d’immigration. De toute façon, son hostilité au christianisme, son exaltation de la volonté, ne pouvaient que séduire les jeunes Juifs. Son influence se fait sentir chez les combattants du Lehi (en hébreu – sigle de Lohamé Hérout Israël : Combattants pour  la liberté d’Israël – groupuscule radical armé) ou chez les partisans du mouvement cananéen, jusqu’à la génération de la guerre d’Indépendance en 1948. Avec l’établissement de l’État d’Israël, le « nouvel Hébreu » nietzschéen devint le Sabra.

 

 

 

  I. L’homme nouveau du sionisme : le nouvel Hébreu

 

betar2.jpgIdéologie contemporaine, le sionisme tente de définir la notion « d’homme nouveau ». David Neumark (1886-1924) publie un premier essai en langue hébraïque sur l’oeuvre de Nietzsche : De l’Orient à l’Occident : Nietzsche – Introduction à la théorie de l’être supérieur [3]. De dix ans plus jeune que Ahad Ha’Am et l’un de ses familiers, Neumark, rabbin et philosophe, compte parmi les premiers disciples de Herzl. Il prend part au premier congrès sioniste. Un de ses projets est de façonner un « nouvel Hébreu » à l’image de « l’être supérieur » nietzschéen. Réuven Brainin écrit à ce propos : « Car la génération future ne sera ni faible ni chétive, ni brimée et maladive comme cette génération de nains. Ce sera une génération forte et vigoureuse, une génération de grands et de géants, qui saura insuffler de nouvelles forces, tant corporelles que spirituelles, une génération comme nous n’aurions pu nous l’imaginer, la génération des fils de “l’homme supérieur” [4]. » Neumark est le premier à traduire Übermensch par « homme supérieur » (en hébreu : Adam Elion). À ce propos, il est intéressant de noter que le livre kabbalistique du Zohar parle de « l’homme suprême » – en hébreu : Adam Ila’a – ce qui est pratiquement le même terme.[5] La terminologie nietzschéenne a légué un lexique conceptuel devenu familier dans une large gamme d’idéologies, qui constitue bien souvent la base commune de nombreux débats. Comment les philosophes des principaux courants nationalistes, religieux et culturels du judaïsme ont-ils interprété Nietzsche et comment l’ont-ils utilisé à leurs fins idéologiques et politiques ?

 

Friedrich Nietzsche.jpg
Nietzsche aspirait à élaborer de nouvelles Tables de la Loi.
Il a placé Dionysos face à Jésus crucifié
et institué son « surhomme »
comme l’héritier terrestre du dieu détrôné

 

 

 

327564867.jpgQuelles notions nietzschéennes (la volonté de puissance, « l’homme supérieur », la transmutation des valeurs, la morale des maîtres et la moraleil^etzel.jpg des esclaves, la révolte dans l’histoire) ont-ils choisi de mettre en valeur et lesquelles ont-ils délibérément choisi d’ignorer ? L’oeuvre nietzschéenne est composée, comme tout texte littéraire, de concepts philosophiques, de métaphores, d’archétypes et de mythes. Cette esthétique nietzschéenne constitue un ensemble de points de vue, de métaphores communes et de cristallisation culturelle, adoptés à un dosage différent par divers penseurs ayant participé à la construction de la nouvelle culture hébraïque.

 

Mais qu’est-ce qui, dans les textes de Nietzsche, exhorte à une lecture à ce point suggestive ? Il semble qu’ils constituent un espace verbal commun d’associations évocatrices qui a influencé maints milieux du nationalisme juif contemporain. Nietzsche a lui-même contribué à sa popularité par le fait qu’il écrivit, outre ses œuvres philosophiques per se, des textes poétiques, aphoristes, (presque) abordables à tout un chacun. L’œuvre nietzschéenne est radicale, tant par sa forme que par son contenu, et son mode d’expression métaphorique et symbolique incite à diverses interprétations et évoque différents mythes. Par contre, le contenu de sa « philosophie de la vie » (Lebensphilosophie), le volontarisme, la volonté, la vitalité et le mythe, a favorisé la radicalisation des positions dans les milieux qui désiraient sortir des sentiers battus pour en tracer un nouveau.

 

II. La séduction nietzschéenne en Europe

 

41190-004-A4299CD0.jpgLa publication des œuvres de Nietzsche dans les pays européens fut une puissante source d’inspiration à une époque où le positivisme prédominait dans les universités, ne laissant aucune place à l’intuition, à l’émotion et à l’imagination. Nietzsche fut un souffle d’air frais dans un climat où régnaient le pessimisme et la passivité, associés à un sentiment de stagnation. Ses exhortations « à s’affranchir des valeurs établies » se sont infiltrées dans l’image d’un ordre nouveau. Il n’est donc pas étonnant que ses opposants aient vu en lui un personnage démoniaque, l’émissaire du diable, le pionnier de l’immoralité et le symptôme de la décadence, comme le décrit Marx Nordau dans sa Dégénérescence, publiée en 1892 et traduite en russe un an plus tard. [6]

 

Les concepts nietzschéens ont servi de cadre intellectuel aux préoccupations psychologiques et esthétiques de l’époque. Le dualisme entre Dionysos et Apollon dans L’origine de la tragédie a stimulé la résistance au positivisme et à l’utilitarisme. L’élément dionysiaque servit de symbole aux besoins religieux, psychologiques et esthétiques et ouvrit la porte aux exigences les plus profondes de l’homme : l’âme et l’esprit. Les Symbolistes avaient su identifier l’art de la musique avec Dionysos, mais ils ne s’étaient pas aperçus que l’admiration de Nietzsche pour Wagner s’était peu à peu dissipée.

 

 

III. Nietzsche et les jeunes hébreux

 

kovno4.jpgLes poètes Saül Tchernikhovsky (1875-1943) et Zalman Schnéor (1886-1959) ont décrit dans leurs œuvres la révolte du mouvement des Jeunes Hébreux – menée par Berdichevsky et Ehrenpreis – préférant eux aussi « la vie aux livres ». Leurs écrits comprennent de nombreux éléments nietzschéens, empruntés pour la plupart au jeune Nietzsche qui considérait les mythes grecs et les hymnes de louange à la vitalité dionysiaque comme l’antithèse de la culture basée sur l’histoire qui paralysait l’Europe du XIXe siècle.

 

Dans Ha’Shiloah, Ahad Ha’Am n’avait publié que deux des poèmes de Tchernikhovsky. Cependant, en 1903, lorsque Klausner le remplace au poste de rédacteur en chef, Tchernikhovsky peut exprimer régulièrement ses positions vitalistes, en particulier le parallélisme existant entre les héros de la Grèce antique et ceux du judaïsme, Bar-Kokhba par exemple (Poèmes d’exilés, Face à la mer), ou publier de crispants hommages aux faux prophètes.  Face à la statue d’Apollon (1899) est le plus nietzschéen de ses poèmes. Vue sous cet angle, la phrase : « Puis ils l’attachèrent avec des bandes de phylactères » rappelle la lacération de la Thora par le héros du roman (jamais publié) de Berdichevsky.

 

En écrivant dans Sur les bords de la Seine : « Dieu est mort, mais l’homme n’a pas encore vu le jour », Schnéor n’était-il pas le plus nietzschéen des poètes de la renaissance hébraïque ? À l’instar de Berdichevsky et de Tchernikhovsky, on retrouve dans ses Tablettes cachées le rituel païen et la nostalgie de la beauté opposés à la culture des prêtres et des prophètes : « Que fais-tu ici, toi, le créateur de beauté ? Dans le coeur de ces marchands, jamais tu ne parviendras à allumer la flamme. » (L’apport). En ce qui concerne l’adoption de la théorie de « l’homme supérieur » par Schnéor, son poème J’ai compris est particulièrement intéressant : « La brume pour moi s’est dissipée, et le singe est devenu homme ». [7]

 

IV. Nietzsche et le renouveau juif

 

frishman.jpgBien que David Frishman (1859-1922), écrivain et critique, traducteur et partisan de l’esthétique, fût favorable à certains des idéaux du renouveau juif, il était foncièrement opposé au mouvement sioniste, alléguant que ce projet ne méritait pas d’être réalisé. Ainsi parlait Zarathoustra dans la traduction de Frishman fut publié pour la première fois en hébreu de 1909 à 1991. Frishman voyait dans l’œuvre de Nietzsche une Bible tardive qu’il considérait comme le Troisième Testament, suite logique de l’Ancien et du Nouveau. Fondamentalement, son intention ne divergeait pas de celle de Nietzsche, bien que l’objectif du Zarathoustra nietzschéen était de lutter contre l’éthique judéo-chrétienne en brandissant l’étendard d’une civilisation nouvelle.

 

Dans la traduction de Frishman, la dissonance de l’original se transforme en harmonie quelque peu trop classique. Pour des partisans de l’esthétique tel Frishman qui souhaitait remplacer le « vieux Juif » par son opposé, le « nouvel Hébreu », l’histoire du peuple juif devait être lue dans les textes de la Bible et non pas dans les annales de la Diaspora.[8]

 

Le premier poème de Jacob Cohen (1881-1960), poète, dramaturge et traducteur, fut publié en 1901 dans la revue Notre génération dirigée par Frishman. Cohen aspirait à la création d’un « nouvel Hébreu » et, en 1812, il s’en expliqua dans les pages du périodique qu’il dirigeait à Varsovie, intitulé bien à propos : Le nouvel Hébreu : « Le “nouvel Hébreu” sera l’homme nouveau […] de stature majestueuse, il avancera vers son indépendance sur la terre de ses ancêtres sous le ciel pur et divin de la renaissance, la démarche altière et assurée comme l’antique Hébreu » [9]

 

L’approche de Cohen telle qu’elle apparaît dans La révolution hébraïque (1912) soutient le nationalisme juif moderne perçu comme la renaissance de l’antique peuple juif : « Le passé lointain constitue le fondement de toute renaissance, il en est le symbole, le modèle, la devise. » Cohen associe des thèmes nietzschéens liés au renouveau et à l’autonomie au retour aux sources du judaïsme historique.

 

14358.jpgQuant à Herzl, il cite Nietzsche dans son journal, le 28 juin 1895. [10] Par ailleurs, Max Nordau mentionne Nietzsche dansweizmann.jpg son Entertung publié à Berlin en 1892. Plus surprenante sera la déclaration du futur premier président de l’État d’Israël, Chaïm Weisman, en faveur de Nietzsche et la chaleureuse recommandation qu’il lui réserve dans une lettre destinée à sa future femme. [11] De leur côté, Ernest Müller, dans l’organe international officiel du mouvement sioniste [12], et Gustave Witkovsky, dans le bulletin sioniste de la communauté juive allemande, s’adressent à Nietzsche pour lui demander de clarifier certaines notions fondamentales du sionisme. [13]

 

V. Dionysos face à Jésus crucifié

 

L’une des tentatives les plus sérieuses de la littérature hébraïque de traiter la problématique nietzschéenne fut faite par Joseph Haïm Brenner1881%20Y_H_Brener.jpg (1981-1921). Ses héros méditent sur l’absurdité de l’existence et leurs réflexions abondent en citations et thèmes nietzschéens [14]. Dans son Autour d’un point, Abramson préfère la folie au suicide, Fireman lui (En hiver) pense que le choix doit se faire entre « la déraison et une mort volontaire : optez plutôt pour la mort », préconise-til. Dans Le deuil et l’échec, Jacob Hefetz se demande : « Trouvera-t-il enfin cette force intérieure qui lui permettra d’extirper de lui-même cette bourbe infernale par le biais d’un néant rédempteur ? » La note optimiste n’est présente que dans l’idée des communautés ouvrières qui, d’après lui, constituent la fusion des théories de Tolstoï et de Nietzsche.

 

Zeitlin.jpgHillel Zeitlin (1877-1942) publiciste en langue yiddish, issu d’une famille hassidique à forte tendance mystique, s’installa à Homel d’où il fut envoyé en 1901 comme délégué au cinquième congrès sioniste. Sa préférence pour le peuple d’Israël plutôt que pour la Terre Sainte le fit opter pour l’établissement d’un foyer juif en Ouganda. Quatre ans plus tard, il publia une monographie détaillée de Nietzsche dans la revue Le temps. Il ne s’agit pas là d’un ouvrage supplémentaire désireux de faire connaître les théories nietzschéennes au lecteur hébreu, comme l’avait fait Neumark, mais de l’explication de l’attirance qu’exerçait sur lui la personnalité de Nietzsche qui, à ses yeux, avait vécu « l’expérience sainte et intérieure des grands hommes ». En 1919 paraît son deuxième essai, Surhomme ou surdieu ? où il fait part à ses lecteurs de son intention de revenir sur ses erreurs de jeunesse, tout en parant les idées de Nietzsche d’un fond religieux et mystique : « Il nous faut passer du “surhomme” au “surdieu” ». [15]

 

De ce point de vue, l’attraction des théories nietzschéennes sur des penseurs religieux tels que Neumark, Zeitlin, le rabbin Kook, Martin Buber et, de nos jours, Arieh Leib Weisfish – issu des milieux ultra de Jérusalem, mérite une attention spéciale, car elle témoigne de l’affinité du débat existentialiste religieux avec les doctrines du père de l’existentialisme agnostique.

 

gershom-scholem.jpgLes mouvements hassidiques et kabbalistiques furent deux tentatives modernes de raviver le judaïsme rabbinique par le renouvellement des mythes. Les recherches de Martin Buber et de Guershom Sholem sont intimement liées à ces deux phénomènes historiques, d’où la place centrale accordée au mythe dans leurs œuvres. Leur conception est révolutionnaire principalement du fait de leur critique de la théorie considérant le judaïsme comme une religion essentiellement anti-mythique visant, selon les termes de Guershom Sholem, à supprimer le mythe. Voici donc deux érudits pour qui le mythe représente un élément de renouveau du judaïsme traditionnel. Nietzsche eut une influence primordiale sur l’approche de Buber et de Sholem à l’égard du mythe en réhabilitant son statut d’élément vital et créateur dans toutes les cultures.

 

Dans ce contexte, les propos de Shalom relatifs à l’influence de Nietzsche sur Buber sont édifiants : « Parallèlement à son discours à l’égard du mysticisme qu’il estime être l’un des constituants sociaux du judaïsme, Buber étudie avec un intérêt non moindre les fondements mythiques, ce qui l’amène à une volte-face qui fut vitale à la juste évaluation du mythe. Cette nouvelle appréciation, commune à Buber et à nombre de ses contemporains, découlait directement de l’influence de Nietzsche». [16]

 

Nietzsche aspirait à élaborer de nouvelles Tables de la Loi. Il a placé Dionysos face à Jésus crucifié et institué son « surhomme » comme l’héritier terrestre du dieu détrôné. En 1895, le jeune Martin Buber, à l’instar des jeunes de sa génération, lisait avec admiration les œuvres de Nietzsche, au point de traduire en polonais le premier chapitre de Ainsi parlait Zarathoustra « L’influence qu’a eu sur moi ce livre », confesse-t-il, « n’a pas été celle d’un cadeau qui m’eut été offert, mais celle d’une incursion soudaine et massive qui m’a brusquement séparé de ma propre liberté, et il m’a fallu beaucoup de temps jusqu’à ce que je sois capable de m’en remettre. »

 

VI. Nietzsche et la seconde immigration en Israël

 

irgun.jpgL’idéologue de la seconde Aliyah (vague d’immigration. La seconde Aliyah fut caractérisée par la venue en Palestine des premiers pionniers), s’était joint au début du XXe siècle au débat relatif à l’influence de Nietzsche sur la culture hébraïque. Gordon a parlé le langage du mystique, non pas celui du psychologue. Il élabora une nouvelle éthique dans laquelle se produisait le passage du « surhomme » nietzschéen à une version gordonienne de « l’homme saint ». Dans la notion de « religion du travail », Gordon associe l’homme créateur à sa création et, dans la notion de la « nation-homme » qui n’est autre que la résultante sociale du « surhomme saint », il associe le juif créateur à sa mission humanitaire. [17]

 

Gordon élargit son interprétation du « surhomme» nietzschéen à un cadre social porteur d’une mission à la fois nationale et universelle. Fuyant la décadence de la culture bourgeoise de l’Europe, Gordon part à l’âge de 47 ans en Palestine où il commence une vie de fondateur pionnier. Selon lui, la « connaissance cognitive » qui domine la « connaissance itale » est la cause de l’éloignement de l’homme de la nature et de l’élaboration ’une culture faussée. Par conséquent, les anciennes notions de référence de la orale bourgeoise, tant méprisées par Nietzsche, ont fait faillite.

 

Dorénavant, l’homme sera jugé selon un nouveau critère de référence : l’épanouissement ou ’amoindrissement de la vie. La « connaissance vitaleimage_42178935.jpg » est conscience du fait qu’un individu ou une société en situation de crise souhaitent une solution d’authenticité : un vif désir de revenir à son peuple, de redevenir soi-même.[18] Gordon et Brenner ont tous deux tenté de réaliser en Palestine cette idéologie. Le sionisme naissant lui aussi se considérait comme un mouvement de « pupilles de la nation », dans le sens où ses membres étaient pleinement conscients d’appartenir à une génération de jeunes indépendants, non pas définis par leur âge, mais par leur état d’orphelins. L’un des chroniqueurs de la seconde Aliyah, Mouky Tsour, déclare que les dirigeants et les immigrants de cette vague d’immigration se définissaient comme des personnes sans enfance, n’ayant pas eu droit à l’enseignement des adultes, à qui le sionisme a permis de se créer une nouvelle enfance. Gordon met en garde contre le langage utilisé par Nietzsche, considérant qu’il pourrait briser des individus faibles de caractère.

 

La présence de Nietzsche dans le kibboutz n’est pas étonnante : des « bataillons du travail » où l’on lisait des chapitres entiers de Nietzsche en passant par l’Hachomer Hatzaïr jusqu’au Cercle Nietzsche des années 70 du XXe siècle.

 

 

VII. Nietzsche et le mouvement sioniste

 

Au sein du mouvement sioniste, les principaux thèmes nietzschéens foisonnent et le nom du philosophe est très souvent cité. Dans son autobiographie, Jabotinski reconnaît l’influence prédominante de la culture européenne sur lui et sur le Cercle hébreu dont il était devenu membre dans sa jeunesse, où l’on débattait des différents thèmes de la morale nietzschéenne et non pas des problèmes relatifs à l’avenir du peuple juif.

 

UZG1967.jpgUn autre nietzschéen fut le poète Uri Zvi Greenberg qui immigra en Israël en 1924. Deux ans plus tard, âgé de trente ans, il publie un recueil qu’il intitule La virilité en marche, contrairement à La grande frayeur et la lune et à ses premiers poèmes en yiddish où il rejetait sa judéïté, La virilité en marche est un recueil de poèmes existentialistes à la gloire du judaïsme et des ses symboles : « Si un jour, là-bas, j’ai rejeté mes frères, les Juifs aux papillotes [...] ici, loin d’eux, au temps de la purification des Hébreux sur la terre de leur race et dans la divinité de Jérusalem, je jure devant Dieu de ne plus renier mes frères, les Juifs aux papillotes. » Greenberg déclare son mépris à l’égard de l’Europe chrétienne et son aversion pour l’écriture latine : « Qu’importe si c’est par ces lettres que s’est révélée à moi la vision du surhomme de Nietzsche !  » Sa poésie est empreinte de la « philosophie vitale » nietzschéenne. Toutefois, contrairement à Berdichevsky et aux Jeunes Hébreux qui prônaient une européanisation de la culture juive, Greenberg dirige l’esthétisation de la puissance contre la culture européenne. Dans L’organiste, Greenberg parvient au paroxysme de l’illumination, dans un désir ardent de transformer l’homme juif en être supérieur. [20]

 

En 1944, l’année du centenaire de la naissance de Nietzsche, Israël Eldad – le futur traducteur de Nietzsche en hébreu – exhortait la jeunesse juive à s’élever « aux sommets de Zarathoustra, là où règne un air pur et vif, non seulement pour le plaisir esthétique, mais aussi pour apprendre ce que signifiait être un homme libre. »

 

Cet article, intitulé Le contenu et le contenant dans la théorie nietzschéenne, parut sans nom d’auteur et fut imprimé dans l’organe d’un groupusculeil^lehi.jpg clandestin armé, le Lehi. Yaïr, le chef du Lehi, lui-même nietzschéen, écrivit le manifeste de ce mouvement clandestin Les racines de la renaissance. Son sixième principe porte nettement l’empreinte du nietzschéen Eldad : « Par le courage de mettre sa vie en danger au combat […] “de marcher heureux vers lamort” […] et avec tout ça, un monde qui danse et qui chante, stupéfait et sidéré face à la volonté de vivre que recèle la chair des torturés et des opprimés. Par eux tu vivras, par eux tu ne mourras point car tu as choisi la vie.» [21]

 

golomb.jpgLe nom de Nietzsche a également été cité à l’époque qui a précédé la création de l’État, dans le débat qui suivit le meurtre de Lord Mayne par les activistes du Lehi. Lors d’une réunion restreinte du comité exécutif du mouvement sioniste tenue en 1944, Eliyahu Golomb fit le rapport entre l’attentat perpétré contre Lord Mayne et l’enthousiasme du Lehi, particulièrement celui d’Eldad, pour l’idée du « surhomme » de Nietzsche. [22]

 

L’examen chronologique et thématique de l’impact de Nietzsche, l’un des principaux philosophes des temps modernes sur le nationalisme juif contemporain, nous éclaire ainsi sur un chapitre décisif de l’évolution idéologique du sionisme, riche en mythes, coulés et forgés dans le creuset de fusion des théories nietzschéennes.

 

 

Source : David Ohana,  Zarathusrta in Jerusalem, Controverses, n° 8, mai 2008.

 

 

Notes.

 

[1] Esther Bat Mordehaï, « L’attitude de Nietzsche à l’égard du peuple d’Israël, ou dans quelle mesure la décadence profite-t-elle ou nuit-elle à la vie », Mémoire de maîtrise, Université de Tel-Aviv, 1989 ; Duffy F. Michael et Willard Mittelman, Nietzsche’s Attitude Towards the Jews, Journal of History of Ideas, XLIX (1) (1988) : 301-317.

 

[2] Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, version hébraïque : Israël Eldad, éd. Shoken, Tel-Aviv, 1995, paragraphe 197.

 

[3] David Neumark, « Nietzsche – Introduction à la théorie du surhomme », De l’Orient et de l’Occident (1894) (1ère année) : 116-124.

 

[4]  Le mât (éd. Tamuz, 1924) : 74.

 

[5] Yehuda Liebes, Chapitres du dictionnaire du livre du Zohar, Dissertation, Université Hébraïque de Jérusalem, Jérusalem, 1977, pp. 59, 71-73.

 

[6] S. E. Ascheim, Max Nordau, « Friedrich Nietzsche and Degeneration », Journal of Contemporary

History 28 (4) (1993) : 643-658.

 

[7] Zalman Schnéor, Oeuvres, vol. I-II, éd. Devir, Tel-Aviv, 1960.

 

[8] J. H. Brenner, Oeuvres, vol. IV, éd. HaKibboutz HaMeouhad et Sifryat Hapoalim, Tel-Aviv, 1985, p. 3646.

 

[9] Yaacov Cohen (éd.), Le nouvel Hébreu, Varsovie, 1912.

 

[10] Bruce E. Ellerin, « Nietzsche et les sionistes : tableau d’une réception », in De Sils-Maria à Jérusalem : Nietzsche et le judaïsme : Les intellectuels juifs et Nietzsche, D. Bourel et J. Le Rider (eds.), Cerf, 1991, pp. 111-119.

 

[11] Leonard Stein, ed., The Letters and Papers of Chaim Weizmann, vol. I : Letters, London, 1968.

 

[12] Ernst Müller, « Gedanken Über Nietzsche und sein Verhältnis zu den Juden », Die Welt 5 (Oktober 1900) : 4-5.

 

[13] Gustav Witkowsky, « Nietzsches Stellung zum Zionismus », Jüdische Rundschau 2 (Mai 1913).

 

[14] Cf. particulièrement, Menachem Brinker, « Les thèmes nietzschéens dans l’oeuvre de Brenner », Jusqu’aux ruelles de Tibériade, éd. Am Oved – Sifryat Ofaquim, Tel-Aviv, 1990, pp. 139-149. Dans l’œuvre  de Brenner, deux personnages sont particulièrement liés à Nietzsche : le vieux Lapidote, dans D’ici et de , qui est en fait l’incarnation artistique de A. D. Gordon et l’image même du labeur purificateur, et Uriel Davidovski dans Autour du pot, qui n’est autre que Cendar Baum, un ami intime de Brenner. Au début du XXe siècle, Brenner, Baum et Hillel Zeitlin formaient le noyau dur du Cercle Nietzsche de Homel.

 

[15] Hillel Zeitlin, « Friedrich Nietzsche (sa vie, sa poésie et sa philosophie) », HaZeman, 1905 ; «L’homme supérieur ou le surhomme (critique de l’homme) », À la frontière de deux mondes, éd. Yavné, 1965.

 

[16] Guershom Shalom, Et une chose encore, éd. : Avraham Shapira, Am Oved, Sifryat Ofaquim’ Tel- Aviv, 1989, p. 383. Peut-être n’est-ce là que le témoignage de Sholem sur lui-même : lui aussi a assigné à Nietzsche un rôle prédominant dans la revalorisation du mythe. Notons à ce propos que Sholem a participé, en collaboration avec Mircea Éliade, l’historien des religions, et le psychologue Carl Jung, aux débats du Cercle Eranos où l’on prônait l’importance intrinsèque du mythe dans la compréhension des phénomènes religieux et culturels. La célèbre déclaration de Nietzsche : « Dieu est mort » n’est en aucune manière en contradiction avec la dimension religieuse de son œuvre. D’ailleurs, Zarathoustra lui-même possède le souffle biblique.

 

[17] Elyezer Shavid, L’individu - Le monde d’A. D. Gordon, éd. Am Oved, Tel-Aviv, 1970.

 

[18]  Mouky Tsour, Conférence au Cercle Nietzsche de Jérusalem, « Hebrew Union College », 1990.

 

[19] Ouri Tsvi Greenberg, La virilité en marche, éd. Sadan, Tel-Aviv, 1926.

 

[20] Yaacov Bahat, « Étude du poème : L’organiste » de Ouri Tsvi Greenberg, Ouri Tsvi Greenberg - Choix d’articles critiques sur son oeuvre, éd. : Yéhouda Friedlander, Am Oved, Tel-Aviv, 1974, pp. 208-226.

 

[21]  À propos des « Racines de la renaissance », cf. Josef Heller, Lehi - Idéologie et politique 1940-1949, vol. I, Keter et Centre Zalman Shazar d’histoire de l’État d’Israël, Jérusalem, 1989, pp. 117-119, 121.

 

[22] Ibid., p. 206.

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jeudi, 20 août 2009

Nietzsche et l'antisémitisme

Les causes réelles

de la judéophilie de Nietzsche

 

ou la pernicieuse influence du philosophe Juif Paul Rée

sur la pensée nietzschéenne


friedrich-nietzsche.jpg

« Il n'est vraiment pas en Allemagne de clique plus effrontée et plus stupide

que ces antisémites.

Cette racaille ose avoir dans la bouche le nom Zarathoustra.

Dégoût ! Dégoût ! Dégoût ! »

 

Freidrich Nietzsche

 

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nietzsche a.jpgL’un des principaux effets, mais non la cause comme il se dit parfois de façon erronée, de sa rupture avec Wagner en 1874, sera pour Nietzsche de prendre tout à coup position contre l'antisémitisme d’une façon radicale. Mais comment, et pourquoi, Nietzsche brusquement parviendra à ce type d’attitude, alors que la première phase de sa pensée présentait une forte composante judéophobe ?

Nietzsche et Wagner, au tout début de leur relation, participaient ensemble d’une commune adhésion de l'esprit allemand en lutte contre l'esprit Juif. La mythologie « aryenne », pour le philosophe et le musicien, devait souder la communauté des peuples indo-européens contre la barbarie asiatique à laquelle appartient la Judée. A cette époque, on trouve donc chez Nietzsche, exactement les mêmes thèmes que dans tous les ouvrages antisémites diffusés en Europe.


I. Un jeune philosophe anti-juif

Pour se convaincre de l’état d’esprit de Nietzsche, que quelques auteurs bien intentionnés voulurent nier, il suffit de se plonger dans sa correspondance. Qu’y trouve-t-on ?

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Elisabeth Förster-Nietzsche


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Dans des lettres envoyées à sa sœur Elisabeth il déclare dans un passage : « j’ai enfin trouvé une auberge où il est possible de jouir de mes repas sans avoir à subir la vue de ces espèces de mufles juifs ». Parlant ailleurs des juifs il les désigne sous le nom de « ces singes dégoûtants dépourvus d’esprit et autres commerçants ». A l’occasion d’une représentation de l’Africaine de Meyerbeer (le compositeur d’origine juive raillé par Wagner), il se désole d’être tombé sur des « Juifs et des acolytes des Juifs où qu’on tourne le regard ». Il va jusqu’à écrire, toujours à sa sœur : « Comment peux-tu exiger de moi que je commande un livre chez un antiquaire juif insolent ? » [1] Dans un de ses courriers, et après l’éreintement par la critique de son premier ouvrage La Naissance de la tragédie (1872), Nietzsche dit du célèbre philologue Ulrich von Willamowitz-Moellendorf, qui n’avait pas apprécié son livre et publia un pamphlet contre lui, qu’il est un « jeune homme infesté par l’arrogance juive ». [2]

On le voit, on aura du mal a pouvoir faire du jeune Nietzsche un judéophile présentable, à l’image de ce que souhaite imposer aujourd’hui nombre de nietzschéens de gauche zélés comme Michel Onfray. Ainsi, lorsque d’aucuns prétendent que l’antisémitisme de Cosima Wagner (1837-1930), aurait heurté la sensibilité du jeune Nietzsche, le conduisant à rompre ses relations avec le couple Wagner, on peut considérer qu’il s’agit d’une pure fable imaginaire assez peu crédible et relativement comique.

 


II. L’influence de Paul Rée, philosophe Juif

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Cosima Wagner
"...Pour chaque phrase que j’ai lue,
j’ai un commentaire à faire,
et je sais que c’est ici le Mal qui a remporté la victoire."

ge4.jpgEn effet, Cosima n’écrit pas pour rien, après la lecture d’Humain trop humain (1878), que Nietzsche prend part au « complot juif » : « Je n’ai pas lu le livre de Nietzsche. (…) Un processus que j’avais déjà depuis longtemps vu venir, et que j’avais combattu de toutes mes modestes forces, vient de se déclencher chez l’auteur. Nombreux sont ceux qui ont collaboré à ce triste livre ! Et finalement, Israël s’y est incrusté sous la figure très lisse et très fraîche d’un Dr Rée en quelque sorte séduit et asservi à Nietzsche, mais qui, en vérité, est en train de le duper ; c’est la relation, en petit, entre Judée et Germanie (…). Malwida, de son côté, nie absolument la mauvaise influence du Dr Rée, qu’elle a beaucoup apprécié (…). Elle me prie aussi de ne pas rejeter Nietzsche, mais pour chaque phrase que j’ai lue, j’ai un commentaire à faire, et je sais que c’est ici le Mal qui a remporté la victoire. » [3]

Cosima Wagner voit juste et parfaitement; l’influence grandissante de Paul Ludwig Karl Heinrich Rée (1849-1901), commençait et allait être considérable sur Nietzsche. Les conséquences de cette relation, marqueront à jamais la pensée de Nietzsche, au point de l’amener à un changement radical d’orientation qui aboutira à une fracture définitive avec le couple Wagner. [4]

Paul Rée, va lentement entraîner Nietzsche, d’une crittique du christianisme institutionnel, à un rejet forcené de l’Evangile mais aussi, il le pousse à relativiser, voire modifier ses jugements à l’égard du judaïsme et des Juifs.

 

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Lou Salomé, Paul Rée et Nietzsche (1882)


Image91.jpgDans cette relation qui mènera les deux hommes à effectuer plusieurs voyages, de Bex à Sorrente, où ils passèrent un hiver en compagnie de la féministe Malwida von Meysenbug ils se livrent à d’interminables conversations, lectures, promenades et excursions. A Sorrente, Rée se met à l’écriture de L'origine des sentiments moraux et Nietzsche aux aphorismes d'Humain, trop humain. La publication des deux ouvrages - celui de Rée en 1877 précède d'un an celui de Nietzsche, est l'occasion d’échanges permanents. Puis, survint l’épisode clé de l’histoire de Nietzsche, à savoir la rencontre avec Lou Salomé. En février 1882, à Gênes, Nietzsche et Rée se retrouvent, et répondent à l'invitation de Malwida von Meysenbug, de venir à Rome C'est alors, le soir même de son arrivée chez Malwida, qu'il fit la connaissance d'une jeune russe qui attira immédiatement son attention : Louise von Salomé. Le choc fut puissant ; Nietzsche projette de créer entre Lou, Rée et lui, un « cercle des esprits libres », une « Trinité ». On sait ce qu’il adviendra de ce projet chimérique.

 


III. Une subite fascination pour la tradition judaïque

Il reste que ces liens feront surgir chez Nietzsche une nouvelle vision intellectuelle, fort éloignée, c’est le moins qu’on puisse dire, de celle qui, primitivement, avait été la sienne du temps de sa relation avec Wagner. D’une judéophobie initiale, Nietzsche s'engage, de par son tempérament excessif et impétueux, dans un philosémitisme surprenant. Paul Rée contribue également à orienter la pensée de Nietzsche vers l'observation et l'explication psychologiques des faits moraux.

 

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Paul Rée (1849-1901)
"Finalement, Israël s’est incrusté [chez Nietzsche]
sous la figure très lisse et très fraîche d’un Dr Rée...
qui, en vérité, est en train de le duper ;
c’est la relation, en petit, entre Judée et Germanie"

Dans ses ouvrages, écrits à la manière des moralistes français du XVIIe et du XVIIIe siècle, il ramène les sentiments humain à l'égoïsme. Comme l’écrit René Berthelot : « L'intérêt que Nietzsche y prit nous fait comprendre comment il fut conduit à subir l'influence d'un Montaigne, d'un La Rochefoucauld, d'un Vauvenargues, que déjà Schopenhauer avait admirés et imités. Il leur emprunta leurs procédés d'analyse psychologique, leurs idées sur l'universalité de l'égoïsme; la forme littéraire que ces maîtres de la maxime et de l'aphorisme avaient su donner à leur pensée. C'est Rée aussi qui, sans doute, attira l'attention de Nietzsche sur les théories de l'école anglaise et spécialement de Spencer, relativement à l'origine des sentiments moraux. »

Il poursuit :

« Les ouvrages de cette époque nous révèlent des altérations également profondes dans les procédés intellectuels de Nietzsche et dans l'atmosphère morale où baigne sa pensée. Ce n'est plus un mélange de métaphysique et d'histoire littéraire ou d'histoire de l'art: ce ne sont plus des affirmations enthousiastes, encore un peu confuses et vagues. Ce sont des analyses psychologiques, c'est, l'attitude critique et satirique d'un esprit lucide et désabusé : critique impitoyable de la religion, de la métaphysique, de ce qu'on nomme communément la morale, de la foi dans un «-idéal-» contraire à la nature et à la vie réelles, de la croyance au « génie », à l' «-inspiration », comme à des mystères inexplicables par les causes psychologiques et physiologiques par ou s'expliquent les autres faits spirituels; critique en un mot de toutes les illusions consolantes et amollissantes, qui sont un signe d'affaiblissement. » [5]

C’est ainsi que vont naître des « affirmations nouvelles » et de « nouveaux enthousiasmes », très éloignés de ceux qui étaient les siens auparavant. De la sorte, Matthias Schubel, dans son Nietzsche, le philosémite européen [6], est autorisé à mettre en lumière ce qui devint les positions originales de l’auteur de Zarathoustra à propos de l’antisémitisme.

 


IV. Un étonnant enthousiasme philosémite


On y découvre, pour certains avec surprise, un Nietzsche de la seconde période, extrêmement philosémite, ne cachant plus son admiration pour4541601mieux-connaitre-israel-jpg.jpg le peuple Juif qu’il regarde alors comme porteur d’innombrables qualités, peuple supérieur même, selon lui, aux européens en bien des domaines. Jesua Amar, est allé jusqu’à recenser tous les textes philosémites et germanophobes de Nietzsche [7] après sa rupture d’avec Wagner, contribuant ainsi à expliquer l'intérêt qu’eut pour lui le philosophe d’origine juive Vladimir Jankélévitch (1903-1985). Le résultat est pour le moins démonstratif.

001_Nietzsche.jpgNietzsche professe ouvertement, influencé par Rée, une très forte sympathie à l’égard des Juifs, de la culture Juive, de l’économie Juive, de l’esprit Juif. Dans les aphorismes 197 et 205 de Morgenröte (Aurore) (1881), Nietzsche se révèle résolument philosémite et partisan de l'accomplissement de la pensée moderne par les Lumières françaises. Plus encore, Nietzsche en vient à manifester fortement parfois, son attachement à une certaine tradition judaïque, et s’élève contre, selon sa formule, « les ânes nationalistes antisémites de l’Europe » [8]. Yodel Yirmayahu, qui enseigne la philosophie à l'université de Jérusalem, montre que Nietzsche, de plus en plus, s’affirma dès lors comme un « anti-antisémite » passionné et ardent. Il se fit, déployant des arguments définitifs, un admirateur fervent du judaïsme ancien et des Juifs de la diaspora, qui jouèrent et doivent jouer, d’après ses nouvelles analyses, un rôle fondamental dans l'Europe à venir.

Ses coups les plus rudes, ses charges assassines, seront uniquement réservées au judaïsme « sacerdotal » du Second Temple, ancêtre du christianisme, et au message qu’il considère comme décadent et corrupteur de Jésus, soit cette « inversion des valeurs » qu'il voyait bizarrement dans le Nouveau Testament, et qui faisait pour lui la « maladie » de l'Europe.

D’ailleurs, ce nouvel amour du judaïsme chez Nietzsche, bien à tort présenté comme un précurseur du national-socialisme, fait la joie de certains Juifs qui ne s’en cachent pas.

Reb Weisfish, grand lecteur et admirateur de Nietzsche, déclarait : « La seule chose que Nietzsche adorait, c'était le judaïsme et les Juifs. Jusqu'à sa fin, il a révéré le judaïsme. Il l'a compris mieux que les plus grands rabbins du monde: "Sans les Juifs, point de Salut... Les Juifs sont éternels’’. C'est lui aussi qui écrivait à propos des Allemands: "Une race irresponsable qui porte sur sa conscience les grands désastres de la culture. (…) Le judaïsme est un ensemble d'individus. Ce n'est ni un parti, ni une nationalité, ni rien d'autre. Nietzsche dit que c'est une race, la race supérieure. D'après Nietzsche, il n'existe aucun peuple qui soit destiné à vivre toujours en dehors du judaïsme. » [9]

 


V. Un soudain « dégoût » pour l’antisémitisme

 

Et, il faut le reconnaître, Reb Weisfisn ne trahit pas la pensée du Nietzsche qui avait profondément rompu avec Wagner.

 

 

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"Ce que l'Europe doit aux Juifs ?
Beaucoup de choses : le grand style dans la morale (...)
le ciel de notre civilisation européenne, son ciel vespéral,
[qui] rougeoie aujourd'hui, peut-être de son ultime éclat."

 

Il écrit en effet, dans Par delà le bien et le mal (1886) :

 

- «Ce que l'Europe doit aux Juifs ? Beaucoup de choses, bonnes et mauvaises, et surtout ceci, qui appartient au meilleur et au pire : le grand style dans la morale, l'horreur et la majesté des exigences infinies, des significations infinies, tout le romantisme sublime des problèmes moraux, et par conséquent ce qu'il y a de plus séduisant, de plus captieux et de plus exquis dans ces jeux de lumière et ces invitations à la vie, au reflet desquels le ciel de notre civilisation européenne, son ciel vespéral, rougeoie aujourd'hui, peut-être de son ultime éclat. Nous qui assistons en artistes et en philosophes à ce spectacle, nous en sommes - reconnaissants aux Juifs. » [10]

 

Ailleurs, il soutient avec force, écrivant en 1888 :

 

« Définition de l'antisémite : envie, ressentiment, rage impuissante comme leitmotiv de l'instinct, la prétention de l'« élu » : la plus parfaite manière moralisante de se mentir à soi-même - celle qui n'a à la bouche que la vertu et tous les grands mots. Et ce trait typique : ils ne remarquent même pas à qui ils ressemblent à s'y méprendre. Un antisémite est un juif envieux - c'est à dire le plus stupide de tous... » [11]

 

Dans une lettre à Theodor Fritsch (1852-1933), le 29 mars 1887, il lui explique en détail les motifs de sont rejet de l’antisémitisme, critiquant au180px-Fritsch.jpg passage, une nouvelle fois, Richard Wagner, le génial compositeur de Parsifal qui demeure une permanente obsession :

 

- « Croyez-moi : cette invasion répugnante de dilettantes rébarbatifs qui prétendent avoir leur mot à dire sur la "valeur" des hommes et des races, cette soumission à des "autorités" que toutes les personnes sensées condamnent d'un froid mépris ("autorités" comme Eugen Dühring, Richard Wagner, Ebrard, Wahrmund, Paul de Lagarde - lequel d'entre eux est le moins autorisé et le plus injuste dans les questions de morale et d'histoire ?), ces continuelles et absurdes falsifications et distorsions de concepts aussi vagues que "germanique", "sémitique", "aryen", "chrétien", "allemand" - tout ceci pourrait finir par me mettre vraiment en colère et me faire perdre la bonhomie ironique, avec laquelle j'ai assisté jusqu'à présent aux velléités virtuoses et aux pharisaïsmes des Allemands d'aujourd'hui. - Et, pour conclure, que croyez-vous que je puisse éprouver quand des antisémites se permettent de prononcer le nom de Zarathoustra ? » [12]

 

180px-Fritsch.pngC’est d’ailleurs à propos de Theodor Fitsch, qui publia un Katechismus Antisemitismus (Catéchisme antisémite), et fut le premier traducteur allemand des Protocoles des Sages de Sion, qu’il disait : « Il n'est vraiment pas en Allemagne de clique plus effrontée et plus stupide que ces antisémites. Cette racaille ose avoir dans la bouche le nom Zarathoustra. Dégoût ! Dégoût ! Dégoût ! »

 

 

 


 

VI. Rejet violent des positions antisémites

 

Dans La généalogie de la morale (1887), il parlait de l’antisémitisme comme étant une : « difformité », et rajoutait, afin d’être mieux compris : « Disons le tout d'abord à l'oreille des psychologues, à supposer que l'envie leur vienne d'étudier le ressentiment de plus près : c'est aujourd'hui chez les anarchistes et les antisémites que cette plante fleurit le mieux, ainsi qu'elle a toujours fleuri d'ailleurs, dans l'ombre, comme la violette, mais son odeur est différente. »[13]

 

Un jour, il écrit même à sa mère, souhaitant expliquer pourquoi il rejeta violemment les propositions de son éditeur : « Ce parti [des antisémites] a pourri à ma suite mon éditeur, ma réputation, ma sœur, mes amis – rien ne répugne plus à mes tendances que cet enchaînement du nom de Nietzsche à celui d’antisémites tels qu’E. Dühring : il ne faut donc pas me tenir rigueur d’employer la légitime défense. Je mettrai violemment à la porte de chez moi quiconque me soupçonnera sur ce point. » [14]

 

 

 

 

Conclusion : ultime dérive d’un philosémite hébété !

 

 


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«  Il n’existe pas d’engeance plus impudente et crétine que ces antisémites. »

Point n’est donc besoin d’y insister outre-mesure, les idées, l’influence, la personnalité de Paul Rée, ont fait de Nietzsche, peu à peu, mais de façon définitive, un philosémite convaincu et quasi hystérique en certains de ses jugements [15]. Il n’est pas possible de le nier.

Le drame, c’est que plus croissait ce philosémitisme parfois irrationnel, plus s’amplifiait, parallèlement, sa haine terrifiante du christianisme et de l’Eglise. La violence de ses charges antichrétiennes, ce qui lui permettait sans doute inconsciemment de se distinguer radicalement de Wagner, lui donnait aussi l’occasion de flétrir vigoureusement, par une germanophobie équivalente, ceux qui tentaient de défendre la grandeur de l’esprit allemand. Nietzsche, de par un fatal mouvement de désorientation grandissant, s’approchait à grands pas de la folie qui le guettait et qui sera la conclusion de cette lente et inexorable dérive humaine, intellectuelle et spirituelle.

Son jugement final, définitif, ne laisse place à aucune ambiguïté : « L'antisémitisme est l'une « des aberrations les plus maladives de l’auto-contemplation hébétée et fort peu justifiée du Reich allemand. » Le problème, c’est que l’hébétude maladive évoquée par Nietzsche, c’est lui qui en fut à court terme, comme il était prévisible, la malheureuse et triste victime directe, ceci en raison d’une incompréhension tragique de l’essence des valeurs chrétiennes qui fondèrent l’Europe, et contre lesquelles, dans sa folie aveugle, il s'était mis en guerre.

 

Notes.

 

[1] Cf. Élisabeth Förster-Nietzsche, Das Leben Friedrich Nietzsche’s, Leipzig, Naumann, 1895-1904, vol. II, p. 176.

[2] Wilamowitz-Möllendorff, Zukunftphilologie ! eine Erwidrung auf Friedrich Nietzsche (Philologie de l’avenir ! Réplique à Friedrich Nietzsche), 1872.

[3] Cosima Wagner, Lettre à Maris von Schleinitz, 9 mai 1879, in KSA 15, pp. 83-84.

[4] Les peu crédibles avocats d’une ingratitude de Wagner à l’égard de Nietzsche se trompent lourdement. Wagner eut en très haute estime Nietzsche, il s’était attaché à lui de façon très privilégiée. En 1872, Wagner écrit par exemple à Nietzsche, comparant son amitié aux liens qui le rattachent à son propre fils Siegfried surnommé « Fidi » : « A dire vrai, vous êtes, selon mon épouse, l’unique cadeau que m’ait fait la vie : fort heureusement, il y a aussi Fidi ; mais il manque, entre lui et moi, un maillon que vous êtes le seul à pouvoir former, en quelque sorte celui qui lie le fils au petit-fils. Je n’éprouve aucune crainte concernant Fidi, mais pour vous, je me fais du soucis, dans la même mesure que je pourrais m’en faire pour Fidi. Un soucis vulgairement bourgeois : j’aimerais vous voir retrouver votre santé habituelle. » (Lettre de Richard Wagner à Nietzsche, 24 juin 1872, in KSB 4, 233, p.16.) Ce que l’on ignore, ou passe sous silence également, c’est que Wagner fut alerté par le médecin de Nietzsche de l’existence chez lui de penchants immoraux, penchants « contre-nature » expliquant son état maladif « préfigurant la pédérastie ». Dans une lettre de Richard Wagner à Hans von Wolzogen, du 23 octobre 1877, Wagner, inquiet de la santé de Nietzsche, s'enquit auprès du médecin de son ami des causes de sa maladie. Celui-ci affirma en effet à Wagner que la maladie de Nietzsche pouvait être la conséquence d'une vie de célibataire ; Wagner comprit que Nietzsche souffrait des conséquences pathologiques que l'on attribuait, à la pédérastie, mais aussi à la masturbation. (Cf. É. Blondel Le Cas Wagner Flammarion).

[5] R. Berthelot, Un romantisme utilitaire, étude sur le mouvement pragmatiste, I. Le Pragmatisme chez Nietzsche et chez Poincaré, Félix Alcan, 1911.

[6] M. Schubel, Nietzsche, le philosémite européen, Faculté des lettres et sciences humaines, Besançon, 2007, pp. 143-152.

[7] S. Jessua-Amar, Un souvenir... Jankélévitch et Nietzsche, Alliance israélite universelle, 1991, no 105, pp. 31-35.

[8] Y. Yirmayahu, Les juifs selon Hegel et Nietzsche, la clef d'une énigme, Seuil, 2000.

[9] Reb Weisfish, Entretien, par Avi Katzman, Réalités (revue israélienne en langue française) 1981.

[10] F. Nietzsche, Par delà bien et mal, §10.

[11] F. Nietzsche, Fragment Posthume, 21 - 7.

[12] F. Nietzsche, Lettre à Theodor Fritsch, 29 mars 1887. Peu après cette correspondance avec Nietzsche, Theodor Fritsch écrivit une recension féroce et extrêmement négative de Par-delà bien et mal. Il déclara y avoir trouvé une « exaltation des juifs » et une « âpre condamnation de l’antisémitisme ». Dès lors Fritsch qualifie Nietzsche de « philosophe superficiel » ne disposant d' « aucune compréhension pour l’essence de la nation » et cultivant « des bavardages philosophiques de vieilles commères ». Il rajoute, s’agissant des considérations de Nietzsche à propos des juifs « Ce sont des idioties superficielles d’un pauvre savant de pacotille, corrompu par les juifs. »

[13] F. Nietzsche, La généalogie de la morale, §11.

[14] Cf. Nietzsche, ,KSB 8, 967, pp.219-220.

[15] Un passage de Par delà le bien et le mal, met clairement en lumière le caractère fantaisiste des thèses de Nietzsche : « C'est un fait que les Juifs, s'ils voulaient - ou si on les y forçait, comme semblent le vouloir les antisémites -, pourraient dès maintenant exercer leur prépondérance et même littéralement leur domination sur l'Europe ; c'est un fait également qu'ils n'y travaillent pas et ne font pas de projets dans ce sens. Pour le moment, ce qu'ils veulent et souhaitent, et même avec une certaine insistance, c'est d'être absorbés dans l'Europe et par l'Europe, ils aspirent à s'établir enfin quelque part où ils soient tolérés et respectés, et à mettre enfin un terme à leur vie nomade de "Juifs errants". On devrait bien tenir compte de cette aspiration et de cette pression (où s'exprime peut-être déjà une atténuation des instincts juifs) et les favoriser ; et pour cela il serait peut-être utile et juste d'expulser du pays les braillards antisémites.» (Par-delà le bien et le mal » (1886), OEuvres II, Friedrich Nietzsche, éd. Robert Laffont, 1990, p. 69)

 

 

 

 

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TEXTES PHILOSEMITES DE NIETZSCHE


Nous croyons utile, afin de compléter ce dossier, de mettre à disposition des lecteurs, deux textes emblématiques des analyses philosémites de Nietzsche, dans lesquels apparaît nettement ses positions philosémites et pro-judaïques après sa rupture d’avec Wagner.

- Le premier, qui tout d’abord surprendra puis scandalisa Cosima Wagner, Humain trop humain, qui n’hésite pas à soutenir une thèse très curieuse : « Si le christianisme a tout fait pour orientaliser l’Occident, c’est le judaïsme qui a surtout contribué à l’occidentaliser de nouveau »

- Le second est un paragraphe d’Aurore, qui donne l’occasion à Nietzsche de déclarer, de façon stupéfiante s’agissant des Juifs : « ils savent bien aussi que, comme un fruit mûr, l'Europe pourrait, un jour, tomber dans leur main qui n'aurait qu'à se tendre. »

 

 

 

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