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mercredi, 23 août 2006

Gentil n'a qu'un oeil

 

 

 

ou l'engagement volontaire de Günter Grass dans les Waffen SS

 

par

Jean Mansion 

 

 

 

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 Défilé de gardes SS

 

 

 

L'auteur du "Tambour" (1959), né le 16 octobre 1927, a révélé vendredi 17 août, pour la première fois, s’être engagé dans les Waffen SS, plus exactement, au sein de la division Frundsberg, terrible unité d'élite nazie, épisode qu'il avait jusqu'à présent toujours masqué et qui a suscité de vives réactions. L'enrôlement de Günter Grass sera donc passé inaperçu pendant 61 ans, jusqu'à ce que l'écrivain allemand révèle lui-même cette page sombre de son histoire. Certes, cet aveu intervient alors que Günter Grass publie son autobiographie "Beim Häuten der Zwiebel" ("En épluchant les oignons") dans laquelle il revient longuement sur cet épisode, et sa maison d'édition Steidl a d’ailleurs annoncé mercredi qu'elle mettait dès à présent en vente le livre alors qu'il ne devait paraître initialement que le 1er septembre. Mais comment, celui qui s’érigea en véritable « conscience morale » de l’Allemagne d’après-guerre, développant, à qui voulait l’entendre, un discours permanent sur le nécessaire repentir, revenant sans cesse sur les grands thèmes de la culpabilisation à outrance, chassant le moindre signe de complaisance à l’égard du passé national-socialiste de son pays, a-t-il pu vivre avec ce secret pendant toutes ces années ?

Il vient de déclarer platement : « il fallait que cela sorte, enfin...», simples mots par lesquels Günter Grass, prix Nobel de littérature 1999, conscience de l'Allemagne démocratique et grande figure intellectuelle de l'après-guerre, a justifié sa décision de révéler une page sombre de son histoire personnelle. Pour ne rien nous épargner, celui qui ne manqua pas de dire tout le « bien » qu’il pensait de Heidegger, affirme à présent : «Pour moi, et je suis sûr ici de mes souvenirs, les Waffen SS n'avaient rien d'atroce, c'était une unité d'élite qui était toujours engagée là où ça chauffait» ; propos ahurissants chez cet écrivain de gauche, compagnon de route de longue date du Parti social-démocrate (SPD). Jusqu'à présent, Grass affirmait avoir servi à partir de 1944 dans la défense antiaérienne, avant d'avoir été fait prisonnier par les Américains. Nous voyons qu’il n’en fût rien, et l’on se demande, en s’emprisonnant dans une telle schizophrénique situation de mensonge et dissimulation, comment il a pu vivre sa culpabilité, projetant sur une société entière et un peuple, «une honte», mot qu’il affectionnait entre tous, qui était en réalité la sienne. Au soir de sa vie, l'écrivain qui la consacra à « confronter » l'Allemagne à son histoire et à s’ériger en véritable juge de ses compatriotes, a compris qu'il devait faire la lumière sur sa propre histoire. Mais pourquoi si tard ? Pouvons-nous nous interroger, alors qu'il a eu mille occasions de délivrer son aveu plus tôt.

Son biographe, Michael Jürgs, s'est dit «personnellement déçu», évoquant la «fin d'une instance morale». Lors de la remise de son prix Nobel à Stockholm, Günter Grass avait rappelé venir du «pays où l'on a un jour brûlé les livres». Quelle portée auraient eu ces propos si l'Allemagne à l'époque avait su ? Se demandent aujourd'hui nombre de critiques littéraires. Et pourquoi cet aveu dans la torpeur du mois d'août, juste avant la publication de son autobiographie ? «Cette révélation a le goût de la promotion », de son prochain livre, jugeait acerbe le quotidien Bild dimanche. Elle nous montre surtout, outre la constante fausseté des prétendues « vertus humaines », pour reprendre un thème largement débattu ici récemment, la constante et pertinente valeur de cette immémoriale sentence bien connue de nos grands mères : « Gentil n’a qu’un oeil » !

 

 

 

18:25 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (82) | Tags : Polémique, Actuallité, Gauche, Réflexion, Littérature, Günter Grass |  Imprimer | | | | | Pin it!