samedi, 19 décembre 2009
Joseph de Maistre et les Juifs
L’antijudaïsme contre-révolutionnaire
« L'Histoire est une conspiration permanente contre la vérité. »
Joseph de Maistre


"Les Juifs qui s'en tenaient à l'écorce avait toute raison,
jusqu'à l'événement,
de croire au règne temporel du Messie;
il se trompent néanmoins, depuis..."
Joseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain, ambassadeur de la couronne de Savoie auprès du Tsar, qui sut mettre en lumière la doctrine du « providentialisme » en politique, a souvent attiré l'attention de ses lecteurs sur le rôle nocif des Juifs, rôle très important qu’ils eurent dans la révolution actuelle, et l’avènement des « Lumières ». Il dénonça avec force et véhémence les fruits corrompus, l’action malsaine et les intentions troubles des milieux néo-judaïques travaillant à détruire les forces vives des nations chrétiennes, au point même qu’il loua les efforts de l’Inquisition espagnole dans son action afin de circonscrire leur influence.
La vision de Joseph de Maistre, sur ce sujet, est peu connue, très rares sont les articles, pour ne pas dire inexistants, qui en traitent. Il est donc surprenant de voir certains se revendiquer, avec une étonnante légèreté, de la pensée de Maistre pour justifier des vues contestables touchant aux questions géopolitiques contemporaines, et singulièrement par rapport au sionisme [1]. On se penchera ainsi avec intérêt sur les textes dont nous disposons, afin de se former une idée précise des positions maistriennes en la matière, d’autant que ces dites positions participent d’une meilleure compréhension de la doctrine du comte chambérien et de ses profondes convictions, aussi bien religieuses que politiques, sachant que pour lui, il ne saurait y avoir de politique contre-révolutionnaire authentique que religieuse.
I. Les bases de l’antijudaïsme maistrien
Maistre exposa sa doctrine politico-religieuse en de nombreux ouvrages qui constituent, aujourd’hui encore, une source fondamentale pour la pensée contre-révolutionnaire au sein de laquelle on doit citer, en tant que disciples directs de l’auteur des Soirées de st. Pétersbourg, Louis de Bonald, Antoine Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume ou Louis Veuillot. Ces penseurs participent tous d’une vision catholique traditionnelle qui reprend les grands thèmes définissant les critères du pouvoir légitime, et réaffirment la nécessaire domination spirituelle de l’Eglise sur les sociétés afin que ne s’infiltrent pas en elles les germes corrupteurs capables de les détruire.

"Le Juif converti au Christianisme,
boit le même sang qu'il a versé (sur le Calvaire). »
J. de Maistre (Eclaircissement sur les sacrifices)
Ainsi, les cadres protecteurs qui participèrent des principes qui présidèrent à la défense de la chrétienté pendant des siècles, ont été longuement expliqués et défendus par Maistre et ses disciples, afin que leurs contemporains comprennent en quoi, la disparition des barrières salutaires qui avaient empêché les Juifs de s’infiltrer dans le tissu organique de la vie sociale, a eu des conséquences terrifiantes et entraîna la ruine de l’ordre chrétien.
Rappelons que le 28 septembre 1791, l'Assemblée constituante, dans l'ivresse de son omnipotence, décréta l'émancipation des juifs, et les admit à l'exercice de tous les droits civils et politiques des citoyens français. Cette initiative s'imposa successivement, non sans résistance, d'abord à tous les états catholiques, puis aux états protestants et schismatiques, même dans les pays turcs et arabes. Partout en Europe l'émancipation des juifs s'accomplit, à un rythme propre à chaque région, mais d'une manière identique. En effet, après des siècles de séparation où les ghettos avaient tracé une frontière salutaire, les israélites et les chrétiens se retrouvèrent à marche forcée mêlés dans la même vie sociale par une fraternité imposée par l’esprit satanique de la Révolution.[2]
II. L’avocat des lois antijuives l’Inquisition
A ce titre, que soutint le prétendu « philosémite » Maistre, s’agissant des lois contraignantes dont les Etats catholiques s’entourèrent par le passé ? Rien qui ne soit conforme à l’esprit régulateur de l’ancienne législation anti-juive, dont un exemple nous est fourni par saint Thomas lui-même dans sa déclaration de la Somme Théologique : «Les juifs soient voués à la servitude perpétuelle par leur propre faute (…) les Juifs ne peuvent conserver les biens qu’ils ont extorqués aux autres par voie usuraire (…) les juifs de l’un et l’autre sexe doivent se distinguer par le vêtement qu’ils portent dans toute province chrétienne et en tout temps. C’est aussi ce que leur demande la Loi, qui leur enjoint de porter des franges aux coins de leurs vêtements, grâce auxquelles ils se distingueront des autres. » [3]

Charles VI, en 1394, expulsa les Juifs de France
Les positions de saint Thomas n’ont-elles-mêmes rien d’exceptionnel, et sont en parfait accord avec les dispositions dont s’entourèrent les Rois
de France. En effet, en 1215 le Concile de Latran imposait le port de la rouelle qui deviendra obligatoire en 1269, à la fin du règne de saint Louis, qui organisa même en 1240, à l'instigation de sa mère Blanche de Castille la première « disputatio » au sujet du Talmud entre des rabbins, dont Yehiel de Paris, et des ecclésiastiques, qui se conclut par la condamnation du Talmud dont les exemplaires seront brûlés publiquement en place de Grève à Paris en 1242. En juillet 1306, Philippe le Bel expulsa les juifs de France, en confisquant leurs biens et possessions. Après plusieurs rappels, les Juifs furent de nouveau expulsés en 1394 sous Charles VI. Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle, pour que les Juifs reçoivent de nouveau le droit de circuler et de commercer dans le royaume de France. En 1776 ces mesures seront généralisées par des lettres patentes de Louis XVI autorisant les Juifs portugais et les Juifs du Pape à commercer à condition de se faire immatriculer auprès des juges locaux.
Ainsi donc, Maistre, qui vit ce que la Révolution put provoquer en France comme dégâts considérables, revint sur les dispositions qui avaient été celles des Etats catholiques, et en particulier les bienfaits que produisirent les lois antijuives de l’Inquisition en Espagne, et les justifia en écrivant :
- « Le judaïsme avait jeté de si profondes racines en Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. » [4]
Il rajoute d’ailleurs, toujours dans le même texte :
« Les Juifs étaient à peu près maîtres de l'Espagne; la haine réciproque était portée à l'excès; les Cortès demandèrent contre eux des mesures sévères. En 1391, ils se soulevèrent, et l'on en fit un grand carnage. Le danger croissant tous les jours, Ferdinand-le-catholique n'imagina, pour sauver l'Espagne, rien de mieux que l'Inquisition. Isabelle y répugna d'abord, mais enfin son époux l'emporta, et Sixte IV expédia les bulles d'institution, en l'année 1478. » [5]
Nous sommes donc très loin d’un philosémitisme dont Maistre serait le propagateur. Bien au contraire, Maistre souligne le caractère vital pour le société de se protéger contre les Juifs et leurs activités corruptrices.
III. Justification de l’exil des Juifs
Cependant, loin de s’en arrêter à une défense de la législation des Etats d’Ancien Régime, Maistre développera tout un discours mettant en lumière les raisons spirituelles qui expliquent pourquoi les Juifs, non seulement ne peuvent prétendent à un statut comparable à celui des chrétiens, mais surtout ce qui en fait un peuple à part à l’intérieur des nations en raison de leur place singulière à l’intérieur du plan divin.
Maistre ainsi, se félicitera de ce que les Juifs furent dispersés sur la surface de la terre avant et après la destruction du Temple de Jérusalem car, selon lui, cette dispersion qui semble être un état dans lequel doivent subsister les Juifs pendant les siècles, favorise le rayonnement et la diffusion de l’Ecriture Sainte et prépara les hommes à la réception de l’Evangile.

La déstruction du Temple de Jérusalem
Voici ce qu’il écrit :
- « La dispersion des Juifs dans les différentes parties du monde, a fait connaître de tout côté la loi mosaïque, qui devenait ainsi une introduction au christianisme. […] Tout en un mot justifiait le discours de Tobie à ses frères : ‘’Dieu vous a dispersés parmi les nations qui ne le connaissent pas, afin que vous leur fassiez connaître ses merveilles afin, que vous leur appreniez qu’il est le seul Dieu et le seul tout-puissant.’’ » [6]
Cette vision des choses permet de mieux comprendre en quoi la dispersion, très tôt advenue pour les Juifs avant même les premiers temps du christianisme, a pu répondre à une volonté de Dieu, et que s’y opposer pour le peuple de la Bible, en s’imaginant être libre d’user de méthodes mondaines pour parvenir à rebâtir une nation Juive, est une faute très grave à l’égard de Dieu.
Maistre nous explique d’ailleurs que les gouvernements, avertis du danger que pouvait représenter la présence d’une forte communauté Juive chez les chrétiens, jugèrent nécessaire d’interdire toute activité prosélyte chez es membres de la synagogue, de manière à ce qu’ils ne corrompt pas les âmes. L’Eglise insistait surtout, afin que l’on prévienne la possibilité du retour à leur ancienne croyance des Juifs fraichement convertis :
- « A l’égard des Juifs en particulier, personne ne l'ignore ou ne doit l'ignorer, l'Inquisition ne poursuivait réellement que le Chrétien judaïsant, le Juif relaps, c'est-à-dire le Juif qui retournait au Judaïsme après avoir solennellement adopté la religion chrétienne, et le prédicateur du Judaïsme. Le Chrétien ou le Juif converti qui voulaient judaïser étaient bien les maîtres de sortir d'Espagne, et, en y demeurant, ils savaient à quoi ils s'exposaient, ainsi que le Juif qui osait entreprendre de séduire un Chrétien. Nul n'a droit de se plaindre de la loi qui est faite pour tous. » [7]

Cette loi était celle établie par la Sainte Inquisition, c’était la loi de l’Eglise, la loi des nations chrétiennes, une loi bienfaisante qui protégea pendant des siècles la société du venin judaïque, et veilla également à ce que les Juifs ne fussent l’objet de mauvais traitements déplacés. En effet, les Juifs étaient considérés comme une nation, non comme une secte hérétique, et à ce titre étaient autorisés à garder leurs lois, leurs coutumes, leur langue sacrée. Ils étaient traités comme des pèlerins dans la cité (peregrini sine civitate). Toutefois les Juifs ne pouvaient pas, dans les États chrétiens, où tous professaient la même religion, prétendre à l'exercice des droits politiques et à ceux des droits civils qui leur étaient assimilés.
Seuls les chrétiens, logiquement, pouvaient participer activement à la société chrétienne. Ce sont donc ces lois, précisément, que défend et justifie vigoureusement Joseph de Maistre dans ses Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole.
IV. Le sens spirituel de l’Ecriture selon Maistre
La position de Joseph de Maistre, sera reprise et développée ensuite, par tout le courant de l’antijudaïsme religieux contre-révolutionnaire, courant au sein duquel se signalent Gougenot des Mousseaux, Eude de Mirville, ainsi que Joseph et Augustin Lemann, qui tous considèrent qu’ils est nécessaire, à la fois de circonscrire l’influence juive, et d’autre part de fixer des limites étroites à l’interprétation de l’Ecriture afin de protéger les fidèles des dangers contenus dans une approche littérale du texte sacré, qui confère un sens trop charnel et temporel à des prophéties qui faisaient l’orgueil des Juifs.
G. Gogordan dans son ouvrage sur Maistre précisait sur ce point : « C'est parmi les protestants, appuyés par les Juifs, que se recrutent ces illuminés qui croient pouvoir se contenter des lumières de leur raison, qui conspirent contre l'ordre du monde tel que Dieu l'a établi. » [8]

S.S. Léon XII
Or, la contestation de cet ordre du monde établi par Dieu, mis à mal par les révolutionnaires en cette époque propice à tous les bouleversements, c’est dans l’Ecriture que beaucoup d’esprits aventureux puisaient l’inspiration de leurs menées subversives et contestataires. On voit mieux ce qui poussa, en 1819, Joseph de Maistre à se faire l'avocat de l'absolutisme romain dans son ouvrage Du Pape. C’est cette même année d’ailleurs, que Pie VII rétablira les jésuites qui redevinrent le principal ordre religieux, de même que l'Inquisition fut remise en vigueur dans plusieurs pays d’Europe. On vit alors la Congrégation de l'Index sévir contre tous les ouvrages progressistes, et les sociétés bibliques, nouvellement créées par les réformés alliés des Juifs, furent qualifiées d'instruments diaboliques et de pestes par les papes Pie VII et Léon XII, ce dernier proclamant dans la lettre apostolique « Dirae Librorum (1827) : « au terrible torrent de boue constitué par les livres sortis de l'officine ténébreuse des impies, sans autre but, sous leur forme éloquente et leur sel perfide, que de corrompre la foi et les mœurs et d'enseigner le péché, le meilleur remède, on en peut être assuré, est de leur opposer des écrits salutaires et de les répandre. » [9]

S.S. Pie VII
Il n’y a donc rien d’étrange à trouver ces lignes sous la plume de Maistre :
« L’Ecriture peut parfois devenir « un poison », lorsqu’elle est lue sans notes et sans explications par une intelligence individuelle insuffisamment éclairée. C’est pour cela que l’Eglise a pour rôle d’interpréter et de mettre à la portée des fidèles la Parole écrite. C’est pour cela qu’il faut toujours en revenir « à l’autorité ». Car chacun, savant ou peuple, doit trouver dans le dogme ce qui lui est nécessaire pour sa vie intérieure. » [10]
De la sorte, de manière à juguler les folies prophétiques, il apparut nécessaire à Maistre d’insister sur une interprétation allégorique des textes sacrés afin de se libérer des vertiges judéo-protestants qui infectés les têtes chrétiennes au début du XIXe siècle. « Tout est mystère, disait-il, dans les deux Testaments. Toute l’Antiquité ecclésiastique nous laisse entrevoir des vérités cachées sous l’écorce des allégories. » [11] Il invoquait l’autorité des Pères de l’Eglise et théologiens, considérant comme l’un des objets les plus élevés de l’intelligence l’exégèse spirituelle des Ecritures dont la lettre tue, comme elles nous le disent elles-mêmes, mais dont l’esprit vivifie. [12] Il jugeait évident « qu’il a plu à Dieu tantôt de laisser parler l’homme comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque, et tantôt de cacher sous des formes en apparence simples et quelquefois grossières, de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux.» [13]
L’erreur des protestants est donc d’exclure la Tradition et de s’en tenir à l’Ecriture ; comme si Dieu avait pu ou voulu changer la nature des choses et communiquer à l’Ecriture une vie qu’elle n’a pas ; comme si l’Ecriture pouvait jamais devenir « parole, c’est-à-dire vie », à moins d’être vivifiée par la Parole éternellement vivante.
Il serait certainement abusif de ne donner qu’une valeur symbolique à toutes les données de la Révélation, soutient Maistre, mais on ne peut la bien comprendre si l’on s’arrête toujours à la lettre en négligeant les allégories sacrées, si l’on ne casse jamais « l’écorce », avec toute la prudence nécessaire et en se résignant à ignorer malgré tout bien des choses. De même on ne peut comprendre bien des usages pieux, des légendes et des récits, et l’on risquera même de s’en scandaliser, si l’on ne reconnaît en eux les symboles d’une vérité cachée. : « C’est la vérité dramatique qui a sa valeur indépendamment de la vérité littérale, et qui n’y gagnerait même rien.» [14] L’Ecriture poursuit Maistre : « est un hiéroglyphe, et il ne s’agit que de savoir lire. » [15]
V. Attente de la conversion des Juifs
Alors, toute l’approche du problème juif, tel que pensé par Maistre, s’éclaircit. La « Question Juive », au sens de l’interrogation séculaire que constitue la présence de ce peuple dans l’Histoire du monde, trouve, par cette approche religieuse, une résolution simple, sage, et pour tout dire chrétienne.

La redécouverte de la doctrine antilibérale nous fait mieux comprendre la globalité du problème juif, et l’inclut dans une perspective essentiellement eschatologique, mais conforme à la doctrine traditionnelle de l’Eglise qui, depuis toujours, indique ce qu’exprime remarquablement un disciple de Joseph de Maistre, Mgr Augustin Leman :
- « Le rétablissement des Juifs, à l'époque de leur conversion, ne sera point un rétablissement politique temporel, mais un rétablissement spirituel. La terre où ils seront ramenés ne sera point ce coin de terre situé entre deux mers, la Palestine, mais l'Église même de Jésus-Christ répandue dans le monde entier. Le seul royaume qui soit annoncé et promis l'Évangile n'en connaît point d'autre. Jean-Baptiste a été le précurseur du premier avènement de Jésus-Christ, pour annoncer que le royaume des cieux allait commencer de se former sur la terre. Le prophète Élie sera le précurseur du second avènement du Fils de Dieu, pour annoncer que le royaume des cieux va recevoir son entière consommation dans l'éternité bienheureuse. Entre ces deux annonces il n'en existe pas d'autre relative à un royaume ou État juif qui reparaîtrait à Jérusalem. À l'ancienne interrogation des Apôtres : Maître, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël, l'Église instruite par les Écritures peut donc faire suivre la réponse du Sauveur de ce commentaire « Le royaume temporel d'Israël a disparu, disparu pour toujours. C'est à un royaume spirituel qu'il a fait place, au royaume des Cieux ou l'Église, lequel royaume ira toujours grandissant, s'épanouissant, jusqu'à sa consommation ou achèvement dans l'éternité bienheureuse. » [16]

On le voit, les thèses de Joseph de Maistre, loin de participer d’un quelconque encouragement aux aventures modernes qui eurent pour conséquence le rétablissement, par des moyens inacceptables, d’un Etat Juif en Terre sainte, nous portent plutôt à considérer que la Terre, la « Terre sainte » où les Juifs doivent être ramenés à la « fin des temps » au moment de leur conversion attendue, n’est point la Palestine, mais l’Église répandue dans le monde entier qui est l’authentique Jérusalem, et vers Jésus-Christ qui est le véritable Israël !
Conclusion
La critique de la lecture charnelle des prophéties, en raison de l’aveuglement auquel elle porte en rendant incompréhensible le sens réel de l’Ecriture, est donc assez vigoureuse de la part de Maistre :
- L'Hébreu qui accomplissait la loi n'était-il pas en sûreté de conscience ? Je vous citerais, s'il le fallait, je ne sais combien de passages de la Bible, qui promettent au sacrifice judaïque et au trône de David une durée égale à celle du soleil. Le Juif qui s'en tenait à l'écorce avait toute raison, jusqu'à l'événement, de croire au règne temporel du Messie; il se trompait néanmoins, comme on le vit depuis… » [17]
Cet aveuglement, cette fermeture au sens véritable des Ecritures pour n’en regarder que l’aspect charnel et vénal, est d’ailleurs à la source de l’action coupable des Juifs dans la société chrétienne, qu’ils méprisent et dont ils souhaitent la perte, et ont rendu nécessaires les dispositions prises par l’Inquisition pour protéger les Etats des menées subversives judaïques.
C’est ce que met en lumière Maistre, en des formules relativement saisissantes, lorsqu’il justifie les interrogatoires inquisitoriaux qui portaient sur la présence, ou non, de sang Juif chez les accusés :
- « On s'étonne de voir les inquisiteurs accabler de questions un accusé, pour savoir s'il y avait dans sa généalogie quelque goutte de sang juif ou mahométan. Qu'importe ? ne manquera pas de dire la légèreté, qu'importe de savoir quel était l'aïeul ou le bisaïeul d'un accusé ? - Il importait beaucoup alors, parce que ces deux races proscrites, ayant encore une foule de liaisons de parenté dans l'Etat, devaient nécessairement trembler ou faire trembler. » [18]

L'Inquisition devait effrayer l'imagination,
en montrant sans cesse l'anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme
Ces lignes pourraient paraître excessives. Pourtant Maistre n’en reste pas là, il pousse beaucoup plus loin la justification de pareilles pratiques. Pour quelles raisons ?
Tout simplement parce que selon lui, l’irréductible haine des Juifs envers la chrétienté ne devait à aucun moment être oubliée par le législateurs chrétien, sous peine de voir les nocives entreprises judaïques désagréger le tissu social et saper définitivement les fondements de l’Etat. Que devait faire l’autorité face à une telle menace ? Inspirer la crainte et faire trembler les membres de la Synagogue. Il n’y avait pas d’autres moyens :
- « Il fallait donc effrayer l'imagination, en montrant sans cesse l'anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme. C'est une grande erreur de croire que, pour se défaire d'un ennemi puissant, il suffit de l'arrêter : on n'a rien fait si on ne l'oblige de reculer. » [19]
Les paroles de Maistre sont d’une force impressionnante ! Et l’on constate une fermeté rigoureuse en elles, puisque déclarer qu’il fallait « effrayer l’imagination » en « montrant l’anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme » est, pour le moins, d’une rare exigence. Mais cela est consécutif à une loi naturelle commune, à savoir qu’il ne suffit pas pour vaincre un ennemi redoutable de le neutraliser, encore faut-il le contraindre à battre en retraite, à fuir ou déposer docilement les armes.
La législation antijuive qu’imposa l’Inquisition, fut quasi dictée par la situation qui s’était peu à peu établie, et Maistre n’hésite pas à dire :
- « Les richesses des judaïsants, leur influence, leurs alliances avec les familles les plus illustres de la monarchie, les rendaient infiniment redoutables : c'était véritablement une nation renfermée dans une autre. » [20]
L’enjeu pour Maistre se résume donc à cette équation évidente : « chrétienté ou barbarie ». C’est soit l’une, soit l’autre. Il n’y a pas de choix, pas de terme médian, de compromis possible :
- « Il s'agissait de savoir s'il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l'Islamisme se partageraient ces riches provinces; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » [21]
La conservation du genre humain, en le protégeant de la perfidie judaïque, tel fut l’objet constant des anciennes législations dont Maistre, dans ses écrits, n’eut de cesse de louer le caractère bienfaisant, protecteur et utile pour les chrétiens. On mesure donc, après avoir examiné les textes et exposé les positions de Joseph de Maistre à l’égard des Juifs, à quel point on est éloigné de l’image que certains ont cherché à établir de lui, allant jusqu’à le qualifier de « philosémite » dans des discours plus que légers et fantaisistes, ce qui est non seulement bien éloigné de la réalité, mais surtout en contradiction totale d’avec sa doctrine et l’ensemble ses analyses au sujet de la « Question Juive ».
Notes.
1.
L’exemple frappant des propos fantaisistes de Maurice G. Dantec, est sur ce point caractéristique du détournement exercé sur Maistre par des littérateurs singulièrement ignorants. En effet, comment ne pas sursauter, avec grand étonnement, à la lecture d’une déclaration de cette nature : « Notre tradition (méta)nationaliste, européenne, et chrétienne vient de Joseph de Maistre, PHILOSÉMITE bien connu. Et je ne parle pas de Bloy, Boutang, Abellio et bien d’autres : c’est cela être un Chrétien-Sioniste. » (M. Dantec, Je suis sioniste, et je le dis, Propos recueillis par François Medioni, pour Guysen News, Février 2004.) Il y aurait d’ailleurs fort à dire sur Maurice Dantec, dont un rapide examen des écrits fait apparaître des approximations équivalentes - dont une contrevérité exégétique, historique, religieuse et prophétique : « La Terre d’Israël a été donnée pour l’ÉTERNITÉ au Peuple d’Abraham. C’est ainsi. C’est écrit » (Jérusalem Post, édition française, 2005) - qui parsèment une prose parfois sous-tendue par des idées traditionnelles, voire respectables, en particulier touchant à sa démarche de conversion réalisée sous l’influence de la lecture de Léon Bloy (cf. American Black Box, le théâtre des opérations, 2002-2006, Albin-Michel, 2007, pp. 188-191), et des conceptions délirantes, notamment touchant à la nécessaire « refondation du christianisme après Auschwitz » (Ibid., p. 125), l’espérance que « Jérusalem redevienne la Capitale du monde sous la protection de l’Etat Juif » (Ibid., p. 187), ou encore que « Jéricho, Nazareth et Bethléem appartiennent à Israël » (id., p. 237), poursuivant ainsi dans une revendication qui reprend les prétentions les plus absurdes, et surtout foncièrement anti-scripturaires, des rabbins sionistes partisans de l’Eretz Israël.
Puisque nous y sommes, une remarque de forme, mais néanmoins importante. On se demande comment Gallimard a pu laisser passer dans plusieurs pages de Dantec, la transcription fautive « de Maistre » ou pire « De Maistre », ceci un nombre considérable de fois [ex. « De Maistre n’était pas français… » ; « De Maistre sait… » ; « De Maistre plaidait… » ; « de Maistre sait… » (bis) ; « de Maistre prévoit … » ; « de Maistre note… » ; « Comme le dit de Maistre… » (cf., Le théâtre des opérations, Laboratoire de catastrophe générale, 2000-2001, Gallimard, 2001, pp. 146-147)], alors qu’il faut écrire « Maistre » dans la phrase, sans faire précéder le nom du « de » nobiliaire, du point de vue des règles en usage. En effet, la particule onomastique n’apparaît que lorsque le nom est précédé d’un prénom, d’un titre ou d'une dénomination (monsieur, madame, marquis, abbé, général, etc.), et surtout ne prend jamais de majuscule. Sans doute une négligence des correcteurs…que l’on pensait plus attentifs dans la prestigieuse maison qui édita jusqu’en 1919 la Nouvelle Revue Française.
2. Un Juif, M. Cahen, s’écria : « Le Messie est venu pour nous le 28 février 1790, avec la Déclaration des droits de l'homme » (Archives Israélites, oct. 1847, p. 801). D’ailleurs, cette intégration républicaine « messianique » au sein de la société française ira même jusqu’à ce que le gouvernement de 1830 donne à la synagogue un élan qui ne s'est plus arrêté, puisque l’un de ses premiers actes, le 8 février 1831, fut de placer les rabbins sur la même ligne que les ministres du culte catholique, et de leur assigner un traitement sur le trésor public, innovation qui créa une espèce de clergé israélite au point de vue légal à l’intérieur de la France anciennement chrétienne.
3. Voici le texte dont sont tirés les citations : « Votre excellence demandait donc pour commencer s’il vous était permis, à un quelconque moment, de lever des impôts sur les Juifs. Voici quelle réponse on peut donner à cette question, ainsi formulée dans l’absolu : quoique les juifs soient voués à la servitude perpétuelle par leur propre faute et que les seigneurs puissent prendre leurs biens fonciers comme leur appartenant (ainsi que l’affirme le Droit Décretales, V, tit. 6, c. 13) nous devons toutefois nous « conduire honorablement même envers ceux du dehors » (1 Th 4, 12)(...) D’après ce que j’ai pu voir dans la suite de vos demandes, il me semble que votre hésitation provient essentiellement de ce que les Juifs qui sont sur vos terres paraissent n’avoir rien d’autre que ce qu’ils ont acquis par le vice d’usure. C’est pourquoi vous avez raison de demander s’il est permis d’exiger quelque chose d’eux, étant donné que des biens ainsi acquis de façon illicite doivent être restitués. Sur ce point, voici quelle réponse paraît devoir être formulée : puisque les Juifs ne peuvent conserver les biens qu’ils ont extorqués aux autres par voie usuraire, il s’ensuit que, si vous les avez reçus d’eux, vous ne pouvez pas non plus les conserver, sauf peut-être si ces biens vous ont été extorqués, à vous ou à vos prédécesseurs.(...) Il me semble également qu’un Juif ou n’importe quel usurier devrait être frappé d’une amende plus lourde que qui que ce soit d’autre pour un crime équivalent, d’autant plus lourde que l’argent qui lui est retiré lui appartient moins. On peut également ajouter d’autres peines aux amendes en argent, de peur que l’on ne pense que la simple restitution de ce qui est dû aux autres suffise pour la peine. (...) mieux vaudrait contraindre les juifs à travailler pour gagner leur propre subsistance (comme le font les princes italiens) plutôt que de les laisser s’enrichir par le prêt à intérêt en menant une vie oisive. Enfin, vous voulez savoir s’il est bon que les juifs de votre province soient obligés de porter un signe qui les distingue des chrétiens. La réponse est facile : le Concile statue que les juifs de l’un et l’autre sexe doivent se distinguer par le vêtement qu’ils portent dans toute province chrétienne et en tout temps. C’est aussi ce que leur demande la Loi, qui leur enjoint de porter des franges aux coins de leurs vêtements, grâce auxquelles ils se distingueront des autres. » (Nb 15, 38 et Dt 22, 12). [Somme Théologique Q -21- Le gouvernement des juifs]
4. J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole (1815).
5. Ibid.
6. J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, « Entretien IX. » Œuvres complètes, tome V, Vitte, Lyon, 1892, p. 143,
7. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, op. cit.
8. G. Gogordan, Le comte Joseph de Maistre, Hachette, 1894.
9. Lettre apostolique « Dirae Librorum », 26 juin 1827.
10. J. de Maistre, Soirées, 11e Entretien, & Mélanges, B, (inédit), 3 oct. 1797.
11. Ibid.
12. Saint Paul (Galates, IV) déclare d’ailleurs clairement que certains passages de l’Ecriture, les deux femmes d’Abraham par exemple, « ont un sens allégorique ». Cf. aussi le Psaume LXXVII.
13. Soirées, ibid. De même saint Augustin, (Contra Manicheo., 1. I, ch. II), dit qu’on ne peut prendre à la lettre le texte des trois premiers chapitres de la Genèse sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui, et qu’il faut avoir recours à l’allégorie.
14. Lettre du 16 oct. 1814, OC, t. XII, p. 459.
15. J. de Maistre, Principe Générateur des Constitutions politiques, § 30 & 31.
16. A. Lemann, L’Avenir de Jérusalem, espérance et chimères, Librairie Ch. Poussielgue, 1901. Citant, sans en comprendre une ligne le prophète Ezéchiel, les sionistes oublient que la réprobation d’Israël est mystérieusement permise jusqu’à ce qu’Israël accepte le Messie et rejoigne l’Eglise. Saint Paul le dit nettement : « … alors tout Israël sera sauvé. » (Romains XI, 25). Jusqu’à ce que cela arrive, jusqu’à ce que les Juifs reconnaissent le Christ comme le Fils de Dieu, le sionisme ne présentant pas, pour le moins, des marques particulières d’une conversion de cet ordre, l’idée d’une nation Juive obtenue par les moyens vils et dévoyés qui sont l’apanages de tous les Etats, est une ignoble monstruosité politique certes, mais surtout une ignominie impie et blasphématoire sur le plan théologique.
17. J. de Maistre, Soirées, 11e Entretien.
18. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, op. cit.
19. Ibid.
20. Ibid.
21. Ibid.
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samedi, 07 novembre 2009
Le Sionisme et l’Antéchrist
ou le sens véritable du "retour" des Juifs en Israël

« L'Antéchrist établira le principal siège de son empire à Jérusalem,
afin de s'asseoir dans le Temple de Jérusalem
relevé par lui et s'y faire, adorer ! »
Un « fait » semble être déterminant pour certains sionistes chrétiens : les Juifs sont de retour en Israël ! A partir
de là ils induisent, fautivement, une essence à ce fait, non en fonction de sa nature véritable, mais par la seule vertu de sa positivité concrète.
Développant un raisonnement sophistique, que l'Eglise condamna toujours, singulièrement fallacieux et grandement insoutenable pour plusieurs raisons convergentes : si les Juifs sont de retour en Palestine c’est que les Temps sont advenus, donc nous assistons à l’accomplissement de l’Histoire divine, donc le sionisme est d’essence divine. CQFD.
Or, on ne peut faire mieux dans l’absurde !
- 1°) Tout d’abord c’est faire totalement l’impasse sur les conditions de la réalisation de ce fait. Les Juifs ne se sont pas retrouvés par hasard de nouveau sur cette terre, ni par l’effet d’une intervention de Dieu. Les conditions de ce retour en 1948 sont absolument criminelles, injustifiables et scandaleuses.
- 2°) le Retour n’est pas de l'ordre du miracle, ce « mouvement », ne relève pas d’une origine divine ! Il sont, conjointement, une entreprise de brigandage et de terrorisme de haut niveau qu’il serait fastidieux de décrire en son ensemble, et la conséquence d’un immoralisme frappé de l’Étoile de David.
Certes Notre Seigneur dans les Ecritures parle du retour en Terre Sainte des Juifs (Luc XXI, 24), bien qu'il convienne de voir ce qu’il faut entendre par là, mais jamais d’un retour obtenu dans les horribles conditions qui accompagnèrent le mouvement sioniste !
Nous sommes là en présence d’une histoire, caricaturale, parodique, immorale, antéchrist et, autant dire le mot : satanique !
Jamais en effet, l’élection du peuple Juif ne lui donne pour mission de devoir reconquérir, comme une sorte de profanation incroyable, la Terre
Sainte par les armes, l’occupation militaire et l’oppression criminelle des peuples de la région. On ne peut trouver à tout ceci aucune justification théologique et aucune trace dans l’Ecriture.
Ce qui est donc certain, c’est qu’il n’y a aucune dimension spirituelle et divine dans le projet sioniste. Ni dans son intention (vision matérialiste, athée, laïque, raciale), ni dans ses méthodes scandaleuses (meurtres, attentats, violences, oppressions, spoliations, humiliations, etc.). Dieu, fut et est totalement absent du plan actuel d’occupation de la Palestine par les Juifs.
Le « Fait » de leur présence, qui donne d’amusantes extases de fin de l’Histoire aux sionistes chrétiens, est la conséquence des pires exactions commises par des voyous et des assassins !
Rien de divin là-dedans, bien au contraire !
Rien qui ne corresponde à ce « retour », dont nous allons voir de quelle façon il faut l’entendre, qui serait le signal de la "fin des temps".
C’est ce qu’expliquait Mgr Dadolle en 1901, Recteur des facultés catholiques, face aux premières manifestations du projet sioniste à Bâle :
- « Le rêve des propagateurs du mouvement sioniste prétend s'appuyer sur des prophéties; il suppose par conséquent une sorte de foi, sans doute faussée (…) mais le problème se pose : Oui ou non, les prophéties de l'un et de l'autre Testament autorisent-elles l'espérance d'une restauration d'Israël dans une patrie juive ? d'une restauration de Jérusalem dans la dignité de capitale d'un royaume juif ? enfin d'une restauration de l'ancien Temple, soit pour être consacré au Christ, en hommage de réparation, soit pour être le théâtre et l'objet d'une suprême profanation ? (…) il y a dans l'écriture des deux Testaments, un enseignement parfaitement explicite et clair, selon lequel le Christ est la fin de la Loi. L'avènement du Messie a mis un point final à l'histoire vivante des institutions judaïques, de telle sorte que de celles-ci rien ne doit revivre, ni le Temple, ni la Cité sainte, pas plus que la liturgie de la vieille Synagogue. C'est pourquoi la conversion des Juifs, généralement attendue pour la fin des temps, n'aura point pour suite et pour récompense leur réintégration dans la terre des tribus. »
Voilà le problème clairement posé : la fin des temps attendue, qui a pour corollaire la conversion des Juifs, ne l’oublions pas assez peu évidente cependant aujourd’hui, n'aura point pour suite, et pour récompense, leur réintégration dans leur terre !

A partir de là, sachant que les Juifs infidèles n’ont pas à réintégrer leur terre, mais autre chose de bien supérieur compris sous cette appellation, on perçoit immédiatement que la thèse du sionisme chrétien s’effondre toute seule, pitoyablement, comme un fragile château de cartes renversé par le souffle du sens véritable des prophéties.


« Le mode d'interprétation des exégètes que nous combattons
n'est pas autre chose, en effet, que le renouvellement de l'erreur juive,
s'en tenant uniquement à la lettre des prophéties
et repoussant systématiquement le sens caché sous la lettre,
sens relatif à la libération spirituelle, au royaume spirituel, par le Messie. »
Augustin Lemann, l'Avenir de Jérusalem.
Ce sens véritable des prophéties Mgr Augustin Lemann l’expliqua longuement dans un ouvrage remarquable publié en 1901 : L’Avenir de Jérusalem. C’est cette position traditionnelle, conforme à celle des Pères de l’Eglise, qui est contestée par les modernes sionistes chrétiens embrumés par les positions des réformés évangéliques et leur interprétation littéraliste des Ecritures.
Afin de rendre justice aux thèses de la Tradition catholique, nous avons répondu, par un écrit synthétique, à l’Essai de M. Vincent Morlier, visiblement gagné par les thèses millénaristes des protestants évangéliques : La Résurrection nationale d'Israël, signe eschatologique, par un texte que nous mettons à la disposition des lecteurs de La Question :


Le Caractère satanique du Sionisme !
Le Caractère Satanique du Sionisme.pdf
Réponse de M. Vincent Morlier

M. Vincent Morlier nous a, enfin, fait parvenir l’intégralité de son texte : « La Résurrection d’Israël, signe eschatologique », ainsi qu’une « Réfutation de la Réponse de Zacharias ». De manière à contribuer à l’enrichissement du débat, et afin que chacun puisse accéder à ces éléments qui précisent mieux encore les positions pro-sionistes de Vincent Morlier, et comme il lui fut déclaré, nous mettons ci-dessous à la disposition des lecteurs de La Question, les deux textes, en format pdf. Une réponse sera évidemment effectuée, dans le cadre d’une nouvelle note en préparation de Zacharias, dont le titre, déjà arrêté, est : « Le chef des Juifs : l’Antéchrist ! »
La Résurrection nationale d'Israël - V. Morlier.pdf
Réfutation de la Réponse de Zacharias.pdf
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samedi, 31 octobre 2009
La politique « religieuse » de La Question !
Eclaircissements à propos du
traditionalisme catholique contre-révolutionnaire


« Tenons toujours nos yeux fixés sur le monde invisible qui expliquera tout. »
(J. de Maistre, Soirées de St. Petersbourg, VIIe entretien)
Certains, cherchant à mieux comprendre nos convictions, ou nous découvrant récemment par le biais du
blog « La Question Actualités », nous demandent, curieux et intrigués, même si nous avons pris soin de déclarer clairement quelles sont nos « Orientations », de préciser plus nettement nos positions sur le plan politique, et attendent sans doute de nous, que nous donnions des indications relatives à nos sympathies en correspondance avec les aspects spécifiques du champ idéologique contemporain.
Même si, évidemment, notre culture contre-révolutionnaire nous fait nous sentir proches de divers penseurs comme Bossuet, Joseph de Maistre, Blanc de Saint-Bonnet, le Cardinal Pitra, Bernardi et Donosos Cortès, ou de courants réactionnaires catholiques d’hier ou d’aujourd’hui [1], toutefois, autant le dire d’un mot : c’est ne rien comprendre à notre vision de l’Histoire que de vouloir nous mettre en référence directe vis-à-vis de tel ou tel parti républicain, ou mouvement s’inscrivant à l’intérieur du jeu électoral, puisque pour nous il ne saurait y avoir de politique véritable que religieuse !
I. Le drame métaphysique originel
En effet, la caractéristique propre du monde moderne, son aspect tragique aboutissant à la destruction des vestiges matériels, ou institutionnels, de la Tradition, est, en premier lieu, la négation de la Sainte Religion chrétienne [2]. Et ceci s’explique du fait que la situation tragique de ce monde relève d’un drame métaphysique qui survint des suites du péché originel, péché qui se reproduit chaque fois que l’on foule aux pieds les principes divins (Révolution de 1789 [3], Révolution bolchevique, Vatican II). Dès lors, chercher un remède ici-bas à un déséquilibre de nature ontologique sans faire intervenir la dimension surnaturelle au sein de laquelle est placé ce combat éternel que se livrent les ténèbres et la Lumière, est une grave erreur.
C’est pourquoi, seul nous importe le rétablissement de l’Etat chrétien incarnant la loi de Dieu sur cette terre, et des forces légitimes qui s’imposeront capables d’en assurer le maintien, de sorte que la Sainte Religion chrétienne retrouve la plénitude de ses droits et de son autorité dans la cité des hommes.
Si nous en croyons Joseph de Maistre, il y a une raison à la situation contemporaine, puisqu'il écrit : « Il n'y a aucune loi sensible qui n'ait
derrière elle une loi spirituelle (...) Dans ce monde que nous voyons tout se rapporte à un autre monde que nous ne voyons pas. Le monde est un simple assemblage d'apparences, dont le moindre phénomène cache une autre réalité. » [4] Ainsi, pour le comte savoyard, ce qui se déroule dans l'ordre humain, les faits qui se signalent en ce monde abîmé par la Chute, sont des véritables « pierres d'attente », dont nous ne pouvons comprendre le sens authentique qu'à la lumière de l'enseignement divin. Souvenons-nous de cette phrase magnifique des Soirées de St. Petersbourg par laquelle Maistre déclare : « Ce monde est un système de choses invisibles manifestées visiblement (…) Il n'y a rien de si visible que les liens des deux mondes ; on pourrait même dire, rigoureusement parlant, qu'il n'y a qu'un monde, car la matière n'est rien. » [5]
En ce sens, les modifications qui interviennent dans le réel, les changements qui surviennent en renversant l'Ordre ancien, les faits les plus anodins, en apparence, comme, à l’extrême, l’écroulement de la civilisation et la disparition des saintes institutions, tout cela participe, « de près ou de loin à quelque œuvre secrète qui s'opère dans le monde à notre insu. »
II. La défense de la Tradition
On a pu parler, avec plus ou moins de raison, du « catholicisme foncier » de Joseph de Maistre, tant ses divers propos en matière religieuse furent considérés, et continuent le plus généralement d’être regardés, comme des exemples caractéristiques d’un traditionalisme furieux et véhément.
Il faut ici faire intervenir une notion centrale chez Maistre, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que le monde
doit se conformer aux enseignements de la Révélation divine, unique fondement des lois. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde » [6] c’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre suprême, celui qui, au-dessus des Rois et des Princes, veille au respect du droit et œuvre pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes » écrit Maistre. Par ailleurs infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'un sans l'autre, se sont deux principes parfaitement identiques et équivalents. De toute manière, raisonnablement, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’histoire depuis des siècles plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse au respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’unité.
Il est incontestable que la position de Maistre ne souffre aucune ambiguïté s’agissant du gouvernement temporel du pouvoir ecclésiastique, dans lequel il voit le modèle le plus parfait qui fut jamais donné aux hommes, et qui, d’autre part, considérable avantage, bénéficie du point de vue surnaturel du dépôt de la Révélation confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, l’Evêque de Rome, « L’Origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, « Patriarche universel », pour saint Léon, « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme dit saint Jérome, l’infaillibilité en matière théologique.
III. Le combat pour l’Ordre catholique

Soutenez toutes les grandes institutions approuvées par l’Eglise,
comme la chevalerie, les ordres religieux,
contemplatifs, missionnaires, militaires et hospitaliers,.
Ces analyses vont être à l’origine d’un certain nombre de positions pour le moins tranchées concernant les institutions religieuses catholiques, qui feront souvent l’objet d’importantes incompréhensions et de nombreux contresens de la part des lecteurs de Joseph de Maistre. On conviendra cependant sans peine avec notre auteur que « l’Unité transcendante » à laquelle aspirent les hommes, doit être préparée et préfigurée ici-bas par une bénéfique unité du pouvoir, et une bienfaisante et souveraine harmonie exercée par l’autorité suprême du sacerdoce.
a) Les bienfaits de l’Inquisition
Les lois du Ciel trouvent inévitablement une nécessaire transposition dans les formes temporelles qui, normalement, travaillent à incarner les bienheureux et universels principes régulateurs, faute de quoi il s’en suit toujours un trouble et une désorganisation spirituelle et sociale que nul ne peut plus contrôler et qui inévitablement conduit les peuples et les nations à la ruine pure et simple. On est donc obligé de regarder de cette manière la fonction régulatrice confiée à la Sainte Inquisition, établie légalement par la bulle Ille humani generis de Grégoire IX, le 25 avril 1233, institution qui avait pour mission de prévenir, dans une période profondément troublée, le développement des germes de la division et de la confusion qui menaçaient intérieurement la chrétienté, ainsi que de la protéger du Judaïsme et du Mahométisme.
Joseph de Maistre s’exprime de la sorte sur cette question : « Le Judaïsme avait jeté de si profondes racines en
Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. (...) Le Mahométisme augmentait prodigieusement le danger ; l’arbre avait été renversé en Espagne, mais les racines vivaient. Il s’agissait de savoir s’il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l’Islamisme se partageraient ces riches provinces ; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » [7] Il est donc démontré que l’Inquisition fut créée pour mettre fin au chaos, pour rétablir la paix et la sérénité, c’est pourquoi nous dit-il : « L’Inquisition est, de sa nature, bonne, douce et conservatrice : c’est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique, vous le voyez à Rome et vous le verrez partout où l’Eglise commandera. » [8]
C’est uniquement pour prévenir la propagation du mal qui, assurément, aurait semé les troubles les plus redoutables, que le tribunal de la Sainte Inquisition dut intervenir avec sévérité et fermeté. En se faisant l’ardent avocat de l’Inquisition, Maistre n’ignore pas qu’il va brutalement à l’encontre des idées reçues et de l’esprit anti-religieux de son temps. Mais il croit de son devoir de réaffirmer le vrai, de démontrer, avec la force convaincante d’incontestables arguments, la supériorité et l’évidente sagesse du pouvoir ecclésial sur toute autre forme de pouvoir humain, la tempérance ainsi que la constante union qu’il est seul en mesure de réaliser des vertus de miséricorde et de justice ; « MISERICORDIA ET JUSTICIA » étant d’ailleurs la devise figurant sur les bannières du tribunal de la Sainte Inquisition.
Maistre conclut de la sorte son argumentaire :
- « Toutes les fois que vous verrez une grande institution ou une grande entreprise approuvée (...) par l’Eglise, comme la chevalerie, les ordres religieux, mendiants, enseignants, contemplatifs, missionnaires, militaires, hospitaliers, etc.; les indulgences générales, les croisades, les missions, l’Inquisition, etc.; approuvez tout sans balancer, et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance, en vous présentant une démonstration complète du mérite de toutes ces choses. »
b) Rôle fondamental de la papauté
Le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer,
dans une Europe livrée au chaos, l’unité du Saint Empire.
Par ailleurs, l’attachement de Maistre à l’institution de la papauté, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saint
Bernard, relève d’une idée, certes non directement explicite, quoique toutefois fort précise qui transparaît sous chaque ligne de son Traité, que l'on peut résumer de la manière suivante : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire. Le Traité « Du Pape » consigne cette inattendue mais cohérente dévolution. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeurait que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire.
Ainsi l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, qui fait l’objet d’un important développement dans le livre au point que cette notion suscita même quelques réserves à Rome et le prudent silence de Pie VII, avant d'être cependant adoptée par le Concile de Vatican I en 1870, n’a pas d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés.
IV. Le rétablissement du Saint Empire


Le Pape est le seul garant d’un possible retour
de l’unité politique et spirituelle en Europe.
Maistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » [9] Le Pape est donc le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Il est, à juste titre, significatif que la phrase de l’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape », ne soit pas celle d’un père de l’Eglise où d’un pieux auteur, mais paradoxalement extraite du poème homérique « l’Iliade », phrase révélant nettement la pensée intérieure du comte savoyard, indiquant sans détour : « Trop de chefs vous nuiraient ; qu’un seul homme ait l’Empire… » (Homère, Iliade, II v. 204 sq.)
Le catholicisme de Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversé par une vision qui emprunte autant au politique qu'au spirituel, ou, plus exactement, qui est d'autant plus politique qu'elle est spirituelle, puisque pour lui, et ceci ne doit jamais être perdu de vue lorsque l'on aborde la pensée maistrienne, les deux domaines s'interpénètrent intimement, sont étroitement liés et imbriqués, le Ciel se manifestant en permanence par des interventions qui nous sont le plus souvent incompréhensibles au sein de l'histoire humaine. Si l'autorité céleste est source de toute souveraineté ici-bas, il en résulte que l'origine divine du droit, qui fonde et donne sa légitimité à la doctrine de l'infaillibilité, est en réalité la question de la Vérité originelle dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur [10].
N'oublions pas que si la France, par son peuple, est en état de « péché mortel » depuis l'horrible crime du 21 janvier 1793 qui lui fit mettre à
mort celui que le Ciel lui avait donné comme Roi, la Royauté est elle-même en position de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus par Philippe le Bel de se soumettre aux injonctions de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposaient dans toute la chrétienté pour en préserver l'unité, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il précisait la fameuse théorie dite des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » La décision de Philippe le Bel aura des conséquences importantes, puisqu'en revendiquant une totale indépendance à l'intérieur de son royaume, et rentrant de ce fait en conflit ouvert avec la Papauté, il sera à l'origine de l'affaiblissement du Saint Siège en Europe et du morcellement de l'empire chrétien, car, à son néfaste exemple, chaque souverain, dans ses Etats, allait exiger désormais une identique indépendance, se réclamant de l'autonomie du pouvoir temporel à l'égard du pouvoir spirituel, attitude dont nous subissons encore directement les effets, et qui a pris, dans les sociétés modernes, une ampleur vertigineuse puisqu’à présent c’est chaque individu qui réclame, rageusement, à titre personnel, une totale indépendance qui n’est en fait que la parfaite continuité de l’originel et lointain esprit « d’insoumission ».
Conclusion
Sachons que l'avenir ne sera en définitive que ce que Dieu voudra qu'il soit, ou ce qu'il fera être par l'action de sa Providence. Rien ne sert de s'épuiser dans des formules politiques ou idéologiques qui n’intègrent pas le religieux et le spirituel dans leurs courtes vues, car contre les spectres d'un monde, depuis la Chute, tombé aux mains de l'adversaire, livré aux puissances du négatif et de la mort, ll n’est aucun combat qui puisse se gagner sans être appuyé par les forces de la Divine Providence
Ainsi, si nous désirons sortir de ce piège, nous extraire du conditionnement individualiste, libéral, athée et matérialiste que nous impose une société malade, profondément dominée par l’argent dispensant une culture de mort ; si nous aspirons à nous libérer de la spiritualité « parodique » avec son syncrétisme dévoyé, nous défendre contre l’affolant envahissement du psychisme déréglé, il nous faut, impérativement, nous ouvrir à un autre ordre de réalité, nous disposer à devenir singulièrement attentifs aux vérités surnaturelles, à briser l'enfermement stérile dans lequel nous précipite un monde dégradé, fracturé, agonisant sous le poids de sa gigantesque erreur, s'éloignant, inexorablement, et de plus en plus rapidement, de son Principe, et accueillir, avec respect et dévotion, les semences de l'Esprit porteuses de la Vérité de l’Evangile.
Il est donc évident que ce ne peut être que par la prière et la « réconciliation », sachant que le pouvoir est d'essence transcendante car il relève, positivement, d'une « histoire divine », qu'apparaîtront les conditions de la contre-révolution, car « c'est au nom du DIEU TRES GRAND ET TRES BON, à la suite des hommes qu'il aime et qu'il inspire, et sous l'influence de son pouvoir créateur, que vous reviendrez à votre ancienne constitution, et qu'un Roi vous donnera la seule chose que vous devriez désirer sagement, la liberté par le Monarque. » [11] C'est pourquoi, avant toute idée de restauration d'un pouvoir légitime, il faut d'abord, et en premier lieu, que s'établissent une réforme radicale, une conversion, un retour aux bases théologiques et morales de la tradition chrétienne ; comme le dira avec fermeté Maistre dans une lettre au vicomte de Bonald (1754-1840) : « Il faut que la religion refasse la monarchie ; et c'est ce qui arrivera malgré les apparences contraires. » [12]
Notes.
1.
A titre d’exemples, des mouvements religieux et politiques de la période contemporaine, comme la Phalange en Espagne ou la Garde de
Fer en Roumanie avec les hautes figures attachantes que sont José Antonio Primo de Rivera (1903-1936) ou Corneliu Codreanu (1899-1938) ont, de toute évidence, notre sympathie.
2. Comment ne pas rappeler, à ce sujet, l'épisode grotesque qui, sous la Révolution, fut assez représentatif de cette caricature tragi-comique du sacré, et que la mémoire retiendra comme l'exemple caractéristique de la déviation du religieux. En effet, au moment où l'on envoyait à la guillotine les prêtres réfractaires, Chaumette (1763-1794) et la Convention eurent l'idée de célébrer un culte public à la déesse Raison qui se déroula à Paris, le 10 novembre 1793. Ce jour là, on exhiba dans les rues de la capitale sur un trône porté par plusieurs hommes, une jeune personne du nom de Mlle Thérèse-Angélique Aubry, étudiante à l'Académie royale de musique, prêtant sa plaisante silhouette pour la circonstance à cette ridicule mascarade. Préalablement à Notre Dame, les adorateurs de la déesse, représentés par des enfants des deux sexes vêtus de blanc, avaient apporté devant la jeune créature de l'Académie des parfums pour qu'ils se consument à ses pieds, et de séduisantes vestales, recrutées dans différents conservatoires, couronnées de fleurs et les reins entourés d'une ceinture tricolore, esquissaient au même instant une danse éthérée autour de l'auguste divinité. Cette dernière, hiératique, demeurait immobile dans ses voilages blancs, un bonnet phrygien rouge lui servant de diadème, alors que de larges rubans couleur de pourpre entouraient sa taille ; recouverte d'un long manteau bleu, et une pique placée dans sa main droite, la déesse recevait ainsi le vibrant hommage de la population dans le cœur de la cathédrale, à la même place qu'occupait jusqu'alors, et depuis le XIIIe siècle, la Reine du Ciel, la Vierge Marie, Mère du Sauveur. A intervalles réguliers les servantes de la déesse Raison, assises sur des sièges de verdure, tendaient leurs bras vers le trône, puis, deux par deux, venaient profondément s'incliner en se croisant, dans une sorte de vaporeuse chorégraphie, alors même qu'un chœur de chant déclamait : « Descends, ô Liberté, fille de la nature.... » Enfin, au terme de cette cérémonie « inspirée », la divinité se leva et, saluant la foule qui l'acclamait à tout rompre, regagna à pas lents le Temple de carton-pâte qui lui avait été édifié et qui se trouvait derrière elle, c'est-à-dire exactement devant le maître autel de la vénérable cathédrale qu'il dissimulait complètement à la vue. L'enthousiasme fut si grand, que l'on décida de porter en triomphe l'idole jusqu'à la Convention, mettant un comble à cette cérémonie antireligieuse, et l'on vit défiler dans les rues de Paris, en une effarante procession, les ballerines suivies par des tambours, entourant le trône sacré, le tout accompagné par une troupe de sans-culottes qui avait hissé en haut de longues perches, comme un trophée, la chape d'or et la mitre de l'archevêque, escortant la nouvelle Isis portée à dos d'hommes. Arrivant, dans un chaos indescriptible, dans la salle des Tuileries ou siégeait l'Assemblée, la populace, les musiciens, le corps de ballet envahirent le lieu et firent une bruyante apparition. Ce fut Chaumette qui conduisit la déesse en la présentant aux élus de la Nation la désignant avec emphase comme le « chef d'œuvre de la nature », puis, alors que le président Laloy donnait l'accolade au nom du peuple français à la belle créature, les fanfares et les chants se faisaient de nouveau entendre. Tous voulurent l'embrasser, et la représentation nationale dans son ensemble décida de lui servir d'escorte afin de la reconduire dans son Temple ; redescendant de la tribune au bras du président, elle remonta sur son pavois, et, une nouvelle fois, l'impie cortège, grossi des membres de la Convention, acclamé par une foule immense, reprit le chemin de la cathédrale Notre-Dame où la fête se poursuivit fort tardivement dans la nuit.
3. On se reportera, à propos de cette « religiosité laïque », de cette « religion civile » qu’adopta la République en faisant siennes les thèses de l’auteur du Contrat social, au livre de Ghislain Waterlot : Rousseau, Religion et politique, PUF, 2004.
4. J. de Maistre, Les Soirées de St. Petersbourg, Xe Entretien, t. II, Trédaniel, 1980, p. 179 ss.
5. Ibid., p. 177.
6. J. de Maistre, Du Pape, I, chap. I.
7. J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Première lettre, 1815.
8. Ibid. Il faut purger les esprits de cette image, propagée par le dix-huitième siècle et un détestable esprit voltairien, soutenant que « des prêtres pouvaient condamner un homme à mort. (...) qui ne sait qu’il est défendu au prêtre d’être chirurgien, de peur que sa main consacrée ne verse le sang de l’homme, même pour le guérir ? (...) Jamais le prêtre n’éleva d’échafaud ; il y monte seulement comme martyr ou comme consolateur ; il ne prêche que miséricorde et clémence ; et sur tous les points du globe, il n’a versé d’autre sang que le sien. » (Lettres à un gentilhomme russe, op. cit.) L’Eglise s’est bornée à livrer les fautifs au bras séculier, qui, et lui seul, prononça et exécuta les sentences. Lorsque l’Eglise gouverna, comme ce fut le cas dans certaines souverainetés ecclésiastiques, elle se distingua toujours par sa clémence et sa mansuétude, ceci est à ce point vrai qu’un proverbe est devenu courant en Allemagne : « Unterm Krummstabe is gut whonen. » (Il est bon de vivre sous la crosse.) Que dire rajoute d’ailleurs Maistre du gouvernement de Rome, célèbre pour sa douceur, « nulle part on ne trouve un régime plus parternel, (...) une tolérance plus parfaite. Rome est peut-être le seul lieu d’Europe où le juif ne soit ni maltraité, ni humilié. » (Ibid.) L’exemple le plus frappant que nous donne l’histoire vient des Templiers eux-mêmes qui « demandèrent expressément d’être jugés par le tribunal de l’Inquisition ; car ils savaient bien que s’ils obtenaient de tels juges, ils ne pouvaient plus être condamnés à mort. » (Ibid.)
9. Du Pape, livre premier, ch. II.
10. On aura sans doute entendu dire, en quelques occasions, que Maistre fut le chantre de la « politique expérimentale ». Or, s’il fit publier en 1793 ses Lettres d'un royaliste savosien, dans lesquelles, ulcéré par les effets de la Révolution, il défendra, par un argumentaire raisonné de grande qualité, la supériorité de la royauté par rapport à tous les autres régimes, il s'apercevra assez rapidement de son erreur et comprendra que le devenir des sociétés humaines ne relève pas de l'intelligence naturelle, n'obéit pas aux injonctions des arguments les mieux fondés et des déductions les plus justes. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration en ces domaines, on peut le regretter, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois obscures inaccessibles à l'entendement classique et est donc guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles. Maistre fut d'ailleurs tellement meurtri par sa manifeste et criante incompréhension, par la fausseté de ses vues, par ce qu'il nommera, avec une certaine rage, le « fruit de l'ignorance », qu'il décidera, de manière symbolique et dans un geste témoignant d'un profond rejet de ce qu'il avait écrit et des thèses qu'il avait, dans sa grande naïveté, défendues, de réduire en cendres, en le livrant au pouvoir des flammes, le manuscrit original de ses Lettres d'un royaliste savoisien. Il notera dans son journal, à la date du 6 février 1798 : « Avant de partir de Turin, j’ai brûlé le manuscrit de mes Lettres savoisiennes composées à une époque où je n’avais pas la moindre illumination (souligné par Maistre) sur la Révolution française ou pour mieux dire européenne. Malgré les vues droites qui les ont dictées, je les ai prises en aversion comme un fruit de l’ignorance. »
11. J. de Maistre, Considérations sur la France, chap. X, in Ecrits sur la Révolution, PUF, 1989, p. 179.
12. J. de Maistre, Lettre à L. A. Bonald, 16 juin 1807.
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mardi, 29 septembre 2009
René Guénon et la corruption du catholicisme
ou la sinistre stratégie de la gnose guénonienne
René Guénon (1886-1951) n’eut de cesse de tromper
les catholiques avec qui il collabora,
pour mieux diffuser le poison de ses théories occultistes,
tout ceci au nom d’une prétendue défense de la "Tradition".
![BaphometintheSun[1].jpg](http://la-question.hautetfort.com/media/01/02/430433868.jpg)
La critique catholique, depuis les premiers livres de Guénon,
a été la dénonciation du caractère gnostique et syncrétiste
de cette pensée antichrétienne par essence !
René Guénon (1886-1951) possède une caractéristique rare, celle d’attirer à lui les constructeurs de belles légendes. L’une des plus tenaces, pourtant radicalement fausse, consiste à voir en lui un ami du catholicisme et de l’Eglise. Or, rien n’est plus inexact et erroné que cette avantageuse présentation entretenue et bâtie par de dévots disciples du soufi cairote.
En effet, Guénon, qui s’introduisit dans les milieux catholiques pour mieux les corrompre, fut toujours convaincu du caractère périphérique et incomplet de la religion chrétienne. Pour lui, seule l’Inde était porteuse des critères véritables de la fort suspecte « Tradition primordiale ». Il n’eut donc de cesse de tromper ceux avec qui il collabora, pour mieux diffuser le poison de ses théories syncrétiques, tout ceci au nom d’une prétendue défense de la Tradition, ceci recouvrant en réalité une entreprise systématique ayant pour but de soumettre l’Occident aux principes doctrinaux de l’occultisme.
I. Une stratégie mensongère

Le discours de Guénon
est porteur des classiques scories occultistes
Fort justement, analysant la perception des milieux catholiques à l'égard de Guénon, Marie-France James avait déjà noté la duplicité du discours affiché porteur en réalité des classiques scories occultistes :
- « Guénon, avec plus ou moins de bonne foi, a joué pendant longtemps la carte de la fausse représentation en masquant aux yeux de ses proches et amis catholiques ses affiliations déterminantes et irréversibles au soufisme moniste dans la ligne de Mohaddyn Ibn Arabi et à la maçonnerie écossaise dans le cadre de la Grande Loge de France ; que l'on songe à sa famille, à Abel Clarin de la Rive, directeur de la France chrétienne antimaçonnique à laquelle Guénon collabora avant la première guerre mondiale et dont il avait prévu qu'il hériterait de la direction, à Noële Maurice-Denis avec qui il demeurera en étroit contact pendant près de dix ans, à Olivier de Frémond avec qui il entretiendra une correspondance suivie jusqu'à la fin des années 30, à Louis Charbonnau-Lassay etc.
Mais les plus perspicaces n'ont pas été dupes longtemps - sinon jamais - de l'orientation fondamentale de l'œuvre et du projet guénoniens qui tendaient à rien moins qu'à relativiser la personne du Christ et la radicale nouveauté de la Révélation judéo-chrétienne et à réinterpréter la doctrine et la tradition chrétiennes à la lumière des principes ésotérico-occultistes. Ce qui explique que l'une des constantes de la critique catholique ait été la dénonciation du caractère gnostique et syncrétiste de l'œuvre guénonienne jugée par là inconciliable avec la véritable perspective chrétienne. (...) Nous nous devons de reconnaître que cette analyse-critique vise juste quant à l'essentiel, c'est-à-dire quant à l'identification des fondements mêmes de l'œuvre guénonienne et à sa radicale incompatibilité avec la Révélation chrétienne. » [1]
D’ailleurs, en écho à ce qu’expose justement Marie-France James, s’il est un personnage qui, dans la mouvance catholique aurait pu à bon droit se sentir singulièrement trahi, trompé et floué par Guénon, c’est bien Abel Claren de la Rive (1855-1914), qui assuma la direction de la France chrétienne antimaçonnique [2]. Ce membre de la Société des études historiques dont l’itinéraire mérite d’être connu, ne fut pas simplement le polémiste peu inspiré que certains ont voulu complaisamment nous présenter.
II. Un double jeu scandaleux
Pendant la période qui s’étendit de 1887 à 1898, Clarin de la Rive se lança dans une étude très précise des sociétés secrètes musulmanes en Afrique du Nord, investigations qu’il fait paraître sous le nom de A.D. Rioux. C’est à l’occasion, en 1908, de son exclusion de l'Ordre Martiniste fondé par Papus, que Claren de la Rive approcha pour la première fois René Guénon qui signait de son titre d’évêque gnostique « Sa Grâce Palingénius », secrétaire général de l’Eglise gnostique de France et directeur de la Gnose, lui proposant d’envoyer ses analyses dans la France chrétienne antimaçonnique afin qu’il puisse effectuer, s’il le souhaitait, des clarifications ou mises au point sur plusieurs sujets et désaccords à l’égard des positions de ces anciens amis qui prendra, préalablement, la forme d’une lettre de protestation des « excommuniés » de l’Ordre papusien (J. Desjobert, R. Guénon, A. Thomas), la Loge Humanidad n° 240 décrétant quant à elle dans sa tenue extraordinaire du 6 juin 1909 une sentence de « perte des droits maçonniques et d’expulsion définitive de la Maçonnerie » et de son côté le Souverain Sanctuaire d’Allemagne procédant à une annulation des patentes de 30e et 90e qui avaient été remises.

René Guénon hypocritement catholique
était encore profondément lié
au milieu des loges
Cependant, alors que Claren de la Rive était en quête d'un collaborateur régulier connaissant bien les positions faussées de l’ésotérisme afin de mieux en dénoncer les grossières désorientions, mais totalement ignorant du double jeu de René Guénon qu’il croyait être redevenu un parfait catholique ayant définitivement « tourné le dos à la Maçonnerie » alors qu’il était encore profondément lié au milieu parisien des arrière-loges, il l’engagea à la France chrétienne antimaçonnique lors de l'été 1913, et lui offrit une tribune exceptionnelle, que s’empressa d’utiliser Guénon qui allait publier, par ce canal inespéré, nombre de textes sous le pseudonyme du « Sphinx », et ce jusqu'à la disparition de la revue consécutive à la mort de Claren de la Rive en 1914, et dont il fut même un temps regardé comme le possible successeur à la direction de l'hebdomadaire devenu, entre temps, la France antimaçonnique, ce qui aurait amené une des figures les plus représentatives du monde de l’occulte à diriger l’organe par excellence de la « bonne pensée » catholique.
III. Abel Claren de la Rive et la « France chrétienne antimaçonnique »

A compter de 1893, Abel Claren de la Rive choqué par les découvertes réalisées en étudiant les thèses des milieux de
l’ésotérisme, commença à envoyer des articles critiquant les activités de la franc-maçonnerie à divers journaux religieux (la Croix de Paris, la Croix de Reims, la Croix des Ardennes), signant simplement « Un Profane » ou encore « F.. X.. », se distinguant surtout dans la Revue complémentaire du Diable par de vigoureuses attaques contre Jules Bois sous le pseudonyme de « Rhémus », puis, par des papiers sévères envoyés au Peuple français, à l’Avenir de Reims, la Revue nouvelle, à l'Echo de Rome et au Rosier de Marie. C’est à la suite de la diffusion de ces textes qu’il rencontrera l'archevêque de Reims le cardinal Langénieux, observateur attentif de la franc-maçonnerie disposant d'une bibliothèque fort documentée, lié aux co-directeurs de la Franc-maçonnerie démasquée, les abbés Gabriel de Bessonies et Henri Joseff.

« En premier lieu arrachez à la Franc-maçonnerie
le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu’elle est »
Ainsi, avec l’aide de Louis Lechartier, Claren de la Rive, déjà bien introduit dans le monde religieux catholique qui combattait les idées
occultistes, publiera alors La femme et l'enfant dans la Franc-maçonnerie universelle (1894) ainsi que le Juif et la Franc-maçconnerie (1895), et prit la successions du faussaire Léo Taxil (1854-1907), qu’il ne ménagea pas de ses virulentes critiques devant son mensonge avéré, à la direction de la France chrétienne antimaçonnique en janvier 1896 (revue qui portait en exergue la déclaration de Sa Sainteté Léon XIII tirée de l’Encyclique Humanum Genus publiée le 20 avril 1884 : « En premier lieu arrachez à la Franc-maçonnerie le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu’elle est »), direction qu'il conservera jusqu'à sa mort en juillet 1914.
IV. Un occultiste déguisé sous le masque catholique
Ce que l’on ignore, ce que témoignant d’un art consommé de la dissimulation dont seul il était capable, et alors qu’il s’affichait comme l’une des plumes les plus aiguisées et féroces dirigées contre la franc-maçonnerie et l’occultisme, Guénon continuait, comme si de rien n’était, à fréquenter les salons, groupes et cercles ésotériques parisiens les plus divers, et il est fort probable, à court terme, qu’il ait été désigné, lui qui venait de se faire un an plus tôt soufi musulman et recevoir au sein de la Loge Thebah de la Grande Loge de France, pour succéder
N’oublions-pas que peu après son rattachement à l'ésotérisme islamique, René Guénon se mariait comme si de rien n’était avec Berthe Loury, jeune fille blésoise qu'il avait connue chez le chanoine Gombault. D’ailleurs un peu plus tard, en Sorbonne, il rencontre Noëlle Maurice-Denis Boulet, étudiante catholique qui l’invite aux jeudis parisiens consacrés à des « réunions méta-philosophiques » avec des camarades de l'Institut catholique. Noëlle Maurice-Denis Boulet, qui croyait naïvement à la sincérité des convictions affichées par ce grand dissimulateur et manipulateur qu’était Guénon, de le présenter au cercle néo-thomiste de l'Institut catholique dont le doyen, Émile Peillaube, avait fondé La Revue de philosophie.
L’incroyable, c’est qu’à partir de 1919, René Guénon va donner des « comptes rendus » et plusieurs articles sur divers sujets à la revue du Père Peillaube, toujours en affichant un vernis faussement catholique ; ainsi seront publiés des textes ayant pour titre : « Le théosophisme », « La question des mahatmas », « Théosophisme et franc-maçonnerie », poursuivant une collaboration active qu'il accordera, jusqu'en 1923.
V. Le loup au sein de la Revue universelle du Sacré-Cœur
Mais le plus extraordinaire est à venir. Une nouvelle revue : « Regnabit, Revue universelle du Sacré-Cœur », paraît en juin 1921,
sur l'initiative du Père Félix Anizan (1878-1944), oblat de Marie Immaculée, apôtre de la dévotion et de la doctrine du Sacré-Coeur, auteur d'innombrables ouvrages sur ce sujet. Persuadé que « le Sacré-Coeur n'a pas dans la vie chrétienne, dans la pensée catholique, la place qui lui revient », il juge nécessaire de fonder une revue scientifique traitant ce thème à tous points de vue : dogmatique, moral, ascétique, mystique, liturgique, artistique et historique. Il réalise son projet avec la collaboration du centre de dévotion au Sacré-Coeur de Paray-le-Monial et parmi les premiers collaborateurs d'Anizan se trouvent de très grands théologiens comme le jésuite Augustin Hamon - à l'époque le spécialiste de la mystique du Sacré-Coeur - le bénédictin dom Demaret de l'abbaye de Solesmes, l’oblat Émile Hoffet (1873-1946), Gabriel de Noaillat, secrétaire du Centre de Paray-le-Monial, le futur monseigneur Léon Cristiani (1879-1971), ainsi que le secrétaire du centre de Paray-le-Monial, Gabriel de Noaillat. La revue paraît sous les auspices d'un comité patronal composé par le cardinal Louis-Ernest Dubois (1865-1929), archevêque de Paris, et quinze prélats de tous les continents, parmi lesquels nous trouvons dom Gariador, l'Abbé général de la Congregazione Benedettina Cassinense. L'approbation ecclésiale de la revue sera ensuite confirmée le 10 mars 1924 par une Bénédiction apostolique spéciale - où étaient exprimés les félicitations et l'encouragement - envoyée à la rédaction de Regnabit par le Secrétariat d'État de Pie XI et signée par le cardinal Pietro Gasparri.

Guénon pensait pouvoir démontrer
par ses articles sur le Sacré-Cœur
que le symbole du « Cœur »
se rattache à la « Tradition primordiale »
Or, ce diable de Guénon, réussira usant d’une hypocrisie sans nom, à faire publier plusieurs articles dans Regnabit. René Guénon avait fait connaissance avec Olivier de Frémond (1850-1940), membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest, grâce auquel Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946) entra en contact avec Guénon. Par le truchement de Louis Charbonneau-Lassay, René Guénon devient collaborateur de Regnabit, en publiant, comme première contribution à la revue, dans le numéro d'août-septembre 1925, une étude sur la signification du cœur dans les traditions préchrétiennes.
Ne faisant jamais référence dans Regnabit à ses propres ouvrages consacrés aux doctrines hindoues, et pour cause, alors que d'une façon générale c'est dans ces doctrines que son enseignement prenait surtout son point d'appui, Guénon pensait pouvoir démontrer par ses articles sur le Sacré-Cœur que le symbole du « Cœur » se rattache à l'unique « Tradition primordiale » placée à la source du symbolisme universel dont les diverses traces témoignent de la permanence et de la vérité de cette influence traversant l'ensemble des mythes et civilisations, formant, de manière certes voilée mais cependant aisément décelable par une étude attentive, un noyau commun unissant dans une même origine, dont la désignation en tant que « Christ-Principe » ou même de « Verbe » aura pu abuser de nombreux lecteurs catholiques, est cependant très loin de correspondre à ce que représente effectivement Jésus-Christ pour les chrétiens.
Les réactions ne se firent pas attendre, en particulier d’un certain nombre d’intellectuels catholiques choqués par les propos de Guénon, dont principalement Jacques Maritain (1882-1973) et l'abbé Lallement (1892-1977), qui exigent la mise à l’écart de l’occultiste qui, de toute évidence, se sert de Regnabit comme d’une tribune pour répandre le venin de ses théories faussées.
Conclusion
Acculé et démasqué, en mai 1928, Guénon donne sa démission de la « Société du Rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur », et expose le 8 juin, dans une lettre de douze pages envoyée à Louis Charbonneau-Lassay qui est chargé de s’en faire l’émissaire et en restera pour le moins incrédule, toute sa « rancœur » à l’égard de l’abbé Anizan, de la revue Regnabit et surtout vis-à-vis de l’Eglise catholique en des termes ahurissants, allant jusqu’à se faire menaçant déclarant, si l’on prétendait empiéter sur les domaines dont il a « autorité » et « qu’il représente » (sic) : « [on doit] se méfier de ce que [René Guénon] peut avoir en réserve.»

« Quant à une position religieuse,
je n'ai pas à en avoir,
puisque je ne me place nullement à ce point de vue. »
Le Père Anizan, profondément ébranlé et stupéfait, sensibles aux réactions négatives suscitées par les articles signés par Guénon dans l'organe de la « Société du Rayonnement Intellectuel du Sacré-Cœur », fut tout de même soucieux de connaître quelles étaient les convictions religieuses effectives de son collaborateur, ce qui était bien la moindre des choses pour quelqu'un qui, écrivant dans la Revue Universelle du Sacré-Cœur éditée en collaboration avec le centre de Paray-le Monial, placée sous le patronage du cardinal Dubois, et figurait en tant que membre officiel de son Comité de rédaction.
Il reçut non sans étonnement, par l'intermédiaire de Chabonneau-Lassay, cette déclaration définitive de la part de Guénon qui, comme nous le savons, méprisait profondément la religion puisqu’il regardait cette dernière comme une simple expression exotérique superficielle et incomplète d’une vérité ésotérique cachée : « Quant à une position religieuse, je n'ai pas à en avoir, puisque je ne me place nullement à ce point de vue. » [3]
La seule question qui mérite d’être posée en conclusion est donc celle-ci : comment accepter et tolérer qu’une doctrine aussi malsaine et dévoyée, qui regarde la religion fondée par Jésus-Christ comme un simple lien social en niant son aspect salvifique sacramentel et transcendant affirmant : « la religion ne relie les hommes que dans le sens social » [4], puisse encore, pour certains esprits puissamment aveuglés, prendre autorité sur le christianisme, alors même que tous ses fondements sont en radicale opposition avec l’enseignement de l’Eglise ?
René Guénon sut se faire ondoyant et flatteur à l’égard du catholicisme, alors même qu’il le regarda toujours avec un certain dédain comme une
forme exotérique vidée de son ésotérisme depuis le XIIIe siècle, dérivée et dépendante de l’authentique Tradition, et déclara hypocritement, alors qu’il n’y croyait pas le moins du monde [5], que sous sa forme occidentale cette illusoire « Tradition primordiale » est extérieurement représentée par le catholicisme. Ainsi, selon lui, dans le catholicisme se sont maintenus les éléments de la Tradition en Occident, ceci devant s’entendre, ne nous y trompons surtout pas, au titre des éléments de la Tradition caïnique babélienne non-chrétienne, et uniquement en fonction des possibilités que le catholicisme porterait en lui-même de les "revivifier".
Ainsi, soutiendra-t-il, dans un sens pragmatique et simplement tactique, toute tentative « traditionaliste » qui ne tiendrait pas compte du catholicisme est inévitablement vouée à l’échec, par manque de base, base indispensable à tout espoir de « rétablissement ». Telle est la raison de l'intérêt, fort limité et superficiel du reste, que Guénon porta au catholicisme. De ce fait le catholicisme, ce qui n’a pu tromper et ne trompe encore que les crédules et naïfs lecteurs de La Crise du monde moderne [6], non perçu dans son essence divine et l’Eglise ignorée dans son caractère surnaturel, caractère absolument non comparable et non identifiable avec les autres formes religieuses de l’humanité d’avec lesquelles elle se distingue totalement, sont réduits à une pure vision administrative, localisée, exotérique et sociale de la Tradition dans l’esprit de Guénon, ce qui est proprement inacceptable.
On le comprend aisément, combattre Guénon, mettre en lumière ses funestes théories démoniaques, c’est éviter que des âmes sincères trompées et abusées par les propos séduisants que l’occultiste Guénon dirigea contre le monde moderne, ne se laissent infecter par des thèses absolument incompatibles avec la Foi de l’Evangile et l'enseignement de l'Eglise.
Notes.
1. M.-F. James, Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, NEL, 1981, p. 15.
2. Abel Claren de la Rive, s’engagea tout d’abord dans des travaux d’érudition qui l’amenèrent à publier une Histoire épisodique de la Bourgogne (1881), puis une Histoire générale de la Tunisie depuis 1590 avant Jésus-Christ jusqu’en 1883, étude monumentale dont il sera récompensé en étant reçu en tant qu’officier dans l'ordre du Nichan-Iftikar, signant, quelques années plus tard, un Dupleix ou les Français aux Indes orientales (1888). Toutefois, passionné par l’occultisme, alors même qu’il avait fait paraître sous la forme d’un premier roman, Une Date fatale (1881), une vigoureuse dénonciation du spiritisme, il allait de nouveau, sous le pseudonyme du Cheikh Sihabil Klarin M'Ta El Chott, diffuser un nouvel ouvrage relativement surprenant, Ourida (1890), dans lequel était décrite l'histoire d'une « Petite Rose » placée sous les auspices de l'archange Gabriel autour de laquelle s’entrecroisaient et s’opposaient, successivement, des éléments spirituels chrétiens, musulmans et maçonniques. A la même date, et sous le même pseudonyme, il réalisera un Vocabulaire de la langue parlée dans les pays barbaresques — coordonné avec le « Koran » (1890), œuvre importante portant sur les idiomes linguistiques de l’Egypte, du Maroc, de la Tunisie et de la Turquie, se penchant plus particulièrement sur les rites, sectes et confréries religieuses de l'islam, et s’immergeant à ce point dans la tradition musulmane qu’il déclarera, un peu plus tard, à l'abbé Gabriel de Bessonies (1859-1913), que les domaines touchant à ces sujets lui étaient à cette époque si connus que beaucoup imaginaient qu’il fût réellement un authentique disciple de Mahomet.
3. Lettre à Charbonneau-Lassay, 8 juin 1928.
4. R. Guénon, La religion et les religions, La Gnose, sept.-oct. 1910.
5. Sa lettre à Julius Evola datée de 1944, citée dans « René Guénon : un ésotériste antichrétien ! », témoigne éloquemment de la duplicité de Guénon sur la question du rétablissement de la Tradition par le catholicisme : « Vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais pour des raisons qu’il ne m’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette, et a eu pleinement le résultat (négatif) que j’attendais. » (Lettre à Julius Evola, 1933).
6. R. Guénon, La Crise du monde moderne, ch. II, « L’opposition de l’Orient et de l’Occident », ch. V, « L’individualisme ».
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dimanche, 13 septembre 2009
René Guénon et le ténébreux « Roi du Monde »
ou le caractère sinistre d’une très classique
théorie occultiste

Catholique apostat et ésotériste antichrétien,
René Guénon, avec le "Roi du Monde",
réutilise un mythe puisé chez les occultistes du XIXe siècle.

« Le Roi du Monde
est en rapport avec les pensées
de tous ceux qui dirigent
la destinée de l’humanité… »


Dans « La Mission des Juifs » (1884)
l'occultiste Saint-Yves d’Alveydre, théoricien de la Synarchie,
résumait l'Histoire avec une division en quatre âges
dont le dernier : le Kali Yuga
ramenait à l'âge d'or.
La figure du « Roi du Monde », dont René Guénon (1886-1951), catholique apostat et ésotériste antichrétien, se
fit l’avocat, est plus que discutable, ceci en raison de la grande opacité qui règne sur cette appellation à l’assonance inquiétante, et dont tout indique que nous sommes ici en présence d'un mythe douteux, puisé chez les occultistes du XIXe siècle.
Guénon formula la théorie du Roi du monde, car cette théorie réalisait la perfection d’une conception ‘‘administrative’’ de l’unité des religions. Toutes les religions, selon Guénon, sont des modifications secondaires d’une « Tradition primordiale » dont le dépôt est confié à un personnage mystérieux, le « Roi du monde », entouré de tout un ensemble de ‘‘fonctionnaires’’ sacrés qui assurent les relations du « Centre primordial », situé quelque part, sous terre, en Asie, avec les diverses formes traditionnelles.
I. Sources occultistes de Guénon

Tout ce qui se trouve dans les ouvrages de Guénon,
est en réalité ce qui faisait l’essentiel
des thèses de l’occultisme.
Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur cette thèse suspecte et ridicule propagée par les occultistes, et on est frappé par la réutilisation massive
que fit Guénon des connaissances exposées chez Fabre d'Olivet (1767-1825) ainsi que celles présentées dans le ‘‘Peuple primitif’’ de Frédéric de Rougemont qui constitua pour lui une vraie mine et une riche documentation y puisant ses principales idées, en particulier celle de l'existence d'une « Tradition universelle » à la source de toutes les traditions, les notions de symbolisme, de Roi du Monde et de « Centre », les ternaires, le son originel OM, les religions asiatiques, les cycles cosmiques, etc.
Par ailleurs, Saint-Yves d'Alveydre (1842-1909), autre occultiste célèbre, qui se trouve à la limite entre ceux que Guénon a lus et ceux qu'il a connus [1], dans « La Mission des Juifs » (1884) résumait l'histoire de la connaissance depuis le déluge dans le cadre d'un Kalpa 4.320.000.000 d'années, multiple des 432.000 ans du Manvantara avec une division en quatre âges dont le dernier : Kali Yuga ramenait l'âge d'or. « La Mission de l'Inde », parue en 1910 après la mort de Saint-Yves, développait le thème du centre spirituel de l'humanité :
- « "l'Agartha", son organisation en différents cercles autour du Brahmatma, du Mahatma et du Mahanga (...) ce que Guénon reprit dans le Roi du Monde. L'ouvrage a été utilisé dans : Orient et Occident, La Crise du Monde moderne et l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues. (...)» [2]
On le constate, ce qui se retrouvera intégralement, quelques décennies plus tard, dans les ouvrages de Guénon, est en réalité tout ce qui faisait l’essentiel du discours classique de l’occultisme.
II. Recyclage des thèmes occultistes
Ce sont donc chez de vieux thèmes occultistes, que Guénon au début du XXe siècle, sous prétexte d’y "mettre de l’ordre", cherchera de fragiles éléments de crédibilité, en prenant fait et cause pour le témoignage recueilli par Ferdinand Ossendowski (1876-1945) qui fit publier un ouvrage, Bêtes, hommes et dieux (1924), dans lequel il relatait certains propos entendus à l'occasion d'un voyage qui le conduisit en Mongolie, propos assurant, accompagnés par des éléments plus ou moins tangibles, la réalité de l'existence de cette bien étrange figure royale.

Ferdinand Ossendowsky rapporta dans son livre, Bêtes, hommes et dieux, les éléments légendaires circulant en Asie parmi les populations autour de l’existence du « Roi du Monde », et considérait que cette figure servait surtout des raisons d'ordre politique, comme il le déclarera, à la surprise des auditeurs, sans nul détour lors de la table ronde réunie en juillet 1924 par Frédéric Lefèvre, rédacteur en chef des Nouvelles littéraires, en présence de l'orientaliste René Grousset (1885-1952), de Jacques Maritain (1882-1973) et de René Guénon en personne : « Aucune nation de l'Asie, dira-t-il, n'étant assez forte pour soutenir temporellement l'impérialisme de la religion jaune, cette fonction a été dévolue à une humanité souterraine et à son chef (...) en attendant le nouveau Gengis-Khan. »
En revanche Guénon, imbibé de fables occultistes, contre toute vraisemblance, prit fait et cause pour la véracité de cette thèse, et s'opposera à l'avis partagé à la fois par Ossendowsky et René Grousset, soutenant : « L'idée du Roi du Monde remonte en Asie à une haute antiquité et elle a toujours eu un rôle important dans la tradition hindoue et shivaïte qui forme le fond du bouddhisme tibétain. »
III. Désorientation spirituelle de Guénon

Selon l'occultiste René Guénon, la Charité
est "un élément sentimental secondaire" !
Maritain, de son côté, avec un très pertinent sens théologique, ayant peu de sympathie pour les fables orientales, se contentera de signaler tout
d’abord qu'il y avait dans cette appellation, une malheureuse assonance avec ce que nous apprend l'Evangile lorsqu'il affirme : « le prince de ce monde est déjà jugé » (Jean 16, 11) ; il réagira cependant vivement, à juste titre, s’agissant d’une possibilité d’enrichissement ou « d’alliance » de la pensée chrétienne par l’Orient, par ces mots qui provoqueront un très instructif dialogue avec Guénon qui identifiera dans ses propos la « Charité » en tant qu’amour de Dieu, à « un élément sentimental…secondaire » :
- J. Maritain : ‘‘…l’alliance en question ne serait pour elle qu’une inadmissible subordination et la ruine de la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, entre la nature et la grâce. La théologie, appuyée sur les principes révélés de la foi, est la science suprême…’’.
- R. Guénon : ‘‘Non pas, elle n’est qu’une détermination de la métaphysique, je parle de la véritable et authentique métaphysique. Celle-ci va bien au-delà.’’
- J. Maritain : ‘‘Nulle science ne va au-delà de la foi révélée. De plus, la sagesse hindoue n’ignore-t-elle pas de façon complète, non seulement l’ordre de la moralité proprement dite, - ce que nous appelons mérite, péché, etc. – mais aussi l’ordre de la charité ?’’
-
- F. Ossendowski : ‘‘Le peuple mongol est honnête, pacifique, profondément estimable ; il pratique l’hospitalité. Mais il n’y a en effet aucune place dans la religion jaune pour la charité au sens d’amour de Dieu.’’
- R. Guénon : ‘‘C’est là un élément sentimental et par conséquent secondaire.’’
J. Maritain : ‘‘Allons donc ! C’est une vertu toute spirituelle et toute surnaturelle. ‘‘Dieu est charité’’. C’est par elle seule que l’homme atteint la perfection, c’est par elle aussi, et par le don de sagesse qui en est inséparable, qu’a lieu la véritable contemplation. C’est par elle seule que l’Esprit peut régner parmi les hommes. Voilà le point capital sur lequel nul accord n’est possible avec l’intellectualisme absolu et l’ésotérisme hindous.’’ »
IV. Le Roi du Monde : figure ténébreuse !

"...Du cercueil commencent à sortir des banderoles
transparentes de lumière à peine visibles."
On le voit, Guénon professe des positions inacceptables du point de vue chrétien, et sa vision des plus hauts mystères de la Foi, est profondément obscurcie. Mais pour ce faire une idée de ce à quoi prête foi René Guénon, il est bon de connaître, pour notre édification, ce que rapporte exactement Ossendowski dans son texte, souvent évoqué, mais peu cité, où l’on découvre un Roi du Monde bien peu engageant, se livrant à des opérations spirites avec son prédécesseur afin de « guider » (sic) les puissants de la terre :
- « Le Roi du Monde parle longtemps, puis s’approche du cercueil, en étendant la main. Les flammes brillent plus éclatantes ; les raies
de feu sur le mur s’éteignent et reparaissent, s’entrelacent, formant des signes mystérieux de l’alphabet vatannan. Du cercueil commencent à sortir des banderoles transparentes de lumière à peine visibles.
Ce sont les pensées de son prédécesseur. Bientôt le Roi du Monde est entouré d’une auréole de cette lumière et les lettres de feu écrivent, écrivent sans cesse sur les parois les désirs et les ordres de Dieu.
A ce moment le Roi du Monde est en rapport avec les pensées de tous ceux qui dirigent la destinée de l’humanité : les rois, les tsars, les khans, les chefs-guerriers, les grands-prêtres, les savants, les hommes puissants.
Il connaît leurs intentions et leurs idées. Si elles plaisent à Dieu, le Roi du Monde les favorisera de son aide invisible ; si elles déplaisent à Dieu, le Roi provoquera leur échec. Ce pouvoir est donné à Agharti par la science mystérieuse d’Om, mot par lequel nous commençons toutes nos prières. (…).» [3].

Guénon souscrivit sans aucune réserve aux assertions rapportées par Ossendowski, et devint le vigoureux propagandiste de cette thèse qui lui permettait de trouver quelques arguments supplémentaires allant dans le sens de ses vues au sujet de la présence d'un « Centre » situé dans une zone géographique inconnue, « Centre » détenteur des éléments cachés de la « Tradition primordiale », éléments conservés entre les mains d'un monarque régnant mystérieusement, par l'effet d'une autorité supérieure d'origine « non-humaine » en tant que « Roi du Monde » .
Sa plume se fait même étonnement vibrante, et il va, dans le « Roi du Monde », jusqu’à avaliser sans pouvoir s’appuyer sur aucune preuve tangible, la véracité de ce qu’avance Ossendowski avec une rare ardeur : « M. Ossendowski dit parfois des choses qui n’ont pas leur équivalent dans la Mission de l’Inde, et qui sont de celles qu’il n’a certainement pas pu inventer de toutes pièces. »
Conclusion

Jacques Maritain dira de la doctrine de Guénon
qu'elle est :
« Un spécieux mirage qui mène la raison à l'absurde,
l'âme à la seconde mort ! »
Pour comprendre le processus intellectuel qui amena Guénon à soutenir de telles aberrants délires, il suffit simplement de considérer que, dans l'esprit de Guénon, les restes de la « Tradition primordiale », bien que voilés, n'ont jamais cessé de perdurer et ont été préservés au sein de l'Agarttha, mythique cité invisible, endroit où réside le « Roi du Monde ».
Si les enjeux spirituels n'étaient pas d'une importance si déterminante, on pourrait, éventuellement, sourire à ces rêves quelque peu naïfs, porteurs d'un onirisme mythologique enfantin et imaginatif. Mais le caractère propre de ces affirmations amène, ceux qui y donnent leur consentement, à soutenir de telles aberrations au niveau de la foi et des fondements de la Révélation, qu'il faut se garder d'une trop grande bienveillance à leur sujet sous peine de se trouver en présence de convictions inacceptables, foncièrement négatrices des vérités de l'Ecriture.

Que la terre pût posséder un « Roi du Monde », ou plus exactement un « Prince », tout nous le confirme puisque nous trouvons sa noire présence à tous les moments de la Révélation [3]. Mais que ce peu fréquentable monarque, irréductible adversaire de l'Eternel selon l’Ecriture, soit pourvu des attributs sacrés de la dignité sacerdotale, est une autre affaire, et l'on ne peut que convenir que c’est sans doute par l’effet de sortilèges maléfiques, que Guénon, profondément désorienté spirituellement, souhaita lui conférer un tel degré de reconnaissance sur le plan traditionnel.
Jacques Maritain, qui établira rapidement la nature antichrétienne de la pensée de Guénon, définira solennellement la pseudo-connaissance ésotérique de Guénon qui voulait en faire l'herméneutique générale de la Tradition, comme : "un spécieux mirage qui mène la raison à l'absurde, et l'âme à la seconde mort !" [5] On conviendra, à la lumière de ce qui vient d'être exposé s'agissant de la nature du "Roi du Monde", qu'il ne se trompait pas !
Notes.
1. S'il ne le rencontra pas lui-même, il fréquenta jusqu'à sa mort en 1921 un de ses disciples les plus remarquables Charles Barlet (1838-1921).
2. Cf. J.-P. Laurant, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, ch. II. ‘‘Sept ans d'occultisme’’, 'Age d'Homme, 1975, pp. 27-41.
3. F. Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux, 1924, ch. 47 & 48.
4. Ce « Prince », ce « Roi du Monde », de son vrai nom Satan, est « plein de sagesse et parfait en beauté » (Ezéchiel 28, 12), il est capable de se dissimuler sous les traits d'un « ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 14). Dominant sur tout ce qui existe, il est bien le « dieu », l'effectif « Roi du monde » des êtres trompés, et c'est pourquoi, à son tour, saint Jacques nous prévient : « Ne savez-vous pas que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu ? Quiconque voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu. » (Jacques 4, 4).
5. J. Maritain, Les Degrés du Savoir, 1932.
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jeudi, 09 juillet 2009
L’Ordre chrétien
3e et dernière Partie de :
« Comment peut-on être chrétien ? »

(vers 275 à 337 après J.-C.)
C'est l’Évêque Eusèbe de Césarée qui conféra son titre « Le Grand »,
à l'empereur Constantin,
honneur qu’aucun autre empereur romain n’avait reçu avant lui.

Saint Ambroise convertissant l’empereur Théodose
Toile de Pierre Subleyras, 1745
Les esclaves pour certains, mais non la majorité, passés au christianisme, lassés par les folies de leurs maîtres romains, n’étaient pas les seuls à être opposés à Rome comme cherche à le faire croire une propagande antichrétienne, il existait des citoyens romains, décidés à manifester leur réprobation et qui devinrent chrétiens par amour de l’Evangile. Parmi eux de véritables savants, tel Marcion de Sinope sur la Mer Noire, qui cherchaient à préciser ce que l'on pourrait appeler une nouvelle théologie du Salut, non par opposition au polythéisme romain, mais en continuité de la perspective spirituelle de l’hénothéisme mystérique que l'entrée massive des éléments néo-platoniciens et orientaux dans la religion et la pensée romaine rapproche plus encore du christianisme, en fournissant un aliment mystique au désarroi du peuple, en répandant la notion de délivrance.
a) Christianisme et philosophie
En quelques années, les empereurs se succédèrent les uns aux autres dans des circonstances ténébreuses, au moment où la croyance chrétienne s'affirmait comme une espérance d'un nouvel ordre du monde. Rome, qui vivait une inexorable décadence politique, morale et religieuse, devient alors pour Justin, le premier à faire la jonction entre l’Evangile et la philosophie, l’incarnation cette idée que la venue des Sages, avant le Christ, participait déjà du Verbe de Dieu. Par conséquent, pour Justin et les premiers philosophes convertis au Christ, tous ceux qui avaient vécu selon le Logos parmi les barbares, étaient des chrétiens avant la lettre. Pour Justin, la Révélation des Écritures est le prolongement de la révélation naturelle. C’est cette attitude conciliatrice qui finit par s’imposer finalement et aboutir à une synthèse, celle de la pensée grecque et de l’esprit chrétien. Cette synthèse, que défendra Lucien d'Antioche, Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et surtout Jean Chrysostome et l’école d’Alexandrie qu’on peut nommer philosophie chrétienne, a pour caractère essentiel d’aboutir à une forme d’authentique horizon spirituel chrétien : « Il n’existe pas, dit saint Justin martyr, un peuple, soit grec ou barbare, ou de toute autre race d’hommes, quelles que soient leurs dénominations ou leurs mœurs distinctives, quelle que puisse être leur ignorance des arts ou de l’agriculture, soit qu’ils habitent sous des tentes, ou qu’ils errent dans des chariots couverts, chez lesquels on n’ait offert au nom de Jésus crucifié, des prières au père et au créateur de toutes choses » [1].
Selon Clément d'Alexandrie : « la foi est greffée sur l’arbre de la philosophie, et quand le vaccin est parfait, alors le bourgeon de la foi se
substitue à celui de l’arbre, il grandit dans l’arbre et fait que celui-ci porte des fruits ». Pour réaliser ce projet, Clément décide de se servir de notions philosophiques pour interpréter la Bible. La philosophie grecque, au service de la démarche herméneutique, permet le passage de la foi à la connaissance. Sur un plan plus général, les chrétiens étaient nombreux dans les armées. Non seulement les empereurs Dioclétien et Constance, favorables à leur religion, mais Hercule et Galère acceptaient leur présence, sans exiger d’eux aucun acte d’idolâtrie. De leur côté, les fidèles accordaient sans répugnance le service militaire, et se dévouaient sincèrement aux aigles romaines. Par ailleurs, la Septante est définitivement acceptée, et devient le premier livre chrétien par référence. La préhistoire chrétienne se termine sur cette appropriation définitive de l’héritage du mosaïsme originel, facilitée par la disparition en 135 de tout Etat juif après l'échec de la révolte de Bar Kochba. Jérusalem s'appelle désormais Aélia Capitolina ; les rabbis judéens de Palestine pour leur part abandonnèrent cette écriture grecque alexandrine, qui pour eux n'avait jamais fait partie de leurs Livres Sacrés, et les philosophe chrétiens élaborent la pensée de la nouvelle Rome.
b) Le christianisme comme réponse à l’anarchie et à la décadence de Rome
Avant même la conversion de l’empereur Constantin, Rome accueille avec empressement le christianisme, comme si la nouvelle religion avait été prévue pour répondre à la situation tragique dans laquelle, chaque jour de plus en plus, s’enfonçait l’Empire. Comme on le sait à présent, il ne faut pas s'émerveiller devant le « triomphe du christianisme » car l'idée d'une religion constituée gagnant l'Empire dans le cadre d'un immense effort de conversion est un mythe. Le catholicisme n'a pas conquis la société du Bas-Empire : il a été sécrété par elle, il en est le produit, tout comme la morale et l'art de cette époque. En fin de compte, le christianisme n'est pas un concept historique opératoire » [2] Le christianisme prend greffe sur le paganisme, car en réalité il n’est pas étranger aux éléments qui se trouvaient à l'intérieur même du système religieux antérieur, aboutissant à une sorte de substitution/continuité d’une stupéfiante facilité.
On est très loin des rêves erronés de Nietzsche, nourri par la propagande de l’école critique radicale allemande, on est à des kilomètres des idées fumeuses d’un christianisme « bolchevisme de l’antiquité », bien au contraire même ! Car c’est le christianisme, et lui seul, qui va sauver les derniers reliquats de l’Empire, en conserver l’essence face à la désorientation des empereurs fous. Selon Nietzsche, le christianisme a finalement plongé Europe dans l'abîme, s’imposant sans qu’il y ait une saine réaction contre lui [3]. Or, rien n’est plus faux, plus inexact, plus absurde !
Comment qualifier la politique religieuse d’Élagabal ? Empereur fou dévot du dieu Baal qui ouvrit Rome aux étrangers,
on viole, on tue dans ces banquets démentiels, les convives qui n’amusent plus l’empereur sont immolés sur les tables même, devant une assemblée entrée en transe au son des flûtes et des tambourins. Il viola une Vestale, prêtresse du culte romain de Vesta. Initié aux mystères de Cybèle, il reçoit le taurobole : le nouvel adepte, placé au fond d’une fosse, se baigne dans le sang d’un taureau que l’on égorge au dessus de lui. On lui prête des sacrifices humains d’enfants, chose est plausible, quant on sait qu’au cours du siège de Carthage, bien plus tôt, les auteurs romains rapportent qu’on sacrifiait à un gigantesque Baal creux dans lequel brûlait un brasier, des dizaines d’enfants encapuchonnés : le culte de Baal nécessitait ces horreurs, et pour dépravé que soit le culte au troisième siècle, il a pu garder ses aspect originels. Elagabal, souhaitait restaurer l'unité de l'empire par un culte unique, en tant que pontifex maximus d'une divinité suprême, sa personne devenant inviolable, en ayant l'intention de transférer dans son temple du Soleil de Rome « les religions des Juifs, des samaritains et les rites chrétiens, afin que le clergé d'Héliogabale détienne les mystères de tous les cultes ». Curieuse attitude païenne. Le tout, nous le savons, s’est achevé par l’envahissement d’une foule furibarde dans son palais, qui fit un carnage où les favoris et les mignons de l'empereur furent d'abord littéralement dépecés, émasculés, empalés ("afin que leur mort fût en conformité avec leur vie", dit l’historien), avant que l’empereur lui-même ne fusse massacré dans ses latrines, son corps traîné à travers les rues de Rome, la populace jetant le cadavre aux égouts, puis, comme les conduits étaient trop étroits, l'impérial cadavre fut finalement balancé dans le Tibre (11 mars 222).

c) La Croix triomphante !
Voilà le spectacle de la Rome finissante, voilà l’état réel des derniers soubresauts d’un paganisme moribond et agonisant, et il faut la sotte admiration naïve d’un Alain de Benoist pour oser écrire : « L’imperium est alors l’outil d’une conception du monde qui se réalise sous la forme d’un vaste projet. Grâce à lui la pax romana règne dans un monde ordonné » [4], alors même que l’empire s’écroule en raison de ses propres folies, qu’il est la proie des cultes mystériques des religions orientales : culte phrygien de Cybèle et d’Attis, culte égyptien d’Isis et de Sérapis, culte syrien d’Adonis, culte persan de Mithra, etc. Ainsi que l’écrit Gibbon, d’une façon objective : « La sagesse de la Providence daigne souvent employer les circonstances générales où se trouve le genre humain, comme des instruments propres à l’exécution de ses vues, il peut aussi nous être permis de demander, avec toute la soumission convenable, non pas quelle fut la cause première des progrès rapides de l’Église chrétienne, mais quelles en ont été les causes secondes. Les cinq suivantes paraissent être celles qui ont favorisé son établissement de la manière la plus efficace. 1° Le zèle inflexible des chrétiens ; 2° La doctrine d’une vie future, perfectionnée et accompagnée de tout ce qui pouvait donner du poids et de la force à cette vérité importante. 3° Le don des miracles attribué à l’Église primitive. 4° La morale pure et austère des fidèles. 5° L’union et la discipline de la république chrétienne, qui forma par degrés, dans le sein de l’empire romain, un État libre, dont la force devenait de jour en jour plus considérable. » [5].
"Tous nos peuples doivent se rallier
à la foi transmise aux Romains par l’Apôtre Pierre."
L’ordre que Rome n’était plus en mesure de produire, lui était à présent offert, donné et conféré par la religion chrétienne, Rome qui sombrait dans la dégénérescence et la licence effrénée, recevait de la part des chrétiens l’image d’une droite moralité, telles sont les causes qui ont assuré les succès du christianisme dans l’empire romain, telles sont les causes qui conduisirent à l’adoption par Constantin, du christianisme comme religion d’Etat en 313. L’église constantinienne produira le catholicisme tel que nous le connaissons, lorsqu’en 378 l’évêque de Rome Damase obtint de Gratien, empereur chrétien, que le bras séculier de l’Etat soit mis au service de l’Eglise. Théodose décrètera même, par un édit daté du 28 février 380, dit Edit de Thessalonique :
- « Tous nos peuples doivent se rallier à la foi transmise aux Romains par l’Apôtre Pierre, à celle que professe le pontife Damasse et l’évêque d’Alexandrie en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l'unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l'infamie de l'hérésie.. » [6]
Henri Pirenne (1862-1935) a ainsi parfaitement montré que l'Empire, adoptant le christianisme avec Constantin, continua d'exister grâce à la religion et ses institutions, dont le monachisme qui couvrit l’Europe et développa techniques forestières, hydrauliques, l’agriculture, l’écriture, etc., sous une forme autre, jusqu'au temps de l'ascension du Royaume Franc en Europe qui est concrètement une suite de l'Empire romain, faisant que le couronnement de Charlemagne, en tant que premier empereur romain germanique est une continuation directe de l'État impérial. D’ailleurs l’historien contemporain Michael Grant aujourd’hui, souscrit à cette théorie, et considère la victoire de Charles Martel à la bataille de Poitiers stoppant l'ère de la conquête islamique et sauvant l'Europe, comme un évènement macro-historique dans l'histoire de l’Empire.
Il n’y a donc pas, selon l’expression ridicule de Nietzsche afin de connaître l’essence du christianisme : « …l’origine du christianisme ? Le premier point pour arriver à la solution de ce problème s’énonce ainsi : On ne peut comprendre le christianisme qu’en le considérant sur le terrain où il a grandi, — il n’est point un mouvement de réaction contre l’instinct sémitique, il en est la conséquence même, une conclusion de plus dans sa terrifiante logique » [7], car on est vraiment, dans le cadre du christianisme européen, fort loin de ça, et on se demande si ce n’est pas confondre à plaisir, les délires de l’esprit de la révolution qu’incarne la désorientation de Rome et ses suites, et la véritable Tradition chrétienne ; s’il n’y a pas un jeu polémique chez l’avocat de la philosophie du marteau, qui volontairement tente de superposer une attitude, qui n’est redevable qu’à des idées syncrétiques délirantes des derniers empereurs païens, au christianisme lui-même. Cela est certes amusant un instant sur le plan littéraire, poétique et polémique, mais n’a strictement aucun sens du point de vue de la réalité, est aucune validité théorique.

En 312, Constantin bat Maxence sur le Pont Milvius près de Rome.
s'assurant ainsi le commandement suprême de l'Empire Romain
Le soir avant la bataille, il avait eu la vision céleste de la Croix lumineuse
avec la devise :
« In Hoc Signo Vinces » (par ce signe tu vaincras).
Durant la nuit, il décora de la Croix les vexilles de ses soldats.
En fait, une religion humble et pure incorpora, avec l’aide des empereurs chrétiens, sans effort les racines de l’ancienne Rome. Elle put croître dans l’esprit des hommes, au milieu du silence et de l’obscurité, tirant de l’opposition une nouvelle vigueur, et arbora enfin sur les ruines du Capitole la bannière triomphante de la Croix. Son influence ne se borne pas à la durée ni aux limites de l’empire ; cette religion est encore celle des nations de l’Europe qui ont surpassé tous les autres peuples de l’univers dans les arts, dans les sciences, aussi bien que dans les armes : le zèle et l’industrie des Européens ont porté le christianisme sur les rivages les plus reculés. Il ne s’agit pas de se poser la question de savoir si « un retour au polythéisme est possible, ou indiqué », ni même de s’interroger pour savoir « si l'extirpation du mosaïsme peut s'opérer sur la base de la fondation d'un ordre de l'être » afin qu’un improbable panthéisme, soudé autour d’une « nouvelle communauté émerge du sol d’Europe, car en ces questions, le vouloir ne peut avoir aucune sorte prise, comme le soulignait le vieil Heidegger à juste raison : « il n'est pas possible de faire être par la volonté ou la parole les choses elles-mêmes » [8].
Conclusion
Le désir d'un redéploiement du paganisme pousse à imaginer naïvement qu'il est possible par la volonté de refaire surgir de nouveau les anciens dieux, ou une approche « panthéiste » plus conforme à l’essence spirituelle de l’Europe. Or, rien n'a jamais disparu, mais se trouve dissimulé sous d'autres appellations, rien ne meurt en ces domaines mais se voit conférer d’autres visages. En revanche, rien ne serait plus grave, et ne le fut, que de sombrer, par une incompréhension tragique dont fut victime la Nouvelle Droite et ses principaux animateurs, dans un antichristianisme réactif systématique, car sous couvert de retrouver les anciens dieux, il sont allés jusqu’à avaliser les thèses des aveugles idéologues du XIXe, enténébrés par les théories matérialistes et athées de la critique du christianisme, aboutissant à ceci qui se passe de commentaire :
- « Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) - Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière [...] En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance: ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. «Guerre à outrance avec Rome! Paix et amitié avec l’Islam.». [9]
Voilà où mène, logiquement le néo-paganisme antichrétien folklorique, à affirmer que « les croisés combattirent quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière » ! Ce genre de prosternation, même au nom de la religion ancestrale de l’Europe, est inacceptable. Et l’on sait parfaitement où sont, et ce que récitent et comment s'inclinent face contre terre aujourd’hui nombre d’anciens évoliens, nietzschéens et guénoniens convaincus, pour refuser catégoriquement cette sinistre éventualité.
Quant à l’ultime cri de l’Antéchrist, sous prétexte de joies solsticiales où l’on vomit avec exaltation la religion du désert et l’on chante celle, solaire, des forêts, nous savons à présent suffisamment ce qu’il signifie, et en quoi il doit être fermement combattu : « Guerre à outrance avec Rome ! Paix et amitié avec l’Islam.». Ainsi, nous ne pouvons que refuser avec force cette fallacieuse Paix et cette ignoble Guerre !
Contre l’hérésie de l’Islam, portée et soutenue par le néo-paganisme nietzschéen,
haut les épées pour le Christ et la Croix
au nom de la Rome éternelle et catholique !
Ad Majorem Dei Gloriam !

Notes.
[1] Saint Justin martyr, Dialog. cum Tryphon, p. 341.
[2] A propos du triomphe du christianisme, Dialogues d'histoire ancienne , 1988, vol. 81, no14.
[3] On se souvient à cet égard du passage de l’Antéchrist : « Que les fortes races du nord de l’Europe n’aient pas repoussé le Dieu chrétien, ne fait vraiment pas honneur à leur don religieux, pour ne pas parler de leur goût. Ils auraient dû en finir de ce produit de la décadence maladive et débile. Voilà pourquoi repose sur eux une malédiction : ils ont absorbé, dans tous leurs instincts, la maladie, la vieillesse, la contradiction, depuis lors ils n’ont plus créé de Dieu ! Deux mille ans presque, et pas un seul nouveau Dieu ! Hélas, il subsiste toujours, comme un ultimatum et un maximum de la force créatrice du divin, du creator spiritus dans l’homme, ce pitoyable Dieu du monotono-théisme chrétien ! Cet édifice de décombres né de zéro, de notions et de contradictions, où tous les instincts de décadence, toutes les lâchetés et toutes les fatigues de l’âme trouvent leur sanction ! »
[4] A. de Benoist, Introduction in L. Rougier, Le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique, Copernic, 1977, p. 28.
[5] E. Gibbon, Histoire de la Décadence et de la Chute de l'Empire romain, 1765.
[6] Voici le texte complet de l’édit d Thessalonique : « Édit des empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose Auguste, au peuple de la ville de Constantinople. Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s'engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains - ainsi que l'affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu'à maintenant - et qu'il est clair que suivent le pontife Damase Ier et l'évêque d'Alexandrie, Pierre, homme d'une sainteté apostolique : c'est-à-dire que, en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l'unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l'infamie de l'hérésie. Leurs assemblées ne pourront pas recevoir le nom d'églises et ils seront l'objet, d'abord de la vengeance divine, ensuite seront châtiés à notre propre initiative que nous avons adopté suivant la volonté céleste. Donné le troisième jour des calendes de mars à Thessalonique, Gratien Auguste étant consul pour la cinquième fois et Théodose Auguste pour la première fois. »
[7] F. Nietzsche, L’Antéchrist, 1895.
[8] Heidegger, Lettre sur l’humanisme, Aubier, 1980.
[9] L’Antéchrist, op. cit.
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jeudi, 02 juillet 2009
Le rôle providentiel du christianisme pour l'Europe
IIe Partie de :
« Comment peut-on être chrétien ? »

Le Greco, La Trinité, 1577,
partie du retable du grand autel de l'église Santo Domingo el Antiguo à Tolède
qui comporte sept toiles et cinq sculptures enchâssées
dans une structure architectonique ornée de colonnes et frontons.
Les vives critiques formulées contre le christianisme, venant des milieux païens, portent sur quelques points que l’on retrouve sous la plume de tous les auteurs qui eurent à s’exprimer sur le sujet. La tradition chrétienne serait l'expression de la dégradation cyclique, un élément de la décadence de l'Occident et la forme caractérisée de la « subversion » de l'esprit oriental, disons de la mentalité « sémitique » pour être clair, qui vint corrompre le paganisme antique.
Ces considérations, limites aberrantes, à propos du christianisme, ont pourtant encore beaucoup de faveur, et en raison de leur simplicité, emportent souvent l’adhésion des esprits, d’autant chez les plus jeunes avides d’explications simples et catégoriques. Or, tout cela, non seulement est absolument faux comme nous allons le voir, mais de plus exhume de loin les vieilles ritournelles maladroites mâtinées, pour faire bref, d’une bonne couche de Nietzsche, d’un gros vernis de Renan et de l’école critique allemande, et d’une dose importante d’Evola.
a) l’antijudaïsme originel du christianisme
- « Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué, il a fait un idéal de l’opposition envers les instincts de conservation de la vie forte, il a gâté même la raison des natures les plus intellectuellement fortes en enseignant que les valeurs supérieures de l’intellectualité ne sont que péchés, égarements et tentations. Le plus lamentable exemple, c’est la corruption de Pascal qui croyait à la perversion de sa raison par le péché originel, tandis qu’elle n’était pervertie que par son christianisme ! » [1]
Le plus surprenant c’est qu’avec une telle idéologie pour faible destinée aux esclaves on aurait révolutionné la Rome antique ? Or, avec une présentation de ce type, on peut sans crainte soutenir que les premiers chrétiens furent d'extraodinaires magiciens pour réaliser une pareille opération de renversement !
En réalité, la religion chrétienne ne fut pas, comme on le dit faussement, une « secte juive », car il existait plusieurs sortes de judaïsmes dans l’antiquité (Sadducéens, Pharisiens, Esséniens, Zélotes, Minim, etc. ), dont le christianisme naissant n’est en aucune mesure comparable, puisqu'il fut même en opposition frontale et directe avec tous les courants du judaïsme. L'affirmation, inexacte évidemment, d'un judéo-christianisme antique cherchant à transformer tout païen en un juif selon la religion, est l’une des plus grosses farces jamais proférées, sachant l'antijudaïsme foncier de la primitive l'Eglise et l’hostilité radicale des juifs à l’égard des chrétiens qui firent l’objet d’un chasse visant à les détruire et les mettre à mort. Souvenons-nous d’un fait, le christianisme, s’il est tout d’abord incarné par des juifs puisque les apôtres sont juifs, les premiers convertis de la Pentecôte sont majoritairement juifs, etc., échappe très vite au cercle étroit des membres historiques grâce à l’activité d’un citoyen romain, juif de naissance : Paul de Tarse.

La grande révolution de Paul consistera à déclarer que la foi, c’est-à-dire la foi en Jésus-Christ, passe avant la loi mosaïque et ceux qui partageront son point de vue, soit l’ensemble des premiers chrétiens, dès la fin du Ier siècle, vont se distinguer par ses prises de position anti-juives très fermes. Il s’opposeront avec une rare énergie :
* Au judaïsme rabbinique issu de l’école de Jamnia apparue après la destruction du Second Temple en 70 (lequel rejettera au alentour de l’an 90 par la rédaction du canon de la Bible juive les autres mouvements nés du judaïsme n’observant pas strictement la Halakha pour déclarer qu’ils sont des hérésies, le judaïsme rabbinique étant dès lors reconnu, et jusqu’à aujourd’hui, comme la norme du judaïsme.
* Aux judéo-chrétiens, qui vont donner naissance à l’ébionnisme et aux autres courants comme l’elkasaïsme, violemment attaqué et combattu par les Pères de l’Eglise (Origène, Irénée, etc.).
Pour mieux comprendre la haine des juifs à l’égard des chrétiens retenons que les saducéens (les représentants des familles aristocratiques juives de Jérusalem) mit la main sur les apôtres et les jeta dans la prison publique, devant le Sanhédrin, ils furent flagellés (Actes 6, 7) en présence de Saül (le futur Paul) le diacre Etienne est sommairement jugé et lapidé pour cause de blasphème, en Actes 12 Le roi Hérode Agrippa-1er fait mourir Jacques, le frère de Jean, par l'épée et voyant que cela était agréable aux juifs il fit également arrêter Pierre. Un ange délivrera Pierre de sa prison. Pour se venger le roi Agrippa fera supplicier les gardes. En Actes 16 Paul et son compagnon Silas sont battus de verges à Philippes en Macédoine. Témoignage de Paul aux Corinthiens (II Cor. 11 – 24ss ) :
- « J'ai été souvent en danger de mort : cinq fois battus des 39 coups de fouets par les juifs ; trois fois, j'ai été battu de verges, une fois, j'ai été lapidé de pierres ; exposé à de nombreuses veilles, à la faim, à la soif, au froid et à la nudité... » Puis en Actes 21 Paul est frappé par les juifs dans le temple de Jérusalem. Un tribun romain le fait enchaîner pour le soustraire à la fureur des juifs qui l'accusaient d'avoir introduit ses amis grecs non juifs (mais récemment baptisés) dans l'enceinte sacrée du temple. En Actes 22 le tribun ordonne que Paul soit soumis à la question par le fouet pour connaître le motif qui a contrarié les juifs. Sous la protection romaine il sera conduit au quartier général romain de Césarée où il sera mis en prison pendant deux ans, avant de partir à Rome pour y être jugé.
b) Le christianisme ennemi du judaïsme

Loin donc d’apparaître comme un secte juive, le christianisme primitif se distingue de tout élément juif avec une vigueur étonnante, qui va jusqu’à surprendre non seulement les observateurs, mais aussi les chrétiens eux-mêmes. Il faudra la mauvaise foi, l’ignorance et l’intention malveillante de Celse pour écrire :
« …une race nouvelle d'hommes nés d'hier, sans patrie ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d'infamie, mais se faisant gloire de l'exécration commune : ce sont les chrétiens (...). »
Toutefois, ce qui est intéressant provient de la suite : « Dans ces derniers temps, les chrétiens ont trouvé parmi les juifs un nouveau Moïse qui les a séduits mieux encore. Il passe auprès d'eux pour le fils de Dieu et il est l'auteur de leur nouvelle doctrine (...). » [2]
Lit-on clairement ? la phrase n’est pas anodine chez l’adversaire du christianisme : «les chrétiens ont trouvé parmi les juifs » . Les chrétiens ne seraient-ils donc pas les juifs qu’on nous présente pour avoir trouvé « chez les juifs » leur doctrine ? Ne sont-ils pas la secte juive que l’on veut de toute force nous faire admettre ?
De la sorte, plus qu’utile à notre réflexion la déclaration suivante : « Nous ne sommes que d'hier et nous avons déjà conquis la terre » dit le philosophe Tertullien au IIe siècle. Les chrétiens, sont donc d'abord une petite minorité de disciples de Jésus qui se développe à l'ouest de l´Empire romain en Occident, mais qui très vite s’ouvre, non pas aux esclaves exclusivement, juifs de préférence, mais aux gentils, c’est-à-dire aux non juifs qui forment très vite la majorité des membres au point que les communautés chrétiennes prennent le nom d’« Églises » (du grec Ekklèsia = assemblée). Ces communautés sont dotées d’un conseil, avec à sa tête un « évêque » (du grec épiskopos = surveillant) ou « presbytre » (du grec « presbyteros » = ancien).
c) Dégénérescence totale de Rome

Dans le climat d'anarchie de cette période, Caïus Caligula - fils de Germanicus succède à Tibère, il est épileptique depuis son enfance, cette maladie va s'aggraver dès la première année de règne et lui provoquer une folie grandissante allant jusqu'à la démence (il va ordonner la mort d'une multitude de citoyens et de sénateurs comme le fils de Drusus, Silanus, le sinistre préfet Macro etc ... il ruine les finances et les contribuables en ordonnant des choses invraisemblables : comme l'enlèvement, puis leur remise en place de différentes collines de Rome... il fait couper la langue à des spectateurs du cirque et les jette aux fauves dans l'arène parce qu'on manque de victimes ; il fait prisonnier ses propres soldats et nomme son cheval "consul" en le couvrant de pierres précieuses.
Claude fils de Drusus et neveu de Tibère lui succède, succombe au charme de sa nièce Agrippine qui vient de fêter ses 32 ans. La nouvelle impératrice obtient de César-Claude les fiançailles et le mariage de Néron (son fils d'un premier mariage) avec Octavie - la fille légitime de Claude. Agrippine empoisonnera Claude avec des champignons au moment où celui-ci s'aperçoit que l'impératrice est entrain d'évincer Britannicus du trône pour favoriser Néron. Mais Claude tarde trop à mourir, Agrippine (qui est aussi la soeur de Caligula) le fera achever par son médecin en 54. Néron Il est à peine âgé de 17 ans lorsqu'il devient empereur. D'abord il écarte définitivement Britannicus en le faisant empoisonner lors d'un festin public, puis il essaiera de tuer sa mère en lui faisant prendre un bateau qui sombrera corps et biens en haute Mer, personne n'échappera à la noyade sauf la Reine-Mère impératrice qui par miracle a été recueillie par un bateau de pêcheurs... Comme un fantôme elle réapparaît devant son fils horrifié en lui disant : « tout le monde est mort mais grâce aux dieux j'ai survécue ! » Court répit car elle mourra assassinée sur ordre impérial en l'an 59. Puis Néron répudiera Octavie sa première épouse et lui fera trancher la tête, pour l'offrir à « Poppée sa nouvelle épouse... » Le 19 Juillet de l'an 64 : Rome brûlera dans un immense brasier qui durera 6 jours et 7 nuits. La colère du peuple gronde. On cherche des coupables... Néron est soulagé lorsqu'on accusera les chrétiens d'avoir mis le feu dans les divers quartiers de Rome. On les enchaînera par milliers et on les jettera vivants dans l'arène du cirque pour servir de nourriture à des fauves affamés pour amuser la foule, parfois pour les punir d'avoir mis le feu à Rome, on les attache à des croix après les avoir enduits de bitume et de matières inflammables. Ils brûlent alors comme de véritables torches vivantes et malgré leurs souffrances ces malheureux rendent l'âme en chantant ensemble des hymnes à leur Dieu.
En peu de temps, Rome fera mourir deux chefs chrétiens : saint Pierre, qui demande à être crucifié la tête en bas, parce qu'il s'estime indigne de mourir dans la même position que son maître, et saint Paul qui exige l'application de la loi romaine, car Paul en vertu de sa double citoyenneté, demande à mourir décapité. On raconte qu'à la place où on l'exécuta, sa tête rebondit trois fois sur la terre faisant jaillir une source à l'endroit que les premiers chrétiens appelleront désormais : l'endroit des « trois fontaines ». On transporta son corps dans un caveau sur la via Ostia où s'élève aujourd'hui la basilique : Saint Paul Hors-les-murs.
Que disait Nietzsche au fait ? ceci :
- « Le petit mouvement insurrectionnel, baptisé au nom de Jésus de Nazareth, est une répétition de l’instinct juif […] Ce saint anarchiste qui appelait le plus bas peuple, les réprouvés et les pécheurs, les Tchândâla du judaïsme, à la résistance contre l’ordre établi, avec un langage qui, maintenant encore, mènerait en Sibérie […] — L' « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancune les plus basses, cet explosif de l'idée, qui finit par devenir Révolution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l'ordre social — c'est la dynamite chrétienne… Jésus [est] un révolté contre l’ordre établi. » [3]
Mais de Quel ordre établi parle-t-on ? de l’ordre de Rome en pleine décomposition, aux empereurs fous et dégénérés. Peut-être celui des tribus barbares du Nord en lutte perpétuelle ? Sans Etat, dénuées de sens historique ? Allons, un peu de sérieux voyons !


Rome, alors que les chrétiens sont persécutés,
sombre dans le chaos,
les institutions sont méprisées, les lois bafouées,
l’Etat corrompu, les mœurs immondes.
De ce fait suivons l’Histoire que semblent ignorer les auteurs qui se sont exprimés contre le christianisme. Avant de s'ouvrir les veines dans un banquet le poète et philosophe Pétrone professeur de Néron lui écrit pour lui dire ce qu’il pense de sa conduite ... L'empereur fera raser tout ce qu'il lui a appartenu ! Néron part en Grèce aux jeux olympiques où il tombe amoureux de Sporus un jeune blond qu'il a fait castrer. A Delphes, Néron va consulter l'oracle qui lui dit : "Méfie-toi de la 73è année !" Nous sommes en l'année 66 et Néron viens juste d'avoir 29 ans, il pense qu'il a largement le temps... Mais le danger vient d'Espagne où le Général gouverneur Galba vient de fêter ses 73 ans et c'est précisément lui, qui en l'absence de Néron conduit le peuple à la révolte. Le 10 juin 68 Néron qui est rentré précipitamment à Rome refuse de combattre Galba. Il cherche refuge dans une cachette et s'enfonce un couteau dans la gorge.
En l'espace de douze mois, quatre empereurs vont se succéder sur le trône impérial :
* Galba (68 - 69) qui vient d'être reconnu empereur de Rome par le sénat, mais parce qu'il avait déclaré le jeune Pison comme son successeur, son rival Othon les fit tous deux massacrer par la garde prétorienne à titre de représailles puis il s'empara du pouvoir.
* Othon (69) fut reconnu empereur dans tout l'empire sauf en Germanie où les légions proclamèrent Vittelius empereur. Ecrasé à Bédriac, il se suicida.
* Vittellius (69) après la mort d'Othon marche sur Rome. N'ayant pu imposer son autorité, les légions d'Orient proclameront Vespasien empereur en juillet 69 Vittelius fut battu en Octobre à Crémone, par la suite le peuple de Rome l'égorgea sur le forum .
* Vespasien (69 à 79) Fils d'un publicain.
Rome, à cause d’elle-même, sombre dans le chaos, les institutions sont méprisées, les lois bafouées, l’Etat corrompu, les mœurs immondes, le crime, la trahison, l’ignominie, triomphent de façon ignoble. La licence généralisée, l’immoralité des fonctionnaires et l'attrait populaire pour le cirque et le jeu, couronnent ce triste tableau.
Rome, en raison de ses propres égarements, n'est qu'un long et irrémédiable déclin.
d) Rome ou la révolte contre l’être
On aime ainsi entendre énoncer naïvement : «— Une religion comme le christianisme […] à bon droit, l’ennemie mortelle de la « sagesse du monde » [...] approuve tous les moyens pour empoisonner, calomnier, décrier la discipline de l’esprit, la pureté et la sévérité dans les affaires de conscience de l’esprit, la noble froideur, la noble liberté de l’esprit […] Le christianisme a besoin de la maladie ; rendre malade, voilà la véritable pensée de derrière la tête de tout le système de salut de l’Église. Et l’Église elle-même, n’est-elle pas la maison d’aliénés catholique comme dernier idéal ? — La terre tout entière une maison d’aliénés ? — L’homme religieux comme le veut l’Église est un décadent type. » [4]
Le problème, c’est que le terrible portrait établi par Nietzsche, est en réalité celui de la Rome païenne dégénérée dont les crises successives au travers des siècles montrent les germes internes destructifs de l'Empire Romain, et son incapacité à se réformer. « Les Romains se distinguaient par leur vulgarité, ils considéraient la prostitution comme du sexe pur, et se moquaient éperdument de l’éducation des filles. Le Romain avait également pris l’habitude de désigner les prostituées par des noms divers. Les « meretrices » étaient celles qui vendaient leur corps la nuit seulement, tandis que les « prostibulae » pratiquaient leur honteux métier nuit et jour. Evidemment la vulgarité des Romains ne se limitaient pas aux femmes, car on trouvait également la prostitution masculine, elle était infiniment plus débauchée que son homologue féminine, où des hommes dès leur plus jeune âge étaient voués à une existence malheureuse. Souvent on les rendait eunuques, pire on pratiquait la castration totale, car les clients désiraient voir les charmes féminins chez l’homme. Le phénomène de pédérastie n’était pas à ignorer, vu le nombre impressionnant de jeunes adolescents, quant à l’homosexualité c’était un divertissement largement répandu. » [5]
La « rébellion perverse contre l’unité de l’être », est bien plutôt l’un des vices fonciers de l’Empire. Le mythe de l'âge d'or d’une Rome, fière, droite, pure que le christianisme aurait pervertie de l’intérieur, relève d’une naïve idéalisation du passé car était généralisé, du fait de l’Empire, le relâchement des mœurs, l’homosexualité, l'argent corrupteur, la vie urbaine, la dégradation des spectacles du Cirque. Tout ceci, non imputable aux chrétiens, largement décrit par des auteurs comme : Cicéron, Horace, Pétrone, Properce, Quintilien, Salluste, Sénèque, Tacite, Tibulle, Virgile, avant que saint Augustin, Tertullien ne viennent se joindre à la longue liste des observateurs de la décadence romaine, et dont le dernier en date, que je choisis volontairement pour son faible amour du christianisme, vienne achever le triste tableau de la Rome ruinée par ses tares : « La faiblesse des empereurs, les factions de leurs ministres et de leurs eunuques, la haine que l’ancienne religion de l’empire portait à la nouvelle, les querelles sanglantes, les disputes substituées au maniement des armes, et la mollesse à la valeur; tout appelait ces mêmes barbares qui n’avaient pu vaincre la république guerrière, et qui accablèrent Rome languissante, sous des empereurs cruels, efféminés, et dévots. » [6]
Conclusion
On retiendra que malgré son antichristianisme instinctif, Julius Evola, qui avait un minimum le sens de l’Histoire et n’oubliait pas le rôle utile que joua le catholicisme à travers les siècles écrivit ces quelques lignes très pertinentes : « N'oublions pas que le catholicisme peut remplir une fonction de « barrage », car il est porteur d'une doctrine de la transcendance : aussi peut-il, dans une certaine mesure, empêcher que la mystique de l'immanence et la subversion prévaricatrice venue d'en-bas ne dépassent un certain seuil. » [7] Cette mystique de l'immanence et la subversion prévaricatrice venue d'en-bas, étaient incarnées concrètement non par le christianisme aux premiers siècles de notre ère, mais par la Rome finissante et le paganisme moribond, et c’est contre ces terribles fléaux redoutables que s’élevèrent avec une force admirable les disciples du Christ nous épargnant, sur le plan de la civilisation en Europe, dès l’émergence de l’Eglise, une effroyable chute définitive dans le chaos et l’abîme.
Comme l'écrira saint Augustin : « De même la tribulation est venue fondre sur Rome, pour purifier et délivrer l'homme juste, et pour y frapper l'impie du châtiment qu'il méritait, soit que la mort l'ait précipité dans le gouffre des souffrances éternelles, soit que dans la vie qui lui était conservée il n'ait trouvé qu'une occasion de blasphémer avec plus d'audace, soit enfin que Dieu, dans son infinie miséricorde, ait voulu purifier dans la pénitence ceux qu'il prédestinait à jouir du bonheur du ciel. » [8]
Ainsi, écoutons l'historien nous brosser le portrait de la décadence romaine, avant que le christianisme, fort heureusement, ne triomphe enfin de la corruption, pour le salut et le plus grand bien de l'Europe :
- « Où en étaient les mœurs de Rome dans siècle où le génie chrétien éclata avec tant de sève et d'élan ? Qu'étaient devenus les descendants de ces anciens Romains si sobres , si pauvres, si désintéressés ? Dans ces abîmes de décadence on ne trouve plus trace de délicatesse, d'honneur, de vertu; la frivolité, l'indolence et l'ignominie remplissaient les jours de ces patriciens qui traînaient de grands noms. Avec le fruit des rapines ou des honteuses manœuvres, ils donnaient libre carrière à leurs appétits, à leurs vices; ils épuisaient toutes les joies brutales. La gloutonnerie et l'extravagance marquaient leurs festins; lorsqu'il leur prenait fantaisie d'inviter des étrangers à leur table, ce n'était ni le mérite ni la bonne renommée qui inspiraient leur choix; ils préféraient les joueurs de dés et les libertins. Rien n'était digne d'admiration que l'abondance et la variété des viandes : ce qu'on mangeait donnait de la gloire. Quelquefois, au milieu d'un festin, on demandait des balances pour peser les poissons, les oiseaux, les loirs, devant lesquels les convives s'étaient extasiés. Trente secrétaires avaient mission de compter les services. [9].
Des maisons, jadis célèbres par le goût des sérieuses études, ne connaissaient plus que les bavardages de l'oisiveté et les molles harmonies. On entendait les orgues hydrauliques à côté des bibliothèques fermées comme des tombeaux. Des lyres, grandes comme des chariots [10], des flûtes, tout l'attirail des histrions, voilà ce qui frappait les regards dans ces palais. Au lieu d'un philosophe, on trouvait un chanteur; au lieu d'un orateur, un baladin. Impitoyables pour les moindres détails de leur service, ces maîtres dégénérés condamnaient à trois cents coups d'étrivières l'esclave coupable de n'avoir pas apporté de l'eau chaude assez promptement; ils se montraient fort indulgents s'il s'agissait d'un meurtre commis par un de leurs esclaves. Des mouches se posaient-elles sur les franges de soie de leurs éventails dorés; un faible rayon de soleil pénétrait-il par un petit trou de leurs ombrelles, ils se plaignaient de n'être pas nés chez les Cimmériens.
Lorsqu'ils sortaient de leurs demeures, ils portaient des bagues et des bijoux, d'éclatantes robes de soie, un manteau agrafé autour du cou qu'ils secouaient de temps en temps pour laisser voir toutes les splendides variétés de leur vêtement; une bruyante foule d'esclaves les suivaient. Ils aimaient à parcourir Rome en grande cavalcade, ébranlant le pavé sous les pas de leurs chevaux rapides, précédés des plus bas officiers de leur maison et des oisifs de la rue, et suivis de leurs eunuques, jeunes et vieux, dont le livide visage était horrible à voir. Souvent un de ces patriciens, entrant dans les bains accompagné de cinquante domestiques, demandait, d'un ton menaçant, où donc ils étaient, et si tout à coup il apprenait qu'il y eût là quelque courtisane, eût-elle vieilli dans la débauche, il courait lui porter des hommages et l'exaltait, dit l'historien, comme les Parthes exaltaient Sémiramis, les Egyptiens Cléopâtre, les Cariens Artémise , les Palmyréens Zénobie.
L'histoire contemporaine ne nous a pas laissé ignorer les moeurs du peuple, de ce peuple-roi qui manquait de chaussures. Le vin, les dés, la débauche, les spectacles, le grand cirque, voilà les joies, les passe-temps, les travaux des citoyens. Ces groupes d'oisifs en querelle remplissaient les rues, les places et les carrefours. Quelques-uns, se faisant écouter par l'autorité de la vieillesse, déclaraient la république en péril si tel conducteur de char ne sortait pas le premier des barrières et ne rasait pas la borne la grande, l'ardente affaire qui préoccupait le plus la multitude, c'étaient les jeux du cirque. Ammien Marcellin avait vu les citoyens à jeun, attirés par l'odeur des viandes et les cris des femmes, semblables aux cris des paons affamés, s'avancer dans les salles sur la pointe des pieds et se ronger les doigts en attendant que les plats fussent refroidis. Le soleil de la majesté romaine ne se couchait pas dans la gloire. » [11]
Notes.
[1] F. Nietzsche, L’Antéchrist, Imprécation contre le christianisme, (Der Antichrist. Fluch auf das Christentum), 1895.
[2] Le Discours vrai, in Louis Rougier, "Celse contre les chrétiens", Editions du siècle, 1925.
[3] F. Nietzsche, L’Antéchrist, op. cit.
[4] Ibid.
[5] B. SIMONETTA – R. RIVA, Le tessere erotiche romane (SPINTRIAE), Lugano, Editore Franco Chiesa, 1981 ; C. SALLES, Les bas-fonds de l’Antiquité, Paris, Edition Robert Laffont, 1982.
[6] Voltaire, Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, in Philosophie de l’histoire, vol. in-8°, 1765.
[7] J. Evola, Bibliografia fascista, n.2/1936.
[8] S. Augustin, De la ruine de Rome, in Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Bar-Le Duc, 1869, Tome XII. P. 339-344.
[9] Ammien Marcellin, livre XXVIII.
[10] Lyrae ad speciem carpentorum ingentes, Ammien Marcellin, livre XVI.
[11] M. Poujoulat, Histoire de saint Augustin, 1864.
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jeudi, 18 juin 2009
Antispécisme : le visage monstrueux de la cause animale !
ou les aspects cachés d'une théorie scandaleuse

« Dieu a confié les animaux à la gérance
de celui qu’Il a créé à son image.
Il est donc légitime
de se servir des animaux pour la nourriture,
on peut les domestiquer
pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et ses loisirs. »
L’antispécisme, théorie édifiée par Peter Singer relayée en France par les Cahiers antispécistes, est une monstruosité philosophique et une abjection conceptuelle absolument infecte, à l’origine de la plupart des slogans des militants anti-corridas, même si la plupart des naïfs qui sont enrôlés dans les associations de lutte contre la tauromachie l’ignorent, slogans qui sont caractéristiques de cette mouvance : « Refusons la torture ! »- « Non à la souffrance gratuite ! » « Assez de barbarie ! » , etc. L’antispécisme, théorie ouvertement matérialiste, considère en effet à la base que la notion « d'être humain », du moins telle que nous la concevons en conférant une dignité particulière à la personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26), est une abstraction absurde d'origine religieuse, le reliquat d’une superstition biblique obsolète et dépassée.
A l’aide d’une mise en scène au goût douteux, on pouvait lire récemment sur une affichette antispéciste : « Humain ou animal quelle différence ? c’est la même souffrance. » Or, la différence est considérable de l’homme à l’animal. Ne pas le reconnaître présente un immense danger qu’il ne faut surtout pas mésestimer. C’est ce qu’explique très bien Camille Loty Malebranche, dans un article intitulé « De la zoocratie idéologique contemporaine... » : « (…) La déhiérarchisation des espèces humaine et animalières comporte un risque sérieux d’animalisation de l’homme. Une dénaturation amenuisante de l’humain. De la réclame pour nourriture santé et minceur à l’adresse des chiens et des chats à la sexualité humano-animale exponentielle sur le web, nous en sommes arrivés à une inversion du spécisme ancien jugé essentialiste et discriminatoire notamment par Peter Singer, nous sommes dans la pire crise du sens qui soit, la désignification ontologique devenue chose théorique totalement excentrique d’un occident en mal de substitution d’un sens et d’une justice que la société refuse et qui voit certains intellos se rabattre sur l’extrême insensé ironiquement intronisé comme valeur et morale. » De son côté Réflexes, qui n’est pourtant pas l'une de nos lectures favorites, résume correctement le problème : « le but avoué ou inavoué de tout antispéciste est de supprimer de la surface de la terre toute idée de souffrance, de mise à mort, volontaire ou non, sans préoccupation d’espèce. » Or cette idée est absurde dans la mesure où la souffrance, comme la mort, sont intrinsèquement liées à la vie. C’est une loi intangible du vivant.
I – Opposition à la pensée chrétienne

Ceci explique pourquoi les antispécistes réservent leurs critiques les plus virulentes à la culture judéo-chrétienne, puisque le dogme biblique bien connu, selon lequel l'Homme, et lui seul, fut créé à l'image de Dieu, est en contradiction directe avec la doctrine antispéciste de l'égalité en dignité des espèces. Pour le chrétien, les autres espèces ont été créées par Dieu bien sûr, mais dans un but précis : pour servir l'Homme [1]. Ainsi même si les animaux méritent le respect que leur confère le statut de créatures de Dieu, ils restent inférieurs à l’homme et n'ont pas droit au Salut, ni donc aux Sacrements. La Bible s’ouvrant par l’injonction divine faite à l’homme de « remplir la terre et la soumettre » [Genèse 1, 28]. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique stipule donc logiquement : « Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et ses loisirs. Si elles restent dans des limites raisonnables, les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement recevables, puisqu’elles contribuent à soigner ou épargner des vies humaines. » [2]

Si les animaux méritent le respect
que leur confère le statut de créatures de Dieu,
ils restent inférieurs à l’homme et n'ont pas droit au Salut,
ni donc aux Sacrements.
Mais Peter Singer, Philosophe, spécialiste de bioéthique, libéral de gauche, connaissant bien le marxisme, utilisant pour base conceptuelle de ses travaux la pensée utilitariste de Jeremy Bentham [3] provoque depuis quelques années une petite révolution dans la conception chrétienne classique. En effet, en affirmant que ce qui compte ce n'est pas que l'animal ne parle ni ne raisonne à l'égal de l'homme, mais qu'il souffre tout comme lui, il en arrive à postuler un droit à une reconnaissance en tant qu'être sensible et donc à un arsenal juridique de droits sensés protéger les animaux. « Le spécisme, affirme une brochure, est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte (ou de moins prendre en compte) les intérêts de certain-e-s au bénéfices d’autres, en prétextant des différences réelles ou imaginaires mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu’elles sont censées justifier ». On mesure le caractère plus qu’inquiétant d’une telle position, qui constitue artificiellement une égalité entre animal et homme, et surtout refuse qu’il soit établi une distinction entre les espèces en l’assimilant follement au racisme.
II - Une infâme doctrine justifiant l'infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme
D’ailleurs dans son langage, lorsque Singer parle « d’animal », il entend toutes les espèces y compris celle de « l'animal humain » (sic) ! Choqué
par l'exploitation animale, Singer cherche à l'analyser dans le cadre de son matérialisme. Il trouve l'idée de vie trop idéaliste, et souhaite la remplacer par quelque chose de plus concret : la souffrance. L'individu animal n'a pas droit à la vie, mais le droit de ne pas souffrir. C'est la fameuse maxime de Bentham : « La question n'est pas : peuvent ils raisonner ? ni peuvent ils parler, penser ? mais : peuvent ils souffrir ? ». De ces prémisses, Singer déduit qu'il est condamnable de manger des animaux qui peuvent souffrir, plus encore de se livrer à des rites sanguinaires au prétexte de traditions culturelles. « Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison - hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur - de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces. » [4] Mais là où les choses deviennent extrêmement graves, c’est que non seulement Singer ose affirmer que toutes les espèces animales méritent une égale considération, ce qui est déjà passablement inacceptable du point de vue d’un sain anthropocentrisme chrétien, mais il ose scandaleusement écarter de cette égalité, écoutons bien : « le nourrisson de moins d'un mois, les malades mentaux, les idiots, les handicapés sans parler du fœtus » ! A tous ceux-là, il n'accorde pas le statut de personne car ils ne se considèrent pas eux-mêmes comme ayant un futur donc, comme des animaux non à même de ressentir la souffrance et le plaisir, on peut dès lors les supprimer sans commettre une faute morale... L'infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme sont ainsi joyeusement justifiés au nom de l’antispécisme !
« Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison –
hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur –
de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité
de considération des intérêts aux membres des autres espèces. »
(Peter Singer, Animal Liberation, 1975)
D’ailleurs n'a-t-il pas comparé « nouveaux-nés, handicapés et animaux », et trouvé que ces derniers étaient supérieurs aux premiers ! Il n’hésite pas à déclarer, sans aucune difficulté, qu’il est pour l'euthanasie à l’égard des handicapés, puisqu'ils sont « inférieurs aux animaux » ! Il écrit : « Je pense qu'un chimpanzé a certainement plus conscience de lui-même qu'un nouveau-né. Il y a des circonstances dans lesquelles tuer un nouveau-né n'est pas mauvais, alors que tuer un chimpanzé l'est. » [5] Voilà ce qui se cache derrière les thèses des avocats de la cause animale, et celles des gentils opposants à la corrida que l’on voit apparaître lors des férias, voilà l’hideuse et épouvantable doctrine, proposant tranquillement le meurtre des nouveaux-nés, qui sous-tend les actions, en apparence sympathiques, des anti-corridas !
III- Libération animale ou disparition des espèces ?
L’infâme démonstration de Singer, dont on vient de voir à quoi elle conduit, s'inscrit dans un large courant de critique des notions de conscience et d' ordre naturel, sur une base matérialiste et athée. Elle est un point de passage obligé de la démonstration sur l'égalité animale - concept partagé par de nombreux biologistes, à l'instar de Stephen Jay Gould - dans la mesure où l' argument de la conscience est un élément central de l'anthropocentrisme il est systématiquement étendu à l’ensemble des espèces, sans que lui soit appliqué le moindre critère de différenciation. On évoque à grands cris, voire même par des attentats terroristes parfois [6] les droits à la libération des animaux, l'humain devant cesser toute activité comme les corridas, les zoos, la chasse, mais aussi l'expérimentation scientifique et l'alimentation carnée, alors que parler de « libération » pour un animal de ferme est passablement ridicule. Les animaux de ferme sont le fruit de centaines ou de milliers d'années de sélection génétique par l'humain ; ils sont incapables de vivre par eux-mêmes, leur existence est totalement dépendante de la tutelle de l'humain. Mais comme les partisans de la libération animale prônent le végétarisme et le végétalisme, ils ne visent pas à libérer l'animal de ferme, ni d’élevage, dont le fameux taureau de combat qui ne tient son existence que de la corrida, mais à le faire disparaître !
Il est plus élégant d'appeler à « libérer » les animaux plutôt qu'à les faire disparaître, mais cela relève d'une immonde escroquerie intellectuelle, car en fait cette pensée conduit à la disparition objective de certaines espèces. Ceci explique pourquoi l’action des anti-corridas est en réalité une action de mort sur le plan concret, soutenue sur le plan théorique par une doctrine nihiliste et mortifère ! On comprend mieux pourquoi, sachant le danger diabolique et antichrétien qui se cache derrière ces théorie animales, lors de l'Assemblée des évêques à Glosar, en l'an 1051, « plusieurs hérétiques ont été condamnés à mort en raison de leur refus de tuer des poules » , car si l’ordre naturel et son mode propre de vie a été voulu par Dieu, s’y opposer représente une révolte contre les lois divines.
IV. Révolte contre l’ordre naturel
D’ailleurs, et cela n’a rien d’extraordinaire, les antispécistes ne cachent pas qu'ils désapprouvent ouvertement l'ordre naturel, car il est structurellement inégalitaire et cruel, ils veulent détruire la hiérarchie des créatures qui place l’homme, en tant que sommet de la création, avant l’animal. En théorie pour ces insensés démentiels, il s'agit de ne pas faire aux animaux ce que l'on refuse de faire aux humains, en pratique, se qu’ils se gardent de dire trop ouvertement mais qui est pourtant bien réel, il s’agira de faire subir sous peu aux humains, grâce aux directives des administrations, bien pire qu’aux animaux – en clair, au nom de la volonté de la disparition de la souffrance, on pratiquera demain dans cette société hygiénique et aseptisée, l’avortement, l’eugénisme et l’euthanasie, allègrement et en toute bonne conscience antispéciste !

« Dieu créa l'homme à son image,
à l'image de Dieu il le créa,
homme et femme il les créa. »
(Genèse 1, 27).
L’anthropologie catholique, qui voit en l’homme le gérant de la création, nous évite, heureusement, la regrettable et dangereuse confusion à laquelle parviennent les tenants de la « libération animale » : anéantir l’homme et le réduire concrètement au rang d’un animal au prétexte de la non discrimination entre les espèces. Rien n’est donc plus ridicule et stupide que l’affirmation selon laquelle les défenseurs des animaux sont « plus humains », plus ouverts aux malheurs de leurs prochains, dont les animaux font partie : il y a là en effet une extension abusive de l’usage d’un mot que la Bible réserve à l’homme. La pointe de l’enseignement de Jésus est justement d’affirmer ceci : même abîmé ou défiguré, un homme restera toujours un homme, un frère dont je suis responsable et dont j’ai à me faire « le prochain » au titre d’une commune origine, l’un et l’autre créés à l’image de Dieu, et d’une commune vocation à partager la vie même de Dieu dans son Royaume.
Dans le contexte du « commencement» biblique où la vérité révélée sur l'homme comme « image et ressemblance de Dieu» constitue la base immuable de toute l'anthropologie chrétienne. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa» (Gn 1, 27). Ce passage concis contient les vérités fondamentales de l'anthropologie: l'homme est le sommet de tout l'ordre de la création dans le monde visible; le genre humain, qui commence au moment où l'homme et la femme sont appelés à l'existence, couronne toute l'oeuvre de la création; tous les deux sont des êtres humains, l'homme et la femme à un degré égal tous les deux créés à l'image de Dieu. Cette image, cette ressemblance avec Dieu, qui est essentielle à l'être humain, est transmise par l'homme et la femme, comme époux et parents, à leurs descendants: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28). Le Créateur confie la «domination» de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur «origine» commune. De la sorte, la vérité sur le caractère personnel de l'être humain ressort de la description biblique. L'homme est une personne, et cela dans la même mesure pour l'homme et pour la femme, car tous les deux ont été créés à l'image et à la ressemblance du Dieu personnel. Ce qui rend l'homme semblable à Dieu, c'est le fait que, contrairement au monde des créatures vivantes, y compris les êtres doués de sens (animalia), l'homme est aussi un être raisonnable (animal rationale), possédant, et lui seul dans le règne du vivant, une âme immortelle. Grâce à cette propriété, l'homme et la femme peuvent «dominer» les autres créatures du monde visible (cf. Gn 1, 28), et sont appelés à une vie surnaturelle, puisque les hommes rassemblés et réunis en Jésus-Christ deviendront « participants de la nature divine » (2 Pierre 1 ; 3) : ils seront déifiés. L’homme « deviendra par grâce ce que Dieu est par nature ».
Conclusion
On évitera donc impérativement le ridicule anthropomorphisme qui consiste à prêter aux animaux des sentiments ou raisonnements humains et à parler de la mort d’un chat ou d’un chien - même s’il s’agit d’un sympathique compagnon de notre vie quotidienne - comme s’il s’agissait de notre voisin ou de notre grand-mère ! A trop confondre l’homme et l’animal avec de faux bons sentiments, on en vient déjà à regarder l’animal comme un homme grâce à une propagande délirante, mais il y a fort à parier que tout cela nous conduise très vite, à force de toujours pousser trop loin l’inversion des valeurs, à positivement considérer les hommes comme de simples animaux.
Notes.
[1] Secrétariat Général de la Conférence Episcopale d’Allemagne : La responsabilité de l’homme à l’égard de l’animal. Positions, réflexions, suggestions, document de travail en date du 4 octobre 1993.
[2] CEC, no. 2417.
[3] Selon la conception utilitariste de Bentham, envisager l'animal comme un sujet est la source de l'éthique. Ceci débouche donc chez lui trois grands sujets de préoccupation : la critique matérialiste des théories de la conscience, l'égalité de considération entre les espèces animales, et le droit à l'euthanasie. C'est dans son livre « Question d'éthique pratique » qu'il expose le plus clairement cette triple préoccupation et les connections qu'il trouve entre elles. Dans ce cadre s’intègre le Projet Grands singes anthropoïdes, présentés dans les Cahiers antispécistes lyonnais de septembre 1993, qui partant du fait que les humains débiles profonds ont des capacités égales voire inférieures à celles des gorilles et autres orangs-outangs, propose une nouvelle déclaration des droits, non de l’homme, mais de la « communauté des égaux », qui regroupe l’homme et un certains nombre de singes. Cette déclaration propose avec le plus grand sérieux, par exemple, que les singes vivent en liberté parmi nous, qu’ils puissent bénéficier d’une aide judiciaire en cas de litige avec un humain (ou un autre singe). Sans commentaire.
[4] Peter Singer, Animal Liberation, 1975.
[5] Ibid.
(6] Certains militants réalisent de façon concrète la libération des animaux, en évacuant ceux-ci des élevages et des laboratoires, et en menant des actions terroristes contre les organisations les plus impliquées dans les cruautés envers animaux. Ces actes sont devenus assez courants au Royaume Uni et aux Etats Unis, ils concernent désormais aussi l'Europe du nord et une partie de l'Europe continentale (au total, plus de 20 pays). La France n'est pas encore vraiment touchée. Les attentats sont généralement le fait de l'Animal Liberation Front (ALF). Ce mouvement est apparu en Angleterre durant les années 70, à partir de membres issus de la Hunt Saboteur Association. Il est composé de petites cellules (une demi-douzaine de personnes, parfois moins) indépendantes, le noyau de l'ALF étant utilisé uniquement pour la revendication des attentats, la diffusion des méthodes, et la suggestion d'objectifs.
[7] G. von Hoensbroech, Das Papstthum in seiner sozialkulturellen Wirksamkeit, 1904, p.35.
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mercredi, 03 juin 2009
L’Eglise catholique et la Corrida
La tauromachie et sa relation à la religion
« Je crois à la vertu purificatrice de la corrida.
Je crois à cette fonction que le Grecs appelaient la catharsis,
qui nous lave de nos pulsions, de nos violences intérieures. »
Secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique

Effigie de la Vierge de la Charité dans sa Solitude
(Virgen de la Caridad en su Soledad).
Chapelle de la confrérie du Baratillo de Séville
qui fait procession le Mercredi Saint ("hace su estancion de penitencia")
liée au monde taurin et au quartier des arènes, l'Arenal.
La corrida, perçue par les uns comme un « art noble » et par les autres comme une tuerie barbare, déchaîne les passions. Cela n’est pas nouveau, ses détracteurs et ses défenseurs s’opposent depuis le XVIe siècle. Toutefois, s’il semble à première vue difficile de trancher à l’intérieur d’un débat délicat où les opinions s’affrontent avec une vigueur extraordinaire, nous déclarons simplement, par delà les aspects purement spectaculaires de l’art tauromachique, que le décorum, les éléments quasi sacrés qui entourent la corrida (vêtements de lumière, sens du sacrifice, dévotion et sentiment religieux, etc.), sont un motif de nature à susciter respect et sympathie à l’égard de cette tradition singulière qui à tissé au fil des siècles des liens très étroits avec le catholicisme.
En effet, le temps de la corrida, celui de la féria, c’est-à-dire de la « fête », que cette dernière soit cause des corridas ou la
corrida cause de la fête, est indissociable et toujours lié au domaine religieux de par les saints ou le temps liturgique auxquels sont associées les grandes réunions taurines : San Isidro à Madrid, Semaine Sainte à Séville, San Firmin à Pampelune [1], le Toro de la Vega à Tordesillas en l’honneur de la Vierge de la Peña [2], le Corpus Christi à Tolède, Pentecôte à Nîmes, etc., ceci, alors que paradoxalement, l’Eglise s’est parfois opposée aux jeux taurins qu’elle considérait comme des réminiscences directes des antiques jeux du cirque, sachant que ces dites « férias » étaient souvent l’occasion de débordements en divers domaines (alcool, sexualité, argent, etc.), dans un climat d’immense liesse populaire qui rappelait très clairement le monde du paganisme. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où, au-delà des Pyrénées, la pourtant si écoutée et révérée Eglise catholique espagnole, resta absolument impuissante à imposer certaines de ses volontés.
taureaux »
I. Rappel historique
Un rapide examen des données historiques nous fournit des renseignements intéressants, puisqu’en l’absence de sources fiables, de nombreuses thèses perdurent s’agissant de l’origine de la corrida. Ce que l’on peut affirmer, c’est que les premiers jeux taurins, sont sans doute une survivance des sacrifices d'animaux pratiqués dans les cultures primitives, et apparaissent tout d’abord probablement à Rome [3], puis ne resurgissent vraiment dans le sud de l’Europe que vers les XIe ou XIIe siècles, dans un contexte précis : la noblesse guerroyant à cheval y voyait une excellente possibilité de s'entraîner. Le Comte de Las Navas (1855-1935) considérait que l’origine de la corrida était intimement liée avec les premiers temps de l'humanité, faisant référence aux chasses préhistoriques de l'aurochs pour expliquer la survivance des jeux taurins en Espagne. Ces jeux, en ce pays, s’imposèrent d’ailleurs peu à peu en divers lieux et en de nombreuses occasions (fêtes pour célébrer la venue d'un personnage important, canonisation d'un saint, consécration d’un évêque, etc.). On aménageait, pour la circonstance la plaza del toro avec des gradins de bois et la population s’y retrouvait pour communier au spectacle de bravoure de quelques téméraires audacieux, qui venaient défier des bêtes sauvages possédant une énergie exceptionnelle.
II. La bénédiction de l’Eglise catholique
Le clergé catholique espagnol, qui constatera l’engouement pour ces fêtes et qui s’interrogea sur la manière d’en circonscrire les tendances excessives, fera mieux à l’époque que soutenir les traditions taurines, il ira jusqu’à les bénir et leur conférer, intelligemment, un caractère religieux qu’elles ont encore conservé. On trouve, par exemple, dans un livre de la Société du Saint Sacrement de l’église paroissiale de Saint Pierre de Valladolid, un texte expliquant que cette Société offrira régulièrement « des jeux taurins ». Des Tiers Ordres, pour marquer les réjouissances liées à leur fondation, organisèrent des fêtes où l’on se livrait à la corrida ; certaines Confréries, comme Notre Dame de Sabor à Caceres, n’admettaient en leur sein que des « chevaliers courant les taureaux ». Lors de la béatification de sainte Thérèse d’Avila, en 1614, on organise trente courses lors desquelles cent taureaux sont mis à mort. Il en va de même lors de la canonisation de saint Ignace de Loyola, de saint François Xavier, de saint Isidore le Laboureur en 1622, de saint Thomas de Villeneuve en 1654.

Les liens entre l’Eglise et la corrida vont donc se resserrer étroitement, et l’on verra même éclore ce que l’on pourrait appeler « les miracles
taurins » : Baltasar de Fuensalida en 1612 à Tolède, désarçonné par un taureau lors d’une corrida, invoque Notre Dame de l’Espérance pendant qu’il est encorné et guérit de ses blessures. Saint Pierre Regalado, patron de Valladolid, arrête un taureau furieux par son regard. Sainte Thérèse d’Avila elle-même, apaise deux taureaux qui viennent à ses pieds et qu’elle caresse.
De leur côté, les très catholiques monarques espagnols n’étaient pas reste, et semblaient eux aussi apprécier ces pratiques. C'est ainsi que l'Empereur Charles-Quint (1500-1558) fut si heureux de la naissance de son premier enfant qu'il descendit dans l'arène de Valladolid pour y combattre et tuer un taureau sauvage. De ce fait, les corridas sous Charles II, au XVIIe siècle, deviendront un vrai phénomène de société. Les conquérants espagnols introduisirent même les jeux taurins en Amérique Centrale et du Sud. En 1529 le conquistador Cortes y importe les taureaux, et plus encore qu'en Espagne, la tauromachie aura le soutien de l'Eglise. Les Indiens l'appréciaient et considéraient qu’il y avait là un équivalent de leurs rites. Ainsi, dans les territoires conquis par les espagnols au nouveau monde, les capucins élèvent des taureaux et possèdent, comme à Caracas, des arènes où, à l’occasion de chaque fêtes religieuses, se déroulent des corridas qui servent à financer la construction d’églises, de chapelles ou de monastères. C’est ainsi que fut édifiée l’église de Castillo de Chapultepec en 1788, ainsi que celle de Guadalupe en 1808. De même en Italie, séduit par cette vogue, César Borgia, fils du pape Alexandre VI, réintroduit la corrida qui avait été en vigueur à Rome jusqu’à Léon X (1521), pour la mettre au programme de ses divertissements favoris. Seule l’accession au trône d’Espagne d’un français, Philippe d'Anjou, le petit fils de Louis XIV, fera que l’on interdise un court temps aux seigneurs d'y participer, d'autant que les corridas de l'époque étaient bien plus dangereuses pour les hommes que celles d'aujourd'hui, et n’étaient pas sans risque pour les spectateurs, Francisco Goya, ayant représenté un accident survenu au cours d’une de ces fêtes, et entraîné la mort de l’alcalade de Torrejón. Symbole du lien étroit entre clergé et corrida, en 1761, un prêtre de la Rota (Province de Cadix) constitue un élevage qu’il cède à une confrérie trente ans plus tard. On vit même des moines se faire toréros à l’époque de pépé Hillo.
III. L’Eglise et le développement de l’art taurin
C’est d’ailleurs à un ecclésiastique, Don Gregorio de Tapia y Salcedo, que se codifie avec en 1643, la publication du Traité d’équitation et diverses règles pour toréer, la tauromachie à cheval réservée à la noblesse.
Par ailleurs, le célèbre taureau de Miura, aux caractéristiques exceptionnelles, qui est encore de nos jours le prince des arènes, fut formé au départ par un prêtre, Marcelino Bernaldo de Quiros, curé de Rota, qui croisa les vaches andalouses des pères dominicains du couvent de San Jacinto, avec des toros navarais, race qui provient elle-même des moines de la Très Sainte Trinité de Carmona.
Les spectacles taurins vont donc devenir un élément central des festivités en Espagne, et se dérouleront de plus en plus sur les places publiques afin de célébrer victoires, fêtes patronales ou événements religieux. Ceci fera émerger une tauromachie pédestre et populaire, très peu réglementée, pratiquée lors des fêtes religieuses, avant que, de 1730 à 1750, la corrida ne se codifie, faisant apparaître les trois « tercios » et surtout les passes à l'aide de la muleta. Les premières arènes permanentes sont édifiées, et de semi-sauvage, le taureau devient domestique et connaît les premières sélections génétiques pour en faire un combattant adéquat, sachant que les élevages sont tenus par des religieux (Dominicains, Chartreux), même si à terme, les élevages laïcs imposeront la suprématie du taureau andalou.
IV. Saint Pie V et la bulle « De Salute Gregi Dominici »
Toutefois, devant l’engouement excessif du peuple pour l’art taurin, en 1567, saint Pie V promulguait la bulle « De Salute Gregi Dominici » qui condamnait sans appel les jeux taurins. Il était même question de les abolir et de priver de sépulture chrétienne ceux qui trouveraient la mort dans les combats contre les taureaux.
Les termes de la bulle papale étaient extrêmement clairs :
« 1-En de nombreuses villes et autres lieux, on ne cesse d'organiser des spectacles privés ou publics consistant en courses de taureaux ou d'autres animaux sauvages, destinés à faire exhibition de force et d'audace, courses qui occasionnent fréquemment des accidents mortels, des mutilations et sont un danger pour les âmes.
2- Pour Nous, donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis au cirque ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétienne, et désireux d'abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d'assurer avec l'aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes, à tous et à chacun des princes chrétiens, revêtus de n'importe quelle dignité, aussi bien ecclésiastiques que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres et quelles que soient la communauté ou la république auxquelles ils appartiennent, Nous défendons et interdisons, en vertu de la présente Constitution à jamais valable, sous peine d'excommunication et d'anathème encourus ipso facto, de permettre qu'aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités des spectacles de ce genre où l'on donne la chasse à des taureaux et à d'autres bêtes sauvages. Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages.
3- Si quelqu'un vient à y trouver la mort, que la sépulture ecclésiastique lui soit refusée.
4- Nous interdisons également sous peine d'excommunication aux clercs, aussi bien réguliers que séculiers, pourvus de bénéfices ecclésiastiques ou engagés dans les Ordres sacrés, d'assister à ces spectacle. » [4]

La religion catholique et la tauromachie on réalisé une rencontre
faisant que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise
sont devenues indissociables
Philippe II, conscient de la passion de son peuple pour la tauromachie, ne fera ni enregistrer ni publier cette bulle en Espagne, et négociera avec le successeur de saint Pie V, Grégoire XIII, qui décida finalement de lever l’interdiction pour les laïcs, bien qu ‘en 1583, Sixte V rétablira les sanctions, que lèvera de nouveau définitivement le pape Clément VII en 1596. Ainsi en Espagne, comme en France, la religion catholique et la tauromachie, même si en 1489 Tomàs de Torquemada avait condamné la corrida comme « spectacle immoral et barbare, inique et cruel », opéraient une rencontre originale, qui allait faire que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise deviendraient indissociables Si la corrida fut un temps interdite par les autorités libérales en Espagne à la fin du XVIIIe siècle, elle est de nouveau autorisée par Ferdinand VII (1813-1833) dès 1814, l’inscrivant dans sa politique de réaction conservatrice aux idées des Lumières et de la Révolution française, qui rétablie également la Sainte Inquisition, rappelle les Jésuites et supprime la franc-maçonnerie. Ferdinand VII, roi très catholique, créera même en 1830 une école de tauromachie, dont il confiera la charge à Pedro Romero, instituant une véritable culture tauromachique, indissociablement unie, protégée et bénie par l'Eglise. On vit donc s’adjoindre de façon permanente aux arènes, des chapelles, où des messes étaient célébrées avant les corridas, les toreros revêtus de leur habit de lumière, effectuant leurs dévotions, priant leurs saints tutélaires, et faisant plusieurs fois sur eux le signe de la Croix avant de pénétrer dans l'amphithéâtre, alors même que des prêtres étaient affectés aux lieux de cultes construits à l’intérieur des arènes.
V. Situation actuelle de la corrida dans un monde déchristianisé et anti-traditionnel
Manuel Laureano Rodríguez Sánchez dit « Manolete »
(1917-1947)
Blessé à mort dans les arènes à Linares par le taureau « Islero »
il repose au cimetière San Agustín de Cordoue.
Alors qu’il n’y a pas à présent en Espagne, dans un monde de plus en plus déchristianisé, une procession de reliques ou une fête religieuse qui ne soit suivie ou précédée de corridas, qu’il existe des Confréries religieuses de toreros qui portent pendant la Semaine Sainte la Vierge de la Solitude, de la Merci, de la Rosée ou des Douleurs, qu’un élevage très réputé de taureaux, près de Salamanque, a été créé par le curé de Valverde, que dans la plupart des plazas, qui possèdent une chapelle attenante, les toreros sont bénis, comme à Nîmes, par un « aumônier » des arènes, de voir s’élever avec une rare virulence hystérique contre la tauromachie, tout ce que le monde actuel compte comme personnalités anti-traditionnelles les plus représentatives (Michel Onfray, Cabu, Michel Drucker, Cavanna, Mgr Gaillot, Renaud, etc.), au nom d’une étrange conception de la morale et de la vertu, traduisant une inexplicable haine qui ressemble beaucoup, jusqu’à s’y méprendre, à un net rejet du sacré.

On pourra ainsi aimablement sourire de voir par exemple un pasteur canadien, totalement ignorant de la réalité de la tauromachie, venir tancer l’aumônier des arènes de Nîmes, en des termes ridicules, ou encore écouter les arguments des anti-corridas, qui ne brillent pas par leur niveau, dans lesquels on retrouve toutes les vieilles ficelles de l’émotionnel contemporain accompagnées des classiques clichés de la sensibilité naïve, s’appuyant sur la starisation des avocats de l’abolition et la grosse artillerie médiatique larmoyante, tout ceci soutenu par la petite musique gauchisante et moderniste bien connue, à laquelle rien ne manque pour mettre en chanson la classique mélopée des refrains anti-traditionnels.
Le plus absurde est donc d’entendre les adversaires de la corrida, alors même que tous, majoritairement l’âme sereine, consomment, ou laissent consommer, allègrement et fort silencieusement, de la viande industrielle où les animaux sont indignement traités, portent des chaussures en cuir, engloutissent en une année leur poids en viande et charcuterie, ingurgitent des poulets préalablement plumés vifs, des grenouilles dont on prélève les cuisses vivantes, des homards ébouillantés, etc., pousser contre la « barbarie » de la corrida afin de criminaliser à grand bruit et manifestations aux goûts discutables, une pratique qui ne relève ni de l’industrie alimentaire, ni de l’expérimentation médicale, mais d’un rituel qui n’est évidemment pas du « sadisme » ni la satisfaction stupide d’un plaisir sanguinaire devant la souffrance d’une bête, mais représente une des dernières manifestations occidentales encore vivantes, qui conserve un lien profond et privilégié avec la religion, exprimant la confrontation éternelle de l’homme face à la puissance indomptée et nocturne de la nature, symbolisée par le taureau, en un acte tragique pénétré d’une inquiétante beauté, où transparaît, « dans la lumière » des arènes, l’essence sacrificielle de la vie.
Notes.
[1] Le célèbre lâché de taureaux, ou « encierro », représente l'évènement le plus important et célèbre de la féria San Fermin tant prisée par Hemingway. Les encierros ont lieu tous les jour et consistent en une course de taureaux sur une des rues de la ville menant aux arènes où des centaines d'hommes courent devant ces taureaux ! Chaque après-midi, des corridas ont lieu et des parades sont organisées à travers les rues de la ville. Le 7 juillet, une procession, dont les origines remontent au 13ème siècle, attire la foule en l'honneur de Saint Firmin. Fête annuelle depuis 1591, la longue semaine de festivités célèbre Saint Firmin, patron de la Navarre, rappelle qu’au IIIe siècle, quand Pampelune faisait partie de l'Empire Romain, Saint Firmin fut converti à la chrétienté par un évêque français : Saint Saturnin venu à Pampelune prêcher l’Evangile. Saint Firmin voyagea ensuite en France pour y étudier et devenir lui-même évêque.
[2] Le Toro de la Vega est une fête importante qui commence le 8 septembre de chaque année en l'honneur de la Vierge de la Peña (rocher en espagnol) dont l'ermitage se trouve de l'autre coté de la rivière, à Tordesillas localité située à 25 km au sud-ouest de la ville de Valladolid. Le samedi soir, tous les peñas (associations) parcourent la ville avec leur fanfare et une lanterne dont la plus belle reçoit un prix chaque année. Cette manifestation rappelle les rondes de garde sur les anciennes murailles. S'ensuivent plusieurs jours de fêtes qui culminent le mardi suivant avec le Tournoi du taureau de la Vallée. Le taureau est alors défié par des hommes à pied ou à cheval, dans un rituel qui a ses propres règles et qui est unique en Espagne.
[3] l'Histoire semble démontrer que les premières courses de taureaux organisées suivant un certain rituel se sont déroulées à l'époque de la Rome impériale. Elles faisaient partie des jeux du cirque qui comprenaient plusieurs genres. On les trouvait plus exactement parmi les "venationes", autrement dit "les chasses". (Cf. Les Tauromachies européennes. La forme et l’histoire, une approche anthropologique, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1998).
[4] La bulle De Salute Gregi Dominici se poursuit ainsi :
« 5- Quant aux obligations, serments et voeux, sans exception, faits jusqu'à présent ou promis pour l'avenir par n'importe quelles personnes, par l'Université ou le Collège, concernant ces sortes de chasse de taureaux, même lorsqu'elles ont lieu, par suite d'une fausse piété, en l'honneur des saints ou à l'occasion d'une solennité ou fête ecclésiastique quelconque, qu'il faut au contraire honorer et célébrer par des louanges, des réjouissances spirituelles et des oeuvres pies et non par ce genre de spectacles, Nous les interdisons absolument, les cassons et les annulons et, suivant les cas, jugeons et proclamons à jamais qu'on doit les considérer comme sans effet et non avenus.
6- Nous ordonnons à tous les princes, comtes et barons feudataires de la Sainte Eglise Romaine, sous peine de la privation de leurs fiefs qu'ils ont reçus de l'Eglise elle-même, et Nous exhortons dans le Seigneur les autres princes et seigneurs chrétiens et leur ordonnons en vertu de la sainte obéissance par respect et pour l'honneur du saint Nom de Dieu, d'observer strictement toutes les choses prescrites ci-dessus, en leur promettant une magnifique récompense de Dieu en retour d'une si bonne oeuvre.
7- Nous ordonnons, en outre, à tous nos vénérables frères, patriarches, primats, archevêques et évêques, et aux autres ordinaires des lieux, en vertu de la sainte obéissance, sous peine de jugement divin et de la condamnation à l'éternelle malédiction, de publier suffisamment dans leurs villes et diocèses respectifs la présente lettre et de faire observer les dites prescriptions également sous les peines et censures ecclésiastiques. » [Bullarium Romanum, Titre VII, La Documentation catholique, 1935].
Bibliographie :
Corridas : d’or et de sang, Marine de Tilly, éditions du Rocher, 2008.
Ethique et esthétique de la corrida, numéro spécial de la Revue critique, Editions de Minuit, 2007.
Philosophie de la corrida de Francis Wolff, Histoire de la Pensée, Fayard, 2007.
Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Élisabeth Hardouin- Fugier, Connaissances et savoirs, 2005.
Michel Leiris, l’écrivain matador, Annie Maillis, L’Harmattan, 2000.
Sang et lumière, Joseph Peyré, Grasset, 1935.
Mort dans l'après-midi , Ernest Hemingway, Gallimard, 1932.
Les Bestiaires, Henry de Montherlant, 1926.
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jeudi, 28 mai 2009
Le saint temps des pèlerinages et des processions
Une tradition combattue par la Révolution française


Toute procession, si minime soit-elle, relève,
suppose, une volonté intérieure de conversion
et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies

En cette période du temps liturgique, on constate que se conserve heureusement, en particulier dans les campagnes mais pas seulement puisque Pentecôte est le moment par excellence de son expression lors de l’habituel Pèlerinage de Chartres, une tradition ancestrale que la Révolution française voulut abolir et qui suscite parfois chez nos contemporains de l’étonnement, mais qui pourtant demeure inscrite au cœur même de notre vie religieuse et fut sauvée de haute lutte, à savoir la pieuse marche des pèlerins à travers les champs et les campagnes pour se rendre dans les sanctuaires vénérés.
Comme la plupart des rites, les pèlerinages et les processions participent d’une relation qui relève de la sainte mémoire avec les lieux, les saints et les monuments, et rythment harmonieusement la succession des mois et des saisons au sein de l’année. C’est pourtant cet immémorial ordre des choses que l’on voulut détruire avec une rage démentielle, et qui réussira à survivre à la folie antichrétienne de la République, mais qu’une modernité impie, héritière des idées destructrice de 1789, corruptrice par sa haine des éléments essentiels de la vie spirituelle, serait toutefois en passe de faire disparaître si ne se maintenait pas chez certains, une ferme volonté de perpétuer et poursuivre l’antique dévotion catholique.

Partir en pèlerinage n'est pas un acte liturgique comme un autre
I. Nature du pèlerinage
Il existe des processions dans pratiquement tous les rites religieux, de l'Antiquité à nos jours. Comme l’écrit Myriam Fertet-Boudriot : « Les pèlerinages sont des activités rituelles qui nous poussent à nous rendre sur des lieux de dévotions. Ils comportent de nombreuses processions rituelles en rapport avec ce que l’on appelle la « piété populaire » : processions en l'honneur des saints, processions mariales, processions aux flambeaux, chemins de croix, etc. On songe par exemple aux processions qui couronnent en beaucoup d’endroits les fêtes de l'Assomption. Partir en pèlerinage n'est pas d’abord un acte liturgique comme un autre, c'est, plus profondément, l’acceptation d’un départ. Partir, c'est se mettre en mouvement vers des lieux qui ont pour nous une signification spirituelle. Toute procession, si minime soit-elle, relève, au fond, de la démarche du pèlerinage. Elle suppose une volonté intérieure de conversion et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies. » [1]


Le pèlerinage et la procession constituent donc une des composantes fondamentales de la piété catholique. La montée du protestantisme avec sa tendance vers une spiritualité plus intériorisée sembla menacer ces manifestations extérieures de la foi, puisqu’aux yeux de certains théologiens, le pèlerinage faisait au contraire obstacle au contact avec le divin par un inutile, pour ne pas dire impur détour via le monde du sensible. Telle fut, par exemple, l’attitude de la Réforme face aux pèlerinages catholiques du XVIe siècle [2].
II. Le rappel du Concile de Trente
Or, le Concile de Trente (1545-1563) préconisera au contraire la vénération de la Vierge et des saints à travers les images [3] et les reliques ou par le biais des pèlerinages. Ainsi la pratique religieuse populaire insuffla une nouvelle vie aux nombreux lieux de pèlerinages marials, ce qui allait profondément marquer la piété jusqu'au siècle des Lumières. Par exemple, vers 1552, saint Philippe Neri, (1515-1594) ordonné prêtre, proposa à tous un usage qui lui était familier, celui de visiter en deux jours, soit treize heures de marche, Saint-Jean-de-Latran (qui rappelait le patriarcat de Rome) et les quatre basiliques patriarcales, en un tour du monde idéal, ainsi impliqué dans un pèlerinage pénitentiel ; avec deux étapes supplémentaires : Saint-Sébastien, très cher au cœur de Philippe, et Sainte-Croix.[4]

Toutefois, l'époque de la Contre-Réforme catholique et le renouveau ecclésial qui avaient suivi le Concile de Trente, portent surtout l'empreinte de la spiritualité d'Ignace de Loyola (+1556) [5], le fondateur de la Compagnie de Jésus, dont la vision allait durablement influencer la culture religieuse du XVIIIe siècle. Tout ce dont les Réformés s'étaient défait avec incompréhension et ardeur aveugle, parce que cela choquait leur spiritualité ou leur idéal de pureté, Ignace l'enseigna en le replaçant dans le contexte plus vaste du mystère de l'Incarnation. Son activité et son influence étaient marquées de son acceptation évidente des aspects visibles de l'Église du Christ. Selon lui les cérémonies liturgiques, la décoration picturale et l'ornementation des églises, les pèlerinages et les processions constituaient le côté visible de l'Église. Ignace insistait de ce fait pour que l'on ne parlât pas uniquement de la foi, mais également de la contribution humaine sur le plan du salut. A plus d'une occasion il se référa à la vieille doctrine de l'Église qui tient compte à la fois de Dieu et de la personne humaine, de la grâce divine et de la nature. Il ne visait pas la restauration de l'Église primitive, mais sa renaissance intérieure et son renouvellement dans un esprit religieux et ecclésial.
III. Le temps de la Révolution satanique
Mais la menace la plus grave qui s'abattit sur ces bienfaisantes dévotions, fut celle de la Révolution française, qui chercha à définitivement supprimer ce qui existait depuis des siècles, interdisant sur l’ensemble du territoire et dans les plus minuscules recoins du pays toutes les activités religieuses publiques qui, selon les fous qui s’étaient emparés du pouvoir politique, « menaçaient » le nouvel ordre laïque et républicain, brisant les statues, brûlant les vierges noires qui étaient vénérées depuis des siècles par les populations. Ainsi, la période révolutionnaire marqua la fin des grands pèlerinages populaires, et l’abbaye du Mont Saint Michel, par exemple, sera transformée en prison dès 1793, et le restera jusqu’en 1863.

Il faudra donc attendre la fin de l’orage révolutionnaire, alors que les sanctuaires avaient été dévastés, les chapelles incendiées ou transformées, dans le meilleur des cas, en greniers ou prisons, le clergé assassiné et dispersé par la Convention, pour qu’émergent de nouveau les pèlerinages et les processions. De la sorte, la dévotion aux anciens sanctuaires qui se manifesta lentement au début du XIXe siècle, après les sombres années où Satan régnait en maître sur la France, sera de nouveau autorisée officiellement en 1821 sous Louis XVIII, et à Chartres c’est par un grand pèlerinage en 1873, puis un autre en 1876, que resurgit enfin de la parenthèse révolutionnaire le grand élan dévotionnel qui subsiste encore magnifiquement de nos jours. Enfin Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont le premier eut lieu en 1891.
Notes
[1] Myriam Fertet-Boudriot, Processions, Union Sainte Cécile – Strasbourg, Caecilia 4/2003.
[2] Il faut reconnaître que née de la vénération des tombeaux des martyrs, la multiplication des reliques donna lieu à quelques abus manifestes et les critiques, notamment de Calvin qui en 1543 dans le Traité des reliques dénonça la multiplication des mêmes objets dans des endroits différents (14 clous de la Croix, 4 couronnes d'épines), n’étaient pas toutes infondées. En effet si au début, les églises comptant des martyrs envoyaient gratuitement des reliques à celles qui n'en avaient pas. Les besoins augmentant, les églises occidentales enverront à Rome, du VIe au IXe s., des centaines de pèlerins qui achèteront les ossements (de chrétiens anonymes ou sans notoriété), retrouvés en masse dans les catacombes. Ainsi, après le IXe s., on exigea de plus en plus de reliques de saints célèbres (ossements ou autres souvenirs). Les croisades provoquent un nouvel afflux de reliques et un trafic florissant. A l'abbaye bénédictine de Corbie (Somme), on trouvait ainsi des reliques de Jésus (sang, cheveux, morceaux de son cordon ombilical, de la crèche, de sa serviette d'enfant, de sa croix, de son tombeau et de ses vêtements, des pains multipliés au désert) ; de la Vierge (gouttes de son lait, cheveux, morceaux de son manteau et de son voile ; 1 morceau de voile est conservé à St-Jacques de Compiègne) ; de St Pierre (cheveux et barbe, fragments de sa croix, sandales, table, poussière de son tombeau) ; de Marie-Madeleine (cheveux et parfums) ; de Zacharie, père de Jean Baptiste (os) ; de Jean Baptiste (vêtements) ; de Noé (poils de barbe) ; des Rois mages rapportées à Cologne par Frédéric Ier Barberousse en 1164. Selon Jacques Collin de Plancy (1793-1881) [Dictionnaire des reliques, 1821-22], les ossements dispersés dans les églises permettraient de reconstituer les squelettes de plusieurs centaines de milliers de saints. (On a recensé par exemple pour St Blaise 8 bras, St Pierre 32 doigts, St Matthieu 11 jambes, St Léger 10 têtes, St Étienne 8 têtes. Le corps de St Antoine de Padoue est à Padoue avec un bras supplémentaire à Lisbonne et un autre à Venise. Ste Agnès a 3 corps : à Rome, Monresa (Catalogne) et Utrecht, 1 tête à Rouen et des os à Anvers et Bruxelles. Lazare : Marseille, Avallon, Autun prétendaient avoir son corps. De Judas (qui n'était pas un saint), on présenta des reliques à Florence, St-Denis et Aix-en-Provence (les deniers contre lesquels il vendit le Christ), à Rome (sa lanterne et sa tasse), à Amras (un morceau de la corde avec laquelle il se pendit), etc.
[3] Pour reprendre le raisonnement de Jean de Damas (8e siècle), c'est par le truchement de l'image qu'on vénère l'original, c'est-à-dire la Vierge ou les saints à qui l'on adresse prières, invocations et actions de grâce. « L'être humain à la recherche du sens ultime est en même temps en partance vers des figures concrètes qui lui illustrent ce sens de façon visible et palpable. Bien sûr, le mystère reste toujours plus grand que sa représentation. Il nous est impossible de confirmer le divin dans une quelconque matière terrestre, mais nous découvrons que le Verbe incarné nous est devenu plus humain que s'il était resté à jamais l'éternel Souverain à l'horizon le plus éloigné de notre entendement. » (Mgr. Klaus Hemmerle, Aix-la-Chapelle).
[4] « Philippe et ses fidèles se retrouvaient à Santa Maria della Vallicella, pour ainsi dire chez Philippe. De là, ils se rendaient à Saint-Pierre, et c’était une étape préparatoire, qui rappelait le parcours du cénacle à Gethsémani. À Saint-Pierre commençait le chemin proprement dit : de Saint-Pierre à Saint-Paul on méditait sur la sueur de sang au jardin des Oliviers et sur la marche de Jésus vers la maison du grand prêtre ; de Saint-Paul à Saint-Sébastien on méditait sur le parcours de Jésus de la maison du grand prêtre à celle du chef du sanhédrin et sur la flagellation ; de Saint-Sébastien jusqu’à la halte-rafraîchissement, on méditait le parcours de la maison de Caïphe au prétoire de Pilate et le couronnement d’épines ; de la pause à Saint-Jean, la Passion ; de Saint-Jean à Sainte-Croix, le parcours du prétoire de Pilate au palais d’Hérode ; de Sainte-Croix à Saint-Laurent, celui du palais d’Hérode au prétoire de Pilate et la condamnation à mort ; de Saint-Laurent à Sainte-Marie-Majeure, le parcours du prétoire de Pilate au calvaire et l’ultime effusion de sang. » [Cf. Les sept églises : un parcours symbolique ]
[5] Ainsi dans son autobiographie, récit de sa vie jusqu'en 1538, saint Ignace se désigne à plusieurs reprises comme pèlerin. Selon sa propre conception, ce qualificatif ne s'applique pas seulement au pèlerin en Terre sainte qu'il fut réellement, mais aussi à celui qui considérait à juste titre son cheminement vers Dieu comme le grand pèlerinage de sa vie. Sa disponibilité croissante pour être à l'écoute de Dieu et pour se laisser guider par lui traverse comme un fil rouge toutes les péripéties et les difficultés de son existence. Or, son livret d'exercices spirituels nous renseigne sur l'importance que l'invocation de Marie a revêtue aux moments décisifs de son existence. Dans la spiritualité ignatienne, l'imitation parfaite de Jésus passe par l'invocation de Marie.
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