mardi, 29 septembre 2009
René Guénon et la corruption du catholicisme
ou la sinistre stratégie de la gnose guénonienne
René Guénon (1886-1951) n’eut de cesse de tromper
les catholiques avec qui il collabora,
pour mieux diffuser le poison de ses théories occultistes,
tout ceci au nom d’une prétendue défense de la "Tradition".
![BaphometintheSun[1].jpg](http://la-question.hautetfort.com/media/01/02/430433868.jpg)
La critique catholique, depuis les premiers livres de Guénon,
a été la dénonciation du caractère gnostique et syncrétiste
de cette pensée antichrétienne par essence !
René Guénon (1886-1951) possède une caractéristique rare, celle d’attirer à lui les constructeurs de belles légendes. L’une des plus tenaces, pourtant radicalement fausse, consiste à voir en lui un ami du catholicisme et de l’Eglise. Or, rien n’est plus inexact et erroné que cette avantageuse présentation entretenue et bâtie par de dévots disciples du soufi cairote.
En effet, Guénon, qui s’introduisit dans les milieux catholiques pour mieux les corrompre, fut toujours convaincu du caractère périphérique et incomplet de la religion chrétienne. Pour lui, seule l’Inde était porteuse des critères véritables de la fort suspecte « Tradition primordiale ». Il n’eut donc de cesse de tromper ceux avec qui il collabora, pour mieux diffuser le poison de ses théories syncrétiques, tout ceci au nom d’une prétendue défense de la Tradition, ceci recouvrant en réalité une entreprise systématique ayant pour but de soumettre l’Occident aux principes doctrinaux de l’occultisme.
I. Une stratégie mensongère

Le discours de Guénon
est porteur des classiques scories occultistes
Fort justement, analysant la perception des milieux catholiques à l'égard de Guénon, Marie-France James avait déjà noté la duplicité du discours affiché porteur en réalité des classiques scories occultistes :
- « Guénon, avec plus ou moins de bonne foi, a joué pendant longtemps la carte de la fausse représentation en masquant aux yeux de ses proches et amis catholiques ses affiliations déterminantes et irréversibles au soufisme moniste dans la ligne de Mohaddyn Ibn Arabi et à la maçonnerie écossaise dans le cadre de la Grande Loge de France ; que l'on songe à sa famille, à Abel Clarin de la Rive, directeur de la France chrétienne antimaçonnique à laquelle Guénon collabora avant la première guerre mondiale et dont il avait prévu qu'il hériterait de la direction, à Noële Maurice-Denis avec qui il demeurera en étroit contact pendant près de dix ans, à Olivier de Frémond avec qui il entretiendra une correspondance suivie jusqu'à la fin des années 30, à Louis Charbonnau-Lassay etc.
Mais les plus perspicaces n'ont pas été dupes longtemps - sinon jamais - de l'orientation fondamentale de l'œuvre et du projet guénoniens qui tendaient à rien moins qu'à relativiser la personne du Christ et la radicale nouveauté de la Révélation judéo-chrétienne et à réinterpréter la doctrine et la tradition chrétiennes à la lumière des principes ésotérico-occultistes. Ce qui explique que l'une des constantes de la critique catholique ait été la dénonciation du caractère gnostique et syncrétiste de l'œuvre guénonienne jugée par là inconciliable avec la véritable perspective chrétienne. (...) Nous nous devons de reconnaître que cette analyse-critique vise juste quant à l'essentiel, c'est-à-dire quant à l'identification des fondements mêmes de l'œuvre guénonienne et à sa radicale incompatibilité avec la Révélation chrétienne. » [1]
D’ailleurs, en écho à ce qu’expose justement Marie-France James, s’il est un personnage qui, dans la mouvance catholique aurait pu à bon droit se sentir singulièrement trahi, trompé et floué par Guénon, c’est bien Abel Claren de la Rive (1855-1914), qui assuma la direction de la France chrétienne antimaçonnique [2]. Ce membre de la Société des études historiques dont l’itinéraire mérite d’être connu, ne fut pas simplement le polémiste peu inspiré que certains ont voulu complaisamment nous présenter.
II. Un double jeu scandaleux
Pendant la période qui s’étendit de 1887 à 1898, Clarin de la Rive se lança dans une étude très précise des sociétés secrètes musulmanes en Afrique du Nord, investigations qu’il fait paraître sous le nom de A.D. Rioux. C’est à l’occasion, en 1908, de son exclusion de l'Ordre Martiniste fondé par Papus, que Claren de la Rive approcha pour la première fois René Guénon qui signait de son titre d’évêque gnostique « Sa Grâce Palingénius », secrétaire général de l’Eglise gnostique de France et directeur de la Gnose, lui proposant d’envoyer ses analyses dans la France chrétienne antimaçonnique afin qu’il puisse effectuer, s’il le souhaitait, des clarifications ou mises au point sur plusieurs sujets et désaccords à l’égard des positions de ces anciens amis qui prendra, préalablement, la forme d’une lettre de protestation des « excommuniés » de l’Ordre papusien (J. Desjobert, R. Guénon, A. Thomas), la Loge Humanidad n° 240 décrétant quant à elle dans sa tenue extraordinaire du 6 juin 1909 une sentence de « perte des droits maçonniques et d’expulsion définitive de la Maçonnerie » et de son côté le Souverain Sanctuaire d’Allemagne procédant à une annulation des patentes de 30e et 90e qui avaient été remises.

René Guénon hypocritement catholique
était encore profondément lié
au milieu des loges
Cependant, alors que Claren de la Rive était en quête d'un collaborateur régulier connaissant bien les positions faussées de l’ésotérisme afin de mieux en dénoncer les grossières désorientions, mais totalement ignorant du double jeu de René Guénon qu’il croyait être redevenu un parfait catholique ayant définitivement « tourné le dos à la Maçonnerie » alors qu’il était encore profondément lié au milieu parisien des arrière-loges, il l’engagea à la France chrétienne antimaçonnique lors de l'été 1913, et lui offrit une tribune exceptionnelle, que s’empressa d’utiliser Guénon qui allait publier, par ce canal inespéré, nombre de textes sous le pseudonyme du « Sphinx », et ce jusqu'à la disparition de la revue consécutive à la mort de Claren de la Rive en 1914, et dont il fut même un temps regardé comme le possible successeur à la direction de l'hebdomadaire devenu, entre temps, la France antimaçonnique, ce qui aurait amené une des figures les plus représentatives du monde de l’occulte à diriger l’organe par excellence de la « bonne pensée » catholique.
III. Abel Claren de la Rive et la « France chrétienne antimaçonnique »

A compter de 1893, Abel Claren de la Rive choqué par les découvertes réalisées en étudiant les thèses des milieux de
l’ésotérisme, commença à envoyer des articles critiquant les activités de la franc-maçonnerie à divers journaux religieux (la Croix de Paris, la Croix de Reims, la Croix des Ardennes), signant simplement « Un Profane » ou encore « F.. X.. », se distinguant surtout dans la Revue complémentaire du Diable par de vigoureuses attaques contre Jules Bois sous le pseudonyme de « Rhémus », puis, par des papiers sévères envoyés au Peuple français, à l’Avenir de Reims, la Revue nouvelle, à l'Echo de Rome et au Rosier de Marie. C’est à la suite de la diffusion de ces textes qu’il rencontrera l'archevêque de Reims le cardinal Langénieux, observateur attentif de la franc-maçonnerie disposant d'une bibliothèque fort documentée, lié aux co-directeurs de la Franc-maçonnerie démasquée, les abbés Gabriel de Bessonies et Henri Joseff.

« En premier lieu arrachez à la Franc-maçonnerie
le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu’elle est »
Ainsi, avec l’aide de Louis Lechartier, Claren de la Rive, déjà bien introduit dans le monde religieux catholique qui combattait les idées
occultistes, publiera alors La femme et l'enfant dans la Franc-maçonnerie universelle (1894) ainsi que le Juif et la Franc-maçconnerie (1895), et prit la successions du faussaire Léo Taxil (1854-1907), qu’il ne ménagea pas de ses virulentes critiques devant son mensonge avéré, à la direction de la France chrétienne antimaçonnique en janvier 1896 (revue qui portait en exergue la déclaration de Sa Sainteté Léon XIII tirée de l’Encyclique Humanum Genus publiée le 20 avril 1884 : « En premier lieu arrachez à la Franc-maçonnerie le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu’elle est »), direction qu'il conservera jusqu'à sa mort en juillet 1914.
IV. Un occultiste déguisé sous le masque catholique
Ce que l’on ignore, ce que témoignant d’un art consommé de la dissimulation dont seul il était capable, et alors qu’il s’affichait comme l’une des plumes les plus aiguisées et féroces dirigées contre la franc-maçonnerie et l’occultisme, Guénon continuait, comme si de rien n’était, à fréquenter les salons, groupes et cercles ésotériques parisiens les plus divers, et il est fort probable, à court terme, qu’il ait été désigné, lui qui venait de se faire un an plus tôt soufi musulman et recevoir au sein de la Loge Thebah de la Grande Loge de France, pour succéder
N’oublions-pas que peu après son rattachement à l'ésotérisme islamique, René Guénon se mariait comme si de rien n’était avec Berthe Loury, jeune fille blésoise qu'il avait connue chez le chanoine Gombault. D’ailleurs un peu plus tard, en Sorbonne, il rencontre Noëlle Maurice-Denis Boulet, étudiante catholique qui l’invite aux jeudis parisiens consacrés à des « réunions méta-philosophiques » avec des camarades de l'Institut catholique. Noëlle Maurice-Denis Boulet, qui croyait naïvement à la sincérité des convictions affichées par ce grand dissimulateur et manipulateur qu’était Guénon, de le présenter au cercle néo-thomiste de l'Institut catholique dont le doyen, Émile Peillaube, avait fondé La Revue de philosophie.
L’incroyable, c’est qu’à partir de 1919, René Guénon va donner des « comptes rendus » et plusieurs articles sur divers sujets à la revue du Père Peillaube, toujours en affichant un vernis faussement catholique ; ainsi seront publiés des textes ayant pour titre : « Le théosophisme », « La question des mahatmas », « Théosophisme et franc-maçonnerie », poursuivant une collaboration active qu'il accordera, jusqu'en 1923.
V. Le loup au sein de la Revue universelle du Sacré-Cœur
Mais le plus extraordinaire est à venir. Une nouvelle revue : « Regnabit, Revue universelle du Sacré-Cœur », paraît en juin 1921,
sur l'initiative du Père Félix Anizan (1878-1944), oblat de Marie Immaculée, apôtre de la dévotion et de la doctrine du Sacré-Coeur, auteur d'innombrables ouvrages sur ce sujet. Persuadé que « le Sacré-Coeur n'a pas dans la vie chrétienne, dans la pensée catholique, la place qui lui revient », il juge nécessaire de fonder une revue scientifique traitant ce thème à tous points de vue : dogmatique, moral, ascétique, mystique, liturgique, artistique et historique. Il réalise son projet avec la collaboration du centre de dévotion au Sacré-Coeur de Paray-le-Monial et parmi les premiers collaborateurs d'Anizan se trouvent de très grands théologiens comme le jésuite Augustin Hamon - à l'époque le spécialiste de la mystique du Sacré-Coeur - le bénédictin dom Demaret de l'abbaye de Solesmes, l’oblat Émile Hoffet (1873-1946), Gabriel de Noaillat, secrétaire du Centre de Paray-le-Monial, le futur monseigneur Léon Cristiani (1879-1971), ainsi que le secrétaire du centre de Paray-le-Monial, Gabriel de Noaillat. La revue paraît sous les auspices d'un comité patronal composé par le cardinal Louis-Ernest Dubois (1865-1929), archevêque de Paris, et quinze prélats de tous les continents, parmi lesquels nous trouvons dom Gariador, l'Abbé général de la Congregazione Benedettina Cassinense. L'approbation ecclésiale de la revue sera ensuite confirmée le 10 mars 1924 par une Bénédiction apostolique spéciale - où étaient exprimés les félicitations et l'encouragement - envoyée à la rédaction de Regnabit par le Secrétariat d'État de Pie XI et signée par le cardinal Pietro Gasparri.

Guénon pensait pouvoir démontrer
par ses articles sur le Sacré-Cœur
que le symbole du « Cœur »
se rattache à la « Tradition primordiale »
Or, ce diable de Guénon, réussira usant d’une hypocrisie sans nom, à faire publier plusieurs articles dans Regnabit. René Guénon avait fait connaissance avec Olivier de Frémond (1850-1940), membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest, grâce auquel Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946) entra en contact avec Guénon. Par le truchement de Louis Charbonneau-Lassay, René Guénon devient collaborateur de Regnabit, en publiant, comme première contribution à la revue, dans le numéro d'août-septembre 1925, une étude sur la signification du cœur dans les traditions préchrétiennes.
Ne faisant jamais référence dans Regnabit à ses propres ouvrages consacrés aux doctrines hindoues, et pour cause, alors que d'une façon générale c'est dans ces doctrines que son enseignement prenait surtout son point d'appui, Guénon pensait pouvoir démontrer par ses articles sur le Sacré-Cœur que le symbole du « Cœur » se rattache à l'unique « Tradition primordiale » placée à la source du symbolisme universel dont les diverses traces témoignent de la permanence et de la vérité de cette influence traversant l'ensemble des mythes et civilisations, formant, de manière certes voilée mais cependant aisément décelable par une étude attentive, un noyau commun unissant dans une même origine, dont la désignation en tant que « Christ-Principe » ou même de « Verbe » aura pu abuser de nombreux lecteurs catholiques, est cependant très loin de correspondre à ce que représente effectivement Jésus-Christ pour les chrétiens.
Les réactions ne se firent pas attendre, en particulier d’un certain nombre d’intellectuels catholiques choqués par les propos de Guénon, dont principalement Jacques Maritain (1882-1973) et l'abbé Lallement (1892-1977), qui exigent la mise à l’écart de l’occultiste qui, de toute évidence, se sert de Regnabit comme d’une tribune pour répandre le venin de ses théories faussées.
Conclusion
Acculé et démasqué, en mai 1928, Guénon donne sa démission de la « Société du Rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur », et expose le 8 juin, dans une lettre de douze pages envoyée à Louis Charbonneau-Lassay qui est chargé de s’en faire l’émissaire et en restera pour le moins incrédule, toute sa « rancœur » à l’égard de l’abbé Anizan, de la revue Regnabit et surtout vis-à-vis de l’Eglise catholique en des termes ahurissants, allant jusqu’à se faire menaçant déclarant, si l’on prétendait empiéter sur les domaines dont il a « autorité » et « qu’il représente » (sic) : « [on doit] se méfier de ce que [René Guénon] peut avoir en réserve.»

« Quant à une position religieuse,
je n'ai pas à en avoir,
puisque je ne me place nullement à ce point de vue. »
Le Père Anizan, profondément ébranlé et stupéfait, sensibles aux réactions négatives suscitées par les articles signés par Guénon dans l'organe de la « Société du Rayonnement Intellectuel du Sacré-Cœur », fut tout de même soucieux de connaître quelles étaient les convictions religieuses effectives de son collaborateur, ce qui était bien la moindre des choses pour quelqu'un qui, écrivant dans la Revue Universelle du Sacré-Cœur éditée en collaboration avec le centre de Paray-le Monial, placée sous le patronage du cardinal Dubois, et figurait en tant que membre officiel de son Comité de rédaction.
Il reçut non sans étonnement, par l'intermédiaire de Chabonneau-Lassay, cette déclaration définitive de la part de Guénon qui, comme nous le savons, méprisait profondément la religion puisqu’il regardait cette dernière comme une simple expression exotérique superficielle et incomplète d’une vérité ésotérique cachée : « Quant à une position religieuse, je n'ai pas à en avoir, puisque je ne me place nullement à ce point de vue. » [3]
La seule question qui mérite d’être posée en conclusion est donc celle-ci : comment accepter et tolérer qu’une doctrine aussi malsaine et dévoyée, qui regarde la religion fondée par Jésus-Christ comme un simple lien social en niant son aspect salvifique sacramentel et transcendant affirmant : « la religion ne relie les hommes que dans le sens social » [4], puisse encore, pour certains esprits puissamment aveuglés, prendre autorité sur le christianisme, alors même que tous ses fondements sont en radicale opposition avec l’enseignement de l’Eglise ?
René Guénon sut se faire ondoyant et flatteur à l’égard du catholicisme, alors même qu’il le regarda toujours avec un certain dédain comme une
forme exotérique vidée de son ésotérisme depuis le XIIIe siècle, dérivée et dépendante de l’authentique Tradition, et déclara hypocritement, alors qu’il n’y croyait pas le moins du monde [5], que sous sa forme occidentale cette illusoire « Tradition primordiale » est extérieurement représentée par le catholicisme. Ainsi, selon lui, dans le catholicisme se sont maintenus les éléments de la Tradition en Occident, ceci devant s’entendre, ne nous y trompons surtout pas, au titre des éléments de la Tradition caïnique babélienne non-chrétienne, et uniquement en fonction des possibilités que le catholicisme porterait en lui-même de les "revivifier".
Ainsi, soutiendra-t-il, dans un sens pragmatique et simplement tactique, toute tentative « traditionaliste » qui ne tiendrait pas compte du catholicisme est inévitablement vouée à l’échec, par manque de base, base indispensable à tout espoir de « rétablissement ». Telle est la raison de l'intérêt, fort limité et superficiel du reste, que Guénon porta au catholicisme. De ce fait le catholicisme, ce qui n’a pu tromper et ne trompe encore que les crédules et naïfs lecteurs de La Crise du monde moderne [6], non perçu dans son essence divine et l’Eglise ignorée dans son caractère surnaturel, caractère absolument non comparable et non identifiable avec les autres formes religieuses de l’humanité d’avec lesquelles elle se distingue totalement, sont réduits à une pure vision administrative, localisée, exotérique et sociale de la Tradition dans l’esprit de Guénon, ce qui est proprement inacceptable.
On le comprend aisément, combattre Guénon, mettre en lumière ses funestes théories démoniaques, c’est éviter que des âmes sincères trompées et abusées par les propos séduisants que l’occultiste Guénon dirigea contre le monde moderne, ne se laissent infecter par des thèses absolument incompatibles avec la Foi de l’Evangile et l'enseignement de l'Eglise.
Notes.
1. M.-F. James, Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, NEL, 1981, p. 15.
2. Abel Claren de la Rive, s’engagea tout d’abord dans des travaux d’érudition qui l’amenèrent à publier une Histoire épisodique de la Bourgogne (1881), puis une Histoire générale de la Tunisie depuis 1590 avant Jésus-Christ jusqu’en 1883, étude monumentale dont il sera récompensé en étant reçu en tant qu’officier dans l'ordre du Nichan-Iftikar, signant, quelques années plus tard, un Dupleix ou les Français aux Indes orientales (1888). Toutefois, passionné par l’occultisme, alors même qu’il avait fait paraître sous la forme d’un premier roman, Une Date fatale (1881), une vigoureuse dénonciation du spiritisme, il allait de nouveau, sous le pseudonyme du Cheikh Sihabil Klarin M'Ta El Chott, diffuser un nouvel ouvrage relativement surprenant, Ourida (1890), dans lequel était décrite l'histoire d'une « Petite Rose » placée sous les auspices de l'archange Gabriel autour de laquelle s’entrecroisaient et s’opposaient, successivement, des éléments spirituels chrétiens, musulmans et maçonniques. A la même date, et sous le même pseudonyme, il réalisera un Vocabulaire de la langue parlée dans les pays barbaresques — coordonné avec le « Koran » (1890), œuvre importante portant sur les idiomes linguistiques de l’Egypte, du Maroc, de la Tunisie et de la Turquie, se penchant plus particulièrement sur les rites, sectes et confréries religieuses de l'islam, et s’immergeant à ce point dans la tradition musulmane qu’il déclarera, un peu plus tard, à l'abbé Gabriel de Bessonies (1859-1913), que les domaines touchant à ces sujets lui étaient à cette époque si connus que beaucoup imaginaient qu’il fût réellement un authentique disciple de Mahomet.
3. Lettre à Charbonneau-Lassay, 8 juin 1928.
4. R. Guénon, La religion et les religions, La Gnose, sept.-oct. 1910.
5. Sa lettre à Julius Evola datée de 1944, citée dans « René Guénon : un ésotériste antichrétien ! », témoigne éloquemment de la duplicité de Guénon sur la question du rétablissement de la Tradition par le catholicisme : « Vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais pour des raisons qu’il ne m’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette, et a eu pleinement le résultat (négatif) que j’attendais. » (Lettre à Julius Evola, 1933).
6. R. Guénon, La Crise du monde moderne, ch. II, « L’opposition de l’Orient et de l’Occident », ch. V, « L’individualisme ».
11:02 Publié dans Esotérisme | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : religion, esotérisme, catholicisme, eglise |
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vendredi, 04 septembre 2009
René Guénon : un ésotériste antichrétien !
ou
la nature ténébreuse et
corruptrice de la gnose guénonienne


On est loin de se douter, abordant la pensée de René Guénon (1886-1951), que nous nous trouvons en
présence de l’un des plus redoutables adversaires contemporains du christianisme et de l’Eglise. Beaucoup même, se sont laissés abuser, ont été profondément dupés par certaines de ses déclarations avantageuses en apparence, et considèrent, dans leur candide naïveté, que Guénon contribua à « faire des chrétiens ».
Or, les chrétiens éventuels qu’aurait « fait » Guénon, sont tous des êtres devenus, peu à peu mais inexorablement, étrangers à leur propre Tradition, car infectés par les germes corrupteurs d’une théorie foncièrement mensongère, imprégnée, bien plus qu’on ne l’imagine, d’une gnose occultiste fort éloignée de l’enseignement de la Révélation. En effet, Guénon rejette avec vigueur l’idée que le christianisme puisse représenter l’unique voie de Salut, et subordonne, de façon inacceptable, la Révélation à une fallacieuse « Tradition primordiale » d’origine cosmique et babélienne.
I. Une stratégie mensongère
Dans un premier temps, l'intention de Guénon, comme il l'exposa tout d'abord dans l'Introduction générale à l'étude des doctrines
hindoues (1921), puis dans Orient et Occident (1924), était que puisse s'opérer un redressement de l'Occident par les lumières de l'Orient. « Pour Guénon, remarquait Marie-France James, il ne s'agit pas, de toute évidence, d'une simple "entente philosophique" entre l'Orient et l'Occident mais d'un redressement et même d'une complétude de la tradition occidentale, prenant sa source à la plus pure et invariable métaphysique qui, pour des raisons de fait tenant à l'âge sombre du kali-yuga, est conservée et réalisée dans le seul Orient au sein de l’Aggartha. [1]
Nous sommes là en présence d'un renversement de perspective : il ne s'agit plus d'apporter la Révélation judéo-chrétienne à la Gentilité, mais d'éclairer cette révélation, d'en dévoiler le sens caché, d'en permettre le plein épanouissement, à la lumière des doctrines maîtresses de l'Orient.» [2]
Mais ensuite, l'idée cachée de Guénon, sera bien celle d'une incorporation, d'une « intégration » de la tradition occidentale au sein de la
tradition orientale, d'une véritable « absorption » par laquelle elle sera dissoute et retournera à sa prétendue « source » afin que puisse s'accomplir l'ultime « retour aux origines » préfigurant la fin de l'actuel Manvantara et le surgissement d'un nouveau qui s'engagera, à son tour, dans un mouvement cyclique divisé en différents âges ou périodes, et ceci éternellement.
D’ailleurs, étayant et confirmant sa conviction, ainsi que justifiant la terrible destination qui lui est réservée, le jugement dépréciatif de Guénon à l'égard du christianisme ne souffre d'aucune ambiguïté :
- « (...) en dépit des origines initiatiques du christianisme, celui-ci, dans son état actuel, n'est certainement rien d'autre qu'une religion, c'est-à-dire une tradition d'ordre exclusivement exotérique, et il n'a pas en lui-même d'autres possibilités que celles de tout exotérisme ; il ne le prétend d'ailleurs aucunement, puisqu'il n'y est jamais question d'autre chose que d'obtenir le "salut". Une initiation peut naturellement s'y superposer, et elle le devrait même normalement pour que la tradition soit véritablement complète, possédant effectivement les deux aspects exotérique et ésotérique ; mais dans sa forme occidentale tout au moins, cette initiation, en fait, n'existe plus présentement.» [3]
II. L’hypocrisie guénonienne
Les lecteurs crédules qui prirent ainsi pour argent comptant les assertions avantageuses de Guénon concernant la
possibilité d’un éventuel rétablissement de la Tradition en Occident à partir du christianisme, ou plus exactement du catholicisme, comme semblent le confirmer certains passages de la Crise du monde moderne, ouvrage qu’il publia en 1927, seront sans doute satisfaits d’apprendre ce qu’il écrivait à Julius Evola (1898-1974) en 1933, expliquant que sa position, à laquelle il ne croyait pas, n’était en réalité conditionnée que par un pur souci de stratégie :
- « Vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais pour des raisons qu’il ne m’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette, et a eu pleinement le résultat (négatif) que j’attendais. » (Lettre à Julius Evola, 1933).
Il confirmera, en cette même année 1933, dans un autre courrier destiné à Roger Maridort, la duplicité de son attitude, et son absence de toute conviction s’agissant du rôle possible que l’Eglise aurait pu jouer dans le cadre d’un rétablissement en Occident.
Guénon écrit explicitement :
- « Pour ce que j’ai dit dans Orient et Occident au sujet du rôle possible de l’Eglise catholique (comme représentant une forme traditionnelle occidentale pouvant servir de base à certaines réalisations, ainsi que cela a d’ailleurs eu lieu au moyen âge), je dois dire que je ne me suis jamais fait d’illusions sur ce qu’il pouvait en résulter en fait des circonstances actuelles ; mais il ne fallait pas qu’on puisse me reprocher d’avoir pu négliger certaines possibilités, au moins théoriques, ou de ne pas en tenir compte. » (Lettre à Roger Maridort, 1933).
Ce que l’on peut résumer par ces mots : je n’ai jamais cru le moindre instant à cette possibilité mais, n’ayant pas voulu donner prise à la critique, je l’ai évoquée de manière uniquement tactique alors même que j’en connaissais le caractère parfaitement illusoire.
III. Subordination inacceptable de la Révélation à la "Tradition primordiale"

Guénon refuse avec vigueur la nature « exclusive » et non-universaliste de la Révélation chrétienne dans la mesure où elle déclare que le Christ
seul lave et libère les hommes du péché originel. Il place la Parole de l'Evangile dans une relation de « subordination » vis-à-vis de l’Orient, et affirmera clairement qu'il ne peut accepter la prétention du christianisme à détenir, de manière solitaire, un caractère surnaturel et transcendant :
- « (...) c'est toujours la même chose : affirmation que le christianisme possède le monopole du surnaturel et est seul à avoir un caractère "transcendant", et, par conséquent, que toutes les autres traditions sont "purement humaines", ce qui , en fait, revient à dire qu'elles ne sont nullement des traditions, mais qu'elles seraient plutôt assimilables à des "philosophies" et rien de plus (...) autrement dit, le christianisme seul est une expression de la Sagesse divine ; mais malheureusement ce ne sont là que des affirmations (...) tout cela s'accompagne d'une argumentation purement verbale, qui ne peut paraître convaincante qu'à ceux qui sont déjà persuadés d'avance, et qui vaut tout juste autant que celle que les philosophes modernes emploient, avec d'autres intentions, quand ils prétendent imposer des limites à la connaissance et veulent nier tout ce qui est d'ordre supra-rationnel.» [4]
Poursuivant sur sa conviction l'aveu de Guénon, en conclusion d’un article précédent, est d'un grand intérêt puisqu'il dévoile nettement le fond de sa pensée :
- « (...) aucune entente n'est réellement possible avec quiconque a la prétention de réserver à une seule et unique forme traditionnelle, à l'exclusion de toutes les autres, le monopole de la révélation et du surnaturel. » [5]
IV. La "Tradition" selon le christianisme
Dom Irénée Gros avait su, dans un texte d'avril 1950, préciser pourtant ce qui distingue le christianisme et en rend impossible la réduction dans les schémas universalistes, montrant que la Révélation exige une purification supérieure à celle qui est réalisée par les pratiques orientales :
- « [L'expérience chrétienne], écrivait-il, exige une purification de l'esprit encore plus totale et qui n'est plus et ne peut plus être notre œuvre.
Essentiellement surnaturelle en effet, elle se poursuit sous la direction de l'Esprit-Saint lui-même usant à cette fin des vertus théologales et des dons qu'il nous a conférés. (…) le christianisme est cette relation absolument transcendante que l'esprit ne peut découvrir et devant laquelle l'homme est impuissant. Le christianisme n'est connaissable que par révélation, son Dieu n'est accessible que par grâce. Dès lors, la métaphysique doit reprendre sa place subordonnée, elle ne sera que l'humble servante d'une sagesse qui est don souverain et entièrement gratuit du Dieu Créateur et qu'elle est par elle-même aussi incapable de concevoir que d'accomplir. (...) La conversion ne se fera pas sans crucifiement et c'est la loi de la conversion. » [6]
La Tradition, pour le christianisme, c’est donc l’émergence, par la purification et la grâce, d’un élément fondateur dans l’Histoire des hommes : « la foi » ; foi qui les engage dans un autre ordre des choses. Le cardinal Jean Daniélou (1905-1974) résumera justement cette originalité :
- « Le premier trait qui caractérise le christianisme est qu’il est essentiellement la foi en un événement, celui de la Résurrection du Christ. Cet événement constitue une irruption de Dieu dans l’histoire qui modifie radicalement la condition humaine et constitue une nouveauté absolue. Or ceci distingue complètement le christianisme de toutes les autres religions. C’est là ce que méconnaît René Guénon quand il réduit le christianisme à n’être qu’une des formes de la tradition originelle. Il en évacue précisément tout ce qui en fait l’originalité. Les grandes religions non chrétiennes affirment l’existence d’un monde éternel qui s’oppose au monde du temps. Elles ignorent le fait d’une irruption de l’éternel dans le temps qui donne à celui-ci consistance et le transforme en histoire. » [7]
Conclusion

" Le christianisme n'est connaissable que par révélation,
son Dieu n'est accessible que par grâce."
Dans un article publié en 1951, et avec pertinence, le père Jean Daniélou insistait déjà sur la nature foncièrement novatrice de l’idée chrétienne de
Rédemption, de « promotion spirituelle » unique dans l’histoire des traditions religieuses de l’humanité, que n’avait pas du tout perçu Guénon, apparemment hermétique à la dimension anthropologique, oublieux du caractère dramatique de la condition de l’homme, de tous les hommes soumis, depuis la Chute, à la puissance du péché :
- « Il n’est que de relire saint Paul pour voir combien les termes de ‘‘création nouvelle’’, ‘‘d’homme nouveau’’, reviennent fréquemment chez lui. Il y a donc des éléments que ne possédaient pas la tradition antérieure, une promotion spirituelle. Cette promotion correspond au passage de la connaissance de Dieu par le monde visible à la révélation intime en Jésus-Christ. Par suite, ici seulement, mais ici au sens le plus fort du terme, il y a histoire. C’est ce que n’a pas vu Guénon. » [8]
Le problème est donc nettement posé, et il semble bien que la contradiction soit irréductible entre la position chrétienne de radicale nouveauté extratemporelle du fait de l’Incarnation et de la Résurrection du Messie, et la thèse guénonienne défendant l’unité des traditions par leur rattachement à une prétendue Tradition originelle primordiale, en réalité tradition caïniste babélienne.
Telle est la secrète vision guénonienne, et la stupéfiante conséquence à laquelle conduit cette hallucinante doctrine subordonnant la Révélation de l’Evangile à la religion cosmique réprouvée par Dieu, aboutissant à éloigner radicalement ceux qui, par inconscience ou légèreté adhèrent à ces thèses, des bases effectives de la religion chrétienne pour les précipiter dans les bras ténébreux du « Roi du Monde » qui, comme le sait normalement tout chrétien, est condamné définitivement et rejeté pout toujours !
Notes.
[1] L’Agarttha est le centre spirituel suprême, invisible et souterrain, selon René Guénon qui fait siennes les théories développées par des occultistes comme Saint-Yves d'Alveydre, qui se serait dissimulé aux hommes, lorsque l’humanité est entrée dans le cycle « d’obscurcissement et de confusion » qui est le nôtre, le Kali-Yuga, il y a environ 6 000 ans. Ce centre est le dépositaire de la Tradition primordiale et tous les « centres secondaires » qui sont formés à son image et qui le représentent « extérieurement » s’y rapportent. Mais ceux-ci sont, eux, devenus progressivement inaccessibles à leur tour, et seules les organisations initiatiques, qui gardent le lien en quelque sorte avec eux permettent d’y accéder – ou tout au moins de s’orienter dans leur direction. C’est ainsi que l’ésotérisme existe. Une des idées dominantes de l’œuvre de René Guénon est la communauté d’origine des traditions initiatiques et religieuses de l'humanité et, par suite, d'une Tradition primitive, source unique ayant donné naissance à tous les grand courants orthodoxes qui ont, au cours des âges, alimenté la vie spirituelle des hommes.
[2] M.-F. James, Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, Nouvelles Editions Latines, 1981, p. 226.
[3] R. Guénon, « Christianisme et initiation », in Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, Editions Traditionnelles, 1983, pp. 39-40.
[4] R. Guénon, Etudes sur l’hindouisme, Editions Traditionnelles, 1973, pp. 282-283.
[5] Ibid., p. 274.
[6] Dom Irénée Gros, o.s.b., Sagesse hindoue et Sagesse chrétienne, Témoignages, avril 1950, pp. 198-212.
[7] J. Daniélou, Essai sur le mystère de l’histoire, Ed. du Seuil, 1953, p. 107.
[8] France Catholique, juin 1951.
16:48 Publié dans Esotérisme | Lien permanent | Commentaires (113) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : esotérisme, religion, métaphysique, philosophie |
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vendredi, 01 mai 2009
L’Ordre noir des Illuminati !
ou la vérité cachée derrière une
fantasmagorie cinématographique anticatholique
intitulée ‘‘Anges et Démons’’

+ I L L U M I N A T I +
La recette du roman de Dan Brown ‘‘Anges et Démons’’ , adapté pour le cinéma, et dont l’énorme bruit médiatique est difficilement évitable, tient en quelques lignes : une secte antichrétienne, les Illuminati, veut détruire le Vatican… A Rome, alors qu’un conclave est réuni pour élire un nouveau pape (l’ancien a été évidemment assassiné !), au coeur du Vatican une invention menace d'annihiler la cité sainte. Les Illuminati, société secrète qui fut créée pour venger la mémoire du savant Galilée (1564-1642), semblent enfin tenir leur revanche sur leur ennemi de toujours : l'Église catholique. Le compte à rebours est lancé. Les héros peu crédibles de cette bouffonnerie stupide, se jettent donc dans une course folle au travers des rues de Rome à la recherche du refuge secret des Illuminati, ultime chance de sauver le Vatican.
Le problème, car il y en a bien un qui justifie cette note, c’est que les ingrédients de cette ridicule et médiocre fiction brownienne sont présentés
comme autant de vérités historiques, et que les thèses stupides qui sont présentées dans cet opus de mauvais goût, risquent fort de devenir, pendant un temps, le nouveau credo des ignorants, faisant que le livre et le film risquent de remplacer la « Bible » pour tous ceux qui regardent l’Eglise comme une puissance mafieuse qui cache, depuis des siècles, de sombres secrets. D’ailleurs, pour mieux jouer sur l’ambiguïté, au début du récit, l’auteur explique doctement à son public émerveillé : « Tous les tombeaux, sites souterrains, édifices architecturaux auxquels se réfère cet ouvrage existent bel et bien. Quant à la confrérie des Illuminati, elle a aussi existé… » Nous voilà rassurés !
Un thriller pseudo théologique
Certes tout est très classique dans Anges et démons, qui n’a pour seule originalité en tant que médiocre thriller appuyé sur des effets spéciaux lourdingues, que celle d’utiliser le décor fascinatoire du Vatican comme toile de fond. Nous le savons, des dizaines de cinéastes, sachant le caractère attractif du mystérieux catholique sur les gogos, s’y sont essayés depuis des décennies, avec des succès variables et, comme toujours, en usant des grosses ficelles du métier pour faire de l’audience. Le problème, c’est que Dan Brown risque d’embarquer avec lui, dans un monde dominé par la crasse ignorance, des millions de lecteurs sans culture religieuse, ce qui est beaucoup plus grave
La secte des Illuminati a bien existé…
Dans le Da Vinci Code, Dan Brown nous apprenait sans rire, que Jésus et Marie-Madeleine s’étaient aimés et avaient conçu une descendance. Avec Anges et démons, il nous explique que les avancées de la science vont bientôt permettre de percer le secret de la création du monde, ce dont, évidemment, l’Eglise craint la révélation car cela remettrait en doute ses dogmes. Ainsi, les Illuminati, qui comme chacun sait rongent leur frein depuis des siècles, sentent que l’heure est venue pour eux de sortir de leur clandestinité et de divulguer à la face du monde ce que l’Eglise nous cache.
Marco Fibbi, attaché de presse du Vatican, déclarait avec mécontentement : « En temps normal, nous lisons les scénarii qui nous sont proposés. Là, ce n'était pas nécessaire. Le nom de Dan Brown nous a suffit. La plupart des films reçoivent des autorisations tant qu'ils respectent la tradition de l'Église. Anges & Démons est le vecteur de nombreux fantasmes qui risquent de nuire aux croyances religieuses les plus simples. Comme cela a été le cas pour The Da Vinci Code. » De son côté, le président de la Ligue Catholique pour les Droits Civils et Religieux, William Donohue, s'est emporté dans une tribune sur le New York Daily News en ces termes : « Un défi en particulier attend notre nouvel évêque. Dan Brown et Ron Howard ont une nouvelle fois collaboré pour s'attaquer à l'Église catholique avec des fabulations méprisantes. Le message véhiculé est diffamatoire : l'Église catholique qui a combattu pour l'ouverture des Universités au Moyen Âge plus que n'importe quelle institution y est décrite comme le chantre de l'obscurantisme. (…) Ron Howard est fou de penser que le Vatican pourrait aimer son travail. Un prêtre canadien en civil s'est infiltré dans l'équipe pendant le tournage à Rome et nous a rapporté combien ils détestaient le catholicisme. Il est temps d'arrêter de raconter des bobards. ». Enfin, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican a déclaré que le film était : « un pot pourri de mensonges, un cocktail d'inventions fantasmagoriques. »
Logiquement, le Vicariat de Rome n’a donc pas voulu collaborer au film, les producteurs américains, peu scrupuleux, n’ayant pas hésité à demander aux responsables de l’Eglise catholique à Rome l’autorisation de tourner des scènes dans les églises de Santa-Maria del Popolo et de Santa-Maria della Vittoria. Le Père Marco Fibbi, responsable du bureau de presse du diocèse de Rome, déclara ainsi à la revue italienne « TV Sorrisi e Canzoni » : « Nous prêtons souvent nos églises à des productions qui ont une finalité ou une compatibilité avec le sentiment religieux. Mais le diocèse de Rome ne le fait pas quand un film a une ligne fantaisiste qui blesse le sentiment religieux commun ».
Une vérité historique
Or, ce qui est intéressant, c’est que la secte des Illuminati a bien existé, mais à la fin du XVIIIe siècle. Rien à voir, donc, avec Galilée, décédé deux siècles plus tôt. Et encore moins avec Le Bernin, de son vrai nom Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), célèbre artiste, qui aurait été, selon les fantaisistes thèses de Dan Brown, un des membres les plus influents de la secte. Le jeu de piste à travers la Rome contemporaine, imaginé par Dan Brown pour retrouver la fameuse bombe, reposant entièrement sur les œuvres (et donc la complicité) de l’artiste, relève d’une imagination fertile et fantaisiste, l’écrivain américain prenant des libertés incroyables avec la vérité historique pour se livrer à des élucubrations grotesques.
Mais la manipulation rencontre néanmoins une trace de vérité : les Illuminati, venant de la franc-maçonnerie, travaillent bien à fomenter depuis le XVIIIe siècle un gigantesque complot contre le Vatican. Faisant que depuis plusieurs siècles, les « initiés » infiltrent tous les rouages du « pouvoir mondial » pour imposer leur vision laïque et déchristianisée de l’Univers, ce qu’ils sont parvenus à réaliser de façon remarquable.

Le Bernin aurait été, selon Dan Brown,
un membres des Illuminati
En effet, les Illuminés de Bavière (ou Illuminati), en allemand der Illuminatenorden, furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt [1], elle eut à faire face à des dissensions internes avant d'être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785. 
De nombreuses théories démontrèrent le rôle joué par les Illuminati dans la Révolution, et mirent en lumière le fait que l'ordre des Illuminati survécut à son interdiction et qu'il serait responsable, outre de la Révolution française, mais de nombreux complots contre l'Église catholique.

« Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée :
le plus possible et le plus vite possible. »
Par exemple, les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme de l'abbé Augustin Barruel (1741-1820) [2] soutiennent une théorie selon
laquelle les Illuminés de Bavière d’Adam Weishaupt, infiltrèrent la franc-maçonnerie [3] afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, de manière à libérer l'humanité de la superstition et des mythes de l’Eglise.
Cette thèse, montre que la Révolution française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminés et les jacobins. Et il faut reconnaître que les Illluminati, porteur d’une ténébreuse doctrine, voulaient remplacer toutes les religions par l’humanisme et mettrent à mort les tyrans.
Barruel démontre, que la Révolution a été préparée dans les loges maçonniques [4], et suivant les instructions secrètes des Illuminés de Bavière ou Illuminati.
Leur but avoué était de :
- détruire la famille par la suppression du mariage,
- anéantir l'autorité paternelle et maternelle par la main-mise de l'état sur l'enfant,
- la suppression de la propriété privée par le monopole d'état et le collectivisme et au besoin par la spoliation brutale"...
- l'établissement d'un "gouvernement dominateur universel".
Les Illuminati déclaraient :
"Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible."
"La grande force de notre ordre réside dans sa dissimulation."
Le pervers projet des Illuminati
Cette organisation pyramidale se constitua en franc-maçonnerie, et son fondateur, Weishaupt y porta le titre de « Général » assisté par un « Conseil Suprême » formé de ses premiers compagnons, qu'il appelait « aréopagites ».
Seule la direction de l'organisation connaissait ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » devaient observer une période probatoire d'environ deux ans avant d'accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprenait des thèmes et des dénominations de l'Antiquité. Le recrutement resta limité à la Bavière et ne dépassa pas quelques dizaines de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décida de renforcer son organisation en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « La Prudence » .

On pourrait se débarrasser des Prêtres
par la restauration de la religion naturelle,
et réunir les hommes dans une seule société
en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité
Dans son ouvrage, l’abbé Augustin Barruel prédisait fort justement :
- « Le Dieu que votre apostasie irritait chaque jour, laissa cette nuée de sophistes s'enfoncer dans l'abyme des Loges; et là, sous le voile des jeux maçonniques, les adeptes réunirent leurs conspirations contre l'Autel, contre le Trône, contre toute grandeur. Les adeptes se multiplièrent autant que les sophistes. Sous les auspices d'un nouveau sage, ajoutant l'impiété à l'impiété, les blasphème au blasphème, se forma, sous le nom d'Illuminés, une nouvelle secte, méditant, comme le héros de votre apostasie, d'écraser Jésus-Christ; et comme les élèves de ce héros, jurant de vous écraser vous-mêmes; et comme toutes les sectes des brigands, d'écraser tout empire des lois. » [5]
Mais on lira surtout avec attention la doctrine des Illuminati à l’égard du christianisme, et ce en quoi consistaient ses projets vis-à-vis de la religion et de l’Eglise.
On constatera avec surprise, combien les vues exprimées par Weishaupt et ses adeptes se sont accomplies d’une manière impressionnante :
- « Le grand mystère de l’Ordre par rapport à la Religion, consistait dans la doctrine : que le christianisme n’était fondé que sur l’imposture et la superstition et qu’en récompense le Déisme, la re1igion de la Raison ou le Naturalisme, étaient la vraie religion. les principes qu’on avait établis sur la Religion, ne tendaient qu’à anéantir les prêtres auxquels on donnait le titre d’imposteur ; ceux du système politique, qu’on avait posés devaient détruire tous les princes qu’on appelait tyrans et oppresseurs. On les traita tous les deux de méchants auxquels l’Ordre devait faire une guerre continuelle pour s’en débarrasser comme de personnes tout à fait inutiles et pour les faire disparaître de la surface de la terre. Les autres règles et maximes qu’on avait prescrites étaient conformes à ces principes.
[…]
- Par rapport à la Religion on substitua au Christianisme le Naturalisme ; et pour tromper ceux qui avaient encore de la vénération pour le nom de Christ et pour le Christianisme, et qui se seraient éloignés en tremblant q’ils avaient vu que pour être Illuminés il fallait rejeter le Christianisme ouvertement, on ne laissa pas d’insinuer que Jésus-Christ lui-même n’avait pas eu d’autre but que de faire valoir la religion naturelle et de la rendre universelle et qu’on exécuterait son plan, si l’on travaillait à la restauration de cette religion, toujours empêchée par les Prêtres qui, par là, avaient donné l’origine à tant de sectes chrétiennes. On avança hardiment que c’était l’esprit du Christianisme et qu’il avait été transmis par le canal de la discipline secrète (disciplina arcani) et de la maçonnerie aux Illuminés, qui pouvaient se glorifier avec raison d’être en effet les seuls chrétiens. Pour prouver ces choses extravagantes et dangereuses, on ne manqua pas de pervertir le sens de plusieurs passages de la Sainte Ecriture et d’interpréter en mal les hiéroglyphes de la maçonnerie…
Toute religion révélée n’est que du Non-Sens,
tout pouvoir ecclésiastique
n’est qu’une usurpation des Droits de l’homme
[…]
On pourrait se débarrasser des Prêtres par la restauration de la religion naturelle et réunir les hommes dans une seule société en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité… Cette Secte infernale avait pris pour fondement de son Système la proposition fausse et dangereuse qu’une bonne intention était suffisante pour justifier et sanctifier chaque action quels que fussent les moyens dont on se servit pour la faire. En conséquence de ce principe les Illuminés se permirent les ruses les plus atroces, pour exécuter les desseins qu’ils avaient formés contre la Religion … leur projet était de détruire le Christianisme, Toute religion prétendue révélée n’étant que du Non-Sens, tout pouvoir ecclésiastique n’est qu’une usurpation injuste et dérogeante aux Droits de l’homme. Il faut absolument délivrer le genre humain de cet empire de l’imposture. Voilà le premier but de l’Ordre ; pour y atteindre la première chose à laquelle il faut s’obliger par serment, c’est la haine du Culte quelconque..
[…]
L’inscription qu’on pourra mettre sur les ruines des trônes,
des débris des autels et les monceaux de cendres qui couvriront
en peu de temps toute l’Europe,
peut être conçue dans ces deux mots :
‘‘L’ouvrage de l’Illuminatisme !’’ » [6]
Notes
[1] Né le 6 février 1748 a Ingolstadt, en Allemagne, Adam Weishaupt, juif ashkénaze, fut converti au catholicisme et reçut l'enseignement des jésuites. Après ses études, il devint en 1775 professeur de droit canonique à l'Université d'Ingolstadt, en Bavière. En 1777, il fut initié à la loge Théodore du Bon Conseil, à Munich. Il créa au sein de l'université où il enseignait un mouvement rebelle qui lui fit perdre sa chaire. La conspiration des Illuminés de Bavière, dont il n'était probablement pas le seul auteur, fut mise au jour en 1785. Après 18 mois d'enquête difficile, tant l'administration bavaroise avait été infiltrée par ses adeptes, il fut banni d'Allemagne en 1787. Il est décédé le 18 novembre 1830 à Gotha et renia toujours de la foi catholique.
[2] Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 5 vol., P. Fauche, 1798-1799. Rééditions : Hambourg, P. Fauche, 1803 ; Édition revue et corrigée, 1818 ; Abrégé par E. Perrenet éd. Paris, La Renaissance française, 1911 ; avec un introduction de Christian Lagrave, Diffusion de la pensée française, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 1974 ; Extraits sous le titre : Spartacus Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière, Ventabren, Les Rouyat, 1979 ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989 ; Éditions de Chiré, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 2 t., 2005. Historien et jésuite français, né le 2 octobre 1741 à Villeneuve-de Berg (Vivarais) où il mourut le 5 octobre 1820. A. Barruel entra dans la Compagnie de Jésus, séjourna en Autriche, Bohême, Moravie, Italie, Rome, etc. Il revint en France à la dissolution de son Ordre et se consacra tout entier aux travaux philosophiques et historiques. Il a été un des premiers historien à dénoncer, non sans mal, les origines maçonniques et véritablement diaboliques de la Révolution Française. Plus les jours devinrent mauvais, plus l'abbé Barruel déploya de zèle et de vigilance... Traqué et poursuivi, il dut se réfugier en Angleterre... Il y publia une Histoire du Clergé pendant la Révolution. C'est là aussi, à Londres, qu'il conçut et commença à publier son grand ouvrage: Mémoires pour servir à l'Histoire du jacobinisme (1797-1798). Pendant l'Empire, il se tint à l'écart. Napoléon le soupçonna d'avoir propagé le Bref de Pie VII et le fit emprisonner à l'âge de 70 ans. Il fut inquiété de nouveau sous les Cent Jours. Sur lui, pèse, bien entendu, la conspiration du silence qui poursuit tous ceux qui se sont attachés un peu sérieusement à démasquer les agissements de la Secte. (Cf. Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220, note 113).
[3] La maçonnerie, comme il est prouvé par les documents historiques de cet Ordre, s’était éloignée immensément au XVIIIe siècle de sa Constitution chrétienne primitive. Rejetant les fondements spirituels religieux qui étaient à sa base, elle avait dévié vers un déisme favorisant l’indifférentisme et l’éloignement à l’égard de l’Eglise. Toutefois, on se gardera d’identifier le terme d’ « Illuminés », employé pour désigner les membres du mouvement dirigé par Adam Weishaupt (1748-1830), à une quelconque marque de sensibilité transcendante ou « mystique ». En effet, les « Illuminés » de Weishaupt étaient, tout au contraire, habités par un unique souci, fort concret et matériel, celui d’établir, par la violence et la déchristianisation, un modèle utopique de société basé sur la justice sociale et l’égalité.
La secte des illuminés de Bavière était structurée et organisée en trois classes et treize grades :
1. Première classe – Pépinière :
* Cahier préparatoire
* Noviciat
* Minerval
* Illuminé Mineur
2. Deuxième classe – Franc maçonnerie:
* Apprenti
* Compagnon
* Maître
* Illuminé Majeur ou Novice Ecossais
* Chevalier Ecossais
3. Troisième classe – Mystères:
* Petits Mystères- Prêtres
* Petits mystères- Princes
* Grands Mystères- Mages
* Grands Mystères- Roi
[4] Dan Brown parle des visées expansionnistes du groupe aux Etats Unis dans les termes suivants : "Les Illuminati procédèrent par infiltration et aidèrent des banques, des universités et des industries pour financer leur but ultime : la création d'un seul Etat mondial unifié - une sorte de Nouvel Ordre mondial séculier". D'autres parlent de procédés criminels, chantage, assassinat, contrôle des banques, corruption, infiltration de secteurs stratégiques... Une vaste conspiration mondiale, une entreprise de corruption vers l'incroyance.
[5] Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 289-291.
[6] Histoire de l'Illuminisme par le Dr Starck à l'intention du père Barruel, 1797, in M. Riquet, Augustin de Barruel, un Jésuite face aux jacobins francs-maçons, Beauchesne,1989, pp. 150-190.
00:25 Publié dans Esotérisme, Septième Art | Lien permanent | Commentaires (114) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sociétés secrètes, ésotérisme, catholicisme, vatican, histoire, secret, magie, occultisme, franc-maçonnerie |
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samedi, 28 mars 2009
La sorcellerie africaine est d'essence satanique !


"Aujourd'hui, il vous revient (...) de présenter le Christ ressuscité.
Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits,
des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés..."
(Benoît XVI)
A l’occasion de son voyage en Afrique, Benoît XVI à Luanda, en l'église São Paulo où il a célébré une messe destinée aux évêques, prêtres, religieux, responsables des mouvements ecclésiastiques et des catéchistes d'Angola de la Conférence Episcopale d'Angola et São Tomé, a exhorté avec force les catholiques angolais à renoncer à la sorcellerie et à ramener au bercail « les brebis égarées » parties grossir les rangs des sectes évangéliques qui prolifèrent dans cette ancienne colonie portugaise d'Afrique centrale.

« Tant d'entre eux vivent dans la crainte des esprits,
de pouvoirs pernicieux et menaçants.»
Plus largement dans son homélie, il a invité son auditoire à tendre la main à ceux qui continuent de croire à la sorcellerie et aux fétiches : « Tant d'entre eux vivent dans la crainte des esprits, de pouvoirs pernicieux et menaçants. Dans leur aveuglement, ils arrivent même à condamner les enfants des rues et les anciens en les traitant de féticheurs », a dit le Saint-Père, pour qui les chrétiens ne commettront pas d'injustices s'ils se montrent en Christ. « Aujourd'hui, il vous revient (...) de présenter le Christ ressuscité à vos concitoyens. Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés », a-t-il dit dans son homélie [1].
Le chef de l'Eglise catholique a également critiqué l'idée selon laquelle l'évangélisation constitue une atteinte à l'identité des peuples non chrétiens : « Quelqu'un objectera : Pourquoi ne les laissons-nous pas en paix ? Ceux-ci ont leur vérité et nous la nôtre », a-t-il commenté. « Mais si nous sommes convaincus qu'une vie non chrétienne est "inachevée", "nous ne faisons d'injustice à personne si nous lui présentons le Christ et lui donnons la possibilité de trouver de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d'avoir trouvé la vie. »

"...des albinos sont régulièrement
tués et découpés pour des rituels traditionnels."
Ces déclarations du Saint Père, sont d’une extraordinaire pertinence, car en effet, dans cette Afrique tant civilisée aux dires de certains humanistes utopiques qui voient elle une lointaine image de l’Eden, des albinos sont régulièrement tués et découpés pour des rituels traditionnels, les populations vivent tremblantes et craintives, courbées sous la peur des pouvoirs des sorciers , ensorceleurs et féticheurs, qui se livrent à des cultes démoniaques dans lesquels on fait appel à des esprits ténébreux afin d’attenter à la vie, de projeter des maléfices, de pervertir les consciences.

« Fuyez le culte des idoles ! »
(1 Corinthiens 10, 14)
Il faut souligner que les sorciers, en général de vielles personnes mais communiquant leur pouvoir à leur enfants ou petits enfants, dans les villages ou les villes, projettent leurs maléfices sur des personnes, dont le but est de briser la vie. De la sorte, tuer, rendre misérable, stérile, provoquer des accidents, des échecs sur le plan scolaire, spirituel ou financier, entraîner à la prostitution tels sont les activités « traditionnelles » et précieusement « culturelles » auxquelles se livrent les suppôts de Satan en ces contrées encore foncièrement idolâtres.
Il faut oser le dire, l'Afrique souffre horriblement de sa religion ancestrale, de ses cultes animistes, de son polythéisme, de son Vaudou [2], qui conduisent des populations entières à adorer les bois, les eaux, réaliser des sacrifices animaux ou parfois humains pour de l'argent ou pour pouvoir enfanter d’un garçon, gagner un procès, et parvenir à mille autres succès. Tout cela est terrible et épouvantable. Utilisant la suggestion et l’obsession, on arrive à convaincre, au simple prétexte d’avoir consommé des viandes en rêve avec des personnes de façon inhabituelle, que l’individu est perdu, sous l’influence définitive des forces maléfiques. D’ailleurs, les sorciers, qui prétendent prendre l’aspect de serpents, de chiens, de corbeaux, etc., exercent un pouvoir terrifiant sur l’ensemble des peuples de ses régions, et les soumettent, souvent par l’intermédiaire de drogues et substances hallucinogènes tendant à « zombifier », à leurs infectes volontés [3].

« Nous sommes convaincus qu'une vie non chrétienne est inachevée...»
Ainsi les interventions du Pape, en ces questions hautement problématiques, sont on ne peut plus fondées, d’autant qu’elles viennent contredire les folies des thèses au sujet de la nécessaire inculturation mise en vigueur après Vatican II, ou l’on assista, avec effarement, à la combinaison des croyances et pratiques de l’Église catholique romaine et des traditions, croyances et pratiques religieuses ouest-africaines ce qui aura directement contribué à l’émergence délirante du pire syncrétisme religieux que l’on remarque à présent en Amérique latine, avec des pratiques démoniques, entre autres, comme le Vaudou, l’Obeah, le Candomblé ou la Santeria.
Comme l’a rappelé avec justesse lors de son voyage en France Benoît XVI à l’occasion de son homélie aux invalides : « La première Lettre de saint Paul, adressée aux Corinthiens, nous fait découvrir à quel point les conseils donnés par l’Apôtre restent d’actualité : « Fuyez le culte des idoles » (1 Co 10, 14), écrit-il à une communauté très marquée par le paganisme et partagée entre l’adhésion à la nouveauté de l’Évangile et l’observance de vieilles pratiques héritées de ses ancêtres. Fuir les idoles, cela voulait dire alors, cesser d’honorer les divinités de l’Olympe et de leur offrir des sacrifices sanglants.
Fuir les idoles, c’était se mettre à l’école des prophètes de l’Ancien Testament qui dénonçaient la tendance humaine à se forger de fausses représentations de Dieu. Comme le dit le Psaume 113 à propos des statues des idoles, elles ne sont qu’« or et argent, ouvrages de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas » (4-5). Hormis le peuple d’Israël, qui avait reçu la révélation du Dieu unique, le monde antique était asservi au culte des idoles. Très présentes à Corinthe, les erreurs du paganisme devaient être dénoncées, car elles constituaient une puissante aliénation et détournaient l’homme de sa véritable destinée. Elles l’empêchaient de reconnaître que le Christ est le seul Sauveur, le seul qui indique à l’homme le chemin vers Dieu. »
Notes.
[1] Selon des statistiques officielles, 55% de la population angolaise est catholique et 25% se réfère à des croyances traditionnelles. Certaines sectes, liées aux immigrants congolais, selon les médias d'Etat, pratiquent des sacrifices humains et s'en prennent aux enfants accusés de sorcellerie. L'année dernière à Luanda, 40 jeunes, dont des bébés, ont ainsi été retrouvés prisonniers dans des locaux de l'Eglise évangélique des guérisons traditionnelles, où ils avaient subi des sévices.
[2] Le vaudou est né de la rencontre des cultes traditionnels des dieux yorubas et des divinités fon et ewe, lors de la création puis l'expansion du royaume fon d'Abomey aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le vaudou est le fondement culturel des peuples qui sont issus par migrations successives de Tado au Togo, les Adja (dont les fons, les Gouns, les Ewe... et dans une certaine mesure les Yoruba ...) peuples qui constituent un élément important des populations au sud des États du Golfe du Bénin (Bénin, Togo, Ghana, Nigéria..) Le Vaudou est l'adaptation par le Fon d'un mot Yoruba signifiant « dieu ». Le vaudou désigne donc l'ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l'affirmation d'un monde surnaturel, mais aussi l'ensemble des procédures permettant d'entrer en relation avec celui-ci. Le vaudou correspond au culte yoruba des Orishas. De même que le vaudou est un culte à l'esprit du monde de l'invisible. À chaque ouverture, le prêtre vodoun demande l'aide de l'esprit de Papa Legba pour ouvrir les portes des deux mondes.
[3] Denis Allan, anthropologue diplômé de Harvard, de retour à Boston après un long séjour en Amazonie, a pu étudier et expérimenter les drogues utilisées par les chamanes et les sorciers vaudous pour zombifier leurs victimes.
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jeudi, 19 mars 2009
Pourquoi n’est-il plus possible d’être païen ?
Le GRECE et l'illusion païenne
ou les erreurs théoriques d'Alain de Benoist
et de la Nouvelle Droite


Velasquez,
Apollon dans la forge de Vulcain, 1630.
« …jamais, sur ces questions, le vouloir ne peut avoir de prise »
Alain de Benoist dans « Comment peut-on être païen », (Albin Michel, 1981), voulut, il y a déjà plusieurs décennies, proposer une alternative au christianisme. Or, on le sait, mais on l'oublie trop souvent, ce sont les principes situés à la racine même des choses qui fondent véritablement les idées génériques placées à l'origine des différentes conceptions du monde qui se sont imposées, et non pas les vues romantiques à l'égard de réalités anciennes idéalisées. Ainsi, ce qui différencia radicalement le paganisme du christianisme (termes qui, rappelons-le, concrètement aujourd'hui ne qualifient plus en Europe aucune réalité religieuse distincte puisque, que cela plaise ou non, l'Histoire a conjugué non sans quelques difficultés il est vrai, ces deux dénominations en un seul destin), porte sur une divergence majeure qui ne se situa pas uniquement entre polythéisme et monothéisme contrairement à ce que soutient Alain de Benoist [1] et dont se fit l'avocat fervent le GRECE, mais, de façon irréconciliable, se fondait sur une nette divergence au sujet de la notion de "création".
En effet, ce qui spécifie, et sépare de manière catégorique le paganisme de la pensée biblique c'est leur analyse divergente au sujet de l'origine du monde, de l'origine de « l'être » pour employer la terminologie philosophique bien connue. Si pour les païens le monde est, de toute éternité, incréé et suffisant ontologiquement, en revanche, la pensée hébraïque considère le monde comme résultant d'une création "à partir de rien", doctrine que la Bible place en tête de son introduction puisque le premier de ses versets nous dit, "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre" , [2]. Les points de vue, les concepts païens et hébreux sont irréductibles, radicalement hétérogènes, il y a une incompatibilité foncière entre les deux approches de la question de l'existence du monde ; c'est sur ce point que se trouve la véritable ligne de partage des eaux, la césure entre pensée hébraïque et pensée païenne. C'est sur ce point, et non pas sur l'allégeance exprimée à telle ou telle figure divine, à telle ou telle divinité tutélaire, dans l'attachement à Zeus l'olympien ou à l’Osiris égyptien, que se situe la véritable divergence foncière.

Mithra
«Bien souvent, le désir d'un redéploiement d'un paganisme réel,
tend à laisser penser, qu'il serait nécessaire de refaire surgir de nouveau les anciens mythes. »
Problème de la pensée religieuse.
On ne saurait donc trop insister sur ce que pourrait avoir d'illusoire l'idée, pour fonder une alternative nouvelle, qui consisterait à se rattacher à un paganisme affectif et dévotionnel, dans lequel seraient mis en concurrence et en opposition les dieux qualifiés "d'historiques", et le Dieu dit "unique" de la Révélation biblique. C'est, hélas, sur cette opposition, que se développa (et se développe parfois encore dans les courants issus de la Nouvelle Droite) une sorte de vague religiosité païenne, dans laquelle est caressé l'espoir hypothétique d'un retour des dieux. Or jamais, sur ces questions, le vouloir ne peut avoir de prise, "il n'est pas possible de faire être par la volonté ou la parole les choses elles-mêmes" [3]. Bien souvent, le désir d'un redéploiement d'un paganisme réel, tend à laisser penser, qu'il serait nécessaire de refaire surgir de nouveau les anciens mythes. Or, ou bien ce qui est mort est mort, et de la mort rien ne peut renaître, ou bien en réalité rien n'est jamais mort (les dieux en principe ne meurent pas) et donc rien n'a jamais disparu, mais se trouve dissimulé sous d'autres appellations.
Heidegger (1889-1976)
"Ce n'est qu'à partir de la Vérité de l'être que se laisse penser l'essence du Sacré"
Le plus étrange dans l'examen de cette question religieuse, c'est que le paganisme finissant, nous montre une religiosité que l'on peut qualifier sans peine de préparatoire à l'avènement du christianisme, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. En effet, si nous regardons l'Histoire avec attention, nous voyons que lorsque l'empereur Julien (361-363), tenta d'instaurer contre le christianisme triomphant, une religion à ses yeux plus conforme aux traditions gréco-romaines, il exprima sa doctrine en des termes, qui concilièrent le Sol Invictus et Attis : " Un Être suprême, unique, éternel anime et régit l'organisme universel, mais notre intellect seul en conçoit l'existence. Il a engendré de toute éternité le Soleil, dont le trône rayonne au milieu du ciel. C'est ce second démiurge qui, de sa substance éminemment intelligente, procrée les autres dieux" [4]. Ne serait-il donc pas permis de se demander sérieusement, dans quelle mesure, l'évolution des religions grecque et romaine n'a pas favorisé le triomphe du christianisme ?
Allons même plus loin. Si l'on étudie les choses avec réalisme, ne constate-t-on pas que dès Hésiode, qu'on le veuille ou non, la réflexion strictement religieuse des Grecs commence à ouvrir un chemin vers le monothéisme, et tente de fonder la morale sur la religion ? A Rome, la conception du Jupiter archaïque, arbitre souverain et garant de la bonne foi, atteste une orientation dans le même sens, plus instinctive certes, mais non moins évidente. Et sans doute, l'entrée massive des éléments néo-platoniciens et orientaux dans la religion et la pensée hellénico-romaine rapproche plus encore Athènes et Rome du christianisme futur, en fournissant un aliment mystique au désarroi du peuple, en répandant la notion de salut, en imposant, confusément certes mais profondément, la conception d'un hénothéisme qui n'est pas éloigné, dans le stoïcisme, du monothéisme. De ce fait il est intéressant de voir que le mouvement religieux qui portait les esprits à l'époque impériale fut, dans son ensemble, plus que favorable à la pénétration du christianisme dans l'Empire.

"La réflexion strictement religieuse des Grecs
commence à ouvrir un chemin vers le monothéisme..."
Ce constat, doit de la sorte nous porter à entreprendre une réflexion plus précise au sujet de la facilité avec laquelle le christianisme prit greffe sur le paganisme. Ceci n'est pas anodin et, disons le clairement, jamais une religion étrangère n'aurait pu triompher si ne s'étaient pas trouvés des éléments communs à l'intérieur même du système religieux antérieur. Il n'existe absolument aucun exemple historique d'une religion s'imposant sans violence à un système étranger à elle-même, ou plutôt disons, qu'il n'existe qu'un seul exemple historique : le triomphe du christianisme à Rome sous Constantin - voyons pourquoi.
Les causes de ce triomphe peuvent se résumer en quelques lignes significatives. Les cultes avaient en réalité, avec la nouvelle religion de nombreux traits identiques : la monolâtrie de fait qu'ils proclamaient, le souci de l'ascèse morale et spirituelle. Autant l'admettre, quel que soit le degré d'élévation de tous ces cultes, ils répondaient tous aux mêmes besoins par les mêmes moyens. Fondés sur les notions de mort et de résurrection, de naissance nouvelle et de filiation divine, d'illumination et de rédemption, de divinisation et d'immortalité personnelles, ils prétendaient assurer aux fidèles le contact direct ave la divinité, et l'espoir d'une survie bienheureuse.
Ils témoignaient en outre, par le biais d'une dévotion dirigée sur un seul dieu, d'une aspiration au monothéisme très prononcée. A l'intérieur de chaque "secte", le dieu sauveur était conçu comme supérieur à toutes les autres divinités et tendait à les éclipser. Mais il y a plus, les analogies de fond et de forme qui existaient entre tous les cultes conduisirent à penser que sous les noms d'Attis, de Mithra, etc., le même Dieu se manifestait, qu'on le considère comme le Dieu "véritable", ou comme un simple intermédiaire important peu. Ceci explique pourquoi les tentatives prématurées d'Elagabal recevront de fait, leur consécration officielle grâce à Aurélien (270-275), qui sut habilement réaliser le syncrétisme devenu inévitable. D'ailleurs, il choisit pour divinité suprême Sol Invictus, dans lequel les fidèles des diverses sectes pouvaient reconnaître aussi bien Baals, qu'Attis, Osiris, Bacchus ou Mithra. Sol Invictus présentait d'autre part, l'avantage d'être assimilable à Apollon, et également à une vieille divinité romaine, Sol Indiges, dont l'origine remontait au temps mythique de la fondation de la cité. Sur cette lancée, Aurélien compléta son entreprise en faisant admettre définitivement la divinité de l'empereur vivant, considéré comme incarnation de Dieu sur la terre. En réalité la seule doctrine qui se heurta à l'antipathie du pouvoir, fut le stoïcisme qui, jusqu'à l'avènement de Marc-Aurèle, servit de refuge hautain à l'opposition.
Le christianisme, de son coté, héritant du judaïsme l'intransigeance des Macchabées, mit en pratique la parole du Christ : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" [5]. Sujets loyaux de l'Empire, les chrétiens refusèrent d'encenser les dieux, et de reconnaître la divinité d'un homme, fût-il l'Empereur. Leur crime aux yeux de l'Etat, fut politique et non religieux ; ou plutôt, il ne fut religieux que parce que leur attitude manifestait fermement leur volonté de conserver leur foi à l'abri des contaminations du syncrétisme. En fait, l'Empire eût été prêt à accueillir le christianisme comme les autres religions, cela est si vrai, que c'est au nom même du syncrétisme et de l'intérêt de l'Etat que fut proclamée, en 313, l'égalité de la religion chrétienne avec la religion officielle par le rescrit de Licinius : "Nous avons cru, est-il dit, devoir donner le premier rang en ce qui concerne le culte de la divinité, en accordant aux chrétiens comme à tous, la libre faculté de suivre la religion qu'ils voudraient, afin que tout ce qu'il y a de divinité au ciel pût nous être favorable et propice, à nous et à tous ceux, qui sont sous notre autorité" [6].
Le testament religieux du paganisme gréco-romain finissant, n'était donc pas étranger au christianisme naissant, et les Pères de l'Eglise ne s'y sont pas trompés, qui ont vu en lui l'une des voies préparatoires que Dieu proposa aux hommes pour découvrir son visage [7].
Que l'on n'imagine pas, en désespoir de cause, trouver dans le paganisme celto-germanique un "recours", qui représenterait, selon une certaine vision, un meilleur garant comparativement à l'héritage gréco-latin, car la tradition nordique présente les mêmes aspects que sa soeur du sud. Les incessantes luttes fratricides entre les chefs tribaux dépourvus de toute conscience historique, la lente mais réelle disparition progressive de la classe sacerdotale (Godis), le processus intellectuel que représente l'idée d'une procession du divin d'un centre pur et inaltérable vers le dehors par une série d'hypostases et de démiurges, le sens du péché consistant dans l'éloignement du monde de son sens divin, le passage de l'expérience de la vie à l'abstraction de l'être, font que l'on retrouve ici les mêmes et identiques facteurs d'une lente progression vers le Dieu unique ou vers l'Etre, confirmant bien l'affirmation de Heidegger, à savoir que "ce n'est qu'à partir de la Vérité de l'être que se laisse penser l'essence du Sacré" [8], la région de l'être étant identique à la région du sacré, : "le Sacré, seul espace essentiel de la divinité qui à son tour accorde seule la dimension pour les dieux, ne vient à l'éclat du paraître que lorsque au préalable et dans une longue préparation, l'être s'est éclairci et a été expérimenté dans sa vérité" [9].
Titien
Le couronnement d’épines, 1542
« Un Être suprême, unique, éternel anime et régit l'organisme universel,
mais notre intellect seul en conçoit l'existence. »
Que nous enseignent ces éléments ? Tout simplement que l’on ne peut échapper au monothéisme en cherchant à savoir "comment être païen", comme beaucoup l'ont cru et, l'imaginent naïvement encore à la suite d'Alain de Benoist. Lié à un substrat traditionnel, le sens religieux ne peut se voir dépouiller des bases métaphysiques qui le précédèrent, or l'avènement du christianisme est le plus bel exemple de cette continuité métaphysique entre les fondements du paganisme qui préparèrent concrètement l’avènement du christianisme. Pascal voyait dans les lois païennes une imitation des lois de Moïse [Fr. 691-451 et 694-454]. La continuité est donc parfaite et c’est pourquoi les Provinciales firent dériver les lois françaises des lois païennes et les Pensées dériver les lois païennes des lois bibliques : autant dire qu’elles participent toutes, à des degrés divers, du même et essentiel Principe.
La religion même des païens, même si « les païens ne connaissent point Dieu » [Fr. 321-289 ] pour Pascal, et il pense à certains païens et à Épictète en particulier – ont au contraire « connu Dieu », lui donnant de dire à le suite de saint Augustin : « quod curiositate cognoverunt » [Sermon 141, 2].
Le paganisme possède de la sorte, indéniablement, un caractère de « semences du Verbe » (semina verbi) ou de « préparation au Christ » (propedeutica Christi). Les racines de l’Église de Dieu s’inscrivent donc profondément dans l’héritage antique, elles sont, comme saint Augustin l’a si bien compris, «jam ab Abel justo» : «L’Église n’était pas absente des débuts du genre humain» (Enar. in Ps. 118, 29, 9), thème qui sera repris par Grégoire le Grand, sachant que Prosper d’Aquitaine, contemporain d’Augustin, n’hésita pas à écrire que ce que la Loi et les prophètes réalisaient en Israël s’était toujours accompli pour l’ensemble des nations grâce à d’autres moyens (De vocatione omnium gentium, II, 53) : « Pourrait-on mettre en doute que tous les hommes, quelle que soit leur nation ou leur époque, qui ont pu plaire à Dieu, aient été distingués par l’esprit de la grâce divine ? Certes, autrefois, elle a été plus parcimonieuse et plus cachée ; néanmoins elle ne s’est refusée à aucune époque, toujours la même en efficacité mais différente en quantité, selon un dessein immuable mais des modalités diverses. » [Trad. Les Pères dans la foi, Paris, 1993, II, p. 95]
La pensée de saint Augustin, rejoignait parfaitement celle de Justin, avec ses Semina Verbi,, affirmant que, dans le paganisme, des hommes étaient mystérieusement illuminés par le Verbe de Dieu. C’est ce que redira Léon le Grand :
« Ce qu’apporte l’Incarnation concernait le passé autant que le futur et aucun âge,
si reculé soit-il, ne fut privé du sacrement du Salut humain.»
(Sermon 3 sur la Nativité, nº 4).
Notes.
[1] On est surpris aujourd'hui, grâce aux recherches récentes, de voir à quel point cette distinction qui semblait fondatrice il y a peu de temps encore, n'obéit en réalité qu'à une convention de langage, tant il apparaît en effet, que les tendances monothéistes ou hénothéistes ont travaillé en profondeur la pensée païenne (Mésopotamie, Egypte, Iran, Grèce, Rome), et influencèrent très fortement la religion originaire des hébreux en l'orientant vers un pur monothéisme, tant est si bien que Nilsson écrit : "le monothéisme païen a bien préparé le terrain du christianisme". (cf. Lumière sur le paganisme Antique, A. Neyton, Ed. Letouzey, 1995). A ce titre, la thèse d’Alain de Benoist qui en critique néanmoins les effets, soit d’une distinction entre christianisme et paganisme portant sur la notion de création, est bien résumée dans les lignes suivantes : « En s'implantant en Europe, au sein d'une culture qui, lorsqu'il apparut, avait déjà derrière elle deux ou trois mille ans d'existence, le christianisme a puissamment contribué à la transformer. Il apportait en effet avec lui des nouveautés inouïes. D'abord l'idée dune humanité une, composée d'individus égaux pour l'essentiel, car tous dotés d'une âme en égale relation avec Dieu. Puis la distinction, empruntée aux Hébreux, entre un être incréé, nécessaire et parfait, et un être créé, contingent et imparfait. Posés comme radicalement distincts, le monde et Dieu devaient dès lors être pensés séparément. Le monde perdait du même coup son autosuffisance et sa qualité d'être: non seulement il n'était plus intrinsèquement le lieu du divin mais, étant imparfait, il pouvait légitimement être arraisonné dans l'espoir d'être rendu meilleur. Désacralisé, l'existant tel qu'il est, le Tout-Un (hen kai pan) se trouvait assujetti à un devoir-être. S'y ajoutait la notion d'un salut qui, comme le disait Théophile d'Antioche, ne pouvait plus reposer sur le rite, mais jouait avant tout un rôle de compensation: consoler l'individu de son appartenance à ce monde imparfait. S'y ajoutait encore une conception de l'histoire comme création continuée et finalisée, c'est-à-dire comme système irréversiblement orienté vers le futur. Et enfin l'idée de péché, bien distincte de celle de faute ou d'erreur, assortie de celle d'une corruption originelle, héréditaire. Ces idées nouvelles ont contribué à faire de l'Occident ce qu'il est progressivement devenu: un monde étranger à lui-méme. Dès la fin du II et le début du III siècle, toute une "Aufklärung chrétienne" s'est en outre développée sur la base d'une théologie du Logos, introduisant dans la religion un principe de rationalité éthique et d'émancipation qui allait créer les circonstances de l'éclosion de la modernité. » (Le Christianisme, Nouvelle Ecole, n° 52)
[2] ( Gen., I, 1), Bible de Jérusalem, DDB, 1990.
[3] Aristote, Organon, V, Les Topiques, Vrin, 1987.
[4] P. de La Briolle, La Réaction païenne, vol II, 1934.
[5] Le Nouveau Testament, T. B. S., 1988.
[6] P. Grimal, La civilisation romaine, Arthaud, 1960.
[7] Saint-Cyran, La Somme des fautes et faussetés capitales contenues en la Somme théologique du P. François Garasse, 1626. C’est dans ce gros ouvrage, qui en un seul volume assemble quatre tomes, que Saint-Cyran reproche à Garasse d’avoir « perverti les principales maximes de l’éthique, de l’économique, de la politique, non seulement de ceux qu’on a nommés sages parmi les païens, mais aussi des chrétiens ».
[8] M. Heidegger, Lettre sur l'humanisme, Aubier, 1980.
[9] Ibidem.
09:35 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, littérature, histoire, métaphysique, théologie, ésotérisme |
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