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vendredi, 01 mai 2009

L’Ordre noir des Illuminati !

 

ou la vérité cachée derrière une

fantasmagorie cinématographique anticatholique

intitulée ‘‘Anges et Démons’’

 

 

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+ I L L U M  IA T I +

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Anges & Démons

est le vecteur de nombreux fantasmes

qui risquent de nuire aux croyances religieuses

 

 

Anges I.jpgLa recette du roman de Dan Brown ‘‘Anges et Démons’’ , adapté pour le cinéma, et dont l’énorme bruit médiatique est difficilement évitable, tient en quelques lignes : une secte antichrétienne, les Illuminati, veut détruire le Vatican… A Rome, alors qu’un conclave est réuni pour élire un nouveau pape (l’ancien a été évidemment assassiné !), au coeur du Vatican une invention menace d'annihiler la cité sainte. Les Illuminati, société secrète qui fut créée pour venger la mémoire du savant Galilée (1564-1642), semblent enfin tenir leur revanche sur leur ennemi de toujours : l'Église catholique. Le compte à rebours est lancé. Les héros peu crédibles de cette bouffonnerie stupide, se jettent donc dans une course folle au travers des rues de Rome à la recherche du refuge secret des Illuminati, ultime chance de sauver le Vatican.

 

 

 

Le problème, car il y en a bien un qui justifie cette note, c’est que les ingrédients de cette  ridicule et médiocre fiction brownienne sont présentésanges-demons-affiche-censuree-3.jpg comme autant de vérités historiques, et que les thèses stupides qui sont présentées dans cet opus de mauvais goût, risquent fort de devenir, pendant un temps, le nouveau credo des ignorants, faisant que le livre et le film risquent de remplacer la « Bible » pour tous ceux qui regardent l’Eglise comme une puissance mafieuse qui cache, depuis des siècles, de sombres secrets. D’ailleurs, pour mieux jouer sur l’ambiguïté, au début du récit, l’auteur explique doctement à son public émerveillé : « Tous les tombeaux, sites souterrains, édifices architecturaux auxquels se réfère cet ouvrage existent bel et bien. Quant à la confrérie des Illuminati, elle a aussi existé… » Nous voilà rassurés !

 

Un thriller pseudo théologique

Certes tout est très classique dans Anges et démons, qui n’a pour seule originalité en tant que médiocre thriller appuyé sur des effets spéciaux lourdingues, que celle d’utiliser le décor fascinatoire du Vatican comme toile de fond. Nous le savons, des dizaines de cinéastes, sachant le caractère attractif du mystérieux catholique sur les gogos, s’y sont essayés depuis des décennies, avec des succès variables et, comme toujours, en usant des grosses ficelles du métier pour faire de l’audience. Le problème, c’est que Dan Brown risque d’embarquer avec lui, dans un monde dominé par la crasse ignorance, des millions de lecteurs sans culture religieuse, ce qui est beaucoup plus grave

 

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La secte des Illuminati a bien existé…


Dans le Da Vinci Code, Dan Brown nous apprenait sans rire, que Jésus et Marie-Madeleine s’étaient aimés et avaient conçu une descendance. Avec Anges et démons, il nous explique que les avancées de la science vont bientôt permettre de percer le secret de la création du monde, ce dont, évidemment, l’Eglise craint la révélation car cela remettrait en doute ses dogmes. Ainsi, les Illuminati, qui comme chacun sait rongent leur frein depuis des siècles, sentent que l’heure est venue pour eux de sortir de leur clandestinité et de divulguer à la face du monde ce que l’Eglise nous cache.

Marco Fibbi, attaché de presse du Vatican, déclarait avec mécontentement : « En temps normal, nous lisons les scénarii qui nous sont proposés. Là, ce n'était pas nécessaire. Le nom de Dan Brown nous a suffit. La plupart des films reçoivent des autorisations tant qu'ils respectent la tradition de l'Église. Anges & Démons est le vecteur de nombreux fantasmes qui risquent de nuire aux croyances religieuses les plus simples. Comme cela a été le cas pour The Da Vinci Code. » De son côté, le président de la Ligue Catholique pour les Droits Civils et Religieux, William Donohue, s'est emporté dans une tribune sur le New York Daily News en ces termes : « Un défi en particulier attend notre nouvel évêque. Dan Brown et Ron Howard ont une nouvelle fois collaboré pour s'attaquer à l'Église catholique avec des fabulations méprisantes. Le message véhiculé est diffamatoire : l'Église catholique qui a combattu pour l'ouverture des Universités au Moyen Âge plus que n'importe quelle institution y est décrite comme le chantre de l'obscurantisme. (…) Ron Howard est fou de penser que le Vatican pourrait aimer son travail. Un prêtre canadien en civil s'est infiltré dans l'équipe pendant le tournage à Rome et nous a rapporté combien ils détestaient le catholicisme. Il est temps d'arrêter de raconter des bobards. ». Enfin, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican a déclaré que le film était : « un pot pourri de mensonges, un cocktail d'inventions fantasmagoriques. »

Logiquement, le Vicariat de Rome n’a donc pas voulu collaborer au film, les producteurs américains, peu scrupuleux, n’ayant pas hésité à demander aux responsables de l’Eglise catholique à Rome l’autorisation de tourner des scènes dans les églises de Santa-Maria del Popolo et de Santa-Maria della Vittoria. Le Père Marco Fibbi, responsable du bureau de presse du diocèse de Rome, déclara ainsi à la revue italienne « TV Sorrisi e Canzoni » : « Nous prêtons souvent nos églises à des productions qui ont une finalité ou une compatibilité avec le sentiment religieux. Mais le diocèse de Rome ne le fait pas quand un film a une ligne fantaisiste qui blesse le sentiment religieux commun ».

 

Une vérité historique

 

reaa30.jpgOr, ce qui est intéressant, c’est que la secte des Illuminati a bien existé, mais à la fin du XVIIIe siècle. Rien à voir, donc, avec Galilée, décédé deux siècles plus tôt. Et encore moins avec Le Bernin, de son vrai nom Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), célèbre artiste, qui aurait été, selon les fantaisistes thèses de Dan Brown, un des membres les plus influents de la secte. Le jeu de piste à travers la Rome contemporaine, imaginé par Dan Brown pour retrouver la fameuse bombe, reposant entièrement sur les œuvres (et donc la complicité) de l’artiste, relève d’une imagination fertile et fantaisiste, l’écrivain américain prenant des libertés incroyables avec la vérité historique pour se livrer à des élucubrations grotesques.


Mais la manipulation rencontre néanmoins une trace de vérité : les Illuminati, venant de la franc-maçonnerie, travaillent bien à fomenter depuis le XVIIIe siècle un gigantesque complot contre le Vatican. Faisant que depuis plusieurs siècles, les « initiés » infiltrent tous les rouages du « pouvoir mondial » pour imposer leur vision laïque et déchristianisée de l’Univers, ce qu’ils sont parvenus à réaliser de façon remarquable.

 

 

 

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Le Bernin aurait été, selon Dan Brown,

un membres des Illuminati

 



En effet, les Illuminés de Bavière (ou Illuminati), en allemand der Illuminatenorden, furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt [1], elle eut à faire face à des dissensions internes avant d'être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785. sceau%20de%20salomon.jpg

 

De nombreuses théories démontrèrent le rôle joué par les Illuminati dans la Révolution, et mirent en lumière le fait que l'ordre des Illuminati survécut à son interdiction et qu'il serait responsable, outre de la Révolution française, mais de nombreux complots contre l'Église catholique.

 

 

 

 

 

 

 

 

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« Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée :

le plus possible et le plus vite possible. »

 

 

Croix.jpgPar exemple, les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme de l'abbé Augustin Barruel (1741-1820) [2] soutiennent une théorie selon barruel.jpglaquelle les Illuminés de Bavière d’Adam Weishaupt, infiltrèrent la franc-maçonnerie [3] afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, de manière à libérer l'humanité de la superstition et des mythes de l’Eglise.

 

Cette thèse, montre que la Révolution française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminés et les jacobins. Et il faut reconnaître que les Illluminati, porteur d’une ténébreuse doctrine, voulaient remplacer toutes les religions par l’humanisme et mettrent à mort les tyrans.

 

Barruel démontre, que la Révolution a été préparée dans les loges maçonniques [4], et suivant les instructions secrètes des Illuminés de Bavière ou Illuminati.

 

 

Leur but avoué était de :

 

 

- détruire la famille par la suppression du mariage,

- anéantir l'autorité paternelle et maternelle par la main-mise de l'état sur l'enfant,

- la suppression de la propriété privée par le monopole d'état et le collectivisme et au besoin par la spoliation brutale"...

- l'établissement d'un "gouvernement dominateur universel".

 

 

Les Illuminati déclaraient :

 

"Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible."
"La grande force de notre ordre réside dans sa dissimulation."

 


Le pervers projet des Illuminati

 

 

Adam_Weishaupt01.jpgCette organisation pyramidale se constitua en franc-maçonnerie, et son fondateur, Weishaupt y porta le titre de « Général » assisté par un « Conseil Suprême » formé de ses premiers compagnons, qu'il appelait « aréopagites ».

 

Seule la direction de l'organisation connaissait ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » devaient observer une période probatoire d'environ deux ans avant d'accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprenait des thèmes et des dénominations de l'Antiquité. Le recrutement resta limité à la Bavière et ne dépassa pas quelques dizaines de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décida de renforcer son organisation en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « La Prudence » .

 

 

 

 

 

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On pourrait se débarrasser des Prêtres

par la restauration de la religion naturelle,

et réunir les hommes dans une seule société

en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité

 

 

 

Dans son ouvrage, l’abbé Augustin Barruel prédisait fort justement :

 

 

- « Le Dieu que votre apostasie irritait chaque jour, laissa cette nuée de sophistes s'enfoncer dans l'abyme des Loges; et là, sous le voile des jeux maçonniques, les adeptes réunirent leurs conspirations contre l'Autel, contre le Trône, contre toute grandeur. Les adeptes se multiplièrent autant que les sophistes. Sous les auspices d'un nouveau sage, ajoutant l'impiété à l'impiété, les blasphème au blasphème, se forma, sous le nom d'Illuminés, une nouvelle secte, méditant, comme le héros de votre apostasie, d'écraser Jésus-Christ; et comme les élèves de ce héros, jurant de vous écraser vous-mêmes; et comme toutes les sectes des brigands, d'écraser tout empire des lois. » [5]

 

Mais on lira surtout avec attention la doctrine des Illuminati à l’égard du christianisme, et ce en quoi consistaient ses projets vis-à-vis de la religion et de l’Eglise.

 

On constatera avec surprise, combien les vues exprimées par Weishaupt et ses adeptes se sont accomplies d’une manière impressionnante :

 

 

- « Le grand mystère de l’Ordre par rapport à la Religion, consistait dans la doctrine : que le christianisme n’était fondé que sur l’imposture et la superstition et qu’en récompense le Déisme, la re1igion de la Raison ou le Naturalisme, étaient la vraie religion. les principes qu’on avait établis sur la Religion, ne tendaient qu’à anéantir les prêtres auxquels on donnait le titre d’imposteur ; ceux du système politique, qu’on avait posés devaient détruire tous les princes qu’on appelait tyrans et oppresseurs. On les traita tous les deux de méchants auxquels l’Ordre devait faire une guerre continuelle pour s’en débarrasser comme de personnes tout à fait inutiles et pour les faire disparaître de la surface de la terre. Les autres règles et maximes qu’on avait prescrites étaient conformes à ces principes.

 

[…]

 

- Par rapport à la Religion on substitua au Christianisme le Naturalisme ; et pour tromper ceux qui avaient encore de la vénération pour le nom de Christ et pour le Christianisme, et qui se seraient éloignés en tremblant q’ils avaient vu que pour être Illuminés il fallait rejeter le Christianisme ouvertement, on ne laissa pas d’insinuer que Jésus-Christ lui-même n’avait pas eu d’autre but que de faire valoir la religion naturelle et de la rendre universelle et qu’on exécuterait son plan, si l’on travaillait à la restauration de cette religion, toujours empêchée par les Prêtres qui, par là, avaient donné l’origine à tant de sectes chrétiennes. On avança hardiment que c’était l’esprit du Christianisme et qu’il avait été transmis par le canal de la discipline secrète (disciplina arcani) et de la maçonnerie aux Illuminés, qui pouvaient se glorifier avec raison d’être en effet les seuls chrétiens. Pour prouver ces choses extravagantes et dangereuses, on ne manqua pas de pervertir le sens de plusieurs passages de la Sainte Ecriture et d’interpréter en mal les hiéroglyphes de la maçonnerie…

 

 

 

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Toute religion révélée n’est que du Non-Sens,

tout pouvoir ecclésiastique

n’est qu’une usurpation des Droits de l’homme

 

[…]

 

On pourrait se débarrasser des Prêtres par la restauration de la religion naturelle et réunir les hommes dans une seule société en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité… Cette Secte infernale avait pris pour fondement de son Système la proposition fausse et dangereuse qu’une bonne intention était suffisante pour justifier et sanctifier chaque action quels que fussent les moyens dont on se servit pour la faire. En conséquence de ce principe les Illuminés se permirent les ruses les plus atroces, pour exécuter les desseins qu’ils avaient formés contre la Religion … leur projet était de détruire le Christianisme, Toute religion prétendue révélée n’étant que du Non-Sens, tout pouvoir ecclésiastique n’est qu’une usurpation injuste et dérogeante aux Droits de l’homme. Il faut absolument délivrer le genre humain de cet empire de l’imposture. Voilà le premier but de l’Ordre ; pour y atteindre la première chose à laquelle il faut s’obliger par serment, c’est la haine du Culte quelconque..

 

 

[…]

 

 

L’inscription qu’on pourra mettre sur les ruines des trônes,

des débris des autels et les monceaux de cendres qui couvriront

en peu de temps toute l’Europe,

peut être conçue dans ces deux mots :

‘‘L’ouvrage de l’Illuminatisme !’’ » [6]

 

 

 

 

 

Notes

 

 

[1] Né le 6 février 1748 a Ingolstadt, en Allemagne, Adam Weishaupt, juif ashkénaze, fut converti au catholicisme et reçut l'enseignement des jésuites. Après ses études, il devint en 1775 professeur de droit canonique à l'Université d'Ingolstadt, en Bavière. En 1777, il fut initié à la loge Théodore du Bon Conseil, à Munich. Il créa au sein de l'université où il enseignait un mouvement rebelle qui lui fit perdre sa chaire. La conspiration des Illuminés de Bavière, dont il n'était probablement pas le seul auteur, fut mise au jour en 1785. Après 18 mois d'enquête difficile, tant l'administration bavaroise avait été infiltrée par ses adeptes, il fut banni d'Allemagne en 1787. Il est décédé le 18 novembre 1830 à Gotha et renia toujours de la foi catholique.

 

[2] Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 5 vol., P. Fauche, 1798-1799. Rééditions : Hambourg, P. Fauche, 1803 ; Édition revue et corrigée, 1818 ; Abrégé par E. Perrenet éd. Paris, La Renaissance française, 1911 ; avec un introduction de Christian Lagrave, Diffusion de la pensée française, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 1974 ; Extraits sous le titre : Spartacus Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière, Ventabren, Les Rouyat, 1979 ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989 ; Éditions de Chiré, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 2 t., 2005. Historien et jésuite français, né le 2 octobre 1741 à Villeneuve-de Berg (Vivarais) où il mourut le 5 octobre 1820. A. Barruel entra dans la Compagnie de Jésus, séjourna en Autriche, Bohême, Moravie, Italie, Rome, etc. Il revint en France à la dissolution de son Ordre et se consacra tout entier aux travaux philosophiques et historiques. Il a été un des premiers historien à dénoncer, non sans mal, les origines maçonniques et véritablement diaboliques de la Révolution Française. Plus les jours devinrent mauvais, plus l'abbé Barruel déploya de zèle et de vigilance... Traqué et poursuivi, il dut se réfugier en Angleterre... Il y publia une Histoire du Clergé pendant la Révolution. C'est là aussi, à Londres, qu'il conçut et commença à publier son grand ouvrage: Mémoires pour servir à l'Histoire du jacobinisme (1797-1798). Pendant l'Empire, il se tint à l'écart. Napoléon le soupçonna d'avoir propagé le Bref de Pie VII et le fit emprisonner à l'âge de 70 ans. Il fut inquiété de nouveau sous les Cent Jours. Sur lui, pèse, bien entendu, la conspiration du silence qui poursuit tous ceux qui se sont attachés un peu sérieusement à démasquer les agissements de la Secte. (Cf. Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220, note 113).

 

[3] La maçonnerie, comme il est prouvé par les documents historiques de cet Ordre, s’était éloignée immensément au XVIIIe siècle de sa Constitution chrétienne primitive. Rejetant les fondements spirituels religieux qui étaient à sa base, elle avait dévié vers un déisme favorisant l’indifférentisme et l’éloignement à l’égard de l’Eglise. Toutefois, on se gardera d’identifier le terme d’ « Illuminés », employé pour désigner les membres du mouvement dirigé par Adam Weishaupt (1748-1830), à une quelconque marque de sensibilité transcendante ou « mystique ». En effet, les « Illuminés » de Weishaupt étaient, tout au contraire, habités par un unique souci, fort concret et matériel, celui d’établir, par la violence et la déchristianisation, un modèle utopique de société basé sur la justice sociale et l’égalité.

 

La secte des illuminés de Bavière était structurée et organisée en trois classes et treize grades :

 

1. Première classe – Pépinière :

* Cahier préparatoire

* Noviciat

* Minerval

* Illuminé Mineur

2. Deuxième classe – Franc maçonnerie:

* Apprenti

* Compagnon

* Maître

* Illuminé Majeur ou Novice Ecossais

* Chevalier Ecossais

3. Troisième classe – Mystères:

* Petits Mystères- Prêtres

* Petits mystères- Princes

* Grands Mystères- Mages

* Grands Mystères- Roi

 

[4] Dan Brown parle des visées expansionnistes du groupe aux Etats Unis dans les termes suivants : "Les Illuminati procédèrent par infiltration et aidèrent des banques, des universités et des industries pour financer leur but ultime : la création d'un seul Etat mondial unifié - une sorte de Nouvel Ordre mondial séculier". D'autres parlent de procédés criminels, chantage, assassinat, contrôle des banques, corruption, infiltration de secteurs stratégiques... Une vaste conspiration mondiale, une entreprise de corruption vers l'incroyance.

 

[5] Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 289-291.

 

[6] Histoire de l'Illuminisme par le Dr Starck à l'intention du père Barruel, 1797, in M. Riquet, Augustin de Barruel, un Jésuite face aux jacobins francs-maçons, Beauchesne,1989, pp. 150-190.

 

 

 

 

 

 

mardi, 20 juin 2006

Tout le monde est coupable

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HORS DE L’INEXORABLE ETREINTE

 

 

 

Le Cercle rouge

Réalisé par Jean-Pierre Melville
 
 
 
 
 
 
 
 
 André Bourvil à contre-emploi en commissaire rompu à la routine de méthodes policières pas toujours avouables, Gian Maria Volonte en criminel endurci, Alain Delon hiératique, amer et désabusé, Yves Montand en ex-policier passé au banditisme et que ne cessent de hanter ses démons, François Périer en truand contraint de forfaire à son honneur ; tous sont amenés, inexorablement, à se rejoindre à l’occasion du cambriolage d’une grande bijouterie parisienne. Un film noir habité par des hommes sombres et solitaires, prisonniers de leur destin. Une citation de Rama Krishna ouvre le film : « Layamuni le solitaire dit Sidartagantama le sage dit le Bouddah se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit : Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge ». Le Cercle rouge témoigne de la fidélité du réalisateur à cet aphorisme et donne à voir tous les ingrédients du film noir à la manière de Melville : la nuit, des policiers et des truands figurent les bons et les méchants. Dans leur succession, les séquences parallèles et la symétrie des plans laissent pressentir que ces hommes, dont on dresse de rapides portraits, vont se rencontrer. Sans beaucoup de suspens, ce film sombre et clos évoque la question de l’ordre, de la police, de la loi et de la justice dans leur rapport avec le désordre et la transgression par le crime. Sont aussi présents les thèmes chers à Jean-Pierre Melville : l’échec, la solitude, la trahison et la faute. Les premières images rappellent le début d’Un condamné à mort s’est échappé que Robert Bresson a réalisé quatorze ans plus tôt : même absence de dialogues, seulement les changements de régime du moteur. La voiture où ont pris place quatre hommes silencieux qui n’échangent entre eux que des regards fonce à toute allure dans la ville obscure. L’automobile transporte un prisonnier. Dans le film de Bresson, la tentative d’évasion échoue. « Le vent souffle où il veut » (sous-titre du film) car c’est à l’homme de « communier à son destin » (P. Teilhard de Chardin) par le jeu de ses actes et de sa volonté pour devenir un être libre. Dans Le cercle rouge, le prisonnier ne tente rien dans le véhicule. C’est d’abord l’interdit de la loi qui est transgressé. Car le temps presse et il faut être à la gare à l’heure. Un feu de signalisation passe au rouge à un carrefour. Le conducteur décide de ne pas s’arrêter. « Tant pis pour le rouge, je passe », dit-il pour lui-même et pour les passagers. L’accident est évité de justesse avec une automobile engagée dans le carrefour. Assis à l’arrière, à côté de Gian Maria Volonté, Bourvil laisse transparaître l’expression d’un malaise. S’il consent, il n’acquiesce pas. Même si le motif est compréhensible, l’interdiction du feu rouge n’a pas été respectée. L’ordre a été bafoué par ceux qui en sont les gardiens : transgression grave... Dès lors que tous les hommes succombent au viol de la loi, l’on ne saurait maintenant être surpris qu’un prisonnier qui cherche à s’échapper parvienne à le faire. Dans le train, si le prisonnier entravé ne dit mot, s’il ne demande rien, pas même d’être dégagé, s’il feint de dormir, c’est d’abord car il pense à s’échapper. Entre les policiers et bandits qui s’affranchissent de la loi, quelle distinction opérer ? L’humanité. Le commissaire, lié par des menottes à son prisonnier qu’il va livrer à la Justice, est un homme grave ainsi que le montre la longue scène de la couchette. Il hésite à offrir une cigarette au prisonnier qu’il accompagne et l’on soupçonne, sinon sa sympathie, son humanité. De son côté, le prisonnier ne manifeste rien. Vue du dehors, la marche du train dans la nuit est comme la marche vers le destin respectif de ces deux hommes opposés l’un à l’autre. Placés côte à côte, ils illustrent à la fois la faible distance qui sépare la loi de sa transgression et ce qui fonde leur différence. Dans la suite, seul le commissaire fait encore preuve d’humanité. Séparé de son prisonnier qui parvient à s’échapper en sautant du train en marche, il consent d’un air las à la poursuite. Malgré une véritable chasse à l’homme, la police ne reprend pas le fuyard. Cet échec paraît faire écho au malaise provoqué par cette poursuite d’un homme seul alors que retentissent derrière lui les aboiements des chiens policiers. Il appelle un autre échec. Le plan qui montre un homme emprisonné rappelle l’échec de la loi au travers de l’échec de la prison : un prisonnier ne peut s’y amender dès lors que l’un des gardiens lui rappelle la vanité de toute tentative de réinsertion et lui propose l’occasion d’un nouveau crime. Est-ce une fatalité ? L’homme est-il toujours mauvais ? Cette idée justifie l’attitude de la police. C’est à elle que revient la tâche d’arrêter les criminels. Ce que tous les hommes seraient en puissance. Sommé de retrouver fuyard, le commissaire est convoqué par son directeur. Il est lui-même soupçonné par ce dernier, porteur d’un regard désabusé sur l’homme. Tout le monde est coupable... La Police est donc mue, non par un souci d’action en faveur de la justice, mais par la nécessité d’entraver tous les hommes inexorablement entraînés vers la chute. Sans même la confiance de son supérieur, le commissaire est, comme tous les personnages du film, un homme seul, ainsi que le prouve répétition des scènes de son retour à son domicile. Lorsqu’il rentre, il n’a comme seuls interlocuteurs que ses chats. Seul apaisement, le bain qu’il fait couler après une rude journée. Il fait son métier comme doivent le faire des policiers : avec le souci de la continuité mais pas toujours selon des moyens recommandables. Face au poids de cette fatalité, qu’un détenu en revienne au crime n’a rien d’étonnant. Corey est un homme seul. Il « retombe » car il n’a plus rien à espérer et il a déjà été trahi. Seul, en prison, il n’a pas reçu le soutien de ses ex-complices du crime ; plus encore, la femme qu’il aimait l’a délaissé. De l’amour de celle-ci, il ne subsiste que deux photographies qu’il abandonne au greffe de la prison. La confirmation de cette double trahison est confirmée lorsque l’ancien détenu se rend au domicile d’un ancien complice. Celui-ci tarde à ouvrir et feint la joie des retrouvailles alors que la femme infidèle est dans son lit et qu’elle reste dissimulée. La situation traduit une idée de Melville. Ce qui a pu réunir des hommes, c’est moins une amitié que des intérêts communs, au moins pour un temps. Poursuivi par la fatalité et par les hommes de main du bandit félon, Corey doit de nouveau commettre un crime. Il lui faut tuer l’un d’entre eux pour s’échapper. Deux histoires, jusque-là parallèles, peuvent se rejoindre. Alors qu’il se dirige en voiture vers Paris, cet ancien détenu de nouveau criminel sauve le fuyard traqué par la police. Un peu plus tard, c’est le fuyard qui sauve à son tour l’ancien détenu menacé par ses poursuivants. Unis par la fraternité d’un mutuel secours autant que par un intérêt commun, les deux bandits s’associent comme malfaiteurs. Ils cambriolent la bijouterie ainsi que l’a suggéré le gardien de prison. Comme par cercles concentriques, car ils ont besoin d’un tireur d’élite, ils font appel à un ancien de la police. Celui-ci l’a quittée pour avoir basculé du côté des criminels. Il est en proie aux cauchemars et sa situation est celle d’un fou isolé. L’alcoolisme est la seule voie d’apaisement car il s’imagine assailli dans ses délires par toutes sortes d’animaux horribles. Quel regard porter sur ce long film aux images d’hommes, toujours contre leur gré, inexorablement entravés, emprisonnés, sinon prisonniers d’eux-mêmes ? Dans ce désespoir étouffant où tous les hommes sont pris dans Le cercle rouge de la fatalité qui écrase tout, quelle place pour l’espoir et, bien au-delà, l’espérance ? La mort des protagonistes semble jeter le dernier trouble. À l’exception d’un seul tourné vers le ciel, les autres trouvent la mort en tombant face contre terre. C’est au spectateur de dépasser le jeu des acteurs pour retrouver l’idée dans la vérité de l’image. Grâce au jeu impeccable des artistes sur l’écran, « les personnages existent avant les acteurs », comme le faisait remarquer Louis Jouvet pour le théâtre. Il faut saisir dans ce bloc de souffrances, de peines et de désespoirs, les quelques éclairs (d’idéal ou de grâce ?) capables de ravir ces personnages aux ténèbres de l’abandon. Ces éclats de lumière sont à chercher dans de rares interstices. Ce peut être d’abord le mouvement hésitant et retenu du commissaire à l’égard du prisonnier qu’il accompagne. L’affection et la tendresse que le policier porte à ses chats ne peuvent seuls suffire. La révolte et la résistance du truand, qui se veut un bandit d’honneur en s’interdisant par principe de trahir ou qui refuse son concours au commissaire, car il a confiance en son fils que la police entend impliquer pour le faire céder, marquent des sursauts d’humanité dans ce qu’elle a de grand. L’optimisme, pour ne pas dire la confiance ou la foi, pourrait aussi laisser espérer en un amour qui ne tourne pas toujours mal lorsque la fidélité entre un homme et une femme survit par-delà les épreuves. « L’image » est certes hors de l’écran ; l’espoir porte hors du champ de la caméra, dans cette autre réalité que le cinéaste ne montre pas mais qui, grâce à lui, se révèle. Comme en creux, timidement suggéré au travers des images, l’espoir ressort d’un regard humain du spectateur sur le film. Car ce qui porte l’espérance à l’œuvre, c’est la compassion pour l’homme qui fuit, fugitif désarmé, démuni jusqu’à se dénuder, traqué par le grand nombre des policiers aidés de chiens. Sinon, à n’en pas douter, les images de cet homme, et avec lui de ces hommes exposés à la triste fatalité, seraient le triste spectacle du seul doute et de l’inexorable désespoir. À cause de son caractère massif, cette œuvre dramatique laisse paradoxalement entrevoir que c’est au travers de quelques gestes, et grâce à eux d’abord, que peut s’insuffler l’espoir d’une autre réalité, hors de cet univers obscur et clos dans lequel les hommes sont sans prise sur leur destin ; celle d’un monde plus lumineux régi par d’autres règles, d’autres lois. C’est dans le contrechamp, hors de l’écran du Cercle rouge, dans son dépassement, que des hommes - et des femmes - inventent et vivent jour après jour et de haute lutte une vie certes souvent ponctuée d’échecs mais aussi jalonnée d’espoirs pas toujours déçus. Cette existence se dessine à partir du Cercle rouge. Dans ses images de la résistance au fatalisme et à la séduction qu’il peut susciter, comme en un contrepoint. En saisissant dans les moindres interstices du film-testament de Jean-Pierre Melville, ces pistes qui sont autant de voies de salut, le spectateur peut imaginer l’homme échappant, par sa volonté et ses actes que ne peut annuler la réalité de ses limites, à l’inexorable étreinte du Cercle rouge.

 

 

Philippe Rocher

19:40 Publié dans Du mal, Septième Art | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Le cercle rouge, Jean-Pierre Melville, Cinéma, réflexion |  Imprimer | | | | | Pin it!