jeudi, 05 janvier 2012
L’Eglise est une monarchie de droit divin
« La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit
se complètent et s'achèvent mutuellement,
elles proviennent d'un seul et même Sauveur. »
Pie XII, Mystici Corporis, 1943.
Première Partie :
1. La nature ontologique de l’Eglise
L’une des plus graves erreurs contemporaines, erreur si caractéristique de notre siècle dans lequel triomphent l’individualisme et le subjectivisme, est sans conteste l’hérésie schismatique connue sous le nom de « sédévacantisme », qui substitue aux critères catholiques du droit divin ecclésial les fausses lumières du raisonnement privé et du libre-examen, conférant qui plus est à ces lumières erronées surgies de l’intelligence personnelle incompétente en ces matières touchant à l’infaillibilité, un pouvoir juridictionnel, une autorité délibérative et une puissance exécutoire au mépris de toutes les lois traditionnelles de l’Eglise catholique.
Pourtant, c’est oublier que l’Eglise a été fondée sur un droit lui-même fondateur et constitutif : le « droit divin » par lequel Jésus a confié à Pierre la garde de son Eglise (Matthieu XVI, 16), ce qui explique pourquoi tout est soumis au droit divin dans l’Eglise, les hommes, les sacrements, les institutions, et en premier lieu l’élection pontificale elle-même, ceci signifiant que toute expression de la foi de l’Eglise dépend, est codifiée, régie par le droit divin qui est la source ontologique de la légitimité de la sainte société instituée par Jésus-Christ, et que nul ne peut, sous peine de péché grave, du haut d’un imaginaire tribunal individuel, s’y soustraire ou ne pas en respecter les saintes règles sans contredire coupablement le principe sacré d’autorité.
I. L’Eglise est fondée sur de droit divin
Mgr Thomas Gousset (1792-1866) qui fut cardinal-archevêque de Reims, de pieuse mémoire, a su rappeler en son temps les principes fondateurs du droit divin : «La religion chrétienne est divine c’est Jésus-Christ lui-même qui a fondé l’Eglise qui porte son nom, et cette Eglise doit, aux termes des prophètes et de l’Evangile, durer autant que le monde ; elle est pour tous les temps et pour tous les peuples. L’Eglise est une société ; elle a par conséquent un gouvernement, un ordre hiérarchique qui distingue ceux qui enseignent de ceux qui sont enseignés, ceux qui gouvernent de ceux qui sont gouvernés. Cette société est nécessairement extérieure et visible ; elle est d’ailleurs une, sainte, catholique et apostolique. […] Les principales propriétés de l’Eglise sont l’autorité, la visibilité et la perpétuité, l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité. Ces propriétés sont toutes renfermées, les trois premières implicitement, les quatre dernières explicitement, dans ces paroles du symbole du premier concile œucuménique de Constantinople de l’an 381 : ‘‘Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique’’… la visibilité et la perpétuité sont donc, comme l’autorité, des propriétés de l’Eglise. » [1]

« La visibilité et la perpétuité sont donc,
comme l’autorité, des propriétés de l’Eglise. »
- Mgr Thomas Gousset -
Mais de quelle forme de gouvernement Jésus a-t-il souhaité pour son Eglise ? La réponse tout fidèle catholique devrait la connaître : le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué une monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin », face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme.
L’Abbé Boulanger l’exprime ainsi : « Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église. Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté et que, de ce fait, il avait la plénitude des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. » [2]
De ce fait que représente le pape qui est à la tête de l’Eglise ?
La réponse est évidente : « Pierre, et tous ses successeurs
représentent la personne de Jésus-Christ, comme le vice-roi représente le roi. Pierre et ses successeurs président l’Eglise universelle en monarques ; c’est pourquoi ils sont le principe de l’unité de l’Eglise, qui est le royaume de Jésus-Christ. Car de même qu’il n’y a qu’un empire là où il n’y a qu’un empereur, qu’un royaume là où ne règne qu’un roi, un monde que Dieu a fait et gouverne, un ciel qu’éclairci un soleil ; ainsi l’Eglise ne serait pas le seul royaume visible de Jésus-Christ, si elle n’avait un seul chef visible, à qui tout entière elle se soumît, et qui la gouvernât ; ce chef, c’est Pierre et chacun de ses successeurs. Le privilège de Pierre est que son pouvoir passe d’âge en âge à ses successeurs ; les autres patriarches disparaissent, lui demeure le même, il traverse les siècles et demeurera jusqu’à la fin du monde. » [3]
II. Le droit divin est la source de tout pouvoir dans l’Eglise
Ceci exposé, comment s’établit la source de la légitimité juridique au sein de l’Eglise, permettant de légiférer, décider, ordonner et gouverner ?
De nouveau Mgr Gousset nous l’explique : « La puissance spirituelle du pape vient de Jésus-Christ ; c’est l’Esprit-Saint qui a établi le pape pour gouverner l’Eglise de Dieu. Or, c’est un dogme catholique que le pape, une fois légitimement élu, reçoit immédiatement de Jésus-Christ, avec le titre de successeur de saint Pierre, les clefs du royaume des cieux, avec le plein pouvoir de paître les agneaux et les brebis, de régir et de gouverner, non une partie de l’Eglise ou une Eglise particulière, mais toutes les Eglises ou l’Eglise universelle. […] L’Eglise, dont le pape est le chef, est une vraie monarchie. Gerson n’hésite point à déclarer hérétique et schismatique quiconque nierait que le pape a été institué de Dieu surnaturellement et immédiatement, et qu’il possède une primauté monarchique et royale dans la hiérarchie ecclésiastique. Il enseigne que l’Eglise a été fondée par Jésus-Christ sur un seul monarque suprême ; que la puissance ecclésiastique dans sa plénitude est formellement et subjectivement dans le seul pontife romain, et qu’elle a été donnée surnaturellement par Jésus-Christ à Pierre comme vicaire et au souverain monarque, pour lui et pour ses successeurs, jusqu’à la fin des siècles (De potestate ecclesiastica, consid. X.). » [4]
De son côté Cajetan écrit :
« Pour comprendre la nature du régime de l’Eglise, il n’y a qu’à regarder ses commencements. Elle n’a point débuté par quelques individus ni par une communauté quelconque. Elle s’est groupée autour de Jésus-Christ, son chef, sa tête, de même nature qu’elle, d’où lui venaient la vie, la perfection, la puissance. Ce n’est pas vous, dit-il, qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. Dès la naissance de l’Église, son régime apparaît donc nettement. L’autorité ne réside point dans la communauté, on ne la voit point se transporter, comme dans l’ordre civil, de la communauté jusqu’à un ou jusqu’à plusieurs chefs. Par nature et primordialement, elle réside dans un seul prince reconnaissable. Comme ce prince est le Seigneur Jésus, qui hier, aujourd’hui et dans tous les siècles doit vivre et régner, il résulte qu’en droit naturel c’était à lui, et pas à la communauté ecclésiastique, qu’il appartiendrait au moment de l’Ascension de se choisir un vicaire, dont le rôle serait non pas de représenter la communauté ecclésiastique née pour obéir, non pour commander, mais de représenter un prince dominateur par nature de la communauté ecclésiastique. Voilà donc ce qu’a daigné faire notre Sauveur lui-même lorsque, après être ressuscité, avant de s’en retourner dans les cieux, il élut, comme le marque saint Jean, l’unique apôtre Pierre pour son vicaire. Et de même qu’en droit naturel le prince de l’Église ne tient pas son autorité de l’Église; pas davantage son vicaire, qui relève de lui, non de l’Église. » (Apologia de comparata auctoritate papce et concil11, cap. I, n 450- 452).

« Le gouvernement de l’Eglise est monarchique
en vertu même de sa constitution, qui est divine… »
Quelle est la conséquence d’une telle origine surnaturelle de l’Eglise ?
Tout simplement que l’Eglise, fondée sur le droit divin, obéit à des principes monarchiques lui conférant un caractère invariable, permanent, intangible et constant : « Il faut donc reconnaître que l’Eglise est, de droit divin, une vraie monarchie ; que le pape en est le chef suprême et le souverain, duquel découle tout pouvoir spirituel. (…) Le gouvernement de l’Eglise étant, comme l’Eglise elle-même, essentiellement un, perpétuel, invariable, est nécessairement toujours le même, c’est-à-dire toujours et nécessairement monarchique ; car il est monarchique en vertu même de sa constitution, qui est divine…Il est aujourd’hui ce qu’il était hier, et sera, jusqu’à la consommation des siècles, et ce qu’il a toujours été depuis le commencement, depuis le jour où Jésus-Christ a fait de saint Pierre le fondement de son Eglise, contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point, en même temps qu’il lui a confié les clefs du royaume des cieux, c’est-à-dire, le gouvernement de son Eglise. L’autorité vivante et infaillible ne se trouve que dans cette Eglise que Jésus-Christ a établie sur Pierre, le chef, le prince et le pasteur de toute l’Eglise. » [5]
Ceci implique nécessairement une vérité essentielle : « L’Eglise est constituée de telle manière qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuables ses pontifes légitimes, qui remontent sans interruption jusqu’à Pierre, étant héritiers de la même doctrine, de la même dignité, du même rang et de la même puissance. Où est Pierre, là est l’Eglise. Pierre parle par la bouche du pontife romain ; il vit toujours dans ses successeurs. C’est dans la chaire du bienheureux Pierre que Jésus-Christ a placé l’indestructible fondement de son Eglise. » [6]

« L’Eglise est constituée de telle manière
qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuables
ses pontifes légitimes,
qui remontent sans interruption jusqu’à Pierre… »
C’est cette doctrine du droit divin que l’on retrouve au cœur du dogme de l’infaillibilité promulgué lors du concile Vatican I, ainsi formulé dans Pastor Aeternus : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (Pie IX, Pastor Aeternus, 1870).
III. Le droit divin irrigue le Corps de l’Eglise comme réalité intrinsèque
Les sources scripturaires, patristiques et dogmatiques de l’Église montrent la liaison intime entre l’essence spirituelle de la société fondée par Notre Seigneur, et la loi de cette société, son droit qui est précisément, en raison de son caractère surnaturel : « droit divin ». Et ce « droit » ne provient pas de l’extérieur, il ne vient pas se greffer, s’agréger, se fixer sur l’Eglise, mais surgit, émane d’elle, est constitutif de l’organisation conférée par le Christ à son épouse. : « Les dénominations ordinaires des Livres Saints, tous ces Livres ensemble sont appelés ou entendus simplement par le mot Canon, d’où vient l’expression de Livres canoniques employée dans les Conciles. On voit dans le titre premier du premier Livre de ces Institutes, que Canon signifie règle : or les Livres qu’on appelle de ce nom, ‘‘canoniques’’, ne sont autre chose que la règle de notre Foi. » [7]
Nul rapport de dissociation entre le droit et l’être de l’Eglise, nulle fracture ontologique entre le « droit » et la « foi », aucune barrière théologique entre le fondement décisif et la règle juridique positive régissant la structure ; le lien intime est à ce point insécable, inséparable, que la foi de l’Eglise découle de son droit divin, de même que son droit, est issu de sa foi en Jésus-Christ reconnu en tant que Vrai-Homme et Vrai-Dieu.
Pie VI le dira avec force :
« La discipline de l’Église est l’expression de sa doctrine (…), il est bon d’observer d’abord la liaison intime que la discipline a souvent avec le dogme, combien elle contribue à conserver sa pureté…Tant d’exemples d’anathèmes lancés contre les infracteurs de la discipline, prouvent que l’Église a toujours cru qu’elle était étroitement liée avec le dogme. » (Pie VI, Quod Aliquantum, 10 mars 1791).
Ceci explique pourquoi la dimension institutionnelle de l’Eglise et sa juridicité sont intégrées, comme l’histoire du droit canon, dans l’examen de la constitution divine de l’Eglise catholique. Est-ce le respect de cela qui relèverait d’un « oubli » des critères de la vie surnaturelle ? Etrange idée en vérité, car la substance de la vie surnaturelle de l’Eglise lui est conférée par son Divin Fondateur qui l’assiste, lui insuffle cette vie et la transmet à chaque instant de son être propre, par la communication permanente et mystérieuse de sa grâce sur le plan existentiel et mystique. Ceci depuis la Pentecôte jusqu’à aujourd’hui, sans interruption, car cette assistance est une promesse du Seigneur.
D’ailleurs le Concile Vatican I affirme que Dieu a institué l'Église pour une fin surnaturelle, pour rendre éternelle l'œuvre de la rédemption des hommes, et explique que sa finalité détermine sa nature juridique et hiérarchique :
« Le Pasteur éternel et l'évêque de nos âmes (I Pierre II, 25), afin de rendre perpétuelle l'œuvre salutaire de sa rédemption, résolut d'édifier la Sainte Église en laquelle, comme dans la maison du Dieu vivant, tous les fidèles seraient unis par le lien d'une même foi et d'une même charité... De même donc qu'il a envoyé les Apôtres qu'il s'était choisi dans le monde (Jn XV, 19), comme Lui-même avait été envoyé par le Père (Jn XX, 21), de même il a voulu des pasteurs et des docteurs dans son Église « jusqu'à la consommation des siècles » (Matth. XXVIII, 20). » (Pie IX, Pastor Aeternus, 1870).
Léon XIII, rappelant que l’Eglise est le Corps du Christ, affirme également que les éléments juridiques, institutionnels de l'Église, sont unis et liés à la vie surnaturelle par la communication permanente de la grâce divine :
« Il s'ensuit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui, façonnant l'Église au
gré de leur fantaisie, se l'imaginent comme cachée et nullement visible ; et ceux-là aussi qui la regardent comme une institution humaine, munie d'une organisation, d'une discipline, de rites extérieurs, mais sans aucune communication permanente des dons de la grâce divine, sans rien qui atteste, par une manifestation quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu. L'une et l'autre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l'Église de Jésus-Christ que le corps seul ou l'âme seule est incapable de constituer l'homme. L'ensemble et l'union de ces deux éléments est absolument nécessaire à la véritable Église, à peu près comme l'intime union de l'âme et du corps est indispensable à la nature humaine. L'Église n'est pas une sorte de cadavre : elle est le corps du Christ, animé de sa vie surnaturelle. Le Christ Lui-même, Chef et Modèle de l'Église, n'est pas entier, si on regarde en Lui, soit exclusivement la nature humaine et visible, comme font les partisans de Photin et de Nestorius, soit uniquement la nature divine et invisible, comme font les Monophysites ; mais le Christ est un par l'union des deux natures, visible et invisible, et il est un dans toutes les deux ; de la même façon, son corps mystique n'est la véritable Église qu'à cette condition, que ses parties visibles tirent leur force et leur vie des dons surnaturels et des autres éléments invisibles ; et c'est de cette union que résulte la nature propre des parties extérieures elles-mêmes. » (Léon XIII, Satis Cognitum, 1896).
Enfin Pie XII explique que l'Église possède son droit et ses éléments juridiques voulus par Notre-Seigneur, ce qui lui confère une vie supérieure de par l'Esprit surnaturel :
«En conséquence, la signification exacte de ce mot nous rappelle que l'Église, qui doit être regardée comme une société parfaite en son genre, n'est pas seulement composée d'éléments et de principes sociaux et juridiques. Elle surpasse, et de beaucoup, toutes les autres communautés humaines ; elle leur est supérieure autant que la grâce surpasse la nature, et que les réalités immortelles l'emportent sur toutes les réalités périssables. Les communautés de cette sorte, surtout la société civile, ne doivent pas être méprisées, certes, ni traitées comme des choses de peu de valeur ; cependant l'Église ne se trouve pas tout entière dans des réalités de cet ordre, pas plus que l'homme ne consiste tout entier dans l'organisme de notre corps mortel. Ces éléments juridiques, il est vrai, sur lesquels l'Église, elle aussi, s'appuie et qui la composent, proviennent de la constitution divine donnée par le Christ, et servent à atteindre la fin surnaturelle ; néanmoins ce qui élève la société chrétienne à un degré qui dépasse absolument tout l'ordre de la nature, c'est l'Esprit de notre Rédempteur qui, comme source des grâces, des dons et de tous les charismes, remplit à jamais et intimement l'Église et y exerce son activité. L'organisme de notre corps est, assurément une œuvre merveilleuse du Créateur ; mais combien est-il dépassé par la haute dignité de notre âme ! De même la structure sociale de la communauté chrétienne, qui proclame d'ailleurs la sagesse de son divin architecte, est cependant d'un ordre tout à fait inférieur, dès qu'on la compare aux dons spirituels dont elle est ornée et dont elle vit, et à leur source divine. » (Pie XII, Mystici Corporis, 1943).
IV. L’élection du Pontife est un acte infaillible
Ainsi donc, si l’assurance pour l’Eglise et son institution de cette assistance de la grâce divine permanente
et perpétuelle est une vérité affirmée par le Christ, l’Ecriture Sainte et les enseignements dogmatiques des papes, comment imaginer que le lors de l’acte le plus solennel de sa vie, à savoir l’élection du successeur de saint Pierre, l’Esprit-Saint puisse faire défaut aux membres du Sacré-Collège ? Cette supposition absolument impie, réfutée par tous les docteurs de l’Eglise, est pourtant celle qui se retrouve dans les thèses schismatiques qui poussent certains à soutenir, avec une audace prodigieuse : « Dieu ne donne que sa grâce actuelle lors de l’élection et peut permettre l’élection d’un imposteur », ce qui, on en conviendra, relève de la plus épouvantable des erreurs sacrilèges anticatholiques !
Le troisième concile de Latran en 1179, s’occupant des lois à suivre pour l’élection des papes, fixera des règlements plus sévères encore que pour tout autre siège ministériel de l’Eglise. La raison qu’il en donnait étaient que, « lorsqu’il s’agit du pape de l’Eglise de Rome, il faut quelque chose de particulier, parce qu’il n’est point de supérieur auquel on puisse avoir recours. » Ainsi, « l'Ordo Rituum Conclavis » fera du Conclave tout entier un office liturgique, établissant des règles qui instituent des temps de prière et des précautions de clôture quasi-conventuelles, règles telles qu’on peut les retrouver dans des retraites fermées pour accomplir un discernement spirituel. Les lieux sont circonscrits et protégés (de Sainte Marthe à la Chapelle Sixtine, en passant par les jardins du Vatican), la communication extérieure supprimée (même la presse écrite), les communications internes codifiées et insérées dans un règlement précis, les rôles et responsabilités préétablis, les services nécessaires circonscrits dans le même enfermement. Le tout est encadré, jusque dans les plus petits détails, par des propositions de célébrations liturgiques habituelles (messes et liturgie des heures), ou adaptées aux divers événements, et les cardinaux chantant les paroles : «Imple superna gratia, quae tu creasti pectora», poursuivent leur invocation à l'Esprit Saint, qui suit le chant des litanies avant chaque scrutin.
Il est donc en effet une certitude absolue dans l’Eglise depuis toujours, c’est que
tout ce qui entoure l’élection du successeur de Pierre est garanti par l’assistance de l’Esprit-Saint, assistance de nature infaillible.
C’est une vérité intangible, fondamentale, car elle touche aux fondements de l’édifice de la catholicité, dont la négation hypothétique émise par les schismatiques, reprise à présent par les sédévacantistes égarés, fut rejetée avec la plus extrême fermeté par tous les théologiens et docteurs de l’Eglise, car venant contredire une vérité qualifiée, à juste titre, d’indestructible par Mgr Louis Billot(1846-1931) : « Quoi qu’on puisse penser de la possibilité ou de l’impossibilité de l’hypothèse susdite, au moins un élément doit être maintenu comme indestructible et absolument certain : l’adhésion universelle de l’Eglise sera toujours en elle-même le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife et de l’existence de toutes les conditions requises pour la légitimité même. La raison d’une telle vérité ne nécessite pas de longues argumentations. En effet, elle est immédiatement démontrable à partir de l’infaillibilité promise par le Christ et par sa Providence : “Les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle”, et encore : “Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles”. De cela il s’ensuit que si l’Eglise adhérait à un faux pontife ce serait comme si elle adhérait à une fausse règle de la foi, le Pape étant la règle vivante de la foi que l’Eglise doit suivre et de fait suit toujours, comme il apparaîtra clairement de ce que par la suite nous dirons. Si Dieu peut permettre que parfois la vacance du Siège apostolique se prolonge longtemps, s’Il peut aussi permettre qu’un doute se lève sur l’un ou l’autre élu, en revanche il ne peut pas permettre que toute l’Eglise reconnaisse comme Pontife un pape qui ne soit pas vrai et légitime. Dès l’instant où il est reconnu, il est uni à l’Eglise comme la tête l’est au corps ; aucune difficulté ne doit plus être soulevée quant à une éventuelle anomalie dans la procédure de l’élection ou quant à l’absence d’une des conditions nécessaires à la légitimité, car la reconnaissance de l’Eglise ôte à la racine toute éventuelle anomalie dans l’élection et elle manifeste infailliblement la présence de toutes les conditions requises. » (Cardinal L. Billot,, De Ecclesia Christi, Quaest. XIV Th. 29, § 3).
Et cet acte de « reconnaissance universelle », ceci est une loi effectivement issue, liée indéfectiblement au
« droit divin », est de nature absolument infaillible ! Cette certitude de l’infaillibilité absolue de l’acte écarte de la sorte radicalement toute supposition insensée au sujet de la légitimité de l’élu : « L'acceptation pacifique de l'Église universelle s'unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l'Église engage sa destinée. C'est donc un acte de soi infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. » (Cardinal L. Billot, De Ecclesio, t. XXIX, § 3, p. 621).
Refuser ce principe, c’est-à-dire ne pas reconnaître comme pape celui élu par le conclave comme authentique Pontife de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, légitime successeur de Pierre, c’est être « anathème » selon les termes de Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (Pastor Aeternus, 1870).
V. Le droit divin, issu de la Révélation, fonde l’Eglise
De ce fait le droit, le « droit divin », entoure, préside, régit la succession, la transmission, l’autorité, la représentation, et jusqu’à la conservation de la foi dans l’Eglise, conservation qui est entourée par un luxe de précautions. Y aurait-il, en reconnaissant cette situation, « création d’une réalité divine », d’une « pseudo substance » originale et nouvelle, parce que le droit divin, depuis toujours, communique la vie surnaturelle à l’Eglise ? Voila une idée plus que surprenante, montrant l’ignorance des sources de la formation de l’Eglise et la profonde méconnaissance de la nature même de ce qu’est le « droit divin », propre à la divine institution fondée par le Christ, droit qui est très loin du juridisme profane et se rattache à la Personne même de Jésus.
Pie XII a déjà répondu à ce type d’objection, montrant que le droit divin, la partie juridique de l’Eglise, comme la foi, est constituée de par le caractère surnaturel de l’Eglise : « C'est pourquoi Nous déplorons et Nous condamnons l'erreur funeste de ceux qui rêvent d'une prétendue Église, sorte de société formée et entretenue par la charité, à laquelle - non sans mépris - ils en opposent une autre qu'ils appellent juridique. Mais c'est tout à fait en vain qu'ils introduisent cette distinction : ils ne comprennent pas, en effet, qu'une même raison a poussé le divin Rédempteur à vouloir, d'une part, que le groupement des hommes fondé par lui fût une société parfaite en son genre et munie de tous les éléments juridiques et sociaux, pour perpétuer sur la terre l'œuvre salutaire de la Rédemption. » (Pie XII, Mystici Corporis, 1943).
Aucune opposition, aucune distinction entre juridique et dogmatique, aucune création d’une « pseudo substance » à l’image d’une superstructure hétérogène plaquée sur un corps étranger, mais imbrication pour la perpétuation de l'œuvre salutaire de la Rédemption.

« La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit
se complètent et s'achèvent mutuellement,
elles proviennent d'un seul et même Sauveur »
Pie XII - Mystici Corporis, 1943.
Pie XII rajoute : « Il ne peut donc y avoir aucune opposition, aucun désaccord réels entre la mission dite invisible du Saint-Esprit et la fonction juridique, reçue du Christ, des Pasteurs et des Docteurs ; car - comme en nous le corps et l'âme - elles se complètent et s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur, qui n'a pas seulement dit en insufflant l'Esprit divin : « Recevez le Saint-Esprit » (Jn XX, 22), mais qui a encore ordonné hautement et clairement : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jn XX, 21), et « Celui qui vous écoute, m'écoute » (Lc X, 16).» Mystici Corporis, 1943).
Les mots de Pie XII sont extrêmement forts : « La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit se complètent et s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur », le Droit et la Foi, selon Pie XII, se complètent et s’achèvent mutuellement, nul rapport de degré d’autorité, mais de complémentarité permettant d’aboutir au même achèvement. Et ceci en raison d’un fait évident : le Droit divin et la Foi proviennent d'un seul et même Sauveur faisant que le caractère divin du droit de l’Eglise procède, de par sa nature positive de droit voulu et conçu par le Seigneur, ne se contentant pas d’organiser « la communication humaine de la Vie divine » (sic), mais à pour mission sacrée, selon Pie XII, de « perpétuer sur la terre l'œuvre salutaire de la Rédemption. »
Alors en effet, comme la foi, le droit irrigue le Corps de l’Eglise comme le sang le corps humain, et le Souverain Pontife, parce qu’il est un « élu de droit divin », devient de la sorte, concrètement, « l’Elu direct de Dieu ». Il ne détient son autorité et son pouvoir que du Ciel, recevant, comme un « monarque » de « droit divin », mais plus encore car son élection lui vient du Christ dont il est le Vicaire sur cette terre, l’autorité législative et judiciaire, ce que confirme Mgr Henri Sauvé (1817-1896), prélat de la Maison de sa Sainteté, théologien pontifical et consulteur de la Sainte Congrégation de l’Index : «La souveraineté de l'Eglise se personnifiant dans le Pape, l'Eglise n'est souveraine que par le Pape, et par conséquent il n'y a en réalité d'autre souveraineté ecclésiastique que la souveraineté pontificale. Le Pape, en sa qualité de souverain, a été investi par Dieu non seulement du pouvoir législatif, mais encore du pouvoir judiciaire, corollaire du pouvoir législatif. » [8]
Voilà pourquoi l’Eglise, établie sur le « droit divin » du Pape, est fondée sur un droit devant lequel tous les autres droits, sans exception aucune, et notamment le droit disciplinaire, s’effacent absolument. La monarchie romaine fonde, fait et établit l’Eglise, monarchie qui est une donnée révélée à laquelle aucun fidèle ne peut s’opposer. Le même Mgr Sauvé insistait donc : « Le concile du Vatican, en proclamant la souveraineté du Pape, a déclaré par là même quelle est la constitution de l'Egliseou sa forme gouvernementale. Cette constitution est simple et admirable, comme toutes les oeuvres de Dieu. L'unité devant être un des caractères distinctifs de la société des croyants, Jésus-Christ a voulu assurer cette unité au moyen de l'unité de gouvernement, personnifié dans l'unité de chef. De tous les régimes, en effet, le régime d'un seul étant, sans contredit, le plus apte à maintenir l’unité dans une société quelconque, Notre-Seigneur a préféré pour son Eglise la forme monarchique aux autres formes de gouvernement. Tant qu'il est resté sur cette terre, le Christ a été le chef unique, le monarque visible, comme homme, et invisible, comme Dieu, de l'Eglise fondée par lui. Depuis sa glorieuse ascension, il n'a pas cessé d'en être le roi invisible et de verser sur elle ses célestes influences; mais en emportant au ciel sa chair glorifiée, il a dû laisser à sa place quelqu'un qui tînt les rênes du gouvernement visible de la société chrétienne. Ce quelqu'un, qui est son lieutenant, son vicaire, c'est le Pape, fondement, tête et centre de l'Eglise. Le Pape est donc le dépositaire visible de la puissance spirituelle du Christ : c'est lui que le divin Sauveur a établi, dans la personne de saint Pierre, le fondement, la base, la pierre angulaire de la société des croyants; c'est à lui que Notre-Seigneur a donné les clefs de son royaume, c'est-à-dire la souveraine puissance; c'est lui qu'il a établi le pasteur suprême de son troupeau. (…) Ce qui revient à dire que la puissance ecclésiastique se trouve à son plus haut degré concentrée dans les mains du souverain Pontife…monarque suprême et n'ayant ni égal, ni associé dans sa souveraineté (…) Le Pape donc est le suprême monarque de l'Eglise, investi par Dieu du droit de la gouverner d’une façon souveraine et indépendante de qui que ce soit ici-bas… » (Mgr Sauvé, Le Pape, Son Autorité suprême - Son Magistère infaillible, 1890).

Fin de la Première partie.
Suite : L’Eglise et la doctrine catholique du droit divin
Notes.
1. Cardinal Gousset, Théologie dogmatique, t. I, Jacques Lecoffre, 1866, pp. 495-496.
2. Abbé A. BOULENGER, Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937.
3. Abbé Barbier, Les trésors de Cornelius a Lapide, commentaires sur l’Ecriture Sainte, Julien, Lanier, 1836, vol. I, p. 693 ; 695.
4. Cardinal Gousset, op. cit., pp. 594-595.
5. Ibid., pp. 723-724.
6. Ibid.
7. M. Durand, Histoire du Droit Canon, Jean-Marie Bruyset, 1770, Part I. Ch. I, p. 5.
8. Mgr Sauvé, Le Pape, Son Autorité suprême - Son Magistère infaillible, 1890. Dans ce même texte Mgr Sauvé explique : « La papauté, telle que Dieu a voulu qu'elle soit, et telle qu'il la conserve en fait, n'est pas une institution humaine, abandonnée à ses propres caprices et pouvant faire tout ce qui lui plaît, sans règle aucune, sans limites de quelque nature qu'elles soient. (…) Le droit divin, naturel ou positif, dont la papauté est la gardienne et l'interprète légitime [la dirige] (…) le collège des cardinaux qui, suivant la belle et juste pensée de Sixte V, représentent les personnes des apôtres, « quand ils prêtaient leur ministère au Christ Sauveur prêchant le royaume de Dieu et opérant le mystère du salut de l'homme » (In Uonsf. Poslquam verum) et qui, après l'Ascension de Jésus-Christ, assistaient Pierre dans son office de Pasteur universel de l'Eglise. » (Mgr Sauvé, Le Pape et le concile du Vatican, 1890, pp. 426-430).

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L’Eglise et la doctrine catholique du droit divin
Deuxième Partie :
"L’Eglise est une monarchie de droit divin"

« A la base de tout dans l’Eglise,
il y a le droit divin et la loi éternelle.
Le droit divin se confond avec la loi éternelle. »
(St Thomas, Somme théologique, II, II, q. 57, a. 2)
2. L’Eglise, société surnaturelle, éternelle et divine
Ce qui est valable pour l’ordre humain relève du droit naturel voulu par Dieu, du droit positif divin inscrit dans l’Ancien et le Nouveau Testament, du droit positif humain, mais n’a strictement rien à voir avec le droit divin inaccessible à l’homme et sur lequel seule en ce monde l’Eglise est fondée. C’est pourquoi, l’Eglise catholique, qui est régie par le droit divin, édifiée par ce droit, soutenue en permanence dans son être par le droit divin, est la seule détentrice de cette essence.
De ce fait entre Magistère et droit divin il n’y a aucune différence, pas la moindre. En conséquence, puisque le Magistère tire son autorité du droit divin – la « foi » est indissociablement liée à ce « droit », car la foi sans le lien avec le canal de l’autorité ecclésiale est une foi imaginaire, détachée de son objet qui est l’Eglise.
I. Fondements théologiques du droit divin
Saint Thomas d’Aquin insiste sur la primauté fondatrice du droit divin dans l’Eglise, établissant son lien avec la Loi éternelle : « A la base de tout dans l’Eglise, il y a le droit divin et la loi éternelle. Le droit divin se confond avec la loi éternelle. D'après Saint Augustin (Lib. XXII, Contra Faustum) il est la raison divine, c'est-à-dire la volonté de Dieu, qui commande de conserver l'ordre naturel. Puisque Dieu est le principe de tout être, tout part de lui et tout revient à lui. Le droit divin embrasse tout l'ordre créé, et de lui découlent toutes les autres lois : les lois naturelles et les lois humaines. Le droit naturel issu de la loi éternelle doit avoir une influence déterminante sur tous les droits positifs qui en dehors de lui ne peuvent être que sans valeur. Le droit naturel est donc gravé dans la conscience de chaque individu et s'impose à l'ensemble de l'humanité. Il ne peut souffrir aucune dispense car étant l'œuvre de Dieu, nulle autorité humaine laïque ne peut le supprimer ou le faire oublier. On parle de droit divin à propos de ce qui est promulgué par Dieu, et ce peut être soit ce qui est naturellement juste, mais dont la justice échappe à l'homme, soit ce qui devient juste par décret divin. » (St Thomas, Somme théologique, II, II, q. 57, a. 2, ad I, 2, 3. q.60, a. 5, ad 1, 2).

« Dieu est le principe de tout être,
tout part de lui et tout revient à lui.
Le droit divin embrasse tout l'ordre créé,
et de lui découlent toutes les autres lois… »
(St Thomas, Somme théologique, II, II, q. 57, a. 2)
a) La distinction des ordres
Le système normatif de saint Thomas d’Aquin comprend les catégories suivantes, dans l’ordre hiérarchique :
1.- Le droit divin, appréhendé par la Raison divine est inaccessible à l’Homme, mais c’est celui sur lequel l’Eglise est fondée.
2.- Le droit naturel, voulu par Dieu et appréhendé par la raison humaine.
3.- Le droit positif divin, inscrit dans la Bible.
4.- Le droit positif humain, légal parce qu’accepté par tous et légitime parce qu’ayant pour but la réalisation du “Bien Commun” tel qu’il est défini par l’Eglise chrétienne.
Les trois catégories connaissables, agissantes dans l’homme et participant de l’acte de Foi, sont les catégories 2, 3 et 4, le droit divin, plaçant en 1 dans l’ordre des catégories, étant supérieur, n’obéit pas au mêmes règles. Le droit divin est inscrit dans la Bible, dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament (Somme Théologique, Ia IIae, qu. 98 et s.), cependant lorsque le Christ fonde son Eglise il lui communique son essence en vertu de ce « droit divin ». Il l’établit par ce droit, la place dans l’Histoire comme instituée, composée et dépositaire de ce droit, Il la qualifie en raison précisément de ce droit divin dont Lui, et Lui seul, est la source, l’origine et la finalité. En ce sens, le Mystère de l’Eglise se rapporte directement au Mystère du Verbe incarné. C’est ce qu’expliquera magnifiquement le R. P. Humbert Clérissac, o.p. (1864-1915), dans Le Mystère de l’Eglise (1918), ouvrage qui éclaire avec une rare profondeur la nature mystérique et mystique de l’Eglise, écrit :
« La vie de l'Église c'est la vie même du Christ; la vie de l'âme c'est la grâce sanctifiante. Le ravitaillement de ces deux cités se fait du dedans et d'en haut. Allons donc à l'Eglise par des raisons éternelles et divines. Connaissons et aimons l'Église dans l’idée même en laquelle Dieu Ta voulue, Dieu la connaît, Dieu l'aime. Cette idée n'appartient qu'à Dieu; elle n'est point une déduction de notre raison, ni un postulat de notre nature ; elle est surnaturelle. Et malgré que nous en puissions goûter la beauté et la richesse, nous ne la pénétrerons pas en son fond ; car elle enferme un mystère. Il ne faut chercher rien de moins dans le mystère de l'Église : c'est un mystère exemplaire et type; et c'est un mystère opérant. » [1]
b) Le droit divin est lié à la Révélation
Poursuivant son analyse le R.P. Clérissac souligne :
« L’idée en laquelle Dieu voit et aime l'Église, c'est son Fils - « In Ipso benedicentur omnes gentes. » [En Lui seront bénies toutes les nations.] Cette bénédiction date de plus loin qu'Abraham et Adam. Le regard éternel qui fixe les complaisances du Père dans le Fils, voit en lui le chef d'un immense corps et se repose aussi sur l'Eglise qui est ce corps. Cette place, l'Eglise la tient dans la Pensée divine, tout d'abord, parce qu'elle participe plus intimement et plus largement que la Création naturelle, à la perfection du Fils en qui Dieu se contemple. Le Fils, c'est lui la Pensée et la Raison vivante de Dieu, où resplendit non pas précisément la multitude éparse des exemplaires des êtres, mais leur ordre, c'est-à-dire leurs perfections et leurs fins, à tous, harmonisées selon un dessein unique : « In ipso constant. » Et qu'est-ce qui représente plus que l'Eglise la perfection de cet ordre ? Le Fils, il respire l'amour qui fait l'unité des divines Personnes, «Verbum spirans amorem » [Le Verbe dont procède l’Amour] : et qu'est-ce qui représente plus d'amour et plus d'unité que l'Église ? Elle s'enracine donc, pour ainsi dire, dans les plus grandes profondeurs de l'être divin. Avant de naître du côté percé du Seigneur sur la Croix, elle était éternellement conçue dans le Verbe. L'intérêt même de la Révélation que Dieu voulait nous faire de Sa Vérité par son Verbe appelait l'Église et la mettait en première ligne dans le plan divin. Tout le mystère de l'Église gît dans l'équation et la convertibilité de ces deux termes : le Christ et l'Église. Ce principe éclaire tous les axiomes théologiques concernant l'Église. Par exemple : Hors de VÉglise, point de salut, — ne signifie réellement autre chose que : Hors du Christ, point de salut. De même, ce principe éclaire ou plutôt il appelle et exige les quatre grands attributs de la vraie Église : pourquoi l'unité si ce n'est parce que la Vérité est dans l'Église, et l'Église dans la Vérité ? Pourquoi la sainteté, si ce n'est parce que la Grâce est dans l'Église et l'Eglise dans la Grâce ? Pourquoi la catholicité, si ce n'est parce que l'universelle Rédemption se fait par l'Eglise, et que l'Eglise se fait par l'universelle Rédemption ? Pourquoi l’apostolicité, sinon parce que le Christ est dans les Apôtres, et les Apôtres dans le Christ ? »
Il conclut :
« L'Eglise, c'est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ répandu et communiqué. Voilà l'unité vivante et infrangible du Corps mystique du Christ. Voilà l'importance capitale de l'Eglise : ma jus est omnibus. Elle est unie au Fils du même lien qui unit le Fils au Père, elle est dans la main du Père comme dans la main du Fils, son Epoux. Voilà le mystère du Christ dans l'Eglise et de l'Église dans le Christ. La personnalité de l'Église: cette personnalité ne peut se concevoir sans un Chef visible, sans Pierre et le Pape. » [2]

Toute l'Église, Corps mystique du Christ,
est considérée par saint Thomas d’Aquin
comme une seule personne avec le Christ, son Chef.
De son côté le R.P. Garrigou-Lagrange, o.p., (1877-1964) nous explique : « Dieu, dit saint Paul, a constitué le Christ la Tête de toute l'Église, l'Église est le Corps du Christ et sa plénitude.» (Eph., 1, 22-23.) Dans ces paroles de l'apôtre se trouve condensée toute la doctrine du Corps mystique de Jésus-Christ. Cette doctrine si profonde a depuis lors occupé la pensée des Pères, fixé l'attention des grands théologiens et nourri la piété des fidèles. Aujourd'hui plus que jamais l'Esprit de Dieu invite l'Épouse du Christ à contempler et à vivre intensément ce beau mystère. (…) A Jésus, Chef mystique de l'Église, [saint Thomas] rattache tout le mystère de la prédestination et de la distribution des grâces, selon le mot de saint Paul : Praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum (Eph., 1, 5, et Som. Théo., III, q. 24, a. 3 et 4). En effet, toute grâce donnée aux hommes, toute vie surnaturelle, dans l'ordre actuel de la Providence, est un fruit de la Rédemption. Or la Rédemption, saint Thomas ne la conçoit qu'en relation avec la divine solidarité du Corps mystique, qui fait de Jésus notre Chef et notre répondant. « C'est comme Chef, dit saint Thomas, et non pas à titre privé et personnel, que Jésus a reçu la grâce, pour la répandre sur tous les hommes. Aussi par ses oeuvres le Christ a-t-il mérité pour Lui et pour tous ses membres, autant qu'un autre homme pour lui seul. » (Som. Théo., III, q. 48, a. I). On objecte parfois que Notre-Seigneur ne pouvait pas souffrir pour nous, ni expier des fautes qu'il n'avait pas; commises, puisque la réparation doit venir de celui qui a commis l'offense. Saint Thomas a connu cette objection, et c'est la doctrine du Corps mystique qui lui fournit la réponse : « Le Chef et les membres, dit-il, ne forment ensemble qu'une seule personne mystique; et c'est pourquoi la satisfaction du Christ appartient à tous les fidèles comme aux membres de Jésus-Christ. » (Som. Theo., III, q. 48, a. 2, ad 1um)… toute l'Église, Corps mystique du Christ, est considérée comme une seule personne avec le Christ, son Chef (Som. Théo., III, q. 49, a. I). » [3]
Quant à Saint Thomas, il écrit : « Toute l'Église, est un seul Corps mystique... et le Christ en est la Tète. Or dans la tête nous pouvons considérer trois choses : la place qu'elle occupe, sa perfection et son influence; sa place : elle est la partie la plus éminente de l'homme... ; sa perfection : elle renferme tous les sens intérieurs et extérieurs... ; son influence : d'elle procèdent la force et le mouvement des autres membres et le gouvernement de leur activité. Cette triple prééminence appartient au Christ d'une façon spirituelle. D'abord, par sa proximité de Dieu, il a reçu une grâce qui prime celle de toute créature..., car tous les autres ont reçu le don de la grâce en vue de la grâce du Christ, selon cette parole de l'Apôtre aux Romains (VIII, 29) : Ceux qu'il a connus d'avance, Dieu les a prédestinés à devenir conformes à l'image de son Fils, pour qu'il soit le premier-né parmi beaucoup de frères. En second lieu, le Christ l'emporte en perfection, parce qu'il possède la plénitude de toutes les grâces d'après ce que dit saint Jean (Jo., 1, 14) : Nous l'avons vu plein de grâce et de vérité. En troisième lieu, il a le pouvoir d'influer et de produire la grâce dans tous les membres de l'Église, selon ce mot de saint Jean (Jo., I, 16) Nous avons tous reçu de sa plénitude. C'est donc à bon droit que le Christ est appelé la Tête de l'Église. » (Somme théologique, III,q.8.a.1).
II. Exercice du droit divin sur le Pape
Ainsi donc, au lieu de penser, très coupablement, que l’Eglise édifie un doctrine du droit divin selon sa
fantaisie, ses vues et ses interprétations, ou « fabrique une théologie du conclave infaillible » (sic), il importe de s’incliner devant la volonté du Ciel et les lois de la société constituée par le Christ, comme le demande d’ailleurs le concile de Vatican I.
Car c’est cette doctrine du « droit divin » et de l’infaillibilité du conclave que l’on retrouve au cœur des formulations dogmatiques promulguées lors du concile Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (Pastor Æternus, 1870).
Ceci ayant pour conséquence directe, montrant que l’élection est garantie par l’assistance du Saint-Esprit, et prodigue donc, non seulement sa grâce suffisante mais sa grâce actuelle à l’élu, lui conférant la plénitude de la primauté juridictionnelle en toutes les causes : « Le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » (Pastor Æternus, 1870).
Notre-Seigneur aurait donc souhaité, ceci de manière formelle, constituer un « imperator théocrate divinisé à l’antique » (sic) en plaçant son représentant sous la grâce du « droit divin » et le situant comme son Vicaire en ce monde ? Etrange question à vrai dire qui frise avec l’impiété, d’autant plus pour des catholiques, montrant une grande distance d’avec la compréhension de ce que signifie la Révélation. Autant se demander si le Christ peut se tromper, s’il est possible qu’il puisse faire erreur. Si les choses sont ainsi c’est que Dieu les a voulues telles ! Et ces choses, les lois de cette sainte société fondée par Jésus-Christ, sont absolument parfaites.
Pourquoi cette perfection ? En raison du « droit divin » précisément :
« De droit divin surnaturel encore, l'Eglise est une société publique parfaite, c'est-à-dire qu'elle a le droit de posséder tous les organes et toutes les institutions dont elle a besoin pour atteindre sa fin propre, qui est l'avancement du Règne de Dieu ; au nombre de ces organes et institutions. Dans le vocabulaire de la philosophie chrétienne, on appelle société parfaite non point une société dont tous les membres seraient sans péché, toutes les mœurs sans défaillance et tous les usages excellents, ‑ mais une société qui, par sa nature, a en elle tous les moyens nécessaires pour atteindre sa fin propre. C'est en ce sens l'Eglise est une société parfaite. » (Léon XIII, Satis Cognitum, 1896).
Et parce que de droit divin surnaturel, l'Eglise est une société publique parfaite l’élu du conclave, après son élection comme Pontife, est fait saint selon saint Grégoire VII (+1085), qui édicta afin de préciser la nature de l’éminent pouvoir d’origine divine dont était détenteur le Pape, les Dictatus papae (1075), où furent énoncés les principes du droit divin et de la théocratie pontificale, principes qui président à l’édification de la doctrine de la Papauté, jusque et y compris, dans l’élaboration du droit canon moderne, posant l’origine de l’Eglise fondée par Dieu, le droit divin du Pontife interdisant à quiconque de le juger, sa sainteté étant de droit indubitable, c’est-à-dire ne pouvant être mise en doute par personne, du moins qui se veut ou souhaite demeurer catholique :
« 1. L’Eglise romaine a été fondée par Dieu seul.
(Quod Romana ecclesia a solo Domino sit fundata).
2. Seul le Pontife romain peut seul être appelé de droit universel.
(Quod solus Romanus pontifex iure dicatur universalis)
11. Le Pape est le seul nom dans le monde.
(Quod hoc unicum est nomen in mundo).
18. Un jugement prononcé par lui ne peut être annulé par quiconque; et seul lui-même, parmi tous, peut le faire.
(Quod sententia illius a nullo debeat retractari et ipse omnium solus retractare possit).
19. Le Pape ne peut être jugé par personne.
(Quod a nemine ipse iudicari debeat).
23. Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu, est fait saint, de manière indubitable, par les mérites de saint Pierre et saint Ennode, évêque de Pavie, qui témoignent pour lui, beaucoup de saints pères étant d’accord avec lui. Ainsi qu’il est écrit dans les décrets du pape Symmaque. (Quod Romanus pontifex, si canonice fuerit ordinatus, meritis beati Petri indubitanter effecitur sanctus testante sancto Ennodio Papiensi episcopo ei multis sanctis patribus faventibus, sicut in decretis beati Symachi pape continetur). »
On le voit, selon Grégoire VII, dont on ne pourra penser que le saint Pontife médiéval ait été frappé de « légalisme borné, messianisme clérical ou d’illuminisme savant », le nouvel élu par l’effet du conclave, est lavé, blanchi, rendu saint de manière indubitable, ceci expliquant pourquoi la légitimité du nouveau pape ressort sans aucune contestation possible, du fait dogmatique. S’il est élu, celui choisi par le Sacré-Collège agit infailliblement sous la motion du Saint-Esprit et est fait saint par les mérites de saint Pierre, vrai et authentique Pape de l’Eglise de « droit divin ». [4]

« Le Christ, Jésus, Fils de Dieu,
consacre son Eglise et la marque du signe du Saint Esprit
comme de son caractère et de son sceau… »
(S. Thomas, Contra errores Graecorum, Pars IIIe. Ch. XXXII).
Ceux qui douteraient de cette vérité, sont sévèrement blâmés par saint Thomas : « L’erreur de ceux qui prétendent que le vicaire de Jésus-Christ, le Pontife de Rome, n’a pas la primauté de l’Eglise universelle ressemble à celle de ceux qui prétendent que le Saint Esprit ne procède point du Fils. Car le Christ, Jésus, Fils de Dieu, consacre son Eglise et la marque du signe du Saint Esprit comme de son caractère et de son sceau… » (S. Thomas, Contra errores Graecorum, Pars IIIe. Ch. XXXII).
Saint Thomas rajoute d’ailleurs :
« Il ne peut y avoir un seul corps, s’il n’y a point une seule tête : ni une seule réunion de fidèles, s’il n’y a un seul maître. Ce qui a fait dire à saint Jean, chap. X, 16 : "il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul Pasteur." » On prouve que saint Pierre étant le vicaire de Jésus-Christ et le Pontife romain successeur de saint Pierre, ce dernier a dû hériter de son pouvoir. Il est écrit au Canon du concile de Calcédoine : "Si quelque évêque est noté d’infamie, qu’il ait la liberté d’en appeler au bienheureux évêque de l’antique Eglise de Rome. Car nous avons Pierre comme pierre de refuge, et c’est à lui seul qu’appartient le droit, à la place de Dieu, de connaître, par un libre pouvoir, la criminalité d’un évêque accusé, en vertu du pouvoir des clefs que Dieu lui a données." Et plus bas : "Que tout ce qu’il décide, soit accepté comme du vicaire du trône apostolique." Saint Cyrille, patriarche de Jérusalem, dit en parlant au nom de la personne du Christ : "Toi pour un temps, et moi éternellement, je serai avec tous ceux que je mettrai à ta place, pleinement et parfaitement, par l’autorité et les sacrements, de même que je suis avec toi." Saint Cyrille dit, dans son livre des Trésors, que "les Apôtres ont affirmé, dans l'Evangile et dans leurs Epîtres, que, pour la doctrine, Pierre et son Eglise tenaient la place de Dieu, lui donnant la préséance dans toute réunion et dans toute assemblée, dans toutes les élections et dans toutes les décisions." Et plus bas " Tous inclinent la tête devant lui (Pierre), de droit divin, et les primats du monde lui obéissent comme au Seigneur Jésus." Saint Chrysostome dit, en parlant au nom de la personne du Fils : "Pais mes brebis," c’est-à-dire, sois à la tête de tes frères, en mon lieu et place. " Il est également prouvé qu’il est de nécessité de salut, d’être soumis au souverain Pontife. Saint Cyrille écrit dans son livre des Trésors : "C’est pourquoi, mes frères, nous imitons Jésus-Christ, afin que nous, ses brebis, nous entendions sa voix, en demeurant dans l’Eglise de saint Pierre, et que nous ne soyons point enflés du souffle de l’orgueil, de peur que le perfide serpent ne nous chasse hors de l’Eglise, à cause de notre entêtement, comme il chassa Eve du paradis." Et Maxime dans son Epître aux Orientaux : "Nous soutenons que l’Eglise universelle est réunie et fondée sur la pierre de la confession de saint Pierre, selon les paroles du Sauveur, dans laquelle il faut vivre pour le salut de nos âmes et lui obéir, en gardant fidèlement sa foi et sa religion". » (Contra errores Graecorum, Pars II. ch. XXXV & ch. XXXVIII).
III. L’Eglise est, et « pour toujours », une société divine
Mgr L.G. de Ségur (1820-1881) sut le dire avec force : « JÉSUS-CHRIST et l'Église forment un tout indivisible », l'unique souverain, le Chef suprême de l'Eglise est le Seigneur Jésus-Christ.L'Eglise a été créée par Jésus-Christ Lui-même. Elle existait dans la pensée de Dieu, de toute éternité.L'Église, société surnaturelle, a été constituée par Notre Seigneur pour continuer sur la terre Sa mission surnaturelle. C’est cette conviction que rappelle Léon XIII : « Par son origine, l'Église est donc une société divine : par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent, elle est surnaturelle. » (Léon XIII Satis Cognitum, 1896).
Jésus parle de l'Eglise dans l'Évangile selon saint Matthieu : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela (Simon venait de déclarer à Jésus : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant »), mais c'est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur ce roc, Je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » (Matthieu XVI, 18-19). Jésus parle ici de son Église, par où Il entend, à n'en pas douter, la société surnaturelle qu’il fonde jusqu'à la fin des temps. L'Eglise forme le Corps Mystique dont le Christ est la tête (Ephésiens I, 22-23), C'est par elle que : « Les autorités et les dominations dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui la sagesse infiniment variée de Dieu, selon le dessein éternel qu'il a mis à exécution par Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Ephésiens III, 10-11). L’Eglise, qui est l'épouse de Christ, saint Paul nous révèle : « Il l'a aimée et s'est livré Lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la Parole après l'avoir purifiée, par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible.» (Ephésiens V, 22-27). Saint Jean disant : « Ce mystère est grand » et certes, rien n'est plus grand, après l'Incarnation la Passion et la Résurrection de Jésus-Christ, que la formation de cette Eglise, Nouvel Israël, habitation permanente du Saint-Esprit, destinée à partager la gloire du Christ, étant unie à Lui aussi complètement que « Lui-même, est uni au Père. » (Jean XVII, 20-26). On comprend donc pourquoi il est impossible que disparaissent la visibilité, la hiérarchie et la légalité de l’Eglise catholique. Le Concile Vatican I a solennellement affirmé cette vérité : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (D.S. 3058, Const. Dogm. Pastor Æternus, canon du chap. 2).

« Par son origine, l'Église est une société divine :
par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent,
elle est surnaturelle. »
(Léon XIII Satis Cognitum, 1896).
Il y aura donc “toujours”, c’est-à-dire jusqu’à l’achèvement des temps, un successeur de saint Pierre à la tête de l’Eglise, c’est une vérité de foi fondamentale qui relève de l’indéfectibilité de l’Eglise, car si l’Eglise était privée de Pape, ce qui est contraire aux promesses formelles du Christ, elle n’existerait plus telle que l’a fondée Jésus, or le Christ ne peut ni mentir, ni accepter que son œuvre puisse être détruite, ni que son saint sacrifice ait été vain. Cela n’a aucun sens. [5] L’Église n’est autre, dira dans une formule magnifique Bossuet, que « Jésus-Christ répandu et communiqué » [6], saint Augustin ayant préalablement résumé cette idée majeure de l’unité entre le Christ et l’Eglise : «L’Église entière, partout diffusée, est le corps dont le Christ est la tête: ce sont non seulement les fidèles maintenant vivants, mais aussi ceux qui ont été avant nous, et ceux qui viendront après jusqu’à la fin du monde, qui forment ensemble son corps. Il en est la tête, lui qui est monté au ciel. » (Enorr. in P LXII, n° 2). L’Eglise, et nous touchons là à un mystère sublime, est donc le Christ, non par image, mais par commune nature, par identité d’être dont la propriété est l’attribution, ceci en bonne logique scolastique : « L’être attribué selon la substance signifie ce qu’elle est ». (S. Thomas, De Potentia, q. 7 a. 5 arg). Or, l’essence divine, par là même qu’elle s’identifie avec l’actualité en exercice de son existence, pour l’Eglise en tant que Corps du Christ, « est l’Être même subsistant et s’offre à nous et nous fournit la raison de son infinité en perfection ». (Cf. 24 thèses thomistes, thèse XXIII, 1917). Saint Irénée, évêque de Lyon, aura ces mots saisissants : « Où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu; et où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église, et toute la grâce. » (Adversus haereses, livre III, ch. 24, n I).
IV. Nécessité de fuir le libre examen et l’erreur subjectiviste
Il faut donc impérativement conserver à l’esprit que saint Pierre a reçu les clefs des mains du Christ : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux », or le don des clefs, écrit le Père Marie-Joseph Lagrange, o.p. (1855-1938), est : « l’investiture du pouvoir, sur toute la maison. Jésus est le fondement et Pierre est le fondement; Jésus a la clef de David et Pierre a les clefs: l’autorité de Pierre est donc celle de Jésus. » [7] Ces clefs remises à Pierre en tant que primat, prmier pape et chef des apôtres, représente concrètement, positivement et incontestablement : « la puissance juridictionnelle plénière et suprême sur l’Église universelle. » (Constitution De Ecclesia Christi, 18 juillet 1870). Ce à quoi fait écho la déclaration de Pie XII lors d’une allocution le 2 octobre 1945 : «La fondation de l’Église comme société s’est effectuée, contrairement à la formation de l’État, non de bas en haut, mais de haut en bas » [8], déclaration à laquelle se rattache comme ontologiquement et substantiellement la révélation du Christ à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis.» (Jean XV, 16). De la sorte, afin de prévenir toutes les erreurs subjectives surgissant des ténébreuses illusions de l’esprit moderne enivré de ses lumières individuelles, faisant du jugement privé et du libre examen la source de la vérité de l’autorité et du droit, le pape Pie XII prévenait ainsi les membres de l’Eglise :
«Que, parmi vous, il n’y ait pas de place pour l’orgueil du “libre examen” qui relève de la mentalité hétérodoxe plus que de l’esprit catholique et selon lequel les individus n’hésitent pas à peser au poids de leur jugement propre même ce qui vient du Siège Apostolique.» (Pie XII, Vosomnes, 10. IX. 1957).
Telle est la conclusion à laquelle avait déjà abouti, par une analyse approfondie du sujet en raison de sa lutte contre Luther, en se basant sur les principes de la Révélation, le cardinal Cajetan (1469-1534) :« Mais de quel droit l’évêque de Rome est-il le successeur de Pierre ? De droit divin ! De droit divin il faut un successeur. Car la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Mais puisqu’il s’est fixé à Rome, cette église lui fut appropriée, et ses successeurs sur ce siège sont héritiers de son pontificat suprême. Du reste cette appropriation fut confirmée par le Christ lui même qui vint à la rencontre de Pierre, lorsqu’il voulu fuir et lui dit: ‘‘Venio Romam iterum crucifigi’’ ! Pierre a bénéficié d’une révélation divine, il a été proclamé bienheureux, il a été surnaturellement affermi dans sa foi; et c’est grâce à tout cela que le Christ l’a choisi comme chef de son Eglise. Le Christ ne dit pas qu’il édifiera son Eglise sur Pierre [super Te, mais super hanc petram], donc sur Pierre divinement qualifié selon un droit surnaturel. D’où nous devons conclure, que la défaillance de Pierre n’entraîne pas nécessairement la capacité d’être fondement, et le droit d’être considéré comme chef [tamquam virtus, glutinum quoddam sit jungens homini pontificatum], car l’évêque de Rome est le successeur de Pierre de droit divin… De droit divin il faut un successeur puisque la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Le droit de succession est par conséquent un droit divin. » (De divina institutione Pontificatus Romani Pontificis, 1521).
Une remarque de Mgr de Ségur est utile sur ce point :
« Si l’esprit de révolte venait à briser quelqu’une des colonnes du temple ; si l’orgueil et la passion venaient à séparer de l’unité catholique quelque prêtre, quelque Evêque, que faudrait-il faire ? Demeurer inébranlable dans la foi de Pierre, dans la foi du Pape infaillible. Là où il est, là est l’Eglise, et là seulement. » (Mgr de Ségur, Le Dogme de l’infaillibilité, 1896).
Par ailleurs l’avertissement de Saint Vincent Ferrier (+ 1419) est précieux en nos temps actuels :
« Nous ne devons pas juger de la légitimité des papes par des prophéties, des miracles et des visions. Le peuple chrétien est gouverné par des lois, contre lesquels les faits extraordinaires ne prouvent rien.» [9]
Saint Hilaire (+ 367) précise enfin : «Le Christ, se tenant dans la barque pour enseigner, nous fait entendre que ceux qui sont hors de l'Eglise ne peuvent avoir aucune intelligence de la parole divine. Car la barque représente l'Eglise, dans laquelle seule le Verbe de vie réside et Se fait entendre, et ceux qui sont en dehors et qui restent là, stériles et inutiles comme le sable du rivage, ne peuvent point le comprendre.» (Cf. Cornment. in Matth., XIII, n. 1).
Léon XIII pouvait donc solennellement décréter : «L'Eglise du Christ est donc unique et, de plus, perpétuelle : quiconque se sépare d'elle, s'éloigne de la volonté et de l'ordre de Jésus-Christ Notre-Seigneur, il quitte le chemin du salut, il va à sa perte. ‘‘Quiconque se sépare de l'Eglise pour épouse adultère, abdique aussi les promesses faites à l'Eglise. Quiconque abandonne l'Eglise du Christ ne parviendra point aux récompenses du Christ. Quiconque ne garde pas cette unité, ne garde pas la loi de Dieu, il ne garde pas la foi du Père et du Fils, il ne garde pas la vie ni le salut’’ (S. Cyp. De cath. Eccl. Unitate). » (Léon XIII, Satis Cognitum, 1896).

« C’est pourquoi nul ne sera sauvé si,
sachant que l’Eglise a été divinement instituée par le Christ,
il n’accepte pas cependant de se soumettre à l’Eglise
ou refuse l’obéissance au Pontife romain,
Vicaire du Christ sur terre. »
(Pie XII, Lettre du Saint-Office à l’Evêque de Boston, DS 3867)
Notre devoir catholique est donc simple : rester fidèles à l’Eglise, résister si nécessaire aux nouveautés, défendre la doctrine, le saint sacerdoce, la messe et la divine liturgie, et s’interdire absolument de se séparer de Rome en déclarant déchus de leur charge les papes élus par le conclave ou en soutenant que l’Eglise n’est plus l’Eglise.
Conclusion
Dom Guéranger (1805-1875), le célèbre restaurateur de l’ordre bénédictin en France, après sa suppression par la Révolution française (loi du 13 février 1790), disciple de Joseph de Maistre (1753-1821), soutiendra dans son excellent ouvrage De la monarchie pontificale :
« Nous n'avons qu'un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d'avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C'est donc toujours et uniquement à l'institution divine qu'il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l'Église et de la forme qui lui a été donnée Il n'est rien de mieux affirmé dans l'Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l'Église fût intimé d'une manière irrécusable par la lettre même de l'Écriture. La tradition est pareillement sur ce sujet d'une richesse beaucoup plus abondante que sur la plupart des autres dogmes. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L'Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu'à la fin. » (Dom Guéranger, De la monarchie pontificale, 1870).
En effet, l'Église de constitution est divine a pu résister tout au long des siècles - et parfois les crises furent sévères et les menaces terribles en certaines périodes de l’Histoire -, et résistera, selon les promesses formelles et explicites du Christ, jusqu'à la fin. Cette vérité doit être comme un viatique permanent dans chaque âme catholique, notamment à l’heure où règnent le trouble et la désorientation : l'Église dont la constitution est divine résistera jusqu'à la fin !
Voici ce que sainte Catherine de Sienne (+ 1380), dans une lettre au Bienheureux Raymond de Capoue (+ 1399), écrite le 16 février 1380 peu de jours avant sa mort, demandait à Dieu dans une belle prière :
« 0 Dieu éternel, recevez le sacrifice de ma vie
pour le Corps mystique de la sainte Église.
Je ne puis vous donner que ce que vous-même m'avez donné.
Prenez mon coeur, et pressurez-le sur la face de l'Épouse. »
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez… Et moi je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde. »
(Matthieu, XXVIII, 18, 20).

Notes.
1. R. P. Humbert Clérissac, o.p., Le Mystère de l’Eglise, Editions Georges Crès, 1918, p. 15 ss.
2. Ibid.
3. R.P., Garrigou-Lagrange, o.p., Le Christ Chef mystique de l'Église, La Vie Spirituelle n°182., 1er Novembre 1934.
4. Le droit canon qualifie la nature du pouvoir pontifical, il est :
- Ordinaire (de droit divin, il est lié à l’office et n’est délégué par aucune autorité) ;
- Suprême (n’est subordonné a aucune autorité), plénier (sa compétence s’étend à toute les matières, tria munera) ;
- Immédiat (1. ce pouvoir se reçoit de Dieu, 2. les intermédiaire ne sont pas nécessaires) ;
- Universel (s’exerce sur toute l’Église).
« Le Pontife romain légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. » (Can. 219)
« Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe.» (Can. 218, § 1).
5. Une étude approfondie du droit hiérarchique de l’Eglise, des instituts et les sociétés, les fonctions de service dans le droit de l’Eglise, le processus de formation du droit de l’Eglise, l’histoire des sources, etc., prévient heureusement des erreurs subjectives dans lesquelles sont entraînés ceux qui ne bénéficiant pas d’une connaissance suffisante de ces domaines imaginent que l’on peut juger de la situation canonique d’un membre de l’Eglise, clerc ou laïc, et plus encore un Pontife qui d’ailleurs « ne peut être jugé par personne » (can. 1556), en se fondant sur sa conviction, son sentiment, le prétendu « constat » d’un abandon de la foi, ou à la suite d’une comparaison entre l’enseignement du Magistère antérieur et du Magistère actuel, ou quelque autre motif encore. Tout cela n’a strictement aucune validité théologique, dogmatique ou juridique selon les lois séculaires de l’Eglise. C’est valable pour un Luther, un Calvin ou un Huss, mais pas pour un catholique.
C’est ce que rappelle le Can. 1892 :
La sentence est affectée d’un vice de nullité irréparable lorsque :
« 1° Elle a été portée par un juge incompétent d’une manière absolue, ou par un tribunal collégial comprenant un nombre irrégulier de juges au regard du Can. 1576 § 1 ;
2° Elle a été portée entre des parties dont l’une n’a pas qualité pour ester en justice ;
3° Quelqu’un a agi au nom d’un tiers sans avoir un mandat régulier. »
Cajetan a résumé cette idée de l’incompétence et de la nullité irréparable d’une sentence lorsque combattant l’hérésie de Luther, il insista sur la valeur absolue droit divin pontifical dans une étude portant sur l’origine divine de la papauté : De divina institutione Pontificatus Romani Pontificis, étude composée en 1521 au retour de sa légation en Allemagne (mai 1518 à septembre 1519) : «De droit divin il faut un successeur puisque la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Le droit de succession est par conséquent un droit divin. » (De divina institutione Pontificatus Romani Pontificis, 1521), rajoutant, ce à quoi aboutit la thèse de la vacance du Saint-Siège : « “impossibile est Ecclesiam relinqui absque Papa et potestate electiva Papæ’’ / il est impossible que l’Eglise soit laissée sans Pape et sans le pouvoir d’élire le Pape. » (n. 744). Ainsi l’Eglise, quels que soient les hommes qui la dirigent, reste l’Eglise. C’est un point essentiel : « L’Eglise possédera toujours les moyens de grâce, les clefs du royaume des cieux et avec cela, elle restera l’unique dépositaire du salut ; mais le pouvoir des clefs ne dépendra pas de la fidélité personnelle de celui qui sera amené à l’exercer. Ce qui veut dire que les hommes d’Eglise, même le premier d’entre eux, lorsqu’ils auront à exercer leur autorité, pourront ne pas toujours être à la hauteur de la foi et de la grâce qu’il doivent transmettre. Mais pour autant l’Eglise ne sera menacée ni dans son existence, ni dans sa sainteté. » (Romano Amerio, Iota unum, ch. VI, § 58).
6. Bossuet, Lettre IV. “Sur le mystère de l’unité de l’Église et les merveilles qu’il renferme”, in O.C., t. XI, 1836.
7. Père M.-J. Lagrange, o.p., Évangile selon saint Jean, Paris, 1925, p. 529.
8. Pie XII, Allocution du 2 octobre 1945, Acta Apost. Sedis, 1945, pp. 256-262.
9. Saint Vincent Ferrier, De moderno Ecllesiæ schismate, in F. Mourret, Histoire générale de l’Église, t. V, Bloud et Gay, 1914, p. 128.
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samedi, 18 décembre 2010
L’Encyclique secrète de Pie XI
Rappel de l’antijudaïsme traditionnel de l’Eglise

« Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif,
l’Eglise doit prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité
pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.
L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles
contre les enseignements juifs. »
Pie XI
Certains prétendent, du moins si l’on en croit le texte qui figure sous son portrait au musée de Yad Vashem à Jérusalem, que Pie XII fit disparaître le texte d'Humani Gerenis Unitas, l’Encyclique que préparait Pie XI avant sa mort. Cette Encyclique se voulait, effectivement, une condamnation des totalitarismes qui « déifiaient » et « divinisaient » la nation. Il est vrai que Pie XI, pape qui prononça la condamnation de l’Action Française en 1926 [1], dans son texte, dénonçait les régimes, soit d’origine marxiste (le communisme), soit d’origine néo-païenne ou mazzinienne (le national-socialisme et, sous certains aspects, le fascisme), eu égard aux possibles, bien que limitées pour les nations catholiques, dérives idolâtriques que ces systèmes politiques recelaient.
Certes le racisme préoccupait le Pontife [2], et chargeant un jésuite de rédiger avec deux autres prêtres l’épreuve de la future Encyclique qu’il préparait, il réitérait fermement ses critiques envers les conceptions racistes, matérialistes et biologiques. Mais, comme on le sait, Pie XI mourut peu de temps avant de pouvoir promulguer cette Encyclique, que beaucoup évoquent et considèrent comme « avant-gardiste » et libérale, faisant grief à Pie XII, ce qui mettrait bien en évidence son esprit conservateur, réactionnaire, philo-germanique et anti-sioniste, de n’avoir pas voulu rendre publiques les lignes écrites par son prédécesseur.
I. Action nocive de l’Opus sacerdotale Amici Israël
Pour comprendre le contexte de l’écriture de cette Encyclique, il faut se souvenir que la révision de l’oraison du Vendredi saint -Vatican II était encore à venir ce qui nous donne de mettre en lumière que l’action moderniste était à l’œuvre à l’intérieur de l’Eglise longtemps avant 1962 - avait été à l’ordre du jour pendant l’entre-deux-guerres, en particulier après la création à Rome, le 24 février 1926, de l’Opus sacerdotale Amici Israël, destinée à donner à la politique du Saint-Siège une orientation plus favorable vis-à-vis du peuple juif. Il était question, dans le but affiché de cette association philosémite, de « propager les idéaux du sionisme parmi les catholique » tout en les encourageant à un apostolat fondé sur l'amour et la charité ».
Dès sa deuxième année d’existence, l'Opus sacerdotale Amici Israël réunissait 19 cardinaux, 300 évêques et environ 3 000 prêtres, ce qui nous donne une idée de l’importance de l’infiltration de ses thèses à l’intérieur de la hiérarchie catholique. Si l’Opus sacerdotale disait vouloir la conversion des Juifs, elle ne le voyait pas selon la tradition catholique et conformément à la prière du Vendredi saint, mais dans une optique bien différente, soi-disant « définie » par le pape Pie XI lors de l'Année sainte 1925 qui s’était exprimé avec une certaine sympathie envers les Juifs.
Ainsi, la première mission militante de l’association consista à chercher à faire supprimer le mot perfidis
dans la prière du Vendredi saint. Le pape Pie XI, qui travaillait volontiers à cette réforme, en accord avec le grand rabbin de Milan demanda à la Congrégation des rites d’élaborer une modification en ce sens. Il chargea l'abbé bénédictin Ildefonso Schuster, lui-même partisan de cette réforme, de suivre avec attention le dossier.
II. Maintien par le Saint-Office de l’antijudaïsme de l’Eglise

« La prière du Vendredi saint,
exprime la répugnance pour la rébellion
et la trahison du peuple élu, perfide et déicide »
Fort heureusement, la Curie romaine lui opposa une fin de non-recevoir catégorique, assortie d’un refus sans appel du cardinal Merry del Val, préfet du Saint-Office, au motif qu’il s’agissait de transformer une prière « inspirée et sanctifiée » par les siècles et exprimant, selon Hubert Wolf, « la répugnance pour la rébellion et la trahison du peuple élu, perfide et déicide ». [3]
Toutefois, malgré ce refus qui signifiait clairement la résistance de l’Eglise aux thèses philosémites, l'Opus sacerdotale poursuivait ses campagnes en liaison avec les représentants du mouvement sioniste européen, dont Albert Cohen. Fort heureusement, sur la question de la création d'un État juif en Palestine, Pie XI, en conformité avec la doctrine observée par ses prédécesseurs, notamment s. Pie X, préconisait une attitude « réservée » et « prudente », ce qui évita bien des égarements et fit que Rome conserva sa position traditionnelle en la matière.
Mais alors que Pie XI réaffirmait le refus de l’Eglise, pour des motifs théologiques sérieux, d’avaliser le
sionisme, une partie des membres de l’Opus sacerdotale Amici Israël en était venue, par une sorte d’élan spirituel irrépressible, à souhaiter la création d'une nouvelle religion, une « Église chrétienne juive » exaltant de façon outrancière l’éminence du peuple juif, son immense valeur, sa grandeur devant laquelle devait s’incliner tous les chrétiens, allant même jusqu’à intégrer dans la liturgie de l’autel des symboles judaïques comme la ménorah, c’est-à-dire le chandelier à sept branches devenu le signe même de la religion juive actuelle, chandelier évoquant celui qui figurait dans le Temple de Jérusalem. Cette déviance, le Vatican ne pouvait la tolérer, car elle conduisait à une choquante « hébraïsation de l'Église » destinée, selon les animateurs de l’Opus sacerdotale, à hâter la conversion du peuple juif.
Ces diverses raisons, sérieuses s’il en est, firent que l'Opus sacerdotale Amici Israël fut, purement et simplement, abolie le 25 mars 1928 par un décret du Saint-Office. Les partisans de la modification liturgique, parmi lesquels l'abbé Schuster, se virent obligés de se rétracter dans les plus brefs délais, alors même qu’ils avaient argué de précédents à cette suppression dès l’époque napoléonienne. [4]

l’Opus sacerdotale Amici Israël,
souhaitait bien avant Vatican II,
la création d'une nouvelle
« Église chrétienne juive ».
Toutefois, Pie XI, afin de ne point donner l’image d’une brutale hostilité envers le peuple hébreu, exigea que cette dissolution fût assortie d'une condamnation de la haine envers les Juifs, et stipula : « Comme il réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, le Saint-Siège condamne résolument la haine contre un peuple déjà élu par Dieu, haine qu'aujourd'hui on désigne vulgairement sous le nom d'antisémitisme.» Quant à l'abbé Schuster, Pie XI le créa cardinal et archevêque de Milan l'année suivante, en juillet 1929.
III. Texte de l’Encyclique de Pie XI
Or, ce qui est intéressant, c’est qu’à cette même et identique période, concernant le problème juif, cette Encyclique dont le contenu fut tenu secret pendant des décennies, et dont on nous dit qu’elle marquait une rupture d’avec la position de l’Eglise, bien au contraire réaffirme avec beaucoup de force, les thèses anti-judaïques traditionnelles que Rome professe depuis toujours, et ce en 1939 à une période où plusieurs régimes politiques en Europe, notamment en Allemagne, avaient pris des dispositions à l’encontre des juifs, quelques mois seulement avant le début de la guerre.
Ces lignes, que nous découvrons puisqu’elles ne sont accessibles que depuis peu, le texte ayant été déclassifié en 2007, prennent donc une importance doctrinale significative, et méritent d’être connues, d’où notre initiative d’en publier un large extrait totalement inédit, soit celui portant sur la « Question Juive », qui pourrait être de nature à surprendre beaucoup de monde.
- HUMANI GENERIS UNITAS -
Passage portant sur la « Question Juive »

« La prétendue question juive,
dans son essence …
est une question de religion. »
“La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité territoriale, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme. (...) Le Sauveur, que Dieu envoya à son peuple choisi, fut rejeté par ce peuple, répudié violemment et condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne... Enfin, il fut mis à mort. (...) Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur fut le salut du monde.
Aveuglés par une vision de la domination et du gain matériels, les israélites ont perdu ce qu'ils avaient cherché eux-mêmes. Quelques âmes choisies, parmi lesquelles étaient les disciples de notre Seigneur, les premiers chrétiens juifs, et, au cours des siècles, quelques membres du peuple juif, firent exception à cette règle générale. Par leur acceptation de l'enseignement et de leur incorporation du Christ dans son Eglise, ils ont partagé l'héritage de sa gloire, mais ils sont restés, et restent toujours encore, une exception : « Israël qui recherchait la justice ne l’a pas trouvée, ceux qui ont été choisis par Dieu l’ont trouvée, mais les autres ont été aveuglés » (Romains, XI, 7).
De plus, ce peuple infortuné, qui s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre, a cependant été préservé de la ruine totale. Saint Paul maintient la possibilité du salut pour les Juifs, pourvu qu’ils se détournent de leur péché.
Israël demeure le peuple jadis choisi.

« Nous constatons chez le peuple juif
une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. »
Nous constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. Il en résulte une tension perpétuelle entre Juif et Chrétien, qui ne s’est à proprement parler jamais relâchée. La haute dignité que l’Eglise a toujours reconnue à la mission historique du peuple juif, ne l’aveugle pas cependant sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes.

« L’Eglise s’aveugle pas sur les dangers spirituels
auxquels le contact avec les Juifs
peut exposer les âmes. »
Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif l’Eglise doit, par tous ses efforts, prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.
L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles contre les enseignements juifs, quand les doctrines comportées menacent la foi. Elle a pareillement mis en garde contre des relations trop faciles avec la communauté juive.” [5]
IV. Enseignement antijudaïque de Pie XI
Pie XI rappelle la thèse traditionnelle de la théologie catholique, à savoir que Jésus-Christ « fut rejeté par les juifs », et de plus « répudié violemment, condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne », ce qui est très loin des thèses philo-judaïques dont se faisait l’écho les Amis d’Israël, cherchant à minimiser la responsabilité des juifs dans la crucifixion. L’expression du Pontife, pour qualifier la responsabilité juive dans la mort du Christ, est très forte : « Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur ».
Suit alors une évocation des conséquences de ce crime des juifs qui, en 1939, n’était pas neutre, pour le moins : « Le peuple juif s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre ». Ecrire cela, à la période où le pape travaillait à son Encyclique et était évidemment informé des conditions qui étaient faites aux juifs dans certains pays en Europe, et ce jusqu’en Russie soviétique où les fameux procès de Moscou étaient encore d’actualité, nous laisse mesurer l’indéfectible attachement de Rome à la doctrine de l’antijudaïsme.
Si, comme il est normal, est réaffirmée la possible repentance libératrice faisant que les juifs, « qui demeurent le peuple jadis choisi », pourront bénéficier du salut, alors même que bénéficiant d’une clémence divine il a été « préservé de la ruine totale », ce salut ne lui sera octroyé que si les juifs « se détournent de leur péché ».
Puis prenant acte de l’antagonisme qui existe entre judaïsme et christianisme, le pape déclare : « Nous
constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme ». Et les mots du Saint-Père ont une force impressionnante, car touchant aux domaines où l’esprit juif est dangereux pour les catholiques, il mettent en lumière le germe corrupteur de « la persistance de l’incrédulité du peuple juif », ceci aboutissant à ce que l’Eglise soit invitée, selon Pie XI, à « prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles ».
Mais cela va même plus loin si l’on y réfléchit, car ce sont les relations mêmes avec les juifs qui reçoivent un sévère avertissement, le pape alertant contre « les enseignements juifs [qui] menacent la foi », insistant sur le fait que l’Eglise prévient les fidèles « contre des relations trop faciles avec la communauté juive », car elle ne s’aveugle pas « sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes ».
Conclusion
On le constate, que Pie XII n’ait pas fait publier cette Encyclique inachevée de Pie XI, ne relève donc pas d’une volonté de sa part de cacher un texte jugé trop libéral, car cette Encyclique recèle certains passages qui auraient de quoi étonner fortement, tant les Juifs que de nombreux chrétiens libéraux qui voient en Pie XI un avocat de leur cause.
Il est ainsi prouvé que fidèle à sa doctrine séculaire, l’Eglise, jusqu’à Vatican II, et malgré les tendances libérales de certains papes, réussira à conserver intacte sa position, insistant comme il le fallait, sur la nécessaire prévention contre les enseignements hébraïques et les idées pernicieuses qui menacent la cité chrétienne, et surtout sur le caractère impératif de la conversion des Juifs, car, pour reprendre les termes mêmes de Pie XI, et ce point est essentiel : “La prétendue question juive, dans son essence, (…) est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme.’’

Notes.
1. Pie XI, de son nom Ambrogio Damiano Achille Ratti, naquit le 31 mai 1857 à Desio, fut élu pape, contre le candidat du camp conservateur le cardinal Merry del Val, ancien secrétaire d'État de saint Pie X, le 6 février 1922, et le resta jusqu'à sa mort au Vatican le 10 février 1939. C’est lui qui, par la lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam du 2 mars 1922, proclama Jeanne d'Arc, déjà canonisée en 1920, sainte patronne secondaire de la France. Par les encycliques Quas primas (1925) il institua la fête du Christ Roi qui se voulait une réponse aux persécutions des Cristeros au Mexique, et Miserentissimus Redemptor (1928), sur le culte au Sacré-Cœur. Il insista fortement sur le rôle essentiel de la prière dans la vie chrétienne, et recommanda à tous les pieux catholiques la pratique des exercices de saint Ignace dans Mens nostra (1929), et celle du rosaire dans Ingravescentibus malis (1937). Mais c’est pourtant lui qui organisa, dès la fin de 1925, une campagne contre l'Action Française, qui avait pourtant la sympathie de l’ensemble du clergé français, et surtout qui, par son allocution consistoriale du 20 décembre 1926, fera interdiction à tout catholique d’adhérer au mouvement, et même de lire son journal, faisant mettre à l’Index les écrits de Charles Maurras.
2.
On sait le peu d’estime que Pie X avait pour le nazisme, et reste célèbre son encyclique Mit brennender Sorge, publiée 14 mars 1937, dans laquelle il condamnait les orientations idéologiques d’Hitler et de l’Allemagne nazie en des termes extrêmement sévères, notamment les thèses idéalisant exagérément le « sang et la race » :
- « Prenez garde, Vénérables Frères, qu'avant toute autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçable
fondement de toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans falsification. […]Quiconque identifie, dans une confusion panthéistique, Dieu et l'univers, abaissant Dieu aux dimensions du monde ou élevant le monde à celles de Dieu, n'est pas de ceux qui croient en Dieu. Quiconque, suivant une prétendue conception des anciens Germains d'avant le Christ, met le sombre et impersonnel Destin à la place du Dieu personnel, nie par le fait la Sagesse et la Providence de Dieu… Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine - toutes choses qui tiennent dans l'ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d'une conception de la vie répondant à cette foi. […]Notre Dieu est le Dieu personnel, surnaturel, tout-puissant, infiniment parfait, unique dans la Trinité des Personnes, et tripersonnel dans l'unité de l'Essence divine, le Créateur de tout ce qui existe, le Seigneur et Roi et l'ultime consommateur de l'histoire du monde, qui n'admet ni ne peut admettre à côté de lui aucun autre dieu. Ce Dieu a, en Souverain Maître, donné ses commandements. Ils valent indépendamment du temps et de l'espace, du pays et de la race. […] Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l'erreur qui consiste à parler d'un Dieu national, d'une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d'emprisonner Dieu, le Créateur de l'univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les Nations sont "comme une goutte d'eau suspendue à un seau" (Is., XL, 15) dans les frontières d'un seul peuple, dans l'étroitesse de la communauté de sang d'une seule race. […]Le point culminant de la Révélation atteint dans l'Évangile de Jésus-Christ est définitif, il oblige pour toujours. Cette Révélation ne connaît pas de complément apporté de main d'homme, elle n'admet pas davantage d'être évincée et remplacée par d'arbitraires "révélations" que certains porte-parole du temps présent prétendent faire dériver de ce qu'ils appellent le Mythe du Sang et de la Race. Depuis que le Christ, l'Oint du Seigneur, a accompli l'oeuvre de la Rédemption, et que, brisant le règne du péché, Il nous a mérité la grâce de devenir enfants de Dieu, depuis ce temps aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés, que le Nom de Jésus (Act., IV, 12). Aucun homme, quand même toute la science, tout le pouvoir, toute la force extérieure du monde seraient incarnés en lui, ne peut poser un fondement autre que celui qui a déjà été posé : le Christ (I Cor., III, 11). Celui qui, dans une sacrilège méconnaissance des différences essentielles entre Dieu et la créature, entre l'Homme-Dieu et les enfants des hommes, ose dresser un mortel, fût-il le plus grand de tous les temps ; aux côtés du Christ, bien plus, au-dessus de Lui ou contre Lui, celui-là mérite de s'entendre dire qu'il est un prophète de néant, auquel s'applique le mot effrayant de l'Ecriture : " Celui qui habite dans les cieux se moque d'eux " (Ps., 4). »
3. L’expression latine Oremus et pro perfidis Judaeis, exorde de l’oraison prononcée dans la liturgie catholique lors de la prière du Vendredi saint, fut introduite dès le VIIe siècle. Cette prière déclare : « Prions aussi pour les Juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ». Cette terminologie suscitera de nombreuses controverses, ceci dès le début du XIXe siècle à l’initiative de Napoléon (cf. note 2), aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église catholique. Les discussions officielles au sein de la hiérarchie catholique pour l'abolir ou la réformer commencèrent dans les années 1920. En 1959, le pape Jean XXIII supprima les termes contestés (perfidis, ainsi que perfidiam, qui figurait dans l’oraison). Ces termes ne réapparaissent pas non plus après le concile Vatican II. Depuis le missel de Paul VI, promulgué en 1970, la formulation est devenue : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom ». Dans Genèse de l’antisémitisme, Jules Isaac réserva un chapitre entier[ ]à « Oremus et pro perfidis Judaeis ». Comme Bernhard Blumenkranz, il accordait une importance primordiale à la suppression de la génuflexion lors de la prière pour les Juifs voyant un « caractère offensant, méprisant ». L'intention « miséricordieuse » du début a, selon ses propres termes, « dégénéré dès le premier millénaire en une double offense : d'une part l'offense verbale, c'est-à-dire l'interprétation péjorative des mots perfidis et perfidiam, et d'autre part l'offense du geste, autrement dit l’abandon de la génuflexion » un siècle après l’instauration de la prière, c’est-à-dire « au temps de Charlemagne ». À ses yeux, cette « offense du geste est la plus grave des deux. »
4. En effet, après l'annexion de la Toscane à la France en 1808, Napoléon imposa deux exigences à propos du Vendredi saint : d'une part, les paroissiens devaient prier pour lui en tant qu'« empereur très chrétien », et d'autre part les termes perfidis et perfidiam, jugés trop « injurieux » à l'égard des Juifs, devaient être traduits respectivement par « aveugles » et « cécité". L'ensemble des évêques de Toscane se déclarèrent d'accord sur ces deux points. Ainsi les évêques de Chiusi et Pienza, de Pescia, de Pistoia et Prato, de Fiesole et de Livourne, le vicaire général de Florence et l'archevêque de Pise envoyèrent-ils des circulaires dans leurs diocèses pour demander la bénédiction de l'empereur des Français et le changement de la formule concernant les Juifs. Cependant, le pape Pie VII s'y opposa : autant il donna son autorisation pour la bénédiction de Napoléon, autant il refusa la modification liturgique au motif plus que fondé, « qu’un tel changement, aujourd'hui, signifierait que l'Église s'est trompée jusqu'ici »[]. Cette réforme fut donc abandonnée, même si par la suite, au XIXe siècle, plusieurs évêques et prêtres de Toscane s'abstinrent officieusement de prononcer les mots perfidis et perfidiam.
5. Cf. G. Passelecq - B. Suchecky, L’Encyclique cachée de Pie XI, éd. La Découverte, 1995, pp. 285-289.
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samedi, 23 octobre 2010
La Papauté de droit divin
La Monarchie pontificale et la Royauté éternelle
« Le droit divin de la primauté apostolique
place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église. »
Pastor Aeternus, 1870.
L'origine du pouvoir pontifical, beaucoup l’oublient, vientdirectement de Dieu qui a donné au Pape la souveraineté universelle, absolue, la suprême puissance non seulement dans l'ordre spirituel, mais encore dans l'ordre temporel, soumettant les princes de ce monde à l’autorité de celui qui est le Vicaire de Jésus-Christ, Roi spirituel et successeur de saint Pierre, faisant de l'Eglise une vraie et pure monarchie d’origine divine.
Si l’on ne se contente pas d’une ecclésiologie étroitement limitée au droit canonique disciplinaire, mais que l’on examine véritablement, et avec une attention exigeante, la nature du principe de la souveraineté pontificale, on est alors capable de percevoir en quoi l’Eglise tout entière est fondée, constituée, édifiée sur le « droit divin » du Pape, droit devant lequel tous les autres droits, sans exception aucune, et notamment le droit disciplinaire, s’effacent absolument.
Ire Partie.
L’Eglise est une monarchie fondée sur le droit divin
I. Le Pape est un monarque de « droit divin »
En effet, le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué une
monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin » [1], face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme. Mgr Sauvé, théologien pontifical et consulteur de la Sainte congrégation de l’Index, explique très bien en quoi le Pape est de « droit divin », en ce sens qu’il exerce un pouvoir « absolu » qui ne dépend ni ne relève d'aucune autorité ecclésiastique et évidemment encore moins d’un pouvoir temporel, commandant tous les fidèles et l’ensemble des clercs. Il écrira, au sujet du droit divin du pape, ces lignes importantes : « Le concile du Vatican, en proclamant la souveraineté du Pape, a déclaré par là même quelle est la constitution de l'Eglise ou sa forme gouvernementale. Cette constitution est simple et admirable, comme toutes les oeuvres de Dieu. L'unité devant être un des caractères distinctifs de la société des croyants, Jésus-Christ a voulu assurer cette unité au moyen de l'unité de gouvernement, personnifié dans l'unité de chef. De tous les régimes, en effet, le régime d'un seul étant, sans contredit, le plus apte à maintenir l’unité dans une société quelconque, Notre-Seigneur a préféré pour son Eglise la forme monarchique aux autres formes de gouvernement. Tant qu'il est resté sur cette terre, le Christ a été le chef unique, le monarque visible, comme homme, et invisible, comme Dieu, de l'Eglise fondée par lui. Depuis sa glorieuse ascension, il n'a pas cessé d'en être le roi invisible et de verser sur elle ses célestes influences; mais en emportant au ciel sa chair glorifiée, il a dû laisser à sa place quelqu'un qui tînt les rênes du gouvernement visible de la société chrétienne. Ce quelqu'un, qui est son lieutenant, son vicaire, c'est le Pape, fondement, tête et centre de l'Eglise. Le Pape est donc le dépositaire visible de la puissance spirituelle du Christ : c'est lui que le divin Sauveur a établi, dans la personne de saint Pierre, le fondement, la base, la pierre angulaire de la société des croyants; c'est à lui que Notre-Seigneur a donné les clefs de son royaume, c'est-à-dire la souveraine puissance; c'est lui qu'il a établi le pasteur suprême de son troupeau. (…) Ce qui revient à dire que la puissance ecclésiastique se trouve à son plus haut degré concentrée dans les mains du souverain Pontife…monarque suprême et n'ayant ni égal, ni associé dans sa souveraineté (…) Le Pape donc est le suprême monarque de l'Eglise, investi par Dieu du droit de la gouverner d’une façon souveraine et indépendante de qui que ce soit ici-bas. » [2].
« Si donc quelqu’un dit
que ce n’est pas de droit divin que saint Pierre a,
et pour toujours,
des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle,
qu’il soit anathème. »
Pastor Aeternus, Vatican I.
C’est cette doctrine du droit divin que l’on retrouve au cœur du dogme de l’infaillibilité promulgué lors du concile Vatican I, ainsi formulé dans Pastor Aeternus : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [3]
Et de même :
- « Le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » [4] C’est ce sur quoi insiste le droit canon : « Le Pontife romain légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. » (Can. 219) « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe.» (Can. 218, § 1).
Dom Guéranger (1805-1875), le célèbre restaurateur de l’ordre bénédictin en France, après sa suppression par la Révolution française (loi du 13 février 1790), disciple de Joseph de Maistre (1753-1821), soutiendra dans son excellent ouvrage De la monarchie pontificale : « Nous n'avons qu'un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d'avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C'est donc toujours et uniquement à l'institution divine qu'il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l'Église et de la forme qui lui a été donnée Il n'est rien de mieux affirmé dans l'Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l'Église fût intimé d'une manière irrécusable par la lettre même de l'Écriture. La tradition est pareillement sur ce sujet d'une richesse beaucoup plus abondante que sur la plupart des autres dogmes. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L'Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu'à la fin. » [5]
Mgr de Ségur (1820-1881) traduira quant à lui ainsi la primauté de droit du Pape, signalant que là où est le Pape, là est l’Eglise :
« Le Pape, Chef de l’Episcopat est infaillible : c’est à Jésus-Christ que nous obéissons lorsque nous recevons humblement, amoureusement la parole de son Vicaire. Mais lorsque nous abandonnons cette voie pour suivre tel ou tel Docteur, fût-il prêtre, fut-il même évêque, ce n’est plus à Dieu, c’est à l’homme que nous adhérons; et cela est indigne d’un chrétien. (….) Si l’esprit de révolte venait à briser quelqu’une des colonnes du temple ; si l’orgueil et la passion venaient à séparer de l’unité catholique quelque prêtre, quelque Evêque, que faudrait-il faire ? Demeurer inébranlable dans la foi de Pierre, dans la foi du Pape infaillible. Là où il est, là est l’Eglise, et là seulement. » [6]
De la sorte, si nous nous demandons de quel droit le Pape est-il le successeur de Pierre, la réponse est immédiate : de droit divin. Telle est la conclusion à laquelle aboutit une analyse approfondie du sujet, se basant sur les principes de la Révélation mis en lumière par Cajetan : « Mais de quel droit l’évêque de Rome est-il le successeur de Pierre ? De droit divin ! De droit
divin il faut un successeur. Car la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Mais puisqu’il s’est fixé à Rome, cette église lui fut appropriée, et ses successeurs sur ce siège sont héritiers de son pontificat suprême. Du reste cette appropriation fut confirmée par le Christ lui même qui vint à la rencontre de Pierre, lorsqu’il voulu fuir et lui dit: Venio Romam iterum crucifigi ! Le droit de succession est par conséquent un droit divin. Le droit du successeur est un droit historique. Nous croyons en effet que le Souverain Pontife de Rome est chef de l’Eglise universelle. Or ce que nous croyons ne dépend pas d’une preuve historique, mais d’une révélation divine. Ainsi donc le droit de succession est un droit divin; il faut un. successeur, Le droit de successeur, c. à. d. le droit à la succession -est un droit historique: l’évêque de Rome est, en droit, successeur. Mais ce droit historique devient un droit divin parce que l’Eglise universelle croit non seulement que Pierre doit avoir des successeurs, mais que l’évêque de Rome est ce successeur. Le droit de l’évêque de Rome à la succession est un droit divin par conséquence. L’origine doit être cherchée dans un fait historique. Mais puisque nous croyons à l’apostolicité du siège de Rome, nous devons croire que Dieu a voulu ce fait historique, et par conséquent que le droit du Pontife romain à la suprématie dans l’Eglise est un droit divin. Nous croyons en fait à une disposition providentielle, d’où nous déduisons un droit divin. » [7]
II. Exercice du « droit divin » dans l’Eglise

« Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu,
est fait saint, de manière indubitable. »
- Grégoire VII -
On pourrait s’interroger, tant ces éléments sont oubliés de nos jours avec les conséquences redoutables qui en découlent, pour savoir comment dans l’Eglise s’opère cette perpétuation du droit divin dans la personne du Pontife ? On sait que le Conclave, réuni après la mort du Pape qui était en exercice, désigne son successeur dans le secret d’une délibération placée sous l’assistance de l’Esprit Saint. Cette assistance indéfectible donne sa note singulière à l’élection, et lui confère un caractère sacré supérieur à tout ce que l’on connaît en ce monde. C’est pourquoi on désigne du nom « d’acte de reconnaissance ecclésiale universelle » cette élection effectuée par le Sacré Collège des cardinaux, acte, et ceci mérite d’être fortement souligner, qui est doté, de façon plénière, entière, et incontestable du caractère de l’infaillibilité divine, puisqu’il est placé sous la motion de l’Esprit Saint. Le Pontife élu, à l’instant même de son élection, est donc non seulement le Pontife de l’Eglise, le successeur de Pierre, mais l’acte qui le porte au pontificat est absolument infaillible puisque l’assistance de l’Esprit étant accordée au cardinaux, leur choix est un acte frappé du sceau divin. [8]
Grégoire VII (+1085), canonisé en 1606, édicta afin de préciser la nature de l’éminent
pouvoir d’origine divine dont est détenteur le Pape, un ensemble de 27 propositions : les Dictatus papae, où furent énoncés pour la première fois les principes du droit divin et de la théocratie pontificale, principes qui présidèrent à l’édification de la doctrine de la Papauté, jusque et y compris, dans l’élaboration du droit canon moderne. Voici les articles principaux de ce texte essentiels, daté de 1075, qui fixent définitivement la conception de l’autorité romaine :
« 1. L’Eglise romaine a été fondée par Dieu seul. Quod Romana ecclesia a solo Domino sit fundata.
2. Seul le Pontife romain peut seul être appelé de droit universel. Quod solus Romanus pontifex iure dicatur universalis.
11. Le Pape est le seul nom dans le monde. Quod hoc unicum est nomen in mundo.
18. Un jugement prononcé par lui ne peut être annulé par quiconque; et seul lui-même, parmi tous, peut le faire. Quod sententia illius a nullo debeat retractari et ipse omnium solus retractare possit.
19. Le Pape ne peut être jugé par personne. Quod a nemine ipse iudicari debeat. »
Et surtout, s’agissant de ce qu’opère l’élection sur le Pontife : -
« 23. Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu, est fait saint, de manière indubitable, par les mérites de saint Pierre et saint Ennode, évêque de Pavie, qui témoignent pour lui, beaucoup de saints pères étant d’accord avec lui. Ainsi qu’il est écrit dans les décrets du pape Symmaque. Quod Romanus pontifex, si canonice fuerit ordinatus, meritis beati Petri indubitanter effecitur sanctus testante sancto Ennodio Papiensi episcopo ei multis sanctis patribus faventibus, sicut in decretis beati Symachi pape continetur. »
On le voit, selon Grégoire VII, le nouvel élu par du conclave, est lavé, blanchi, rendu saint de manière indubitable, ceci expliquant pourquoi la légitimité du nouveau pape ressort sans aucune contestation possible, du fait dogmatique. S’il est élu, celui choisi par le Sacré-Collège agissant infailliblement sous la motion du Saint-Esprit est, par les mérites de saint Pierre, Pape de l’Eglise de droit divin.
De même, Gilles de Rome (1247-1316) connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, le « doctor fundatissimus » et « theologorum princeps », auteur du De Ecclesiastica potestate, disciple de saint Thomas d'Aquin, enseignant à l'université de Paris qui deviendra général des Augustins, puis archevêque de Bourges en 1295 et qui, dans la querelle qui opposa Philippe le Bel et Boniface VIII, se positionna clairement pour le Pape (on lui attribue, sans doute avec raison, la rédaction de la bulle Unam Sanctam), écrivit un traité, le De Ecclesiastica potestate, encore inédit, où il développera une théorie relativement élaborée du droit divin pontifical justifiant, à l’instar de Grégoire VII, l’instauration d’une théocratie :
« Toutes les facettes du pouvoir doivent être subordonnées à une tête, et cette tête c'est le pape. L'église se confond avec son chef le pape, il dispose et ordonne toute l'Eglise en lui, c'est lui qui possède le pouvoir spirituel qui par nature surpasse toute autre forme de puissance. Dans le gouvernement de l'univers tout ce qui est corporel est gouverné par le spirituel. Une des conséquences de cette supériorité universelle du pape est qu'il n'existe aucun titre de juste possession, ni pour les biens temporels, ni pour les biens laïques, ni pour quoi que se soit, sinon sous l'autorité de l'église et par l'église. Il n'est aucun domaine où la domination de l'Eglise ne soit légitime, qu'il s'agisse de la propriété ou de la juridiction. L'Eglise est souveraine des deux domaines, le domaine temporel où domine le pouvoir terrestre est soumis nécessairement à la souveraineté du pouvoir ecclésiastique. » [9]
Plus proche de nous, le cardinal Louis Billot (1846-1931), qui s’appuyait surles « Dictatus papae » de Grégoire VII, ayant étudié les partisans médiévaux de la théocratie pontificale et qui connaissait parfaitement les enseignements de Gilles de Rome, de Méliton de Sardes (IIe s.) et d’Eusèbe de Césarée (IIe-IIIe s.), insista à son tour de manière à ce qu’il n’y ait aucune ambiguïté s’agissant de la nature de l’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui signifie, à lui seul, l’infaillibilité et la légitimité du Pontife :
« On doit au moins tenir fermement, comme absolument inébranlable et hors de tout doute, ceci : l’adhésion de l’Église universelle est toujours à elle seule le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife, et donc de l’existence de toutes les conditions requises à cette légitimité. Et la raison de ceci n’est pas à chercher au loin. Elle se prend en effet immédiatement de la promesse et de la providence infaillibles du Christ : Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre Elle. Ce serait en effet la même chose, pour l’Église, d’adhérer à un faux Pontife que d’adhérer à une fausse règle de foi puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre en croyant, et de fait suit toujours. Dieu (…) ne peut permettre que toute l’Église admette comme pontife celui qui ne l’est pas vraiment et légitimement.» [10]
Ainsi donc, tous les théologiens d’ailleurs se rejoignent sur ce point, et voient dans l’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui désigne le nouveau Pontife, un acte infaillible qui imprime en lui la marque du « droit divin ». Jean de Saint Thomas, le célèbre dominicain commentateur de saint Thomas au XVIIe siècle, l’exprime ainsi : « L’acceptation pacifique de l’Eglise universelle s’unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l’Eglise engage sa destinée. C’est donc un acte infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. » [11]
Il y a donc une vérité incontestable, massive, positive, à laquelle doivent impérativement se soumettre les fidèles et les clercs de tous rangs et dignités - la doctrine de l’Église étant constante, permanente et formelle - l’élu désigné par le Conclave est reconnu sans aucun doute possible comme Pape par toute l’Église, puisque l’acte de désignation est doté de l’infaillibilité divine ; et c’est en raison de l’immense et impressionnante dignité que revêt cet acte, ainsi que l’écrit Pie XII dans Vacantis Apostolicae Sedis, que depuis toujours les Papes l’ont protégé et entouré de soins attentifs : « [Les Papes] se sont efforcés d'apporter une vigilante sollicitude et de pourvoir par des règles salutaires à une affaire d'Eglise de la plus haute importance, et dont Dieu leur a remis le soin, à savoir : à l'élection du successeur de saint Pierre, Prince des apôtres, dont le rôle est de tenir sur cette terre la place de Jésus-Christ, Notre-Seigneur et Sauveur, et de paître et conduire comme Pasteur et Chef suprême tout le troupeau du Seigneur. » [12]
III. L’action infaillible du droit divin
Le Sacré Collège bénéficie donc d’une infaillibilité dans l’acte de l’élection, désignant « infailliblement » le nouveau Pontife qui, dès lors, devient Pape par l’effet du droit divin qui imprime son caractère ineffaçable et constant dans sa personne.
a) Limite du droit disciplinaire
Certains cependant, arguant de la célèbre bulle de Paul IV (1476-1559) Cum ex Apostolatus(1559), en particulier depuis le dernier concile de Vatican II qui laissa infecter plusieurs de ses actes par le modernisme, actes et déclarations conciliaires que soutinrent et défendirent les derniers Papes, mettent en doute la possibilité de l’infaillibilité des cardinaux dans « l’acte même » de l’élection du Souverain Pontife, puisque la dite bulle de Paul IV stipule en effet :
- « Si jamais il advient [...] qu’un Souverain Pontife même, avant sa promotion et élévation [...] au Souverain Pontificat, déviant de la foi Catholique est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, invalide, vaine, et on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle deviendrait valide parce que l’intéressé accepte la charge, reçoit la consécration, ou entre ensuite en possession du gouvernement et de l’administration ou par l’intronisation du pontife romain ou par l’acte d’agenouillement fait devant lui, ou par l’acte d’obédience à lui rendu par tous, et ce quelle que soit la durée de cette situation. » [13]
Or, cette supposition est une grave faute, ceci en raison de plusieurs points connexes qui tous semblent concourir à une erreur principale : soutenir la déposition pour hérésie d’un élu de droit divin. En effet, outre que convaincre d’hérésie un membre de l’Eglise, et plus encore un évêque, un cardinal ou un Pape, est chose relativement difficile car de nombreux critères sont nécessaires à réunir, sachant de plus que tant que la chose n’est pas jugée nul ne peut être désigné comme hérétique [14], il convient principalement de savoir que le droit disciplinaire, qui est certes maître dans son domaine, n’a cependant pas priorité sur le plan de l’autorité par rapport à l’infaillibilité. C’est ce qu’explique le Cardinal Billot, au sujet du « droit divin » qualifiant le pouvoir du Pontife, montrant la frontière, la limite infranchissable qui sépare une bulle à caractère purement disciplinaire comme celle de Paul IV, qui ne saurait être intégrée dans les lois générales manifestant le droit divin, et les lois canoniques qui relèvent uniquement du principe de l’infaillibilité sur lequel repose de l’acte de l’élection
Ainsi, une fois l’élu désigné par les cardinaux, la légitimité du nouveau pape est un fait dogmatique incontestable :
- « Dès l’instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l’Église comme la tête est au corps, la question ne saurait plus être agitée d’un vice dans l’élection ou de l’absence d’une des conditions requises pour sa légitimité. L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection. Cette adhésion est initiée théologiquement par l’acte juridique de reconnaissance et d’obédience des cardinaux au nouveau pape, posé dans le cadre de la cérémonie d’intronisation, lequel acte fonde et entraîne subséquemment ce qu’on appelle communément l’adhésion pacifique de l’Église, c’est-à-dire celle de tous et, d’une manière infaillible, elle démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » [15]
b) Le critère d’infaillibilité
Ainsi donc, le « droit divin » qui caractérise la nature de l’élection pontificale,
est porteur d’un critère d’infaillibilité devant lequel la bulle de Paul IV, de nature uniquement disciplinaire et non-dogmatique, qui est unique dans le Bullaire pontifical bien qu’elle fut très incidemment reprise dans le droit canon pie-bénédictin pour un motif étranger à l’invalidation de l’élection pontificale, s’incline absolument. Lorsque l’élu vient d’être proclamé et désigné comme successeur de St. Pierre par le conclave, il est immédiatement purifié d’éventuelles fautes antécédentes. Il « est fait saint, de manière indubitable » comme le dit Grégoire VII, il est Pape, et comme l’écrit le cardinal Billot : « L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection (…) lequel acte (…) démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » Cette vérité à propos de la force infaillible de l’acte juridique de reconnaissance, le cardinal Louis Billot la reformulera également ainsi :
- « Dieu ne permettra jamais que l'Église toute entière reconnaisse comme pape quelqu'un qui ne l'est pas réellement et légalement. De telle sorte que, dès qu'un pape est accepté par l'Église et qu'il est uni avec elle comme la tête est unie au corps, on ne peut plus élever le moindre doute que l'élection aurait été viciée… l'acceptation universelle de L'Église guérit à la racine n'importe quelle élection viciée. » [16]
Refuser ce principe, c’est-à-dire ne pas reconnaître comme Pape celui élu par le conclave comme authentique Pontife de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, légitime successeur de Pierre, c’est être « anathème » selon les termes de Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [17]
10:52 Publié dans Benoît XVI, Doctrine, Dogmatique, Dogme, Eglise catholique, Histoire, Occident chrétien, Papauté, Pape, Philosophie, Philosophie politique, Politique, Réflexion, Religion, Rome, Théologie, Vatican | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pape, eglise catholique, droit divin, histoire, philosophie, culture, vatican, élection, monarchie, entrer des mots clefs |
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dimanche, 01 août 2010
LA DOCTRINE DU SAINT EMPIRE
La théocratie pontificale selon Joseph de Maistre


L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire,
ne demeure que le « Sacerdoce Suprême »
pour se voir dévolu l’archétype éternel
du Saint Empire et le restaurer.
Tout le courant réactionnaire prend sa source chez Joseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain théoricien par excellence de la contre-révolution. Nombreux sont ses héritiers se réclamant directement de sa pensée, dont il nous faut citer, parmi les plus connus : Louis de Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume, le cardinal Pitra ou encore Louis Veuillot, sans oublier Dom Guéranger (1806-1875), le célèbre abbé de Solesmes, qui publia un livre d'essence purement maistrienne : « La Monarchie pontificale » (1870). [1]
La position de Maistre, à savoir la suprématie absolue du spirituel sur le
temporel, position remarquablement exprimée par Dom Guéranger, est d’une grande force de par son caractère évident pour un catholique : le pouvoir ecclésiastique est la source de toute autorité, c’est l’institution la plus vénérable et sainte qui fut jamais donnée aux hommes, parce qu’elle détient la mission, du point de vue surnaturel, de la garde de la « Révélation », dépôt sacré confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, Evêque de Rome et premier Pape.
I. Infaillibilité et Souveraineté
Ainsi donc, et il importe d’y insister, il ne saurait y avoir pour la perspective
contre-révolutionnaire authentique, alors que l’ensemble des structures anciennes se sont effondrées, de politique qu’exclusivement religieuse, ceci impliquant que toutes les autres préoccupations (de niveau national, régional, social, économique, humain, moral, culturel, etc.), qui ne concernent pas directement le rayonnement de l’Eglise et le triomphe de la Croix, aussi légitimes soient-elles - et même nécessaires selon les circonstances si elles relèvent d’impératifs vitaux immédiats - ne présentent en réalité aujourd’hui que des objectifs périphériques et subordonnés par rapport au combat essentiel puisque, de par l’absolue suprématie du spirituel sur le temporel, le seul élément sacré véritable dont tout dépend du point de vue de l’avenir européen, et qu’il faut défendre avec ferveur en concourant à en établir au plus vite le règne en une sorte de sainte croisade de chrétienté, ou de « Reconquista » à l’échelle du continent, est la Papauté.

Seul importe aujourd'hui,
dans un mode en ruine livré au chaos,
le rayonnement de l’Eglise
et le triomphe de la Croix !
Le Pape est en effet « l’origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, le « Patriarche universel », pour saint Léon, le « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère, non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme le dira saint Jérôme, certes l’infaillibilité en matière théologique, mais surtout l’autorité supérieure sur le plan temporel et en premier lieu, de manière incontestable, le pouvoir suprême.
Il faut d’ailleurs ici faire intervenir une notion centrale chez Joseph de Maistre telle qu’exprimée dans son ouvrage Du Pape, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que la Tradition, c’est-à-dire la vraie religion « qui naquit le jour où naquirent les jours » unique fondement des lois directrices et du pouvoir, est appelée à dominer sur les institutions politiques - qui doivent être chrétiennes - tenues de se conformer aux enseignements de la Révélation divine. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde.» (Du Pape, I, chap. I). C’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre ultime, celui qui, au-dessus des Rois, des Princes et Empereurs chrétiens, détient l’autorité suprême et veille au respect du droit en œuvrant pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes », souligne avec fermeté Maistre qui, adhérant entièrement aux vues de Grégoire VII exprimées en 1075 dans ses Dictatus papae, s’appuie également sur les thèses de l’augustinisme politique telles que développées par Méliton de Sardes (IIe siècle) Eusèbe de Césarée (v. 265–339), et les partisans médiévaux de la théocratie pontificale dont, en particulier, Gilles de Rome (1247-1316), connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, désigné par l’Eglise comme doctor fundatissimus et theologorum princeps, auteur du De ecclesiastica potestate. [2]
De la sorte, dans la pensée maistrienne, infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'une sans l'autre, il s'agit de deux principes parfaitement identiques et équivalents devant exercer une domination totale sur l’ordre politique ici-bas, sachant que c’est l’Eglise, et elle seule, qui détient, maintient et a la possibilité de réveiller lorsque les temps adviendront, le Saint Empire.


Le pape est le maître absolu,
il est le seul titulaire légitime de l'Empire,
il est le vicaire du Christ,
l'empereur suprême !
Soulignons que dans les Dictatus papae, Grégoire VII, qui sut s’imposer face aux velléités de l’empereur
Henri IV qu’il obligea à s’amender à Canossa, affirmait que la plénitude de pouvoir (plenitudo potestatis) est en possession du souverain pontife. En 27 points précis, le pape expliquait en quoi, dans la société chrétienne fondée sur la foi de l’Eglise, le pouvoir est détenu en propre par le sacerdoce auquel est soumis toute forme de pouvoir temporel. Grégoire VII affirmait que le pape est, de par le Christ dont il est le représentant sur cette terre, le seul et unique à détenir un pouvoir universel, incomparablement supérieur à celui des souverains, qu'il couronne, mais qu’il peut également déposer ou excommunier si nécessaire : « Dans la société chrétienne, dont la foi cimente l'unité, l'ordre laïque n'a d'autre fonction que l'exécution des commandements formulés par l'ordre sacerdotal. De cet ordre le pape est le maître absolu, il est le seul titulaire légitime de l'Empire, puisqu'il est le vicaire du Christ, l'empereur suprême. » Le pape rappelle, ce qui est fondamental sur le plan politique, qu’il est l'héritier, par Constantin, du cadre civilisateur de l’Empire romain et par là même, représente le Pontifex maximus, « l'Empereur suprême », faisant que tous les détenteurs d’un pouvoir temporel qui ne sont à la tête que de charges laïques au sein de la chrétienté, et en premiers les empereurs du Saint Empire qui, comme les Rois de France, péchèrent par orgueil, lui doivent soumission et obéissance. A ce titre, Grégoire VII dira à l'abbé de Cluny : « Nous portons le poids énorme des affaires spirituelles et séculières. » [3]
De toute manière insiste Joseph de Maistre, si l’on y réfléchit, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’Histoire, depuis des siècles, plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse du respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’Unité des nations. De leur côté, les rois et empereurs se sont tous montrés incapables, divisés par leurs vanités nationales, dévorés par leur orgueil, aveuglés par des chimères, à assurer l’harmonie en Europe, démontrant, par l’exemple contraire, que tout pouvoir qui ignore sa subordination vis-à-vis de l’autorité spirituelle est un pouvoir vain, illusoire et vide de sens, ne pouvant agir que d’une façon désordonnée en se précipitant, inévitablement, vers sa perte
II. La Royauté française a perdu sa légitimité

La monarchie française est coupable
depuis Philippe le Bel et son rejet
de la bulle Unam Sanctam de Boniface VIII.
Au titre de l’œuvre destructrice de l’Unité de la chrétienté, outre les empereurs germaniques qui portent une lourde responsabilité dans le chaos politique européen, passé et présent, et furent justement condamnés par Rome, la monarchie française, qui en a payé le prix fort en 1789, a, elle aussi, commis des fautes considérables, dont notamment le rejet par Philippe le Bel de la bulle Unam Sanctam (1302) de Boniface VIII, le pontife qui canonisa saint Louis [4], sans même s’étendre sur l’attitude scandaleuse d’un François Ier et son alliance coupable avec les Turcs, où sur l’apostrophe impie de Louis XIV à l’encontre d’Innocent XI lui déclarant, sans honte : « Vous êtes sacré avec une huile venant de la terre, et moi avec une huile venant du ciel !»
Ainsi Joseph de Maistre, très critique envers la monarchie française, considéra que la Révolution fut donc
un « Sermon de la Providence prêchait aux Rois », et signalera expressément que c’est l’Eglise, par les évêques, qui fit le Royaume de France : « Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme; s'il en manque, il n'est pas seulement affaibli, il est mutilé. Voyez son histoire. Au gouvernement des druides, qui pouvaient tout, a succédé celui des évêques, qui furent constamment, mais bien plus dans l'antiquité que de nos jours, les conseillers du roi en tous ses conseils. Les évêques ont fait le royaume de France ; rien n'est plus vrai. Les évêques ont construit cette monarchie comme les abeilles construisent une ruche. » [5]
Certes, la France est dépositaire d’une haute dignité religieuse de par son « élection divine » qu’elle reçut lors du baptême de Clovis en 496 le jour de Noël et fit d’elle la fille aînée de l’Eglise, le Royaume aimé et chéri du Christ, la nation - « Tribu de Juda de l’ère nouvelle (…) choisie pour la protection de la foi catholique » selon s. Pie X [6], dotée de grâces magnifiques et d’un amour particulier de la part du Ciel. Mais ses actions indignes et son comportement orgueilleux, ont conduit ce pays à sa ruine ; non peut-être définitivement, mais actuellement et jusqu’à sa repentance, sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs, ne l’oublions-pas, si la monarchie est de “droit divin”, comme le rappellera justement Bossuet, cela implique une conséquence directe : le monarque de droit divin se doit d'obéir à Dieu, sous peine de perdre sa légitimité ! [7]

En raison de sa rébellion envers l’Eglise,
et parce qu’elle ne s’est pas libérée
du poison révolutionnaire,
la France a perdu sa dignité religieuse
et son élection divine !
Pourquoi l’a-t-elle perdue cette légitimité ? En raison de sa rébellion à l’égard de l’Eglise, mais aussi parce que le poison révolutionnaire, injecté lentement bien des siècles avant la chute de Louis XVI par des comportements royaux inexcusables envers la Papauté, est encore, comme il est aisément vérifiable, de partout présent dans les esprits et les institutions en France.
Voici l’explication que donne Maistre, montrant les deux causes de l’indignité actuelle de la nation française : « Des préjugés détestables avaient totalement perverti cet ordre admirable, cette relation sublime entre les deux puissances [monarchie et papauté]. A force de sophismes et de criminelles manœuvres, on était parvenu à cacher au roi très-chrétien l'une de ses plus brillantes prérogatives, celle de présider (humainement) le système religieux, et d'être le protecteur héréditaire de l'unité catholique. Constantin s'honora jadis du titre d'évêque extérieur. Celui de souverain pontife extérieur ne flattait pas l'ambition d'un successeur de Charlemagne; et cet emploi, offert par la Providence, était vacant! Ah ! si les rois de France avaient voulu donner main-forte à la vérité, ils auraient opéré des miracles ! » [8] Puis, Maistre se penche sur l’essence diabolique de la Révolution : « Renversée à la fin par un orage surnaturel, nous avons vu cette maison, si précieuse pour l'Europe, se relever par un miracle qui en promet d'autres, et qui doit pénétrer tous les Français d'un religieux courage ; mais le comble du malheur pour eux serait de croire que la révolution est terminée, et que la colonne est replacée, parce qu'elle est relevée. Il faut croire, au contraire, que l'esprit révolutionnaire est sans comparaison plus fort et plus dangereux qu'il ne l'était il y a peu d'années. Le puissant usurpateur ne s'en servait que pour lui. Il savait le comprimer dans sa main de fer, et le réduire à n'être qu'une espèce de monopole au profit de sa couronne. Mais depuis que la justice et la paix se sont embrassées, le génie mauvais a cessé d'avoir peur ; et au lieu de s'agiter dans un foyer unique, il a produit de nouveau une ébullition générale sur une immense surface. »[9]

L’esprit de la Révolution, par la France,
a, hélas ! pénétré de partout
et s’est répandu dans toute l’Europe.
L’esprit de la Révolution a donc pénétré l’ensemble de la nation, et s’est ensuite répandu dans tous les Etats européens. Est-ce qu’à présent, à plus de deux siècles de distance, cet esprit infect n’est plus ? Bien au contraire écrit Maistre, il est plus encore redoutable car la France persiste plus que jamais dans son erreur républicaine et, comme il est aisé de le constater, ne s’est absolument pas repentie de ses horribles péchés : « Je demande la permission de le répéter : la révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans les temps passés. Elle est satanique dans son essence. Jamais elle ne sera totalement éteinte que par le principe contraire, et jamais les Français ne reprendront leur place jusqu'à ce qu'ils aient reconnu cette vérité. Le sacerdoce doit être l'objet principal de la pensée souveraine. » [10]
Cette dernière phrase, après l’affirmation de la déchéance de la France tant qu’elle ne se sera pas purgée de l’esprit satanique qu’elle a généré depuis des siècles, est de la plus haute importance car elle signifie que l’éventuelle perspective de rétablissement de l’Ordre traditionnel, en France et en Europe, relève à présent d’un mouvement porté par une action de nature étroitement et exclusivement religieuse.
III. Les erreurs de Charles Maurras
Cette position originale, qui tranche d’avec toutes les autres théories politiques, en particulier avec la pensée de Charles Maurras (1868-1952) et de l'Action Française [11], va être à l’origine d’un certain nombre de visions pour le moins arrêtées, reprises par les penseurs contre-révolutionnaires, au sujet du rôle qui revient à l’institution catholique qui, face à l’effondrement de la monarchie dont on constate qu’elle est incapable de se régénérer - même si sur le plan de la « raison politique » la royauté reste le meilleur régime pour la France – doit reconstruire et réédifier l’ancien ordre détruit et brisé.

Le providentialisme de Joseph de Maistre,
s’oppose radicalement aux conceptions
de Charles Maurras.
D'essence profondément monarchiste, le providentialisme maistrien est cependant très éloigné des conceptions de Charles Maurras, agnostique, marqué par le positivisme philosophique d'Auguste Comte, s’appuyant sur une analyse tirée de la raison naturelle, car il participe d'un constat simple, mais cependant obligeant du point de vue doctrinal, c'est qu'il ne peut plus être question, en toute logique, d'envisager, pour les sociétés humaines, une « politique » basée sur l'expérience, ou de se référer à la validité d'une prétendue « loi » organique qui viendrait légitimer, aidée par la raison empirique, c'est-à-dire pervertie et obscurcie puisque l’ordre naturel a été souillé par le péché, une constitution ou un régime. Ainsi Joseph de Maistre, loin d'être le théoricien de la « politique expérimentale » fut, bien au contraire, celui par excellence du caractère rigoureusement irrationnel de la science politique. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration sur ces sujets, constatera-t-il, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois inaccessibles à l'entendement classique, guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles sous la conduite de la Divine Providence.
Maistre, et c’est là un aspect important de sa pensée, ne fonde pas sa doctrine de la légitimité politique, contrairement à Maurras, sur la « naturalité » ou la raison, mais sur le caractère sacré et religieux du pouvoir dans son lien à l’Eglise. S’il eut recourt, de rares fois, aux leçons de la politique expérimentale pour renforcer son discours, il ne se laissa jamais abuser par les leçons qu’elle donne, comme il le mit en lumière par cette courte sentence : « Le réel est traversé par tant d’irrationalité qu’on trouve presque toujours la théorie la plus plausible contredite et annulée par l’expérience. » [12]
Dès lors, c’est précisément cette irrationalité du réel qui est, selon Maistre, la marque même de la
volonté divine au sein de l’Histoire. Le caractère incompréhensible du développement historique sera donc à l’origine de la théorie maistrienne de l’intervention providentielle. La politique pour Maistre, contrairement à ce que prétendit Maurras, n’est pas une science raisonnée, mais le constat de l’ignorance des plans divins et l’aveu, par les hommes, d’une impossibilité à en maîtriser la logique. La perspective politique selon Joseph de Maistre devint ainsi très claire : le divin se manifeste dans l’Histoire en n’obéissant à aucune loi humaine. Cette notion est non seulement en radicale opposition avec les Lumières qui voulurent placer la « Raison » et le « Contrat » au centre de la cité, puisque pour Maistre « l’état de nature » est une fiction et « une contre nature. » [13], mais elle s’oppose également en tous points, en particulier de par sa conception de la théocratie pontificale fondatrice de l’Empire, à la pensée de l’auteur de l’Enquête sur la monarchie (1900) et à son royalisme fondé sur la raison le limitant aux frontières de la nation.
La politique selon Maistre n’eut jamais pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels : « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir.» [14] S'inscrivant intégralement dans l’étonnement métaphysique, la politique pour Maistre est, selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’Histoire ; Dieu dont le Pape est le représentant en ce monde, le « Vicaire » par excellence, et le Saint Empire l’incarnation organique la plus aboutie du point de vue politique.
III. Infaillibilité et Souveraineté

« Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu
ne peut jamais être Empereur ! »
S. Pie V
Que soutient Maistre, d’ailleurs, pour être plus précis encore ? Tout simplement que le seul horizon politique véritable pour un membre de l’Eglise c’est la chrétienté, c’est-à-dire « l’Unité spirituelle des nations européennes » à laquelle il convient de travailler, et que les monarques français, pas plus que le empereurs germaniques, n’ont ni su ni voulu édifier. Cette unité doit être préparée, construite, élaborée par une bénéfique union des différents pouvoirs nationaux - bienfaisante et souveraine harmonie unificatrice qui ne peut être exercée que par l’autorité suprême du sacerdoce : la Papauté. Les pontifes romains furent d’ailleurs toujours attachés à la dignité de l’Empire, et n’hésitèrent pas, tel s. Pie V, à reprendre vertement les empereurs ou les monarques français lorsqu’ils oublièrent la valeur du titre d’Empereur. En effet, lorsque Charles IX donna, dans une lettre envoyée à Rome, le titre d’Empereur au chef des turcs, le Pape lui répondit ceci : « Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu ne peut jamais être Empereur ! Donner le titre d’Empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal. »
L’attachement de Joseph de Maistre au Pape, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saint
Bernard, relève donc d’une idée fort précise qui transparaît sous chacune de ses lignes, et que l'on peut résumer de la manière suivante : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeure que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire et le restaurer.

« L’infaillibilité dans l’ordre spirituel
et la souveraineté dans l’ordre temporel
sont deux mots parfaitement synonymes.»
De ce fait, l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, notion spirituelle
fondamentale qui fait l’objet d’un important développement dans le livre Du Pape, fut, à la suite de Joseph de Maistre, l'idée centrale des penseurs catholiques après la Révolution qui constatèrent l’échec des nations et des souverains à édifier la chrétienté, au point que les évêques firent en sorte que cette notion soit adoptée le 18 juillet 1870 par la deuxième constitution dogmatique Pastor Æternus du Concile de Vatican I.
Il faut donc comprendre le sens politique de l’infaillibilité, qui n’a d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés. Maistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » [15]
Conclusion

Il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui
que religieuse et continentale,
s’exerçant par un pouvoir reçu
de l’autorité spirituelle.
La perspective de restauration contre-révolutionnaire, telle que théorisée par Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversée par une vision : le Pape est le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction et sa dimension d’infaillibilité, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Le Principe de la suprématie du spirituel, que Maistre expliquera en 1814 dans sa Préface à l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, et que Pie IX rappellera dans le Syllabus en 1864, n’est pas de nature uniquement « politique », car il est tout d'abord établi sur une évidence sacrée d'ordre métaphysique, il est placé sous la dépendance d'une perspective étroitement et rigoureusement transcendante et religieuse. D’où l’idée maistrienne, caractéristique, qu’il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui que religieuse et continentale, s’exerçant par un pouvoir temporel reçu par délégation de l’autorité spirituelle.
De la sorte, ne croyons pas que cette doctrine de la primauté absolue de l’autorité spirituelle soit une
simple vue de l’esprit, une position idéologique parmi d’autre. Ce serait là une grave erreur. En effet, la question de l'origine divine du droit sur le plan politique, fonde et donne en réalité sa légitimité à la doctrine catholique de l'infaillibilité, car elle touche à la Vérité originelle de la Révélation dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire, et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur. Si l'autorité spirituelle redevient un jour, et il faut l’espérer, témoigner, œuvrer et prier en ce sens, la source de toute souveraineté en Europe, il en résultera une solide et salvatrice cohésion politique, une unité durable où les différentes nations, et leurs Souverains, participant enfin d’un projet commun sous les bannières frappées du signe de la Croix de la Rome catholique et éternelle, donneront naissance à une nouvelle chrétienté rayonnant sur le monde, par le rétablissement du Saint Empire, des Lumières de l’Evangile et des Vérités de la sainte religion du Christ.

Notes.
1. L'influence de Joseph de Maistre dans les milieux d'Eglise, se remarque nettement dans l'œuvre du Cardinal Pitra (1812-1889), ardent défenseur d'une « Tradition » unique se transmettant depuis la Révélation fondée sur la connaissance sacrée du symbolisme, et trouvera chez Gustave de Bernardi (1824-1885), écrivain comtadin, un très fervent avocat se signalant par la publication d'un livre remarquable : « La Vérité divine et l’idée humaine ou Christianisme et révolution » (1870), dans lequel est clairement montré la contradiction irréductible qui sépare « l’homocentrisme » révolutionnaire et le théocentrisme contre-révolutionnaire.
2. On le sait, tout un courant moderniste dans l’Eglise au XXe siècle, et ce avant même Vatican II, oeuvra à dénoncer l’augustinisme politique. De nombreux clercs mirent ainsi un point d’honneur à affirmer, en critiquant les conceptions médiévales, que du point de vue de l’autorité temporelle, la perspective spirituelle devait se retirer et se conserver dans une distante réserve. Beaucoup critiquèrent la tendance, propre à s. Augustin, qui tendait à effacer “la séparation formelle de la nature et de la grâce” qui spécifie, en effet, la pensée politique de l’évêque d’Hippone, et qui eut pour conséquence l'intégration dans ses finalités de l'ordre naturel dans l'ordre surnaturel, du droit naturel dans la justice surnaturelle, du droit de l'Etat dans celui de l'Eglise, intégration qui s’opéra lors de la réforme grégorienne. Dans son ouvrage : L'augustinisme politique, essai sur la formation des théories politiques au Moyen-Âge, Vrin, 1934, dont l'intention était d’écarter de l'Église toute prétention théocratique, Henri Xavier Arquillière soutiendra que l'augustinisme politique ne fut pas respectueux de l'autonomie de l'ordre temporel, erreur caractéristique de s. d'Augustin d’après-lui, et que seul s. Thomas put délivrer l'Eglise des pièges conceptuels forgés par l'auteur de la Cité de Dieu. Cette thèse contestable est, hélas ! devenue celle de l’Eglise moderne, qui a abandonné ses conceptions traditionnelles au profit de vues démocrates en contradiction d’avec les principes séculaires qu’elle observa jadis. A signaler, parmi les critiques les plus virulents de l’augustinisme politique, Henri de Lubac, qui n’hésitera pas à aller jusqu’à contester la pertinence historique et théologique de la notion même d’augustinisme politique : Augustinisme politique ?, in Théologies d’occasion, DDB, 1984, pp. 255-308. Pourtant, n’en déplaise à Henri de Lubac et aux critiques contemporains de l’augustinisme politique, la théocratie pontificale est une théorie, comme le démontrent les nombreuses références à Augustin chez les auteurs du Moyen Age - il suffit de lire le De ecclesiastica potestate deGilles de Rome - qui trouve effectivement ses racines dans la Cité de Dieu dont la position est simple : l'Eglise est la figure sur la terre de la Cité du ciel, son rôle est de faire régner ici-bas la paix et la justice véritables, et pour atteindre ce but doit subordonner les nations chrétiennes à son autorité. De fait, et on ne peut nier que s. Augustin ait jugé légitime le recours au bras séculier pour lutter contre les hérétiques et les schismatiques, l’évidence d’une soumission du pouvoir temporel aux perspectives de l’Eglise se trouve bien sous la plume de l’auteur des Confessions, ce que souligne d’ailleurs explicitement Etienne Gilson : “Que l'Etat puisse, et doive même être éventuellement utilisé pour les fins propres de l'Eglise, et, à travers elle, pour celles de la Cité de Dieu, c'est un point sur lequel Augustin n'aurait certainement rien à objecter (...) Bien qu'il n'en ait jamais expressément formulé le principe, l'idée d'un gouvernement théocratique n'est pas inconciliable avec sa doctrine, car si l'idéal de la cité de Dieu n'implique pas cette idée, elle ne l'exclut pas non plus.” (E. Gilson, Introduction à l'étude de saint Augustin, Vrin, 1943, p. 239-240). Gilles de Rome, déjà évoqué, qui fut sans doute le rédacteur de la bulle Unam Sanctam (1302) promulguée par Boniface VIII, était donc parfaitement fondé lorsqu’il écrivait : « Cette Eglise, une et unique, n'a qu'un corps, une tête, non deux têtes comme les aurait un monstre : c'est le Christ et Pierre, vicaire du Christ, et le successeur de Pierre. Quiconque résiste à cette puissance ordonnée par Dieu résiste à l'ordre de Dieu (Rm 13, 2) ».
3. Avant Grégoire VII, c’est le pape Gélase 1er (492-496) qui exerça une influence déterminante sur la pensée politique du Moyen Âge, qui établira la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, affirmant l’infinie supériorité du spirituel par ce principe : « Devant Dieu, le pape est responsable de l’empereur. » Ainsi donc, lors de la querelle des Investitures qui opposa la papauté et le Saint Empire romain germanique, entre 1075 et 1122, les déclarations de Grégoire VII dans ses Dictatus papae de 1075, vont prendre une importance considérables, et définir la position de Rome pour les siècles à venir qui s’imposera lors du Concordat de Worms en 1122. Cette querelle va avoir des conséquences considérables sur l’Eglise. En effet, à partir de Victor II, les souverains pontifes vont imposer à ce que le Pape soit élu par le collège des cardinaux et non plus désignés par l'empereur. Une fois ce principe acquis, ils luttèrent ensuite contre l'investiture des évêques par l'empereur - évêques, avec les ordres monastiques, qui furent la clef de voûte du pouvoir impérial. L'enjeu était donc clair : l'Occident devait devenir une théocratie pontificale. D’ailleurs, en 1139, Innocent II convoqua le deuxième concile de Latran, faisant valoir le caractère légitime de la domination du sacerdoce sur le pouvoir temporel et de sa revendication de la couronne impériale de Constantin. Le concile proclamera dans ses actes : « Rome est à la tête du monde. » En 1198, dans la lettre Sicut Universitatis Conditor adressée par Innocent III au Consul de Toscane, fut donc parfaitement décrit ce que le pape considérait comme devant être le rapport entre le pouvoir temporel et le pouvoir pontifical. Comparant le pouvoir pontifical au soleil et le pouvoir temporel à la lune, il affirmait que le pouvoir temporel reçoit sa lumière du pouvoir pontifical, en soulignant que la dignité du pouvoir temporel perd de sa splendeur si elle ne prend pas sa lumière de l'autorité pontificale. L’ultime épisode de la lutte du sacerdoce et de l’Empire opposera Frédéric II et les papes Grégoire IX et Innocent IV, ce dernier, réunissant à Lyon un concile en 1245, y déposera l’empereur et déliera ses sujets de leur serment de fidélité à son égard - ce qui créa une désorganisation totale dans ses Etats - le pape montrant ainsi qu’il était bien le maître du pouvoir temporel puisque capable de priver un souverain de son pouvoir politique. Le concile de Lyon sera le point culminant de la définition comme de l’imposition des vues politiques et théologiques de la papauté. Rappelons que sur le plan historique, l'Empire, tissu monarchique et corporatif dirigé par l’empereur porteur de l’idée d’unité provenant de l’Empire romain, est né à Noël de l'an 800 lors du couronnement de Charlemagne par Léon III, établissant ce que les clercs nommeront la translatio imperi selon laquelle la toute-puissance temporelle de l’Imperium passa des Romains aux Germains. Mais c'est sous la dynastie des Ottoniens, au Xe siècle, que se forma véritablement l’Empire à partir de l'ancienne Francie orientale carolingienne, ou Regnum Francorum orientalium. La désignation Sacrum Imperium fut utilisée pour la première fois en 1157, et le titre Sacrum Romanum Imperium (Heiliges Römisches Reich) semble apparaître vers 1184 pour être employée de manière définitive à partir de 1254. Le complément Deutscher Nation (Nationis Germanicæ) ne fut ajouté qu’au XVe siècle. Sur le plan symbolique, le Saint-Empire romain germanique cessa d’exister le 6 août 1806, lorsque François II déposa solennellement sa couronne, déclarant dans son acte d’abdication : « Nous considérons comme dissous les liens qui, jusqu'à présent, Nous ont attaché au corps de l'Empire germanique, (…) Nous sommes libéré de tous Nos devoirs envers cet Empire. » Depuis cette date, mais ceci était vrai dès l’origine, c’est le pape qui reste seul en Europe détenteur de la légitimité de l’Empire.
4. Nous l’avons déjà dit plusieurs fois, mais il importe d’y insister fortement tant ce fait aura de terribles conséquences, la Royauté française est gravement coupable et s’est maintenue en état de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus scandaleux de Philippe le Bel de se soumettre aux justes demandes de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposer dans toute la chrétienté pour préserver l'unité de la religion et des Etats, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il développait, en des termes précis et sages, la fameuse théorie des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » L’attitude, extrêmement fautive de Philippe le Bel, aura ensuite des conséquences désastreuses, puisqu'en revendiquant une fallacieuse indépendance à l’égard de Rome à l'intérieur de son royaume, et rentrant en conflit avec le Pape, le Roi de France sera à l'origine du morcellement fratricide et stérile de l'empire chrétien, puis de l’hostilité continuelle du Royaume envers la Papauté ce qui l’aura conduit de la Révolution de 1789 à sa présente ruine.
5. J. de Maistre, Du Pape, livre premier, ch. II, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1928. Maistre poursuit : « Les conciles, dans les premiers siècles de la monarchie [française], étaient de véritables conseils nationaux. (…) Le christianisme pénétra de bonne heure chez les Français, avec une facilité quine pouvait être que le résultat d'une affinité particulière (…) Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique dans le monde (…) Le sceptre français brilla à Jérusalem et à Constantinople. Que ne pouvait-on pas en attendre? Il eût agrandi l'Europe, repousse l'islamisme et suffoqué le schisme ; malheureusement il ne sut pas se maintenir. Aucune nation n'a possédé un plus grand nombre d'établissements ecclésiastiques que la nation française, et nulle souveraineté n'employa plus avantageusement pour elle un plus grand nombre de prêtres que la cour de France. La plus haute noblesse de France s'honorait de remplir les grandes dignités de l'Église. Qu'y avait-il en Europe au-dessus de cette Église gallicane, qui possédait tout ce qui plaît à Dieu et tout ce qui captive les hommes : la vertu, la science, la noblesse et l'opulence ? » (Ibid.)
6. S. Pie X, Allocution, 13 décembre 1908, in Marquis de la Franquerie, La Mission divine de la France, p. 16. Dans Nobilissima Gallorum Gens, Léon XIII s’adressait également aux français en déclarant : « Vos ancêtres ont signalé leur vertu en défendant par toute la terre le nom catholique, en propageant la foi chrétienne parmi les nations barbares, en délivrant et protégeant les saints-lieux de la Palestine, au point de rendre à bon droit proverbial ce mot des vieux temps : ‘‘Gesta Dei per Francos’’. » (Lettre Apostolique, t. I, p. 227.) Il y a d’ailleurs au sujet de la royauté française, de par le miracle de la descente du saint chrême lors du sacre de Clovis, un refus chez certains légistes et clercs médiévaux de considérer le pouvoir royal comme subordonné à la papauté puisque dépendant directement de Dieu. D’aucuns virent même dans la cérémonie du sacre, comparable à quelques égards à l’onction que reçoivent les évêques, une sorte de huitième sacrement, qui confèrerait au Roi une dimension quasi sacerdotale, sacrement non transmis mais simplement administré par l’Eglise, faisant que la conception de la source de l’autorité dans le royaume fut de regarder que le pouvoir politique français, contrairement aux Empereurs du Saint-Empire romain germanique, ne provenait pas du Pape. Cette situation, que l’Eglise désigna sous le nom de « Privilège de Reims » (cf. Victor II, Urbain II et Innocent III), est à l’origine d’une attitude, qui ne sera pas sans créer bien des difficultés, visant à ne reconnaître en droit politique aucune autorité ecclésiale au-dessus du monarque français. Il est à noter que saint Thomas d’Aquin, dans le De Regno – dans lequel il montre que c’est bien par le Pape que s’effectua le passage de la couronne de l’Empire : « le pape Adrien transféra l’empire [par Charlemagne] des Grecs aux Germains » (De Regno, liv. III, ch. XVII), s’est élevé avec fermeté contre cette prétention française, quelque peu exagérée, et refusa avec force l’idée que le sacre royal puisse consister en un « sacrement », affirmant : « Les roys n’ont aucun pouvoir sur les choses spirituelles ; ils ne reçoivent donc pas la clef du Royaume des cieux, mais seulement une autorité sur le temporel, autorité qui, elle aussi, ne peut venir que de Dieu (…). L’onction du sacre ne leur confère aucun ordre sacré, mais signifie que l’excellence de leur pouvoir descend du Christ, de telle sorte que c’est sous l’autorité du Christ qu’eux-mêmes règnent sur le peuple chrétien. » (IV Sent., D. XIX, q. 1, a 1, ad. 2.)
7. J.B. Bossuet, La Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, 1679.
8. Du Pape, op.cit.
9. Ibid.
10. Ibid.
11.
Si nous ne pouvons que déplorer la scandaleuse condamnation de l'Action française en 1926, par le pape Pie XI, qui alla jusqu’à classer certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits », condamnation heureusement levée en 1939 par Pie XII, alors que Maurras, et ceci fort légitimement eu égard à son talent littéraire, venait d’être élu à l'Académie française, néanmoins on fera difficilement de l’auteur d’Anthinéa (1901) ou Kiel et Tanger (1910), un « descendant intellectuel » de Joseph de Maistre comme il a pu être écrit un peu rapidement. En effet, admirateur de la philosophie positiviste d’Auguste Comte dans laquelle il voyait une réponse à l'idéalisme allemand, Maurras avait une conception purement utilitariste de la religion catholique. Voyant dans l'Église une simple composante organique de la nation intimement liée à l'Histoire de France, il ne considéra en elle que sa possibilité d’unification structurelle du corps social national n’accédant, évidemment, ni à sa dimension d’universalité fédératrice de la chrétienté, ni à son mystère spirituel. Ainsi affirmer, comme le soutient un récent ouvrage, qui pèche par bien des approximations, une méthodologie plus que discutable et des légèretés inexcusables, que Maurras se serait livré à une captation d’héritage des théocrates les utilisant comme de « véritables masques (…) qu’il a lui-même modelés pour séduire des publics proches de ces autorités contre-révolutionnaires » (T. Kunter, Charles Maurras, la Contre-révolution pour héritage, Nouvelles éditions latines, 2009, p. 194), n’est cependant pas entièrement faux. Toutefois, reconnaissons à Maurras une influence plus que positive sur le national-catholicisme au Mexique, le catholicisme brésilien, le mouvement Cursillos de la Cristiandad fondé en 1950 par l'évêque de Ciudad Real, Mgr Hervé, sans oublier Salazar au Portugal, dont la doctrine politique de l’Estado Novo fut élaborée en s’inspirant ouvertement des idées maurassiennes, ce qui est tout de même d’excellents fruits à mettre au crédit du théoricien du nationalisme intégral.
12. J. de Maistre, Préface de l’Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Cattier, 1882.
13. J. de Maistre, Oeuvres Complètes, t. VII, 1854, p. 526.
14. J. de Maistre, Les Soirées de St. Pétersbourg, X, Œuvres Complètes, t. V, p. 188.
15. Du Pape, op.cit. La constitution dogmatique Pastor Æternus (1870),affirmera en des termes extrêmement forts la primauté du pontife romain en matière doctrinale : « Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra (…) jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut. (…) le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles (...) Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » (Constitution dogmatique Pastor Æternus, publiée par le premier concile du Vatican, votée lors de la quatrième session, proclamée solennellement par le pape Pie IX le 18 juillet 1870).
16. J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.
17. Du Pape, op.cit., ch. IV.
18. Ibid.
19. Ibid.
20. Ibid.
21. Ibid., ch. VI.
L e p r o b l è m e d u s é d é v a c a n t i s m e

« Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. » Du Pape, Joseph de Maistre, 1819
« Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. »
C'est pourquoi, notre conviction profonde, explique la raison de notre position légitimiste en matière d’autorité ecclésiale, qui rejoint entièrement celle de Joseph de Maistre : la monarchie romaine fonde, fait et établit l’Eglise, et nul ne peut de sa propre volonté, du haut d'un imaginaire tribunal surgi de son jugement subjectif de simple laïc, voire de prêtre, d’évêque ou même de cardinal, décider de son propre chef de ne plus reconnaître le Souverain Pontife. Certes les erreurs modernistes considérables soutenues lors du concile Vatican II ont, légitimement, de quoi troubler bien des âmes catholiques. Cependant rien ne dépasse en valeur, la nécessité, par économie de suppléance vitale, la préservation absolue de l'institution Pontificale, d’autant en temps de crise extrême telle que nous la connaissons aujourd'hui, car une cessation de la visibilité de la charge pétrinienne conduirait à un mal plus grand encore facteur d’une destruction certaine pour l’Eglise.
Ainsi, la thèse sédévacantiste ne permet pas de résoudre une interrogation majeure et centrale, celle de savoir comment l’Église peut-elle continuer d’exister sans un pape à sa tête ? Si l’on suit la conviction des partisans de la vacance du Saint-Siège l’Eglise n’existerait plus.
Mais dès lors qu’il y a l’Eglise, et Eglise il y a, il y bien un Pape qui la gouverne.
Cajetan d’ailleurs considère qu’il faut une déclaration officielle d’un concile pour déposer un pape ! La religion conciliaire subvertit l’Eglise, mais la position sédévacantiste, en tant qu’elle conduit à un ecclesiovacantisme, est beaucoup plus subversive car elle fait mourir l’Eglise, et elle aboutirait, si elle était suivie massivement, à ce qu’il n’y ait il n’y a plus de combat possible dans l’Eglise, hormis le combat pour avoir raison sur le papier, combat qui est finalement stérile du point de vue religieux.
Notre analyse du sujet :
LE SEDEVACANTISME EST UN PECHE MORTEL !
(fichier pdf téléchargeable de 33 pages)
REPONSE AU DEFI DE L’ABBE HERVE BELMONT
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dimanche, 12 avril 2009
LA QUESTION
Orientations théoriques et doctrinales
du blog La Question


« Quiconque veut être sauvé,
doit avant tout tenir la foi catholique :
celui qui ne la garde pas intègre et inviolée ira,
sans aucun doute, à sa perte éternelle.»
(Saint Athanase, Symbole Quicumque).
Plus que jamais, au moment où les analyses de "La Question" semblent intéresser un auditoire de plus en plus large et diversifié, il nous apparaît indispensable de préciser clairement l'originalité de notre démarche, c'est-à-dire exposer les raisons de notre positionnement si spécifiquement critique et radical, qui peut parfois surprendre et souvent étonner.
Disons, immédiatement, que d’un point de vue purement doctrinal, outre l’enseignement des pères, docteurs et saints de l’Eglise, nous ne faisons pas mystère de notre immense attachement à l’égard de la doctrine de saint Augustin , le père de l’Occident chrétien, et aux idées de Joseph de Maistre (1753-1821) et, plus largement, aux penseurs contre-révolutionnaires qui marquèrent le renouveau de la vie spirituelle au XIXe siècle, et qui, précisément, reprirent et adoptèrent les thèses du comte chambérien au sujet de la « Tradition », et en firent un profitable usage dans leurs propres œuvres, dont, pour ne citer que les plus connus : le vicomte Louis de Bonald (1754-1840), Antoine Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880) et le célèbre abbé de Solesmes, Dom Guéranger (1806-1875).
I. La défense de la Tradition
Il importe ainsi de souligner, rapidement, ce qui nous particularise, ce qui nous distingue et ce qui explique notre dette, de par nos convictions chrétiennes traditionnelles affichées et déclarées, à l’égard de la pensée des pères grecs et latins, des docteurs, des théologiens et des saints qui constituèrent le précieux patrimoine dogmatique et doctrinal de l’Eglise jusqu’à la convocation du funeste concile Vatican II [1], non par un souci de recherche d’une vaine originalité, mais par une conscience vive de la sensibilité particulière qui caractérise les tenants de la Tradition.
En effet, ce blog ne s'est pas fixé plusieurs objectifs de manière cumulative, il s'en est donné un seul, de façon impérative et exclusive : la reprise d'une véritable démarche de nature authentiquement critique vis-à-vis des travers de la modernité religieuse et du libéralisme à l'école de la pensée et de l’enseignement de ceux que l’on désigne sous le nom de « penseurs contre-révolutionnaires ».

Joseph de Maistre (1753-1821)
La Question est engagée dans une véritable démarche de nature traditionnelle,
à l'école de l’enseignement
des penseurs contre-révolutionnaires.
On l'a suffisamment dit et répété, notre attitude n'est pas réductible aux modes classiques par lesquels certains tentent en vain de vouloir agir sur le monde ou s’y confronter. Notre attachement principiel relève d'une mise en oeuvre de l’exigence spirituelle et mystique sur un plan métaphysique et ontologique, dont il n’est point nécessaire de trop expliciter la méthode, car il suffit d'en comprendre l'origine et le sens, sens éminemment religieux on s'en doute sans peine, pour se former une idée juste de ce que nous sommes et exprimons.
La rigueur de nos positions, qui se s’est traduite par des analyses relativement sévères au sujet de divers évènements, ou même de personnes que nous n’avons pas pour habitude d’épargner (auteurs modernistes soi-disant catholiques, hommes d’église progressistes, etc.) [2], nous oblige d'ailleurs à maintenir une ligne relativement étroite, ce dont on a pu, à plusieurs occasions, nous faire le reproche ; reproche que nous avons d’ailleurs, nous l’avouons volontiers, plutôt accueilli comme un compliment.
En cela nous croyons répondre au devoir supérieur d’apostolat qui d'ailleurs, dans le Nouveau Testament déjà en ce qui regarde la proclamation du message de la Révélation, n’était pas uniquement le privilège des Douze, mais de tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ. De la sorte, chaque chrétien, de par son baptême qui l’incorpore au Christ, reçoit cette mission apostolique, élément essentiel du sacerdoce des baptisés dans la mesure où le chrétien, chaque chrétien, est astreint lui aussi à la mission de témoignage et de défense de la vérité, ce que dans l'histoire de l'Eglise confirma sous la forme des innombrables associations de fidèles, de pénitents ou les tiers ordres, qui ont constitué depuis des siècles une ligne continue, comme le montrent jusqu'à nos jours les diverses confréries pieuses auxquelles pourraient, avec ses divers membres, s’avoisiner La Question [3].
II. Le combat contre le nihilisme intemporel, l’idéologie de la « dignité humaine » et la glorification de la chair
L’expérience de notre confrontation avec le nihilisme contemporain sous ses diverses formes, et dont la société d’aujourd’hui hideusement désacralisée offre le pénible spectacle, nous a appris à ne pas interpréter la situation présente uniquement en termes de deuil circonstanciel, de néant relatif à une période déterminée, comme si naïvement il y avait eu un temps antérieur de pure lumière et d’entière plénitude, de valeurs sûres et bien établies. Nous le savons, le nihilisme n'est pas un phénomène historique, il traverse et commande la totalité de l'Histoire, car, ainsi que le soulignait Joseph de Maistre : « Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai tout est mal puisque rien n’est à sa place. (...) Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses. » (J. de Maistre, Oeuvres Complètes, t. I, p. 39).
Ainsi, nous devons avouer que pour nous il n'y a pas d'extériorité par rapport au nihilisme, c'est-à-dire qu'il n'existe pas d'alternative, de nostalgie d'un avant ou d'un après, car c'est l'existence elle-même, par delà les époques, qui est plongée dans l'abîme du nihil (rien), qui est confrontée, depuis le péché originel, à la nécessité d'affronter la question de l'absence, du délaissement, de l'angoisse et de la perte, du tragique de l'échec et de la mort.

« Le mal a tout souillé,
et dans un sens très vrai tout est malpuisque rien n’est à sa place.
Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses. »
(J. de Maistre)
En fidèles disciples de saint Augustin, nous considérons que la faute d'Adam est d'autant plus grave et inacceptable qu'il était pourvu en Eden d’une grâce spéciale et particulière le rendant, certes pleinement libre et responsable de ses actes, mais surtout capable de résister à la tentation et au mal. Or ce n'est plus le cas à présent, depuis la chute, puisque les créatures vivent sous la domination d’une faiblesse qui a puissamment abîmé et réduit leurs facultés, si bien que tous les hommes sont aujourd'hui, par nature, devenus des « enfants de colère » (Ephésiens 2,3), des êtres corrompus et dégradés.
De la sorte, inutile de préciser notre hostilité aux couronnes tressées à la gloire de l’homme par l’Eglise conciliaire, car les créatures ne peuvent être « libres » au sens de l’idéologie des « Droits de l’homme », puisque toutes ne sont aucunement libres mais prisonnières, à l’état naturel, de forces négatives qui les entraîne vers la corruption et le péché. L'idéologie des « Droits de l'homme », qui souhaite mettre l'homme à la place de Dieu, travaille donc positivement à renverser l'ordre originel au profit d'une entreprise prométhéenne diabolique, oubliant que tout est mal parce que tout a été vicié par le péché originel. Comme le disait déjà Pascal à propos du péché originel : « sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes » (Pensées). Il y a donc une dégradation, non seulement de notre nature, mais de tout l'univers : « L'homme est puni par là où il a péché, c'est-à-dire dans sa volonté. Il ne sait pas ce qu'il veut, il veut ce qu'il ne veut pas,, il ne veut pas ce qu'il veut; il voudrait vouloir. » (J. de Maistre, Soirées de St. Pétersbourg).
III. La mise à jour de la corruption de l’homme et l’appel à la pénitence
L'homme, depuis le chute, est concrètement soumis à Satan, ses désirs, sa volonté, et, hélas ! jusqu’à ses vertus sont l'otages des forces négatives. Le Christ est donc venu pour nous libérer de ces puissances nocives, non pas pour célébrer la gloire de l'homme et le triomphe de l'humanité, mais pour nous demander de retrouver le chemin d’une juste position de piété à l’égard de Dieu.

« J'ai prêché la repentance envers Dieu
et la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. »
(Actes 20.21)
Ceci explique pourquoi le premier message de l’Évangile, annoncé par Jean-Baptiste et prêché par Jésus lui-même , est : « Repentez-vous, et croyez ! » (Matthieu 3.2-11). La repentance est à la base du message de l'Évangile. L'apôtre Paul écrit d'ailleurs : « J'ai prêché la repentance envers Dieu et la foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. » (Actes 20.21) Et la première prédication de l'apôtre Pierre se conclut par : « Repentez vous ! » Ainsi, « Repentez-vous » est l'exclamation que l'on entend dans toute la Bible, lorsque Dieu appelle les hommes à prendre conscience de leurs péchés et à revenir vers Lui, mais les hommes, malgré l'appel de Dieu et sa patience, refusèrent de reconnaître les causes de leurs malheurs et ne voulurent jamais se repentir, au nom de leurs prétendus « Droits » à présent érigés en dogme. Dès lors on comprend mieux pourquoi le credo de l’idéologie révolutionnaire s’appuie, en tous ses fondements, sur les Droits de l’homme, sachant que : « Si, arrachant le masque à la Révolution, vous lui demandez : Qui es-tu ? elle vous dira : … Je suis la haine de tout ordre religieux et social que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble ; je suis la proclamation des droits de l’homme contre les droits de Dieu… » (Mgr Gaume, La Révolution, recherches historiques sur l’origine et la propagation du mal en Europe, tome I, page 46.)
IV. La dénonciation de l’hérésie panthéiste et naturaliste de Vatican II
Le plus grave, du point de vue de la situation actuelle, c’est que le dernier concile de l’Eglise, Vatican II, sous l’impulsion de nombreux théologiens progressistes et du pape Jean-Paul II, infecté par le naturalisme panthéiste, en rupture avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise [4] a soutenu une thèse scandaleusement hérétique portant sur une théorie inacceptable soutenant une « communication des idiomes » entre la Divinité et l’homme, théorie qui tend à affirmer que par son Incarnation « le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » [5].
Cette conjugaison de deux erreurs, anthropologique et christologique, est une thèses profondément hérétique qui résulte d’une idée axiale singulièrement inexacte : les attributs divins ont été conférés à tous les hommes, même les non baptisés, y compris les païens et les idolâtres, du simple fait qu’ils soient hommes.
Telle est, scandaleusement car rendant inutile l’œuvre salvifique du Christ si tout homme est sauvé dans sa religion, toute la délirante doctrine de Vatican II et de Jean-Paul II, pape qui a pu affirmer dans une allocution, se citant lui-même : « Le concile Vatican II l’a rappelé avec acuité : “ Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. ” ». Et nous retrouvons, encore et toujours ce dogme impie et hérétique de « l’homme-dieu » qui a conduit à la divinisation de l'homme en tant que tel, c'est-à-dire du seul fait qu'il soit homme (la fameuse « dignité de la chair »), et à la naturalisation de Dieu dont les échos se font sentir dans les terribles déviations de l’Eglise conciliaire qui est en train d’édifier autour d’elle un champ de ruine.
On est en présence ici, comme on le constate, de tous les éléments propres à définir une hérésie : appropriation et réinterprétation du rôle et de la personne du Christ, dévolution à l’homme des idiomes propres à la Divinité, ce qui aboutit concrètement à une naturalisation du surnaturel et à surnaturalisation du naturel, dérive hérétique qui se rapproche des thèses panthéistes des Nicolaïtes ou des Ubiquitaires soutenant que Jésus-Christ était formellement présent partout et en tous par communication de son essence, selon les seules vertus de la nature humaine, thèses condamnées par l’Eglise qui se retrouvent paradoxalement dans tous les textes et ouvrages publiés s’appuyant sur les théories conciliaires.
Or, il importe de le redire, Dieu ne s'est pas fait homme en transmettant sa nature divine indistinctement à tous les hommes, du simple fait de son Incarnation - c'est une pure folie, non chrétienne, new-âge et panthéiste de l'affirmer ! Il s'est fait homme pour nous sauver du péché et de la mort par le sacrifice de la Croix et nous accorder les promesse du Royaume et de la vie éternelle, pas pour magnifier notre indigne et mondaine humanité terrestre vendue, selon la chair, à l'adversaire de Dieu ! [6]
Lorsqu’on songe que la déclaration « Dignitatis humanæ » sur la liberté religieuse est en contradiction avec l’encyclique « Quanta cura » et le « Syllabus » de Pie IX, avec les encycliques « Libertas præstantissimum » et « Immortale Dei » de Léon XIII, avec tout l’enseignement de Pie XII, et que l’un des rédacteurs de « Dignitatis humanae », le Père Yves Congar, écrivit que d’après ce texte, la liberté religieuse était contenue dans la Révélation, avouant lui-même qu’une telle affirmation était un pur mensonge : « À la demande du pape, j’ai collaboré aux derniers paragraphes de la déclaration sur la liberté religieuse: Il s’agissait de montrer que le thème de la liberté religieuse apparaissait déjà dans l’Écriture, or il n’y est pas »., on comprend mieux en quoi le concile Vatican II constitue un acte de rupture formel d’avec la Tradition séculaire de l’Eglise, et représente un poison mortel qu’il convient de combattre et d’éradiquer.
V. Le rejet total du dialogue interreligieux et de la déclaration conciliaire « Nostra Aetate »
Par la même logique irréaliste et panthéiste, qui présida à la rédaction de « Gaudium et Spes », la déclaration conciliaire « Nostra Aetate », à son tour, a soutenu, par un renversement complet des conceptions traditionnelles de l'Eglise et un reniement total de toute sa doctrine ancestrale qui avait son origine dans les Ecritures : « Tous les dieux des nations sont des démons » (Psaumes 96, 5), que : « L’Église reconnaît et apprécie ce qui est vrai et saint dans ces religions ; leurs règles et doctrines apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. » (Nostra Aetate n° 2). Le naturalisme du père Henri de Lubac, ami personnel de l'abbé hindou, le père Jules Monchanin, qui vécu en Inde sous le nom de swami Parama Arubi Ãnandam, est à la source directe de cette folle position panthéiste qui se montrait également dans « Gaudium et Spes » : « L'Esprit Saint offre à tous d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé aux mystères pascal.» (Gaudium et Spes, 22). D’où notre critique sans concession du mirage bouddhiste, de l’hérésie musulmane, des pratiques démoniaques de l’animisme africain ou encore, sous couvert d'un peu crédible rattachement à une prétendue "Tradition primordiale", de la gnose syncrétiste dont l'occultiste néo-musulman René Guénon se fit l'avocat au XXe siècle.
- l'antijudaïsme théologique
Par ailleurs, c'est en ce sens que s'explique notre revendication de l'antijudaïsme théologique qui pose clairement la place centrale du peuple élu dans l'histoire de la Révélation, sans cacher pour autant, en raison de son rejet du Messie par son geste déicide, son retranchement actuel en tant que nation et religion de sa position antérieure, au seul profit de l'Eglise qui, de par les fruits bénis de la Nouvelle Alliance, est devenue l'Israël véritable, alors que le judaïsme rabbinique n'est plus qu'une branche apostate et impie qui n'a strictement plus rien à voir avec le mosaïsme biblique à l'égard duquel il a été foncièrement infidèle. De la sorte, loin donc d’avaliser l’attitude conciliante et complaisante vis-à-vis du judaïsme synagogal, qui témoigne aujourd'hui de la fin définitive de l'Ancienne Alliance, ou d'approuver l’inculturation propre à Vatican II, nous soutenons la nécessité d’une évangélisation effective des peuples non chrétiens, y compris l'indispensable effort en direction des juifs "perfides", et un refus de toute attitude de faiblesse à l’égard des coutumes idolâtres et des rites païens.

Le peuple hébreu, l’Israël charnel, n’est plus qu’une réalité naturelle
désacralisée dont la filiation divine a cessé
depuis l’instauration de la Loi nouvelle.
« Le peuple hébreu [est] réprouvé comme perfide et ingrat,
après avoir, d’une façon indigne,
ôté la vie à son Rédempteur. »
(Saint Pie V)
A ce titre Vatican II, dont l'immense responsabilité est bien engagée, est en rupture avec toute la Tradition catholique en proposant une vision avantageuse des religions non chrétiennes, invitant au dialogue avec les idolâtres : « changement révolutionnaire opéré par l’Église catholique », a pu dit le père Claude Geffré (cf. De Babel à Pentecôte, Essais de théologie interreligieuse, Cerf, p. 15). C’est pourquoi Mgr Lefebvre écrivait : « Le Concile (DH. 2-3) invoque outre la dignité radicale de la personne humaine, sa quête naturelle du divin : tout homme, dans l’exercice de sa religion quelle qu’elle soit, serait en fait orienté vers le vrai Dieu, en recherche même inconsciente du vrai Dieu, "branché sur Dieu", si l’on veut, et à ce titre il aurait un droit naturel à être respecté dans l’exercice de son culte. Donc si un bouddhiste fait brûler des bâtons d’encens devant l’idole de Bouddha, selon la théologie catholique, il commet un acte d’idolâtrie, mais à la lumière de la nouvelle doctrine découverte par Vatican II, il exprime "l’effort suprême d’un homme pour chercher Dieu". Par conséquent cet acte religieux a droit au respect, cet homme a droit à ne pas être empêché de l’accomplir, il a droit à la liberté religieuse. D’abord il y a une évidente contradiction à affirmer que tous les hommes adonnés aux faux cultes sont de soi, naturellement, tournés vers Dieu. Un culte erroné, de soi, ne peut que détourner les âmes de Dieu, puisqu’il les engage dans une voie qui, de soi, ne conduit pas à Dieu. On peut admettre que, dans les fausses religions, certaines âmes puissent être orientées vers Dieu, mais c’est parce qu’elles ne s’attachent pas aux erreurs de leur religion ! Ce n’est pas par leur religion qu’elles se tournent vers Dieu, mais malgré elle ! Par conséquent, le respect qu’on devrait à ces âmes n’impliqueraient pas que l’on doive le respect à leur religion. » (Mgr Marcel Lefebvre, Ils l’ont découronné, Ed. Fideliter, ch. XXVIII, 1987).
De ce fait, la Déclaration « Nostra aetate » promulguée lors de Vatican II, ayant adopté, pour la première fois de l'histoire de l'Eglise, une attitude positive vis-à-vis des religions non chrétiennes, faisant qu’en quittant l’exclusivisme du « Hors de l’Église pas de salut », on a reconnu tout à la fois que ces religions comportaient des éléments importants de vérité (elles sont autre chose que de l’idolâtrie) et que les croyants sincères qui adhèrent à ces religions ont accès au salut, ce qui est de la démence délirante ! ainsi, cela est incontestable, par l'effet des idées toxiques et fantaisistes qui se sont imposées à Vatican II, le pluralisme religieux, soutenu par les idées absurdes au sujet de la dignité de l’homme, est devenu un fait central de la nouvelle pastorale, indigne et apostate, de l'Eglise moderne.
VI. La lutte contre le modernisme et le libéralisme

‘‘O CRUX AVE ! SPES UNICA’’
(Salut ô Croix, unique espérance)
De ce fait, on ne s’étonnera pas de nous voir lutter avec force contre les thèses modernistes qui sont un venin terrifiant pour le devenir de la Foi de l’Eglise, considérant, à la suite de Mgr Lefebvre [5], que Vatican II est un concile schismatique porteur de conceptions scandaleuses touchant à la fallacieuse « Dignité de l’Homme », nous faisant adhérer pleinement à la déclaration du fondateur d’Ecône : « Nous adhérons de tout coeur, de toute notre âme, à la Rome catholique, gardienne de la Foi catholique (...) Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues (...) C'est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les moeurs, le culte, (...) en attendant que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome éternelle. » (Mgr Marcel Lefebvre, Déclaration du 21 novembre 1974).
Cette question du statut de l’homme, est donc une question de souveraineté car il s’agit d’une question souveraine, question qui éclaire les mécanismes existentiels et qui préside à la réponse que nous pouvons leur donner. Et cette maîtrise n'est pas la bruyante caricature d'une domination de pure force sur une réalité, toujours changeante et fuyante, c'est une maîtrise religieuse, éclairée par l’Ecriture Sainte et ayant donc son emprise sur la vérité du Ciel, ne confondant pas la surface simplificatrice d'un discours, et l'essence d'une présence divine, seule en mesure d'habiter véritablement les cœurs, néanmoins accompagnée d’une force de conviction devant les menaces et les dangers actuels, reprenant l’injonction que fit Abraham a Sancta Clara (1644-1709), né comme Heidegger à Messkirch, à ses contemporains au moment où les Turcs menaçaient Vienne en 1683, en publiant un ouvrage intitulé sous la forme d'un cri que nous reprenons volontiers à notre tour :
« Auf, auf ihr Christen ! »
(Levez-vous ô Chrétiens) [7].
Notes.
[1] Nous ne cachons pas, suivant en cela Monseigneur Lefebvre, notre profonde hostilité aux thèses nocives empreintes de naturalisme, d’immanentisme, de libéralisme et de modernisme, qui se sont infiltrées lors du concile Vatican II, et qui traversent l’ensemble de ses actes frappés par de nombreuses et évidentes erreurs doctrinales. La plupart des textes conciliaires étant, fort heureusement, des « constitutions pastorales » couvertes du seul magistère ordinaire (donc non infaillible) de l'Eglise, comme l’a bien expliqué le pape Paul VI : « étant donné le caractère pastoral du concile, il a évité de prononcer d’une manière extraordinaire des dogmes comportant la note d’infaillibilité, mais il a muni ses enseignements de l’autorité du magistère ordinaire suprême ; ce magistère ordinaire et manifestement authentique doit être accueilli docilement et sincèrement par tous les fidèles, selon l’esprit du concile concernant la nature et les buts de chaque document. » [Paul VI, 12 janvier 1966 ; DC, 1966, col. 418-420], nous nous autorisons donc, légitimement, à en refuser les conclusions erronées, et à en dénoncer les fruits extrêmement vénéneux, rejoignant l’analyse critique de Jean-Paul II, lorsque, dans un bref instant de lucidité, parlant des conséquences du concile, il écrivit : « des idées contredisant la vérité révélée et enseignée depuis toujours ont été répandues à pleines mains ; de véritables hérésies ont été propagées dans le domaine dogmatique et moral, créant des doutes, des confusions, des rébellions […] même la liturgie a été manipulée » (Discours au 1er congrès national sur les missions populaires, 6 février 1981 [DC, 1981, 346]. Ceci dit sans oublier le terrifiant aveu de Paul VI qui ira jusqu’à parler d’une influence satanique qui fit suite à Vatican II : « La fumée de Satan s’était répandue dans le Temple de Dieu à la suite du Concile Vatican II. On croyait qu’après le concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude ». (Paul VI, Homélie du 29 juin 1972).
[2] Quelques uns ont pu, naïvement, considérer faute de disposer d’arguments plus sérieux, que les virulentes critiques exprimées par nos soins, dans la mesure où nous avions fait le choix, bien évidemment parfaitement conscient pour diverses raisons qui nous appartiennent, d’oeuvrer sous couvert d'un pseudonyme, relevaient d’une attitude discutable. Rappelons que l'anonymat (du grec anonymos « sans nom » ), désigne précisément la qualité de ce qui est « sans nom » ou plus exactement « sans renommée », c'est-à-dire l'état d'une personne qui se refuse à être connue pour son activité, d’écriture en particulier, en écartant le piège de la célébrité narcissique qui menace toujours, y compris, même et surtout, les meilleures intentions. Ainsi cette absence de renommée, soit cet « anonymat », est une garantie pour nous de pouvoir toujours disposer d’une entière liberté de ton, en étant lié par aucune nécessité ni en dépendance d’une raison mondaine. Par ailleurs, sachant avec quelle vitesse vient se glisser dans l’écriture sa compagne éternelle, soit la complaisante vanité qui, comme le précisa La Rochefoucauld, « si elle ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle les ébranle toutes » , nous savons trop combien il importe de se garder des pièges dans lesquels croupissent les actuels littérateurs prétendument « chrétiens », si généreux de leur identité au point de chercher à l’imposer de toutes parts oeuvrant, avec une rare énergie visible et un touchant dynamisme, à faire figurer leurs noms sur le moindre petit bout de papier imprimé. D’autre part connaissant plus qu’il n’est nécessaire, les vices d’une nature corrompue depuis l’orgueil d’Adam qui, pleine d'artifices, « trompant, n'a jamais d'autre fin qu'elle‑même, travaille pour son intérêt, et calcule le profit qu'elle peut tirer d'autrui, reçoit de bonne grâce les honneurs et les respects, craint la confusion et le mépris, a des yeux pour les biens du temps, se réjouit d'un gain terrestre, s'afflige d'une perte, et s'irrite d'un seul petit mot d'injure, fait tout pour le gain et l'intérêt propre ; ne peut rien faire de désintéressé ; mais pour ce qu'elle fait de bien, elle espère recevoir ou autant ou mieux, ou la faveur, ou des louanges; elle souhaite vivement que l'on estime ce qu'elle fait, ce qu'elle donne, ce qu'elle dit, sourit aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ses semblables, prompte à se plaindre de ce qui l'offense, rapporte tout à elle - pour elle, elle combat et discute - elle veut se montrer et toucher à tout, elle veut être connue, et s'attirer les louanges et l'admiration », nous nous prévenons contre cette photographie très réaliste et exacte de la nature humaine qui nous la montre prise sur le fait, et nous conduit donc à nous maintenir à distance de ses menaçants artifices. Enfin, détail fort intéressant s’il en est, cette photographie est bien antérieure à la photographie moderne, puisque l’auteur de ce tableau n'est guère connu, et n'a absolument pas cherché à l'être, puisque c'est l'auteur, « ANONYME », de L’Imitation de Jésus-Christ.
[3] Le Saint Père Benoît XVI a encouragé l’œuvre d’apostolat en ces termes : « ...comme aux commencements, aujourd'hui aussi le Christ a besoin d'apôtres prêts à se sacrifier eux-mêmes. Il a besoin de témoins, prêtres ou laïcs, et de martyrs comme saint Paul: autrefois violent persécuteur des chrétiens, lorsque sur le chemin de Damas il tomba à terre ébloui par la lumière divine, il passa sans hésitation du côté du Crucifié et il le suivit sans regret. Il vécut et travailla pour le Christ; pour Lui, il souffrit et il mourut. Combien son exemple est aujourd'hui d'actualité ! » (Homélie du Pape Benoît XVI, 28 juin 2007, à Saint-Paul Hors-les-Murs)
[4] « L'idéologie des Droits de l'Homme, le libéralisme, n’est pas une hérésie ordinaire, c’est l’hérésie propre, personnelle de Satan, puisqu’elle consiste, pour la créature, à usurper à son profit l’indépendance et la souveraineté qui n’appartiennent qu’à Dieu, de toute éternité, et dans l’ordre des temps à Notre Seigneur Jésus-Christ. (…) On voit par là en quoi le libéralisme moderne diffère de tout ce qui l’a précédé en fait de révolte et de péché. C’est le péché lui-même, le dernier terme et le plus haut degré du péché. Le libéralisme appelle “l’homme de péché”, il prépare les voies à l’Antéchrist. "Suivre le courant", c'est à quoi se résument ces fameuses inventions et ces grandes fiertés du Libéralisme catholique. Le libéralisme "catholique" n'est autre chose, en effet, que l'esprit révolutionnaire cherchant à s'introduire dans l'Eglise elle-même.» (Pie IX, Déclaration du 18 juin 1871, Société de Saint-Augustin, Desclée De Brouwer et Cie, Paris 1899, p. 223)
[5] L'erreur anthropologique et théologique de Jean-Paul II provient d’une conception phénoménologique erronée qui consiste en une inexactitude christologique dont la gravité est extrêmement importante sur le plan des conséquences puisque, dans sa vision, se servant de la dualité des natures dans Jésus-Christ, le théologien Karol Wojtyla en est arrivé à inférer en vertu de la “communication des idiomes ”, les attributs de la nature divine à la nature humaine dans le Christ, pour ensuite considérer qu’ils lui appartiennent en propre, et donc, par cette appartenance, l’étendre à tout homme en tant qu’il est homme – ce qui apparente objectivement cette position aux visions panthéistes, et ramène les positions de l’Eglise conciliaire au new âge. Jean-Paul II cherchera de nombreuses fois à dissimuler la nouveauté de sa pensée, en citant inlassablement afin de conférer un vernis de crédibilité à ses thèses, une phrase du paragraphe 22 de la Constitution conciliaire « Gaudium et Spes » selon laquelle « le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme par son Incarnation ». Mais ce que l'on ignore c'est que cette phrase a été introduite dans le schéma conciliaire sur proposition de Mgr Karol Wojtyla lui-même, alors archevêque de Cracovie ! De la sorte en citant continuellement « Gaudium et spes 22, 2 », faute de trouver le moindre fondement à une telle pensée dans la Sainte Écriture ou dans les Pères de l’Église, Jean-Paul II, tout au long de son pontificat, se citait donc lui-même !
[6] La déification promise à l’homme et dont parlent les pères de l’Eglise, n’a rien à voir avec une divinisation de l’état naturel, et s’obtient par deux critères essentiels :
- Le baptême, la naissance à la « vie surnaturelle », puis la sanctification par les sacrements, la prière, etc.
- Le temps, sachant que les promesses du Christ affirmant que nous verrons Dieu sans voile et participerons de sa vie, promesses réelles et magnifiques évidemment, ne portent et ne parlent que de notre état post mortem, non sur la glorification de notre nature humaine présente, misérable et pécheresse, ici-bas vivant en un monde livré aux puissances du « Malin » (I Jean 5, 19).
[7] De son vrai nom Ulrich Megerle, Abraham a Sancta Clara est né le 02 juin 1644 à Kreenheinstetten près de Messkirch en pays de Bade. Entré en 1662 dans le couvent des Augustins déchaussés (Barfüsser-Augustiner), et après avoir vécu sept ans à Graz, il commence sa carrière de prédicateur à la chaire de l’église des Augustins de Vienne en 1669 et la continue sans interruption jusqu’à sa mort le 1er décembre 1709. En plus de ses sermons il a publié plusieurs ouvrages dont le principal est : Judas der Erzschelm (Judas, l’infâme), publié entre 1686. Au moment où les Turcs menacent directement Vienne en 1683 il publie : Auf, auf ihr Christen ! (Levez-vous ô Chrétiens). Cet écrit a servi de base à la Kapuzinerpredigt (le sermon du Capucin) inclus dans la pièce Wallensteins Lager de Schiller.
02:21 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : analyse, actualités, antijudaïsme, philosophie, modernisme |
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vendredi, 20 février 2009
L'ISLAM : UNE HÉRÉSIE BLASPHÉMATOIRE
Par PATRICK FERNER


« S'il y a une chose que les islamistes redoutent par-dessus tout,
c'est qu'on porte à la connaissance du public tous les versets guerriers,
haineux et vengeurs qui représentent à peu près un tiers du Coran.
Ce qui revient à dire que la meilleure arme que l'on puisse utiliser contre l'islam,
c'est le Coran lui-même. »
« L'islam est la seule religion au monde qui prône dans ses textes,
l'anéantissement de toutes les autres.»
Nous avons le plaisir de mettre à la disposition de nos lecteurs, à propos d’un sujet vital et d’actualité s’il en est, afin que soit faite toute la lumière sur la nature réelle de l’islam - dont il convient, ainsi que nous y invitent les docteurs de l'Eglise (s. Jean Damascène, s. Thomas d'Aquin, etc.), de faire une critique théologique - au moment d’ailleurs où les pires âneries ont été colportées depuis des décennies à la suite des déclarations du Concile Vatican II, un texte fort intéressant et documenté de Patrick Ferner, texte portant sur la nature de l’islam dont il apparaît de plus en plus clairement qu’il relève de la grossière et patente hérésie blasphématoire, ainsi qu’il est démontré dans les lignes instructives de cette note qu’on lira avec grande attention.
« L'Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un,
vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre,
qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu,
même s'ils sont cachés, comme s'est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers.
Bien qu'ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa mère virginale,
Marie, et parfois même l'invoquent avec piété.
De plus, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités.
Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l'aumône et le jeûne. »
(Nostra Aetate, chap. 3).
Il faut croire que les rédacteurs de ce texte n'ont jamais lu le Coran,
y compris Jean-Paul II.

Jean-Paul II embrassant le Coran !
"Le dieu de Mahomet change l’éternelle beauté du Ciel
en un lieu de prostitution, dont les orgies dépassent en lubricité multiple et stérile
tout ce que l’idolâtrie elle-même, dans ses conceptions les plus abjectes, avait pu rêver."

Benoît XVI priant dans la Mosquée bleue d'Istanbul, dite du Sultan Ahmet,
le 30 novembre 2006, en compagnie du grand mufti Mustafa Cagrici.
Nous avons constaté que ceux qui ont une attitude bienveillante, pour ne pas dire naïve à l'égard de l'islam et ceux qui sont remontés contre lui ont un point commun : Ils n'ont jamais lu le Coran. Or s'il y a une chose que les disciples de Mahomet redoutent par-dessus tout, c'est qu'on porte à la connaissance du public tous les versets guerriers, haineux et vengeurs qui représentent à peu près un tiers du Coran. Ce qui revient à dire que la meilleure arme que l'on puisse utiliser contre l'islam, c'est le Coran lui-même.
Dans cette perspective, il est nécessaire d'en prendre connaissance afin de dénoncer son caractère à la fois hérétique et blasphématoire. [1]
De prime abord, la lecture du Coran laisse une impression étrange : d'un côté, il y a des invocations à Allah qui constituent les prières des musulmans, lesquels, pour la plupart, s'en tiennent à cet aspect de leur livre sacré, et d'un autre côté, on y trouve des appels au meurtre, voire au massacre, à la haine religieuse.
Lecture du Coran, mode d'emploi
Cela s'explique par le fait qu'il y a deux Mahomet : l'un, fasciné par l'exemple de Jésus, pieux, sensible à la tendresse et la douceur, l'autre, celui de Médine, véritable chef de clan, organisant des razzias, ordonnant des massacres, ou des assassinats comme le ferait de nos jours un parrain de la maffia lançant des "contrats" sur la tête de ses ennemis. Cela correspond à deux périodes de sa vie symbolisées par deux villes, La Mecque et Médine : né vers 570 apr. JC, il vécut à La Mecque, menant une existence de notable jusqu'en 622, monogame et fidèle à sa femme, Khadîdja. Mahomet, qui ne supportait pas l'abondante diversité des rites païens qui sévissaient à l'époque en Arabie, prêchait une religion dans laquelle tous les Arabes pourraient se reconnaître.
Les Mecquois se moquèrent de lui, moqueries qui confinèrent même à une hostilité à son égard, à tel point qu'il dut fuir à Médine, et ce fut l'Hadjira, qu'on traduit soit par fuite (traduction violemment rejetée par les musulmans), soit par émigration, l'Hégire, qui marque le début du calendrier islamique, pour nous le 16 juillet 622, date à laquelle Mahomet et son clan s'installèrent à Médine. Pour comprendre le Coran, il faut distinguer entre les versets pré-Hégire et les versets post-Hégire regroupés par chapitres appelés sourates. Là où les choses se compliquent un peu, c'est que les sourates ne respectent pas la chronologie de ces deux types de versets et elles sont classées par ordre de taille décroissante (à l'exception de la première qui n'est qu'un prologue), soit 286 versets pour la deuxième sourate, et 6 pour la dernière (114ème).
Deuxième clé de compréhension, les versets post-Hégire sont dit "abrogeants" lorsqu'ils reviennent sur des thèmes déjà traités par les versets de la période mecquoise : c'est ainsi que Mahomet tient des propos bienveillants à l'égard des chrétiens et des juifs, alors que les versets de Médine les vouent aux gémonies, et c'est donc ces derniers qui abrogent les versets précédents. Il est donc facile pour les musulmans de faire croire à tous ceux qui ne connaissent pas le Coran, de ne citer que les versets pré-Hégire pour leur présenter l'islam comme une religion d'amour et de tolérance à l'égard des autres religions, surtout quand ils revendiquent l'héritage judéo-chrétien :
"Il [Allah] a fait descendre sur toi le Livre avec la vérité, confirmant les Livres descendus avant lui. Et Il fit descendre la Thora et l'évangile". (S.3, v.3)
"Dis : “Nous croyons en Allah, à ce qu'on a fait descendre sur nous, à ce qu'on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux; et c'est à Lui que nous sommes soumis”". (S.3, v.84)
A la base, les musulmans sont fortement attachés à la filiation abrahamique :
"Dis : “C'est Allah qui dit la vérité. Suivez donc la religion d'Abraham, Musulman droit. Et il n'était point des associateurs”". (S.3, v.95)
Une prétendue filiation abrahamique
Les musulmans se réfèrent à Abraham par l'intermédiaire d'Ismaël, cet enfant qu'Abraham eut avec une servante égyptienne, Agar. Que nous dit la Bible à ce sujet ? Abram, et son épouse, Saraï, se désespéraient d'avoir une descendance, d'autant plus que cette dernière avait passé l'âge d'enfanter. C'est alors que celle-ci mit carrément sa servante, Agar, dans le lit de son époux : " Quand elle se vit enceinte, elle regarda sa maîtresse avec mépris. Et Saraï dit à Abram : " L'outrage qui m'est fait retombe sur toi. J'ai mis ma servante dans ton sein ; et quand elle a vu qu'elle était enceinte, elle m'a regardée avec mépris. Que l'Eternel soit juge entre toi et moi ! Abram répondit à Saraï : " Voici, ta servante est en ton pouvoir ; agis à son égard comme tu le trouveras bon ". Alors Saraï la maltraita ; et Agar s'enfuit loin d'elle. L'ange de l'Eternel la trouva près d'une source d'eau dans le désert, près de la source qui est sur le chemin de Schur. Il dit : " Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu ?, et où vas-tu ? Elle répondit : Je fuis loin de Saraï, ma maîtresse. L'ange de l'Eternel lui dit : " Je multiplierai ta postérité, et elle sera si nombreuse qu'on ne pourra la compter ". L'ange de l'Eternel lui dit : " Voici, tu es enceinte, et tu enfanteras un fils, à qui tu donneras le nom d'Ismaël ; car l'Eternel t'as entendue dans ton affliction. Il sera comme un âne sauvage ; sa main sera contre tous, et la main de tous sera contre lui ; et il habitera en face de tous ses frères ". [...] Agar enfanta un fils à Abram ; et Abram donna le nom d'Ismaël au fils qu'Agar lui enfanta" (Genèse, XVI, 4-16).
Donc, Ismaël n'est pas appelé à une alliance avec Dieu à travers sa descendance, puisqu'il est né à la fois d'une Egyptienne et d'une union illégitime. Ceci est confirmé plus loin lorsque l'Eternel apparaît à Abram (dont le nom signifie "père élevé") pour le renommer Abraham ("père d'une multitude") en l'instaurant père d'une multitude de nations ; mais surtout, il lui annonce que Saraï, qu'il doit désormais appeler Sara, donnera naissance à un fils : "Et Abraham dit à Dieu : " Oh ! Qu'Ismaël vive devant ta face! " Dieu dit :" Certainement Sara, ta femme, t'enfantera un fils ; et tu l'appelleras du nom d'Isaac. J'établirai mon alliance avec lui comme une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. A l'égard d'Ismaël, je t'ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l'infini ; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation. J'établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t'enfantera à cette époque-ci de l'année prochaine " (Genèse, XVII, 18-21). Et que devint Ismaël ? La Bible en termine avec lui en nous donnant sa postérité, et ses fils devinrent les douze chefs de leurs peuples. Ismaël finit ses jours paisiblement.
La filiation abrahamique revendiquée par l'islam est non seulement nulle et non avenue, mais elle constitue un contresens complet, puisque, comme on vient de le voir, elle va à l'encontre de la volonté divine. Et si l'on s'en tient à des considérations purement géographiques et anthropologiques, quel lien peut-il y avoir entre Ismaël, vivant au pays de Canaan, la Palestine actuelle, et les populations de la péninsule arabique? Aucun. Mais ces affabulations ne s'arrêtent pas là :
"Et quand Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison [La Kaaba] : "Ô notre Seigneur, accepte ceci de notre part ! Car c'est Toi l'Audient, l'Omniscient". (S.2, v.127)
Donc, la Kaaba, selon le "prophète", fut construite par Abraham et Ismaël ! Et René Guénon (dont les ouvrages figurent en bonne place à la bibliothèque de la Grande Mosquée de Paris) en rajoute:
"Le Nom El Shaddaï est, vous le savez, celui qu’on dit avoir été invoqué plus particulièrement par Seyidna Ibrahim [Abraham] ; il est plus que probable que, en général, on ne doit guère comprendre quel rapport il peut y avoir entre celui-ci et les rites des constructeurs (je n’ai d’ailleurs jamais vu soulever cette question nulle part) ; mais ne pourrait-on pas dire que ce rapport résulte de ce qu’il bâtit de ses mains la Kaaba avec Seyidna Ismaîl ?" [2]
Là, on est en plein conte oriental ; toutefois, Mahomet ne s'arrête pas là : il détourne à son profit le Christ pour tenter de se légitimer.

"Ni les Juifs, ni les Chrétiens ne seront jamais satisfaits de toi,
jusqu'à ce que tu suives leur religion.
- Dis : “Certes, c'est la direction d'Allah qui est la vraie direction”.
(S.2, v.120)
Une lamentable appropriation du Messie
Mahomet dénie au Christ sa qualité de Fils de Dieu :
"Ô gens du Livre (Chrétiens), n'exagérez pas dans votre religion, et ne dites d'Allah que la vérité. Le Messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah, Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et ne dites pas “Trois”. Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. Allah n'est qu'un Dieu unique. Il est trop glorieux pour avoir un enfant. C'est à Lui qu'appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et Allah suffit comme protecteur." (S.4, v.171).
En fait, voilà où Mahomet veut en venir :
Et quand Jésus fils de Marie dit : “ Ô enfants d'Israël, je suis vraiment le Messager d'Allah [envoyé] à vous, confirmateur de ce qui, dans la Thora, est antérieur à moi, et annonciateur d'un Messager à venir après moi, dont le nom sera “Ahmad”. Puis quand celui-ci vint à eux avec des preuves évidentes, ils dirent : “C'est là une magie manifeste”. (S. 61, v.6)
Mais là, on atteint le sommet du ridicule :
"Et à cause leur parole : “Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d'Allah”... Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu'un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l'incertitude : ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l'ont certainement pas tué". (S.3, v.157)
En résumé, Jésus n'est que le Prophète annonçant Muhammad, grâce à Marie que les musulmans honorent en tant que mère du Messie. Ce qui est risible, c'est d'affirmer que la crucifixion du Christ n'est qu'une mise en scène! Pour notre "prophète", la Trinité, c'est le Père, Jésus et Marie et non le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

"Ne faiblissez donc pas et n'appelez pas à la paix
alors que vous êtes les plus hauts,
qu'Allah est avec vous,
et qu'Il ne vous frustrera jamais [du mérite] de vos œuvres".
(S.47, v.35)
Un pitoyable syncrétisme
"4 ou 5 chapitres du Coran sont assez agréablement tournés, j’en conviens ; mais... qu’est-ce que peuvent faire 5 chapitres pour racheter les prodigieuses niaiseries, les maximes jetées sans ordre, les hiéroglyphes bizarres, les non-sens habituels et les flagrantes contradictions qui remplissent les 114 chapitres de ce tome indigeste ?" […] "Mahomet emprunte à chacune des religions existantes à son époque une portion de ses doctrines, et de cet amalgame incohérent qui prétend ménager le chrétien, le juif, le sabéen, l’idolâtre, il forme son symbole et lui donne pour suprême couronnement son aphorisme : ’Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète’... Il se fonde sur l’amalgame des doctrines, et se couronne par l’orgueil de la personne"... […]"Dans le Coran je n’ai rien trouvé de bien neuf. Presque tout, excepté les infamies, y est emprunté et contrefait. Ce qui est vrai se trouve dans le Pentateuque et dans l’Evangile ; ce qui est faux, dans le Talmud, dans les légendes arabes ou sabéennes, dans les évangiles apocryphes... Or, on voudrait faire descendre fraîchement du Ciel ce qui est déjà vieux sur la terre, et ce que je rencontre au fond de la boue !" [3]
Ce syncrétisme n'empêche pourtant pas un monothéisme obsessionnel et sectaire :
"Ce sont, certes, des mécréants ceux qui disent : “En vérité, Allah c'est le Messie, fils de Marie.” Alors que le Messie a dit : "Ô enfants d'Israël, adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur”. Quiconque associe à Allah (d'autres divinités) Allah lui interdit le Paradis; et son refuge sera le Feu. Et pour les injustes, pas de secoureurs "! (S.5, v.72)
"Ce sont certes des mécréants, ceux qui disent : “En vérité, Allah est le troisième de trois.” Alors qu'il n'y a de divinité qu'Une Divinité Unique ! Et s'ils ne cessent de le dire, certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants d'entre eux". (S.5, v.73)
Pour Mahomet, la Sainte Trinité consiste à ajouter, selon lui, des "associés" à Allah, ce sont donc des mécréants (ou infidèles) :
"Certes Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne quelqu'associé. A part cela, Il pardonne à qui Il veut. Mais quiconque donne à Allah quelqu'associé commet un énorme péché". (S.4, v.48)
On voit tout de suite ceux qui sont visés dans ces diatribes : les chrétiens.

"Et tuez-les [les chrétiens], où que vous les rencontriez;
et chassez-les d'où ils vous ont chassés :
l'association est plus grave que le meurtre.''
(S.2, v.191)
Antichristianisme virulent
"Et les Juifs disent : “Les Chrétiens ne tiennent sur rien”; et les Chrétiens disent : “Les Juifs ne tiennent sur rien”, alors qu'ils lisent le Livre ! De même ceux qui ne savent rien tiennent un langage semblable au leur. Eh bien, Allah jugera sur ce quoi ils s'opposent, au Jour de la Résurrection". (S.2, v.113)
"Abraham n'était ni juif ni chrétien. Il était entièrement soumis à Allah (Musulman). Et il n'était point du nombre des associateurs". (S.3, v.67)
"Ni les Juifs, ni les Chrétiens ne seront jamais satisfaits de toi, jusqu'à ce que tu suives leur religion. - Dis : “Certes, c'est la direction d'Allah qui est la vraie direction”. Mais si tu suis leurs passions après ce que tu as reçu de science, tu n'auras contre Allah ni protecteur ni secoureur". (S.2, v.120)
Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d'entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes. (S.5, v.51)
Les chrétiens sont considérés comme mécréants, voici le sort qui leur est réservé :
"Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d'où ils vous ont chassés : l'association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu'ils ne vous y aient combattus. S'ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants". (S.2, v.191)
"Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux". (S.9, v.5)
"La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu'ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l'ignominie ici-bas; et dans l'au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment". (S.5, v.33)
"Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c'est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu'à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allah voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c'est pour vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d'Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions". (S.47, v.4),
"Il les guidera et améliorera leur condition". (S.47, v.5)
"Et les fera entrer au Paradis qu'Il leur aura fait connaître. (S.47, v.6)
"Ne faiblissez donc pas et n'appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts, qu'Allah est avec vous, et qu'Il ne vous frustrera jamais [du mérite] de vos œuvres". (S.47, v.35). En clair, on fait la paix quand le rapport de force est défavorable, le djihad n'étant que partie remise : il ne s'arrête jamais.
Ces versets sont blasphématoires : Comment peut-on faire croire que non seulement Dieu, bon et miséricordieux ordonne de massacrer une partie de l'humanité et de surcroît récompense les criminels en les faisant entrer au paradis ?
Hérésie et blasphème : le dieu de Mahomet n'est pas le vrai Dieu !
"Vois-tu celui qui prend sa passion pour sa propre divinité ? Et Allah l'égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider après Allah ? Ne vous rappelez-vous donc pas "? (S.45, v.23)
"Et quoi ! Celui à qui on a enjolivé sa mauvaise action au point qu'il la voit belle... ? - Mais Allah égare qui Il veut, et guide qui Il veut - Que ton âme ne se répande donc pas en regrets pour eux : Allah est Parfaitement Savant de ce qu'ils fabriquent". (S.35, v.8)
Ceci est en totale contradiction avec le plan divin, tel qu'il apparaît dans la Bible : l'Eternel, ayant créé l'homme à son image, ne cesse, depuis Adam, de le ramener à lui à chaque fois qu'il chute, pour au bout du compte, lui envoyer son Fils afin de racheter tous les péchés. Ce sont donc les hommes qui s'égarent et qui se coupent de Dieu qui, Lui, ne les abandonne jamais. Mais affirmer, comme le fait Mahomet, que Dieu "égare sciemment" une partie de l'humanité, cela revient à lui attribuer un rôle satanique, car c'est le Diable qui divise et là on est en plein dans le blasphème. Dans l'esprit du "prophète" ceux qu'Allah guide sont les musulmans et ceux qu'il égare n'adhèrent pas au Coran.

Mgr Pavy, évêque d'Alger, déclarait en 1853 :
"L’islam est une prétendue religion...
Le dieu de Mahomet change l’éternelle beauté du ciel
en un lieu de prostitution, dont les orgies
dépassent en lubricité multiple et stérile
tout ce que l’idolâtrie elle-même,
dans ses conceptions les plus abjectes, avait pu rêver."
En réalité, le Dieu de Mahomet n'est qu'une projection humaine ainsi que l'expliquait Mgr Pavy en 1853 dans un Sermon :
"Est-ce le Dieu véritable que le dieu de Mahomet ? Non ! Le faux prophète a donc fait un dieu nouveau ? Pas davantage. Il a fait de son dieu ce qu’il a fait de tout le reste, un bizarre assemblage des qualités les plus opposées ; il l’a arrangé à sa façon. Son dieu unique, mes frères, est si faible qu’il n’ose jurer par lui-même!... Son dieu unique est le plus cruel des tyrans, puisqu’il fait lui-même tout dans l’homme, jusqu’au péché, puisqu’il ordonne à tous de croire à la nouvelle révélation du Coran, et déclare en même temps qu’il ne veut pas que les infidèles puissent y croire. Son dieu unique est un dieu sans cœur ; il n’aime pas, et il ne demande pas qu’on l’aime !
Le dieu de Mahomet change l’éternelle beauté du ciel en un lieu de prostitution, dont les orgies dépassent en lubricité multiple et stérile tout ce que l’idolâtrie elle-même, dans ses conceptions les plus abjectes, avait pu rêver. Le dieu de l’islam, c’est un être tellement immonde, en sa complaisante faiblesse, que si l’autorité chargée de la garde des mœurs rencontrait dans nos rues quelque chose de semblable, elle devrait à l’instant l’arrêter et le dérober aux yeux d’un public, hélas, pourtant si facile ! Et se serait là le vrai Dieu ?
Oh, non, non, ce n’est pas là le vrai Dieu du ciel et de la terre, le Dieu des nations, le Dieu des prophètes, le Dieu de Moïse, le Dieu de Jésus-Christ. Ce n’est pas Vous, ô Sainte Trinité, que cet homme a violemment combattue. Ce n’est pas Vous, ô Père saint, ô Verbe éternel, ô Esprit de lumière et de charité ! Ce n’est pas Vous, Jésus, le salut et la vie de mon âme... Cet homme, Mahomet, ne vous a pas connu, il n’a pas su vous aimer, lui. Pardon, Seigneur, si, pour la défense de votre nom, j’ai parlé d’un autre dieu que vous !" [4]

"Mahomet, vaincu par la chair,
accepte comme une loi divine sa domination absolue,
par ses instincts les plus indignes."
La vraie nature de l'islam
"Le Coran exprime, en de pompeuses paroles, les grandes idées des vertus naturelles, et lâche en même temps ouvertement la bride aux penchants les plus violents et les plus sulfureux... Il supprime les remords en introduisant le fatalisme... Mahomet, vaincu par la chair, accepte comme une loi divine sa domination absolue, par ses instincts les plus indignes."
La morale de l’islam ? "L’association du sang à la volupté, la guerre à l’infidèle, guerre permanente, guerre qui doit durer jusqu’à leur entière extermination ou soumission au tribut."
"En lisant l’Evangile, j’ai appris à prier ; en lisant le Coran, je n’ai rien appris, et le musulman, j’en suis sûr, n’y apprend, lui, qu’à répéter de creuses et de vides formules. Je serais tenté de dire qu’une telle prière est un outrage, puisqu’elle s’adresse à un dieu qui n’existe pas, ou qui existe avec des attributs tout opposés à ceux que lui prête la doctrine du musulman." [5]

Saint Thomas d'Aquin affirme :
"Mahomet a séduit les peuples
par des promesses de voluptés charnelles
au désir desquelles pousse la concupiscence de la chair."
Somme contre les Gentils, livre 1, question 6.
Déjà, Saint Thomas d'Aquin dénonçait l'imposture de Mahomet :
"...Les fondateurs de sectes ont procédé de manière inverse. C'est le cas évidemment de Mahomet qui a séduit les peuples par des promesses de voluptés charnelles au désir desquelles pousse la concupiscence de la chair.
Lâchant la bride à la volupté, il a donné des commandements conformes à ses promesses, auxquels les hommes charnels peuvent obéir facilement. En fait de vérités, il n'en a avancé que de faciles à saisir par n'importe quel esprit médiocrement ouvert. Par contre, il a entremêlé les vérités de son enseignement de beaucoup de fables et de doctrines des plus fausses. Il n'a pas apporté de preuves surnaturelles, les seules à témoigner comme il convient en faveur de l'inspiration divine, quand une œuvre visible qui ne peut être que l'œuvre de Dieu prouve que le docteur de vérité est invisiblement inspiré. Il a prétendu au contraire qu'il était envoyé dans la puissance des armes, preuves qui ne font point défaut aux brigands et aux tyrans.
D'ailleurs, ceux qui dès le début crurent en lui ne furent point des sages instruits des sciences divines et humaines, mais des hommes sauvages, habitants des déserts, complètement ignorants de toute science de Dieu, dont le grand nombre l'aida, par la violence des armes, à imposer sa loi à d'autres peuples. Aucune prophétie divine ne témoigne en sa faveur ; bien au contraire, il déforme les enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament par des récits légendaires, comme c'est évident pour qui étudie sa loi. Aussi bien, par une mesure pleine d'astuces, il interdit à ses disciples de lire les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament qui pourraient le convaincre de fausseté. C'est donc chose évidente que ceux qui ajoutent foi à sa parole, croient à la légère." [6]
On réalise maintenant à quel point la vision du Christ qu'ont les musulmans relèvent d'une incompréhension vertigineuse : pour eux, c'est un "loser" qui s'est laissé crucifier et que son Père a abandonné, reprenant ce passage de l'Evangile :
" Les passants l'injuriaient, et secouaient la tête, en disant: Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix! Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient: Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même! S'il est roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s'est confié en Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime. Car il a dit: Je suis Fils de Dieu". (Mat. XXVII, 39-43)
Mais en même temps, le Coran dit que ce n'est pas lui ! [7] Quoi qu'il en soit, et d'une façon inattendue, l'islam rejoint sur cette vision du Christ le judaïsme talmudique, héritier des pharisiens et persécuteur de chrétiens. On mesure à quel point les auteurs de Nostra Aetate étaient à côté de la question, et le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux (encore un fruit vénéneux de Vatican II), en la personne de son président, le Cardinal Jean-Louis Tauran fait pire quand il déclare : «Comment a fait Dieu pour revenir dans nos sociétés. C’est le grand paradoxe : grâce aux musulmans». «Ce sont les musulmans qui, devenus en Europe une minorité importante, ont demandé de l’espace pour Dieu dans la société». Il ferait mieux de se demander comment l'Eglise a réduit l'espace pour Dieu dans nos sociétés depuis Vatican II et 1968, pourquoi, après le Concile, on a interdit de pratiquer le rite de Saint Pie V jusqu'à ce que les motu proprio Ecclesia Dei (promulgué par Jean-Paul II) et surtout Summorum Pontificum (Promulgué par Benoît XVI) mettent fin à cette situation. Comme quoi, le chemin de la dhimmitude [8] et de l'apostasie est pavé de bons sentiments…
La seule façon de combattre l'hérésie est de se recentrer sur sa propre doctrine, et la décision de Benoît XVI de lever l'excommunication des évêques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X va au-delà d'un simple pardon : elle permet de préserver le véritable cœur de l'Eglise qui a failli disparaître sous la pression des intégristes modernistes post-conciliaires, lesquels, oublieux de la Révélation, ont fini par rabaisser leur religion au même niveau que les autres au point de mettre sur le même plan le Coran et les Saintes Ecritures. En définitive, le christianisme et l'islam nous renvoient à Abel et Caïn : le christianisme est une religion d'Abel, celle de Dieu, et l'islam, une religion de Caïn, celle des hommes. On sait quel sort Caïn réserva à Abel et on sait depuis quatorze siècles, quel sort l'islam réserve aux chrétiens et aux juifs, et plus récemment dans l'Histoire aux hindous et aux bouddhistes car c'est la seule religion au monde qui prône dans ses textes prétendument sacrés l'anéantissement de toutes les autres, les versets coraniques l'exprimant on ne peut plus clairement.
http://res0.esnips.com/doc/85a47d32-c091-40a9-ae6a-e9327e...
2. Lettre du 15 juin 1947 de René Guénon à Frithjof Schuon
3. ]Extraits du sermon prononcé par Monseigneur Louis Pavy, évêque d’Alger, en la cathédrale d’Alger pendant le Carême de 1853. Source: http://www.euro-reconquista.com/site/spip.php?article30
4. bid.
5. bid.
6.. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) "Somme contre les Gentils" (les païens) - livre 1, question 6.
Saint Jean Damascène explique également à ce sujet : « Mahomet, comme il a été dit, a composé de nombreux écrits stupides et donné un titre à chacun d’eux. Ainsi l’écrit de la Femme, où il est prescrit clairement à chacun de prendre quatre femmes et mille concubines, si c’est possible, autant que sa main en retient soumises en dehors des quatre femmes ; et il peut répudier une, s’il le veut, et en prendre une autre. Il a établi cette loi pour la raison suivant : Mahomet avait un compagnon appelé Zayd. Cet homme avait une belle femme dont Mahomet s’éprit. Alors qu’ils étaient assis ensemble, Mahomet dit : Ami, Dieu m’a donné l’ordre de prendre ta femme. Zayd répondit : Tu es un envoyé, fais comme Dieu t’a dit, prend ma femme. Ou plus exactement, pour prendre le récit par le commencement, il lui dit : Dieu m’a donné l’ordre que tu répudies ta femme. Celui-ci la répudia. Quelques jours plus tard il dit : Dieu m’a donné l’ordre de la prendre moi-même. Après l’avoir prise et commis l’adultère avec elle, il promulgua cette loi : Que celui qui le désire répudie sa femme. Mais si après l’avoir répudiée, il revient vers elle, qu’un autre l’épouse. Il n’est pas permis, en effet de la prendre si elle n’a pas été épousée par un autre. Et si c’est un frère qui répudie, que son frère l’épouse s’il le désire. Dans le même écrit il donne des recommandations de ce genre : “Laboure la terre que Dieu t’a donnée, et met-y tout ton soin ; fais cela, et de telle façon” – pour ne pas dire comme lui des obscénités. » (Cf. Liber Haeresorum).
7. Voir supra
8. Néologisme forgé sur le mot dhimmi qui désigne le statut réservé aux juifs et aux chrétiens vivant dans les pays musulmans : ils doivent payer un impôt spécial, ils sont taillables et corvéables à merci, relégués au bas de l'échelle sociale et doivent pratiquer leur culte en catimini et enfin n'arborer aucun signe de leur religion. Soit dit en passant, c'est pour échapper à ce statut qu'une partie de la population de Bosnie-Herzégovine, à l'époque de l'empire ottoman, se convertit à l'islam.
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dimanche, 11 janvier 2009
La condamnation de l'idéologie sioniste par l’Église catholique
ou les raisons théologiques de l'antisionisme chrétien

Benoît XV (1854-1922)
« Les Juifs n'ont aucun droit de souveraineté sur la terre sainte.»
L’État Juif de l'antiquité, après la destruction du Temple et la dispersion du peuple par l’Empire romain suite aux révoltes de l'an 70 et de l'an 135, a été détruit par Dieu, en punition des péchés du peuple hébreu. De ce fait pour l’Eglise, seul le Messie de Dieu, lors de son second avènement, pourra rétablir le royaume d’Israël et les juifs sur leur terre [1].

Ainsi, l’Eglise conteste, pour des raisons théologiques, l'idée d'un Etat Juif, tel qu’il fut constitué selon les modalités de sa création par les sionistes, c'est-à-dire par les hommes et non par la volonté divine. Ceci explique pourquoi Saint Pie X, dès 1904, déclarait fermement à Theodor Herzl [2], père fondateur de l’idéologie sioniste : « Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif. Non possumus. » (Saint Pie X, 25 janvier 1904, Cité du Vatican).
Cette position fut ensuite reprise et réaffirmée par Benoît XV , qui souligna de façon extrêmement explicite : « Les Juifs n'ont aucun droit de souveraineté sur la terre sainte.» (Note en marge de la déclaration de Belfort 1917).
De même, dans une allocution du Consistoire le 10 mars 1919, Benoît XV exprima clairement son anxiété au sujet du plan qui devait créer en Palestine une situation privilégiée en faveur des juifs et « livrer » les monuments chrétiens à des non chrétiens - le 13 juin 1921, il s’alarmait du fait que « les Juifs ne viennent à se trouver en Palestine en position de prépondérance et de privilège ». Plus tard, il insista d’ailleurs fortement pour que les droits de l'Eglise catholique et de toutes les Eglises chrétiennes en Palestine soient scrupuleusement sauvegardés (13 juin 1921).
C’est dans ce contexte qu’en avril et mai 1922, le Patriarche Latin de Jérusalem, Mgr Barlassina, se rendit à Rome, et fit une conférence très remarquée dans laquelle il disait ceci :
« ...L'intention du Sionisme est la conquête de la Palestine. En vue d'en arriver à leurs fins, les Sionistes recourront à n'importe quel moyen. Protégés par les autorités britanniques, ils sont, en réalité, les maîtres de la Palestine, faisant les lois, et imposant leur volonté à toute la population. Les catholiques, les musulmans, et même les Israélites orthodoxes sont soumis à des vexations innombrables. ...ils ont à leur disposition de grandes sommes d'argent envoyées par les organisations sionistes... principalement par celles des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. Avec cet argent, ils achètent les terres des pauvres musulmans ruinés par la guerre; ils fondent des écoles et parfois corrompent la conscience morale.... Comme des rapports fondés le prouvent, l'intention des Sionistes est d'exproprier peu à peu les Arabes et les chrétiens... Pour accroître le nombre de leur coréligionnaires, ils organisent l'immigration vers la Palestine de juifs russes, presque tous bolcheviques. Non moins fatale est l'oeuvre d'immoralité des Sionistes; depuis qu'ils sont devenus les maîtres de la Palestine, elle s'est terriblement répandue dans cette terre, baignée par le sang de Jésus-Christ. Des maisons-closes se sont ouvertes à Jérusalem, Haïfa, Nazareth... des femmes de mauvaise vie pullulent partout, et de honteuses maladies se répandent. Aujourd'hui, quelle est la condition des catholiques en Palestine? Subversivement, mais systématiquement, les Sionistes les accablent de toutes les vexations possibles. »
Civilta Cattolica, vol. 2, 1922, pp. 461-462.

Pie XII
"Les chrétiens ont le droit d'exercer un contrôle absolu sur leurs lieux de prière. »
(Auspicia Quaedam,1948)
Après la seconde guerre mondiale, alors que l’on assistait à une installation massive des Juifs en Palestine dans des conditions scandaleuses à l’égard des populations locales, de nouveau le pape Pie XII ne fit pas moins de sept interventions dans des Encycliques, des discours et des messages sur la question de Jérusalem, soulignant que les « Lieux Saints devaient être préservés, que les fidèles devaient y avoir libre accès sans danger, et que les chrétiens avaient le droit d'exercer un contrôle absolu sur leurs lieux de prière. » (Auspicia Quaedam, 1 mai 1948)
Toujours dans « Auspicia Quaedam », Pie XII faisait cette demande : « Faisons en sorte que la religion, défenseur de toutes les vertus, puissent jouir de la liberté qui lui est due. Et faisons en sorte que le travail pacifique des hommes - placé sous les auspices de la justice et de l'élan divin de la charité - produise d'abondants fruits pour le bien de tous ». Puis, en faisant référence aux Lieux Saints, le Pape appelait à prier afin que « la situation en Palestine puisse enfin être résolue dans la justice, et que la paix et la concorde puissent enfin triompher ».

Par la suite, dans son Encyclique « Redemptoris nostri », en date du 15 avril 1949, Pie XII invitait une nouvelle fois chacun, et en premier lieu les catholiques du monde entier, à s'engager à « persuader les gouvernants des nations, et ceux dont le devoir est de régler cette importante question, à garantir à la Ville Sainte et à la région environnante un statut juridique approprié, dont la stabilité ne peut être assurée que par un accord commun entre les nations qui aiment la paix et respectent les droits des autres. » Ceci avait surtout pour but, de dénier aux sionistes leur prétention à l’autorité sur les Lieux Saints, et plaider en faveur de l’internationalisation de Jérusalem.
Nous le voyons, l’Eglise d’avant Vatican II dans sa sagesse, malgré les assurances que Theodor Herzl apportait à saint Pie X quant au statut des Lieux saints, opposera toujours le fameux « non possumus » qui fut la réponse catholique traditionnelle dans son attitude face au sionisme et à l'Etat d'Israël ; une attitude antisioniste fondée sur le refus théologique durable d'un retour des Juifs sur leur terre ancestrale obtenu sans le concours de la Divine Providence, mais par l’utilisation de moyens inacceptables et de méthodes en contradiction complètes avec les lois de Dieu, dont les terribles conséquences n’ont de cesse de produire les fruits pervers dont une constante actualité nous montre les redoutables effets.
Notes.
[1] Rappelons que la position d’hostilité de l’Eglise à l’égard de la prétention à la possession des lieux saints par les Sionistes, participe d’une compréhension attentive de l’Histoire Sainte et du peuple Juif, beaucoup plus complexe que certains, dans leur naïveté, ne l’imaginent. En effet, y avait en réalité deux royaumes chez les Juifs de l'Antiquité : celui de Jacob (Israël) et celui de Juda. D’après l’oracle de Jacob dans le livre de la Genèse, le sceptre de l’autorité ne devait en aucun cas être retiré à Juda, jusqu’à ce que vienne celui qui était considéré comme « l’attente des nations, c'est-à-dire le Messie. De fait, le royaume de Juda a toujours eu la primauté sur celui d’Israël, et en même temps, ce qui est paradoxal, l’indépendance de Juda n’a vraiment existé qu’à la fin, pendant une courte période de quatre-vingts ans, de 142 à 63 avant J-C, entre la fin de la domination séleucide et le commencement de la domination romaine. Ainsi, lorsque les juifs firent appel à Pompée en 66 av. J-C, ils déclarèrent qu’ils ne souhaitaient plus avoir de roi. Ainsi se réalisait la prophétie, car Jésus Christ est venu juste après que le sceptre fût enlevé à Juda. Si l’on comprend la prophétie comme saint Augustin l’expose clairement dans La Cité de Dieu, elle s’est également réalisée en tous points, signifiant concrètement qu’il y aurait des rois en Juda avant la venue du Messie, mais qu’ils disparaîtront définitivement après sa venue. Or, la prophétie s’est réalisée de façon très frappante, car les juifs n’ont vraiment eu de rois que pendant quatre-vingts ans (tous n’étant d’ailleurs pas juifs). Ainsi, après la domination des Babyloniens, puis des Perses, des Grecs, et enfin des Séleucides, les Juifs ont eu juste assez de rois pour que la prophétie se réalise, et cela au moment prédit, c’est-à-dire juste avant la venue du Christ. Après la mort de Jésus Christ (vers 30), les Juifs se sont entretués dans une guerre atroce. Vespasien, proclamé empereur par les légions à Alexandrie, envoya son fils Titus en Judée, et l’armée romaine, en 70, rasa entièrement la ville, n’y laissant que trois tours et un mur. Le temple fut entièrement détruit et le sacrifice cessa définitivement. Cette destruction de la ville sainte fut un choc sans précédent depuis l’exil de 587 av. J-C, et marque la fin du royaume de Juda qui a cessé d’avoir un sens depuis la venue du Christ, ramenant les criminelles velléités Sionistes dont une constante actualité montre le fol entêtement, à une effective impiété du point de vue prophétique.
[2] Theodor Herzl, qui rencontra saint Pie X, multipliera les contacts avec les chefs d'État, le sultan Habdul-Hamid III, l'empereur Guillaume II et le ministre britannique Joseph Chamberlain. En 1903, celui-ci lui offrira même d'installer l'État juif en Afrique, sur le territoire de l'Ouganda, alors possession britannique. Theodor Herzl, absolument insensible à la composante religieuse du sionisme et craignant de ne jamais avoir gain de cause en Palestine, se saisira sans tarder de cette offre. Il sera suivi par Éliezer Ben Yéhouda, le créateur de l'hébreu moderne, et par le mouvement religieux ultranationaliste Mizrahi. Il réunit donc à Bâle, en août 1903, un VIe Congrès sioniste et annonce aux délégués : «J'ai une grande surprise pour vous : Sa Majesté, le souverain de l'empire britannique, vous offre un cadeau, l'Ouganda !»
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samedi, 29 novembre 2008
RÉACTIONS À LA RÉPONSE DE ZAK À JUAN ASENSIO
Par Zak
« La domination ontologique de l’horreur est inscrite de façon générique
en chaque être depuis la rupture adamique »
Nous avions voulu, dans notre précédente réflexion portant sur la notion de « virtualité », proposer une interrogation sur la notion d’authenticité en convoquant, à la fois les outils de la métaphysique classique et ceux de l’anthropologie chrétienne. Notre petit texte a suscité, à notre surprise, un nombre suffisamment significatif et important de commentaires multiples et variés, pour que nous nous sentions encouragé de relever, puisqu’il ne nous apparaît pas utile d’insister sur ceux qui témoignèrent de leur intérêt à notre égard et que nous avons bien lus, ce que ce questionnement a pu recueillir comme réactions critiques.
On pourra bien évidemment tout d’abord sourire, très franchement, de l’ire colérique plutôt comique que provoqua notre initiative, ici ou là, et en particulier chez des esprits réduits et bavards soutenant une impossibilité formelle entre l’interrogation métaphysique et le christianisme, encore pénétrés d’un indigent apriorisme qui sont allés jusqu’à affirmer, sans crainte du ridicule, et comme s’y risquent encore seuls quelques positivistes attardés, qu’il n’était pas possible d’engager une question de nature philosophique si l’on accordait un crédit à l’enseignement de la Révélation[1].
![573156[1].jpg](http://www.la-question.net/media/01/02/1289902720.jpg)
« La philosophie, c'est à dire l'amour de la sagesse,
n'est pas une chose et la religion une autre chose. »
(Saint Augustin, De vera religione)
L’énorme stupidité abyssale d’un tel affligeant discours qui relève des innombrables bêtises écrites dans les petits opuscules, écrits par des professeurs formatés, que l’on destine aux lycéens qui se préparent au baccalauréat, pourrait aisément être mise en lumière en dressant la très longue liste des philosophes et métaphysiciens chrétiens qui marquèrent de leur présence magistrale l’histoire de la pensée.
Mais cela serait trop facile pour deux raisons principales :
- Tout d’abord parce que tous les penseurs en Europe avant même l’avènement du christianisme, à de très rares expressions près, furent des croyants, païens ou chrétiens, fortement attachés à leur religion et parfois, comme Jamblique, adeptes des cultes mystériques ;
- Deuxièmement parce que c’est toute la métaphysique, toute l’histoire de la philosophie elle-même, qui a sa source dans un fondement religieux placé à la base du questionnement dont on sait qu’il prit naissance précisément avec Parménide et son fameux « Poème sur la nature » (Peri Physeos) où, dans cet instant matinal et natif de l’interrogation fondamentale, conduit par la Déesse, il s’approcha de l’Être, qui se dévoila comme un don et lui fut délivré comme un préconcept transmis par la divinité [2].
Difficile de faire plus religieux, on le constate, en ce qui concerne le domaine originel de la philosophie !
Mais ceci n’a rien d’exceptionnel puisque c’est l’ensemble de la pensée grecque qui fut encadrée dès ses premiers pas par la fonction essentielle des personnages divins - Themis, Dikè, les Moires – des présocratiques jusqu’à Platon et Aristote puis, plus encore chez les néoplatoniciens dont beaucoup furent chrétiens (celui connu sous le nom de Denys l’Aréopagite en est l’exemple par excellence), personnages divins accompagnant le questionnement à l’égard de la sagesse. A ce titre, le nom même de « philosophie », désigne bien cette « Sophia » aimée que les latins désigneront comme « Sapientia », ce qui fera dire à Cicéron que la pensée philosophique est « la science des choses divines et humaines et des principes qui les fondent ».
Comme l’expliquera Jean Daniélou dans son étude parue en 1944, Platonisme et théologie mystique, cette approche conduira saint Augustin, très marqué par le néo-platonisme, a réconcilier les « idées éternelles » avec l’Evangile suivi en cela par Théodoric de Chartres, Dominique Gundisalvi, Duns Scot, ou Giordano Bruno, (saint Thomas d’Aquin faisant de même plus tard avec l’aristotélisme), se souvenant que dans son Apologie de Socrate Platon déclarait : « je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien », démontrant ainsi que la sagesse philosophique consiste d’abord à se reconnaître ignorant en avouant la limite de la raison et des facultés humaines pour atteindre le domaine, inaccessible, de la Vérité [3].
Toutefois il nous faut faire justice, par delà les invraisemblables incohérences déjà signalées, à un truisme naïf foncièrement ridicule, toujours issu des manuels destinés aux classes du secondaire et que l’on recrache sottement, consistant à soutenir que « philosopher », vaniteuse et bien ambitieuse expression au demeurant pour les cancres ignorantins qui la manipulent sans intelligence, consisterait à « inventer » des concepts et faire surgir de sa pensée de la nouveauté. Rien que ça ! Or, telle est bien l’une des plus aberrantes et insignifiantes idées participant de la piètre vision deleuzienne vidée de sens et de fondement, aimant à roucouler son éternel credo au sujet du philosophe « amant du concept ». Deleuze lui-même, dont on n'oubliera pas qu’il s'est donné la mort de façon brutale le 4 novembre 1995, déclarait dans son ouvrage « Les conditions de la question : qu'est-ce que la philosophie? » : « La philosophie ne contemple pas, ne réfléchit pas, ne communique pas. C'est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts, mais surtout de les créer. » Outre que tout le monde n’est pas Deleuze, et que peu d’individus sont en mesure d’éventuellement "générer du concept", il y a dans cette vue un pseudo raisonnement qui joue sur les éléments de la pensée réflexive d’une manière toute hégélienne, laissant dans l’ombre un présupposé non interrogé de la vieille doxa deleuzienne qui trouve son inspiration chez Marx et Nietzsche : le rôle de la philosophie ne consiste plus à contempler le monde mais à le changer, à l’interpréter. Dans Différence et répétition, par exemple, Deleuze reprochera, de façon très marxiste finalement, à la dialectique hégélienne sa manière abstraite de concevoir le changement qui la rend incapable de penser le mouvement réel des choses.
Aussi Deleuze s’écartera foncièrement de Heidegger, en s’y opposant, critiquant son approche fondée sur l’authenticité, tel que le « Dasein » doit l’expérimenter. Et c’est bien là où réside une opposition radicale, entre l’utopie deleuzienne fondant ses vains espoirs évolutifs et progressistes en la création permanente de la nouveauté conceptuelle, et la position heideggerienne, beaucoup plus en accord avec l’intuition matinale parménidienne, et dont nous n’hésitons pas à dire que nous la reconnaissons comme supérieure et beaucoup plus respectueuse de la nature même de ce qu’est l’exercice philosophique véritable, consistant à nous préparer à répondre à un appel qui nous révèle, dans un saisissement inattendu et non volontaire, "l’Être" dans la perfection de sa donation originelle.
De la sorte, pour la philosophie exigeante consciente de l’appel ontologique, l'avènement de la Vérité réintroduit la métaphysique là où le nietzschéisme deleuzien, par un subjectivisme dérisoire et fort moderne, l'avait chassée en s'imaginant être en mesure de créer du "concept". En effet, ce qu’avait tragiquement oublié la non pensée moderne, l’Etre est une nécessité impérative à l’intérieur de laquelle nous sommes placés, nous ne le créons pas. C’est pourquoi à la question de savoir « qu’est-ce que penser ? », Heidegger répondit en 1955 par une autre question beaucoup plus juste et fondamentale : « qu'est-ce que l'Être ? » Ainsi, la question « qu’appelle-t-on penser ? » signifie plutôt : qu’est-ce qui nous incite à penser ? qu’est-ce ce qui nous appelle à penser ? qu’est-ce qui nous donne à penser ? Et ce qui donne le plus à penser, c’est le « Penser » lui-même : das Bedenkliche. Heidegger pourra donc affirmer, ruinant définitivement les présupposés évolutionnistes et subjectivistes si caractéristiques du nihilisme philosophique contemporain : « A l’aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept » [4]
![heidegger[1].gif](http://www.la-question.net/media/01/01/182043884.gif)
« A l’aube profonde du déploiement de son être,
la pensée ne connaît pas le concept »
Nous nous attarderons un instant également, ayant déjà dit notre opposition à leur discours et le rejet que nous ressentions face à leur méthode de dénonciation, sur les profondes confusions théoriques, à nos yeux, des frères républicains consanguins Qu'est-ce qu'un français de souche? adeptes de « l’inessentiel » et d'un certain matérialiste, qui vinrent clamer leur incompréhension des mécanismes propres au spectacle moderne au prétexte de ridiculiser anonymement un auteur, s’imaginant missionnés pour sauver le monde du péril de la domination réactionnaire technocratique biocybernétique sans comprendre leur profonde participation à cette même domination dont ils ne sont que le pôle négatif et grimaçant inclus dans ce même spectacle qui, aujourd’hui comme hier, a depuis longtemps intégré sa critique.
![la-tete-du-dictateur[1].jpg](http://www.la-question.net/media/00/02/408717924.jpg)
« La lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes
n’est, en dernière instance, qu’un amusement pénible
qui ne sert qu'à régénérer un système qui ne connaît plus de mouvement négateur. »
Ces étranges personnages épidémiologiques ne comprennent pas, comme, pourtant, le disait déjà le texte de la brochure De la misère en milieu étudiant, que : « la critique radicale du monde moderne doit avoir maintenant pour objet et pour objectif, la totalité. » En effet, la critique, si elle doit s’exercer, est donc contrainte de se pencher sur le projet de la domestication totale, non en désignant encore et toujours, en retombant dans les mêmes pièges et ornières stupides, identifiant de façon erronée de prétendus agents de la réaction, discours ultra obsolète qui cache mal une totale incapacité analytique à appréhender la nature du système et de sa matrice, dans un schéma structurel passablement inopérant focalisé stérilement sur la désignation de l’adversaire principal situé, évidemment - grande révélation - à l’extrême. A présent à l’échelle mondiale, alors même que la domination ontologique est inscrite de façon générique en chaque être depuis la rupture adamique, la convergence est absolument réalisée entre la communauté du capital et sa critique, capital qui est devenu l’être social de l’espèce, dont la pérennisation est rendue possible grâce à l’instauration de la démocratisation, l’égalisation, et l’homogénéisation poussées à leur sommet, sachant que puisque le capital, par son idéologie libérale, s’est constitué en communauté globale il peut exercer sa domination sans partage en utilisant la démocratie et la République pour parachever la domestication, et qu’il n’y a rien qui ne puisse éviter de le servir en ne participant pas de son pouvoir, n’ayant nul besoin que quelques discours, qui tiennent d’ailleurs plus de l’incantation fantaisiste que du réel danger, viennent l’aider à renforcer son contrôle.
De ce fait, se faire le chantre des vertus républicaines et démocratiques en dénonçant les imaginaires adversaires de ces régimes, alors même que la démocratie est l’instrument par excellence de la soumission biologique et structurelle de l’espèce, [Marx disait de la démocratie qu’elle est « l'énigme résolue de toutes les constitutions bourgeoises »] , est donc le plus sur moyen, en collaborant au jeu spectaculaire et se vouant à la lutte contre des fantômes anecdotiques, d’asseoir le règne de la domination abstraite de la valeur en se transformant en laquais objectif de la domestication libérale.
Alors que la démocratie, telle qu'elle s'est constituée historiquement à des périodes décisives de l'histoire politique, de la Grèce du Ve siècle aux Républiques italiennes jusqu’à la Révolution française, qui fut depuis toujours le vecteur idéal de la caste financière s'imposant de manière hégémonique comme la forme accomplie de domination réelle du capital sur la société, n’est plus menacée et par conséquent n'a plus à être défendue contre l'éventuel retour d'un phénomène totalitaire, même au prétexte d’un « pouvoir biocybernétique » qui, pour être plus efficace, n’a dans sa nature rien d’original ni de nouveau, faisant que ce combat n'est donc pas « progressiste » ou positif, mais absolument anachronique et régressif, c'est-à-dire réactionnaire. Déjà dans les années 1920, Bordiga, prévenait des ambiguïtés du slogan socialiste et républicain « la démocratie en danger » qui entraîna sur les champs de bataille des millions d’hommes qui se livrèrent une guerre criminelle, aussi inutile que vaine. La démocratie est une communauté illusoire, une communauté de la séparation parce qu'elle sanctionne politiquement, juridiquement et idéologiquement la soumission des hommes dans l'échange marchand où chaque individu, agissant pour lui-même, est devenu pour l'autre un représentant de la marchandise. La démocratie est donc actuellement "l'esprit" de la société, sa "religion".
Ainsi, si le nihilisme n’est que l'idéologie de soutient à la forme achevée de la domination, le prétendu reflet du mal dans lequel s’enferme les membres de la « Confrérie », nous assénant interminablement des injonctions sur la démocratie, la liberté, les Droits de l'Homme, réduisant concrètement l'horizon à l'alternative démocratie / totalitarisme, s'avère incantatoire et vain alors qu’il importe de démasquer le pivot du paradigme libéral pour montrer que son visage est multiforme, plastique et mouvant, utilisant pour son service l’ensemble des mécanismes trompeurs du champ politique pour mieux instrumentaliser, et son éloge et sa critique. La République, la démocratie, le totalitarisme et le marxisme ont permis l'universalisation du mode de production capitaliste, de sorte que la lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes n’est en dernière instance qu’un amusement pénible, un travail contestable qui ne sert, d’une certaine manière, qu'à régénérer le système lui-même puisque le développement de la valeur a fini par cannibaliser les lois structurelles du système qui ne connaît plus de mouvement négateur.
La seule attitude authentique, c’est-à-dire authentiquement en rupture, est donc uniquement d’ordre supérieur, elle relève du spirituel et du transcendant.
A ce sujet, Augustin d’Hippone expliqua clairement que la « Question » porte sur la notion des "deux cités", des deux principes antagonistes depuis la Chute, dans la mesure où le monde est le lieu où se déroule depuis l’origine une incessante lutte entre deux volontés, deux projets antagonistes, où s’affrontent deux « voies », deux orientations aux perspectives radicalement différentes. Telle est l’authentique division toutes les autres étant factices et superficielles. C’est pourquoi, celui qui a compris que la seule extériorité critique est uniquement de nature spirituelle et qu’il n’y a pas, fondamentalement, de différence, de clan, de tendance dans la cité de la terre puisque toutes les forces possèdent la même et identique racine de désorientation viciée et corrompue, doit, alors qu’il est placé au cœur d’une confrontation métaphysique gigantesque qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables, se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux Cités, l’amenant, certes, à relativiser les gloires et puissances terrestres, mais surtout regarder les fausses luttes politiques ou idéologiques d’ici-bas comme vaines et stériles, dans la mesure où le combat véritable, l’unique combat, se mène contre « l’Adversaire », et non contre des mirages passagers au nom d’orientations politiques intramondaines.
Redisons-le, il ne peut y avoir qu’une seule communauté en ce monde, c’est celle des forces ténébreuses qui n’appartiennent à aucune communauté si ce n’est celle de l’abomination et de l’horreur ontologique. Le combat contre le mal est donc d’ordre métaphysique et spirituel : métaphysique car il touche à la nature pervertie de l’homme et à l’essence fétide de ce monde ; spirituel car il ne peut emprunter, et comme arme et pour finalité, que l’Absolu : « Il n’y a que deux cités, l’une criminelle descendant d’un homicide jusqu’à un homicide, […] et l’autre, sainte, fondée par celui qui mit sa confiance à invoquer le nom de Dieu. Voilà, en effet, quelle doit être l’unique occupation des membres de la Cité de Dieu, étrangers en ce monde pendant le cours de leur vie mortelle… » (S. Augustin, La Cité de Dieu, Livre XV, Ch. XXI.)
En conclusion, toutes ces réactions, parfois puériles, qui firent suite à la note : « Métaphysique de la virtualité », témoignent donc clairement de la tragique impasse dans laquelle se trouve enfermée une pensée indigente, totalement incapable d’affronter l’exigence ontologique, qui se contente de fonctionner en utilisant le slogan ou l’autocongratulation narcissique et le bavardage comme ultime recours face à sa tragique impuissance théorique. Mais au final rien d’étonnant, puisque tout ceci est relativement conforme au misérable niveau dans lequel croupit la modernité contemporaine désacralisée et son monde de toute façon condamné depuis l’origine à la déréalisation inessentielle, en raison de causes objectives qui conservent un pourvoir de nuisance terrifiant, utilisant, avec un art consommé, les êtres comme autant de marionnettes inconscientes afin qu’ils servent son nocturne objectif.
Rien n’était donc plus nécessaire que de se confronter à la notion d’inauthenticité en examinant l’essence de la virtualité. Comprendre et mettre à jour la réalité du lien secret et pervers qui unit ces deux notions, tel était, et reste donc, l’objet de notre réflexion.
Notes.
[1] On ne sera point trop cruel en relevant dans ce billet L'absence de question hautement fantaisiste publié sur un site naturiste que nous avions déjà incidemment évoqué, à l’intérieur des quelques lignes maladroites dont l’alacrité trahissait surtout un piteux dépit et qui se voulait une poussive et dérisoire réponse à notre texte, les réitérations d’un plaisantin écolâtre se voulant philosophe mais possédant de curieux « soubassements » aprioriques, et qui n’hésita pas à proférer des affirmations sentencieuses - encouragé dans sa risible initiative par un hilarant cordonnier La haine du mouvement qui déplace les lignes jouant au singe savant qui ne cesse, à la moindre occasion, de crier furieusement du fond de son échoppe en lui imputant la responsabilité de l’arrivée au pouvoir à la tête de l’Empire du bien du candidat démocrate : « à bas Bush ! » - composant son mot en l’accompagnant d’un babillage assez comique, puisque parlant ridiculement, dans son sabir, d’un : « cadre [pré-déterminé] », « des limites … qui renverraient infiniment à [elles-même] », expliquant « le [sous-bassement] chrétien supposé dès le départ» , et le « thomisme vaguement [rebricolé] » , une nouvelle fois le « [sous-bassement] chrétien ne doit pas être atteint » , les « fondements [inquestionnables] » s’avouant comme « fondement [inquestionnable] ». - Ouf ! on est effectivement renversé, mais vraiment peu rassuré, par l’étalage d’une telle science orthographique génératrice de concepts.
[2] Cf. Couloubaritsis, L., du Peri Physeos, in Mythe et philosophie chez Parménide, Ousia, 1986.
[3] Les rapports entre néo-platonisme et christianisme sont très étroits; les néo-platoniciens connaissaient les chrétiens et certaines de leurs doctrines. En outre, des personnalités aussi importantes que des Pères de l'Eglise se sont tourné vers le platonisme, et la doctrine augustinienne comporte des composants éminemment platoniciens. Saint Augustin ne cachera d'ailleurs pas son immense dette envers les platoniciens dans la Cité de Dieu : il y affirme qu'ils sont proches du christianisme. Il reconnaît sans peine par exemple que les Libri platonicorum et le Prologue johannique, présentent une doctrine pratiquement identique. Ce parallèle entre des écrits platoniciens et le Prologue écrit par saint Jean, se remarque de même dans l’Introduction aux Confessions de saint Augustin, où Solignac cite Amélius évoquant une ressemblance entre le logos de saint Jean et le logos d'Héraclite :
- « Et tel était le Logos, par qui tout ce qui devient a été fait, tandis qu'il est lui-même éternel, ainsi qu'Héraclite l'a proclamé : et, par Zeus, c'est ce Logos, le Barbare (i.e. saint Jean) l'a reconnu, qui, étant établi au rang et à la dignité de principe, était en Dieu et était Dieu : par lui, tout absolument a été fait ; en lui ce qui a été fait, était, originellement vivant, vie et être ; et c'est ce même Logos qui est descendu jusque dans les corps et, ayant revêtu la chair, il est apparu comme l'homme, mais de telle sorte que, même alors, il montrât la majesté de sa nature ; et naturellement, après avoir été délié du corps, il est à nouveau divinisé et il est Dieu, comme il était avant d'être répandu dans les corps, dans la chair et dans l'homme. »
Rappelons qu’Augustin fut instruit de ces rapprochements par Simplicianus, et on trouve dans le livre VII des Confessions de l'évêque d'Hippone, une indication de sa lecture des Libri Platonicorum, affirmant que les textes se rapprochant de l'Evangile figurent en particulier dans les Ennéades de Plotin.
[4 ] Heidegger, M., Qu’appelle-t-on penser, PUF, 1992, p. 8.
15:05 Publié dans Philosophie, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (114) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, réflexion, politique, société, métaphysique |
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mardi, 25 novembre 2008
RÉPONSE DE ZAK À JUAN ASENSIO
MÉTAPHYSIQUE DE LA VIRTUALITÉ
ou la dissection théologique du cadavre de la lassitude et du dégoût
par ZAK
Juan Asensio, quoi de plus normal finalement et fort logiquement, se lasse d’une activité « internautique » et d’un mode de fonctionnement passablement vide et inexistant ? Ne vient-il pas de déclarer, récemment, en des termes relativement forts, puisqu’il parle de « lassitude » et même de « dégoût », termes qui nous instruisent sur la nature actuelle de son sentiment intérieur à l’égard du monde virtuel, son peu d’enthousiasme pour ce qui fit, un temps, le sens même de son investissement en ces domaines. Par ailleurs, renforçant plus encore ce jugement, il semblerait que ces impressions négatives ne soient pas récentes : « Cette lassitude, et, de plus en plus souvent hélas, ce dégoût, ne sont point des sentiments véritablement nouveaux… » affirme-t-il.
Mais au fond qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? Juan Asensio ressent ce que tout être animé d’un minimum d’intelligence voit surgir en sa conscience lorsqu’il constate que son dialogue avec le siècle se résume à une suite de monologues autistes entre sourds profonds, se solde par d’inutiles confrontations entre des orgueils démesurés et des vanités maladives, le plus souvent inversement proportionnels au talent et à la valeur des minuscules ignorants qui aboient un peu de partout et de façon répétitive sur la toile, et que les constants efforts que demandent la réalisation d’analyses sérieuses, de réflexions étayées, de commentaires développés, se concluent inlassablement par des quolibets indigents, des glapissements ridicules, des slogans imbéciles, des attitudes basses et viles. Rien de plus triste et de navrant, rien de plus stérile et affligeant, que ce spectacle grossier – effectivement !
Tout comme lui, nous ne pouvons, fort heureusement, que douter que cette atmosphère soit la réponse ultime pour que puisse vivre et s’exprimer la pensée : « Je doute, écrit-il, que la virtualité, cet universel reportage fonctionnant bien trop souvent à vide, soit absolument la dernière chance donnée à la littérature de se faire lire, entendre, écouter, admirer, commenter. »
C’est pourquoi, partageant ces doutes, il nous a semblé intéressant de nous pencher, par une défiance de principe à l’égard du psychologisme qui fait l’excitation des petits esprits contemporains intoxiqués par un sous freudisme de pacotille dont on sait les pièges catégoriques qu’il recèle, non sur les ressorts secrets de l’âme « juanienne » qui ne manifeste pas une originalité particulière en ces domaines et qui, comme les autres, souhaite sa part de lumière en ce monde ténébreux tout en souffrant d’être incomprise, mais sur l’essence de la virtualité qui est en fait, la véritable et authentique question pertinente que soulève, indirectement, notre dissecteur du cadavre de la littérature dans sa déclaration.
De ce fait, loin donc d’entrer dans un exercice qui voisinerait avec l’habituel babillage littéraire, il était évident que seule une approche attentive de ce qui constitue l’essence de cette virtualité pouvait, non seulement être cohérente, mais nous amener à découvrir en quoi il ne peut et ne saurait y avoir que déception, tristesse, lassitude, dégoût et acédie en cette vallée de Josaphat, où certaines causes déterminantes et contraignantes, depuis la rupture adamique qui entraînât les dégâts que l’on sait, condamnent les créatures à errer et toujours être déçues et désillusionnées, ceci jusqu’à l’heure de leur retour à l’invisible.
Les anciens, qui conservaient, au contraire de nous, bien plus que trois sous évanescents et médiocres de religion et qui, surtout, ne se prétendaient pas savants, savaient ça pourtant. Ils ne se plaignaient pas - endurant l’adversité et le désespoir lorsqu’ils survenaient et, voyant la dureté de cette terre, prenaient leur bréviaire ou leur Bible, et aller prier l’Eternel dans le secret de leur cœur. Et là, face à l’intimité du Ciel, ils ouvraient tout grand leur âme simple aux grâces de la consolation surnaturelle.
Cependant, concrètement pour nous qui n’avons plus la sagesse de jadis et manquons de recours spirituels et de simplicité, un travail est indispensable face à cette situation de déréliction, à savoir penser le caractère propre de notre relation face à un monde nouveau qui est englouti, dévoré, submergé par l’abstraction et la non-substance. Dès lors, il s’agit bien d’interroger métaphysiquement l’essence de la virtualité sous peine d’être incapable de pouvoir ni la penser, ni la comprendre et encore moins l’éprouver dans ce qu’elle peut provoquer de « lassitude » et de « dégoût », et de ne point se cantonner, en s’empêchant d’en affronter la vérité, à employer de façon superficielle « ce terme [de virtualité] dans le sens de reportage universel », et de convoquer, impérativement, « Adam, Eve, Martin, Thomas » et les autres, pour espérer y voir un peu plus clair.
C’est pourquoi, nous reprendrons volontiers ici au titre de la contribution, ceci afin de ne pas noyer sous un commentaire fleuve son blog, la courte analyse que nous avions écrite à l’attention de Juan Asensio, en lui adjoignant simplement quelques notes complémentaires qui en éclaireront la perspective :
I. Nature ontologique de la « virtualité »
L'existence, si l’on y réfléchit, ne vient pas par un détour, elle est donnée d'abord, elle nous est donnée. Elle préexiste ontologiquement à la pensée. Le "cogito" est précédé ainsi d'un être sous-entendu, sur lequel l'idéalisme n'a point tort d'attirer l'attention, mais dont il ne faudrait pas d'abord omettre la portée existentielle, pour le clore ensuite hâtivement à double tour sur soi-même [1]. Car cet être a beau conditionner la connaissance qui en émane, sa co-naissance provient justement d'un être-à-penser ; le "moi" sous-entendu, sous-jacent, sous-existant, n'est précisément déterminé par rien d'autre, défini par rien d'autre en ce point de départ que par la subordination, la sujétion, la docilité à cet appel des questions multiples et à son peu de réalité. Tel est le "moi" ; une aptitude à l'être, un être provocable, un petit rien du tout, un illusoire être à-penser-l'être, un correspondant, un répondant de l'être assez minuscule et fragile [2].
Il se peut donc que la « virtualité », puisque c’est bien de cela qu’il s’agit du point de vue de notre nature, ait été le premier état de l’Adam primitif après la Chute [3]. Dès lors la « virtualité » serait d’essence ontologique pour chaque homme, depuis toujours et à jamais ; elle se dévoilerait donc de nature destinale pour reprendre l’expression de Martin Heidegger (1889-1976) [4]. L'homme, en effet, en tant que virtualité abîmée, liée, assujettie, est cette réalité initiale dont la solidarité existentielle ne souffre aucune contestation : si rigoureusement primitive en réalité qu'il manquerait une "raison" pour la mettre en doute. On ne saurait donc le faire de prime abord que déraisonnablement, sans justification. Les questions sont assez réelles, pour qu'il n'y ait point à les provoquer. L'existence les fait lever. Le doute imaginaire lui-même n'a pas d'existence que par ces questions du doute existentiel dont il emprunte les livrées.

Enest Hello (1828-1885)
"Qu’est-ce que l’homme en vérité ? …Il naît dans le sang et pleure avant de voir..."
II. Nature de l’homme
Ernest Hello, dont la santé fragile lui donna, comme Pascal, de percevoir vivement la situation pénible qui est le lot de l’humaine condition lorsqu’elle ne se ment pas par le divertissement, n’hésitera pas à dire :
- « Qu’est-ce que l’homme en vérité ? …Il naît dans le sang et pleure avant de voir. Il donne la douleur avant de naître et quelquefois la mort en naissant. Il gémit avant d'ouvrir les yeux. Corps, âme, esprit et cœur il est la proie de tout ce qui existe. Toutes les créatures forment contre lui une épouvantable, inévitable et toute puissante conspiration.
Ses amis, qui sont rares, et ses ennemis, qui sont innombrables, s’entendent entre eux pour le perdre. Les créatures les plus irréconciliables entre elles se réconcilient pour conspirer sa ruine. Ruine du corps, ruine de l’esprit, ruine de l’âme, ruine du cœur. (…) Il n’y a pas dans la création un abîme qui ne puisse contenir pour nous la maladie, le désespoir, la mort et l’enfer, multipliés les uns par les autres. Il n’y a pas un mouvement de l’âme et de l’esprit, fût- ce le plus doux, le plus bienveillant, le plus juste et le plus vrai, qui, égaré par les douleurs dont il est environné, précédé ou suivi, ne puisse contenir pour nous et pour nos amis la maladie, le désespoir, la mort et l’enfer. (…) Il faut ajouter, poursuit Hello, qu’en écartant par la pensée toutes les horreurs de la paix et de la guerre, tous les maux que je viens de nommer et tous les autres maux, il lui resterait encore l’horreur de se supporter lui-même, l’ennui de son vide qui ramènerait toutes les horreurs… Enfin il faut ajouter, conclut-il, que ce misérable, qui, tout entier, cœur, âme, esprit et corps, de la pointe des cheveux à la plante des pieds, de la peau au cœur, n’est qu’une plaie, et à qui sa propre corruption se révèle incessamment et perpétuellement par toutes les voies les plus hideuses dont dispose la pourriture, ce monstre qui peut mourir de l’infection du cadavre de son voisin, ce monstre est pétri d’orgueil, et la dernière chose qui meurt en lui c’est l’amour-propre. » [5]
A l'origine, il n'y a donc pas seulement une conscience. Ni même un être authentique parmi les êtres en coexistence. Mais, un être déterminé comme les autres à l'orgueil, à la virtualité, soumis, dominé ; qui lasse et qui dégoûte. A l'origine, il y a ainsi cette provocation manifeste et générale des phénomènes, tous plus virtuels les uns que les autres, dont on ne peut se déprendre, se libérer... sauf bien évidemment dans le refus existentiel réalisé, d'une certaine façon, par le suicide qui n’est en fait, que le triomphe ultime d’une dernière virtualité…accomplie, mais toujours manquante. La coexistence est indéniable, dont se constitue la cogitation toute première (et dont précisément notre tâche est de rendre raison). C'est de l'être virtuel que brasse la pensée ; elle n'agite rien que "sub respectu entis", sous la forme d'être et en rapport à sa virtualité abstraite et dégoûtante. Tel est le "logos" indiscutable, cette liaison de la virtualité ontologique à ce qui l'entoure. Indiscutable détermination, car on ne la discuterait encore qu'au nom d’un devenir bien hypothétique, si on prétendait la mettre en doute. Avant toute disposition qui prétendrait de notre choix, nous sommes ainsi embrayés, enclenchés, engagés...produits « virtuellement ».
C'est ce fait, justement, dont il nous faut tenir compte. Et sans doute assumer.

Joseph de Maistre (1753-1821)
III. La virtualité comme détermination originelle
Le postulat initial d’une fatale détermination au virtuel, si l'on tient à ce terme, n'est donc en réalité d'aucune façon postulé, mais imposé, positif, donné par nature et de naissance. Nous sommes de la race de ceux qui cherchent virtuellement l'être. Plutôt que d'un postulatum à admettre, c'est du postulare en effet qu'il s'agit de chercher raison. Et il ne faut donc point confondre avec un quelconque postulat, comme celui qui marge l'origine d'une hypothèse, l'universelle ligation et obligation, l'implacable domination qui est faite à l'homme, face à laquelle il ne peut qu'interroger, interroger en réponse à la provocation des phénomènes, à la détermination de l'être à la terrible contingence virtuelle.
La réponse de l'homme est son interrogation, la réponse à la détermination existentielle est dans « la Question », dans le questionnement incessant et inquiet, dans l’angoisse et l’incomplétude. La virtualité se présente bien à nous comme un destin, elle n’est ni nouvelle, ni particulièrement spécifique à nos temps ; elle est inscrite au cœur du présent depuis que le premier instant après la Chute emprisonna jusqu’à l’heure du jugement dernier Adam, et sa postérité, dans la geôle de l’espace et de la durée.
De la sorte, serait-il vraiment nécessaire de préciser, à quelqu’un qui connaît apparemment bien Joseph de Maistre, ce que signifie le sens de la dégradation pour l’homme, qui sut si bien, se fondant sur l’auteur de l’Epître aux Romains, indiquer que nous ne percevons les choses aujourd’hui que comme des myopes indigents – ou plus exactement que nous appréhendons la réalité de façon renversée, comme dans un miroir - « cum speculum » ?
Dans le doute, rappelons tout de même pour conclure, quitte à « ennuyer » si l’on considère notre orientation foncièrement ontologisante comme une « sur-réponse », avec les mots du comte chambérien, ce qu’il en est de la l'existence, ceci pour éviter peut-être moins de lassitude et de dégoût répétitifs, ou d’aquoibonisme sur le mode des humeurs passagères de l’âme, même si ce n'est que face au superficiel « reportage universel », représentatif des tares génériques de l'humaine condition, et faire en sorte que l’acédie puisse se transformer, heureusement, en une perspective, certes qui pourrait en définitive s’avérer moins stylistiquement attractive, mais sans aucun doute beaucoup plus substantielle, c’est-à-dire - du moins pour nous qui nourrissons plus que des doutes vis-à-vis de l’authenticité de la littérature contemporaine qui se révèle souvent un cadavre stérile - métaphysiquement exigeante :
« Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai tout est mal
puisque rien n’est à sa place. (...)
Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses. »
(J. de Maistre)
Notes.
[1] « Si la conscience est comprise, non comme fondement inconditionné, mais comme phénomène déterminé par des causes nécessaires, on en revient certes à un monisme, mais il semble alors que le prix en soit plus lourd encore, et qu'en particulier on ne puisse plus fonder dans une spécificité humaine la valeur que l'homme attache à sa propre dignité, à l'humanité consciente comme source du sens, de la vérité et de la liberté. C'est donc plus fondamentalement, ajoute avec pertinence André Ouzoulias, le régime d'existence de l'humanité, autrement dit son statut ontologique, qui est au cœur de tout questionnement sur le statut de la conscience. » (A. Pouzoulias, La Conscience, Quintette, 1989, pp. 5-6.)
[2] « Le mot allemand antworten, répondre, ne signifie en vérité pas moins que ent-sprechen, correspondre. La réponse à notre question ne s'épuise pas dans un énoncé qui répliquerait à la question par une constatation...; la réponse est bien plutôt l'Ent-sprechung, la correspondance qui parle en faisant face à l'être de l'étant. Une condition doit d'abord être remplie : parvenir à une correspondance avant d'en faire la théorie. » (M. Heidegger, Qu'est-ce que la philosophie ? Gallimard, 1960, p. 36).
[3] La rupture adamique si souvent impensée, a tellement modifié, transformé notre état que nous n’en mesurons pas toujours la véritable conséquence : « Qu’avez-vous été ? questionnera saint Bernard (1090-1153), qu’êtes-vous ? que serez-vous ? Ce que vous avez été ? un vil néant ; ce que vous êtes ? un vase plein de corruption ; ce que vous serez ? la pâture des vers : Quid fuisti ? quid es ? quid eris ? Quid fuisti ? sperma faetidum ; quid es ? vas stercorum ; qiid eris ? esca vermium. » (Formul. Vitae honestae).
[4] Penser l'homme, pour Heidegger, c'est avant tout penser l'être, et penser l'être implique de dépasser le cadre un peu étroit et limité de la pensée, il faut donc se confronter à deux modalités consubstantielles : la métaphysique et la connaissance de la nature de l’homme, modalités qui recèlent un même destin historial dissimulant l’essence destinale même de la pensée authentique.
[5] E. Hello, Du néant à Dieu, t. II, Librairie Académique Perrin, 1930, pp. 3-9.
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