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dimanche, 29 mars 2015

L’Église crucifiée par « l’esprit du monde »

triduo lanzada granada cuaresma 2015 8.jpg

«  La Passion du Christ se renouvelle,

et d'une certaine manière elle se poursuit et s'achève,

dans son corps mystique qui est l'Église.» 

(Pie XI, Miserentissimus Redempto, 28 mai 1928)

 

Première Partie :

1. La lutte entre les « deux Cités »

 

altar_at_vatican_ii.jpgLe second concile du Vatican, qui débuta le 11 octobre 1962, a engagé un complet processus de modification et transformation radicale de la religion catholique, prenant le contre-pied systématique, parfois jusqu’à l’extrême, de toutes les positions antérieures défendues et condamnées par l’Eglise catholique au cours des siècles.

Pourtant, le principe catholique sur lequel repose la tradition constante de l’Eglise est le suivant : « L’Esprit-Saint, en effet, n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour dévoiler, par son inspiration, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le Dépôt de la Foi ». (Pie IX, Const. Pastor Aeternus, Vat. I, Sess. IV Ch. IV, Dz. 1836). 

Force est pourtant de constater, que le dévoilement, par « inspiration », de ce que l’on peut clairement désigner comme étant une « nouvelle doctrine », c’est bien produit lors du dernier concile. Une « nouvelle doctrine » exprimée par  le Magistère qui soutint des positions, notamment sur la « liberté religieuse », qui heurtent frontalement ce qui fut toujours enseigné par les papes jusqu’à Pie XII, et qui contredit objectivement la conception catholique portant sur la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, telle que formulée « infailliblement » par Pie IX,  Pie VII, Grégoire XVI et Léon XIII.

I. Vatican II : un concile révolutionnaire, « 1789 dans l’Eglise » !

Lorsqu’on songe qu’il aura fallu moins d’un siècle entre la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par l’encyclique Pastor Æternus, le 18 juillet 1870, lors du concile de Vatican I, et la promulgation des principales encycliques révolutionnaires et modernistes de Vatican II - (Lumen Gentium, Constitution dogmatique sur l’Église, 21 novembre 1964, Nostra Aetate, Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes, 28 octobre 1965, Dignitatis humanae, Déclaration sur la liberté religieuse, 7 décembre 1965, Gaudium et spes, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, 7 décembre 1965) -, il y a donc, incontestablement, de quoi rester profondément perplexe.

Pius-IX.jpg

Toutes les erreurs qui forment le corpus général

de la « nouvelle théologie » de Vatican II,

ont été condamnées par Pie IX au XIXe siècle.

 

On sait, pertinemment, que la source d’inspiration des principaux artisans de ce changement révolutionnaire, se trouve dans les thèses philosophiques et idéologiques qui avaient été sévèrement censurées au XIXe siècle par le « Syllabus » rédigé par Pie IX, afin d’accompagner l’encyclique Quanta Cura (8 décembre 1864), qui condamnait fermement les « monstrueuses erreurs » politico-religieuses qui prospéraient à l’époque.

Les erreurs dénoncées et condamnées par le « Syllabus Errorum », représentaient 80 propositions rassemblées en 10 sections :

1.     Panthéisme, naturalisme et rationalisme absolu

2.     Rationalisme modéré

3.     Indifférentisme, Latitudinarisme

4.     Socialisme, communisme, sociétés secrètes, sociétés bibliques, sociétés clérico-libérales

5.     Erreurs relatives à L’Église et à ses droits

6.     Erreurs relatives à la société civile considérée soit en elle-même soit dans ses rapports avec l’Église

7.     Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne

8.     Erreurs concernant le mariage chrétien

9.     Erreurs sur le principat civil du pontife romain

10.   Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne

Or, c’est précisément l’ensemble de ces erreurs, qui forment objectivement le corpus général de la «nouvelle théologie » de Vatican II, séduite par l’évolutionnisme, le naturalisme, le libéralisme et le panthéisme, ayant abouti à l’œcuménisme, la liberté de conscience, la collégialité, la protestantisation du saint Sacrifice de la messe, les droits de l’homme, la démocratie religieuse, la dignité de la personne humaine, etc., toutes thématiques novatrices qui constituent désormais la novlangue d’usage des déclarations et positions officielles de l’ensemble de la hiérarchie de l’Eglise, et donc en premier lieu des papes, depuis 1962.

Nous sommes donc, concrètement, en présence d’une « nouvelle religion », soluble et compatible avec l’idéologie du « Nouvel Ordre Mondial », une « religion de l’homme » qui s’est imposée au profit de la « religion de Dieu », qui avait été celle de l’Eglise catholique depuis son origine.

le-crucifiement-de-saint-pierre.jpgPascal Bernardin, dans son remarquable ouvrage « Le Crucifiement de saint Pierre », explique la nature de ce à quoi nous sommes confrontés : «La doctrine spécifique de Vatican II, les innovations théologiques qu’il introduit et qui le distinguent de manière unique des autres conciles, sont maçonniques, anticatholiques (…) Or en affirmant que l’esprit maçonnique a soufflé sur Vatican II, nous ne faisons que répéter, en en tirant toutes les conséquences, ce que d’autres plus autorisés ont attesté. C’est ainsi que pour le futur cardinal Congar, Vatican II fut la « révolution d’octobre dans l’Eglise » : ‘‘Gaudium et spes est (…) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-syllabus. (…) il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il est devenu depuis 1789’’. » [1]

Pie IX fut catégorique à l’égard du libéralisme, son idéologie des « droits de l’homme » et du « monde tel qu’il est devenu depuis 1789 » : « L’idéologie des Droits de l’Homme, le libéralisme, n’est pas une hérésie ordinaire, c’est l’hérésie propre, personnelle de Satan, puisqu’elle consiste, pour la créature, à usurper à son profit l’indépendance et la souveraineté qui n’appartiennent qu’à Dieu, de toute éternité, et dans l’ordre des temps à Notre Seigneur Jésus-Christ. (…) On voit par là en quoi le libéralisme moderne diffère de tout ce qui l’a précédé en fait de révolte et de péché. C’est le péché lui-même, le dernier terme et le plus haut degré du péché. Le libéralisme appelle “l’homme de péché”, il prépare les voies à l’Antéchrist. “Suivre le courant”, c’est à quoi se résument ces fameuses inventions et ces grandes fiertés du Libéralisme catholique. Le libéralisme “catholique” n’est autre chose, en effet, que l’esprit révolutionnaire cherchant à s’introduire dans l’Eglise elle-même.» (Pie IX, Déclaration du 18 juin 1871).

II. Situation actuelle de l’Eglise

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Le constat est donc extrêmement inquiétant, il serait insensé de le nier, tout a été bouleversé et renversé, de la divine liturgie aux enseignements sur les mœurs et la morale, en passant par la disciple ecclésiastique régulière ou séculière ; de l’abandon de la soutane pour les prêtres au renversement des règles ancestrales, et ce jusqu’à l’intérieur des monastères les plus anciens de la chrétienté comme les Chartreux, de la chute vertigineuse des vocations aux réductions à l’état laïc de dizaines de milliers de religieux et religieuses, avec, pour conséquence, la fermeture de la plupart des églises et chapelles, notamment en milieu rural, entraînant une déchristianisation massive des populations, tout ceci faisant que ce qui demeure encore sous le nom de « religion catholique » aujourd’hui, semble représenter une sorte de misérable « contrefaçon » directe, pour ne pas dire de « parodie » de ce que fut, il y encore pas si longtemps, la religion traditionnelle.

Que faut-il en conclure ?

Certes le concile de Vatican II ne se voulut pas « dogmatique » et refusa même, par décision des pontifes qui le présidèrent (Jean XXIII et Paul VI), d’user de son pouvoir d’infaillibilité. C’est un fait.  Mais ce fait n’explique pas tout, car un concile présidé par un pape, est un concile de l’Eglise, il participe, en droit, du Magistère authentique, et son enseignement doit donc être conforme à la doctrine de toujours. [2] Cependant, ce ne fut pas le cas, bien au contraire !

La réalité, brutale mais véridique, il convient de l’avouer franchement, c’est que toute l'Église enseignante  a... erré dans la Foi à Vatican II, puisqu’il y avait 2500 évêques et que toutes les Constitutions et Déclarations conciliaires ont toutes été votées à une écrasante majorité. [3]

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Toute l'Église enseignante  a... erré dans la Foi à Vatican II !

 

Ceci sans oublier, que de tous les actes postconciliaires, la décision du pape François, de canonisercatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme Jean XXIII et Jean-Paul II le dimanche 27 avril 2014, est revenue à canoniser, en faisant usage cette fois-ci d’un pouvoir participant de l’infaillibilité pontificale, toutes les erreurs de Vatican II (œucuménisme, collégialité, liberté religieuse, nouvel Ordo Missae, etc.), à ce sujet saint Alphonse de Ligori (1696-1787), docteur de l’Eglise, rappelle : « Supposer que l’Eglise puisse errer en canonisant, est un péché, ou une hérésie, d’après Sts. Bonaventure, Bellarmin, et d’autres ; ou au moins une chose proche de l’hérésie, d’après Suarez, Azorius, Gotti, etc. ; parce que le Souverain Pontife, d’après St. Thomas, est guidé par l’influence infaillible du Saint-Esprit d’une façon spéciale lors de la canonisation des saints. » (Cf. Les Grands Moyens du Salut et de la Perfection, 1759, p. 23) [4]

Ainsi donc, après avoir promulgué un nouveau Notre Père (1966), un nouveau Credo (où l’on a remplacé l’expression « consubstantiel au Père » par « de même nature que le Père »), un nouveau rite d’ordination épiscopale et presbytérale (1968), un nouveau calendrier liturgique (1969), une nouvelle messe (1969), un catéchisme nouveau (Pierres Vivantes, 1968, puis Le Catéchisme de l’Eglise catholique 1992), un nouveau baptême (1969), un nouveau mariage (1969), un nouveau bréviaire (1970), une nouvelle confirmation (1971), une nouvelle extrême-onction (1972), une nouvelle confession (1973), un nouveau chemin de Croix (1991), un nouveau Rosaire  avec l’introduction des « mystères lumineux» (2002), et enfin un nouveau Code de droit canon (1983), elle inscrit au sanctoral, par décision magistérielle, deux nouveaux "saints" qui incarnent, à eux seuls, toutes les erreurs issues de « l’esprit » de Vatican II.

III. La thèse sédévacantiste de « l’Eglise éclipsée »

Si donc l’Eglise enseignante a erré dans la Foi à Vatican II, et que depuis, l’enseignement dispensé officiellement par Rome est infecté du poison moderniste, la conclusion qu’effectuent les partisans de la vacance du Trône de Saint Pierre, c’est que « l’Eglise est éclipsée », et qu’en lieu et place, une secte hérétique, une « contre-église » fausse et mensongère, s’est installée dans les  murs du Vatican avec à sa tête des « usurpateurs », des « antipapes », éclipsant, c’est-à-dire voilant, l’authentique Eglise qui subsisterait toujours, mais hors de Rome, pure et sans tâche.

Vierge La Salette.jpg

La Très Sainte Vierge a dit, très exactement, à La Salette :

“ L’Église aura une crise affreuse”

(19 septembre 1846)

 

Il est à noter néanmoins, que cette désignation : « lEglise éclipsée », ne se retrouve chezMélanie.jpg aucun Père de l’Eglise, elle provient de la partie contestée du « secret » de Mélanie, la jeune bergère de La Salette qui vit la Vierge en larmes le 19 septembre 1846 dans les montagnes du Dauphiné, partie rajoutée et publiée en 1879 - quoique mise à l'index par le Saint-Office à plusieurs reprises et en ses diverses éditions -, par une Mélanie Calvat (1831-1904), inspirée par les thèses apocalyptiques qui circulaient à l’époque dans les milieux catholiques monarchistes légitimistes.

Signalons par ailleurs, que l’éventuelle prophétie de la Sainte Vierge à La Salette : “l’Église sera éclipsée...” se rapporte plutôt à l’avènement de l’Antéchrist, car pour l’époque actuelle, la prophétie de la Très Sainte Vierge dit très exactement : “ L’Église aura une crise affreuse”, ce qui correspond bien à la réalité.  [5]

Toutefois, par delà ces précisions, il demeure cependant un problème à cette thèse, et pas des moindres, qui participe des deux interrogations préalables :

- 1°) Comment, dans une dite «Eglise en ordre» (sic), c’est-à-dire une Eglise qui bénéficiait au moment de l’ouverture du concile Vatican II de l’assistance pleine et entière de l’Esprit-Saint, un tel triomphe des idées modernistes a-t-il pu se produire ? 

- 2°) Par ailleurs, l’Eglise reposant sur le pape, depuis le moment où saint Pierre fut désigné par le Christ pour gouverner son Eglise (Matthieu XVI, 17-18), il est bien difficile d’admettre qu’elle puisse perdurer depuis déjà cinquante ans - et sans nul doute plus longtemps encore, car le temps sera long avant que ne soient entièrement effacées les traces de Vatican II, si tant est qu’elles le soient un jour -, sans un chef visible ?

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Ce sont sans doute les deux des questions les plus délicates touchant à la vie de l’Eglise qui se posent de façon très concrète, et il faut reconnaître que si les plumes diverses sont promptes à exposer l’infiltration de l’Eglise par les courants modernistes, quasi personne n’arrive à expliquer les raisons réelles qui ont permis, non pas seulement la lente pénétration de la sainte institution par les forces ténébreuses et révolutionnaires, véhiculant les conceptions panthéistes, naturalistes et libérales de la franc-maçonnerie, mais surtout comment ces forces révolutionnaires sont parvenues à vaincre une « Eglise en ordre », et, auxiliairement, de quelle manière une hypothétique « Eglise éclipsée » (sic), peut-elle fonctionner sans un pape ?

Les auteurs traditionnels s’accordent uniquement sur ce point : « Depuis 1958 Rome prend le contre-pied de ce que la papauté a toujours enseigné » [6].

Pierre le Vénérable.jpgMais à partir de là, les avis diffèrent radicalement, et c’est le grand jeu, très incertain et hasardeux, des suppositions les plus vagues. L’idée admise par les partisans de la vacance du Siège de Pierre, n’étant au fond que la reprise et l’adhésion à une proposition de Pierre le vénérable (+ 1156) formulée ainsi : « Le Christ a permis ceci : que l’Antéchrist – tête de tous les schismatiques – siègerait dans le Temple de Dieu, que les siens [= les chrétiens] seraient exilés, et que ceux qui ne sont pas les siens occuperaient un jour le Siège de Pierre » (Sanctus Petrus Venerabilis : De miraculis libri duo, livre II, ch. 16). [7]

Rien de très nouveau, si ce n'est que cette prophétie inspirée de saint Paul (II Thess., II, 3.), nous annonce les événements qui surviendront lorsque la fin des temps sera advenue, ce qui semble bien correspondre à la situation de notre période qui en est, en quelque sorte, la préfiguration en de nombreux domaines, mais la préfiguration seulement, ce qui signifie que la réalisation pleine et entière de ces derniers moments des siècles, sont encore en attente de leur réalisation effective.

IV. Depuis des siècles la Synagogue tente d’imposer son  modèle «  temporel et spirituel » d’organisation du monde 

Certes, l’antiques serpent, l’ennemi de Dieu et du genre humain, rusé et menteur en toutes ses œuvres, est actif depuis toujours afin de détruire l’Eglise, il est à la source des méthodes et stratégies les plus secrètes, de sorte d’arriver à ses fins ténébreuses.

Il ne convient donc pas de mésestimer l’influence occulte sur une désorientation que l’on peut aisémentJulio Meinvielle -.jpg constater. L’abbé Julio Meinvielle (1905-1973), dans son ouvrage « De la cabale au progressisme » (1970), a très bien montré en quoi : « les hommes et avec eux l’histoire sont dynamisés par Dieu et par Satan, par le Christ et par l’Antichrist, par l’Église et par la Synagogue, par la Cité de Dieu et par la Cité du Diable. […] Point n’est besoin d’une grande perspicacité, dit-il, pour voir que depuis cinq siècles le monde se conforme à la tradition cabalistique. Le monde de l’Antichrist approche rapidement. Tout concourt à l’unification totalitaire du fils de la perdition. D’où, aussi, le succès du progressisme. Le christianisme se sécularise ou s’athéise. […] Nous savons que le « mysterium iniquitatis » est déjà à l’œuvre (II Thess, II, 7); mais nous ne connaissons pas les limites de son pouvoir. Le Seigneur dit dans l’Évangile: « Mais quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc, XVIII, 8) Saint Paul (II Thess, II, 3) appelle apostasie universelle cette défection de la foi, qui doit coïncider avec la manifestation de l’« homme de l’iniquité, le fils de la perdition ». Cette apostasie universelle est la sécularisation ou athéïsation totale de la vie publique et privée dans laquelle chemine le monde actuel. »

Elu XVIIIe.JPG

« La franc-maçonnerie est une invention juive pour détruire l’Eglise,

une invention juive construite sur la base de la cabale. »

(Mgr Leo Meurin)

 

Ceci explique pourquoi depuis des siècles une mystique mondiale, « dont le cœur s’appelle la Synagogue », tente d’imposer son « modèle temporel et spirituel d’organisation du monde », par l’intermédiaire des loges et de la franc-maçonnerie, que Mgr Leo Meurin (1825-1895) désignait comme étant « une invention juive pour détruire l’Eglise, une invention juive construite sur la base de la cabale. » (Mgr Meurin, Philosophie de la maçonnerie, éd. Nos, Madrid, 1957).

L’abbé Emmanuel Barbier (1851-1925), ne dit pas autre chose : « Depuis plus de cinq cents ans, lecatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme,occultisme,ésotérisme,mystique,fin des temps,eschatologie,messianisme,prophétie,parousie,apostasie,antéchrist,antichrist,apocalypse,révélations grand instrument des Juifs est la franc-maçonnerie (…)  Le but religieux de la secte: la destruction du christianisme (…) Le but politique de la secte est de détruire les empereurs, les rois, les frontières, afin d’établir sur les ruines des empires un gouvernement absolu, unique, universel. Mais c’est le but même d’Israël depuis trois mille ans ! Son organisation, comme son esprit, est toute juive. » (Abbé Barbier, Les infiltrations maçonniques dans l’Eglise, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, 1910, p. 125).

Mgr GAUME.jpgCe que confirmait également Mgr Jean-Joseph Gaume (1802-1879) : « Depuis un siècle et demi, la Franc-maçonnerie ourdit dans le monde entier, mais principalement en Europe, une vaste conspiration dont le but final, déjà à moitié atteint, est de détruire le règne de JESUS-CHRIST sur la terre, en renversant, d’un côté la Papauté, tant spirituelle que temporelle, et, de l’autre, la monarchie chrétienne, bras droit de la Papauté. Elle prépare ainsi directement les voies de l’Antéchrist. » (Mgr Gaume, Le dogme de l’infaillibilité, 1871).

V. Une progressive conciliation de l’Eglise avec l’erreur satanique depuis la Révolution

Pourtant, il est tout de même assez troublant de constater que Vatican II n’est pas arrivé soudainement dans l’Eglise, mais qu’une sorte de progressive conciliation avec l’erreur s’est développée depuis de longues années antérieurement à 1962, de par l’attitude de bienveillance, pour ne pas dire plus, de certains papes avec les idées révolutionnaires, dont on sait qu’elles sont placées sous la domination des puissances occultes sataniques.

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Ainsi, avec le seul souci, très mondain, du pragmatisme politique,catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme l’Eglise aboutira, après le Décret de condamnation de l’Action Française sous Pie XI par le Saint Office, le 29 décembre 1926, ce qui entraîna la démission de sa charge cardinalice de Louis Billot (1846-1931) le 21 octobre 1927, et conduisit à l’interdiction faite aux adhérents de l'Action Française d’accéder aux sacrements, avec pour conséquence notable, en France, la modification d’un clergé et d’un épiscopat, entre 1926 et 1939, au sein duquel les traditionalistes se trouvèrent peu à peu remplacés par des clercs catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménismedémocrates-sociaux et républicains, ceci sans compter les décisions hautement discutables, à la même période, dans le cadre du conflit des Cristeros au Mexique, qui vont va avoir des conséquences désastreuses sur
les pieux fidèles du «Cristo Rey » [8] -, à « l’adhésion » et à « l’adoption » par l’Eglise elle-même, des conceptions révolutionnaires, comme cela se produisit officiellement, et fut proclamé solennellement à l’intérieur même de la Basilique Saint-Pierre à Rome lors du concile Vatican II qui, du ralliement à la République, au ralliement à la démocratie, puis au ralliement à l’idéologie mondiale des «droits de l’homme
», nous retrace les origines d’un concile dont la source se situe dans ce dit « ralliement à la Révolution », ayant abouti au final, au ralliement avec toutes les religions non-chrétiennes, dont en particulier le judaïsme déicide, acte couronné à Assise sous Jean-Paul II, par le rassemblement interreligieux qui se déroula le 27 octobre 1986 !

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Comme le souligne fort justement M. L’abbé Curzio Nitoglia (cf. Christianisme et judaïsme, ‘‘L’Ancienne Alliance jamais révoquée’’, Sodalitium, n° 58, Ann. XXII, n2, fev. 2006, pp. 5-25), la figure qui se détache le plus nettement des cénacles philo-judaïques catholiques d’avant Vatican II, est surtout celle de Stanislas Fumet (1896-1983), qui vécut jusqu’au pontificat de Jean-Paul II. Stanislas Fumet, qui se disait « l’ami ardent d’Israël », fut à l’origine, en 1925 de « l’union des Amis d’Israël » Association judéo-chrétienne qui se fit cependant condamnée par le Saint-Office en 1928. Cette structure avait fait sienne les vues délirantes de Léon Bloy sur la fonction co-rédemptrice des Juifs [« La Raced’où la Rédemption est sortie… porte visiblement les péchés du Monde…[et] ne fut conservée dans la plus parfaite ignominie que parce qu’elle est invinciblement la race d’Israël, c’est-à-dire du Saint-Esprit, dont l’exode sera le prodige de l’Abjection. » (Le Mendiant Ingrat, 12 juin 1892) ; « Les Juifs ne se convertiront que lorsque Jésus sera descendu de sa Croix, Et précisément Jésus ne peut en descendre que lorsque les Juifs se seront convertis. » (Le Salut par les Juifs, IX)].

Ainsi, de façon quasi conciliaire, Stanislas Fumet, dès 1925, c’est-à-dire bien avant de la Shoah etcatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme la nouvelle religion qui s’en suivit faisant de l’holocauste un nouveau paradigme théologique, parlait déjà de nos “frères aînés” à propos des juifs, expression employée par Adam Mickiewicz (1798-1885) en 1842, ami de Andrea Towianski (1799-1878). Cette expression sera intégralement reprise par Jean-Paul II en 1986, lorsqu’il exaltera dans un discours en 1978, précisément ce même Adam Mickiewicz. Signalons, dans le même registre de judéolâtrie mystique, un autre grand admirateur de Léon Bloy et Jacques Maritain, Jerzy Turowicz (1912-1999), ami personnel de Karol Wojtyla qui, en 1968, l’invita à exprimer une série de mea culpa à l’égard du judaïsme de la part de l’Église romaine dans une synagogue de Cracovie, où Wojtyla était archevêque. Les Turowicz étaient des juifs frankistes (comme Mickiewicz) qui se convertirent extérieurement au christianisme, tout en restant intérieurement juifs, catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménismeen 1760, sur ordre du marrane Jacob Frank (1726-1791). Pour revenir à Stanislas Fumet, on remarquera surtout, comment Fumet mettait sur le même plan et remplaçait allègrement Jésus par Israël, selon les thèses cabalistiques d’Isaac Luria (1534-1572), parlant explicitement de sang et de race à propos de la sainte eucharistie : «Lorsqu’un chrétien communie, il devient de la race d’Israël, puisqu’il reçoit le sang très pur d’Israël dans ses veines... Toutes les nations doivent être bénies dans cette race... Chrétiens et Juifs sont de la même race…» (S. Fumet, Histoire de Dieu dans ma vie, Cerf, 2002, pp. 297-298.)

On comprend beaucoup mieux, lorsqu’on connaît les racines de cette tendance qui se conjugue à merveille avec les vues révolutionnaires et progressistes, d’où proviennent les folles positions de l’actuel philo-judaïsme des papes conciliaires, si peu conforme à l'attitude séculaire de l'Eglise en ces sujets, mais si "soluble" et  évidemment éminemment compatible, avec le "dogme mémoriel laïc" de la religion mondiale [9].

V. Comment l’Eglise assistée de l’Esprit-Saint a-t-elle pu « errer dans la foi » ?

Pourtant, nous le savons, le Christ, par son Saint-Esprit, assiste depuis son Ascension en permanence l’Eglise, au point que Jésus-Christ, selon le cardinal Charles Journet (1891-1975) : « maintient l’Eglise liée à lui par une providence si particulière, une sollicitude si constante, un amour si jaloux qu’il est lui-même le sujet responsable de ses activités » : «L’Église est ainsi comme un épanchement de la vie trinitaire au sein du temps. Depuis la venue du Christ, le Fils et l’Esprit continuent à chaque instant de visiter invisiblement l’Église. C’est donc l’Esprit saint qui, à travers l’humanité de Jésus, forme l’Église et l’introduit dans le monde. Mais après lui avoir donné tout ce qu’il lui faut pour subsister en elle-même, comme une vraie personne morale, ou sociale, et par conséquent pour agir à l’égard du monde avec indépendance, il ne l’a pas détachée de lui. Il la maintient liée à lui par une providence si particulière, une sollicitude si constante, un amour si jaloux qu’il est lui-même le sujet responsable de ses activités. (…) » La suite de ce texte est fondamentale :  « L’Église jamais n’apostasiera ni ne perdra l’amour. Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle, l’assistance divine la soutiendra tous les jours jusqu’à la fin des temps. » [10]

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L'Eglise a porté sur le trône de Saint Pierre un moderniste,

qui permit le triomphe des idées libérales

en prenant l’initiative de convoquer un nouveau concile

 

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Est-il possible qu’une Eglise, en théorie, assisté de "l’Esprit-Saint", ait pu proclamer une doctrine contradictoire d’avec l’enseignement constant et permanent des vingt siècles qui précédèrent Vatican II ?

Le Christ aurait-il failli à ses promesses, serait-il trompeur et menteur ?

C’est impossible !

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Nous sommes en présence d’un mystère d’ordre surnaturel,

dont les racines plongent dans la métahistoire,

lorsque les anges rebelles se sont révoltés contre Dieu

Dans cette lutte, l’Eglise, épouse mystique du Christ, est soumise a des tentations constantes depuis sa fondation, elle doit donc être en mesure de se libérer des pièges que le siècle lui tend, et œuvrer à se dégager d’une tendance à la conciliation avec « l’esprit du monde », dont nous avons vu le rôle terriblement corrupteur qu’elle joua dans l’affaiblissement des positions traditionnelles.

Ce fut d’abord cette faiblesse, cette bienveillance, puis cette « réconciliation » avec « l’esprit du monde », qui furent les facteurs majeurs et principaux des chutes successives qui se sont produites depuis la Révolution, et qui ont rendu possible l’avènement de Vatican II en 1962.

C’est pourquoi, l’Eglise qui attend le "retour du Christ" doit, alors qu’elle est placée au cœur d’un conflit éternel qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables, absolument apprendre à se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux postérités : la charnelle ou la spirituelle, l’amenant à relativiser toutes les gloires et dominations terrestres, en traversant l’Histoire, en rejetant le monde, ses pompes et ses œuvres, et comme étant déjà concrètement participant de l’existence céleste qui est son authentique destination et sa seule espérance auprès de son Fondateur Jésus-Christ.

 

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La grande apostasie, est le signe précurseur de la fin des temps 

 

Monseigneur Jean-Joseph Gaume, écrivait de façon quasi prophétique en 1844, devant les progrès decatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme l’apostasie, que toutes les tendances antichrétiennes nous amènent à deviner le « mot de la formidable énigme », soit le combat éternel entre les deux Cités annonçant les préparatifs « de la dernière lutte », dont le nouveau dogme la religion mondiale est l’expression inquiétante, ce qui d’ailleurs placera l’Eglise, face au combat le plus redoutable qu’elle n’ait jamais eu à livrer depuis les premiers siècles : « Le raisonnement, l'expérience, la tradition, les données de la foi, les tendances générales de l'esprit humain depuis trois siècles, tout semble se réunir pour nous inspirer de justes alarmes, en nous laissant deviner le mot de la formidable énigme. Mais, indépendamment de ces raisons, le spectacle du monde actuel offre un motif particulier et suffisant à lui seul pour légitimer nos craintes. Ce qu'il voit de ses yeux, le chrétien réfléchi le compare avec ce qui est prédit. La négation de Notre-Seigneur, la séparation des deux cités, les préparatifs de la dernière lutte, voilà trois faits annoncés pour les derniers jours. D'abord, la grande apostasie, signe précurseur de la fin des temps, est avant tout la négation de Jésus-Christ, Dieu, roi, médiateur; en un mot, l'antichristianisme. Or, si nous suivons avec attention la marche des idées, nous reconnaîtrons sans peine que la négation de Jésus-Christ est devenue, depuis le caractère distinctif de l'erreur. Afin d'anéantir le règne du divin Médiateur, elle s'attaque en même temps à sa divinité et à sa royauté. Outre l'affirmation directe et mille fois répétée de cette erreur éminemment antichrétienne, nous voyons que la déification de la raison humaine, la mort du christianisme et l'apparition d'un dogme nouveau, successeur du christianisme, sont le rêve le plus universellement et le plus chaudement caressé de nos jours. Dogme éclectique, qui sera la fusion de toutes les religions qui partagent le monde ; dogme humanitaire, dans lequel tous les peuples, affranchis des religions positives, se donnent le baiser de la fraternité universelle; dogme rationaliste, dans lequel la raison sera Viatique médiateur entre Dieu et l’Homme, et, comme, on ose l'enseigner, le Verbe fait chair. Voilà, il n'y a plus à s'y tromper, le but final auquel tend évidemment l'époque actuelle (…) avant de jouir de son dernier triomphe, le plus éclatant de tous, l'Eglise subira des épreuves proportionnées. L'empire antichrétien lui livrera le plus terrible combat qu'elle ait encore soutenu. Le mal, élevé à sa plus haute puissance, luttera contre elle, dit saint Augustin, sur tous les points du globe… » (Mgr Gaume, Où allons-nous ?, coup d’œil sur les tendances de l’époque actuelle, Gaume Frère, 1844, pp. 190-192 ; 263).

Ces lignes de Mrg Gaume, décrivent à merveille la situation présente, en réalisant une sorte de synthèse de toutes les erreurs dans lesquelles l'Eglise n'a pas manqué de tomber, et dont une constante actualité, depuis le dernier concile, ne cesse de nous donner le triste témoignage. Aucun égarement n'aura été évité, de la destruction de la liturgie, à la  quasi réduction forcée à l'état laïc de tout le corps presbytéral entraînant la chute des vocations et la fermeture des séminaires ; de la liberté religieuse aboutissant à un "dialogue inter-religieux" - avec une tendance à la soumission conciliatrice de la part des récents papes absolument inouïe avec la Synagogue -, préfigurant l'indifférentisme, le syncrétisme et le relativisme dogmatique ; de l'adoption des thèses démocratiques sur les "droits de l'homme", à la célébration solennelle et officielle du "culte de l'homme" par le Vatican ; etc., tout ceci participe en effet d'un "mystère d'apostasie" de la part de l'Eglise, dont il nous faut comprendre le sens, car ceci est fondamental pour la Foi,  et surtout connaître, spirituellement, quel est "le mot de cette formidable énigme"...

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Fin de la Première partie  

Suite : La Passion « mystique » de l’Église

 

Notes.

1. P. Bernardin, Le Crucifiement de saint Pierre, éditions Notre-Dame de Grâces, 2009, p. 8.

2. Vatican II ne souhaita pas faire usage de son pouvoir d’infaillibilité, c’est un fait, mais en droit, comme le rappelle le Droit Canon : «Le Concile œcuménique est muni du pouvoir souverain sur l’Eglise universelle » (Droit Canon, 1917, § 228). La doctrine de l’Eglise, de ce point de vue, est donc formelle  : « Pour reconnaître les cas où l’infaillibilité de l’Église est engagée, il suffit de se rappeler que toute doctrine enseignée universellement par les pasteurs chargés de conduire le troupeau du Christ, et donnée manifestement comme appartenant directement ou indirectement à la Révélation, est infaillible » (Cf. Ch.-V. Héris, L’Église du Christ, Le Cerf 1930, pp. 44-45). On n’en peut donc contester que Vatican II, fut de la sorte infaillible en droit. Mgr Bartolomeo d'Avanzo (1811-1884), rapporteur à Vatican I, précise : « Il y a, dans l'Église, un double mode d'infaillibilité: le premier s'exerce par le magistère ordinaire. (…) C'est pourquoi, de même que le Saint-Esprit, l'Esprit de Vérité demeure tous les jours dans l'Église, l'Église aussi enseigne tous les jours les vérités de la foi, avec l'assistance du Saint-Esprit.  Elle enseigne toutes les vérités soit déjà définies, soit explicitement contenues dans le dépôt de la révélation, mais non définies encore, soit enfin celles qui font l'objet d’une foi implicite.  Ces vérités, l’Eglise les enseigne quotidiennement, tant principalement par le pape, que par chacun des évêques en communion avec lui.  Tous, et le pape et les évêques, dans cet enseignement ordinaire, sont infaillibles de l'infaillibilité même de l'Église.  Ils diffèrent seulement en ceci: les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape qui les confirme mais le pape, lui, n’a besoin de rien d’autre que l’assistance du Saint-Esprit qui lui a été promise. Ainsi il enseigne et n'est pas enseigné, il confirme et n'est pas, confirmé. » (intervention officielle de Mgr d'Avanzo, rapporteur de la Députation de la Foi, devant les Pères du Vatican, in: Dom Paul Nau "Le magistère pontifical ordinaire, lieu théologique. Essai sur l'autorité des enseignements du souverain pontife", in:Revue thomiste, 1956, p. 389 - 412, tiré à part Neubourg 1962, p. 15).

3. Seuls 88 évêques sur 2500, s’opposèrent à la Déclaration sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, Nostra Ætate, passée en dernière lecture lors de la troisième session du concile. Immédiatement promulguée (28 octobre 1965) par le pape Paul VI. Nostra Ætate, est le documents de Vatican II le plus révolutionnaire, dans l’esprit du dialogue interreligieux, renouvelant totalement les relations de l’Eglise avec les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les hindous et même ceux qui suivent les autres religions. En 2005, se sont rencontrés pour célébrer le quarantième anniversaire de sa promulgation, les chefs religieux des différentes religions mondiales.

4. Le pape, lors de la canonisation d’un saint, s’exprime depuis la Chaire de Saint Pierre (ex cathedra) de façon « infaillible » : « Le Pontife romain est infaillible quand il édicte une sentence définitive, et qu’au nom de son autorité suprême il oblige les fidèles à tenir une chose pour vraie. Or tel est le cas de la sentence de canonisation : ‘‘Par l’autorité de N.-S. J.-C., des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la Nôtre, nous déclarons et définissons que N… est saint, nous l’inscrivons au catalogue des saints, et ordonnons que l’Église universelle honore sa mémoire d’un culte pieux… Que personne ne se permette de déchirer cette page de notre définition ; qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant.’’ Une telle sentence est nécessairement infaillible, car il ne se peut que l’Église entière soit astreinte par son chef à honorer un damné ni un homme inexistant. » (Cf. R.P. Auguste-Alexis Goupil, « L’Église est infaillible dans la canonisation des saints », in La Règle de la Foi 1941). Saint Thomas d'Aquin, le docteur angélique : « Dans Quodlib. IX, a. 1, 6 St. Thomas affirme : ‘‘Puisque les honneurs que nous rendons aux saints sont dans un certain sens une profession de foi, c.-à-d. une croyance en la gloire des Saints, nous devons pieusement croire qu’en cette matière également l’Eglise n’est pas sujette à l’erreur’’.» (Catholic Encyclopedia, Vol. 2, Béatification, 1907, p. 366). Quant au concile de Vatican I, Pie IX précise  : « Nous enseignons que c'est une dogme révélé par Dieu : lorsque le pontife romain parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine en matière de foi ou de morale doit être tenue par toute l'Eglise, il jouit, en vertu de l'assistance divine qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Eglise lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi ou la morale ; par conséquent, ces définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition qu'il soit anathème. » (Concile Vatican I, 1870, Sess. 4, chap.4).

5. Le 5 janvier 1895, Mélanie, écrivait : “En vérité, les catho­liques, sans parler des autres, aident merveilleusement à composer, à préparer le règne de l’Antéchrist ; les Lucifériens n’ont pas à combattre beaucoup, pour former ce régi­ment d’endémoniés : tout ce mal se fait paisiblement... ” (Cf. Documents pour servir à l’his­toire réelle de la Salette, Résiac, 1978).

6. Cf. Le Mystère d’iniquité, Enquête théologique,historique et canonique, n.d., p. 16.

7. Pour parvenir à  leurs fins, selon le scénario « complotiste », les forces séditieuses, par de multiples manœuvres obscures, auraient réussi à s’emparer du pouvoir et à prendre, à Rome, la tête du Vatican. Pourtant lorsqu’on se penche sur la littérature sédévacantiste, si les descriptions de la sédition abondent (Rampolla le franc-maçon, Roncalli le moderniste, Montini le démocrate onusien, Wojtyla l’oeucuméniste, Ratzinger nourri de philosophie hégélienne, etc.) – l’ouvrage le plus documenté est l’un des plus complets sur le sujet est « L’Eglise éclipsée » , préfacé en 1997 par le Rd Père Vinson – il n’est jamais expliqué pourquoi l’hypothèse d’une prétendue « éclipse de l’Eglise » a pu se réaliser. Il est d’ailleurs frappant sur ce point de constater que le principal libelle sédévacantiste largement diffusé « Le Mystère d’iniquité » rédigé par un collectif d’auteurs, est singulièrement muet sur les causes, la PARTIE 3 : «ENQUÊTE HISTORIQUE : INFILTRATIONS ANCIENNES ET MODERNES » (pp. 68-71), expose des faits, les uns après les autres en une longue litanie, mais ne donne aucune explication sur les causes.

8. catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménismeOn ne saurait oublier, malheureusement, que le pape Pie XI, qui condamna l’Action Française encatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme 1926, à la même période dans le cadre du conflit des « Cristeros », eut des décisions désastreuses au Mexique. En effet les catholiques qui s’étaient rebellés contre le Pouvoir politique persécuteur des chrétiens (fermeture des lieux de culte et des écoles catholiques, interdiction des ordres religieux, blasphèmes, outrages, etc.), et en passant tueur de prêtres (des 4 500 prêtres avant la rébellion, seuls 334 resteront officiellement en 1934), étaient pourtant sur le point de l’emporter. Après avoir, par obéissance au pape « infaillible » en son Magistère ordinaire, sabordé leurs ligues de résistance et déposé les armes, ces catholiques fidèles – des paysans pour la plupart – seront systématiquement éliminés de façon méthodique et sans pitié par l’armée fédérale dirigée par un gouvernement maçonnique profondément anticatholique. C’est pourtant avec ce gouvernement athée que Pie XI négocia, sans en avertir les Cristeros, au nom des principes de la politique du ralliement devenue la ligne officielle de l’Eglise depuis Léon XIII. Le clergé, aux ordres du pape, considéré comme « infaillible » en son Magistère ordinaire, cessa alors tout soutien aux rebelles, allant même jusqu’à les menacer d’excommunication s’ils n’obéissaient pas ! La conséquence d’une telle décision, fut qu’ils moururent tous en martyrs de la foi – 5000 périront ainsi après la fin officielle de la guerre, assassinés – au cri de « Viva Cristo Rey » / « Vive le Christ Roi ».

9. Comme l’écrivit fort justement l’abbé Curzio Nitoglia, lors des polémiques qui suivirent les déclarations de Mr Richard Williamson, en janvier 2009 : « L'Holocauste a été le fer de lance de la nouvelle doctrine du concile Vatican II sur le déicide ("Nostra Aetate"), de la réforme de Paul VI de la prière de vendredi Saint (1970), de la théorie de "l'Alliance ancienne jamais révoquée" de Jean Paul II à Magonza (1981). De plus la théologie du "silence de Dieu" est née précisément grâce aux réflexions sur l’Holocauste. Certains théologiens (suivant les traces de Hans Jonas et Jean Baptiste Metz) nièrent la Providence, la Bonté de Dieu et mirent en doute son existence même, en arguant du fait que Dieu aurait autorisé l'Holocauste. L'Holocauste est donc devenu pour le judaïsme talmudique une métahistoire absolue, un acte sacrificatoire à valeur salvifique. Après la destruction du Temple (70 ap JC.), l'exégèse rabbinique a remplacé la Foi mosaïque dans le Messie personnel par celle du "messie collectif" qui est le peuple juif. Le Christianisme ne peut donc pas accepter cette sacralisation de l'Holocauste juif, sous peine de renier sa propre foi : l'unique Holocauste est le Sacrifice du Christ. Admettre un autre "Holocauste" salvifique et métahistorique à côté de celui de Jésus, serait un acte d'apostasie. Malheureusement la nouvelle théologie dirigeant le Concile Vatican II a mis le pied dans la mouvance catholique progressiste, nous espérons que la Tradition catholique ne soit pas polluée par elle. C'est par conséquent le devoir du Pasteur d'en admonester les fidèles. » (Don Curzio Nitoglia, 28 Janvier 2009).

10. Charles Journet, Le Traité de l’Eglise, 1957. Le cardinal Journet, cardinal-diacre de S. Maria in Portico Campitelli, rappelle : « Le Christ, écrit saint Paul, « est la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église, lui qui est le principe, le premier-né d’entre les morts, (il fallait qu’il obtînt en tout la primauté), car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col.,18-20). » (Ibid.).

11 Que Jean XXIII, en tant que théologien privé, ait adhéré à des conceptions modernistes est une évidence. Plus contestable en revanche, les affirmations, parfois assez fantaisistes, concernant les hypothétiques appartenances d’Angelo Roncalli, futur Jean XXIII avec les sociétés secrètes avant l’accession à son pontificat. Rien ne semble pouvoir être formellement démontré, le témoignage de Jaime Ayala Ponce, qui a publié en trois volumes, un ouvrage intitulé « Introduccion a la francmasoneria », citant Pier Capri, journaliste et essayiste italien rédacteur d’ouvrages, pas très sérieux, traitant des thèmes maçonniques, ne présente aucune garantie de fiabilité, et s’apparente à du pur roman-fictioncatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme issu de l’imagination fertile d’un auteur qui n’apporte aucune source vérifiable à ses allégations, et prend visiblement de grandes libertés avec les faits : «En 1935, Angelo Roncalli, archevêque de Mesembria est délégué apostolique en Turquie. Pour lui la vie n’est pas facile. C’est la guerre; comme d’autres prêtres ou religieux, il doit porter des vêtements de laïc. C’est précisément à cette époque qu’il est invité à rentrer dans une société héritière des enseignements Rose-Croix à qui Louis Claude de Saint-Martin, le comte de Saint Germain et le comte de Cagliostro donnèrent tant de force ... c’est lors d’une des séances dans une loge qu’Angelo Roncalli tombe en transe mystique et c’est précisément le moment où il énonce ses fameuses prophéties...». (Cf. Pier Carpi, Les prophéties du pape Jean XXIII, J’ai Lu, 1978). Notons au passage, que le théosophe français Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), n’a jamais été Rose-Croix, que Giuseppe Balsamo (1743-1795), dit « Cagliostro », qui fut impliqué dans l’affaire du Collier de la reine, désigné comme le « Grand Cophte » en s'étant rendu célèbre par la diffusion d'un rite maçonnique « égyptien » aux origines incertaines, ne le fut sans doute pas lui non plus, et que le célèbre comte de Saint-Germain (1707-1784), curieux voyageur spécialisé dans le commerce des teintures, le flou le plus total concernant sa vie n’autorise pas à des affirmations rapides. On s’étonne donc que certains milieux, prêtent une quelconque validité à des écrits de ce type, édités dans des collections « grand public », relativement peu regardantes avec les critères historiques universitaires. Quant au témoignage, tout aussi invérifiable, de l’ex-Père Malachi Brendan Martin (1921-1999) ancien prêtre jésuite, qui fut le secrétaire du cardinal Augustin Bea (1881-1958), relevé de ses vœux de religion à sa demande par Paul VI en 1964, et quittant l'ordre jésuite pour devenir écrivain, il relève des mêmes suppositions gratuites cette fois-ci, évoquant dans un entretien en septembre 1996 (cf. L’Église est éclipsée, op.cit., p. 19), une réception maçonnique d’Angelo Roncalli, alors nonce apostolique à Paris, soi-disant par Vincent Auriol (1884-1966) qui devint Président de la République en 1947. Ce qui est vrai et tout à fait réel, c’est que le futur Jean XXIII, fut nommé à Paris le 22 décembre 1944, en remplacement de l’ancien nonce Mgr Valerio Valeri (1883-1963), favorable au Régime de Vichy et au clergé qui avait soutenu le Maréchal Pétain. Il fit preuve pendant cette période, d’un talent d’habile négociateur, se montrant aimable et débonnaire à l’égard du Gouvernement de la République, observateur tolérant envers les « nouvelles initiatives pastorales » du clergé français très à gauche, bienveillant vis-à-vis de l’engagement des prêtres ouvriers. C’est ainsi qu’il fut créé cardinal en 1953, et reçut sa barrette du Président Vincent Auriol qui en avait fait la demande, au titre d'un ancien privilège des souverains français. C’est donc une personnalité hautement progressiste, rompue aux négociations diplomatiques avec les autorités laïques, qui devint pape le 28 octobre 1958.

12. C'est dans le livre XV de son ouvrage La Cité de Dieu, que saint Augustin (354-430), Père et docteur de l'Eglise, développa le plus complètement l'exposé de sa doctrine des « deux Cités », qui devint l'une des colonnes fondatrices de la théologie chrétienne : « Comme Adam était le père de ces deux sortes d’hommes, tant de ceux qui appartiennent à la cité de la terre que de ceux qui composent la Cité du ciel, après la mort d’Abel, qui figurait un grand mystère (ce mystère est sans doute la mort du Christ), il y eut deux chefs de chaque cité, Caïn et Seth, dans la postérité de qui l’on voit paraître des marques plus évidentes de ces deux cités. En effet, Caïn engendra Enoch et bâtit une cité de son nom, laquelle n’était pas étrangère ici-bas, mais citoyenne du monde, et mettait son bonheur dans la possession paisible des biens temporels. Or, Caïn veut dire Possession, d’où vient que quand il fut né, son père ou sa mère dit: « J’ai acquis 5 un homme parla grâce de Dieu » (Gen. VI, 1.); et Enoch signifie Dédicace, à cause que la cité de la terre est dédiée en ce monde même où elle est fondée, parce que dès ce monde elle atteint le but de ses désirs et de ses espérances. Seth, au contraire, veut dire Résurrection, et Enos, son fils, signifie Homme, non comme Adam qui, en hébreu, est un nom commun à l’homme et à la femme, suivant cette parole de l’Ecriture : «Il les créa homme et femme, et les bénit et les nomma Adam » (Gen. V, 2).(…) Or, comme Caïn, fondateur de la cité de la terre, et son fils Enoch, qui nomma cette cité, marquent par leurs noms, dont l’un signifie possession et l’autre dédicace, que cette même cité a un commencement et une fin et qu’elle borne ses espérances à ce monde-ci, de même Seth, qui signifie résurrection, étant le père d’une postérité dont la généalogie est rapportée à part, il est bon de voir ce que l’Histoire sainte dit de son fils. »(St. Augustin, La Cité de Dieu, L. XV, Ch. XVII, « Des deux chefs de l’une et l’autre cité issue du même père. »).

mardi, 22 février 2011

La bulle antijuive de Paul IV : ‘‘Cum Nimis Absurdum’’

 

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« …les Juifs, en raison de leur propre faute,

ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel... »

- Paul IV -

 

 

Conclave.jpgLes modernes partisans de la vacance du Saint-Siège [1], se fondent sur la bulle de Paul IV,  Cum ex Apostolatus Officio (1559) [2], pour énoncer, coupablement, leur thèse schismatique, alors même que les dispositions disciplinaires de cette bulle furent abrogées par Pie XII en 1945 par la Constitution Apostolique Vacantis Apostolicae Sedis, ce qui devrait être de nature à mettre un point définitif à toute forme de débat s’agissant de la légitimité des pontifes élus depuis la mort de Pie XII [3].

Mais si certains continuent à se référer par ignorance à cette bulle, aujourd’huirouelle.jpg caduque, relative à l’élection pontificale, étrangement les mêmes observent un absolu silence – ou font preuve d’une grande ignorance - à propos d’une autre bulle de Paul IV, bulle pontificale du 14 juillet 1555 fort intéressante, qui n’a pourtant jamais été abrogée : « Cum Nimis Absurdum », ainsi nommée d'après ses premiers mots : « Comme il est absurde et totalement inopportun que les Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel... ».

 

 

I. Paul IV : contrôleur général de l'Inquisition

paul_IV.gifIl nous faut, pour mieux comprendre le sens de la bulle Cum Nimis Absurdum, nous pencher un instant sur la personnalité de Paul IV, un des fondateurs de l'ordre des Théatins, ce qui nous donnera de mieux saisir qui fut l’homme et le religieux que la situation actuelle de l’Eglise porte sous la lumière des querelles canoniques. En effet, celui qui se nommait Gian Pietro Carafa (1476-1559) et qui devint le 223e pape de l'Église, d’abord évêque de Chieti (1504), puis archevêque de Brindisi (1518) et archevêque de Naples, et qui sera élevé cardinal en 1536 avant de devenir pape le 23 mai 1555 à l'âge de 79 ans sous le nom de Paul IV, avait été désigné comme contrôleur général de l'Inquisition en 1542 par Paul III, lors de la création pontificale de la Sacrée Congrégation de l'inquisition romaine et universelle.

 

 

Escudo.jpgcalend50.jpg                    

Paul IV, fut le contrôleur général de l'Inquisition,

 lors de la création pontificale en 1542,

 de la Sacrée Congrégation de l'Inquisition.

 

 

tribunal.jpgComme chef de l'Inquisition, Carafa se montrera d’une dureté inflexible contreCOL%20EL%20SAMBE%20III.jpg les protestants italiens, faisant condamner et pourchasser les réformés avec une rare énergie. D’ailleurs, son hostilité à la Réforme fut si constante dans ses décisions, que lorsqu’il accéda au pontificat, outre une politique personnelle que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de népotique [4] il s'opposa avec grande vigueur à la paix d'Augsbourg (1555), qui autorisait chaque souverain sur ses territoires à déterminer la confession religieuse de ses sujets, ce qui explique pourquoi, lorsqu'en 1556 Charles Quint abdiqua et que son frère, Ferdinand Ier prit le titre d'empereur élu du Saint-Empire, Paul IV déclara solennellement ce titre invalide, nul et dénué de réalité, plongeant ainsi pour un temps, les nations qui se trouvaient réunies sous les ailes bienfaisantes des aigles de l’Empire dans une situation politique très instable.

Toutefois mal lui en pris, car s’alliant à la France de sorte de lutter et fragiliser le pouvoir impérial hispano-habsbourgien, Paul IV perdit la guerre contre l'Espagne et fut contraint d’accepter, le 12 septembre 1557, les conditions d’une la paix qui lui était très défavorable, paix dite de Cave-Palestrina, après que le duc d'Albe eut occupé les Etats de l'Eglise.

II. Les conditions critiquables de Cum ex Apostolatus Officio

vcindice1.jpgPar ailleurs, Paul IV qui est connu pour ne pas avoir poursuivi le travail commencé lors du Concile de Trente, considérant que la nécessaire rénovation de l'Église était une tâche qui devait être exclusivement réservée à  la Curie pontificale et au Sacré-Collège et non au Concile, mais promulgua, juste avant de mourir, parmi ses derniers actes, outre la mise officiellement en vigueur, en 1559, d’une sévère censure de certains livres suspects de véhiculer des idées nocives, dans l'Index Librorum Prohibitorum, la célèbre bulle Cum ex Apostolatus Officio.

 

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La bulle Cum ex Apostolatus Officio,

est un écrit de circonstance,

rédigé pour écarter celui qui fut un adversaire de Paul IV

lors de l'élection pontificale :

le cardinal Morone.

 

charles_borromee_image_01.jpgC’est pourquoi on ne saurait, avant que d’aborder la bulle antijuive de Paul IV, ne pas dire un mot des conditions critiquables de la promulgation de Cum ex Apostolatus Officio, bulle rédigée pour écarter un adversaire de Carafa qui avait été également, face à lui, un papabile menaçant lors de son élection, à savoir le cardinal Morone (1509-1580) - cardinal qui faisait l’admiration de saint Charles Borromée (1538-1584) et conduira le Concile de Trente à son terme sous le pontificat de Pie IV, et dont Paul IV ne supportait pas un instant l’idée, en raison d’un antagonisme personnel, qu’il puisse lui succéder, créant ainsi de toute pièce un acte officiel destiné à le barrer dans son éventuelle accession au pontificat, sachant que le cardinal Morone, comme il arrivait souvent à l’époque, avait été interrogé par le Saint Office pour certaines de ses opinions bénignes (le reproche principal qui lui était fait étant de vouloir convertir les protestants en usant de miséricorde et de conviction, et d’éviter, autant que possible, des abjurations de l’erreur obtenues par la force et la contrainte) - afin de retirer tout droit positif d'élection dans le conclave à un cardinal qui pouvait être tenu pour hérétique, et même à l’encontre de celui qui aurait été simplement entendu par l'Inquisition pour un simple et infime soupçon d'hérésie.

On comprend donc mieux le sens de cette bulle Cum ex Apostolatus, dont usent et abusent lespaul-iv-1-sized.jpg sédévacantistes, alors même que Paul IV, le farouche inquisiteur, aurait été littéralement effaré, totalement scandalisé et horrifié de voir l’usage moderne, démocratique, républicain hussite et luthérien que l’on fait de son texte, utilisé de façon indue et illégitime par des laïcs et de simples clercs qui piétinent allègrement leurs devoirs catholiques sacrés de soumission et d’obéissances en s’instituant examinateurs et  juges, pour contester l’élection des papes, ou cesser de les reconnaître comme légitimes pontifes de l’Eglise et authentiques successeurs de saint Pierre [5].

III. Origine de la bulle antijuive Cum Nimis Absurdum 

istockphoto_4734590-paul-iv.jpgPaul IV, était désireux de conférer à l'Église catholique un pouvoir accru, alors qu’elle était fragilisée par le passage aux idées de Luther qu’opéraient les nations germaniques, et les vives tensions qui n’avaient de cesse de croître au sein des Etats pontificaux. Pour ce faire, il  souhaita élargir au maximum les pouvoirs de la « Sainte Inquisition », et songea à restreindre les droits d’une population qui avait trouvé refuge auprès des papes depuis des siècles mais qui, par ses activités et surtout sa religion, était regardée comme un facteur de trouble constant et de résistance aux lois de Rome : les Juifs.

 

IV. Application de la bulle antijuive de Paul IV

étoile david.jpgAinsi, afin d’imposer un ordre selon ses vues, Paul IV dans Cum Nimis Absurdum, décida d’instituer pour tous les Juifs l'obligation de se loger non plus en se mêlant avec les chrétiens,  mais dans des ghettos réservés et fermés, ceci alors que les Juifs vivaient librement à Rome depuis l'antiquité – les contraignant à s’ isoler dans un quartier spécifique entouré de hauts murs, possédant trois solides portes fermées à clef la nuit.

D’un autre côté, sur le plan proprement religieux, il imposa aux synago.jpgsynagogues, dont le nombre était limité à une seule par ville, le paiement d'une taxe annuelle, destinée à  l'instruction des juifs qui étaient désireux de se convertir au catholicisme, et créa pour se faire de nombreuses maisons où étaient logés les nouveaux convertis qui recevaient dans ses établissements, financés par les synagogues, une instruction chrétienne. Ponte-Quattro-Capi-e-Ghetto.jpg

La bulle, qui imposait d’autre part des restrictions sociales et économiquesCODEX_~1.JPG importantes aux Juifs dans les États pontificaux,  réactualisait nettement les lois anti-juives antérieures que les papes avaient décrétées au cours de l’Histoire, et faisait obligation aux Juifs de nombreuses interdictions et diverses limitations restrictives de leur liberté personnelle, afin de protéger les populations chrétiennes des agissements judaïques.

DetailOfMedievalHebrewCalendar.jpgSous la législation instituée par Paul IV, les hommes juifs furent obligés de porter un chapeau jaune à pointe et les femmes juives un foulard jaune. Les Juifs avaient l'interdiction de posséder des biens immobiliers, de pratiquer la médecine auprès de chrétiens : "les Juifs doivent être reconnaissables partout: A cette fin les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d'aucune façon, et devra être fermement apposé".  Toute promiscuité, même légère ou de nature simplement ludique, était fermement interdite par le pape entre Juifs et chrétiens : "ils ne devront d'aucune façon jouer, manger ou fraterniser avec des Chrétiens". Enfin, pour les Juifs médecins, il leur était impossible de soigner les chrétiens, même s'ils étaient appelés auprès d'un malade : "ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ou prendre part aux soins de Chrétiens."

menorah juive.jpgLa bulle de Paul IV, portant sur de nombreux détails précis comme nous le voyons, fut reprise et étenduePieIV.jpg par le successeur de Paul IV, le pape Pie IV, qui généralisa la création de ghettos dans les grandes villes italiennes, saint Pie V, dans sa bulle Hebraeorum Gens,  interdisant quant à lui la présence des Juifs dans tous ses domaines en dehors de Rome et Ancone, et allant jusqu’à inviter les autres provinces de la Péninsule à en faire tout autant, à son exemple. Notons que l’interdiction faite aux Juifs de soigner les chrétiens sera par la suite confirmée par le pape Grégoire XIII dans sa bulle Alias Piae Memoriae (1581), dans laquelle est recommandée l'application de cette interdiction non seulement dans les États pontificaux, mais aussi, ce qui ne manque pas de donner une certaine ampleur à ces dispositions, sur toutes les terres chrétiennes (« non solum in terris, et dominiis Sanctae Romanae Ecclesiae subjectis, sed etiam ubique locorum »).

Enfin, il importe de souligner que la bulle Cum Nimis Absurdum  de Paul IV, qui n’a jamais été abrogée,  resta en vigueur en Italie jusqu'à la prise de Rome en septembre 1870 et le décret de la fin des États pontificaux.

 

V. Le texte de Cum Nimis Absurdum 

Il nous semble donc utile, en raison de son importance et de la place de celui qui l’a promulgué dans le débat contemporain relatif à la crise de l’Eglise, de porter à la connaissance en publiant in extenso les termes de cette bulle antijuive de Paul IV, qui est, ne l’oublions pas, comme Cum ex Apostolatus Officio, une bulle pontificale de nature disciplinaire qui relève du magistère ordinaire infaillible de l’Eglise :

 

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 ‘‘ C u m   N i m i s   A b s u r d u m ’’

 

Lois et arrêtés auxquels doivent obéir les Juifs

 vivant dans les États du Saint-Siège,
décrétés par l'évêque de Rome,

le pape Paul IV, Servus servorum Die.

 

 

 

Comme il est absurde et totalement inopportun de se trouver dans une situation, où la piété chrétienne permet aux Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel, d'avoir accès à notre société et même de vivre parmi nous ; en vérité, ils sont sans gratitude envers les Chrétiens, car, au lieu de nous remercier pour le traitement bienveillant, ils nous retournent des invectives et parmi eux, au lieu de l'esclavage, qu'ils méritent, ils s'arrangent pour clamer leur supériorité : nous, qui récemment avons appris que ces Juifs ont envahi Rome à partir de plusieurs États pontificaux, territoires et domaines, dans la mesure qu'ils se mélangent avec les Chrétiens (même ceux près de leurs églises) et ne portent aucun habit permettant de les identifier, et aussi qu'ils résident dans des maisons, même dans les plus nobles résidences des états, territoires et domaines, dans lesquels ils s'attardent, conduisant leurs affaires à partir de leurs maisons et dans la rue et négociant des biens immobiliers ; ils ont même des nourrices et des servantes chrétiennes qu'ils emploient. Et ils se permettent d'oser perpétrer une grande variété de choses déshonorables, méprisant pour le saint nom chrétien. Considérant que l'Église de Rome tolère ces Juifs (preuve de la véritable foi chrétienne) et qu'à cette fin, [nous déclarons]: que, gagnés par la piété et la bonté du Saint-Siège, ils reconnaîtront à la fin leur égarement, et qu'ils ne devraient pas perdre de temps pour voir la véritable lumière de la foi catholique, et qu'ils acceptent pendant qu'ils persistent dans leurs erreurs, et qu'ils réalisent qu'ils sont des esclaves en raison de leurs actes, alors que les Chrétiens ont été libérés grâce à notre Seigneur Dieu Jésus Christ, et qu'il est injustifié pour cela que les fils de femmes libres servent les fils d'esclaves.

 

En conséquence :

  1. Désirant tout d'abord, autant que nous le pouvons, avec [l'aide de] Dieu, fournir de façon avantageuse, par ce décret qui sera appliqué pour toujours, nous ordonnons que pour le reste des temps, dans la Ville [de Rome], ainsi que dans tous les autres états, territoires et domaines de l'Église de Rome, tous les Juifs devront habiter dans un seul quartier, qui ne possèdera qu'une seule entrée, et qu'une seule sortie, et que s'il n'y a pas assez de places [dans ce quartier, alors], dans deux ou trois ou le nombre nécessaire; Dans tous les cas, ils devront résider entièrement entre eux dans des rues désignées et être foncièrement séparés des résidences des Chrétiens, [Ceci doit être appliqué] par notre autorité dans la Ville et par celle de nos représentants dans les autres états, terres et domaines mentionnés ci-dessus.
  2. De plus, dans tous les états, territoires, domaines dans lesquels ils vivent, ils n'auront qu'une seule synagogue, à l'emplacement habituel, et ils n'en construiront pas de nouvelles, ni ne possèderont leurs propres bâtiments. De plus, toutes leurs synagogues, autres que celle autorisée, devront être détruites et démolies. Et les propriétés qu'ils possèdent actuellement devront être vendues à des Chrétiens dans un délai à déterminer par les magistrats eux-mêmes.
  3. En plus, concernant la question que les Juifs doivent être reconnaissables partout : [A cette fin] les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d'aucune façon, et devra être fermement apposé [cousu]; et de plus, ils ne pourront être absous ou excusés de leur obligation de porter le chapeau ou tout autre emblème de ce genre en aucune occasion et sous aucun prétexte, quel que soit leur rang ou importance ou leur capacité à tolérer [cette] adversité, que ce soit par un chambellan de l'Église, des ecclésiastique d'une cour apostolique, ou leurs supérieurs, ou par des légats du Saint-Siège, ou leur subordonnés immédiats.
  4. Aussi, ils ne pourront pas avoir de nourrices ou de servantes ou tout autre domestique chrétiens ou utiliser des femmes chrétiennes pour allaiter ou nourrir leurs enfants.
  5. Ils ne devront pas travailler ni donner à travailler le dimanche ou tout autre jour férié déclaré par l'Église.
  6. Ils ne devront pas non plus incriminer des Chrétiens d'aucune façon ou répandre des conventions fausses ou falsifiées.
  7. Et ils ne devront d'aucune façon jouer, manger ou fraterniser avec des Chrétiens.
  8. Et ils ne pourront pas utiliser de termes autres que latins ou italiens dans les livres de comptes qu'ils tiennent avec des Chrétiens, et, s'ils devaient utiliser de tels mots, ces tels accords ne seront pas opposables à des Chrétiens [en cas de procédure judiciaire].
  9. De plus, ces Juifs devront se limiter au commerce des vieux chiffons, ou cencinariae (comme on dit en vernaculaire), et ne pourront pas faire du commerce de grains, d'orge ou d'autre denrée essentielle au bien-être humain.
  10. Et ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ou prendre part aux soins de Chrétiens.
  11. Et ils ne devront pas être considérés comme des supérieurs, [même] par des pauvres Chrétiens.
  12. Et ils devront fermer complètement leurs comptes [de prêt] tous les trente jours; Si moins de trente jours s'est écoulé, ils ne devront pas compter comme un mois entier, mais seulement pour le nombre exact de jours, et en plus, ils termineront le calcul suivant ce nombre de jours et non suivant le mois entier. En plus, ils ont l'interdiction de vendre [les marchandises mises] en gage, mises en couverture pour leur argent, à moins que [ces marchandises est été] mises dix-huit mois plein avant le jour où ce [gage] soit perdu; à l'expiration du nombre de mois ci-dessus mentionné, si les Juifs ont vendu un dépôt de garantie de ce type, ils devront restituer tout l'argent en excès du principal du prêt au propriétaire du gage.
  13. Et les statuts des états, territoires et domaines (dans lesquels ils ont vécu pendant une certaine période) concernant la primauté des Chrétiens, devront être mis en conformité et suivis sans exception.
  14. Et, s'ils devaient, de n'importe quelle façon, ne pas se soumettre à ce qui précède, cela devra être traité comme un crime: à Rome, par nous ou par notre clergé, ou par quiconque autorisé par nous, et dans les états, territoires et domaines susmentionnés, par leurs magistrats respectifs, exactement comme s'ils étaient des rebelles ou des criminels selon la juridiction où le délit a été commis; ils seront accusés par tout le peuple chrétien, par nous et par notre clergé, et pourront être punis à la discrétion des autorités et juges appropriés.
  15. [Ceci prendra effet] indépendamment des décrets et règles apostoliques opposés, et sans tenir compte d'aucune tolérance ou droits spéciaux et dispenses pour ces Juifs, [conférés] par n'importe quel pontife romain avant nous et le Saint-Siège précédemment mentionné, ou par leurs légats, ou par les cours de l'Église de Rome et le clergé des cours apostoliques, ou par d'autres de leurs agents, indépendamment de la forme et de l'importance de ces dérogations, que celles-ci aient été répétées ou jointes à d'autre sous-clauses, ratures ou autres décrets légalement valides, même [celles qui sont] motu proprio et de "validité certaine" et qui ont été approuvées et renouvelées de façon répétitive.

 

Paul IV

 

Décrété à San Marco de Rome,

en l'année mille cinq cent cinquante cinq de l’Incarnation de Notre Seigneur,

le 14 juillet, un jour avant les ides de juillet,

dans la première année de notre papauté.

 

 

 

Notes.

 

1. La dénomination « sédévacantisme », provient du jésuite mexicain Joaquin Saenz y Arriaga, qui  publia en août 1971 un livre La Nouvelle Église Montinienne, dont la conclusion était que le pape Paul VI avait fondé une nouvelle religion, distincte du catholicisme romain traditionnel. En 1973, il fit paraître un autre travail, « Sede Vacante », où il affirmait que Paul VI, ayant versé selon lui dans l’hérésie, avait perdu son autorité papale en vertu de la bulle de Paul IV Cum ex Apostolatus. On peut donc considérer que se sont les écrits de Joaquin Saenz y Arriaga qui donnèrent véritablement naissance au mouvement stipulant qu’il n’y a plus de pape à Rome en lui conférant un nom : sédévacantisme.

2. Rappelons les termes de cette bulle de Paul IV : « § 6. - Nous ajoutons que si jamais il advient qu'un Évêque, même ayant fonction d'Archevêques, de Patriarche ou de Primat ; qu'un Cardinal de l'Eglise romaine, même Légat, qu'un Souverain Pontife même, avant leur promotion ou leur élévation au Cardinalat ou au Souverain Pontificat, ont dévié de la foi catholique ou sont tombés dans quelque hérésie, la   ou l'élévation - même si cette dernière a eu lieu dans l'entente et avec l'assentiment unanime de tous les Cardinaux - est nulle, non avenue, sans valeur et on ne pourra dire qu'elle est devenue valide ou qu'elle devient valide parce que l'intéressé acceptela charge, reçoit la consécration ou ensuite entre en possession ou quasi-possession du gouvernement et de l'administration, ou par l'intronisation du Pontife romain lui-même ou par l'adoration (hommage à genoux) devant lui ou par la prestation d'obéissance à lui rendue par tous ou par quelque laps de temps écoulé pour ces actes : on ne pourra la tenir pour légitime enaucune de ses parties et elle ne confère ni ne peut être censée conférer quelque pouvoird'administration au spirituel ou au temporel à de tels hommes promus Evêques, Archevêques,Patriarches ou Primats, ou élevés au Cardinalat ou au Souverain Pontificat. Tous leurs dits, faits et gestes, leur administration et tout ce qui en découle, tout est sans valeur et ne confère aucune autorité, aucun droit à personne. Ces hommes ainsi promus et élevés seront parle fait même, sans qu'il faille quelque déclaration ultérieure, privés de toute dignité, place, honneur,titre, autorité, fonction et pouvoir, même si tous et chacun de ces hommes n'a dévié de la foi, tombantdans la schisme ou l'hérésie, qu'après son élection, soit en le suscitant, soit en l'embrassant. » (Constitution apostolique Cum ex Apostolatus Officio  de Sa Sainteté le Pape Paul IV du 15 février 1559). La bulle de Paul IV fut confirmée par saint Pie V le 21 décembre 1566 par son motu proprio intitulé "Inter multiplices curas " (Cf. Bull, Rom. volume VII, pp. 499-502).

 

3. La bulle de Paul IV trouve de manière définitive sa limite sur le plan disciplinaire, depuis que le vénérable Pie XII jugea nécessaire, pour de sages motifs, de modifier les dispositions relatives à l’élection du Pape, en décidant dans sa Constitution Apostolique Vacantis Apostolicae Sedis, de suspendre l’effet des censures disciplinaires. Or, cette décision est extrêmement importante, et l’on s’étonnera d’ailleurs que l’on n’y insiste pas comme il se devrait au lieu de s’épuiser dans des débats qui n’ont plus d’objet, puisque les termes, objectifs et positifs, de Vacantis Apostolicae Sedis sont de nature à mettre un terme formel, obligatoire et définitif à toute discussion  s’agissant de la légitimité de l’élection de ceux qui furent portés sur le trône de Pierre depuis Pie XII, puisque tous sans aucune exception, en vertu des nouvelles dispositions canoniques touchant à l’élection pontificale, furent élus validement. Voici en effet ce que dit Pie XII :  « Aucun cardinalsous aucun prétexte ou raison d’excommunication, suspense ou interdit, ou sous aucun autre empêchement ecclésiastique – ne peut être exclu de l’élection active et passive du Souverain Pontife. En conséquence, nous suspendons l’effet de telles censures seulement pour les raisons de la dite élection; elles conserveront leurs effet pour tout le reste. » (Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, titre II, ch. I, § 34, 8 décembre 1945). Il est tout à fait intéressant de relever que la note 27 du § 34 de la Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, qui suit la phrase : « elles conserveront leurs effet pours tout le reste », ne fait aucunement mention de la bulle de Paul IV, mais se réfère à des documents disciplinaires édictés par d’autres Papes : « Clément V, ch. 2, Ne Romani, § 4, de elect. 1, 3, in Clem. ; Pie IV, const. In eligendis, S 29 ; Grégoire XV, const. Aeterni Patris, § 22 ». D’ailleurs Pie XII, pour confirmer l’infaillibilité incontestable à l’acte d’élection, précise que dès l’acceptation par l’élu de sa charge, il est immédiatement Pape authentique de droit divin (la référence par Pie XII au Can. 219 est explicite), et toute contestation à son encontre, sous quelque prétexte, concernant « n’importe quelles affaires » avant le couronnement du Pontife, fait encourir à celui qui s’en rendrait coupable, l’excommunication ipso facto : « § 101. Ce consentement ayant été donné (…), l'élu est immédiatement vrai pape, et il acquiert par le fait même et peut exercer une pleine et absolue juridiction sur l'univers entier. (Code de Droit canon, can. CIS 219). Dès lors, si quelqu'un ose attaquer des lettres ou décisions concernant n'importe quelles affaires, émanant du Pontife romain avant son couronnement, Nous le frappons de la peine d'excommunication à encourir ipso facto. (Clément V, ch. 4, De sent, excomm., 5, 10, in Extravag. comm.). » (Ibid.).

4. Paul IV, d’un caractère ombrageux et vindicatif, dès qu’il fut élu pape, prit des décisions controversées qui déplurent fortement à Rome, faisant cardinal secrétaire d'État l'un de ses neveux, Carlo Carafa, un condottiere à la morale plus que discutable et douteuse, tandis qu’un autre neveu, Giovanni Carafa, aventurier brutal aux mœurs dissolues, fut promu capitaine général de l'Église, et reçu le titre prestigieux de duc de Paliano. La fin des ces deux personnages fut tragique, puisque les historiens rapportent que dix jours après la mort de Paul IV, le duc de Paliano fit assassiner son épouse, enceinte des œuvres d’un homme appartenant au sommet de la hiérarchie de la curie romaine, avec l'approbation de son frère Carlo Carafa, le cardinal secrétaire d'État. Pour ce crime absolument odieux, Pie IV les fit passer en jugement, le cardinal secrétaire d'État fut étranglé au château Saint-Ange et le duc décapité.

5. Il est vital de conserver en permanence à l’esprit que la primauté de l’acte infaillible du conclave est bien au-dessus d’une bulle disciplinaire dont la portée et l’autorité sont singulièrement inférieures à celle du « droit divin » dépendant directement de la Révélation puisque institué par Jésus-Christ lorsqu’il confia les clefs de son Eglise à sain Pierre. Il ne convient donc pas de conférer à la bulle de Paul IV un caractère de prééminence qu’elle n’a pas, et auquel elle ne peut prétendre à l’égard des lois canoniques générales manifestant le « droit divin » qui relèvent directement de l’infaillibilité. Cette bulle est de ce fait simplement disciplinaire, et non pas doctrinale, son utilisation dans le code de droit canon de 1917, porte d’ailleurs sur des sujets relatifs à la discipline et, ce qui est paradoxal, lorsqu’est abordée par deux fois la question du Pape en référence à cette bulle dans le code de droit canon, c’est pour montrer la prééminence et la supériorité absolue du Pontife précisément sur le droit :

- Canon 218, § 1 (référence au § 1 de Paul IV): « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe ».

- Canon 1556 (§ 1 de Paul IV) : « Le premier Siège n’est jugé par personne».

 

 

samedi, 18 décembre 2010

L’Encyclique secrète de Pie XI

Rappel de l’antijudaïsme traditionnel de l’Eglise

 

 

Pape Pie XI.jpg

menorah or.jpg 

« Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif,

l’Eglise doit prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité

pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.

  L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles

contre les enseignements juifs. »

 

Pie XI

 

Certains prétendent, du moins si l’on en croit le texte qui figure sous son portrait au musée de Yad Vashem à Jérusalem, que Pie XII fit disparaître le texte d'Humani Gerenis Unitas, l’Encyclique que préparait Pie XI avant sa mort. Cette Encyclique se voulait, effectivement, une condamnation des totalitarismes qui « déifiaient » et « divinisaient » la nation. Il est vrai que Pie XI, pape qui prononça la condamnation de l’Action Française en 1926 [1], dans son texte, dénonçait les régimes, soit d’origine marxiste (le communisme), soit d’origine néo-païenne ou mazzinienne (le national-socialisme et, sous certains aspects, le fascisme), eu égard aux possibles, bien que limitées pour les nations catholiques, dérives idolâtriques que ces systèmes politiques recelaient.

 

Pie XII pape.jpgCertes le racisme préoccupait le Pontife [2], et chargeant un jésuite de rédiger avec deux autres prêtres l’épreuve de la future Encyclique qu’il préparait, il réitérait fermement ses critiques envers les conceptions racistes, matérialistes et biologiques. Mais, comme on le sait, Pie XI mourut peu de temps avant de pouvoir promulguer cette Encyclique, que beaucoup évoquent et considèrent comme « avant-gardiste » et libérale, faisant grief à Pie XII, ce qui mettrait bien en évidence son esprit conservateur, réactionnaire, philo-germanique et anti-sioniste, de n’avoir pas voulu rendre publiques les lignes écrites par son prédécesseur.

 

I. Action nocive de l’Opus sacerdotale Amici Israël

Torah juive.jpgPour comprendre le contexte de l’écriture de cette Encyclique, il faut se souvenir que la révision de l’oraison du Vendredi saint -Vatican II était encore à venir ce qui nous donne de mettre en lumière que l’action moderniste était à l’œuvre à l’intérieur de l’Eglise longtemps avant 1962 - avait été à l’ordre du jour pendant l’entre-deux-guerres, en particulier après la création à Rome, le 24 février 1926, de l’Opus sacerdotale Amici Israël, destinée à donner à la politique du Saint-Siège une orientation plus favorable vis-à-vis du peuple juif. Il était question, dans le but affiché de cette association philosémite, de « propager les idéaux du sionisme parmi les catholique » tout en les encourageant à un apostolat fondé sur l'amour et la charité ».

Dès sa deuxième année d’existence, l'Opus sacerdotale Amici Israël réunissait 19 cardinaux, 300 évêques et environ 3 000 prêtres, ce qui nous donne une idée de l’importance de l’infiltration de ses thèses à l’intérieur de la hiérarchie catholique. Si l’Opus sacerdotale disait vouloir la conversion des Juifs, elle ne le voyait pas selon la tradition catholique et conformément à la prière du Vendredi saint, mais dans une optique bien différente, soi-disant « définie » par le pape Pie XI lors de l'Année sainte 1925 qui s’était exprimé avec une certaine sympathie envers les Juifs.

Ainsi, la première mission militante de l’association consista à chercher à faire supprimer le mot perfidisIldefonso Shuster.jpg dans la prière du Vendredi saint. Le pape Pie XI, qui travaillait volontiers à cette réforme, en accord avec le grand rabbin de Milan demanda à la Congrégation des rites d’élaborer une modification en ce sens. Il chargea l'abbé bénédictin Ildefonso Schuster, lui-même partisan de cette réforme, de suivre avec attention le dossier.

 

II. Maintien par le Saint-Office de l’antijudaïsme de l’Eglise

  

 

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« La prière du Vendredi saint,

exprime la répugnance pour la rébellion

et la trahison du peuple élu, perfide et déicide » 

 

Merry del Val.jpgFort heureusement, la Curie romaine lui opposa une fin de non-recevoir catégorique, assortie d’un refus sans appel du cardinal Merry del Val, préfet du Saint-Office, au motif qu’il s’agissait de transformer une prière « inspirée et sanctifiée » par les siècles et exprimant, selon Hubert Wolf, « la répugnance pour la rébellion et la trahison du peuple élu, perfide et déicide ». [3]

Toutefois, malgré ce refus qui signifiait clairement la résistance de l’Eglise aux thèses philosémites, l'Opus sacerdotale poursuivait ses campagnes en liaison avec les représentants du mouvement sioniste européen, dont Albert Cohen. Fort heureusement, sur la question de la création d'un État juif en Palestine, Pie XI, en conformité avec la doctrine observée par ses prédécesseurs, notamment s. Pie X, préconisait une attitude « réservée » et « prudente », ce qui évita bien des égarements et fit que Rome conserva sa position traditionnelle en la matière.

Mais alors que Pie XI réaffirmait le refus de l’Eglise, pour des motifs théologiques sérieux, d’avaliser le menorah juive.jpg sionisme, une partie des membres de l’Opus sacerdotale Amici Israël en était venue, par une sorte d’élan spirituel irrépressible, à souhaiter la création d'une nouvelle religion, une « Église chrétienne juive » exaltant de façon outrancière l’éminence du peuple juif, son immense valeur, sa grandeur devant laquelle devait s’incliner tous les chrétiens, allant même jusqu’à intégrer dans la liturgie de l’autel des symboles judaïques comme la ménorah, c’est-à-dire le chandelier à sept branches devenu le signe même de la religion juive actuelle, chandelier évoquant celui qui figurait dans le Temple de Jérusalem. Cette déviance, le Vatican ne pouvait la tolérer, car elle conduisait à une choquante « hébraïsation de l'Église » destinée, selon les animateurs de l’Opus sacerdotale,  à hâter la conversion du peuple juif.

Ces diverses raisons, sérieuses s’il en est, firent que l'Opus sacerdotale Amici Israël fut, purement et simplement, abolie le 25 mars 1928 par un décret du Saint-Office. Les partisans de la modification liturgique, parmi lesquels l'abbé Schuster, se virent obligés de se rétracter dans les plus brefs délais, alors même qu’ils avaient argué de précédents à cette suppression dès l’époque napoléonienne. [4]

 

 

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l’Opus sacerdotale Amici Israël,

souhaitait bien avant Vatican II,

 la création d'une nouvelle

« Église chrétienne juive ».

 

Toutefois, Pie XI, afin de ne point donner l’image d’une brutale hostilité envers le peuple hébreu, exigea que cette dissolution fût assortie d'une condamnation de la haine envers les Juifs, et stipula : « Comme il réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, le Saint-Siège condamne résolument la haine contre un peuple déjà élu par Dieu, haine qu'aujourd'hui on désigne vulgairement sous le nom d'antisémitisme.» Quant à l'abbé Schuster, Pie XI le créa cardinal et archevêque de Milan l'année suivante, en juillet 1929.

III. Texte de l’Encyclique de Pie XI

Or, ce qui est intéressant, c’est qu’à cette même et identique période, concernant le problème juif, cette Encyclique dont le contenu fut tenu secret pendant des décennies, et dont on nous dit qu’elle marquait une rupture d’avec la position de l’Eglise, bien au contraire réaffirme avec beaucoup de force, les thèses anti-judaïques traditionnelles que Rome professe depuis toujours, et ce en 1939 à une période où plusieurs régimes politiques en Europe, notamment en Allemagne, avaient pris des dispositions à l’encontre des juifs, quelques mois seulement avant le début de la guerre.

Ces lignes, que nous découvrons puisqu’elles ne sont accessibles que depuis peu, le texte ayant été déclassifié en 2007, prennent donc une importance doctrinale significative, et méritent d’être connues, d’où notre initiative d’en publier un large extrait totalement inédit, soit celui portant sur la « Question Juive », qui pourrait être de nature à surprendre beaucoup de monde.

 

- HUMANI GENERIS UNITAS -

Passage portant sur la « Question Juive »

 Pie XI.jpg

« La prétendue question juive,

dans son essence …

est une question de religion. »

 

La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité territoriale, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme. (...) Le Sauveur, que Dieu envoya à son peuple choisi, fut rejeté par ce peuple, répudié violemment et condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne... Enfin, il fut mis à mort. (...) Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur  fut  le salut du monde.

Aveuglés par une vision de la domination et du gain matériels, les israélites ont perdu ce qu'ils avaient cherché eux-mêmes. Quelques âmes choisies, parmi lesquelles étaient les disciples de notre Seigneur, les premiers chrétiens juifs, et, au cours des siècles, quelques membres du peuple juif, firent exception à cette règle générale. Par leur acceptation de l'enseignement et de leur incorporation du Christ dans son Eglise, ils ont partagé l'héritage de sa gloire, mais ils sont restés, et restent toujours encore, une exception : « Israël qui recherchait la justice ne l’a pas trouvée, ceux qui ont été choisis par Dieu l’ont trouvée, mais les autres ont été aveuglés » (Romains, XI, 7).

De plus, ce peuple infortuné, qui s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre, a cependant été préservé de la ruine totale. Saint Paul maintient la possibilité du salut pour les Juifs, pourvu qu’ils se détournent de leur péché.

Israël demeure le peuple jadis choisi.

  

Juifs antichrétien.jpg

 « Nous constatons chez le peuple juif

une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. »

  

Nous constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. Il en résulte une tension perpétuelle entre Juif et Chrétien, qui ne s’est à proprement parler jamais relâchée. La haute dignité que l’Eglise a toujours reconnue à la mission historique du peuple juif, ne l’aveugle pas cependant sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes.

  

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« L’Eglise s’aveugle pas sur les dangers spirituels

auxquels le contact avec les Juifs

peut exposer les âmes. »

  

 

Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif l’Eglise doit, par tous ses efforts, prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.

L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles contre les enseignements juifs, quand les doctrines comportées menacent la foi. Elle a pareillement mis en garde contre des relations trop faciles avec la communauté juive.” [5]

 

 IV. Enseignement antijudaïque de Pie XI

 

Jésus hébreux.jpgPie XI rappelle la thèse traditionnelle de la théologie catholique, à savoir que Jésus-Christ « fut rejeté par les juifs », et de plus « répudié violemment, condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne », ce qui est très loin des thèses philo-judaïques dont se faisait l’écho les Amis d’Israël, cherchant à minimiser la responsabilité des juifs dans la crucifixion. L’expression du Pontife, pour qualifier la responsabilité juive dans la mort du Christ, est très forte : « Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur ».

 Suit alors une évocation des conséquences de ce crime des juifs qui, en 1939, n’était pas neutre, pour le moins : « Le peuple juif s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre ». Ecrire cela, à la période où le pape travaillait à son Encyclique et était évidemment informé des conditions qui étaient faites aux juifs dans certains pays en Europe, et ce jusqu’en Russie soviétique où les fameux procès de Moscou étaient encore d’actualité, nous laisse mesurer l’indéfectible attachement de Rome à la doctrine de l’antijudaïsme.

Si, comme il est normal, est réaffirmée la possible repentance libératrice faisant que les juifs, « qui demeurent le peuple jadis choisi »,  pourront bénéficier du salut, alors même que bénéficiant d’une clémence divine il a été « préservé de la ruine totale », ce salut ne lui sera octroyé que si les juifs « se détournent de leur péché ».

Puis prenant acte de l’antagonisme qui existe entre judaïsme et christianisme, le pape déclare : « Nousjudaïsme.jpg constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme ». Et les mots du Saint-Père ont une force impressionnante, car touchant aux domaines où l’esprit juif est dangereux pour les catholiques, il mettent en lumière le germe corrupteur de « la persistance de l’incrédulité du peuple juif », ceci aboutissant à ce que l’Eglise soit invitée, selon Pie XI, à « prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles ».

Mais cela va même plus loin si l’on y réfléchit, car ce sont les relations mêmes avec les juifs qui reçoivent un sévère avertissement, le pape alertant contre « les enseignements juifs [qui] menacent la foi », insistant sur le fait que l’Eglise prévient les fidèles « contre des relations trop faciles avec la communauté juive », car elle ne s’aveugle pas « sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes ».

 

Conclusion

On le constate, que Pie XII n’ait pas fait publier cette Encyclique inachevée de Pie XI, ne relève donc pas d’une volonté de sa part de cacher un texte jugé trop libéral, car cette Encyclique recèle certains passages qui auraient de quoi étonner fortement, tant les Juifs que de nombreux chrétiens libéraux qui voient en Pie XI un avocat de leur cause.

Il est ainsi prouvé que fidèle à sa doctrine séculaire, l’Eglise, jusqu’à Vatican II, et malgré les tendances libérales de certains papes, réussira à conserver intacte sa position, insistant comme il le fallait, sur la nécessaire prévention contre les enseignements hébraïques et les idées pernicieuses qui menacent la cité chrétienne, et surtout sur le caractère impératif de la conversion des Juifs, car, pour reprendre les termes mêmes de Pie XI, et ce point est essentiel :  La prétendue question juive, dans son essence, (…) est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme.’’

  

  Armes Papales.jpg

 

Notes.

1. Pie XI, de son nom Ambrogio Damiano Achille Ratti, naquit le 31 mai 1857 à Desio, fut élu pape, contre le candidat du camp conservateur le cardinal Merry del Val, ancien secrétaire d'État de saint Pie X,  le 6 février 1922, et le resta jusqu'à sa mort au Vatican le 10 février 1939. C’est lui qui, par la lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam du 2 mars 1922, proclama Jeanne d'Arc, déjà canonisée en 1920, sainte patronne secondaire de la France. Par les encycliques Quas primas (1925) il institua la fête du Christ Roi qui se voulait une réponse aux persécutions des Cristeros au Mexique, et Miserentissimus Redemptor (1928), sur le culte au Sacré-Cœur. Il insista fortement sur le rôle essentiel de la prière dans la vie chrétienne, et recommanda à tous les pieux catholiques la pratique des exercices de saint Ignace dans Mens nostra (1929), et celle du rosaire dans Ingravescentibus malis (1937). Mais c’est pourtant lui qui organisa, dès la fin de 1925, une campagne contre l'Action Française, qui avait pourtant la sympathie de l’ensemble du clergé français, et surtout qui, par son allocution consistoriale du 20 décembre 1926, fera interdiction à tout catholique d’adhérer au mouvement, et même de lire son journal, faisant mettre à l’Index les écrits de Charles Maurras.

2. Mit brennender Sorge.jpgOn sait le peu d’estime que Pie X avait pour le nazisme, et reste célèbre son encyclique Mit brennender Sorge, publiée 14 mars 1937, dans laquelle il condamnait les orientations idéologiques d’Hitler et de l’Allemagne nazie en des termes extrêmement sévères, notamment les thèses idéalisant exagérément le « sang et la race » :

- « Prenez garde, Vénérables Frères, qu'avant toute autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçablearmes Pie XI.png fondement de toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans falsification. […]Quiconque identifie, dans une confusion panthéistique, Dieu et l'univers, abaissant Dieu aux dimensions du monde ou élevant le monde à celles de Dieu, n'est pas de ceux qui croient en Dieu. Quiconque, suivant une prétendue conception des anciens Germains d'avant le Christ, met le sombre et impersonnel Destin à la place du Dieu personnel, nie par le fait la Sagesse et la Providence de DieuQuiconque prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine - toutes choses qui tiennent dans l'ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d'une conception de la vie répondant à cette foi. […]Notre Dieu est le Dieu personnel, surnaturel, tout-puissant, infiniment parfait, unique dans la Trinité des Personnes, et tripersonnel dans l'unité de l'Essence divine, le Créateur de tout ce qui existe, le Seigneur et Roi et l'ultime consommateur de l'histoire du monde, qui n'admet ni ne peut admettre à côté de lui aucun autre dieu. Ce Dieu a, en Souverain Maître, donné ses commandements. Ils valent indépendamment du temps et de l'espace, du pays et de la race. […] Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l'erreur qui consiste à parler d'un Dieu national, d'une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d'emprisonner Dieu, le Créateur de l'univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les Nations sont "comme une goutte d'eau suspendue à un seau" (Is., XL, 15) dans les frontières d'un seul peuple, dans l'étroitesse de la communauté de sang d'une seule race. […]Le point culminant de la Révélation atteint dans l'Évangile de Jésus-Christ est définitif, il oblige pour toujours. Cette Révélation ne connaît pas de complément apporté de main d'homme, elle n'admet pas davantage d'être évincée et remplacée par d'arbitraires "révélations" que certains porte-parole du temps présent prétendent faire dériver de ce qu'ils appellent le Mythe du Sang et de la Race. Depuis que le Christ, l'Oint du Seigneur, a accompli l'oeuvre de la Rédemption, et que, brisant le règne du péché, Il nous a mérité la grâce de devenir enfants de Dieu, depuis ce temps aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés, que le Nom de Jésus (Act., IV, 12). Aucun homme, quand même toute la science, tout le pouvoir, toute la force extérieure du monde seraient incarnés en lui, ne peut poser un fondement autre que celui qui a déjà été posé : le Christ (I Cor., III, 11). Celui qui, dans une sacrilège méconnaissance des différences essentielles entre Dieu et la créature, entre l'Homme-Dieu et les enfants des hommes, ose dresser un mortel, fût-il le plus grand de tous les temps ; aux côtés du Christ, bien plus, au-dessus de Lui ou contre Lui, celui-là mérite de s'entendre dire qu'il est un prophète de néant, auquel s'applique le mot effrayant de l'Ecriture : " Celui qui habite dans les cieux se moque d'eux " (Ps., 4). »

3. L’expression latine Oremus et pro perfidis Judaeis, exorde de l’oraison prononcée dans la liturgie catholique lors de la prière du Vendredi saint, fut introduite dès le VIIe siècle. Cette prière déclare : « Prions aussi pour les Juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ». Cette terminologie suscitera de nombreuses controverses, ceci dès le début du XIXe siècle à l’initiative de Napoléon (cf. note 2), aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église catholique. Les discussions officielles au sein de la hiérarchie catholique pour l'abolir ou la réformer commencèrent dans les années 1920. En 1959, le pape Jean XXIII supprima les termes contestés (perfidis, ainsi que perfidiam, qui figurait dans l’oraison). Ces termes ne réapparaissent pas non plus après le concile Vatican II. Depuis le missel de Paul VI, promulgué en 1970, la formulation est devenue : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom ». Dans Genèse de l’antisémitisme, Jules Isaac réserva un chapitre entier[ ]à « Oremus et pro perfidis Judaeis ». Comme Bernhard Blumenkranz, il accordait une importance primordiale à la suppression de la génuflexion lors de la prière pour les Juifs voyant un « caractère offensant, méprisant ». L'intention « miséricordieuse » du début a, selon ses propres termes, « dégénéré dès le premier millénaire en une double offense : d'une part  l'offense verbale, c'est-à-dire l'interprétation péjorative des mots perfidis et perfidiam, et d'autre part  l'offense du geste, autrement dit  l’abandon de la génuflexion » un siècle après l’instauration de la prière, c’est-à-dire « au temps de Charlemagne ». À ses yeux, cette « offense du geste est la plus grave  des deux. »

 

4. En effet, après l'annexion de la Toscane à la France en 1808, Napoléon imposa deux exigences à propos du Vendredi saint : d'une part, les paroissiens devaient prier pour lui en tant qu'« empereur très chrétien », et d'autre part les termes perfidis et perfidiam, jugés trop « injurieux » à l'égard des Juifs, devaient être traduits respectivement par « aveugles » et « cécité". L'ensemble des évêques de Toscane se déclarèrent d'accord sur ces deux points. Ainsi les évêques de Chiusi et Pienza, de Pescia, de Pistoia et Prato, de Fiesole et de Livourne, le vicaire général de Florence et l'archevêque de Pise envoyèrent-ils des circulaires dans leurs diocèses pour demander la bénédiction de l'empereur des Français et le changement de la formule concernant les Juifs. Cependant, le pape Pie VII s'y opposa : autant il donna son autorisation pour la bénédiction de Napoléon, autant il refusa la modification liturgique au motif plus que fondé, « qu’un tel changement, aujourd'hui, signifierait que l'Église s'est trompée jusqu'ici »[]. Cette réforme fut donc abandonnée, même si par la suite, au XIXe siècle, plusieurs évêques et prêtres de Toscane s'abstinrent officieusement de prononcer les mots perfidis et perfidiam.

 

5. Cf. G. Passelecq - B. Suchecky, L’Encyclique cachée de Pie XI, éd. La Découverte, 1995, pp. 285-289.

mardi, 25 août 2009

Michel Onfray : l'histrion médiatique de la «mort de Dieu» !

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Portrait d’un produit dégénéré de l'ère du soupçon


 

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Pour l'"athéologue",
le croyant est à la fois stupide, pernicieux et criminel...

 

04-onfray.jpgL'antichristianisme n'est plus politique, comme sous la IIIe République, il est devenu culturel. La religion catholique, en particulier, fait l'objet de charges très violentes de la part de certains milieux (gauche extrême, homosexuels militants...), mais aussi d'intellectuels à la mode pour lesquels cela devient une spécialité. Un personnage assez répugnant se distingue, au sein de ce milieu par sa vulgarité : Michel Onfray.

Michel Onfray, qui professe une « athéologie militante », personnifie ce nouvel antichristianisme. Il a connu un véritable succès avec un Traité d'athéologie (Grasset) [1] qui s'est vendu à plus de deux cent mille exemplaires. VRP de ce bréviaire de la haine antireligieuse, il est devenu un familier des journaux à la mode et des plateaux de télévision.

I. Un pseudo-rebelle qui n'est qu'un serviteur du système

Onfray, plutôt que d'étayer son athéisme de façon philosophique, se livre à une attaque en règle contre les religions. Son combat est avant tout408px-Nietzsche_Olde_02.jpg une haine des monothéismes, le catholicisme ayant une place de choix. Pour l'"athéologue", le croyant est à la fois stupide, pernicieux et criminel. Il fait preuve à la fois d'une "haine de 'intelligence", d'une "haine de la vie", d'une "haine de la liberté", d'une "haine de la sexualité, des femmes et du plaisir", etc. Entre autres accusations : "En matière de science, l'Église se trompe sur tout depuis toujours" ; "[la religion monothéiste] fomente le mépris, la méchanceté" ; "le Vatican aime Adolf Hitler" ; "la Genèse défend 'esclavage", etc. Au milieu d'un fatras d'invectives, Jésus est qualifié d'"ectoplasme", et Paul de "voyageur de commerce hystérique". [2]

EmileCombes.pngIl apparaît que le livre d'Onfray, au-delà de son style écumant de haine, est truffé d'erreurs grossières. Sur le fond, on a affaire à un vulgaire vulgarisateur qui recycle et ripoline de vieilles lunes. Une telle démarche - c'est sa seule modernité - est formatée pour les médias : des slogans simplistes et un ton péremptoire. L'"athéologue" autoproclamé surfe ainsi sur des abîmes de crédulité et d'inculture qui auraient fait rougir le petit père Combes.

 

A propos de l’antichristianisme maladif, le père Maldamé explique : « Disciple de Nietzsche, M. Onfray a manifestement un adversaire principal. S'il attaque le monothéisme et cite ses trois grandes formes religieuses, M. Onfray vise essentiellement le christianisme qu'il a connu dans la version du catholicisme de la tradition française. Tel est l'ennemi qu'il combat vigoureusement. D'une certaine manière les références au judaïsme et à l'islam, fort limitées dans l'information et l'attention, ne sont là que pour dire qu'il n'est pas l'ennemi d'une seule tradition, mais de toute pensée monothéiste. Son mépris s'adresse principalement aux chrétiens. Dans le développement de sa polémique, M. Onfray est aveuglé par le mépris. Il ne prend pas en compte ses adversaires au sérieux. Il ne les écoute pas ; il ne les lit pas vraiment ; il se contente d'idées reçues qui ne sont jamais exposées pour elles-mêmes ni examinées avec le minimum de rigueur que l'on demande à des étudiants : lire un texte, l'analyser selon sa nature, le situer dans son contexte, le placer dans une tradition... L'antichristianisme de M. Onfray veut se justifier par un discours empli d'erreurs. » [3]

C'est justement cela qui est inquiétant : cette ignorance crasse sur le religieux qui est la marque de notre époque et dont se nourrit grassementbaumier.jpg l'antichristianisme. On peut dire n'importe quoi sans faire broncher personne (ou presque). Du coup, n'importe quelle sottise prononcée sur un ton docte peut paraître crédible aux heures de grande écoute. L'antichristianisme ne se nourrit pas que d'ignorance naïve, mais aussi de préjugé tenace. Le malheur du catholicisme, c'est qu'on croit le connaître. Parce qu'il fait encore partie du paysage, qu'il rappelle des souvenirs d'école privée et de profession de foi, il semble, par cet effet décalé de la mémoire, encore familier à une majorité de Français. Il entre là-dedans des sentiments complexes : une nostalgie sourde, une attente déçue et inavouée, tout comme une culpabilité persistante mêlée de rancœur douloureuse. D'où une montée de mépris, parfois, pour ce qu'on s'imaginait fort comme un juge et qu'on peut aujourd'hui couvrir de crachats si facilement.

Pour René Rémond, "cette violence illustre la persistance d'un héritage historique, la mémoire d'un temps, pas si lointain à tout prendre, où l'Église était en mesure de s'opposer à l'évolution des moeurs". Le catholicisme ne profite pas de la prime à l'exotisme dont bénéficient les religions orientales. (Son incroyable nouveauté ne nous apparaît plus, ou pas encore.) Il engendre toujours des réflexes conditionnés d'hostilité. Une vulgate de demi-intellectuel qui n'est déjà plus de mise chez des penseurs de première catégorie même s'ils sont agnostiques (comme Marcel Gauchet ou Régis Debray). Comme le constate René Rémond, moins le christianisme est puissant, plus il suscite d'"hostilités fantasmatiques".

Par-delà l'ignorance ou le préjugé, il y a parfois dans la haine à l'égard du christianisme un ressort qui n'est pas seulement d'ordre psychologique mais spirituel. "La haine du démon", comme l'écrit Michel De Jaeghere, ou le "nihilisme" dont parle Bernard Sichère, "la religion féroce de ceux qui ne croient en rien et qui veulent empêcher qu'on croie". Tout chrétien ne pourra que souscrire à ce point de vue conforme à l'Évangile, même s'il se gardera de réduire toute hostilité à de la haine démoniaque.

II. Michel Onfray : un enfant dégénéré de l'ère du soupçon

schopenhauer.jpgLe cas Onfray mérite d'être médité non par ce qu'il pense (un tas de poncifs), mais par ce qu'il révèle de notre époque. Cet écrivain, c'est sûr, n'est ni Marx ni Feuerbach, ni Nietzsche ni Schopenhauer, ni Freud ni Sartre. Plutôt un enfant tardif et dégénéré de l'ère du soupçon, un histrion médiatique de la "mort de Dieu". Loin de s'opposer à l'air du temps, il le flatte en jouant les rebelles. Mais il n'est qu'un serviteur du système, qui brosse l'hédonisme marchand dans le sens du poil.

Il y a une grandeur tragique chez Nietzsche, dans sa façon de prendre un risque personnel, de choisir "Dionysos" contre leMarx.jpg "Crucifié". Le penseur allemand fait penser à Kirilov, ce personnage des Possédés - de Dostoïevski - qui entretient un rapport de rivalité avec le Christ et qui, ne pouvant le supporter, sombre dans la folie. C'est le "drame de l'humanisme athée" que sondera le cardinal de Lubac.

Onfray, lui, ressemble comme un frère au "dernier homme" dont parlait Nietzsche dans son Zarathoustra, "méprisable" parce qu'ayant perdu tout sens de son propre dépassement. Le "dernier homme" devenu nietzschéen et qui professe un nihilisme de confort.

6a00d8341c65d453ef00e5536d3f748833-800wi.jpgQue ce soit dans la défense d'un hédonisme qui affadit la sexualité ou dans sa justification du clonage, l'auteur de L'art de jouir prend l'Histoire en roue libre. Ou plutôt ce qui tient lieu de substitut d'Histoire, c'est-à-dire la logique auto-justificatrice de la technique conjuguée au jeu des forces économiques. Là est sa dangerosité, derrière ses outrances de potache : il entend, avec quelques autres, donner une justification idéologique à l'avènement d'un monde monstrueux. Où l'homme, réduit à des chimères mythologiques, serait détruit de l'intérieur et recomposé par les manipulations génétiques. L'antichristianisme actuel s'inscrit dans l'horizon de cette grande "rupture anthropologique". Avec, sous-jacente, la question de l'homme : y a-t-il une nature humaine qui doit être respectée dans son être, ou celle-ci peut-elle être l'objet de tous les modelages culturels et génétiques ? La différence sexuelle est-elle une composante essentielle de l'humanité, ou une occurrence qui doit être sans conséquence sur l'organisation des sociétés ? Ce n'est pas un hasard si la revendication homosexuelle est le fer de lance de ce mouvement radicalement antichrétien.

Si anticléricaux et catholiques d'antan partageaient à peu près la même conception de la morale, les antichrétiens d'aujourd'hui remettent en cause radicalement la conception de l'homme issue du judéo-christianisme.

III. Un nihilisme à l'échelle de l'Europe

Par-delà l'"exception française" et le combat un peu désuet pour la laïcité, on assiste bien à un nihilisme à l'échelle de l'Europe - qui n'est pas séparable de la tentative utopique, et sans doute inconsciente, de notre continent, de "sortir de l'Histoire", après avoir subi le "sens de l'Histoire".

Phénomène lui aussi typiquement européen (à l'exception du Québec) : l'incroyance ; alors que le monde serait, paraît-il, en proie au "retour du religieux". Ici, au contraire, constate l'historien, "le phénomène de l'incroyance a pris de l'ampleur et interpelle les croyants".

Si ce sont d'éminentes personnalités catholiques (comme Schumann ou Monnet) qui furent à l'origine les promoteurs du projet européen, force est de reconnaître qu'en certaines occasions l'Europe politique participe aujourd'hui de ces "lynchages médiatiques" contre des catholiques qui n'ont que le tort d'exprimer leurs convictions. Le catholicisme romain va-t-il devenir le "bouc émissaire" de notre continent en mal d'identité et d'espérance ?

En tout cas, si l'Europe réagit contre cette spirale auto-destructrice et connaît une nouvelle renaissance, on peut parier que cela ne se fera pas sans le christianisme.

Sources:

 

Jean-Marc Bastière, L'Europe contre le christianisme, 2007.

 

Jean-Michel Maldamé o.p, Michel Onfray ou le dialogue impossible, 2005.

 

 

Notes.

 

[1] Extrait significatif : « Les trois monothéismes partagent par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré... » (Michel Onfray, Traité d'athéologie, Grasset, 2005).

[2] Deux ouvrages d'intellectuels catholiques, justement, entendent répondre à cette charge d'une rare violence : Irène Fernandez, dans Dieu avec esprit (Réponse à Michel Onfray), chez Philippe Rey, et Matthieu Baumier, dans L'anti-traité d'athéologie (Le système Onfray mis à nu), aux Presses de la Renaissance (voir entretien "Onfray s'attaque à un christianisme fantasmé !").

 

[3] Le père Jean-Michel Maldamé o.p., docteur en théologie, Doyen émérite de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Toulouse,804693-gf.jpg membre de l'Académie pontificale des Sciences, résume bien l’objectif de Michel Onfray : « Dans les invectives que M. Onfray adresse aux monothéismes, on ne peut pas ne pas remarquer la virulence avec laquelle il attaque saint Paul. Il prolonge ce que disait Nietzsche de celui qui a enraciné le message de Jésus dans l'hellénisme. Le procès est simple à instruire, puisque Paul lui-même reconnaît avoir une « écharde dans la chair » - expression qui a reçu bien des explications et qui reste difficile à interpréter, même si certains y voient une maladie... M. Onfray ne fait pas dans la nuance ; pour lui, il est clairement établi que Paul est un malade, et il nomme la maladie : « hystérie » et « impuissance sexuelle » (op.cit., p. 168). Du fait de cette maladie, Paul serait « incapable de mener une vie sexuelle digne de ce nom » (op. cit., p. 169). Le diagnostic est donc aussi arbitraire que sans appel. Or c'est à partir de cette maladie que toute la doctrine de Paul est interprétée. À l'école de Nietzsche, M. Onfray oppose Jésus et Paul, celui qui aime la vie et celui qui la hait. Il écrit à ce propos : « Paul de Tarse transforme le silence de Jésus sur ces questions en un vacarme assourdissant en promulguant la haine du corps, des femmes, de la vie » (op. cit., p. 165). Mais c'est la doctrine entière de Paul qui est dite par la métaphore de la maladie ; ainsi M. Onfray dit de l'évangélisation par Paul : « Partout il contamine. Bientôt la maladie de Paul gagne le corps entier de l'empire » (p. 173). »

 

Il poursuit : « Plus grave encore, M. Onfray dit que « Paul n'a lu aucun évangile de son vivant » (op. cit., p. 172). Utiliser cet argument est malhonnête, car nul n'ignore aujourd'hui que les évangiles ont été mis par écrit dans leur forme définitive après la mort de Paul. Il est aussi malhonnête, car c'est ignorer qu'après sa conversion Paul a rencontré à maintes reprises les apôtres qui furent les compagnons de Jésus depuis le baptême de Jean et qui furent témoins de sa résurrection. Paul est donc bien inscrit dans une tradition vivante ; même si sa position est différente de celle des autres apôtres, il est vraiment du nombre. Si pour M. Onfray Paul n'a pas lu les évangiles, c'est qu'il ne lisait pas ou si peu. Ainsi il met Paul au rang des ignorants : « La culture de Paul. Rien ou si peu [...]. Sa formation intellectuelle ? On ne sache pas qu'il ait brillé dans des écoles ou de longues études » (op. cit., p. 173). Voilà ce qui contredit ce que Paul dit de lui-même et de sa formation ; voilà ce qui manifeste l'ignorance de la richesse intellectuelle du judaïsme de l'époque et tout particulièrement de la rencontre entre le monothéisme juif et la culture grecque ; voilà surtout ce qui manifeste que M. Onfray n'a pas vraiment lu les lettres de Paul qui, certes, témoignent d'une grande passion, mais aussi d'une grande culture et d'une puissance intellectuelle hors du commun. Cette caricature de Paul est au service d'une thèse qui est dans tout le livre : le christianisme est l'ennemi de l'intelligence. »

(Jean-Michel Maldamé o.p, Michel Onfray ou le dialogue impossible, 2005. )

 

 

 

 

 

 

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mardi, 04 août 2009

Nietzsche : une idole crépusculaire !

ou Alain de Benoist

face aux indigentes critiques d’un nietzschéen d’opérette

par Zak

philosophie,christianisme,reflexion,religion


 

On est saisi de stupeur devant la pensée délirante

de Nietzsche,

qui sombra définitivement dans l’aliénation mentale.

 

 

 

alain-de-benoist.jpgPour une fois, et alors même que nous avons clairement souligné la limite que représente pour nous l’idée d’un recours au paganisme qui serait oublieux des vérités spirituelles qui se sont imposées à la faveur de l’Histoire, toutefois, nous rejoignons entièrement Alain de Benoist dans sa reconnaissance de la supériorité métaphysique de Heidegger (1889-1976) par rapport à Nietzsche (1844-1900), comme il eut l'occasion de le déclarer fort nettement parfois, ce qui lui a valu, récemment, quelques mauvaises flèches, assez basses et vulgaires, d’Olivier Meyer, auteur d’un médiocre guide des citations de Nietzsche et responsable d’un blog pompeusement intitulé «Nietzsche académie», dont le but affiché, à l’insondable bêtise voltairienne, est : « écrasons l’infâme » !

Alors même que l’auteur de « Vue de droite » (1977), sans méfiance, s’était plié aimablement aux questions posées par Olivier Meyer, qui s’amuse, ridiculement, à proposer sur le net un « test du surhomme », et dont la 4e de couverture de son pitoyable guide est accompagnée de ces phrases qui prêtent à rire : « Dieu est mort. Libre à nous de devenir surhumains. Qui veut devenir surhumain ? Qui veut apprendre à maîtriser son éclair ? Les citations de Nietzsche réunies dans ce guide sont tirées de son œuvre complète et constituent de véritables tables des lois des Hyperboréens. La foudre surhumaine est entre vos mains…que vive le Surhomme » [1], l’ignorantin, qui prétend remettre à l’endroit les idées « avancées par Alain de Benoit » (sic !), considérant, rien moins, de son « devoir philosophique d’accoucher les esprits de la vérité en pratiquant le débat d’idées » [2], ose écrire ces énormes balivernes qui exsudent la mauvaise digestion adolescente et acnéique d’Ainsi parlait Zarathoustra : « Nietzsche serait prisonnier de la valeur, j’y vois plutôt la marque de son sceau aristocratique qui se traduit comme vous l’avez souligné par un certain pathos de la distance. Il resterait ainsi encore dans la métaphysique, je ne pense pas, car cette valeur n’est plus idéelle mais réelle, incarnée dans une philosophie organique dont le visage est celui de Dionysos, le dieu très biologique de la vigne et du vin, celui de l’Eternel retour. On est très loin de concepts philosophiques abstraits et abscons, de galimatias « philosophars »… »

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Olivier Meyer, est responsable d’un blog
pompeusement intitulé « Nietzsche académie »,
dont le but affiché est : « écrasons l’infâme » !
 
 
 
 

I. L’erreur fondamentale de Nietzsche

Alain de Benoist écrit, à juste titre : « …c’est à Heidegger que j’ai fini par donner la première place. J’ai en effet été sensible à la critique faite par ce dernier de la philosophie de Nietzsche. Heidegger opère une distinction rigoureuse, qui a pour moi été décisive, entre ontologie et métaphysique. Il montre que, chez Nietzsche, la Volonté de Puissance – en réalité, Volonté vers (zur) la Puissance – est en péril de devenir simple volonté de volonté. Comme Nietzsche, Heidegger accorde une importance considérable à la question du nihilisme, mais il montre aussi que, face au nihilisme, la tâche la plus urgente n’est pas tant de substituer des valeurs à d’autres valeurs, fussent-elles opposées, mais de sortir de l’univers de la valeur, qui est une mutilation de l’Etre. Sa conclusion est que Nietzsche, dans la mesure où il demeure prisonnier de l’univers de la valeur, reste encore dans la métaphysique. » Il poursuit : « Enfin, sur la question de la vérité, question nietzschéenne par excellence, ce que déduit Heidegger d’une méditation sur la notion grecque d’aléthéia, me paraît d’une profondeur inégalée. » [3]

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Pour Heidegger la pensée de Nietzsche est celle par laquelle
les temps modernes « parviennent à leur physionomie propre », à leur achèvement.
 
 

HEI NI.jpgOr, tout cela est parfaitement exact ! Car ce que démontre Heidegger dans son étude sur Nietzsche [4], c’est que celui qui se voulut, non sans une dimension démesurée, à l’origine d’un renouveau sur le plan philosophique, fut en réalité le sinistre fossoyeur de la métaphysique occidentale. En effet, en conférant à la notion de « valeur » une dimension extraordinairement boursouflée, il contribua, plus que quiconque avant lui, à l’effacement complet et tragique de l’idée de l’Être, s’inscrivant dans une tradition qui résulte de l'oubli et même, plus encore, de l'abandon de l'Être.

C’est ainsi que dans la volonté de puissance, où culmine de façon inquiétante la prétention du sujet à «arraisonner» l’étant selon les outils mortifères et aveugles de la technique, s’est, hélas ! effacée l’interrogation fondamentale au profit d’un appétit inconséquent et grégaire par lequel s’exprime ce qui en l’homme est le plus éloigné de ce qui peut s’ouvrir au mystère du « rien de ce qui est ». De même, par l’apologie du surhomme, qui prodigue une fallacieuse énergie aux pauvres ambitions mortelles du sujet, se figèrent drastiquement les pires illusions aberrantes concernant le rêve d’un arraisonnement du monde à la force des bras. Enfin, pénétré de tous les préjugés les plus éculés qui véhiculent la véritable perte de ce qui est à penser, soit « l’impensé de la tradition métaphysique », la philosophie nietzschéenne appartient, à un niveau rarement égalé avant elle, à la triste histoire de «l’oubli de l’être», essence d’un stérile devenir métaphysique.

Comme le souligna Heidegger, à propos de ce qu’est l’ontologie en son essence, totalement incomprise au travers de la pensée philosophique, et inaccessible à Nietzsche qui ne sut jamais dépasser l’horizon humain trop humain : “L’histoire de l’Etre n’est ni l’histoire de l’homme et d’une humanité, ni l’histoire du rapport humain à l’étant et à l’Etre. L’histoire de l’Etre est l’être même, et rien que celui-ci. Toutefois, parce que l’Etre, pour fonder sa vérité dans l’étant, revendique l’être humain, l’homme demeure impliqué dans l’histoire de l’Être, jamais autrement que selon la manière dont il assume son essence à partir du rapport à l’être et conformément à ce rapport, - selon la manière aussi dont il la perd, la transgresse, la sacrifie, la motive ou la gaspille. Le fait que l’homme n’appartient à l’histoire de l’Etre que dans la sphère de son essence déterminée par la revendication de l’Etre et non pas eu égard à sa façon de se manifester, d’agir et de produire, de réaliser à l’intérieur de l’étant, voilà qui signifie une restriction particulière. Elle peut se révéler en tant qu’un signe d’élection, aussi souvent que l’Etre donne à savoir ce qui vient en son propre, quand il est permis à l’homme de risquer son essence, que la primauté de l’étant a immergée dans l’oubli.” [5]

Cette donation, en mode subtil, de l’Etre, Nietzsche ne sut ni la percevoir ni la pressentir, elle lui resta, pour son malheur et celui de ses lecteurs, inconnue, aboutissant à une cécité métaphysique qui bloqua la perspective du philosophe au marteau au domaine de l’étant d’une façon rédhibitoire et définitive.

II. Nietzsche : « le plus débridé des néo-platoniciens »

nietzsche1864.jpgHeidegger, à la surprise générale dans ses séminaires commencés en 1936, dira de Nietzsche qu'il fut le « plus débridé des platoniciens ». Pourquoi cette curieuse affirmation ? Tout simplement parce que le renversement de Platon auquel voulut se livrer Nietzsche, sera en fait pour lui, à son total insu, la meilleure manière de rester entièrement platonicien. Comme le vit très bien Jean Beaufret, le prétendu renversement (Umkehrung) de Platon, équivaut-il à un dépassement (Überwindung) ? N’est-il pas plus juste de l’interpréter comme un accomplissement(Vollendung) de ce même Platon ? « En d'autres termes, décrire le monde sensible comme le «monde vrai », et le monde suprasensible comme fiction mensongère, cela suffit-il à sortir du platonisme ? Le retournement nietzschéen du platonisme, ne répond-il pas à son tour, dans le platonisme, à quelque chose du platonisme qui devient d'autant plus visible à la lumière de son retournement ? » [6]

La réponse est évidemment positive. Car Nietzsche, loin de sortir de Platon le réintroduit avec une force inouïe dans le02_platon.jpg ciel des idées, puisque, comme le précise Heidegger, et le souligne Alain de Benoist, « s'opposer à quelque chose implique presque inéluctablement de participer de cela même à quoi l’on s’oppose, le « renversement » de Platon auquel procède Nietzsche a comme caractéristique majeure de conserver des schémas conceptuels ou des inspirations fondamentales propres à ce qu’il entend renverser.» [7].

L’entreprise de Nietzsche, basée sur le renversement de toutes les valeurs (le sous-titre La Volonté de puissance est : « Essai d'une transvaluation de toutes les valeurs ») , aboutit au final à une méprise absolue, un échec patent car le primat de la « valeur » est une dérive de la modernité, un vieux retour manqué de l'agathon platonicien, qui, au lieu de placer le bien en soi dans l’abstraction, le ramène au monde d’ici-bas en considérant qu’il s’agit d’une œuvre révolutionnaire, alors qu’il y a là, la caricature grossière d’une mauvaise transposition platonicienne.

III. Nietzsche : le mortifère avocat du subjectivisme moderne

Mais la plus redoutable conséquence du primat nietzschéen de la valeur, est l'émergence de ce que Heidegger appelle la métaphysique de la subjectivité, transformant l’homme ancien et traditionnel, ouvert à la dimension transcendante, en pauvre « sujet » réduit à son seul horizon individuel, faisant — comme le dit Heidegger, que l'homme « en tant que subjectum s'organise et pourvoit à sa sécurité eu égard à son installation dans la totalité de l'étant.» [8] En termes clairs, l’individu, ce qui caractérise bien l’infecte modèle qui s’est imposé dans la modernité, en raison de cet enfermement sur lui-même, devient le référent absolu d’une médiocre vérité, celle de ses instincts immédiats et de ses appétits sensibles ; en guise de « surhomme », l’homme occidental en est la hideuse figure type., devenu le narcisse efféminé et inverti, lâche et craintif, complaisant et satisfait, qui triomphe et prospère avec une joie palpable aujourd’hui au sein du système de consommation.

 

En guise de « surhomme » soucieux de son corps,

l’homme occidental est devenu la hideuse figure

du narcisse efféminé.

 

 

L’appel à la glorification du corps, au rejet des arrières mondes pour vivre libre et jouir en étant libéré de toutes contraintes, est devenu, passant des pages du Zarathoustra à la réalité concrète de tous les jours, le discours dominant d’une société vidée de sens, tournée fébrilement vers l’exaltation systématique et pathétique du moi. Le plat dévot de la glose nietzschéenne, ne craint pas d’écrire : « le nietzschéisme (…) c’est aussi une sagesse de la folie, celle du Surhomme, l’homme transmuté par l’expérience victorieuse de l’Eternel retour », continuant ainsi la récitation de son catéchisme auquel il semble ne rien comprendre, mais qui a le mérite de rendre plus évidente son indigente pensée : « Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra ne cache pas son intention de créer une nouvelle espèce, ses enfants comme il les appelle, qui vivront sur les îles bienheureuses, plus haut plus beaux plus forts, carrés de la tête aux pieds… Nietzsche (…) professe un eugénisme à peine voilé (…) … Dès lors qui peut dire que le surhomme de Nietzsche n’aurait pas recours aux biotechnologies pour améliorer le type homme, surtout si « l’homme est une corde tendue entre l’animal et le surhomme »... J’entends bien qu’il ne s’agit pas d’un matérialisme biologique, mais tout de même, si l’on met cette idée en rapport avec la pensée du corps qu’il développe par ailleurs… corps et esprit ne faisant plus qu’un… il me semble difficile de soutenir que le nietzschéisme est un spiritualisme, surtout quand on se choisit comme dieu tutélaire Dionysos le dieu de l’incarnation, de la deuxième naissance, celle de la cuisse de Jupiter, véritable incubateur biotechnologique avant l’heure…. » [9]

IV. Nietzsche : un penseur égaré

La pensée de Nietzsche, qui se fonde sur le renversement des valeurs et qui ne parvient pas à atteindre le « commencement », loin de s’opposer au nihilisme elle en est l’expression la plus achevée. Nietzsche, dénué de compréhension à l’égard de l’authentique métaphysique [10], est le penseur de la modernité accomplie, il est le type même du penseur moderne, perdu et égaré, il est l’emblème même de la désorientation contemporaine, ce qui fit dire à Heidegger que la pensée de Nietzsche est celle par laquelle les temps modernes « parviennent à leur physionomie propre » [11], à leur achèvement.

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« Ce que je redoute,
ce n’est pas l’être épouvantable qui se tient derrière ma chaise,
c’est sa voix : Non pas les mots, mais le ton inarticulé, inhumain de cet être.
Si encore il parlait comme parlent les hommes »
 
 

Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que Nietzsche s’est absolument trompé en tout : sur le bouddhisme, sur le christianisme, sur l’islam. Sur Le bouddhisme, dont on sait aujourd’hui qu’il participa à toutes les entreprises guerrières les plus féroces de l’Asie, il énonce des stupidités gigantesques : « La première condition pour le bouddhisme est un climat très doux, une grande douceur et une grande libéralité dans les mœurs. Pas de militarisme (…) On veut comme but suprême la sérénité, le silence, l’absence de désirs et on atteint son but. Le bouddhisme n’est pas une religion où l’on aspire seulement à la perfection : la perfection est le cas normal. (…) Le bouddhisme est une religion pour des hommes tardifs, pour des races devenues bonnes, douces, supraspirituelles, etc.» [12] A l’époque où Nietzsche écrit ce texte (1888), le bouddhisme militarisé fait des ravages au Japon et en Corée, et au Tibet, aidé par la magie noire et la sorcellerie, il exerce une tyrannie barbare depuis des siècles, où le servage, la corruption et le crime dominent [13]

D’autre part, sa haine morbide du christianisme, qui se distingua par la douceur de mœurs des premiers chrétiens, leur intelligence spirituelle, leur bonté et droiture, qui répandit dans le monde païen la lumière du pardon, lui fait écrire des absurdités grotesques : « On fait bien de mettre des gants, quand on lit le Nouveau Testament. Le voisinage de tant de malpropreté y oblige presque. Nous fréquenterions des « premiers chrétiens » tout aussi peu que des juifs polonais : ce n’est pas qu’on ait même besoin de leur reprocher la moindre des choses... Tous les deux ne sentent pas bon. — J’ai cherché en vain dans l’Évangile ne fût-ce qu’un seul trait sympathique ; rien ne s’y trouve qui soit libre, bon, ouvert, loyal. L’humanité n’y a pas encore fait son premier commencement, — les instincts de propreté manquent... Il n’y a que de mauvais instincts dans le Nouveau Testament, il n’y a pas même le courage de ces mauvais instincts. Tout y est lâcheté, yeux fermés, duperie volontaire. N’importe quel livre devient propre quand on vient de lire le Nouveau Testament. » [14]

Quant à l’islam, dont la seule grandeur fut le pillage, la razzia, le vol, semer la terreur, asservir les peuples et chasser les "infidèles", il inspire ce type d’émoi indigne à l’auteur de Par delà le bien et le mal : « Le christianisme (…) nous a frustrés de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) – Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière…Guerre à mort avec Rome ! Paix et amitié avec l'Islam !... » [15]

Conclusion : un malade mental nommé Nietzsche !

Nietzsche.jpgOn est ainsi, à la lecture, saisi de stupeur devant la pensée délirante de celui qui provoque les pamoisons naïves de l’aquarelliste Olivier Meyer, et en suscita bien d’autres, plus relevées encore, chez de nombreux auteurs contemporains, éblouis par les folies de leur piteux maître à penser (Derrida, Deleuze, Foucault, Sollers, Onfray, etc.)

Mais ce que l’on ignore souvent, c’est que grâce à la volumineuse correspondance qu’il a entretenue, nous savons que Nietzsche, qui souffrait de migraines depuis l’âge de 12 ans, était atteint d’une psychose maniacodépressive qui en fit l’objet constant d’hallucinations auditives : « Ce que je redoute, ce n’est pas l’être épouvantable qui se tient derrière ma chaise, c’est sa voix : Non pas les mots, mais le ton inarticulé, inhumain de cet être. Si encore il parlait comme parlent les hommes » (automne 68), ou visuelles : « A l’instant où je levais le regard, il me sembla, dans une vision rapide comme l’éclair, voir près de ma table, un homme pâle profondément incliné. L’instant d’après, alors que l’œil cherchait à saisir cet objet avec plus d’acuité, j’aperçois à quelques pas de ma table un chat.(…) Je vois un arbre et je le prends pour un enfant. Je vois très distinctement les traits d’un visage dans une conversation mais c’est moi qui les imagine avec une telle acuité. » Par ailleurs, victime de phobie aux sons, aux bruits, à la lumière (le soir lorsqu’il écrivait, il recouvrait sa lampe de bureau d’une étoffe rouge), d’hyperesthésie affective, objet d’anxiété permanente avec un énorme sentiment de culpabilité (tant dans les phases mélancoliques que dans les phases hypomaniaques), traversé par des crises d’angoisses déclenchées par tout motif émotionnel, même par un événement heureux (départ en voyage, visite d’un ami…), tel était, dans sa réalité, l’état du brillant penseur du renversement de toutes les valeurs, le chantre de l’énergie vitale et de la volonté de puissance !

D'ailleurs l’exposé de la totale démence de Nietzsche,  par Jean Montenot, est absolument éloquent et démonstratif : «  Un homme décrétant de son propre chef qu'il faudra désormais mesurer le temps à partir du 30 septembre 1888, date, selon lui, du dernier jour du christianisme; un homme qui signe ses lettres «Dionysos» ou «le Crucifié», qui intitule les chapitres de son ultime autobiographie, Ecce Homo : «Pourquoi je suis si sage?», «Pourquoi je suis si avisé?», «Pourquoi j'écris de si bons livres?», etc. - ne peut être qu'un détraqué, un toqué! Il est aisé de relever dans l'oeuvre ou dans les témoignages des contemporains les signes précurseurs de la catastrophe finale, voire de montrer que la folie de Nietzsche vient de loin.. (…) Dans un brouillon de lettre à Peter Gast, daté du 30 décembre, il se déclare princeps Taurinorum (prince des Turinois), nomme Victor Buonaparte sur le trône de France, le journaliste Jean Bourdeau «ambassadeur à sa propre cour» et se livre à quelques autres facéties de ce genre, notamment une savoureuse proclamation aux cours européennes, les appelant à « anéantir la dynastie des Hohenzollern, ce nid d'idiots et de criminels écarlates». Il écrit à Strindberg qu'il a «convoqué à Rome une assemblée de Princes» pour les faire fusiller. » [16] 

 

En toute logique, après une existence heurtée et maladive pendant laquelle il produisit de nombreux ouvrages dans lesquels il se voyait le prophète d’une nouvelle ère pour la philosophie et le monde (quelques jours avant de sombrer dans la folie il écrit à M. Brandès, à M. Bourdeau, pour leur signifier que, « nouveau Christ », il avait « une seconde fois sauvé le monde » [17]), Nietzsche, en janvier 1889, comme il était prévisible, perdit définitivement la raison, et passa les 11 dernières années de son existence dans un état d’aliénation mentale, véritable effondrement conduisant lentement à une irréversible déchéance, puis à la mort [18].

 

 

Lorsqu’on sait que l’une des dernières pensées de Nietzsche, alors que la folie, réelle ou simulée, s’était déjà emparée de son esprit, est celle-ci : « J'ai mangé le rouleau qui contenait Dieu. Mes selles en sont témoins... » (Ich habe die Schrift-Rolle die Gott enthielt gegessen. Meine Exkremente können das bezeugen...) [19], on comprendra la valeur réelle qu’il faut conférer à la philosophie désorientée de celui qui est bien, comme le comprit parfaitement Heidegger, l’exemple le plus achevé du nihilisme accompli.

 

 

Effectivement, comme on le constate dans ce cri final et pathétique de sa philosophie, et ainsi que le disait le nietzschéen dévot Olivier Meyer  : « [La valeur défendue par Nietzsche] n’est plus idéelle mais réelle, incarnée dans une philosophie organique… », le problème, c’est que la  substance de cette philosophie organique, en guise de « dieu très biologique » (sic), se réduit ultimement, et c’est là une façon tout de même assez originale d’en témoigner concrètement, à la matière fécale. De la sorte, Olivier Meyer avait donc au moins raison sur un point : « [avec Nietzsche ] on est très loin de concepts philosophiques abstraits et abscons, de galimatias ‘‘philosophars’’… », mais on peut toutefois se demander si cet amour de la « matière vivante » n’est trop exagéré, et surtout s'il n’en fait pas un peu trop pour nous prouver sa haine des arrières mondes et de l’abstraction…

 

Notes.

[1] Olivier Meyer, Nietzsche, guide des citations, Pardès, 2005.

[2] Olivier Meyer dit comiquement à Alain de Benoist : « Vous avouez un penchant heideggerien. Bien vous en fasse, personnellement à l’instar de Nietzsche, je me méfie des gens à système, fût-il ontologique… »

[3] Nous sommes cependant un peu moins enthousiaste que de Benoist lorsqu’il soutient, s’agissant de l’œuvre de Nietzsche : « on est d’autant moins excusable de s’en tenir à la lecture des œuvres les plus connues que l’on dispose aujourd’hui en France d’une excellente traduction de l’édition Colli-Montinari, qui a notamment l’immense mérite de proposer l’intégralité des fragments posthumes », car loin de constituer l’aboutissement éditorial de Nietzsche, l’édition de Colli et Montinari, « qui ne peut être prise pour l’herméneutique plenitudo temporum annoncée par les interprètes impatients de se débarrasser des problèmes inquiétants inhérents à la lecture de l’œuvre nietzschéenne », présente de nombreux défauts passablement désagréables. (Cf. Domenico Losurdo, « Les lunettes et le parapluie de Nietzsche », in Noesis, N°10 | 2006)

[4] Heidegger consacrera en tout six séminaires à l'étude de l’œuvre Nietzsche, qui s’étendront de 1936 à 1942, et qui furent ensuite recueillis en deux tomes, Nietzsche I et Nietzsche II. En 1943, il prononça la conférence « Le mot de Nietzsche, Dieu est mort », reprise dans les Chemins, puis en 1953, la conférence « Qui est le Zarathoustra de Nietzsche ? », reprise dans les Essais et conférences.

[5] M. Heidegger, Nietzsche, vol. 2, ch. X, La remémoration dans la métaphysique, trad. Pierre Klossowski, Gallimard, 1990, p. 398.

[6] J. Beaufret, Dialogue avec Heidegger, vol. 2, Philosophie moderne, Minuit, 1973, p. 195.

[7] A. de Benoist, Heidegger critique de Nietzsche, Volonté de puissance et métaphysique de la subjectivité, Nouvelle Ecole, 2005, p. 125.

[8] Martin Heidegger, Nietzsche, op. cit., p. 23.

[9] O. Meyer, Commentaire, publié le 29/01/2009.

 

[10] Heidegger écrit : « Ni Nietzsche, ni aucun penseur avant lui [...], ne parviennent à l'initial commencement ; tous, de prime abord, ne voient ce commencement que sous le jour de ce qui, déjà, n'est plus qu'une désertion par rapport au commencement, une manière de couper court à celui-ci : sous le jour de la philosophie platonicienne. » (M. Heidegger, Nietzsche, op. cit., vol. 1,p. 363.)

[11] S. Vietta, Heidegger, critique du national-socialisme et de la technique, Pardès,1993, p. 102.

[12] F. Nietzsche, L’Antéchrist, § 21 & 22.

[13] Yuan Sha, Le système de servage féodal au Tibet, Centre d'Etudes Himalayennes du C.N.R.S (CEH), 2002.

[14] L’Antéchrist, § 46.

[15] Ibid., § 60.

[16] J. Montenot, Lire, février 2009.

[17] Cf. Remy de Gourmont, La Mort de Nietzsche, Épilogues. Deuxième série. 1899-1901. Réflexions sur la vie, Mercure de France, 1923, p. 191.

[18] Ludwig Binswanger (1852-1929), qui s’occupa de Nietzsche lors de son internement, parle de lui comme subsistant dans un état végétatif( Cf. E. F. Podach, L’Effondrement de Nietzsche, Gallimard, 1978, et J. Roger, Le Syndrome de Nietzsche, Ed. Odile Jacob, 1999.)

[19] Cf. J. Gok, Mort parce que bête, Parcs ed., 2001.

 
 
 

17:31 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : philosophie, christianisme, reflexion, religion |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 18 juin 2009

Antispécisme : le visage monstrueux de la cause animale !

 

ou les aspects cachés d'une théorie scandaleuse

 

 

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« Dieu a confié les animaux à la gérance

de celui qu’Il a créé à son image.

Il est donc légitime

de se servir des animaux pour la nourriture,

on peut les domestiquer

pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et ses loisirs. »

 

 

 

 

L’antispécisme, théorie édifiée par Peter Singer relayée en France par les Cahiers antispécistes, est une monstruosité philosophique et une abjection conceptuelle absolument infecte, à l’origine de la plupart des slogans des militants anti-corridas, même si la plupart des naïfs qui sont enrôlés dans les associations de lutte contre la tauromachie l’ignorent, slogans qui sont caractéristiques de cette mouvance : « Refusons la torture ! »- « Non à la souffrance gratuite ! » « Assez de barbarie ! » , etc. L’antispécisme, théorie ouvertement matérialiste, considère en effet à la base que la notion « d'être humain », du moins telle que nous la concevons en conférant une dignité particulière à la personne créée à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26), est une abstraction absurde d'origine religieuse, le reliquat d’une superstition biblique obsolète et dépassée.

 

 

A l’aide d’une mise en scène au goût douteux, on pouvait lire récemment sur une affichette antispéciste : « Humain ou animal quelle différence ? c’est la même souffrance. » Or, la différence est considérable de l’homme à l’animal. Ne pas le reconnaître présente un immense danger qu’il ne faut surtout pas mésestimer. C’est ce qu’explique très bien Camille Loty Malebranche, dans un article intitulé « De la zoocratie idéologique contemporaine... » : « (…) La déhiérarchisation des espèces humaine et animalières comporte un risque sérieux d’animalisation de l’homme. Une dénaturation amenuisante de l’humain. De la réclame pour nourriture santé et minceur à l’adresse des chiens et des chats à la sexualité humano-animale exponentielle sur le web, nous en sommes arrivés à une inversion du spécisme ancien jugé essentialiste et discriminatoire notamment par Peter Singer, nous sommes dans la pire crise du sens qui soit, la désignification ontologique devenue chose théorique totalement excentrique d’un occident en mal de substitution d’un sens et d’une justice que la société refuse et qui voit certains intellos se rabattre sur l’extrême insensé ironiquement intronisé comme valeur et morale. » De son côté Réflexes, qui n’est pourtant pas l'une de nos lectures favorites, résume correctement le problème : « le but avoué ou inavoué de tout antispéciste est de supprimer de la surface de la terre toute idée de souffrance, de mise à mort, volontaire ou non, sans préoccupation d’espèce. » Or cette idée est absurde dans la mesure où la souffrance, comme la mort, sont intrinsèquement liées à la vie. C’est une loi intangible du vivant.

 

I – Opposition à la pensée chrétienne

 

 

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« Soyez féconds, multipliez,
emplissez la terre et soumettez-la.»
(Genèse 1, 28).

 


Ceci explique pourquoi les antispécistes
réservent leurs critiques les plus virulentes à la culture judéo-chrétienne, puisque le dogme biblique bien connu, selon lequel l'Homme, et lui seul, fut créé à l'image de Dieu, est en contradiction directe avec la doctrine antispéciste de l'égalité en dignité des espèces. Pour le chrétien, les autres espèces ont été créées par Dieu bien sûr, mais dans un but précis : pour servir l'Homme [1]. Ainsi même si les animaux méritent le respect que leur confère le statut de créatures de Dieu, ils restent inférieurs à l’homme et n'ont pas droit au Salut, ni donc aux Sacrements. La Bible s’ouvrant par l’injonction divine faite à l’homme de « remplir la terre et la soumettre » [Genèse 1, 28]. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique stipule donc logiquement : « Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et ses loisirs. Si elles restent dans des limites raisonnables, les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement recevables, puisqu’elles contribuent à soigner ou épargner des vies humaines. » [2]

 

 

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Si les animaux méritent le respect

que leur confère le statut de créatures de Dieu,

ils restent inférieurs à l’homme et n'ont pas droit au Salut,

ni donc aux Sacrements.

 

 

 

bentham.jpgMais Peter Singer, Philosophe, spécialiste de bioéthique, libéral de gauche, connaissant bien le marxisme, utilisant pour base conceptuelle de ses travaux la pensée utilitariste de Jeremy Bentham [3] provoque depuis quelques années une petite révolution dans la conception chrétienne classique. En effet, en affirmant que ce qui compte ce n'est pas que l'animal ne parle ni ne raisonne à l'égal de l'homme, mais qu'il souffre tout comme lui, il en arrive à postuler un droit à une reconnaissance en tant qu'être sensible et donc à un arsenal juridique de droits sensés protéger les animaux. « Le spécisme, affirme une brochure, est à l’espèce ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe : la volonté de ne pas prendre en compte (ou de moins prendre en compte) les intérêts de certain-e-s au bénéfices d’autres, en prétextant des différences réelles ou imaginaires mais toujours dépourvues de lien logique avec ce qu’elles sont censées justifier ». On mesure le caractère plus qu’inquiétant d’une telle position, qui constitue artificiellement une égalité entre animal et homme, et surtout refuse qu’il soit établi une distinction entre les espèces en l’assimilant follement au racisme.

 

II - Une infâme doctrine justifiant l'infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme

 

 

peter-singer.jpgD’ailleurs dans son langage, lorsque Singer parle « d’animal », il entend toutes les espèces y compris celle de « l'animal humain » (sic) ! Choquééthique animale.jpg par l'exploitation animale, Singer cherche à l'analyser dans le cadre de son matérialisme. Il trouve l'idée de vie trop idéaliste, et souhaite la remplacer par quelque chose de plus concret : la souffrance. L'individu animal n'a pas droit à la vie, mais le droit de ne pas souffrir. C'est la fameuse maxime de Bentham : « La question n'est pas : peuvent ils raisonner ? ni peuvent ils parler, penser ? mais : peuvent ils souffrir ? ». De ces prémisses, Singer déduit qu'il est condamnable de manger des animaux qui peuvent souffrir, plus encore de se livrer à des rites sanguinaires au prétexte de traditions culturelles. « Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison - hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur - de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité de considération des intérêts aux membres des autres espèces. » [4] Mais là où les choses deviennent extrêmement graves, c’est que non seulement Singer ose affirmer que toutes les espèces animales méritent une égale considération, ce qui est déjà passablement inacceptable du point de vue d’un sain anthropocentrisme chrétien, mais il ose scandaleusement écarter de cette égalité, écoutons bien : « le nourrisson de moins d'un mois, les  malades mentaux,  les idiots, les handicapés sans parler du fœtus » ! A tous ceux-là, il n'accorde pas le statut de personne car ils ne se considèrent pas eux-mêmes comme ayant un futur donc, comme des animaux non à même de ressentir la souffrance et le plaisir, on peut dès lors les supprimer sans commettre une faute morale... L'infanticide, l’avortement, l’euthanasie et l’eugénisme sont ainsi joyeusement justifiés au nom de l’antispécisme !

 

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« Je soutiens qu'il ne peut y avoir aucune raison –

hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur –

de refuser d'étendre le principe fondamental d'égalité

de considération des intérêts aux membres des autres espèces. »

(Peter Singer, Animal Liberation, 1975)

 


D’ailleurs n'a-t-il pas comparé « nouveaux-nés, handicapés et animaux », et trouvé que ces derniers étaient supérieurs aux premiers ! Il n’hésite pas à déclarer, sans aucune difficulté, qu’il est pour l'euthanasie à l’égard des handicapés, puisqu'ils sont « inférieurs aux animaux » ! Il écrit : « Je pense qu'un chimpanzé a certainement plus conscience de lui-même qu'un nouveau-né. Il y a des circonstances dans lesquelles tuer un nouveau-né n'est pas mauvais, alors que tuer un chimpanzé l'est. » [5] Voilà ce qui se cache derrière les thèses des avocats de la cause animale, et celles des gentils opposants à la corrida que l’on voit apparaître lors des férias, voilà l’hideuse et épouvantable doctrine, proposant tranquillement le meurtre des nouveaux-nés, qui sous-tend les actions, en apparence sympathiques, des anti-corridas !

 

 

III- Libération animale ou disparition des espèces ?


L’infâme démonstration de Singer, dont on vient de voir à quoi elle conduit, s'inscrit dans un large courant de critique des notions de conscience et d' ordre naturel, sur une base matérialiste et athée. Elle est un point de passage obligé de la démonstration sur l'égalité animale - concept partagé par de nombreux biologistes, à l'instar de Stephen Jay Gould - dans la mesure où l' argument de la conscience est un élément central de l'anthropocentrisme il est systématiquement étendu à l’ensemble des espèces, sans que lui soit appliqué le moindre critère de différenciation. On évoque à grands cris, voire même par des attentats terroristes parfois [6] les droits à la libération des animaux, l'humain devant cesser toute activité comme les corridas, les zoos, la chasse, mais aussi l'expérimentation scientifique et l'alimentation carnée, alors que parler de « libération » pour un animal de ferme est passablement ridicule. Les animaux de ferme sont le fruit de centaines ou de milliers d'années de sélection génétique par l'humain ; ils sont incapables de vivre par eux-mêmes, leur existence est totalement dépendante de la tutelle de l'humain. Mais comme les partisans de la libération animale prônent le végétarisme et le végétalisme, ils ne visent pas à libérer l'animal de ferme, ni d’élevage, dont le fameux taureau de combat qui ne tient son existence que de la corrida, mais à le faire disparaître !


Il est plus élégant d'appeler à « libérer » les animaux plutôt qu'à les faire disparaître, mais cela relève d'une immonde escroquerie intellectuelle, car en fait cette pensée conduit à la disparition objective de certaines espèces. Ceci explique pourquoi l’action des anti-corridas est en réalité une action de mort sur le plan concret, soutenue sur le plan théorique par une doctrine nihiliste et mortifère !
On comprend mieux pourquoi, sachant le danger diabolique et antichrétien qui se cache derrière ces théorie animales, lors de l'Assemblée des évêques à Glosar, en l'an 1051, « plusieurs hérétiques ont été condamnés à mort en raison de leur refus de tuer des poules » , car si l’ordre naturel et son mode propre de vie a été voulu par Dieu, s’y opposer représente une révolte contre les lois divines.

 

IV. Révolte contre l’ordre naturel

 

D’ailleurs, et cela n’a rien d’extraordinaire, les antispécistes ne cachent pas qu'ils désapprouvent ouvertement l'ordre naturel, car il est structurellement inégalitaire et cruel, ils veulent détruire la hiérarchie des créatures qui place l’homme, en tant que sommet de la création, avant l’animal. En théorie pour ces insensés démentiels, il s'agit de ne pas faire aux animaux ce que l'on refuse de faire aux humains, en pratique, se qu’ils se gardent de dire trop ouvertement mais qui est pourtant bien réel, il s’agira de faire subir sous peu aux humains, grâce aux directives des administrations, bien pire qu’aux animaux – en clair, au nom de la volonté de la disparition de la souffrance, on pratiquera demain dans cette société hygiénique et aseptisée, l’avortement, l’eugénisme et l’euthanasie, allègrement et en toute bonne conscience antispéciste !

 

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« Dieu créa l'homme à son image,

à l'image de Dieu il le créa,

homme et femme il les créa. »

(Genèse 1, 27).

 

 

L’anthropologie catholique, qui voit en l’homme le gérant de la création, nous évite, heureusement, la regrettable et dangereuse confusion à laquelle parviennent les tenants de la « libération animale » : anéantir l’homme et le réduire concrètement au rang d’un animal au prétexte de la non discrimination entre les espèces. Rien n’est donc plus ridicule et stupide que l’affirmation selon laquelle les défenseurs des animaux sont « plus humains », plus ouverts aux malheurs de leurs prochains, dont les animaux font partie : il y a là en effet une extension abusive de l’usage d’un mot que la Bible réserve à l’homme. La pointe de l’enseignement de Jésus est justement d’affirmer ceci : même abîmé ou défiguré, un homme restera toujours un homme, un frère dont je suis responsable et dont j’ai à me faire « le prochain » au titre d’une commune origine, l’un et l’autre créés à l’image de Dieu, et d’une commune vocation à partager la vie même de Dieu dans son Royaume.

 

Dans le contexte du « commencement» biblique où la vérité révélée sur l'homme comme « image et ressemblance de Dieu» constitue la base immuable de toute l'anthropologie chrétienne. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa» (Gn 1, 27). Ce passage concis contient les vérités fondamentales de l'anthropologie: l'homme est le sommet de tout l'ordre de la création dans le monde visible; le genre humain, qui commence au moment où l'homme et la femme sont appelés à l'existence, couronne toute l'oeuvre de la création; tous les deux sont des êtres humains, l'homme et la femme à un degré égal tous les deux créés à l'image de Dieu. Cette image, cette ressemblance avec Dieu, qui est essentielle à l'être humain, est transmise par l'homme et la femme, comme époux et parents, à leurs descendants: «Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la» (Gn 1, 28). Le Créateur confie la «domination» de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur «origine» commune. De la sorte, la vérité sur le caractère personnel de l'être humain ressort de la description biblique. L'homme est une personne, et cela dans la même mesure pour l'homme et pour la femme, car tous les deux ont été créés à l'image et à la ressemblance du Dieu personnel. Ce qui rend l'homme semblable à Dieu, c'est le fait que, contrairement au monde des créatures vivantes, y compris les êtres doués de sens (animalia), l'homme est aussi un être raisonnable (animal rationale), possédant, et lui seul dans le règne du vivant, une âme immortelle. Grâce à cette propriété, l'homme et la femme peuvent «dominer» les autres créatures du monde visible (cf. Gn 1, 28), et sont appelés à une vie surnaturelle, puisque les hommes rassemblés et réunis en Jésus-Christ deviendront « participants de la nature divine » (2 Pierre 1 ; 3) : ils seront déifiés. L’homme « deviendra par grâce ce que Dieu est par nature ».

 

 

Conclusion

 

On évitera donc impérativement le ridicule anthropomorphisme qui consiste à prêter aux animaux des sentiments ou raisonnements humains et à parler de la mort d’un chat ou d’un chien - même s’il s’agit d’un sympathique compagnon de notre vie quotidienne - comme s’il s’agissait de notre voisin ou de notre grand-mère ! A trop confondre l’homme et l’animal avec de faux bons sentiments, on en vient déjà à regarder l’animal comme un homme grâce à une propagande délirante, mais il y a fort à parier que tout cela nous conduise très vite, à force de toujours pousser trop loin l’inversion des valeurs, à positivement considérer les hommes comme de simples animaux.

 

 

 

Notes.

 

[1] Secrétariat Général de la Conférence Episcopale d’Allemagne : La responsabilité de l’homme à l’égard de l’animal. Positions, réflexions, suggestions, document de travail en date du 4 octobre 1993.

 

[2] CEC, no. 2417.

 

[3] Selon la conception utilitariste de Bentham, envisager l'animal comme un sujet est la source de l'éthique. Ceci débouche donc chez lui trois grands sujets de préoccupation : la critique matérialiste des théories de la conscience, l'égalité de considération entre les espèces animales, et le droit à l'euthanasie. C'est dans son livre « Question d'éthique pratique » qu'il expose le plus clairement cette triple préoccupation et les connections qu'il trouve entre elles. Dans ce cadre s’intègre le Projet Grands singes anthropoïdes, présentés dans les Cahiers antispécistes lyonnais de septembre 1993, qui partant du fait que les humains débiles profonds ont des capacités égales voire inférieures à celles des gorilles et autres orangs-outangs, propose une nouvelle déclaration des droits, non de l’homme, mais de la « communauté des égaux », qui regroupe l’homme et un certains nombre de singes. Cette déclaration propose avec le plus grand sérieux, par exemple, que les singes vivent en liberté parmi nous, qu’ils puissent bénéficier d’une aide judiciaire en cas de litige avec un humain (ou un autre singe). Sans commentaire.

 

[4] Peter Singer, Animal Liberation, 1975.

 

[5] Ibid.

 

(6] Certains militants réalisent de façon concrète la libération des animaux, en évacuant ceux-ci des élevages et des laboratoires, et en menant des actions terroristes contre les organisations les plus impliquées dans les cruautés envers animaux. Ces actes sont devenus assez courants au Royaume Uni et aux Etats Unis, ils concernent désormais aussi l'Europe du nord et une partie de l'Europe continentale (au total, plus de 20 pays). La France n'est pas encore vraiment touchée. Les attentats sont généralement le fait de l'Animal Liberation Front (ALF). Ce mouvement est apparu en Angleterre durant les années 70, à partir de membres issus de la Hunt Saboteur Association. Il est composé de petites cellules (une demi-douzaine de personnes, parfois moins) indépendantes, le noyau de l'ALF étant utilisé uniquement pour la revendication des attentats, la diffusion des méthodes, et la suggestion d'objectifs.

 

[7] G. von Hoensbroech, Das Papstthum in seiner sozialkulturellen Wirksamkeit, 1904, p.35.

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mercredi, 03 juin 2009

L’Eglise catholique et la Corrida

 

La tauromachie et sa relation à la religion

 

 

 

 


« Je crois à la vertu purificatrice de la corrida.

Je crois à cette fonction que le Grecs appelaient la catharsis,

qui nous lave de nos pulsions, de nos violences intérieures. »

Mgr Bruguès,

Secrétaire de la Congrégation pour l’éducation catholique

 

 

 

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Image corrida note.JPG

 

 

 

Effigie de la Vierge de la Charité dans sa Solitude

(Virgen de la Caridad en su Soledad).

 

Chapelle de la confrérie du Baratillo de Séville

qui fait procession le Mercredi Saint ("hace su estancion de penitencia")

liée au monde taurin et au quartier des arènes, l'Arenal.

 

 

 

matador-3.jpgLa corrida, perçue par les uns comme un « art noble » et par les autres comme une tuerie barbare, déchaîne les passions. Cela n’est pas nouveau, ses détracteurs et ses défenseurs s’opposent depuis le XVIe siècle. Toutefois, s’il semble à première vue difficile de trancher à l’intérieur d’un débat délicat où les opinions s’affrontent avec une vigueur extraordinaire, nous déclarons simplement, par delà les aspects purement spectaculaires de l’art tauromachique, que le décorum, les éléments quasi sacrés qui entourent la corrida (vêtements de lumière, sens du sacrifice, dévotion et sentiment religieux, etc.), sont un motif de nature à susciter respect et sympathie à l’égard de cette tradition singulière qui à tissé au fil des siècles des liens très étroits avec le catholicisme.

 

En effet, le temps de la corrida, celui de la féria, c’est-à-dire de la « fête », que cette dernière soit cause des corridas ou lam7.jpg corrida cause de la fête, est indissociable et toujours lié au domaine religieux de par les saints ou le temps liturgique auxquels sont associées les grandes réunions taurines : San Isidro à Madrid, Semaine Sainte à Séville, San Firmin à Pampelune [1], le Toro de la Vega à Tordesillas en l’honneur de la Vierge de la Peña [2], le Corpus Christi à Tolède, Pentecôte à Nîmes, etc., ceci, alors que paradoxalement, l’Eglise s’est parfois opposée aux jeux taurins qu’elle considérait comme des réminiscences directes des antiques jeux du cirque, sachant que ces dites « férias » étaient souvent l’occasion de débordements en divers domaines (alcool, sexualité, argent, etc.), dans un climat d’immense liesse populaire qui rappelait très clairement le monde du paganisme. C’est d’ailleurs l’un des rares domaines où, au-delà des Pyrénées, la pourtant si écoutée et révérée Eglise catholique espagnole, resta absolument impuissante à imposer certaines de ses volontés.

 

taureaux »

I. Rappel historique

 

 

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Les premiers jeux taurins,
sont sans doute une survivance des sacrifices d'animaux
pratiqués dans les cultures primitives

 

Un rapide examen des données historiques nous fournit des renseignements intéressants, puisqu’en l’absence de sources fiables, de nombreuses thèses perdurent s’agissant de l’origine de la corrida. Ce que l’on peut affirmer, c’est que les premiers jeux taurins, sont sans doute une survivance des sacrifices d'animaux pratiqués dans les cultures primitives, et apparaissent tout d’abord probablement à Rome [3], puis ne resurgissent vraiment dans le sud de l’Europe que vers les XIe ou XIIe siècles, dans un contexte précis : la noblesse guerroyant à cheval y voyait une excellente possibilité de s'entraîner. Le Comte de Las Navas (1855-1935) considérait que l’origine de la corrida était intimement liée avec les premiers temps de l'humanité, faisant référence aux chasses préhistoriques de l'aurochs pour expliquer la survivance des jeux taurins en Espagne. Ces jeux, en ce pays, s’imposèrent d’ailleurs peu à peu en divers lieux et en de nombreuses occasions (fêtes pour célébrer la venue d'un personnage important, canonisation d'un saint, consécration d’un évêque, etc.). On aménageait, pour la circonstance la plaza del toro avec des gradins de bois et la population s’y retrouvait pour communier au spectacle de bravoure de quelques téméraires audacieux, qui venaient défier des bêtes sauvages possédant une énergie exceptionnelle.

 

II. La bénédiction de l’Eglise catholique

 

catalina.JPGLe clergé catholique espagnol, qui constatera l’engouement pour ces fêtes et qui s’interrogea sur la manière d’en circonscrire les tendances excessives, fera mieux à l’époque que soutenir les traditions taurines, il ira jusqu’à les bénir et leur conférer, intelligemment, un caractère religieux qu’elles ont encore conservé. On trouve, par exemple, dans un livre de la Société du Saint Sacrement de l’église paroissiale de Saint Pierre de Valladolid, un texte expliquant que cette Société offrira régulièrement « des jeux taurins ». Des Tiers Ordres, pour marquer les réjouissances liées à leur fondation, organisèrent des fêtes où l’on se livrait à la corrida ; certaines Confréries, comme Notre Dame de Sabor à Caceres, n’admettaient en leur sein que des « chevaliers courant les taureaux ». Lors de la béatification de sainte Thérèse d’Avila, en 1614, on organise trente courses lors desquelles cent taureaux sont mis à mort. Il en va de même lors de la canonisation de saint Ignace de Loyola, de saint François Xavier, de saint Isidore le Laboureur en 1622, de saint Thomas de Villeneuve en 1654.

 

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Notre Dame des Sept Douleurs

 

Les liens entre l’Eglise et la corrida vont donc se resserrer étroitement, et l’on verra même éclore ce que l’on pourrait appeler  « les miraclesmater01.jpg taurins » : Baltasar de Fuensalida en 1612 à Tolède, désarçonné par un taureau lors d’une corrida, invoque Notre Dame de l’Espérance pendant qu’il est encorné et guérit de ses blessures. Saint Pierre Regalado, patron de Valladolid, arrête un taureau furieux par son regard. Sainte Thérèse d’Avila elle-même, apaise deux taureaux qui viennent à ses pieds et qu’elle caresse.

 

De leur côté, les très catholiques monarques espagnols n’étaient pas reste, et semblaient eux aussi apprécier ces pratiques. C'est ainsi que l'Empereur Charles-Quint (1500-1558) fut si heureux de la naissance de son premier enfant qu'il descendit dans l'arène de Valladolid pour y combattre et tuer un taureau sauvage. De ce fait, les corridas sous Charles II, au XVIIe siècle, deviendront un vrai phénomène de société. Les conquérants espagnols introduisirent même les jeux taurins en Amérique Centrale et du Sud. En 1529 le conquistador Cortes y importe les taureaux, et plus encore qu'en Espagne, la tauromachie aura le soutien de l'Eglise. Les Indiens l'appréciaient et considéraient qu’il y avait là un équivalent de leurs rites. Ainsi, dans les territoires conquis par les espagnols au nouveau monde, les capucins élèvent des taureaux et possèdent, comme à Caracas, des arènes où, à l’occasion de chaque fêtes religieuses, se déroulent  des corridas qui servent à financer la construction d’églises, de chapelles ou de monastères. C’est ainsi que fut édifiée l’église de Castillo de Chapultepec en 1788, ainsi que celle de Guadalupe en 1808. De même en Italie, séduit par cette vogue, César Borgia, fils du pape Alexandre VI, réintroduit la corrida  qui avait été en vigueur à Rome jusqu’à Léon X (1521), pour la mettre au programme de ses divertissements favoris. Seule l’accession au trône d’Espagne d’un français, Philippe d'Anjou, le petit fils de Louis XIV, fera que l’on interdise un court temps aux seigneurs d'y participer, d'autant que les corridas de l'époque étaient bien plus dangereuses pour les hommes que celles d'aujourd'hui, et n’étaient pas sans risque pour les spectateurs, Francisco Goya, ayant représenté un accident survenu au cours d’une de ces fêtes, et entraîné la mort de l’alcalade de Torrejón. Symbole du lien étroit entre clergé et corrida, en 1761, un prêtre de la Rota (Province de Cadix) constitue un élevage qu’il cède à une confrérie trente ans plus tard. On vit même des moines se faire toréros à l’époque de pépé Hillo.

 

III. L’Eglise et le développement de l’art taurin

 

Toro-2.jpgC’est d’ailleurs à un ecclésiastique, Don Gregorio de Tapia y Salcedo, que se codifie avec en 1643, la publication du Traité d’équitation et diverses règles pour toréer, la tauromachie à cheval réservée à la noblesse.

Par ailleurs, le célèbre taureau de Miura, aux caractéristiques exceptionnelles, qui est encore de nos jours le prince des arènes, fut formé au départ par un prêtre, Marcelino Bernaldo de Quiros, curé de Rota, qui croisa les vaches andalouses des pères dominicains du couvent de San Jacinto, avec des toros navarais, race qui provient elle-même des moines de la Très Sainte Trinité de Carmona.

Les spectacles taurins vont donc devenir un élément central des festivités en Espagne, et se dérouleront de plus en plus sur les places publiques afin de célébrer victoires, fêtes patronales ou événements religieux. Ceci fera émerger une tauromachie pédestre et populaire, très peu réglementée, pratiquée lors des fêtes religieuses, avant que, de 1730 à 1750, la corrida ne se codifie, faisant apparaître les trois « tercios » et surtout les passes à l'aide de la muleta. Les premières arènes permanentes sont édifiées, et de semi-sauvage, le taureau devient domestique et connaît les premières sélections génétiques pour en faire un combattant adéquat, sachant que les élevages sont tenus par des religieux (Dominicains, Chartreux), même si à terme, les élevages laïcs imposeront la suprématie du taureau andalou.

 

 

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Francisco Goya (1746-1828) - Tauromachie

 

 

IV. Saint Pie V et la bulle « De Salute Gregi Dominici »

 

Toutefois, devant l’engouement excessif du peuple pour l’art taurin, en 1567, saint Pie V promulguait la bulle « De Salute Gregi Dominici » qui condamnait sans appel les jeux taurins. Il était même question de les abolir et de priver de sépulture chrétienne ceux qui trouveraient la mort dans les combats contre les taureaux.

 

Les termes de la bulle papale étaient extrêmement clairs :

 

« 1-En de nombreuses villes et autres lieux, on ne cesse d'organiser des spectacles privés ou publics consistant en courses de taureaux ou d'autres animaux sauvages, destinés à faire exhibition de force et d'audace, courses qui occasionnent fréquemment des accidents mortels, des mutilations et sont un danger pour les âmes.

2- Pour Nous, donc, considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis au cirque ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétienne, et désireux d'abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes et d'assurer avec l'aide divine, dans la mesure du possible, le salut des âmes, à tous et à chacun des princes chrétiens, revêtus de n'importe quelle dignité, aussi bien ecclésiastiques que profane, même impériale ou royale, quels que soient leurs titres et quelles que soient la communauté ou la république auxquelles ils appartiennent, Nous défendons et interdisons, en vertu de la présente Constitution à jamais valable, sous peine d'excommunication et d'anathème encourus ipso facto, de permettre qu'aient lieu dans leurs provinces, cités, terres, châteaux forts et localités des spectacles de ce genre où l'on donne la chasse à des taureaux et à d'autres bêtes sauvages. Nous interdisons également aux soldats et aux autres personnes de se mesurer, à pied ou à cheval, dans ce genre de spectacle, avec les taureaux et les bêtes sauvages.

3- Si quelqu'un vient à y trouver la mort, que la sépulture ecclésiastique lui soit refusée.

4- Nous interdisons également sous peine d'excommunication aux clercs, aussi bien réguliers que séculiers, pourvus de bénéfices ecclésiastiques ou engagés dans les Ordres sacrés, d'assister à ces spectacle. » [4]

 

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La religion catholique et la tauromachie on réalisé une rencontre

faisant que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise

sont devenues indissociables

 

Philippe II, conscient de la passion de son peuple pour la tauromachie, ne fera ni enregistrer ni publier cette bulle en Espagne, et négociera avec le successeur de saint Pie V, Grégoire XIII, qui décida finalement de lever l’interdiction pour les laïcs, bien qu ‘en 1583, Sixte V rétablira les sanctions, que lèvera de nouveau définitivement le pape Clément VII en 1596. Ainsi en Espagne, comme en France, la religion catholique et la tauromachie, même si en 1489 Tomàs de Torquemada avait condamné la corrida comme « spectacle immoral et barbare, inique et cruel », opéraient une rencontre originale, qui allait faire que l’art taurin et les pratiques de l’Eglise deviendraient indissociables Si la corrida fut un temps interdite par les autorités libérales en Espagne à la fin du XVIIIe siècle, elle est de nouveau autorisée par Ferdinand VII (1813-1833) dès 1814, l’inscrivant dans sa politique de réaction conservatrice aux idées des Lumières et de la Révolution française, qui rétablie également la Sainte Inquisition, rappelle les Jésuites et supprime la franc-maçonnerie.  Ferdinand VII, roi très catholique, créera même en 1830 une école de tauromachie, dont il confiera la charge à Pedro Romero, instituant une véritable culture tauromachique, indissociablement unie, protégée et bénie par l'Eglise. On vit donc s’adjoindre de façon permanente aux arènes, des chapelles, où des messes étaient célébrées avant les corridas, les toreros revêtus de leur habit de lumière, effectuant leurs dévotions, priant leurs saints tutélaires, et faisant plusieurs fois sur eux le signe de la Croix avant de pénétrer dans l'amphithéâtre, alors même que des prêtres étaient affectés aux lieux de cultes construits à l’intérieur des arènes.

 

 

V. Situation actuelle de la corrida dans un monde déchristianisé et anti-traditionnel

 

 

 

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Manuel Laureano Rodríguez Sánchez dit « Manolete »

(1917-1947)

 

Blessé à mort dans les arènes à Linares par le taureau « Islero »

il repose au cimetière San Agustín de Cordoue.

 

 

33.jpgAlors qu’il n’y a pas à présent en Espagne, dans un monde de plus en plus déchristianisé, une procession de reliques ou une fête religieuse qui ne soit suivie ou précédée de corridas, qu’il existe des Confréries religieuses de toreros qui portent pendant la Semaine Sainte la Vierge de la Solitude, de la Merci, de la Rosée ou des Douleurs, qu’un élevage très réputé de taureaux, près de Salamanque, a été créé par le curé de Valverde, que dans la plupart des plazas, qui possèdent une chapelle attenante, les toreros sont bénis, comme à Nîmes, par un « aumônier » des arènes, de voir s’élever avec une rare virulence hystérique contre la tauromachie, tout ce que le monde actuel compte comme personnalités anti-traditionnelles les plus représentatives (Michel Onfray, Cabu, Michel Drucker, Cavanna, Mgr Gaillot, Renaud, etc.), au nom d’une étrange conception de la morale et de la vertu, traduisant une inexplicable haine qui ressemble beaucoup, jusqu’à s’y méprendre, à un net rejet du sacré.

 

 

 

p37_Ferias1.jpg
« Loin d’être empreint de cruauté, le geste de toréer,
d’oser affronter un taureau et un public,
en vérité, me semble une expression symbolique très belle de cette foi dangereuse
qu’il faut pour vivre en homme et qui n’est d’abord religieuse même si elle peut l’être aussi.»
Père Jacques Teissier, aumônier aux arènes de Nîmes, 2004.

 

On pourra ainsi aimablement sourire de voir par exemple un pasteur canadien, totalement ignorant de la réalité de la tauromachie, venir tancer l’aumônier des arènes de Nîmes, en des termes ridicules, ou encore écouter les arguments des anti-corridas, qui ne brillent pas par leur niveau, dans lesquels on retrouve toutes les vieilles ficelles de l’émotionnel contemporain accompagnées des classiques clichés de la sensibilité naïve, s’appuyant sur la starisation des avocats de l’abolition et la grosse artillerie médiatique larmoyante, tout ceci soutenu par la petite musique gauchisante et moderniste bien connue, à laquelle rien ne manque pour mettre en chanson la classique mélopée des refrains anti-traditionnels.

 

Le plus absurde est donc d’entendre les adversaires de la corrida, alors même que tous, majoritairement l’âme sereine, consomment, ou laissent consommer, allègrement et fort silencieusement, de la viande industrielle où les animaux sont indignement traités, portent des chaussures en cuir, engloutissent en une année leur poids en viande et charcuterie, ingurgitent des poulets préalablement plumés vifs, des grenouilles dont on prélève les cuisses vivantes, des homards ébouillantés, etc., pousser contre la « barbarie » de la corrida afin de criminaliser à grand bruit et manifestations aux goûts discutables, une pratique qui ne relève ni de l’industrie alimentaire, ni de l’expérimentation médicale, mais d’un rituel qui n’est évidemment pas du « sadisme » ni la satisfaction stupide d’un plaisir sanguinaire devant la souffrance d’une bête, mais représente une des dernières manifestations occidentales encore vivantes, qui conserve un lien profond et privilégié avec la religion, exprimant la confrontation éternelle de l’homme face à la puissance indomptée et nocturne de la nature, symbolisée par le taureau, en un acte tragique pénétré d’une inquiétante beauté, où transparaît, « dans la lumière » des arènes, l’essence sacrificielle de la vie.

 

 

Notes.

 

[1] Le célèbre lâché de taureaux, ou « encierro », représente l'évènement le plus important et célèbre de la féria San Fermin tant prisée par Hemingway. Les encierros ont lieu tous les jour et consistent en une course de taureaux sur une des rues de la ville menant aux arènes où des centaines d'hommes courent devant ces taureaux ! Chaque après-midi, des corridas ont lieu et des parades sont organisées à travers les rues de la ville. Le 7 juillet, une procession, dont les origines remontent au 13ème siècle, attire la foule en l'honneur de Saint Firmin. Fête annuelle depuis 1591, la longue semaine de festivités célèbre Saint Firmin, patron de la Navarre, rappelle qu’au IIIe siècle, quand Pampelune faisait partie de l'Empire Romain, Saint Firmin fut converti à la chrétienté par un évêque français : Saint Saturnin venu à Pampelune prêcher l’Evangile. Saint Firmin voyagea ensuite en France pour y étudier et devenir lui-même évêque.

[2] Le Toro de la Vega est une fête importante qui commence le 8 septembre de chaque année en l'honneur de la Vierge de la Peña (rocher en espagnol) dont l'ermitage se trouve de l'autre coté de la rivière, à Tordesillas localité située à 25 km au sud-ouest de la ville de Valladolid. Le samedi soir, tous les peñas (associations) parcourent la ville avec leur fanfare et une lanterne dont la plus belle reçoit un prix chaque année. Cette manifestation rappelle les rondes de garde sur les anciennes murailles. S'ensuivent plusieurs jours de fêtes qui culminent le mardi suivant avec le Tournoi du taureau de la Vallée. Le taureau est alors défié par des hommes à pied ou à cheval, dans un rituel qui a ses propres règles et qui est unique en Espagne.

 

[3] l'Histoire semble démontrer que les premières courses de taureaux organisées suivant un certain rituel se sont déroulées à l'époque de la Rome impériale. Elles faisaient partie des jeux du cirque qui comprenaient plusieurs genres. On les trouvait plus exactement parmi les "venationes", autrement dit "les chasses". (Cf. Les Tauromachies européennes. La forme et l’histoire, une approche anthropologique, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1998).

 

[4] La bulle De Salute Gregi Dominici se poursuit ainsi :

 

« 5- Quant aux obligations, serments et voeux, sans exception, faits jusqu'à présent ou promis pour l'avenir par n'importe quelles personnes, par l'Université ou le Collège, concernant ces sortes de chasse de taureaux, même lorsqu'elles ont lieu, par suite d'une fausse piété, en l'honneur des saints ou à l'occasion d'une solennité ou fête ecclésiastique quelconque, qu'il faut au contraire honorer et célébrer par des louanges, des réjouissances spirituelles et des oeuvres pies et non par ce genre de spectacles, Nous les interdisons absolument, les cassons et les annulons et, suivant les cas, jugeons et proclamons à jamais qu'on doit les considérer comme sans effet et non avenus.

6- Nous ordonnons à tous les princes, comtes et barons feudataires de la Sainte Eglise Romaine, sous peine de la privation de leurs fiefs qu'ils ont reçus de l'Eglise elle-même, et Nous exhortons dans le Seigneur les autres princes et seigneurs chrétiens et leur ordonnons en vertu de la sainte obéissance par respect et pour l'honneur du saint Nom de Dieu, d'observer strictement toutes les choses prescrites ci-dessus, en leur promettant une magnifique récompense de Dieu en retour d'une si bonne oeuvre.

7- Nous ordonnons, en outre, à tous nos vénérables frères, patriarches, primats, archevêques et évêques, et aux autres ordinaires des lieux, en vertu de la sainte obéissance, sous peine de jugement divin et de la condamnation à l'éternelle malédiction, de publier suffisamment dans leurs villes et diocèses respectifs la présente lettre et de faire observer les dites prescriptions également sous les peines et censures ecclésiastiques. » [Bullarium Romanum, Titre VII, La Documentation catholique, 1935].

 

 

Bibliographie :

 

Corridas : d’or et de sang, Marine de Tilly, éditions du Rocher, 2008.

Ethique et esthétique de la corrida, numéro spécial de la Revue critique, Editions de Minuit, 2007.

Philosophie de la corrida de Francis Wolff, Histoire de la Pensée, Fayard, 2007.

Histoire de la corrida en Europe du XVIIIe au XXIe siècle, Élisabeth Hardouin- Fugier, Connaissances et savoirs, 2005.

Michel Leiris, l’écrivain matador, Annie Maillis, L’Harmattan, 2000.

Sang et lumière, Joseph Peyré, Grasset, 1935.

Mort dans l'après-midi , Ernest Hemingway, Gallimard, 1932.

Les Bestiaires, Henry de Montherlant, 1926.

 

 

 

 

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jeudi, 07 mai 2009

La mystification d’Anges & Démons : l'affaire Galilée



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Dans "Anges & Démons"

Galilée est le prétexte d’une fiction imaginative

absolument fantaisiste et grotesque

 

 

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Il n’a pas été torturé par l’Inquisition,

ni excommunié, il n’a pas dit "Eppur si muove" ;

il n’a pas été un martyr de la science."

 

 

 

 

 

On sait la place absurde au sein de la secte des Illuminati accordée à Galilée (1564-1642), dans le film Anges & Démons, point de départ d’une affabulation fantaisiste [1], et l’utilisation abusive qui est faite de la prétendue condamnation du savant par l’Eglise, ceci à des fins évidemment polémiques [2]. Ainsi, il est intéressant de se pencher un instant sur la réalité de l’affaire Galilée , de manière à mieux comprendre les éléments qui conduisirent l’Eglise à justement condamner un esprit qui n’hésita pas à utiliser la ruse, usant même de méthodes contestables afin de mieux asseoir ses propres conceptions qui d'ailleurs s’avérèrent être fausses et inexactes. On lira donc avec attention l'excellente étude que nous mettons en ligne dans le dossier ci-dessous, qui permet d’y voir beaucoup plus clair à propos d’un mythe mensonger.

 

Ceci est d'’autant plus important qu’en 1965, emporté par ses enthousiasmes aventureux, le concile Vatican II fit explicitement référence à Galilée en déplorant « certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes insuffisamment avertis de la légitime autonomie de la science ». Ces attitudes, « sources de tensions et de conflits, ont conduit beaucoup à penser que science et foi s’opposaient » dira t-on (Constitution conciliaire Gaudium et spes, 36) ; et en 1979 Jean-Paul II lui-même alla jusqu'à constituer une commission d’enquête spéciale afin de réhabiliter Galilée qui conduira des travaux, des colloques et des publications, sous la direction du cardinal Poupard (Galileo Galilei, 350 ans d’histoire, 1635-1983, Desclée, 1983).

 

Enfin, en 1992, dans un discours à l’Académie pontificale des sciences, Jean-Paul II reviendra, une fois encore, sur le cas Galilée, cas qu’il avait déjà abordé à de nombreuses reprises, faisant que logiquement ces derniers mois, comble de l’absurdité, on annonçait même, projet heureusement abandonné, que l'astronome italien Galilée, qui s'était attiré à juste titre les foudres de l'Inquisition,  aurait droit à sa statue dans les jardins du Vatican, statue "grandeur nature" et en marbre qui devait être érigée par le Saint-Siège, hommage souhaité par des membres de l'académie pontificale des Sciences dans le cadre des événements s’inscrivant dans le programme international de l’année de l’astronomie.

 

Il est donc nécessaire, comme nous le constatons, d'en finir avec un mythe singulièrement trompeur, au moment même où les grandes orgues médiatiques, à la faveur de la sortie d'un film qui s'autorise, pour le moins, à de grandes libertés plus que fantaisistes avec l'Histoire, n'ont de cesse de nous rappeler les prétendues responsabilités de l'Eglise et d'en brosser un tableau sinistre et ténébreux.

 

Notes.

 

[1] Le héros d’Anges & Démons, Robert Langton explique doctement : « Galilée ne considérait pas science et religion comme des ennemies, mais plutôt comme des alliées, deux langages différents pour dire une même histoire, une histoire de symétrie et d’équilibre […]. La science et la religion traduisaient toutes deux un principe de symétrie divin, le perpétuel antagonisme de la lumière et de l’obscurité […] Malheureusement, l’unification de la science et de la religion n’était pas ce que voulait l’Église. »

[2] Galilée était en fait doté d’un caractère porté sur le sarcasme, la moquerie, la dérision ; un «  fort en gueule » pourrait-on dire. Des défauts qui, de la part d’un esprit aussi doué que le sien, devaient lui attirer la rancune et l’inimité de ses victimes. Ainsi, lorsqu’il rédigea, en 1613, son Histoire et démonstration interne à la marche du soleil, ouvrage dans lequel il prit fait et cause pour les thèses copernicienne, il fut attaqué de toutes parts. En fait, il apparaît que Galilée travailla à provoquer la polémique. Et si en 1616, le Saint-Office –c’est-à-dire l’Inquisition- condamna les thèses de Copernic, Galilée sembla accepter ce choix.

 

 

 

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Galilée (1564-1642)

 

La gloire de Galilée repose sur des découvertes qu’il n’a jamais faites

et sur des exploits qu’il n’a jamais accomplis.

 

 

 

 

 

D O S S I E R  :

 

 

"GALILEE : la légende et la vérité"

 

 

 

"La gloire de Galilée repose surtout sur des découvertes qu’il n’a jamais faites et sur des exploits qu’il n’a jamais accomplis. Contrairement aux affirmations de nombreux manuels, même récents, d’histoire des sciences, Galilée n’a pas inventé le télescope. Ni le microscope. Ni le thermomètre. Ni l’horloge à balancier. Il n’a pas découvert la loi d’inertie ; ni les taches du soleil. Il n’a apporté aucune contribution à l’astronomie théorique. Il n’a pas laissé tomber de poids du haut de la tour de Pise ; et il n’a pas démontré la vérité du système de Copernic. Il n’a pas été torturé par l’Inquisition, ni excommunié, il n’a pas dit "Eppur si muove" ; il n’a pas été un martyr de la science."

 

Arthur Koestler, Prix Nobel, in « Les somnanbules »(1963)

 

 

I – L’héliocentrisme : un débat scientifique... jusqu’à Galilée.

 

Au IIIe siècle av. J.C., Aristarque de Samos propose dans ses grandes lignes le système héliocentrique : la terre et les autres planètes tournent autour du soleil, la terre tourne également sur elle-même et l’inclinaison de son axe est à l’origine des saisons.

C’est cependant Ptolémée (IIe siècle ap. J.C.) et le système géocentrique qui s’imposent très largement jusqu’au XVIIe siècle. La terre, immobile, est physiquement le centre du monde ; les planètes, y compris le soleil, tournent autour d’elle en décrivant des « épicycles » et des « excentriques ». Pour tenir compte des observations astronomiques qui se font de plus en plus précises, le système gagne en complexité au cours des siècles. A l’époque de Galilée, le mouvement de la terre est encore décrit au quart de degré près, ce qui rend la théorie géocentrique toujours très crédible mais non infaillible.

Ainsi au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin, en avance de trois siècles sur Copernic, écrit : "En astronomie, on pose l’hypothèse des épicycles et des excentriques, parce que, cette hypothèse faite, les apparences sensibles des mouvements célestes peuvent être sauvegardées ; mais ce n’est pas une raison suffisamment probante, car elles pourraient être sauvegardées par une autre hypothèse".

Copernic (1473-1543), chanoine polonais, est très connu pour son ouvrage De revolutionibus orbium coeslestium. Sans être l’initiateur de la théorie héliocentrique, il la perfectionne par des arguments scientifiques, tout en réfutant le géocentrisme. Toutefois, Copernic n’apporte pas de preuve véritable à sa théorie, encore très imparfaite, et ses idées ont du mal à s’imposer. Mais elles soulèvent un grand intérêt et sont accueillies favorablement par l’Église catholique : ainsi le cardinal Schoenberg incite Copernic à écrire son ouvrage, paru en 1543. Le pape Paul III en accepte la dédicace.

 

 

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Galilée ignore volontairement et discrédite l’œuvre de Kepler,

qui "ne vaut même pas un pour cent de mes pensées"

 

 

Il faut ensuite rendre justice à Johan Kepler (1571-1630). Vrai scientifique, il fera toujours preuve, dans ses calculs, de cette rigueur dont manqua Galilée. Il établit, à la suite des remarquables observations de Tycho Brahé (1546-1601), les fondements de la mécanique céleste, condensés dans les trois fameuses lois qui portent son nom et sont encore exactes aujourd’hui :

 

- "Chaque planète se meut autour du soleil dans une orbite plane et le rayon vecteur mené du soleil à la planète décrit des aires égales en des temps égaux." (1609)

- "La courbe décrite par chaque planète est une ellipse dont le soleil occupe l’un des foyers." (1609)

- "Les carrés des temps des révolutions des planètes sont entre eux comme les cubes de leurs distances moyennes au soleil." (1618).

 

Il formule le premier la loi photométrique ; il précise le concept de force à distance et l’applique correctement pour expliquer le phénomène des marées. Il pressent la loi de gravitation universelle et ouvre ainsi la voie à Halley, Hooke et Newton.

 

Galilée ignore volontairement et discrédite l’œuvre de Kepler, qui "ne vaut même pas un pour cent de mes pensées". Moyennant quoi, Galilée occupe, dans l’esprit de nombreux scientifiques, la place d’honneur qui n’est due qu’à Kepler.

 

Remarquons bien qu’avec Kepler et Newton, la théorie du double mouvement de la terre devient hautement probable, mais non absolument certaine. Les preuves expérimentales directes, et donc irréfutables, n’arrivent que plus tard. En 1721, Bradley met en évidence le phénomène appelé "aberration des étoiles fixes", qui prouve la rotation de la terre autour du soleil. Et en 1851, Foucault montre avec son célèbre pendule que la terre tourne bien sur elle-même.

 

Nous allons voir que Galilée n’apportait, quant à lui, aucune preuve décisive en faveur de ses idées.

 

 

II - Qui est réellement Galilée ?

 

Galilée a participé à l’édification de la mécanique et de l’astronomie, mais la légende a largement exagéré sa contribution. Il est loin de mériter le titre de "fonda" que lui décernait Jean-Paul II en 1979. Son apport fut essentiellement expérimental.

En astronomie, il observe plus précisément la surface de la lune, les taches du soleil, les phases de Vénus. Il découvre les satellites de Jupiter et plusieurs étoiles de la Voie lactée.

 

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Galilée, dont la théorie

est en retrait sur le savoir de l’époque

est loin de mériter l'hommage

que lui décerna Jean-Paul II en 1979.

 

 

En mécanique, il est l’un des premiers à utiliser la méthode expérimentale. Par exemple, il ne se pose pas la question de savoir pourquoi les corps tombent, mais comment ils tombent, et il recourt à l’expérience pour vérifier ses hypothèses.

On nous présente habituellement Galilée comme un génial héros de la science, persécuté par l’Église mais, en vérité, la correspondance et les ouvrages de Galilée témoignent objectivement d’un esprit frondeur et orgueilleux, souvent éloigné du véritable esprit scientifique.

 

Galilée, un scientifique de mauvaise foi ?

 

On aurait aimé qu’il applique sa méthode expérimentale et qu’il confronte ses convictions cosmographiques aux minutieuses observations de Tycho-Brahé montrant en particulier que les trajectoires des corps célestes ne sont pas des cercles. Mais notre homme tint mordicus toute sa vie au vieux postulat aristotélicien selon lequel les corps célestes étant parfaits, ils ne peuvent avoir qu’une trajectoire circulaire. Ce qui lui fit nier l’existence des comètes, décrites pourtant par Tycho-Brahé et, à sa suite, par le père Grassi (trois comètes observées en 1618). Galilée n’y vit, lui, que des "prétendues observations", des "fausses planètes à Tycho", allant jusqu’à affirmer qu’il s’agissait de simples phénomènes météorologiques ! (Il Saggiatore, 1623).

 

Galilée, un scientifique sans scrupules ?

 

Galilée s’attribua la découverte des taches solaires. Or ces taches avaient été observées à l’œil nu dès le IVe siècle av. J.C., et à la lunette par Scheiner en 1611, soit deux ans avant Galilée. Au père Grassi qui s’insurgeait contre cette falsification, il n’hésita pas à écrire : "Vous n’y pouvez rien, Monsieur Grassi, il a été donné à moi seul de découvrir tous les nouveaux phénomènes du ciel et rien aux autres. Telle est la vérité que ni la malice ni l’envie ne peuvent étouffer" (Il Saggiatore). D’ailleurs avec le Dialogue (1632), il régla définitivement leur compte à ses adversaires : "ceux-ci sont des pygmées mentaux", des "idiots stupides", "à peine dignes du nom d’êtres humains" !

 

 

III - Le premier procès (1616).

 

Galileo Galilei naît à Pise en 1564. Il y enseigne les mathématiques de 1589 à 1592, puis à Padoue de 1592 à 1610, avec en outre l’astronomie et en particulier le système de Ptolémée. Mais pendant cette période, il passe aux idées coperniciennes, peut-être sous l’influence d’astronomes comme Wurteisen ou Mästlin, le maître de Kepler. En 1609, s’étant fait construire une lunette astronomique, dont l’invention était récente (fin du XVIe en Hollande), il réalise les nombreuses observations que nous avons déjà évoquées, et les rassemble dans Sidereus Nuncius qui paraît en 1610. Ce livre reçoit un accueil chaleureux et le rend célèbre. Il se rend à Rome en mars 1611 où plusieurs prélats se font expliquer ses résultats. Encouragé par ses découvertes et sa célébrité, Galilée n’hésite pas à les désigner comme des preuves de la théorie copernicienne.

 

Le débat ne tarde pas à s’animer, car il a en face de lui les partisans inconditionnels d’Aristote, les péripatéticiens, très puissants dans les universités.

Méconnaissant les principes formulés par saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, les péripatéticiens avaient fini par considérer - à tort - que la physique d’Aristote, sa philosophie et la théologie formaient un tout, à tel point que les passages de la Bible concernant les phénomènes de la nature devaient s’interpréter selon la physique d’Aristote et le système de Ptolémée. Or Galilée, par ses expériences sur la chute des corps et ses observations sur l’irrégularité de la surface lunaire, avait ouvert une première brèche dans la physique du Maître ; et voilà qu’il militait avec grand fracas pour les idées coperniciennes.

 

Les hostilités sont déclarées dès la fin de 1611 par les péripatéticiens. On accuse Galilée de se mettre en contradiction avec la Sainte Écriture. Par là-même, on fait glisser le débat du terrain scientifique (quel système, celui de Ptolémée ou celui de Copernic s’accorde le mieux avec l’expérience ?), au terrain exégétique (quelle est l’interprétation à donner aux passages de la Bible ayant trait à la constitution de l’univers ?). Entre autres, le chapitre X du Livre de Josué laisse à penser que la terre est immobile et que le soleil tourne autour.

 

Mais la Bible n’est pas un livre scientifique : pour ce qui concerne les phénomènes de la nature et l’agencement de l’univers, l’Écriture Sainte s’exprime selon le langage usité de l’époque, comme tout le monde en parle, c’est-à-dire d’après les apparences.

 

Nous pouvons remarquer que, même actuellement, à l’heure des sondes interplanétaires, les plus grands savants parlent de lever et de coucher du soleil, sans s’encombrer de considération scientifique ! La Bible est écrite selon ce mode pour les expressions touchant les phénomènes de la nature ; elle n’a pas la rigueur d’un ouvrage scientifique et elle ne juge ni ne préjuge de ces questions.

Mais en exégèse, si les textes peuvent revêtir un sens littéral, également appelé historique, ou être pris au sens métaphorique, on doit s’en tenir au premier sens tant qu’il n’y a pas de raison suffisante pour les entendre au deuxième sens. A l’époque de Galilée, l’interprétation au sens propre de passages comme celui du livre de Josué semblait très naturelle et en accord avec les données du temps. Le système de Ptolémée était encore très performant (précision au quart de degré près des positions des astres), et le système de Copernic non suffisamment prouvé. L’Église n’avait donc aucune bonne raison de passer au sens imagé.

 

Galilée fait plus que rentrer dans le jeu des péripatéticiens, qui mêlent théorie scientifique et exégèse : malgré les conseils de ses amis qui l’invitent à s’en tenir au seul débat scientifique, il mène une campagne active en faveur de ses idées et de son interprétation de la Bible, avec le manque de modération qui le caractérise.

Le débat s’échauffe, et début 1616, le carme Foscarini et l’augustin Zunica publient coup sur coup deux écrits cherchant à prouver le système héliocentrique par la Bible. Quant à Galilée, il somme l’Église de se prononcer sur la question.

Devant la confusion des idées, la Congrégation du Saint-Office intervient dès février 1616 : le système de Copernic est-il suffisamment prouvé pour qu’il faille abandonner le sens littéral de certains passages et passer au sens imagé ? Aussi les juges se penchent-ils sur les preuves fournies par Galilée en faveur du mouvement de la terre. Celui-ci vient justement de rédiger en janvier 1616 un petit traité sur la question, où il expose ses arguments.

 

Selon lui, le phénomène des marées résulte de la composition de la rotation de la terre sur elle-même et de sa rotation autour du soleil. Mais si tel était le cas, on n’observerait qu’une marée complète par jour, alors qu’en réalité il y en a deux ! En outre la théorie de Galilée est en retrait sur le savoir de l’époque : les marées sont dues à l’action combinée du soleil et de la lune. Bède le Vénérable et après lui Kepler l’ont fort bien expliqué. Aussi Galilée ne convainc personne et la conclusion du procès va de soi : le système copernicien n’étant pas prouvé, il n’y a aucune raison de passer au sens métaphorique dans l’interprétation des passages de la Bible concernés. Le faire serait bien imprudent, à la fois sur le plan scientifique et sur le plan exégétique. Pour cette raison, le Saint-Office met le De revolutionibus de Copernic à l’Index jusqu’à correction. Notons que Galilée n’est pas cité.

 

Simplement, le cardinal Bellarmin le convoque fin février et lui demande par un monitum (avertissement) de ne plus présenter ou enseigner la théorie copernicienne que sous la forme d’une hypothèse. Galilée accepte et retourne à Florence pour continuer ses travaux, non sans avoir été reçu avec bienveillance par le pape Paul V. Celui-ci l’assure de sa protection, et lui fait délivrer en mai 1616 une attestation pour démentir les méchantes rumeurs que font courir sur lui les péripatéticiens, dépités qu’il n’y ait pas eu une condamnation personnelle de Galilée. En 1620, ce même pape autorise à nouveau la lecture du De revolutionibus, les corrections - minimes - une fois faites.

 

 

IV - Du premier au second procès (1616-1633).

 

Les choses en restent là jusqu’à l’accession du cardinal Maffeo Barberini au Souverain Pontificat sous le nom d’Urbain VIII, en août 1623. C’est un admirateur de Galilée. En 1611, le cardinal Barberini a accueilli Galilée à Rome pour se faire expliquer ses découvertes et, en 1613, l’a encouragé à écrire sa Lettre concernant les taches solaires, laquelle présente favorablement le mouvement de la terre. En 1620, donc après le procès de 1616, il compose même une ode en faveur de Galilée L’Adulatio Perniciosa. En octobre 1623, pape depuis quelques semaines il accepte la dédicace de Il Saggiatore.

 

Nous avons encore le témoignage de Galilée sur une entrevue avec Urbain VIII en 1624 : "Sa Sainteté m’a accordé de très grands honneurs, et j’ai eu avec elle, jusqu’à six fois, de longues conversations. Hier, elle m’a promis une pension pour mon fils ; trois jours auparavant, j’avais reçu en présent un beau tableau, deux médailles, une d’or et une d’argent." Urbain VIII est probablement favorable aux idées coperniciennes, mais contrairement à Galilée, son attitude reste scientifique ; et il demandera toujours qu’en attendant de véritables preuves, on ne parle du mouvement de la terre qu’en terme d’hypothèse.

Galilée voit dans ce nouveau pape l’occasion rêvée de faire progresser ses idées et lever l’interdiction de 1616. Il commence dès 1624 un ouvrage de fond sur les divers systèmes astronomiques et y travaille pendant six ans. Ce sera le couronnement et le triomphe de ses idées, aussi cherche-t-il à obtenir l’imprimatur (bien que ce ne soit pas nécessaire pour les ouvrages scientifiques), en vue de couper court à toute attaque de ses adversaires, puisque son ouvrage aurait l’aval du Pape. Notre savant arrive à Rome en mai 1630. Il y présente son Dialogue sur le flux et le reflux de la mer à Urbain VIII, lequel approuve le projet de Galilée mais lui conseille sagement de présenter les différents systèmes astronomiques comme des hypothèses, conformément au monitum de 1616, et de changer le titre initial.

 

En effet, Galilée ne démord pas de sa fausse théorie sur les marées. Le pape, qui estime Galilée, ne souhaite pas qu’il fasse figurer dans son livre des arguments aussi peu convaincants. L’entêté Galilée ne tiendra pas compte de cet avis mais change néanmoins le titre initial pour Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde : de Ptolémée et de Copernic.

 

Ce qu’Urbain VIII ne sait pas encore, c’est que le Dialogue est un plaidoyer appuyé de la théorie copernicienne. Dans ce livre, trois personnages discutent sur la physique d’Aristote, le système de Ptolémée et celui de Copernic... ainsi que sur la théorie des marées. Galilée se devine sous les traits de Salviati, académicien des Lincéi, où l’on militait contre l’enseignement d’Aristote. Galilée en était depuis 1611. Le deuxième, Sagredo, est ouvert et favorable aux idées de Salviati. Le troisième, Simplicio, est caricatural : il représente les adversaires de Galilée. Comme son nom l’indique, c’est un simplet qui multiplie les questions idiotes. Plus d’un remarquera que Galilée place dans la bouche de Simplicio les arguments mêmes du Pape concernant le manque de preuve du système de Copernic.

 

En outre, le livre est écrit en italien pour toucher un large public et non plus seulement les spécialistes (le latin était la langue scientifique). Obtenir l’autorisation pour un ouvrage contrevenant à l’ordre de 1616, et plus polémique que scientifique, relevait de la gageure. Mais Galilée réussit à déjouer la vigilance de Mgr Riccardi, Maître du Sacré Palais et chargé d’examiner le Dialogue : celui-ci n’a connaissance que de la préface et de la conclusion où l’astronome ne dévoile pas ses intentions véritables ! Le mathématicien Charles commentera fort justement : quelque grand que fût son but, il y marchait par des sentiers tortueux et indignes. "Lisez la préface de son Dialogue : il s’y déguise jusqu’à se prétendre ennemi de Copernic." L’autorisation est délivrée en juillet 1631, et le livre parait en février 1632. Dès le premier coup d’oeil, chacun peut voir que les ordres de 1616 ont été transgressés. "Je l’ai traité mieux qu’il ne m’a traité, car il m’a trompé" confie Urbain VIII à Niccolini, ambassadeur de Toscane au Vatican et protecteur de Galilée. Le Pape peut accepter de voir tourner en dérision les propres arguments qu’il a opposés à Galilée par l’intermédiaire de Simplicio, mais ce qu’il ne peut pas laisser passer, c’est le manque de probité dont Galilée a fait preuve pour autoriser son ouvrage, ajouté à la transgression du monitum de Bellarmin.

 

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Si Galilée avait reconnu devant ses juges

les faits qui lui étaient reprochés,

les choses en seraient restées là.

 

Une troisième raison le pousse à agir rapidement : longtemps attendu, car Galilée est un personnage "médiatique", le Dialogue a été dès sa parution un succès et a déchaîné la fureur de ses adversaires. L’Église avait réussi, par les mesures prises en 1616, à calmer le débat cosmographique et à le rétablir dans ses limites scientifiques, et voilà qu’il reprend avec encore plus de polémique par la témérité de Galilée. En outre, la confusion entre science et exégèse, entretenue dans l’ouvrage et dangereuse pour la foi, nécessite une mise au point plus sévère qu’en 1616. Pourtant là encore, Urbain VIII se montre bienveillant et confie à une commission de théologiens la mission d’examiner le Dialogue, avec l’espoir d’éviter à Galilée de comparaître devant le Saint-Office. Tel n’est pas l’avis de la commission : Galilée est allé trop loin et doit passer en procès.

 

 

V - Le procès de 1633.

 

Après avoir vainement essayé de fléchir le Saint-Office, Galilée arrive à Rome en février 1633. Il y subit quatre interrogatoires entre avril et juin.

 

Si Galilée avait reconnu devant ses juges les faits qui lui étaient reprochés, les choses en seraient restées là. Comme celui de Copernic, son livre aurait été mis temporairement à l’Index, jusqu’à correction. Mais au contraire, Galilée tient tête et étonne ses juges par sa mauvaise foi : il soutient, sous serment, qu’il ne croit pas à la théorie copernicienne, dont il prouve la fausseté dans le Dialogue ! Il s’en tient à ces protestations durant tout le procès, et même devant le Pape qui préside la dernière séance, le 16 juin. L’évidente tromperie de Galilée ne dupe pas ses juges. Ceux-ci rendent le jugement le 22 juin. Les deux griefs retenus sont la transgression de l’ordre de 1616, et l’obtention de l’autorisation de diffuser son ouvrage par tromperie. Ce qui vaut à notre homme la récitation des psaumes de la pénitence une fois par semaine pendant trois ans, la détention en prison à la discrétion du Saint-Office, l’abjuration solennelle de ses erreurs, et l’interdiction du Dialogue qui sera mis à l’Index en août 1634.

 

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Galilée déclara pour sa peine détester ses erreurs

et ne pas croire à la théorie copernicienne :

c’était somme toute

ce qu’il n’a jamais cessé de dire

à ses juges au cours du procès !

 

 

Cependant la mansuétude du Pape à l’égard de Galilée ne faiblit pas. Dès son arrivée à Rome pour le procès, Galilée bénéficie de conditions matérielles confortables et demeure chez son ami Niccolini à l’ambassade de Toscane, alors qu’il aurait dû séjourner dans une prison du Saint-Office comme tout accusé. Il est autorisé à faire réciter les psaumes de la pénitence par sa fille, religieuse carmélite. Il n’ira jamais en prison, car Urbain VIII lui permet de retourner dans le palais de Niccolini, puis à Sienne dans celui de l’archevêque Piccolimini, autre ami dévoué. A la fin de 1633, Galilée obtient la permission de se retirer dans sa villa d’Arcetri, près de Florence. Il y passe les dernières années de sa vie, très entouré, recevant ses disciples et ses amis, et continuant ses travaux de mathématiques jusqu’à sa mort en 1642.

 

Quant à l’acte d’abjuration, Galilée ne le lit et signe qu’en présence de ses juges, pour ne pas réjouir ses ennemis. Il y déclare détester ses erreurs et ne pas croire à la théorie copernicienne : c’était somme toute ce qu’il n’a jamais cessé de dire à ses juges au cours du procès. La légende a monté de toutes pièces l’épilogue du procès où Galilée, aussitôt après la signature de l’acte d’abjuration, tape du pied et s’écrie : "Eppur si muove !" Galilée ne pouvait pas agir de la sorte sans aggraver son cas et ses sanctions.

 

 

Bibliographie non exhaustive :

 

- Arthur Koestler, Les Somnambules, Calmann-Lévy, 1961, même si cet ouvrage apporte des informations intéressantes sur la question de Galilée, nous émettons néanmoins de graves réserves à son sujet.

- Philippe Decourt, Les Vérités indésirables, Archives Internationales Claude Bernard - 1989.

- Jacques Lermigeaux, Revue L’Écritoire n° 3, 4 et 5, 1991.

 

Source : DICI.

 

 

 


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mardi, 21 avril 2009

La civilisation d'Ancien Régime et ses bienfaits

 

L’harmonie de la société traditionnelle

face aux horreurs du capitalisme libéral

 

 

 

par Hadrien

 

 

« Dieu établit les rois comme ses ministres et règne par eux sur les peuples.

C'est pour cela que nous avons vu que le trône royal n'est pas le trône d'un homme,

 mais le trône de Dieu même.

Le modèle pour le gouvernement monarchique est l'autorité paternelle,

se trouve donc dans la nature même.

Les rois de France se font sacrer à Reims,

ce qui donne ä leur pouvoir un caractère religieux. »

(Bossuet, La politique tirée de l'Ecriture Sainte, 1679,

Extrait du livre III.)

 

 

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Sous l’Ancien Régime les ‘‘deux tiers des enfants ne mouraient pas en bas âge,

beaucoup, grâce à l’Eglise, savaient lire et écrire,

et tous ne vivaient pas dans la crasse et l’absence de soins”

 

 

 

Il faut se garder de caricaturer l’Ancien Régime, comme on le fait trop souvent, qui fut le cadre de vie de nos ancêtres pendant des siècles, et donc représente un élément respectable de notre patrimoine, avant que la terrible Révolution Française ne vienne détruire un ordre fondé sur la religion, la fidélité à l'égard des devoirs et les liens entre les générations, temps où les hommes n’étaient pas encore asservis aux durs impératifs de l’argent roi et de la société libérale , et où les quarante heures et les congés payés, obtenus lors des grèves 1936,  auraient été regardés comme une épouvantable régression sociale auprès d’un peuple qui vivait au rythme lent des saisons et des nombreuses célébrations religieuses. C’est pourquoi il faut nécessairement sur ces sujets, se libérer rapidement des clichés distillés par les manuels d’histoire de la IIIe République !

 

La société de l’Ancien Régime, où, contrairement à ce qu’on a pu lire récemment, les ‘‘deux tiers des enfants ne mouraient pas en bas âge, où beaucoup, grâce à l’Eglise, savaient lire et écrire, et où tous ne vivaient pas dans la crasse et l’absence de soins”, semble à peu près aussi exotique à nos contemporains que celle de l’Antiquité classique ou de l’Amérique précolombienne. Il convient donc d’en finir avec une vision figée par les trois siècles qui nous en séparent, et la lecture idéologique du passé de la France qui a stérilisé les recherches des historiens. Heureusement, il n’en va plus ainsi de nos jours, où de nombreux travaux d’érudition ont fait bouger les choses, et ont montré que les conditions existentielles étaient bien plus douces que ce que la propagande républicaine n’a eu de cesse d’imposer aux esprits, nous faisant découvrir une société qui avait évidemment ses imperfections et ses limites comme tout système humain, mais néanmoins participait d’un ordre général de vie plutôt harmonieux et équilibré [1].

 

 

 

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Louis XVI,  que les révolutionnaires traînèrent dans la boue,

signa tous les recours en grâce

et promulgua l'édit de tolérance du 17 novembre 1787

accordant l'état civil et un statut aux protestants.

 

 

 

 

 

En effet, cet ordre, car s’en était un, était placé sous l’influence bénéfique de l’Église catholique tant décriée de nos jours, mais qui exerçait son ministère et rayonnait par son influence morale sur l’ensemble des populations, Église qui, comme l’écrit Alexis de Tocqueville : « n'avait rien de plus attaquable chez nous qu'ailleurs ; les vices et les abus qu'on y avait mêlés étaient au contraire moindres que dans la plupart des pays catholiques ; elle était infiniment plus tolérante qu'elle ne l'avait été jusque-là et qu'elle ne l'était encore chez d'autres peuples » .

 

A notre époque où une majorité de français ne pratique plus de religion, il est difficile d’imaginer la société de jadis, totalement immergée dans la Foi. Que ce soit dans la vie quotidienne, ponctuée par les sonneries de cloches, les offices et fêtes religieux, ou dans les évènements marquants de l’existence (baptême, mariage, sépulture). Pour les chrétiens d'alors la vie sur terre n’était qu’un passage vers la vie éternelle et, pour mériter le Ciel, il fallait mettre un frein à ses mauvais instincts et racheter ses fautes.

 

 

vie_paysanne.jpgDu point de vue économique, le système seigneurial, hérité du Haut Moyen Age, était basé sur une répartition des tâches entre celui qui assurait la sécurité le seigneur, et ceux qui produisaient les richesses, paysans, artisans, etc. En revanche, ce qu’on ignore, c’est qu’il existait de très nombreux contre pouvoirs reconnus comme les Parlements, les Etats provinciaux, les coutumes, qui permettaient un équilibre qui s’avéra durable et sage, évitant les régime des opinions, sans oublier que Louis XVI, ce "tyran" comme le fit remarquer Patrick Ferner que les révolutionnaires traînaient dans la boue, a, en dix-neuf ans de règne, signa tous les recours en grâce qu'on lui soumettait, de sorte qu'aucun condamné à mort ne fut renvoyé à l'échafaud, supprima l'usage de la torture dans les interrogatoires et celui des corvées et promulgua l'édit de tolérance du 17 novembre 1787 accordant l'état civil et un statut aux protestants. »

 

De la sorte, issus des idées républicaines, le socialisme marxiste et le libéralisme  sont les deux face d’une même médaille matérialiste et athée qui fonde toute sa pensée sur une vision purement économique du monde et des hommes. Le libéralisme comme le socialisme manifestent un optimisme humaniste fallacieux, puisque la société n’évolue pas vers la réalisation du Royaume céleste, qui serait une éthique de la perfection humaine, mais est en prise avec des forces négatives qui tendent à un asservissement toujours plus important de l’esprit de l’homme. Comme le dira fort justement le cardinal Billot : « les principes du libéralisme et du socialisme sont absurdes, contre nature et chimériques » Ainsi que le rappelle nos amis du Christ-Roi  : « Le libéralisme assujettit les peuples aux forces du marché, il gère la société sans aucune préoccupation religieuse, sociale, nationale et familiale, [les livrant] à la croissance continue de la production, il est une machine infernale condamnant la morale comme anti-économique. Exemple: le travail dominical. Bientôt, à quand le retour du travail des enfants?  Quant à la gauche "socialiste" elle oppose à ce matérialisme des gouvernements qui développent la confiscation des activités politiques, économiques, éducatrices et sociales entre les mains d'une administration pléthorique, paralysante et parasite dont les militants mercenaires collaborateurs fournissent le personnel. »

 

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Les ouvriers de Caterpillar, qui survivent grâce aux antidépresseurs,

nourris de TF1 et du journal du hard de Canal+,

gavés de football,

pourris par une nourriture malsaine et irradiée achetée à Carrefour,

sont beaucoup plus aliénés que leurs parents et grands-parents !

 

 

 

Sous l’Ancien Régime, si la vie était parfois dure pour beaucoup de gens, car les rares sources d’énergie extérieures, les moulins et les animaux ou la production de richesses, reposaient uniquement sur le travail des hommes, néanmoins des réseaux de solidarité existaient et il n’y avait absolument pas de barrière étanche entre les catégories. Le paysan et l’artisan habile ou le commerçant entreprenant pouvaient s’enrichir et même acheter des seigneuries, voire pour certains, au bout de plusieurs générations, accéder à la noblesse. Ainsi la plupart des gens avaient certes peu de biens, mais les faisaient durer et s’entre aidaient à l’inverse de notre société contemporaine, que l’on considère comme plus riche mais qui est infiniment plus égoïste.

 

Par ailleurs,  de cette « société d’ordres » - et en aucun cas de classes ! comme l’explique Michel Vergé-Franceschi [2] qui a passé plus de trente ans à étudier la question, doit être observée sous un triple prisme : celui de la tradition (avec ses charges de grand veneur, grand louvetier, grand fauconnier, etc.) ; celui de l’innovation (avec par exemple ses chirurgiens, ses ingénieurs, ses officiers de marine), enfin celui de l’ouverture, car, sous Louis XIV, et contrairement aux idées reçues, un fils de pêcheur illettré pouvait devenir officier général (Jean Bart), le descendant de simples artisans champenois ministre (Colbert), et le rejeton de grenetiers au grenier à sel chanceliers de France et gardes des Sceaux (les d’Aligre père et fils). Pour reposer sur des fondements radicalement différents de ceux que nous connaissons, la société française d’Ancien Régime a ainsi été une société ouverte, capable de faire progresser dans l’échelle sociale les plus méritants.

 

Enfin, et du point de vue des conditions de vie, on sait peu, par exemple, que la seule industrie chimique signalée par Delamare avant la Révolution est celle des feux d’artifices, dont les établissements devaient, depuis la fin du XVIe siècle, être éloignés des villes pour des raisons de sécurité. Ce fut la première industrie dénoncée comme dangereuse. Et c’est à la faveur de la Révolution et du libéralisme déréglementé envoyant les femmes et les enfants dans les bagnes industriels, y compris la nuit, que l’industrie chimique polluante bientôt s’implanta en France. Ce seront d’abord les nitrières qui produiront du salpêtre et de l’acide nitrique. Ce seront surtout ensuite les soudières, qui produiront de la soude, puis de multiples produits chimiques extrêmement toxiques. Si l’eau de Javel, cette dissolution de soude inventée par Berthollet, n’est plus fabriquée à Paris sur le quai de Javel, en revanche de nombreuses soudières de cette époque ont défini l’implantation d’industries chimiques qui sont toujours en activité, et dont les nuisances seront signalées dès la première moitié du XIXe siècle et vont considérablement aggraver les conditions de santé publique, et donc la mortalité des populations.

 

 

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Saint Vincent de Paul fut l’ un des plus grands représentants

de l’action sociale chrétienne en France au XVIIe siècle,

fondateur des Lazaristes en 1625, puis les Filles de la Charité en 1634.

 

 

 

La Doctrine sociale de l’Eglise, [3] qui prendra fait et cause pour une population enchaînée à des conditions de travail inacceptables, continue donc toujours à s’élever logiquement contre les horreurs du libéralisme moderne, non par des injonctions tirées d’encycliques vieilles de plus de cent ans, mais par des analyses fondées sur l’observation des faits actuels, comme l’a déclaré Benoît XVI récemment dans son discours aux Invalides parlant des biens matériels et de l’argent comme « des idoles à fuir, des mirages de la pensée ! »

 

C’est pourquoi, c’est parler dans le vide, comme d’habitude, selon des mécanismes structurels de sociologue, sachant très bien ce qu’est l’existence effective d’amis, de parents, de voisins, mais préférant se masquer les faits pour ne pas entamer les dogmes de  leur idéologie libérale, attitude coranique et musulmane s’il en est, manifestant une incapacité à jauger le monde avec une autre mesure que celle de critères matériels, et surtout regardant la promotion consumériste de l’individu uniquement comme un progrès, alors qu’elle possède un risque majeur, comme a pu le dire Dufour, à savoir que « L’individualisme issu des Lumières s’est entre-temps retourné en son avatar postmoderne : le « troupeau schizoïde « égo-grégaire », qui, en plus de ses tares, est aussi consumériste, procédurier, ignorant et fier de l’être, constituant par là même une grave menace pour la poursuite du procès civilisateur. L’effondrement de la transcendance au 18ème siècle ayant aussitôt fait place à une nouvelle religion, celle du Marché, qui enclencha un processus de désintégration et d’aliénation de l’homme » [4], que de ne pas vouloir admettre, comme le font les partisans du libéralisme, que l’aliénation des hommes de notre temps est directement liée à l’amélioration relative de leur niveau de vie qui, si elle a produit une certaine abondance fragile des besoins immédiats, en a créé des milliers d’autres purement factices, proprement illusoires et inutiles, et a surtout détruit toute trace de religion transformant leur vie en une morne tristesse lassante et déprimante, pour tout dire « déréalisante », virtuelle et mortifère, constatant toute leur incapacité, dans le contexte matériel qui est le leur, à donner, un sens à leurs existences, et leur impossibilité, faute d’une société dévorée par l’argent et la perte radicale du sacré, de mettre leur confort matériel au service des valeurs familiales, de la charité bien ordonnée, et du salut de leur âme.

 

Ceci explique donc pourquoi aujourd’hui, effectivement, les ouvriers de Caterpillar, et des autres secteurs de l’économie devenue folle, dénués de tout sens existentiel, qui survivent grâce aux antidépresseurs, nourris de TF1 et du journal du hard de Canal+, gavés de football, pourris par une nourriture malsaine et irradiée achetée à Carrefour, sont beaucoup plus aliénés que leurs parents et grands-parents qui bénéficiaient de 80 jours chômés avant la Révolution française sans compter les fêtes locales, qui avaient un mode de vie non soumis aux cadences infernales, entourés de leurs femmes et leurs enfants, baignant dans un environnement ponctué par les cérémonies de l’Eglise et orienté vers la vie de l’âme, mourrant au terme de leurs jours, heureux de rejoindre le Ciel en paix avec leur cœur.

 

 

Notes

 

 

[1] S. Leroux, L'Ancien Régime et la Révolution de la morale naturelle à la morale républicaine (1750-1799). Paris I, 11.01.1992 . On apprend dans cet ouvrage qu’en 1789, le royaume de France est le pays le plus peuplé d'Europe avec 28 millions d'habitants. La population se concentre dans le quart nord-ouest essentiellement, près du littoral du fait d'un important développement du commerce au cours du XVIIIºs, et dans la région lyonnaise. La population est à 80% rurale, malgré la poussée urbaine qui marque tout le XVIIIºs. En effet, les villes ont vu leur population augmenter de 45% ; désormais, le royaume de France possède 4.5 millions de citadins. Entre 1740 et 1789, le taux de mortalité est passé de 40 à 35,5/1000. Cette baisse est due pour l'essentiel à une chute de la mortalité adulte (moins de guerre, moins d'épidémie, moins de mauvaises récoltes). L'accroissement naturel au XVIIIe siècle est donc important. Mieux nourrie, mieux protégée contre les maladies, la population est plus robuste et peut mieux mettre en valeur les sols, permettant ainsi le progrès économique. Les paysans possèdent une culture orale très vivante. Les classes moyennes sont constituées par les artisans et les petits commerçants. Leur travail s'organise dans le cadre des corporations qui regroupent les gens travaillant dans un même corps de métier. En 1789, le royaume de France compte 22 à 23 millions de ruraux qui représentent 85% de la population totale (petite noblesse, bas clergé, artisans et bourgeoisie rurale inclus). Les paysans représentent à eux seuls 65% de la population, soit plus ou moins 16 millions d'habitants. 95% de ces paysans sont libres. Le cadre de la vie quotidienne du paysan au XVIIIºs c'est avant tout sa famille, une famille patriarcale ou toutes les familles d'un village font partie de la communauté villageoise qui se confond avec la paroisse, l'unité de base de la vie religieuse. La vie du village (rotation des cultures, entretien des chemins, nomination du maître d'école, du garde-champêtre, du collecteur d'impôts...) est règlementée par des assemblées de village dominées par les notables ruraux, élus comme "consuls" pour un an. Le cadre de vie du paysan est donc constitué par sa famille, sa communauté villageoise, sa paroisse et sa seigneurie. Il ignore complètement les limites des circonscriptions administratives (gouvernement, intendance), judiciaires (baillages et sénéchaussées), fiscales (les généralités qui se divisaient en "pays d'élections" administrés par des élus, et en "pays d'Etats" administrés par des représentants des trois états et en "pays d'imposition", territoires conquis au XVIIIºs. et qui conservaient leur système fiscal). L'augmentation de la production agricole a pratiquement fait disparaître les famines. L'amélioration du réseau routier a permis un meilleur ravitaillement. Le faible nombre de guerres et d'épidémies, en comparaison avec les siècles précédents, a permis la croissance démographique. Enfin, du fait d'un plus grand nombre d'écoles rurales, l'analphabétisme est en voie d’être résorbé.

 

[2] Michel Vergé-Franceschi, La Société française au XVIIe siècle, Fayard, 2006, et Nouvelle vision de l’Ancien Régime : tradition, innovation et ouverture : complexité et grandeur de la société du XVII ème siècle .

 

[3] D.R., Dufour, Le divin marché. La révolution culturelle libérale, éd. Denoël, 2007.

 

[4] La « Doctrine sociale de l’Eglise, n’est pas une invention du XIXe siècle. Elle est inscrite au cœur même de l’Evangile et des premiers temps de l’Eglise. Pourquoi ? Car dès les premiers temps du christianisme, l’amour du prochain a été considéré comme l’un des principaux messages de la Révélation. C’est ainsi que la charité est considérée comme l’une des trois vertus théologales, et même la plus élevée des trois selon saint Paul comme le rappellera Benoît XVI dans son encyclique “Deus Caritas est”. Ce qui a des conséquences directes et concrètes sur le plan économique, à savoir que l’on ne peut séparer sous aucun prétexte la morale du domaine de l’argent et de l’activité monétaire et financière. Si les grandes encycliques des derniers papes : Rerum Novarum, Mater et Magistra, Populorum progressio, Laborem Exercens, Sollicitudo rei socialis et Centesimus Annus ont toutes abordé la doctrine sociale de l’Église car elle est fondamentale sur le plan théologique, n’oublions pas qu’un des plus grands représentants de l’action sociale chrétienne en France, fut saint Vincent de Paul au XVIIe siècle qui, non pour répondre aux questions posées par le socialisme ou le marxisme ! mais, comme toujours dans l’esprit chrétien, à la situation des populations, après avoir aidé dès son plus jeune âge les plus démunis, fonda les Lazaristes en 1625, puis les Filles de la Charité en 1634.

 

 

01:18 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (82) | Tags : révolution, économie, religion, philosophie, politique |  Imprimer | | | | | Pin it!