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dimanche, 29 mars 2015

L’Église crucifiée par « l’esprit du monde »

triduo lanzada granada cuaresma 2015 8.jpg

«  La Passion du Christ se renouvelle,

et d'une certaine manière elle se poursuit et s'achève,

dans son corps mystique qui est l'Église.» 

(Pie XI, Miserentissimus Redempto, 28 mai 1928)

 

Première Partie :

1. La lutte entre les « deux Cités »

 

altar_at_vatican_ii.jpgLe second concile du Vatican, qui débuta le 11 octobre 1962, a engagé un complet processus de modification et transformation radicale de la religion catholique, prenant le contre-pied systématique, parfois jusqu’à l’extrême, de toutes les positions antérieures défendues et condamnées par l’Eglise catholique au cours des siècles.

Pourtant, le principe catholique sur lequel repose la tradition constante de l’Eglise est le suivant : « L’Esprit-Saint, en effet, n’a pas été promis aux successeurs de Pierre pour dévoiler, par son inspiration, une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c’est-à-dire le Dépôt de la Foi ». (Pie IX, Const. Pastor Aeternus, Vat. I, Sess. IV Ch. IV, Dz. 1836). 

Force est pourtant de constater, que le dévoilement, par « inspiration », de ce que l’on peut clairement désigner comme étant une « nouvelle doctrine », c’est bien produit lors du dernier concile. Une « nouvelle doctrine » exprimée par  le Magistère qui soutint des positions, notamment sur la « liberté religieuse », qui heurtent frontalement ce qui fut toujours enseigné par les papes jusqu’à Pie XII, et qui contredit objectivement la conception catholique portant sur la Royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, telle que formulée « infailliblement » par Pie IX,  Pie VII, Grégoire XVI et Léon XIII.

I. Vatican II : un concile révolutionnaire, « 1789 dans l’Eglise » !

Lorsqu’on songe qu’il aura fallu moins d’un siècle entre la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale par l’encyclique Pastor Æternus, le 18 juillet 1870, lors du concile de Vatican I, et la promulgation des principales encycliques révolutionnaires et modernistes de Vatican II - (Lumen Gentium, Constitution dogmatique sur l’Église, 21 novembre 1964, Nostra Aetate, Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes, 28 octobre 1965, Dignitatis humanae, Déclaration sur la liberté religieuse, 7 décembre 1965, Gaudium et spes, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps, 7 décembre 1965) -, il y a donc, incontestablement, de quoi rester profondément perplexe.

Pius-IX.jpg

Toutes les erreurs qui forment le corpus général

de la « nouvelle théologie » de Vatican II,

ont été condamnées par Pie IX au XIXe siècle.

 

On sait, pertinemment, que la source d’inspiration des principaux artisans de ce changement révolutionnaire, se trouve dans les thèses philosophiques et idéologiques qui avaient été sévèrement censurées au XIXe siècle par le « Syllabus » rédigé par Pie IX, afin d’accompagner l’encyclique Quanta Cura (8 décembre 1864), qui condamnait fermement les « monstrueuses erreurs » politico-religieuses qui prospéraient à l’époque.

Les erreurs dénoncées et condamnées par le « Syllabus Errorum », représentaient 80 propositions rassemblées en 10 sections :

1.     Panthéisme, naturalisme et rationalisme absolu

2.     Rationalisme modéré

3.     Indifférentisme, Latitudinarisme

4.     Socialisme, communisme, sociétés secrètes, sociétés bibliques, sociétés clérico-libérales

5.     Erreurs relatives à L’Église et à ses droits

6.     Erreurs relatives à la société civile considérée soit en elle-même soit dans ses rapports avec l’Église

7.     Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne

8.     Erreurs concernant le mariage chrétien

9.     Erreurs sur le principat civil du pontife romain

10.   Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne

Or, c’est précisément l’ensemble de ces erreurs, qui forment objectivement le corpus général de la «nouvelle théologie » de Vatican II, séduite par l’évolutionnisme, le naturalisme, le libéralisme et le panthéisme, ayant abouti à l’œcuménisme, la liberté de conscience, la collégialité, la protestantisation du saint Sacrifice de la messe, les droits de l’homme, la démocratie religieuse, la dignité de la personne humaine, etc., toutes thématiques novatrices qui constituent désormais la novlangue d’usage des déclarations et positions officielles de l’ensemble de la hiérarchie de l’Eglise, et donc en premier lieu des papes, depuis 1962.

Nous sommes donc, concrètement, en présence d’une « nouvelle religion », soluble et compatible avec l’idéologie du « Nouvel Ordre Mondial », une « religion de l’homme » qui s’est imposée au profit de la « religion de Dieu », qui avait été celle de l’Eglise catholique depuis son origine.

le-crucifiement-de-saint-pierre.jpgPascal Bernardin, dans son remarquable ouvrage « Le Crucifiement de saint Pierre », explique la nature de ce à quoi nous sommes confrontés : «La doctrine spécifique de Vatican II, les innovations théologiques qu’il introduit et qui le distinguent de manière unique des autres conciles, sont maçonniques, anticatholiques (…) Or en affirmant que l’esprit maçonnique a soufflé sur Vatican II, nous ne faisons que répéter, en en tirant toutes les conséquences, ce que d’autres plus autorisés ont attesté. C’est ainsi que pour le futur cardinal Congar, Vatican II fut la « révolution d’octobre dans l’Eglise » : ‘‘Gaudium et spes est (…) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-syllabus. (…) il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il est devenu depuis 1789’’. » [1]

Pie IX fut catégorique à l’égard du libéralisme, son idéologie des « droits de l’homme » et du « monde tel qu’il est devenu depuis 1789 » : « L’idéologie des Droits de l’Homme, le libéralisme, n’est pas une hérésie ordinaire, c’est l’hérésie propre, personnelle de Satan, puisqu’elle consiste, pour la créature, à usurper à son profit l’indépendance et la souveraineté qui n’appartiennent qu’à Dieu, de toute éternité, et dans l’ordre des temps à Notre Seigneur Jésus-Christ. (…) On voit par là en quoi le libéralisme moderne diffère de tout ce qui l’a précédé en fait de révolte et de péché. C’est le péché lui-même, le dernier terme et le plus haut degré du péché. Le libéralisme appelle “l’homme de péché”, il prépare les voies à l’Antéchrist. “Suivre le courant”, c’est à quoi se résument ces fameuses inventions et ces grandes fiertés du Libéralisme catholique. Le libéralisme “catholique” n’est autre chose, en effet, que l’esprit révolutionnaire cherchant à s’introduire dans l’Eglise elle-même.» (Pie IX, Déclaration du 18 juin 1871).

II. Situation actuelle de l’Eglise

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Le constat est donc extrêmement inquiétant, il serait insensé de le nier, tout a été bouleversé et renversé, de la divine liturgie aux enseignements sur les mœurs et la morale, en passant par la disciple ecclésiastique régulière ou séculière ; de l’abandon de la soutane pour les prêtres au renversement des règles ancestrales, et ce jusqu’à l’intérieur des monastères les plus anciens de la chrétienté comme les Chartreux, de la chute vertigineuse des vocations aux réductions à l’état laïc de dizaines de milliers de religieux et religieuses, avec, pour conséquence, la fermeture de la plupart des églises et chapelles, notamment en milieu rural, entraînant une déchristianisation massive des populations, tout ceci faisant que ce qui demeure encore sous le nom de « religion catholique » aujourd’hui, semble représenter une sorte de misérable « contrefaçon » directe, pour ne pas dire de « parodie » de ce que fut, il y encore pas si longtemps, la religion traditionnelle.

Que faut-il en conclure ?

Certes le concile de Vatican II ne se voulut pas « dogmatique » et refusa même, par décision des pontifes qui le présidèrent (Jean XXIII et Paul VI), d’user de son pouvoir d’infaillibilité. C’est un fait.  Mais ce fait n’explique pas tout, car un concile présidé par un pape, est un concile de l’Eglise, il participe, en droit, du Magistère authentique, et son enseignement doit donc être conforme à la doctrine de toujours. [2] Cependant, ce ne fut pas le cas, bien au contraire !

La réalité, brutale mais véridique, il convient de l’avouer franchement, c’est que toute l'Église enseignante  a... erré dans la Foi à Vatican II, puisqu’il y avait 2500 évêques et que toutes les Constitutions et Déclarations conciliaires ont toutes été votées à une écrasante majorité. [3]

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Toute l'Église enseignante  a... erré dans la Foi à Vatican II !

 

Ceci sans oublier, que de tous les actes postconciliaires, la décision du pape François, de canonisercatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme Jean XXIII et Jean-Paul II le dimanche 27 avril 2014, est revenue à canoniser, en faisant usage cette fois-ci d’un pouvoir participant de l’infaillibilité pontificale, toutes les erreurs de Vatican II (œucuménisme, collégialité, liberté religieuse, nouvel Ordo Missae, etc.), à ce sujet saint Alphonse de Ligori (1696-1787), docteur de l’Eglise, rappelle : « Supposer que l’Eglise puisse errer en canonisant, est un péché, ou une hérésie, d’après Sts. Bonaventure, Bellarmin, et d’autres ; ou au moins une chose proche de l’hérésie, d’après Suarez, Azorius, Gotti, etc. ; parce que le Souverain Pontife, d’après St. Thomas, est guidé par l’influence infaillible du Saint-Esprit d’une façon spéciale lors de la canonisation des saints. » (Cf. Les Grands Moyens du Salut et de la Perfection, 1759, p. 23) [4]

Ainsi donc, après avoir promulgué un nouveau Notre Père (1966), un nouveau Credo (où l’on a remplacé l’expression « consubstantiel au Père » par « de même nature que le Père »), un nouveau rite d’ordination épiscopale et presbytérale (1968), un nouveau calendrier liturgique (1969), une nouvelle messe (1969), un catéchisme nouveau (Pierres Vivantes, 1968, puis Le Catéchisme de l’Eglise catholique 1992), un nouveau baptême (1969), un nouveau mariage (1969), un nouveau bréviaire (1970), une nouvelle confirmation (1971), une nouvelle extrême-onction (1972), une nouvelle confession (1973), un nouveau chemin de Croix (1991), un nouveau Rosaire  avec l’introduction des « mystères lumineux» (2002), et enfin un nouveau Code de droit canon (1983), elle inscrit au sanctoral, par décision magistérielle, deux nouveaux "saints" qui incarnent, à eux seuls, toutes les erreurs issues de « l’esprit » de Vatican II.

III. La thèse sédévacantiste de « l’Eglise éclipsée »

Si donc l’Eglise enseignante a erré dans la Foi à Vatican II, et que depuis, l’enseignement dispensé officiellement par Rome est infecté du poison moderniste, la conclusion qu’effectuent les partisans de la vacance du Trône de Saint Pierre, c’est que « l’Eglise est éclipsée », et qu’en lieu et place, une secte hérétique, une « contre-église » fausse et mensongère, s’est installée dans les  murs du Vatican avec à sa tête des « usurpateurs », des « antipapes », éclipsant, c’est-à-dire voilant, l’authentique Eglise qui subsisterait toujours, mais hors de Rome, pure et sans tâche.

Vierge La Salette.jpg

La Très Sainte Vierge a dit, très exactement, à La Salette :

“ L’Église aura une crise affreuse”

(19 septembre 1846)

 

Il est à noter néanmoins, que cette désignation : « lEglise éclipsée », ne se retrouve chezMélanie.jpg aucun Père de l’Eglise, elle provient de la partie contestée du « secret » de Mélanie, la jeune bergère de La Salette qui vit la Vierge en larmes le 19 septembre 1846 dans les montagnes du Dauphiné, partie rajoutée et publiée en 1879 - quoique mise à l'index par le Saint-Office à plusieurs reprises et en ses diverses éditions -, par une Mélanie Calvat (1831-1904), inspirée par les thèses apocalyptiques qui circulaient à l’époque dans les milieux catholiques monarchistes légitimistes.

Signalons par ailleurs, que l’éventuelle prophétie de la Sainte Vierge à La Salette : “l’Église sera éclipsée...” se rapporte plutôt à l’avènement de l’Antéchrist, car pour l’époque actuelle, la prophétie de la Très Sainte Vierge dit très exactement : “ L’Église aura une crise affreuse”, ce qui correspond bien à la réalité.  [5]

Toutefois, par delà ces précisions, il demeure cependant un problème à cette thèse, et pas des moindres, qui participe des deux interrogations préalables :

- 1°) Comment, dans une dite «Eglise en ordre» (sic), c’est-à-dire une Eglise qui bénéficiait au moment de l’ouverture du concile Vatican II de l’assistance pleine et entière de l’Esprit-Saint, un tel triomphe des idées modernistes a-t-il pu se produire ? 

- 2°) Par ailleurs, l’Eglise reposant sur le pape, depuis le moment où saint Pierre fut désigné par le Christ pour gouverner son Eglise (Matthieu XVI, 17-18), il est bien difficile d’admettre qu’elle puisse perdurer depuis déjà cinquante ans - et sans nul doute plus longtemps encore, car le temps sera long avant que ne soient entièrement effacées les traces de Vatican II, si tant est qu’elles le soient un jour -, sans un chef visible ?

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Ce sont sans doute les deux des questions les plus délicates touchant à la vie de l’Eglise qui se posent de façon très concrète, et il faut reconnaître que si les plumes diverses sont promptes à exposer l’infiltration de l’Eglise par les courants modernistes, quasi personne n’arrive à expliquer les raisons réelles qui ont permis, non pas seulement la lente pénétration de la sainte institution par les forces ténébreuses et révolutionnaires, véhiculant les conceptions panthéistes, naturalistes et libérales de la franc-maçonnerie, mais surtout comment ces forces révolutionnaires sont parvenues à vaincre une « Eglise en ordre », et, auxiliairement, de quelle manière une hypothétique « Eglise éclipsée » (sic), peut-elle fonctionner sans un pape ?

Les auteurs traditionnels s’accordent uniquement sur ce point : « Depuis 1958 Rome prend le contre-pied de ce que la papauté a toujours enseigné » [6].

Pierre le Vénérable.jpgMais à partir de là, les avis diffèrent radicalement, et c’est le grand jeu, très incertain et hasardeux, des suppositions les plus vagues. L’idée admise par les partisans de la vacance du Siège de Pierre, n’étant au fond que la reprise et l’adhésion à une proposition de Pierre le vénérable (+ 1156) formulée ainsi : « Le Christ a permis ceci : que l’Antéchrist – tête de tous les schismatiques – siègerait dans le Temple de Dieu, que les siens [= les chrétiens] seraient exilés, et que ceux qui ne sont pas les siens occuperaient un jour le Siège de Pierre » (Sanctus Petrus Venerabilis : De miraculis libri duo, livre II, ch. 16). [7]

Rien de très nouveau, si ce n'est que cette prophétie inspirée de saint Paul (II Thess., II, 3.), nous annonce les événements qui surviendront lorsque la fin des temps sera advenue, ce qui semble bien correspondre à la situation de notre période qui en est, en quelque sorte, la préfiguration en de nombreux domaines, mais la préfiguration seulement, ce qui signifie que la réalisation pleine et entière de ces derniers moments des siècles, sont encore en attente de leur réalisation effective.

IV. Depuis des siècles la Synagogue tente d’imposer son  modèle «  temporel et spirituel » d’organisation du monde 

Certes, l’antiques serpent, l’ennemi de Dieu et du genre humain, rusé et menteur en toutes ses œuvres, est actif depuis toujours afin de détruire l’Eglise, il est à la source des méthodes et stratégies les plus secrètes, de sorte d’arriver à ses fins ténébreuses.

Il ne convient donc pas de mésestimer l’influence occulte sur une désorientation que l’on peut aisémentJulio Meinvielle -.jpg constater. L’abbé Julio Meinvielle (1905-1973), dans son ouvrage « De la cabale au progressisme » (1970), a très bien montré en quoi : « les hommes et avec eux l’histoire sont dynamisés par Dieu et par Satan, par le Christ et par l’Antichrist, par l’Église et par la Synagogue, par la Cité de Dieu et par la Cité du Diable. […] Point n’est besoin d’une grande perspicacité, dit-il, pour voir que depuis cinq siècles le monde se conforme à la tradition cabalistique. Le monde de l’Antichrist approche rapidement. Tout concourt à l’unification totalitaire du fils de la perdition. D’où, aussi, le succès du progressisme. Le christianisme se sécularise ou s’athéise. […] Nous savons que le « mysterium iniquitatis » est déjà à l’œuvre (II Thess, II, 7); mais nous ne connaissons pas les limites de son pouvoir. Le Seigneur dit dans l’Évangile: « Mais quand le Fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc, XVIII, 8) Saint Paul (II Thess, II, 3) appelle apostasie universelle cette défection de la foi, qui doit coïncider avec la manifestation de l’« homme de l’iniquité, le fils de la perdition ». Cette apostasie universelle est la sécularisation ou athéïsation totale de la vie publique et privée dans laquelle chemine le monde actuel. »

Elu XVIIIe.JPG

« La franc-maçonnerie est une invention juive pour détruire l’Eglise,

une invention juive construite sur la base de la cabale. »

(Mgr Leo Meurin)

 

Ceci explique pourquoi depuis des siècles une mystique mondiale, « dont le cœur s’appelle la Synagogue », tente d’imposer son « modèle temporel et spirituel d’organisation du monde », par l’intermédiaire des loges et de la franc-maçonnerie, que Mgr Leo Meurin (1825-1895) désignait comme étant « une invention juive pour détruire l’Eglise, une invention juive construite sur la base de la cabale. » (Mgr Meurin, Philosophie de la maçonnerie, éd. Nos, Madrid, 1957).

L’abbé Emmanuel Barbier (1851-1925), ne dit pas autre chose : « Depuis plus de cinq cents ans, lecatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme,occultisme,ésotérisme,mystique,fin des temps,eschatologie,messianisme,prophétie,parousie,apostasie,antéchrist,antichrist,apocalypse,révélations grand instrument des Juifs est la franc-maçonnerie (…)  Le but religieux de la secte: la destruction du christianisme (…) Le but politique de la secte est de détruire les empereurs, les rois, les frontières, afin d’établir sur les ruines des empires un gouvernement absolu, unique, universel. Mais c’est le but même d’Israël depuis trois mille ans ! Son organisation, comme son esprit, est toute juive. » (Abbé Barbier, Les infiltrations maçonniques dans l’Eglise, Société Saint-Augustin, Desclée De Brouwer, 1910, p. 125).

Mgr GAUME.jpgCe que confirmait également Mgr Jean-Joseph Gaume (1802-1879) : « Depuis un siècle et demi, la Franc-maçonnerie ourdit dans le monde entier, mais principalement en Europe, une vaste conspiration dont le but final, déjà à moitié atteint, est de détruire le règne de JESUS-CHRIST sur la terre, en renversant, d’un côté la Papauté, tant spirituelle que temporelle, et, de l’autre, la monarchie chrétienne, bras droit de la Papauté. Elle prépare ainsi directement les voies de l’Antéchrist. » (Mgr Gaume, Le dogme de l’infaillibilité, 1871).

V. Une progressive conciliation de l’Eglise avec l’erreur satanique depuis la Révolution

Pourtant, il est tout de même assez troublant de constater que Vatican II n’est pas arrivé soudainement dans l’Eglise, mais qu’une sorte de progressive conciliation avec l’erreur s’est développée depuis de longues années antérieurement à 1962, de par l’attitude de bienveillance, pour ne pas dire plus, de certains papes avec les idées révolutionnaires, dont on sait qu’elles sont placées sous la domination des puissances occultes sataniques.

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Ainsi, avec le seul souci, très mondain, du pragmatisme politique,catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme l’Eglise aboutira, après le Décret de condamnation de l’Action Française sous Pie XI par le Saint Office, le 29 décembre 1926, ce qui entraîna la démission de sa charge cardinalice de Louis Billot (1846-1931) le 21 octobre 1927, et conduisit à l’interdiction faite aux adhérents de l'Action Française d’accéder aux sacrements, avec pour conséquence notable, en France, la modification d’un clergé et d’un épiscopat, entre 1926 et 1939, au sein duquel les traditionalistes se trouvèrent peu à peu remplacés par des clercs catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménismedémocrates-sociaux et républicains, ceci sans compter les décisions hautement discutables, à la même période, dans le cadre du conflit des Cristeros au Mexique, qui vont va avoir des conséquences désastreuses sur
les pieux fidèles du «Cristo Rey » [8] -, à « l’adhésion » et à « l’adoption » par l’Eglise elle-même, des conceptions révolutionnaires, comme cela se produisit officiellement, et fut proclamé solennellement à l’intérieur même de la Basilique Saint-Pierre à Rome lors du concile Vatican II qui, du ralliement à la République, au ralliement à la démocratie, puis au ralliement à l’idéologie mondiale des «droits de l’homme
», nous retrace les origines d’un concile dont la source se situe dans ce dit « ralliement à la Révolution », ayant abouti au final, au ralliement avec toutes les religions non-chrétiennes, dont en particulier le judaïsme déicide, acte couronné à Assise sous Jean-Paul II, par le rassemblement interreligieux qui se déroula le 27 octobre 1986 !

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Comme le souligne fort justement M. L’abbé Curzio Nitoglia (cf. Christianisme et judaïsme, ‘‘L’Ancienne Alliance jamais révoquée’’, Sodalitium, n° 58, Ann. XXII, n2, fev. 2006, pp. 5-25), la figure qui se détache le plus nettement des cénacles philo-judaïques catholiques d’avant Vatican II, est surtout celle de Stanislas Fumet (1896-1983), qui vécut jusqu’au pontificat de Jean-Paul II. Stanislas Fumet, qui se disait « l’ami ardent d’Israël », fut à l’origine, en 1925 de « l’union des Amis d’Israël » Association judéo-chrétienne qui se fit cependant condamnée par le Saint-Office en 1928. Cette structure avait fait sienne les vues délirantes de Léon Bloy sur la fonction co-rédemptrice des Juifs [« La Raced’où la Rédemption est sortie… porte visiblement les péchés du Monde…[et] ne fut conservée dans la plus parfaite ignominie que parce qu’elle est invinciblement la race d’Israël, c’est-à-dire du Saint-Esprit, dont l’exode sera le prodige de l’Abjection. » (Le Mendiant Ingrat, 12 juin 1892) ; « Les Juifs ne se convertiront que lorsque Jésus sera descendu de sa Croix, Et précisément Jésus ne peut en descendre que lorsque les Juifs se seront convertis. » (Le Salut par les Juifs, IX)].

Ainsi, de façon quasi conciliaire, Stanislas Fumet, dès 1925, c’est-à-dire bien avant de la Shoah etcatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme la nouvelle religion qui s’en suivit faisant de l’holocauste un nouveau paradigme théologique, parlait déjà de nos “frères aînés” à propos des juifs, expression employée par Adam Mickiewicz (1798-1885) en 1842, ami de Andrea Towianski (1799-1878). Cette expression sera intégralement reprise par Jean-Paul II en 1986, lorsqu’il exaltera dans un discours en 1978, précisément ce même Adam Mickiewicz. Signalons, dans le même registre de judéolâtrie mystique, un autre grand admirateur de Léon Bloy et Jacques Maritain, Jerzy Turowicz (1912-1999), ami personnel de Karol Wojtyla qui, en 1968, l’invita à exprimer une série de mea culpa à l’égard du judaïsme de la part de l’Église romaine dans une synagogue de Cracovie, où Wojtyla était archevêque. Les Turowicz étaient des juifs frankistes (comme Mickiewicz) qui se convertirent extérieurement au christianisme, tout en restant intérieurement juifs, catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménismeen 1760, sur ordre du marrane Jacob Frank (1726-1791). Pour revenir à Stanislas Fumet, on remarquera surtout, comment Fumet mettait sur le même plan et remplaçait allègrement Jésus par Israël, selon les thèses cabalistiques d’Isaac Luria (1534-1572), parlant explicitement de sang et de race à propos de la sainte eucharistie : «Lorsqu’un chrétien communie, il devient de la race d’Israël, puisqu’il reçoit le sang très pur d’Israël dans ses veines... Toutes les nations doivent être bénies dans cette race... Chrétiens et Juifs sont de la même race…» (S. Fumet, Histoire de Dieu dans ma vie, Cerf, 2002, pp. 297-298.)

On comprend beaucoup mieux, lorsqu’on connaît les racines de cette tendance qui se conjugue à merveille avec les vues révolutionnaires et progressistes, d’où proviennent les folles positions de l’actuel philo-judaïsme des papes conciliaires, si peu conforme à l'attitude séculaire de l'Eglise en ces sujets, mais si "soluble" et  évidemment éminemment compatible, avec le "dogme mémoriel laïc" de la religion mondiale [9].

V. Comment l’Eglise assistée de l’Esprit-Saint a-t-elle pu « errer dans la foi » ?

Pourtant, nous le savons, le Christ, par son Saint-Esprit, assiste depuis son Ascension en permanence l’Eglise, au point que Jésus-Christ, selon le cardinal Charles Journet (1891-1975) : « maintient l’Eglise liée à lui par une providence si particulière, une sollicitude si constante, un amour si jaloux qu’il est lui-même le sujet responsable de ses activités » : «L’Église est ainsi comme un épanchement de la vie trinitaire au sein du temps. Depuis la venue du Christ, le Fils et l’Esprit continuent à chaque instant de visiter invisiblement l’Église. C’est donc l’Esprit saint qui, à travers l’humanité de Jésus, forme l’Église et l’introduit dans le monde. Mais après lui avoir donné tout ce qu’il lui faut pour subsister en elle-même, comme une vraie personne morale, ou sociale, et par conséquent pour agir à l’égard du monde avec indépendance, il ne l’a pas détachée de lui. Il la maintient liée à lui par une providence si particulière, une sollicitude si constante, un amour si jaloux qu’il est lui-même le sujet responsable de ses activités. (…) » La suite de ce texte est fondamentale :  « L’Église jamais n’apostasiera ni ne perdra l’amour. Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle, l’assistance divine la soutiendra tous les jours jusqu’à la fin des temps. » [10]

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L'Eglise a porté sur le trône de Saint Pierre un moderniste,

qui permit le triomphe des idées libérales

en prenant l’initiative de convoquer un nouveau concile

 

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Est-il possible qu’une Eglise, en théorie, assisté de "l’Esprit-Saint", ait pu proclamer une doctrine contradictoire d’avec l’enseignement constant et permanent des vingt siècles qui précédèrent Vatican II ?

Le Christ aurait-il failli à ses promesses, serait-il trompeur et menteur ?

C’est impossible !

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Nous sommes en présence d’un mystère d’ordre surnaturel,

dont les racines plongent dans la métahistoire,

lorsque les anges rebelles se sont révoltés contre Dieu

Dans cette lutte, l’Eglise, épouse mystique du Christ, est soumise a des tentations constantes depuis sa fondation, elle doit donc être en mesure de se libérer des pièges que le siècle lui tend, et œuvrer à se dégager d’une tendance à la conciliation avec « l’esprit du monde », dont nous avons vu le rôle terriblement corrupteur qu’elle joua dans l’affaiblissement des positions traditionnelles.

Ce fut d’abord cette faiblesse, cette bienveillance, puis cette « réconciliation » avec « l’esprit du monde », qui furent les facteurs majeurs et principaux des chutes successives qui se sont produites depuis la Révolution, et qui ont rendu possible l’avènement de Vatican II en 1962.

C’est pourquoi, l’Eglise qui attend le "retour du Christ" doit, alors qu’elle est placée au cœur d’un conflit éternel qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables, absolument apprendre à se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux postérités : la charnelle ou la spirituelle, l’amenant à relativiser toutes les gloires et dominations terrestres, en traversant l’Histoire, en rejetant le monde, ses pompes et ses œuvres, et comme étant déjà concrètement participant de l’existence céleste qui est son authentique destination et sa seule espérance auprès de son Fondateur Jésus-Christ.

 

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La grande apostasie, est le signe précurseur de la fin des temps 

 

Monseigneur Jean-Joseph Gaume, écrivait de façon quasi prophétique en 1844, devant les progrès decatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme l’apostasie, que toutes les tendances antichrétiennes nous amènent à deviner le « mot de la formidable énigme », soit le combat éternel entre les deux Cités annonçant les préparatifs « de la dernière lutte », dont le nouveau dogme la religion mondiale est l’expression inquiétante, ce qui d’ailleurs placera l’Eglise, face au combat le plus redoutable qu’elle n’ait jamais eu à livrer depuis les premiers siècles : « Le raisonnement, l'expérience, la tradition, les données de la foi, les tendances générales de l'esprit humain depuis trois siècles, tout semble se réunir pour nous inspirer de justes alarmes, en nous laissant deviner le mot de la formidable énigme. Mais, indépendamment de ces raisons, le spectacle du monde actuel offre un motif particulier et suffisant à lui seul pour légitimer nos craintes. Ce qu'il voit de ses yeux, le chrétien réfléchi le compare avec ce qui est prédit. La négation de Notre-Seigneur, la séparation des deux cités, les préparatifs de la dernière lutte, voilà trois faits annoncés pour les derniers jours. D'abord, la grande apostasie, signe précurseur de la fin des temps, est avant tout la négation de Jésus-Christ, Dieu, roi, médiateur; en un mot, l'antichristianisme. Or, si nous suivons avec attention la marche des idées, nous reconnaîtrons sans peine que la négation de Jésus-Christ est devenue, depuis le caractère distinctif de l'erreur. Afin d'anéantir le règne du divin Médiateur, elle s'attaque en même temps à sa divinité et à sa royauté. Outre l'affirmation directe et mille fois répétée de cette erreur éminemment antichrétienne, nous voyons que la déification de la raison humaine, la mort du christianisme et l'apparition d'un dogme nouveau, successeur du christianisme, sont le rêve le plus universellement et le plus chaudement caressé de nos jours. Dogme éclectique, qui sera la fusion de toutes les religions qui partagent le monde ; dogme humanitaire, dans lequel tous les peuples, affranchis des religions positives, se donnent le baiser de la fraternité universelle; dogme rationaliste, dans lequel la raison sera Viatique médiateur entre Dieu et l’Homme, et, comme, on ose l'enseigner, le Verbe fait chair. Voilà, il n'y a plus à s'y tromper, le but final auquel tend évidemment l'époque actuelle (…) avant de jouir de son dernier triomphe, le plus éclatant de tous, l'Eglise subira des épreuves proportionnées. L'empire antichrétien lui livrera le plus terrible combat qu'elle ait encore soutenu. Le mal, élevé à sa plus haute puissance, luttera contre elle, dit saint Augustin, sur tous les points du globe… » (Mgr Gaume, Où allons-nous ?, coup d’œil sur les tendances de l’époque actuelle, Gaume Frère, 1844, pp. 190-192 ; 263).

Ces lignes de Mrg Gaume, décrivent à merveille la situation présente, en réalisant une sorte de synthèse de toutes les erreurs dans lesquelles l'Eglise n'a pas manqué de tomber, et dont une constante actualité, depuis le dernier concile, ne cesse de nous donner le triste témoignage. Aucun égarement n'aura été évité, de la destruction de la liturgie, à la  quasi réduction forcée à l'état laïc de tout le corps presbytéral entraînant la chute des vocations et la fermeture des séminaires ; de la liberté religieuse aboutissant à un "dialogue inter-religieux" - avec une tendance à la soumission conciliatrice de la part des récents papes absolument inouïe avec la Synagogue -, préfigurant l'indifférentisme, le syncrétisme et le relativisme dogmatique ; de l'adoption des thèses démocratiques sur les "droits de l'homme", à la célébration solennelle et officielle du "culte de l'homme" par le Vatican ; etc., tout ceci participe en effet d'un "mystère d'apostasie" de la part de l'Eglise, dont il nous faut comprendre le sens, car ceci est fondamental pour la Foi,  et surtout connaître, spirituellement, quel est "le mot de cette formidable énigme"...

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Fin de la Première partie  

Suite : La Passion « mystique » de l’Église

 

Notes.

1. P. Bernardin, Le Crucifiement de saint Pierre, éditions Notre-Dame de Grâces, 2009, p. 8.

2. Vatican II ne souhaita pas faire usage de son pouvoir d’infaillibilité, c’est un fait, mais en droit, comme le rappelle le Droit Canon : «Le Concile œcuménique est muni du pouvoir souverain sur l’Eglise universelle » (Droit Canon, 1917, § 228). La doctrine de l’Eglise, de ce point de vue, est donc formelle  : « Pour reconnaître les cas où l’infaillibilité de l’Église est engagée, il suffit de se rappeler que toute doctrine enseignée universellement par les pasteurs chargés de conduire le troupeau du Christ, et donnée manifestement comme appartenant directement ou indirectement à la Révélation, est infaillible » (Cf. Ch.-V. Héris, L’Église du Christ, Le Cerf 1930, pp. 44-45). On n’en peut donc contester que Vatican II, fut de la sorte infaillible en droit. Mgr Bartolomeo d'Avanzo (1811-1884), rapporteur à Vatican I, précise : « Il y a, dans l'Église, un double mode d'infaillibilité: le premier s'exerce par le magistère ordinaire. (…) C'est pourquoi, de même que le Saint-Esprit, l'Esprit de Vérité demeure tous les jours dans l'Église, l'Église aussi enseigne tous les jours les vérités de la foi, avec l'assistance du Saint-Esprit.  Elle enseigne toutes les vérités soit déjà définies, soit explicitement contenues dans le dépôt de la révélation, mais non définies encore, soit enfin celles qui font l'objet d’une foi implicite.  Ces vérités, l’Eglise les enseigne quotidiennement, tant principalement par le pape, que par chacun des évêques en communion avec lui.  Tous, et le pape et les évêques, dans cet enseignement ordinaire, sont infaillibles de l'infaillibilité même de l'Église.  Ils diffèrent seulement en ceci: les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape qui les confirme mais le pape, lui, n’a besoin de rien d’autre que l’assistance du Saint-Esprit qui lui a été promise. Ainsi il enseigne et n'est pas enseigné, il confirme et n'est pas, confirmé. » (intervention officielle de Mgr d'Avanzo, rapporteur de la Députation de la Foi, devant les Pères du Vatican, in: Dom Paul Nau "Le magistère pontifical ordinaire, lieu théologique. Essai sur l'autorité des enseignements du souverain pontife", in:Revue thomiste, 1956, p. 389 - 412, tiré à part Neubourg 1962, p. 15).

3. Seuls 88 évêques sur 2500, s’opposèrent à la Déclaration sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, Nostra Ætate, passée en dernière lecture lors de la troisième session du concile. Immédiatement promulguée (28 octobre 1965) par le pape Paul VI. Nostra Ætate, est le documents de Vatican II le plus révolutionnaire, dans l’esprit du dialogue interreligieux, renouvelant totalement les relations de l’Eglise avec les juifs, les musulmans, les bouddhistes, les hindous et même ceux qui suivent les autres religions. En 2005, se sont rencontrés pour célébrer le quarantième anniversaire de sa promulgation, les chefs religieux des différentes religions mondiales.

4. Le pape, lors de la canonisation d’un saint, s’exprime depuis la Chaire de Saint Pierre (ex cathedra) de façon « infaillible » : « Le Pontife romain est infaillible quand il édicte une sentence définitive, et qu’au nom de son autorité suprême il oblige les fidèles à tenir une chose pour vraie. Or tel est le cas de la sentence de canonisation : ‘‘Par l’autorité de N.-S. J.-C., des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et la Nôtre, nous déclarons et définissons que N… est saint, nous l’inscrivons au catalogue des saints, et ordonnons que l’Église universelle honore sa mémoire d’un culte pieux… Que personne ne se permette de déchirer cette page de notre définition ; qu’il sache qu’il encourrait l’indignation du Dieu Tout-Puissant.’’ Une telle sentence est nécessairement infaillible, car il ne se peut que l’Église entière soit astreinte par son chef à honorer un damné ni un homme inexistant. » (Cf. R.P. Auguste-Alexis Goupil, « L’Église est infaillible dans la canonisation des saints », in La Règle de la Foi 1941). Saint Thomas d'Aquin, le docteur angélique : « Dans Quodlib. IX, a. 1, 6 St. Thomas affirme : ‘‘Puisque les honneurs que nous rendons aux saints sont dans un certain sens une profession de foi, c.-à-d. une croyance en la gloire des Saints, nous devons pieusement croire qu’en cette matière également l’Eglise n’est pas sujette à l’erreur’’.» (Catholic Encyclopedia, Vol. 2, Béatification, 1907, p. 366). Quant au concile de Vatican I, Pie IX précise  : « Nous enseignons que c'est une dogme révélé par Dieu : lorsque le pontife romain parle ex cathedra, c'est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine en matière de foi ou de morale doit être tenue par toute l'Eglise, il jouit, en vertu de l'assistance divine qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Eglise lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi ou la morale ; par conséquent, ces définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Eglise. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition qu'il soit anathème. » (Concile Vatican I, 1870, Sess. 4, chap.4).

5. Le 5 janvier 1895, Mélanie, écrivait : “En vérité, les catho­liques, sans parler des autres, aident merveilleusement à composer, à préparer le règne de l’Antéchrist ; les Lucifériens n’ont pas à combattre beaucoup, pour former ce régi­ment d’endémoniés : tout ce mal se fait paisiblement... ” (Cf. Documents pour servir à l’his­toire réelle de la Salette, Résiac, 1978).

6. Cf. Le Mystère d’iniquité, Enquête théologique,historique et canonique, n.d., p. 16.

7. Pour parvenir à  leurs fins, selon le scénario « complotiste », les forces séditieuses, par de multiples manœuvres obscures, auraient réussi à s’emparer du pouvoir et à prendre, à Rome, la tête du Vatican. Pourtant lorsqu’on se penche sur la littérature sédévacantiste, si les descriptions de la sédition abondent (Rampolla le franc-maçon, Roncalli le moderniste, Montini le démocrate onusien, Wojtyla l’oeucuméniste, Ratzinger nourri de philosophie hégélienne, etc.) – l’ouvrage le plus documenté est l’un des plus complets sur le sujet est « L’Eglise éclipsée » , préfacé en 1997 par le Rd Père Vinson – il n’est jamais expliqué pourquoi l’hypothèse d’une prétendue « éclipse de l’Eglise » a pu se réaliser. Il est d’ailleurs frappant sur ce point de constater que le principal libelle sédévacantiste largement diffusé « Le Mystère d’iniquité » rédigé par un collectif d’auteurs, est singulièrement muet sur les causes, la PARTIE 3 : «ENQUÊTE HISTORIQUE : INFILTRATIONS ANCIENNES ET MODERNES » (pp. 68-71), expose des faits, les uns après les autres en une longue litanie, mais ne donne aucune explication sur les causes.

8. catholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménismeOn ne saurait oublier, malheureusement, que le pape Pie XI, qui condamna l’Action Française encatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme 1926, à la même période dans le cadre du conflit des « Cristeros », eut des décisions désastreuses au Mexique. En effet les catholiques qui s’étaient rebellés contre le Pouvoir politique persécuteur des chrétiens (fermeture des lieux de culte et des écoles catholiques, interdiction des ordres religieux, blasphèmes, outrages, etc.), et en passant tueur de prêtres (des 4 500 prêtres avant la rébellion, seuls 334 resteront officiellement en 1934), étaient pourtant sur le point de l’emporter. Après avoir, par obéissance au pape « infaillible » en son Magistère ordinaire, sabordé leurs ligues de résistance et déposé les armes, ces catholiques fidèles – des paysans pour la plupart – seront systématiquement éliminés de façon méthodique et sans pitié par l’armée fédérale dirigée par un gouvernement maçonnique profondément anticatholique. C’est pourtant avec ce gouvernement athée que Pie XI négocia, sans en avertir les Cristeros, au nom des principes de la politique du ralliement devenue la ligne officielle de l’Eglise depuis Léon XIII. Le clergé, aux ordres du pape, considéré comme « infaillible » en son Magistère ordinaire, cessa alors tout soutien aux rebelles, allant même jusqu’à les menacer d’excommunication s’ils n’obéissaient pas ! La conséquence d’une telle décision, fut qu’ils moururent tous en martyrs de la foi – 5000 périront ainsi après la fin officielle de la guerre, assassinés – au cri de « Viva Cristo Rey » / « Vive le Christ Roi ».

9. Comme l’écrivit fort justement l’abbé Curzio Nitoglia, lors des polémiques qui suivirent les déclarations de Mr Richard Williamson, en janvier 2009 : « L'Holocauste a été le fer de lance de la nouvelle doctrine du concile Vatican II sur le déicide ("Nostra Aetate"), de la réforme de Paul VI de la prière de vendredi Saint (1970), de la théorie de "l'Alliance ancienne jamais révoquée" de Jean Paul II à Magonza (1981). De plus la théologie du "silence de Dieu" est née précisément grâce aux réflexions sur l’Holocauste. Certains théologiens (suivant les traces de Hans Jonas et Jean Baptiste Metz) nièrent la Providence, la Bonté de Dieu et mirent en doute son existence même, en arguant du fait que Dieu aurait autorisé l'Holocauste. L'Holocauste est donc devenu pour le judaïsme talmudique une métahistoire absolue, un acte sacrificatoire à valeur salvifique. Après la destruction du Temple (70 ap JC.), l'exégèse rabbinique a remplacé la Foi mosaïque dans le Messie personnel par celle du "messie collectif" qui est le peuple juif. Le Christianisme ne peut donc pas accepter cette sacralisation de l'Holocauste juif, sous peine de renier sa propre foi : l'unique Holocauste est le Sacrifice du Christ. Admettre un autre "Holocauste" salvifique et métahistorique à côté de celui de Jésus, serait un acte d'apostasie. Malheureusement la nouvelle théologie dirigeant le Concile Vatican II a mis le pied dans la mouvance catholique progressiste, nous espérons que la Tradition catholique ne soit pas polluée par elle. C'est par conséquent le devoir du Pasteur d'en admonester les fidèles. » (Don Curzio Nitoglia, 28 Janvier 2009).

10. Charles Journet, Le Traité de l’Eglise, 1957. Le cardinal Journet, cardinal-diacre de S. Maria in Portico Campitelli, rappelle : « Le Christ, écrit saint Paul, « est la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église, lui qui est le principe, le premier-né d’entre les morts, (il fallait qu’il obtînt en tout la primauté), car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix » (Col.,18-20). » (Ibid.).

11 Que Jean XXIII, en tant que théologien privé, ait adhéré à des conceptions modernistes est une évidence. Plus contestable en revanche, les affirmations, parfois assez fantaisistes, concernant les hypothétiques appartenances d’Angelo Roncalli, futur Jean XXIII avec les sociétés secrètes avant l’accession à son pontificat. Rien ne semble pouvoir être formellement démontré, le témoignage de Jaime Ayala Ponce, qui a publié en trois volumes, un ouvrage intitulé « Introduccion a la francmasoneria », citant Pier Capri, journaliste et essayiste italien rédacteur d’ouvrages, pas très sérieux, traitant des thèmes maçonniques, ne présente aucune garantie de fiabilité, et s’apparente à du pur roman-fictioncatholicisme,christianisme,conclave,conclavisme,culture,curie,curie romaine,droit canon,droit canonique,droit divin,eglise,eglise catholique,foi,hérésiarques,hérésie,histoire,la question,liturgie,luthéranisme,luther,messe,papauté,pape,pie xii,pontife,pontife romain,religion,rome,saint siège,schismatique,schisme,société,tradition,vatican,vatican ii,franc-maçonnerie,libéralisme,œucuménisme issu de l’imagination fertile d’un auteur qui n’apporte aucune source vérifiable à ses allégations, et prend visiblement de grandes libertés avec les faits : «En 1935, Angelo Roncalli, archevêque de Mesembria est délégué apostolique en Turquie. Pour lui la vie n’est pas facile. C’est la guerre; comme d’autres prêtres ou religieux, il doit porter des vêtements de laïc. C’est précisément à cette époque qu’il est invité à rentrer dans une société héritière des enseignements Rose-Croix à qui Louis Claude de Saint-Martin, le comte de Saint Germain et le comte de Cagliostro donnèrent tant de force ... c’est lors d’une des séances dans une loge qu’Angelo Roncalli tombe en transe mystique et c’est précisément le moment où il énonce ses fameuses prophéties...». (Cf. Pier Carpi, Les prophéties du pape Jean XXIII, J’ai Lu, 1978). Notons au passage, que le théosophe français Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), n’a jamais été Rose-Croix, que Giuseppe Balsamo (1743-1795), dit « Cagliostro », qui fut impliqué dans l’affaire du Collier de la reine, désigné comme le « Grand Cophte » en s'étant rendu célèbre par la diffusion d'un rite maçonnique « égyptien » aux origines incertaines, ne le fut sans doute pas lui non plus, et que le célèbre comte de Saint-Germain (1707-1784), curieux voyageur spécialisé dans le commerce des teintures, le flou le plus total concernant sa vie n’autorise pas à des affirmations rapides. On s’étonne donc que certains milieux, prêtent une quelconque validité à des écrits de ce type, édités dans des collections « grand public », relativement peu regardantes avec les critères historiques universitaires. Quant au témoignage, tout aussi invérifiable, de l’ex-Père Malachi Brendan Martin (1921-1999) ancien prêtre jésuite, qui fut le secrétaire du cardinal Augustin Bea (1881-1958), relevé de ses vœux de religion à sa demande par Paul VI en 1964, et quittant l'ordre jésuite pour devenir écrivain, il relève des mêmes suppositions gratuites cette fois-ci, évoquant dans un entretien en septembre 1996 (cf. L’Église est éclipsée, op.cit., p. 19), une réception maçonnique d’Angelo Roncalli, alors nonce apostolique à Paris, soi-disant par Vincent Auriol (1884-1966) qui devint Président de la République en 1947. Ce qui est vrai et tout à fait réel, c’est que le futur Jean XXIII, fut nommé à Paris le 22 décembre 1944, en remplacement de l’ancien nonce Mgr Valerio Valeri (1883-1963), favorable au Régime de Vichy et au clergé qui avait soutenu le Maréchal Pétain. Il fit preuve pendant cette période, d’un talent d’habile négociateur, se montrant aimable et débonnaire à l’égard du Gouvernement de la République, observateur tolérant envers les « nouvelles initiatives pastorales » du clergé français très à gauche, bienveillant vis-à-vis de l’engagement des prêtres ouvriers. C’est ainsi qu’il fut créé cardinal en 1953, et reçut sa barrette du Président Vincent Auriol qui en avait fait la demande, au titre d'un ancien privilège des souverains français. C’est donc une personnalité hautement progressiste, rompue aux négociations diplomatiques avec les autorités laïques, qui devint pape le 28 octobre 1958.

12. C'est dans le livre XV de son ouvrage La Cité de Dieu, que saint Augustin (354-430), Père et docteur de l'Eglise, développa le plus complètement l'exposé de sa doctrine des « deux Cités », qui devint l'une des colonnes fondatrices de la théologie chrétienne : « Comme Adam était le père de ces deux sortes d’hommes, tant de ceux qui appartiennent à la cité de la terre que de ceux qui composent la Cité du ciel, après la mort d’Abel, qui figurait un grand mystère (ce mystère est sans doute la mort du Christ), il y eut deux chefs de chaque cité, Caïn et Seth, dans la postérité de qui l’on voit paraître des marques plus évidentes de ces deux cités. En effet, Caïn engendra Enoch et bâtit une cité de son nom, laquelle n’était pas étrangère ici-bas, mais citoyenne du monde, et mettait son bonheur dans la possession paisible des biens temporels. Or, Caïn veut dire Possession, d’où vient que quand il fut né, son père ou sa mère dit: « J’ai acquis 5 un homme parla grâce de Dieu » (Gen. VI, 1.); et Enoch signifie Dédicace, à cause que la cité de la terre est dédiée en ce monde même où elle est fondée, parce que dès ce monde elle atteint le but de ses désirs et de ses espérances. Seth, au contraire, veut dire Résurrection, et Enos, son fils, signifie Homme, non comme Adam qui, en hébreu, est un nom commun à l’homme et à la femme, suivant cette parole de l’Ecriture : «Il les créa homme et femme, et les bénit et les nomma Adam » (Gen. V, 2).(…) Or, comme Caïn, fondateur de la cité de la terre, et son fils Enoch, qui nomma cette cité, marquent par leurs noms, dont l’un signifie possession et l’autre dédicace, que cette même cité a un commencement et une fin et qu’elle borne ses espérances à ce monde-ci, de même Seth, qui signifie résurrection, étant le père d’une postérité dont la généalogie est rapportée à part, il est bon de voir ce que l’Histoire sainte dit de son fils. »(St. Augustin, La Cité de Dieu, L. XV, Ch. XVII, « Des deux chefs de l’une et l’autre cité issue du même père. »).

jeudi, 05 janvier 2012

L’Eglise est une monarchie de droit divin

Tomb_Gregorius_XV_Sant_Ignazio II.jpg 

« La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit

se complètent et s'achèvent mutuellement,

elles proviennent d'un seul et même Sauveur. »

Pie XII, Mystici Corporis, 1943.

 

 

Première Partie : 

1. La nature ontologique de l’Eglise

 

 

 

Armes pontificales.jpgL’une des plus graves erreurs contemporaines, erreur si caractéristique de notre siècle dans lequel triomphent l’individualisme et le subjectivisme, est sans conteste l’hérésie schismatique connue sous le nom de « sédévacantisme », qui substitue aux critères catholiques du droit divin ecclésial les fausses lumières du raisonnement privé et du libre-examen, conférant qui plus est à ces lumières erronées surgies de l’intelligence personnelle incompétente en ces matières touchant à l’infaillibilité, un pouvoir juridictionnel, une autorité délibérative et une puissance exécutoire au mépris de toutes les lois traditionnelles de l’Eglise catholique.

 

Pourtant, c’est oublier que l’Eglise a été fondée sur un droit lui-même fondateur et constitutif : le « droit divin » par lequel Jésus a confié à Pierre la garde de son Eglise (Matthieu XVI, 16), ce qui explique pourquoi tout est soumis au droit divin dans l’Eglise, les hommes, les sacrements, les institutions, et en premier lieu  l’élection pontificale elle-même, ceci signifiant que toute expression de la foi de l’Eglise dépend, est codifiée, régie par le droit divin qui est la source ontologique de la légitimité de la sainte société instituée par Jésus-Christ, et que nul ne peut, sous peine de péché grave, du haut d’un imaginaire tribunal individuel, s’y soustraire ou ne pas en respecter les saintes règles sans contredire coupablement le principe sacré d’autorité.

 

 

 

I. L’Eglise est fondée sur de droit divin

 

Mgr Gousset.jpgMgr Thomas Gousset (1792-1866) qui fut cardinal-archevêque de Reims, de pieuse mémoire, a su rappeler en son temps les principes fondateurs du droit divin : «La religion chrétienne est divine c’est Jésus-Christ lui-même qui a fondé l’Eglise qui porte son nom, et cette Eglise doit, aux termes des prophètes et de l’Evangile, durer autant que le monde ; elle est pour tous les temps et pour tous les peuples. L’Eglise est une société ; elle a par conséquent un gouvernement, un ordre hiérarchique qui distingue ceux qui enseignent de ceux qui sont enseignés, ceux qui gouvernent de ceux qui sont gouvernés. Cette société est nécessairement extérieure et visible ; elle est d’ailleurs une, sainte, catholique et apostolique. […] Les principales propriétés de l’Eglise sont l’autorité, la visibilité et la perpétuité, l’unité, la sainteté, la catholicité et l’apostolicité. Ces propriétés sont toutes renfermées, les trois premières implicitement, les quatre dernières explicitement, dans ces paroles du symbole du premier concile œucuménique de Constantinople de l’an 381 : ‘‘Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique’’… la visibilité et la perpétuité sont donc, comme l’autorité, des propriétés de l’Eglise. » [1]

 

 

Saint Pierre au ciel.jpg

 

« La visibilité et la perpétuité sont donc,

comme l’autorité, des propriétés de l’Eglise. »

 

- Mgr Thomas Gousset -

 

 

Mais de quelle forme de gouvernement Jésus a-t-il souhaité pour son Eglise ? La réponse tout fidèle catholique devrait la connaître : le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué une monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin », face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme.

 

L’Abbé Boulanger l’exprime ainsi : « Jésus-Christ a fondé une Église monarchique en conférant à saint Pierre une primauté de juridiction sur toute l'Église. Jésus-Christ avait constitué à la tête de son Église un chef suprême, saint Pierre, que l'Évêque de Rome, c'est-à-dire le Pape, était le successeur de saint Pierre dans la primauté et que, de ce fait, il avait la plénitude des pouvoirs conférés par Jésus -Christ à son Église. » [2]

 

De ce fait que représente le pape qui est à la tête de l’Eglise ?

 

Saint Pierre apotre.jpgLa réponse est évidente : « Pierre, et tous ses successeursSaint Pierre.jpg représentent la personne de Jésus-Christ, comme le vice-roi représente le roi. Pierre et ses successeurs président l’Eglise universelle en monarques ; c’est pourquoi ils sont le principe de l’unité de l’Eglise, qui est le royaume de Jésus-Christ. Car de même qu’il n’y a qu’un empire là où il n’y a qu’un empereur, qu’un royaume là où ne règne qu’un roi, un monde que Dieu a fait et gouverne, un ciel qu’éclairci un soleil ; ainsi l’Eglise ne serait pas le seul royaume visible de Jésus-Christ, si elle n’avait un seul chef visible, à qui tout entière elle se soumît, et qui la gouvernât ; ce chef, c’est Pierre et chacun de ses successeurs. Le privilège de Pierre est que son pouvoir passe d’âge en âge à ses successeurs ; les autres patriarches disparaissent, lui demeure le même, il traverse les siècles et demeurera jusqu’à la fin du monde. » [3]  

 

II. Le droit divin est la source de tout pouvoir dans l’Eglise

 

Ceci exposé, comment s’établit la source de la légitimité juridique au sein de l’Eglise, permettant de légiférer, décider, ordonner et gouverner ? 

 

De nouveau Mgr Gousset nous l’explique : « La puissance spirituelle du pape vient de Jésus-Christ ; c’est l’Esprit-Saint qui a établi le pape pour gouverner l’Eglise de Dieu. Or, c’est un dogme catholique que le pape, une fois légitimement élu, reçoit immédiatement de Jésus-Christ, avec le titre de successeur de saint Pierre, les clefs du royaume des cieux, avec le plein pouvoir de paître les agneaux et les brebis, de régir et de gouverner, non une partie de l’Eglise ou une Eglise particulière, mais toutes les Eglises ou l’Eglise universelle. […] L’Eglise, dont le pape est le chef, est une vraie monarchie. Gerson n’hésite point à déclarer hérétique et schismatique quiconque nierait que le pape a été institué de Dieu surnaturellement et immédiatement, et qu’il possède une primauté monarchique et royale dans la hiérarchie ecclésiastique. Il enseigne que l’Eglise a été fondée par Jésus-Christ sur un seul monarque suprême ; que la puissance ecclésiastique dans sa plénitude est formellement et subjectivement dans le seul pontife romain, et qu’elle a été donnée surnaturellement par Jésus-Christ à Pierre comme vicaire et au souverain monarque, pour lui et pour ses successeurs, jusqu’à la fin des siècles (De potestate ecclesiastica, consid. X.). » [4]

 

De son côté Cajetan écrit :

green1.jpg« Pour comprendre la nature du régime de l’Eglise, il n’y a qu’à regarder ses commencements. Elle n’a point débuté par quelques individus ni par une communauté quelconque. Elle s’est groupée autour de Jésus-Christ, son chef, sa tête, de même nature qu’elle, d’où lui venaient la vie, la perfection, la puissance. Ce n’est pas vous, dit-il, qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. Dès la naissance de l’Église, son régime apparaît donc nettement. L’autorité ne réside point dans la communauté, on ne la voit point se transporter, comme dans l’ordre civil, de la communauté jusqu’à un ou jusqu’à plusieurs chefs. Par nature et primordialement, elle réside dans un seul prince reconnaissable. Comme ce prince est le Seigneur Jésus, qui hier, aujourd’hui et dans tous les siècles doit vivre et régner, il résulte qu’en droit naturel c’était à lui, et pas à la communauté ecclésiastique, qu’il appartiendrait au moment de l’Ascension de se choisir un vicaire, dont le rôle serait non pas de représenter la communauté ecclésiastique née pour obéir, non pour commander, mais de représenter un prince dominateur par nature de la communauté ecclésiastique. Voilà donc ce qu’a daigné faire notre Sauveur lui-même lorsque, après être ressuscité, avant de s’en retourner dans les cieux, il élut, comme le marque saint Jean, l’unique apôtre Pierre pour son vicaire. Et de même qu’en droit naturel le prince de l’Église ne tient pas son autorité de l’Église; pas davantage son vicaire, qui relève de lui, non de l’Église. » (Apologia de comparata auctoritate papce et concil11, cap. I, n 450- 452).

Saint Pierre et le Christ.jpg

 

« Le gouvernement de l’Eglise est monarchique

en vertu même de sa constitution, qui est divine… »

 

 

Quelle est la conséquence d’une telle origine surnaturelle de l’Eglise ?

 

St-Athanasius.jpgTout simplement que l’Eglise, fondée sur le droit divin, obéit à des principes monarchiques lui conférant un caractère invariable, permanent, intangible et constant : « Il faut donc reconnaître que l’Eglise est, de droit divin, une vraie monarchie ; que le pape en est le chef suprême et le souverain, duquel découle tout pouvoir spirituel. (…) Le gouvernement de l’Eglise étant, comme l’Eglise elle-même, essentiellement un, perpétuel, invariable, est nécessairement toujours le même, c’est-à-dire toujours et nécessairement monarchique ; car il est monarchique en vertu même de sa constitution, qui est divine…Il est aujourd’hui ce qu’il était hier, et sera, jusqu’à la consommation des siècles, et ce qu’il a toujours été depuis le commencement, depuis le jour où Jésus-Christ a fait de saint Pierre le fondement de son Eglise, contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront point, en même temps qu’il lui a confié les clefs du royaume des cieux, c’est-à-dire, le gouvernement de son Eglise. L’autorité vivante et infaillible ne se trouve que dans cette Eglise que Jésus-Christ a établie sur Pierre, le chef, le prince et le pasteur de toute l’Eglise. » [5]

 

Ceci implique nécessairement une vérité essentielle : « L’Eglise est constituée de telle manière qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuables ses pontifes légitimes, qui remontent sans interruption jusqu’à Pierre, étant héritiers de la même doctrine, de la même dignité, du même rang et de la même puissance.  Où est Pierre, là est l’Eglise. Pierre parle par la bouche du pontife romain ; il vit toujours dans ses successeurs. C’est dans la chaire du bienheureux Pierre que Jésus-Christ a placé l’indestructible fondement de son Eglise. » [6]

 

St. Pierre Jésus.jpg

 

 

« L’Eglise est constituée de telle manière

qu’elle a toujours à sa tête et dans sa chaire immuables

ses pontifes légitimes,

qui remontent sans interruption jusqu’à Pierre… »

 

 

C’est cette doctrine du droit divin que l’on retrouve au cœur du dogme de l’infaillibilité promulgué lors du concile Vatican I, ainsi formulé dans Pastor Æternus : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de "droit divin" (iure divino), que le bienheureux Pierre a des "successeurs perpétuels" (perpetuos successores) dans sa primauté sur l’Église universelle, ou que le Pontife romain n’est pas le successeur du bienheureux Pierre en cette primauté, qu’il soit anathème. » (Constitutio dogmatica Pastor Æternus § 2. « De perpetuitate primatus beati Petri in Romanis Pontificibus », Vatican I, 1870).

 

III. Le droit divin irrigue le Corps de l’Eglise comme réalité intrinsèque

 

Les sources scripturaires, patristiques et dogmatiques de l’Église montrent la liaison intime entre l’essence spirituelle de la société fondée par Notre Seigneur, et la loi de cette société, son droit qui est précisément, en raison de son caractère surnaturel : « droit divin ». Et ce « droit » ne provient pas de l’extérieur, il ne vient pas se greffer, s’agréger, se fixer sur l’Eglise, mais surgit, émane d’elle, est constitutif de l’organisation conférée par le Christ à son épouse. : « Les dénominations ordinaires des Livres Saints, tous ces Livres ensemble sont appelés ou entendus simplement par le mot Canon, d’où vient l’expression de Livres canoniques employée dans les Conciles. On voit dans le titre premier du premier Livre de ces Institutes, que Canon signifie règle : or les Livres qu’on appelle de ce nom, ‘‘canoniques’’, ne sont autre chose que la règle de notre Foi. » [7]

 

Nul rapport de dissociation entre le droit et l’être de l’Eglise, nulle fracture ontologique entre le « droit » et la « foi », aucune barrière théologique entre le fondement décisif et la règle juridique positive régissant la structure ; le lien intime est à ce point insécable, inséparable, que la foi de l’Eglise découle de son droit divin, de même que son droit, est issu de sa foi en Jésus-Christ reconnu en tant que Vrai-Homme et Vrai-Dieu.

 

Pie VI.jpgPie VI le dira avec force :

 

« La discipline de l’Église est l’expression de sa doctrine (…), il est bon d’observer d’abord la liaison intime que la discipline a souvent avec le dogme, combien elle contribue à conserver sa pureté…Tant d’exemples d’anathèmes lancés contre les infracteurs de la discipline, prouvent que l’Église a toujours cru qu’elle était étroitement liée avec le dogme. »  (Pie VI, Quod Aliquantum, 10 mars 1791).

Ceci explique pourquoi la dimension institutionnelle de l’Eglise et sa juridicité sont intégrées, comme l’histoire du droit canon, dans l’examen de la constitution divine de l’Eglise catholique. Est-ce le respect de cela qui relèverait d’un « oubli » des critères de la vie surnaturelle ? Etrange idée en vérité, car la substance de la vie surnaturelle de l’Eglise lui est conférée par son Divin Fondateur qui l’assiste, lui insuffle cette vie et la transmet à chaque instant de son être propre, par la communication permanente et mystérieuse de sa grâce sur le plan existentiel et mystique. Ceci depuis la Pentecôte jusqu’à aujourd’hui, sans interruption, car cette assistance est une promesse du Seigneur.

D’ailleurs le Concile Vatican I affirme que Dieu a institué l'Église pour une fin surnaturelle, pour rendre éternelle l'œuvre de la ré­demption des hommes, et explique que sa finalité détermine sa nature juridique et hiérarchique :

 

Pape Pie IX.jpg« Le Pasteur éter­nel et l'évêque de nos âmes (I Pierre II, 25), afin de rendre perpétuelle l'œuvre sa­lutaire de sa rédemption, résolut d'édifier la Sainte Église en laquelle, comme dans la maison du Dieu vivant, tous les fidèles se­raient unis par le lien d'une même foi et d'une même charité... De même donc qu'il a envoyé les Apôtres qu'il s'était choisi dans le monde (Jn XV, 19), comme Lui-même avait été envoyé par le Père (Jn XX, 21), de même il a voulu des pasteurs et des docteurs dans son Église « jusqu'à la consommation des siècles » (Matth. XXVIII, 20). » (Pie IX, Pastor Aeternus, 1870).

Léon XIII, rappelant que l’Eglise est le Corps du Christ, affirme également que les éléments juri­diques, institutionnels de l'Église, sont unis et liés à la vie surnaturelle par la communication permanente de la grâce divine :

« Il s'ensuit que ceux-là sont dans une grande et pernicieuse erreur, qui, façonnant l'Église auLeon XIII.jpg gré de leur fantaisie, se l'imaginent comme cachée et nullement visible ; et ceux-là aussi qui la regardent comme une institution humaine, munie d'une organisation, d'une discipline, de rites extérieurs, mais sans aucune communication permanente des dons de la grâ­ce divine, sans rien qui atteste, par une manifestation quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu. L'une et l'au­tre de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l'Église de Jésus-Christ que le corps seul ou l'âme seule est incapa­ble de constituer l'homme. L'ensemble et l'union de ces deux éléments est absolu­ment nécessaire à la véritable Église, à peu près comme l'intime union de l'âme et du corps est indispensable à la nature humai­ne. L'Église n'est pas une sorte de cadavre : elle est le corps du Christ, animé de sa vie surnaturelle. Le Christ Lui-même, Chef et Modèle de l'Église, n'est pas entier, si on regarde en Lui, soit exclusivement la natu­re humaine et visible, comme font les parti­sans de Photin et de Nestorius, soit unique­ment la nature divine et invisible, comme font les Monophysites ; mais le Christ est un par l'union des deux natures, visible et invisible, et il est un dans toutes les deux ; de la même façon, son corps mystique n'est la véritable Église qu'à cette condition, que ses parties visibles tirent leur force et leur vie des dons surnaturels et des autres élé­ments invisibles ; et c'est de cette union que résulte la nature propre des parties extérieures elles-mêmes. » (Léon XIII, Satis Cognitum, 1896).

Enfin Pie XII explique que l'Église possède son droit et ses éléments juridiques voulus par Notre-Seigneur, ce qui lui confère une vie supé­rieure de par l'Esprit surnaturel :

Pie XII bénissant.jpg«En consé­quence, la signification exacte de ce mot nous rappelle que l'Église, qui doit être re­gardée comme une société parfaite en son genre, n'est pas seulement composée d'éléments et de principes sociaux et juridiques. Elle surpasse, et de beaucoup, toutes les autres communautés humaines ; elle leur est supérieure autant que la grâce surpasse la nature, et que les réalités immortelles l'emportent sur toutes les réalités périssa­bles. Les communautés de cette sorte, sur­tout la société civile, ne doivent pas être méprisées, certes, ni traitées comme des choses de peu de valeur ; cependant l'Égli­se ne se trouve pas tout entière dans des ré­alités de cet ordre, pas plus que l'homme ne consiste tout entier dans l'organisme de notre corps mortel. Ces éléments juri­diques, il est vrai, sur lesquels l'Église, elle aussi, s'appuie et qui la composent, pro­viennent de la constitution divine donnée par le Christ, et servent à atteindre la fin surnaturelle ; néanmoins ce qui élève la so­ciété chrétienne à un degré qui dépasse ab­solument tout l'ordre de la nature, c'est l'Esprit de notre Rédempteur qui, comme source des grâces, des dons et de tous les charismes, remplit à jamais et intimement l'Église et y exerce son activité. L'organis­me de notre corps est, assurément une œu­vre merveilleuse du Créateur ; mais com­bien est-il dépassé par la haute dignité de notre âme ! De même la structure sociale de la communauté chrétienne, qui procla­me d'ailleurs la sagesse de son divin archi­tecte, est cependant d'un ordre tout à fait inférieur, dès qu'on la compare aux dons spirituels dont elle est ornée et dont elle vit, et à leur source divine. » (Pie XII, Mystici Corporis, 1943).

IV. L’élection du  Pontife est un acte infaillible

Ainsi donc, si l’assurance pour l’Eglise et son institution de cette assistance de la grâce divine permanenteOrdo Rituum Conclavis.jpg et perpétuelle est une vérité affirmée par le Christ, l’Ecriture Sainte et les enseignements dogmatiques des papes, comment imaginer que le lors de l’acte le plus solennel de sa vie, à savoir l’élection du successeur de saint Pierre, l’Esprit-Saint puisse faire défaut aux membres du Sacré-Collège ? Cette supposition absolument impie, réfutée par tous les docteurs de l’Eglise, est pourtant celle qui se retrouve dans les thèses schismatiques qui poussent certains à soutenir, avec une audace prodigieuse : « Dieu ne donne que sa grâce actuelle lors de l’élection et peut permettre l’élection d’un imposteur », ce qui, on en conviendra, relève de la plus épouvantable des erreurs sacrilèges anticatholiques !

 

 

Conclave.jpgLe troisième concile de Latran en 1179, s’occupant des lois à suivre pour l’élection des papes, fixera des règlements plus sévères encore que pour tout autre siège ministériel de l’Eglise. La raison qu’il en donnait étaient que, « lorsqu’il s’agit du pape de l’Eglise de Rome, il faut quelque chose de particulier, parce qu’il n’est point de supérieur auquel on puisse avoir recours. » Ainsi, « l'Ordo Rituum Conclavis » fera du Conclave tout entier un office liturgique, établissant des règles qui instituent des temps de prière et des précautions de clôture quasi-conventuelles, règles telles qu’on peut les retrouver dans des retraites fermées pour accomplir un discernement spirituel. Les lieux sont circonscrits et protégés (de Sainte Marthe à la Chapelle Sixtine, en passant par les jardins du Vatican), la communication extérieure supprimée (même la presse écrite), les communications internes codifiées et insérées dans un règlement précis, les rôles et responsabilités préétablis, les services nécessaires circonscrits dans le même enfermement. Le tout est encadré, jusque dans les plus petits détails, par des propositions de célébrations liturgiques habituelles (messes et liturgie des heures), ou adaptées aux divers événements, et les cardinaux chantant les paroles : «Imple superna gratia, quae tu creasti pectora», poursuivent leur invocation à l'Esprit Saint, qui suit le chant des litanies avant chaque scrutin.

Saint-Esprit.jpgIl est donc en effet une certitude absolue dans l’Eglise depuis toujours, c’est quepapal-mass.jpg tout ce qui entoure l’élection du successeur de Pierre est garanti par l’assistance de l’Esprit-Saint, assistance de nature infaillible.

C’est une vérité intangible, fondamentale, car elle touche aux fondements de l’édifice de la catholicité, dont la négation hypothétique émise par les schismatiques, reprise à présent par les sédévacantistes égarés, fut rejetée avec la plus extrême fermeté par tous les théologiens et docteurs de l’Eglise, car venant contredire une vérité qualifiée, à juste titre, d’indestructible par Mgr Louis Billot(1846-1931) : « Quoi qu’on puisse penser de la possibilité ou de l’impossibilité de l’hypothèse susdite, au moins un élément doit être maintenu comme indestructible et absolument certain : l’adhésion universelle de l’Eglise sera toujours en elle-même le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife et de l’existence de toutes les conditions requises pour la légitimité même. La raison d’une telle vérité ne nécessite pas de longues argumentations. En effet, elle est immédiatement démontrable à partir de l’infaillibilité promise par le Christ et par sa Providence : “Les Portes de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle”, et encore : “Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles”. De cela il s’ensuit que si l’Eglise adhérait à un faux pontife ce serait comme si elle adhérait à une fausse règle de la foi, le Pape étant la règle vivante de la foi que l’Eglise doit suivre et de fait suit toujours, comme il apparaîtra clairement de ce que par la suite nous dirons. Si Dieu peut permettre que parfois la vacance du Siège apostolique se prolonge longtemps, s’Il peut aussi permettre qu’un doute se lève sur l’un ou l’autre élu, en revanche il ne peut pas permettre que toute l’Eglise reconnaisse comme Pontife un pape qui ne soit pas vrai et légitime. Dès l’instant où il est reconnu, il est uni à l’Eglise comme la tête l’est au corps ; aucune difficulté ne doit plus être soulevée quant à une éventuelle anomalie dans la procédure de l’élection ou quant à l’absence d’une des conditions nécessaires à la légitimité, car la reconnaissance de l’Eglise ôte à la racine toute éventuelle anomalie dans l’élection et elle manifeste infailliblement la présence de toutes les conditions requises. » (Cardinal L. Billot,, De Ecclesia Christi, Quaest. XIV Th. 29, § 3).

 

Et cet acte de « reconnaissance universelle », ceci est une loi effectivement issue, liée indéfectiblement auPius_XII_Coronation.jpg « droit divin », est de nature absolument infaillible ! Cette certitude de l’infaillibilité absolue de l’acte écarte de la sorte radicalement toute supposition insensée au sujet de la légitimité de l’élu : « L'acceptation pacifique de l'Église universelle s'unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l'Église engage sa destinée. C'est donc un acte de soi infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. » (Cardinal L. Billot, De Ecclesio, t. XXIX, § 3, p. 621).

 

Refuser ce principe, c’est-à-dire ne pas reconnaître comme pape celui élu par le conclave comme authentique Pontife de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, légitime successeur de Pierre, c’est être « anathème » selon les termes de Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (Pastor Aeternus, 1870).

 

 

V. Le droit divin, issu de la Révélation, fonde l’Eglise

 

Sainte Trinité.jpgDe ce fait le droit, le « droit divin », entoure, préside, régit la succession, la transmission, l’autorité, la représentation, et jusqu’à la conservation de la foi dans l’Eglise, conservation qui est entourée par un luxe de précautions. Y aurait-il, en reconnaissant cette situation, « création d’une réalité divine », d’une « pseudo substance » originale et nouvelle, parce que le droit divin, depuis toujours, communique la vie surnaturelle à l’Eglise ? Voila une idée plus que surprenante, montrant l’ignorance des sources de la formation de l’Eglise et la profonde méconnaissance de la nature même de ce qu’est le « droit divin », propre à la divine institution fondée par le Christ, droit qui est très loin du juridisme profane et se rattache à la Personne même de Jésus.

Pie XII a déjà répondu à ce type d’objection, montrant que le droit divin, la partie juridique de l’Eglise, comme la foi, est constituée de par le caractère surnaturel de l’Eglise : « C'est pourquoi Nous déplorons et Nous condamnons l'erreur funeste de ceux qui rêvent d'une prétendue Église, sorte de so­ciété formée et entretenue par la charité, à laquelle - non sans mépris - ils en opposent une autre qu'ils appellent juridique. Mais c'est tout à fait en vain qu'ils introduisent cette distinction : ils ne comprennent pas, en effet, qu'une même raison a poussé le divin Rédempteur à vouloir, d'une part, que le groupement des hommes fondé par lui fût une société parfaite en son genre et munie de tous les éléments juridiques et so­ciaux, pour perpétuer sur la terre l'œuvre salutaire de la Rédemption. » (Pie XII, Mystici Corporis, 1943).

Aucune opposition, aucune distinction entre juridique et dogmatique, aucune création d’une « pseudo substance » à l’image d’une superstructure hétérogène plaquée sur un corps étranger, mais imbrication pour la perpétuation de l'œuvre salutaire de la Rédemption. 

 

thomas_bonnaventure.jpg

« La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit

se complètent et s'achèvent mutuellement,

elles proviennent d'un seul et même Sauveur »

Pie XII - Mystici Corporis, 1943.

 

Resurrection-.jpgPie XII rajoute : « Il ne peut donc y avoir aucune opposition, aucun désaccord réels entre la mission dite invisi­ble du Saint-Esprit et la fonction juridique, reçue du Christ, des Pasteurs et des Doc­teurs ; car - comme en nous le corps et l'âme - elles se complètent et s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur, qui n'a pas seulement dit en insufflant l'Esprit divin : « Recevez le Saint-Esprit » (Jn XX, 22), mais qui a enco­re ordonné hautement et clairement : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jn XX, 21), et « Celui qui vous écoute, m'écoute » (Lc X, 16).» Mystici Corporis, 1943).

Les mots de Pie XII sont extrêmement forts : « La fonction juridique et la mission du Saint-Esprit se complètent et s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur », le Droit et la Foi, selon Pie XII, se complètent et s’achèvent mutuellement, nul rapport de degré d’autorité, mais de complémentarité permettant d’aboutir au même achèvement. Et ceci en raison d’un fait évident : le Droit divin et la Foi proviennent d'un seul et même Sauveur faisant que le caractère divin du droit de l’Eglise procède, de par sa nature positive de droit voulu et conçu par le Seigneur, ne se contentant pas d’organiser « la communication humaine de la Vie divine » (sic), mais à pour mission sacrée, selon Pie XII,  de « perpétuer sur la terre l'œuvre salutaire de la Rédemption. » 

Alors en effet, comme la foi, le droit irrigue le Corps de l’Eglise comme le sang le corps humain, et le Souverain Pontife, parce qu’il est un « élu de droit divin », devient de la sorte, concrètement, « l’Elu direct de Dieu ». Il ne détient son autorité et son pouvoir que du Ciel, recevant, comme un  « monarque » de « droit divin », mais plus encore car son élection lui vient du Christ dont il est le Vicaire sur cette terre, l’autorité législative et judiciaire, ce que confirme Mgr Henri Sauvé (1817-1896), prélat de la Maison de sa Sainteté, théologien pontifical et consulteur de la Sainte Congrégation de l’Index : «La souveraineté de l'Eglise se personnifiant dans le Pape, l'Eglise n'est souveraine que par le Pape, et par conséquent il n'y a en réalité d'autre souveraineté ecclésiastique que la souveraineté pontificale. Le Pape, en sa qualité de souverain, a été investi par Dieu non seulement du pouvoir législatif, mais encore du pouvoir judiciaire, corollaire du pouvoir législatif. » [8]

 

Dogme.jpg Voilà pourquoi l’Eglise, établie sur le « droit divin » du Pape, est fondée sur un droit devant lequel tous les autres droits, sans exception aucune, et notamment le droit disciplinaire, s’effacent absolument. La monarchie romaine fonde, fait et établit l’Eglise, monarchie qui est une donnée révélée à laquelle aucun fidèle ne peut s’opposer. Le même Mgr Sauvé insistait donc : « Le concile du Vatican, en proclamant la souveraineté du Pape, a déclaré par là même quelle est la constitution de l'Egliseou sa forme gouvernementale.  Cette constitution est simple et admirable, comme toutes les oeuvres de Dieu. L'unité devant être un des caractères distinctifs de la société des croyants, Jésus-Christ a voulu assurer cette unité au moyen de l'unité de gouvernement, personnifié dans l'unité de chef. De tous les régimes, en effet, le régime d'un  seul étant, sans contredit, le plus apte à maintenir  l’unité dans une société quelconque, Notre-Seigneur a préféré pour son Eglise la forme monarchique aux autres formes de gouvernement. Tant qu'il est resté sur cette terre, le Christ a été le chef unique, le monarque visible, comme homme, et invisible, comme Dieu, de l'Eglise fondée par lui. Depuis sa glorieuse ascension, il n'a pas cessé d'en être le roi invisible et de verser sur elle ses célestes influences; mais en emportant au ciel sa chair glorifiée, il a dû laisser à sa place quelqu'un qui tînt les rênes du gouvernement visible de la société chrétienne. Ce quelqu'un, qui est son lieutenant, son vicaire, c'est le Pape, fondement, tête et centre de l'Eglise. Le Pape est donc le dépositaire visible de la puissance spirituelle du Christ : c'est lui que le divin Sauveur a établi, dans la personne de saint Pierre, le fondement, la base, la pierre angulaire de la société des croyants; c'est à lui que Notre-Seigneur a donné les clefs de son royaume, c'est-à-dire la souveraine puissance; c'est lui qu'il a établi le pasteur suprême de son troupeau. (…) Ce qui revient à dire que la puissance ecclésiastique se trouve à son plus haut degré concentrée dans les mains du souverain Pontife…monarque suprême et n'ayant ni égal, ni associé dans sa souveraineté (…) Le Pape donc est le suprême monarque de l'Eglise, investi par Dieu du droit de la gouverner d’une façon souveraine et indépendante de qui que ce soit ici-bas… » (Mgr Sauvé, Le Pape, Son Autorité suprême - Son Magistère infaillible, 1890).

 

 

Christ Roi de l'univers.jpg

 

 

Fin de la Première partie.

 

 

Suite : L’Eglise et la doctrine catholique du droit divin

 

 

 

 

Notes.

 

1. Cardinal Gousset, Théologie dogmatique, t. I, Jacques Lecoffre, 1866, pp. 495-496.

 

2. Abbé A. BOULENGER, Manuel d’Apologétique : Introduction à la doctrine catholique, éd. Emmanuel Vitte, Paris Lyon, 1937.

 

3. Abbé Barbier, Les trésors de Cornelius a Lapide, commentaires sur l’Ecriture Sainte, Julien, Lanier, 1836, vol. I, p. 693 ; 695.

 

4. Cardinal Gousset, op. cit., pp. 594-595.

 

5. Ibid., pp. 723-724. 

 

6. Ibid.

 

7. M. Durand, Histoire du Droit Canon, Jean-Marie Bruyset, 1770, Part I. Ch. I, p. 5.

 

8. Mgr Sauvé, Le Pape, Son Autorité suprême - Son Magistère infaillible, 1890. Dans ce même texte Mgr Sauvé explique : « La papauté, telle que Dieu a voulu qu'elle soit, et telle qu'il la conserve en fait, n'est pas une institution humaine, abandonnée à ses propres caprices et pouvant faire tout ce qui lui plaît, sans règle aucune, sans limites de quelque nature qu'elles soient. (…) Le droit divin, naturel ou positif, dont la papauté est la gardienne et l'interprète légitime [la dirige] (…) le collège des cardinaux qui, suivant la belle et juste pensée de Sixte V, représentent les personnes des apôtres, « quand ils prêtaient leur ministère au Christ Sauveur prêchant le royaume de Dieu et opérant le mystère du salut de l'homme » (In Uonsf. Poslquam verum) et qui, après l'Ascension de Jésus-Christ, assistaient Pierre dans son office de Pasteur universel de l'Eglise. » (Mgr Sauvé, Le Pape et le concile du Vatican, 1890, pp. 426-430).

 

 

 

vatican.gif

 

vendredi, 01 avril 2011

Les Papes et le Talmud

 Pape Jules III.jpg

Le Talmud.jpg

 

 

« Le Talmud contient des blasphèmes

contre Dieu le Christ et la Vierge Marie. »

 

Innocent IV (Impia Judaeorum perfidia, 1244).

 

 

Talmud hébreu.jpgLe Talmud (תַּלְמוּד « étude ») est l’un des textes les plus importants du judaïsme rabbinique, tout de suite placé après la Bible hébraïque, dont il est, en quelque sorte, le complément. Composé de la Mishna et de la Guemara, il réunit, rassemble et résume, l’ensemble des discussions rabbiniques sur tous les sujets de la Loi juive, sujets qui sont classés et partagés en six ordres (shisha sedarim, etc.), abordant tous les problèmes relatifs aussi bien à la religion, l’éthique, la morale, la vie conjugale, la médecine, l’économie, et les relations avec les non juifs [1].

Très tôt l’Eglise s’est inquiétée de cet ouvrage dont on pouvait constater l’influence nocive sur le comportement des populations juives, mais il fallut cependant attendre le XIIIe siècle pour qu’une véritable politique d’examen approfondi du contenu du texte soit entreprise afin d'en déterminer la nature exacte, et surtout qu’en soient fermement condamnées les affirmations principales et les blasphèmes absolument scandaleux que l’on découvrit dans les pages du Talmud.

I. La première condamnation : Innocent IV Impia Judaeorum perfidia

CODEX_~1.JPGC’est à Paris, en 1240, que le premier procès du Talmud se déroula, lorsque, après avoir été expulsé de l’école juive dans laquelle il se trouvait, Nicolas Donin (+ 1287), qui s’était converti en 1235 au christianisme et devint franciscain, dénonça les principaux passages antichrétiens du texte, ceci dans une confrontation publique avec le rabbin Yehiel de Paris (+1286) qui était alors le responsable de l’école talmudique (yeshiva), confrontation où furent présents Eudes de Châteauroux chancelier de la Sorbonne,ainsi  que du côté juif, Moïse de Coucy, Juda ben David et Samuel ben Salomon. Faisant suite à sa démonstration, qui épouvanta les examinateurs et théologiens ecclésiastiques dans laquelle Donin cita des passages entiers du Talmud, dont il prouva qu’il était devenu pour les juifs une autre loi (alia lex) quasi supérieure à celle de la Torah,  montrant qu'il contenait d’horribles blasphèmes, encourageait à la haine envers les chrétiens et autorisait les juifs à se jouer des « goyim », de les voler voire les tuer, 24 charrettes remplies de manuscrits talmudiques furent brûlées en place de Grève le 20 juin 1242.

 

Bûcher Talmud.jpg

Les manuscrits talmudiques furent brûlés

en place de Grève à Paris le 20 juin 1242.

 

 

Grégoire IX.jpgC’est à cette époque, en écho direct avec cette confrontation où de nombreux passages épouvantables du Talmud furent révélés aux consciences chrétiennes qui en étaient ignorantes [2], que le pape Innocent IV (1180-1254), l'un des meilleurs canonistes de son époque - reprenant les directives de Grégoire IX qui avait demandé le 9 juin 1239, suite à la promulgation de la bulle Sufficere dibuerat (l5 mars 1233),aux évêques de France de faire confisquer tous les exemplaires du Talmud - écrivit une lettre pontificale qu’il intitula : Impia Judaeorum perfidia (la perfidie impie des Juifs), publiée  le 9 mai 1244, lettre adressée au roi Saint Louis (1226-1270) afin que le souverain puisse légiférer pour se protéger des idées talmudiques en France.

 

 Innocent IV.jpg

Innocent IV exhorta saint Louis

à brûler publiquement le Talmud,

devant le clergé et le peuple.

 

Dans la lettre Impia Judaeorum perfidia, Innocent IV exhortait saint Louis à brûler et faire brûler Saint Louis.jpg publiquement le Talmud, livre abusif, dans son royaume, devant le clergé et le peuple, (praedictum abusionis librum […] coram Clero et populo, incendio concremarint). Innocent IV indique que Jésus Christ, par sa miséricorde et sa longanimité tolère la cohabitation entre Juifs et chrétiens, mais ceci dans l’attente de la conversion des Juifs, même si ces derniers désignés comme « ingrats » n'admettent aucune repentir de leur faute et ne « révèrent pas l'honneur de la foi Chrétienne, avoir renoncé à la loi de Moise et des Prophètes, suivent quelques traditions de leurs aînés » (Ipsi enim ingrati Domino Jesu Christo […] nec reverentes honorem fidei Christianae, omissis […] lege Mosaica et Prophetis, quasdam traditiones suorum seniorum sequuntur).

C’est pourquoi le pape, s’appuyant sur saint Matthieu (XV, 3), après avoir rappelé que les Juifs ont volontairement renoncé au mandat divin à cause de leur tradition qui enseigne des doctrines faussées et les éloigne de la loi et des prophètes, soulignait que les enfants des Juifs étaient nourris et enseignés par le Talmud qui contient « des blasphèmes contre le Dieu et son Christ, la Vierge Marie, des abus faux et des bêtises inouïes » ( « sunt blasphemiae in Deum et Christum ejus, ac beatam Virginem manifestae, abusiones erroneae, ac stultitiae inauditae »). Finalement, le pape demandait expressément qu'il soit interdit aux Juifs d'avoir des serviteurs chrétiens, et que les nourrices chrétiennes n’aillent pas dans les maisons juives, de peur de donner l’impression d’encourager la perfidie judaïque.

II. Les condamnations pontificales du Talmud

Cet acte pontifical va faire autorité pendant plusieurs siècles, et c’est sur lui que vont s’appuyer tous les pontifes ultérieurs qui auront à légiférer contre les Juifs et leurs écrits. On mesure donc combien cet examen de la doctrine du Talmud, suivi de sa condamnation, va s’avérer important au cours des périodes successives de l’Eglise afin de déterminer et fixer l’attitude officielle et magistérielle de Rome à l’égard du texte talmudique.

 

Martin V.jpg

 

« Les Juifs n’ayant pu anéantir le peuple chrétien

en tuant le Christ,

ont voulu le bafouer par la rédaction du Talmud,

un tissu d’horreurs anti-chrétiennes. »

Martin V, Sedes Apostolica, 1425.

 

a) Martin V

Disputatio.jpgLes confrontations entre docteurs chrétiens et talmudistes se multiplièrent évidemment après Innocent IV, et la liste est longue retraçant l’historique des grands débats qui se déroulèrent entre rabbins et théologiens chrétiens. Ainsi à Tortosa, en 1413, à l'instigation de Geronimo de Santa Fé (Joshua Lorki), ancien érudit juif devenu chrétien et médecin du pape Martin V, on démontra que les infâme accusations talmudiques envers les païens et les apostats en des termes outrés, concernaient bien les chrétiens, obligeant Martin V à interdire aux Juifs de lire le Talmud, de par la perversité, faisant devoir aux autorités civiles et religieuses qu’elles en saisissent et détruisent toutes les copies existantes : « Les Juifs n’ayant pu anéantir le peuple chrétien en tuant le Christ ; ils ont voulu le bafouer par la rédaction du Talmud, un tissu d’horreurs anti-chrétiennes. »

 

Jules III.jpg

« Que le Talmud,

mentionnant Jésus Christ ignominieusement

soit damné et brûlé »

Jules III, Cum sicut nuper (1554).

 

b) Jules III

vcindice1.jpgCe fut ensuite Jules III qui, dans sa bulle Cum sicut nuper datée du 29 mai 1554,  ordonna que le Talmud et d'autres livres mentionnant Jésus Christ ignominieusement soient damnés et brûlés (damnaverint et igne comburi fecerint), demandant, de plus, que soit mise en œuvre une nouvelle investigation attentive des écritures talmudistes, stipulant que si les livres contenaient des passages blasphématoires, ils devaient être détruits et retirés des mains des Juifs, sous peine de châtiments pécuniaires ou, si leur obstination ou qualité du délit l'exige, corporelles. (« debitis poenis, tam pecuniariis […] quam si eorum contumacia, aut qualitas delicti exegerit, corporis »).

 

Saint Pie V.jpg

«Les Juifs, par  leurs  sortilèges, incantations,

méfaits et  superstitions magiques,

exposent beaucoup de gens étourdis et infirmes

aux impostures de Satan »

S. Pie V, Hebraeorum gens (1569).

 

c) S. Pie V

kabbale.jpgSi dans sa bulle Hebraeorum gens du 4 mars 1569,  saint Pie V ne se penche pas directement sur la question du Talmuld, expliquant que les Juifs furent méprisés et dispersés à cause de leur incroyance et parce qu'ils avaient été perfides et ingrats quand ils ont rejeté leur Sauveur par la mort indigne (perfida et ingrata suum Redemptorem indigna morte peremptum impie reprobarit), soulignant que les moyens par lesquels ils combattent la faim sont, exécrables et infâmes (foedas et infames artes, quibus famem tolerare possit), le saint pape insistait cependant sur les « sortilèges, les incantations, les méfaits et les superstitions magiques, par lesquelles ils exposent beaucoup de gens étourdis et infirmes aux impostures de Satan » (sortilegiis, incantationibus, magicisque superstitionibus et maleficiis dediti, quamplurimos incautos atque infirmos, Sathanae praestigiis inducunt »), ce qui laissait nettement supposer que les Juifs possédaient et utilisaient des ouvrages de sorcellerie et de magie, dont le Talmud faisait évidemment partie.

 

Grégoire XIII.jpg

« L'ancienne méchanceté des juifs reste exécrée,

[eux] qui ont repoussé le fils de Dieu

et attenté à sa vie criminellement »

Grégoire XIII, Antiqua judaeorum improbitas  (1581).

 

d) Grégoire XIII

Peu de temps après, c’est Grégoire XIII, par le motu proprio Antiqua judaeorum improbitas de 1581, désigné de par ses premiers mots « L'ancienne méchanceté des juifs reste exécrée dans les fils, d'autant plus qu'ils faillissent gravement pour accumuler la mesure de ses pères qui ont repoussé le fils de Dieu et attenté à sa vie criminellement » (Antiqua Judaeorum improbitas tanto execratior consistit filiis, quanto ipsi ad cumulandam patrum suorum mensuram in Dei filio repudiando, ejusque in mortem nefarie conspirando, gravius deliquerunt), qui réitérait les condamnations pontificales.

Dans son Motu proprio Grégoire XIII expliquait qu'après avoir été condamnés à la servitude perpétuelle et dispersés dans tous les pays du monde de par leur crime, les juifs n'ont pas trouvé plus grande clémence que dans les terres des chrétiens (non maiorem in cuiusquam ditione clementiam, quam in Christianorum Provinciis maxime vero in Apostolicae pietatis gremio invenerunt), l’Eglise s'efforçant de les attirer doucement à la lumière de la vérité. Mais, précisait Grégoire XIII, les juifs ne se sont pas adoucis, étant hostiles aux membres du Christ et n'ont pas cessé de commettre des choses effroyables contre la religion chrétienne. En conséquence Grégoire XIII autorisait les inquisiteurs à intervenir dans plusieurs cas où pouvaient s’exercer les impiétés judaïques, obligeant les évêques et tous les prélats à publier son Motu proprio, et à procéder dûment selon son contenu

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mardi, 22 février 2011

La bulle antijuive de Paul IV : ‘‘Cum Nimis Absurdum’’

 

Paul IV.jpg

« …les Juifs, en raison de leur propre faute,

ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel... »

- Paul IV -

 

 

Conclave.jpgLes modernes partisans de la vacance du Saint-Siège [1], se fondent sur la bulle de Paul IV,  Cum ex Apostolatus Officio (1559) [2], pour énoncer, coupablement, leur thèse schismatique, alors même que les dispositions disciplinaires de cette bulle furent abrogées par Pie XII en 1945 par la Constitution Apostolique Vacantis Apostolicae Sedis, ce qui devrait être de nature à mettre un point définitif à toute forme de débat s’agissant de la légitimité des pontifes élus depuis la mort de Pie XII [3].

Mais si certains continuent à se référer par ignorance à cette bulle, aujourd’huirouelle.jpg caduque, relative à l’élection pontificale, étrangement les mêmes observent un absolu silence – ou font preuve d’une grande ignorance - à propos d’une autre bulle de Paul IV, bulle pontificale du 14 juillet 1555 fort intéressante, qui n’a pourtant jamais été abrogée : « Cum Nimis Absurdum », ainsi nommée d'après ses premiers mots : « Comme il est absurde et totalement inopportun que les Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel... ».

 

 

I. Paul IV : contrôleur général de l'Inquisition

paul_IV.gifIl nous faut, pour mieux comprendre le sens de la bulle Cum Nimis Absurdum, nous pencher un instant sur la personnalité de Paul IV, un des fondateurs de l'ordre des Théatins, ce qui nous donnera de mieux saisir qui fut l’homme et le religieux que la situation actuelle de l’Eglise porte sous la lumière des querelles canoniques. En effet, celui qui se nommait Gian Pietro Carafa (1476-1559) et qui devint le 223e pape de l'Église, d’abord évêque de Chieti (1504), puis archevêque de Brindisi (1518) et archevêque de Naples, et qui sera élevé cardinal en 1536 avant de devenir pape le 23 mai 1555 à l'âge de 79 ans sous le nom de Paul IV, avait été désigné comme contrôleur général de l'Inquisition en 1542 par Paul III, lors de la création pontificale de la Sacrée Congrégation de l'inquisition romaine et universelle.

 

 

Escudo.jpgcalend50.jpg                    

Paul IV, fut le contrôleur général de l'Inquisition,

 lors de la création pontificale en 1542,

 de la Sacrée Congrégation de l'Inquisition.

 

 

tribunal.jpgComme chef de l'Inquisition, Carafa se montrera d’une dureté inflexible contreCOL%20EL%20SAMBE%20III.jpg les protestants italiens, faisant condamner et pourchasser les réformés avec une rare énergie. D’ailleurs, son hostilité à la Réforme fut si constante dans ses décisions, que lorsqu’il accéda au pontificat, outre une politique personnelle que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de népotique [4] il s'opposa avec grande vigueur à la paix d'Augsbourg (1555), qui autorisait chaque souverain sur ses territoires à déterminer la confession religieuse de ses sujets, ce qui explique pourquoi, lorsqu'en 1556 Charles Quint abdiqua et que son frère, Ferdinand Ier prit le titre d'empereur élu du Saint-Empire, Paul IV déclara solennellement ce titre invalide, nul et dénué de réalité, plongeant ainsi pour un temps, les nations qui se trouvaient réunies sous les ailes bienfaisantes des aigles de l’Empire dans une situation politique très instable.

Toutefois mal lui en pris, car s’alliant à la France de sorte de lutter et fragiliser le pouvoir impérial hispano-habsbourgien, Paul IV perdit la guerre contre l'Espagne et fut contraint d’accepter, le 12 septembre 1557, les conditions d’une la paix qui lui était très défavorable, paix dite de Cave-Palestrina, après que le duc d'Albe eut occupé les Etats de l'Eglise.

II. Les conditions critiquables de Cum ex Apostolatus Officio

vcindice1.jpgPar ailleurs, Paul IV qui est connu pour ne pas avoir poursuivi le travail commencé lors du Concile de Trente, considérant que la nécessaire rénovation de l'Église était une tâche qui devait être exclusivement réservée à  la Curie pontificale et au Sacré-Collège et non au Concile, mais promulgua, juste avant de mourir, parmi ses derniers actes, outre la mise officiellement en vigueur, en 1559, d’une sévère censure de certains livres suspects de véhiculer des idées nocives, dans l'Index Librorum Prohibitorum, la célèbre bulle Cum ex Apostolatus Officio.

 

Moroni.jpg

 

La bulle Cum ex Apostolatus Officio,

est un écrit de circonstance,

rédigé pour écarter celui qui fut un adversaire de Paul IV

lors de l'élection pontificale :

le cardinal Morone.

 

charles_borromee_image_01.jpgC’est pourquoi on ne saurait, avant que d’aborder la bulle antijuive de Paul IV, ne pas dire un mot des conditions critiquables de la promulgation de Cum ex Apostolatus Officio, bulle rédigée pour écarter un adversaire de Carafa qui avait été également, face à lui, un papabile menaçant lors de son élection, à savoir le cardinal Morone (1509-1580) - cardinal qui faisait l’admiration de saint Charles Borromée (1538-1584) et conduira le Concile de Trente à son terme sous le pontificat de Pie IV, et dont Paul IV ne supportait pas un instant l’idée, en raison d’un antagonisme personnel, qu’il puisse lui succéder, créant ainsi de toute pièce un acte officiel destiné à le barrer dans son éventuelle accession au pontificat, sachant que le cardinal Morone, comme il arrivait souvent à l’époque, avait été interrogé par le Saint Office pour certaines de ses opinions bénignes (le reproche principal qui lui était fait étant de vouloir convertir les protestants en usant de miséricorde et de conviction, et d’éviter, autant que possible, des abjurations de l’erreur obtenues par la force et la contrainte) - afin de retirer tout droit positif d'élection dans le conclave à un cardinal qui pouvait être tenu pour hérétique, et même à l’encontre de celui qui aurait été simplement entendu par l'Inquisition pour un simple et infime soupçon d'hérésie.

On comprend donc mieux le sens de cette bulle Cum ex Apostolatus, dont usent et abusent lespaul-iv-1-sized.jpg sédévacantistes, alors même que Paul IV, le farouche inquisiteur, aurait été littéralement effaré, totalement scandalisé et horrifié de voir l’usage moderne, démocratique, républicain hussite et luthérien que l’on fait de son texte, utilisé de façon indue et illégitime par des laïcs et de simples clercs qui piétinent allègrement leurs devoirs catholiques sacrés de soumission et d’obéissances en s’instituant examinateurs et  juges, pour contester l’élection des papes, ou cesser de les reconnaître comme légitimes pontifes de l’Eglise et authentiques successeurs de saint Pierre [5].

III. Origine de la bulle antijuive Cum Nimis Absurdum 

istockphoto_4734590-paul-iv.jpgPaul IV, était désireux de conférer à l'Église catholique un pouvoir accru, alors qu’elle était fragilisée par le passage aux idées de Luther qu’opéraient les nations germaniques, et les vives tensions qui n’avaient de cesse de croître au sein des Etats pontificaux. Pour ce faire, il  souhaita élargir au maximum les pouvoirs de la « Sainte Inquisition », et songea à restreindre les droits d’une population qui avait trouvé refuge auprès des papes depuis des siècles mais qui, par ses activités et surtout sa religion, était regardée comme un facteur de trouble constant et de résistance aux lois de Rome : les Juifs.

 

IV. Application de la bulle antijuive de Paul IV

étoile david.jpgAinsi, afin d’imposer un ordre selon ses vues, Paul IV dans Cum Nimis Absurdum, décida d’instituer pour tous les Juifs l'obligation de se loger non plus en se mêlant avec les chrétiens,  mais dans des ghettos réservés et fermés, ceci alors que les Juifs vivaient librement à Rome depuis l'antiquité – les contraignant à s’ isoler dans un quartier spécifique entouré de hauts murs, possédant trois solides portes fermées à clef la nuit.

D’un autre côté, sur le plan proprement religieux, il imposa aux synago.jpgsynagogues, dont le nombre était limité à une seule par ville, le paiement d'une taxe annuelle, destinée à  l'instruction des juifs qui étaient désireux de se convertir au catholicisme, et créa pour se faire de nombreuses maisons où étaient logés les nouveaux convertis qui recevaient dans ses établissements, financés par les synagogues, une instruction chrétienne. Ponte-Quattro-Capi-e-Ghetto.jpg

La bulle, qui imposait d’autre part des restrictions sociales et économiquesCODEX_~1.JPG importantes aux Juifs dans les États pontificaux,  réactualisait nettement les lois anti-juives antérieures que les papes avaient décrétées au cours de l’Histoire, et faisait obligation aux Juifs de nombreuses interdictions et diverses limitations restrictives de leur liberté personnelle, afin de protéger les populations chrétiennes des agissements judaïques.

DetailOfMedievalHebrewCalendar.jpgSous la législation instituée par Paul IV, les hommes juifs furent obligés de porter un chapeau jaune à pointe et les femmes juives un foulard jaune. Les Juifs avaient l'interdiction de posséder des biens immobiliers, de pratiquer la médecine auprès de chrétiens : "les Juifs doivent être reconnaissables partout: A cette fin les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d'aucune façon, et devra être fermement apposé".  Toute promiscuité, même légère ou de nature simplement ludique, était fermement interdite par le pape entre Juifs et chrétiens : "ils ne devront d'aucune façon jouer, manger ou fraterniser avec des Chrétiens". Enfin, pour les Juifs médecins, il leur était impossible de soigner les chrétiens, même s'ils étaient appelés auprès d'un malade : "ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ou prendre part aux soins de Chrétiens."

menorah juive.jpgLa bulle de Paul IV, portant sur de nombreux détails précis comme nous le voyons, fut reprise et étenduePieIV.jpg par le successeur de Paul IV, le pape Pie IV, qui généralisa la création de ghettos dans les grandes villes italiennes, saint Pie V, dans sa bulle Hebraeorum Gens,  interdisant quant à lui la présence des Juifs dans tous ses domaines en dehors de Rome et Ancone, et allant jusqu’à inviter les autres provinces de la Péninsule à en faire tout autant, à son exemple. Notons que l’interdiction faite aux Juifs de soigner les chrétiens sera par la suite confirmée par le pape Grégoire XIII dans sa bulle Alias Piae Memoriae (1581), dans laquelle est recommandée l'application de cette interdiction non seulement dans les États pontificaux, mais aussi, ce qui ne manque pas de donner une certaine ampleur à ces dispositions, sur toutes les terres chrétiennes (« non solum in terris, et dominiis Sanctae Romanae Ecclesiae subjectis, sed etiam ubique locorum »).

Enfin, il importe de souligner que la bulle Cum Nimis Absurdum  de Paul IV, qui n’a jamais été abrogée,  resta en vigueur en Italie jusqu'à la prise de Rome en septembre 1870 et le décret de la fin des États pontificaux.

 

V. Le texte de Cum Nimis Absurdum 

Il nous semble donc utile, en raison de son importance et de la place de celui qui l’a promulgué dans le débat contemporain relatif à la crise de l’Eglise, de porter à la connaissance en publiant in extenso les termes de cette bulle antijuive de Paul IV, qui est, ne l’oublions pas, comme Cum ex Apostolatus Officio, une bulle pontificale de nature disciplinaire qui relève du magistère ordinaire infaillible de l’Eglise :

 

 a.jpg

 ‘‘ C u m   N i m i s   A b s u r d u m ’’

 

Lois et arrêtés auxquels doivent obéir les Juifs

 vivant dans les États du Saint-Siège,
décrétés par l'évêque de Rome,

le pape Paul IV, Servus servorum Die.

 

 

 

Comme il est absurde et totalement inopportun de se trouver dans une situation, où la piété chrétienne permet aux Juifs, qui en raison de leur propre faute, ont été condamnés par Dieu à un esclavage perpétuel, d'avoir accès à notre société et même de vivre parmi nous ; en vérité, ils sont sans gratitude envers les Chrétiens, car, au lieu de nous remercier pour le traitement bienveillant, ils nous retournent des invectives et parmi eux, au lieu de l'esclavage, qu'ils méritent, ils s'arrangent pour clamer leur supériorité : nous, qui récemment avons appris que ces Juifs ont envahi Rome à partir de plusieurs États pontificaux, territoires et domaines, dans la mesure qu'ils se mélangent avec les Chrétiens (même ceux près de leurs églises) et ne portent aucun habit permettant de les identifier, et aussi qu'ils résident dans des maisons, même dans les plus nobles résidences des états, territoires et domaines, dans lesquels ils s'attardent, conduisant leurs affaires à partir de leurs maisons et dans la rue et négociant des biens immobiliers ; ils ont même des nourrices et des servantes chrétiennes qu'ils emploient. Et ils se permettent d'oser perpétrer une grande variété de choses déshonorables, méprisant pour le saint nom chrétien. Considérant que l'Église de Rome tolère ces Juifs (preuve de la véritable foi chrétienne) et qu'à cette fin, [nous déclarons]: que, gagnés par la piété et la bonté du Saint-Siège, ils reconnaîtront à la fin leur égarement, et qu'ils ne devraient pas perdre de temps pour voir la véritable lumière de la foi catholique, et qu'ils acceptent pendant qu'ils persistent dans leurs erreurs, et qu'ils réalisent qu'ils sont des esclaves en raison de leurs actes, alors que les Chrétiens ont été libérés grâce à notre Seigneur Dieu Jésus Christ, et qu'il est injustifié pour cela que les fils de femmes libres servent les fils d'esclaves.

 

En conséquence :

  1. Désirant tout d'abord, autant que nous le pouvons, avec [l'aide de] Dieu, fournir de façon avantageuse, par ce décret qui sera appliqué pour toujours, nous ordonnons que pour le reste des temps, dans la Ville [de Rome], ainsi que dans tous les autres états, territoires et domaines de l'Église de Rome, tous les Juifs devront habiter dans un seul quartier, qui ne possèdera qu'une seule entrée, et qu'une seule sortie, et que s'il n'y a pas assez de places [dans ce quartier, alors], dans deux ou trois ou le nombre nécessaire; Dans tous les cas, ils devront résider entièrement entre eux dans des rues désignées et être foncièrement séparés des résidences des Chrétiens, [Ceci doit être appliqué] par notre autorité dans la Ville et par celle de nos représentants dans les autres états, terres et domaines mentionnés ci-dessus.
  2. De plus, dans tous les états, territoires, domaines dans lesquels ils vivent, ils n'auront qu'une seule synagogue, à l'emplacement habituel, et ils n'en construiront pas de nouvelles, ni ne possèderont leurs propres bâtiments. De plus, toutes leurs synagogues, autres que celle autorisée, devront être détruites et démolies. Et les propriétés qu'ils possèdent actuellement devront être vendues à des Chrétiens dans un délai à déterminer par les magistrats eux-mêmes.
  3. En plus, concernant la question que les Juifs doivent être reconnaissables partout : [A cette fin] les hommes devront porter un chapeau, les femmes, quelque signe évident, de couleur jaune, qui ne devra pas être caché ou recouvert d'aucune façon, et devra être fermement apposé [cousu]; et de plus, ils ne pourront être absous ou excusés de leur obligation de porter le chapeau ou tout autre emblème de ce genre en aucune occasion et sous aucun prétexte, quel que soit leur rang ou importance ou leur capacité à tolérer [cette] adversité, que ce soit par un chambellan de l'Église, des ecclésiastique d'une cour apostolique, ou leurs supérieurs, ou par des légats du Saint-Siège, ou leur subordonnés immédiats.
  4. Aussi, ils ne pourront pas avoir de nourrices ou de servantes ou tout autre domestique chrétiens ou utiliser des femmes chrétiennes pour allaiter ou nourrir leurs enfants.
  5. Ils ne devront pas travailler ni donner à travailler le dimanche ou tout autre jour férié déclaré par l'Église.
  6. Ils ne devront pas non plus incriminer des Chrétiens d'aucune façon ou répandre des conventions fausses ou falsifiées.
  7. Et ils ne devront d'aucune façon jouer, manger ou fraterniser avec des Chrétiens.
  8. Et ils ne pourront pas utiliser de termes autres que latins ou italiens dans les livres de comptes qu'ils tiennent avec des Chrétiens, et, s'ils devaient utiliser de tels mots, ces tels accords ne seront pas opposables à des Chrétiens [en cas de procédure judiciaire].
  9. De plus, ces Juifs devront se limiter au commerce des vieux chiffons, ou cencinariae (comme on dit en vernaculaire), et ne pourront pas faire du commerce de grains, d'orge ou d'autre denrée essentielle au bien-être humain.
  10. Et ceux parmi eux qui sont médecins, même si appelés et sommés, ne pourront assister ou prendre part aux soins de Chrétiens.
  11. Et ils ne devront pas être considérés comme des supérieurs, [même] par des pauvres Chrétiens.
  12. Et ils devront fermer complètement leurs comptes [de prêt] tous les trente jours; Si moins de trente jours s'est écoulé, ils ne devront pas compter comme un mois entier, mais seulement pour le nombre exact de jours, et en plus, ils termineront le calcul suivant ce nombre de jours et non suivant le mois entier. En plus, ils ont l'interdiction de vendre [les marchandises mises] en gage, mises en couverture pour leur argent, à moins que [ces marchandises est été] mises dix-huit mois plein avant le jour où ce [gage] soit perdu; à l'expiration du nombre de mois ci-dessus mentionné, si les Juifs ont vendu un dépôt de garantie de ce type, ils devront restituer tout l'argent en excès du principal du prêt au propriétaire du gage.
  13. Et les statuts des états, territoires et domaines (dans lesquels ils ont vécu pendant une certaine période) concernant la primauté des Chrétiens, devront être mis en conformité et suivis sans exception.
  14. Et, s'ils devaient, de n'importe quelle façon, ne pas se soumettre à ce qui précède, cela devra être traité comme un crime: à Rome, par nous ou par notre clergé, ou par quiconque autorisé par nous, et dans les états, territoires et domaines susmentionnés, par leurs magistrats respectifs, exactement comme s'ils étaient des rebelles ou des criminels selon la juridiction où le délit a été commis; ils seront accusés par tout le peuple chrétien, par nous et par notre clergé, et pourront être punis à la discrétion des autorités et juges appropriés.
  15. [Ceci prendra effet] indépendamment des décrets et règles apostoliques opposés, et sans tenir compte d'aucune tolérance ou droits spéciaux et dispenses pour ces Juifs, [conférés] par n'importe quel pontife romain avant nous et le Saint-Siège précédemment mentionné, ou par leurs légats, ou par les cours de l'Église de Rome et le clergé des cours apostoliques, ou par d'autres de leurs agents, indépendamment de la forme et de l'importance de ces dérogations, que celles-ci aient été répétées ou jointes à d'autre sous-clauses, ratures ou autres décrets légalement valides, même [celles qui sont] motu proprio et de "validité certaine" et qui ont été approuvées et renouvelées de façon répétitive.

 

Paul IV

 

Décrété à San Marco de Rome,

en l'année mille cinq cent cinquante cinq de l’Incarnation de Notre Seigneur,

le 14 juillet, un jour avant les ides de juillet,

dans la première année de notre papauté.

 

 

 

Notes.

 

1. La dénomination « sédévacantisme », provient du jésuite mexicain Joaquin Saenz y Arriaga, qui  publia en août 1971 un livre La Nouvelle Église Montinienne, dont la conclusion était que le pape Paul VI avait fondé une nouvelle religion, distincte du catholicisme romain traditionnel. En 1973, il fit paraître un autre travail, « Sede Vacante », où il affirmait que Paul VI, ayant versé selon lui dans l’hérésie, avait perdu son autorité papale en vertu de la bulle de Paul IV Cum ex Apostolatus. On peut donc considérer que se sont les écrits de Joaquin Saenz y Arriaga qui donnèrent véritablement naissance au mouvement stipulant qu’il n’y a plus de pape à Rome en lui conférant un nom : sédévacantisme.

2. Rappelons les termes de cette bulle de Paul IV : « § 6. - Nous ajoutons que si jamais il advient qu'un Évêque, même ayant fonction d'Archevêques, de Patriarche ou de Primat ; qu'un Cardinal de l'Eglise romaine, même Légat, qu'un Souverain Pontife même, avant leur promotion ou leur élévation au Cardinalat ou au Souverain Pontificat, ont dévié de la foi catholique ou sont tombés dans quelque hérésie, la   ou l'élévation - même si cette dernière a eu lieu dans l'entente et avec l'assentiment unanime de tous les Cardinaux - est nulle, non avenue, sans valeur et on ne pourra dire qu'elle est devenue valide ou qu'elle devient valide parce que l'intéressé acceptela charge, reçoit la consécration ou ensuite entre en possession ou quasi-possession du gouvernement et de l'administration, ou par l'intronisation du Pontife romain lui-même ou par l'adoration (hommage à genoux) devant lui ou par la prestation d'obéissance à lui rendue par tous ou par quelque laps de temps écoulé pour ces actes : on ne pourra la tenir pour légitime enaucune de ses parties et elle ne confère ni ne peut être censée conférer quelque pouvoird'administration au spirituel ou au temporel à de tels hommes promus Evêques, Archevêques,Patriarches ou Primats, ou élevés au Cardinalat ou au Souverain Pontificat. Tous leurs dits, faits et gestes, leur administration et tout ce qui en découle, tout est sans valeur et ne confère aucune autorité, aucun droit à personne. Ces hommes ainsi promus et élevés seront parle fait même, sans qu'il faille quelque déclaration ultérieure, privés de toute dignité, place, honneur,titre, autorité, fonction et pouvoir, même si tous et chacun de ces hommes n'a dévié de la foi, tombantdans la schisme ou l'hérésie, qu'après son élection, soit en le suscitant, soit en l'embrassant. » (Constitution apostolique Cum ex Apostolatus Officio  de Sa Sainteté le Pape Paul IV du 15 février 1559). La bulle de Paul IV fut confirmée par saint Pie V le 21 décembre 1566 par son motu proprio intitulé "Inter multiplices curas " (Cf. Bull, Rom. volume VII, pp. 499-502).

 

3. La bulle de Paul IV trouve de manière définitive sa limite sur le plan disciplinaire, depuis que le vénérable Pie XII jugea nécessaire, pour de sages motifs, de modifier les dispositions relatives à l’élection du Pape, en décidant dans sa Constitution Apostolique Vacantis Apostolicae Sedis, de suspendre l’effet des censures disciplinaires. Or, cette décision est extrêmement importante, et l’on s’étonnera d’ailleurs que l’on n’y insiste pas comme il se devrait au lieu de s’épuiser dans des débats qui n’ont plus d’objet, puisque les termes, objectifs et positifs, de Vacantis Apostolicae Sedis sont de nature à mettre un terme formel, obligatoire et définitif à toute discussion  s’agissant de la légitimité de l’élection de ceux qui furent portés sur le trône de Pierre depuis Pie XII, puisque tous sans aucune exception, en vertu des nouvelles dispositions canoniques touchant à l’élection pontificale, furent élus validement. Voici en effet ce que dit Pie XII :  « Aucun cardinalsous aucun prétexte ou raison d’excommunication, suspense ou interdit, ou sous aucun autre empêchement ecclésiastique – ne peut être exclu de l’élection active et passive du Souverain Pontife. En conséquence, nous suspendons l’effet de telles censures seulement pour les raisons de la dite élection; elles conserveront leurs effet pour tout le reste. » (Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, titre II, ch. I, § 34, 8 décembre 1945). Il est tout à fait intéressant de relever que la note 27 du § 34 de la Constitution Apostolique, Vacantis Apostolicae Sedis, qui suit la phrase : « elles conserveront leurs effet pours tout le reste », ne fait aucunement mention de la bulle de Paul IV, mais se réfère à des documents disciplinaires édictés par d’autres Papes : « Clément V, ch. 2, Ne Romani, § 4, de elect. 1, 3, in Clem. ; Pie IV, const. In eligendis, S 29 ; Grégoire XV, const. Aeterni Patris, § 22 ». D’ailleurs Pie XII, pour confirmer l’infaillibilité incontestable à l’acte d’élection, précise que dès l’acceptation par l’élu de sa charge, il est immédiatement Pape authentique de droit divin (la référence par Pie XII au Can. 219 est explicite), et toute contestation à son encontre, sous quelque prétexte, concernant « n’importe quelles affaires » avant le couronnement du Pontife, fait encourir à celui qui s’en rendrait coupable, l’excommunication ipso facto : « § 101. Ce consentement ayant été donné (…), l'élu est immédiatement vrai pape, et il acquiert par le fait même et peut exercer une pleine et absolue juridiction sur l'univers entier. (Code de Droit canon, can. CIS 219). Dès lors, si quelqu'un ose attaquer des lettres ou décisions concernant n'importe quelles affaires, émanant du Pontife romain avant son couronnement, Nous le frappons de la peine d'excommunication à encourir ipso facto. (Clément V, ch. 4, De sent, excomm., 5, 10, in Extravag. comm.). » (Ibid.).

4. Paul IV, d’un caractère ombrageux et vindicatif, dès qu’il fut élu pape, prit des décisions controversées qui déplurent fortement à Rome, faisant cardinal secrétaire d'État l'un de ses neveux, Carlo Carafa, un condottiere à la morale plus que discutable et douteuse, tandis qu’un autre neveu, Giovanni Carafa, aventurier brutal aux mœurs dissolues, fut promu capitaine général de l'Église, et reçu le titre prestigieux de duc de Paliano. La fin des ces deux personnages fut tragique, puisque les historiens rapportent que dix jours après la mort de Paul IV, le duc de Paliano fit assassiner son épouse, enceinte des œuvres d’un homme appartenant au sommet de la hiérarchie de la curie romaine, avec l'approbation de son frère Carlo Carafa, le cardinal secrétaire d'État. Pour ce crime absolument odieux, Pie IV les fit passer en jugement, le cardinal secrétaire d'État fut étranglé au château Saint-Ange et le duc décapité.

5. Il est vital de conserver en permanence à l’esprit que la primauté de l’acte infaillible du conclave est bien au-dessus d’une bulle disciplinaire dont la portée et l’autorité sont singulièrement inférieures à celle du « droit divin » dépendant directement de la Révélation puisque institué par Jésus-Christ lorsqu’il confia les clefs de son Eglise à sain Pierre. Il ne convient donc pas de conférer à la bulle de Paul IV un caractère de prééminence qu’elle n’a pas, et auquel elle ne peut prétendre à l’égard des lois canoniques générales manifestant le « droit divin » qui relèvent directement de l’infaillibilité. Cette bulle est de ce fait simplement disciplinaire, et non pas doctrinale, son utilisation dans le code de droit canon de 1917, porte d’ailleurs sur des sujets relatifs à la discipline et, ce qui est paradoxal, lorsqu’est abordée par deux fois la question du Pape en référence à cette bulle dans le code de droit canon, c’est pour montrer la prééminence et la supériorité absolue du Pontife précisément sur le droit :

- Canon 218, § 1 (référence au § 1 de Paul IV): « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe ».

- Canon 1556 (§ 1 de Paul IV) : « Le premier Siège n’est jugé par personne».

 

 

samedi, 23 octobre 2010

La Papauté de droit divin

 

 

 

La Monarchie pontificale et la Royauté éternelle

 

Tiare.jpg 

« Le droit divin de la primauté apostolique 

place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église. » 

Pastor Aeternus, 1870.

 

armes vatican.pngL'origine du pouvoir pontifical, beaucoup l’oublient, vientdirectement de Dieu qui a donné au Pape la souveraineté universelle, absolue, la suprême puissance non seulement dans l'ordre spirituel, mais encore dans l'ordre temporel, soumettant les princes de ce monde àl’autorité de celui qui est le Vicaire de Jésus-Christ, Roi spirituel et successeur de saint Pierre, faisant de l'Eglise une vraie et pure monarchie d’origine divine.

 

 Si l’on ne se contente pas d’une ecclésiologie étroitement limitée au droit canonique disciplinaire, mais que l’on examine véritablement, et avec une attention exigeante, la nature du principe de la souveraineté pontificale, on est alors capable de percevoir en quoi l’Eglise tout entière est fondée, constituée, édifiée sur le « droit divin » du Pape, droit devant lequel tous les autres droits, sans exception aucune, et notamment le droit disciplinaire, s’effacent absolument.

 

 
Ire Partie.

L’Eglise est une monarchie fondée sur le droit divin

 

I. Le Pape est un monarque de « droit divin »

 

En effet, le Christ, dans sa sagesse, en confiant à Pierre l’autorité (Matthieu XVI, 17-19), a institué uneCajetan.jpg monarchie absolue comme forme de gouvernement de son Eglise, et cette monarchie établie par Jésus-Christ, nul ne peut la contester ou s’y opposer sous aucun prétexte, c’est une loi sacrée instituée divinement. C’est ce que rappellera le cardinal Cajetan (1469-1534), héritier d’une longue tradition de théoriciens du « droit divin »[1], face à Martin Luther (1483-1546) qui, méprisant la tradition établie par le Christ, voulut s’écarter de Rome en allant jusqu’au schisme. Mgr Sauvé, théologien pontifical et consulteur de la Sainte congrégation de l’Index, explique très bien en quoi le Pape est de « droit divin », en ce sens qu’il exerce un pouvoir « absolu » qui ne dépend ni ne relève d'aucune autorité ecclésiastique et évidemment encore moins d’un pouvoir temporel, commandant tous les fidèles et l’ensemble des clercs. Il écrira, au sujet du droit divin du pape, ces lignes importantes : « Le concile du Vatican, en proclamant la souveraineté du Pape, a déclaré par là même quelle est la constitution de l'Egliseou sa forme gouvernementale.  Cette constitution est simple et admirable, comme toutes les oeuvres de Dieu. L'unité devant être un des caractères distinctifs de la société des croyants, Jésus-Christ a voulu assurer cette unité au moyen de l'unité de gouvernement, personnifié dans l'unité de chef. De tous les régimes, en effet, le régime d'un  seul étant, sans contredit, le plus apte à maintenir  l’unité dans une société quelconque, Notre-Seigneur a préféré pour son Eglise la forme monarchique aux autres formes de gouvernement. Tant qu'il est resté sur cette terre, le Christ a été le chef unique, le monarque visible, comme homme, et invisible, comme Dieu, de l'Eglise fondée par lui. Depuis sa glorieuse ascension, il n'a pas cessé d'en être le roi invisible et de verser sur elle ses célestes influences; mais en emportant au ciel sa chair glorifiée, il a dû laisser à sa place quelqu'un qui tînt les rênes du gouvernement visible de la société chrétienne. Ce quelqu'un, qui est son lieutenant, son vicaire, c'est le Pape, fondement, tête et centre de l'Eglise. Le Pape est donc le dépositaire visible de la puissance spirituelle du Christ : c'est lui que le divin Sauveur a établi, dans la personne de saint Pierre, le fondement, la base, la pierre angulaire de la société des croyants; c'est à lui que Notre-Seigneur a donné les clefs de son royaume, c'est-à-dire la souveraine puissance; c'est lui qu'il a établi le pasteur suprême de son troupeau. (…) Ce qui revient à dire que la puissance ecclésiastique se trouve à son plus haut degré concentrée dans les mains du souverain Pontifemonarque suprême et n'ayant ni égal, ni associé dans sa souveraineté (…) Le Pape donc est le suprême monarque de l'Eglise, investi par Dieu du droit de la gouverner d’une façon souveraine et indépendante de qui que ce soit ici-bas. »  [2].

 

Pastor Aeternus.jpg 

« Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ

ou de droit divin (iure divino),

que le bienheureux Pierre

a des successeurs perpétuels (perpetuos successores)

dans sa primauté sur l’Église universelle,

ou que le Pontife romain n’est pas le successeur

du bienheureux Pierre en cette primauté,

qu’il soit anathème. »  

(Constitutio dogmatica Pastor Aeternus

§ 2. De perpetuitate primatus beati Petri in Romanis Pontificibus,

Vatican I, 1870).

 

 

 

Pie IX (2).jpgC’est cette doctrine du droit divin que l’on retrouve au cœur du dogme de l’infaillibilité promulgué lors du concile Vatican I, ainsi formulé dans Pastor Aeternus :  « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a des successeurs perpétuels dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [3]

 

Et de même :

 

- « Le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » [4] C’est ce sur quoi insiste le droit canon : « Le Pontife romain légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. » (Can. 219) « Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe.» (Can. 218, § 1).

Dom Gueranger.jpgDom Guéranger (1805-1875), le célèbre restaurateur de l’ordre bénédictin en France, après sa suppression par la Révolution française (loi du 13 février 1790), disciple de Joseph de Maistre (1753-1821), soutiendra dans son excellent ouvrage De la monarchie pontificale : « Nous n'avons qu'un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d'avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C'est donc toujours et uniquement à l'institution divine qu'il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l'Église et de la forme qui lui a été donnée Il n'est rien de mieux affirmé dans l'Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l'Église fût intimé d'une manière irrécusable par la lettre même de l'Écriture. La tradition est pareillement sur ce sujet d'une richesse beaucoup plus abondante que sur la plupart des autres dogmes. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L'Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu'à la fin. »  [5]

 

 

Mgr_de_Segur.jpgMgr de Ségur (1820-1881) traduira quant à lui ainsi la primauté de droit du Pape, signalant que là où est le Pape, là est l’Eglise : 

 « Le Pape, Chef de l’Episcopat est infaillible : c’est à Jésus-Christ que nous obéissons lorsque nous recevons humblement, amoureusement la parole de son Vicaire. Mais lorsque nous abandonnons cette voie pour suivre tel ou tel Docteur, fût-il prêtre, fut-il même évêque, ce n’est plus à Dieu, c’est à l’homme que nous adhérons; et cela est indigne d’un chrétien. (….) Si l’esprit de révolte venait à briser quelqu’une des colonnes du temple ; si l’orgueil et la passion venaient à séparer de l’unité catholique quelque prêtre, quelque Evêque, que faudrait-il faire ? Demeurer inébranlable dans la foi de Pierre, dans la foi du Pape infaillible. Là où il est, là est l’Eglise, et là seulement. » [6]

De la sorte, si nous nous demandons de quel droit le Pape est-il le successeur de Pierre, la réponse est immédiate : de droit divin. Telle est la conclusion à laquelle aboutit une analyse approfondie du sujet, se basant sur les principes de la Révélation mis en lumière par Cajetan :  « Mais de quel droit l’évêque de Rome est-il le successeur de Pierre ? De droit divin ! De droitCoeur sacré.jpg divin il faut un successeur. Car la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Mais puisqu’il s’est fixé à Rome, cette église lui fut appropriée, et ses successeurs sur ce siège sont héritiers de son pontificat suprême. Du reste cette appropriation fut confirmée par le Christ lui même qui vint à la rencontre de Pierre, lorsqu’il voulu fuir et lui dit: Venio Romam iterum crucifigi ! Le droit de succession est par conséquent un droit divin. Le droit du successeur est un droit historique. Nous croyons en effet que le Souverain Pontife de Rome est chef de l’Eglise universelle. Or ce que nous croyons ne dépend pas d’une preuve historique, mais d’une révélation divine. Ainsi donc le droit de succession est un droit divin; il faut un. successeur, Le droit de successeur, c. à. d. le droit à la succession -est un droit historique: l’évêque de Rome est, en droit, successeur. Mais ce droit historique devient un droit divin parce que l’Eglise universelle croit non seulement que Pierre doit avoir des successeurs, mais que l’évêque de Rome est ce successeur. Le droit de l’évêque de Rome à la succession est un droit divin par conséquence. L’origine doit être cherchée dans un fait historique. Mais puisque nous croyons à l’apostolicité du siège de Rome, nous devons croire que Dieu a voulu ce fait historique, et par conséquent que le droit du Pontife romain à la suprématie dans l’Eglise est un droit divin. Nous croyons en fait à une disposition providentielle, d’où nous déduisons un droit divin.  » [7]

 

II. Exercice du « droit divin » dans l’Eglise 

 

Pape droit divin.jpg

« Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu,

est fait saint, de manière indubitable. »

- Grégoire VII -

 

Adoration de Dieu.jpg On pourrait s’interroger, tant ces éléments sont oubliés de nos jours avec les conséquences redoutables qui en découlent, pour savoir comment dans l’Eglise s’opère cette perpétuation du droit divin dans la personne du Pontife ? On sait que le Conclave, réuni après la mort du Pape qui était en exercice, désigne son successeur dans le secret d’une délibération placée sous l’assistance de l’Esprit Saint. Cette assistance indéfectible donne sa note singulière à l’élection, et lui confère un caractère sacré supérieur à tout ce que l’on connaît en ce monde. C’est pourquoi on désigne du nom « d’acte de reconnaissance ecclésiale universelle » cette élection effectuée par le Sacré Collège des cardinaux, acte, et ceci mérite d’être fortement souligner, qui est doté, de façon plénière, entière, et incontestable du caractère de l’infaillibilité divine, puisqu’il est placé sous la motion de l’Esprit Saint. Le Pontife élu, à l’instant même de son élection, est donc non seulement le Pontife de l’Eglise, le successeur de Pierre, mais l’acte qui le porte au pontificat est absolument infaillible puisque l’assistance de l’Esprit étant accordée au cardinaux, leur choix est un acte frappé du sceau divin. [8]

  Grégoire VII (+1085), canonisé en 1606, édicta afin de préciser la nature de l’éminentGrégoire VII.jpg pouvoir d’origine divine dont est détenteur le Pape, un ensemble de 27 propositions : les Dictatus papae, où furent énoncés pour la première fois les principes du droit divin et de la théocratie pontificale, principes qui présidèrent à l’édification de la doctrine de la Papauté, jusque et y compris, dans l’élaboration du droit canon moderne. Voici les articles principaux de ce texte essentiels, daté de 1075, qui fixent définitivement la conception de l’autorité romaine    : 

« 1. L’Eglise romaine a été fondée par Dieu seul. Quod Romana ecclesia a solo Domino sit fundata

 2. Seul le Pontife romain peut seul être appelé de droit universel. Quod solus Romanus pontifex iure dicatur universalis.

 11. Le Pape est le seul nom dans le monde. Quod hoc unicum est nomen in mundo. 

 18. Un jugement prononcé par lui ne peut être annulé par quiconque; et seul lui-même, parmi tous, peut le faire. Quod sententia illius a nullo debeat retractari et ipse omnium solus retractare possit. 

19. Le Pape ne peut être jugé par personne. Quod a nemine ipse iudicari debeat. » 

Et surtout, s’agissant de ce qu’opère l’élection sur le Pontife : -

 « 23. Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu, est fait saint, de manière indubitable, par les mérites de saint Pierre et saint Ennode, évêque de Pavie, qui témoignent pour lui, beaucoup de saints pères étant d’accord avec lui. Ainsi qu’il est écrit dans les décrets du pape Symmaque. Quod Romanus pontifex, si canonice fuerit ordinatus, meritis beati Petri indubitanter effecitur sanctus testante sancto Ennodio Papiensi episcopo ei multis sanctis patribus faventibus, sicut in decretis beati Symachi pape continetur. »

On le voit, selon Grégoire VII, le nouvel élu par du conclave, est lavé, blanchi, rendu saint de manière indubitable, ceci expliquant pourquoi la légitimité du nouveau pape ressort sans aucune contestation  possible, du fait dogmatique. S’il est élu, celui choisi par le Sacré-Collège agissant infailliblement sous la motion du Saint-Esprit est, par les mérites de saint Pierre, Pape de l’Eglise de droit divin.

Gilles de Rome.jpgDe même, Gilles de Rome (1247-1316) connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, le « doctor fundatissimus » et « theologorum princeps », auteur du De Ecclesiastica potestate, disciple de saint Thomas d'Aquin, enseignant à l'université de Paris qui deviendra général des Augustins, puis archevêque de Bourges en 1295 et qui, dans la querelle qui opposa Philippe le Bel et Boniface VIII, se positionna clairement pour le Pape (on lui attribue, sans doute avec raison, la rédaction de la bulle Unam Sanctam), écrivit un traité, le De Ecclesiastica potestate, encore inédit, où il développera une théorie relativement élaborée du droit divin pontifical justifiant, à l’instar de Grégoire VII, l’instauration d’une théocratie :

« Toutes les facettes du pouvoir doivent être subordonnées à une tête, et cette tête c'est le pape. L'église se confond avec son chef le pape, il dispose et ordonne toute l'Eglise en lui, c'est lui qui possède le pouvoir spirituel qui par nature surpasse toute autre forme de puissance. Dans le gouvernement de l'univers tout ce qui est corporel est gouverné par le spirituel. Une des conséquences de cette supériorité universelle du pape est qu'il n'existe aucun titre de juste possession, ni pour les biens temporels, ni pour les biens laïques, ni pour quoi que se soit, sinon sous l'autorité de l'église et par l'église. Il n'est aucun domaine où la domination de l'Eglise ne soit légitime, qu'il s'agisse de la propriété ou de la juridiction. L'Eglise est souveraine des deux domaines, le domaine temporel où domine le pouvoir terrestre est soumis nécessairement à la souveraineté du pouvoir ecclésiastique. » [9]

  

Cardinal Louis Billot.jpgPlus proche de nous, le cardinal Louis Billot (1846-1931), qui s’appuyait surles « Dictatus papae » de Grégoire VII, ayant étudié les partisans médiévaux de la théocratie pontificale et qui connaissait parfaitement les enseignements de Gilles de Rome, de Méliton de Sardes (IIe s.) et d’Eusèbe de Césarée (IIe-IIIe s.), insista à son tour de manière à ce qu’il n’y ait aucune ambiguïté s’agissant de la nature de l’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui signifie, à lui seul, l’infaillibilité et la légitimité du Pontife : 

 « On doit au moins tenir fermement, comme absolument inébranlable et hors de tout doute, ceci : l’adhésion de l’Église universelle est toujours à elle seule le signe infaillible de la légitimité de la personne du Pontife, et donc de l’existence de toutes les conditions requises à cette légitimité. Et la raison de ceci n’est pas à chercher au loin. Elle se prend en effet immédiatement de la promesse et de la providence infaillibles du Christ : Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre Elle. Ce serait en effet la même chose, pour l’Église, d’adhérer à un faux Pontife que d’adhérer à une fausse règle de foi puisque le Pape est la règle vivante que l’Église doit suivre en croyant, et de fait suit toujours. Dieu (…) ne peut permettre que toute l’Église admette comme pontife celui qui ne l’est pas vraiment et légitimement[10]

Ainsi donc, tous les théologiens d’ailleurs se rejoignent sur ce point, et voient dansl’acte d’adhésion de l’Eglise universelle qui désigne le nouveau Pontife, un acte infaillible qui imprime en lui la marque du « droit divin ».  Jean de Saint Thomas, le célèbredominicain commentateur de saint Thomas au XVIIe siècle, l’exprime ainsi :  « L’acceptation pacifique de l’Eglise universelle s’unissant actuellement à tel élu comme au chef auquel elle se soumet, est un acte où l’Eglise engage sa destinée. C’est donc un acte infaillible, et il est immédiatement connaissable comme tel. » [11]

Saint Esprit.gifIl y a donc une vérité incontestable, massive, positive, à laquelle doivent impérativement se soumettre les fidèles et les clercs de tous rangs et dignités - la doctrine de l’Église étant constante, permanente et formelle - l’élu désigné par le Conclave est reconnu sans aucun doute possible comme Pape par toute l’Église, puisque l’acte de désignation est doté de l’infaillibilité divine ; et c’est en raison de l’immense et impressionnante dignité que revêt cet acte, ainsi que l’écrit Pie XII dans Vacantis Apostolicae Sedis, que depuis toujours les Papes l’ont protégé et entouré de soins attentifs : « [Les Papes] se sont efforcés d'apporter une vigilante sollicitude et de pourvoir par des règles salutaires à une affaire d'Eglise de la plus haute importance, et dont Dieu leur a remis le soin, à savoir : à l'élection du successeur de saint Pierre, Prince des apôtres, dont le rôle est de tenir sur cette terre la place de Jésus-Christ, Notre-Seigneur et Sauveur, et de paître et conduire comme Pasteur et Chef suprême tout le troupeau du Seigneur. » [12]

 

III. L’action infaillible du droit divin

Le Sacré Collège bénéficie donc d’une infaillibilité dans l’acte de l’élection, désignant « infailliblement » le nouveau Pontife qui, dès lors, devient Pape par l’effet du droit divin qui imprime son caractère ineffaçable et constant dans sa personne.

a) Limite du droit disciplinaire

Paul IV.jpgCertains cependant, arguant de la célèbre bulle de Paul IV (1476-1559) Cum ex Apostolatus(1559), en particulier depuis le dernier concile de Vatican II qui laissa infecter plusieurs de ses actes par le modernisme, actes et déclarations conciliaires que soutinrent et défendirent les derniers Papes, mettent en doute la possibilité de l’infaillibilité des cardinaux dans « l’acte même » de l’élection du Souverain Pontife, puisque la dite bulle de Paul IV stipule en effet :

- « Si jamais il advient [...] qu’un Souverain Pontife même, avant sa promotion et élévation [...] au Souverain Pontificat, déviant de la foi Catholique est tombé en quelque hérésie, sa promotion ou élévation, même si elle a eu lieu dans la concorde et l’assentiment unanime de tous les cardinaux, est nulle, invalide, vaine, et on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle deviendrait valide parce que l’intéressé accepte la charge, reçoit la consécration, ou entre ensuite en possession du gouvernement et de l’administration ou par l’intronisation du pontife romain ou par l’acte d’agenouillement fait devant lui, ou par l’acte d’obédience à lui rendu par tous, et ce quelle que soit la durée de cette situation. » [13]

Or, cette supposition est une grave faute, ceci en raison de plusieurs points connexes qui tous semblent concourir à une erreur principale : soutenir la déposition pour hérésie d’un élu de droit divin. En effet, outre que convaincre d’hérésie un membre de l’Eglise, et plus encore un évêque, un cardinal ou un Pape, est chose relativement difficile car de nombreux critères sont nécessaires à réunir, sachant de plus que tant que la chose n’est pas jugée nul ne peut être désigné comme hérétique [14], il convient principalement de savoir que le droit disciplinaire, qui est certes maître dans son domaine, n’a cependant pas priorité sur le plan de l’autorité par rapport à l’infaillibilité. C’est ce qu’explique le Cardinal Billot, au sujet du « droit divin » qualifiant le pouvoir du Pontife, montrant la frontière, la limite infranchissable qui sépare une bulle à caractère purement disciplinaire comme celle de Paul IV, qui ne saurait être intégrée dans les lois générales manifestant le droit divin, et les lois canoniques qui relèvent uniquement du principe de l’infaillibilité sur lequel repose de l’acte de l’élection

Ainsi, une fois l’élu désigné par les cardinaux, la légitimité du nouveau pape est un fait dogmatique incontestable :

- « Dès l’instant où le pape est accueilli comme tel, et apparaît uni à l’Église comme la tête est au corps, la question ne saurait plus être agitée d’un vice dans l’élection ou de l’absence d’une des conditions requises pour sa légitimité. L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection. Cette adhésion est initiée théologiquement par l’acte juridique de reconnaissance et d’obédience des cardinaux au nouveau pape, posé dans le cadre de la cérémonie d’intronisation, lequel acte fonde et entraîne subséquemment ce qu’on appelle communément l’adhésion pacifique de l’Église, c’est-à-dire celle de tous et, d’une manière infaillible, elle démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » [15]

b) Le critère d’infaillibilité

conclave romain.jpgAinsi donc, le « droit divin » qui caractérise la nature de l’élection pontificale,Ordo rituum conclavis.jpg est porteur d’un critère d’infaillibilité devant lequel la bulle de Paul IV, de nature uniquement disciplinaire et non-dogmatique, qui est unique dans le Bullaire pontifical bien qu’elle fut très incidemment reprise dans le droit canon pie-bénédictin pour un motif étranger à  l’invalidation de l’élection pontificale, s’incline absolument. Lorsque l’élu vient d’être proclamé et désigné comme successeur de St. Pierre par le conclave, il est immédiatement purifié d’éventuelles fautes antécédentes. Il « est fait saint, de manière indubitable » comme le dit Grégoire VII, il est Pape, et comme l’écrit le cardinal Billot : « L’adhésion de l’Église guérit pour ainsi dire radicalement tout vice possible de l’élection (…) lequel acte (…) démontre l’existence de toutes les conditions pré requises du droit divin. » Cette vérité à propos de la force infaillible de l’acte juridique de reconnaissance, le cardinal Louis Billot la reformulera également ainsi :

- « Dieu ne permettra jamais que l'Église toute entière reconnaisse comme pape quelqu'un qui ne l'est pas réellement et légalement.  De telle sorte que, dès qu'un pape est accepté par l'Église et qu'il est uni avec elle comme la tête est unie au corps, on ne peut plus élever le moindre doute que l'élection aurait été viciée… l'acceptation universelle de L'Église guérit à la racine n'importe quelle élection viciée. »  [16]

Refuser ce principe, c’est-à-dire ne pas reconnaître comme Pape celui élu par le conclave comme authentique Pontife de l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine, légitime successeur de Pierre, c’est être « anathème » selon les termes de Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » [17] 

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