Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 05 novembre 2006

Non-lieu sur un schisme

medium_livre_ab_hery.2.jpg

 

Vingt réponses aux excommuniants

 

 
Abbé Christophe Héry 

 

A l'heure où s'engagent des pourparlers entre le pape Benoît XVI et le successeur de Mgr Lefebvre, ce livre présente vingt réponses aux questions les plus fréquemment posées au sujet de la fraternité Saint-Pie X et de sa situation dans l'Eglise. A partir des pièces principales du dossier, sont aussi posées les interrogations majeures pour l'avenir de l'Eglise et de sa Tradition.

Mieux qu'un livre blanc, Non-lieu sur un schisme est une synthèse nouvelle qui montre la cohérence de la position juridique et doctrinale de la position Traditionelle dans l'Eglise, troublée depuis trente ans par la suppression de la messe grégorienne et la réception du concile. Il interroge l'Eglise sur "le traditionalisme "de Vatican II.

L'ouvrage est réparti en vingt questions que l'on peut aborder séparément, il clarifie pour tous les notions de schisme, d'excommunication, de juridiction et  de communion au sein de l'Eglise catholique. Il éclaire d'un feu nouveau le débat sur la Messe, sur la Tradition vivante et sur l'unité de l'Eglise, par des analyses de faits et de documents souvent méconnus. En annexe sont réunies les pièces maîtresses du dossier. L'excommunication n'ayant pas porté remède à la crise, ce livre offre en final une ouverture nouvelle, le magistère authentique est-il au-dessus de la Tradition?

lundi, 02 octobre 2006

Georges Steiner

 
medium_john_martin.jpg
 
 
 
 
 
 
Dans le château de Barbe-Bleue 
 
 
Notes pour une redéfinition de la culture 

 

" Nous sommes contraints d'en revenir à un pessimisme pascalien, à un modèle de l'histoire fondé sur le péché originel. Il ne nous est que trop facile, désormais, de reconnaître avec de Maistre que notre jungle politique, l'acquiescement de l'homme cultivé et assoifé de technique au massacre, accomplissent la prédiction de la Chute."

 

 

 

Illustration:

John Martin

" La chute de Babylone " 

 

 

12:10 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Art, Arts, Art contemporain, Littérature, Poésie, Religion, Christianisme |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 24 septembre 2006

Thaddée

spiritualité,religion,philosophie,christianisme,foi

 
 
+ A M E N +
 
 
 
Si l'homme est responsable de sa chute, s'il est malade d'être coupé de Dieu, il a une possibilité de participer activement à sa guérison, ainsi que le dit Louis-Claude de Saint-Martin :
"Il y a une incertitude que l'ennemi cherche souvent à te suggérer, moins pour t'enrichir par la sagesse apparente dont il la colore, que pour t'arrêter dans ta marche, puisqu'elle doit lui être si contraire ; c'est de savoir si tu dois oser invoquer le nom du Seigneur, et de toutes les puissances qui y sont attachées. L'ennemi qui craint l'effet de ces armes efficaces t'insinue continuellement que tu n'es pas assez pur pour les employer ; il se met même en avant, quelquefois, sous des couleurs imposantes, afin d'effrayer ton courage, et d'arrêter tes résolutions ; d'autres fois, te sachant mal préparé, il te suggère d'invoquer le nom du Seigneur, pour te convaincre, par le peu de succès qui en résultera, que tu ne dois pas te livrer à une si sublime et si sainte entreprise, et que tu feras bien d'attendre un autre temps". On voit d’emblée la double difficulté qui se présente : soit, on tombe dans une culpabilisation infantile en se considérant indigne de s’adresser au Seigneur et c’est la fausse humilité d’un ego frustré, soit on s'imagine qu'il suffit d'invoquer Dieu pour que tout change et assurément, l’échec est garanti. Le Diable, celui qui divise, maintient de cette façon, la coupure de l’homme avec Dieu en l'exonérant de toute responsabilité dans son état de chute. Pourtant, nous dit Saint-Martin,
"la vérité ne demande pas mieux que de faire alliance avec l’homme ; mais elle veut que ce soit avec l’homme seul, et sans aucun mélange de tout ce qui n’est pas fixe et éternel comme elle.
Elle veut que cet homme se lave et se régénère perpétuellement, et en entier dans la piscine du feu, et dans la soif de l'unité ; elle veut qu'il fasse boire chaque jour ses péchés à la terre, c'est-à-dire, qu'il lui fasse boire toute sa matière, puisque c'est là son vrai péché ; elle veut qu'il tienne sans cesse son corps prêt à la mort et aux douleurs, son âme prête à l'activité de toutes les vertus, son esprit prêt à saisir toutes les lumières, et à les faire fructifier pour la gloire de la source d'où elles viennent ; elle veut qu'il se regarde dans tout son être comme une armée toujours sur pied, et prête à marcher au premier ordre qu'elle lui donnera ; elle veut qu'il ait une résolution et une constance que rien ne puisse altérer, et qu'étant prévenu qu'en avançant dans la carrière, il n'y peut trouver que des souffrances, puisque le mal va s'offrir à lui à tous les pas, cette perspective ne l'arrête point dans sa marche, et qu'il ne porte pas moins sa vue exclusivement sur le terme qui l'attend à la fin de la course".

"Pour coopérer à notre guérison, la vérité possède un médicament réel, et que nous sentons physiquement en nous, lorsqu'elle juge à propos de nous le faire administrer. Ce médicament est composé de deux ingrédients en conformité de notre maladie, qui est une complication du bien et du mal, que nous tenons de celui qui ne sut pas se préserver du désir de connaître cette fatale science. Ce médicament est amer, mais c'est son amertume qui nous guérit, parce que cette partie amère, qui est la justice, s'unit à ce qu'il y a de vicié dans notre être, pour lui rendre la rectification ; alors ce qu'il y a de régulier et de vif en nous, s'unit à son tour à ce qu'il y a de doux dans le médicament, et la santé nous est rendue ".
 
La question qui se pose alors est de savoir comment accéder à la vérité. La réponse tient dans un mot que nous prononçons à la fin de chaque prière : Amen.

Ce mot est universel, puisqu'il vient du sanscrit AUM et c'est ainsi que les hindous et les bouddhistes le prononcent. Il veut tout simplement dire oui, plus précisément oui à Dieu. Simplement, avons-nous dit ; mais c'est la chose la plus difficile pour nous à mettre en pratique car cette simplicité touche à l'essence même de notre quête spirituelle. Comme nous venons de le voir, la prière, pourtant indispensable, ne suffit pas pour nous ouvrir la porte du royaume des cieux. Pourquoi ? Parce que l'homme se considère comme une entité séparée du reste de l'Univers qu'il perçoit à l'aune de son point de vue strictement individuel, c'est-à-dire égocentrique. Cependant, nous portons tous en nous cette nostalgie du paradis perdu, Lamartine l'ayant résumé ainsi :
 
"Borné dans sa nature, infini dans ses voeux,
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux"
 
Il y a en effet en tout homme un désir d'accomplissement, de plénitude voire une soif de l'unité car Dieu est en lui même s'il n'en a pas conscience, puisqu'il n'est pas en Dieu ; en effet, l'homme, conformément à son état de chute, cherche l'unité en tentant désespérément d'abolir la distance entre ce qu'il est et ce qu'il voudrait être, entre ce qu'il a et voudrait avoir. Alors qu'est-ce qui empêche l'homme d'entrer dans le royaume des cieux ? Un phénomène qui lui est propre et qui se nomme ego. Ce mot qui nous vient directement du latin signifie tout simplement : moi. Pour bien cerner ce qu'est l'ego, il nous faut aborder la question du désir et pour commencer, celui de vivre. Mais pour chacun d'entre nous, notre vie même est constituée d'un certain nombre de désirs que nous cherchons à satisfaire ; nous voulons nous accomplir, être reconnu par les autres dans nos actes et surtout être aimés. Lorsqu'un désir est plus fort que tous les autres, il impose sa loi et fait croire à celui qui l'éprouve qu'il est unifié et qu'il est "quelqu'un", alors que ce désir hypertrophié lui impose sa dictature : c'est le mécanisme de la passion, quelle qu'elle soit. L'ego est le produit d'une tension entre des désirs et leur accomplissement, dualité qu'il cherche à abolir de trois manières : L'appropriation, la fuite et la destruction.
L'exemple le plus classique est la passion amoureuse : on s'approprie l'être aimé et s'il ne répond plus à cette passion, on le fuit ou on le tue. A l'inverse et c'est la situation la plus fréquente, une multitude de désirs se manifeste sans que l'un d'entre eux ne prédomine et pire encore, certains s'opposent ; ces désirs s'expriment en nous sous la forme de personnages auxquels nous sommes tour à tour identifiés, à l'image d'une assemblée tumultueuse et c'est tout cela que nous qualifions de "moi". Pour autant, faut-il nous flageller et condamner cet ego ? Certainement pas car ce qui est en cause, c'est l'égocentrisme, cette attitude qui consiste à appréhender l'existence uniquement en fonction de ses propres désirs, de ses propres conceptions et à se considérer comme une entité séparée des autres et de l'Univers : il y a moi et tout le reste. Quant au désir, c'est le moteur de l'existence et ce n'est pas un mal en soi que d'avoir des désirs et de chercher à les accomplir, à condition de ne pas en faire le seul but de notre vie. Cela peut paraître à certains choquant voire scandaleux, mais nous ne pourrons jamais trouver le bonheur dans le seul accomplissement de nos désirs, les lois implacables de l'Univers voulant que toute dualité est irréductible à l'unité et de toutes façons, la vie peut nous reprendre à tout moment ce qu’elle nous a donné. Et que dire de ceux qui prétendent louer Dieu et qui voudraient en échange que celui-ci intervienne pour améliorer leur existence : ils font partie de ces marchands que le Christ chasse du Temple. Ils voudraient que le royaume des cieux soit sur la terre, oubliant ce que le Christ dit à Pilate
 
"Mon royaume n'est pas de ce monde" (Jean, 18, 36).
 
Cette attitude trouve son origine dans l'offrande que Caïn fait à l'Eternel qui la refuse, parce qu'elle est dénuée de toute oblation et met en avant les forces terrestres que l'homme est susceptible de détourner à son profit. En fait, si nous voulons redevenir l'image immortelle de Dieu en se soumettant à sa volonté et conformément à l’enseignement du Christ, il faut au préalable faire le sacrifice de toutes nos richesses au sens le plus large du mot, c'est-à-dire tout ce dont nous sommes riches : de nos préjugés, de nos opinions, de nos divers conditionnements, d'ordre familial, social, culturel, etc., de ce que nous aimons et n'aimons pas. Sur ce dernier point, le Bouddha et Saint Paul résument de façon saisissante toute la condition humaine comme suit : "Les hommes souffrent parce qu'ils sont séparés de ce qu'ils aiment et attachés à ce qu'ils n'aiment pas", et, aurait pu ajouter l'apôtre des Gentils:
 
"car je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas", (Romains 7, 19).
 
Quand le Christ nous dit d'aimer nos ennemis, il nous invite à ne plus rejeter ce que nous n'aimons pas, et là apparaît un enjeu capital pour notre délivrance : nous accepter tels que nous sommes et le monde tel qu'il est. Car dans ce monde si dégradé, nous pouvons retrouver Dieu : derrière la création, le Créateur est toujours là, il ne cesse de nous envoyer des signes notamment à travers tous ceux qui ont conservé un dépôt spirituel pour le transmettre.
Si nous sommes vrais avec nous-mêmes nous devons bien reconnaître que nous passons notre vie à refuser tout ce qui paraît contrarier nos désirs ou nos projets selon un mécanisme qui consiste à projeter une situation idéale sur la situation telle qu'elle est et à comparer les deux. Prenons un exemple banal : je décide d'aller faire une randonnée en montagne avec des amis mais le jour du départ il pleut à verse ; si je refuse cette situation, cela signifie que je vais bâtir un véritable scénario dans ma tête et dans lequel je chemine au milieu de paysages magnifiques, situation illusoire que je vais superposer à la réalité présente qui est celle d'un homme regardant tomber la pluie derrière sa fenêtre. Cette distorsion entre le réel et l'illusoire s'exprime sous la forme de pensées du genre : "Il aurait du faire beau", "Ce n'est pas juste, j'ai eu une semaine difficile et j'avais besoin de m'évader," etc., etc. Maintenant, prenons le cas inverse : il fait beau, j'effectue ma randonnée comme je l'avais prévu, mais je dis à mes amis : "Nous avons eu de la chance d'avoir beau temps". En disant cela, je laisse entendre qu'il aurait pu pleuvoir. C'est donc la situation réelle du cas précédent qui devient ce mauvais scénario que je vais superposer à la situation présente d'un homme qui chemine sur les sentiers mais qui ne voit pas les paysages magnifiques qui se présentent à ses yeux, absorbé qu'il est par cette comparaison absurde qui le coupe du moment présent. Ces pensées illusoires sont l'expression d'émotions, négatives dans le premier cas, et positives dans le second, en utilisant le scénario du mauvais temps comme si j'en avais besoin pour apprécier davantage ma randonnée alors que je suis passé à côté : je n'ai pas vu les montagnes, j'ai vu mes montagnes. Par cette attitude, nous nous coupons perpétuellement du réel, nous ne vivons pas dans le monde, mais dans notre monde. C'est de cette façon que le Malin utilise la frustration de l'ego en lui murmurant cette pensée selon laquelle le monde est injuste puisqu'il ne correspond pas à son attente. Les choses devraient toujours être autrement mais jamais ce qu'elles sont. Avec cette attitude nous ne voudrions de la vie que les choses agréables ; or un minimum de lucidité et d'expérience nous montrent que l'existence est composée à parts égales de choses agréables et de choses désagréables, de positif et de négatif. Dans ces conditions, en refusant tout ce qui est négatif, nous n'avons pas accès à la totalité de notre existence mais seulement à la moitié. Cette attitude de refus est aggravée par le fait que nous n’acceptons même pas l’émotion négative qui en résulte et par l'illusion de la stabilité quand ce n'est pas celle de la fixité ; nous nous prenons pour une entité stable alors que du matin au soir, notre état intérieur ne cesse de changer : les pensées se succèdent avec les émotions qui s'y rattachent, bref nous passons par tous les états d'âme et il nous faut reconnaître en toute humilité que nous n'avons aucune maîtrise sur tous ces phénomènes, pas plus qu'on ne peut empêcher les nuages de passer dans le ciel. La loi de l'Univers est celle d'un mouvement perpétuel : rien n'est plus permanent que l'impermanence, c'est ce que l'hindouisme et le bouddhisme appellent samsara. Ces incessants changements intérieurs nous arrachent au moment présent parce qu'ils sont rarement vécus de façon consciente, ils nous font projeter dans un futur qui n'existe pas en s'appuyant sur un passé qui n'existe plus. C'est ce mécanisme qui inspire la plupart de nos actes. Il ne faut alors plus parler d'action mais de réaction car conformément au phénomène décrit plus haut, nous projetons notre monde illusoire sur une réalité qui est toute autre avec les conséquences dommageables que cela peut comporter, notamment dans le domaine relationnel. Oui, la plupart du temps nous vivons de façon routinière, peu consciente ; Gurdjieff emploie à ce propos l'expression d'"homme machine". Et il ajoute : "On ne fait rien, tout arrive" . En vérité, rien ne nous appartient, que ce soit nos pensées, nos émotions, ou nos actions. Nos pensées, parce qu'il faut ajouter l'influence de la famille, de la société, etc.; nos émotions, parce que nous avons une façon de les exprimer qui est empruntée au père ou à la mère ; nos actions, parce qu'elles sont le produit de ces deux éléments mais surtout parce que toutes ces choses appartiennent à la condition humaine que nous partageons tous et dont par conséquent aucun d'entre nous n'a l'exclusivité.Si nous voulons nous sortir de cet état, il nous faut cesser de vivre dans ce déni de réalité, passer du refus à l'acceptation, ce mot ne devant point être confondu avec résignation qui est synonyme d'abandon, de démission. Accepter, c'est étymologiquement "prendre vers soi", c'est-à-dire faire nôtre ce que d'ordinaire nous refusons ; accepter, c'est reconnaître que ce qui est soit, dire oui du fond du cœur comme nous le dit le Christ :
 
"Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu'on y ajoute vient du Malin" (Matthieu 5, 37).
 
Ce que nous fait ajouter le Malin, c'est précisément cette projection de notre monde sur le monde : pas ce qui est, mais ce qui devrait être, alors qu'en réalité, c'est ou ce n'est pas. Pourtant, cette acceptation n'est possible que si elle est précédée par un acte de foi en s'en remettant entièrement à Dieu et faire l'effort de vivre consciemment : il s'agit d'être présent à soi-même et à Dieu. Le problème, c'est que nous avons du mal à adopter cette attitude de vigilance et quand nous y parvenons, nous n'arrivons pas à rester dans cet état de façon permanente, les émotions qui accompagnent notre refus du réel reprenant le dessus, parce qu'elles plongent leurs racines dans la profondeur de notre psyché voire de notre inconscient et qu'elles correspondent à des traumatismes, à des blessures le plus souvent héritées de la petite enfance. Elles ont un telle puissance qu'on ne peut pas lutter et c'est pourtant ce que l'on cherche à faire en les réprimant mais en vain, comme l'illustrent si bien ces expressions : "C'est plus fort que moi" ou, terrible aveu, "J'étais hors de moi". Mais alors si nous sommes emportés par nos émotions au point de ne pas en avoir conscience, comment briser ce cercle infernal pour pouvoir sortir de notre prison ? Saint Paul nous donne un élément de réponse :
 
" Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ?" (1 Corinthiens, 6, 19).
 
Oui, ce corps qui peut être livré à l'impudicité, peut aussi être un moyen de délivrance. Concrètement, lorsqu'une émotion se lève en nous, elle se manifeste dans le corps sous forme de tensions. Par exemple, nous avons tendance à rentrer la tête dans les épaules qui sont contractées, à refermer le sternum. Or il est plus facile de prendre conscience de ces tensions que de l'émotion qui les a provoquées. Il faut donc arriver à porter notre attention sur ces tensions, et travailler à leur relâchement, ce qui permet indirectement d'agir sur l'émotion, non pas en cherchant à la faire disparaître, mais en lui permettant au contraire de s'exprimer. Mais exprimer une émotion ne signifie pas forcément l'extérioriser ; nous pouvons très bien la laisser se manifester en nous sans qu'elle nous emporte. C'est ce que nous enseignent les techniques de méditation qui sont à notre portée, la plus simple consistant à s'asseoir, le corps bien vertical mais sans raideur, les mains posées sur les genoux, la tête droite avec le menton légèrement rentré, le sommet du crâne pointant vers le ciel. Ensuite, on s'applique à relâcher toutes les tensions. Si une émotion survient, elle va faire remonter les épaules, baisser la tête, arrondir le dos ; dans ce cas, la seule chose à faire est de relâcher les tensions, de corriger la posture en redressant la tête et le dos. Ce faisant, l'émotion va s'intensifier et là, nous sommes mis au défi de l'accepter ; si nous y parvenons, nous constatons que cette émotion qui nous faisait si peur atteint un sommet d'intensité pour retomber peu à peu et disparaître à la manière d'une vague. Bien sûr, elle ne va pas disparaître définitivement mais lorsqu'elle se manifestera à nouveau, et à condition de l'accepter, nous verrons qu'elle aura perdu une partie de sa force et ainsi de suite ; c'est comme si nous regardions un film d'épouvante : la première fois, nous sommes terrifiés, mais si nous le revoyons plusieurs fois, nous ne serons plus du tout effrayés. Cependant, les techniques de méditation ne suffisent pas : elles sont là pour nous permettre de faire face à toutes les situations de notre existence à l'occasion desquelles nos émotions vont se manifester, pour nous aider à vivre consciemment. Et l'avantage que nous avons sur les autres traditions spirituelles, c'est que nous pouvons nous référer à Notre Seigneur Jésus-Christ pour accomplir cet acte d'héroïsme qui consiste à se donner entièrement à notre souffrance. Ce premier pas vers notre soumission à Dieu nous permet déjà de situer l'enjeu de notre quête : pour se délivrer de sa souffrance, il n'y a pas d'autre moyen que de s'y plonger corps et âme. Le Diable nous dit : "Ne le fais pas, tu vas être détruit" ; or c'est l'inverse qui se produit : non seulement nous ne sommes pas détruits mais il s'ensuit une paix profonde et à un stade plus avancé de notre voie spirituelle, nous accèderons à cet état que décrit Saint Paul :
 
"Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ" (Philippiens 4, 7).
 
Toutefois, nous n'y accèderons pas d'emblée d'une façon définitive mais par des moments brefs car nous sommes si fragiles, si faibles que nous ne pouvons pas nous établir d'un seul coup dans cette béatitude suprême et sur cette question, donnons encore la parole à Saint-Martin :
 
"La sagesse conduit l'homme par des degrés insensibles afin de ne pas l'effrayer par l'immensité de la tâche qu'il a à remplir. Aussi commence-t-elle par dire à l'homme qu'il doit servir d'organe et de passage à la Divinité toute entière, s'il veut que son ange jouisse de la paix et des félicités divines" . Et c'est là qu'il ne faut pas baisser les bras, qu'il faut résister à ce sentiment que Dieu nous a fait subir une sorte de supplice de Tantale car c'est une fois de plus le Malin qui va chercher à nous en persuader. Bien au contraire, ces premiers rayons de lumière qui nous sont donnés sont faits pour fortifier notre foi et notre espérance. Dans cette progression vers la lumière, la force intérieure grandit, puisque l'énergie qui était accaparée par les émotions qui ont commencé à disparaître, est de la sorte récupérée ; ce dernier point est illustré par le célèbre conte de la belle au bois dormant, celle-ci étant délivrée par le chevalier qui arrive à son château en chevauchant l'un des dragons qu'il avait affrontés. Ce symbolisme des dragons se retrouve également avec ceux des temples asiatiques et les gargouilles des cathédrales.
 

Lire la suite

16:35 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : spiritualité, religion, philosophie, christianisme, foi |  Imprimer | | | | | Pin it!

mardi, 19 septembre 2006

Anniversaire des apparitions de LA SALETTE Le 19 septembre 1846

Voici le texte complet

(rare et caché au maximum par l'Eglise, et pour cause ! )

du Secret de la Salette

confié à Mélanie lors de l'apparition ;

 on comprend mieux pourquoi les autorités ecclésiastiques et civiles

     voulurent faire taire la petite bergère du Dauphiné.  

 

 

 

 

 

 

 
medium_la_vierge_qui_pleure_2.jpg
 
 
 
Le secret de La Salette 

écrit et daté par Mélanie à Castellamare,
le 21 novembre 1878
Nihil obstat et Imprimatur Datum Lycii ex Curia Episcopi,
die 15 nov. 1879.
Carmelus Archus Cosma. Vicarius Generalis.


 
 
 
La Vierge Marie :

Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant ne sera pas toujours secret ; vous
pourrez le publier en 1858.
Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs
irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l'amour de
l'argent, l'amour de l'honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des
cloaques d'impureté.

Oui, les prêtes demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs
têtes. Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par
leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils !
Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent
vengeance, et voilà que la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus
personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple ; il n'y a plus
d'âmes généreuses, il n'y a plus personne digne d'offrir la Victime sans tache à
l'Éternel en faveur du monde.

Dieu va frapper d'une manière sans exemple.
Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne
pourra se soustraire à tant de maux réunis.
Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la
pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences ; ils sont devenus ces
étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr.
- Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants,
dans toutes les sociétés et dans toutes les famille ; on souffrira des peines
physiques et morales : Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes et enverra
des châtiments qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans.
- La société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands
événements ; on doit s'attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire
le calice de la colère divine.
-
- Que le Vicaire de mon Fils, le Souverain Pontife Pie IX, ne sorte plus de Rome
après l'année 1859 ; mais qu'il soit ferme et généreux, qu'il combatte avec les
armes de la foi et de l'amour ; je serai avec lui.
- Qu'il se méfie de Napoléon, son cœur est double, et quand il voudra être à la
fois pape et empereur, bientôt Dieu se retirera de lui ; il est cet aigle qui,
voulant toujours s'élever, tombera sur l'épée dont il voulait se servir pour obliger
les peuples à se faire élever.
- L'Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur ;
aussi, elle sera livrée à la guerre ; le sang coulera de tous les côtés ; les églises
seront fermées ou profanées.
- Les prêtres, les religieux seront chassés ; on les fera mourir, et mourir d'une
mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des
religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand ; parmi ces personnes,
il se trouvera même des évêques.
- Que le Pape se tienne en garde contre les faiseurs de miracles, car le temps
est venu que les prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.
- En l'année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de
l'Enfer ; ils aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à
Dieu ; ils les aveugleront d'une telle manière, qu'à moins d'une grâce
particulière, ces personnes prendront l'esprit de ces mauvais anges ; plusieurs
maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d'âmes.
- Les mauvais livres abonderont sur la terre et les esprits de ténèbres répandront
partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu ; ils
auront un très grand pouvoir sur la nature ; il y aura des églises pour servir ces
esprits. Des personnes seront transportées d'un lieu à un autre par ces esprits
mauvais, et même des prêtres, parce qu'ils ne seront pas conduits par le bon
esprit de l'Évangile, qui est un esprit d'humilité de charité et de zèle pour la
gloire de Dieu.
-
On fera ressusciter des morts et des justes (c'est à dire que ces morts prendront
la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les
hommes ; ces soi-disant morts ressuscités, qui ne seront autre chose que le
démon sous ces figures, prêcheront un autre Évangile, contraire à celui du vrai
Jésus-Christ, niant l'existence du Ciel, soit encore les âmes des damnés. Toutes
ces âmes paraîtront comme unies à leurs corps).

- Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s'est
éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde.
Malheur aux Princes de l'Église, qui ne seront occupé qu'à entasser richesses sur
richesses, qu'à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil !
- Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir, parce que, pour un temps
l'Église sera livrée à de grandes persécutions ; ce sera le temps des ténèbres ;
l'Église aura une crise affreuse.
-
- La Sainte Foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par
lui-même et être supérieur à ses semblables.
On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques, tout ordre et toute justice seront
foulés aux pieds ; on ne verra qu'homicides, haine, jalousie, mensonge et
discorde, sans amour pour la patrie ni pour la famille.
Le Saint-Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui jusqu'à la fin pour recevoir
son sacrifice.

- Les méchants attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ;
mais ni lui, ni son successeur...ne verront le triomphe de l'Église de Dieu.
- Les gouvernants civils auront tous le même dessein qui sera d'abolir et de faire
disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l'athéisme,
au spiritisme et à toutes sortes de vices.
Dans l'année 1865, on verra l'abomination dans les lieux saints ; dans les
couvents, les fleurs de l'Église seront putréfiées et le démon se rendra comme le
roi des cœurs.

Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde
pour les personnes qu'ils doivent recevoir, parce que le démon usera de toute sa
malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au
pêché, car les désordres et l'amour des plaisirs charnels seront répandus par
toute la terre.

Lire la suite

08:40 Publié dans Fêtes | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Religion, Spiritualité, Christianisme, Eglise, Politique, Littérature |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 14 septembre 2006

Fête de la Croix Glorieuse

medium_croix_de_conques.jpg



 

 

Nul n'est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

 

Saint Jean (III, 13-17) 

 

 

 

 

 

 

 

Illustration:

La Croix de Conques

 

00:05 Publié dans Fêtes, Le sens de la Croix | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Christianisme, Eglise, Jésus, Spiritualité, Peinture, Art |  Imprimer | | | | | Pin it!

mardi, 12 septembre 2006

Fête du Saint Nom de Marie



medium_la_vierge.jpg

 
 
 
Je vous salue, Marie,
pleine de grâce,
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
et Jésus,
le fruit de vos entrailles,
est béni.

Sainte Marie,
mère de Dieu,
priez pour nous,
pauvres pécheurs,
maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen.

 

 

 

 

 

 

Illustration:

Vierge Marie

Cathédrale de Bourges 








 

00:05 Publié dans Fêtes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Christianisme, Eglise, Jésus, Spiritualité, Peinture, Art |  Imprimer | | | | | Pin it!

mercredi, 23 août 2006

Gentil n'a qu'un oeil

 

 

 

ou l'engagement volontaire de Günter Grass dans les Waffen SS

 

par

Jean Mansion 

 

 

 

medium_nazisme.2.jpg

 Défilé de gardes SS

 

 

 

L'auteur du "Tambour" (1959), né le 16 octobre 1927, a révélé vendredi 17 août, pour la première fois, s’être engagé dans les Waffen SS, plus exactement, au sein de la division Frundsberg, terrible unité d'élite nazie, épisode qu'il avait jusqu'à présent toujours masqué et qui a suscité de vives réactions. L'enrôlement de Günter Grass sera donc passé inaperçu pendant 61 ans, jusqu'à ce que l'écrivain allemand révèle lui-même cette page sombre de son histoire. Certes, cet aveu intervient alors que Günter Grass publie son autobiographie "Beim Häuten der Zwiebel" ("En épluchant les oignons") dans laquelle il revient longuement sur cet épisode, et sa maison d'édition Steidl a d’ailleurs annoncé mercredi qu'elle mettait dès à présent en vente le livre alors qu'il ne devait paraître initialement que le 1er septembre. Mais comment, celui qui s’érigea en véritable « conscience morale » de l’Allemagne d’après-guerre, développant, à qui voulait l’entendre, un discours permanent sur le nécessaire repentir, revenant sans cesse sur les grands thèmes de la culpabilisation à outrance, chassant le moindre signe de complaisance à l’égard du passé national-socialiste de son pays, a-t-il pu vivre avec ce secret pendant toutes ces années ?

Il vient de déclarer platement : « il fallait que cela sorte, enfin...», simples mots par lesquels Günter Grass, prix Nobel de littérature 1999, conscience de l'Allemagne démocratique et grande figure intellectuelle de l'après-guerre, a justifié sa décision de révéler une page sombre de son histoire personnelle. Pour ne rien nous épargner, celui qui ne manqua pas de dire tout le « bien » qu’il pensait de Heidegger, affirme à présent : «Pour moi, et je suis sûr ici de mes souvenirs, les Waffen SS n'avaient rien d'atroce, c'était une unité d'élite qui était toujours engagée là où ça chauffait» ; propos ahurissants chez cet écrivain de gauche, compagnon de route de longue date du Parti social-démocrate (SPD). Jusqu'à présent, Grass affirmait avoir servi à partir de 1944 dans la défense antiaérienne, avant d'avoir été fait prisonnier par les Américains. Nous voyons qu’il n’en fût rien, et l’on se demande, en s’emprisonnant dans une telle schizophrénique situation de mensonge et dissimulation, comment il a pu vivre sa culpabilité, projetant sur une société entière et un peuple, «une honte», mot qu’il affectionnait entre tous, qui était en réalité la sienne. Au soir de sa vie, l'écrivain qui la consacra à « confronter » l'Allemagne à son histoire et à s’ériger en véritable juge de ses compatriotes, a compris qu'il devait faire la lumière sur sa propre histoire. Mais pourquoi si tard ? Pouvons-nous nous interroger, alors qu'il a eu mille occasions de délivrer son aveu plus tôt.

Son biographe, Michael Jürgs, s'est dit «personnellement déçu», évoquant la «fin d'une instance morale». Lors de la remise de son prix Nobel à Stockholm, Günter Grass avait rappelé venir du «pays où l'on a un jour brûlé les livres». Quelle portée auraient eu ces propos si l'Allemagne à l'époque avait su ? Se demandent aujourd'hui nombre de critiques littéraires. Et pourquoi cet aveu dans la torpeur du mois d'août, juste avant la publication de son autobiographie ? «Cette révélation a le goût de la promotion », de son prochain livre, jugeait acerbe le quotidien Bild dimanche. Elle nous montre surtout, outre la constante fausseté des prétendues « vertus humaines », pour reprendre un thème largement débattu ici récemment, la constante et pertinente valeur de cette immémoriale sentence bien connue de nos grands mères : « Gentil n’a qu’un oeil » !

 

 

 

18:25 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (82) | Tags : Polémique, Actuallité, Gauche, Réflexion, Littérature, Günter Grass |  Imprimer | | | | | Pin it!

mercredi, 05 juillet 2006

De la fausseté des vertus humaines

                      

 

 

                 A Monseigneur le Dauphin

         

 

             Monseigneur,

    Il n’est pas de princes qui doivent un jour monter sur le trône ! de même que tout le reste des hommes : comme ceux-ci ne sont chargés que de leur conduite particulière, ils sont seulement obligés de suivre l’avis des sages qui leur ordonne de se connaître ; au lieu que cette étude ne suffit pas aux princes que Dieu fait naître pour gouverner les peuples, et qu’ils ont encore une indispensable obligation d’étudier et de connaître les autres.

   Cette connaissance, Monseigneur, n’eût pas été difficile si l’homme fût demeuré dans l’état de son innocence ; car ses paroles auraient toujours été l’image de ses pensées, et ses actions celle de ses désirs et de ses intentions. Mais depuis qu’il s’est mis en la place de Dieu, qui devrait être l’objet unique de son amour, et qu’il est devenu amoureux et adorateur de lui-même ; depuis que son intérêt est la règle de ses actions et le maître de sa conduite ; son coeur qui se laissait voir, se cache dans sa profondeur et apprend à l’homme à y cacher ses desseins. De sorte que l’homme s’étant instruit et perfectionné depuis tant de siècles en l’art de dissimuler et de feindre, ce long usage de feintes et d’artifices lui a donné une pente presque invincible à se déguiser.
   Il a été forcé en quelque manière de se servir de ruses et de finesses, parce que son amour-propre qui lui est si cher, est si odieux aux autres qu’il n’ose se montrer tel qu’il est, de peur de trahir ses propres desseins ; il est même obligé pour les faire réussir de se présenter aux autres sous plusieurs figures différentes qu’il sait leur être agréables, et de donner la gêne à son esprit pour imaginer celles qui sont les plus propres à le faire paraître entièrement dévoué à leurs intérêts.
   De là vient que tous les hommes sont autant d’énigmes qu’il est si malaisé d’expliquer ; et que ce qui paraît de l’homme est si différent de l’homme. De là vient que jugeant de lui par ce qu’on en voit, ainsi qu’on fait ordinairement, on se trompe dans la plupart des jugements qu’on en fait, et que ceux qui lui sont les plus favorables sont presque toujours les plus légers et les plus injustes. De là vient enfin que Dieu condamne le cœur de la plupart de ceux dont tout le monde admire les actions, et que n’ayant égard qu’à nos dispositions intérieures et à nos véritables intentions, il voit comme de fausses vertus, les vertus qui brillent le plus et qui passent pour les plus excellentes.
   Mais encore qu’il soit difficile de connaître l’homme, l’on ne doit pas néanmoins se persuader que cela soit impossible, pourvu qu’ont ait observé les inclinations de l’amour-propre. Car comme c’est lui qui est l’inventeur de tous les stratagèmes que l’homme met en usage, et la cause de la fausseté de toutes ses vertus ; et que l’homme en est si fort possédé qu’il n’a point d’autres mouvements que les siens, d’autre conduite que celle qu'il lui inspire, l’on ne saurait représenter l’un qu’on ne fasse en même temps le portrait de l’autre.
   C’est par cette raison, Monseigneur, que pour donner la vraie idée de l’homme, j’ai traité en particulier de  toutes les vertus humaines dans le livre que je vous présente ; afin d’avoir lieu de faire connaître les vues secrètes de l’amour-propre, les chemins détournés qu’il prend pour empêcher qu’on ne découvre ses intentions, et cette variété de personnages qu’il joue pour arriver aux fins qu’il souhaite de parvenir. J’ose croire que le soin que j’ai pris ne vous sera pas inutile, et que vous n’aurez pas désagréable qu’en vous offrant ce livre, je vous donne une marque publique de la passion respectueuse avec laquelle je suis,
              Monseigneur,
                   Votre très humble, très obéissant et très fidèle
serviteur, 
                                   
                                                                      ESPRIT

 

 

 

La fausseté des vertus humaines, Jacques Esprit. Ed. Aubier, Paris, 1996. P. 69 ,70 ,71

A suivre... 

22:10 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : Réflexion |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 22 juin 2006

Le problème du mal ou la culpabilité universelle

 
 
 
 
Je remercie Hypérion, le seizième des satellites connus de Saturne de m’avoir posté ce commentaire sur la note « Tout le monde est coupable ». De toute évidence cette contribution de qualité, qui semble inédite, n’est pas terminée et doit posséder une suite que nous aimerions bien connaître et découvrir. Si Hypérion m’entend, lui qui habite dans l’infinité des espaces et qui vit dans l’orbite du grand astre mystérieux et inquiétant, qu’il sache que nous attendons ses lumières pour éclairer quelque peu notre chemin, nous qui sommes « incompréhensibles à nous-mêmes ».
Pour être juste, et afin de ne pas exciter la jalousie de Jude l’Obscur (!), je mets aussi son lien concernant ce Titan couvert par une couche mince de matériel sombre.
Je profite de l’occasion pour remercier mes fidèles lecteurs, et tout ceux qui postent des commentaires plein d’humour, de poésie et de profondeur.



medium_hyperion_.10.jpg



 

 

 

 

 

1. Insuffisance de la philosophie face au problème du mal.

 

 

En affrontant le problème du mal, la philosophie s’est montrée au cours des siècles extraordinairement démunie si ce n’est même proprement insuffisante, au point qu’il ne semble pas hasardeux d’affirmer que si Augustin et Pascal disent des choses si profondes sur le sujet, c’est moins comme philosophes que comme chrétiens. Ce n’est qu’à partir de Kant, avec sa critique de la théodicée et sa théorie du mal radical, que la situation s’est améliorée à travers les coups de sonde fructueux du jeune Hegel, la forte méditation du Schelling de la maturité, l’ample systématisation de Schopenhauer et les dérangeantes provocations de Nietzsche; mais il reste beaucoup à faire. Un énorme travail attend la philosophie dans ce domaine où Kant, et non Fichte, Schelling et non Hegel, Schopenhauer et non la philosophie facile et rhétorique de la moitié du dix-neuvième siècle, Nietzsche et non l’irrationalisme qui en procède, l’existentialisme authentique et non ses contrefaçons les plus répandues, ont ouvert quelques éclairantes perspectives.
Qu’en traitant du mal, la philosophie tende à être réductrice est un fait non moins réel que déconcertant; les raisons en sont nombreuses et différentes. La première et la plus évidente est que, normalement, la philosophie cantonne le problème du mal au domaine de l’éthique, sphère trop restreinte en vérité pour une question si énorme et bouleversante, et dont la réflexion apparaît totalement inadéquate à un sujet si central et décisif. Le mal, entendu comme alternative de l’option morale ou comme perte de valeur sur un plan axiologique, est un événement également très grave sur le chemin pourtant difficile de la vertu; et la douleur, comprise comme obstacle à ce bonheur, inséparablement lié à la vertu conçue rationnellement, est un malheur qu’il faut maîtriser et vaincre par un difficile exercice d’ascèse et d’impassibilité. Mais un traitement qui s’en tiendrait à cela serait bien loin de l’être authentique et profond et laisserait même échapper le véritable centre du problème.
Bien loin de se limiter à la définition de la faute morale et à la capacité de supporter la souffrance, le problème du mal puise ses racines dans les profondeurs obscures de la nature humaine et dans le recoin secret où se jouent les rapports de l’homme et de la transcendance. Le fait même que le problème du mal va jusqu’à englober celui de la souffrance atteste bien qu’il s’agit ici non pas tant de la réalisation de la vertu que de la négativité même, inhérente à la condition humaine; dans cette perspective, le problème du mal comme problème du négatif en général est quelque chose qui concerne alors bien moins l’éthique que la religion. En réalité, la religion parle du péché et même de la chute de l’homme, plus que de la faute morale; elle ne se limite pas à retracer les alternances de la possibilité et de la réalité du mal dans le domaine plutôt solennel de la vie éthique individuelle, mais elle les recherche sur la grandiose scène cosmique où elles s’exercent d’abord; elle situe le nœud indivisible unissant le péché et la souffrance dans ce destin d’expiation qui pèse sur l’humanité et en dirige l’histoire vers le salut. Sur le problème du mal, l’éthique, loin de pouvoir offrir soutien et explication à la religion, se trouve au contraire dans la situation de devoir en attendre éclaircissement et aide. Il vaut la peine d’observer de ce point de vue le fait que ce qui de la religion est irréductible à l’éthique se concentre surtout sur le problème du mal, de la souffrance et du négatif en général. Ce n’est pas sans raison que l’expérience religieuse insiste surtout sur le Dieu souffrant et rédempteur, ce qui confirme bien que l’ultime recours au problème du mal est la religion et certainement pas la morale.
En outre, la philosophie a voulu «comprendre» le mal et la douleur, mais, en partie à cause de la radicale incompréhensibilité qui caractérise ces réalités négatives, en partie à cause du type de rationalité avec lequel elle les a abordées, elle n’a fait que les annuler et les supprimer. Il se peut que soient entrés en jeu, pour une part cet aspect ascétique et disons même stoïque qui semble appartenir à l’exercice de la raison, et pour une autre part ce sens de sévère réserve et cette attitude anti-rhétorique, parfaitement louables en soi, mais ici franchement exagérés, qui découlent de la méfiance de la raison pour tout ce qui ne se laisse pas finalement réduire à la plus lumineuse et transparente rationalité.
D’un côté il est juste que la réflexion philosophique soit soumise à un constant exercice de clarification intellectuelle en cherchant à éviter toute forme d’influence affective. Cela lui confère sans aucun doute une certaine forme de dureté, due non seulement à la rigueur que lui impose le travail du concept, mais aussi à l’impassibilité de son regard désenchanté et sans illusions. De ce point de vue, sa sobriété face au spectacle du mal et de la douleur sans cesse présents dans le monde, apparaît plus que légitime, de même que sa détermination à éviter l’assombrissement exagéré et le dolorisme facile qui peuvent en découler; d’autant plus que ces attitudes entraînent avec elles, par contre-coup, des sentiments indignes de la pensée philosophique impartiale, comme un voluptueux désir de souffrance ou un insatiable besoin de réconfort.
Mais cette juste méfiance envers tout sentimentalisme facile ne doit pas aller jusqu’à méconnaître la situation tragique de l’homme, prisonnier de sa méchanceté et de la souffrance. La tragédie authentique n’a rien de pathétique ou de pitoyable et ignore autant la consolation que la voluptas dolendi ; seul celui qui sait se tenir à bonne distance à la fois du cynisme brutal et du facile abandon – devenu connaisseur des choses du monde, des vices et des vertus humaines – réussit à en saisir la nature atroce et terrible. Avec son regard à la fois détaché et impliqué, la pensée tragique peut parvenir à une telle profondeur, elle qui, n’étant en soi ni gémissante ni consolante, parvient à reconnaître pleinement et à pénétrer entièrement le sérieux de la vie.
D’un autre côté, il est juste aussi que la philosophie cherche à rendre également compte des aspects négatifs de la réalité et qu’elle ne recule pour cela devant aucun obstacle: on doit bien quelque chose à la «compréhension», si tel est le but de la réflexion philosophique. Mais il se peut que l’unique instrument adéquat à cette fin soit une raison pascaliennement consciente de ses propres limites, capable d’intégrer parmi ses opérations le «désaveu» de soi, et qui, selon les opportunités, deviendrait ainsi elle-même un acte non seulement rationnel, mais aussi cognitif. Tout comme pour la raison, la reconnaissance de ses propres limites ne peut-être que rationnelle, au sens où le dernier pas de la raison est sûrement la reconnaissance d’une transcendance et un acte de soumission, tout en étant toujours en même temps une opération de la raison, il peut ainsi se faire que certains objets ne puissent être connus qu’à condition de ne pas les connaître et ne soient accessibles qu’à l’intérieur d’un rapport négatif, de sorte que seule une raison extatique et muette les puisse comprendre sans les déformer. Autrement dit, il se pourrait que, face au mal, il ne reste plus à la raison d’autre possibilité que de comprendre qu’elle ne le peut comprendre; auquel cas l’unique compréhension philosophique que l’on puisse avoir du mal consisterait à rendre compte de son incompréhensibilité. Ce serait déjà beaucoup: montrer les raisons de l’incompréhensibilité du mal est indubitablement, pour la philosophie, un approfondissement considérable, davantage une conquête qu’un renoncement, et moins un motif de résignation que de satisfaction.
Mais la philosophie ne se contente pas de cela; elle ne reconnaît pas volontiers l’incompréhensible et fait tout pour se soustraire à l’idée que l’unique explication de quelque chose puisse consister dans la reconnaissance, même justifiée, de son caractère inexplicable. En effet, ce qui caractérise le négatif c’est que, soit on veut le reconnaître comme réel et on l’accepte comme quelque chose d’incompréhensible, soit on veut le considérer comme quelque chose de compréhensible et on finit alors par en dissoudre la réalité. L’intelligibilité et la réalité du négatif constituent les termes d’une alternative entre lesquels il faut choisir, et la philosophie tend à sacrifier la réalité du négatif à son intelligibilité. Une philosophie rationaliste ne sera jamais disposée à accepter que la clarification rationnelle ne parvienne pas à dissiper toutes les obscurités et bute sur quelque chose d’irrémédiablement opaque. Elle ne s’arrête pas devant la terrible réalité du mal et, ne pouvant faire l’économie de sa réalité négative, elle l’inscrit dans un cadre plus vaste, d’où il ressort extrêmement atténué et diminué, quand il ne disparaît pas carrément comme dans un jeu de poupées russes.
Dans la mesure où la philosophie prétend tout «comprendre», toute métaphysique tend à être une théodicée; la pensée objectivante rationalisera le mal en cherchant à lui donner sa place dans l’univers ou sa fonction dans la vie humaine: elle y verra une simple privation d’être ou un pur manque, ou bien elle en fera un facteur de progrès et même une efficace contribution à la marche du bien. Cette «puissance du négatif», de fécond point de départ de la pensée tragique qu’elle était, se transformera en un puissant auxiliaire de l’optimisme. Dans le cauchemar de Yvan Karamazov, même le diable aimerait s’unir au chœur et crier Hosanna! avec tous les autres, et s’il maintient un moment sa négation, il le fait par esprit de service, pour ne pas réduire au silence cette allégresse universelle. Même la souffrance sera dissoute, appelée à garantir l’existence de la joie. Une prise en compte purement rationnelle de la douleur déclarera que si celle-ci est vraiment une peine destinée à punir aussi bien qu’à guérir, elle n’est pas un mal en soi, liquidant avec ce théorème glacial le terrible scandale de la souffrance des justes, des innocents, des animaux, et négligeant ainsi, avec une impassible indifférence les conceptions religieuses très rigoureuses de l’omniculpabilité humaine et de la réversibilité des souffrances.
Toutefois, pas même Jésus, qui, du reste, pour parler comme Kierkegaard, n’était pas président de l’Académie des Sciences – n’a prétendu fournir une explication et une compréhension du mal; il s’est limité, pour ainsi dire, à le racheter, et l’a fait au moyen de sa propre souffrance, prenant sur lui les péchés de l’humanité. La seule possibilité de dire qu’il donne une réponse au problème du mal, c’est qu’il est, lui-même, cette réponse. Comment la philosophie, incapable de son côté d’une telle entreprise rédemptrice, pourrait-elle prétendre affronter la problématique du mal avec un telle hybris rationaliste qui n’explique le mal qu’en le dissolvant? Pourtant, face au mal, la raison philosophique n’a rien trouvé de mieux que de supprimer ce qui la dérangeait et de transformer complètement l’incompréhensibilité en rationalité transparente. Telle est la grande et éternelle illusion de la philosophie, dont la rationalité, exercée de cette façon, ne comprend ni n’explique rien, mais annule et mystifie; au point que la terrible et déconcertante présence du mal de la douleur dans le monde peut justement devenir une satire vivante et constante contre la philosophie qui prétend les éluder, les minimiser, les exorciser ou tout bonnement les éliminer.
Il y a quelques années, dans l’immédiate après-guerre, la philosophie a montré qu’elle savait trouver une autre façon d’éluder le problème du mal.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’humanité a atteint le sommet de la malignité et de la souffrance, à travers des formes de perversion absolument diaboliques, par d’épouvantables massacres et des génocides qui ont cruellement décimé l’humanité, au moyen de souffrances inouïes et horribles infligées à l’homme par l’homme et, par-dessus tout, en des phénomènes comme l’Holocauste, face auxquels il est impossible que l’humanité tout entière ne se sente coupable, soit de ne pas avoir su le prévenir ou l’empêcher, soit de ne pas en avoir elle-même autant souffert.
Eh bien je trouve bouleversant le fait qu’à ce moment-là, alors que l’humanité sortait tout juste de l’abîme du mal et de la souffrance où elle s’était précipitée, et pendant quelques décennies encore, des philosophies traitant de problèmes techniques extrêmement subtils et abstraits aient eu un grand succès et une large diffusion, comme le positivisme logique et la philosophie analytique, toutes formes de pensée insensibles à la problématique du mal et qui sont peu intéressées en général au problème de l’homme et de son destin. Je ne nie pas que les problèmes dont s’occupent ces courants philosophiques soient importants, eu égard au caractère nécessairement critique de la philosophie; mais il faut reconnaître que le succès de telles philosophies apparaît d’autant plus déconcertant que leur fréquentation a prétendu être plus sélective, et leur attitude envers d’autres philosophies concernées par les problèmes de l’existence humaine est apparue plus exclusive. Après ces expériences tragiques, il est souhaitable que la philosophie sache retrouver sa réflexion active et enveloppante, et abandonner non seulement la prétention rationaliste qui veut tout expliquer, mais aussi l’abdication renonciatrice de ces philosophies d’évasion pure.

2. Nécessité du recours au mythe: art et religion.



Le mal et la douleur, occultés et passés sous silence dans le monde rationalisé de la philosophie, sont en revanche bien présents dans le mythe, au sens profond et fort du terme, c’est-à-dire dans l’art et la religion, et c’est là que la philosophie les doit aller chercher pour en faire l’objet d’une considération qui ne soit plus mystificatrice. Du reste, il est temps que la philosophie, loin de faire consister sa tâche en une prétendue démystification — qui requiert un effort totalement disproportionné par rapport à la pauvreté des résultats obtenus —, renouvelle désormais ses contenus concernant le mythe et en tire même une impulsion pour se retrouver elle-même, en récupérant sa propre nature mythique originaire, qui est pourtant toujours une source inépuisable pour tout ce qui se dit de vraiment important et décisif pour l’humanité.
Bien entendu, il doit s’agir d’une religion forte et virile, intraduisible en des termes élégiaques et larmoyants et d’un dolorisme souffreteux: la présence dominante et inépuisable du destin à l’antique, à laquelle est familière aussi l’idée que le sens du caractère capricieux des dieux provient de ce que leur être se situe par-delà bien et mal et qu’ils échappent ainsi au domaine de l’éthique; la religion biblique de l’omniculpabilité humaine, à laquelle correspond, dans l’Ancien Testament, le Dieu de colère et, dans le Nouveau Testament, le Dieu de la croix. Il doit s’agir d’un art robuste et puissant, comme celui de la tragédie, épouvantable, bouleversant et profond comme le fut la tragédie grecque chez Eschyle et Sophocle et comme l’est aujourd’hui cette tragédie en cinq actes que sont les grands romans de Dostoïevski.
La nécessité du recours au mythe provient donc de l’échec de la philosophie face au problème du mal. Pourquoi la raison philosophique a-t-elle été incapable d’affronter le problème du négatif et l’a-t-elle abandonné à l’art, spécialement tragique, et à la religion, surtout chrétienne? Pourquoi la spéculation, même là où elle a plus particulièrement pressenti le négatif, a-t-elle plutôt préféré le dissimuler et le déguiser avec les moyens les plus divers, surtout avec la dialectique qui, dans sa forme la plus aboutie et astucieuse, celle de Hegel, a fini par avoir en quelque façon le dessus?
Des considérations précédentes il est légitime de conclure que l’échec de la philosophie face au problème du négatif provient essentiellement de l’emploi d’une réflexion tellement paresseuse qu’elle n’essaie pas assez et tellement prétentieuse qu’elle essaie trop. Mais c’est ce qui arrive lorsque l’expérience est conçue en termes exclusivement scientifiques ou logico-empiriques, ou qu’elle est investie par une pensée si vide que même son caractère éventuellement transcendantal s’exténue dans un neutralisme terne; ou encore quand la raison a soudain tant confiance en elle-même qu’elle ne soupçonne pas l’état de crise (acrisia) d’une métaphysique ontique et objective, ou si arrogante qu’elle se substitue directement à l’expérience dans un rationalisme métaphysique omnicompréhensif. On en voudra pour preuve — ou pour contre-preuve — le fait historique indéniable que dans les périodes de décadence du sentiment religieux, due à une prévalence de la philosophie ou de la science, apparaissent des philosophies de tendance optimiste et étrangères à la pensée tragique, peu intéressées au problème du mal, et même disposées — si elles n’y tendent carrément pas — à l’atténuer et à le minimiser, voire à l’occulter et à le nier, en tout cas à le considérer humainement réparable et socialement rachetable, sauf à recevoir les démentis solennels de l’histoire, comme le montrent les triomphes de la philosophie des lumières au xviiie siècle et du positivisme au siècle suivant. Ce n’est pas pour rien, dès lors, que se présente périodiquement sur la scène philosophique européenne, sous des formes toujours nouvelles et différentes, le Romantisme, avec ses flux et ses reflux, montrant ainsi qu’il n’a pas achevé son cycle historique et qu’il a conservé intacte sa valeur spéculative, avec l’avantage d’être en même temps débarrassé des excès irrationalistes qui avaient accompagné certaines de ses premières manifestations.
Il est naturel alors que, pour rendre compte des aspects obscurs, contradictoires, négatifs de la réalité, négligés ou dissimulés par ce défaut d’intérêt ou par cet excès d’explication, on retourne à cette abondante et même inépuisable réserve de problèmes humains qu’est le mythe, et naturel aussi que ce soit seulement de ce creuset ardent que l’on attende une réponse aux questions les plus pressantes et inajournables de l’homme, concernant son existence même, autrement dit la vie qui lui a été échue sans qu’il ait été consulté et le destin qui lui est réservé au milieu du mal triomphant, dans l’angoisse de souffrir et face à la possibilité désirée autant que crainte du mh; fu`nai [ne pas être né].

Lire la suite

07:30 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Philosophie, Métaphysique, Réflexion |  Imprimer | | | | | Pin it!