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mardi, 29 septembre 2009

René Guénon et la corruption du catholicisme

ou la sinistre stratégie de la gnose guénonienne 

 

 

 

 

Sans titre 3.jpg 

René Guénon (1886-1951) n’eut de cesse de tromper 

les catholiques avec qui il collabora,

pour mieux diffuser le poison de ses théories  occultistes,

tout ceci au nom d’une prétendue défense de la "Tradition". 

 

BaphometintheSun[1].jpg

 

La critique catholique, depuis les premiers livres de Guénon,

 a été la dénonciation du caractère gnostique et syncrétiste

de cette pensée antichrétienne par essence ! 

 

 

 

 

 

dyn004_original_120_155_pjpeg_2546912_f2ddf7c0071c0c7592da2b1777d700f7.jpgRené Guénon (1886-1951) possède une caractéristique rare, celle d’attirer à lui les constructeurs de belles légendes. L’une des plus tenaces, pourtant radicalement fausse, consiste à voir en lui un ami du catholicisme et de l’Eglise. Or, rien n’est plus inexact et erroné que cette avantageuse présentation entretenue et bâtie par de dévots disciples du soufi cairote.

 

En effet, Guénon, qui s’introduisit dans les milieux catholiques pour mieux les corrompre, fut toujours convaincu du caractère périphérique et incomplet de la religion chrétienne. Pour lui, seule l’Inde était porteuse des critères véritables de la fort suspecte « Tradition primordiale ». Il n’eut donc de cesse de tromper ceux avec qui il collabora, pour mieux diffuser le poison de ses théories syncrétiques, tout ceci au nom d’une prétendue défense de la Tradition, ceci recouvrant en réalité une entreprise systématique ayant pour but de soumettre l’Occident aux principes doctrinaux de l’occultisme.

 

 

I. Une stratégie mensongère

 

 

 

 

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Le discours de Guénon

est porteur des classiques scories occultistes

 

 

 

Fort justement, analysant la perception des milieux catholiques à l'égard de Guénon, Marie-France James avait déjà noté la duplicité du discours affiché porteur en réalité des classiques scories occultistes :

 

- « Guénon, avec plus ou moins de bonne foi, a joué pendant longtemps la carte de la fausse représentation en masquant aux yeux de ses proches et amis catholiques ses affiliations déterminantes et irréversibles au soufisme moniste dans la ligne de Mohaddyn Ibn Arabi et à la maçonnerie écossaise dans le cadre de la Grande Loge de France ; que l'on songe à sa famille, à Abel Clarin de la Rive, directeur de la France chrétienne antimaçonnique à laquelle Guénon collabora avant la première guerre mondiale et dont il avait prévu qu'il hériterait de la direction, à Noële Maurice-Denis avec qui il demeurera en étroit contact pendant près de dix ans, à Olivier de Frémond avec qui il entretiendra une correspondance suivie jusqu'à la fin des années 30, à Louis Charbonnau-Lassay etc.

Mais les plus perspicaces n'ont pas été dupes longtemps - sinon jamais - de l'orientation fondamentale de l'œuvre et du projet guénoniens qui tendaient à rien moins qu'à relativiser la personne du Christ et la radicale nouveauté de la Révélation judéo-chrétienne et à réinterpréter la doctrine et la tradition chrétiennes à la lumière des principes ésotérico-occultistes. Ce qui explique que l'une des constantes de la critique catholique ait été la dénonciation du caractère gnostique et syncrétiste de l'œuvre guénonienne jugée par là inconciliable avec la véritable perspective chrétienne. (...) Nous nous devons de reconnaître que cette analyse-critique vise juste quant à l'essentiel, c'est-à-dire quant à l'identification des fondements mêmes de l'œuvre guénonienne et à sa radicale incompatibilité avec la Révélation chrétienne. » [1]

 

D’ailleurs, en écho à ce qu’expose justement Marie-France James, s’il est un personnage qui, dans la mouvance catholique aurait pu à bon droit se sentir singulièrement trahi, trompé et floué par Guénon, c’est bien Abel Claren de la Rive (1855-1914), qui assuma la direction de la France chrétienne antimaçonnique [2]. Ce membre de la Société des études historiques dont l’itinéraire mérite d’être connu, ne fut pas simplement le polémiste peu inspiré que certains ont voulu complaisamment nous présenter.

 

 

II. Un double jeu scandaleux

 

93783215franc-gif.gifPendant la période qui s’étendit de 1887 à 1898, Clarin de la Rive se lança dans une étude très précise des sociétés secrètes musulmanes en Afrique du Nord, investigations qu’il fait paraître sous le nom de A.D. Rioux. C’est à l’occasion, en 1908, de son exclusion de l'Ordre Martiniste fondé par Papus, que Claren de la Rive approcha pour la première fois René Guénon qui signait de son titre d’évêque gnostique « Sa Grâce Palingénius », secrétaire général de l’Eglise gnostique de France et directeur de la Gnose, lui proposant d’envoyer ses analyses dans la France chrétienne antimaçonnique afin qu’il puisse effectuer, s’il le souhaitait, des clarifications ou mises au point sur plusieurs sujets et désaccords à l’égard des positions de ces anciens amis qui prendra, préalablement, la forme d’une lettre de protestation des « excommuniés » de l’Ordre papusien (J. Desjobert, R. Guénon, A. Thomas), la Loge Humanidad n° 240 décrétant quant à elle dans sa tenue extraordinaire du 6 juin 1909 une sentence de « perte des droits maçonniques et d’expulsion définitive de la Maçonnerie » et de son côté le Souverain Sanctuaire d’Allemagne procédant à une annulation des patentes de 30e et 90e qui avaient été remises.

 

 

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René Guénon hypocritement catholique

était encore profondément lié

au milieu des loges

 

 

 

 

195px-Masons_baphomet.jpgCependant, alors que Claren de la Rive était en quête d'un collaborateur régulier connaissant bien les positions faussées de l’ésotérisme afin de mieux en dénoncer les grossières désorientions, mais totalement ignorant du double jeu de René Guénon qu’il croyait être redevenu un parfait catholique ayant définitivement « tourné le dos à la Maçonnerie » alors qu’il était encore profondément lié au milieu parisien des arrière-loges, il l’engagea à la France chrétienne antimaçonnique lors de l'été 1913, et lui offrit une tribune exceptionnelle, que s’empressa d’utiliser Guénon qui allait publier, par ce canal inespéré, nombre de textes sous le pseudonyme du « Sphinx », et ce jusqu'à la disparition de la revue consécutive à la mort de Claren de la Rive en 1914, et dont il fut même un temps regardé comme le possible successeur à la direction de l'hebdomadaire devenu, entre temps, la France antimaçonnique, ce qui aurait amené une des figures les plus représentatives du monde de l’occulte à diriger l’organe par excellence de la « bonne pensée » catholique.

 

III. Abel Claren de la Rive et la « France chrétienne antimaçonnique »

 

 

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22914779_2675062.jpgA compter de 1893,  Abel Claren de la Rive choqué par les découvertes réalisées en étudiant les thèses des milieux detn_langenieux_tif.jpg l’ésotérisme, commença à envoyer des articles critiquant les activités de la franc-maçonnerie à divers journaux religieux (la Croix de Paris, la Croix de Reims, la Croix des Ardennes), signant simplement « Un Profane » ou encore « F.. X.. », se distinguant surtout dans la Revue complémentaire du Diable par de vigoureuses attaques contre Jules Bois sous le pseudonyme de « Rhémus », puis, par des papiers sévères envoyés au Peuple français, à l’Avenir de Reims, la Revue nouvelle, à l'Echo de Rome et au Rosier de Marie. C’est à la suite de la diffusion de ces textes qu’il rencontrera l'archevêque de Reims le cardinal Langénieux, observateur attentif de la franc-maçonnerie disposant d'une bibliothèque fort documentée, lié aux co-directeurs de la Franc-maçonnerie démasquée, les abbés Gabriel de Bessonies et Henri Joseff.

 

 

 

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« En premier lieu arrachez à la Franc-maçonnerie

le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu’elle est »

 

 

symboles.jpgAinsi, avec l’aide de Louis Lechartier, Claren de la Rive, déjà bien introduit dans le monde religieux catholique qui combattait les idéesimage002.gif occultistes, publiera alors La femme et l'enfant dans la Franc-maçonnerie universelle (1894) ainsi que le Juif et la Franc-maçconnerie (1895), et prit la successions du faussaire Léo Taxil (1854-1907), qu’il ne ménagea pas de ses virulentes critiques devant son mensonge avéré, à la direction de la France chrétienne antimaçonnique en janvier 1896 (revue qui portait en exergue la déclaration de Sa Sainteté Léon XIII tirée de l’Encyclique Humanum Genus publiée le 20 avril 1884 : « En premier lieu arrachez à la Franc-maçonnerie le masque dont elle se couvre, et faites-la voir telle qu’elle est »), direction qu'il conservera jusqu'à sa mort en juillet 1914.

 

 

 

IV. Un occultiste déguisé sous le masque catholique

 

grand-college_1248189101.jpgCe que l’on ignore, ce que témoignant d’un art consommé de la dissimulation dont seul il était capable, et alors qu’il s’affichait comme l’une des plumes les plus aiguisées et féroces dirigées contre la franc-maçonnerie et l’occultisme, Guénon continuait, comme si de rien n’était, à fréquenter les salons, groupes et cercles ésotériques parisiens les plus divers, et il est fort probable, à court terme, qu’il ait été désigné, lui qui venait de se faire un an plus tôt soufi musulman et recevoir au sein de la Loge Thebah de la Grande Loge de France, pour succéder

 

N’oublions-pas que peu après son rattachement à l'ésotérisme islamique, René Guénon se mariait comme si de rien n’était avec Berthe Loury, jeune fille blésoise qu'il avait connue chez le chanoine Gombault. D’ailleurs un peu plus tard, en Sorbonne, il rencontre Noëlle Maurice-Denis Boulet, étudiante catholique qui l’invite aux jeudis parisiens consacrés à des « réunions méta-philosophiques » avec des camarades de l'Institut catholique. Noëlle Maurice-Denis Boulet, qui croyait naïvement à la sincérité des convictions affichées par ce grand dissimulateur et manipulateur qu’était Guénon, de le présenter au cercle néo-thomiste de l'Institut catholique dont le doyen, Émile Peillaube, avait fondé La Revue de philosophie 

 

L’incroyable, c’est qu’à partir de 1919, René Guénon va donner des « comptes rendus » et plusieurs articles sur divers sujets à la revue du Père Peillaube, toujours en affichant un vernis faussement catholique ; ainsi seront publiés des textes ayant pour titre : « Le théosophisme », « La question des mahatmas », « Théosophisme et franc-maçonnerie », poursuivant une collaboration active qu'il accordera, jusqu'en 1923.

 

V. Le loup au sein de la Revue universelle du Sacré-Cœur 

 

DSC01656.JPGMais le plus extraordinaire est à venir. Une nouvelle revue : « Regnabit, Revue universelle du Sacré-Cœur », paraît en juin 1921,Guenon-author-pg-image-1.jpg sur l'initiative du Père Félix Anizan (1878-1944), oblat de Marie Immaculée, apôtre de la dévotion et de la doctrine du Sacré-Coeur, auteur d'innombrables ouvrages sur ce sujet. Persuadé que « le Sacré-Coeur n'a pas dans la vie chrétienne, dans la pensée catholique, la place qui lui revient », il juge nécessaire de fonder une revue scientifique traitant ce thème à tous points de vue : dogmatique, moral, ascétique, mystique, liturgique, artistique et historique. Il réalise son projet avec la collaboration du centre de dévotion au Sacré-Coeur de Paray-le-Monial et parmi les premiers collaborateurs d'Anizan se trouvent de très grands théologiens comme le jésuite Augustin Hamon - à l'époque le spécialiste de la mystique du Sacré-Coeur - le bénédictin dom Demaret de l'abbaye de Solesmes, l’oblat Émile Hoffet (1873-1946), Gabriel de Noaillat, secrétaire du Centre de Paray-le-Monial, le futur monseigneur Léon Cristiani (1879-1971), ainsi que le secrétaire du centre de Paray-le-Monial, Gabriel de Noaillat. La revue paraît sous les auspices d'un comité patronal composé par le cardinal Louis-Ernest Dubois (1865-1929), archevêque de Paris, et quinze prélats de tous les continents, parmi lesquels nous trouvons dom Gariador, l'Abbé général de la Congregazione Benedettina Cassinense. L'approbation ecclésiale de la revue sera ensuite confirmée le 10 mars 1924 par une Bénédiction apostolique spéciale - où étaient exprimés les félicitations et l'encouragement - envoyée à la rédaction de Regnabit par le Secrétariat d'État de Pie XI et signée par le cardinal Pietro Gasparri.

 

 

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Guénon pensait pouvoir démontrer

par ses articles sur le Sacré-Cœur

que le symbole du « Cœur »

se rattache à la « Tradition primordiale »

 

 

 

Or, ce diable de Guénon, réussira usant d’une hypocrisie sans nom, à faire publier plusieurs articles dans Regnabit. René Guénon avait fait connaissance avec Olivier de Frémond (1850-1940), membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest, grâce auquel Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946) entra en contact avec Guénon. Par le truchement de Louis Charbonneau-Lassay, René Guénon devient collaborateur de Regnabit, en publiant, comme première contribution à la revue, dans le numéro d'août-septembre 1925, une étude sur la signification du cœur dans les traditions préchrétiennes.

Sacred%20Heart%20of%20Jesus.jpgNe faisant jamais référence dans Regnabit à ses propres ouvrages consacrés aux doctrines hindoues, et pour cause, alors que d'une façon générale c'est dans ces doctrines que son enseignement prenait surtout son point d'appui, Guénon pensait pouvoir démontrer par ses articles sur le Sacré-Cœur que le symbole du « Cœur » se rattache à l'unique « Tradition primordiale » placée à la source du symbolisme universel dont les diverses traces témoignent de la permanence et de la vérité de cette influence traversant l'ensemble des mythes et civilisations, formant, de manière certes voilée mais cependant aisément décelable par une étude attentive, un noyau commun unissant dans une même origine, dont la désignation en tant que « Christ-Principe » ou même de « Verbe » aura pu abuser de nombreux lecteurs catholiques, est cependant très loin de correspondre à ce que représente effectivement Jésus-Christ pour les chrétiens.

Les réactions ne se firent pas attendre, en particulier d’un certain nombre d’intellectuels catholiques choqués par les propos de Guénon, dont principalement Jacques Maritain (1882-1973) et l'abbé Lallement (1892-1977), qui exigent la mise à l’écart de l’occultiste qui, de toute évidence, se sert de Regnabit comme d’une tribune pour répandre le venin de ses théories faussées.

 

 

Conclusion

 

livre-2-bestiaire.jpgAcculé et démasqué, en mai 1928, Guénon donne sa démission de la « Société du Rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur », et expose le 8 juin, dans une lettre de douze pages envoyée à Louis Charbonneau-Lassay qui est chargé de s’en faire l’émissaire et en restera pour le moins incrédule, toute sa « rancœur » à l’égard de l’abbé Anizan, de la revue Regnabit et surtout vis-à-vis de l’Eglise catholique en des termes ahurissants, allant jusqu’à se faire menaçant déclarant, si l’on prétendait empiéter sur les domaines dont il a « autorité » et « qu’il représente » (sic) : « [on doit] se méfier de ce que [René Guénon] peut avoir en réserve

 

 

 

 

 

guenon II.jpg

 

« Quant à une position religieuse,

je n'ai pas à en avoir,

puisque je ne me place nullement à ce point de vue. »

 

 

 

symbole.gifLe Père Anizan, profondément ébranlé et stupéfait, sensibles aux réactions négatives suscitées par les articles signés par Guénon dans l'organe de la « Société du Rayonnement Intellectuel du Sacré-Cœur », fut tout de même soucieux de connaître quelles étaient les convictions religieuses effectives de son collaborateur, ce qui était bien la moindre des choses pour quelqu'un qui, écrivant dans la Revue Universelle du Sacré-Cœur éditée en collaboration avec le centre de Paray-le Monial, placée sous le patronage du cardinal Dubois, et figurait en tant que membre officiel de son Comité de rédaction.

 

Il reçut non sans étonnement, par l'intermédiaire de Chabonneau-Lassay, cette déclaration définitive de la part de Guénon qui, comme nous le savons, méprisait profondément la religion puisqu’il regardait cette dernière comme une simple expression exotérique superficielle et incomplète d’une vérité ésotérique cachée : « Quant à une position religieuse, je n'ai pas à en avoir, puisque je ne me place nullement à ce point de vue. » [3]

 

La seule question qui mérite d’être posée en conclusion est donc celle-ci : comment accepter et tolérer qu’une doctrine aussi malsaine et dévoyée, qui regarde la religion fondée par Jésus-Christ comme un simple lien social en niant son aspect salvifique sacramentel et transcendant affirmant : « la religion ne relie les hommes que dans le sens social » [4], puisse encore, pour certains esprits puissamment aveuglés, prendre autorité sur le christianisme, alors même que tous ses fondements sont en radicale opposition avec l’enseignement de l’Eglise ?

 

René Guénon sut se faire ondoyant et flatteur à l’égard du catholicisme, alors même qu’il le regarda toujours avec un certain dédain comme unela-crise.jpg forme exotérique vidée de son ésotérisme depuis le XIIIe siècle, dérivée et dépendante de l’authentique Tradition,  et déclara hypocritement, alors qu’il n’y croyait pas le moins du monde [5], que sous sa forme occidentale cette illusoire « Tradition primordiale » est extérieurement représentée par le catholicisme. Ainsi, selon lui, dans le catholicisme se sont maintenus les éléments de la Tradition en Occident, ceci devant s’entendre, ne nous y trompons surtout pas, au titre des éléments de la Tradition caïnique babélienne non-chrétienne, et uniquement en fonction des possibilités que le catholicisme porterait en lui-même de les "revivifier".

 

Ainsi, soutiendra-t-il, dans un sens pragmatique et simplement tactique, toute tentative « traditionaliste » qui ne tiendrait pas compte du catholicisme est inévitablement vouée à l’échec, par manque de base, base indispensable à tout espoir de « rétablissement ». Telle est la raison de l'intérêt, fort limité et superficiel du reste, que Guénon porta au catholicisme. De ce fait le catholicisme, ce qui n’a pu tromper et ne trompe encore que les crédules et naïfs lecteurs de La Crise du monde moderne [6], non perçu dans son essence divine et l’Eglise ignorée dans son caractère surnaturel, caractère absolument non comparable et non identifiable avec les autres formes religieuses de l’humanité d’avec lesquelles elle se distingue totalement, sont réduits à une pure vision administrative, localisée, exotérique et sociale de la Tradition dans l’esprit de Guénon, ce qui est proprement inacceptable.

 

On le comprend aisément, combattre Guénon, mettre en lumière ses funestes théories démoniaques, c’est éviter que des âmes sincères trompées et abusées par les propos séduisants que l’occultiste Guénon dirigea contre le monde moderne, ne se laissent infecter par des thèses absolument incompatibles avec la Foi de l’Evangile et l'enseignement de l'Eglise. 

 

Notes.

 

1. M.-F. James, Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, NEL, 1981, p. 15. 

 

2. Abel Claren de la Rive, s’engagea tout d’abord dans des travaux d’érudition qui l’amenèrent à publier une Histoire épisodique de la Bourgogne (1881), puis une Histoire générale de la Tunisie depuis 1590 avant Jésus-Christ jusqu’en 1883, étude monumentale dont il sera récompensé en étant reçu en tant qu’officier dans l'ordre du Nichan-Iftikar, signant, quelques années plus tard, un Dupleix ou les Français aux Indes orientales (1888). Toutefois, passionné par l’occultisme, alors même qu’il avait fait paraître sous la forme d’un premier roman, Une Date fatale (1881), une vigoureuse dénonciation du spiritisme, il allait de nouveau, sous le pseudonyme du Cheikh Sihabil Klarin M'Ta El Chott, diffuser un nouvel ouvrage relativement surprenant, Ourida (1890), dans lequel était décrite l'histoire d'une « Petite Rose » placée sous les auspices de l'archange Gabriel autour de laquelle s’entrecroisaient et s’opposaient, successivement, des éléments spirituels chrétiens, musulmans et maçonniques. A la même date, et sous le même pseudonyme, il réalisera un Vocabulaire de la langue parlée dans les pays barbaresques — coordonné avec le « Koran » (1890), œuvre importante portant sur les idiomes linguistiques de l’Egypte, du Maroc, de la Tunisie et de la Turquie, se penchant plus particulièrement sur les rites, sectes et confréries religieuses de l'islam, et s’immergeant à ce point dans la tradition musulmane qu’il déclarera, un peu plus tard,  à l'abbé Gabriel de Bessonies (1859-1913), que les domaines touchant à ces sujets lui étaient à cette époque si connus que beaucoup imaginaient qu’il fût réellement un authentique disciple de Mahomet.

 

3. Lettre à Charbonneau-Lassay, 8 juin 1928.

 

4. R. Guénon, La religion et les religions, La Gnose, sept.-oct. 1910.

 

5. Sa lettre à Julius Evola datée de 1944, citée dans « René Guénon : un ésotériste antichrétien ! », témoigne éloquemment de la duplicité de Guénon sur la question du rétablissement de la Tradition par le catholicisme  :   « Vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais pour des raisons qu’il ne m’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette, et a eu pleinement le résultat (négatif) que j’attendais. » (Lettre à Julius Evola, 1933).

 

6. R. Guénon, La Crise du monde moderne, ch. II, « L’opposition de l’Orient et de l’Occident », ch. V, « L’individualisme ».

 

 

 

 

 

 

 

 

11:02 Publié dans Esotérisme | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : religion, esotérisme, catholicisme, eglise |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 13 septembre 2009

René Guénon et le ténébreux « Roi du Monde »

 

ou le caractère sinistre d’une très classique

 théorie occultiste

 

 

 

rene-guenon-1925.jpg

 

Catholique apostat et ésotériste antichrétien,

René Guénon, avec le "Roi du Monde",

réutilise un mythe puisé chez les occultistes du XIXe siècle.

 

 

 

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« Le Roi du Monde

est en rapport avec les pensées

de tous ceux qui dirigent

la destinée de l’humanité… »

 

 

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 Dans « La Mission des Juifs » (1884)

l'occultiste Saint-Yves d’Alveydre, théoricien de la Synarchie,

 résumait l'Histoire avec une division en quatre âges

dont le dernier : le Kali Yuga

ramenait à l'âge d'or.

 

 

 

 

arton43-0552d.jpgLa  figure du « Roi du Monde », dont René Guénon (1886-1951), catholique apostat et ésotériste antichrétien, se9782070230082.gif fit l’avocat, est plus que discutable, ceci en raison de la grande opacité qui règne sur cette appellation à l’assonance inquiétante, et dont tout indique que nous sommes ici en présence d'un mythe douteux, puisé chez les occultistes du XIXe siècle.

 

Guénon formula la théorie du Roi du monde, car cette théorie réalisait la perfection d’une conception ‘‘administrative’’ de l’unité des religions. Toutes les religions, selon Guénon, sont des modifications secondaires d’une « Tradition primordiale » dont le dépôt est confié à un personnage mystérieux, le « Roi du monde », entouré de tout un ensemble de ‘‘fonctionnaires’’ sacrés qui assurent les relations du « Centre primordial », situé quelque part, sous terre, en Asie, avec les diverses formes traditionnelles.

 

I. Sources occultistes de Guénon

 

 

001.png

 

 

Tout ce qui se trouve dans les ouvrages de Guénon,

est en réalité ce qui faisait l’essentiel

des thèses de l’occultisme.

 

 

 

 

SYAJuifs.JPGIl y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur cette thèse suspecte et ridicule propagée par les occultistes, et on est frappé par la réutilisation massiveFabreOlivet.jpg que fit Guénon des connaissances exposées chez Fabre d'Olivet (1767-1825) ainsi que celles présentées dans le ‘‘Peuple primitif’’ de Frédéric de Rougemont qui constitua pour lui une vraie mine et une riche documentation y puisant ses principales idées, en particulier celle de l'existence d'une « Tradition universelle » à la source de toutes les traditions, les notions de symbolisme, de Roi du Monde et de « Centre », les ternaires, le son originel OM, les religions asiatiques, les cycles cosmiques, etc.

 

saint-yves-alveydre.jpgPar ailleurs, Saint-Yves d'Alveydre (1842-1909), autre occultiste célèbre, qui se trouve à la limite entre ceux que Guénon a lus et ceux qu'il a connus [1], dans « La Mission des Juifs » (1884) résumait l'histoire de la connaissance depuis le déluge dans le cadre d'un Kalpa 4.320.000.000 d'années, multiple des 432.000 ans du Manvantara avec une division en quatre âges dont le dernier : Kali Yuga ramenait l'âge d'or. « La Mission de l'Inde », parue en 1910 après la mort de Saint-Yves, développait le thème du centre spirituel de l'humanité :

 

-          « "l'Agartha", son organisation en différents cercles autour du Brahmatma, du Mahatma et du Mahanga (...) ce que Guénon reprit dans le Roi du Monde. L'ouvrage a été utilisé dans : Orient et Occident, La Crise du Monde moderne et l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues. (...)» [2]

 

On le constate, ce qui se retrouvera intégralement, quelques décennies plus tard, dans les ouvrages de Guénon, est en réalité tout ce qui faisait l’essentiel du discours classique de l’occultisme.

 

II. Recyclage des thèmes occultistes

 

 

Ce sont donc chez de vieux thèmes occultistes, que Guénon au début du XXe siècle, sous prétexte d’y "mettre de l’ordre", cherchera de fragiles éléments de crédibilité, en prenant fait et cause pour le témoignage recueilli par Ferdinand Ossendowski (1876-1945) qui fit publier un ouvrage, Bêtes, hommes et dieux (1924), dans lequel il relatait certains propos entendus à l'occasion d'un voyage qui le conduisit en Mongolie, propos assurant, accompagnés par des éléments plus ou moins tangibles, la réalité de l'existence de cette bien étrange figure royale.

 

 

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Ferdinand Ossendowski (1876-1945)

 

beteshommesdieux.jpgFerdinand Ossendowsky  rapporta dans son livre, Bêtes, hommes et dieux, les éléments légendaires circulant en Asie parmi les populations autour de l’existence du « Roi du Monde », et considérait que cette figure servait surtout des raisons d'ordre politique, comme il le déclarera, à la surprise des auditeurs, sans nul détour lors de la table ronde réunie en juillet 1924 par Frédéric Lefèvre, rédacteur en chef des Nouvelles littéraires, en présence de l'orientaliste René Grousset (1885-1952), de Jacques Maritain (1882-1973) et de René Guénon en personne : « Aucune nation de l'Asie, dira-t-il, n'étant assez forte pour soutenir temporellement l'impérialisme de la religion jaune, cette fonction a été dévolue à une humanité souterraine et à son chef (...) en attendant le nouveau Gengis-Khan. »

 

En revanche Guénon, imbibé de fables occultistes, contre toute vraisemblance, prit fait et cause pour la véracité de cette thèse, et s'opposera à  l'avis partagé à la fois par Ossendowsky et René Grousset, soutenant : « L'idée du Roi du Monde remonte en Asie à une haute antiquité et elle a toujours eu un rôle important dans la tradition hindoue et shivaïte qui forme le fond du bouddhisme tibétain. » 

 

III. Désorientation spirituelle de Guénon

 

 

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Selon l'occultiste René Guénon, la Charité

est "un élément sentimental secondaire" !

 

 

TIgya083blog.jpgMaritain, de son côté, avec un très pertinent sens théologique, ayant peu de sympathie pour les fables orientales, se contentera de signaler toutsymboles.jpg d’abord qu'il y avait dans cette appellation, une malheureuse assonance avec ce que nous apprend l'Evangile lorsqu'il affirme : « le prince de ce monde est déjà jugé » (Jean 16, 11) ; il réagira cependant vivement, à juste titre, s’agissant d’une possibilité d’enrichissement ou « d’alliance » de la pensée chrétienne par l’Orient, par ces mots qui provoqueront un très instructif dialogue avec Guénon qui identifiera dans ses propos la « Charité » en tant qu’amour de Dieu, à « un élément sentimental…secondaire » :

 

- J. Maritain : ‘‘…l’alliance en question ne serait pour elle qu’une inadmissible subordination et la ruine de la distinction entre l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, entre la nature et la grâce. La théologie, appuyée sur les principes révélés de la foi, est la science suprême…’’.

 

- R. Guénon : ‘‘Non pas, elle n’est qu’une détermination de la métaphysique, je parle de la véritable et authentique métaphysique. Celle-ci va bien au-delà.’’

 

- J. Maritain : ‘‘Nulle science ne va au-delà de la foi révélée. De plus, la sagesse hindoue n’ignore-t-elle pas de façon complète, non seulement l’ordre de la moralité proprement dite, - ce que nous appelons mérite, péché, etc. – mais aussi l’ordre de la charité ?’’

-           

- F. Ossendowski : ‘‘Le peuple mongol est honnête, pacifique, profondément estimable ; il pratique l’hospitalité. Mais il n’y a en effet aucune place dans la religion jaune pour la charité au sens d’amour de Dieu.’’

 

- R. Guénon : ‘‘C’est là un élément sentimental et par conséquent secondaire.’’

 

J. Maritain : ‘‘Allons donc ! C’est une vertu toute spirituelle et toute surnaturelle. ‘‘Dieu est charité’’. C’est par elle seule que l’homme atteint la perfection, c’est par elle aussi, et par le don de sagesse qui en est inséparable, qu’a lieu la véritable contemplation. C’est par elle seule que l’Esprit peut régner parmi les hommes. Voilà le point capital sur lequel nul accord n’est possible avec l’intellectualisme absolu et l’ésotérisme hindous.’’ »

 

IV. Le Roi du Monde : figure ténébreuse !

 

 

Belphegor.jpg

 

"...Du cercueil commencent à sortir des banderoles

transparentes de lumière à peine visibles."

 

 

On le voit, Guénon professe des positions inacceptables du point de vue chrétien, et sa vision des plus hauts mystères de la Foi, est profondément obscurcie. Mais pour ce faire une idée de ce à quoi prête foi René Guénon, il est bon de connaître, pour notre édification, ce que rapporte exactement Ossendowski dans son texte, souvent évoqué, mais peu cité, où l’on découvre un Roi du Monde bien peu engageant, se livrant à des opérations spirites avec son prédécesseur afin de « guider » (sic) les puissants de la terre :

 

 

- « Le Roi du Monde parle longtemps, puis s’approche du cercueil, en étendant la main. Les flammes brillent plus éclatantes ; les raiessceau_theosophique_s.jpg de feu sur le mur s’éteignent et reparaissent, s’entrelacent, formant des signes mystérieux de l’alphabet vatannan. Du cercueil commencent à sortir des banderoles transparentes de lumière à peine visibles.

 

Ce sont les pensées de son prédécesseur. Bientôt le Roi du Monde est entouré d’une auréole de cette lumière et les lettres de feu écrivent, écrivent sans cesse sur les parois les désirs et les ordres de Dieu.

 

A ce moment le Roi du Monde est en rapport avec les pensées de tous ceux qui dirigent la destinée de l’humanité : les rois, les tsars, les khans, les chefs-guerriers, les grands-prêtres, les savants, les hommes puissants.

 

Il connaît leurs intentions et leurs idées. Si elles plaisent à Dieu, le Roi du Monde les favorisera de son aide invisible ; si elles déplaisent à Dieu, le Roi provoquera leur échec. Ce pouvoir est donné à Agharti par la science mystérieuse d’Om, mot par lequel nous commençons toutes nos prières. (…).» [3].

 

 

 

133199153_small.jpg
"Le Roi du Monde parle longtemps,
puis s’approche du cercueil, en étendant la main..."

 

ct00101.jpgGuénon souscrivit sans aucune réserve aux assertions rapportées par Ossendowski, et devint le vigoureux propagandiste de cette thèse qui lui permettait de trouver quelques arguments supplémentaires allant dans le sens de ses vues au sujet de la présence d'un « Centre » situé dans une zone géographique inconnue, « Centre » détenteur des éléments cachés de la « Tradition primordiale », éléments conservés entre les mains d'un monarque régnant mystérieusement, par l'effet d'une autorité supérieure d'origine « non-humaine » en tant que « Roi du Monde » .

 

Sa plume se fait même étonnement vibrante, et il va, dans le « Roi du Monde », jusqu’à avaliser sans pouvoir s’appuyer sur aucune preuve tangible, la véracité de ce qu’avance Ossendowski avec une rare ardeur :  « M. Ossendowski dit parfois des choses qui n’ont pas leur équivalent dans la Mission de l’Inde, et qui sont de celles qu’il n’a certainement pas pu inventer de toutes pièces. »

  

Conclusion

 

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 Jacques Maritain dira de la doctrine de Guénon

qu'elle est :

« Un spécieux mirage qui mène la raison à l'absurde,

l'âme à la seconde mort ! »

 

 

Dorje.jpgPour comprendre le processus intellectuel qui amena Guénon à soutenir de telles aberrants délires, il suffit simplement de considérer que, dans l'esprit de Guénon, les restes de la « Tradition primordiale », bien que voilés, n'ont jamais cessé de perdurer et ont été préservés au sein de l'Agarttha, mythique cité invisible, endroit où réside le « Roi du Monde ».

 

Si les enjeux spirituels n'étaient pas d'une importance si déterminante, on pourrait, éventuellement, sourire à ces rêves quelque peu naïfs, porteurs d'un onirisme mythologique enfantin et imaginatif. Mais le caractère propre de ces affirmations amène, ceux qui y donnent leur consentement, à soutenir de telles aberrations au niveau de la foi et des fondements de la Révélation, qu'il faut se garder d'une trop grande bienveillance à leur sujet sous peine de se trouver en présence de convictions inacceptables, foncièrement négatrices des vérités de l'Ecriture.

 

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Le Roi du Monde est l'irréductible adversaire de l'Eternel

 

Que la terre pût posséder un « Roi du Monde », ou plus exactement un « Prince », tout nous le confirme puisque nous trouvons sa noire présence à tous les moments de la Révélation [3]. Mais que ce peu fréquentable monarque, irréductible adversaire de l'Eternel selon l’Ecriture, soit pourvu des attributs sacrés de la dignité sacerdotale, est une autre affaire, et l'on ne peut que convenir que c’est sans doute par l’effet de sortilèges maléfiques, que Guénon, profondément désorienté spirituellement, souhaita lui conférer un tel degré de reconnaissance sur le plan traditionnel. 

 

Jacques Maritain, qui établira rapidement la nature antichrétienne de la pensée de Guénon, définira solennellement la pseudo-connaissance ésotérique de Guénon qui voulait en faire l'herméneutique générale de la Tradition, comme :  "un spécieux mirage qui mène la raison à l'absurde, et l'âme à la seconde mort !" [5] On conviendra, à la lumière de ce qui vient d'être exposé s'agissant de la nature du "Roi du Monde", qu'il ne se trompait pas !

 

 

 

Notes.

 

1. S'il ne le rencontra pas lui-même, il fréquenta jusqu'à sa mort en 1921 un de ses disciples les plus remarquables Charles Barlet (1838-1921).

 

2. Cf. J.-P. Laurant, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, ch. II. ‘‘Sept ans d'occultisme’’, 'Age d'Homme, 1975, pp. 27-41.

 

3.  F. Ossendowski, Bêtes, hommes et dieux, 1924, ch. 47 & 48.

 

4. Ce « Prince », ce « Roi du Monde », de son vrai nom Satan, est « plein de sagesse et parfait en beauté » (Ezéchiel 28, 12), il est capable de se dissimuler sous les traits d'un « ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 14). Dominant sur tout ce qui existe, il est bien le « dieu », l'effectif « Roi du monde » des êtres trompés, et c'est pourquoi, à son tour, saint Jacques nous prévient : « Ne savez-vous pas que l'amitié du monde est inimitié contre Dieu ?  Quiconque voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu. » (Jacques 4, 4).

 

5. J. Maritain, Les Degrés du Savoir, 1932.

 

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vendredi, 04 septembre 2009

René Guénon : un ésotériste antichrétien !

 

ou

la nature ténébreuse et

 corruptrice de la gnose guénonienne

 

 

 

borella-guenon.jpg
52BRG2_432x320.jpg
La contradiction est totale entre la position chrétienne,
et la thèse guénonienne défendant l’unité des traditions
par leur rattachement à une prétendue "Tradition primordiale".

 

dyn004_original_120_155_pjpeg_2546912_f2ddf7c0071c0c7592da2b1777d700f7.jpgOn est loin de se douter, abordant la pensée de René Guénon (1886-1951), que nous nous trouvons en9782070230082.gif présence de l’un des plus redoutables adversaires contemporains du christianisme et de l’Eglise. Beaucoup même, se sont laissés abuser, ont été profondément dupés par certaines de ses déclarations avantageuses en apparence, et considèrent, dans leur candide naïveté, que Guénon contribua à « faire des chrétiens ».

 

Or, les chrétiens éventuels qu’aurait « fait » Guénon, sont tous des êtres devenus, peu à peu mais inexorablement, étrangers à leur propre Tradition, car infectés par les germes corrupteurs d’une théorie foncièrement mensongère, imprégnée, bien plus qu’on ne l’imagine, d’une gnose occultiste fort éloignée de l’enseignement de la Révélation. En effet, Guénon rejette avec vigueur l’idée que le christianisme puisse représenter l’unique voie de Salut, et subordonne, de façon inacceptable, la Révélation à une fallacieuse « Tradition primordiale » d’origine cosmique et babélienne.

 

I. Une stratégie mensongère

 

orient.jpgDans un premier temps, l'intention de Guénon, comme il l'exposa tout d'abord dans l'Introduction générale à l'étude des doctrinesrene-guenon-caire2.jpg hindoues (1921), puis dans Orient et Occident (1924), était que puisse s'opérer un redressement de l'Occident par les lumières de l'Orient. « Pour Guénon, remarquait Marie-France James, il ne s'agit pas, de toute évidence, d'une simple "entente philosophique" entre l'Orient et l'Occident mais d'un redressement et même d'une complétude de la tradition occidentale, prenant sa source à la plus pure et invariable métaphysique qui, pour des raisons de fait tenant à l'âge sombre du kali-yuga, est conservée et réalisée dans le seul Orient au sein de l’Aggartha. [1]

 

Nous sommes là en présence d'un renversement de perspective : il ne s'agit plus d'apporter la Révélation judéo-chrétienne à la Gentilité, mais d'éclairer cette révélation, d'en dévoiler le sens caché, d'en permettre le plein épanouissement, à la lumière des doctrines maîtresses de l'Orient.» [2]

 

Mais ensuite, l'idée cachée de Guénon, sera bien celle d'une incorporation, d'une « intégration » de la tradition occidentale au sein de lavgreets-ganesh.jpg tradition orientale, d'une véritable « absorption » par laquelle elle sera dissoute et retournera à sa prétendue « source » afin que puisse s'accomplir l'ultime « retour aux origines » préfigurant la fin de l'actuel Manvantara et le surgissement d'un nouveau qui s'engagera, à son tour, dans un mouvement cyclique divisé en différents âges ou périodes, et ceci éternellement.

 

D’ailleurs, étayant et confirmant sa conviction, ainsi que justifiant la terrible destination qui lui est réservée, le jugement dépréciatif de Guénon à l'égard du christianisme ne souffre d'aucune ambiguïté :

 

-          « (...) en dépit des origines initiatiques du christianisme, celui-ci, dans son état actuel, n'est certainement rien d'autre qu'une religion, c'est-à-dire une tradition d'ordre exclusivement exotérique, et il n'a pas en lui-même d'autres possibilités que celles de tout exotérisme ; il ne le prétend d'ailleurs aucunement, puisqu'il n'y est jamais question d'autre chose que d'obtenir le "salut". Une initiation peut naturellement s'y superposer, et elle le devrait même normalement pour que la tradition soit véritablement complète, possédant effectivement les deux aspects exotérique et ésotérique ; mais dans sa forme occidentale tout au moins, cette initiation, en fait, n'existe plus présentement.» [3]

 

II. L’hypocrisie guénonienne

 

2-8251-0976-2_1.jpgLes lecteurs crédules qui prirent ainsi pour argent comptant les assertions avantageuses de Guénon concernant la730167_1312469.jpg possibilité d’un éventuel rétablissement de la Tradition en Occident à partir du christianisme, ou plus exactement du catholicisme, comme semblent le confirmer certains passages de la Crise du monde moderne, ouvrage qu’il publia en 1927, seront sans doute satisfaits d’apprendre ce qu’il écrivait à Julius Evola (1898-1974) en 1933, expliquant que sa position, à laquelle il ne croyait pas, n’était en réalité conditionnée que par un pur souci de stratégie :

 

-          « Vous devez bien penser que je ne suis pas si naïf que cela ; mais pour des raisons qu’il ne m’est malheureusement pas possible d’expliquer par lettre, il était nécessaire de dire ce que j’ai dit et d’envisager cette possibilité, ne fût-ce que pour établir une situation nette, et a eu pleinement le résultat (négatif) que j’attendais. » (Lettre à Julius Evola, 1933).

 

Il confirmera, en cette même année 1933, dans un autre courrier destiné à Roger Maridort, la duplicité de son attitude, et son absence de toute conviction s’agissant du rôle possible que l’Eglise aurait pu jouer dans le cadre d’un rétablissement en Occident.

 

Guénon écrit explicitement :

 

-          « Pour ce que j’ai dit dans Orient et Occident au sujet du rôle possible de l’Eglise catholique (comme représentant une forme traditionnelle occidentale pouvant servir de base à certaines réalisations, ainsi que cela a d’ailleurs eu lieu au moyen âge), je dois dire que je ne me suis jamais fait d’illusions sur ce qu’il pouvait en résulter en fait des circonstances actuelles ; mais il ne fallait pas qu’on puisse me reprocher d’avoir pu négliger certaines possibilités, au moins théoriques, ou de ne pas en tenir compte. » (Lettre à Roger Maridort, 1933).

 

Ce que l’on peut résumer par ces mots : je n’ai jamais cru le moindre instant à cette possibilité mais, n’ayant pas voulu donner prise à la critique, je l’ai évoquée de manière uniquement tactique alors même que j’en connaissais le caractère parfaitement illusoire. 

 

 

III. Subordination inacceptable de la Révélation à la "Tradition primordiale"

 

 

 

3b3g.jpg
"Aucune entente n'est réellement possible avec quiconque
a la prétention de réserver à une seule et unique forme traditionnelle
le monopole de la révélation et du surnaturel."

 

9782070297528.jpgGuénon refuse avec vigueur la nature « exclusive » et non-universaliste de la Révélation chrétienne dans la mesure où elle déclare que le ChristGuenon-author-pg-image-1.jpg seul lave et libère les hommes du péché originel. Il place la Parole de l'Evangile dans une relation de « subordination » vis-à-vis de l’Orient, et affirmera clairement qu'il ne peut accepter la prétention du christianisme à détenir, de manière solitaire, un caractère surnaturel et transcendant :

 

-          « (...) c'est toujours la même chose : affirmation que le christianisme possède le monopole du surnaturel et est seul à avoir un caractère "transcendant", et, par conséquent, que toutes les autres traditions sont "purement humaines", ce qui , en fait, revient à dire qu'elles ne sont nullement des traditions, mais qu'elles seraient plutôt assimilables à des "philosophies" et rien de plus (...) autrement dit, le christianisme seul est une expression de la Sagesse divine ; mais malheureusement ce ne sont là que des affirmations (...) tout cela s'accompagne d'une argumentation purement verbale, qui ne peut paraître convaincante qu'à ceux qui sont déjà persuadés d'avance, et qui vaut tout juste autant que celle que les philosophes modernes emploient, avec d'autres intentions, quand ils prétendent imposer des limites à la connaissance et veulent nier tout ce qui est d'ordre supra-rationnel.» [4]

 

Poursuivant sur sa conviction  l'aveu de Guénon, en conclusion d’un article précédent, est d'un grand intérêt puisqu'il dévoile nettement le fond de sa pensée :

 

-          « (...) aucune entente n'est réellement possible avec quiconque a la prétention de réserver à une seule et unique forme traditionnelle, à l'exclusion de toutes les autres, le monopole de la révélation et du surnaturel. » [5]

 

 

IV. La "Tradition" selon le christianisme

 

Dom Irénée Gros avait su, dans un texte d'avril 1950, préciser pourtant ce qui distingue le christianisme et en rend impossible la réduction dans les schémas universalistes, montrant que la Révélation exige une purification supérieure à celle qui est réalisée par les pratiques orientales :

 

 - « [L'expérience chrétienne], écrivait-il, exige une purification de l'esprit encore plus totale et qui n'est plus et ne peut plus être notre œuvre.jeandelacroix.jpg Essentiellement surnaturelle en effet, elle se poursuit sous la direction de l'Esprit-Saint lui-même usant à cette fin des vertus théologales et des dons qu'il nous a conférés. (…) le christianisme est cette relation absolument transcendante que l'esprit ne peut découvrir et devant laquelle l'homme est impuissant. Le christianisme n'est connaissable que par révélation, son Dieu n'est accessible que par grâce. Dès lors, la métaphysique doit reprendre sa place subordonnée, elle ne sera que l'humble servante d'une sagesse qui est don souverain et entièrement gratuit du Dieu Créateur et qu'elle est par elle-même aussi incapable de concevoir que d'accomplir. (...) La conversion ne se fera pas sans crucifiement et c'est la loi de la conversion. » [6]

 

danielou.jpgLa Tradition, pour le christianisme, c’est donc l’émergence, par la purification et la grâce, d’un élément fondateur dans l’Histoire des hommes : « la foi » ; foi qui les engage dans un autre ordre des choses. Le cardinal Jean Daniélou (1905-1974) résumera justement cette originalité :

 

                - « Le premier trait qui caractérise le christianisme est qu’il est essentiellement la foi en un événement, celui de la Résurrection du Christ. Cet événement constitue une irruption de Dieu dans l’histoire qui modifie radicalement la condition humaine et constitue une nouveauté absolue. Or ceci distingue complètement le christianisme de toutes les autres religions. C’est là ce que méconnaît René Guénon quand il réduit le christianisme à n’être qu’une des formes de la tradition originelle. Il en évacue précisément tout ce qui en fait l’originalité. Les grandes religions non chrétiennes affirment l’existence d’un monde éternel qui s’oppose au monde du temps. Elles ignorent le fait d’une irruption de l’éternel dans le temps qui donne à celui-ci consistance et le transforme en histoire. » [7]

 

 

 

Conclusion

 

 

crucifix_palisandre_croix_01.jpg

 

Le christianisme n'est connaissable que par révélation,

son Dieu n'est accessible que par grâce."

 

 

 

 

Dans un article publié en 1951, et avec pertinence, le père Jean Daniélou insistait déjà sur la nature foncièrement novatrice de l’idée chrétienne decrucifixion-von-st.jpg Rédemption, de « promotion spirituelle » unique dans l’histoire des traditions religieuses de l’humanité, que n’avait pas du tout perçu Guénon, apparemment hermétique à la dimension anthropologique, oublieux du caractère dramatique de la condition de l’homme, de tous les hommes soumis, depuis la Chute, à la puissance du péché :

 

-          « Il n’est que de relire saint Paul pour voir combien les termes de ‘‘création nouvelle’’, ‘‘d’homme nouveau’’, reviennent fréquemment chez lui. Il y a donc des éléments que ne possédaient pas la tradition antérieure, une promotion spirituelle. Cette promotion correspond au passage de la connaissance de Dieu par le monde visible à la révélation intime en Jésus-Christ. Par suite, ici seulement, mais ici au sens le plus fort du terme, il y a histoire. C’est ce que n’a pas vu Guénon. » [8]

 

Le problème est donc nettement posé, et il semble bien que la contradiction soit irréductible entre la position chrétienne de radicale nouveauté extratemporelle du fait de l’Incarnation et de la Résurrection du Messie, et la thèse guénonienne défendant l’unité des traditions par leur rattachement à une prétendue Tradition originelle primordiale, en réalité tradition caïniste babélienne.

 

Telle est la secrète vision guénonienne, et la stupéfiante conséquence à laquelle conduit cette hallucinante doctrine subordonnant la Révélation de l’Evangile à la religion cosmique réprouvée par Dieu, aboutissant à éloigner radicalement ceux qui, par inconscience ou légèreté adhèrent à ces thèses, des bases effectives de la religion chrétienne pour les précipiter dans les bras ténébreux du « Roi du Monde » qui, comme le sait normalement tout chrétien, est condamné définitivement et rejeté pout toujours !

 

tn_satyr_cutout.jpg 

« Le prince de ce monde est déjà jugé. »
(Jean 16, 11).

 

 

 

Notes.

 

[1] L’Agarttha est le centre spirituel suprême, invisible et souterrain, selon René Guénon qui fait siennes les théories développées par des occultistes comme Saint-Yves d'Alveydre, qui se serait dissimulé aux hommes, lorsque l’humanité est entrée dans le cycle « d’obscurcissement et de confusion » qui est le nôtre, le Kali-Yuga, il y a environ 6 000 ans. Ce centre est le dépositaire de la Tradition primordiale et tous les « centres secondaires » qui sont formés à son image et qui le représentent « extérieurement » s’y rapportent. Mais ceux-ci sont, eux, devenus progressivement inaccessibles à leur tour, et seules les organisations initiatiques, qui gardent le lien en quelque sorte avec eux permettent d’y accéder – ou tout au moins de s’orienter dans leur direction. C’est ainsi que l’ésotérisme existe. Une des idées dominantes de l’œuvre de René Guénon est la communauté d’origine des traditions initiatiques et religieuses de l'humanité et, par suite, d'une Tradition primitive, source unique ayant donné naissance à tous les grand courants orthodoxes qui ont, au cours des âges, alimenté la vie spirituelle des hommes.


[2] M.-F. James, Esotérisme et christianisme autour de René Guénon, Nouvelles Editions Latines, 1981, p. 226.

 

[3] R. Guénon, « Christianisme et initiation », in Aperçus sur l’ésotérisme chrétien, Editions Traditionnelles, 1983, pp. 39-40.

 

[4] R. Guénon, Etudes sur l’hindouisme, Editions Traditionnelles, 1973, pp. 282-283.

 

[5] Ibid., p. 274.

 

[6] Dom Irénée Gros, o.s.b., Sagesse hindoue et Sagesse chrétienne, Témoignages, avril 1950, pp. 198-212.

 

[7] J. Daniélou, Essai sur le mystère de l’histoire, Ed. du Seuil, 1953, p. 107.

 

[8] France Catholique, juin 1951.

16:48 Publié dans Esotérisme | Lien permanent | Commentaires (125) | Tags : esotérisme, religion, métaphysique, philosophie |  Imprimer | | | | | Pin it!

vendredi, 01 mai 2009

L’Ordre noir des Illuminati !

 

ou la vérité cachée derrière une

fantasmagorie cinématographique anticatholique

intitulée ‘‘Anges et Démons’’

 

 

tanagra.jpg

+ I L L U M  IA T I +

bouclier_2.JPG

Anges & Démons

est le vecteur de nombreux fantasmes

qui risquent de nuire aux croyances religieuses

 

 

Anges I.jpgLa recette du roman de Dan Brown ‘‘Anges et Démons’’ , adapté pour le cinéma, et dont l’énorme bruit médiatique est difficilement évitable, tient en quelques lignes : une secte antichrétienne, les Illuminati, veut détruire le Vatican… A Rome, alors qu’un conclave est réuni pour élire un nouveau pape (l’ancien a été évidemment assassiné !), au coeur du Vatican une invention menace d'annihiler la cité sainte. Les Illuminati, société secrète qui fut créée pour venger la mémoire du savant Galilée (1564-1642), semblent enfin tenir leur revanche sur leur ennemi de toujours : l'Église catholique. Le compte à rebours est lancé. Les héros peu crédibles de cette bouffonnerie stupide, se jettent donc dans une course folle au travers des rues de Rome à la recherche du refuge secret des Illuminati, ultime chance de sauver le Vatican.

 

 

 

Le problème, car il y en a bien un qui justifie cette note, c’est que les ingrédients de cette  ridicule et médiocre fiction brownienne sont présentésanges-demons-affiche-censuree-3.jpg comme autant de vérités historiques, et que les thèses stupides qui sont présentées dans cet opus de mauvais goût, risquent fort de devenir, pendant un temps, le nouveau credo des ignorants, faisant que le livre et le film risquent de remplacer la « Bible » pour tous ceux qui regardent l’Eglise comme une puissance mafieuse qui cache, depuis des siècles, de sombres secrets. D’ailleurs, pour mieux jouer sur l’ambiguïté, au début du récit, l’auteur explique doctement à son public émerveillé : « Tous les tombeaux, sites souterrains, édifices architecturaux auxquels se réfère cet ouvrage existent bel et bien. Quant à la confrérie des Illuminati, elle a aussi existé… » Nous voilà rassurés !

 

Un thriller pseudo théologique

Certes tout est très classique dans Anges et démons, qui n’a pour seule originalité en tant que médiocre thriller appuyé sur des effets spéciaux lourdingues, que celle d’utiliser le décor fascinatoire du Vatican comme toile de fond. Nous le savons, des dizaines de cinéastes, sachant le caractère attractif du mystérieux catholique sur les gogos, s’y sont essayés depuis des décennies, avec des succès variables et, comme toujours, en usant des grosses ficelles du métier pour faire de l’audience. Le problème, c’est que Dan Brown risque d’embarquer avec lui, dans un monde dominé par la crasse ignorance, des millions de lecteurs sans culture religieuse, ce qui est beaucoup plus grave

 

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La secte des Illuminati a bien existé…


Dans le Da Vinci Code, Dan Brown nous apprenait sans rire, que Jésus et Marie-Madeleine s’étaient aimés et avaient conçu une descendance. Avec Anges et démons, il nous explique que les avancées de la science vont bientôt permettre de percer le secret de la création du monde, ce dont, évidemment, l’Eglise craint la révélation car cela remettrait en doute ses dogmes. Ainsi, les Illuminati, qui comme chacun sait rongent leur frein depuis des siècles, sentent que l’heure est venue pour eux de sortir de leur clandestinité et de divulguer à la face du monde ce que l’Eglise nous cache.

Marco Fibbi, attaché de presse du Vatican, déclarait avec mécontentement : « En temps normal, nous lisons les scénarii qui nous sont proposés. Là, ce n'était pas nécessaire. Le nom de Dan Brown nous a suffit. La plupart des films reçoivent des autorisations tant qu'ils respectent la tradition de l'Église. Anges & Démons est le vecteur de nombreux fantasmes qui risquent de nuire aux croyances religieuses les plus simples. Comme cela a été le cas pour The Da Vinci Code. » De son côté, le président de la Ligue Catholique pour les Droits Civils et Religieux, William Donohue, s'est emporté dans une tribune sur le New York Daily News en ces termes : « Un défi en particulier attend notre nouvel évêque. Dan Brown et Ron Howard ont une nouvelle fois collaboré pour s'attaquer à l'Église catholique avec des fabulations méprisantes. Le message véhiculé est diffamatoire : l'Église catholique qui a combattu pour l'ouverture des Universités au Moyen Âge plus que n'importe quelle institution y est décrite comme le chantre de l'obscurantisme. (…) Ron Howard est fou de penser que le Vatican pourrait aimer son travail. Un prêtre canadien en civil s'est infiltré dans l'équipe pendant le tournage à Rome et nous a rapporté combien ils détestaient le catholicisme. Il est temps d'arrêter de raconter des bobards. ». Enfin, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat du Vatican a déclaré que le film était : « un pot pourri de mensonges, un cocktail d'inventions fantasmagoriques. »

Logiquement, le Vicariat de Rome n’a donc pas voulu collaborer au film, les producteurs américains, peu scrupuleux, n’ayant pas hésité à demander aux responsables de l’Eglise catholique à Rome l’autorisation de tourner des scènes dans les églises de Santa-Maria del Popolo et de Santa-Maria della Vittoria. Le Père Marco Fibbi, responsable du bureau de presse du diocèse de Rome, déclara ainsi à la revue italienne « TV Sorrisi e Canzoni » : « Nous prêtons souvent nos églises à des productions qui ont une finalité ou une compatibilité avec le sentiment religieux. Mais le diocèse de Rome ne le fait pas quand un film a une ligne fantaisiste qui blesse le sentiment religieux commun ».

 

Une vérité historique

 

reaa30.jpgOr, ce qui est intéressant, c’est que la secte des Illuminati a bien existé, mais à la fin du XVIIIe siècle. Rien à voir, donc, avec Galilée, décédé deux siècles plus tôt. Et encore moins avec Le Bernin, de son vrai nom Gian Lorenzo Bernini (1598-1680), célèbre artiste, qui aurait été, selon les fantaisistes thèses de Dan Brown, un des membres les plus influents de la secte. Le jeu de piste à travers la Rome contemporaine, imaginé par Dan Brown pour retrouver la fameuse bombe, reposant entièrement sur les œuvres (et donc la complicité) de l’artiste, relève d’une imagination fertile et fantaisiste, l’écrivain américain prenant des libertés incroyables avec la vérité historique pour se livrer à des élucubrations grotesques.


Mais la manipulation rencontre néanmoins une trace de vérité : les Illuminati, venant de la franc-maçonnerie, travaillent bien à fomenter depuis le XVIIIe siècle un gigantesque complot contre le Vatican. Faisant que depuis plusieurs siècles, les « initiés » infiltrent tous les rouages du « pouvoir mondial » pour imposer leur vision laïque et déchristianisée de l’Univers, ce qu’ils sont parvenus à réaliser de façon remarquable.

 

 

 

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Le Bernin aurait été, selon Dan Brown,

un membres des Illuminati

 



En effet, les Illuminés de Bavière (ou Illuminati), en allemand der Illuminatenorden, furent une société secrète allemande du XVIIIe siècle qui se réclamait de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt [1], elle eut à faire face à des dissensions internes avant d'être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785. sceau%20de%20salomon.jpg

 

De nombreuses théories démontrèrent le rôle joué par les Illuminati dans la Révolution, et mirent en lumière le fait que l'ordre des Illuminati survécut à son interdiction et qu'il serait responsable, outre de la Révolution française, mais de nombreux complots contre l'Église catholique.

 

 

 

 

 

 

 

 

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« Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée :

le plus possible et le plus vite possible. »

 

 

Croix.jpgPar exemple, les Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme de l'abbé Augustin Barruel (1741-1820) [2] soutiennent une théorie selon barruel.jpglaquelle les Illuminés de Bavière d’Adam Weishaupt, infiltrèrent la franc-maçonnerie [3] afin de renverser les pouvoirs en place, aussi bien politiques que religieux, de manière à libérer l'humanité de la superstition et des mythes de l’Eglise.

 

Cette thèse, montre que la Révolution française résulte d'un complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes athées, les francs-maçons avec les illuminés et les jacobins. Et il faut reconnaître que les Illluminati, porteur d’une ténébreuse doctrine, voulaient remplacer toutes les religions par l’humanisme et mettrent à mort les tyrans.

 

Barruel démontre, que la Révolution a été préparée dans les loges maçonniques [4], et suivant les instructions secrètes des Illuminés de Bavière ou Illuminati.

 

 

Leur but avoué était de :

 

 

- détruire la famille par la suppression du mariage,

- anéantir l'autorité paternelle et maternelle par la main-mise de l'état sur l'enfant,

- la suppression de la propriété privée par le monopole d'état et le collectivisme et au besoin par la spoliation brutale"...

- l'établissement d'un "gouvernement dominateur universel".

 

 

Les Illuminati déclaraient :

 

"Nous devons tout détruire aveuglément avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible."
"La grande force de notre ordre réside dans sa dissimulation."

 


Le pervers projet des Illuminati

 

 

Adam_Weishaupt01.jpgCette organisation pyramidale se constitua en franc-maçonnerie, et son fondateur, Weishaupt y porta le titre de « Général » assisté par un « Conseil Suprême » formé de ses premiers compagnons, qu'il appelait « aréopagites ».

 

Seule la direction de l'organisation connaissait ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » devaient observer une période probatoire d'environ deux ans avant d'accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprenait des thèmes et des dénominations de l'Antiquité. Le recrutement resta limité à la Bavière et ne dépassa pas quelques dizaines de membres jusqu'en 1780, date à laquelle Weishaupt décida de renforcer son organisation en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « La Prudence » .

 

 

 

 

 

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On pourrait se débarrasser des Prêtres

par la restauration de la religion naturelle,

et réunir les hommes dans une seule société

en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité

 

 

 

Dans son ouvrage, l’abbé Augustin Barruel prédisait fort justement :

 

 

- « Le Dieu que votre apostasie irritait chaque jour, laissa cette nuée de sophistes s'enfoncer dans l'abyme des Loges; et là, sous le voile des jeux maçonniques, les adeptes réunirent leurs conspirations contre l'Autel, contre le Trône, contre toute grandeur. Les adeptes se multiplièrent autant que les sophistes. Sous les auspices d'un nouveau sage, ajoutant l'impiété à l'impiété, les blasphème au blasphème, se forma, sous le nom d'Illuminés, une nouvelle secte, méditant, comme le héros de votre apostasie, d'écraser Jésus-Christ; et comme les élèves de ce héros, jurant de vous écraser vous-mêmes; et comme toutes les sectes des brigands, d'écraser tout empire des lois. » [5]

 

Mais on lira surtout avec attention la doctrine des Illuminati à l’égard du christianisme, et ce en quoi consistaient ses projets vis-à-vis de la religion et de l’Eglise.

 

On constatera avec surprise, combien les vues exprimées par Weishaupt et ses adeptes se sont accomplies d’une manière impressionnante :

 

 

- « Le grand mystère de l’Ordre par rapport à la Religion, consistait dans la doctrine : que le christianisme n’était fondé que sur l’imposture et la superstition et qu’en récompense le Déisme, la re1igion de la Raison ou le Naturalisme, étaient la vraie religion. les principes qu’on avait établis sur la Religion, ne tendaient qu’à anéantir les prêtres auxquels on donnait le titre d’imposteur ; ceux du système politique, qu’on avait posés devaient détruire tous les princes qu’on appelait tyrans et oppresseurs. On les traita tous les deux de méchants auxquels l’Ordre devait faire une guerre continuelle pour s’en débarrasser comme de personnes tout à fait inutiles et pour les faire disparaître de la surface de la terre. Les autres règles et maximes qu’on avait prescrites étaient conformes à ces principes.

 

[…]

 

- Par rapport à la Religion on substitua au Christianisme le Naturalisme ; et pour tromper ceux qui avaient encore de la vénération pour le nom de Christ et pour le Christianisme, et qui se seraient éloignés en tremblant q’ils avaient vu que pour être Illuminés il fallait rejeter le Christianisme ouvertement, on ne laissa pas d’insinuer que Jésus-Christ lui-même n’avait pas eu d’autre but que de faire valoir la religion naturelle et de la rendre universelle et qu’on exécuterait son plan, si l’on travaillait à la restauration de cette religion, toujours empêchée par les Prêtres qui, par là, avaient donné l’origine à tant de sectes chrétiennes. On avança hardiment que c’était l’esprit du Christianisme et qu’il avait été transmis par le canal de la discipline secrète (disciplina arcani) et de la maçonnerie aux Illuminés, qui pouvaient se glorifier avec raison d’être en effet les seuls chrétiens. Pour prouver ces choses extravagantes et dangereuses, on ne manqua pas de pervertir le sens de plusieurs passages de la Sainte Ecriture et d’interpréter en mal les hiéroglyphes de la maçonnerie…

 

 

 

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Toute religion révélée n’est que du Non-Sens,

tout pouvoir ecclésiastique

n’est qu’une usurpation des Droits de l’homme

 

[…]

 

On pourrait se débarrasser des Prêtres par la restauration de la religion naturelle et réunir les hommes dans une seule société en attachant les uns aux autres par les liens de la fraternité… Cette Secte infernale avait pris pour fondement de son Système la proposition fausse et dangereuse qu’une bonne intention était suffisante pour justifier et sanctifier chaque action quels que fussent les moyens dont on se servit pour la faire. En conséquence de ce principe les Illuminés se permirent les ruses les plus atroces, pour exécuter les desseins qu’ils avaient formés contre la Religion … leur projet était de détruire le Christianisme, Toute religion prétendue révélée n’étant que du Non-Sens, tout pouvoir ecclésiastique n’est qu’une usurpation injuste et dérogeante aux Droits de l’homme. Il faut absolument délivrer le genre humain de cet empire de l’imposture. Voilà le premier but de l’Ordre ; pour y atteindre la première chose à laquelle il faut s’obliger par serment, c’est la haine du Culte quelconque..

 

 

[…]

 

 

L’inscription qu’on pourra mettre sur les ruines des trônes,

des débris des autels et les monceaux de cendres qui couvriront

en peu de temps toute l’Europe,

peut être conçue dans ces deux mots :

‘‘L’ouvrage de l’Illuminatisme !’’ » [6]

 

 

 

 

 

Notes

 

 

[1] Né le 6 février 1748 a Ingolstadt, en Allemagne, Adam Weishaupt, juif ashkénaze, fut converti au catholicisme et reçut l'enseignement des jésuites. Après ses études, il devint en 1775 professeur de droit canonique à l'Université d'Ingolstadt, en Bavière. En 1777, il fut initié à la loge Théodore du Bon Conseil, à Munich. Il créa au sein de l'université où il enseignait un mouvement rebelle qui lui fit perdre sa chaire. La conspiration des Illuminés de Bavière, dont il n'était probablement pas le seul auteur, fut mise au jour en 1785. Après 18 mois d'enquête difficile, tant l'administration bavaroise avait été infiltrée par ses adeptes, il fut banni d'Allemagne en 1787. Il est décédé le 18 novembre 1830 à Gotha et renia toujours de la foi catholique.

 

[2] Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, Hambourg, 5 vol., P. Fauche, 1798-1799. Rééditions : Hambourg, P. Fauche, 1803 ; Édition revue et corrigée, 1818 ; Abrégé par E. Perrenet éd. Paris, La Renaissance française, 1911 ; avec un introduction de Christian Lagrave, Diffusion de la pensée française, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 1974 ; Extraits sous le titre : Spartacus Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière, Ventabren, Les Rouyat, 1979 ; Pergamon press, « Les archives de la Révolution française », 1989 ; Éditions de Chiré, « Les Maîtres de la Contre-révolution », 2 t., 2005. Historien et jésuite français, né le 2 octobre 1741 à Villeneuve-de Berg (Vivarais) où il mourut le 5 octobre 1820. A. Barruel entra dans la Compagnie de Jésus, séjourna en Autriche, Bohême, Moravie, Italie, Rome, etc. Il revint en France à la dissolution de son Ordre et se consacra tout entier aux travaux philosophiques et historiques. Il a été un des premiers historien à dénoncer, non sans mal, les origines maçonniques et véritablement diaboliques de la Révolution Française. Plus les jours devinrent mauvais, plus l'abbé Barruel déploya de zèle et de vigilance... Traqué et poursuivi, il dut se réfugier en Angleterre... Il y publia une Histoire du Clergé pendant la Révolution. C'est là aussi, à Londres, qu'il conçut et commença à publier son grand ouvrage: Mémoires pour servir à l'Histoire du jacobinisme (1797-1798). Pendant l'Empire, il se tint à l'écart. Napoléon le soupçonna d'avoir propagé le Bref de Pie VII et le fit emprisonner à l'âge de 70 ans. Il fut inquiété de nouveau sous les Cent Jours. Sur lui, pèse, bien entendu, la conspiration du silence qui poursuit tous ceux qui se sont attachés un peu sérieusement à démasquer les agissements de la Secte. (Cf. Jean Ousset, Pour qu'Il règne, DMM, Niort 1998, p. 220, note 113).

 

[3] La maçonnerie, comme il est prouvé par les documents historiques de cet Ordre, s’était éloignée immensément au XVIIIe siècle de sa Constitution chrétienne primitive. Rejetant les fondements spirituels religieux qui étaient à sa base, elle avait dévié vers un déisme favorisant l’indifférentisme et l’éloignement à l’égard de l’Eglise. Toutefois, on se gardera d’identifier le terme d’ « Illuminés », employé pour désigner les membres du mouvement dirigé par Adam Weishaupt (1748-1830), à une quelconque marque de sensibilité transcendante ou « mystique ». En effet, les « Illuminés » de Weishaupt étaient, tout au contraire, habités par un unique souci, fort concret et matériel, celui d’établir, par la violence et la déchristianisation, un modèle utopique de société basé sur la justice sociale et l’égalité.

 

La secte des illuminés de Bavière était structurée et organisée en trois classes et treize grades :

 

1. Première classe – Pépinière :

* Cahier préparatoire

* Noviciat

* Minerval

* Illuminé Mineur

2. Deuxième classe – Franc maçonnerie:

* Apprenti

* Compagnon

* Maître

* Illuminé Majeur ou Novice Ecossais

* Chevalier Ecossais

3. Troisième classe – Mystères:

* Petits Mystères- Prêtres

* Petits mystères- Princes

* Grands Mystères- Mages

* Grands Mystères- Roi

 

[4] Dan Brown parle des visées expansionnistes du groupe aux Etats Unis dans les termes suivants : "Les Illuminati procédèrent par infiltration et aidèrent des banques, des universités et des industries pour financer leur but ultime : la création d'un seul Etat mondial unifié - une sorte de Nouvel Ordre mondial séculier". D'autres parlent de procédés criminels, chantage, assassinat, contrôle des banques, corruption, infiltration de secteurs stratégiques... Une vaste conspiration mondiale, une entreprise de corruption vers l'incroyance.

 

[5] Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, p. 289-291.

 

[6] Histoire de l'Illuminisme par le Dr Starck à l'intention du père Barruel, 1797, in M. Riquet, Augustin de Barruel, un Jésuite face aux jacobins francs-maçons, Beauchesne,1989, pp. 150-190.