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samedi, 27 décembre 2008

LE SERMENT ANTIMODERNISTE DE SAINT PIE X

 

OU LE VENIN SPÉCULATIF DE L'HÉRÉSIE MODERNE

FACE A LA DOCTRINE SACRÉE DE L'ÉGLISE

 

 

 

 

 

«  Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique :

s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité. (…)

Telle est la foi catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement,

il ne pourra être sauvé. »

 

(Symbole d'Athanase ou Quicumque)

 

 

 

 

 

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Saint Pie X (1835-1914)

 

 

 

 

 

Pour lutter contre les idées infectes et pernicieuses, dont en particulier le naturalisme, le libéralisme, le panthéisme et l’évolutionnisme spéculatif en matière dogmatique, saint Pie X, qui avait déjà promulgué en 1907 une lettre encyclique intitulée Pascendi Dominici Gregis qui dénonçait vigoureusement les scandaleuses erreurs modernes, jugea nécessaire d’instituer une cérémonie de prestation de serment par laquelle chaque nouveau prêtre le jour de son ordination sacerdotale, ou quiconque parmi les clercs devant accéder à une chaire d’enseignement ou à un office ecclésiastique, solennellement, devait absolument abjurer, toutes les inexactitudes doctrinales que l’esprit du siècle avait introduites peu à peu au sein de l’Eglise, et déclarer qu’il rejetait avec force le venin des opinions délétères diffusées par des consciences désorientées hostiles à la Tradition sainte et sacrée du Magistère éternel.

 

Ainsi, le 1er septembre 1910, il fut imposé à tout membre de l’Eglise le Sacrorum antistitum, également appelé « Serment Antimoderniste », qui fut en vigueur jusqu'à Paul VI qui crut nécessaire, dans l’élan destructeur et délirant du concile Vatican II qui avalisa follement toutes les thèses combattues auparavant, en 1967, de l’abroger [1].

 

 

 

 

 

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Canonisation de Saint Pie X le 29 mai 1954 :

la châsse du Saint Père et l'autel papal

 

 

 

Qu’est-ce qui, pour saint Pie X, rendait indispensable cette décision surprenante ? Tout simplement un constat absolument terrifiant et inquiétant : les ennemis de l’Eglise qui l’avaient attaquée de l’extérieur pendant des siècles se trouvaient à présent au sein même de l’institution et travaillaient à en saper les bases spirituelles diffusant des thèses extrêmement périlleuses pour le devenir de la foi, dont, en particulier, cette idée sulfureuse à propos de « l'évolution des dogmes, qui passeraient d'un sens à l'autre, différent de celui que l'Eglise a d'abord professé », ceci à la faveur des différentes périodes de l’Histoire au prétexte, hideusement subjectif et à la dérisoire vanité, d’un nécessaire approfondissement spéculatif de la foi, les modernistes acceptant, comme on le sait, et ainsi qu’il est devenu courant de le remarquer chez les partisans de cette position, l'idée d'une évolution dynamique de la doctrine de l'Église par opposition à l’ensemble des dogmes fixes, ce que repoussa avec fermeté saint Pie X dans Lamentabili sane exitu (1907), expliquant clairement que la Vérité de la Révélation ne changeait pas à la faveur des temps mais restait immuable pour tous les hommes.

En effet, le rêve, absurde au demeurant, qu’il puisse être possible de faire évoluer le dogme comme s’il s’agissait d’une théorie profane soumise aux impératifs temporels, relève d’une méprise totale et d’un aveuglement ridicule laissant croire que la spéculation théologique peut s’exercer par tout un chacun comme s’il était docteur de l’Eglise, voyant, indécence supérieure, des minuscules et fétides esprits englués dans les fanges impures du péché pénétrer sans prudence, et sans un minimum de réserve, dans des domaines qui touchent à l’intimité même de Dieu, esprits imprudents ne s’apercevant pas, dans leur grossière épaisseur, que la doctrine a été fixée, une fois pour toute lors des sept grands conciles des premiers siècles, qui arrêtèrent définitivement les grands principes intangibles de la foi afin de briser le poison de l’hérésie [2].

 

Cela justifia au XIXe siècle les déclarations du concile Vatican I qui, face aux prétentions ridicules et destructrices des penseurs modernes (Friedrich Schleiermarcher, Heinrich Eberhard Gottlob Paulus, Ferdinand Christian Baur, Ernest Renan, auxquels succédèrent Adolf von Harnack ou Alfred Loisy), fut contraint de réaffirmer :

 

- « Si quelqu'un dit, qu'il pourrait se faire que, selon le progrès de la science, on pourrait attribuer aux dogmes proposés par l'Eglise un autre sens que celui que l'Eglise lui donne et lui a donné, qu'il soit anathème. » (Vatican I, Canons sur la foi catholique : Ch. 4, Dentzinger 1818).



- « L'Esprit-Saint, en effet, n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour dévoiler, par son inspiration, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le Dépôt de la Foi. »
(Pie IX, Const. Pastor Aeternus, Vatican I, Sess. IV Ch. IV, Dz. 1836).

 

 

L’erreur de la très moderne et puérile prétention spéculative, était, finalement, d’importer le Dieu profane des philosophes et des savants au sein de la théologie divine, de transposer, de façon totalement déplacée, les maigres explications de Dieu surgies des fragiles facultés humaines au sein du discours révélé, ceci aboutissant à une minoration du mystère de la Divinité et à une surévaluation prétentieuse de l’humaine nature, attitude en rupture complète avec la position religieuse traditionnelle fondée sur la réception accueillante et consentante de la Vérité. Au fond, il y avait dans cette tentative dérisoire et velléitaire de la chair de « spéculer », une évidente volonté d’appropriation conquérante de ce qui relève, pourtant, des domaines sacrés de l’ontologie face auxquels la créature ne peut que se sentir qu’impuissante et inachevée devant l’inépuisable secret du Ciel. Le nom le plus apte à qualifier ce prétentieux souhait de spéculation était donc celui "d’impiété" car la spéculation, rationnelle, historique et textuelle, ne servait qu’à assurer les fondements  de démonstrations logiques, or une démonstration uniquement rationnelle ou logique de l’existence de Dieu, admissible et utile bien évidemment au niveau des preuves formelles immédiates comme l'exposa parfaitement saint Thomas d’Aquin [3], se dévoilait en définitive, lorsqu’elle osait toucher, en étant pervertie dans son objet, au mystère intime de Dieu en écartant le pieux respect à l'égard de l'autorité de l'Ecriture Sainte et du Magistère, une incrédulité manifeste, puisqu’elle ne se fondait plus sur l'autorité de l'Eglise et la foi, mais sur la raison déductive et l'analyse critique des textes pour asseoir ses convictions. Cette grave menace d’une pénétration de l’intérieur par les ennemis de la foi, qui oeuvraient puissamment à dévoyer le précieux dépôt doctrinal en transformant le cheminement spirituel vers Dieu en une connaissance intellectuelle abstraite et spéculative soumise aux caprices de la libre interprétation, fut positivement dénoncée par le Saint Père dans son Encyclique « Pascendi » en ces termes :

 

- « Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c'est que, les artisans d'erreurs, il n'y a pas à les chercher aujourd'hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c'est un sujet d'appréhension et d'angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l'Eglise, ennemis d'autant plus redoutables qu'ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d'un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l'Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu'ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu'à la simple et pure humanité.

Ces hommes-là peuvent s'étonner que Nous les rangions parmi les ennemis de l'Eglise. Nul ne s'en étonnera avec quelque fondement qui, mettant leurs intentions à part, dont le jugement est réservé à Dieu, voudra bien examiner leurs doctrines, et, conséquemment à celles-ci, leur manière de parler et d'agir.

Ennemis de l'Eglise, certes ils le sont, et à dire qu'elle n'en a pas de pires on ne s'écarte pas du vrai. Ce n'est pas du dehors, en effet, on l'a déjà noté, c'est du dedans qu'ils trament sa ruine; le danger est aujourd'hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l'Eglise; leurs coups sont d'autant plus sûrs qu'ils savent mieux où la frapper. Ajoutez que ce n'est point aux rameaux ou aux rejetons qu'ils ont mis la cognée, mais à la racine même, c'est-à-dire à la foi et à ses fibres les plus profondes. Puis, cette racine d'immortelle vie une fois tranchée, ils se donnent la tâche de faire circuler le virus par tout l'arbre: nulle partie de la foi catholique qui reste à l'abri de leur main, nulle qu'ils ne fassent tout pour corrompre. Et tandis qu'ils poursuivent par mille chemins leur dessein néfaste, rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique: amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d'habileté qu'ils abusent facilement les esprits mal avertis. D'ailleurs, consommés en témérité, il n'est sorte de conséquences qui les fasse reculer, ou plutôt qu'ils ne soutiennent hautement et opiniâtrement. »

[Pascendi Dominici Gregis, Rome, le 8 septembre 1907 ]

En un temps donc, où les erreurs naturalistes, évolutionnistes, panthéistes et libérales se sont plus encore amplifiées et répandues dangereusement dans toute le corps de l’Eglise jusqu’à son sommet, pouvant même nous faire douter d’une pérennité de la vraie foi, pervertissant les esprits à un point qui ne pouvait s’envisager il y a seulement quelques décennies, il nous paraît plus qu’utile de porter une nouvelle fois à la connaissance de chacun les termes mêmes du Serment « Antimoderniste », afin que l’on puisse comprendre, concrètement, ce contre quoi lutta saint Pie X, et ce que condamne, depuis toujours, la Tradition sacrée.

 

 

 

 

Ordination III.PNG

 

 

Elévation de la Sainte Hostie

lors d'une messe d'ordination sacerdotale

 

 

 

 

 

SERMENT ANTIMODERNISTE

 

 

Motu proprio Sacrorum antistitum,

1er septembre 1910, promulgué par le pape Saint Pie X

 

 

 

 

Moi, N..., j'embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l'Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.

 

 

- Et d'abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison "par ce qui a été fait" Rm 1,20 , c'est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.

 

- Deuxièmement, j'admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c'est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l'origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu'ils sont tout à fait adaptés à l'intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d'aujourd'hui.

 

- Troisièmement, je crois aussi fermement que l'Eglise, gardienne et maîtresse de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu'il vivait parmi nous, et qu'elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles.

 

- Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu'à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l'invention hérétique de l'évolution des dogmes, qui passeraient d'un sens à l'autre, différent de celui que l'Eglise a d'abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l'Epouse du Christ, pour qu'elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l'effort humain et qu'un progrès indéfini perfectionnerait à l'avenir.

 

- Cinquièmement, je tiens très certainement et professe sincèrement que la foi n'est pas un sentiment religieux aveugle qui émerge des ténèbres du subconscient sous la pression du cœur et l'inclination de la volonté moralement informée, mais qu'elle est un véritable assentiment de l'intelligence à la vérité reçue du dehors, de l'écoute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l'autorité de Dieu souverainement véridique, ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur.

 

Je me soumets aussi, avec la révérence voulue, et j'adhère de tout mon cœur à toutes les condamnations, déclarations, prescriptions, qui se trouvent dans l'encyclique Pascendi (3475-3500) et dans le décret Lamentabili 3401- 3466, notamment sur ce qu'on appelle l'histoire des dogmes.

 

De même, je réprouve l'erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l'Eglise peut être en contradiction avec l'histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd'hui, ne peuvent être mis d'accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

 

Je condamne et rejette aussi l'opinion de ceux qui disent que le chrétien savant revêt une double personnalité, celle du croyant et celle de l'historien, comme s'il était permis à l'historien de tenir ce qui contredit la foi du croyant, ou de poser des prémices d'où il suivra que les dogmes sont faux ou douteux, pourvu que ces dogmes ne soient pas niés directement.

 

 

Je réprouve également la manière de juger et d'interpréter l'Ecriture sainte qui, dédaignant la tradition de l'Eglise, l'analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s'attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité.

 

Je rejette en outre l'opinion de ceux qui tiennent que le professeur des disciplines historico-théologiques ou l'auteur écrivant sur ces questions doivent d'abord mettre de côté toute opinion préconçue, à propos, soit de l'origine surnaturelle de la tradition catholique, soit de l'aide promise par Dieu pour la conservation éternelle de chacune des vérités révélées ; ensuite, que les écrits de chacun des Pères sont à interpréter uniquement par les principes scientifiques, indépendamment de toute autorité sacrée, avec la liberté critique en usage dans l'étude de n'importe quel document profane.

 

Enfin, d'une manière générale, je professe n'avoir absolument rien de commun avec l'erreur des modernistes qui tiennent qu'il n'y a rien de divin dans la tradition sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens panthéiste, si bien qu'il ne reste plus qu'un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l'histoire : les hommes par leurs efforts, leur habileté, leur génie continuant, à travers les âges, l'enseignement inauguré par le Christ et ses apôtres.

 

Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu'à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours "dans la succession de l'épiscopat depuis les apôtres", non pas pour qu'on tienne ce qu'il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que "jamais on ne croie autre chose, ni qu'on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

 

Toutes ces choses, je promets de les observer fidèlement, entièrement et sincèrement, et de les garder inviolablement, sans jamais m'en écarter ni en enseignant ni de quelque manière que ce soit dans ma parole et dans mes écrits. J'en fais le serment ; je le jure. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles.

 

 

 

 

Ordination II.PNG

 

La grande prosternation lors d'une messe d'ordination

 

 

 

 

 

Notes.

 

 

[1] Il faut se souvenir que la riposte des modernistes ne tarda point. En effet, après le dé­cès de saint Pie X on s’ingénia à répandre la rumeur selon laquelle les dispositions contre le modernisme n’avaient pas de valeur obligeante parce qu’elles n’auraient pas été insérées dans le code de droit canon qui avait été promulgué en 1917 par Benoît XV. Toutefois, le nouveau pape déjoua la manœuvre malveillante des modernistes, en publiant une mise au point qu’il est bon de rappeler : « Les prescriptions susdites [de Pascendi et de Sacro­mm antistitllm], ayant été données à cause des serpents contenus dans les erreurs modernistes, sont, de par leur nature, temporaires et transitoires, et n’ont pas pu, pour cette raison, être intégrées dans le code de droit canonique. D’autre part cependant, tant que le virus du modernisme n’aura pas totalement cessé d’exister, elles devront gar­der leur pleine force [de loi], jusqu’à ce que le Siège apostolique en décide autrement » (décret du Saint Office sur les conseils de vigi­lance et le serment antimoderniste, approuvé et confirmé par le pape Benoît XV « en vertu de son autorité suprême », donné à Rome le 22 mars 1918, in: Acta Apostolicae Sedis, Rome 1918, p. 136).

 

[2] Il n’est pas anodin de voir Yves Congar (1904-1995), un des théologiens les plus influents lors de Vatican II auquel il assista en tant qu’expert, puis élevé au cardinalat par Jean-Paul II, avouer dans son Journal : « Nous sommes tombés d’accord aussi sur ce point que l’une des tâches de notre génération était de faire aboutir les requêtes valables du modernisme. Ici, il faut bien comprendre. Il y a deux choses dans le modernisme ; toutes deux ont été gauchies et gâchées par lui, mais toutes deux, aussi, recouvrent de vrais problèmes. Il y a la tentative d’appliquer au donné chrétien, qui se présente comme un donné historique, les méthodes critiques. […] Et il y a eu une philosophie religieuse comportant toute une interprétation de l’acte de foi, de l’insertion du croyant dans l’Église (Tyrrell, etc.). De cette philosophie, je me suis formulé, avec le temps, la requête de fond valable. C’est ce que j’appelle « le point de vue du sujet », dont je vois bien la liaison avec une ecclésiologie de la « Gemeinschaft » et avec une foule d’autres points. […] Mais, dans la nécessaire réaction contre le modernisme, le valable a été balayé comme le dévoyé. On a fait triompher des points de vue étriqués d’une « théologie » ( ?) à la fois non critique et toute faite, mécanique, vidée de la sève des sources et du contenu de la contemplation de foi. […]Il s’agissait donc de restituer à la théologie sa dimension historique et sa dimension de connaissance religieuse vivante. Avant même de le connaître, je pressentais qu’un homme avait attaqué déjà ces problèmes : Möhler. » (Cf. Journal d’un théologien (1946-1956) du P. Yves Congar, pp. 59-60.)

 

[3] L’homme cherche ici-bas, par ses petites industries à s’accaparer ce qui par essence lui échappe ; ses déclarations au sujet de son désir d’aborder de façon spéculaire les questions religieuses visent en fait, très souvent, non pas à s’orienter vers le Ciel par des moyens sacramentaires et surnaturels, mais à la réalisation effective de ses aspirations démiurgiques mobilisées par une soif puérile de connaissance et à une basse envie, très vulgaire, de pouvoir. C’est pourquoi Pascal affirmera que la religion authentique, lorsque la démonstration de Dieu en mode logique a été faite, ne relève plus de la spéculation rationnelle, mais se comprend uniquement avec le cœur : « Le cœur a son ordre, l’esprit a le sien qui est par principes et démonstration. Le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu’on doive être aimé en exposant l’ordre les causes de l’amour ; cela serait ridicule. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison. » Ainsi, saint Thomas d'Aquin, dont on fait grand cas et à juste titre du point de vue de la théologie naturelle, meurt en 1274, alors qu'il était en route pour le concile œcuménique de Lyon, auquel le pape l'avait convoqué comme expert. Mais n’oublions pas que le 6 décembre 1273, un mois avant sa naissance au Ciel, il entendit Jésus-Christ lui adresser, du fond du Tabernacle en célébrant la messe. cette parole célèbre : « Tu as bien écrit de Moi, Thomas. Quelle récompense désires-tu recevoir ? ». Et le saint, pénétré d'amour, s'écria : « Point d'autre que Vous, Seigneur ! ». Après cette extase, saint Thomas, qui s’était toujours laissé guider par l’Esprit Saint, cessa d'écrire et de dicter. À son secrétaire qui s'en inquiétait il répondit : « Je ne peux plus. Tout ce que j'ai écris me paraît comme de la paille en comparaison de ce que j'ai vu » ; il avait même prévu, après cette vision, de brûler toutes ses œuvres ! Devant les moines du monastère cistercien de Fossa Nova qui étaient autour de lui sur son lit de mort, il commentait le Cantique des Cantiques, et en recevant sa dernière Eucharistie, il dit : « Je vous reçois, ô salut de mon âme. C'est par amour de vous que j'ai étudié, veillé des nuits entières et que je me suis épuisé ; c'est vous que j'ai prêché et enseigné. Jamais je n'ai dit un mot contre Vous. Je ne m'attache pas non plus obstinément à mon propre sens ; mais si jamais je me suis mal exprimé sur ce sacrement, je me soumets au jugement de la Sainte Eglise Romaine dans l'obéissance de laquelle je meurs. » [Procès de canonisation, § 79, p. 376-377 et Guillaume de Tocco, Ystoria sancti Thome, chap.47 ].

 

 

 

16:28 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : religion, théologie, culture, philosophie, grâce, péché |  Imprimer | | | | | Pin it!

vendredi, 05 décembre 2008

Lettre à la chrétienté mourante : Alphonse de Chateaubriant (1877-1951)

 

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Alphonse de Chateaubriand (1877-1951)

ici le premier à gauche de la photo, avec Marcel Déat

 

 

 

 

 

 

Avant que de publier un extrait de sa « Lette à la chrétienté mourante » qu’Alphonse de Chateaubriant écrivit de sa retraite forcée en Autriche et dans laquelle il exposa son expérience de l’Être, expérience bouleversante qui le saisira de façon surprenante et l’engagera dans une dimension métaphysique de nature supérieure, rappelons rapidement qui fut cet auteur, malheureusement bien oublié, et qui pourtant possède une écriture magnifique qui lui donna de signer des ouvrages qui figurent parmi les œuvres littéraires les plus remarquables du siècle dernier.

 

 

Brière.jpgAlphonse de Châteaubriant est né à La Prévalaye, près de Rennes, le 25 mars 1877 dans une vieille famille de gentilshommes bretons. Après de brillantes études secondaires il entre en littérature à 34 ans. En effet, le 5 décembre 1911 paraît chez Grasset son premier roman : Monsieur des Lourdines. Il est couronné par le prix Goncourt. Ce neuvième prix nécessite sept tours de scrutin au café de Paris. Il s'agit d'un livre « à rendre en un mois son auteur célèbre dans le monde entier », écrit Romain Rolland à J.-R. Bloch dès février 1911. L'écrivain a toujours soutenu Châteaubriant, qui lui a d'ailleurs dédié Monsieur des Lourdines. En 1914, Châteaubriant est mobilisé dans les ambulances et écrit des lettres déchirantes à sa femme et à son ami Romain Rolland. De ce traumatisme, l'écrivain ressort convaincu que la France doit s'allier à l'Allemagne pour éviter une nouvelle guerre. En 1923, il reçoit le Grand Prix de l'Académie française pour La Brière, l'un des plus forts tirages de l'entre-deux guerres, un livre qui a pour cadre un terroir auquel Chateaubriant est viscéralement attaché.

 

Germanophile, Alphonse de Châteaubriant se laisse gagner aux doctrines national-socialistes. Gerbe.JPGIl y mêle un mysticisme religieux qui éclate dans La Réponse du Seigneur. En mai 1937, il publie La Gerbe des forces où il expose ses thèses en faveur de l'idéologie nationale-socialiste et démontre la compatibilité entre christianisme et nazisme. La rencontre d'Adolf Hitler à Berchtesgaden, qui lui dit, en prenant ses mains dans les siennes: «Monsieur l'écrivain français, vous avez compris le national-socialisme mieux que les 99% d'Allemands qui votent pour moi!».

 

A l'automne 1940, il crée officieusement le Groupe Collaboration, qui est autorisé en février 1941 par les autorités allemandes. En parallèle, il fonde un hebdomadaire littéraire et politique où il appelle à la collaboration avec les Allemands : La Gerbe. Le premier exemplaire paraît le 11 juillet 1940. Y collaborent Marc Augier, Jean Giono, Paul Morand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Sacha Guitry, André Castelot. C'est dans ses colonnes qu'en août 1940, Châteaubriant écrira : « Au milieu des peuples fatigués, l'Allemagne seule donne des preuves incontestables de vie ardente. L'Europe sans l'Allemagne n'est plus qu'un passage libre pour toutes les grandes invasions prochaines. » Le 30 janvier 1941, il exalte dans La Gerbe « la beauté morale de la capitulation » et demande aux Français de collaborer sans réserve puisque les Allemands offrent aux Français « d'être libres avec eux et libérateurs face aux dominations et aux esclaves ». Le 17 août 1944 est imprimé le dernier numéro de La Gerbe alors que son directeur de publication s'est déjà exilé en Allemagne. À la "libération", son nom apparaît sur la liste des auteurs jugés indésirables par le Comité national des écrivains. En 1945, il passe en Autriche, à Kitzbühel, sous le nom d'emprunt de Dr Alfred Wolf. Le 25 octobre 1945, la sixième section de la Cour de justice de la Seine condamne Châteaubriant à mort par contumace et le frappe d'indignité nationale à vie. Un mandat d'arrêt est alors lancé contre lui avec ordre de le conduire au fort de Charenton. Il meurt le 2 mai 1951 dans sa retraite autrichienne, un monastère du Tyrol. Ses œuvres sont ensuite entrées au purgatoire littéraire. Représentatives des canons d'une époque, elles ont été marquées du sceau d'infamie, même si la plupart ne portent aucune trace d'engagement ou de propagande.

 

Œuvres principales :

 

·                     Monsieur des Lourdines. Histoire d'un gentilhomme campagnard, Grasset, 1911.

·                     La Brière, Paris, Grasset, 1923

·                     Instantanés aux Pays-Bas, Kra, 1927.

·                     La Meute, Éd. du Sablier, 1927.

·                     La Réponse du Seigneur, Paris, Grasset, 1933.

·                     Au pays de Brière, Liège, Paris, J. de Gigord, 1935.

·                     La Gerbe des forces : nouvelle Allemagne, Paris, Grasset, 1937.

·                     Les Pas ont chanté, Paris, B. Grasset, 1938.

·                     La Psychologie et le drame des temps présents, 1943.

·                     Écrits de l'autre rive, Paris, Collection « Le Palladium », A. Bonne, 1950.

·                     Lettre à la chrétienté mourante, Grasset, 1951.

·                     Lettres des années de guerre, 1914-1918, Paris, A. Bonne, 1952

·                     Fragments d'une confession, Paris, Desclée de Brouwer, 1953. .

·                     Itinerarium ad lumen divinum, la Colombe, 1955.

 

Source : http://fr.metapedia.org/wiki/Alphonse_de_Chateaubriant

 

 

 

 

 

LETTRE A LA CHRETIENTE MOURANTE

 

 

 

 « En ce temps de fin de monde d’où se répand déjà autour de nous une odeur de brûlé universelle, dans cette solitude d’un pays de France perdu, je trace ces mots avec hâte.

 

[…]

 

   Si je livre ces pages, c’est pour des raisons de haute obéissance. Ceci, au surplus, n’est pas un livre que j’écris et publie, mais bien plutôt une bouteille que je jette à la mer. En cette bouteille est roulé ce journal manuscrit de ma suprême confidence, livre de bord d’un bâtiment fantôme ballotté sur la mer de ma solitude. Dans l’océan de l’illusion, cette bouteille pourra être trouvée et recueillie par quelque homme du large, navigateur naufragé ou  explorateur hardi, mais seulement par un « homme du large ».

Beaucoup se croient  être des hommes du large, qui n’ont que les habitudes de leur case, sous les palmiers de leur rue.

Je jette cette bouteille à la mer, et certes, ce n’est pas pour demander que l’on vienne à  mon secours ! C’est pour dire à ceux qui se croient en sûreté : «Dépêchez-vous de faire naufrage, de vous en aller couler au fond très loin au large, et, remontant de ce fond, d venir, flottant entre deux eaux, me retrouver sur mon rocher, frangé d’écumes, où, dans ma solitude battue par les flots, vous serez comme moi, pêcheur de perles. »

 

Encore une fois, ce n’est pas un livre que j’écris. […] Ce que j’ai saisi avec mon esprit, avec mes mains d’homme, c’est-à-dire avec mon espérance d’homme, la foi de mon cœur d’homme, l’opiniâtreté de ma pensée d’homme, a la valeur inestimable d’un message que l’esprit des choses vous adresse. Ce que j’ai vécu a rallumé en moi des lumières qui allaient s’éteindre.

 

[…]

 

Tout était écrit au fond du texte sibyllin contenu dans ces deux petites lumières, que les parentés de leur azur reliaient à certains lointains regards antiques. Celui du vieux Parménide d’Elée dans le regard duquel, je le sais aujourd’hui, la même vérité auguste et impérissable s’est reflétée un jour, comme en des puretés éternelles.

Parménide lointain, Parménide demeuré dans le sable brûlant des origines, vieux Parménide usé par les flots du temps et qui fut là brisé par des soldats, en attendant les résurrections.

 

[…]

 

Je regarde à l’intérieur du monde, je regarde à l’intérieur de mon cœur, je regarde à l’intérieur de tous les cœurs… parce que les cœurs commencent à m’être connus et que je les aime.

Je me sens à la fin de ma vie… et aussi au commencement de ma vie ; et, entre les deux, maintenant s’ouvre un grand abîme, qui ne pourra, par rien d’humain, être comblé !

 

 

[…]

 

 

Mon regard, beaucoup plus qu’hier, ne se sépare pas de la vision intérieure de l’Être, telle qu’elle m’est apparue un jour quand je ne la cherchais pas. La grandeur de cette vision, de cette acquisition est difficile à exprimer. Lorsqu’on l’a, elle contient toutes choses. Elle est la vie personnalisée dans son infini. Elle est la vérité, en dehors de quoi il n’est aucune vie possible ; elle est la substance en dehors de quoi il n’est aucune matière susceptible de réalité.

 

Pendant trois moi, j’eus et maintins devant mes yeux la volonté douce d’être fidèle en pensée à cette pensée de lumière qui n’était pas née avec moi par hasard, mais était en moi la révélation profonde qui attend dans le cœur de tous les hommes. Je la fixai devant moi et en moi, n’ayant pas d’effort à faire, car elle est un support merveilleux et l’on comprend, en s’appuyant sur elle, ce que signifiait le geste de saint Jean reposant sa tête sur la poitrine de son Maître.

 

[…]

 

Mon regard était fixé au centre de cette conscience de l’Être, dans lequel se trouvait à mes yeux la source débordante d’amour dont s’allumait ma propre conscience, ma vraie vie. J’étais là, établi comme dans une forteresse – c’était bien là le rocher dont parle la Bible – se défaire de l’illusion mortelle même à travers ses pires fantasmes, échapper aux funèbres tentations sensibles du fini, et remplir sa conscience de la connaissance de l’Eternel, éternellement créateur.

 

[…]

 

Il est difficile, quand on a vu ces choses tout d’un coup, de ne pas demeurer les yeux grands ouverts devant cette phrase par laquelle commence le premier chapitre de la création de l’homme, cette phrase du Livre des livres… ‘‘La terre était informe et vide, les ténèbres étaient à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait sur les eaux ; et Dieu dit : Que la lumière soit. Je suis la lumière du monde.’’ »

 

 

Lettre à la chrétienté mourante, Grasset, 1951, pp. 5-10 ; 12-18.

 

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lundi, 24 novembre 2008

« Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » de Bourdaloue

Pensées présentées

par

Radek

 

 

 

 

 

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Louis Bourdaloue en prière

 

" Aimons la vérité qui nous reprend, et défions-nous de celle qui nous flatte."

 

 

 

 

 

 

180px-Louis_Bourdaloue_by_Jean_Jouvenet[1].jpgZak, lors d’un récent message à l’intérieur des commentaires de sa note fondamentale portant sur la « Métaphysique de la virtualité », compara mes très rigoureux avertissements et les sévères et dures admonestations que j'ai cru bon d'exprimer et que je réitère d'ailleurs entièrement sans en changer la moindre  virgule, à des prêches de Louis Bourdaloue (1632-1704). Il rajouta même qu’il serait sans doute intéressant, à l’occasion, de porter à la connaissance de chacun un sermon portant sur l’humilité volontaire. Judicieuse idée à vrai dire. Il m’a donc semblé intéressant, acceptant volontiers cette pertinente invitation, de prendre l’initiative de mettre en ligne sur " La Question ", blog spirituel s’il en est, un texte bien oublié, mais pourtant célèbre, du dit Bourdaloue, non pas un prône à vrai dire, mais des extraits de ses « Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » qui, je l’espère, s’avéreront utile à l’édification générale.

 

Rappelons que Bourdaloue, fut peut-être l’un des plus brillants prédicateurs du XVIIe siècle, possédant un art oratoire supérieur qui lui donnait, les yeux imperturbablement clos dit-on, de quasiment déclamer en chaire ses sermons avec une extraordinaire présence quasi théâtrale. Mais son rôle de s’arrête pas à la prédication. En effet, les idées de Bourdaloue possèdent une place significative dans l’histoire de la spiritualité française. Plus que quiconque il fit porter l’attention du parcours chrétien sur l’importance de la réflexion intérieure, le retour sur soi, l’examen de conscience, le discernement et la lucidité à l’égard de nos passions troublées et vices cachés. Jean-Pierre Landry, professeur à l’université de Lyon III soutient : « On peut d’ailleurs penser que sa prédication est un des meilleurs exemples de la pastorale de la peur au XVIIe siècle. Il prêche en effet un Dieu juste mais sévère, qui châtie durement le pécheur. Le devoir essentiel du chrétien est donc [selon-lui] de fuir l’impureté et d’être moralement impeccable. » Ceci explique pourquoi, comparable en cela au moraliste de Port-Royal Pierre Nicole (1625-1695), dès 1668, il s’opposera au « quiétisme » dans son sermon sur la prière.

Ainsi, bien que membre de la Compagnie de Jésus, on considère que Bourdaloue, le fondateur de l'éloquence chrétienne en France, fut « le plus Janséniste des Jésuites ». Raison de plus pour lui accorder une place de choix dans les pages de "La Question".

 

 

 

 

‘‘ Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité ’’

 

 

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‘‘Notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents’’

 

 

 

 

Nous aimons tant l'humilité dans les autres : quand travaillerons-nous à la former dans nous-mêmes? Partout où nous l'apercevons hors de nous, elle nous plaît, elle nous charme. Elle nous plaît dans un grand, qui ne s'enfle point de sa grandeur. Elle nous plaît dans un intérieur, qui reconnaît sa sujétion et sa dépendance. Elle nous plaît dans un égal ; et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux, si c'est néanmoins un homme humble que cet égal, et que la Providence vienne à l'élever, nous lui rendons justice, et ne pensons point à lui envier son élévation.

Or puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui, pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Mais voici le mystère que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait l'humilité dans les autres? elle les porte à s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous? elle nous porterait à nous abaisser au-dessous des autres, et voilà ce que nous n'aimons pas.

 

On s'est échappé dans une rencontre, on a parlé, agi mal à propos. C'est une faute ; et si d'abord on la reconnaissait, si l'on en convenait de bonne foi et qu'on témoignât de la peine, la chose en demeurerait là. Mais parce qu'on veut se justifier et se disculper, parce qu'on ne veut pas subir une légère confusion, combien s'en attire-t-on d'autres? Vous contestez, et les gens s'élèvent contre vous ; ils vous traitent d'esprit opiniâtre ; et, piqués de votre obstination, ils prennent à tâche de vous mortifier, de vous rabaisser, de vous humilier. Avec un peu d'humilité, qu'on s'épargnerait d'humiliations !

Il s'est élevé bien des savants dans le monde, et il s'en forme tous les jours. Quelles découvertes n'ont-ils pas faites et ne font-ils pas encore? Depuis l'hysope jusqu'au cèdre, et depuis la terre jusqu'au ciel, est-il rien de si secret, soit dans l'art, soit dans la nature, où l'on n'ait pénétré ? Hélas! on n'ignore rien, ce semble, et l'on possède toutes les sciences hors la science de soi-même. Selon l'ancien proverbe, cité par Jésus-Christ même, on disait et l'on dit encore : Médecin, guérissez-vous vous-même (Luc, IV, 23); ainsi je puis dire : Savants, si curieux de connaître tout ce qui est hors de vous, hé ! quand apprendrez-vous à vous connaître vous-mêmes?

Il est vrai, vous ne parlez de vous que dans les termes les plus modestes et les plus humbles. Vous rejetez tous les éloges qu'on vous donne ; vous rabaissez toutes les bonnes qualités qu'on vous attribue ; vous paraissez confus de tous les honneurs qu'on vous rend ; enfin , vous ne témoignez pour vous-même que du mépris. Tout cela est édifiant.

Mais du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer, ou par une parole, ou par un geste, ou par une œillade, vous voilà tout à coup déconcerté : votre cœur se soulève , le feu vous monte au visage, vous vous mettez en défense, et vous répondez avec aigreur. Que d'humilité et d'orgueil tout ensemble! Mais tout opposés que semble être l'un et l'autre, il n'est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement et à témoigner du mépris pour soi-même, il n'y a qu'une humiliation apparente, et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la part d'autrui, c'est là que l'humiliation est véritable, et par là même qu'elle devient insupportable.

 

Humilions-nous, mais sincèrement, mais profondément, et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents , mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellents ministères, mieux que tous les miracles que Dieu pourrait opérer par nous : comment cela? parce que notre humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talents, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentiments dune vraie et solide humilité.

 

[…]

 

Vous vous plaignez de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons naturels qui brillent dans les autres, et qui les distinguent; mais surtout vous ajoutez que ce qui vous afflige, c'est de ne pouvoir pas, faute de talent, glorifier Dieu comme les autres le glorifient : illusion. Car si vous examinez bien le fond de votre cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige, ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres, mais de ne pouvoir pas, en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-même. Que notre orgueil est subtil, et qu'il a de détours pour nous surprendre! jusque dans la gloire de Dieu, il nous fait désirer et chercher notre propre gloire.

 

[…]

 

Un père a eu raison de dire que le souvenir de nos péchés nous est infiniment plus utile que le souvenir de nos bonnes œuvres.

Pour entendre la pensée de ce saint docteur, il faut distinguer deux choses :

 

- nos actions, et

- le souvenir de nos actions.

 

Or il n'en est pas de l'un comme de l'autre, et ils ont des effets tout opposés. Nos bonnes actions nous sanctifient, mais le souvenir de nos bonnes actions nous corrompt, parce qu'il nous enorgueillit : au contraire, nos mauvaises actions nous corrompent, mais le souvenir de nos mauvaises actions sert à nous sanctifier, parce qu'il sert à nous humilier. De là, double conséquence. Pratiquons la vertu ; et dès que nous l'avons pratiquée, que l'humilité nous mette un voile sur les yeux pour ne plus voir le bien que nous avons fait. Et. par une règle toute différente, fuyons le péché; mais quand nous avons eu le malheur d'y tomber, que l'humilité nous tire le voile de dessus les yeux, pour voir toujours le mal que nous avons commis. Ainsi nous serons vertueux sans danger, et ce ne sera pas même sans fruit que nous aurons été pécheurs.

 

 

‘‘Le monde au-dessus de nous,

le monde au dessous de nous, le monde autour de nous’’

 

Il y a un monde au-dessus de nous, un monde au-dessous de nous, et un monde autour de nous. Un monde au-dessus de nous, ce sont les grands ; un monde au-dessous de nous, ce sont ceux que la naissance ou que le besoin a réduits dans une condition inférieure à la nôtre ; un monde autour de nous, ce sont nos égaux. Selon ces divers degrés, nous prenons divers sentiments. Ce monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité, et de la vanité la plus puérile. Ce monde qui est au-dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Et ce monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. Il faut expliquer ceci, et reprendre par ordre chaque proposition.

 

- Le monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité. Je ne dis pas qu'il devient le sujet de notre ambition : cela est plus rare. Car il n'est pas ordinaire qu'un homme d'une condition commune, quoique honnête d'ailleurs, se mette dans l'esprit de parvenir à certains états d'élévation et de grandeur. Mais du reste, il tombe dans une faiblesse pitoyable : c'est de vouloir au moins s'approcher des grands, de vouloir être connu des grands et les connaître, de n'avoir de commerce qu'avec les grands, de ne visiter que les grands, de s'ingérer dans toutes les affaires et toutes les intrigues des grands, de s'en faire un mérite et un point d'honneur. Ecoutez-le parler, vous ne lui entendiez jamais citer que de grands noms, que des personnes de la première distinction et du plus haut rang, chez qui il est bien reçu, avec qui il a de fréquents entretiens, qui l'honorent de leur confiance, et par qui il est instruit à fond de tout ce qui se passe. Fausse gloire et vraie petitesse, où, voulant s'élever au-dessus de soi-même, l'on se rabaisse dans l'estime de tous les esprits droits et de bon sens!

 

- Le monde qui st au dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Dès qu'on a quelque supériorité sur les autres, on veut la leur faire sentir. On les traite avec hauteur, on leur parle avec empire, on ne s'explique en leur présence qu'en des termes et qu'avec des airs d'autorité ; on les tient dans une soumission dure et dans une dépendance toute servile, comme si l'on voulait en quelque manière se dédommager sur eux de tous les dédains qu'on a soi-même à essuyer de la part des maîtres de qui l'on dépend. Car voilà ce que l'expérience tous les jours nous fait voir : des gens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête, mais absolus et fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination.

 

- Le monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. On ne se mesure ni avec les grands ni avec les petits, parce qu'il y a trop de disproportion entre eux et nous; mais on se mesure avec des égaux : et comme il n'est pas possible que l'égalité demeure toujours entière, et que l'un de temps en temps n'ait l'avantage sur l'autre, de là naissent mille envies qui rongent le cœur, qui même éclatent au dehors, et se tournent en querelles et en inimitiés. Car c'est assez qu'un homme l'emporte sur nous, ou, sans qu'il l'emporte, c'est assez qu'il concoure en quelque chose avec nous, pour nous indisposer et nous aigrir contre lui ; et n'est-ce pas là ce qui cause entre les personnes de même profession, et jusque dans les états les plus saints, tant de partis et tant de divisions? Etrange injustice où nous porte notre orgueil ! Ayons l’Esprit de Dieu, et suivons-le. Conduits par cet esprit de sagesse, d'équité, de charité, d'humilité, nous rendrons au monde que la Providence a placé au-dessus de nous tout ce qui lui est dû, mais sans nous en faire esclaves, et sans nous prévaloir, par une vaine ostentation, de l'accès que nous aurons auprès de lui.

 

[…]

‘‘Mon élévation a été mon humiliation’’

 

 

La ressource de l'orgueilleux , lorsque l'évidence des choses le convainc malgré lui de son incapacité et de son insuffisance , est de se persuader qu'elle lui est commune avec les autres. Ce qu'il n'est pas capable de bien faire, il ne peut croire qu'il y ait quelqu'un qui le fasse bien, un mauvais orateur ne convient qu'avec des peines extrêmes qu'il y en ait de bons. Il reconnaîtra aisément qu'il y en a eu autrefois, parce qu'il n'entre avec ceux d'autrefois en nulle concurrence. Il les exaltera même comme des modèles inimitables ; il les regrettera, il demandera où ils sont, s'épanchera là-dessus dans les termes les plus pompeux et les plus magnifiques : mais pourquoi? est-ce qu'il s'intéresse beaucoup à la gloire de ces morts? non certes : mais, pour une maligne consolation de son orgueil, il voudrait, en relevant le mérite des morts, obscurcir le mérite des vivants et le rabaisser.

S'humilier dans l'humiliation , c'est l'ordre naturel et chrétien ; mais dans l'humiliation même s'élever et s'enfler, c'est, ce me semble, le dernier désordre où peut se porter l'orgueil. Voilà ce qui arrive tous les jours. Des gens sont humiliés : on ne pense point à eux, on ne parle point d'eux, on ne les emploie point, on ne les pousse à rien. En sont-ils moins orgueilleux , et est-ce à eux-mêmes qu'ils s'en prennent des mauvais succès qui leur ont fait perdre tout crédit, ou à la cour, ou ailleurs? Bien loin de cela , c'est alors que leur cœur se grossit davantage, et qu'ils deviennent plus présomptueux que jamais. S'ils demeurent en arrière, ce n'est, à ce qu'ils prétendent, que par l'injustice de la cour, que par l'ignorance du public. A les en croire , et par la seule raison qu'on ne les avance pas , tout est renversé dans le monde. Il n'y a plus ni récompense de la vertu , ni distinction des personnes, ni discernement du mérite. Que l'orgueil est une maladie difficile à guérir! l'élévation le nourrit, et l'humiliation , qui devrait l'abattre , ne sert souvent qu'à le réveiller et à l'exciter.

Notre vanité nous séduit, et nous fait perdre l'estime du monde dans les choses mêmes où noirs la cherchons, et par les moyens que nous y employons. Une femme naturellement vaine s'ingère, dans les conversations, à parler de tout, à raisonner sur tout. Elle juge , elle prononce, elle décide, parce qu'elle se croit femme spirituelle et intelligente ; mais elle aurait beaucoup plus de raison et plus d'esprit, si elle s'en croyait moins pourvue ; et voulant trop faire voir qu'elle en a, c'est justement parla même qu'elle en fait moins paraître.

On loue beaucoup les grands; car ils aiment à être loués et applaudis. Mais, à bien considérer les louanges qu'on leur donne, on trouvera que la plupart des choses dont on les loue, et qui semblent en effet louables selon le monde , sont dans le fond et selon le christianisme, selon même la seule raison naturelle, plutôt des vices que des vertus.

 

Tel aurait été un grand homme, si on ne l'avait jamais loué ; mais la louange l'a perdu. Elle l'a rendu vain, et sa vanité l'a fait tomber dans des faiblesses pitoyables, et en mille simplicités qui inspirent pour lui du mépris. Je dis en mille simplicités ; car quelque fonds de mérite qu'on ait d'ailleurs, il n'y a point ni dans les discours, ni dans les manières d'agir, d'homme plus simple qu'un homme vain. On lui fera accroire toutes choses , dès qu'elles seront à sa louange. Est-il chagrin et de mauvaise humeur: louez-le, et bientôt vous lui verrez reprendre toute sa gaieté. Les gens le remarquent , le font remarquer aux autres, et s'en divertissent. C'est ainsi que , sans le vouloir ni l'apercevoir, il vérifie dans sa personne cette parole de l'Evangile, que celui qui s élève sera abaissé et humilié. Comme donc l'ambition, selon le mot de saint Bernard, est la croix de l'ambitieux, je puis ajouter que souvent l'orgueil devient l'humiliation de l'orgueilleux.

Cet homme est toujours content de lui ; et, n'eût-il eu aucun succès, il se persuade toujours avoir réussi le mieux du monde. Contentez-vous de savoir ce qui en est, et d'en croire ce que vous devez ; mais du reste, pourquoi cherchez-vous à le détromper de son erreur, puisqu'elle le satisfait, et qu'elle ne nuit à personne? Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois des raisons qui peuvent vous engager à lui ouvrir les yeux, et à lui faire connaître l'illusion où il est ; mais avouez-le de bonne foi, c'est une malignité secrète, c'est une espèce d'envie qui vous porte à l'humilier, et à lui faire perdre cette idée dont il s'est laissé prévenir en sa faveur. Car mille gens sont ainsi faits : non seulement ils sont jaloux de la réputation solide et vraie qu'on a dans le monde , mais de plus, par une délicatesse infinie de leur orgueil, ils sont en quelque manière jaloux de la bonne opinion, quoique mal fondée, qu'un homme a de lui-même.

 

Qu'il me soit permis de faire une comparaison. Il y a des mérites, et en très grand nombre, qui ne devraient se produire à la lumière qu'avec des précautions dont on use à l'égard de certaines étoffes pour les débiter. On ne les montre que dans un demi-jour, parce que le grand jour y ferait paraître des défauts qui en rabaisseraient le prix. Combien de gens peuvent s'appliquer la parole du Prophète : Mon élévation a été mon humiliation ?

C'est-à-dire qu'ils semblent ne s'être élevés que pour se rendre méprisables, que pour laisser apercevoir leur faible, que pour perdu toute la bonne opinion qu'on avait conçue d'eux. Tant qu'ils se sont tenus à peu près dans le rang où la Providence les avait fait naître, ils réussissaient, on les honorait, on parlait d'eux avec éloge; mais, par une manie que l'orgueil ne manque point d'inspirer, ils ont voulu prendre l'essor, et porter plus haut leur vol : c'est là qu'on a commencé à les mieux connaître, et qu'en les connaissant mieux, on a appris à les estimer moins. En un mot. ils étaient auparavant dans leur place, et ils y faisaient bien ; mais ils n'y sont plus, et tout ce qui n'est pas dans sa place blesse la vue.

 

 

 

 

 

 

 

17:50 Publié dans Des livres | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : littérature, foi, religion, église, christ |  Imprimer | | | | | Pin it!

mardi, 30 septembre 2008

Lettre de Simone Weil à Déodat Roché sur le Catharisme

 
 
 
 
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Stèle commémorative du bûcher de Montségur
inaugurée en 1960
par la
Société du Souvenir
et des Etudes
Cathares
fondée par Déodat Roché

 

 

 

Simone Weil

(1909 — 1943)

simone_coat.gifJe viens de lire chez Ballard votre belle étude sur l’amour spirituel chez les cathares. J’avais déjà lu auparavant, grâce à Ballard, votre brochure sur le catharisme. Ces deux textes ont fait sur moi une vive impression.

Depuis longtemps déjà je suis vivement attirée vers les cathares, bien que sachant peu de choses à leur sujet. Une des principales raisons de cette attraction est leur opposition concernant l’Ancien Testament, que vous exprimez si bien dans votre article, où vous dites justement que l’adoration de la puissance a fait perdre aux Hébreux la notion du bien et du mal. Le rang de texte sacré accordé à des récits pleins de cruautés impitoyables m’a toujours tenue éloignée du christianisme, d’autant plus que depuis vingt siècles ces récits n’ont jamais cessé d’exercer une influence sur tous les courants de la pensée chrétienne ; si du moins on entend par le christianisme les Églises aujourd’hui classées dans cette rubrique. Saint François d’Assise lui-même, aussi pur de cette souillure qu’il est possible de l’être, a fondé un Ordre qui à peine créé a presque aussitôt pris part aux meurtres et aux massacres. Je n’ai jamais pu comprendre comment il est possible à un esprit raisonnable de regarder le Yahvé de la Bible et le Père invoqué dans l’Évangile comme un seul et même être. L’influence de l’Ancien Testament et celle de l’Empire Romain, dont la tradition a été continuée par la papauté, sont à mon avis les deux causes essentielles de la corruption du christianisme.

Vos études m’ont confirmée dans une pensée que j’avais déjà avant de les avoir lues, c’est que le catharisme a été en Europe la dernière expression vivante de l’antiquité pré-romaine. Je crois qu’avant les conquêtes romaines les pays méditerranéens et le Proche-Orient formaient une civilisation non pas homogène, car la diversité était grande d’un pays à l’autre, mais continue ; qu’une même pensée vivait chez les meilleurs esprits, exprimée sous diverses formes dans les mystères et les sectes initiatiques d’Égypte et de Thrace, de Grèce, de Perse, et que les ouvrages de Platon constituent l’expression la plus parfaite que nous possédions de cette pensée. Bien entendu, vu la rareté des documents, une telle opinion ne peut pas être prouvée ; mais entre autres indices Platon lui-même présente toujours sa doctrine comme issue d’une tradition antique, sans jamais indiquer le pays d’origine ; à mon avis, l’explication la plus simple est que les traditions philosophiques et religieuses des pays connus par lui se confondaient en une seule et même pensée. C’est de cette pensée que le christianisme est issu ; mais les gnostiques, les manichéens, les cathares semblent seuls lui être restés vraiment fidèles. Seuls ils ont vraiment échappé à la grossièreté d’esprit, à la bassesse du cœur que la domination romaine a répandues sur de vastes territoires et qui constituent aujourd’hui encore l’atmosphère de l’Europe.

Il y a chez les manichéens quelque chose de plus que dans l’antiquité, du moins l’antiquité connue de nous, quelques conceptions splendides, telles que la divinité descendant parmi les hommes et l’esprit déchiré, dispersé parmi la matière. Mais surtout ce qui fait du catharisme une espèce de miracle, c’est qu’il s’agissait d’une religion et non simplement d’une philosophie. Je veux dire qu’autour de Toulouse au XIIe siècle la plus haute pensée vivait dans un milieu humain et non pas seulement dans l’esprit d’un certain nombre d’individus. Car c’est là, il me semble, la seule différence entre la philosophie et la religion, dès lors qu’il s’agit d’une religion non dogmatique.

 

deodat roché photos.gif Une pensée n’atteint la plénitude d’existence qu’incarnée dans un milieu humain, et par milieu j’entends quelque chose d’ouvert au monde extérieur, qui baigne dans la société environnante, qui est en contact avec toute cette société, non pas simplement un groupe fermé de disciples autour d’un maître. Faute de pouvoir respirer l’atmosphère d’un tel milieu, un esprit supérieur se fait une philosophie ; mais c’est là une ressource de deuxième ordre, la pensée y atteint un degré de réalité moindre. Il y a eu vraisemblablement un milieu pythagoricien, mais nous ne savons presque rien à ce sujet. À l’époque de Platon il n’y avait plus rien de semblable, et l’on sent continuellement dans l’œuvre de Platon l’absence d’un tel milieu et le regret de cette absence, un regret nostalgique.

Excusez ces réflexions décousues ; je voulais simplement vous montrer que mon intérêt pour le catharisme ne procède pas d’une simple curiosité historique, ni même d’une simple curiosité intellectuelle. J’ai lu avec joie dans votre brochure que le catharisme peut être regardé comme un pythagorisme ou un platonisme chrétien ; car à mes yeux rien ne surpasse Platon. La simple curiosité intellectuelle ne peut mettre en contact avec la pensée de Pythagore et de Platon car à l’égard d’une telle pensée la connaissance et l’adhésion ne sont qu’une seule opération de l’esprit. Je pense de même au sujet du catharisme.

Jamais il n’a été si nécessaire qu’aujourd’hui de ressusciter cette forme de pensée. Nous sommes à une époque où la plupart des gens sentent confusément, mais vivement, que ce que l’on nommait au XVIIIe siècle les lumières constitue – y compris la science — une nourriture spirituelle insuffisante ; mais ce sentiment est en train de conduire l’humanité par les plus mauvais chemins. Il est urgent de se reporter, dans le passé, aux époques qui furent favorables à cette forme de vie spirituelle dont ce qu’il y a de plus précieux dans les sciences et les arts constitue simplement un reflet un peu dégradé. C’est pourquoi je souhaite vivement que vos études sur les cathares trouvent auprès du public l’attention et la diffusion qu’elles méritent. Mais des études sur ce thème, si belles qu’elles soient, ne peuvent suffire. Si vous pouviez trouver un éditeur, la publication de ce recueil de textes originaux, accessible au public, serait infiniment désirable.

S. Weil, Lettre à Déodat Roché de 1941. Cf. Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Paris, Gallimard, coll. « Espoir », 1962, p. 66.

 

 

 

 

 

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samedi, 05 juillet 2008

Echange entre l'Abbé G. de Tanouärn et Zacharias

 
 
 
 
 
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Un échange très intéressant s'est engagé entre l'Abbé G. de Tanouärn membre de l' Institut du Bon-Pasteur (IBP) érigé de droit pontifical par Benoit XVI, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue "Objections"et Zacharias, suite à la mise en ligne sur le blog de l'Abbé 
 
 
 
 
 
d'un texte intitulé :
 
 
"Rome et la chair : traits du génie romain"
 
 
 
échange dans lequel est abordée, dans un climat serein et avec beaucoup d'intelligence, la question de la chair, d'une manière profonde et argumentée de nature à éclairer bien des points abordés sur "La Question".

Merci à M. l'Abbé de Tanouärn qui, le 31 août dernier a soutenu avec succès une thèse de doctorat en philosophie à l'Université Lyon III portant sur « les Prodiges de l'Analogie », une synthèse de la pensée du Cardinal Cajétan, et à Zacharias pour la qualité de leurs lumières respectives qui contribuent grandement à la clarté de notre débat.
 
 


12:06 Publié dans Messages | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : abbé g. de tanouärn, zacharias, religion, catholicisme, foi, spiritualité |  Imprimer | | | | | Pin it!

samedi, 01 mars 2008

Linceul de Turin : la datation au Carbone 14 est fausse

 

 

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L’institut de l’accélérateur radiocarbone d’Oxford avait conclu, dans une étude publiée en 1988, que le linceul de Turin n’était pas authentique. Or, son directeur, Christopher Bronk Ramsey, a déclaré il y a quelques jours à la BBC qu’il s’était peut-être trompé en le datant de 1260 à 1390 après Jésus-Christ. De nombreux savants avaient déjà critiqué cette datation, mais l'aveu de ce scientifique est un véritable pavé dans la mare.

En 2005, une étude avait prouvé que l’échantillon prélevé pour les analyses n’était pas représentatif. Les parties de l’échantillon qui avaient été transmises aux 3 laboratoires pour la datation n’étaient pas semblables en termes de concentration en carbone 14. 3 experts en textiles anciens ont observé un cliché de l’échantillon prélevé avant sa subdivision. Tous 3 ont repéré un raccommodage couvrant en partie les échantillons prélevés. L’échantillon analysé était donc issu d’un racommodage qui aurait été effectué après le XIIIe siècle. Par ailleurs, la procédure n’avait pas été respectée : un seul échantillon avait été prélevé au lieu des 7 qui auraient dû être examinés et aucune analyse microscopique ou chimique n’avait été faite.

 

 

A l'inverse, les indices d’authenticité sont multiples :

  • Un tissu parfaitement identique au saint suaire, provenant du fort de Massada (Israël) est conservé dans le Musée de Jérusalem. Sa datation a été prouvée et tous les détails de sa fabrication prouvent qu’il vient du même atelier de tissage que celui du saint suaire.
  • Les pollens trouvés sur le linceul jouent un rôle important. Chaque pollen a une origine spécifique et ceux trouvés sur le linceul proviennent d’Anatolie et de Jérusalem, ainsi que du fleuve du Bosphore, ce qui accrédite l'idée selon laquelle le saint suaire, parti de Jérusalem, serait  passé par l’Anatolie, Odessa et Constantinople.
  • Les empreintes de monnaie inscrites dans le linceul au niveau des paupières, apposées pour fermer les yeux du mort, sont parfaitement similaires à d'autres exposées à Budapest, qui datent de l’an 30 après Jésus-Christ.






Source

Le Salon beige 

 Les mystères de l'empreinte

 

 

 

 

 

23:19 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : saint suaire, datation, turin, catholicisme, religion |  Imprimer | | | | | Pin it!

samedi, 26 janvier 2008

Les manuscrits d’Edith Stein en danger : appel à des mécènes

 
 
 
 
 
 
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"Dans les angoisses mortelles de la nuit de l’esprit,
les imperfections de l’âme sont passées à l’épreuve du feu,
comme le bois qui dans la flamme est séché de toute trace d’humidité pour s’allumer ensuite,
lui aussi, de la splendeur du feu.
La flamme qui d’abord a enveloppé l’âme et puis l’a enflammée c’est l’amour "
 
 
                                                                                                                   
 
 

 

Urgence extrême pour sauver les écrits d'Edith Stein

 

 

Les écrits de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, patronne de l'Europe sont menacés de disparition. Le temps presse pour sauver les 25 000 pages de ses manuscrits. La vie exceptionnelle et la mort de cette grande sainte montrent toute l'importance et la gravité à donner à ces documents dont l'auteur est une des nombreux martyrs du national-socialisme. Lu sur e-deo :

 

"Grâce à soeur Pia, du carmel d’Echt, qui les chargea au moment de l’intervention de la Gestapo dans deux sacs à pommes de terre, les manuscrits d’Édith Stein ont été sauvés. Mais, ayant séjourné longtemps dans un poulailler (!), ils ont en fort mauvais état et sont en danger imminent de disparition! Ce sont 25000 pages qui sont à recolorer une à une, de toute urgence. Selon le directeur de la bibliothèque de la cathédrale et du diocèse de Cologne, il faut 500 000 euros,  : un appel à mécènes est lancé, indique l’Ordre des Carmes Déchaux".

 

Une oeuvre de première importance.

 

 

 

 

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Source

 

ZENIT.org

Le Salon Beige 

 

 

 

jeudi, 20 septembre 2007

LES « IGNOBLES VERITES » DU BOUDDHISME

 
 

 

 

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« Les divinités courroucées du bouddhisme tibétain et mongol relèvent d’une violence symbolique dont on peut se demander si elle constitue le retour du refoulé, un exutoire à la violence réelle, ou au contraire son reflet, voire sa cause profonde. 

 

Il faut bien avouer qu’au cours de son histoire mouvementée, le bouddhisme a bien souvent été du côté du manche. Car avec ses pouvoirs occultes, sa magie noire, il dispose d’armes surhumaines capables de détruire les démons. Qui sont les démons ? [...] Dans chaque camp, des prêtres tantriques ourdissent des sorts. 

 

 Bien sûr il faut choisir le camp de l’opprimé. Mais à long terme toute cette béatification aura des effets négatifs, quand on s’apercevra que le bouddhisme d'Hollywood est un mythe. »

 

 

Bernard Faure

Professeur d’Histoire des Religions

Université de Stanford, Californie.

 

 

 

 


 

POUR EN FINIR AVEC LES MENSONGES
 
 
AU SUJET D'UNE PSEUDO ECOLE DE "SAGESSE",
 
 
AUTHENTIQUE VOIE DE PERDITION SPIRITUELLE.



 


 
27492fd55889c0ee5f00cd576d5fe353.jpgLe bouddhisme bénéficie en Occident, fallacieusement, d’une aura de respect et de déférence, ceci participant de son image de non-violence, de sagesse et de sainteté, image qui est pourtant bien loin de correspondre à la réalité des faits. L’histoire démontre ainsi que le bouddhisme, loin d’avoir été la douce et bienfaisante école diffusant les préceptes du Bouddha (l’Eveillé), fut une entreprise qui ne dérogea pas à la règle commune de toutes les institutions religieuses mondaines, et épousa, avec un enthousiasme certain qui se traduira par des exactions sanguinaires, les thèmes les plus éculés de l’agressivité guerrière et belliqueuse, et, sous prétexte d’une ouverture « non-dualiste » à l’ensemble de la réalité phénoménale, se livra avec délectation au jeu pervers des déviations sexuelles outrées issues des reliquats des anciens cultes issus directement des tendances déviées du chamanisme.

Le bouddhisme tibétain est assez représentatif de cette attitude, ses différentes tendances ayant toujours exercé un pouvoir s’imposant comme une théocratie relativement oppressive et contraignante pendant des siècles. En effet, le Tibet fut soumis à un régime exclusif de servage exercé par les propriétaires terriens nobles, fonctionnaires et moines " bouddhistes ", servage souvent très oppressif : « Dans le Tibet, les prêtres détiennent la toute puissance, il s'agit d'une théocratie authentique où les pouvoirs absolus sont entre les mains d'un dieu réincarné. Les lamas ne sont plus seulement les juges, les instituteurs et les médecins, ils sont encore les plus riches propriétaires fonciers, les chefs politiques; outre les revenus qu'ils retirent des fermiers, ils exigent cadeaux et monnaies pour toute visite rituelle, toute bénédiction, toute cérémonie, la simonie est une loi rigoureusement appliquée.... » (R. Loup, Martyr au Tibet, Fribourg, 1950) .

De son côté, dans « Visa pour le Tibet »  Alan Winnington parlera du lamaïsme comme d'une « religion mécanique » considérant le travail des classes laborieuses comme dû par simple obligation naturelle à l'égard des moines qui n'hésitèrent nullement à s'allier aux nobles pour les exploiter d'une manière scandaleuse. Son constat  sur l'état de pauvreté indigente de la majorité des laïcs est frappant. Les châtiments corporels étaient d'une barbarie primaire, sachant que, du début du dix-septième siècle jusqu’au sein du dix-huitième siècle, les écoles rivales (Nyingmapa, Sakyapa, Kagyupa, Guélugpa) se livrèrent à des affrontements armés et à des exécutions sommaires d’une rare férocité, ce qui n’est pas sans quelques rapports avec l’univers spirituel du panthéon bouddhique, fleurissant de divinités plus terrifiantes et courroucées que franchement paisibles, images destinées à frapper l'imaginaire des fidèles, courbant l’échine devant une religion médiévale chargée d’un paganisme idolâtre exaltant les éléments naturels et les forces intermédiaires (esprits, puissances, etc), usant et abusant de la sorcellerie, ployant devant des superstitions ridicules, et surtout sollicités dans l'observance des préceptes en raison de leur « bienveillance matérielle », sonnante et trébuchante (au sens propre et figuré) à l'égard des religieux.
 
 
 
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Il apparaît ainsi, que loin d’avoir été le royaume idéal consacré à  « l’Eveil » selon les caduques images d’Epinal, le Tibet vécu dans l’oppression obscurantiste d’une religion théocratique se distinguant par un cléricalisme infiniment supérieur aux pires égarements du christianisme ; n’oublions-pas que dès le treizième siècle l'Empereur Kublai Khan créa le premier Grand Lama qui devait présider tous les autres lamas à l'instar d'un pape qui préside ses évêques. Plusieurs siècles plus tard, l'Empereur de Chine envoya une armée au Tibet pour soutenir le Grand Lama, un homme ambitieux de 25 ans, qui s'était alors donné le titre de Dalaï (Océan) lama, dirigeant l’ensemble du pays (ce n’est d’ailleurs pas une  mince ironie de l’histoire que de constater que le premier Dalaï-lama fut installé par une armée chinoise…).
Pour élever son autorité, le premier Dalaï-lama saisira les monastères qui n'appartenaient pas à sa secte, et détruisit même les écritures bouddhistes qui étaient en désaccord avec sa revendication à la divinité. Le Dalaï-lama qui lui succéda poursuivit une vie sybaritique, jouissant de la compagnie de maîtresses licencieuses excitées par les pratiques tantriques les plus « endiablées », faisant la fête et agissant d’une manière peu conforme à une divinité incarnée. Pour cela, ce que nous cachent les pieuses hagiographies des ignorants bouddhistes occidentaux, il fut éliminé par ses prêtres. D’ailleurs durant 170 ans, malgré leur statut reconnu de « dieux », cinq Dalaï-lama furent assassinés par leurs grands prêtres ou par d'autres courtisans !

 
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De leur côté, loin d’être en reste vis-à-vis de leurs homologues tibétains, nombre des maîtres bouddhistes zen, ne se sont pas contentés d'être des complices muets du pouvoir impérialiste japonais pendant des siècles, mais sont devenus, particulièrement à compter de l’ère Meiji (XIXe) des idéologues ardents de la politique nationaliste, encourageant et légitimant la guerre et les exactions au nom, précisément, du bouddhisme.

Comme l'écrivit un enseignant zen américain, l'ouvrage de Brian Victoria, « Zen en guerre » (universitaire d'origine néo-zélandaise, devenu moine dans la tradition Zen, décrivant  dans son livre avec précision l'implication des structures bouddhiques dans la politique expansionniste et militaire japonaise entre les années 1894-1945), abondamment documenté, fit l'effet « d'un missile à longue portée lancé depuis l'autre côté du monde qui touche en plein cœur les communautés zen occidentales ».
Ceux-là mêmes (pratiquants zenistes plutôt « alter-mondialistes » héritiers des valeurs de 68) qui croyaient, naïvement, le bouddhisme indemne des débordements du fanatisme religieux découvrent, avec frisson, que les écoles zen (Soto shû, Rinzaï shû, Nichiren shû, etc.), lorsqu'elles ne priaient pas pour la gloire de l'empereur et du Japon, préparaient leurs fidèles à la guerre totale. Ce livre courageux est à lire impérativement par tous ceux qui s'intéressent à l'histoire du bouddhisme extrême-oriental ainsi qu'à ses dérives. Bénédiction des drapeaux, croisade pour la défense de la civilisation, théories suspectes de la guerre juste, on croyait ces images et ces thèmes réservés à l'Occident ; or les « dits » maîtres de « l’illumination »  ont démontré sur ce sujet un zèle incroyable dans l’exaltation de la guerre génocidaire (Mandchourie, Corée, etc.), du meurtre systématique, du terrorisme et de la violence sous couvert d’indifférente impassibilité.
La compassion bouddhiste, bien loin de protéger l'Asie de pareilles dérives, participa à la mise en œuvre d’une idéologie guerrière au service d'un pouvoir agressif et ultra-impérialiste. Les plus grands maîtres (Kôdô Sawaki, Yamada Reirin, Hitane Jôzan), jusqu’au célèbre D. T. Suzuki, ont légitimé l'alliance entre le sabre et le Zen. Collecte de fonds pour l'effort de guerre, cérémonies spéciales pour l'obtention de la victoire, création de centres d'instruction, activités de renseignement, endoctrinement des populations, cette collusion n'a pas cessé en 1945, elle s'est métamorphosée dans le fameux « Zen d'entreprise », du Japon en plein essor.
Le pouvoir impérial a réussi à fabriquer de toutes pièces, avec la complicité des maîtres de sagesse, une « âme du Japon éternel » inquiétante. L'Occident n'est donc pas seul, loin de là, à porter la lourde tâche d'une impérative interrogation sérieuse des origines et de la nature des déviances totalitaires du siècle venant de s'écouler.
 
 
 
 

 
 
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Mais le plus grave est sans aucun doute l’énorme tromperie spirituelle que représente cette prétendue philosophie de sagesse qu’est le bouddhisme. Entouré d’un prestige tenant à la méconnaissance des occidentaux à l’égard de ses sources réelles, le bouddhisme est d’une nature bien différente des stupides clichés pour touristes fatigués et dépressifs en mal d’exotisme qui nous sont généreusement octroyés depuis des décennies par de nombreux canaux (livres, journaux, revues, télés,  films, etc.), sans compter sur le soutien indirect, mais cependant fort actif et utile, des tenants de la « Tradition » à la mode guénono-schuonienne qui nous chantent sur un air usé jusqu’à la corde qui est devenu aujourd’hui risible, le lassant et mensonger refrain de « l’unité transcendante des religions ».
 
 
 

90c75d8aef954b7ef817278e58a01286.jpg A ce titre, fort instructive est l’histoire de June Campbell qu’elle a racontée dans un livre émouvant paru en 1996 sous le titre Traveller in Space: Gender, Identity and Tibetan Buddhism [Voyageur de l’espace : sexe, identité et bouddhisme tibétain], June Campbell qui joua un rôle important auprès d’un maître extrêmement vénéré du bouddhisme tibétain puisqu’elle fut l'interprète du célèbre Kalou Rinpoché. Etant directement à son service, elle ne souffrait pas de la pression des échelons intermédiaires souvent très perceptible et dérangeante dans ces écoles, et était donc dans des conditions parfaites pour faire un « beau voyage spirituel » au service de ce très digne moine.
Cependant, il lui fallut, raconte-t-elle dans son livre, accepter les relations sexuelles que le maître exigea d'elle ( il était un « chaste » moine portant la robe et visiblement astreint à leurs voeux), puis les relations sexuelles avec l'un de ses proches, un parent à lui, c'est à dire sans doute une forme courante de la polyandrie répandue dans les cultures himalayennes. Enfin une deuxième maîtresse, beaucoup plus jeune évidemment et aux charmes « spirituels » supérieurs, fut introduite dans l’intimité des deux hommes et June dut accepter la nouvelle venue (qui mourut d'ailleurs prématurément sans doute en raison de quelques excessives "ascèses " sexuelles).
A l'issue de l'expérience, c'est à dire après la mort du vénérable Kalou, June mit près de quatorze années avant de pouvoir se résoudre à raconter son histoire. Et ce n'est pas un merveilleux voyage qu'elle raconte, mais l'histoire d'un douloureuse souffrance. Les deux hommes ayant exigé d'elle l'absolu secret sur ces relations qui auraient terni l'image du maître si elles étaient venues à la connaissance des disciples ; June se sentit, selon ses mots, « abused » (abusée, flouée, trompée), et mit longtemps pour se reconstruire.
Rappelons pour les moins avertis, que le fameux Kalou Rinpoché était sans doute le moine le plus réputé en Occident dans son école. Il était, et est reconnu comme un véritable « bodhisattva », beaucoup d’occidentaux « abusés », et non des moindres, s’étant mis à l’école de ce maître tantrique dispensant les fondements du Vajrayana. Le voyage de sa disciple fut cependant décevant, et on imagine sans peine ce que cela doit être que de suivre aveuglément des maîtres encore moins accomplis, de moindre exigence ou de moindre expérience.
 
 
 
 
 

On remarquera, alors que des milliers d’occidentaux en rupture avec leur propre tradition, ne se signant jamais lorsqu’ils rentrent dans une église, ne récitant aucune prière chrétienne, totalement étrangers aux fondements doctrinaux du christianisme, vivants leurs existences comme des athées stupides, se précipitent sans discernement aucun aux pieds du moindre lama aviné et libidineux, (parfois de jeunes enfants incultes ou des adolescents boutonneux beaucoup plus intéressés par les mœurs « engageantes » des jeunes dévotes européennes pour le « coup » (sic) authentiquement « libérées », ou des lucioles de la société marchande ),  et que ce type de dérives tantriques qui conduisent, sous prétexte de libération spirituelle, à des situations psychologiques tragiques, n’est pas sans faire écho à ce qui se produisit par exemple dès les années 30 pour Jean Marquès Rivière, qui travaillait pour le journal Le Voile d’Isis dans lequel publiait l’élite occultiste de l’Europe et dont l’un des rédacteurs principaux était René Guénon, qui accomplira un rituel tantrique (« avec du sang et de l’alcool »), qui le laissa possédé par une déité tibétaine. Ce fut seulement par l’intervention d’un exorciste catholique qu’il put être libéré de la possession, faisant que par gratitude il se convertit au christianisme.
Kalou Rinpoché disait, sans doute pour consoler June Campbell et ses multiples maîtresses de passage, qu'il n'y a aucun mal dans le désir, qu’au contraire il est « de la nature de la félicité » et se présente comme tel lorsqu'il est reconnu dans son essence « non-duelle ». Encore une fois, est démontrée ici de façon patente, l’inexactitude totale de ces fausses théories prétendument « non-duelles » mais foncièrement sexualisées et travaillées par l’exaltation malsaine des désirs les plus triviaux, dominées par les pulsions grégaires de l’humaine condition, théories païennes oublieuses de ce qu’il en est de la nature profondément « désorientée » de l’homme depuis la rupture adamique, et en quoi le rêve d’une « pseudo libération », que l’on peut aisément qualifier de rigoureusement pélagien dans ses vues (ce qui peut d’ailleurs se dire de toutes les voies orientales globalement), s’appuyant sur des techniques forcément limitées (mantras, mudras, visualisations, etc.) et des conceptions faussées, est un rêve imaginaire qui se paye très chèrement et se conclut, généralement, par d’amères désillusions et des abîmes de déréliction.
 
 
 
 
 
Le bouddhisme, qui sous couvert d’apprentissage d’innocentes techniques méditatives dont l’Occident aurait perdu la pratique selon les ridicules et absurdes thèses guénoniennes, alors même que l’on sait qu’il n’est jamais anodin de se livrer à des exercices qui véhiculent clairement des influences spirituelles bien définies et à l’évidence douteuses puisque sous-tendues par des principes contraires à l’enseignement des Ecritures, rien n’étant jamais « neutre » dans ces domaines contrairement à ce que l’on veut faire croire aux esprits crédules, le bouddhisme donc, dans ses différentes versions (Tibet, Japon, Chine, Corée), doit être de ce fait dénoncé pour ce qu’il est, c’est-à-dire un piège dangereux pour un chrétien, une voie sans issue à éviter, un itinéraire moralement périlleux pour une âme véritablement en quête de la Vérité, un cheminement incompatible avec les saintes lumières de la Révélation.  
 
 
 

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vendredi, 29 juin 2007

LA MESSE DE SAINT PIE V

 

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Mozart 
 
 

 "Divine liturgie" au service de la foi, priante nourrie du sens du sacré et de la Vérité, telle est la messe dite de saint Pie V.

Parmi bien des raisons justifiant la nécessité du maintien de cette messe pour la préservation de la foi et la réaffirmation du caractère sacrificiel du rite célébré par l'Eglise, insistons sur l'importance fondamentale de l'usage du latin en raison de sa vocation à l'universalité et sa fonction de préservation et conservation du dogme : "L'emploi de la langue latine, en usage dans une grande partie de l'Eglise, est un signe manifeste et éclatant, et une protection efficace contre toute corruption de la doctrine originale." (Pie XII, Mediator Dei, 20 nov. 1947).

Il y a donc un préjugé à combattre, à savoir que la fixité, l’immutabilité de la liturgie seraient l’opposé du progrès, - qui est d’aller, comme nous le savons, de changement en changement,  et sans doute d’un bien relatif au mieux. Or, le mot de progrès  a pris de nos jours une signification magique. Le progrès semble être arrivé aux proportions d’un culte qui menace de remplacer tout autre culte. Par conséquence, la messe traditionnelle, ce signe d’une religion immuable, ne paraît plus possible, puisque son immobilité magistrale au milieu du mouvement ne peut qu’enrayer le « char » de l’avenir…

Cependant le vrai progrès, le progrès de l’homme, c’est de réaliser sa sanctification, soleil de l’âme qui est un « centre » fixe autour duquel doit graviter l’existence ici-bas.

On le voit, si le caractère sacrificiel de l’office est écarté, la nécessité de l’expiation ouverte par l’abîme créé par la prévarication d’Adam n’est plus comblé par le sang de Jésus-Christ versé sur la Croix – et il fallait rien moins que le sang du Seigneur pour opérer cette grande réparation !
Si la messe a un sens, c’est qu’elle est, et reste selon le rite traditionnel, le monument de la suprême préoccupation depuis l’origine des jours, c’est qu’elle est un monument qui remonte au berceau de l’humanité et nous révèle sa faute et le prix de son rachat. La messe de saint Pie V est le monument de l’expiation : elle est la clef qui ferme l’abîme et ouvre le port du Salut éternel.




Benoît Fulbert

 

 

 

 

 

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