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jeudi, 09 juillet 2009

L’Ordre chrétien

 

3e et dernière Partie de :

« Comment peut-on être chrétien ? »

 

news_konstantin1_xl.jpg
L'Empereur Constantin 1er dit le "Grand"

(vers 275 à 337 après J.-C.)

C'est l’Évêque Eusèbe de Césarée qui conféra son titre « Le Grand »,

à l'empereur Constantin,

honneur qu’aucun autre empereur romain n’avait reçu avant lui.

 

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Saint Ambroise convertissant l’empereur Théodose

Toile de Pierre Subleyras, 1745

 

 

 

 

 

 

 

Les esclaves pour certains, mais non la majorité, passés au christianisme, lassés par les folies de leurs maîtres romains, n’étaient pas les seuls à être opposés à Rome comme cherche à le faire croire une propagande antichrétienne, il existait des citoyens romains, décidés à manifester leur réprobation et qui devinrent chrétiens par amour de l’Evangile. Parmi eux de véritables savants, tel Marcion de Sinope sur la Mer Noire, qui cherchaient à préciser ce que l'on pourrait appeler une nouvelle théologie du Salut, non par opposition au polythéisme romain, mais en continuité de la perspective spirituelle de l’hénothéisme mystérique que l'entrée massive des éléments néo-platoniciens et orientaux dans la religion et la pensée romaine rapproche plus encore du christianisme, en fournissant un aliment mystique au désarroi du peuple, en répandant la notion de délivrance.

 

a) Christianisme et philosophie

 

justin_martyr2.jpgEn quelques années, les empereurs se succédèrent les uns aux autres dans des circonstances ténébreuses, au moment où la croyance chrétienne s'affirmait comme une espérance d'un nouvel ordre du monde. Rome, qui vivait une inexorable décadence politique, morale et religieuse, devient alors pour Justin, le premier à faire la jonction entre l’Evangile et la philosophie, l’incarnation cette idée que la venue des Sages, avant le Christ, participait déjà du Verbe de Dieu. Par conséquent, pour Justin et les premiers philosophes convertis au Christ, tous ceux qui avaient vécu selon le Logos parmi les barbares, étaient des chrétiens avant la lettre. Pour Justin, la Révélation des Écritures est le prolongement de la révélation naturelle. C’est cette attitude conciliatrice qui finit par s’imposer finalement et aboutir à une synthèse, celle de la pensée grecque et de l’esprit chrétien. Cette synthèse, que défendra Lucien d'Antioche, Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste, Théodoret de Cyr et surtout Jean Chrysostome et l’école d’Alexandrie qu’on peut nommer philosophie chrétienne, a pour caractère essentiel d’aboutir à une forme d’authentique horizon spirituel chrétien : « Il n’existe pas, dit saint Justin martyr, un peuple, soit grec ou barbare, ou de toute autre race d’hommes, quelles que soient leurs dénominations ou leurs mœurs distinctives, quelle que puisse être leur ignorance des arts ou de l’agriculture, soit qu’ils habitent sous des tentes, ou qu’ils errent dans des chariots couverts, chez lesquels on n’ait offert au nom de Jésus crucifié, des prières au père et au créateur de toutes choses » [1].

 

Selon Clément d'Alexandrie : « la foi est greffée sur l’arbre de la philosophie, et quand le vaccin est parfait, alors le bourgeon de la foi seclément.jpg substitue à celui de l’arbre, il grandit dans l’arbre et fait que celui-ci porte des fruits ». Pour réaliser ce projet, Clément décide de se servir de notions philosophiques pour interpréter la Bible. La philosophie grecque, au service de la démarche herméneutique, permet le passage de la foi à la connaissance. Sur un plan plus général, les chrétiens étaient nombreux dans les armées. Non seulement les empereurs Dioclétien et Constance, favorables à leur religion, mais Hercule et Galère acceptaient leur présence, sans exiger d’eux aucun acte d’idolâtrie. De leur côté, les fidèles accordaient sans répugnance le service militaire, et se dévouaient sincèrement aux aigles romaines. Par ailleurs, la Septante est définitivement acceptée, et devient le premier livre chrétien par référence. La préhistoire chrétienne se termine sur cette appropriation définitive de l’héritage du mosaïsme originel, facilitée par la disparition en 135 de tout Etat juif après l'échec de la révolte de Bar Kochba. Jérusalem s'appelle désormais Aélia Capitolina ; les rabbis judéens de Palestine pour leur part abandonnèrent cette écriture grecque alexandrine, qui pour eux n'avait jamais fait partie de leurs Livres Sacrés, et les philosophe chrétiens élaborent la pensée de la nouvelle Rome.

 

b) Le christianisme comme réponse à l’anarchie et à la décadence de Rome

 

Avant même la conversion de l’empereur Constantin, Rome accueille avec empressement le christianisme, comme si la nouvelle religion avait été prévue pour répondre à la situation tragique dans laquelle, chaque jour de plus en plus, s’enfonçait l’Empire. Comme on le sait à présent, il ne faut pas s'émerveiller devant le « triomphe du christianisme » car l'idée d'une religion constituée gagnant l'Empire dans le cadre d'un immense effort de conversion est un mythe. Le catholicisme n'a pas conquis la société du Bas-Empire : il a été sécrété par elle, il en est le produit, tout comme la morale et l'art de cette époque. En fin de compte, le christianisme n'est pas un concept historique opératoire » [2] Le christianisme prend greffe sur le paganisme, car en réalité il n’est pas étranger aux éléments qui se trouvaient à l'intérieur même du système religieux antérieur, aboutissant à une sorte de substitution/continuité d’une stupéfiante facilité.

 

nietzsche1864.jpgOn est très loin des rêves erronés de Nietzsche, nourri par la propagande de l’école critique radicale allemande, on est à des kilomètres des idées fumeuses d’un christianisme « bolchevisme de l’antiquité », bien au contraire même ! Car c’est le christianisme, et lui seul, qui va sauver les derniers reliquats de l’Empire, en conserver l’essence face à la désorientation des empereurs fous. Selon Nietzsche, le christianisme a finalement plongé Europe dans l'abîme, s’imposant sans qu’il y ait une saine réaction contre lui [3]. Or, rien n’est plus faux, plus inexact, plus absurde !

Comment qualifier la politique religieuse d’Élagabal ? Empereur fou dévot du dieu Baal qui ouvrit Rome aux étrangers,heliogabale.jpg on viole, on tue dans ces banquets démentiels, les convives qui n’amusent plus l’empereur sont immolés sur les tables même, devant une assemblée entrée en transe au son des flûtes et des tambourins. Il viola une Vestale, prêtresse du culte romain de Vesta. Initié aux mystères de Cybèle, il reçoit le taurobole : le nouvel adepte, placé au fond d’une fosse, se baigne dans le sang d’un taureau que l’on égorge au dessus de lui. On lui prête des sacrifices humains d’enfants, chose est plausible, quant on sait qu’au cours du siège de Carthage, bien plus tôt, les auteurs romains rapportent qu’on sacrifiait à un gigantesque Baal creux dans lequel brûlait un brasier, des dizaines d’enfants encapuchonnés : le culte de Baal nécessitait ces horreurs, et pour dépravé que soit le culte au troisième siècle, il a pu garder ses aspect originels. Elagabal, souhaitait restaurer l'unité de l'empire par un culte unique, en tant que pontifex maximus d'une divinité suprême, sa personne devenant inviolable, en ayant  l'intention de transférer dans son temple du Soleil de Rome « les religions des Juifs, des samaritains et les rites chrétiens, afin que le clergé d'Héliogabale détienne les mystères de tous les cultes ». Curieuse attitude païenne. Le tout, nous le savons, s’est achevé par l’envahissement d’une foule furibarde dans son palais, qui fit un carnage où les favoris et les mignons de l'empereur furent d'abord littéralement dépecés, émasculés, empalés ("afin que leur mort fût en conformité avec leur vie", dit l’historien), avant que l’empereur lui-même ne fusse massacré dans ses latrines, son corps traîné à travers les rues de Rome, la populace jetant le cadavre aux égouts, puis, comme les conduits étaient trop étroits, l'impérial cadavre fut finalement balancé dans le Tibre (11 mars 222).

 

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On viole, on tue dans les banquets d'Elagabal,
les convives qui n’amusent plus l’empereur sont immolés sur les tables ,
devant une assemblée en transe au son des flûtes et des tambourins.

 

 

 

c) La Croix triomphante !

Voilà le spectacle de la Rome finissante, voilà l’état réel des derniers soubresauts d’un paganisme moribond et agonisant, et il faut la sotte admiration naïve d’un Alain de Benoist pour oser écrire : « L’imperium est alors l’outil d’une conception du monde qui se réalise sous la forme d’un vaste projet. Grâce à lui la pax romana règne dans un monde ordonné » [4], alors même que l’empire s’écroule en raison de ses propres folies, qu’il est la proie des cultes mystériques des religions orientales : culte phrygien de Cybèle et d’Attis, culte égyptien d’Isis et de Sérapis, culte syrien d’Adonis, culte persan de Mithra, etc. Ainsi que l’écrit Gibbon, d’une façon objective : « La sagesse de la Providence daigne souvent employer les circonstances générales où se trouve le genre humain, comme des instruments propres à l’exécution de ses vues, il peut aussi nous être permis de demander, avec toute la soumission convenable, non pas quelle fut la cause première des progrès rapides de l’Église chrétienne, mais quelles en ont été les causes secondes. Les cinq suivantes paraissent être celles qui ont favorisé son établissement de la manière la plus efficace. 1° Le zèle inflexible des chrétiens ; 2° La doctrine d’une vie future, perfectionnée et accompagnée de tout ce qui pouvait donner du poids et de la force à cette vérité importante. 3° Le don des miracles attribué à l’Église primitive. 4° La morale pure et austère des fidèles. 5° L’union et la discipline de la république chrétienne, qui forma par degrés, dans le sein de l’empire romain, un État libre, dont la force devenait de jour en jour plus considérable. » [5].

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"Tous nos peuples doivent se rallier

à la foi transmise aux Romains par l’Apôtre Pierre."

 

L’ordre que Rome n’était plus en mesure de produire, lui était à présent offert, donné et conféré par la religion chrétienne, Rome qui sombrait dans la dégénérescence et la licence effrénée, recevait de la part des chrétiens l’image d’une droite moralité, telles sont les causes qui ont assuré les succès du christianisme dans l’empire romain, telles sont les causes qui conduisirent à l’adoption par Constantin, du christianisme comme religion d’Etat en 313. L’église constantinienne produira le catholicisme tel que nous le connaissons, lorsqu’en 378 l’évêque de Rome Damase obtint de Gratien, empereur chrétien, que le bras séculier de l’Etat soit mis au service de l’Eglise. Théodose décrètera même, par un édit daté du 28 février 380, dit Edit de Thessalonique :

- « Tous nos peuples doivent se rallier à la foi transmise aux Romains par l’Apôtre Pierre, à celle que professe le pontife Damasse et l’évêque d’Alexandrie en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l'unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l'infamie de l'hérésie.. » [6]

Henri Pirenne (1862-1935) a ainsi parfaitement montré que l'Empire, adoptant le christianisme avec Constantin, continua d'exister grâce à la religion et ses institutions, dont le monachisme qui couvrit l’Europe et développa techniques forestières, hydrauliques, l’agriculture, l’écriture, etc., sous une forme autre, jusqu'au temps de l'ascension du Royaume Franc en Europe qui est concrètement une suite de l'Empire romain, faisant que le couronnement de Charlemagne, en tant que premier empereur romain germanique est une continuation directe de l'État impérial. D’ailleurs l’historien contemporain Michael Grant aujourd’hui, souscrit à cette théorie, et considère la victoire de Charles Martel à la bataille de Poitiers stoppant l'ère de la conquête islamique et sauvant l'Europe, comme un évènement macro-historique dans l'histoire de l’Empire.

Il n’y a donc pas, selon l’expression ridicule de Nietzsche afin de connaître l’essence du christianisme : « …l’origine du christianisme ? Le premier point pour arriver à la solution de ce problème s’énonce ainsi : On ne peut comprendre le christianisme qu’en le considérant sur le terrain où il a grandi, — il n’est point un mouvement de réaction contre l’instinct sémitique, il en est la conséquence même, une conclusion de plus dans sa terrifiante logique » [7], car on est vraiment, dans le cadre du christianisme européen, fort loin de ça, et on se demande si ce n’est pas confondre à plaisir, les délires de l’esprit de la révolution qu’incarne la désorientation de Rome et ses suites, et la véritable Tradition chrétienne ; s’il n’y a pas un jeu polémique chez l’avocat de la philosophie du marteau, qui volontairement tente de superposer une attitude, qui n’est redevable qu’à des idées syncrétiques délirantes des derniers empereurs païens, au christianisme lui-même. Cela est certes amusant un instant sur le plan littéraire, poétique et polémique, mais n’a strictement aucun sens du point de vue de la réalité, est aucune validité théorique.

 

 

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En 312, Constantin bat Maxence sur le Pont Milvius près de Rome.

s'assurant ainsi le commandement suprême de l'Empire Romain

Le soir avant la bataille, il avait eu la vision céleste de la Croix lumineuse

avec la devise :

« In Hoc Signo Vinces » (par ce signe tu vaincras).

Durant la nuit, il décora de la Croix les vexilles de ses soldats.

 

 

 

En fait, une religion humble et pure incorpora, avec l’aide des empereurs chrétiens, sans effort les racines de l’ancienne Rome. Elle put croître dans l’esprit des hommes, au milieu du silence et de l’obscurité, tirant de l’opposition une nouvelle vigueur, et arbora enfin sur les ruines du Capitole la bannière triomphante de la Croix. Son influence ne se borne pas à la durée ni aux limites de l’empire ; cette religion est encore celle des nations de l’Europe qui ont surpassé tous les autres peuples de l’univers dans les arts, dans les sciences, aussi bien que dans les armes : le zèle et l’industrie des Européens ont porté le christianisme sur les rivages les plus reculés. Il ne s’agit pas de se poser la question de savoir si « un retour au polythéisme est possible, ou indiqué », ni même de s’interroger pour savoir « si l'extirpation du mosaïsme peut s'opérer sur la base de la fondation d'un ordre de l'être » afin qu’un improbable panthéisme, soudé autour d’une « nouvelle communauté émerge du sol d’Europe, car en ces questions, le vouloir ne peut avoir aucune sorte prise, comme le soulignait le vieil Heidegger à juste raison : « il n'est pas possible de faire être par la volonté ou la parole les choses elles-mêmes » [8].

 

Conclusion

 

Le désir d'un redéploiement du paganisme pousse à imaginer naïvement qu'il est possible par la volonté de refaire surgir de nouveau les anciens dieux, ou une approche « panthéiste » plus conforme à l’essence spirituelle de l’Europe. Or, rien n'a jamais disparu, mais se trouve dissimulé sous d'autres appellations, rien ne meurt en ces domaines mais se voit conférer d’autres visages. En revanche, rien ne serait plus grave, et ne le fut, que de sombrer, par une incompréhension tragique dont fut victime la Nouvelle Droite et ses principaux animateurs, dans un antichristianisme réactif systématique, car sous couvert de retrouver les anciens dieux, il sont allés jusqu’à avaliser les thèses des aveugles idéologues du XIXe, enténébrés par les théories matérialistes et athées de la critique du christianisme, aboutissant à ceci qui se passe de commentaire :

 

- « Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) - Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière [...] En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance: ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. «Guerre à outrance avec Rome! Paix et amitié avec l’Islam.». [9]

 

Voilà où mène, logiquement le néo-paganisme antichrétien folklorique, à affirmer que « les croisés combattirent quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière » ! Ce genre de prosternation, même au nom de la religion ancestrale de l’Europe, est inacceptable. Et l’on sait parfaitement où sont, et ce que récitent et comment s'inclinent face contre terre aujourd’hui nombre d’anciens évoliens, nietzschéens et guénoniens convaincus, pour refuser catégoriquement cette sinistre éventualité.

 

Quant à l’ultime cri de l’Antéchrist, sous prétexte de joies solsticiales où l’on vomit avec exaltation la religion du désert et l’on chante celle, solaire, des forêts, nous savons à présent suffisamment ce qu’il signifie, et en quoi il doit être fermement combattu : « Guerre à outrance avec Rome ! Paix et amitié avec l’Islam.». Ainsi, nous ne pouvons que refuser avec force cette fallacieuse Paix et cette ignoble Guerre !

 

Contre l’hérésie de l’Islam, portée et soutenue par le néo-paganisme nietzschéen,

haut les épées pour le Christ et la Croix

au nom de la Rome éternelle et catholique !

 

Ad Majorem Dei Gloriam !

 

labarum_cross.jpg

 

 

Notes.

 

[1] Saint Justin martyr, Dialog. cum Tryphon, p. 341.

 

[2] A propos du triomphe du christianisme, Dialogues d'histoire ancienne , 1988, vol. 81, no14.

[3] On se souvient à cet égard du passage de l’Antéchrist : « Que les fortes races du nord de l’Europe n’aient pas repoussé le Dieu chrétien, ne fait vraiment pas honneur à leur don religieux, pour ne pas parler de leur goût. Ils auraient dû en finir de ce produit de la décadence maladive et débile. Voilà pourquoi repose sur eux une malédiction : ils ont absorbé, dans tous leurs instincts, la maladie, la vieillesse, la contradiction, depuis lors ils n’ont plus créé de Dieu ! Deux mille ans presque, et pas un seul nouveau Dieu ! Hélas, il subsiste toujours, comme un ultimatum et un maximum de la force créatrice du divin, du creator spiritus dans l’homme, ce pitoyable Dieu du monotono-théisme chrétien ! Cet édifice de décombres né de zéro, de notions et de contradictions, où tous les instincts de décadence, toutes les lâchetés et toutes les fatigues de l’âme trouvent leur sanction ! »

[4] A. de Benoist, Introduction in L. Rougier, Le conflit du christianisme primitif et de la civilisation antique, Copernic, 1977, p. 28.

[5] E. Gibbon, Histoire de la Décadence et de la Chute de l'Empire romain, 1765.

[6] Voici le texte complet de l’édit d Thessalonique : « Édit des empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose Auguste, au peuple de la ville de Constantinople. Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s'engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains - ainsi que l'affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu'à maintenant - et qu'il est clair que suivent le pontife Damase Ier et l'évêque d'Alexandrie, Pierre, homme d'une sainteté apostolique : c'est-à-dire que, en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l'unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité. Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l'infamie de l'hérésie. Leurs assemblées ne pourront pas recevoir le nom d'églises et ils seront l'objet, d'abord de la vengeance divine, ensuite seront châtiés à notre propre initiative que nous avons adopté suivant la volonté céleste. Donné le troisième jour des calendes de mars à Thessalonique, Gratien Auguste étant consul pour la cinquième fois et Théodose Auguste pour la première fois. »

[7] F. Nietzsche, L’Antéchrist, 1895.

[8] Heidegger, Lettre sur l’humanisme, Aubier, 1980.

[9] L’Antéchrist, op. cit.

00:05 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rome, paganisme, christianisme, catholicisme |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 02 juillet 2009

Le rôle providentiel du christianisme pour l'Europe

IIe Partie de :

« Comment peut-on être chrétien ? »

 

 

 

 

 

trinite greco I.jpg

Le Greco, La Trinité, 1577,

partie du retable du grand autel de l'église Santo Domingo el Antiguo à Tolède

qui comporte sept toiles et cinq sculptures enchâssées

dans une structure architectonique ornée de colonnes et frontons.

 

 

 

 

 


Les vives critiques formulées contre le christianisme, venant des milieux païens, portent sur quelques points que l’on retrouve sous la plume de tous les auteurs qui eurent à s’exprimer sur le sujet. La tradition chrétienne serait l'expression de la dégradation cyclique, un élément de la décadence de l'Occident et la forme caractérisée de la « subversion » de l'esprit oriental, disons de la mentalité « sémitique » pour être clair, qui vint corrompre le paganisme antique.

 

Ces considérations, limites aberrantes, à propos du christianisme, ont pourtant encore beaucoup de faveur, et en raison de leur simplicité, emportent souvent l’adhésion des esprits, d’autant chez les plus jeunes avides d’explications simples et catégoriques. Or, tout cela, non seulement est absolument faux comme nous allons le voir, mais de plus exhume de loin les vieilles ritournelles maladroites mâtinées, pour faire bref, d’une bonne couche de Nietzsche, d’un gros vernis de Renan et de l’école critique allemande, et d’une dose importante d’Evola.

 

a) l’antijudaïsme originel du christianisme

 

 

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Le christianisme, pour Nietzsche aurait donc été une secte juive, professant une religion d’esclave visant à subvertir la société païenne ? L’auteur de l’Antéchrist parle d’un christianisme qui serait un poison pour la culture occidentale et une perversion. Dans un passage enlevé il écrit :

 

- « Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué, il a fait un idéal de l’opposition envers les instincts de conservation de la vie forte, il a gâté même la raison des natures les plus intellectuellement fortes en enseignant que les valeurs supérieures de l’intellectualité ne sont que péchés, égarements et tentations. Le plus lamentable exemple, c’est la corruption de Pascal qui croyait à la perversion de sa raison par le péché originel, tandis qu’elle n’était pervertie que par son christianisme ! » [1]

 

Le plus surprenant c’est qu’avec une telle idéologie pour faible destinée aux esclaves on aurait révolutionné la Rome antique ? Or, avec une présentation de ce type, on peut sans crainte soutenir que les premiers chrétiens furent d'extraodinaires magiciens pour réaliser une pareille opération de renversement !

 

En réalité, la religion chrétienne ne fut pas, comme on le dit faussement, une « secte juive », car il existait plusieurs sortes de judaïsmes dans l’antiquité (Sadducéens, Pharisiens, Esséniens, Zélotes, Minim, etc. ), dont le christianisme naissant n’est en aucune mesure comparable, puisqu'il fut même en opposition frontale et directe avec tous les courants du judaïsme. L'affirmation, inexacte évidemment, d'un judéo-christianisme antique cherchant à transformer tout païen en un juif selon la religion, est l’une des plus grosses farces jamais proférées, sachant l'antijudaïsme foncier de la primitive l'Eglise et l’hostilité radicale des juifs à l’égard des chrétiens qui firent l’objet d’un chasse visant à les détruire et les mettre à mort. Souvenons-nous d’un fait, le christianisme, s’il est tout d’abord incarné par des juifs puisque les apôtres sont juifs, les premiers convertis de la Pentecôte sont majoritairement juifs, etc., échappe très vite au cercle étroit des membres historiques grâce à l’activité d’un citoyen romain, juif de naissance : Paul de Tarse.

 

 

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Saint Paul écrivant ses épîtres

 

 

st%20paul.jpgLa grande révolution de Paul consistera à déclarer que la foi, c’est-à-dire la foi en Jésus-Christ, passe avant la loi mosaïque et ceux qui partageront son point de vue, soit l’ensemble des premiers chrétiens, dès la fin du Ier siècle, vont se distinguer par ses prises de position anti-juives très fermes. Il s’opposeront avec une rare énergie :

 

* Au judaïsme rabbinique issu de l’école de Jamnia apparue après la destruction du Second Temple en 70 (lequel rejettera au alentour de l’an 90 par la rédaction du canon de la Bible juive les autres mouvements nés du judaïsme n’observant pas strictement la Halakha pour déclarer qu’ils sont des hérésies, le judaïsme rabbinique étant dès lors reconnu, et jusqu’à aujourd’hui, comme la norme du judaïsme.

 

* Aux judéo-chrétiens, qui vont donner naissance à l’ébionnisme et aux autres courants comme l’elkasaïsme, violemment attaqué et combattu par les Pères de l’Eglise (Origène, Irénée, etc.).

 

Pour mieux comprendre la haine des juifs à l’égard des chrétiens retenons que les saducéens (les représentants des familles aristocratiques juives de Jérusalem) mit la main sur les apôtres et les jeta dans la prison publique, devant le Sanhédrin, ils furent flagellés (Actes 6, 7) en présence de Saül (le futur Paul) le diacre Etienne est sommairement jugé et lapidé pour cause de blasphème, en Actes 12 Le roi Hérode Agrippa-1er fait mourir Jacques, le frère de Jean, par l'épée et voyant que cela était agréable aux juifs il fit également arrêter Pierre. Un ange délivrera Pierre de sa prison. Pour se venger le roi Agrippa fera supplicier les gardes. En Actes 16 Paul et son compagnon Silas sont battus de verges à Philippes en Macédoine. Témoignage de Paul aux Corinthiens (II Cor. 11 – 24ss ) :

 

- « J'ai été souvent en danger de mort : cinq fois battus des 39 coups de fouets par les juifs ; trois fois, j'ai été battu de verges, une fois, j'ai été lapidé de pierres ; exposé à de nombreuses veilles, à la faim, à la soif, au froid et à la nudité... » Puis en Actes 21 Paul est frappé par les juifs dans le temple de Jérusalem. Un tribun romain le fait enchaîner pour le soustraire à la fureur des juifs qui l'accusaient d'avoir introduit ses amis grecs non juifs (mais récemment baptisés) dans l'enceinte sacrée du temple. En Actes 22 le tribun ordonne que Paul soit soumis à la question par le fouet pour connaître le motif qui a contrarié les juifs. Sous la protection romaine il sera conduit au quartier général romain de Césarée où il sera mis en prison pendant deux ans, avant de partir à Rome pour y être jugé.

 

b) Le christianisme ennemi du judaïsme

 

 

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La haine des juifs à l’égard des chrétiens
est à la source des toutes premières persécutions de la l'Eglise

 

Loin donc d’apparaître comme un secte juive, le christianisme primitif se distingue de tout élément juif avec une vigueur étonnante, qui va jusqu’à surprendre non seulement les observateurs, mais aussi les chrétiens eux-mêmes. Il faudra la mauvaise foi, l’ignorance et l’intention malveillante de Celse pour écrire :

 

« …une race nouvelle d'hommes nés d'hier, sans patrie ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d'infamie, mais se faisant gloire de l'exécration commune : ce sont les chrétiens (...). »

 

Toutefois, ce qui est intéressant provient de la suite : «  Dans ces derniers temps, les chrétiens ont trouvé parmi les juifs un nouveau Moïse qui les a séduits mieux encore. Il passe auprès d'eux pour le fils de Dieu et il est l'auteur de leur nouvelle doctrine (...). » [2]

 

Lit-on clairement ? la phrase n’est pas anodine chez l’adversaire du christianisme : «les chrétiens ont trouvé parmi les juifs » . Les chrétiens ne seraient-ils donc pas les juifs qu’on nous présente pour avoir trouvé « chez les juifs » leur doctrine ? Ne sont-ils pas la secte juive que l’on veut de toute force nous faire admettre ?

 

De la sorte, plus qu’utile à notre réflexion la déclaration suivante : « Nous ne sommes que d'hier et nous avons déjà conquis la terre » dit le philosophe Tertullien au IIe siècle. Les chrétiens, sont donc d'abord une petite minorité de disciples de Jésus qui se développe à l'ouest de l´Empire romain en Occident, mais qui très vite s’ouvre, non pas aux esclaves exclusivement, juifs de préférence, mais aux gentils, c’est-à-dire aux non juifs qui forment très vite la majorité des membres au point que les communautés chrétiennes prennent le nom d’« Églises » (du grec Ekklèsia = assemblée). Ces communautés sont dotées d’un conseil, avec à sa tête un « évêque » (du grec épiskopos = surveillant) ou « presbytre » (du grec « presbyteros » = ancien).

 

c) Dégénérescence totale de Rome

 

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Caligula - fils de Germanicus
confère à son cheval le titre de "Consul".

Dans le climat d'anarchie de cette période, Caïus Caligula - fils de Germanicus succède à Tibère, il est épileptique depuis son enfance, cette maladie va s'aggraver dès la première année de règne et lui provoquer une folie grandissante allant jusqu'à la démence (il va ordonner la mort d'une multitude de citoyens et de sénateurs comme le fils de Drusus, Silanus, le sinistre préfet Macro etc ... il ruine les finances et les contribuables en ordonnant des choses invraisemblables : comme l'enlèvement, puis leur remise en place de différentes collines de Rome... il fait couper la langue à des spectateurs du cirque et les jette aux fauves dans l'arène parce qu'on manque de victimes ; il fait prisonnier ses propres soldats et nomme son cheval "consul" en le couvrant de pierres précieuses.

benouville.JPG

On enchaînera les chrétiens par milliers
et on les jettera vivants dans l'arène
pour servir de nourriture aux fauves et pour amuser la foule

Claude fils de Drusus et neveu de Tibère lui succède, succombe au charme de sa nièce Agrippine qui vient de fêter ses 32 ans. La nouvelle impératrice obtient de César-Claude les fiançailles et le mariage de Néron (son fils d'un premier mariage) avec Octavie - la fille légitime de Claude. Agrippine empoisonnera Claude avec des champignons au moment où celui-ci s'aperçoit que l'impératrice est entrain d'évincer Britannicus du trône pour favoriser Néron. Mais Claude tarde trop à mourir, Agrippine (qui est aussi la soeur de Caligula) le fera achever par son médecin en 54. Néron Il est à peine âgé de 17 ans lorsqu'il devient empereur. D'abord il écarte définitivement Britannicus en le faisant empoisonner lors d'un festin public, puis il essaiera de tuer sa mère en lui faisant prendre un bateau qui sombrera corps et biens en haute Mer, personne n'échappera à la noyade sauf la Reine-Mère impératrice qui par miracle a été recueillie par un bateau de pêcheurs... Comme un fantôme elle réapparaît devant son fils horrifié en lui disant : « tout le monde est mort mais grâce aux dieux j'ai survécue ! » Court répit car elle mourra assassinée sur ordre impérial en l'an 59. Puis Néron répudiera Octavie sa première épouse et lui fera trancher la tête, pour l'offrir à « Poppée sa nouvelle épouse... » Le 19 Juillet de l'an 64 : Rome brûlera dans un immense brasier qui durera 6 jours et 7 nuits. La colère du peuple gronde. On cherche des coupables... Néron est soulagé lorsqu'on accusera les chrétiens d'avoir mis le feu dans les divers quartiers de Rome. On les enchaînera par milliers et on les jettera vivants dans l'arène du cirque pour servir de nourriture à des fauves affamés pour amuser la foule, parfois pour les punir d'avoir mis le feu à Rome, on les attache à des croix après les avoir enduits de bitume et de matières inflammables. Ils brûlent alors comme de véritables torches vivantes et malgré leurs souffrances ces malheureux rendent l'âme en chantant ensemble des hymnes à leur Dieu.

En peu de temps, Rome fera mourir deux chefs chrétiens : saint Pierre, qui demande à être crucifié la tête en bas, parce qu'il s'estime indigne de mourir dans la même position que son maître, et saint Paul qui exige l'application de la loi romaine, car Paul en vertu de sa double citoyenneté, demande à mourir décapité. On raconte qu'à la place où on l'exécuta, sa tête rebondit trois fois sur la terre faisant jaillir une source à l'endroit que les premiers chrétiens appelleront désormais : l'endroit des « trois fontaines ». On transporta son corps dans un caveau sur la via Ostia où s'élève aujourd'hui la basilique : Saint Paul Hors-les-murs.

Que disait Nietzsche au fait ? ceci :

- « Le petit mouvement insurrectionnel, baptisé au nom de Jésus de Nazareth, est une répétition de l’instinct juif […] Ce saint anarchiste qui appelait le plus bas peuple, les réprouvés et les pécheurs, les Tchândâla du judaïsme, à la résistance contre l’ordre établi, avec un langage qui, main­tenant encore, mènerait en Sibérie […] — L' « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancune les plus basses, cet explosif de l'idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l'ordre social — c'est la dynamite chrétienne… Jésus [est] un révolté contre l’ordre établi. » [3]

Mais de Quel ordre établi parle-t-on  ? de l’ordre de Rome en pleine décomposition, aux empereurs fous et dégénérés. Peut-être celui des tribus barbares du Nord en lutte perpétuelle ? Sans Etat, dénuées de sens historique ? Allons, un peu de sérieux voyons !

 

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Rome, alors que les chrétiens sont persécutés,

sombre dans le chaos,

les institutions sont méprisées, les lois bafouées,

l’Etat corrompu, les mœurs immondes.

 

empereur.jpgDe ce fait suivons l’Histoire que semblent ignorer les auteurs qui se sont exprimés contre le christianisme. Avant de s'ouvrir les veines dans un banquet le poète et philosophe Pétrone professeur de Néron lui écrit pour lui dire ce qu’il pense de sa conduite ... L'empereur fera raser tout ce qu'il lui a appartenu ! Néron part en Grèce aux jeux olympiques où il tombe amoureux de Sporus un jeune blond qu'il a fait castrer. A Delphes, Néron va consulter l'oracle qui lui dit : "Méfie-toi de la 73è année !" Nous sommes en l'année 66 et Néron viens juste d'avoir 29 ans, il pense qu'il a largement le temps... Mais le danger vient d'Espagne où le Général gouverneur Galba vient de fêter ses 73 ans et c'est précisément lui, qui en l'absence de Néron conduit le peuple à la révolte. Le 10 juin 68 Néron qui est rentré précipitamment à Rome refuse de combattre Galba. Il cherche refuge dans une cachette et s'enfonce un couteau dans la gorge.

En l'espace de douze mois, quatre empereurs vont se succéder sur le trône impérial :

 

* Galba (68 - 69) qui vient d'être reconnu empereur de Rome par le sénat, mais parce qu'il avait déclaré le jeune Pison comme son successeur, son rival Othon les fit tous deux massacrer par la garde prétorienne à titre de représailles puis il s'empara du pouvoir.

* Othon (69) fut reconnu empereur dans tout l'empire sauf en Germanie où les légions proclamèrent Vittelius empereur. Ecrasé à Bédriac, il se suicida.

* Vittellius (69) après la mort d'Othon marche sur Rome. N'ayant pu imposer son autorité, les légions d'Orient proclameront Vespasien empereur en juillet 69 Vittelius fut battu en Octobre à Crémone, par la suite le peuple de Rome l'égorgea sur le forum .

* Vespasien (69 à 79) Fils d'un publicain.

 

Rome, à cause d’elle-même, sombre dans le chaos, les institutions sont méprisées, les lois bafouées, l’Etat corrompu, les mœurs immondes, le crime, la trahison, l’ignominie, triomphent de façon ignoble. La licence généralisée, l’immoralité des fonctionnaires et l'attrait populaire pour le cirque et le jeu, couronnent ce triste tableau.

 

Rome, en raison de ses propres égarements, n'est qu'un long et irrémédiable déclin.

 

d) Rome ou la révolte contre l’être

 

On aime ainsi entendre énoncer naïvement : «— Une religion comme le christianisme […] à bon droit, l’ennemie mortelle de la « sagesse du monde » [...] approuve tous les moyens pour empoisonner, calomnier, décrier la discipline de l’esprit, la pureté et la sévérité dans les affaires de conscience de l’esprit, la noble froideur, la noble liberté de l’esprit […] Le christianisme a besoin de la mala­die ; rendre malade, voilà la véritable pensée de derrière la tête de tout le système de salut de l’Église. Et l’Église elle-même, n’est-elle pas la maison d’aliénés catho­lique comme dernier idéal ? — La terre tout entière une maison d’aliénés ? — L’homme religieux comme le veut l’Église est un décadent type. » [4]

Le problème, c’est que le terrible portrait établi par Nietzsche, est en réalité celui de la Rome païenne dégénérée dont les crises successives au travers des siècles montrent les germes internes destructifs de l'Empire Romain, et son incapacité à se réformer. « Les Romains se distinguaient par leur vulgarité, ils considéraient la prostitution comme du sexe pur, et se moquaient éperdument de l’éducation des filles. Le Romain avait également pris l’habitude de désigner les prostituées par des noms divers. Les « meretrices » étaient celles qui vendaient leur corps la nuit seulement, tandis que les « prostibulae » pratiquaient leur honteux métier nuit et jour. Evidemment la vulgarité des Romains ne se limitaient pas aux femmes, car on trouvait également la prostitution masculine, elle était infiniment plus débauchée que son homologue féminine, où des hommes dès leur plus jeune âge étaient voués à une existence malheureuse. Souvent on les rendait eunuques, pire on pratiquait la castration totale, car les clients désiraient voir les charmes féminins chez l’homme. Le phénomène de pédérastie n’était pas à ignorer, vu le nombre impressionnant de jeunes adolescents, quant à l’homosexualité c’était un divertissement largement répandu. » [5]

La  « rébellion perverse contre l’unité de l’être », est bien plutôt l’un des vices fonciers de l’Empire. Le mythe de l'âge d'or d’une Rome, fière, droite, pure que le christianisme aurait pervertie de l’intérieur, relève d’une naïve idéalisation du passé car était généralisé, du fait de l’Empire, le relâchement des mœurs, l’homosexualité, l'argent corrupteur, la vie urbaine, la dégradation des spectacles du Cirque. Tout ceci, non imputable aux chrétiens, largement décrit par des auteurs comme : Cicéron, Horace, Pétrone, Properce, Quintilien, Salluste, Sénèque, Tacite, Tibulle, Virgile, avant que saint Augustin, Tertullien ne viennent se joindre à la longue liste des observateurs de la décadence romaine, et dont le dernier en date, que je choisis volontairement pour son faible amour du christianisme, vienne achever le triste tableau de la Rome ruinée par ses tares : « La faiblesse des empereurs, les factions de leurs ministres et de leurs eunuques, la haine que l’ancienne religion de l’empire portait à la nouvelle, les querelles sanglantes, les disputes substituées au maniement des armes, et la mollesse à la valeur; tout appelait ces mêmes barbares qui n’avaient pu vaincre la république guerrière, et qui accablèrent Rome languissante, sous des empereurs cruels, efféminés, et dévots. » [6]

Conclusion

On retiendra que malgré son antichristianisme instinctif, Julius Evola, qui avait un minimum le sens de l’Histoire et n’oubliait pas le rôle utile que joua le catholicisme à travers les siècles écrivit ces quelques lignes très pertinentes : « N'oublions pas que le catholicisme peut remplir une fonction de « barrage », car il est porteur d'une doctrine de la transcendance : aussi peut-il, dans une certaine mesure, empêcher que la mystique de l'immanence et la subversion prévaricatrice venue d'en-bas ne dépassent un certain seuil. » [7] Cette mystique de l'immanence et la subversion prévaricatrice venue d'en-bas, étaient incarnées concrètement non par le christianisme aux premiers siècles de notre ère, mais par la Rome finissante et le paganisme moribond, et c’est contre ces terribles fléaux redoutables que s’élevèrent avec une force admirable les disciples du Christ nous épargnant, sur le plan de la civilisation en Europe, dès l’émergence de l’Eglise, une effroyable chute définitive dans le chaos et l’abîme.

Comme l'écrira saint Augustin : « De même la tribulation est venue fondre sur Rome, pour purifier et délivrer l'homme juste, et pour y frapper l'impie du châtiment qu'il méritait, soit que la mort l'ait précipité dans le gouffre des souffrances éternelles, soit que dans la vie qui lui était conservée il n'ait trouvé qu'une occasion de blasphémer avec plus d'audace, soit enfin que Dieu, dans son infinie miséricorde, ait voulu purifier dans la pénitence ceux qu'il prédestinait à jouir du bonheur du ciel. » [8]

Ainsi, écoutons l'historien nous brosser le portrait de la décadence romaine, avant que le christianisme, fort heureusement, ne triomphe enfin de la corruption, pour le salut et le plus grand bien de l'Europe :

- « Où en étaient les mœurs de Rome dans siècle où le génie chrétien éclata avec tant de sève et d'élan ? Qu'étaient devenus les descendants de ces anciens Romains si sobres , si pauvres, si désintéressés ? Dans ces abîmes de décadence on ne trouve plus trace de délicatesse, d'honneur, de vertu; la frivolité, l'indolence et l'ignominie remplissaient les jours de ces patriciens qui traînaient de grands noms. Avec le fruit des rapines ou des honteuses manœuvres, ils donnaient libre carrière à leurs appétits, à leurs vices; ils épuisaient toutes les joies brutales. La gloutonnerie et l'extravagance marquaient leurs festins; lorsqu'il leur prenait fantaisie d'inviter des étrangers à leur table, ce n'était ni le mérite ni la bonne renommée qui inspiraient leur choix; ils préféraient les joueurs de dés et les libertins. Rien n'était digne d'admiration que l'abondance et la variété des viandes : ce qu'on mangeait donnait de la gloire. Quelquefois, au milieu d'un festin, on demandait des balances pour peser les poissons, les oiseaux, les loirs, devant lesquels les convives s'étaient extasiés. Trente secrétaires avaient mission de compter les services. [9].

 

Des maisons, jadis célèbres par le goût des sérieuses études, ne connaissaient plus que les bavardages de l'oisiveté et les molles harmonies. On entendait les orgues hydrauliques à côté des bibliothèques fermées comme des tombeaux. Des lyres, grandes comme des chariots [10], des flûtes, tout l'attirail des histrions, voilà ce qui frappait les regards dans ces palais. Au lieu d'un philosophe, on trouvait un chanteur; au lieu d'un orateur, un baladin. Impitoyables pour les moindres détails de leur service, ces maîtres dégénérés condamnaient à trois cents coups d'étrivières l'esclave coupable de n'avoir pas apporté de l'eau chaude assez promptement; ils se montraient fort indulgents s'il s'agissait d'un meurtre commis par un de leurs esclaves. Des mouches se posaient-elles sur les franges de soie de leurs éventails dorés; un faible rayon de soleil pénétrait-il par un petit trou de leurs ombrelles, ils se plaignaient de n'être pas nés chez les Cimmériens.

 

Lorsqu'ils sortaient de leurs demeures, ils portaient des bagues et des bijoux, d'éclatantes robes de soie, un manteau agrafé autour du cou qu'ils secouaient de temps en temps pour laisser voir toutes les splendides variétés de leur vêtement; une bruyante foule d'esclaves les suivaient. Ils aimaient à parcourir Rome en grande cavalcade, ébranlant le pavé sous les pas de leurs chevaux rapides, précédés des plus bas officiers de leur maison et des oisifs de la rue, et suivis de leurs eunuques, jeunes et vieux, dont le livide visage était horrible à voir. Souvent un de ces patriciens, entrant dans les bains accompagné de cinquante domestiques, demandait, d'un ton menaçant, où donc ils étaient, et si tout à coup il apprenait qu'il y eût là quelque courtisane, eût-elle vieilli dans la débauche, il courait lui porter des hommages et l'exaltait, dit l'historien, comme les Parthes exaltaient Sémiramis, les Egyptiens Cléopâtre, les Cariens Artémise , les Palmyréens Zénobie.

 

L'histoire contemporaine ne nous a pas laissé ignorer les moeurs du peuple, de ce peuple-roi qui manquait de chaussures. Le vin, les dés, la débauche, les spectacles, le grand cirque, voilà les joies, les passe-temps, les travaux des citoyens. Ces groupes d'oisifs en querelle remplissaient les rues, les places et les carrefours. Quelques-uns, se faisant écouter par l'autorité de la vieillesse, déclaraient la république en péril si tel conducteur de char ne sortait pas le premier des barrières et ne rasait pas la borne la grande, l'ardente affaire qui préoccupait le plus la multitude, c'étaient les jeux du cirque. Ammien Marcellin avait vu les citoyens à jeun, attirés par l'odeur des viandes et les cris des femmes, semblables aux cris des paons affamés, s'avancer dans les salles sur la pointe des pieds et se ronger les doigts en attendant que les plats fussent refroidis. Le soleil de la majesté romaine ne se couchait pas dans la gloire. » [11]

 

Notes.

[1] F. Nietzsche, L’Antéchrist, Imprécation contre le christianisme, (Der Antichrist. Fluch auf das Christentum), 1895.

[2] Le Discours vrai, in Louis Rougier, "Celse contre les chrétiens", Editions du siècle, 1925.

[3] F. Nietzsche, L’Antéchrist, op. cit.

[4] Ibid.

[5] B. SIMONETTA – R. RIVA, Le tessere erotiche romane (SPINTRIAE), Lugano, Editore Franco Chiesa, 1981 ; C. SALLES, Les bas-fonds de l’Antiquité, Paris, Edition Robert Laffont, 1982.

[6] Voltaire,  Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, in Philosophie de l’histoire, vol. in-8°, 1765.

[7] J. Evola, Bibliografia fascista, n.2/1936.

[8] S. Augustin, De la ruine de Rome, in Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Bar-Le Duc, 1869, Tome XII. P. 339-344.

[9] Ammien Marcellin, livre XXVIII.

[10] Lyrae ad speciem carpentorum ingentes, Ammien Marcellin, livre XVI.

[11] M. Poujoulat, Histoire de saint Augustin, 1864.

01:25 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, catholicisme, église, paganisme |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 25 juin 2009

COMMENT PEUT-ON ÊTRE CHRÉTIEN ?

Le caractère divin de la Révélation

 

 

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Ehye asher Ehye

"Je Suis qui Je suis"

[Exode 3, 14]

 

 

 

 

 

arton55-5ada7.jpgIl y aurait beaucoup à dire à propos des positions, relativement caractéristiques des analyses que l’on peut rencontrer, il faut l’avouer largement répandues et qui bénéficient d’une importante publicité dans de nombreux ouvrages et médias hostiles au christianisme, et dont les prolégomènes critiques sont, comme toujours, dirigés tout d’abord à l’encontre de la racine mosaïque de la Révélation. Ainsi, pour faire justice des trop rapides conclusions qui firent et font encore les beaux jours d’un néo-paganisme folklorique, et tordre le coup à nombre absurdités énoncées avec une incroyable légèreté, il importe, d’autant en une période où les thèses de la Nouvelle Droite ont largement montré leur limite, de constater de façon rigoureuse la fausseté des positions dont s’était fait le chantre Alain de Benoist et que défendait le GRECE , positions qui relevaient toutes de vieilles lunes antichrétiennes qui ont leurs sources chez des auteurs matérialistes et athées, de Renan à Louis Rougier en passant par Celse , Nietzsche et Harnack, sans oublier le plus qu’hétérodoxe Julius Evola, dont on retiendra cependant cette pertinente remarque à l’endroit des néo-païens non conscients de leur propre héritage : «L'action juive a été possible seulement parce que dans l'humanité non-juive s'étaient développés des processus de dégénérescence et de désagrégation : l'élément juif s'est greffé à ces processus, avec l'esprit, les instincts et les méthodes qui lui sont propres, il les a accélérés jusqu'à l'exaspération, les conduisant là où, seuls, ils ne seraient pas parvenus aussi rapidement. » [1]

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Julius Evola (1898-1974)

«L'action juive a été possible

seulement parce que dans l'humanité non-juive

se sont développés des processus de dégénérescence et de désagrégation . »

 

C’est pourquoi pour faire suite, en cette période estivale propice à la méditation, à notre première étude : « Pourquoi n’est-il plus possible d’être païen ? », il nous semble intéressant de reprendre, face aux questions suscitées par notre premier texte, l’interrogation du fait chrétien, en se penchant, partant des origines mosaïques jusqu’à nous, sur l’ensemble de la perspective historique et spirituelle de la Révélation, afin de mettre en lumière sa cohérence et ses critères de crédibilité sur le plan religieux, qui démontrent, au final, la parfaite vérité et la fonction salvatrice du christianisme.

Cette étude, nécessairement développée, se déploiera en trois volets qui seront publiés successivement :

I. Origine divine de la Révélation mosaïque

II. Le rôle providentiel du christianisme pour l'Europe

III. L’Ordre chrétien.

 

 

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I. Origine divine de la Révélation mosaïque

 

a) – Origine des hébreux

Il faut donc commencer par la première des nombreuses affirmations, un rien rapides et réductionnistes, qui se fondent sur la thèse bien connue du caractère construit, politique et non originel du monothéisme hébreux, qui plus est issu d’une source hétérogène malsaine et hétéroclite expliquant la permanence de sa nocivité à travers l’Histoire : « Le judaïsme [est depuis l’origine] une force destructrice pour toute race ou culture. […] eux-mêmes sans race, les Juifs deviennent alors l'anti-race; eux-mêmes sans nation, ils deviennent l'anti-nation..» [2]

On dira, pour être gentil, que c’est une entrée en matière singulièrement osée ! Comment ? le judaïsme primitif aurait été un mouvement révolutionnaire nihiliste ! Quelle vision étroite et si peu conforme à la réalité du fait mosaïque sur le plan historique, alors que les prospections archéologiques menées depuis 1990 sur les hautes terres de Canaan (vers Béthel et Silo) ont permis d'établir la présence, à partir de -1200, de petites communautés de nomades qui se sédentarisent, probablement pour cultiver leurs céréales. Communautés qui ne sont en rien formées par d’anciens esclaves des égyptiens [3].

Et alors qu’à ce jour aucune trace archéologique de Moïse ni d'allusion à son existence antérieurement au récit biblique n'a été retrouvée, ni en Égypte, ni en Palestine, mais que l'on connaît les principaux notables de l'entourage des pharaons du Nouvel Empire, et surtout, élément fondamental, que l’on sait que l’identification faite jusqu’à présent par les érudits des « Apirou » aux Hébreux, et ce jusque tout récemment, est totalement fautive, entraînant des interprétations absolument erronées, dont l’idée évolienne d’un peuple non national est redevable. [4]

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Les Hébreux sont groupés en familles, en clans,

qui gardent leur identité et leurs traditions propres.

 

La tradition biblique reste notre seule source de renseignements, qui nous présente donc les Hébreux de l'époque patriarcale comme des « étrangers » (gérim), non par eux-mêmes, mais uniquement par rapport aux populations locales qu’ils rencontrent, des pasteurs semi-nomades en voie de sédentarisation, à la recherche de pâturages. Ils vivent en autarcie et refusent de se marier « avec les filles des Cananéens ». Ils sont groupés en familles élargies (bêyt'âb) ou en clan (mishpâhâh), qui gardent leur identité et leurs traditions propres (culte du Dieu de leurs pères). Rien à voir, comme on le constate, avec un peuple esclave vivant de rapines et profitant du produit du travail des peuples qu’ils soumettent. Rappelons d’ailleurs qu’après une errance, ils revinrent en Canaan, occupée par les Philistins, et par la victoire de David, roi d'Israël, contre Goliath, champion des Philistins, ils gagnent la terre de Canaan. C'est le début des royaumes, celui de Salomon de 970 à 930 avant J.-C., avec pour capitale Jérusalem, où Salomon fait bâtir un temple renfermant l'arche d'Alliance, puis sa division en deux avec le royaume de Juda qui survécut jusqu'en 587 avant J.-C., et celui d'Israël jusqu'en 722 avant J.-C. Victime de sa division, paradoxalement, c’est le peuple hébreu affaibli qui subit plusieurs invasions étrangères, perse, grecque et romaine, dont la dernière dirigée par Titus en 70 de notre ère provoqua la seconde Diaspora.

b) – La fable de la source égyptienne du monothéisme hébreux

 

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Nicolas Poussin.

La Fille du Pharaon trouve Moïse au bord du Nil (1638)

 

Deuxième élément significatif, sans même s’appuyer sur les textes bibliques dont on pourra toujours rétorquer qu’ils sont l’œuvre d’une habile construction tardive due à Esdras, il y a dans l’affirmation portant sur la prétendue origine égyptienne du monothéisme hébreu, une considérable méprise initiale qu’il importe de réfuter. On le sait, reprenant les thèses de Gressmann, Jean Astruc, Eduard Meyer, Yahuda et Sellin, Freud, en 1939, émit l'hypothèse que Moïse était un haut militaire, proche d'Akhenaton et acquis à ses idées monothéistes. Il dut s'enfuir lors de l'effondrement de la religion d'Aton en emmenant avec lui un groupe de Sémites qu'il avait soumis lors d'une de ses campagnes contre ces « habirous », parfois appelés « Israal » ou Hyskos dans les textes égyptiens. Voici pour Freud quelle fut la réalité de l'Exode : « Moïse essaya de convertir ces hébreux à la religion d'Aton, mais ce peuple avait « la nuque raide » et ne manquait aucune occasion de se tourner vers d'autres dieux : Baal, veaux d'or, Astarté (Ishtar en Akkadien) Tammuz (Dumuzi) etc. » [5]

freud.jpgOr, il apparaît que les choses se sont passées fort différemment, car la thèse égyptienne, si populaire de nos jours, ayant reçu une sorte de vérité « analytique » avec le « Moïse » de Sigmund Freud, est un roman amusant, mais qui est loin, pour le moins, de répondre aux critères historiographiques sérieux. Ainsi, élément immédiat qu’il nous faut définitivement purger. Moïse, et le monothéisme hébreu, ne sont en rien redevables à la religion égyptienne. En effet, pour nombre de critiques, Moïse aurait recueilli l'héritage de la religion amarnienne. Cette thèse est absurde au plus haut degré puisque plus de cent cinquante ans avaient déjà passé lors de la Révélation mosaïque [6]. Le culte d'Aton avait été banni et tout ce qui a pu être dit de sa possible survie clandestine, nous le savons, est pure spéculation depuis l’excellent ouvrage de Marianna Simon : « La philosophie de la religions dans l'œuvre de Schleiermacher », Vrin, 1974. Il était d'ailleurs loin de correspondre au monothéisme biblique aniconique, puisque sa représentation sous forme de disque dispensant ses bienfaits au moyen de ses rayons pourvus de « petites mains ouvertes » était en contradiction flagrante avec le second commandement (“ Tu ne te feras aucune image de ce qui est dans les cieux en haut ” Exode 20,4). Akhenaton lui-même ne différait guère des autres pharaons qui se disaient divins puisqu'il se croyait l'incarnation d'Aton et avait même des prêtres de son culte. Chaque matin, le disque solaire était censé enfanter au moyen de ses rayons sa propre image en la personne royale. Cependant, à la différence du Dieu biblique, ce nouveau dieu égyptien ne parle pas aux hommes et n'a pas d'exigence éthique. Quelle que soit l'historicité attribuée au personnage de Moïse, dont on ne voit pas pourquoi il ne serait pas considéré comme réel sur le plan religieux, la religion dont il est le fondateur apparaît au demeurant beaucoup plus anti-égyptienne qu'égyptienne !

Le prêtre égyptien Manéthon ne s'y était pas trompé en rédigeant au IIIème siècle av. une sorte de contre récit de l'Exode, plein de ressentiment. Si l'Egypte est si présente dans l'Exode, c'est, comme l'écrit Jan Assmann, professeur d'égyptologie à l'université de Heidelberg, que : “le monothéisme mosaïque est une contre-religion explicite qui ne peut s'auto-définir qu'à partir de son contre-modèle ”. [7]

c) – L’originalité de la Révélation

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Pour Spinoza (1632-1677),
ce qu'on appelle "révélation", "prophétie", ou "miracle"
ne sont rien d'autres que des évènements naturels
que les plus crédulent (les prophètes y compris)
interprètent malencontreusement comme les signes d'un Dieu.

Seconde absurdité, l’idée d’une compilation d’éléments adventices qui verrait la Torah être une habile et ingénieuse compilation, une sorte de symbiose réussie d'éléments pré-judaïques provenant d'autres cultures et participant de diverses mythologies (ougaritique, egyptienne, et suméro-babylonienne,, etc.). Jan Assmann, dans l’ouvrage déjà cité, retrace suffisamment l'entreprise de « déconstruction » qu'ont opérée, entre autres, John Spencer (1630-1693), Spinoza, et Freud, qui ont tous œuvré, selon des modalités différentes, à la réhabilitation de la religion égyptienne, entreprise qui aujourd’hui fait les beaux jours de tous les adversaires du christianisme, mais qui, hélas ! repose sur des affirmations fantaisistes.

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La religion dont  Moïse est le fondateur

est beaucoup plus anti-égyptienne qu'égyptienne !

 

Ainsi, dans la droite ligne de l’obsolète critique radicale redevable aux faibles lumières de la philologie, l’exemple le plus comique en date est le récent volume de compilations des très modernistes héritiers de Renan : « Ce que la Bible doit à l'Egypte de Eliot Braun », André Lemaire, Pierre Grelot, Thomas Römer, Bayard Centurion, 2008, sorte de re-sucé médiocre des déjà anciens opus de L'année 1902 : Adolf Harnack, L'essence du christianisme, et, L'Évangile et l'Église d'Alfred Loisy. Cette critique pouvant également être faite au grotesque roman de science-fiction « Les Secrets de l'Exode : l'origine égyptienne des Hébreux » dont l’éditeur nous dit gentment que ses auteurs Messod et Roger Sabbah, « accumulent éléments et preuves aux fins d'authentifier leur découverte », alors même que les dits « auteurs », qui donnent souvent l'impression de s'appuyer sur des raisonnements scientifiques, ne connaissent pas la langue égyptienne ancienne, ni le fonctionnement et l'origine de l'écriture hiéroglyphique établissant entre langues et écritures hébraïques et égyptiennes des parallèles complètement fallacieux, basés sur des faux syllogismes : on pourrait prouver de la même façon que les mayas sont des descendants des égyptiens parce qu'ils construisaient aussi des pyramides. Les équations entre les noms des rois égyptiens de la XIXe dynastie et les noms bibliques Moïse et Josué sont tout aussi invraisemblables et contraires à toutes les règles de la phonétique historique. [8]

Mais pourquoi ces braves gens se trompent radicalement ? Tout simplement parce que la réforme religieuse d'Akhénaton n'a absolument rien de monothéiste ! C'est une pure légende, car la religion égyptienne était tout au plus hénothéiste, mais très loin d’un authentique monothéisme. Depuis la plus haute antiquité, un hymne à Osiris, Râ, Ptah, Isis, Hathor ou même des divinités plus obscures (Mereretseger, Renenoutet) présentaient systématiquement la divinité comme « unique » au sens de différente des autres, mais pas plus. Aton émerge par exemple comme divinité à l'époque du grand-père d'Amenhotep IV, Thoutmosis IV, sous Amenhotep III. Il fut particulièrement mis à l'honneur (surtout à partir du premier jubilé), mais son nom même interdit toute interprétation monothéiste : dans sa première version, il intègre les noms de Horakhty et Shou, dans sa seconde version celui de . Il donc évident que nous avons affaire à une construction divine typiquement égyptienne, un balancement entre le un et le multiple ou l'un et l'autre ne s'excluent pas, mais en aucun cas une manifestation du Dieu Un à l’exclusion des autres qui seraient écartés de l’attribut divin.

d) – Le Dieu de la Révélation biblique est en rupture avec tous les autres dieux

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Le premier monothéisme authentique,

sur la scène de l’Histoire de l’humanité,

est bien celui des Hébreux

A ce titre, le premier monothéisme authentique, sur la scène de l’Histoire de l’humanité, est donc bien celui des Hébreux. Qu’il émerge lentement, en étant entouré de cultes, de traditions étrangères au mosaïsme, qu’est-ce que cela a de nouveau ? Rien ! la Bible elle-même nous en parle et évoque les dieux étrangers qui étaient parfois l’objet d’un culte parmi les hébreux. Comment imaginer d’ailleurs, l’apparition d’une religion sans qu’elle soit entourée d’éléments externes ? Il n’y a donc en cela aucun point extraordinaire ni de choquant. D’ailleurs dans la Bible, la question se pose autrement. La Bible n'est pas une histoire d'Israël alors qu'elle la suppose. C'est le témoin, religieux et révélé, des institutions vécues par Israël au milieu des nations; elles lui donnent son identité propre de peuple de Dieu.

Il y a, dans la Torah et les prophètes, quatre « strates » où des codes correspondent à des récits. Dans la plus ancienne strate le Dieu est, national et dynastique, mais la dynastie élue est celle de Juda (Genèse 49, 10), un cadet d'entre les fils de Jacob ; La seconde strate est prophétique ; La troisième strate est deutéronomique, marquée par la sagesse et la monition sapientiale (Deutéronome 4, 6–10), elle insère le Deutéronome dans l'histoire deutéronomique. La quatrième est sacerdotale, postexilique, Israël ayant perdu son autonomie politique; elle insiste sur le rôle d'Aaron auprès de Moïse et distingue — comme Ezéchiel (ch. 45) — le prince et le prêtre, le sacré et le profane, la religion vraie. De ce fait la simple chronologie des évènements, que nous transmettent l’épigraphie, l’archéologie et les traditions historiographiques, s’imposant à nous comme une méthode spécifique dont la validité pourrait être largement remise en question dans la mesure où le recours à la critique historiographique s’agissant d’un problème de foi soulève de nombreux débats, puisque aux tenants d’une analyse synchronique des textes, considérés au mépris des antiques usages rédactionnels religieux dans leur état final d’élaboration, s’opposent ceux d’une analyse diachronique et profane visant à distinguer, dater et identifier les auteurs au mépris des anciens usages, n’est pas satisfaisante pour comprendre l’originalité du monothéisme hébreu.

Si l’on affirme, comme les livres actuels, que vers - 1300 les Hébreux sont venus de Mésopotamie, où ils étaient sédentaires depuis un millénaire, et apparaissent en Palestine, puis en Égypte, que -1250 correspond à l’Exode biblique, la date de -1225 proposée comme fondation du monothéisme par Moïse, après la Révélation sur le Mont Sinaï du décalogue est bien un événement considérable pour un peuple qui avait derrière lui près d’un millénaire et demi d’existence. Abraham, qui, par ses origines, est l’héritier de cette civilisation mésopotamienne et de ses croyances, apparaît en rupture avec elle. Ce qui lui est demandé c’est justement de quitter “son pays, sa terre natale, sa famille” (Genèse XII). Selon l’exégète juif du Ier siècle, Philon d’Alexandrie, l’acte le plus important de la vie d’Abraham est précisément d’avoir symboliquement quitté Haran, le lieu de toutes les illusions produites par les sensations pour s’élever vers l’intelligible ; l’acte fondateur d’Abraham consiste à rompre avec le lieu des origines Ainsi, unique religion monothéiste dans le monde antique polythéiste, le mosaïsme biblique, qui hérite de l’acte d’Abraham, incarne bien un caractère spécifique et original au sein des autres peuples.

e) – « Monothéisme » n’est pas un terme théologique

Il n’y a donc que peu d’originalité et beaucoup d’illusions très classiques dans l’assertion d’Alain de Benoist, très voltairienne et conforme aux auteurs antichrétiens depuis des siècles, écrivant : «A l'origine, le monothéisme n'est qu'une monolâtrie : pour les premiers Hébreux, Yahvé n'est qu'un dieu national, au côté des dieux protecteurs des peuples… » [Intolérance et religion, Nouvelle Rebue d’Histoire] Ceci, alors même que tout nous montre le contraire, et surtout, ce qui est à souligner mais que personne ne sait vraiment lorsqu’on parle de ces sujets, que [Monothéisme] n'est pas un terme théologique !

Il n'est même pas un terme du grec classique. C’est pourquoi il n'y a pas d'entrée [Monothéisme] dans le Dictionnaire de Théologie catholique de A. Vacant, E. Mangenot, E. Amann (ni dans son supplément), ni dans le Dictionnaire théologique de L. Bouyer. Il y en a qu’une oui, mais dans le très discutable Dictionnaire critique de théologie de J.Y. Lacoste, où l’on nous dit pour la énième foi : « l’'unicité de Dieu est proclamée dans l'Hymne à Aton d'Aménophis IV et supposée par certains scribes de Babylonie qui considèrent les dieux comme les membres de Marduk » ! Merci, on connaît la chanson et la vieille rengaine archi-rebouillie qui, comme le mythe de l’évolution darwinienne, est en passe de figurer bientôt en bonne place au Musée des reliques de la pensée matérialiste athée.

Conclusion

Dès lors, si l’on considère avec les chercheurs un peu plus sérieux l’originalité, non pas du monothéisme, mais de la Révélation du Dieu unique des hébreux, il n’y a aucune difficulté à admettre, cette fois-ci selon un point de vue chrétien, c’est-à-dire religieux, que la tradition juive, et non le « monothéisme », mais la Révélation du Dieu véritable, fut la première croyance humaine, d’une humanité représentée par Adam qui savait, originairement, qu'il n'y avait qu'un Dieu. Le polythéisme naissant, quelques générations plus tard, fait donc suite à une dégénérescence tragique aboutissant à une idolâtrie qui eut pour effet de voir se répandre les cultes divers, qui iront jusqu’à l'emporter ensuite sur le culte originel, étant une infidélité au Dieu originel. A ce titre, Abraham redécouvrira sous la figure de la fidélité au Dieu véritable, ce que l’on nomme sur le plan historiographique, mais non théologique, le « monothéisme » ; Dieu, le vrai Dieu, Se révélant à lui et contractant une Alliance qu'il renouvellera avec son fils Isaac puis son petit-fils Jacob. Plus tard, c’est donc Moïse qui annoncera au peuple qu'il doit sortir d'Égypte, conformément à l'Alliance faite avec Abraham, Dieu se présentant à lui, en se dévoilant, plus encore qu’à Abraham, comme celui qui Est (Ehye asher Ehye, "Je Suis qui Je suis »[Exode 3, 14] ).

Flavius Josèphe (37–100), né et élevé à Jérusalem, est donc autorisé à dire de Moïse, dans une formule qui résume toute la religion révélée de la Bible : “Moïse montra que Dieu est unique, incréé, éternellement immuable plus beau que toute forme mortelle, connaissable pour nous par sa puissance, mais inconnaissable en son essence.” (Contre Apion II, 167).

Notes.

[1] J. Evola, Il mito del sangue, Hoepli, 1942.

[2] Ibid. Le texte se poursuit ainsi : « Mommsen écrivait : «Déjà dans le monde antique, le judaïsme fut un ferment de cosmopolitisme et de décomposition nationale». Substance insaisissable, fuyante et sans patrie à l'intérieur de toute patrie, Wolf voit dans l'élément hébraïque le principe même de l'anti-race, de l'anti-tradition, de l'anti-culture : non pas l'antithèse d'une culture particulière, mais l'antithèse de toute culture racialement et nationalement déterminée. Dans le composé juif, la part désertique ou orientaloïde renforce cette influence : par leur esprit nomade, apatride, les Juifs auraient injecté dans différents peuples -- en commençant par les Romains -- le virus de l'anti-nationalisme, de l'universalisme, de l'internationalisme culturel. Ils exercent une action incessante de corrosion contre tout ce qui est différencié, qualitatif, lié au sang et à la tradition. »

[3] Dans l’article Wikipédia « Données archéologiques sur les premiers Israélites » , on apprend : « Dès le début, le développement est beaucoup plus rapide dans la moitié nord, plus arrosée et traversée par les voies de communication, que dans la moitié sud, sèche et peu accessible. Les premiers Israélites sont d'origine indigène, ce sont des Cananéens1 (voir les remarques de Pierre de Miroschedji à ce sujet. Une chose les distingue toutefois : contrairement à leurs voisins, les premiers Israélites n'élèvent pas de porc et ne mangent pas de viande de porc, ce qui permet à l'archéologie de les suivre à la trace, par l'analyse des déchets (os). La forme ovale des installations est très caractéristique. » Mais le plus intéressant, qui rend très peu crédible la thèse d’un peuple esclave : « « Il n'existe aucune trace des Hébreux de la Bible dans l'archéologie égyptienne. Aucune trace archéologique ne permet d'affirmer que les Hébreux aient été esclaves en Égypte, ni qu'ils aient massivement quitté l'Égypte en traversant le Sinaï. Au contraire, les fouilles en Égypte montrent que l'esclavage n'existait pas : les ouvriers de Deir el-Médineh, bâtisseurs de la vallée des rois n'étaient pas des esclaves, mais des petits fonctionnaires bénéficiant d'un logement individuel. Les 20 000 ouvriers bâtisseurs de la pyramide de Khéphren n'avaient rien d'esclaves et étaient bien traités. Le dessin relevés par Champollion dans la tombe de Rekhmirê montre déjà que les travaux de construction sont faits par des ouvriers et que les travailleurs sémites, lorsqu'il y en a (attention, il ne s'agit pas alors d'Hébreux mais de Sémites), sont traités sur un pied d'égalité. Christiane Desroche Noblecourt, médaille d'or du CNRS, souligne ce point depuis l'exposition Toutânkhamon dont elle était l'organisatrice, à Paris en 1967, sans parvenir à le faire prendre en compte par le grand public. »

[4] « Lorsqu'on découvrit les premiers textes mentionnant les Apirou dans la correspondance d'un roi de Canaan avec un pharaon égyptien, certains opérèrent rapidement le rapprochement avec le terme biblique `bry (dérivé de עבר), autrement dit les « Hébreux », et pensèrent que ces lettres constituaient une preuve extra-biblique de l'invasion de Canaan menée par Josué. Néanmoins, après de nombreuses recherches, cette hypothèse est maintenant largement abandonnée. Les personnes faisant partie des groupes d'Apirou portent, en effet, des noms d'origine variée ne permettant pas de supposer une appartenance ethnique unique. De plus, des fouilles sur les hautes terres de Canaan laissent notamment supposer que les premiers Israélites n'apparaissent qu'à partir de -1200. » [Cf. Jean-Marie Durand, Assyriologie, Cours au Collège de France, 2005]

[5] S. Freud, Moïse et le monothéisme, 1939.

[6] Cf. Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Robert Laffont, 1996.

[7] J. Assmann, Moïse l'Egyptien :Un essai d'histoire de la mémoire, Flammarion, 2003.

[8] Lire l’analyse critique effectuée par Avraham Malthete, Epigraphiste-Paléographe, Spécialiste du texte biblique, universitaire et scientifique, du livre « Les Secrets de l'Exode : l'origine égyptienne des Hébreux ».

10:53 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christianisme, histoire, histoire sainte, reflexion |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 28 mai 2009

Le saint temps des pèlerinages et des processions

Une tradition combattue par la Révolution française

 

 

   

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Toute procession, si minime soit-elle, relève,

suppose, une volonté intérieure de conversion

et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies  

 

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procession.jpgEn cette période du temps liturgique, on constate que se conserve heureusement, en particulier dans les campagnes mais pas seulement puisque Pentecôte est le moment par excellence de son expression lors de l’habituel Pèlerinage de Chartres, une tradition ancestrale que la Révolution française voulut abolir et qui suscite parfois chez nos contemporains de l’étonnement, mais qui pourtant demeure inscrite au cœur même de notre vie religieuse et fut sauvée de haute lutte, à savoir la pieuse marche des pèlerins à travers les champs et les campagnes pour se rendre dans les sanctuaires vénérés.

 

Comme la plupart des rites, les pèlerinages et les processions participent d’une relation qui relève de la sainte mémoire avec les lieux, les saints et les monuments, et rythment harmonieusement la succession des mois et des saisons au sein de l’année. C’est pourtant cet immémorial ordre des choses que l’on voulut détruire avec une rage démentielle, et qui réussira à survivre à la folie antichrétienne de la République, mais qu’une modernité impie, héritière des idées destructrice de 1789, corruptrice par sa haine des éléments essentiels de la vie spirituelle, serait toutefois en passe de faire disparaître si ne se maintenait pas chez certains, une ferme volonté de perpétuer et poursuivre l’antique dévotion catholique.

 

 

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Partir en pèlerinage n'est pas un acte liturgique comme un autre

 

 

I. Nature du pèlerinage

 

Il existe des processions dans pratiquement tous les rites religieux, de l'Antiquité à nos jours. Comme l’écrit Myriam Fertet-Boudriot : « Les pèlerinages sont des activités rituelles qui nous poussent à nous rendre sur des lieux de dévotions. Ils comportent de nombreuses processions rituelles en rapport avec ce que l’on appelle la « piété populaire » : processions en l'honneur des saints, processions mariales, processions aux flambeaux, chemins de croix, etc. On songe par exemple aux processions qui couronnent en beaucoup d’endroits les fêtes de l'Assomption. Partir en pèlerinage n'est pas d’abord un acte liturgique comme un autre, c'est, plus profondément, l’acceptation d’un départ. Partir, c'est se mettre en mouvement vers des lieux qui ont pour nous une signification spirituelle. Toute procession, si minime soit-elle, relève, au fond, de la démarche du pèlerinage. Elle suppose une volonté intérieure de conversion et de recherche de l'essentiel au coeur de nos vies. » [1]

 

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La tradition des Pardons en Bretagne

Le pèlerinage et la procession constituent donc une des composantes fondamentales de la piété catholique. La montée du protestantisme avec sa tendance vers une spiritualité plus intériorisée sembla menacer ces manifestations extérieures de la foi, puisqu’aux yeux de certains théologiens, le pèlerinage faisait au contraire obstacle au contact avec le divin par un inutile, pour ne pas dire impur détour via le monde du sensible. Telle fut, par exemple, l’attitude de la Réforme face aux pèlerinages catholiques du XVIe siècle [2].

II. Le rappel du Concile de Trente

Or, le Concile de Trente (1545-1563) préconisera au contraire la vénération de la Vierge et des saints à travers les images [3] et les reliques ou par le biais des pèlerinages. Ainsi la pratique religieuse populaire insuffla une nouvelle vie aux nombreux lieux de pèlerinages marials, ce qui allait profondément marquer la piété jusqu'au siècle des Lumières. Par exemple, vers 1552, saint Philippe Neri, (1515-1594) ordonné prêtre, proposa à tous un usage qui lui était familier, celui de visiter en deux jours, soit treize heures de marche, Saint-Jean-de-Latran (qui rappelait le patriarcat de Rome) et les quatre basiliques patriarcales, en un tour du monde idéal, ainsi impliqué dans un pèlerinage pénitentiel ; avec deux étapes supplémentaires : Saint-Sébastien, très cher au cœur de Philippe, et Sainte-Croix.[4]

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De Saint-Pierre à Saint-Paul
on méditait sur la sueur de sang au jardin des Oliviers
et sur la marche de Jésus vers la maison du grand prêtre

ignatius_loyola.jpgToutefois, l'époque de la Contre-Réforme catholique et le renouveau ecclésial qui avaient suivi le Concile de Trente, portent surtout l'empreinte de la spiritualité d'Ignace de Loyola (+1556) [5], le fondateur de la Compagnie de Jésus, dont la vision allait durablement influencer la culture religieuse du XVIIIe siècle. Tout ce dont les Réformés s'étaient défait avec incompréhension et ardeur aveugle, parce que cela choquait leur spiritualité ou leur idéal de pureté, Ignace l'enseigna en le replaçant dans le contexte plus vaste du mystère de l'Incarnation. Son activité et son influence étaient marquées de son acceptation évidente des aspects visibles de l'Église du Christ. Selon lui les cérémonies liturgiques, la décoration picturale et l'ornementation des églises, les pèlerinages et les processions constituaient le côté visible de l'Église. Ignace insistait de ce fait pour que l'on ne parlât pas uniquement de la foi, mais également de la contribution humaine sur le plan du salut. A plus d'une occasion il se référa à la vieille doctrine de l'Église qui tient compte à la fois de Dieu et de la personne humaine, de la grâce divine et de la nature. Il ne visait pas la restauration de l'Église primitive, mais sa renaissance intérieure et son renouvellement dans un esprit religieux et ecclésial.

III. Le temps de la Révolution satanique

Mais la menace la plus grave qui s'abattit sur ces bienfaisantes dévotions, fut celle de la Révolution française, qui chercha à définitivement supprimer ce qui existait depuis des siècles, interdisant sur l’ensemble du territoire et dans les plus minuscules recoins du pays toutes les activités religieuses publiques qui, selon les fous qui s’étaient emparés du pouvoir politique, « menaçaient » le nouvel ordre laïque et républicain, brisant les statues, brûlant les vierges noires qui étaient vénérées depuis des siècles par les populations. Ainsi, la période révolutionnaire marqua la fin des grands pèlerinages populaires, et l’abbaye du Mont Saint Michel, par exemple, sera transformée en prison dès 1793, et le restera jusqu’en 1863.

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L'imitation parfaite de Jésus passe par l'invocation de Marie

Il faudra donc attendre la fin de l’orage révolutionnaire, alors que les sanctuaires avaient été dévastés, les chapelles incendiées ou transformées, dans le meilleur des cas, en greniers ou prisons, le clergé assassiné et dispersé par la Convention, pour qu’émergent de nouveau les pèlerinages et les processions. De la sorte, la dévotion aux anciens sanctuaires qui se manifesta lentement au début du XIXe siècle, après les sombres années où Satan régnait en maître sur la France, sera de nouveau autorisée officiellement en 1821 sous Louis XVIII, et à Chartres c’est par un grand pèlerinage en 1873, puis un autre en 1876, que resurgit enfin de la parenthèse révolutionnaire le grand élan dévotionnel qui subsiste encore magnifiquement de nos jours. Enfin Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont le premier eut lieu en 1891.

Notes

[1] Myriam Fertet-Boudriot, Processions, Union Sainte Cécile – Strasbourg, Caecilia 4/2003.

[2] Il faut reconnaître que née de la vénération des tombeaux des martyrs, la multiplication des reliques donna lieu à quelques abus manifestes et les critiques, notamment de Calvin qui en 1543 dans le Traité des reliques dénonça la multiplication des mêmes objets dans des endroits différents (14 clous de la Croix, 4 couronnes d'épines), n’étaient pas toutes infondées. En effet si au début, les églises comptant des martyrs envoyaient gratuitement des reliques à celles qui n'en avaient pas. Les besoins augmentant, les églises occidentales enverront à Rome, du VIe au IXe s., des centaines de pèlerins qui achèteront les ossements (de chrétiens anonymes ou sans notoriété), retrouvés en masse dans les catacombes. Ainsi, après le IXe s., on exigea de plus en plus de reliques de saints célèbres (ossements ou autres souvenirs). Les croisades provoquent un nouvel afflux de reliques et un trafic florissant. A l'abbaye bénédictine de Corbie (Somme), on trouvait ainsi des reliques de Jésus (sang, cheveux, morceaux de son cordon ombilical, de la crèche, de sa serviette d'enfant, de sa croix, de son tombeau et de ses vêtements, des pains multipliés au désert) ; de la Vierge (gouttes de son lait, cheveux, morceaux de son manteau et de son voile ; 1 morceau de voile est conservé à St-Jacques de Compiègne) ; de St Pierre (cheveux et barbe, fragments de sa croix, sandales, table, poussière de son tombeau) ; de Marie-Madeleine (cheveux et parfums) ; de Zacharie, père de Jean Baptiste (os) ; de Jean Baptiste (vêtements) ; de Noé (poils de barbe) ; des Rois mages rapportées à Cologne par Frédéric Ier Barberousse en 1164. Selon Jacques Collin de Plancy (1793-1881) [Dictionnaire des reliques, 1821-22], les ossements dispersés dans les églises permettraient de reconstituer les squelettes de plusieurs centaines de milliers de saints. (On a recensé par exemple pour St Blaise 8 bras, St Pierre 32 doigts, St Matthieu 11 jambes, St Léger 10 têtes, St Étienne 8 têtes. Le corps de St Antoine de Padoue est à Padoue avec un bras supplémentaire à Lisbonne et un autre à Venise. Ste Agnès a 3 corps : à Rome, Monresa (Catalogne) et Utrecht, 1 tête à Rouen et des os à Anvers et Bruxelles. Lazare : Marseille, Avallon, Autun prétendaient avoir son corps. De Judas (qui n'était pas un saint), on présenta des reliques à Florence, St-Denis et Aix-en-Provence (les deniers contre lesquels il vendit le Christ), à Rome (sa lanterne et sa tasse), à Amras (un morceau de la corde avec laquelle il se pendit), etc.

[3] Pour reprendre le raisonnement de Jean de Damas (8e siècle), c'est par le truchement de l'image qu'on vénère l'original, c'est-à-dire la Vierge ou les saints à qui l'on adresse prières, invocations et actions de grâce. « L'être humain à la recherche du sens ultime est en même temps en partance vers des figures concrètes qui lui illustrent ce sens de façon visible et palpable. Bien sûr, le mystère reste toujours plus grand que sa représentation. Il nous est impossible de confirmer le divin dans une quelconque matière terrestre, mais nous découvrons que le Verbe incarné nous est devenu plus humain que s'il était resté à jamais l'éternel Souverain à l'horizon le plus éloigné de notre entendement. » (Mgr. Klaus Hemmerle, Aix-la-Chapelle).

[4] « Philippe et ses fidèles se retrouvaient à Santa Maria della Vallicella, pour ainsi dire chez Philippe. De là, ils se rendaient à Saint-Pierre, et c’était une étape préparatoire, qui rappelait le parcours du cénacle à Gethsémani. À Saint-Pierre commençait le chemin proprement dit : de Saint-Pierre à Saint-Paul on méditait sur la sueur de sang au jardin des Oliviers et sur la marche de Jésus vers la maison du grand prêtre ; de Saint-Paul à Saint-Sébastien on méditait sur le parcours de Jésus de la maison du grand prêtre à celle du chef du sanhédrin et sur la flagellation ; de Saint-Sébastien jusqu’à la halte-rafraîchissement, on méditait le parcours de la maison de Caïphe au prétoire de Pilate et le couronnement d’épines ; de la pause à Saint-Jean, la Passion ; de Saint-Jean à Sainte-Croix, le parcours du prétoire de Pilate au palais d’Hérode ; de Sainte-Croix à Saint-Laurent, celui du palais d’Hérode au prétoire de Pilate et la condamnation à mort ; de Saint-Laurent à Sainte-Marie-Majeure, le parcours du prétoire de Pilate au calvaire et l’ultime effusion de sang. » [Cf. Les sept églises : un parcours symbolique ]

[5] Ainsi dans son autobiographie, récit de sa vie jusqu'en 1538, saint Ignace se désigne à plusieurs reprises comme pèlerin. Selon sa propre conception, ce qualificatif ne s'applique pas seulement au pèlerin en Terre sainte qu'il fut réellement, mais aussi à celui qui considérait à juste titre son cheminement vers Dieu comme le grand pèlerinage de sa vie. Sa disponibilité croissante pour être à l'écoute de Dieu et pour se laisser guider par lui traverse comme un fil rouge toutes les péripéties et les difficultés de son existence. Or, son livret d'exercices spirituels nous renseigne sur l'importance que l'invocation de Marie a revêtue aux moments décisifs de son existence. Dans la spiritualité ignatienne, l'imitation parfaite de Jésus passe par l'invocation de Marie.

07:30 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (60) | Tags : catholicisme, foi, christianisme, république, histoire |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 19 avril 2009

Mgr Fellay face à la "haine" de l’Eglise conciliaire

 

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« Nous sommes particulièrement écœurés par l’attitude de l’épiscopat allemand

qui n’a de cesse de nous manifester son hostilité dénuée de charité

et ses continuels procès d’intention, nous traitant

« avec haine, sans crainte ni réserve »

(Mgr Fellay)

 

Mgr Bernard Fellay, comme il en a le devoir et le droit, voulait procéder le 28 mars à Zaitkofen, dans le séminaire de La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X en Allemagne, à de nouvelles ordinations aux ordres mineurs d’exorciste, acolyte et sous-diacre.

Toutefois cette annonce, qui n’avait évidemment en soi rien de choquante, a soulevé la rageuse colère des très progressistes et contestataires évêques allemands, devenus quasi hystériques à l’idée que les disciples de Mgr Lefebvre puissent conférer les ordres mineurs à de pieux séminaristes sans un accord préalable de Rome. En réalité, le problème est d’une nature bien différente, puisque dès janvier, suite à la levée de l’excommunication des quatre évêques de la FSSPX, la conférence épiscopale allemande avait durement critiqué les traditionalistes qui, d’après elle, de par son refus de Vatican II, « [présentent] une vision partielle et faussée de la tradition catholique, en en refusant certains éléments, vision des choses vraiment catholique. »

 

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Mgr Gerhard Ludwig Müller,

"invite (sic) les fidèles de la Tradition catholique à faire leur autocritique"

Certes Benoît XVI, très mal aimé des conciliaires allemands, a déjà des dossiers délicats à gérer comme celui de la succession, à Trèves, de Mgr Marx, qui a été promu archevêque de Munich, mais la récente déclaration de l’important archevêque de Fribourg , Mgr Robert Zollitsch, qui n’a pas hésité à soutenir : «  les lefbvristes se sont placés tout seuls hors de la tradition catholique et ont brisé l’unité avec le Pape », et l’attitude plus que réservée de Mgr Gerhard Ludwig Müller, évêque de Ratisbonne, pourtant connu pour ses positions relativement conservatrices, qui invita les fidèles de la Tradition catholique à faire leur autocritique, ne sont pas sans générer quelques inquiétudes.

 

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«  les lefbvristes [en refusant Vatican II]

se sont placés tout seuls hors de la tradition catholique et ont brisé l’unité avec le Pape . »

(Erzbischof Robert Zollitsch, au centre de la photo)

 

Pour calmer l’affaire le Vatican a donc demandé à Mgr Fellay de bien vouloir célébrer les ordinations non pas en Allemagne, mais à Ecône , en Suisse au grand dam des évêques helvétiques, à leur tour irrités, Mgr Brunner, évêque du diocèse de Sion, allant jusqu’à interdire que puissent se dérouler ces cérémonies d’ordination.

C’est pourquoi Mgr Bernard Fellay dans un récent communiqué, s’en est pris très vivement aux évêques allemands auxquels il a reproché de manquer de charité :

“A la demande du Saint-Siège, nous avons décidé de déplacer les ordinations du sous-diaconat qui devaient avoir lieu à Zaitzkofen, en Allemagne, ce samedi 28 mars. Elles auront lieu au séminaire d’Ecône, en Suisse, à la même date. Cette décision se veut un geste d’apaisement après la levée des injustes condamnations qui pesaient sur les évêques de la Fraternité et les violentes réactions qui s’ensuivirent. De fait, nous regrettons que certains épiscopats en aient profité pour mener une fronde ouverte contre le Souverain Pontife. Nous sommes particulièrement écœuré par l’attitude de l’épiscopat allemand qui n’a de cesse de nous manifester son hostilité dénuée de charité et ses continuels procès d’intention, nous traitant « avec haine, sans crainte ni réserve », comme l’a justement relevé le Saint-Père dans sa lettre du 10 mars dernier.

Nous savons que notre situation, au regard du droit de l’Eglise, est imparfaite. Ceci n’est pas nouveau et est intimement lié à la crise que traverse l’Eglise et à l’état de nécessité qui en découle. Dès lors, il ne sert à rien d’invoquer le droit pour tenter d’étouffer la vie de notre société sacerdotale. Les autres ordinations auront lieu comme prévu ; jamais il n’a été question de les supprimer.

En effet, l’acte bienveillant du Saint-Siège ne saurait être interprété comme une volonté d’asphyxier la Fraternité Saint-Pie X. Nous nous en tenons au calendrier indiqué par le décret du 21 janvier dernier qui prévoit des « entretiens nécessaires » au sujet du concile Vatican II et de ses nouveautés. Nous réitérons au Saint Père l’assurance de notre prière pour que de ces discussions doctrinales jaillisse la pleine lumière de la Vérité tout entière.”

En riposte immédiate, Matthias Kopp, porte-parole de la conférence épiscopale allemande, releva combien l’évêque Fellay (sic) « fait une fois de plus la preuve de sa véritable mentalité qui est marquée par une malheureuse étroitesse de vues. » On appréciera donc à sa juste valeur la pertinence du jugement de l’évêque Matthias Kopp, laissant les prélats conciliaires à leur rage maladive à l’égard de l’œuvre de la Tradition.

Réjouissons-nous donc, puisque en dépit de ce climat regrettable, Mgr Bernard Fellay, ait pu procédé samedi 28 mars dernier à l'ordination de 19 jeunes gens, dont la moyenne d'âge est de 25 ans, dont 3 Allemands qui auraient dû être ordonnées à Zaitzkofen, au sous-diaconat devant près de 350 personnes,assisté par Mgr Tissier de Mallerais et de plusieurs prêtres.

 

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Au début de la cérémonie, durant plus de trente minutes, Mgr Fellay a longuement rappelé la signification des ministères inférieurs, déplorant le fait que dans la nouvelle liturgie ils aient été supprimés, alors qu'ils existent depuis le IIIe siècle dans la tradition de l'Eglise. Ces ministères, soulignons-le, permettent de lire l'épître, de chanter et de préparer le pain et le vin pour la consécration. Cela autorise aussi les sous-diacres à prendre soin de tout ce qui concerne l'autel. Mgr Fellay a aussi insisté sur les exigences à respecter pour s'approcher de l'autel, rappelant que selon le Concile de Trente il est nécessaire de procéder pas à pas, faisant référence à l'Ancien Testament où il est dit que le Saint des Saint n'est accessible qu'au Grand prêtre une fois par année lors de la fête du Kippour, et c’est en ce sens que les ministères inférieurs sont des démarches pour pouvoir s'approcher de l'autel.

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Mgr Fellay, ordonnant les jeunes lévites des séminaires

d'Ecône et de Zaitzkofen,

aux ordres mineurs, d’exorciste et acolyte,

ainsi que d’autres au sous-diaconat, premier ordre majeur.

 

 

Puis Mgr Fellay a encore longuement parlé de l'importance de la messe, centre de la vie chrétienne, dans laquelle, dans la tradition catholique, le prêtre tourne le dos au peuple, mais pas à Dieu, car Dieu est le centre de la liturgie, les prêtres n’étant que des instruments au service du Christ. Enfin, il est à relever ces phrases de Mgr Fellay à l’endroit de la hiérarchie de l’Eglise conciliaire : « Certains essaient de voir dans cette cérémonie un acte de rébellion, de controverse dans l'Eglise», rajoutant que « si la levée de l'excommunication est un signe que Rome fait à l'égard de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, on doit déplorer la manière dont les évêques ont traité le pape ces derniers mois. » Lançant même une flèche directe contre ceux qui « ont quitté la soutane et qui essaient d'inventer une sorte de piège pour nous ramener dans leur cercle ». Affirmant même, au regard du triste état de l’Eglise conciliaire en divers domaines, entre l'Eglise et Ecône il y a une distance :

 

« Ecône se sent et reste une exception ».

 

 

 

 

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jeudi, 09 avril 2009

LA PASSION DU CHRIST

 

L A + P A S S I O N  + D U  + C H R I S T

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A l’exemple de nos amis du Christ Roi, du Forum Catholique et des Intransigeants, nous fermons pour les trois derniers jours de la Semaine Sainte, les commentaires de La Question, reprenant volontiers, à notre tour, les termes de la note explicative de cette pieuse et sage décision commune : « en tant que catholiques, nous nous devons de nous montrer exemplaires, et de prouver au monde que nous sommes capables de nous mettre en retrait dans des heures importantes. Ce n’est pas mépriser le monde, c’est nous tourner vers l’essentiel. »

Bonne et sainte fête de Pâques !



 

Méditation :

 

SECOND SERMON
POUR
LE  VENDREDI  SAINT,
SUR
LA PASSION
DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

Prêché dans le Carême de 1661, aux Carmélites de la rue Saint-Jacques

Jacques Bégnigne Bossuet (1627-1704)

 

 

 

Jésus-Christ étendant les bras, nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout l'ordre des secrets de Dieu, toute l'économie du salut des hommes, la règle fixe et invariable pour former tous nos jugements, la direction sûre et infaillible pour conduire droitement nos mœurs, en un mot un mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Evangile et de toute la théologie chrétienne.

O croix, que vous donnez de grandes leçons! ô croix, que vous répandez de vives lumières! mais elles sont cachées aux sages du siècle; nul ne vous pénètre qu'il ne vous révère, nul ne VOUS entend qu'il ne vous adore; le degré pour arriver à la connaissance, c'est une vénération religieuse. Je vous la rends de tout mon cœur, ô croix de Jésus, en l'honneur de celui qui vous a consacrée par son supplice, dont le sang, les opprobres et l'ignominie vous rendent digne d'un culte et d'une adoration éternelle. Joignons-nous, âmes saintes, dans cette pensée et disons avec l'Eglise : O Crux, ave !

 

Si le pontife de l'Ancien Testament, lorsqu'il paraissait devant Dieu, devait porter sur sa poitrine, comme dit le Saint-Esprit dans l’Exode, « la doctrine et la vérité (Exod., XXVIII, 30), » dans des figures mystérieuses, à plus forte raison le Sauveur, qui est la fin de la loi et le Pontife de la nouvelle alliance, ayant toujours imprimées sur sa personne sacrée la doctrine et la vérité, par l'exemple de sa sainte vie et par ses actions irrépréhensibles, les doit porter aujourd'hui d'une manière bien plus efficace dans le sacrifice de la croix, où il se présente à son Père pour commencer véritablement les fonctions de son sacerdoce. Approchons donc avec foi, chrétiens, et contemplons attentivement ce grand spectacle de la croix, pour voir la doctrine et la vérité gravées sur le corps de notre Pontife en autant de caractères qu'il a de blessures, et tirer tous les principes de notre science de sa passion douloureuse.

 

 

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"Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis,

c'est ce qui consomme la vérité de son sacrifice ;

en se livrant de la sorte , il reçoit les âmes en échange."

 

 

 

Mais pour apprendre avec méthode cette science divine, considérons en notre Sauveur ce qu'il a perdu dans sa passion, ce qu'il a acheté, ce qu'il a conquis. Car il a dû y perdre quelque chose, parce que c'était un sacrifice; il a dû y acheter quelque chose, parce que c'était un mystère de rédemption ; il a dû y conquérir quelque chose, parce que c'était un combat. Et pour accomplir ces trois choses, je dis qu'il se perd lui-même, qu'il achète les âmes, qu'il gagne le ciel. Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis, c'est ce qui consomme la vérité de son sacrifice ; en se livrant de la sorte , il reçoit les âmes en échange, c'est ce qui achève le mystère de la rédemption; mais ces âmes qu'il a rachetées de l'enfer, il les veut placer dans le ciel eu surmontant les oppositions de la justice divine qui les en empêche, et c'est le sujet de son combat. Ainsi vous voyez et) peu de paroles toute l'économie de notre salut dans le mystère de cette journée. Mais qu'apprendrons-nous pour régler nos mœurs dans cet admirable spectacle? Tout ce qui nous est nécessaire pour notre conduite : nous apprendrons à perdre avec joie ce que Jésus-Christ a perdu, c'est-à-dire les biens périssables; à conserver précieusement ce que Jésus-Christ a acheté, vous entendez bien que ce sont nos âmes; à désirer avec ardeur ce que Jésus-Christ nous a conquis par tant de travaux, et je vous ai dit que c'était le ciel.

 

C'est pourquoi son supplice, quoique très-cruel, est encore beaucoup plus infâme. Sa croix est un mystère de douleurs, mais encore plus d'opprobres et d'ignominies. Aussi l'Apôtre nous dit « qu'il a souffert la croix en méprisant la honte et l'ignominie : » Sustinuit crucem confusione contemptâ (Hebr., XII, 2), et il semble même réduire tout le mystère de sa passion à cette ignominie, lorsqu'il ajoute que Moïse jugea que «l'ignominie de Jésus-Christ étaitun plus grand trésor que toutes les richesses de l'Egypte : » Majores divitias œstimans thesauro Aegyptiorum, improperium Christi (Ibid., XI, 26.). Rien de plus infâme que le supplice de la croix ; mais comme l'infamie en était commune à tous ceux qui étaient à la croix, remarquons principalement cette dérision qui le suit depuis le commencement jusqu'à l'horreur de sa croix.

 

C'est une chose inouïe que la cruauté et la risée se joignent ensemble dans toute leur force, parce que l'horreur du sang répandu remplit l’âme d'images funestes qui répriment l'emportement de cette joie maligne dont se forme la moquerie, et l'empêche de se produire dans toute son étendue. Mais il ne faut pas s'étonner si le contraire arrive en ce jour, puisque l'enfer vomit son venin, et que les démons sont comme les âmes qui produisent tous les mouvements que nous voyons.

 

Tous ces esprits rebelles sont nécessairement cruels et Moqueurs : cruels, parce qu'ils sont envieux ; moqueurs, parce qu'ils sont superbes. Car on voit assez, sans que je le dise, que l'exercice, le plaisir de l'envie, c'est la cruauté ; et que le triomphe de l'orgueil, c'est la moquerie. C'est pourquoi en cette journée où règnent les esprits moqueurs et cruels, il se fait un si étrange assemblage de dérision et de cruauté, qu'on ne sait presque laquelle y domine. Et toutefois la risée l'emporte, parce qu'étant l'effet de l'orgueil qui règne dans ces esprits malheureux, au jour de leur puissance et de leur triomphe ils auront voulu donner la première place à leur inclination dominante. Aussi était-ce le dessein de Notre-Seigneur que ce fût un mystère d'ignominie, parce que la dérision et se fait un sujet de risée d'une extrémité déplorable. Mais aujourd'hui l'enfer vomit son venin, et les démons sont les âmes qui produisent... c'était l'honneur du monde qu'il entreprenait à la croix, comme son ennemi capital ; et il est aisé de connaître que c'est la dérision qui prévaut dans l'esprit des Juifs, puisque c'est elle quia inventé la plus grande partie des supplices. J'avoue qu'ils sont cruels et sanguinaires; mais ils se jouent dans leur cruauté, ou plutôt la cruauté est leur jeu.

 

Il le fallait de la sorte, afin que le Fils de Dieu « fût soûlé d'opprobres, » comme l'avait prédit le prophète (Thren., III, 30); il fallait que le Roi de gloire fût tourné en ridicule de toutes manières, par ce roseau, par cette couronne et par cette pourpre. Il fallait pousser la raillerie jusque sur la croix, insulter à sa misère jusque dans les approches de la mort, enfin inventer pour l'amour de lui une nouvelle espèce de comédie dont la catastrophe fût toute sanglante.

 

Que si l'ignominie de Notre-Seigneur c'est la principale partie de sa passion, c'est celle par conséquent dont il y a plus d'obligation de se revêtir. Exeamus igitur ad eum extra castra, improperium ejus portantes. Et toutefois, chrétiens, c'est celle qu'on veut toujours retrancher; dans les plus grandes disgrâces on est à demi consolé, quand on peut sauver l'honneur et les apparences. Mais qu'est-ce que cet honneur, sinon une opinion mal fondée ? et cette opinion trompeuse ne s'évanouira-t-elle jamais en fumée, en présence des décisions claires et formelles que prononce Jésus-Christ en croix? Nous sommes convenus, Messieurs, que le Fils de Dieu a pesé les choses dans une juste balance ; mais il n'est plus question de délibérer, nous avons pris sur nous toute cette dérision et tous ces opprobres, nous avons été baptisés dans cette infamie : In morte ipsius baptizati sumus (Rom., VI,  3).

 

Or sa mort est le mystère d'infamie, nous l'avons dit. Eh quoi! tant d'opprobres, tant d'ignominies, tant d'étranges dérisions, dans lesquelles nous sommes plongés dans le saint baptême, ne seront-elles pas capables d'étouffer en nous ces délicatesses d'honneur! Non, il règne parmi les fidèles ; cette idole s'est érigée sur les débris de toutes les autres, dont la croix a renversé les autels.

 

Nous lui offrons de l'encens; bien plus, on renouvelle pour l'amour de lui les sacrifices cruels de ces anciennes idoles qu'on ne pouvait contenter que par des victimes humaines ; et les chrétiens sont si malheureux que de chercher encore de vaines couleurs, pour rendre à cette idole trompeuse l'éclat que lui a ravi le sang de Jésus. On invente des raisons plausibles et des prétextes artificieux pour excuser les usurpations de ce tyran, et même pour autoriser jusqu'à ses dernières violences; tant la discipline est corrompue, tant le sentiment de la croix est éteint et aboli parmi nous. Chrétiens, lisons notre livre ; que la croix de notre Sauveur dissipe aujourd'hui ces illusions ; ne sacrifions plus à l'honneur du monde, et ne vendons pas à Satan, pour si peu de chose, nos âmes qui sont rachetées par un si grand prix.

 

 

 

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mardi, 07 avril 2009

Mgr Di Falco et son indigne blasphème : un Christ sur une chaise électrique !

 ou 

la folle initiative de Mgr Di Falco 

dans la cathédrale de Gap

 

 

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« PIETA », Paul Fryer,

Collection François Pinault

 

 

 

 

Mgr Di Falco Léandri, évêque de Gap et Embrun, porte-parole de la conférence des évêques de France, on le savait depuis la ridicule et indigne commémoration des apparitions de Notre-Dame au Laus à Benoîte Rencurel transformée en une mascarade publicitaire pour une marque de fabriquant de bière, ne rate pas une occasion de faire parler de lui en se signalant par un goût plus que douteux du scandale, s’étant dit troublé par les récentes positions de Benoît XVI à propos du préservatif. Cette fois-ci, l'indigne évêque, se croit autoriser à présenter dans sa cathédrale, en pleine Semaine Sainte, une prétendue « œuvre », authentiquement blasphématoire, du sculpteur Paul Fryer, provenant de la collection de l’homme d’affaire François Pinault qui s’est piqué d’art contemporain, ancien président du groupe Pinault-Printemps-Redoute, propriétaire du club de football le Stade rennais, troisième fortune française en 2007  : un Christ sur une chaise électrique !

 

Il faudrait normalement, pour un tel geste inconcevable et ignoble, alors qu’une telle ordure sous forme d’une hideuse sculpture mériterait d’alimenter quelques cheminées chez des nécessiteux manquant de bois chauffage en fin d’hiver, conduire rapidement le délirant épiscope en psychiatrie d’urgence pour une souveraine cure de soins intensifs. Toutefois, l'origine du symptôme ne se trouve pas dans la longue nomenclature des affections psychiques,  mais est aisément décelable au sein des très documentés traités d’ascétique et mystique, Mgr Di Falco, dégoûté des scènes de la Passion, est en effet gagné par une violente et soudaine crise d'acédie [1] , confessant s'être trop « habitué » à la vision de la Croix !

 

S’il s’agissait d’une nuit de l’âme passagère, elle pouvait être résorbée par une pratique intense de l’oraison comme l’indique saint Jean de la Croix, et on pourrait espérer un prompt retour à  une intimité avec les mystères divins par une capacité à enfin retrouver chez l’évêque, après une retraite spirituelle dans un cloître, son « sensus fidei » visiblement perdu. Mais, hélas ! ose t-il soutenir, la Croix et les souffrances que le Christ endura sur celle-ci, ne lui inspire plus aucune émotion religieuse :  « Je me suis demandé pourquoi je n’éprouvais pas la même émotion devant un crucifix. J’en ai conclu que c’était dû à l’habitude. Nous ne voyons plus le scandale de cet homme cloué sur deux bouts de bois telle une bête. »

 

De telles paroles, déjà fort inquiétantes chez n’importe quel baptisé, mais qui plus est proférées par un évêque de l’Eglise, montre en quoi les ravages de Vatican II ont pu profondément détruire dans les âmes chrétiennes les dernières traces d’intériorité contemplative s'agissant de la signification de la douloureuse Passion du Christ, venu en ce monde pour, en versant son sang, libérer les hommes de leurs péchés. Mais oser ainsi piétiner, et se moquer à ce point de l’œuvre salvifique de Jésus-Christ, au prétexte d’art contemporain visant à émoustiller une Foi chancelante, tout en se faisant le relais des plus infâmes blasphémateurs, est vraiment un soufflet supplémentaire envoyé violemment à la face du Seigneur en cette période liturgique de l’année, d’autant par un personnage qui se drape dans les plis de sa charge ministérielle pour avaliser une telle monstrueuse initiative.  

 

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L'attraction de la fête foraine du bois de Boulogne,

interdite par la préfecture de Paris

 

Lorsqu’on songe qu’il n’y a pas si longtemps, la préfecture de Paris fit interdire une soi-disant attraction à la fête foraine du bois de Boulogne (XVIe arrondissement), où des plaisantins avaient cru intelligent de mettre en scène le spectacle d’une exécution sur une fausse chaise électrique donnant à voir un mannequin en latex pousser des cris  [2], et que voilà maintenant l’évêque d’Embrun et de Gap quasiment exhiber dans sa cathédrale, d'une certaine manière, ce que les autorités civiles avaient jugé nécessaire de faire interdire à l'intérieur d'un champ de de foire, il y a de quoi rêver !

Sans même rentrer dans l’examen du misérable argumentaire qu’a rédigé pour l’occasion Mgr Di Falco, cherchant à justifier son geste absolument déplacé et horriblement inconvenant en convoquant indifféremment, les gazés, les drogués, les séropositifs, les homos, les militants syndicaux pour être identifiés au Christ, nous constatons avec stupéfaction que ce dont ne se rend même pas compte dans son initiative publiciataire aventureuse Mgr Di Falco, c’est qu’il met concrètement ses pas, lorsqu’il déclare : « Le scandale, ce n'est pas le Christ assis sur une chaise électrique, s'il était condamné à mort aujourd'hui, on utiliserait les instruments barbares pour donner la mort qui ont encore cours dans certains pays », dans les ironiques considérations du piètre chrétien qu’était le corrupteur chansonnier Serge Gainsbourg, chantant sur les ondes nationales aux heures de grandes écoutes, l’inceste ou la sodomie, qui a eu, ce que beaucoup ignorent, cette phrase abjecte tout droit sortie de son esprit alcoolisé et perverti au dernier degré : « Si le Christ était mort sur une chaise électrique, tous les petits chrétiens porteraient une petite chaise en or autour du cou. »

 

 

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 Mgr Di Falco, doit porter désormais symboliquement,

autour de son cou en signe de sa complète désorientation religieuse,

une chaise électrique en or.

 

 

 

 

De la sorte, nous considérons que Mgr Di Falco, frappé d’une évidente démence, indirectement enfumé par les délires de Gainsbourg en présentant dans sa cathédrale l’oeuvre impie d’un Christ sur une chaise électrique, doit être logique avec lui-même et remplacer sur le champ sa Croix pectorale, qu’il n’est plus, objectivement, digne de porter, par une chaise électrique en or qu’il mettra désormais symboliquement autour de son cou en signe de sa complète désorientation religieuse et de sa honte définitive au regard des devoirs imposés par sa charge pastorale  !

 



 Notes

[1] le dégoût des choses spirituelles correspond à ce que les maîtres spirituels appellent la désolation. Lorsqu'il définit la désolation, saint Ignace de Loyola décrit en fait ce qu'est l'épreuve de l'ennui ou acédie dans une âme qui tend à progresser dans l'union avec Dieu. L'âme désolée n'éprouve plus la consolation de Dieu, qui l'enflammait dans l'amour de son Créateur : elle ne sent plus l'allégresse intérieure qui l'appelait et l'attirait aux choses célestes et à son bien propre et qui la remplissait de paix. Au contraire, elle est envahie de ténèbres et de trouble intérieur. Elle se sent attirée vers ce qui est bas et terrestre, inquiète devant les diverses agitations et tentations. Elle est poussée à perdre confiance, à être sans espérance, sans amour. Elle se trouve alors toute paresseuse, tiède, triste et comme séparée de son Créateur et Seigneur. (E.S. nn. 316-317).

[2] Déjà à Fréjus, la direction du Luna Park avait décidé jeudi de fermer cette attraction de la chaise électrique, à la demande du maire UMP de Fréjus, Elie Brun. Le maire PS de Paris Bertrand Delanoë se disait également défavorable à cette mascarade. Quant à Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, il déclara dans un communiqué : On ne joue pas avec la mort et on ne joue pas avec la peine de mort, interdite dans notre pays, qui plus est dans des fêtes autorisées aux mineurs (…) Nous attendons du ministère de l'Intérieur qu'il prenne les décisions qui s'imposent . »

13:58 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (38) | Tags : blasphème, art contemporain, scandale, évêque, folie, psychiatrie |  Imprimer | | | | | Pin it!

lundi, 06 avril 2009

LE PEUPLE DÉICIDE

 

L E   P E U P L E   D É I C I D E

 

  

 

« Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants »

(Matthieu XXVII, 25)

 

 

 

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Le peuple hébreu, l’Israël charnel, n’est plus qu’une réalité naturelle désacralisée dont la filiation divine a cessé sachant qu’il n’y rien qui puisse suggérer l’idée d’une prérogative quelconque d’Israël comme peuple de Dieu depuis l’instauration de la Loi nouvelle.

 

La promesse faite par Dieu au peuple israélite était une alliance temporelle et transitoire, abandonnée au profit de la Nouvelle Alliance. Quand saint Paul affirme que les ‘‘dons et l’appel de Dieu sont sans repentance’’ et que ‘‘Dieu n’a pas rejeté son peuple’’, il signifie donc par là que Juifs et Gentils sont convoqués à l’obéissance de la foi et qu’Israël n’est pas exclu de cet accueil universel puisqu’à la fin des temps il sera réintégré.

 

Mais cette réintégration ne s’effectuera pas selon le statut de l’Alliance Ancienne et dans le régime de l’Israël charnel, mais bien sous le sceau de la Nouvelle Alliance et dans la sphère indéfiniment élargie de l’Israël spirituel qui est l’Eglise.

 

 

 

Dieu ne laissera pas protester sa promesse parce que l’Eglise

est désormais le peuple de Dieu,

le Nouvel Israël ,

et l'Israël charnel lui sera finalement incorporé.

 

 

 

 

"L'Antijudaïsme théologique de l"Eglise catholique"

 

 

 

 

 

 

 

 

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samedi, 28 mars 2009

La sorcellerie africaine est d'essence satanique !

 

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"Aujourd'hui, il vous revient (...) de présenter le Christ ressuscité.

Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits,

des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés..."

(Benoît XVI)

 

A l’occasion de son voyage en Afrique, Benoît XVI à Luanda, en l'église São Paulo où il a célébré une messe destinée aux évêques, prêtres, religieux, responsables des mouvements ecclésiastiques et des catéchistes d'Angola de la Conférence Episcopale d'Angola et São Tomé, a exhorté avec force les catholiques angolais à renoncer à la sorcellerie et à ramener au bercail « les brebis égarées » parties grossir les rangs des sectes évangéliques qui prolifèrent dans cette ancienne colonie portugaise d'Afrique centrale.

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« Tant d'entre eux vivent dans la crainte des esprits,

de pouvoirs pernicieux et menaçants.»

 

Plus largement dans son homélie, il a invité son auditoire à tendre la main à ceux qui continuent de croire à la sorcellerie et aux fétiches : « Tant d'entre eux vivent dans la crainte des esprits, de pouvoirs pernicieux et menaçants. Dans leur aveuglement, ils arrivent même à condamner les enfants des rues et les anciens en les traitant de féticheurs », a dit le Saint-Père, pour qui les chrétiens ne commettront pas d'injustices s'ils se montrent en Christ. « Aujourd'hui, il vous revient (...) de présenter le Christ ressuscité à vos concitoyens. Ils sont si nombreux à vivre dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacés », a-t-il dit dans son homélie [1].

Le chef de l'Eglise catholique a également critiqué l'idée selon laquelle l'évangélisation constitue une atteinte à l'identité des peuples non chrétiens : « Quelqu'un objectera : Pourquoi ne les laissons-nous pas en paix ? Ceux-ci ont leur vérité et nous la nôtre », a-t-il commenté. « Mais si nous sommes convaincus qu'une vie non chrétienne est "inachevée", "nous ne faisons d'injustice à personne si nous lui présentons le Christ et lui donnons la possibilité de trouver de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d'avoir trouvé la vie. »

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"...des albinos sont régulièrement

tués et découpés pour des rituels traditionnels."


Ces déclarations du Saint Père, sont d’une extraordinaire pertinence, car en effet, dans cette Afrique tant civilisée aux dires de certains humanistes utopiques qui voient elle une lointaine image de l’Eden, des albinos sont régulièrement tués et découpés pour des rituels traditionnels, les populations vivent tremblantes et craintives, courbées sous la peur des pouvoirs des sorciers , ensorceleurs et féticheurs, qui se livrent à des cultes démoniaques dans lesquels on fait appel à des esprits ténébreux afin d’attenter à la vie, de projeter des maléfices, de pervertir les consciences.

 

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«  Fuyez le culte des idoles ! »

(1 Corinthiens 10, 14)

 

Il faut souligner que les sorciers, en général de vielles personnes mais communiquant leur pouvoir à leur enfants ou petits enfants, dans les villages ou les villes, projettent leurs maléfices sur des personnes, dont le but est de briser la vie. De la sorte, tuer, rendre misérable, stérile, provoquer des accidents, des échecs sur le plan scolaire, spirituel ou financier, entraîner à la prostitution tels sont les activités « traditionnelles » et précieusement « culturelles » auxquelles se livrent les suppôts de Satan en ces contrées encore foncièrement idolâtres.

Il faut oser le dire, l'Afrique souffre horriblement de sa religion ancestrale, de ses cultes animistes, de son polythéisme, de son Vaudou [2], qui conduisent des populations entières à adorer les bois, les eaux, réaliser des sacrifices animaux ou parfois humains pour de l'argent ou pour pouvoir enfanter d’un garçon, gagner un procès, et parvenir à mille autres succès. Tout cela est terrible et épouvantable. Utilisant la suggestion et l’obsession, on arrive à convaincre, au simple prétexte d’avoir consommé des viandes en rêve avec des personnes de façon inhabituelle, que l’individu est perdu, sous l’influence définitive des forces maléfiques. D’ailleurs, les sorciers, qui prétendent prendre l’aspect de serpents, de chiens, de corbeaux, etc., exercent un pouvoir terrifiant sur l’ensemble des peuples de ses régions, et les soumettent, souvent par l’intermédiaire de drogues et substances hallucinogènes tendant à « zombifier », à leurs infectes volontés [3].

 

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« Nous sommes convaincus qu'une vie non chrétienne est inachevée...»

 

Ainsi les interventions du Pape, en ces questions hautement problématiques, sont on ne peut plus fondées, d’autant qu’elles viennent contredire les folies des thèses au sujet de la nécessaire inculturation mise en vigueur après Vatican II, ou l’on assista, avec effarement, à la combinaison des croyances et pratiques de l’Église catholique romaine et des traditions, croyances et pratiques religieuses ouest-africaines ce qui aura directement contribué à l’émergence délirante du pire syncrétisme religieux que l’on remarque à présent en Amérique latine, avec des pratiques démoniques, entre autres, comme le Vaudou, l’Obeah, le Candomblé ou la Santeria.

Comme l’a rappelé avec justesse lors de son voyage en France Benoît XVI à l’occasion de son homélie aux invalides : « La première Lettre de saint Paul, adressée aux Corinthiens, nous fait découvrir à quel point les conseils donnés par l’Apôtre restent d’actualité : « Fuyez le culte des idoles » (1 Co 10, 14), écrit-il à une communauté très marquée par le paganisme et partagée entre l’adhésion à la nouveauté de l’Évangile et l’observance de vieilles pratiques héritées de ses ancêtres. Fuir les idoles, cela voulait dire alors, cesser d’honorer les divinités de l’Olympe et de leur offrir des sacrifices sanglants.

Fuir les idoles, c’était se mettre à l’école des prophètes de l’Ancien Testament qui dénonçaient la tendance humaine à se forger de fausses représentations de Dieu. Comme le dit le Psaume 113 à propos des statues des idoles, elles ne sont qu’« or et argent, ouvrages de mains humaines. Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas » (4-5). Hormis le peuple d’Israël, qui avait reçu la révélation du Dieu unique, le monde antique était asservi au culte des idoles. Très présentes à Corinthe, les erreurs du paganisme devaient être dénoncées, car elles constituaient une puissante aliénation et détournaient l’homme de sa véritable destinée. Elles l’empêchaient de reconnaître que le Christ est le seul Sauveur, le seul qui indique à l’homme le chemin vers Dieu. »

 

Notes.

[1] Selon des statistiques officielles, 55% de la population angolaise est catholique et 25% se réfère à des croyances traditionnelles. Certaines sectes, liées aux immigrants congolais, selon les médias d'Etat, pratiquent des sacrifices humains et s'en prennent aux enfants accusés de sorcellerie. L'année dernière à Luanda, 40 jeunes, dont des bébés, ont ainsi été retrouvés prisonniers dans des locaux de l'Eglise évangélique des guérisons traditionnelles, où ils avaient subi des sévices.

[2] Le vaudou est né de la rencontre des cultes traditionnels des dieux yorubas et des divinités fon et ewe, lors de la création puis l'expansion du royaume fon d'Abomey aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le vaudou est le fondement culturel des peuples qui sont issus par migrations successives de Tado au Togo, les Adja (dont les fons, les Gouns, les Ewe... et dans une certaine mesure les Yoruba ...) peuples qui constituent un élément important des populations au sud des États du Golfe du Bénin (Bénin, Togo, Ghana, Nigéria..) Le Vaudou est l'adaptation par le Fon d'un mot Yoruba signifiant « dieu ». Le vaudou désigne donc l'ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l'affirmation d'un monde surnaturel, mais aussi l'ensemble des procédures permettant d'entrer en relation avec celui-ci. Le vaudou correspond au culte yoruba des Orishas. De même que le vaudou est un culte à l'esprit du monde de l'invisible. À chaque ouverture, le prêtre vodoun demande l'aide de l'esprit de Papa Legba pour ouvrir les portes des deux mondes.

[3] Denis Allan, anthropologue diplômé de Harvard, de retour à Boston après un long séjour en Amazonie, a pu étudier et expérimenter les drogues utilisées par les chamanes et les sorciers vaudous pour zombifier leurs victimes.

12:09 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : satanisme, sorcellerie, magie, afique, vaudou, ésotérisme, paganisme, syncrétisme |  Imprimer | | | | | Pin it!