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vendredi, 19 janvier 2007

Une France bien peu catholique!

 
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Les deux phrases lapidaires inscrites sur la couverture de notre confrère Le Monde des religions résument à elles seules les données d'un sondage qu'il publie sur les Français et le catholicisme. "Seul un Français sur deux se déclare encore catholique. Seul un catholique sur deux croit encore en Dieu". La seconde position aurait un air ubuesque si l'on ne comprenait immédiatement que la dénomination catholique se rapporte plus à une culture, un héritage patrimonial
qu'à une foi réfléchie à assumer en rapport avec un donné dogmatique qui lui confère sa cohérence... Le directeur de la publication insiste à dessein sur ce point : "Non seulement un catholique sur deux ne croit pas ou doute de l'existence de Dieu mais, parmi ceux qui affirment croire, seulement 18% croient en un Dieu personnel (ce qui est pourtant un des fondements du christianisme), tandis que 79% croient une force ou une énergie". Impossible de mettre en doute ce diagnostic de Frédéric Lenoir, qui a quelque chose d'accablant. Nous découvrons en effet - et pourtant nous devrions le savoir depuis longtemps - que la cause essentielle de décrochage de la population française n'a qu'une seule explication :l'ignorance, une ignorance crasse, on dirait presque satisfaite d'elle-même, puisqu'elle croit savoir ce qu'elle ignore, persuadée sans doute qu'elle est portée par une modernité qui rend obsolètes les croyances anciennes et inutile tout effort sérieux de se renseigner là où on est susceptible de recevoir une information fiable. On aurait tort de croire que cette situation est inédite. C'était approximativement celle que Chateaubriand décrit dans le préambule de son Génie du christianisme :
 
 
 
 
 
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"Partout on voyait des restes d'Eglises et de monastères que l'on achevait de démolir ; c'était même une sorte d'amusement d'aller se promener dans ces ruines".
 
 
 
 
 
 
Sans doute, ces ruines sont-elles aujourd'hui morales, mais le paysage intérieur qu'elles dessinent reflète une même désolation... Chateaubriand devait rappeler, au début du dix-neuvième siècle, ce qu'était le christianisme et son héritage civilisateur. L'éradication antichrétienne avait produit l'amnésie. Une amnésie que l'on retrouve aujourd'hui et que l'on s'efforce d'expliquer à grands coups de sociologie péremptoire : modernité, individualisme, repli du religieux sur la vie privée. Tout cela pèse peu au regard du champ de démolition où se produit le naufrage de la foi. C'est l'abandon de la ferveur première qui est à l'origine d'un processus hélas inexorable. On feint de croire que la France (et toute l'Europe anciennement chrétienne) vivent sereinement dans la postmodernité heureuse del'après-christianisme. C'est une sottise. Le suicide démographique de notre continent est consécutif au ralliement à une philosophie indifférente à la vie et à la transmission. Heureusement, d'autres continents, pourtant moins favorisés, ont conservé intact un goût d'avenir. La foi y est moins dédaignée que chez nous. Et de plus en plus nombreuses sont les populations venues d'ailleurs pour prendre la place d'une civilisation fourbue et sans espérance.

 
Gérard LECLERC
 
 
 

Source:

La lettre de France Catholique

 

Illustration:

Eglise Saint Eloi 

13:40 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : Christianisme, Société, Catholicisme, Femme, Blabla de filles |  Imprimer | | | | | Pin it!

jeudi, 18 janvier 2007

Du répit pour la planète!

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"Mais le chemin ne nous parle qu'aussi longtemps que des hommes, nés dans l'air qui l'environne, ont pouvoir de l'entendre. Ils sont les servants de leur origine, mais non les esclaves de l'artifice. C'est en vain que l'homme par ses plans s'efforce d'imposer un ordre à la terre, s'il n'est pas ordonné lui-même à l'appel du chemin. Le danger menace, que les hommes d'aujourd'hui n'aient plus d'oreille pour lui. Seul leur parvient encore le vacarme des machines, qu'ils ne sont pas loin de prendre pour la voix même de Dieu. Ainsi l'homme se disperse et n'a plus de chemin. À qui se disperse le Simple paraît monotone. La monotonie rebute. Les rebutés autour d'eux ne voient plus qu'uniformité. Le Simple s'est évanoui. Sa puissance silencieuse est épuisée."



Le chemin de campagne

Martin Heidegger

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi, 26 décembre 2006

Message de Noël de Benoît XVI

 
 
 
 
 
"Dans le monde un enfant est né: Dieu, notre Sauveur !» Cette nuit, une fois encore, nous avons entendu dans nos églises cette annonce qui, malgré la suite des siècles, conserve intacte sa fraîcheur. C’est une annonce venue du ciel, qui invite à ne pas craindre parce qu’a jailli «une grande joie pour tout le peuple» (Lc 2, 10). C’est une annonce d’espérance parce qu’elle fait savoir que, une nuit, il y a plus de deux mille ans, «est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur» (Lc 2, 11). Aux bergers qui se trouvaient alors sur la colline de Bethléem, comme à nous aujourd’hui, habitants de notre terre, l’Ange de Noël répète: «Le Sauveur est né; il est né pour vous ! Venez, venez l’adorer» !

Mais, pour l’homme du troisième millénaire, un «Sauveur» a-t-il encore une valeur et un sens ? Un «Sauveur» est-il encore nécessaire pour l’homme qui a rejoint la Lune et Mars, et qui se prépare à conquérir l’univers; pour l’homme qui recherche sans limites les secrets de la nature et qui réussit même à déchiffrer les codes prodigieux du génome humain ? A-t-il besoin d’un Sauveur l’homme qui a inventé la communication interactive, qui navigue sur l’océan virtuel d’internet et qui, grâce aux technologies les plus modernes et les plus avancées des mass média, a fait désormais de la terre, cette grande maison commune, un petit village global ? L’homme du vingt et unième siècle se présente comme l’artisan de son destin, sûr de lui et autosuffisant, comme l’auteur enthousiaste d’indiscutables succès.

Cela semble être ainsi, mais ce n’est pas le cas. En ce temps d’abondance et de consommation effrénée, on meurt encore de faim et de soif, de maladie et de pauvreté. Il y a aussi l’être humain réduit en esclavage, exploité et offensé dans sa dignité; celui qui est victime de la haine raciale et religieuse, et qui, dans la libre profession de sa foi, est entravé par des intolérances et des discriminations, par des ingérences politiques et des pressions physiques ou morales. Il y a celui qui voit son corps et le corps de ses proches, tout particulièrement des enfants, mutilés par l’utilisation des armes, par le terrorisme et par toute sorte de violence, à une époque où tous invoquent et revendiquent le progrès, la solidarité et la paix pour tous. Et que dire de la personne qui, privée d’espérance, est contrainte de laisser sa maison et sa patrie, pour chercher ailleurs des conditions de vie dignes de l’homme ? Que faire pour aider la personne qui, trompée par des prophètes de bonheur facile, celle qui, fragile sur le plan relationnel et incapable d’assumer des responsabilités stables pour sa vie présente et pour son avenir, en arrive à marcher dans le tunnel de la solitude et finit souvent esclave de l’alcool ou de la drogue? Que penser de celle qui choisit la mort en croyant chanter un hymne à la vie ?

Comment ne pas voir que c’est justement du fond de l’humanité avide de jouissance et désespérée que s’élève u n cri déchirant d’appel à l’aide ? C’est Noël: aujourd’hui dans notre monde entre «la vraie Lumière, qui éclaire tout homme» (Jn 1, 9). «Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous» (1, 14), proclame l’évangéliste Jean. Aujourd’hui, oui aujourd’hui, le Christ vient à nouveau «chez les siens» et, à celui qui l’accueille, il donne «le pouvoir de devenir enfant de Dieu»; il nous est ainsi donné de voir la gloire divine et de partager la joie de l’Amour, qui s’est fait chair pour nous à Bethléem. Aujourd’hui, encore aujourd’hui, «notre Sauveur est né dans le monde», parce qu’il sait que nous avons besoin de lui. Malgré les nombreuses formes de progrès, l’être humain est resté ce qu’il est depuis toujours : une liberté tendue entre bien et mal, entre vie et mort. C’est précisément là, au plus intime de lui-même, dans ce que la Bible nomme le «cœur», qu’il a toujours besoin d’être «sauvé». Et, à notre époque post moderne, il a peut-être encore plus besoin d’un Sauveur, parce que la société dans laquelle il vit est devenue plus complexe et que les menaces qui pèsent sur son intégrité personnelle et morale sont devenues plus insidieuses. Qui peut le défendre sinon Celui qui l’aime au point de sacrifier son Fils unique sur la croix comme Sauveur du monde ?

«Salvator noster», le Christ est aussi le Sauveur de l’homme d’aujourd’hui. Qui fera entendre en tout point de la Terre, de manière crédible, ce message d’espérance? Qui s’emploiera pour que soit reconnu, protégé et promu le bien intégral de la personne humaine, qui est une condition de la paix, respectant tout homme et toute femme dans sa dignité? Qui aidera à comprendre que, avec de la bonne volonté, du bon sens et de la modération, il est possible d’éviter que les contentieux se durcissent et, qu’il est même possible de les résoudre par des solutions équitables? Avec une forte appréhension, je pense, en ce jour de fête, à la région du Moyen-Orient, marquée par d’innombrables et graves crises et conflits, et je souhaite qu’elle s’ouvre à des perspectives de paix juste et durable, dans le respect des droits inaliénables des peuples qui la composent. Je mets entre les mains de l’Enfant divin de Bethléem les signaux de reprise du dialogue entre Israéliens et Palestiniens, dont nous avons été témoins ces jours-ci, et l’espérance d’autres développements réconfortants. J’ai confiance que, après tant de victimes, de destructions et d’incertitudes, survive et progresse un Liban démocratique, ouvert aux autres, dans le dialogue entre les cultures et entre les religi ons. Je lance un appel à tous ceux qui ont entre les mains les destinées de l’Irak, pour que cesse la violence atroce qui ensanglante le pays et que soit assurée à chacun de ses habitants une existence normale. J’invoque Dieu pour qu’au Sri Lanka soit écouté, dans les zones en conflit, le désir des populations d’avoir un avenir de fraternité et de solidarité; pour qu’au Darfour et partout en Afrique il soit mis fin aux conflits fratricides et que soient rapidement cicatrisées les blessures ouvertes dans la chair de ce Continent, et que se consolident les processus de réconciliation, de démocratie et de développement. Que l’Enfant divin, Prince de la paix, permette que s’éteignent les foyers de tension qui rendent incertain l’avenir d’autres parties du monde, en Europe comme en Amérique latine.

«Salvator noster» : telle est notre espérance; telle est l’annonce que l’Église fait retentir aussi en ce jour de Noël. Par l’Incarnation, rappelle le Concile Vatican II, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni à tout homme (cf. Gaudium et spes, n. 22). C’est pourquoi la Naissance de la Tête est aussi la naissance du corps, comme le notait le Pape saint Léon le Grand. À Bethléem est né le peuple chrétien, corps mystique du Christ dans lequel tout membre est intimement uni aux autres dans une totale solidarité. Notre Sauveur est né pour tous. Nous devons le proclamer non seulement en paroles, mais aussi par toute notre vie, donnant au monde le témoignage de communautés unies et ouvertes, dans lesquelles règnent la fraternité et le pardon, l’accueil et le service mutuel, la vérité, la justice et l’amour.

Communauté sauvée par le Christ. Telle est la vraie nature de l’Église, qui se nourrit de sa Parole et de son Corps eucharistique. C’est seulement en redécouvrant le don reçu que l’Église peut témoigner du Christ Sauveur à tous les hommes; elle le fait avec enthousiasme et passion, dans le plein respect de chaque tradition culturelle et religieuse; elle le fait avec joie, sachant que Celui qu’elle annonce n’enlève rien de ce qui est authentiquement humain, mais qu’il le porte à son accomplissement. En vérité, le Christ ne vient détruire que le mal, que le péché; le reste, tout le reste, il l’élève et le porte à la perfection. Le Christ ne nous sauve pas de notre humanité, mais il nous sauve à travers elle, il ne nous sauve pas du monde, mais il est venu dans le monde pour que le monde soit sauvé par lui (cf. Jn 3, 17).

Chers frères et sœurs, où que vous soyez, que ce message de joie et d’espérance vous rejoigne : Dieu s’est fait homme en Jésus Christ, il est né de la Vierge Marie et il renaît aujourd’hui dans l’Église. C ’est lui qui porte à tous l’amour du Père céleste. C’est lui le Sauveur du monde! N’ayez pas peur, ouvrez-lui votre cœur, accueillez-le, pour que son Règne d’amour et de paix devienne l’héritage commun de tous. Joyeux Noël !"
 
 
 
 

21:15 Publié dans Fêtes, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Blabla de filles, Femmes, Art, Poésie, Littérature |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 05 novembre 2006

Non-lieu sur un schisme

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Vingt réponses aux excommuniants

 

 
Abbé Christophe Héry 

 

A l'heure où s'engagent des pourparlers entre le pape Benoît XVI et le successeur de Mgr Lefebvre, ce livre présente vingt réponses aux questions les plus fréquemment posées au sujet de la fraternité Saint-Pie X et de sa situation dans l'Eglise. A partir des pièces principales du dossier, sont aussi posées les interrogations majeures pour l'avenir de l'Eglise et de sa Tradition.

Mieux qu'un livre blanc, Non-lieu sur un schisme est une synthèse nouvelle qui montre la cohérence de la position juridique et doctrinale de la position Traditionelle dans l'Eglise, troublée depuis trente ans par la suppression de la messe grégorienne et la réception du concile. Il interroge l'Eglise sur "le traditionalisme "de Vatican II.

L'ouvrage est réparti en vingt questions que l'on peut aborder séparément, il clarifie pour tous les notions de schisme, d'excommunication, de juridiction et  de communion au sein de l'Eglise catholique. Il éclaire d'un feu nouveau le débat sur la Messe, sur la Tradition vivante et sur l'unité de l'Eglise, par des analyses de faits et de documents souvent méconnus. En annexe sont réunies les pièces maîtresses du dossier. L'excommunication n'ayant pas porté remède à la crise, ce livre offre en final une ouverture nouvelle, le magistère authentique est-il au-dessus de la Tradition?

lundi, 02 octobre 2006

Georges Steiner

 
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Dans le château de Barbe-Bleue 
 
 
Notes pour une redéfinition de la culture 

 

" Nous sommes contraints d'en revenir à un pessimisme pascalien, à un modèle de l'histoire fondé sur le péché originel. Il ne nous est que trop facile, désormais, de reconnaître avec de Maistre que notre jungle politique, l'acquiescement de l'homme cultivé et assoifé de technique au massacre, accomplissent la prédiction de la Chute."

 

 

 

Illustration:

John Martin

" La chute de Babylone " 

 

 

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dimanche, 24 septembre 2006

Thaddée

spiritualité,religion,philosophie,christianisme,foi

 
 
+ A M E N +
 
 
 
Si l'homme est responsable de sa chute, s'il est malade d'être coupé de Dieu, il a une possibilité de participer activement à sa guérison, ainsi que le dit Louis-Claude de Saint-Martin :
"Il y a une incertitude que l'ennemi cherche souvent à te suggérer, moins pour t'enrichir par la sagesse apparente dont il la colore, que pour t'arrêter dans ta marche, puisqu'elle doit lui être si contraire ; c'est de savoir si tu dois oser invoquer le nom du Seigneur, et de toutes les puissances qui y sont attachées. L'ennemi qui craint l'effet de ces armes efficaces t'insinue continuellement que tu n'es pas assez pur pour les employer ; il se met même en avant, quelquefois, sous des couleurs imposantes, afin d'effrayer ton courage, et d'arrêter tes résolutions ; d'autres fois, te sachant mal préparé, il te suggère d'invoquer le nom du Seigneur, pour te convaincre, par le peu de succès qui en résultera, que tu ne dois pas te livrer à une si sublime et si sainte entreprise, et que tu feras bien d'attendre un autre temps". On voit d’emblée la double difficulté qui se présente : soit, on tombe dans une culpabilisation infantile en se considérant indigne de s’adresser au Seigneur et c’est la fausse humilité d’un ego frustré, soit on s'imagine qu'il suffit d'invoquer Dieu pour que tout change et assurément, l’échec est garanti. Le Diable, celui qui divise, maintient de cette façon, la coupure de l’homme avec Dieu en l'exonérant de toute responsabilité dans son état de chute. Pourtant, nous dit Saint-Martin,
"la vérité ne demande pas mieux que de faire alliance avec l’homme ; mais elle veut que ce soit avec l’homme seul, et sans aucun mélange de tout ce qui n’est pas fixe et éternel comme elle.
Elle veut que cet homme se lave et se régénère perpétuellement, et en entier dans la piscine du feu, et dans la soif de l'unité ; elle veut qu'il fasse boire chaque jour ses péchés à la terre, c'est-à-dire, qu'il lui fasse boire toute sa matière, puisque c'est là son vrai péché ; elle veut qu'il tienne sans cesse son corps prêt à la mort et aux douleurs, son âme prête à l'activité de toutes les vertus, son esprit prêt à saisir toutes les lumières, et à les faire fructifier pour la gloire de la source d'où elles viennent ; elle veut qu'il se regarde dans tout son être comme une armée toujours sur pied, et prête à marcher au premier ordre qu'elle lui donnera ; elle veut qu'il ait une résolution et une constance que rien ne puisse altérer, et qu'étant prévenu qu'en avançant dans la carrière, il n'y peut trouver que des souffrances, puisque le mal va s'offrir à lui à tous les pas, cette perspective ne l'arrête point dans sa marche, et qu'il ne porte pas moins sa vue exclusivement sur le terme qui l'attend à la fin de la course".

"Pour coopérer à notre guérison, la vérité possède un médicament réel, et que nous sentons physiquement en nous, lorsqu'elle juge à propos de nous le faire administrer. Ce médicament est composé de deux ingrédients en conformité de notre maladie, qui est une complication du bien et du mal, que nous tenons de celui qui ne sut pas se préserver du désir de connaître cette fatale science. Ce médicament est amer, mais c'est son amertume qui nous guérit, parce que cette partie amère, qui est la justice, s'unit à ce qu'il y a de vicié dans notre être, pour lui rendre la rectification ; alors ce qu'il y a de régulier et de vif en nous, s'unit à son tour à ce qu'il y a de doux dans le médicament, et la santé nous est rendue ".
 
La question qui se pose alors est de savoir comment accéder à la vérité. La réponse tient dans un mot que nous prononçons à la fin de chaque prière : Amen.

Ce mot est universel, puisqu'il vient du sanscrit AUM et c'est ainsi que les hindous et les bouddhistes le prononcent. Il veut tout simplement dire oui, plus précisément oui à Dieu. Simplement, avons-nous dit ; mais c'est la chose la plus difficile pour nous à mettre en pratique car cette simplicité touche à l'essence même de notre quête spirituelle. Comme nous venons de le voir, la prière, pourtant indispensable, ne suffit pas pour nous ouvrir la porte du royaume des cieux. Pourquoi ? Parce que l'homme se considère comme une entité séparée du reste de l'Univers qu'il perçoit à l'aune de son point de vue strictement individuel, c'est-à-dire égocentrique. Cependant, nous portons tous en nous cette nostalgie du paradis perdu, Lamartine l'ayant résumé ainsi :
 
"Borné dans sa nature, infini dans ses voeux,
L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux"
 
Il y a en effet en tout homme un désir d'accomplissement, de plénitude voire une soif de l'unité car Dieu est en lui même s'il n'en a pas conscience, puisqu'il n'est pas en Dieu ; en effet, l'homme, conformément à son état de chute, cherche l'unité en tentant désespérément d'abolir la distance entre ce qu'il est et ce qu'il voudrait être, entre ce qu'il a et voudrait avoir. Alors qu'est-ce qui empêche l'homme d'entrer dans le royaume des cieux ? Un phénomène qui lui est propre et qui se nomme ego. Ce mot qui nous vient directement du latin signifie tout simplement : moi. Pour bien cerner ce qu'est l'ego, il nous faut aborder la question du désir et pour commencer, celui de vivre. Mais pour chacun d'entre nous, notre vie même est constituée d'un certain nombre de désirs que nous cherchons à satisfaire ; nous voulons nous accomplir, être reconnu par les autres dans nos actes et surtout être aimés. Lorsqu'un désir est plus fort que tous les autres, il impose sa loi et fait croire à celui qui l'éprouve qu'il est unifié et qu'il est "quelqu'un", alors que ce désir hypertrophié lui impose sa dictature : c'est le mécanisme de la passion, quelle qu'elle soit. L'ego est le produit d'une tension entre des désirs et leur accomplissement, dualité qu'il cherche à abolir de trois manières : L'appropriation, la fuite et la destruction.
L'exemple le plus classique est la passion amoureuse : on s'approprie l'être aimé et s'il ne répond plus à cette passion, on le fuit ou on le tue. A l'inverse et c'est la situation la plus fréquente, une multitude de désirs se manifeste sans que l'un d'entre eux ne prédomine et pire encore, certains s'opposent ; ces désirs s'expriment en nous sous la forme de personnages auxquels nous sommes tour à tour identifiés, à l'image d'une assemblée tumultueuse et c'est tout cela que nous qualifions de "moi". Pour autant, faut-il nous flageller et condamner cet ego ? Certainement pas car ce qui est en cause, c'est l'égocentrisme, cette attitude qui consiste à appréhender l'existence uniquement en fonction de ses propres désirs, de ses propres conceptions et à se considérer comme une entité séparée des autres et de l'Univers : il y a moi et tout le reste. Quant au désir, c'est le moteur de l'existence et ce n'est pas un mal en soi que d'avoir des désirs et de chercher à les accomplir, à condition de ne pas en faire le seul but de notre vie. Cela peut paraître à certains choquant voire scandaleux, mais nous ne pourrons jamais trouver le bonheur dans le seul accomplissement de nos désirs, les lois implacables de l'Univers voulant que toute dualité est irréductible à l'unité et de toutes façons, la vie peut nous reprendre à tout moment ce qu’elle nous a donné. Et que dire de ceux qui prétendent louer Dieu et qui voudraient en échange que celui-ci intervienne pour améliorer leur existence : ils font partie de ces marchands que le Christ chasse du Temple. Ils voudraient que le royaume des cieux soit sur la terre, oubliant ce que le Christ dit à Pilate
 
"Mon royaume n'est pas de ce monde" (Jean, 18, 36).
 
Cette attitude trouve son origine dans l'offrande que Caïn fait à l'Eternel qui la refuse, parce qu'elle est dénuée de toute oblation et met en avant les forces terrestres que l'homme est susceptible de détourner à son profit. En fait, si nous voulons redevenir l'image immortelle de Dieu en se soumettant à sa volonté et conformément à l’enseignement du Christ, il faut au préalable faire le sacrifice de toutes nos richesses au sens le plus large du mot, c'est-à-dire tout ce dont nous sommes riches : de nos préjugés, de nos opinions, de nos divers conditionnements, d'ordre familial, social, culturel, etc., de ce que nous aimons et n'aimons pas. Sur ce dernier point, le Bouddha et Saint Paul résument de façon saisissante toute la condition humaine comme suit : "Les hommes souffrent parce qu'ils sont séparés de ce qu'ils aiment et attachés à ce qu'ils n'aiment pas", et, aurait pu ajouter l'apôtre des Gentils:
 
"car je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas", (Romains 7, 19).
 
Quand le Christ nous dit d'aimer nos ennemis, il nous invite à ne plus rejeter ce que nous n'aimons pas, et là apparaît un enjeu capital pour notre délivrance : nous accepter tels que nous sommes et le monde tel qu'il est. Car dans ce monde si dégradé, nous pouvons retrouver Dieu : derrière la création, le Créateur est toujours là, il ne cesse de nous envoyer des signes notamment à travers tous ceux qui ont conservé un dépôt spirituel pour le transmettre.
Si nous sommes vrais avec nous-mêmes nous devons bien reconnaître que nous passons notre vie à refuser tout ce qui paraît contrarier nos désirs ou nos projets selon un mécanisme qui consiste à projeter une situation idéale sur la situation telle qu'elle est et à comparer les deux. Prenons un exemple banal : je décide d'aller faire une randonnée en montagne avec des amis mais le jour du départ il pleut à verse ; si je refuse cette situation, cela signifie que je vais bâtir un véritable scénario dans ma tête et dans lequel je chemine au milieu de paysages magnifiques, situation illusoire que je vais superposer à la réalité présente qui est celle d'un homme regardant tomber la pluie derrière sa fenêtre. Cette distorsion entre le réel et l'illusoire s'exprime sous la forme de pensées du genre : "Il aurait du faire beau", "Ce n'est pas juste, j'ai eu une semaine difficile et j'avais besoin de m'évader," etc., etc. Maintenant, prenons le cas inverse : il fait beau, j'effectue ma randonnée comme je l'avais prévu, mais je dis à mes amis : "Nous avons eu de la chance d'avoir beau temps". En disant cela, je laisse entendre qu'il aurait pu pleuvoir. C'est donc la situation réelle du cas précédent qui devient ce mauvais scénario que je vais superposer à la situation présente d'un homme qui chemine sur les sentiers mais qui ne voit pas les paysages magnifiques qui se présentent à ses yeux, absorbé qu'il est par cette comparaison absurde qui le coupe du moment présent. Ces pensées illusoires sont l'expression d'émotions, négatives dans le premier cas, et positives dans le second, en utilisant le scénario du mauvais temps comme si j'en avais besoin pour apprécier davantage ma randonnée alors que je suis passé à côté : je n'ai pas vu les montagnes, j'ai vu mes montagnes. Par cette attitude, nous nous coupons perpétuellement du réel, nous ne vivons pas dans le monde, mais dans notre monde. C'est de cette façon que le Malin utilise la frustration de l'ego en lui murmurant cette pensée selon laquelle le monde est injuste puisqu'il ne correspond pas à son attente. Les choses devraient toujours être autrement mais jamais ce qu'elles sont. Avec cette attitude nous ne voudrions de la vie que les choses agréables ; or un minimum de lucidité et d'expérience nous montrent que l'existence est composée à parts égales de choses agréables et de choses désagréables, de positif et de négatif. Dans ces conditions, en refusant tout ce qui est négatif, nous n'avons pas accès à la totalité de notre existence mais seulement à la moitié. Cette attitude de refus est aggravée par le fait que nous n’acceptons même pas l’émotion négative qui en résulte et par l'illusion de la stabilité quand ce n'est pas celle de la fixité ; nous nous prenons pour une entité stable alors que du matin au soir, notre état intérieur ne cesse de changer : les pensées se succèdent avec les émotions qui s'y rattachent, bref nous passons par tous les états d'âme et il nous faut reconnaître en toute humilité que nous n'avons aucune maîtrise sur tous ces phénomènes, pas plus qu'on ne peut empêcher les nuages de passer dans le ciel. La loi de l'Univers est celle d'un mouvement perpétuel : rien n'est plus permanent que l'impermanence, c'est ce que l'hindouisme et le bouddhisme appellent samsara. Ces incessants changements intérieurs nous arrachent au moment présent parce qu'ils sont rarement vécus de façon consciente, ils nous font projeter dans un futur qui n'existe pas en s'appuyant sur un passé qui n'existe plus. C'est ce mécanisme qui inspire la plupart de nos actes. Il ne faut alors plus parler d'action mais de réaction car conformément au phénomène décrit plus haut, nous projetons notre monde illusoire sur une réalité qui est toute autre avec les conséquences dommageables que cela peut comporter, notamment dans le domaine relationnel. Oui, la plupart du temps nous vivons de façon routinière, peu consciente ; Gurdjieff emploie à ce propos l'expression d'"homme machine". Et il ajoute : "On ne fait rien, tout arrive" . En vérité, rien ne nous appartient, que ce soit nos pensées, nos émotions, ou nos actions. Nos pensées, parce qu'il faut ajouter l'influence de la famille, de la société, etc.; nos émotions, parce que nous avons une façon de les exprimer qui est empruntée au père ou à la mère ; nos actions, parce qu'elles sont le produit de ces deux éléments mais surtout parce que toutes ces choses appartiennent à la condition humaine que nous partageons tous et dont par conséquent aucun d'entre nous n'a l'exclusivité.Si nous voulons nous sortir de cet état, il nous faut cesser de vivre dans ce déni de réalité, passer du refus à l'acceptation, ce mot ne devant point être confondu avec résignation qui est synonyme d'abandon, de démission. Accepter, c'est étymologiquement "prendre vers soi", c'est-à-dire faire nôtre ce que d'ordinaire nous refusons ; accepter, c'est reconnaître que ce qui est soit, dire oui du fond du cœur comme nous le dit le Christ :
 
"Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu'on y ajoute vient du Malin" (Matthieu 5, 37).
 
Ce que nous fait ajouter le Malin, c'est précisément cette projection de notre monde sur le monde : pas ce qui est, mais ce qui devrait être, alors qu'en réalité, c'est ou ce n'est pas. Pourtant, cette acceptation n'est possible que si elle est précédée par un acte de foi en s'en remettant entièrement à Dieu et faire l'effort de vivre consciemment : il s'agit d'être présent à soi-même et à Dieu. Le problème, c'est que nous avons du mal à adopter cette attitude de vigilance et quand nous y parvenons, nous n'arrivons pas à rester dans cet état de façon permanente, les émotions qui accompagnent notre refus du réel reprenant le dessus, parce qu'elles plongent leurs racines dans la profondeur de notre psyché voire de notre inconscient et qu'elles correspondent à des traumatismes, à des blessures le plus souvent héritées de la petite enfance. Elles ont un telle puissance qu'on ne peut pas lutter et c'est pourtant ce que l'on cherche à faire en les réprimant mais en vain, comme l'illustrent si bien ces expressions : "C'est plus fort que moi" ou, terrible aveu, "J'étais hors de moi". Mais alors si nous sommes emportés par nos émotions au point de ne pas en avoir conscience, comment briser ce cercle infernal pour pouvoir sortir de notre prison ? Saint Paul nous donne un élément de réponse :
 
" Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ?" (1 Corinthiens, 6, 19).
 
Oui, ce corps qui peut être livré à l'impudicité, peut aussi être un moyen de délivrance. Concrètement, lorsqu'une émotion se lève en nous, elle se manifeste dans le corps sous forme de tensions. Par exemple, nous avons tendance à rentrer la tête dans les épaules qui sont contractées, à refermer le sternum. Or il est plus facile de prendre conscience de ces tensions que de l'émotion qui les a provoquées. Il faut donc arriver à porter notre attention sur ces tensions, et travailler à leur relâchement, ce qui permet indirectement d'agir sur l'émotion, non pas en cherchant à la faire disparaître, mais en lui permettant au contraire de s'exprimer. Mais exprimer une émotion ne signifie pas forcément l'extérioriser ; nous pouvons très bien la laisser se manifester en nous sans qu'elle nous emporte. C'est ce que nous enseignent les techniques de méditation qui sont à notre portée, la plus simple consistant à s'asseoir, le corps bien vertical mais sans raideur, les mains posées sur les genoux, la tête droite avec le menton légèrement rentré, le sommet du crâne pointant vers le ciel. Ensuite, on s'applique à relâcher toutes les tensions. Si une émotion survient, elle va faire remonter les épaules, baisser la tête, arrondir le dos ; dans ce cas, la seule chose à faire est de relâcher les tensions, de corriger la posture en redressant la tête et le dos. Ce faisant, l'émotion va s'intensifier et là, nous sommes mis au défi de l'accepter ; si nous y parvenons, nous constatons que cette émotion qui nous faisait si peur atteint un sommet d'intensité pour retomber peu à peu et disparaître à la manière d'une vague. Bien sûr, elle ne va pas disparaître définitivement mais lorsqu'elle se manifestera à nouveau, et à condition de l'accepter, nous verrons qu'elle aura perdu une partie de sa force et ainsi de suite ; c'est comme si nous regardions un film d'épouvante : la première fois, nous sommes terrifiés, mais si nous le revoyons plusieurs fois, nous ne serons plus du tout effrayés. Cependant, les techniques de méditation ne suffisent pas : elles sont là pour nous permettre de faire face à toutes les situations de notre existence à l'occasion desquelles nos émotions vont se manifester, pour nous aider à vivre consciemment. Et l'avantage que nous avons sur les autres traditions spirituelles, c'est que nous pouvons nous référer à Notre Seigneur Jésus-Christ pour accomplir cet acte d'héroïsme qui consiste à se donner entièrement à notre souffrance. Ce premier pas vers notre soumission à Dieu nous permet déjà de situer l'enjeu de notre quête : pour se délivrer de sa souffrance, il n'y a pas d'autre moyen que de s'y plonger corps et âme. Le Diable nous dit : "Ne le fais pas, tu vas être détruit" ; or c'est l'inverse qui se produit : non seulement nous ne sommes pas détruits mais il s'ensuit une paix profonde et à un stade plus avancé de notre voie spirituelle, nous accèderons à cet état que décrit Saint Paul :
 
"Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ" (Philippiens 4, 7).
 
Toutefois, nous n'y accèderons pas d'emblée d'une façon définitive mais par des moments brefs car nous sommes si fragiles, si faibles que nous ne pouvons pas nous établir d'un seul coup dans cette béatitude suprême et sur cette question, donnons encore la parole à Saint-Martin :
 
"La sagesse conduit l'homme par des degrés insensibles afin de ne pas l'effrayer par l'immensité de la tâche qu'il a à remplir. Aussi commence-t-elle par dire à l'homme qu'il doit servir d'organe et de passage à la Divinité toute entière, s'il veut que son ange jouisse de la paix et des félicités divines" . Et c'est là qu'il ne faut pas baisser les bras, qu'il faut résister à ce sentiment que Dieu nous a fait subir une sorte de supplice de Tantale car c'est une fois de plus le Malin qui va chercher à nous en persuader. Bien au contraire, ces premiers rayons de lumière qui nous sont donnés sont faits pour fortifier notre foi et notre espérance. Dans cette progression vers la lumière, la force intérieure grandit, puisque l'énergie qui était accaparée par les émotions qui ont commencé à disparaître, est de la sorte récupérée ; ce dernier point est illustré par le célèbre conte de la belle au bois dormant, celle-ci étant délivrée par le chevalier qui arrive à son château en chevauchant l'un des dragons qu'il avait affrontés. Ce symbolisme des dragons se retrouve également avec ceux des temples asiatiques et les gargouilles des cathédrales.
 

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16:35 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : spiritualité, religion, philosophie, christianisme, foi |  Imprimer | | | | | Pin it!