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jeudi, 05 janvier 2012

L’Eglise et la doctrine catholique du droit divin

Deuxième Partie :

"L’Eglise est une monarchie de droit divin"

Saint Pierre Rome.jpg

« Le Christ, est la Tête du Corps qu’est l’Eglise,

ce principe n’est pas de l’ordre naturel, mais surnaturel,

c’est une chose grande, mystérieuse et divine, 

le divin Rédempteur avec son Corps social

constitue une seule personne mystique,

sublime unité qui fait

que le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils.»

(Pie XII, Mystici Corporis Christi, 1943). 

 

 

2. L’Eglise, société surnaturelle, éternelle et divine

 

Triregnum.jpgCe qui est valable pour l’ordre humain relève du droit naturel voulu par Dieu, du droit positif divin inscrit dans l’Ancien et le Nouveau Testament, du droit positif humain, mais n’a strictement rien à voir avec le droit divin inaccessible à l’homme et sur lequel seule en ce monde l’Eglise est fondée. C’est pourquoi, l’Eglise catholique, qui est régie par le droit divin, édifiée par ce droit, soutenue en permanence dans son être par le droit divin, est la seule détentrice de cette essence.

 

De ce fait entre Magistère et droit divin il n’y a aucune différence, pas la moindre. En conséquence, puisque le Magistère tire son autorité du droit divin – la « foi » est indissociablement liée à ce « droit », car la foi sans le lien avec le canal de l’autorité ecclésiale est une foi imaginaire, détachée de son objet qui est l’Eglise.

I. Fondements théologiques du droit divin

Saint Thomas d’Aquin insiste sur la primauté fondatrice du droit divin dans l’Eglise, établissant son lien avec la Loi éternelle : « La loi éternelle est la raison, le plan, du gouvernement divin. Donc, tout ce qui est soumis au gouvernement divin est soumis aussi à la loi éternelle; et ce qui échappe au gouvernement éternel, échappe aussi à la loi éternelle. »  (St Thomas, Somme théologique, II, II, q. 93, a. 4.). Ainsi, à la base de tout dans l’Eglise, il y a le « droit divin » et la « Loi éternelle », car Celui qui se trouve à la tête de l’Eglise c’est le Christ : « De même que l’on donne à toute l’Église le nom de corps mystique par analogie avec le corps naturel de l’homme, dont les divers membres ont des actes divers, ainsi que l’enseigne l’Apôtre (Rm 12, 4 ; 1 Co 12, 12), de même on appelle le Christ tête de l’Église par analogie avec la tête humaine. » (Somme théologique, IIIa, q. 8, a 1). Et cette loi divine est éternelle, elle relève du « droit divin » car elle est ordonnée par Dieu : « Puisque la raison divine ne conçoit rien dans le temps mais a une conception éternelle, comme disent les Proverbes (8, 23), il s’ensuit que cette loi doit être déclarée éternelle (…) la conception éternelle de la loi divine a raison de loi éternelle, parce qu’elle est ordonnée par Dieu au gouvernement des choses qu’il connaît d’avance. La promulgation peut se faire par parole et par écrit. Des deux façons, la loi éternelle reçoit sa promulgation : d’abord de Dieu son promulgateur ; car le Verbe divin est éternel, et ce qui est écrit au livre de vie est éternel. (…) S. Augustin écrit en effet : ‘‘La loi éternelle est celle par laquelle il est juste que toutes choses soient parfaitement ordonnées.’’ » (Somme théologique, I, II, q. 91, a. 1.). C’est pourquoi le rappellera Pie XII : « Le Christ, est la Tête du Corps qu’est l’Eglise, ce principe n’est pas de l’ordre naturel, mais surnaturel, c’est une chose grande, mystérieuse et divine, le divin Rédempteur avec son Corps social constitue une seule personne mystique, sublime unité qui fait que le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils.» (Mystici Corporis Christi, 1943). 

Qu’est-ce que le « droit divin » exactement ? Saint Thomas nous répond : « On parle de droit divin à propos de ce qui est promulgué par Dieu, et ce peut être soit ce qui est naturellement juste, mais dont la justice échappe à l’homme, soit ce qui devient juste par décret divin.» (Somme théologique, II, II, q. 57, a. 2, ad 3). Le droit divin se confondant intrinsèquement, ontologiquement avec la Loi éternelle, puisque  le divin Rédempteur avec son Corps social [l’Eglise] constitue une seule personne mystique (….) sublime unité qui fait que le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils », ceci nous permet donc de comprendre ce que dit solennellement saint Augustin : « La loi éternelle est la raison divine ou la volonté de Dieu.»  (St. Augustin, Contra Faustum, Liv. XXII, ch. XXVII).

Saint_Thomas_Aquin.jpg

« La loi éternelle est la raison, le plan, du gouvernement divin.

Donc, tout ce qui est soumis au gouvernement divin

est soumis aussi à la loi éternelle ;

et ce qui échappe au gouvernement éternel,

échappe aussi à la loi éternelle. »  

(St Thomas, Somme théologique, II, II, q. 93, a. 4.).

 

a) La distinction des ordres

 

Le système normatif de saint Thomas d’Aquin comprend les catégories suivantes, dans l’ordre hiérarchique :

1.- Le droit divin, appréhendé par la Raison divine est inaccessible à l’Homme, mais c’est celui sur lequel l’Eglise est fondée.

2.- Le droit naturel, voulu par Dieu et appréhendé par la raison humaine.

3.- Le droit positif divin, inscrit dans la Bible.

4.- Le droit positif humain, légal parce qu’accepté par tous et légitime parce qu’ayant pour but la réalisation du “Bien Commun” tel qu’il est défini par l’Eglise chrétienne.

 

Les trois catégories connaissables, agissantes dans l’homme et participant de l’acte de Foi, sont les catégories 2, 3 et 4, le droit divin, plaçant en 1 dans l’ordre des catégories, étant supérieur, n’obéit pas au mêmes règles. Le droit divin est inscrit dans la Bible, dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament (Somme Théologique, Ia IIae, qu. 98 et s.), cependant lorsque le Christ fonde son Eglise il lui communique son essence en vertu de ce « droit divin ». Il l’établit par ce droit, la place dans l’Histoire comme instituée, composée et dépositaire de ce droit, Il la qualifie en raison précisément de ce droit divin dont Lui, et Lui seul, est la source, l’origine et la finalité. En ce sens, le Mystère de l’Eglise se rapporte directement au Mystère du Verbe incarné. C’est ce qu’expliquera magnifiquement le R. P. Humbert Clérissac, o.p. (1864-1915), dans Le Mystère de l’Eglise (1918),ouvrage quiéclaire avec une rare profondeur la nature mystérique et mystique de l’Eglise, écrit :

 

« La vie de l'Église c'est la vie même du Christ; la vie de l'âme c'est la grâce sanctifiante. Le ravitaillement de ces deux cités se fait du dedans et d'en haut. Allons donc à l'Eglise par des raisons éternelles et divines. Connaissons et aimons l'Église dans l’idée même en laquelle Dieu Ta voulue, Dieu la connaît, Dieu l'aime. Cette idée n'appartient qu'à Dieu; elle n'est point une déduction de notre raison, ni un postulat de notre nature ; elle est surnaturelle. Et malgré que nous en puissions goûter la beauté et la richesse, nous ne la pénétrerons pas en son fond ; car elle enferme un mystère. Il ne faut chercher rien de moins dans le mystère de l'Église : c'est un mystère exemplaire et type; et c'est un mystère opérant. » [1]

 

b) Le droit divin est lié à la Révélation

 

Poursuivant son analyse le R.P. Clérissac souligne :

 

Trinité.jpg« L’idée en laquelle Dieu voit et aime l'Église, c'est son Fils - « In Ipso benedicentur omnes gentes. » [En Lui seront bénies toutes les nations.] Cette bénédiction date de plus loin qu'Abraham et Adam. Le regard éternel qui fixe les complaisances du Père dans le Fils, voit en lui le chef d'un immense corps et se repose aussi sur l'Eglise qui est ce corps. Cette place, l'Eglise la tient dans la Pensée divine, tout d'abord, parce qu'elle participe plus intimement et plus largement que la Création naturelle, à la perfection du Fils en qui Dieu se contemple. Le Fils, c'est lui la Pensée et la Raison vivante de Dieu, où resplendit non pas précisément la multitude éparse des exemplaires des êtres, mais leur ordre, c'est-à-dire leurs perfections et leurs fins, à tous, harmonisées selon un dessein unique : « In ipso constant. » Et qu'est-ce qui représente plus que l'Eglise la perfection de cet ordre ? Le Fils, il respire l'amour qui fait l'unité des divines Personnes, «Verbum spirans amorem » [Le Verbe dont procède l’Amour] : et qu'est-ce qui représente plus d'amour et plus d'unité que l'Église ? Elle s'enracine donc, pour ainsi dire, dans les plus grandes profondeurs de l'être divin. Avant de naître du côté percé du Seigneur sur la Croix, elle était éternellement conçue dans le Verbe. L'intérêt même de la Révélation que Dieu voulait nous faire de Sa Vérité par son Verbe appelait l'Église et la mettait en première ligne dans le plan divin. Tout le mystère de l'Église gît dans l'équation et la convertibilité de ces deux termes : le Christ et l'Église. Ce principe éclaire tous les axiomes théologiques concernant l'Église. Par exemple : Hors de VÉglise, point de salut, — ne signifie réellement autre chose que : Hors du Christ, point de salut. De même, ce principe éclaire ou plutôt il appelle et exige les quatre grands attributs de la vraie Église : pourquoi l'unité si ce n'est parce que la Vérité est dans l'Église, et l'Église dans la Vérité ? Pourquoi la sainteté, si ce n'est parce que la Grâce est dans l'Église et l'Eglise dans la Grâce ? Pourquoi la catholicité, si ce n'est parce que l'universelle Rédemption se fait par l'Eglise, et que l'Eglise se fait par l'universelle Rédemption ? Pourquoi l’apostolicité, sinon parce que le Christ est dans les Apôtres, et les Apôtres dans le Christ ? »

 

Il conclut :

 

« L'Eglise, c'est Jésus-Christ, mais Jésus-Christ répandu et communiqué. Voilà l'unité vivante et infrangible du Corps mystique du Christ. Voilà l'importance capitale de l'Eglise : ma jus est omnibus. Elle est unie au Fils du même lien qui unit le Fils au Père, elle est dans la main du Père comme dans la main du Fils, son Epoux. Voilà le mystère du Christ dans l'Eglise et de l'Église dans le Christ. La personnalité de l'Église: cette personnalité ne peut se concevoir sans un Chef visible, sans Pierre et le Pape. » [2]

 

Christ roi et Seigneur.jpg

Toute l'Église, Corps mystique du Christ,

est considérée par saint Thomas d’Aquin

comme une seule per­sonne avec le Christ, son Chef.

 

 

 

reginald_garrigou-lagrange.jpgDe son côté le R.P. Garrigou-Lagrange, o.p., (1877-1964)nous explique :« Dieu, dit saint Paul, a constitué le Christ la Tête de toute l'Église, l'Église est le Corps du Christ et sa pléni­tude (Eph., 1, 22-23.) Dans ces paroles de l'apôtre se trouve conden­sée toute la doctrine du Corps mystique de Jésus-Christ. Cette doctrine si profonde a depuis lors occupé la pensée des Pères, fixé l'attention des grands théologiens et nourri la piété des fidèles. Aujourd'hui plus que jamais l'Esprit de Dieu invite l'Épouse du Christ à contempler et à vivre intensément ce beau mystère. (…) A Jésus, Chef mystique de l'Église, [saint Thomas] rattache tout le mystère de la prédestination et de la distribution des grâces, selon le mot de saint Paul : Praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum (Eph., 1, 5, et Som. Théo., III, q. 24, a. 3 et 4). En effet, toute grâce donnée aux hommes, toute vie surnaturelle, dans l'ordre actuel de la Providence, est un fruit de la Rédemption. Or la Rédemption, saint Thomas ne la conçoit qu'en relation avec la divine solidarité du Corps mystique, qui fait de Jésus notre Chef et notre répondant. « C'est comme Chef, dit saint Thomas, et non pas à titre privé et personnel, que Jésus a reçu la grâce, pour la répandre sur tous les hommes. Aussi par ses oeuvres le Christ a-t-il mérité pour Lui et pour tous ses membres, autant qu'un autre homme pour lui seul. » (Som. Théo., III, q. 48, a. I). On objecte parfois que Notre-Seigneur ne pouvait pas souffrir pour nous, ni expier des fautes qu'il n'avait pas; commises, puisque la réparation doit venir de celui qui a commis l'offense. Saint Thomas a connu cette objection, et c'est la doctrine du Corps mystique qui lui fournit la réponse : « Le Chef et les membres, dit-il, ne forment ensemble qu'une seule personne mystique; et c'est pour­quoi la satisfaction du Christ appartient à tous les fidèles comme aux membres de Jésus-Christ. » (Som. Theo., III, q. 48, a. 2, ad 1um)… toute l'Église, Corps mystique du Christ, est considérée comme une seule per­sonne avec le Christ, son Chef (Som. Théo., III, q. 49, a. I). » [3]

Quant à Saint Thomas, il écrit : « Toute l'Église, est un seul Corps mys­tique... et le Christ en est la Tète. Or dans la tête nous pouvons considérer trois choses : la place qu'elle occupe, sa perfection et son influence; sa place : elle est la partie la plus éminente de l'homme... ; sa perfection : elle ren­ferme tous les sens intérieurs et extérieurs... ; son in­fluence : d'elle procèdent la force et le mouvement des autres membres et le gouvernement de leur activité. Cette triple prééminence appartient au Christ d'une façon spi­rituelle. D'abord, par sa proximité de Dieu, il a reçu une grâce qui prime celle de toute créature..., car tous les autres ont reçu le don de la grâce en vue de la grâce du Christ, selon cette parole de l'Apôtre aux Romains (VIII, 29) : Ceux qu'il a connus d'avance, Dieu les a prédestinés à devenir conformes à l'image de son Fils, pour qu'il soit le premier-né parmi beaucoup de frères. En second lieu, le Christ l'emporte en perfection, parce qu'il possède la plénitude de toutes les grâces d'après ce que dit saint Jean (Jo., 1, 14) : Nous l'avons vu plein de grâce et de vérité. En troisième lieu, il a le pouvoir d'influer et de produire la grâce dans tous les mem­bres de l'Église, selon ce mot de saint Jean (Jo., I, 16) Nous avons tous reçu de sa plénitude. C'est donc à bon droit que le Christ est appelé la Tête de l'Église. » (Somme théologique, III,q.8.a.1).

II. Exercice du droit divin sur le Pape

Ainsi donc, au lieu de penser, très coupablement, que l’Eglise édifie un doctrine du droit divin selon saChaire de Pierre.jpg fantaisie, ses vues et ses interprétations, ou « fabrique une théologie du conclave infaillible » (sic), il importe de s’incliner devant la volonté du Ciel et les lois de la société constituée par le Christ, comme le demande d’ailleurs le concile de Vatican I.

 

Car c’est cette doctrine du « droit divin » et de l’infaillibilité du conclave que l’on retrouve au cœur des formulations dogmatiques promulguées lors du concile Vatican I : « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (Pastor Æternus, 1870).

 

st_ peters cope.JPGCeci ayant pour conséquence directe, montrant que l’élection est garantie par l’assistance du Saint-Esprit, et prodigue donc, non seulement sa grâce suffisante mais sa grâce actuelle à l’élu, lui conférant la plénitude de la primauté juridictionnelle en toutes les causes :« Le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles et que, dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut faire recours à son jugement. Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » (Pastor Æternus, 1870).

Notre-Seigneur aurait donc souhaité, ceci de manière formelle, constituer un « imperator théocrate divinisé à l’antique » (sic) en plaçant son représentant sous la grâce du « droit divin » et le situant comme son Vicaire en ce monde ? Etrange question à vrai dire qui frise avec l’impiété, d’autant plus pour des catholiques, montrant une grande distance d’avec la compréhension de ce que signifie la Révélation. Autant se demander si le Christ peut se tromper, s’il est possible qu’il puisse faire erreur. Si les choses sont ainsi c’est que Dieu les a voulues telles ! Et ces choses, les lois de cette sainte société fondée par Jésus-Christ, sont absolument parfaites.

Pourquoi cette perfection ? En raison du « droit divin » précisément :

« De droit divin surnaturel encore, l'Eglise est une société publique parfaite, c'est-à-dire qu'elle a le droit de posséder tous les organes et toutes les institutions dont elle a besoin pour atteindre sa fin propre, qui est l'avancement du Règne de Dieu ; au nombre de ces organes et institutions. Dans le vocabulaire de la philosophie chrétienne, on appelle société parfaitenon point une société dont tous les membres seraient sans péché, toutes les mœurs sans défaillance et tous les usages excellents, ‑ mais une société qui, par sa nature, a en elle tous les moyens nécessaires pour atteindre sa fin propre. C'est en ce sens l'Eglise est une société parfaite. »  (Léon XIII, Satis Cognitum, 1896).

Saint Gregoire VII.jpgEt parce que de droit divin surnaturel, l'Eglise est une société publique parfaite l’élu du conclave, après son élection comme Pontife, est fait saint selon saint Grégoire VII (+1085), qui édicta afin de préciser la nature de l’éminent pouvoir d’origine divine dont était détenteur le Pape, les Dictatus papae (1075), où furent énoncés les principes du droit divin et de la théocratie pontificale, principes qui président à l’édification de la doctrine de la Papauté, jusque et y compris, dans l’élaboration du droit canon moderne, posant l’origine de l’Eglise fondée par Dieu, le droit divin du Pontife interdisant à quiconque de le juger, sa sainteté étant de droit indubitable, c’est-à-dire ne pouvant être mise en doute par personne, du moins qui se veut ou souhaite demeurer catholique :

 

« 1. L’Eglise romaine a été fondée par Dieu seul.

(Quod Romana ecclesia a solo Domino sit fundata).

2. Seul le Pontife romain peut seul être appelé de droit universel.

(Quod solus Romanus pontifex iure dicatur universalis)

11. Le Pape est le seul nom dans le monde.

(Quod hoc unicum est nomen in mundo).

18. Un jugement prononcé par lui ne peut être annulé par quiconque; et seul lui-même, parmi tous, peut le faire.

(Quod sententia illius a nullo debeat retractari et ipse omnium solus retractare possit).

19. Le Pape ne peut être jugé par personne.

(Quod a nemine ipse iudicari debeat). 

23. Le pontife Romain, s’il a été canoniquement élu, est fait saint, de manière indubitable, par les mérites de saint Pierre et saint Ennode, évêque de Pavie, qui témoignent pour lui, beaucoup de saints pères étant d’accord avec lui. Ainsi qu’il est écrit dans les décrets du pape Symmaque. (Quod Romanus pontifex, si canonice fuerit ordinatus, meritis beati Petri indubitanter effecitur sanctus testante sancto Ennodio Papiensi episcopo ei multis sanctis patribus faventibus, sicut in decretis beati Symachi pape continetur). »

On le voit, selon Grégoire VII, dont on ne pourra penser que le saint Pontife médiéval ait été frappé de « légalisme borné, messianisme clérical ou d’illuminisme savant », le nouvel élu par l’effet du conclave, est lavé, blanchi, rendu saint de manière indubitable, ceci expliquant pourquoi la légitimité du nouveau pape ressort sans aucune contestation  possible, du fait dogmatique. S’il est élu, celui choisi par le Sacré-Collège agit infailliblement sous la motion du Saint-Esprit et est fait saint par les mérites de saint Pierre, vrai et authentique Pape de l’Eglise de « droit divin ». [4]

Messe pontificale.jpg

 

« Le Christ, Jésus, Fils de Dieu,

consacre son Eglise et la marque du signe du Saint Esprit

comme de son caractère et de son sceau… »

(S. Thomas, Contra errores Graecorum, Pars IIIe. Ch. XXXII).

 

  

 

Ceux qui douteraient de cette vérité, sont sévèrement blâmés par saint Thomas : « L’erreur de ceux qui prétendent que le vicaire de Jésus-Christ, le Pontife de Rome, n’a pas la primauté de l’Eglise universelle ressemble à celle de ceux qui prétendent que le Saint Esprit ne procède point du Fils. Car le Christ, Jésus, Fils de Dieu, consacre son Eglise et la marque du signe du Saint Esprit comme de son caractère et de son sceau… »  (S. Thomas, Contra errores Graecorum, Pars IIIe. Ch. XXXII).

 

Saint Thomas rajoute d’ailleurs :

 

Christ-Roi.jpg« Il ne peut y avoir un seul corps, s’il n’y a point une seule tête : ni une seule réunion de fidèles, s’il n’y a un seul maître. Ce qui a fait dire à saint Jean, chap. X, 16 : "il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul Pasteur." » On prouve que saint Pierre étant le vicaire de Jésus-Christ et le Pontife romain successeur de saint Pierre, ce dernier a dû hériter de son pouvoir. Il est écrit au Canon du concile de Calcédoine : "Si quelque évêque est noté d’infamie, qu’il ait la liberté d’en appeler au bienheureux évêque de l’antique Eglise de Rome. Car nous avons Pierre comme pierre de refuge, et c’est à lui seul qu’appartient le droit, à la place de Dieu, de connaître, par un libre pouvoir, la criminalité d’un évêque accusé, en vertu du pouvoir des clefs que Dieu lui a données." Et plus bas : "Que tout ce qu’il décide, soit accepté comme du vicaire du trône apostolique." Saint Cyrille, patriarche de Jérusalem, dit en parlant au nom de la personne du Christ : "Toi pour un temps, et moi éternellement, je serai avec tous ceux que je mettrai à ta place, pleinement et parfaitement, par l’autorité et les sacrements, de même que je suis avec toi." Saint Cyrille dit, dans son livre des Trésors, que "les Apôtres ont affirmé, dans l'Evangile et dans leurs Epîtres, que, pour la doctrine, Pierre et son Eglise tenaient la place de Dieu, lui donnant la préséance dans toute réunion et dans toute assemblée, dans toutes les élections et dans toutes les décisions." Et plus bas " Tous inclinent la tête devant lui (Pierre), de droit divin, et les primats du monde lui obéissent comme au Seigneur Jésus." Saint Chrysostome dit, en parlant au nom de la personne du Fils : "Pais mes brebis," c’est-à-dire, sois à la tête de tes frères, en mon lieu et place. " Il est également prouvé qu’il est de nécessité de salut, d’être soumis au souverain Pontife. Saint Cyrille écrit dans son livre des Trésors : "C’est pourquoi, mes frères, nous imitons Jésus-Christ, afin que nous, ses brebis, nous entendions sa voix, en demeurant dans l’Eglise de saint Pierre, et que nous ne soyons point enflés du souffle de l’orgueil, de peur que le perfide serpent ne nous chasse hors de l’Eglise, à cause de notre entêtement, comme il chassa Eve du paradis." Et Maxime dans son Epître aux Orientaux : "Nous soutenons que l’Eglise universelle est réunie et fondée sur la pierre de la confession de saint Pierre, selon les paroles du Sauveur, dans laquelle il faut vivre pour le salut de nos âmes et lui obéir, en gardant fidèlement sa foi et sa religion". »  (Contra errores Graecorum, Pars II. ch. XXXV & ch. XXXVIII).

 

 

III. L’Eglise est, et « pour toujours », une société divine

 

 

Mgr de Ségur.jpgMgr L.G. de Ségur (1820-1881) sut le dire avec force : « JÉSUS-CHRIST et l'Église forment un tout indivisible »,  l'unique souverain, le Chef suprême de l'Eglise est le Seigneur Jésus-Christ.L'Eglise a été créée par Jésus-Christ Lui-même. Elle existait dans la pensée de Dieu, de toute éternité.L'Église, société surnaturelle, a été constituée par Notre Seigneur pour continuer sur la terre Sa mis­sion surnaturelle. C’est cette conviction que rappelle Léon XIII :  « Par son origine, l'Église est donc une so­ciété divine : par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent, elle est surna­turelle. » (Léon XIII Satis Cognitum, 1896).

 

Jésus parle de l'Eglise dans l'Évangile selon saint Matthieu : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela (Simon venait de déclarer à Jésus : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant »), mais c'est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur ce roc, Je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » (Matthieu XVI, 18-19). Jésus parle ici de son Église, par où Il entend, à n'en pas douter, la société surnaturelle qu’il fonde jusqu'à la fin des temps. L'Eglise forme le Corps Mystique dont le Christ est la tête (Ephésiens I, 22-23), C'est par elle que : « Les autorités et les dominations dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui la sagesse infiniment variée de Dieu, selon le dessein éternel qu'il a mis à exécution par Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Ephésiens III, 10-11). L’Eglise, qui est l'épouse de Christ, saint Paul nous révèle : « Il l'a aimée et s'est livré Lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la Parole après l'avoir purifiée, par le baptême d'eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible(Ephésiens V, 22-27). Saint Jean disant : « Ce mystère est grand » et certes, rien n'est plus grand, après l'Incarnation la Passion et la Résurrection de Jésus-Christ, que la formation de cette Eglise, Nouvel Israël, habitation permanente du Saint-Esprit, destinée à partager la gloire du Christ, étant unie à Lui aussi complètement que « Lui-même, est uni au Père. » (Jean XVII, 20-26).  On comprend donc pourquoi il est impossible que disparaissent la visibilité, la hiérarchie et la légalité de l’Eglise catholique. Le Concile Vatican I a solennellement affirmé cette vérité :  « Si donc quelqu’un dit que ce n’est pas par l’institution du Christ ou de droit divin que saint Pierre a, et pour toujours, des successeurs dans sa primauté sur l’Eglise universelle, ou que le Pontife romain n’est pas successeur de saint Pierre en cette primauté: qu’il soit anathème. » (D.S. 3058, Const. Dogm. Pastor Æternus, canon du chap. 2).  

Clément VIII.jpg

 

« Par son origine, l'Église est une so­ciété divine :

par sa fin, et par les moyens immédiats qui y conduisent,

elle est surna­turelle. »

(Léon XIII Satis Cognitum, 1896).

 

 

 

Saint Charles borromée.jpgIl y aura donc “toujours”, c’est-à-dire jusqu’à l’achèvement des temps, un successeur de saint Pierre à la tête de l’Eglise, c’est une vérité de foi fondamentale qui relève de l’indéfectibilité de l’Eglise, car si l’Eglise était privée de Pape, ce qui est contraire aux promesses formelles du Christ, elle n’existerait plus telle que l’a fondée Jésus, or le Christ ne peut ni mentir, ni accepter que son œuvre puisse être détruite, ni que son saint sacrifice ait été vain. Cela n’a aucun sens. [5] L’Église n’est autre, dira dans une formule magnifique Bossuet, que « Jésus-Christ répandu et communiqué » [6], saint Augustin ayant préalablement résumé cette idée majeure de l’unité entre le Christ et l’Eglise : «L’Église entière, partout diffusée, est le corps dont le Christ est la tête: ce sont non seulement les fidèles maintenant vivants, mais aussi ceux qui ont été avant nous, et ceux qui viendront après jusqu’à la fin du monde, qui forment ensemble son corps. Il en est la tête, lui qui est monté au ciel. » (Enorr. in P LXII, n° 2). L’Eglise, et nous touchons là à un mystère sublime, est donc le Christ, non par image, mais par commune nature, par identité d’être dont la propriété est l’attribution, ceci en bonne logique scolastique : « L’être attribué selon la substance signifie ce qu’elle est ». (S. Thomas, De Potentia, q. 7 a. 5 arg). Or, l’essence divine, par là même qu’elle s’identifie avec l’actualité en exercice de son existence, pour l’Eglise en tant que Corps du Christ, « est l’Être même subsistant et s’offre à nous et nous fournit la raison de son infinité en perfection ». (Cf. 24 thèses thomistes, thèse XXIII, 1917). Saint Irénée, évêque de Lyon, aura ces mots saisissants : « Où est l’Église, là est l’Esprit de Dieu; et où est l’Esprit de Dieu, là est l’Église, et toute la grâce. » (Adversus haereses, livre III, ch. 24, n I).

 

IV. Nécessité de fuir le libre examen et l’erreur subjectiviste

Il faut donc impérativement conserver à l’esprit que saint Pierre a reçu les clefs des mains du Christ : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux », or le don des clefs, écrit le Père Marie-Joseph Lagrange, o.p. (1855-1938), est : « l’investiture du pouvoir, sur toute la maison. Jésus est le fondement et Pierre est le fondement; Jésus a la clef de David et Pierre a les clefs: l’autorité de Pierre est donc celle de Jésus. » [7] Ces clefs remises à Pierre en tant que primat,  prmier pape et chef des apôtres, représente concrètement, positivement et incontestablement : « la puissance juridictionnelle plénière et suprême sur l’Église universelle. » (Constitution De Ecclesia Christi, 18 juillet 1870). Ce à quoi fait écho la déclaration de Pie XII lors d’une allocution le 2 octobre 1945 : «La fondation de l’Église comme société s’est effectuée, contrairement à la formation de l’État, non de bas en haut, mais de haut en bas » [8], déclaration à laquelle se rattache comme ontologiquement et substantiellement la révélation du Christ à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis.» (Jean XV, 16). De la sorte, afin de prévenir toutes les erreurs subjectives surgissant des ténébreuses illusions de l’esprit moderne enivré de ses lumières individuelles, faisant du jugement privé et du libre examen la source de la vérité de l’autorité et du droit, le pape Pie XII prévenait ainsi les membres de l’Eglise :

«Que, parmi vous, il n’y ait pas de place pour l’orgueil du “libre examen” qui relève de la mentalité hétérodoxe plus que de l’esprit catholique et selon lequel les individus n’hésitent pas à peser au poids de leur jugement propre même ce qui vient du Siège Apostolique.» (Pie XII, Vosomnes, 10. IX. 1957).

 

Telle est la conclusion à laquelle avait déjà abouti, par une analyse approfondie du sujet en raison de sa lutte contre Luther, en se basant sur les principes de la Révélation, le cardinal Cajetan (1469-1534) :« Mais de quel droit l’évêque de Rome est-il le successeur de Pierre ? De droit divin ! De droit divin il faut un successeur. Car la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Mais puisqu’il s’est fixé à Rome, cette église lui fut appropriée, et ses successeurs sur ce siège sont héritiers de son pontificat suprême. Du reste cette appropriation fut confirmée par le Christ lui même qui vint à la rencontre de Pierre, lorsqu’il voulu fuir et lui dit: ‘‘Venio Romam iterum crucifigi’’ ! Pierre a bénéficié d’une révélation divine, il a été proclamé bienheureux, il a été surnaturellement affermi dans sa foi; et c’est grâce à tout cela que le Christ l’a choisi comme chef de son Eglise. Le Christ ne dit pas qu’il édifiera son Eglise sur Pierre [super Te, mais super hanc petram], donc sur Pierre divinement qualifié selon un droit surnaturel. D’où nous devons conclure, que la défaillance de Pierre n’entraîne pas nécessairement la capacité d’être fondement, et le droit d’être considéré comme chef [tamquam virtus, glutinum quoddam sit jungens homini pontificatum], car l’évêque de Rome est le successeur de Pierre de droit divin… De droit divin il faut un successeur puisque la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Le droit de succession est par conséquent un droit divin. »  (De divina institutione Pontificatus Romani Pontificis, 1521).

 

Une remarque de Mgr de Ségur est utile sur ce point :


« Si l’esprit de révolte venait à briser quelqu’une des colonnes du temple ; si l’orgueil et la passion venaient à séparer de l’unité catholique quelque prêtre, quelque Evêque, que faudrait-il faire ? Demeurer inébranlable dans la foi de Pierre, dans la foi du Pape infaillible. Là où il est, là est l’Eglise, et là seulement. » (Mgr de Ségur, Le Dogme de l’infaillibilité, 1896).


Par ailleurs l’avertissement de Saint Vincent Ferrier (+ 1419) est précieux en nos temps actuels :


« Nous ne devons pas juger de la légitimité des papes par des prophéties, des miracles et des visions. Le peuple chrétien est gouverné par des lois, contre lesquels les faits extraordinaires ne prouvent rien.» [9]


Saint Hilaire (+ 367) précise enfin : «Le Christ, se tenant dans la barque pour enseigner, nous fait entendre que ceux qui sont hors de l'Eglise ne peuvent avoir aucune intelligence de la parole divine. Car la barque représente l'Eglise, dans laquelle seule le Verbe de vie réside et Se fait entendre, et ceux qui sont en dehors et qui restent là, stériles et inutiles comme le sable du rivage, ne peuvent point le comprendre.» (Cf. Cornment. in Matth., XIII, n. 1).

 

Léon XIII pouvait donc solennellement décréter : «L'Eglise du Christ est donc unique et, de plus, perpétuelle : quiconque se sépare d'elle, s'éloigne de la volonté et de l'ordre de Jésus-Christ Notre-Seigneur, il quitte le chemin du salut, il va à sa perte. ‘‘Quiconque se sépare de l'Eglise pour épouse adultère, abdique aussi les promesses faites à l'Eglise. Quiconque abandonne l'Eglise du Christ ne parviendra point aux récompenses du Christ. Quiconque ne garde pas cette unité, ne garde pas la loi de Dieu, il ne garde pas la foi du Père et du Fils, il ne garde pas la vie ni le salut’’ (S. Cyp. De cath. Eccl. Unitate). » (Léon XIII, Satis Cognitum, 1896).

 

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« C’est pourquoi nul ne sera sauvé si,
sachant que l’Eglise a été divinement instituée par le Christ,
il n’accepte pas cependant de se soumettre à l’Eglise
ou refuse l’obéissance au Pontife romain,
Vicaire du Christ sur terre
. »

(Pie XII, Lettre du Saint-Office à l’Evêque de Boston, DS 3867)

 

Notre devoir catholique est donc simple : rester fidèles à l’Eglise, résister si nécessaire aux nouveautés, défendre la doctrine, le saint sacerdoce, la messe et la divine liturgie, et s’interdire absolument de se séparer de Rome en déclarant déchus de leur charge les papes élus par le conclave ou en soutenant que l’Eglise n’est plus l’Eglise.

 

Conclusion

 

Dom Guéranger (1805-1875), le célèbre restaurateur de l’ordre bénédictin en France, après sa suppression par la Révolution française (loi du 13 février 1790), disciple de Joseph de Maistre (1753-1821), soutiendra dans son excellent ouvrage De la monarchie pontificale :

 

Droit Divin.jpg« Nous n'avons qu'un seul devoir à remplir : celui de remercier le Fils de Dieu d'avoir dispensé les hommes du soin de constituer son Église, en établissant lui-même à sa tête cet apôtre immortel qui en est le fondement unique, le Docteur et le Pasteur universel. C'est donc toujours et uniquement à l'institution divine qu'il faut recourir, pour avoir la vraie notion de l'Église et de la forme qui lui a été donnée Il n'est rien de mieux affirmé dans l'Évangile que le dogme de la monarchie de saint Pierre, l’Esprit-Saint ayant voulu que le principe sur lequel repose toute l'Église fût intimé d'une manière irrécusable par la lettre même de l'Écriture. La tradition est pareillement sur ce sujet d'une richesse beaucoup plus abondante que sur la plupart des autres dogmes. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu'une seule personne, quant aux droits du Pontificat. Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu'il n'y a qu'un seul Christ ; il est unique, parce qu'il n'y a qu'une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l'Église tout entière : super hanc Petram sedificabo Eccîesiam weam. L'Église dont la constitution est divine a pu résister et résistera jusqu'à la fin. » (Dom Guéranger, De la monarchie pontificale, 1870).

 

En effet, l'Église de constitution est divine a pu résister tout au long des siècles - et parfois les crises furent sévères et les menaces terribles en certaines périodes de l’Histoire -, et résistera, selon les promesses formelles et explicites du Christ, jusqu'à la fin. Cette vérité doit être comme un viatique permanent dans chaque âme catholique, notamment à l’heure où règnent le trouble et la désorientation : l'Église dont la constitution est divine résistera jusqu'à la fin !

 

Voici ce que sainte Catherine de Sienne (+ 1380), dans une lettre au Bienheureux Raymond de Capoue (+ 1399), écrite le 16 février 1380 peu de jours avant sa mort, demandait à Dieu dans une belle prière :

 

« 0 Dieu éternel, recevez le sacrifice de ma vie

pour le Corps mystique de la sainte Église.

Je ne puis vous donner que ce que vous-même m'avez donné.

Pre­nez mon coeur, et pressurez-le sur la face de l'Épouse. »

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.

Allez… Et moi je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde. »

(Matthieu, XXVIII, 18, 20).

 

Armes-Pontificales.jpg

 

Notes.

 

 

 

1. R. P. Humbert Clérissac, o.p., Le Mystère de l’Eglise, Editions Georges Crès, 1918, p. 15 ss.

 

2. Ibid.

 

3. R.P., Garrigou-Lagrange, o.p., Le Christ Chef mystique de l'Église, La Vie Spirituelle n°182., 1er Novembre 1934.

 

4. Le droit canon qualifie la nature du pouvoir pontifical, il est :

 

  1. Ordinaire (de droit divin, il est lié à l’office et n’est délégué par aucune autorité) ;
  2. Suprême (n’est subordonné a aucune autorité), plénier (sa compétence s’étend à toute les matières, tria munera) ;
  3. Immédiat  (1. ce pouvoir se reçoit de Dieu, 2. les intermédiaire ne sont pas nécessaires) ;
  4. Universel (s’exerce sur toute l’Église).

 

 « Le Pontife romain légitimement élu, obtient de droit divin, immédiatement après son élection, le plein pouvoir de souveraine juridiction. » (Can. 219)

« Le pontife romain, successeur du primat de St. Pierre, a non seulement un primat d’honneur, mais aussi la suprême et pleine puissance de juridiction sur l’Église universelle, concernant la foi et les mœurs, et concernant la discipline et le gouvernement de l’Église dispersée sur tout le globe.» (Can. 218, § 1).

 

5. Une étude approfondie du droit hiérarchique de l’Eglise, des instituts et les sociétés, les fonctions de service dans le droit de l’Eglise, le processus de formation du droit de l’Eglise, l’histoire des sources, etc., prévient heureusement des erreurs subjectives dans lesquelles sont entraînés ceux qui ne bénéficiant pas d’une connaissance suffisante de ces domaines imaginent que l’on peut juger de la situation canonique d’un membre de l’Eglise, clerc ou laïc, et plus encore un Pontife qui d’ailleurs « ne peut être jugé par personne » (can. 1556), en se fondant sur sa conviction, son sentiment, le prétendu « constat » d’un abandon de la foi, ou à la suite d’une comparaison entre l’enseignement du Magistère antérieur et du Magistère actuel, ou quelque autre motif encore. Tout cela n’a strictement aucune validité théologique, dogmatique ou juridique selon les lois séculaires de l’Eglise. C’est valable pour un Luther, un Calvin ou un Huss, mais pas pour un catholique.

 

C’est ce que rappelle le Can. 1892 :

 

La sentence est affectée d’un vice de nullité irréparable lorsque :

 

« 1° Elle a été portée par un juge incompétent d’une manière absolue, ou par un tribunal collégial comprenant un nombre irrégulier de juges au regard du Can. 1576 § 1 ;

2° Elle a été portée entre des parties dont l’une n’a pas qualité pour ester en justice ;

3° Quelqu’un a agi au nom d’un tiers sans avoir un mandat régulier. »

 

Cajetan a résumé cette idée de l’incompétence et de la nullité irréparable d’une sentence lorsque combattant l’hérésie de Luther, il insista sur la valeur absolue droit divin pontifical dans une étude portant sur l’origine divine de la papauté : De divina institutione Pontificatus Romani Pontificis, étude composée en 1521 au retour de sa légation en Allemagne (mai 1518 à septembre 1519) :  «De droit divin il faut un successeur puisque la succession est une institution évangélique, une volonté explicite du Christ. Le droit de succession est par conséquent un droit divin. »  (De divina institutione Pontificatus Romani Pontificis, 1521), rajoutant, ce à quoi aboutit la thèse de la vacance du Saint-Siège : « “impossibile est Ecclesiam relinqui absque Papa et potestate electiva Papæ’’ / il est impossible que l’Eglise soit laissée sans Pape et sans le pouvoir d’élire le Pape. » (n. 744). Ainsi l’Eglise, quels que soient les hommes qui la dirigent, reste l’Eglise. C’est un point essentiel : « L’Eglise possédera toujours les moyens de grâce, les clefs du royaume des cieux et avec cela, elle restera l’unique dépositaire du salut ; mais le pouvoir des clefs ne dépendra pas de la fidélité personnelle de celui qui sera amené à l’exercer. Ce qui veut dire que les hommes d’Eglise, même le premier d’entre eux, lorsqu’ils auront à exercer leur autorité, pourront ne pas toujours être à la hauteur de la foi et de la grâce qu’il doivent transmettre. Mais pour autant l’Eglise ne sera menacée ni dans son existence, ni dans sa sainteté. » (Romano Amerio, Iota unum, ch. VI, § 58).

 

6. Bossuet, Lettre IV. “Sur le mystère de l’unité de l’Église et les merveilles qu’il renferme”, in O.C., t. XI, 1836.

 

7. Père M.-J. Lagrange, o.p., Évangile selon saint Jean, Paris, 1925, p. 529.

8. Pie XII, Allocution du 2 octobre 1945, Acta Apost. Sedis, 1945, pp. 256-262.

9. Saint Vincent Ferrier, De moderno Ecllesiæ schismate, in F. Mourret, Histoire générale de l’Église, t. V, Bloud et Gay, 1914, p. 128.

 

 

 

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