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samedi, 18 décembre 2010

L’Encyclique secrète de Pie XI

Rappel de l’antijudaïsme traditionnel de l’Eglise

 

 

Pape Pie XI.jpg

menorah or.jpg 

« Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif,

l’Eglise doit prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité

pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.

  L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles

contre les enseignements juifs. »

 

Pie XI

 

Certains prétendent, du moins si l’on en croit le texte qui figure sous son portrait au musée de Yad Vashem à Jérusalem, que Pie XII fit disparaître le texte d'Humani Gerenis Unitas, l’Encyclique que préparait Pie XI avant sa mort. Cette Encyclique se voulait, effectivement, une condamnation des totalitarismes qui « déifiaient » et « divinisaient » la nation. Il est vrai que Pie XI, pape qui prononça la condamnation de l’Action Française en 1926 [1], dans son texte, dénonçait les régimes, soit d’origine marxiste (le communisme), soit d’origine néo-païenne ou mazzinienne (le national-socialisme et, sous certains aspects, le fascisme), eu égard aux possibles, bien que limitées pour les nations catholiques, dérives idolâtriques que ces systèmes politiques recelaient.

 

Pie XII pape.jpgCertes le racisme préoccupait le Pontife [2], et chargeant un jésuite de rédiger avec deux autres prêtres l’épreuve de la future Encyclique qu’il préparait, il réitérait fermement ses critiques envers les conceptions racistes, matérialistes et biologiques. Mais, comme on le sait, Pie XI mourut peu de temps avant de pouvoir promulguer cette Encyclique, que beaucoup évoquent et considèrent comme « avant-gardiste » et libérale, faisant grief à Pie XII, ce qui mettrait bien en évidence son esprit conservateur, réactionnaire, philo-germanique et anti-sioniste, de n’avoir pas voulu rendre publiques les lignes écrites par son prédécesseur.

 

I. Action nocive de l’Opus sacerdotale Amici Israël

Torah juive.jpgPour comprendre le contexte de l’écriture de cette Encyclique, il faut se souvenir que la révision de l’oraison du Vendredi saint -Vatican II était encore à venir ce qui nous donne de mettre en lumière que l’action moderniste était à l’œuvre à l’intérieur de l’Eglise longtemps avant 1962 - avait été à l’ordre du jour pendant l’entre-deux-guerres, en particulier après la création à Rome, le 24 février 1926, de l’Opus sacerdotale Amici Israël, destinée à donner à la politique du Saint-Siège une orientation plus favorable vis-à-vis du peuple juif. Il était question, dans le but affiché de cette association philosémite, de « propager les idéaux du sionisme parmi les catholique » tout en les encourageant à un apostolat fondé sur l'amour et la charité ».

Dès sa deuxième année d’existence, l'Opus sacerdotale Amici Israël réunissait 19 cardinaux, 300 évêques et environ 3 000 prêtres, ce qui nous donne une idée de l’importance de l’infiltration de ses thèses à l’intérieur de la hiérarchie catholique. Si l’Opus sacerdotale disait vouloir la conversion des Juifs, elle ne le voyait pas selon la tradition catholique et conformément à la prière du Vendredi saint, mais dans une optique bien différente, soi-disant « définie » par le pape Pie XI lors de l'Année sainte 1925 qui s’était exprimé avec une certaine sympathie envers les Juifs.

Ainsi, la première mission militante de l’association consista à chercher à faire supprimer le mot perfidisIldefonso Shuster.jpg dans la prière du Vendredi saint. Le pape Pie XI, qui travaillait volontiers à cette réforme, en accord avec le grand rabbin de Milan demanda à la Congrégation des rites d’élaborer une modification en ce sens. Il chargea l'abbé bénédictin Ildefonso Schuster, lui-même partisan de cette réforme, de suivre avec attention le dossier.

 

II. Maintien par le Saint-Office de l’antijudaïsme de l’Eglise

  

 

Crucifix.jpg

  

« La prière du Vendredi saint,

exprime la répugnance pour la rébellion

et la trahison du peuple élu, perfide et déicide » 

 

Merry del Val.jpgFort heureusement, la Curie romaine lui opposa une fin de non-recevoir catégorique, assortie d’un refus sans appel du cardinal Merry del Val, préfet du Saint-Office, au motif qu’il s’agissait de transformer une prière « inspirée et sanctifiée » par les siècles et exprimant, selon Hubert Wolf, « la répugnance pour la rébellion et la trahison du peuple élu, perfide et déicide ». [3]

Toutefois, malgré ce refus qui signifiait clairement la résistance de l’Eglise aux thèses philosémites, l'Opus sacerdotale poursuivait ses campagnes en liaison avec les représentants du mouvement sioniste européen, dont Albert Cohen. Fort heureusement, sur la question de la création d'un État juif en Palestine, Pie XI, en conformité avec la doctrine observée par ses prédécesseurs, notamment s. Pie X, préconisait une attitude « réservée » et « prudente », ce qui évita bien des égarements et fit que Rome conserva sa position traditionnelle en la matière.

Mais alors que Pie XI réaffirmait le refus de l’Eglise, pour des motifs théologiques sérieux, d’avaliser le menorah juive.jpg sionisme, une partie des membres de l’Opus sacerdotale Amici Israël en était venue, par une sorte d’élan spirituel irrépressible, à souhaiter la création d'une nouvelle religion, une « Église chrétienne juive » exaltant de façon outrancière l’éminence du peuple juif, son immense valeur, sa grandeur devant laquelle devait s’incliner tous les chrétiens, allant même jusqu’à intégrer dans la liturgie de l’autel des symboles judaïques comme la ménorah, c’est-à-dire le chandelier à sept branches devenu le signe même de la religion juive actuelle, chandelier évoquant celui qui figurait dans le Temple de Jérusalem. Cette déviance, le Vatican ne pouvait la tolérer, car elle conduisait à une choquante « hébraïsation de l'Église » destinée, selon les animateurs de l’Opus sacerdotale,  à hâter la conversion du peuple juif.

Ces diverses raisons, sérieuses s’il en est, firent que l'Opus sacerdotale Amici Israël fut, purement et simplement, abolie le 25 mars 1928 par un décret du Saint-Office. Les partisans de la modification liturgique, parmi lesquels l'abbé Schuster, se virent obligés de se rétracter dans les plus brefs délais, alors même qu’ils avaient argué de précédents à cette suppression dès l’époque napoléonienne. [4]

 

 

menorah.jpg

 

l’Opus sacerdotale Amici Israël,

souhaitait bien avant Vatican II,

 la création d'une nouvelle

« Église chrétienne juive ».

 

Toutefois, Pie XI, afin de ne point donner l’image d’une brutale hostilité envers le peuple hébreu, exigea que cette dissolution fût assortie d'une condamnation de la haine envers les Juifs, et stipula : « Comme il réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, le Saint-Siège condamne résolument la haine contre un peuple déjà élu par Dieu, haine qu'aujourd'hui on désigne vulgairement sous le nom d'antisémitisme.» Quant à l'abbé Schuster, Pie XI le créa cardinal et archevêque de Milan l'année suivante, en juillet 1929.

III. Texte de l’Encyclique de Pie XI

Or, ce qui est intéressant, c’est qu’à cette même et identique période, concernant le problème juif, cette Encyclique dont le contenu fut tenu secret pendant des décennies, et dont on nous dit qu’elle marquait une rupture d’avec la position de l’Eglise, bien au contraire réaffirme avec beaucoup de force, les thèses anti-judaïques traditionnelles que Rome professe depuis toujours, et ce en 1939 à une période où plusieurs régimes politiques en Europe, notamment en Allemagne, avaient pris des dispositions à l’encontre des juifs, quelques mois seulement avant le début de la guerre.

Ces lignes, que nous découvrons puisqu’elles ne sont accessibles que depuis peu, le texte ayant été déclassifié en 2007, prennent donc une importance doctrinale significative, et méritent d’être connues, d’où notre initiative d’en publier un large extrait totalement inédit, soit celui portant sur la « Question Juive », qui pourrait être de nature à surprendre beaucoup de monde.

 

- HUMANI GENERIS UNITAS -

Passage portant sur la « Question Juive »

 Pie XI.jpg

« La prétendue question juive,

dans son essence …

est une question de religion. »

 

La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité territoriale, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme. (...) Le Sauveur, que Dieu envoya à son peuple choisi, fut rejeté par ce peuple, répudié violemment et condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne... Enfin, il fut mis à mort. (...) Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur  fut  le salut du monde.

Aveuglés par une vision de la domination et du gain matériels, les israélites ont perdu ce qu'ils avaient cherché eux-mêmes. Quelques âmes choisies, parmi lesquelles étaient les disciples de notre Seigneur, les premiers chrétiens juifs, et, au cours des siècles, quelques membres du peuple juif, firent exception à cette règle générale. Par leur acceptation de l'enseignement et de leur incorporation du Christ dans son Eglise, ils ont partagé l'héritage de sa gloire, mais ils sont restés, et restent toujours encore, une exception : « Israël qui recherchait la justice ne l’a pas trouvée, ceux qui ont été choisis par Dieu l’ont trouvée, mais les autres ont été aveuglés » (Romains, XI, 7).

De plus, ce peuple infortuné, qui s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre, a cependant été préservé de la ruine totale. Saint Paul maintient la possibilité du salut pour les Juifs, pourvu qu’ils se détournent de leur péché.

Israël demeure le peuple jadis choisi.

  

Juifs antichrétien.jpg

 « Nous constatons chez le peuple juif

une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. »

  

Nous constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. Il en résulte une tension perpétuelle entre Juif et Chrétien, qui ne s’est à proprement parler jamais relâchée. La haute dignité que l’Eglise a toujours reconnue à la mission historique du peuple juif, ne l’aveugle pas cependant sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes.

  

 talmud juif.jpg

 

« L’Eglise s’aveugle pas sur les dangers spirituels

auxquels le contact avec les Juifs

peut exposer les âmes. »

  

 

Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif l’Eglise doit, par tous ses efforts, prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.

L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles contre les enseignements juifs, quand les doctrines comportées menacent la foi. Elle a pareillement mis en garde contre des relations trop faciles avec la communauté juive.” [5]

 

 IV. Enseignement antijudaïque de Pie XI

 

Jésus hébreux.jpgPie XI rappelle la thèse traditionnelle de la théologie catholique, à savoir que Jésus-Christ « fut rejeté par les juifs », et de plus « répudié violemment, condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne », ce qui est très loin des thèses philo-judaïques dont se faisait l’écho les Amis d’Israël, cherchant à minimiser la responsabilité des juifs dans la crucifixion. L’expression du Pontife, pour qualifier la responsabilité juive dans la mort du Christ, est très forte : « Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur ».

 Suit alors une évocation des conséquences de ce crime des juifs qui, en 1939, n’était pas neutre, pour le moins : « Le peuple juif s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre ». Ecrire cela, à la période où le pape travaillait à son Encyclique et était évidemment informé des conditions qui étaient faites aux juifs dans certains pays en Europe, et ce jusqu’en Russie soviétique où les fameux procès de Moscou étaient encore d’actualité, nous laisse mesurer l’indéfectible attachement de Rome à la doctrine de l’antijudaïsme.

Si, comme il est normal, est réaffirmée la possible repentance libératrice faisant que les juifs, « qui demeurent le peuple jadis choisi »,  pourront bénéficier du salut, alors même que bénéficiant d’une clémence divine il a été « préservé de la ruine totale », ce salut ne lui sera octroyé que si les juifs « se détournent de leur péché ».

Puis prenant acte de l’antagonisme qui existe entre judaïsme et christianisme, le pape déclare : « Nousjudaïsme.jpg constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme ». Et les mots du Saint-Père ont une force impressionnante, car touchant aux domaines où l’esprit juif est dangereux pour les catholiques, il mettent en lumière le germe corrupteur de « la persistance de l’incrédulité du peuple juif », ceci aboutissant à ce que l’Eglise soit invitée, selon Pie XI, à « prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles ».

Mais cela va même plus loin si l’on y réfléchit, car ce sont les relations mêmes avec les juifs qui reçoivent un sévère avertissement, le pape alertant contre « les enseignements juifs [qui] menacent la foi », insistant sur le fait que l’Eglise prévient les fidèles « contre des relations trop faciles avec la communauté juive », car elle ne s’aveugle pas « sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes ».

 

Conclusion

On le constate, que Pie XII n’ait pas fait publier cette Encyclique inachevée de Pie XI, ne relève donc pas d’une volonté de sa part de cacher un texte jugé trop libéral, car cette Encyclique recèle certains passages qui auraient de quoi étonner fortement, tant les Juifs que de nombreux chrétiens libéraux qui voient en Pie XI un avocat de leur cause.

Il est ainsi prouvé que fidèle à sa doctrine séculaire, l’Eglise, jusqu’à Vatican II, et malgré les tendances libérales de certains papes, réussira à conserver intacte sa position, insistant comme il le fallait, sur la nécessaire prévention contre les enseignements hébraïques et les idées pernicieuses qui menacent la cité chrétienne, et surtout sur le caractère impératif de la conversion des Juifs, car, pour reprendre les termes mêmes de Pie XI, et ce point est essentiel :  La prétendue question juive, dans son essence, (…) est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme.’’

  

  Armes Papales.jpg

 

Notes.

1. Pie XI, de son nom Ambrogio Damiano Achille Ratti, naquit le 31 mai 1857 à Desio, fut élu pape, contre le candidat du camp conservateur le cardinal Merry del Val, ancien secrétaire d'État de saint Pie X,  le 6 février 1922, et le resta jusqu'à sa mort au Vatican le 10 février 1939. C’est lui qui, par la lettre apostolique Galliam, Ecclesiæ filiam primogenitam du 2 mars 1922, proclama Jeanne d'Arc, déjà canonisée en 1920, sainte patronne secondaire de la France. Par les encycliques Quas primas (1925) il institua la fête du Christ Roi qui se voulait une réponse aux persécutions des Cristeros au Mexique, et Miserentissimus Redemptor (1928), sur le culte au Sacré-Cœur. Il insista fortement sur le rôle essentiel de la prière dans la vie chrétienne, et recommanda à tous les pieux catholiques la pratique des exercices de saint Ignace dans Mens nostra (1929), et celle du rosaire dans Ingravescentibus malis (1937). Mais c’est pourtant lui qui organisa, dès la fin de 1925, une campagne contre l'Action Française, qui avait pourtant la sympathie de l’ensemble du clergé français, et surtout qui, par son allocution consistoriale du 20 décembre 1926, fera interdiction à tout catholique d’adhérer au mouvement, et même de lire son journal, faisant mettre à l’Index les écrits de Charles Maurras.

2. Mit brennender Sorge.jpgOn sait le peu d’estime que Pie X avait pour le nazisme, et reste célèbre son encyclique Mit brennender Sorge, publiée 14 mars 1937, dans laquelle il condamnait les orientations idéologiques d’Hitler et de l’Allemagne nazie en des termes extrêmement sévères, notamment les thèses idéalisant exagérément le « sang et la race » :

- « Prenez garde, Vénérables Frères, qu'avant toute autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçablearmes Pie XI.png fondement de toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans falsification. […]Quiconque identifie, dans une confusion panthéistique, Dieu et l'univers, abaissant Dieu aux dimensions du monde ou élevant le monde à celles de Dieu, n'est pas de ceux qui croient en Dieu. Quiconque, suivant une prétendue conception des anciens Germains d'avant le Christ, met le sombre et impersonnel Destin à la place du Dieu personnel, nie par le fait la Sagesse et la Providence de DieuQuiconque prend la race, ou le peuple, ou l'État, ou la forme de l'État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine - toutes choses qui tiennent dans l'ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l'ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d'une conception de la vie répondant à cette foi. […]Notre Dieu est le Dieu personnel, surnaturel, tout-puissant, infiniment parfait, unique dans la Trinité des Personnes, et tripersonnel dans l'unité de l'Essence divine, le Créateur de tout ce qui existe, le Seigneur et Roi et l'ultime consommateur de l'histoire du monde, qui n'admet ni ne peut admettre à côté de lui aucun autre dieu. Ce Dieu a, en Souverain Maître, donné ses commandements. Ils valent indépendamment du temps et de l'espace, du pays et de la race. […] Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l'erreur qui consiste à parler d'un Dieu national, d'une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d'emprisonner Dieu, le Créateur de l'univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les Nations sont "comme une goutte d'eau suspendue à un seau" (Is., XL, 15) dans les frontières d'un seul peuple, dans l'étroitesse de la communauté de sang d'une seule race. […]Le point culminant de la Révélation atteint dans l'Évangile de Jésus-Christ est définitif, il oblige pour toujours. Cette Révélation ne connaît pas de complément apporté de main d'homme, elle n'admet pas davantage d'être évincée et remplacée par d'arbitraires "révélations" que certains porte-parole du temps présent prétendent faire dériver de ce qu'ils appellent le Mythe du Sang et de la Race. Depuis que le Christ, l'Oint du Seigneur, a accompli l'oeuvre de la Rédemption, et que, brisant le règne du péché, Il nous a mérité la grâce de devenir enfants de Dieu, depuis ce temps aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes par lequel ils puissent être sauvés, que le Nom de Jésus (Act., IV, 12). Aucun homme, quand même toute la science, tout le pouvoir, toute la force extérieure du monde seraient incarnés en lui, ne peut poser un fondement autre que celui qui a déjà été posé : le Christ (I Cor., III, 11). Celui qui, dans une sacrilège méconnaissance des différences essentielles entre Dieu et la créature, entre l'Homme-Dieu et les enfants des hommes, ose dresser un mortel, fût-il le plus grand de tous les temps ; aux côtés du Christ, bien plus, au-dessus de Lui ou contre Lui, celui-là mérite de s'entendre dire qu'il est un prophète de néant, auquel s'applique le mot effrayant de l'Ecriture : " Celui qui habite dans les cieux se moque d'eux " (Ps., 4). »

3. L’expression latine Oremus et pro perfidis Judaeis, exorde de l’oraison prononcée dans la liturgie catholique lors de la prière du Vendredi saint, fut introduite dès le VIIe siècle. Cette prière déclare : « Prions aussi pour les Juifs perfides afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ». Cette terminologie suscitera de nombreuses controverses, ceci dès le début du XIXe siècle à l’initiative de Napoléon (cf. note 2), aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Église catholique. Les discussions officielles au sein de la hiérarchie catholique pour l'abolir ou la réformer commencèrent dans les années 1920. En 1959, le pape Jean XXIII supprima les termes contestés (perfidis, ainsi que perfidiam, qui figurait dans l’oraison). Ces termes ne réapparaissent pas non plus après le concile Vatican II. Depuis le missel de Paul VI, promulgué en 1970, la formulation est devenue : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom ». Dans Genèse de l’antisémitisme, Jules Isaac réserva un chapitre entier[ ]à « Oremus et pro perfidis Judaeis ». Comme Bernhard Blumenkranz, il accordait une importance primordiale à la suppression de la génuflexion lors de la prière pour les Juifs voyant un « caractère offensant, méprisant ». L'intention « miséricordieuse » du début a, selon ses propres termes, « dégénéré dès le premier millénaire en une double offense : d'une part  l'offense verbale, c'est-à-dire l'interprétation péjorative des mots perfidis et perfidiam, et d'autre part  l'offense du geste, autrement dit  l’abandon de la génuflexion » un siècle après l’instauration de la prière, c’est-à-dire « au temps de Charlemagne ». À ses yeux, cette « offense du geste est la plus grave  des deux. »

 

4. En effet, après l'annexion de la Toscane à la France en 1808, Napoléon imposa deux exigences à propos du Vendredi saint : d'une part, les paroissiens devaient prier pour lui en tant qu'« empereur très chrétien », et d'autre part les termes perfidis et perfidiam, jugés trop « injurieux » à l'égard des Juifs, devaient être traduits respectivement par « aveugles » et « cécité". L'ensemble des évêques de Toscane se déclarèrent d'accord sur ces deux points. Ainsi les évêques de Chiusi et Pienza, de Pescia, de Pistoia et Prato, de Fiesole et de Livourne, le vicaire général de Florence et l'archevêque de Pise envoyèrent-ils des circulaires dans leurs diocèses pour demander la bénédiction de l'empereur des Français et le changement de la formule concernant les Juifs. Cependant, le pape Pie VII s'y opposa : autant il donna son autorisation pour la bénédiction de Napoléon, autant il refusa la modification liturgique au motif plus que fondé, « qu’un tel changement, aujourd'hui, signifierait que l'Église s'est trompée jusqu'ici »[]. Cette réforme fut donc abandonnée, même si par la suite, au XIXe siècle, plusieurs évêques et prêtres de Toscane s'abstinrent officieusement de prononcer les mots perfidis et perfidiam.

 

5. Cf. G. Passelecq - B. Suchecky, L’Encyclique cachée de Pie XI, éd. La Découverte, 1995, pp. 285-289.

Commentaires

A propos du procès fait par les sionistes ultras à Pie XII, il est étonnant et pour tous dire inattendu de voir Bernard-Henri Lévy, lui le sionisite invétéré, voler au secours du Pontife dans un article paru le 20 janvier dernier dans le Corriere della Serra et repris par l'Osservatore Romano:

http://www.pie12.com/index.php?tag/BHL

Écrit par : Patrick Ferner | lundi, 20 décembre 2010

Que Mit Brennender Sorge condamne l’idolâtrie de la race, c’est évident mais elle ne dit pas un mot de l’antisémitisme, et le mot "juif" n’est pas dans le texte.

Si c'est en 1938 que Pie XI prononcera la célèbre phrase bien connue devant les pèlerins belges : "L’antisémitisme est inadmissible, spirituellement, nous sommes tous des Sémites", on ne dit jamais que le Pape avait ajouté, selon ce qui fut rapporté par La Libre Belgique de l’époque : « Nous reconnaissons cependant à quiconque le droit de se défendre, de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. »

Cette phrase justifie donc indirectement le droit d’un État de prendre des mesures légales contre les juifs.

C'est d'ailleurs la même argumentation que nous retrouverons plus tard, dans le point de vue de l’Assemblée des cardinaux et archevêques de France, lors de la publication du premier statut de Vichy contre les juifs.

Écrit par : Serrus | mardi, 21 décembre 2010

On notera que, dans son Encyclique "De Divinis Redemptoris", Pie XI avait condamné le communisme comme intrinsèquement pervers.

Écrit par : Grégoire | mardi, 21 décembre 2010

Le 6 septembre 1938, Pie XI prit position contre la nouvelle législation mise en vigueur par Mussolini envers les juifs, alors qu'au mois de mai précédent, il s'était ostensiblement absenté du Vatican lors de la visite rendue par Hitler au Duce.

Selon les archives vaticanes, Pie XI avait même résolu, en 1939, de prononcer un discours-brûlot contre le fascisme, ceci en présence de Mussolini lors de la célébration du dixième anniversaire du concordat qui unissait l'Italie et le Vatican. Mais la Mort, qui vint le prendre la veille de la cérémonie, le 10 février, ne lui en laissa pas le temps.

Écrit par : Moria | mardi, 21 décembre 2010

On évoque parfois un éventuel assassinat de Pie XI à la veille d'un discours important, sur ordre de Mussolini, soupçons accrus par le fait que l'un des médecins du pape était le docteur Francesco Petacci, père de la maîtresse de Mussolini, Clara Petacci.

Ces accusations furent réitérées par le cardinal Tisserant peu avant sa mort en 1972, mais la personnalité du cardinal Tisserant, antifasciste convaincu, les rendent suspectes.

L'historiographie la plus récente relativise les arguments qui vont dans le sens d'un tel assassinat, en particulier en réévaluant le caractère longtemps prêté aux discours ou textes que devait prononcer ou publier Pie XI : s'ils étaient incontestablement anti-fascistes et anti-nazis, ils ne l'étaient semble-t-il pas avec la violence d'expression qu'on leur avait parfois supposée, si l'on s'en rapporte aux éléments préparatoires seuls conservés la mort d'un pape entraînant la destruction de ses documents personnels inutilisés

Écrit par : Wendrock | mercredi, 22 décembre 2010

l'Eglise est-elle anti-judaique ? Anti-sémite ? Anti-sioniste ? Comment la définir parmi ces trois propositions , question sérieuse je précise , merci de me répondre

Écrit par : shalom | lundi, 24 janvier 2011

Si l'on pouvait éviter de me censurer et me répondre... j'apprécierai.

L'Eglise est-elle antisémite ? anti-sioniste ? Ou anti-judaique ?

Je précise à nouveau que c'est une question sérieuse , merci.

Écrit par : shalom | mardi, 25 janvier 2011

shalom



Voici la réponse à votre question.


L’antisémitisme, qui relève de théories raciales, darwiniennes, matérialistes et athées, est impossible pour un chrétien et n'a strictement rien à voir avec l'antijudaïsme théologique auquel se rattache la Tradition catholique.

Le Concile Vatican II déclare qu’on ne peut charger les Juifs de notre temps ni tous ceux ayant vécu à l’époque des évènements de la souffrance du Christ. Est-ce conforme avec l’enseignement du premier pape, Saint Pierre qui interpelle les Juifs sans distinction, selon lequel ils seraient les assassins du Sauveur ?

Les Juifs croyants de l’Ancien Testament Abraham, Isaac et Jacob sont nos frères aînés dans la foi. Nous chrétiens sommes leurs fils spirituels car nous croyons au Messie qui s’est manifesté parmi nous et qui demeure parmi nous dans son Eglise. Abraham, Isaac, Jacob ont cru en son avènement, ils l’ont espéré et désiré.

Nous voyons donc avec tristesse que le pape Jean-Paul II et maintenant aussi le Pape Benoît XVI entrent dans les synagogues juives. L’assertion selon laquelle, d'après Vatican II, les Juifs d’aujourd’hui portent la faute de leurs pères doit être limitée aux Juifs qui approuvent la mise à mort de Jésus-Christ est inexacte.


Jésus-Christ, Dieu fait homme est pour les Juifs aussi le Rédempteur et la seule Voie pour le Salut : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne peut aller au Père si ce n’est par Moi. » (Jn, 14,6). Il n’y a pas pour eux de chemins de salut séparés. C’est pourquoi Saint Pierre, un Juif, le premier Pape, appelle déjà ses auditeurs à se convertir et à se faire baptiser au Nom de Jésus Christ (Act. Ap. 2, 38). Nous trouvons ici l’enseignement de l’Eglise qui est resté constant à travers tous les siècles.


L'antijudaïsme théologique, qui porte sur une attitude de nature religieuse, pose clairement la place centrale du peuple élu dans l'histoire de la Révélation, mais sans cacher pour autant, en raison de son rejet du Messie par son "déicide", son retranchement actuel en tant que nation et religion de sa position antérieure, au seul profit de l'Eglise qui, de par les fruits bénis de la Nouvelle Alliance, est devenue l'Israël véritable, alors que le judaïsme rabbinique n'est plus qu'une branche apostate et impie qui n'a strictement plus rien à voir avec le mosaïsme biblique à l'égard duquel il a été foncièrement infidèle.

De la sorte, loin donc d’avaliser l’attitude conciliante et complaisante vis-à-vis du judaïsme synagogal, qui témoigne aujourd'hui de la fin définitive de l'Ancienne Alliance, ou d'approuver l’inculturation propre à Vatican II, l'antijudaïsme théologique propre à l'Eglise traditionnelle, nous indique qu'il convient d'oeuvrer à la nécessaire évangélisation effective des peuples non chrétiens, y compris l'indispensable effort en direction des juifs "perfides".



Pax Vobis +

Écrit par : La Question | mercredi, 09 février 2011

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