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dimanche, 01 août 2010

LA DOCTRINE DU SAINT EMPIRE

La théocratie pontificale selon Joseph de Maistre

 

 

théocratie pontificale.jpg

 

Aigle Saint Empire.jpg

L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire,

ne demeure que le « Sacerdoce Suprême »

pour se voir dévolu l’archétype éternel

du Saint Empire et le restaurer.

 

 

 

 

Joseph de Maistre.jpgTout le courant réactionnaire prend sa source chez Joseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain théoricien par excellence de la contre-révolution. Nombreux sont ses héritiers se réclamant directement de sa pensée, dont il nous faut citer, parmi les plus connus : Louis de Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume, le cardinal Pitra ou encore Louis Veuillot, sans oublier Dom Guéranger (1806-1875), le célèbre abbé de Solesmes, qui publia un livre d'essence purement maistrienne : « La Monarchie pontificale » (1870). [1]

 

La position de Maistre, à savoir la suprématie absolue du spirituel sur leDom Guéranger.jpg temporel, position remarquablement exprimée par Dom Guéranger, est d’une grande force de par son caractère évident pour un catholique : le pouvoir ecclésiastique est la source de toute autorité, c’est l’institution la plus vénérable et sainte qui fut jamais donnée aux hommes, parce qu’elle détient la mission, du point de vue surnaturel, de la garde de la « Révélation », dépôt sacré confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, Evêque de Rome et premier Pape.

 

I. Infaillibilité et Souveraineté

 

Saint Pierre.jpgAinsi donc, et il importe d’y insister, il ne saurait y avoir pour la perspectiveS. Pierre tiare.jpg contre-révolutionnaire authentique, alors que l’ensemble des structures anciennes se sont effondrées, de politique qu’exclusivement religieuse, ceci impliquant que toutes les autres préoccupations (de niveau national, régional, social, économique, humain, moral, culturel, etc.), qui ne concernent pas directement le rayonnement de l’Eglise et le triomphe de la Croix, aussi légitimes soient-elles - et même nécessaires selon les circonstances si elles relèvent d’impératifs vitaux immédiats - ne présentent en réalité aujourd’hui que des objectifs périphériques et subordonnés par rapport au combat essentiel puisque, de par l’absolue suprématie du spirituel sur le temporel, le seul élément sacré véritable dont tout dépend du point de vue de l’avenir européen, et qu’il faut défendre avec ferveur en concourant à en établir au plus vite le règne en une sorte de sainte croisade de chrétienté, ou de « Reconquista » à l’échelle du continent, est la Papauté.

 

chasuble-ihs.jpg

 

 

Seul importe aujourd'hui,

dans un mode en ruine livré au chaos,

le rayonnement de l’Eglise

et le triomphe de la Croix !

 

 

santa-sede_.jpgLe Pape est en effet « l’origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, le « Patriarche universel », pour saint Léon, le « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère, non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme le dira saint Jérôme, certes l’infaillibilité en matière théologique, mais surtout l’autorité supérieure sur le plan temporel et en premier lieu, de manière incontestable, le pouvoir suprême.

 

Il faut d’ailleurs ici faire intervenir une notion centrale chez Joseph de Maistre telle qu’exprimée dans son ouvrage Du Pape, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que la Tradition, c’est-à-dire la vraie religion « qui naquit le jour où naquirent les jours » unique fondement des lois directrices et du pouvoir, est appelée à dominer sur les institutions politiques - qui doivent être chrétiennes - tenues de se conformer aux enseignements de la Révélation divine. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde.» (Du Pape, I, chap. I). C’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre ultime, celui qui, au-dessus des Rois, des Princes et Empereurs chrétiens, détient l’autorité suprême et veille au respect du droit en œuvrant pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes », souligne avec fermeté Maistre qui, adhérant entièrement aux vues de Grégoire VII exprimées en 1075 dans ses Dictatus papae, s’appuie également sur les thèses de l’augustinisme politique telles que développées par Méliton de Sardes (IIe siècle) Eusèbe de Césarée (v. 265–339), et les partisans médiévaux de la théocratie pontificale dont, en particulier, Gilles de Rome (1247-1316), connu sous son nom latin d’Ægidius Colonna, désigné par l’Eglise comme doctor fundatissimus et theologorum princeps, auteur du De ecclesiastica potestate. [2]

 

De la sorte, dans la pensée maistrienne, infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'une sans l'autre, il s'agit de deux principes parfaitement identiques et équivalents devant exercer une domination totale sur l’ordre politique ici-bas, sachant que c’est l’Eglise, et elle seule, qui détient, maintient et a la possibilité de réveiller lorsque les temps adviendront, le Saint Empire.

 

Tiare papale.jpg
Pape empereur.jpg

 

 

Le pape est le maître absolu,

il est le seul titulaire légitime de l'Empire,

il est le vicaire du Christ,

l'empereur suprême !

 

 

Canossa Henri IV.jpgSoulignons que dans les Dictatus papae, Grégoire VII, qui sut s’imposer face aux velléités de l’empereurgregoire-vii.jpg Henri IV qu’il obligea à s’amender à Canossa, affirmait que la plénitude de pouvoir (plenitudo potestatis) est en possession du souverain pontife. En 27 points précis, le pape expliquait en quoi, dans la société chrétienne fondée sur la foi de l’Eglise, le pouvoir est détenu en propre par le sacerdoce auquel est soumis toute forme de pouvoir temporel. Grégoire VII affirmait que le pape est, de par le Christ dont il est le représentant sur cette terre, le seul et unique à détenir un pouvoir universel, incomparablement supérieur à celui des souverains, qu'il couronne, mais qu’il peut également déposer ou excommunier si nécessaire : « Dans la société chrétienne, dont la foi cimente l'unité, l'ordre laïque n'a d'autre fonction que l'exécution des commandements formulés par l'ordre sacerdotal. De cet ordre le pape est le maître absolu, il est le seul titulaire légitime de l'Empire, puisqu'il est le vicaire du Christ, l'empereur suprême. » Le pape rappelle, ce qui est fondamental sur le plan politique, qu’il est l'héritier, par Constantin, du cadre civilisateur de l’Empire romain et par là même, représente le Pontifex maximus, « l'Empereur suprême », faisant que tous les détenteurs d’un pouvoir temporel qui ne sont à la tête que de charges laïques au sein de la chrétienté, et en premiers les empereurs du Saint Empire qui, comme les Rois de France, péchèrent par orgueil, lui doivent soumission et obéissance. A ce titre, Grégoire VII dira à l'abbé de Cluny : « Nous portons le poids énorme des affaires spirituelles et séculières. » [3]

 

Clef-St-Pierre.jpgDe toute manière insiste Joseph de Maistre, si l’on y réfléchit, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’Histoire, depuis des siècles, plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse du respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’Unité des nations. De leur côté, les rois et empereurs se sont tous montrés incapables, divisés par leurs vanités nationales, dévorés par leur orgueil, aveuglés par des chimères, à assurer l’harmonie en Europe, démontrant, par l’exemple contraire, que tout pouvoir qui ignore sa subordination vis-à-vis de l’autorité spirituelle est un pouvoir vain, illusoire et vide de sens, ne pouvant agir que d’une façon désordonnée en se précipitant, inévitablement, vers sa perte

 

II. La Royauté française a perdu sa légitimité

 

Philippe le bel.jpg

 

La monarchie française est coupable

depuis Philippe le Bel et son rejet

de la bulle Unam Sanctam de Boniface VIII.

 

 

Boniface VIII.jpgAu titre de l’œuvre destructrice de l’Unité de la chrétienté, outre les empereurs germaniques qui portent une lourde responsabilité dans le chaos politique européen, passé et présent, et furent justement condamnés par Rome, la monarchie française, qui en a payé le prix fort en 1789, a, elle aussi, commis des fautes considérables, dont notamment le rejet par Philippe le Bel de la bulle Unam Sanctam (1302) de Boniface VIII, le pontife qui canonisa saint Louis [4], sans même s’étendre sur l’attitude scandaleuse d’un François Ier et son alliance coupable avec les Turcs, où sur l’apostrophe impie de Louis XIV à l’encontre d’Innocent XI lui déclarant, sans honte : « Vous êtes sacré avec une huile venant de la terre, et moi avec une huile venant du ciel !»

Ainsi Joseph de Maistre, très critique envers la monarchie française, considéra que la Révolution fut doncExécution Louis XVI.jpg un « Sermon de la Providence prêchait aux Rois », et signalera expressément que c’est l’Eglise, par les évêques, qui fit le Royaume de France : « Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme; s'il en manque, il n'est pas seulement affaibli, il est mutilé. Voyez son histoire. Au gouvernement des druides, qui pouvaient tout, a succédé celui des évêques, qui furent constamment, mais bien plus dans l'antiquité que de nos jours, les conseillers du roi en tous ses conseils. Les évêques ont fait le royaume de France ; rien n'est plus vrai. Les évêques ont construit cette monarchie comme les abeilles construisent une ruche. » [5]

St-Remy-BaptemeClovis2.jpgCertes, la France est dépositaire d’une haute dignité religieuse de par son « élection divine » qu’elle reçut lors du baptême de Clovis en 496 le jour de Noël et fit d’elle la fille aînée de l’Eglise, le Royaume aimé et chéri du Christ, la nation - « Tribu de Juda de l’ère nouvelle (…) choisie pour la protection de la foi catholique » selon s. Pie X [6], dotée de grâces magnifiques et d’un amour particulier de la part du Ciel. Mais ses actions indignes et son comportement orgueilleux, ont conduit ce pays à sa ruine ; non peut-être définitivement, mais actuellement et jusqu’à sa repentance, sans l’ombre d’un doute. Par ailleurs, ne l’oublions-pas, si la monarchie est de “droit divin”, comme le rappellera justement Bossuet, cela implique une conséquence directe : le monarque de droit divin se doit d'obéir à Dieu, sous peine de perdre sa légitimité ! [7]

République.jpg

En raison de sa rébellion envers l’Eglise,

et parce qu’elle ne s’est pas libérée

du poison révolutionnaire,

la France a perdu sa dignité religieuse

et son élection divine !

 

liberté.jpgPourquoi l’a-t-elle perdue cette légitimité ? En raison de sa rébellion à l’égard de l’Eglise, mais aussi parce que le poison révolutionnaire, injecté lentement bien des siècles avant la chute de Louis XVI par des comportements royaux inexcusables envers la Papauté, est encore, comme il est aisément vérifiable, de partout présent dans les esprits et les institutions en France.


Voici l’explication que donne Maistre, montrant les deux causes de l’indignité actuelle de la nation française : « Des préjugés détestables avaient totalement perverti cet ordre admirable, cette relation sublime entre les deux puissances [monarchie et papauté]. A force de sophismes et de criminelles manœuvres, on était parvenu à cacher au roi très-chrétien l'une de ses plus brillantes prérogatives, celle de présider (humainement) le système religieux, et d'être le protecteur héréditaire de l'unité catholique. Constantin s'honora jadis du titre d'évêque extérieur. Celui de souverain pontife extérieur ne flattait pas l'ambition d'un successeur de Charlemagne; et cet emploi, offert par la Providence, était vacant! Ah ! si les rois de France avaient voulu donner main-forte à la vérité, ils auraient opéré des miracles ! » [8] Puis, Maistre se penche sur l’essence diabolique de la Révolution :  « Renversée à la fin par un orage surnaturel, nous avons vu cette maison, si précieuse pour l'Europe, se relever par un miracle qui en promet d'autres, et qui doit pénétrer tous les Français d'un religieux courage ; mais le comble du malheur pour eux serait de croire que la révolution est terminée, et que la colonne est replacée, parce qu'elle est relevée. Il faut croire, au contraire, que l'esprit révolutionnaire est sans comparaison plus fort et plus dangereux qu'il ne l'était il y a peu d'années. Le puissant usurpateur ne s'en servait que pour lui. Il savait le comprimer dans sa main de fer, et le réduire à n'être qu'une espèce de monopole au profit de sa couronne. Mais depuis que la justice et la paix se sont embrassées, le génie mauvais a cessé d'avoir peur ; et au lieu de s'agiter dans un foyer unique, il a produit de nouveau une ébullition générale sur une immense surface. »[9]

Declaration des droits de l'homme.jpg

L’esprit de la Révolution, par la France,

a, hélas ! pénétré de partout

et s’est répandu dans toute l’Europe.

 

cocarde révolutionnaire.jpgL’esprit de la Révolution a donc pénétré l’ensemble de la nation, et s’est ensuite répandu dans tous les Etats européens. Est-ce qu’à présent, à plus de deux siècles de distance, cet esprit infect n’est plus ? Bien au contraire écrit Maistre, il est plus encore redoutable car la France persiste plus que jamais dans son erreur républicaine et, comme il est aisé de le constater, ne s’est absolument pas repentie de ses horribles péchés : « Je demande la permission de le répéter : la révolution française ne ressemble à rien de ce qu'on a vu dans les temps passés. Elle est satanique dans son essence. Jamais elle ne sera totalement éteinte que par le principe contraire, et jamais les Français ne reprendront leur place jusqu'à ce qu'ils aient reconnu cette vérité. Le sacerdoce doit être l'objet principal de la pensée souveraine. » [10]


Révolution arbre.gifCette dernière phrase, après l’affirmation de la déchéance de la France tant qu’elle ne se sera pas purgée de l’esprit satanique qu’elle a généré depuis des siècles, est de la plus haute importance car elle signifie que l’éventuelle perspective de rétablissement de l’Ordre traditionnel, en France et en Europe, relève à présent d’un mouvement porté par une action de nature étroitement et exclusivement religieuse.

 


III. Les erreurs de Charles Maurras

 

Royalisme.jpgCette position originale, qui tranche d’avec toutes les autres théories politiques, en particulier avec la pensée de Charles Maurras (1868-1952) et de l'Action Française [11], va être à l’origine d’un certain nombre de visions pour le moins arrêtées, reprises par les penseurs contre-révolutionnaires, au sujet du rôle qui revient à l’institution catholique qui, face à  l’effondrement de la monarchie dont on constate qu’elle est incapable de se régénérer - même si sur le plan de la « raison politique » la royauté reste le meilleur régime pour la France – doit reconstruire et réédifier l’ancien ordre détruit et brisé.

 

Charles Maurras.jpg

Le providentialisme de Joseph de Maistre,

s’oppose radicalement aux conceptions

de Charles Maurras.

 

Auguste Comte.jpgD'essence profondément monarchiste, le providentialisme maistrien est cependant très éloigné des conceptions de Charles Maurras, agnostique, marqué par le positivisme philosophique d'Auguste Comte, s’appuyant sur une analyse tirée de la raison naturelle, car il participe d'un constat simple, mais cependant obligeant du point de vue doctrinal, c'est qu'il ne peut plus être question, en toute logique, d'envisager, pour les sociétés humaines, une « politique » basée sur l'expérience, ou de se référer à la validité d'une prétendue « loi » organique qui viendrait légitimer, aidée par la raison empirique, c'est-à-dire pervertie et obscurcie puisque l’ordre naturel a été souillé par le péché, une constitution ou un régime. Ainsi Joseph de Maistre, loin d'être le théoricien de la « politique expérimentale » fut, bien au contraire, celui par excellence du caractère rigoureusement irrationnel de la science politique. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration sur ces sujets, constatera-t-il, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois inaccessibles à l'entendement classique, guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles sous la conduite de la Divine Providence.

 

Maistre, et c’est là un aspect important de sa pensée, ne fonde pas sa doctrine de la légitimité politique, contrairement à Maurras, sur la « naturalité » ou la raison, mais sur le caractère sacré et religieux du pouvoir dans son lien à l’Eglise. S’il eut recourt, de rares fois, aux leçons de la politique expérimentale pour renforcer son discours, il ne se laissa jamais abuser par les leçons qu’elle donne, comme il le mit en lumière par cette courte sentence : « Le réel est traversé par tant d’irrationalité qu’on trouve presque toujours la théorie la plus plausible contredite et annulée par l’expérience. » [12]

 

Dès lors, c’est précisément cette irrationalité du réel qui est, selon Maistre, la marque même de laJoseph de Maistre portrait.jpg volonté divine au sein de l’Histoire. Le caractère incompréhensible du développement historique sera donc à l’origine de la théorie maistrienne de l’intervention providentielle. La politique pour Maistre, contrairement à ce que prétendit Maurras, n’est pas une science raisonnée, mais le constat de l’ignorance des plans divins et l’aveu, par les hommes, d’une impossibilité à en maîtriser la logique. La perspective politique selon Joseph de Maistre devint ainsi très claire : le divin se manifeste dans l’Histoire en n’obéissant à aucune loi humaine. Cette notion est non seulement en radicale opposition avec les Lumières qui voulurent placer la « Raison » et le « Contrat » au centre de la cité, puisque pour Maistre « l’état de nature » est une fiction et « une contre nature. » [13], mais elle s’oppose également en tous points, en particulier de par sa conception de la théocratie pontificale fondatrice de l’Empire, à la pensée de l’auteur de l’Enquête sur la monarchie (1900) et à son royalisme fondé sur la raison le limitant aux frontières de la nation.

 

burke.jpgLa politique selon Maistre n’eut jamais pour objet, comme dans l’empirisme de Burke, l’adéquation avec les vérités naturelles ; elle n’a pas pour finalité de devenir le fondement d’une connaissance concrète, mais, bien au contraire, de faire apparaître notre profonde ignorance des desseins surnaturels : « En déroutant la raison, l’expérience montre l’étrangeté du réel. Elle fait apparaître le monde comme un mystère qui doit rester mystère, j’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important pour nous que ce que nous devons savoir [14] S'inscrivant intégralement dans l’étonnement métaphysique, la politique pour Maistre est, selon ses propres termes, une « métapolitique », c’est-à-dire une métaphysique de la souveraineté dans la mesure où celle-ci s’exprime par l’intermédiaire de Dieu au cœur de l’Histoire ; Dieu dont le Pape est le représentant en ce monde, le « Vicaire » par excellence, et le Saint Empire l’incarnation organique la plus aboutie du point de vue politique.

 

 

III. Infaillibilité et Souveraineté

 

 

Saint Pie V.jpg

« Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu

ne peut jamais être Empereur ! »

S. Pie V

 

pie_v.jpgQue soutient Maistre, d’ailleurs, pour être plus précis encore ? Tout simplement que le seul horizon politique véritable pour un membre de l’Eglise c’est la chrétienté, c’est-à-dire « l’Unité spirituelle des nations européennes » à laquelle il convient de travailler, et que les monarques français, pas plus que le empereurs germaniques, n’ont ni su ni voulu édifier. Cette unité doit être préparée, construite, élaborée par une bénéfique union des différents pouvoirs nationaux - bienfaisante et souveraine harmonie unificatrice qui ne peut être exercée que par l’autorité suprême du sacerdoce : la Papauté. Les pontifes romains furent d’ailleurs toujours attachés à la dignité de l’Empire, et n’hésitèrent pas, tel s. Pie V, à reprendre vertement les empereurs ou les monarques français lorsqu’ils oublièrent la valeur du titre d’Empereur. En effet, lorsque Charles IX donna, dans une lettre envoyée à Rome, le titre d’Empereur au chef des turcs, le Pape lui répondit ceci : « Celui qui ne connaît pas le Vrai Dieu ne peut jamais être Empereur ! Donner le titre d’Empereur à un tyran et à un infidèle, ce n’est pas autre chose que d’appeler le mal, bien, et le bien, mal. »

 

 

Pape souverain.jpgL’attachement de Joseph de Maistre au Pape, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saintSaint bernard de claiveaux.jpg Bernard, relève donc d’une idée fort précise qui transparaît sous chacune de ses lignes, et que l'on peut résumer de la manière suivante  : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeure que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire et le restaurer.

 

Pie IX.jpg

« L’infaillibilité dans l’ordre spirituel

et la souveraineté dans l’ordre temporel

sont deux mots parfaitement synonymes.»

 

 

Pie IX tiare.jpgDe ce fait, l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, notion spirituellePapauté.jpg fondamentale qui fait l’objet d’un important développement dans le livre Du Pape, fut, à la suite de Joseph de Maistre, l'idée centrale des penseurs catholiques après la Révolution qui constatèrent l’échec des nations et des souverains à édifier la chrétienté, au point que les évêques firent en sorte que cette notion soit adoptée le 18 juillet 1870 par la deuxième constitution dogmatique Pastor Æternus du Concile de Vatican I.

Il faut donc comprendre le sens politique de l’infaillibilité, qui n’a d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés. Maistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » [15]

 

Conclusion

charlemagne couronné.jpg

Il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui

que religieuse et continentale,

s’exerçant par un pouvoir reçu

de l’autorité spirituelle.

 

 

 

Ordre impérial.gifLa perspective de restauration contre-révolutionnaire, telle que théorisée par Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversée par une vision : le Pape est le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction et sa dimension d’infaillibilité, d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Le Principe de la suprématie du spirituel, que Maistre expliquera en 1814 dans sa Préface à l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, et que Pie IX rappellera dans le Syllabus en 1864, n’est pas de nature uniquement « politique », car il est tout d'abord établi sur une évidence sacrée d'ordre métaphysique, il est placé sous la dépendance d'une perspective étroitement et rigoureusement transcendante et religieuse. D’où l’idée maistrienne, caractéristique, qu’il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui que religieuse et continentale, s’exerçant par un pouvoir temporel reçu par délégation de l’autorité spirituelle.

De la sorte, ne croyons pas que cette doctrine de la primauté absolue de l’autorité spirituelle soit uneTriregnum.jpg simple vue de l’esprit, une position idéologique parmi d’autre. Ce serait là une grave erreur. En effet, la question de l'origine divine du droit sur le plan politique, fonde et donne en réalité sa légitimité à la doctrine catholique de l'infaillibilité, car elle touche à la Vérité originelle de la Révélation dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire, et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur. Si l'autorité spirituelle redevient un jour, et il faut l’espérer, témoigner, œuvrer et prier en ce sens, la source de toute souveraineté en Europe, il en résultera une solide et salvatrice cohésion politique, une unité durable où les différentes nations, et leurs Souverains, participant enfin d’un projet commun sous les bannières frappées du signe de la Croix de la Rome catholique et éternelle, donneront naissance à une nouvelle chrétienté rayonnant sur le monde, par le rétablissement du Saint Empire, des Lumières de l’Evangile et des Vérités de la sainte religion du Christ.

Aigle bicéphale Saint empire.jpg

Notes.

 

1. L'influence de Joseph de Maistre dans les milieux d'Eglise, se remarque nettement dans l'œuvre du Cardinal Pitra (1812-1889), ardent défenseur d'une « Tradition » unique se transmettant depuis la Révélation fondée sur la connaissance sacrée du symbolisme, et trouvera chez Gustave de Bernardi (1824-1885), écrivain comtadin, un très fervent avocat se signalant par la publication d'un livre remarquable : « La Vérité divine et l’idée humaine ou Christianisme et révolution » (1870), dans lequel est clairement montré la contradiction irréductible qui sépare « l’homocentrisme » révolutionnaire et le théocentrisme contre-révolutionnaire.

2. On le sait, tout un courant moderniste dans l’Eglise au XXe siècle, et ce avant même Vatican II, oeuvra à dénoncer l’augustinisme politique. De nombreux clercs mirent ainsi un point d’honneur à affirmer, en critiquant les conceptions médiévales, que du point de vue de l’autorité temporelle, la perspective spirituelle devait se retirer et se conserver dans une distante réserve. Beaucoup critiquèrent la tendance, propre à s. Augustin, qui tendait  à effacer “la séparation formelle de la nature et de la grâce” qui spécifie, en effet, la pensée politique de l’évêque d’Hippone, et qui eut pour conséquence l'intégration dans ses finalités de l'ordre naturel dans l'ordre surnaturel, du droit naturel dans la justice surnaturelle, du droit de l'Etat dans celui de l'Eglise, intégration qui s’opéra lors de la réforme grégorienne. Dans son ouvrage : L'augustinisme politique, essai sur la formation des théories politiques au Moyen-Âge, Vrin, 1934, dont l'intention était d’écarter de l'Église toute prétention théocratique, Henri Xavier Arquillière soutiendra que l'augustinisme politique ne fut pas respectueux de l'autonomie de l'ordre temporel, erreur caractéristique de s. d'Augustin d’après-lui, et que seul s. Thomas put délivrer l'Eglise des pièges conceptuels forgés par l'auteur de la Cité de Dieu. Cette thèse contestable est, hélas ! devenue celle de l’Eglise moderne, qui a abandonné ses conceptions traditionnelles au profit de vues démocrates en contradiction d’avec les principes séculaires qu’elle observa jadis. A signaler, parmi les critiques les plus virulents de l’augustinisme politique, Henri de Lubac, qui n’hésitera pas à aller jusqu’à contester la pertinence historique et théologique de la notion même d’augustinisme politique : Augustinisme politique ?, in Théologies d’occasion, DDB, 1984, pp. 255-308. Pourtant, n’en déplaise à Henri de Lubac et aux critiques contemporains de l’augustinisme politique, la théocratie pontificale est une théorie, comme le démontrent les nombreuses références à Augustin chez les auteurs du Moyen Age - il suffit de lire le De ecclesiastica potestate deGilles de Rome - qui trouve effectivement ses racines dans la Cité de Dieu dont la position est simple : l'Eglise est la figure sur la terre de la Cité du ciel, son rôle est de faire régner ici-bas la paix et la justice véritables, et pour atteindre ce but doit subordonner les nations chrétiennes à son autorité. De fait, et on ne peut nier que s. Augustin ait jugé légitime le recours au bras séculier pour lutter contre les hérétiques et les schismatiques, l’évidence d’une soumission du pouvoir temporel aux perspectives de l’Eglise se trouve bien sous la plume de l’auteur des Confessions, ce que souligne d’ailleurs explicitement Etienne Gilson : “Que l'Etat puisse, et doive même être éventuellement utilisé pour les fins propres de l'Eglise, et, à travers elle, pour celles de la Cité de Dieu, c'est un point sur lequel Augustin n'aurait certainement rien à objecter (...) Bien qu'il n'en ait jamais expressément formulé le principe, l'idée d'un gouvernement théocratique n'est pas inconciliable avec sa doctrine, car si l'idéal de la cité de Dieu n'implique pas cette idée, elle ne l'exclut pas non plus.” (E. Gilson, Introduction à l'étude de saint Augustin, Vrin, 1943, p. 239-240). Gilles de Rome, déjà évoqué, qui fut sans doute le rédacteur de la bulle Unam Sanctam (1302) promulguée par Boniface VIII, était donc parfaitement fondé lorsqu’il écrivait : « Cette Eglise, une et unique, n'a qu'un corps, une tête, non deux têtes comme les aurait un monstre : c'est le Christ et Pierre, vicaire du Christ, et le successeur de Pierre. Quiconque résiste à cette puissance ordonnée par Dieu résiste à l'ordre de Dieu (Rm 13, 2) ».

3. Avant Grégoire VII, c’est le pape Gélase 1er (492-496) qui exerça une influence déterminante sur la pensée politique du Moyen Âge, qui établira la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, affirmant l’infinie supériorité du spirituel par ce principe : « Devant Dieu, le pape est responsable de l’empereur. » Ainsi donc, lors de la querelle des Investitures qui opposa la papauté et le Saint Empire romain germanique, entre 1075 et 1122, les déclarations de Grégoire VII dans ses Dictatus papae de 1075, vont prendre une importance considérables, et définir la position de Rome pour les siècles à venir qui s’imposera lors du Concordat de Worms en 1122. Cette querelle va avoir des conséquences considérables sur l’Eglise. En effet, à partir de Victor II, les souverains pontifes vont imposer à ce que le Pape soit élu par le collège des cardinaux et non plus désignés par l'empereur. Une fois ce principe acquis, ils luttèrent ensuite contre l'investiture des évêques par l'empereur - évêques, avec les ordres monastiques, qui furent la clef de voûte du pouvoir impérial. L'enjeu était donc clair : l'Occident devait devenir une théocratie pontificale. D’ailleurs, en 1139, Innocent II convoqua le deuxième concile de Latran, faisant valoir le caractère légitime de la domination du sacerdoce sur le pouvoir temporel et de sa revendication de la couronne impériale de Constantin.. Le concile proclamera dans ses actes : « Rome est à la tête du monde. »  En 1198, dans la lettre Sicut Universitatis Conditor adressée par Innocent III au Consul de Toscane, fut donc parfaitement décrit ce que le pape considérait comme devant être le rapport entre le pouvoir temporel et le pouvoir pontifical. Comparant le pouvoir pontifical au soleil et le pouvoir temporel à la lune, il affirmait que le pouvoir temporel reçoit sa lumière du pouvoir pontifical, en soulignant que la dignité du pouvoir temporel perd de sa splendeur si elle ne prend pas sa lumière de l'autorité pontificale. L’ultime épisode de la lutte du sacerdoce et de l’Empire opposera Frédéric II et les papes Grégoire IX et Innocent IV, ce dernier, réunissant à Lyon un concile en 1245, y déposera l’empereur et déliera ses sujets de leur serment de fidélité à son égard - ce qui créa une désorganisation totale dans ses Etats - le pape montrant ainsi qu’il était bien le maître du pouvoir temporel puisque capable de priver un souverain de son pouvoir politique. Le concile de Lyon sera le point culminant de la définition comme de l’imposition des vues politiques et théologiques de la papauté. Rappelons que sur le plan historique, l'Empire, tissu monarchique et corporatif dirigé par l’empereur porteur de l’idée d’unité provenant de l’Empire romain, est né à Noël de l'an 800 lors du couronnement de Charlemagne par Léon III, établissant ce que les clercs nommeront la translatio imperi selon laquelle la toute-puissance temporelle de l’Imperium passa des Romains aux Germains. Mais c'est sous la dynastie des Ottoniens, au Xe siècle, que se forma véritablement l’Empire à partir de l'ancienne Francie orientale carolingienne, ou Regnum Francorum orientalium. La désignation Sacrum Imperium fut utilisée pour la première fois en 1157, et le titre Sacrum Romanum Imperium (Heiliges Römisches Reich) semble apparaître vers 1184 pour être employée de manière définitive à partir de 1254. Le complément Deutscher Nation (Nationis Germanicæ) ne fut ajouté qu’au XVe siècle. Sur le plan symbolique, le Saint-Empire romain germanique cessa d’exister le 6 août 1806, lorsque François II déposa solennellement sa couronne, déclarant dans son acte d’abdication : « Nous considérons comme dissous les liens qui, jusqu'à présent, Nous ont attaché au corps de l'Empire germanique, (…) Nous sommes libéré de tous Nos devoirs envers cet Empire. » Depuis cette date, mais ceci était vrai dès l’origine, c’est le pape qui reste seul en Europe détenteur de la légitimité de l’Empire.

4. Nous l’avons déjà dit plusieurs fois, mais il importe d’y insister fortement tant ce fait aura de terribles conséquences, la Royauté française est gravement coupable et s’est maintenue en état de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus scandaleux de Philippe le Bel de se soumettre aux justes demandes de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposer dans toute la chrétienté pour préserver l'unité de la religion et des Etats, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il développait, en des termes précis et sages, la fameuse théorie des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » L’attitude, extrêmement fautive de Philippe le Bel, aura ensuite des conséquences désastreuses, puisqu'en revendiquant une fallacieuse indépendance à l’égard de Rome à l'intérieur de son royaume, et rentrant en conflit avec le Pape, le Roi de France sera à l'origine du morcellement fratricide et stérile de l'empire chrétien, puis de l’hostilité continuelle du Royaume envers la Papauté ce qui l’aura conduit de la Révolution de 1789 à sa présente ruine.

5. J. de Maistre, Du Pape, livre premier, ch. II, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1928. Maistre poursuit : « Les conciles, dans les premiers siècles de la monarchie [française], étaient de véritables conseils nationaux. (…) Le christianisme pénétra de bonne heure chez les Français, avec une facilité quine pouvait être que le résultat d'une affinité particulière (…) Les Français eurent l'honneur unique, et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué humainement l'Église catholique dans le monde (…) Le sceptre français brilla à Jérusalem et à Constantinople. Que ne pouvait-on pas en attendre? Il eût agrandi l'Europe, repousse l'islamisme et suffoqué le schisme ; malheureusement il ne sut pas se maintenir. Aucune nation n'a possédé un plus grand nombre d'établissements ecclésiastiques que la nation française, et nulle souveraineté n'employa plus avantageusement pour elle un plus grand nombre de prêtres que la cour de France. La plus haute noblesse de France s'honorait de remplir les grandes dignités de l'Église. Qu'y avait-il en Europe au-dessus de cette Église gallicane, qui possédait tout ce qui plaît à Dieu et tout ce qui captive les hommes : la vertu, la science, la noblesse et l'opulence ? » (Ibid.)

6. S. Pie X, Allocution, 13 décembre 1908, in Marquis de la Franquerie, La Mission divine de la France, p. 16. Dans Nobilissima Gallorum Gens, Léon XIII s’adressait également aux français en déclarant : « Vos ancêtres ont signalé leur vertu en défendant par toute la terre le nom catholique, en propageant la foi chrétienne parmi les nations barbares, en délivrant et protégeant les saints-lieux de la Palestine, au point de rendre à bon droit proverbial ce mot des vieux temps : ‘‘Gesta Dei per Francos’’. » (Lettre Apostolique, t. I, p. 227.) Il y a d’ailleurs au sujet de la royauté française, de par le miracle de la descente du saint chrême lors du sacre de Clovis, un refus chez certains légistes et clercs médiévaux de considérer le pouvoir royal comme subordonné à la papauté puisque dépendant directement de Dieu. D’aucuns virent même dans la cérémonie du sacre, comparable à quelques égards à l’onction que reçoivent les évêques, une sorte de huitième sacrement, qui confèrerait au Roi une dimension quasi sacerdotale, sacrement non transmis mais simplement administré par l’Eglise, faisant que la conception de la source de l’autorité dans le royaume fut de regarder que le pouvoir politique français, contrairement aux Empereurs du Saint-Empire romain germanique, ne provenait pas du Pape. Cette situation, que l’Eglise désigna sous le nom de « Privilège de Reims » (cf. Victor II, Urbain II et Innocent III), est à l’origine d’une attitude, qui ne sera pas sans créer bien des difficultés, visant à ne reconnaître en droit politique aucune autorité ecclésiale au-dessus du monarque français. Il est à noter que saint Thomas d’Aquin, dans le De Regno – dans lequel il montre que c’est bien par le Pape que s’effectua le passage de la couronne de l’Empire : « le pape Adrien transféra l’empire [par Charlemagne] des Grecs aux Germains » (De Regno, liv. III, ch. XVII), s’est élevé avec fermeté contre cette prétention française, quelque peu exagérée, et refusa avec force l’idée que le sacre royal puisse consister en un « sacrement », affirmant : « Les roys n’ont aucun pouvoir sur les choses spirituelles ; ils ne reçoivent donc pas la clef du Royaume des cieux, mais seulement une autorité sur le temporel, autorité qui, elle aussi, ne peut venir que de Dieu (…). L’onction du sacre ne leur confère aucun ordre sacré, mais signifie que l’excellence de leur pouvoir descend du Christ, de telle sorte que c’est sous l’autorité du Christ qu’eux-mêmes règnent sur le peuple chrétien. » (IV Sent., D. XIX, q. 1, a 1, ad. 2.)

7. J.B. Bossuet, La Politique tirée des propres paroles de l'Écriture Sainte, 1679.

8. Du Pape, op.cit.

9. Ibid.

10. Ibid.

11. Maurras.jpgSi nous ne pouvons que déplorer la scandaleuse condamnation de l'Action française en 1926, par le pape Pie XI, qui alla jusqu’à classer certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits », condamnation heureusement levée en 1939 par Pie XII, alors que Maurras, et ceci fort légitimement eu égard à son talent littéraire, venait d’être élu à l'Académie française, néanmoins on fera difficilement de l’auteur d’Anthinéa (1901) ou Kiel et Tanger (1910), un « descendant intellectuel » de Joseph de Maistre comme il a pu être écrit un peu rapidement. En effet, admirateur de la philosophie positiviste d’Auguste Comte dans laquelle il voyait une réponse à l'idéalisme allemand, Maurras avait une conception purement utilitariste de la religion catholique. Voyant dans l'Église une simple composante organique de la nation intimement liée à l'Histoire de France, il ne considéra en elle que sa possibilité d’unification structurelle du corps social national n’accédant, évidemment, ni à sa dimension d’universalité fédératrice de la chrétienté, ni à son mystère spirituel. Ainsi affirmer, comme le soutient un récent ouvrage, qui pèche par bien des approximations, une méthodologie plus que discutable et des légèretés inexcusables, que Maurras se serait livré à une captation d’héritage des théocrates les utilisant comme de « véritables masques (…) qu’il a lui-même modelés pour séduire des publics proches de ces autorités contre-révolutionnaires » (T. Kunter, Charles Maurras, la Contre-révolution pour héritage, Nouvelles éditions latines, 2009, p. 194), n’est cependant pas entièrement faux. Toutefois, reconnaissons à Maurras une influence plus que positive sur le national-catholicisme au Mexique, le catholicisme brésilien, le mouvement Cursillos de la Cristiandad fondé en 1950 par l'évêque de Ciudad Real, Mgr Hervé, sans oublier Salazar au Portugal, dont la doctrine politique de l’Estado Novo fut élaborée en s’inspirant ouvertement des idées maurassiennes, ce qui est tout de même d’excellents fruits à mettre au crédit du théoricien du nationalisme intégral.

12. J. de Maistre, Préface de l’Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Cattier, 1882.

13. J. de Maistre, Oeuvres Complètes, t. VII, 1854, p. 526.

14. J. de Maistre, Les Soirées de St. Pétersbourg, X, Œuvres Complètes, t. V, p. 188.

15. Du Pape, op.cit. La constitution dogmatique Pastor Æternus (1870),affirmera en des termes extrêmement forts la primauté du pontife romain en matière doctrinale : « Le Pontife romain, lorsqu'il parle ex cathedra (…) jouit, par l'assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu'elle définit la doctrine sur la foi et les moeurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l'Église. Si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu'il soit anathème. l'Église est un seul troupeau sous un seul pasteur. Telle est la doctrine de la vérité catholique, dont personne ne peut s'écarter sans danger pour sa foi et son salut. (…) le droit divin de la primauté apostolique place le Pontife romain au-dessus de toute l'Église, nous enseignons et déclarons encore qu'il est le juge suprême des fidèles (...) Le jugement du Siège apostolique, auquel aucune autorité n'est supérieure, ne doit être remis en question par personne, et personne n'a le droit de juger ses décisions. » (Constitution dogmatique Pastor Æternus, publiée par le premier concile du Vatican, votée lors de la quatrième session, proclamée solennellement par le pape Pie IX le 18 juillet 1870).

16. J-Y. Pranchère, Qu’est-ce que la royauté ? Vrin, 1992, p. 65.

17. Du Pape, op.cit., ch. IV.

18. Ibid.

19. Ibid.

20. Ibid.

21. Ibid., ch. VI.

 

 

 

 L e  p r o b l è m e   d u  s é d é v a c a n t i s m e

 

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« Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. »

    Du Pape, Joseph de Maistre, 1819

 

En écho à un débat sur La Question Actualités, nous croyons nécessaire de souligner ici, en marge de notre article, une certitude fondée en raison naturelle et en conviction surnaturelle, certitude que nous recevons du célèbre auteur Du Pape, le comte Joseph de Maistre, qui fit tant pour défendre l’institution de la Papauté, et qui se résume à cette affirmation :

 « Sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Église. » 

C'est pourquoi, notre conviction profonde, explique la raison de notre position légitimiste en matière d’autorité ecclésiale, qui rejoint entièrement celle de Joseph de Maistre : la monarchie romaine fonde, fait et établit l’Eglise, et nul ne peut de sa propre volonté, du haut d'un imaginaire tribunal surgi de son jugement subjectif de simple laïc, voire de prêtre, d’évêque ou même de cardinal, décider de son propre chef de ne plus reconnaître le Souverain Pontife. Certes les erreurs modernistes considérables soutenues lors du concile Vatican II ont, légitimement, de quoi troubler bien des âmes catholiques. Cependant rien ne dépasse en valeur, la nécessité, par économie de suppléance vitale, la préservation absolue de l'institution Pontificale, d’autant en temps de crise extrême telle que nous la connaissons aujourd'hui, car une cessation de la visibilité de la charge pétrinienne conduirait à un mal plus grand encore facteur d’une destruction certaine pour l’Eglise.

Ainsi, la thèse sédévacantiste ne permet pas de résoudre une interrogation majeure et centrale, celle de savoir comment l’Église peut-elle continuer d’exister sans un pape à sa tête ? Si l’on suit la conviction des partisans de la vacance du Saint-Siège l’Eglise n’existerait plus.

Mais dès lors qu’il y a l’Eglise, et Eglise il y a, il y bien un Pape qui la gouverne.

 Cajetan d’ailleurs considère qu’il faut une déclaration officielle d’un concile pour déposer un pape ! La religion conciliaire subvertit l’Eglise, mais la position sédévacantiste, en tant qu’elle conduit à un ecclesiovacantisme, est beaucoup plus subversive car elle fait mourir l’Eglise, et elle aboutirait, si elle était suivie massivement, à ce qu’il n’y ait il n’y a plus de combat possible dans l’Eglise, hormis le combat pour avoir raison sur le papier, combat qui est finalement stérile du point de vue religieux.

 

Notre analyse du sujet : 

LE SEDEVACANTISME EST UN PECHE MORTEL !

(fichier pdf téléchargeable de 33 pages)

 

 

REPONSE AU DEFI DE L’ABBE HERVE BELMONT

 

 

 

Commentaires

Le premier ouvrage politique de Joseph de Maistre, "Les Considérations sur la France", est avant tout une réponse à la Constitution de l’An III (1795), son originalité réside dans son interprétation théologique de la Révolution. Il voit dans celle-ci le châtiment divin d’une France devenue indigne de sa vocation chrétienne. Le second, "Le Pape", publié en 1819, qui est en effet une apologie de la théocratie pontificale, au spirituel comme au temporel - œuvre inspira l'ultramontanisme du XIXe siècle - est une réponse à la renonciation par François II à l'héritage du Saint-Empire romain germanique, le 6 août 1806, concomitante à la déchéance de de la France sur le plan historique. Maistre fonde donc logiquement toutes ses espérances sur le Souverain Pontife, ultime et dernier recours de restauration d'une unité sacrée en Europe.

Dès lors, on comprend par la mise de toutes ses espérances dans cette ultime recours, que la pensée de Joseph de Maistre, soit beaucoup plus attentiste que volontariste. Ce faisant, il dessine l’image d’un souverain qui, institué par le pape, et venant subittement de nulle part, restaurerait l’ordre dans une société en voie de dissolution. En ce sens Maistre est l’incarnation d’une droite qui refuse que le volontarisme, la volonté et la raison humaine puissent incarner la société. C’est « la négation du politique » au sens démocratique, et sa complète transformation en mystique eschatologique.

Écrit par : Lozère | lundi, 02 août 2010

Une question : d'où provient la symbolique de l'aigle bicéphale ?

Écrit par : Aloïs | lundi, 02 août 2010

Affirmer, comme le soutient un récent ouvrage de Tony Kunter, "Charles Maurras, la Contre-révolution pour héritage", que Maurras se serait livré à une captation d’héritage des théocrates les utilisant comme de « véritables masques (…) qu’il a lui-même modelés pour séduire des publics proches de ces autorités contre-révolutionnaires », n’est cependant pas entièrement faux écrit Zacharias. Et en effet, tel est bien le problème de la pensée maurassienne et explique nombre de ses paradoxes.

Écrit par : Serrus | lundi, 02 août 2010

Tony Kunter sur Télé Toulouse invité par Greg Lamazères au « comptoir de l’info » pour parler de Charles Maurras.

http://www.dailymotion.com/video/xam2or_le-comptoir-de-l-info-sur-tlt-25-09_news#from=embed

Écrit par : Wendrock | lundi, 02 août 2010

Boniface VIII eut l'intelligence, sans doute aidé par Gilles dee Rome, de définir un ordre, que l'on peut aisément définir comme étant d'origine divine et qui a vocation de construire et édifier la chrétienté, dans lequel la papauté détient la toute puissance. Il déclare dans Unam Sanctam : « les choses ne seraient donc pas dans l'ordre, si le glaive n'était pas sous le glaive » l.25.

On assiste donc à la mise en place volontaire de la part de la Papauté, d'un ordre hiérarchisé et sacré dans lequel le pouvoir pontifical exerce, sans partage, une souveraineté universelle.
Les principes, dont les plus grands théologiens définiront les termes, de subordination hiérarchique et d'unité temporelle cet politique sous la bannière de l'Eglise, sont repris et mis en exergue par Boniface VIII. L'attitude de Philippe le Bel à l'égard du pape est donc doublement fautive, et de manière immense : il porte un coup fatal à l'édification de la chrétienté, il méprise l'autorité de l'Eglise et la fragilise pour plusieurs siècles.

Écrit par : Sulpice | mardi, 03 août 2010

Joseph de Maistre ardent défenseur du latin pour la liturgie :

"Si l'Église parlait notre langue, il pourrait dépendre d'un bel esprit effronté de rendre le mot le plus sacré de la liturgie, ou ridicule ou indécent. Sous tous les rapports imaginables, la langue religieuse doit être mise hors du domaine de l'homme."

Du Pape et extraits d'autres œuvres, Textes de Joseph de Maistre présentés et choisis par E. M. Cioran, éd. J.-J. Pauvert, coll. Libertés, 1957, p. 258

Écrit par : Quadrige | mardi, 03 août 2010

Pour Joseph de Maistre, il n'y a qu'une solution après l'effroyable séisme de la Révolution : "l’Eglise catholique doit redevenir la matrice d’une civilisation européenne dont le pape constituera la clef de voûte."

Ainsi Maistre veut faire du catholicisme, ce qu'il aurait dû être si les souverains avaient été fidèles aux directives de Boniface VIII, la religion de l’Europe et son ciment politique et spirituel, à ce titre sa critique du protestantisme est féroce et son rejet sans appel : « Le plus grand ennemi de l’Europe, qu’il importe d’étouffer par tous les moyens qui ne sont pas des crimes, l’ulcère funeste qui s’attache à toutes les souverainetés et qui les rongent sans relâche, le fils de l’orgueil, le père de l’anarchie, le dissolvant universel, c’est le protestantisme. » (Du Pape).

Joseph de Maistre fut, selon la formule de Barbey d'Aurevilly : un « soldat animé de l’esprit saint ».

Écrit par : Vehementer | mardi, 03 août 2010

"Voyage dans la pensée d’Eugenio d’Ors, philosophe catholique et impérial : écrivain catalan, essayiste, critique d’art, philosophe catholique et impérial."

http://fr.novopress.info/26037/voyage-dans-la-pensee-deugenio-dors-philosophe-catholique-et-imperial/


Messieurs,
je vous prie de bien vouloir trouver ci-dessus le lien qui vous conduira à la présentation de ma conférence sur Eugenio d’Ors faite en 2009.
Vous en souhaitant bonne réception, je vous prie de me croire, chers Messieurs, votre obligé.

Écrit par : Le Badaudois | mardi, 03 août 2010

Selon Jean-Jacques Langendorf, qui fut maître de recherches à l'Institut de Stratégie Comparée et directeur d'études associé à l'École Pratique des Hautes Études de Paris, les théocrates ou de nombreux cléricaux considèrent la Révolution comme un élément de la volonté divine, comme le châtiment nécessaire pour l'amollissement et les vices de l'Ancien Régime.


Il écrit : "Lorsque l'orage aura purifié l'atmosphère, il sera alors possible de fonder une monarchie régénérée, de s'appuyer sur une nouvelle souveraineté fortifiée et renforcée. C'est là, grosso modo, le point de vue de Maistre, alors que d'autres penseurs (Rivarol, Sénac de Meilhan) voient avant tout dans la Révolution un acte cruel et barbare qui a irrémédiablement mis fin à la "douceur de vivre" de l'Ancien Régime. Quant à Bonald – et c'est entre autres ce qui constitue l'originalité de sa position – il situe en dehors du projet divin la Révolution qui devient sinon un non-être, du moins une simple maladie."

A signaler que fut publiée en 1989 chez l'éditeur munichois Matthes & Seitz, une anthologie des pamphlétaires et théoriciens de la Contre-Révolution : Pamphletisten und Theoretiker der Gegenrevolution, 1789-1795.

http://vouloir.hautetfort.com/archive/2007/05/11/lmcr.html

Écrit par : Eldeers | mardi, 03 août 2010

Un ouvrage très intéressant à conseiller de Jacques Mallet du Pan, auteur contre-révolutionnaire trop peu connu, pourtant de grande valeur : "Considérations sur la nature de la révolution française et sur les causes qui en prolongent la durée", réédition par les Éditions du Trident, Paris, 2008.

http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F15899.php


A rajouter à la liste des auteurs à découvrir : Friedrich von Gentz (1764-1832), un des principaux acteurs du mouvement contre révolutionnaire et probablement l'adversaire européen de Napoléon le plus actif. Il est le traducteur en allemand des œuvres des contre-révolutionnaires émigrés comme Mallet du Pan, Mounier et D'Ivernois.

En 1801 il publie deux de ses œuvres majeures ( traduit en plusieurs langues dès leur parution) : "Sur l'origine et le caractère de la guerre face à la révolution française" et "l'État politique de L'Europe avant et après la révolution française". Le dernier empereur du Saint Empire romain Germanique, François II, le reçu a Vienne.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_von_Gentz

Écrit par : Radek | mardi, 03 août 2010

Une remarque pertinente de Jean-Jacques Langendorf, dans son article "La lanterne magique de la contre-révolution (1789-1799)", nous montrant que si dès le 29 novembre 1790, la traduction des Reflections on the Revolution in France de Burke est mise en vente à Paris, où elle connaît un succès foudroyant, dit-il, "Il est frappant de constater que la "grande critique" française ou francophone de la révolution se fera, elle, attendre quelques années encore et se manifestera, au fond, alors que tout est joué. Les Considérations sur la nature de la Révolution de France... de Mallet-Du Pan sont publiées en 1793, La défense de l'ordre social contre les principes de la révolution française de l'abbé Duvoisin en 1796 (et dans un tirage confidentiel), comme La Théorie du pouvoir politique et religieux de Bonald, et il faudra attendre 1797 pour pouvoir lire les Considérations sur la France de Maistre, et 1798 l'Essai sur les révolutions de Chateaubriand. En règle générale, on peut dire que les contre-révolutionnaires fournissaient avant Thermidor une œuvre de pamphlétaires, et que c'est seulement après l'extinction de la terreur que leur critique "métaphysique" voit le jour, qui est précisément celle que la postérité retiendra."

C'est en effet un aspect des choses à retenir, à savoir le caractère tardif des critiques métaphysiques par rapport à l'évènement incroyable qui venait de survenir en France.

Écrit par : sixte | mardi, 03 août 2010

A signaler la mise à disposition en téléchargement libre de l'ouvrage indispensable de Bonald :

"Théorie du pouvoir politique et religieux".
(Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile, démontrée par le raisonnement et par l'Histoire) (1796)

http://classiques.uqac.ca/classiques/de_bonald_louis/theorie_pouvoir_pol/theorie_pouvoir.html

Louis-Ambroise vicomte de Bonald (1754-1840) - Pour lui, la France doit redevenir une monarchie afin de rétablir l'harmonie entre le religieux et le social que la Révolution de 1789 a brisée. Le pouvoir politique ne vient pas des hommes mais de Dieu et la société civile ne doit pas être séparée de la société religieuse. Ses idées ont exercé une profonde influence sur la pensée monarchiste française au XIXe siècle

Écrit par : Saint Edouard | mardi, 03 août 2010

la Révolution eut pour conséquence directe une nouvelle lecture du pouvoir pontifical par des théologiens tels Critopulo, Zaccaria, Bolgeni et Cappelari - le futur pape Grégoire XVI.

Tous, immédiatement, affirmèrent le pouvoir absolu du pape, ils soutinrent donc que c’est parce que le saint père était un monarque absolu, l'autorité suprême sur cette terre qu’il était infaillible.

« Non seulement dans le domaine ecclésiastique, mais dans le domaine politique nous sommes menacés par une étrange Révolution d'origine satanique », écrivait déjà Zaccaria en 1789...

Écrit par : Eremo | mardi, 03 août 2010

Si l'Espagne ne compte pas d'auteurs contre-révolutionnaires à cette époque, comparables à ceux qui s'exprimèrent en Europe pour dire combien la Révolution française était une folie démentielle inspirée par le démon, c'est parce qu'une stricte censure de l'Inquisition allait jusqu'à interdire toute mention, même négative, de la Révolution !

Écrit par : Synesius | mardi, 03 août 2010

Vous faites fausse route.

La suprématie pontificale était, pour Joseph de Maistre, nécessaire pour relever l'Europe au plan spirituel, pas au plan politique. Il s'agissait d'effectuer une palingénésie, une restauration spirituelle grâce à une autorité forte.

Quant à la minoration de la France, même si je sais que vous n'aimez pas Léon Bloy ici, c'est assez triste de la part de catholiques sincères. Vous ne semblez ni avoir compris, ni aimer la France, c'est une tare que l'on retrouve hélas dans nos milieux. Plutôt que de le tenir dans un gentil mépris, lisez donc La Mission divine de la France du Marquis de la Franquerie.

Cette phrase de Joseph de Maistre suffira, je l'espère, à démonter vos fallacieux raisonnements :

"Dieu a besoin de la France"

Écrit par : Cédrik le Viking téméraire | mercredi, 04 août 2010

Cédrik,



Ce sont surtout les monarques français qui firent gravement fausse route, et de manière tragique depuis des siècles, aboutissant à la catastrophe que constitue la Révolution. Leur attitude folle à l'égard de Rome, leur prétention exagérée dont un Louis XIV synthétisa l'idée délirante par sa déclaration invraisemblable à Innocent XI : « Vous êtes sacré avec une huile venant de la terre, et moi avec une huile venant du ciel !», qu'un Marquis de la Franquerie - par son idée absolument contraire au "De Regno" de s. Thomas d'un huitième sacrement - avalise fautivement, montre suffisamment combien la chute de la monarchie, comme le rappela Joseph de Maistre, fut bien : “le Sermon terrible que la Providence prêche aux Rois."


Il aura même cette analyse très critique à l'égard de la monarchie française, que l'on met évidemment peu en exergue dans les milieux maurassiens, mais qui est pourtant fort instructive : "La France exerce sur l'Europe une véritable magistrature qu'il serait inutile de contester, dont elle a abusé de la manière la plus coupable. Elle était surtout à la tête du système religieux, et ce n'est pas sans raison que son Roi s'appelait très chrétien: Bossuet n'a rien dit de trop sur ce point. Or, comme elle s'est servie de son influence pour contredire sa vocation et démoraliser l'Europe, il ne faut pas être étonné qu'elle y soit ramenée par des moyens terribles. [...] Il y a eu des nations condamnées à mort au pied de la lettre, comme des individus coupables, et nous savons pourquoi..."

Ainsi, conséquemment, et c'est ce que beaucoup ne veulent pas voir, si la monarchie française fut renversée définitivement après 1789, c'est que les Rois s'étaient fait trop d'ennemis dans toute l'Europe de par leur orgueilleuse politique : "Le Roi n'a jamais eu d'allié; et c'est un fait assez évident, pour qu'il n'y ait aucune imprudence à l'énoncer..." (Considérations sur la France).


De ce fait Joseph de Maistre jugea effectivement dans son livre "Du Pape", trop peu lu et totalement ignoré, incompris et surtout volontairement oublié dans les milieux nationaux, que seul un retour aux principes enseignés par Rome, depuis Boniface VIII et Grégoire IX, pouvait restaurer l'unité perdue depuis la Révolution et la fin de l'Empire en 1806, non pour simplement, en une sorte de palingénésie salvifique, rétablir la royauté française, ce qui est certes un projet nécessaire quoique limité, mais plus largement pour reconstituer "l'Unité spirituelle et politique de l'Europe" sur une base impériale et catholique, avec pour chef le souverain Pontife.

Ceci vous explique pourquoi l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, qui fait l’objet d’un important développement dans le livre "Du Pape", notion adoptée par le Concile de Vatican I en 1870, n’a pas d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés. Maistre est sur cette question on ne peut plus catégorique : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le grand Démiurge de la civilisation universelle. » (Du Pape, livre premier, ch. II.)

L’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape », indique d'ailleurs sans détour : « Trop de chefs vous nuiraient ; qu’un seul homme ait l’Empire ! »

On ne saurait, à l'évidence, être plus clair.


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NB. Nous n'insisterons pas sur Bloy, tant son jugement trinitaire présente des éléments inacceptables qui sont de très graves déviations hérétiques sur le plan théologique.

Ce sujet fut abordé dans l'article : "l'Antijudaïsme théologique de l'Eglise catholique".
http://www.la-question.net/archive/2009/01/28/l-antijudaisme-theologique-de-l-eglise-catholique.html

Écrit par : Zacharias | mercredi, 04 août 2010

La mise en exergue des erreurs de Maurras, que l'on a beaucoup trop présenté pendant des décennies comme le maître incontesté et incontestable du nationalisme intégral, représente sans doute une vérité difficilement acceptable qui doit contrarier de nombreux diciples de l'auteur de "l'Enquête sur la monarchie".


Mais peu importe, il était temps que les principes de la pensée des théocrates contre-révolutionnaires, dont Maistre est le représentant majeur et par excellence, soit enfin restituée. C'est donc à une oeuvre fondamentale et fort utile à laquelle se consacre La Question, car on a accumulé tant et tant d'analyses fausses dans le camp national depuis des années, on a forgé tellement d'espoirs inutiles qui se sont transformés en de tristes échecs, qu'il est grand temps de revenir aux principes véritables.

Écrit par : François Chemin | mercredi, 04 août 2010

La primauté absolue de Rome n'allait pas de soit à cette époque où de grands régimes étaient également des piliers de la chrétienté, c'est davantage lors de l'effondrement de ces régimes à la Révolution qu'apparut la solidité doctrinale de la papauté et qu'elle fit figure de pilier unique de l'ordre ancien. La dimension sacrée du Roi par le sacre, voir Kantorowicz, n'était nullement une idée fausse mais constituait une facette importante de la représentation du monde des chrétiens de ce temps là. Quant aux errances, peu de traditionnalistes ne les ont pas surestimés en comprenant que la Révolution ne faut pas qu'un châtiment mais également le début brutal d'une transition nécessaire vers un nouvel ordre chrétien qui n'a pas encore vu le jour.

Bien sûr que la Royauté a néanmoins péché, que Voltaire a remplacé Bossuet, et ce grâce au génie de la langue française. Néanmoins voir dans la Révolution non une condamnation temporaire, mais une définitive serait condamner la France. Et je suis peiné de voir que des gens catholiques tels que vous puissent se résoudre à cette idée, dans le fond, j'ai l'impression qu'ils n'aiment pas la France, votre facile rejet intégral de Bloy en témoignant. Sa phrase "Dieu a besoin de la France" va, semble-t-il, à l'encontre de ce que vous affirmez.
D'une part, il est extrêmement grave de considérer que la France ne sera jamais plus une monarchie, c'est condamner sa substance, sa raison d'être. Quant à son isolement diplomatique, relativement exagéré, il est à mettre sur le compte d'une prééminence militaire dûe au rayonnement économique et démographique, voilà tout.

Je ne pense pas que cette restauration se fasse sans la France, dont la dimension providentielle est aux yeux de Maistre trop importante pour être dépourvue de tout rôle politique. J'apprécie cet ouvrage de Maistre, mais hélas depuis Vatican II, il est tout simplement obsolet et n'a aucune raison d'être tant que Rome ne sera pas revenue à la foi. Quant à l'idée d'une Rome toute puissant sur le plan politique, il suffit de voir les errements de celle-ci et ce avant Vatican II pour constater que cela tient de la chimère d'idéaliste faisant un petit complexe gauchisant : le rejet d'une certaine forme de prééminence de la France au nom d'une fidélité au Saint-siège, et ce en croyant bien se positionner par rapport à un débat qui semble-t-il a causé la perte de la France (opposition gallicanistes-ultramontanistes).

De rage, Maistre aurait jeté son livre après avoir vu Vatican II. Peut-être espérez-vous naïvement restaurer le christianisme avec Benoît XVI ou avec le successeur, probablement pire, qui nous attend. La vision de Maistre est liée à une époque où le pouvoir politique, soutien traditionnel de la Chrétienté, était condamné à disparaître et où seul le pouvoir papal semblait appelé à demeurer.

L’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape était une erreur de sa part, mais qu'importe, depuis Vatican II, cette erreur n'est plus envisageable.

Écrit par : Cédrik de retour | mercredi, 04 août 2010

Cédrik,



Je ne sais pas si vous mesurez un instant que votre fol argumentaire, stupéfiant à bien des égards, vous fait soutenir des positions sédévacantistes !

Comment ? Vatican II aurait changé la nature même de l’Eglise faisant que le rôle de la papauté, du point de vue de sa prééminence spirituelle et temporelle, soit désormais achevé. Mais c’est là une proposition proprement inacceptable, qui est d’ailleurs contredite par plusieurs faits positifs essentiels :

- Vatican II n’a pas détruit la papauté,
- Vatican II confirme que le pape reste bien le chef de l’Eglise.
- Vatican II n’a pas mis fin à la place centrale de l’Eglise sur le plan religieux en Europe.
- Vatican II s’il a touché à la pastorale n’a pas attenté au dogme de l’infaillibilité.
- Vatican II n’a pas modifié une ligne des prérogatives papales
- Vatican II n’a pas changé le mode de désignation du pape, ni de gouvernement de l’Eglise, qui reste une monarchie élective.

De ce fait, si Maurras a pu dire que « tout désespoir en politique est une sottise absolue », ce même désespoir en religion est un péché mortel extrêmement grave ! Douter de l’Eglise, douter de ce qu’un nouveau Concile de Vatican III puisse revenir un jour à la sainte Tradition, est un oubli que le Christ assistera toujours son épouse même si elle traverse des périodes difficiles, et il y en eut d’autres dans l’Histoire, parfois pires, c’est une abominable aberration indigne d’un catholique, qui vous a d’ailleurs fait écrire des lignes effarantes : «Peut-être espérez-vous naïvement restaurer le christianisme avec Benoît XVI ou avec le successeur, probablement pire, qui nous attend » (sic !) .

Mais évidemment qu’il faut espérer cette restauration ! Que voulez-vous espérer d’autre ? Vous croyez peut-être qu’un hypothétique monarque français, dont il y a fort à craindre que nous ne soyons pas à la veille de le voir surgir, soit en mesure de relever l’Europe sans s’appuyer sur l’Eglise ? Un peu de sérieux voyons. Qui d’autre que l’Eglise et le pape peuvent aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, réédifier la chrétienté ? Ainsi donc le livre « Du Pape » de Maistre, qu'il n'aurait aucunement "jeté après avoir vu Vatican II" (sic !) bien au contraire, est effectivement un traité de politique religieuse sainte-impériale, qui conserve plus que jamais toute sa pertinence et sa pleine validité stratégique car seule une solution surnaturelle de nature religieuse est capable de modifier cette démentielle course en avant vers la catastrophe dans laquelle se précipite toutes les nations européennes.

Il est même ce traité « Du Pape » - véritable exposé de la conception politique maistrienne qui, cela-dit entre parenthèses, fut volontairement mis de côté par des générations de maurassiens qui l'ignorèrent totalement - d’autant plus pertinent que la situation montre suffisamment qu’il n’y plus aucune autre solution alternative depuis l’effondrement de la monarchie française et la fin de l’Empire Romain germanique en 1806. Que l’ensemble des possibilités de reconstruction, à un niveau purement politique et national, sont réduites à néant.

A ce titre, vous semblez être choqué par l’affirmation d’une destitution de sa fonction sacrée s’agissant de la France, aboutissant au constat non de ce qu’elle ne puisse plus jamais redevenir une monarchie, mais qu’elle soit tout simplement totalement incapable pour l’instant de le redevenir. Or, cette destitution, en forme de terrible châtiment, est bien réelle. Pour quelles raisons ? Car la France, dont certains légitimistes - dont l’attachant mais bien idéaliste marquis de la Franquerie (ou plus sérieux mais néanmoins très en-deça de l’exigence maistrienne, Ernst Kantorowicz) - imaginent qu’elle conserve sub specie aeternitatis son élection et sa sacralité alors que l’une et l’autre dépendaient de sa capacité à maintenir intacte sa fidélité. La France a répandu de par le monde le poison de la Révolution, et ne s’est en aucune manière repentie de ses fautes, conceptions et convictions, et reste donc, plus que jamais, attachée à ses péchés, à ses erreurs, à son crime, à son anticléricalisme laïc républicain. Que la France ait un rôle à jouer, lorsque les temps viendront, dans la restauration de la chrétienté, nul ne le nie, mais il est clair, en raison des attitudes fautives à bien des égards de par les positions scandaleuses prises par ses monarques orgueilleux, positions poursuivies et amplifiées par les révolutionnaires, qu’elle n’est plus capable par ses seules forces d’effectuer ni son redressement national ni de participer à l’élan contre-révolutionnaire que seule l’Eglise, ultime vaisseau surnaturel fondé par Jésus-Christ, peut engager sur le continent.

Car il s’agit bien de cela dans la pensée de Maistre, qui n’a pas perdu une virgule de sa validité dans ses jugements et analyses visionnaires, soit de mettre tous ses efforts, là où l’on se trouve, dans une politique essentiellement religieuse, car c’est la religion qui doit et peut refaire l’Ordre ancien brisé et détruit. C’est ce que n’a pas compris Maurras ni ses héritiers avec la mise en avant du stérile principe qui fit tant de dégâts, du "politique d’abord !", alors qu'il fallait surtout (en oubliant fautivement que la certitude d'avoir raison en logique au prétexte que la monarchie est le meilleur régime pour la France, ne fait pas automatiquement une justification métaphysique), engager une étude critique des causes qui avaient rendu possible la sinistre Révolution, et oser admettre que la monarchie, se berçant de ses ridicules illusions, ne s'était pas conduit correctement envers l'Eglise en bafouant l'enseignement et les décisions solennelles des pontifes et en s'imaginant supérieure, par ce prétendu caractère "sacramentel" alors qu'il n'est que "sacramentaire" de la cérémonie du couronnement, aux Vicaires de Jésus-Christ.

Le génie de Maistre fut ainsi de comprendre très vite que la Révolution ne pouvait être authentiquement combattue, non par l'application d'une logique politique mais par la mise en œuvre d’un principe inverse de nature religieuse, principe qui soit une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire. Si la Révolution est de nature satanique, écrira-t-il à l’évêque de Raguse en 1815, « elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier c’est tout ce que l’homme peut faire ; ensuite il agira tout seul. » [Lettres et Opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, E. Vaton, Paris, 1873]. Au fond la méthode du redressement salvateur est simple pour Maistre, il s’agit en effet de « délier le principe contraire » de nature religieuse, et de le libérer, de lui rendre sa capacité d’action et d’intervention au sein de la réalité collective, de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social qu'il a vocation à transformer par une christianisation fervente et intense. C’est cela la théologie politique, c’est cela le principe véritablement salvateur fondé sur une stratégie étroitement religieuse, dont je vous invite à lire l’exposé :

http://www.la-question.net/archive/2009/10/31/la-politique-religieuse-de-la-question.html


Quel sera le résultat de ce redressement « contre-révolutionnaire » ? Maistre l’expose sans détour avec une surprenante clarté : « Cette immense et terrible Révolution fut commencée, avec fureur qui n’a pas d’exemple contre le catholicisme et pour la démocratie ! Le résultat sera pour le catholicisme et contre la démocratie. » (Considérations sur la France, ch. I).

Il faut donc croire, avec Maistre, et attendre, grâce aux efforts de ceux qui auront mis leur espérance en Jésus-Christ, une « grande révolution religieuse... à jamais mémorable... dont la révolution politique n’a été que l’épouvantable préface... le terrible et indispensable préliminaire. » [Lettre au comte de Vallaise, oct. 1815]. Et être certain, qu’après que « l’incendie révolutionnaire aura nettoyé la place pour le véritable architecte », que le christianisme, par l’action mystique qu’organisera une nouvelle évangélisation organisée par des ordres religieux missionnaires au service d'une Eglise de Tradition dirigée par un pape conscient de sa fonction théocratique, transformera de nouveau la face du monde, et qu’il surgira alors une « nouvelle effusion de l’Esprit-Saint. » [Soirées, IIe Entretien], restaurant l’Ordre politique et religieux sous les bannières de la chrétienté frappées du signe saint et sacré de la Croix !

Écrit par : Zacharias | jeudi, 05 août 2010

Il faut dire clairement que Maurras a diffusé une dangereuse illusion dans les esprit par son principe du politique d'abord, et c'est une illusion naturaliste.

L'Action française était en effet “ naturaliste ”, c'est-à-dire qu'elle n'alignait pas sa politique sur la morale chrétienne. Ce que Maurras voulait promouvoir c'était une politique tirée de l'expérience, à la suite des positivistes du dix-neuvième siècle, en vertu de l'empirisme organisateur.

Léon Daudet disait : "Laissez-nous tranquilles avec vos histoires de naturel et de surnaturel."

L'Action française s'est endurcie, s'est obstinée dans son erreur naturaliste, se persuadant qu'il s'agissait dans le redressement de la France d'une affaire exclusivement politique, se trompant gravement, alors que ce redressement, qui passe par celui de la reconstruction catholique de l'Europe comme l'a fort bien vu Joseph de Maistre, et comme le rappelle justement La Question, relève du domaine théologique.

Écrit par : Lapide | vendredi, 06 août 2010

La haine de Jésus-Christ, enfouie dans le cœur de Charles Maurras, conduisit l'Action française à une politique naturaliste, païenne. Sous prétexte de “ compromis nationaliste ”, l'Action française se refusa de parler de Dieu ni de Jésus-Christ.

Maurras, qui voulait sauver la France par sa doctrine politique, n'a rien sauvé du tout. Jésus-Christ est le seul Sauveur : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Quand on est catholique et qu'on suit un maître qui a l'horreur de Jésus-Christ, Dieu ne donne pas ses grâces. On ne peut restaurer la monarchie en France sans le secours de la religion, encore moins en bafouant le Christ !

La doctrine de Maurras est impie.

Écrit par : Eremo | vendredi, 06 août 2010

On trouve chez Maurras d'authentiques blasphèmes :

"D'intelligentes destinées ont fait que les peuples policés de l'Europe n'ont guère connu ces turbulentes écritures orientales que tronquées, refondues, transposées par l'Église dans la merveille du Missel et de tout le Bréviaire. Ce fut un des honneurs philosophiques de l'Église, comme aussi d'avoir mis aux versets du Magnificat une musique qui en atténue le venin." (Préface de la 2e édition du Chemin de Paradis, 1895)

Écrit par : Lozère | vendredi, 06 août 2010

L'Eglise a dénoncé dans l'idéologie maurassienne un naturalisme politique, fils du libéralisme et du laïcisme. L'ampleur de la condamnation est venue, en partie, de la tendance implicite de l'Action française à vouloir imposer à l'autorité religieuse la limite de l'extension de son intervention. Elle entendait par là-même exercer subrepticement un droit de regard sur la stratégie apostolique de l'Eglise, ce qui fâcheusement rappelait les attitudes scandaleuses des monarques français depuis des siècles à l'égard de Rome, et semblait même les justifier.

Écrit par : Brières de Feyzin | vendredi, 06 août 2010

J'approuve entièrement ce qu'écrit Zacharias dans son récent message : "Le génie de Maistre fut de comprendre très vite que la Révolution ne pouvait être authentiquement combattue, non par l'application d'une logique politique mais par la mise en œuvre d’un principe inverse de nature religieuse, principe qui soit une négation radicale des bases doctrinales du ferment corrupteur révolutionnaire" ; en effet pour Joseph de Maistre, la mission de la France était d'être la nation très chrétienne. La France ayant méconnu et trahi cette mission, ayant porté les mains sur l'arbre sacré qu'elle était chargée de protéger et de faire fleurir, a dû être châtiée en proportion de son péché. Le crime ayant été immense, la punition devait l'être. La révolution fut une expiation.

Mais alors pourquoi punir les innocents pour les coupables lors de ces terribles événements, dira-t-on ? La réponse de Maistre est immédiate et sans appel : "C'est qu'il n'y a point d'innocents!"

Écrit par : Synesius | vendredi, 06 août 2010

Je reste circonspect face à vos affirmations. La restauration religieuse de l'ancien ordre social, la contre-révolution prédite par Joseph de Maistre paraît plus éloignée que jamais. La lutte entre l'église et la révolution s'accentue de jour en jour. L'église est de plus en plus refoulée dans l'ordre spirituel, et l'ordre temporel s'inspire au contraire de plus en plus de la révolution, c'est-à-dire de l'esprit philosophique ; enfin sans pouvoir déterminer encore avec précision le but et les résultats suprêmes de la révolution, il semble bien que ce but consiste plutôt dans une extension des principes de 89 que dans une rétractation de ces principes.

Écrit par : Clément | vendredi, 06 août 2010

Il faut lutter contre les tendances démoralisantes au sein du monde catholique traditionnel lui-même où un certain nombre se complaisent hélas à déclarer que, puisque l'objectif à atteindre est à ce point éloigné, c'est qu'il est nécessairement impossible. Ainsi en est-il du réalisme "à la française", qui en revanche croit dur comme fer à la restauration de la monarchie contre l'Europe. Etrange enfermement dans une erreur qui a plusieurs siècles d'existence, tellement étrange qu'il semble bien que cet enfermement soit bien dicté par la main du démon.

La Question a parfaitement raison. La lutte pour la rechristianisation des structures politiques de l'Europe n'est pas une option mais un impératif moral. Le simple bon sens géopolitique nous prouve d'ailleurs que nous ne pouvons passer à côté. La vocation sacrée de la France ne peut être comprise que dans un cadre européen.

C'est pourquoi tout catholique doit dès aujourd'hui diffuser ce message chez les fidèles formés politiquement. Maintenant que le "principe a été délié", il convient qu'il se mette à nouveau pleinement à l'oeuvre sans tarder. Ceci est l'affaire de tous.

Écrit par : avouedusaintsepulcre | vendredi, 06 août 2010

avouedusaintsepulcre,





La mise en oeuvre du "Principe" est en effet l'unique objet essentiel à présent. Dès lors, si un certain nombre - et il suffit même de très peu - sont d'accord sur ce "Principe", il faut passer à l'accomplissement concret du projet, car les limites du combat national ne se voient que trop bien, et trop nettement, pour ne pas comprendre qu'il convient d'oeuver d'une autre façon, qu'il est nécessaire, impérativement, de modifier la manière de penser, d'agir et d'intervenir.

Comment ? Par la rechristianisation, large, profonde et durable, des structures politiques, culturelles, intellectuelles et ecclésiales européennes ; il n'y a pas de mission plus importante, plus vitale que celle-là dans les temps inquiétants et périlleux que nous traversons.

De quelle manière ? Tout simplement par un combat religieux au service de la Tradition, combat de nature métapolitique de partout où nous nous trouvons, de partout où nous le pouvons, absolument partout où il nous est possible d'intervenir (du réseau virtuel jusqu'au moindre cercle ou groupe, jusqu'à la moindre association et structure). Il n'y a pas d'autre solution, aujourd'hui, qui ne soit pas stérile, qui ne nous fasse pas travailler en vain pour des buts illusoirs, et qui ne soit si objectivement utile, indispensable et sacrée.

D'ailleurs, et ceci n'est pas anodin, il est à signaler que le concept de métapolitique est apparu pour la première fois en France précisément sous la plume de Joseph de Maistre, qui le reprenait lui-même des philosophes allemands Christoph Wilhelm Hufeland (1762-1836) et August Ludwig Schlözer (1735-1809) en ces termes :

« J'entends dire que les philosophes allemands ont inventé le mot métapolitique, pour être à celui de politique ce que le mot métaphysique est à celui de physique. Il semble que cette nouvelle expression est fort bien inventée pour exprimer la métaphysique de la politique, car il y en a une, et cette science mérite toute l'attention des observateurs».

[Considérations sur la France, suivi de l'Essai sur le principe générateur des constitutions, 1797, éd. Complexe 2006, p. 227].


Comme l'écrivait Maistre, formulant un conseil que nous devons conserver précieusement en mémoire : "Il faut que la religion refasse l'ancien Ordre détruit !" [Lettre à L. A. Bonald, 16 juin 1807]

Que chacun donc fasse son devoir, là où la Divine Providence a voulu qu'il soit placé en ayant à l'esprit cette sentence en toutes ses actions : "Dieu premier servi !"



Ad Majorem Dei Gloriam +

Écrit par : LA QUESTION | samedi, 07 août 2010

@ Clément,


La contre-révolution et la réédification religieuse de l'ancien ordre politique, ne sont pas du tout éloignées, car les temps de l'effondrement des principes faussés de la Révolution sont advenus. La restauration des principes politiques qui ont, au cours des siècles, façonné la « chrétienté », et qui sont opposés à ceux de la Révolution française, ne tardera pas, vous pouvez en être convaincu, car cette société ne saurait perdurer encore longtemps en s'appuyant sur des bases aussi corrompues et désorientées. D'ailleurs des signes évidents de décompositions se laissent voir aisément, annonciateurs d'un prochain bouleversement.

Écrit par : hannibalgenga | dimanche, 08 août 2010

MAURRAS : IL FAUT TOURNER LA PAGE !




Maurras a les apparences de la vérité, mais pour un catholique, il a TOUT FAUX. Agnostique, naturaliste : il lui manque l’action principale, l’action décisive, en fait la seule grande : l'actio surnaturelle !

Il cherchera à occulter les écrits des vrais Maîtres (dont en premier Joseph de Maistre). Observez, regardez : qui enseigne, diffuse, choisit, fait connaître sérieusement le Cardinal Pie, Mgrs Delassus, Gaume, Juin, etc. ? Qui se moque d’eux ? Qui ne les cite jamais ou presque ? L'Action française ! Maurras et ses disciples attendent tout des hommes. Donc, ils cherchent le nombre et s’appuient sur les combinaisons humaines.


Maurras fut élevé chrétiennement, très chrétiennement. Comme tout chrétien, il subit l’épreuve de la seconde conversion, la plus importante, celle du chemin de Damas, celle de la complète conversion. DIEU permit une dure épreuve : la surdité.

Malheureusement, au lieu de se soumettre, il se révolta et, par voie de conséquence, il apostasia. Ce ne sera pas la seule révolte de sa vie. Quelle erreur de dire et répéter qu’il est devenu agnostique ! Un chrétien bien formé qui abandonne et rejette sa foi est un apostat. cette apostasie est due à l’étude frelatée des auteurs grecs et latins. Toute sa vie il ne fut ni croyant, ni pratiquant. Il alla
même très loin contre la religion.


Lors de la Première Guerre mondiale, il prôna la scandaleuse Union sacrée. Une opposition à la guerre, comme s’apprêtait à la faire saint Pie X nous aurait peut-être évité la boucherie de 14-18 (50 % des jeunes de vingt à trente ans tués ou mutilés), et la disparition du dernier pouvoir catholique, l’empire austro-hongrois, la mise en place de gouvernements occultes dans toute l’Europe et la création de l’intrinséquement pervers système communiste.


Maurras et l’A.F. école de pensée ?
Maurras et l’A.F. école d’action ?
Non et NON.

Le bilan est négatif. Il n’a pas fait reculer la Révolution d’un pouce. Il y a même coopéré en étant une fausse antithèse. La Révolution a besoin d’une opposition connue, tenue, stérile, pour faire avancer ses plans.

Maurras n’a pas formé de vrais contre-révolutionnaires. Il a même occulté, caché, étouffé, les vrais antirévolutionnaires, les vrais antilibéraux, l’école antilibérale. Ou il récupère les jeunes générations qui se devraient d’être catholiques ou il les annihile. Soulignons qu’il en est de même aujourd’hui.

Comment se fera ce retour à la Tradition ? Ne pas envisager ce comment, c’est presque malhonnête tant il est gros d'interrogations.
A la méthode maurrassienne ? : un parti ?, l’Action Française ?, des élections ?, un coup de force ?, pour mettre en place un d’Orléans ou un Louis XX, ou…qui ? C'EST GROTESQUE ! Tous les candidats connus sont
corrompus. Ne pas le dénoncer, c’est encore s'exposer à des aventures insupportables !


Ce sera le Grand Pape qui appellera le Grand Monarque. C’est toujours le pouvoir spirituel qui choisit, appelle, sacre le pouvoir temporel.
Mais tout cela n'adviendra qu’après une expiation sérieuse, qu’après une persécution rachetant toutes nos fautes. C’est ce que dit Augustin Lémann (Le dénouement de la persécution). Le Père de Clorivière a prophétisé que DIEU n'interviendra que lorsque "Nous supplierons le ciel, dans la rue, par nos CRIS, demandant pardon à DIEU" !

Mais on en est encore loin ! Surtout si l’on en reste à Maurras !

Pour nous, la référence infaillible c'est la Papauté catholique !


MAURRAS TOURNONS LA PAGE !
http://www.a-c-r-f.com/documents/LHR-Maurras_tourner_page.pdf

Écrit par : Les Amis du Christ Roi de France | dimanche, 08 août 2010

Le naturalisme politique - ou le positivisme empiriste - est une monstruosité, un cadavre d'immoralité (terra damnata) voué irrémédiablement à une totale décomposition.


Par leur naturalisme, tous les partis politiques s'égarent et conduisent actuellement notre pays à sa ruine morale et spirituelle. N'oublions jamais qu'une société sans âme est un corps mort et que "si Dieu ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent " (Psaumes, 127, Vg. 126, verset 1).

Écrit par : Norenda | dimanche, 08 août 2010

La science politique est une science expérimentale dont l'objet est la poursuite de constantes régulières et des lois statistiques de la société.

Quand nous disons "politique d'abord", nous disons : la politique la première, la première dans l'ordre du temps, nullement dans l'ordre de la dignité. Autant dire que la route doit être prise avant que d'arriver à son point terminus ; la flèche et l'arc seront saisis avant de toucher la cible : le moyen d'action précédera le centre de destination. Au point de vue de l'importance, le n° 1 appartient évidemment aux questions religieuses et morales ; le n° 2 aux questions sociales, et le n° 3 aux questions politiques. Mais, au point de vue de la marche et du moment, de l'ordre dans lequel le problème peut se traiter en fait dans les conditions de la France d'aujourd'hui, c'est le numérotage inverse qui s'impose : le n° 1 est politique, le n° 2 social, le n° 3 moral et religieux.

Étant donné l'omnipotence de l'État centralisateur de qui tout dépend, il faut commencer par mettre dans l'impossibilité de nuire cet État antisocial, antireligieux et antimoral [et par principe ou en finalité antisocial parce qu'antimoral et antireligieux, car tout se tient] ; il faut ensuite, avec le concours de cet État redressé, introduire de sages réformes sociales ; enfin, à la faveur d'une atmosphère sociale épurée et renouvelée, favoriser les entreprises de réforme religieuse et morale, ou plutôt assurer à leur expansion un champ de liberté plénière.

L'Action française fit de bonne heure cette distinction de sens commun : dans l'œuvre du labour, la charrue importe bien plus que les bœufs qui la traînent ; cependant, la charrue n'est point placée avant les bœufs, hormis chez les Gribouilles conservateurs qui, naturellement, en sont toujours punis.


La "politique religieuse", comme la politique économique, comme la politique sociale, est d'abord une politique. Elle consiste donc en tout premier lieu à s'emparer et à s'assurer du pouvoir. Rien n'est fait de certain, rien n'est fait de sérieux contre un adversaire quelconque si on lui laisse le moyen d'édicter la loi, de l'interpréter et de l'exécuter.

Politique d'abord !





"Distinguer n'est point mettre en conflit, n'est même point diviser, ni séparer. La Politique naturelle a pour objet d'approfondir un ordre impersonnel. Sans doute, Anciens et Modernes, y compris ici plus grands, ont pu confondre ces objets avec d'autres, assez voisins. Cela n'est pas une raison de rendre la confusion éternelle. Pour ma part, tout m'incite à conduire, aussi profondément que je le peux, cette étude des fondements sociaux de la vie humaine qui a fait mon souci constant."

Charles Maurras, La politique naturelle

Écrit par : Théodore Aubanel | dimanche, 08 août 2010

@ Aloïs




L’aigle bicéphale vient de l’art héraldique. L'aigle est en effet essentiellement une figure héraldique nobiliaire, symbole de puissance et d'autorité. Le Saint-Empire romain se réclame directement de l'Empire romain antique, il reprend donc ce symbole pour signifier la continuité politique d’avec Rome.

Les armoiries apparaissent sur les champs de bataille du XIIe siècle pour permettre aux combattants de se reconnaître au coeur de la mêlée. Les animaux furent parmi les premières figures utilisées. Le plus ancien exemple français est celui du sceau apposé en 1227 par un Chevalier de l'Ordre du Temple, Guillaume de l’Aigle, Commandeur du Temple en Normandie.

Le second cas est celui de Jocelin de Chanchevrier daté de 1229. L’aigle à deux têtes fut ensuite représenté dans les blasons des principaux participants des croisades. Jourdain d'Amphermet, Jean de Dion, Hamelin et Geoffroy d'Antenaise, Jean de la Béreaudière, Le Meigre, Amaury de Saint-Cler, Hugues de Sade et Laurent de la Laurencie portent en effet l’aigle à deux têtes.

Mais « Dans les armoiries occidentales, son indice de fréquence est cependant très inférieur à celui du lion : au Moyen-Âge on compte environ un écu à l'aigle pour six écus au lion.

Ainsi découvre-t-on qu'il constitue les armes de Bertrand du Guesclin (1320-1380). Héros de tournoi, chevalier errant et justicier au renom légendaire, guerrier victorieux puis connétable de France, on fit de lui sous Charles VI, le type du parfait chevalier. Or Bertrand du Guesclin portait « d'argent à l'aigle à deux têtes de sable, à la côtice de gueules brochant sur le tout, becquée, lampassée et armée de gueules ». L'aigle à deux têtes se voit donc associé dans l'imaginaire médiéval au type du parfait chevalier. Outre sa présence dans les armoiries des chevaliers croisés, l’aigle à deux têtes constitue le blason d’un Ordre hospitalier du Moyen-Âge, les Chanoines réguliers de Saint Antoine qui portent « D’or à un aigle de sable à deux têtes, diadémé de même, ayant le vol étendu et au col une couronne d’or, en forme de collier, duquel pend un écusson aussi d’or, posé sur la poitrine de l’aigle et chargé d’un tau ou taph d’azur ».

Plus on avance vers le XVe siècle plus l’aigle à deux têtes se développe dans les pays germaniques auquel il est souvent exclusivement associé aujourd’hui. Mais « malgré quelques témoignages exceptionnels à l'époque de Frédéric II, ce n'est que sous l'empereur Sigismond, c'est-à-dire au début du XVe siècle, que l'aigle bicéphale devint définitivement la figure héraldique de l'empereur l'aigle bicéphale devient le symbole de l'empereur sur les sceaux, les monnaies, le drapeau impérial. Au XIIe siècle l'empereur Frédéric Barberousse faisait figurer sur ses armes un aigle monicéphale qui devint les armoiries de l'Empire et donc le symbole du Saint-Empire romain germanique. Mais avant cette date, on le retrouvait déjà sous différents empereurs comme symbole du pouvoir impérial avec Otton Ier ou Conrad II. Cependant, il faudra attendre le XIV e siècle, alors que les armes de l’Empire étaient un aigle simple, pour que l'aigle devienne définitivement bicéphale sous le règne de Frédéric III.

Ainsi, en héraldique, à la fin du XVIIIe siècle, l’Aigle éployé entra dans les armes de près de 500 familles européennes dont, pour 200 d’entre-elles, il constituera désormais les armes complètes. Après la chute du Saint-Empire en 1806, le symbole de l'aigle impérial fut repris par le Reichstag de 1848 comme symbole de sa lointaine filiation et héritage de l'Empire



@ Cédrik

Voici le jugement de Bloy concernant Joseph de Maistre :

« Lu, plusieurs heures, le Pape de Joseph de Maistre. L'auteur me passionna au temps de mon adolescence. Aujourd'hui, j'en jouis mieux, en le délimitant. Génie incontestable, mais borné. Génie exclusivement traditionnel. On croirait que sa 'Providence' est un mécanisme. Il ne comprit pas qu'en 1789, Dieu avait changé la face du monde. »

LÉON BLOY, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne : pour faire suite au Mendiant ingrat et à Mon journal, Mercure de France, 1905.

On ne peut témoigner, en quelques lignes, d’une plus grande incompréhension de la pensée de l’auteur des Soirées de Saint Pétersbourg, ce qui démontre une fois de plus que Léon Bloy s’est profondément égaré en de nombreux domaines importants.


@ Clément


Qui sait si l'Église ne trouvera pas dans le futur proche, à la faveur d’un nouvel élan missionnaire développé par des ordres religieux dévolus à cette sainte fonction évangélisatrice, une puissance d'action qu'elle ne soupçonne pas, et qui lui servira à restaurer un empire plus solide que celui qu'elle a perdu ? Qui sait si tous ces éléments de rénovation religieuse, qui témoigneront demain peut-être d'un besoin réel et profond, ne trouveront pas à s'organiser autour d'un centre commun, et si la vieille Rome catholique, rajeunie et transformée par un Vatican III de Tradition, ne sera pas ce foyer commun ?

En critiquant les visions théocratiques de Maistre, évitez de désespérer des vues de la Divine Providence. Ce que l’on peut dire à l'heure qu'il est, c'est que le monde européen, s'il ne veut pas périr comme l'empire romain, doit trouver un symbole religieux qui puisse arracher les âmes au double mal qui se les dispute aujourd'hui : un brutal athéisme et une tragique idolâtrie. L'idée de théocratie papale est l'idée dominante du livre « Du Pape » de Joseph de Maistre ; elle n'est pas la seule. Mais elle est suffisante pour bâtir une perspective sérieuse, solide et durable, appuyée sur une institution fondée par Jésus-Christ. Rien ne peut lui être comparé en ce monde, en dignité, sacralité et autorité. Il est déjà miraculeux et magnifique que nous disposions d’une telle institution bénie du Ciel.


@ Théodore Aubanel


On ne peut qu’être, non pas surpris, eu égard à vos références maurassiennes, par votre raisonnement, mais toute de même choqué qu’un tel discours sophistique, laïc et positiviste, puisse être tenu par un catholique. Lorsque vous écrivez : « Quand nous disons "politique d'abord", nous disons : la politique la première, la première dans l'ordre du temps, nullement dans l'ordre de la dignité », c’est oublier que la dignité et le temps, ne représentent pas deux domaines séparés et éloignés sur le plan providentiel, comme si la Dieu n’avait rien à voir avec les questions de ce monde, mais des éléments étroitement unis dans la marche de l’Histoire.

Cette conviction que Dieu intervient directement dans la vie du monde, cette certitude de l’intervention réelle de la Divine Providence à l’intérieur des faits politiques, est d’ailleurs ce qui distingue nettement et radicalement Joseph de Maistre de Charles Maurras.

L’approche maistrienne du devenir historique ne consiste pas, contrairement à ce que fit Maurras, à créer une artificielle distinction entre « importance » et ce que vous nommez « la marche et du moment », aboutissant dans votre arithmétique empiriste à un numérotage hautement fantaisiste. Cette approche permet bien plutôt de comprendre que tout répond à un ordre des choses qui a son explication et sa raison véritable dans l’Invisible.


« Il faut commencer par mettre dans l'impossibilité de nuire cet État antisocial, antireligieux et antimoral » dites-vous, sans comprendre qu’utiliser une mauvaise mesure pour effectuer votre opération, c’est-à-dire en fondant votre action en la détachant d’une position religieuse, vous obtiendrez un résultat faussé et négatif. Vous ne redresserez-pas l’Etat, ni l’empêcherez de nuire, en vous affrontant à lui avec ses propres armes. Il possède sur vous une supériorité incomparable dans ce domaine, faisant que votre projet de le renverser politiquement sans l’accompagner d’aucun principe religieux qui puisse commander votre initiative est une chimère idéaliste.

Loin de mettre la charrue avant les bœufs, ceci dit même si nous devons passer à vos yeux pour des « Gribouilles conservateurs » (sic !), des théocrates intransigeants, nous pensons en effet avec Joseph de Maistre que les nations sont gouvernées secrètement par « un esprit recteur, qui les anime comme l’âme anime le corps et qui produit la mort lorsqu’il se retire. » C’est là le sens précis de ce que l’on nomme le gouvernement temporel de la Providence, c’est-à-dire l’action directe ou indirecte de Dieu dans la marche et les affaires du monde, et parfois, à la plus grande surprise des hommes, l’apparition de la force divine de sa justice et de son châtiment dans les événements de l’Histoire. « Parce que les hommes sont sortis des voies primitivement tracées par Dieu à leur action, Dieu, dont le plan doit aboutir avec ou sans nous, pour ou contre nous, ramène nos volontés coupables à son ferme dessein par les souples initiatives de sa rédemption... » [Abbé Louis Carret, Finesse et géométrie dans Joseph de Maistre, Paillet, 1937, p. 66.] C’est donc cet « esprit recteur » qu’il faut déceler dans l’œuvre de transformation politique, morale et religieuse qui modela les nations au cours du temps, et de nouveau solliciter pour qu’il les modifie.

Se croire capable, comme le soutiendra Maurras, de mettre en œuvre une perspective de changement de la Nation en la plaçant sur le terrain uniquement politique, revient à reproduire l’identique erreur des révolutionnaires.

Pourquoi ?

Parce que l’homme est nativement un être déchu et n’est pas en mesure ni de redresser, ni de « constituer », par sa libre volonté, aucune institution légitime sous peine de sombrer dans la plus cruelle des utopies illusoires. La philosophie politique qui a présidé à l’émergence des idées de la Révolution française, idées qui aboutirent à la fameuse « Déclaration des droits de l’homme », dont Maistre s’emploiera inlassablement tout au long de sa vie à déconstruire les postulats insensés, est une conception anti-traditionnelle qui, follement, place l’homme à la source du droit politique, en détachant la sphère sociale de la sphère religieuse. La Révolution, poursuivant la logique empiriste jusqu’au bout, n’a fait qu’installer l’homme et son autonomie, sur un trône vertigineux, tel un dieu moderne objet d’un étrange et sinistre culte idolâtrique. S’étant précipitée dans les bras du vice, du blasphème et du mensonge, la France reçoit ainsi en partage aujourd’hui en raison de sa complicité d’avec l’impiété qui fut déjà celle de ses monarques, la cruelle rétribution temporelle de ses crimes, elle doit donc fatalement endurer les guerres, les révolutions et la domination générale du mal et de l’abjection. La Rédemption pour elle est hélas à ce prix.

Nous l’avons déjà précisé, mais il n’est pas inutile d’y insister tant ceci est important à comprendre, si la Révolution est de nature satanique, « elle ne peut être véritablement finie, tuée, que par le principe contraire, qu’il faut simplement délier c’est tout ce que l’homme peut faire ; ensuite il agira tout seul. » [Maistre à l’évêque de Raguse en 1815, Lettres et Opuscules inédits du comte Joseph de Maistre, E. Vaton, Paris, 1873] Redisons-le, la méthode du redressement salvateur est simple il s’agit en effet de « délier le principe contraire », de l’autoriser à pénétrer de nouveau spirituellement et organiquement toutes les différentes couches du corps social, en ne s’éloignant pas une seconde de l’œuvre de l’Eglise dans un fol sentiment d’indépendance du politique.

L’idée majeure de la doctrine de Joseph de Maistre, entièrement oubliée par Maurras et ses disciples, c’est que Dieu mène le monde vers un but de lui seul connu, il conduit, et lui seul, le destin des nations selon des voies spécifiques et particulières. Qu’il y ait une surdétermination de l’Histoire, que le cours des événements obéisse à une loi supérieure, ce sont là des vérités, que cela plaise ou non, qui ne se comprennent que dans une perspective religieuse, uniquement et étroitement religieuse !

Écrit par : Zacharias | lundi, 09 août 2010

« Le Roi Très Chrétien Louis XVI a été condamné au dernier supplice par une conjuration impie, et ce jugement s'est exécuté (…) Qui pourra jamais douter que ce Monarque ait été principalement immolé en haine de la Foi et par esprit de fureur contre les dogmes catholiques (...) Ah ! France ! Ah ! France ! Toi que nos prédécesseurs appelaient le miroir de la Chrétienté et l'inébranlable appui de la foi ; toi qui, par ton zèle pour la croyance chrétienne et par ta piété filiale envers le Siège Apostolique, ne marche pas à la suite des nations, mais les précède toutes, combien tu nous es contraire aujourd'hui ! Ah ! encore une fois, France ! Tu demandais toi-même auparavant un roi catholique. Tu disais que les lois fondamentales du royaume ne permettaient pas de reconnaître un roi qui ne fut pas catholique. Et maintenant que tu l'avais, ce roi catholique, c'est précisément parce qu'il était catholique que tu viens de l'assassiner !... Jour de triomphe pour Louis XVI, à qui Dieu a donné et la patience dans les tribulations et la victoire au milieu de son supplice ! »

(Pie VI, Allocution au Consistoire secret du 17 juin 1793 sur l'assassinat de Louis XVI)

Écrit par : Providas Romanorum | vendredi, 13 août 2010

Le sacre des rois de France a conservé un cérémonial particulier...



«Le roi de France était sacré avec le Saint Chrême, la plus noble des Huiles Saintes, celle qui est employée au sacre des évêques (auquel on mélangeait une parcelle de l’huile apportée du Ciel par le Saint-Esprit et conservée dans la Sainte Ampoule). Lorsque d'autres rois demandèrent à l'Eglise de les sacrer eux aussi, elle ne voulut leur appliquer que l'huile des catéchumènes.

«Le roi était oint à la tête d'abord, comme l'évêque, pour montrer que de même que l'évêque a la première dignité dans le clergé, le roi de France avait la prééminence sur tous les souverains...» Les prières suivantes compléteront bien l'idée que les Français doivent se faire du sacre de leurs Rois «QU'IL SOIT HONORE PLUS QUE LES ROIS DES AUTRES NATIONS : qu'il règne heureusement sur ses peuples : QUE LES NATIONS LE COMBLENT DE LOUANGES ET CELEBRENT TOUTE SA MAGNANIMITE ».

Marquis de la Franquerie, La Mission divine de la France
http://www.a-c-r-f.com/documents/FRANQUERIE-Mission_divine_France.pdf

Écrit par : Antoine de Berny | vendredi, 13 août 2010

Admirable réflexion d'Auguste Nicolas à propos de la continuité historique de la Papauté à travers les siècles :


"l'Europe a changé trois fois de face ; l'Antiquité s'est éteinte, le Moyen Age est mort. Trois empires, celui de Charlemagne, celui de Charles-Quint, celui de Napoléon, se sont élevés et ont disparu. Des nations ont brillé qui ne sont plus. Un monde découvert est échu en
partage à la puissance temporelle cl à la puissance spirituelle: celle-ci seule a gardé sa part.
Tout a fait son temps, idées, peuples, et empires. Rome seule est restée debout; le Pape seul est resté. Il y a dans ce fait, on ne saurait trop le répéter, quelque chose qui vaut la peine qu'on y réfléchisse un peu."

Rome et la Papauté - 1882.



Jean-Jacques Auguste Nicolas, est un laïc, théologien et apologiste, né à Bordeaux le 6 janvier 1807 et mort à Versailles le 17 janvier 1888. Il fut reçu avocat à Poitiers en novembre 1830. Il intervint pour le rétablissement du Crucifix dans les tribunaux et en faveur des enfants abandonnés. En 1835, il épousa Angélique Duclos, petite nièce de Louis Dupont, "le saint homme de Tours".


En 1855 paraît "La Vierge Marie et le plan divin" avec pour sous-titre Nouvelles études philosophiques sur le Christianisme, réédité en 1856 et en 1857. Il le rédigea à la suite d'un voeu qu'il avait fait à Notre-Dame d'Arcachon pour la guérison d'une de ses filles : "Il fut pris au mot", écrit-il ; sa fille fut guérie miraculeusement d'une maladie très grave. Il fut d'abord très embarrassé pour tenir la promesse qu'il avait faite à la Sainte Vierge de composer un écrit en son honneur. Mgr de Ségur, qu'il consulta, lui communiqua un plan dressé par M. Baudry, prêtre de Saint-Sulpice, futur évêque de Périgueux avec qui il entra en relation. Ainsi encouragé, il se mit au travail et tous les huit jours, il venait faire à M. Baudry la lecture de ce qu'il avait rédigé." (D.T.C. t.XI, p. 550)


Cette somme de théologie mariale en quatre volumes reste l'une de ses oeuvres les plus importantes.
- Le premier volume, paru en 1855, a pour titre La Vierge Marie dans le plan divin. "L'auteur y montre que le rôle de Marie dans la Rédemption est indissolublement lié à celui du Verbe incarné "médiateur universel de religion et de Rédemption." Le plan divin comprend comme trois termes : Dieu, Jésus, Marie. Au début, Marie, pure créature ; au centre, Jésus Dieu-Homme ; au sommet, Dieu éternel.
- Le deuxième volume s'intitule La Vierge Marie d'après l'Evangile. Il valut à l'auteur les félicitations de Mgr de Ségur, de l'abbé Isoar, futur évêque d'Annecy.
- Les troisième et quatrième volumes, "La Vierge Marie vivant dans l'Eglise", parurent en 1860 : "C'est l'épanouissement de la fleur dont nous avons précédemment montré la tige dans l'Evangile et la racine dans le plan divin."

(Cf. Dictionnaire de Théologie Catholique, T. XI, col. 548-555 et l'encyclopédie Catholicisme, fascicule 42, p. 1247-1249, Claude Charles Billot, Bibliographie sur Auguste Nicolas ; Paul Lapeyre, Auguste Nicolas, sa vie et ses oeuvres d'après ses mémoires inédits, ses papiers et sa correspondance, in-8°, Paris, 1892).

Écrit par : Sulpice | samedi, 14 août 2010

Le marquis de la Franquerie, s'il prend quelques libertés avec la doctrine des sacrements de l'Eglise, n'est pas moins très ferme pour souligner que le péché de la France s'est produit bien avant la Révolution, à l'époque où les monarques furent infidèles à la Papauté.


Jugeons plutôt :

« La première infidélité de la France entraîne son premier châtiment. Le propre petit-fils de Saint-Louis, Philippe le Bel entre en lutte avec le Pape au sujet des impôts à percevoir sur le Clergé et les monastères, refuse avec hauteur l’invitation que lui fait boniface VIII de partir pour la croisade, puis fait arrêter le Légat et confisquer ses biens. Le Souverain Pontife envoie sa bulle « Ausculta Fili… » Le Roi la fait brûler et répond une lettre injurieuse. Excommunié il saisit les biens ecclésiastiques confisqués et convoque les Etats-Généraux qui ratifient sa conduite. Après l’attentat d’Anagni, il sera la cause indirecte du Grand Schisme d’Occident, en installant les papes en Avignon. (…) Le crime du Roi est patent ; c’est le premier depuis neuf cent ans. Il est national ; tous les corps de l’Etat l’ont approuvé.

Le châtiment va être exemplaire !

Le Roi meurt jeune et accablé de remords ; ses trois Fils vont lui succéder sur le trône sans laisser d’héritier. La couronne passe à la branche des Valois. VOILA LE CHATIMENT ROYAL !

La guerre de Cent Ans : VOILA LE CHATIMENT NATIONAL ! »
[…]

La Mission divine de la France, Editions Saint-Michel, 1955, pp. 108-112.

Écrit par : Lozère | jeudi, 02 septembre 2010

Dom Guéranger écrit à propos de Maistre cette réflexion très juste :


"Joseph de Maistre ne vit plus que dans ses immortels écrits; mais là encore il effraie l'erreur et réjouit ceux qui aiment la vérité. J. de Maistre n'était qu'un homme, il a pu errer comme tout homme; mais nous sommes assurés qu'il ne peut errer quand il met son génie au service de la foi."

La monarchie pontificale, p.69.

Écrit par : Synesius | jeudi, 02 septembre 2010

En 1819, Joseph de Maistre écrivait :

«Il est infiniment probable que les Français nous donneront encore une tragédie; niais que ce spectacle ait ou n'ait pas lieu, voici ce qui est certain. L'esprit religieux, qui n'est pas du tout éteint en France, fera un efforl proportionné à la compression qu'il éprouve, suivant la nature de tous les fluides élastiques. Il soulèvera des montagnes, il fera des miracles. Le souverain pontife et le sacerdoce français s'embrasseront, et dans cet embrassement sacré, ils étoufferont les maximes gallicanes. Alors le clergé français commencera une nouvelle ère et reconstruira la France; et la France prêchera la religion à l'Europe, et jamais on n'aura rien vu d'égal à cette propagande ».

Lettre a M. le chevalier d'Olry,3 mars 1819 [Corresp., I. VI. p. 156).

Écrit par : apostolatus specula | jeudi, 02 septembre 2010

La monarchie du pape et l'infaillibilité ne sont venues au jour que progressivement. La constitution de l'Église a été établie par le Christ; mais celui-ci n'a fait que déposer les germes d'où sortiraient les développements futurs.

On ne peut pas dire que saint Pierre eût conscience d'être pape, c'est-à-dire d'agir avec la plénitude de la puissance et avec l'infaillibilité, lorsqu'il prenait la parole au concile de Jérusalem. L'étendue des prérogatives des papes ne devait se manifester qu'au cours des Ages : par une évolution spontanée, contrariée ou servie par les événements, les différenciations ont apparu au sein de l'organisme primitif. Les premiers papes ne voulaient pas cette extension de leur pouvoir, que les circonstances réalisaient : ils étaient poussés à leur insu par un mouvement intérieur, celui de la vie placée par le divin Législateur au coeur même de son Église, et qui se répandait en énergies sans cesse renouvelées.

La souveraineté papale, comme toutes les autres, s'esl enrichie el Fortifiée avec le temps. L'heure semblait venue pour Maistre de proclamer ses droits; mais celle déclaration de droits préexistants la Papauté ne les crée pas, elle les constate el les consacre.

Écrit par : Eremo | jeudi, 02 septembre 2010

Très intéressant.

De Maistre est plus utile aux chrétiens et aux Européens aujourd'hui, que Maurras. Il est plus actuel, c'est incontestable.

Je reprends aussi l'idée du double étau en train de broyer les Européens: le relativisme et l'islam, l'un et l'autre s'attisant mutuellement et multipliant les conversions soit à l'un soit à l'autre, dans une machinerie diabolique qui finira très très mal.

Alors élargissons la vue. Le terrain de jeu n'est plus l'Europe, mais le monde. Nous ne sommes plus au XIXe. TOUS les chrétiens sont ennemis, qu'ils le veuillent ou non, des deux étaux qui nous malaxent. Cessons de voir en Vatican II un schisme, malgré ses imperfections dans lesquelles le Malin s'est engouffré. Considérons qu'il était déjà très largement présent avant, et que lui donner autant de visibilité a pu être le début d'une purge. Apprécions ensuite l'effort oecuménique. On ne saurait être catholique sans viser à l'unité des Chrétiens, à la restauration de la Chrétienté. En y réfléchissant bien le dernier demi-siècle n'est pas si démoralisant que cela et il tend à fortifier les contre-révolutionnaires et de Maistre, les rapprochant paradoxalement d'un Jean-Paul II ou Benoit XVI bien plus qu'ils n'en ont conscience.

Je n'aime pas cracher su ma patrie ni l'enterrer alors qu'elle vit encore un peu, mais je crains qu'il faille combattre en plus des deux fléaux sus-cités, un néo-nationalisme post-maurrassien qui commence à pointer le bout du nez et à chercher alliance, ici avec les révolutionnaires, là avec les musulmans.

Écrit par : Aquinus | mardi, 14 septembre 2010

"Cessons de voir en Vatican II un schisme, malgré ses imperfections dans lesquelles le Malin s'est engouffré", s'il ne s'agit d'un schisme stricto sensu, néanmoins ce concile correspond bien à une rupture évidente d'avec la Tradition de l'Eglise, et un bouleversement formidable, qui commence peu à peu à être heureusement corrigé, mais qui laissera des traces négatives extrêmement profondes dont on mettra du temps à se relever.

Autrement assez d'accord, la doctrine obsolète du néo-nationalisme maurrassien est absolument dépassée par les événements d'aujourd'hui, n'ayant jamais accédé par un manque constitutif dont l'origine se trouve chez Maurras lui-même, ni à l'idée d'Europe chrétienne, ni même à la notion de chrétienté telle que Maistre la développe et l'expose tant du point de vue organique, politique que religieux.

Écrit par : Lozère | jeudi, 23 septembre 2010

« Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c’est en quoi il ne ressemble à rien de connu.»

Joseph Maistre - Considérations sur le France

Écrit par : Quadrige | jeudi, 23 septembre 2010

Maurras est au fond un gallican, or le gallicanisme est une erreur, un piège est le résultat d'un montage trompeur.

En effet, le conciliarisme, hérésie basée sur un faux en écriture, devint malheureusement la thèse officielle des docteurs gallicans en 1682, sous le règne de Louis XIV.
La déclaration de 1682 « n’avait pas été émise en toute liberté et conscience, mais plutôt sous l’empire de la crainte ou en vue de la faveur royale [...]. Elle ne fut pour l’Église gallicane la source d’aucune gloire, d’aucune liberté, mais plutôt une tache et une vraie servitude » (Pie IX: bref adressé le 17 février 1869 à Char­les Gérin, auteur de très intéressantes Recherches historiques sur l’assemblée du clergé de France de 1682, Paris 1869).
Par servilité à l’égard du roi, pratiquement tous les évêques de France (ils étaient plus d’une centaine) signèrent - sauf trois défenseurs de la foi intrépides. Louis XIV méprisait secrètement les évêques-courtisans et admirait la fermeté des trois prélats qui avaient osé lui tenir tête. Il dit avec un brin d’humour: « J’ai trois évêques dans mon royaume ».

La déclaration du clergé gallican fut cassée et annulée par Innocent XI (bref Paternae caritati, 11 avril 1682) et par son successeur Alexandre VIII (constitution Inter multiplices, 4 août 1690). Dans un décret du 7 décembre 1690, Alexandre VIII condamna 33 propositions hérétiques, dont la 29e: « Le pouvoir du pontife romain au-dessus du concile, et son infaillibilité dans la dé­cision des questions de foi, est une assertion futile et cent fois réfutée ». Cette proposition condamnée résumait la pensée gallicane.

Les gallicans :
http://www.virgo-maria.org/mystere-iniquite/documents/chapters/documents_published/doc1/node25.html

Écrit par : sixte | jeudi, 23 septembre 2010

je n'ai pas pu trouver de petit lien "nous contacter"... Je vais donc m'exprimer ici.

Il est agréable de trouver sur un blog des sources et je vous en félicite, car bien souvent les blogs se contentent d'exposer des théories sans laisser des traçabilité. Je vous incite cependant à avoir la même rigueur quant aux faits historiques. Cela dit , peut être que mes études en Allemagne m'ont habitué à des références et à des notes en surnombre :) . Après avoir lu les commentaires sur certains articles vous devriez également inciter vos lecteurs à plus d'amabilité envers les personnes qui ont un avis différent. Leurs arguments n'en seront que mieux perçus : une personne qui s'énerve perd toute crédibilité quelque soit son discours. Voyant l'importance que représente ces articles pour vous, ne devriez vous pas les assumer et les signer ? ou du moins mettre une adresse mail à disposition (plus anonyme) ? Je voulais enfin et pour finir, savoir si le nom "La question" avait un rapport avec "mettre à la question"

Je suis désolé de mettre ce commentaire ici, mais c'est la seule idée qui me soit venue.
Cordialement.

Écrit par : de passage | lundi, 04 octobre 2010

Ce texte est excellent cependant j'ai deux observations à faire.
"L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire,../... "
Certes, il a disparu de la scène politique, mais il subsiste une filiation impériale, un "filem" impérial donc une personne qui en est héritière aujourd'hui. Une personne "adombré" par le Seigneur. Pas forcément une personne très en vue, car la filiation peu prendre, par la l'intervention de la Providence,des chemins inattendu et hors de compréhension humaine.
Je pense donc que nous avons un empereur potentiel, caché quelque part, probablement en France, sinon pourquoi l'Adversaire s'acharnerait-il ainsi sur notre pays.

Plus loin il est dit :
".../... mais surtout l’autorité supérieure sur le plan temporel et en premier lieu, de manière incontestable, le pouvoir suprême"
Le danger est là, dans le Pouvoir, car le Pouvoir est corrupteur. Celui qui détient l'Autorité de par Dieu ne peut exercer de pouvoir : il est "Pontifex Maximus" et c'est déjà beaucoup.
Cordialement
Amaury

Écrit par : Amaury Massalis | vendredi, 27 mars 2015

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