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samedi, 19 décembre 2009

Joseph de Maistre et les Juifs

L’antijudaïsme contre-révolutionnaire

 

 

 

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« L'Histoire est une conspiration permanente contre la vérité. »

Joseph de Maistre

 

 

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"Les Juifs qui s'en tenaient à l'écorce avait toute raison,

jusqu'à l'événement,

de croire au règne temporel du Messie;

il se trompent néanmoins, depuis..."

 

 

blason.jpgJoseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain, ambassadeur de la couronne de Savoie auprès du Tsar, qui sut mettre en lumière la doctrine du « providentialisme » en politique, a souvent attiré l'attention de ses lecteurs sur le rôle nocif des Juifs, rôle très important qu’ils eurent dans la révolution actuelle, et l’avènement des « Lumières ». Il dénonça avec force et véhémence les fruits corrompus, l’action malsaine et les intentions troubles des milieux néo-judaïques travaillant à détruire les forces vives des nations chrétiennes, au point même qu’il loua les efforts de l’Inquisition espagnole dans son action afin de circonscrire leur influence.

 

La vision de Joseph de Maistre, sur ce sujet, est peu connue, très rares sont les articles, pour ne pas dire inexistants, qui en traitent. Il est donc surprenant de voir certains se revendiquer, avec une étonnante légèreté, de la pensée de Maistre pour justifier des vues contestables touchant aux questions géopolitiques contemporaines, et singulièrement par rapport au sionisme [1]. On se penchera ainsi avec intérêt sur les textes dont nous disposons, afin de se former une idée précise des positions maistriennes en la matière, d’autant que ces dites positions participent d’une meilleure compréhension de la doctrine du comte chambérien et de ses profondes convictions, aussi bien religieuses que politiques, sachant que pour lui, il ne saurait y avoir de politique contre-révolutionnaire authentique que religieuse.

 

I. Les bases de l’antijudaïsme maistrien

 

Maistre exposa sa doctrine politico-religieuse en de nombreux ouvrages qui constituent, aujourd’hui encore, une source fondamentale pour la pensée contre-révolutionnaire au sein de laquelle on doit citer, en tant que disciples directs de l’auteur des Soirées de st. Pétersbourg,  Louis de Bonald, Antoine Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume ou Louis Veuillot. Ces penseurs participent tous d’une vision catholique traditionnelle qui reprend les grands thèmes définissant les critères du pouvoir légitime, et réaffirment la nécessaire domination spirituelle de l’Eglise sur les sociétés afin que ne s’infiltrent pas en elles les germes corrupteurs capables de les détruire.

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"Le Juif converti au Christianisme,

boit le même sang qu'il a versé (sur le Calvaire). »

J. de Maistre (Eclaircissement sur les sacrifices)

 

 

Ainsi, les cadres protecteurs qui participèrent des principes qui présidèrent à la défense de la chrétienté pendant des siècles, ont été longuement expliqués et défendus par Maistre et ses disciples, afin que leurs contemporains comprennent en quoi, la disparition des barrières salutaires qui avaient empêché les Juifs de s’infiltrer dans le tissu organique de la vie sociale, a eu des conséquences terrifiantes et entraîna la ruine de l’ordre chrétien.

 

LouisXVI.jpgRappelons que le 28 septembre 1791, l'Assemblée constituante, dans l'ivresse de son omnipotence, décréta l'émancipation des juifs, et les admit à l'exercice de tous les droits civils et politiques des citoyens français. Cette initiative s'imposa successivement, non sans résistance, d'abord à tous les états catholiques, puis aux états protestants et schismatiques, même dans les pays turcs et arabes. Partout en Europe l'émancipation des juifs s'accomplit, à un rythme propre à chaque région, mais d'une manière identique. En effet, après des siècles de séparation où les ghettos avaient tracé une frontière salutaire, les israélites et les chrétiens se retrouvèrent à marche forcée mêlés dans la même vie sociale par une fraternité imposée par l’esprit satanique de la Révolution.[2]

 

II. L’avocat des lois antijuives l’Inquisition

 

Juif rouelle.jpgA ce titre, que soutint le prétendu « philosémite » Maistre, s’agissant des lois contraignantes dont les Etats catholiques s’entourèrent par le passé ?  Rien qui ne soit conforme à l’esprit régulateur de l’ancienne législation anti-juive, dont un exemple nous est fourni par saint Thomas lui-même dans sa déclaration de la Somme Théologique : «Les juifs soient voués à la servitude perpétuelle par leur propre faute (…) les Juifs ne peuvent conserver les biens qu’ils ont extorqués aux autres par voie usuraire (…) les juifs de l’un et l’autre sexe doivent se distinguer par le vêtement qu’ils portent dans toute province chrétienne et en tout temps. C’est aussi ce que leur demande la Loi, qui leur enjoint de porter des franges aux coins de leurs vêtements, grâce auxquelles ils se distingueront des autres. » [3] 

 

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 Charles VI, en 1394, expulsa les Juifs de France

 

 

Disputation2.jpgLes positions de saint Thomas n’ont-elles-mêmes rien d’exceptionnel, et sont en parfait accord avec les dispositions dont s’entourèrent les Roissaint_louis.jpg de France. En effet, en 1215 le Concile de Latran imposait le port de la rouelle qui deviendra obligatoire en 1269, à la fin du règne de saint Louis, qui organisa même en 1240, à l'instigation de sa mère Blanche de Castille la première « disputatio » au sujet du Talmud entre des rabbins, dont Yehiel de Paris, et des ecclésiastiques, qui se conclut par la condamnation du Talmud dont les exemplaires seront brûlés publiquement en place de Grève à Paris en 1242. En juillet 1306, Philippe le Bel expulsa les juifs de France, en confisquant leurs biens et possessions. Après plusieurs rappels, les Juifs furent de nouveau expulsés en 1394 sous Charles VI.  Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle, pour que les Juifs reçoivent de nouveau le droit de circuler et de commercer dans le royaume de France. En 1776 ces mesures seront généralisées par des lettres patentes de Louis XVI autorisant les Juifs portugais et les Juifs du Pape à commercer à condition de se faire immatriculer auprès des juges locaux.

 

Ainsi donc, Maistre, qui vit ce que la Révolution put provoquer en France comme dégâts considérables, revint sur les dispositions qui avaient été celles des Etats catholiques, et en particulier les bienfaits que produisirent les lois antijuives de l’Inquisition en Espagne, et les justifia en écrivant :

 

- « Le judaïsme avait jeté de si profondes racines en Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. » [4]

 

Il rajoute d’ailleurs, toujours dans le même texte :

 

« Les Juifs étaient à peu près maîtres de l'Espagne; la haine réciproque était portée à l'excès; les Cortès demandèrent contre eux des mesures sévères. En 1391, ils se soulevèrent, et l'on en fit un grand carnage. Le danger croissant tous les jours, Ferdinand-le-catholique n'imagina, pour sauver l'Espagne, rien de mieux que l'Inquisition. Isabelle y répugna d'abord, mais enfin son époux l'emporta, et Sixte IV expédia les bulles d'institution, en l'année 1478. » [5]

 

Nous sommes donc très loin d’un philosémitisme dont Maistre serait le propagateur. Bien au contraire, Maistre souligne le caractère vital pour le société de se protéger contre les Juifs et leurs activités corruptrices.

 

 

III.  Justification de l’exil des Juifs

 

Cependant, loin de s’en arrêter à une défense de la législation des Etats d’Ancien Régime, Maistre  développera tout un discours mettant en lumière les raisons spirituelles qui expliquent pourquoi les Juifs, non seulement ne peuvent prétendent à un statut comparable à celui des chrétiens, mais surtout ce qui en fait un peuple à part à l’intérieur des nations en raison de leur place singulière à l’intérieur du plan divin.

Maistre ainsi, se félicitera de ce que les Juifs furent dispersés sur la surface de la terre avant et après la destruction du Temple de Jérusalem car, selon lui, cette dispersion qui semble être un état dans lequel doivent subsister les Juifs pendant les siècles, favorise le rayonnement et la diffusion de l’Ecriture Sainte et prépara les hommes à la réception de l’Evangile.

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 La déstruction du Temple de Jérusalem

 

 

Voici ce qu’il écrit :

 

- « La dispersion des Juifs dans les différentes parties du monde, a fait connaître de tout côté la loi mosaïque, qui devenait ainsi une introduction au christianisme. […] Tout en un mot justifiait le discours de Tobie à ses frères : ‘’Dieu vous a dispersés parmi les nations qui ne le connaissent pas, afin que vous leur fassiez connaître ses merveilles afin, que vous leur appreniez qu’il est le seul Dieu et le seul tout-puissant.’’ » [6]

 

juifs-synagogue-228481.jpgCette vision des choses permet de mieux comprendre en quoi la dispersion, très tôt advenue pour les Juifs avant même les premiers temps du christianisme,  a pu répondre à une volonté de Dieu, et que s’y opposer pour le peuple de la Bible, en s’imaginant être libre d’user de méthodes mondaines pour parvenir à rebâtir une nation Juive, est une faute très grave à l’égard de Dieu.

 

Maistre nous explique d’ailleurs que les gouvernements, avertis du danger que pouvait représenter la présence d’une forte communauté Juive chez les chrétiens, jugèrent nécessaire d’interdire toute activité prosélyte chez es membres de la synagogue, de manière à ce qu’ils ne corrompt pas les âmes. L’Eglise insistait surtout, afin que l’on prévienne la possibilité du retour à leur ancienne croyance des Juifs fraichement convertis :

- « A l’égard des Juifs en particulier, personne ne l'ignore ou ne doit l'ignorer, l'Inquisition ne poursuivait réellement que le Chrétien judaïsant, le Juif relaps, c'est-à-dire le Juif qui retournait au Judaïsme après avoir solennellement adopté la religion chrétienne, et le prédicateur du Judaïsme. Le Chrétien ou le Juif converti qui voulaient judaïser étaient bien les maîtres de sortir d'Espagne, et, en y demeurant, ils savaient à quoi ils s'exposaient, ainsi que le Juif qui osait entreprendre de séduire un Chrétien. Nul n'a droit de se plaindre de la loi qui est faite pour tous. » [7]

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Cette loi était celle établie par la Sainte Inquisition, c’était la loi de l’Eglise, la loi des nations chrétiennes, une loi bienfaisante qui protégea pendant des siècles la société du venin judaïque, et veilla également à ce que les Juifs ne fussent l’objet de mauvais traitements déplacés. En effet, les Juifs étaient considérés comme une nation, non comme une secte hérétique, et à ce titre étaient autorisés à garder leurs lois, leurs coutumes,  leur langue sacrée. Ils étaient traités comme des pèlerins dans la cité (peregrini sine civitate). Toutefois les Juifs ne pouvaient pas, dans les États chrétiens, où tous professaient la même religion, prétendre à l'exercice des droits politiques et à ceux des droits civils qui leur étaient assimilés.

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Seuls les chrétiens, logiquement, pouvaient participer activement à la société chrétienne. Ce sont donc ces lois, précisément, que défend et justifie vigoureusement Joseph de Maistre dans ses Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole.

IV. Le sens spirituel de l’Ecriture selon Maistre

m006_LemannBrothers.jpgLa position de Joseph de Maistre, sera reprise et développée ensuite, par tout le courant de l’antijudaïsme  religieux contre-révolutionnaire, courant au sein duquel se signalent Gougenot des Mousseaux, Eude de Mirville, ainsi que Joseph et Augustin Lemann, qui tous considèrent qu’ils est nécessaire, à la fois de circonscrire l’influence juive, et d’autre part de fixer des limites étroites à l’interprétation de l’Ecriture afin de protéger les fidèles des dangers contenus dans une approche littérale du texte sacré, qui confère un sens trop charnel et temporel à des prophéties qui faisaient l’orgueil des Juifs.

 

G. Gogordan dans son ouvrage sur Maistre précisait sur ce point : « C'est parmi les protestants, appuyés par les Juifs, que  se recrutent ces illuminés qui croient pouvoir se contenter des lumières de leur raison, qui conspirent contre l'ordre du monde tel que Dieu l'a établi. » [8] 

 

 

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 S.S. Léon XII

 

Or, la contestation de cet ordre du monde établi par Dieu, mis à mal par les révolutionnaires en cette époque propice à tous les bouleversements, c’est dans l’Ecriture que beaucoup d’esprits aventureux puisaient l’inspiration de leurs menées subversives et contestataires. On voit mieux ce qui poussa, en 1819, Joseph de Maistre à se faire l'avocat de l'absolutisme romain dans son ouvrage Du Pape. C’est cette même année d’ailleurs, que Pie VII rétablira les jésuites qui redevinrent le principal ordre religieux, de même que l'Inquisition fut remise en vigueur dans plusieurs pays d’Europe. On vit alors la Congrégation de l'Index sévir contre tous les ouvrages progressistes, et les sociétés bibliques, nouvellement créées par les réformés alliés des Juifs, furent qualifiées d'instruments diaboliques et de pestes par les papes Pie VII et Léon XII, ce dernier proclamant  dans la lettre apostolique « Dirae Librorum (1827) : « au terrible torrent de boue constitué par les livres sortis de l'officine ténébreuse des impies, sans autre but, sous leur forme éloquente et leur sel perfide, que de corrompre la foi et les mœurs et d'enseigner le péché, le meilleur remède, on en peut être assuré, est de leur opposer des écrits salutaires et de les répandre. » [9]

 

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S.S. Pie VII

 

Il n’y a donc rien d’étrange à trouver ces lignes sous la plume de Maistre :

 

 « L’Ecriture peut parfois devenir « un poison », lorsqu’elle est lue sans notes et sans explications par une intelligence individuelle insuffisamment éclairée. C’est pour cela que l’Eglise a pour rôle d’interpréter et de mettre à la portée des fidèles la Parole écrite. C’est pour cela qu’il faut toujours en revenir « à l’autorité ». Car chacun, savant ou peuple, doit trouver dans le dogme ce qui lui est nécessaire pour sa vie intérieure. » [10]

 

saint_augustin2_small.jpgDe la sorte, de manière à juguler les folies prophétiques, il apparut nécessaire à Maistre d’insister sur une interprétation allégorique des textes sacrés afin de se libérer des vertiges judéo-protestants qui infectés les têtes chrétiennes au début du XIXe siècle.  « Tout est mystère, disait-il, dans les deux Testaments. Toute l’Antiquité ecclésiastique nous laisse entrevoir des vérités cachées sous l’écorce des allégories. » [11] Il invoquait l’autorité des Pères de l’Eglise et théologiens, considérant comme l’un des objets les plus élevés de l’intelligence l’exégèse spirituelle des Ecritures dont la lettre tue, comme elles nous le disent elles-mêmes, mais dont l’esprit vivifie. [12] Il jugeait évident « qu’il a plu à Dieu tantôt de laisser parler l’homme comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque, et tantôt de cacher sous des formes en apparence simples et quelquefois grossières, de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux.» [13]

 

L’erreur des protestants est  donc d’exclure la Tradition et de s’en tenir à l’Ecriture ; comme si Dieu avait pu ou voulu changer la nature des choses et communiquer à l’Ecriture une vie qu’elle n’a pas ; comme si l’Ecriture pouvait jamais devenir « parole, c’est-à-dire vie », à moins d’être vivifiée par la Parole éternellement vivante.

 

Il serait certainement abusif de ne donner qu’une valeur symbolique à toutes les données de la Révélation, soutient Maistre, mais on ne peut la bien comprendre si l’on s’arrête toujours à la lettre en négligeant les allégories sacrées, si l’on ne casse jamais « l’écorce », avec toute la prudence nécessaire et en se résignant à ignorer malgré tout bien des choses. De même on ne peut comprendre bien des usages pieux, des légendes et des récits, et l’on risquera même de s’en scandaliser, si l’on ne reconnaît en eux les symboles d’une vérité cachée. : « C’est la vérité dramatique qui a sa valeur indépendamment de la vérité littérale, et qui n’y gagnerait même rien.» [14] L’Ecriture poursuit Maistre : « est un hiéroglyphe, et il ne s’agit que de savoir lire. » [15]

 

 

V. Attente de la conversion des Juifs

 

Alors, toute l’approche du problème juif, tel que pensé par Maistre, s’éclaircit. La « Question Juive », au sens de l’interrogation séculaire que constitue la présence de ce peuple dans l’Histoire du monde, trouve, par cette approche religieuse, une résolution simple, sage, et pour tout dire chrétienne.

 

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La redécouverte de la doctrine antilibérale nous fait mieux comprendre la globalité du problème juif, et l’inclut dans une perspective essentiellement eschatologique, mais conforme à la doctrine traditionnelle de l’Eglise qui, depuis toujours, indique ce qu’exprime remarquablement un disciple de Joseph de Maistre, Mgr Augustin Leman :

 

- « Le rétablissement des Juifs, à l'époque de leur conversion, ne sera point un rétablissement politique temporel, mais un rétablissement spirituel. La terre où ils seront ramenés ne sera point ce coin de terre situé entre deux mers, la Palestine, mais l'Église même de Jésus-Christ répandue dans le monde entier. Le seul royaume qui soit annoncé et promis l'Évangile n'en connaît point d'autre. Jean-Baptiste a été le précurseur du premier avènement de Jésus-Christ, pour annoncer que le royaume des cieux allait commencer de se former sur la terre. Le prophète Élie sera le précurseur du second avènement du Fils de Dieu, pour annoncer que le royaume des cieux va recevoir son entière consommation dans l'éternité bienheureuse. Entre ces deux annonces il n'en existe pas d'autre relative à un royaume ou État juif qui reparaîtrait à Jérusalem. À l'ancienne interrogation des Apôtres : Maître, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël, l'Église instruite par les Écritures peut donc faire suivre la réponse du Sauveur de ce commentaire « Le royaume temporel d'Israël a disparu, disparu pour toujours. C'est à un royaume spirituel qu'il a fait place, au royaume des Cieux ou l'Église, lequel royaume ira toujours grandissant, s'épanouissant, jusqu'à sa consommation ou achèvement dans l'éternité bienheureuse. » [16]

 

 

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On le voit, les thèses de Joseph de Maistre, loin de participer d’un quelconque encouragement aux aventures modernes qui eurent pour conséquence le rétablissement, par des moyens inacceptables, d’un Etat Juif en Terre sainte, nous portent plutôt à considérer que la Terre, la « Terre sainte » où les Juifs doivent être ramenés à la « fin des temps » au moment de leur conversion attendue, n’est point la Palestine, mais l’Église répandue dans le monde entier qui est l’authentique Jérusalem, et vers Jésus-Christ qui est le véritable Israël !

 

Conclusion

 

Synagogue aveugle.jpgLa critique de la lecture charnelle des prophéties, en raison de l’aveuglement auquel elle porte en rendant incompréhensible le sens réel de l’Ecriture, est donc assez vigoureuse de la part de Maistre :

 

- L'Hébreu qui accomplissait la loi n'était-il pas en sûreté de conscience ? Je vous citerais, s'il le fallait, je ne sais combien de passages de la Bible, qui promettent au sacrifice judaïque et au trône de David une durée égale à celle du soleil. Le Juif qui s'en tenait à l'écorce avait toute raison, jusqu'à l'événement, de croire au règne temporel du Messie; il se trompait néanmoins, comme on le vit depuis… » [17]

 

Cet aveuglement, cette fermeture au sens véritable des Ecritures pour n’en regarder que l’aspect charnel et vénal, est d’ailleurs à la source de l’action coupable des Juifs dans la société chrétienne, qu’ils méprisent et dont ils souhaitent la perte, et ont rendu nécessaires les dispositions prises par l’Inquisition pour protéger les Etats des menées subversives judaïques.

 

C’est ce que met en lumière Maistre, en des formules relativement saisissantes, lorsqu’il justifie les interrogatoires inquisitoriaux qui portaient sur la présence, ou non, de sang Juif chez les accusés :  

 

- « On s'étonne de voir les inquisiteurs accabler de questions un accusé, pour savoir s'il y avait dans sa généalogie quelque goutte de sang juif ou mahométan. Qu'importe ? ne manquera pas de dire la légèreté, qu'importe de savoir quel était l'aïeul ou le bisaïeul d'un accusé ? - Il importait beaucoup alors, parce que ces deux races proscrites, ayant encore une foule de liaisons de parenté dans l'Etat, devaient nécessairement trembler ou faire trembler. » [18]

 

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L'Inquisition devait effrayer l'imagination,

en montrant sans cesse l'anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme

 

 

Ces lignes pourraient paraître excessives. Pourtant Maistre n’en reste pas là, il pousse beaucoup plus loin la justification de pareilles pratiques. Pour quelles raisons ?

 

Tout simplement parce que selon lui, l’irréductible haine des Juifs envers la chrétienté ne devait à aucun moment être oubliée par le législateurs chrétien, sous peine de voir les nocives entreprises judaïques désagréger le tissu social et saper définitivement les fondements de l’Etat. Que devait faire l’autorité face à une telle menace ? Inspirer la crainte et faire trembler les membres de la Synagogue. Il n’y avait pas d’autres moyens :

- « Il fallait donc effrayer l'imagination, en montrant sans cesse l'anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme. C'est une grande erreur de croire que, pour se défaire d'un ennemi puissant, il suffit de l'arrêter : on n'a rien fait si on ne l'oblige de reculer. »  [19]

 

Les paroles de Maistre sont d’une force impressionnante ! Et l’on constate une fermeté rigoureuse en elles, puisque déclarer qu’il fallait « effrayer l’imagination » en « montrant l’anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme » est, pour le moins, d’une rare exigence. Mais cela est consécutif à une loi naturelle commune, à savoir qu’il ne suffit pas pour vaincre un ennemi redoutable de le neutraliser, encore faut-il le contraindre à battre en retraite, à fuir ou déposer docilement les armes.

 

La législation antijuive qu’imposa l’Inquisition, fut quasi dictée par la situation qui s’était peu à peu établie, et Maistre n’hésite pas à dire :

 

- « Les richesses des judaïsants, leur influence, leurs alliances avec les familles les plus illustres de la monarchie, les rendaient infiniment redoutables : c'était véritablement une nation renfermée dans une autre. » [20]

 

L’enjeu pour Maistre se résume donc à cette équation évidente : « chrétienté ou barbarie ». C’est soit l’une, soit l’autre. Il n’y a pas de choix, pas de terme médian, de compromis possible :

 

- « Il s'agissait de savoir s'il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l'Islamisme se partageraient ces riches provinces; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » [21]

 

La conservation du genre humain, en le protégeant de la perfidie judaïque, tel fut l’objet constant des anciennes législations dont Maistre, dans ses écrits, n’eut de cesse de louer le caractère bienfaisant, protecteur et utile pour les chrétiens. On mesure donc, après avoir examiné les textes et exposé les positions de Joseph de Maistre à l’égard des Juifs, à quel point on est éloigné de l’image que certains ont cherché à établir de lui, allant jusqu’à le qualifier de « philosémite » dans des discours plus que légers et fantaisistes, ce qui est non seulement bien éloigné de la réalité, mais surtout en contradiction totale d’avec sa doctrine et l’ensemble ses analyses au sujet de la « Question Juive ».

 

 

 

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Notes.

1. Dantec_portrait.jpgL’exemple frappant des propos fantaisistes de Maurice G. Dantec, est sur ce point caractéristique du détournement exercé sur Maistre par des littérateurs singulièrement ignorants. En effet, comment ne pas sursauter, avec grand étonnement, à la lecture d’une déclaration de cette nature : « Notre tradition (méta)nationaliste, européenne, et chrétienne vient de Joseph de Maistre, PHILOSÉMITE bien connu. Et je ne parle pas de Bloy, Boutang, Abellio et bien d’autres : c’est cela être un Chrétien-Sioniste. » (M. Dantec, Je suis sioniste, et je le dis, Propos recueillis par François Medioni, pour Guysen News, Février 2004.) Il y aurait d’ailleurs fort à dire sur Maurice Dantec, dont un rapide examen des écrits fait apparaître des approximations équivalentes - dont une contrevérité exégétique, historique, religieuse et prophétique : « La Terre d’Israël a été donnée pour l’ÉTERNITÉ au Peuple d’Abraham. C’est ainsi. C’est écrit » (Jérusalem Post, édition française, 2005) - qui parsèment une prose parfois sous-tendue par des idées traditionnelles, voire respectables, en particulier touchant à sa démarche de conversion réalisée sous l’influence de la lecture de Léon Bloy (cf. American Black Box, le théâtre des opérations, 2002-2006, Albin-Michel, 2007, pp. 188-191), et des conceptions délirantes, notamment touchant à la nécessaire « refondation du christianisme après Auschwitz » (Ibid., p. 125), l’espérance que « Jérusalem redevienne la Capitale du monde sous la protection de l’Etat Juif » (Ibid., p. 187), ou encore que « Jéricho,  Nazareth et Bethléem appartiennent à Israël » (id., p. 237), poursuivant ainsi dans une revendication qui reprend les prétentions les plus absurdes, et surtout foncièrement anti-scripturaires, des rabbins sionistes partisans de l’Eretz Israël.

 

arton85-e5ddf.jpgPuisque nous y sommes, une remarque de forme, mais néanmoins importante. On se demande comment Gallimard a pu laisser passer dans plusieurs pages de Dantec, la transcription fautive « de Maistre » ou pire « De Maistre », ceci un nombre considérable de fois [ex. « De Maistre n’était pas français… » ; « De Maistre sait… » ; « De Maistre plaidait… » ; « de Maistre sait… » (bis) ; « de Maistre prévoit … » ; « de Maistre note… » ; « Comme le dit de Maistre… »  (cf., Le théâtre des opérations, Laboratoire de catastrophe générale,  2000-2001, Gallimard, 2001,  pp. 146-147)], alors qu’il faut écrire « Maistre » dans la phrase, sans faire précéder le nom du « de » nobiliaire, du point de vue des règles en usage. En effet, la particule onomastique n’apparaît que lorsque le nom est précédé d’un prénom, d’un titre ou d'une dénomination (monsieur, madame, marquis, abbé, général, etc.), et surtout ne prend jamais de majuscule. Sans doute une négligence des correcteurs…que l’on pensait plus attentifs dans la prestigieuse maison qui édita jusqu’en 1919 la Nouvelle Revue Française.

 

 

2. Un Juif, M. Cahen, s’écria : « Le Messie est venu pour nous le 28 février 1790, avec la Déclaration des droits de l'homme » (Archives Israélites, oct. 1847, p. 801). D’ailleurs, cette intégration républicaine « messianique » au sein de la société française ira même jusqu’à ce que le gouvernement de 1830 donne à la synagogue un élan qui ne s'est plus arrêté, puisque l’un de ses premiers actes, le 8 février 1831, fut de placer les rabbins sur la même ligne que les ministres du culte catholique, et de leur assigner un traitement sur le trésor public, innovation qui créa une espèce de clergé israélite au point de vue légal à l’intérieur de la France anciennement chrétienne.

 

3. Voici le texte dont sont tirées les citations : « Votre excellence demandait donc pour commencer s’il vous était permis, à un quelconque moment, de lever des impôts sur les Juifs. Voici quelle réponse on peut donner à cette question, ainsi formulée dans l’absolu : quoique les juifs soient voués à la servitude perpétuelle par leur propre faute et que les seigneurs puissent prendre leurs biens fonciers comme leur appartenant (ainsi que l’affirme le Droit Décretales, V, tit. 6, c. 13) nous devons toutefois nous « conduire honorablement même envers ceux du dehors » (1 Th 4, 12)(...) D’après ce que j’ai pu voir dans la suite de vos demandes, il me semble que votre hésitation provient essentiellement de ce que les Juifs qui sont sur vos terres paraissent n’avoir rien d’autre que ce qu’ils ont acquis par le vice d’usure. C’est pourquoi vous avez raison de demander s’il est permis d’exiger quelque chose d’eux, étant donné que des biens ainsi acquis de façon illicite doivent être restitués. Sur ce point, voici quelle réponse paraît devoir être formulée : puisque les Juifs ne peuvent conserver les biens qu’ils ont extorqués aux autres par voie usuraire, il s’ensuit que, si vous les avez reçus d’eux, vous ne pouvez pas non plus les conserver, sauf peut-être si ces biens vous ont été extorqués, à vous ou à vos prédécesseurs.(...) Il me semble également qu’un Juif ou n’importe quel usurier devrait être frappé d’une amende plus lourde que qui que ce soit d’autre pour un crime équivalent, d’autant plus lourde que l’argent qui lui est retiré lui appartient moins. On peut également ajouter d’autres peines aux amendes en argent, de peur que l’on ne pense que la simple restitution de ce qui est dû aux autres suffise pour la peine. (...) mieux vaudrait contraindre les juifs à travailler pour gagner leur propre subsistance (comme le font les princes italiens) plutôt que de les laisser s’enrichir par le prêt à intérêt en menant une vie oisive. Enfin, vous voulez savoir s’il est bon que les juifs de votre province soient obligés de porter un signe qui les distingue des chrétiens. La réponse est facile : le Concile statue que les juifs de l’un et l’autre sexe doivent se distinguer par le vêtement qu’ils portent dans toute province chrétienne et en tout temps. C’est aussi ce que leur demande la Loi, qui leur enjoint de porter des franges aux coins de leurs vêtements, grâce auxquelles ils se distingueront des autres. » (Nb 15, 38 et Dt 22, 12). [Somme Théologique Q -21- Le gouvernement des juifs]

 

4. J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole (1815).

5. Ibid.

6. J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, « Entretien IX. » Œuvres complètes, tome V, Vitte, Lyon, 1892, p. 143,

7. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, op. cit.

8. G. Gogordan, Le comte Joseph de Maistre, Hachette, 1894.

 

9. Lettre apostolique « Dirae Librorum », 26 juin 1827.

 

10. J. de Maistre, Soirées, 11e Entretien, & Mélanges, B, (inédit), 3 oct. 1797.

11. Ibid.

12. Saint Paul (Galates, IV) déclare d’ailleurs clairement que certains passages de l’Ecriture, les deux femmes d’Abraham par exemple, « ont un sens allégorique ». Cf. aussi le Psaume LXXVII.

 

13. Soirées, ibid. De même saint Augustin, (Contra Manicheo., 1. I, ch. II), dit qu’on ne peut prendre à la lettre le texte des trois premiers chapitres de la Genèse sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui, et qu’il faut avoir recours à l’allégorie.

 

14. Lettre du 16 oct. 1814, OC, t. XII, p. 459.

 

15. J. de Maistre, Principe Générateur des Constitutions politiques, § 30 & 31.

 

16. A. Lemann, L’Avenir de Jérusalem, espérance et chimères, Librairie Ch. Poussielgue, 1901. Citant, sans en comprendre une ligne le prophète Ezéchiel, les sionistes oublient que la réprobation d’Israël est mystérieusement permise jusqu’à ce qu’Israël accepte le Messie et rejoigne l’Eglise. Saint Paul le dit nettement : « … alors  tout Israël sera sauvé. » (Romains XI, 25). Jusqu’à ce que cela arrive, jusqu’à ce que les Juifs reconnaissent le Christ comme le Fils de Dieu, le sionisme ne présentant pas, pour le moins, des marques particulières d’une conversion de cet ordre, l’idée d’une nation Juive obtenue par les moyens vils et dévoyés qui sont l’apanages de tous les Etats, est une ignoble monstruosité politique certes, mais surtout une ignominie impie et blasphématoire sur le plan théologique.

17. J. de Maistre, Soirées, 11e Entretien.

18. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, op. cit.

 

19. Ibid.

 

20. Ibid.

 

21. Ibid.

 

18:37 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : judaïsme, sionisme, catholicisme, église, littérature, religion |  Imprimer | | | | | Pin it!