Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 19 décembre 2009

Joseph de Maistre et les Juifs

L’antijudaïsme contre-révolutionnaire

 

 

 

joseph_hd.jpg 

 

« L'Histoire est une conspiration permanente contre la vérité. »

Joseph de Maistre

 

 

lessence-satanique-revolution-francaise-L-9.jpg
La synagogue.jpg

"Les Juifs qui s'en tenaient à l'écorce avait toute raison,

jusqu'à l'événement,

de croire au règne temporel du Messie;

il se trompent néanmoins, depuis..."

 

 

blason.jpgJoseph de Maistre (1753-1821), catholique ultramontain, ambassadeur de la couronne de Savoie auprès du Tsar, qui sut mettre en lumière la doctrine du « providentialisme » en politique, a souvent attiré l'attention de ses lecteurs sur le rôle nocif des Juifs, rôle très important qu’ils eurent dans la révolution actuelle, et l’avènement des « Lumières ». Il dénonça avec force et véhémence les fruits corrompus, l’action malsaine et les intentions troubles des milieux néo-judaïques travaillant à détruire les forces vives des nations chrétiennes, au point même qu’il loua les efforts de l’Inquisition espagnole dans son action afin de circonscrire leur influence.

 

La vision de Joseph de Maistre, sur ce sujet, est peu connue, très rares sont les articles, pour ne pas dire inexistants, qui en traitent. Il est donc surprenant de voir certains se revendiquer, avec une étonnante légèreté, de la pensée de Maistre pour justifier des vues contestables touchant aux questions géopolitiques contemporaines, et singulièrement par rapport au sionisme [1]. On se penchera ainsi avec intérêt sur les textes dont nous disposons, afin de se former une idée précise des positions maistriennes en la matière, d’autant que ces dites positions participent d’une meilleure compréhension de la doctrine du comte chambérien et de ses profondes convictions, aussi bien religieuses que politiques, sachant que pour lui, il ne saurait y avoir de politique contre-révolutionnaire authentique que religieuse.

 

I. Les bases de l’antijudaïsme maistrien

 

Maistre exposa sa doctrine politico-religieuse en de nombreux ouvrages qui constituent, aujourd’hui encore, une source fondamentale pour la pensée contre-révolutionnaire au sein de laquelle on doit citer, en tant que disciples directs de l’auteur des Soirées de st. Pétersbourg,  Louis de Bonald, Antoine Blanc de Saint-Bonnet, Donoso-Cortés, Mgr Gaume ou Louis Veuillot. Ces penseurs participent tous d’une vision catholique traditionnelle qui reprend les grands thèmes définissant les critères du pouvoir légitime, et réaffirment la nécessaire domination spirituelle de l’Eglise sur les sociétés afin que ne s’infiltrent pas en elles les germes corrupteurs capables de les détruire.

001_29CaliceCroce.jpg

"Le Juif converti au Christianisme,

boit le même sang qu'il a versé (sur le Calvaire). »

J. de Maistre (Eclaircissement sur les sacrifices)

 

 

Ainsi, les cadres protecteurs qui participèrent des principes qui présidèrent à la défense de la chrétienté pendant des siècles, ont été longuement expliqués et défendus par Maistre et ses disciples, afin que leurs contemporains comprennent en quoi, la disparition des barrières salutaires qui avaient empêché les Juifs de s’infiltrer dans le tissu organique de la vie sociale, a eu des conséquences terrifiantes et entraîna la ruine de l’ordre chrétien.

 

LouisXVI.jpgRappelons que le 28 septembre 1791, l'Assemblée constituante, dans l'ivresse de son omnipotence, décréta l'émancipation des juifs, et les admit à l'exercice de tous les droits civils et politiques des citoyens français. Cette initiative s'imposa successivement, non sans résistance, d'abord à tous les états catholiques, puis aux états protestants et schismatiques, même dans les pays turcs et arabes. Partout en Europe l'émancipation des juifs s'accomplit, à un rythme propre à chaque région, mais d'une manière identique. En effet, après des siècles de séparation où les ghettos avaient tracé une frontière salutaire, les israélites et les chrétiens se retrouvèrent à marche forcée mêlés dans la même vie sociale par une fraternité imposée par l’esprit satanique de la Révolution.[2]

 

II. L’avocat des lois antijuives l’Inquisition

 

Juif rouelle.jpgA ce titre, que soutint le prétendu « philosémite » Maistre, s’agissant des lois contraignantes dont les Etats catholiques s’entourèrent par le passé ?  Rien qui ne soit conforme à l’esprit régulateur de l’ancienne législation anti-juive, dont un exemple nous est fourni par saint Thomas lui-même dans sa déclaration de la Somme Théologique : «Les juifs soient voués à la servitude perpétuelle par leur propre faute (…) les Juifs ne peuvent conserver les biens qu’ils ont extorqués aux autres par voie usuraire (…) les juifs de l’un et l’autre sexe doivent se distinguer par le vêtement qu’ils portent dans toute province chrétienne et en tout temps. C’est aussi ce que leur demande la Loi, qui leur enjoint de porter des franges aux coins de leurs vêtements, grâce auxquelles ils se distingueront des autres. » [3] 

 

Charles VI.jpg

 Charles VI, en 1394, expulsa les Juifs de France

 

 

Disputation2.jpgLes positions de saint Thomas n’ont-elles-mêmes rien d’exceptionnel, et sont en parfait accord avec les dispositions dont s’entourèrent les Roissaint_louis.jpg de France. En effet, en 1215 le Concile de Latran imposait le port de la rouelle qui deviendra obligatoire en 1269, à la fin du règne de saint Louis, qui organisa même en 1240, à l'instigation de sa mère Blanche de Castille la première « disputatio » au sujet du Talmud entre des rabbins, dont Yehiel de Paris, et des ecclésiastiques, qui se conclut par la condamnation du Talmud dont les exemplaires seront brûlés publiquement en place de Grève à Paris en 1242. En juillet 1306, Philippe le Bel expulsa les juifs de France, en confisquant leurs biens et possessions. Après plusieurs rappels, les Juifs furent de nouveau expulsés en 1394 sous Charles VI.  Il fallut attendre la fin du XVIIe siècle, pour que les Juifs reçoivent de nouveau le droit de circuler et de commercer dans le royaume de France. En 1776 ces mesures seront généralisées par des lettres patentes de Louis XVI autorisant les Juifs portugais et les Juifs du Pape à commercer à condition de se faire immatriculer auprès des juges locaux.

 

Ainsi donc, Maistre, qui vit ce que la Révolution put provoquer en France comme dégâts considérables, revint sur les dispositions qui avaient été celles des Etats catholiques, et en particulier les bienfaits que produisirent les lois antijuives de l’Inquisition en Espagne, et les justifia en écrivant :

 

- « Le judaïsme avait jeté de si profondes racines en Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. » [4]

 

Il rajoute d’ailleurs, toujours dans le même texte :

 

« Les Juifs étaient à peu près maîtres de l'Espagne; la haine réciproque était portée à l'excès; les Cortès demandèrent contre eux des mesures sévères. En 1391, ils se soulevèrent, et l'on en fit un grand carnage. Le danger croissant tous les jours, Ferdinand-le-catholique n'imagina, pour sauver l'Espagne, rien de mieux que l'Inquisition. Isabelle y répugna d'abord, mais enfin son époux l'emporta, et Sixte IV expédia les bulles d'institution, en l'année 1478. » [5]

 

Nous sommes donc très loin d’un philosémitisme dont Maistre serait le propagateur. Bien au contraire, Maistre souligne le caractère vital pour le société de se protéger contre les Juifs et leurs activités corruptrices.

 

 

III.  Justification de l’exil des Juifs

 

Cependant, loin de s’en arrêter à une défense de la législation des Etats d’Ancien Régime, Maistre  développera tout un discours mettant en lumière les raisons spirituelles qui expliquent pourquoi les Juifs, non seulement ne peuvent prétendent à un statut comparable à celui des chrétiens, mais surtout ce qui en fait un peuple à part à l’intérieur des nations en raison de leur place singulière à l’intérieur du plan divin.

Maistre ainsi, se félicitera de ce que les Juifs furent dispersés sur la surface de la terre avant et après la destruction du Temple de Jérusalem car, selon lui, cette dispersion qui semble être un état dans lequel doivent subsister les Juifs pendant les siècles, favorise le rayonnement et la diffusion de l’Ecriture Sainte et prépara les hommes à la réception de l’Evangile.

reflexions-sur-chatiment-juifs-L-1.jpg

 La déstruction du Temple de Jérusalem

 

 

Voici ce qu’il écrit :

 

- « La dispersion des Juifs dans les différentes parties du monde, a fait connaître de tout côté la loi mosaïque, qui devenait ainsi une introduction au christianisme. […] Tout en un mot justifiait le discours de Tobie à ses frères : ‘’Dieu vous a dispersés parmi les nations qui ne le connaissent pas, afin que vous leur fassiez connaître ses merveilles afin, que vous leur appreniez qu’il est le seul Dieu et le seul tout-puissant.’’ » [6]

 

juifs-synagogue-228481.jpgCette vision des choses permet de mieux comprendre en quoi la dispersion, très tôt advenue pour les Juifs avant même les premiers temps du christianisme,  a pu répondre à une volonté de Dieu, et que s’y opposer pour le peuple de la Bible, en s’imaginant être libre d’user de méthodes mondaines pour parvenir à rebâtir une nation Juive, est une faute très grave à l’égard de Dieu.

 

Maistre nous explique d’ailleurs que les gouvernements, avertis du danger que pouvait représenter la présence d’une forte communauté Juive chez les chrétiens, jugèrent nécessaire d’interdire toute activité prosélyte chez es membres de la synagogue, de manière à ce qu’ils ne corrompt pas les âmes. L’Eglise insistait surtout, afin que l’on prévienne la possibilité du retour à leur ancienne croyance des Juifs fraichement convertis :

- « A l’égard des Juifs en particulier, personne ne l'ignore ou ne doit l'ignorer, l'Inquisition ne poursuivait réellement que le Chrétien judaïsant, le Juif relaps, c'est-à-dire le Juif qui retournait au Judaïsme après avoir solennellement adopté la religion chrétienne, et le prédicateur du Judaïsme. Le Chrétien ou le Juif converti qui voulaient judaïser étaient bien les maîtres de sortir d'Espagne, et, en y demeurant, ils savaient à quoi ils s'exposaient, ainsi que le Juif qui osait entreprendre de séduire un Chrétien. Nul n'a droit de se plaindre de la loi qui est faite pour tous. » [7]

Inquisition.jpg

penitents.jpg

Cette loi était celle établie par la Sainte Inquisition, c’était la loi de l’Eglise, la loi des nations chrétiennes, une loi bienfaisante qui protégea pendant des siècles la société du venin judaïque, et veilla également à ce que les Juifs ne fussent l’objet de mauvais traitements déplacés. En effet, les Juifs étaient considérés comme une nation, non comme une secte hérétique, et à ce titre étaient autorisés à garder leurs lois, leurs coutumes,  leur langue sacrée. Ils étaient traités comme des pèlerins dans la cité (peregrini sine civitate). Toutefois les Juifs ne pouvaient pas, dans les États chrétiens, où tous professaient la même religion, prétendre à l'exercice des droits politiques et à ceux des droits civils qui leur étaient assimilés.

Croix inquisition.jpg

Seuls les chrétiens, logiquement, pouvaient participer activement à la société chrétienne. Ce sont donc ces lois, précisément, que défend et justifie vigoureusement Joseph de Maistre dans ses Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole.

IV. Le sens spirituel de l’Ecriture selon Maistre

m006_LemannBrothers.jpgLa position de Joseph de Maistre, sera reprise et développée ensuite, par tout le courant de l’antijudaïsme  religieux contre-révolutionnaire, courant au sein duquel se signalent Gougenot des Mousseaux, Eude de Mirville, ainsi que Joseph et Augustin Lemann, qui tous considèrent qu’ils est nécessaire, à la fois de circonscrire l’influence juive, et d’autre part de fixer des limites étroites à l’interprétation de l’Ecriture afin de protéger les fidèles des dangers contenus dans une approche littérale du texte sacré, qui confère un sens trop charnel et temporel à des prophéties qui faisaient l’orgueil des Juifs.

 

G. Gogordan dans son ouvrage sur Maistre précisait sur ce point : « C'est parmi les protestants, appuyés par les Juifs, que  se recrutent ces illuminés qui croient pouvoir se contenter des lumières de leur raison, qui conspirent contre l'ordre du monde tel que Dieu l'a établi. » [8] 

 

 

LeoXIIPapa.jpg

 S.S. Léon XII

 

Or, la contestation de cet ordre du monde établi par Dieu, mis à mal par les révolutionnaires en cette époque propice à tous les bouleversements, c’est dans l’Ecriture que beaucoup d’esprits aventureux puisaient l’inspiration de leurs menées subversives et contestataires. On voit mieux ce qui poussa, en 1819, Joseph de Maistre à se faire l'avocat de l'absolutisme romain dans son ouvrage Du Pape. C’est cette même année d’ailleurs, que Pie VII rétablira les jésuites qui redevinrent le principal ordre religieux, de même que l'Inquisition fut remise en vigueur dans plusieurs pays d’Europe. On vit alors la Congrégation de l'Index sévir contre tous les ouvrages progressistes, et les sociétés bibliques, nouvellement créées par les réformés alliés des Juifs, furent qualifiées d'instruments diaboliques et de pestes par les papes Pie VII et Léon XII, ce dernier proclamant  dans la lettre apostolique « Dirae Librorum (1827) : « au terrible torrent de boue constitué par les livres sortis de l'officine ténébreuse des impies, sans autre but, sous leur forme éloquente et leur sel perfide, que de corrompre la foi et les mœurs et d'enseigner le péché, le meilleur remède, on en peut être assuré, est de leur opposer des écrits salutaires et de les répandre. » [9]

 

vii_pius_papa_2_.jpg

S.S. Pie VII

 

Il n’y a donc rien d’étrange à trouver ces lignes sous la plume de Maistre :

 

 « L’Ecriture peut parfois devenir « un poison », lorsqu’elle est lue sans notes et sans explications par une intelligence individuelle insuffisamment éclairée. C’est pour cela que l’Eglise a pour rôle d’interpréter et de mettre à la portée des fidèles la Parole écrite. C’est pour cela qu’il faut toujours en revenir « à l’autorité ». Car chacun, savant ou peuple, doit trouver dans le dogme ce qui lui est nécessaire pour sa vie intérieure. » [10]

 

saint_augustin2_small.jpgDe la sorte, de manière à juguler les folies prophétiques, il apparut nécessaire à Maistre d’insister sur une interprétation allégorique des textes sacrés afin de se libérer des vertiges judéo-protestants qui infectés les têtes chrétiennes au début du XIXe siècle.  « Tout est mystère, disait-il, dans les deux Testaments. Toute l’Antiquité ecclésiastique nous laisse entrevoir des vérités cachées sous l’écorce des allégories. » [11] Il invoquait l’autorité des Pères de l’Eglise et théologiens, considérant comme l’un des objets les plus élevés de l’intelligence l’exégèse spirituelle des Ecritures dont la lettre tue, comme elles nous le disent elles-mêmes, mais dont l’esprit vivifie. [12] Il jugeait évident « qu’il a plu à Dieu tantôt de laisser parler l’homme comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque, et tantôt de cacher sous des formes en apparence simples et quelquefois grossières, de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux.» [13]

 

L’erreur des protestants est  donc d’exclure la Tradition et de s’en tenir à l’Ecriture ; comme si Dieu avait pu ou voulu changer la nature des choses et communiquer à l’Ecriture une vie qu’elle n’a pas ; comme si l’Ecriture pouvait jamais devenir « parole, c’est-à-dire vie », à moins d’être vivifiée par la Parole éternellement vivante.

 

Il serait certainement abusif de ne donner qu’une valeur symbolique à toutes les données de la Révélation, soutient Maistre, mais on ne peut la bien comprendre si l’on s’arrête toujours à la lettre en négligeant les allégories sacrées, si l’on ne casse jamais « l’écorce », avec toute la prudence nécessaire et en se résignant à ignorer malgré tout bien des choses. De même on ne peut comprendre bien des usages pieux, des légendes et des récits, et l’on risquera même de s’en scandaliser, si l’on ne reconnaît en eux les symboles d’une vérité cachée. : « C’est la vérité dramatique qui a sa valeur indépendamment de la vérité littérale, et qui n’y gagnerait même rien.» [14] L’Ecriture poursuit Maistre : « est un hiéroglyphe, et il ne s’agit que de savoir lire. » [15]

 

 

V. Attente de la conversion des Juifs

 

Alors, toute l’approche du problème juif, tel que pensé par Maistre, s’éclaircit. La « Question Juive », au sens de l’interrogation séculaire que constitue la présence de ce peuple dans l’Histoire du monde, trouve, par cette approche religieuse, une résolution simple, sage, et pour tout dire chrétienne.

 

paulus_bekering_Rubens.jpg

 

La redécouverte de la doctrine antilibérale nous fait mieux comprendre la globalité du problème juif, et l’inclut dans une perspective essentiellement eschatologique, mais conforme à la doctrine traditionnelle de l’Eglise qui, depuis toujours, indique ce qu’exprime remarquablement un disciple de Joseph de Maistre, Mgr Augustin Leman :

 

- « Le rétablissement des Juifs, à l'époque de leur conversion, ne sera point un rétablissement politique temporel, mais un rétablissement spirituel. La terre où ils seront ramenés ne sera point ce coin de terre situé entre deux mers, la Palestine, mais l'Église même de Jésus-Christ répandue dans le monde entier. Le seul royaume qui soit annoncé et promis l'Évangile n'en connaît point d'autre. Jean-Baptiste a été le précurseur du premier avènement de Jésus-Christ, pour annoncer que le royaume des cieux allait commencer de se former sur la terre. Le prophète Élie sera le précurseur du second avènement du Fils de Dieu, pour annoncer que le royaume des cieux va recevoir son entière consommation dans l'éternité bienheureuse. Entre ces deux annonces il n'en existe pas d'autre relative à un royaume ou État juif qui reparaîtrait à Jérusalem. À l'ancienne interrogation des Apôtres : Maître, est-ce maintenant que vous rétablirez le royaume d'Israël, l'Église instruite par les Écritures peut donc faire suivre la réponse du Sauveur de ce commentaire « Le royaume temporel d'Israël a disparu, disparu pour toujours. C'est à un royaume spirituel qu'il a fait place, au royaume des Cieux ou l'Église, lequel royaume ira toujours grandissant, s'épanouissant, jusqu'à sa consommation ou achèvement dans l'éternité bienheureuse. » [16]

 

 

Sacré Coeur.jpg

 

On le voit, les thèses de Joseph de Maistre, loin de participer d’un quelconque encouragement aux aventures modernes qui eurent pour conséquence le rétablissement, par des moyens inacceptables, d’un Etat Juif en Terre sainte, nous portent plutôt à considérer que la Terre, la « Terre sainte » où les Juifs doivent être ramenés à la « fin des temps » au moment de leur conversion attendue, n’est point la Palestine, mais l’Église répandue dans le monde entier qui est l’authentique Jérusalem, et vers Jésus-Christ qui est le véritable Israël !

 

Conclusion

 

Synagogue aveugle.jpgLa critique de la lecture charnelle des prophéties, en raison de l’aveuglement auquel elle porte en rendant incompréhensible le sens réel de l’Ecriture, est donc assez vigoureuse de la part de Maistre :

 

- L'Hébreu qui accomplissait la loi n'était-il pas en sûreté de conscience ? Je vous citerais, s'il le fallait, je ne sais combien de passages de la Bible, qui promettent au sacrifice judaïque et au trône de David une durée égale à celle du soleil. Le Juif qui s'en tenait à l'écorce avait toute raison, jusqu'à l'événement, de croire au règne temporel du Messie; il se trompait néanmoins, comme on le vit depuis… » [17]

 

Cet aveuglement, cette fermeture au sens véritable des Ecritures pour n’en regarder que l’aspect charnel et vénal, est d’ailleurs à la source de l’action coupable des Juifs dans la société chrétienne, qu’ils méprisent et dont ils souhaitent la perte, et ont rendu nécessaires les dispositions prises par l’Inquisition pour protéger les Etats des menées subversives judaïques.

 

C’est ce que met en lumière Maistre, en des formules relativement saisissantes, lorsqu’il justifie les interrogatoires inquisitoriaux qui portaient sur la présence, ou non, de sang Juif chez les accusés :  

 

- « On s'étonne de voir les inquisiteurs accabler de questions un accusé, pour savoir s'il y avait dans sa généalogie quelque goutte de sang juif ou mahométan. Qu'importe ? ne manquera pas de dire la légèreté, qu'importe de savoir quel était l'aïeul ou le bisaïeul d'un accusé ? - Il importait beaucoup alors, parce que ces deux races proscrites, ayant encore une foule de liaisons de parenté dans l'Etat, devaient nécessairement trembler ou faire trembler. » [18]

 

Sainte Inquisition.jpg

L'Inquisition devait effrayer l'imagination,

en montrant sans cesse l'anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme

 

 

Ces lignes pourraient paraître excessives. Pourtant Maistre n’en reste pas là, il pousse beaucoup plus loin la justification de pareilles pratiques. Pour quelles raisons ?

 

Tout simplement parce que selon lui, l’irréductible haine des Juifs envers la chrétienté ne devait à aucun moment être oubliée par le législateurs chrétien, sous peine de voir les nocives entreprises judaïques désagréger le tissu social et saper définitivement les fondements de l’Etat. Que devait faire l’autorité face à une telle menace ? Inspirer la crainte et faire trembler les membres de la Synagogue. Il n’y avait pas d’autres moyens :

- « Il fallait donc effrayer l'imagination, en montrant sans cesse l'anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme. C'est une grande erreur de croire que, pour se défaire d'un ennemi puissant, il suffit de l'arrêter : on n'a rien fait si on ne l'oblige de reculer. »  [19]

 

Les paroles de Maistre sont d’une force impressionnante ! Et l’on constate une fermeté rigoureuse en elles, puisque déclarer qu’il fallait « effrayer l’imagination » en « montrant l’anathème attaché au seul soupçon de Judaïsme » est, pour le moins, d’une rare exigence. Mais cela est consécutif à une loi naturelle commune, à savoir qu’il ne suffit pas pour vaincre un ennemi redoutable de le neutraliser, encore faut-il le contraindre à battre en retraite, à fuir ou déposer docilement les armes.

 

La législation antijuive qu’imposa l’Inquisition, fut quasi dictée par la situation qui s’était peu à peu établie, et Maistre n’hésite pas à dire :

 

- « Les richesses des judaïsants, leur influence, leurs alliances avec les familles les plus illustres de la monarchie, les rendaient infiniment redoutables : c'était véritablement une nation renfermée dans une autre. » [20]

 

L’enjeu pour Maistre se résume donc à cette équation évidente : « chrétienté ou barbarie ». C’est soit l’une, soit l’autre. Il n’y a pas de choix, pas de terme médian, de compromis possible :

 

- « Il s'agissait de savoir s'il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l'Islamisme se partageraient ces riches provinces; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » [21]

 

La conservation du genre humain, en le protégeant de la perfidie judaïque, tel fut l’objet constant des anciennes législations dont Maistre, dans ses écrits, n’eut de cesse de louer le caractère bienfaisant, protecteur et utile pour les chrétiens. On mesure donc, après avoir examiné les textes et exposé les positions de Joseph de Maistre à l’égard des Juifs, à quel point on est éloigné de l’image que certains ont cherché à établir de lui, allant jusqu’à le qualifier de « philosémite » dans des discours plus que légers et fantaisistes, ce qui est non seulement bien éloigné de la réalité, mais surtout en contradiction totale d’avec sa doctrine et l’ensemble ses analyses au sujet de la « Question Juive ».

 

 

 

NUMRIS~1.JPG

 

 

Notes.

1. Dantec_portrait.jpgL’exemple frappant des propos fantaisistes de Maurice G. Dantec, est sur ce point caractéristique du détournement exercé sur Maistre par des littérateurs singulièrement ignorants. En effet, comment ne pas sursauter, avec grand étonnement, à la lecture d’une déclaration de cette nature : « Notre tradition (méta)nationaliste, européenne, et chrétienne vient de Joseph de Maistre, PHILOSÉMITE bien connu. Et je ne parle pas de Bloy, Boutang, Abellio et bien d’autres : c’est cela être un Chrétien-Sioniste. » (M. Dantec, Je suis sioniste, et je le dis, Propos recueillis par François Medioni, pour Guysen News, Février 2004.) Il y aurait d’ailleurs fort à dire sur Maurice Dantec, dont un rapide examen des écrits fait apparaître des approximations équivalentes - dont une contrevérité exégétique, historique, religieuse et prophétique : « La Terre d’Israël a été donnée pour l’ÉTERNITÉ au Peuple d’Abraham. C’est ainsi. C’est écrit » (Jérusalem Post, édition française, 2005) - qui parsèment une prose parfois sous-tendue par des idées traditionnelles, voire respectables, en particulier touchant à sa démarche de conversion réalisée sous l’influence de la lecture de Léon Bloy (cf. American Black Box, le théâtre des opérations, 2002-2006, Albin-Michel, 2007, pp. 188-191), et des conceptions délirantes, notamment touchant à la nécessaire « refondation du christianisme après Auschwitz » (Ibid., p. 125), l’espérance que « Jérusalem redevienne la Capitale du monde sous la protection de l’Etat Juif » (Ibid., p. 187), ou encore que « Jéricho,  Nazareth et Bethléem appartiennent à Israël » (id., p. 237), poursuivant ainsi dans une revendication qui reprend les prétentions les plus absurdes, et surtout foncièrement anti-scripturaires, des rabbins sionistes partisans de l’Eretz Israël.

 

arton85-e5ddf.jpgPuisque nous y sommes, une remarque de forme, mais néanmoins importante. On se demande comment Gallimard a pu laisser passer dans plusieurs pages de Dantec, la transcription fautive « de Maistre » ou pire « De Maistre », ceci un nombre considérable de fois [ex. « De Maistre n’était pas français… » ; « De Maistre sait… » ; « De Maistre plaidait… » ; « de Maistre sait… » (bis) ; « de Maistre prévoit … » ; « de Maistre note… » ; « Comme le dit de Maistre… »  (cf., Le théâtre des opérations, Laboratoire de catastrophe générale,  2000-2001, Gallimard, 2001,  pp. 146-147)], alors qu’il faut écrire « Maistre » dans la phrase, sans faire précéder le nom du « de » nobiliaire, du point de vue des règles en usage. En effet, la particule onomastique n’apparaît que lorsque le nom est précédé d’un prénom, d’un titre ou d'une dénomination (monsieur, madame, marquis, abbé, général, etc.), et surtout ne prend jamais de majuscule. Sans doute une négligence des correcteurs…que l’on pensait plus attentifs dans la prestigieuse maison qui édita jusqu’en 1919 la Nouvelle Revue Française.

 

 

2. Un Juif, M. Cahen, s’écria : « Le Messie est venu pour nous le 28 février 1790, avec la Déclaration des droits de l'homme » (Archives Israélites, oct. 1847, p. 801). D’ailleurs, cette intégration républicaine « messianique » au sein de la société française ira même jusqu’à ce que le gouvernement de 1830 donne à la synagogue un élan qui ne s'est plus arrêté, puisque l’un de ses premiers actes, le 8 février 1831, fut de placer les rabbins sur la même ligne que les ministres du culte catholique, et de leur assigner un traitement sur le trésor public, innovation qui créa une espèce de clergé israélite au point de vue légal à l’intérieur de la France anciennement chrétienne.

 

3. Voici le texte dont sont tirées les citations : « Votre excellence demandait donc pour commencer s’il vous était permis, à un quelconque moment, de lever des impôts sur les Juifs. Voici quelle réponse on peut donner à cette question, ainsi formulée dans l’absolu : quoique les juifs soient voués à la servitude perpétuelle par leur propre faute et que les seigneurs puissent prendre leurs biens fonciers comme leur appartenant (ainsi que l’affirme le Droit Décretales, V, tit. 6, c. 13) nous devons toutefois nous « conduire honorablement même envers ceux du dehors » (1 Th 4, 12)(...) D’après ce que j’ai pu voir dans la suite de vos demandes, il me semble que votre hésitation provient essentiellement de ce que les Juifs qui sont sur vos terres paraissent n’avoir rien d’autre que ce qu’ils ont acquis par le vice d’usure. C’est pourquoi vous avez raison de demander s’il est permis d’exiger quelque chose d’eux, étant donné que des biens ainsi acquis de façon illicite doivent être restitués. Sur ce point, voici quelle réponse paraît devoir être formulée : puisque les Juifs ne peuvent conserver les biens qu’ils ont extorqués aux autres par voie usuraire, il s’ensuit que, si vous les avez reçus d’eux, vous ne pouvez pas non plus les conserver, sauf peut-être si ces biens vous ont été extorqués, à vous ou à vos prédécesseurs.(...) Il me semble également qu’un Juif ou n’importe quel usurier devrait être frappé d’une amende plus lourde que qui que ce soit d’autre pour un crime équivalent, d’autant plus lourde que l’argent qui lui est retiré lui appartient moins. On peut également ajouter d’autres peines aux amendes en argent, de peur que l’on ne pense que la simple restitution de ce qui est dû aux autres suffise pour la peine. (...) mieux vaudrait contraindre les juifs à travailler pour gagner leur propre subsistance (comme le font les princes italiens) plutôt que de les laisser s’enrichir par le prêt à intérêt en menant une vie oisive. Enfin, vous voulez savoir s’il est bon que les juifs de votre province soient obligés de porter un signe qui les distingue des chrétiens. La réponse est facile : le Concile statue que les juifs de l’un et l’autre sexe doivent se distinguer par le vêtement qu’ils portent dans toute province chrétienne et en tout temps. C’est aussi ce que leur demande la Loi, qui leur enjoint de porter des franges aux coins de leurs vêtements, grâce auxquelles ils se distingueront des autres. » (Nb 15, 38 et Dt 22, 12). [Somme Théologique Q -21- Le gouvernement des juifs]

 

4. J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole (1815).

5. Ibid.

6. J. de Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg, « Entretien IX. » Œuvres complètes, tome V, Vitte, Lyon, 1892, p. 143,

7. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, op. cit.

8. G. Gogordan, Le comte Joseph de Maistre, Hachette, 1894.

 

9. Lettre apostolique « Dirae Librorum », 26 juin 1827.

 

10. J. de Maistre, Soirées, 11e Entretien, & Mélanges, B, (inédit), 3 oct. 1797.

11. Ibid.

12. Saint Paul (Galates, IV) déclare d’ailleurs clairement que certains passages de l’Ecriture, les deux femmes d’Abraham par exemple, « ont un sens allégorique ». Cf. aussi le Psaume LXXVII.

 

13. Soirées, ibid. De même saint Augustin, (Contra Manicheo., 1. I, ch. II), dit qu’on ne peut prendre à la lettre le texte des trois premiers chapitres de la Genèse sans attribuer à Dieu des choses indignes de lui, et qu’il faut avoir recours à l’allégorie.

 

14. Lettre du 16 oct. 1814, OC, t. XII, p. 459.

 

15. J. de Maistre, Principe Générateur des Constitutions politiques, § 30 & 31.

 

16. A. Lemann, L’Avenir de Jérusalem, espérance et chimères, Librairie Ch. Poussielgue, 1901. Citant, sans en comprendre une ligne le prophète Ezéchiel, les sionistes oublient que la réprobation d’Israël est mystérieusement permise jusqu’à ce qu’Israël accepte le Messie et rejoigne l’Eglise. Saint Paul le dit nettement : « … alors  tout Israël sera sauvé. » (Romains XI, 25). Jusqu’à ce que cela arrive, jusqu’à ce que les Juifs reconnaissent le Christ comme le Fils de Dieu, le sionisme ne présentant pas, pour le moins, des marques particulières d’une conversion de cet ordre, l’idée d’une nation Juive obtenue par les moyens vils et dévoyés qui sont l’apanages de tous les Etats, est une ignoble monstruosité politique certes, mais surtout une ignominie impie et blasphématoire sur le plan théologique.

17. J. de Maistre, Soirées, 11e Entretien.

18. Lettres à un gentilhomme russe sur l'Inquisition espagnole, op. cit.

 

19. Ibid.

 

20. Ibid.

 

21. Ibid.

 

18:37 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : judaïsme, sionisme, catholicisme, église, littérature, religion |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Voilà un aspect méconnu de Maistre, dont il faut vivement vous remercier de le porter à la connaissance des lecteurs de La Question. Je suis certain que beaucoup seront énormément surpris de découvrir ces pages instructives chez Maistre.

Excellent travail !

Écrit par : Sulpice | samedi, 19 décembre 2009

Morlier va apprécier n'en doutons pas, l'approche spirituelle du sens des Ecritures telle que la soutient Joseh de Maistre : "L’Ecriture peut parfois devenir « un poison, lorsqu’elle est lue sans notes et sans explications par une intelligence individuelle insuffisamment éclairée."

On ne peut s'empêcher de trouver dans ces lignes une réponse directe à quelques questions récemment débattues me semble-t-il !

La suite mérite également d'être citée tant elle est intéressante :


"C’est pour cela que l’Eglise a pour rôle d’interpréter et de mettre à la portée des fidèles la Parole écrite. C’est pour cela qu’il faut toujours en revenir « à l’autorité »."


Maistre est vraiment un esprit supérieur et un grand catholique !

Écrit par : Lapide | samedi, 19 décembre 2009

Ce texte est remarquable. Pourquoi ? parce que c'est le seul existant sur le sujet. Mieux encore, le premier même qui ait été écrit depuis que l'on fait des recherches sur Maistre, tant le thème avait été totalement oublié, sans doute volontairement, par les spécialistes et les érudits qui se sont penchés sur l'oeuvre de l'auteur des Soirées de S. Pétersbourg.

Cela est à ce point vrai, que dans la récente édition des Oeuvres de Maistre chez Robert Laffont (2007), sous la direction de Pierre Glaudes, édition à laquelle on a adjoint un dictionnaire assez bien fait comportant des dizaines d'entrées, le sujet n'a même pas été effleuré !


Ainsi donc, par cette note développée mise en ligne par La Question qu'il faut féliciter, ceux qui s'intéressent à la pensée de Joseph de Maistre vont pouvoir disposer, enfin, d'un travail très documenté sur ce problème délaissé, pourtant important au sein de la réflexion de la théories maistrienne et qui n'est pas sans de multiples rapports avec les conceptions eschatologiques de notre auteur, et surtout le rôle qu'il assigne à l'avènement de la Jérusalem céleste dans l'Histoire.

On retrouve bien ici, un Maistre soucieux du sens des Ecritures, et penchant vers une interprétation spirituelle qui se fonde sur les grands docteurs de l'Eglise (s. Augustin, s. Thomas, s. Bernard, etc.), ce qui n'est pas surprenant sous sa plume, retenant cette formule : « Tout est mystère dans les deux Testaments. Toute l’Antiquité ecclésiastique nous laisse entrevoir des vérités cachées sous l’écorce des allégories. »

Zacharias, merci infiniment !

Écrit par : G. Van Riet | dimanche, 20 décembre 2009

http://www.youtube.com/watch?v=2aPqV0aPKMI&feature=player_embedded

Écrit par : moi | lundi, 21 décembre 2009

vous écrivez "alors qu’il faut écrire « Maistre » dans la phrase, sans faire précéder le nom du « de » nobiliaire, du point de vue des règles en usage."

c'est vrai, en théorie, mais c'est une question d'élégance phonétique. "Maistre" tout seul écorche les oreilles, alors que Bonald non. De même, on dira plus souvent "le cardinal de Retz" pour ne pas avoir à dire "Retz" tout court, qui est désagréable à l'écoute.

La langue français est souple sur ce point, et comme vous le dites, c'est un USAGE.


(en tout cas bien plus excusable que les "de Villepin" ou les "de Villiers" qu'on entend partout et qui eux aussi écorchent les oreilles)

Écrit par : Lingane | mardi, 22 décembre 2009

D’après Maistre, la France a été sanctionnée pour ses mauvaises conduites, non seulement sur le sol national, mais aussi envers Rome.

Une citation :

"Qu'on se rappelle les grandes séances! le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l'apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l'inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tâchaient de surpasser Paris: tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde." (Considérations sur la France).

Écrit par : Lozère | mardi, 22 décembre 2009

Cette souveraineté du pape, rehaussée par l'infaillibilité doctrinale, disait Joseph de Maistre, "c'est le palladium de l'Église, c'est la clef de voûte de la civilisation du monde." (Du Pape)

Écrit par : Antoine de Berny | mardi, 22 décembre 2009

Je repose la question ici : Qu’en est-il des “accointances” de Maistre avec la Kabbale magique de Martines de Pasqually ?

Écrit par : José | mercredi, 23 décembre 2009

@ José,


[Même réponse que sur La Question Actualiés
http://lebloglaquestion.wordpress.com/2009/12/19/l%e2%80%99antijudaisme-contre-revolutionnaire/#comment-319 ]


Joseph de Maistre a connu le monde de l’ésotérisme magique et mystique dans sa jeunesse, et puis s’en est éloigné, considérant que l’Eglise était non seulement suffisante, mais surtout seule nécessaire pour faire son salut.

C’est ce qu’il explique clairement dans les Soirées de St. Pétersbourg, dans un passage important où il revient sur cet épisode de sa vie, période pendant laquelle il fut en relation avec les disciples et adeptes de la doctrine de Martinès de Pasqually, professant toutefois, grâce à Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin qui en étaient en quelque sorte les guides et les réformateurs, un christianisme relativement original et singulier :


“J’ai eu l’occasion de me convaincre, il y a plus de trente ans, dans une grande ville de France [Lyon] de ce qu’étaient ces hommes (…) vous ne m’accuserez pas de parler des illuminés sans les connaître. Je les ai beaucoup vus; j’ai copié leurs écrits de ma propre main. Ces hommes, parmi lesquels j’ai eu des amis, m’ont souvent édifié; souvent il m’ont amusé, et souvent aussi… mais je ne veux point me rappeler certaines choses. Je cherche au contraire à ne voir que les côtés favorables.

[...]

Je vous ai dit plus d’une fois que cette secte peut être utile dans les pays séparés de l’Église, parce qu’elle maintient le sentiment religieux, accoutume l’esprit au dogme, le soustrait à l’action délétère de la réforme, qui n’a plus de bornes, et le prépare pour la réunion.

[...]

Ce n’est pas en vain, je l’espère, qu’ils s’abreuvent de l’esprit de saint François de sales, de Fénélon, de sainte Thérèse: madame Guyon même, qu’ils savent par coeur, ne leur sera pas inutile. Néanmoins, malgré ces avantages, ou pour mieux dire, malgré ces compensations, l’illuminisme n’est pas moins mortel sous l’empire de notre Église et de la vôtre même, en ce qu’il anéantit fondamentalement l’autorité qui est cependant la base même de notre système.

[...]

… J’irai cependant mon train, messieurs, comme si le Tout-Puissant avait réussi, et tandis que les pieux disciples de Saint-Martin, dirigés, suivant la doctrine de leur maître, par les véritables principes, entreprennent de traverser les flots à la nage, je dormirai en paix dans cette barque [l'Eglise catholique romaine] qui cingle heureusement à travers les écueils et les tempêtes depuis mille huit cent neuf ans.”


(J. de Maistre, Soirées de St. pétersbourg, XIe Entretien)

Écrit par : LA QUESTION | mercredi, 23 décembre 2009

@ Lingane




Il me faut revenir, aimablement, eu égard au goût de la langue que vous semblez partager, sur un point de grammaire, ayant effectivement signalé qu’il faut écrire « Maistre » dans la phrase, sans faire précéder le nom du « de » nobiliaire, du point de vue des règles, qui ne sont point, contrairement à ce que ma formulation un peu imprécise pouvait le laisser penser, un simple « usage » autorisant une relative souplesse et quelconque liberté, mais bien des « règles » positives, fixées et arrêtées par l’Académie, codifiées dans le « Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale », Paris, Imprimerie nationale, 2002, [6e éd. oct. 2007].

Ces dites règles, qui sont à respecter et non laissées au bon vouloir d’une interprétation fantaisiste, et que les correcteurs de chez Gallimard devraient normalement connaître, font obligation de ne faire apparaître la particule que lorsque le nom est précédé d’un prénom, d’un titre ou d'une dénomination, et surtout ne jamais lui faire prendre de majuscule. Ainsi, on sera attentif au fait que dans le classement alphabétique des noms cités en fin de volume dans les ouvrages publiés, la particule « de » ou « d' » n’est pas prise en compte, et Joseph de Maistre est logiquement classé à la lettre M, comme, par exemple, le cardinal de Restz, à R.

Mais il se trouve, ce qui renforce les éclaircissements ici exposés, et ce qui vous montrera que la négligence de Gallimard est absolument inexcusable, que Maistre lui-même, dont l’amour de la pureté de la langue française n’est plus à démontrer, et qui, d’ailleurs, ne devait pas trouver que « "Maistre" tout seul écorche les oreilles », pris le soin un jour de corriger assez sèchement l’un de ses correspondants de la manière suivante, afin de lui apprendre quelques règles indispensables :

« Me permettez-vous, Monsieur, de vous faire une petite chicane grammaticale ? La particule « de », en français, ne peu se joindre à un nom propre commençant par une consonne, à moins qu’elle ne suive un titre : ainsi vous pouvez fort bien dire « le vicomte de Bonald a dit », mais non « de Bonald a dit » ; il faut dire « Bonald a dit », et cependant on disait d’Alembert a dit : ainsi l’ordonne la grammaire.
Vous êtes donc obligé, Monsieur, de dire : « Enfin Maistre a paru, etc… » Alors vous ne pourrez plus être traduit en jugement que par la vérité ; la grammaire n’aura plus d’action contre vous. » (J. de Maistre, Lettre à M. de Soyon, 14 novembre 1820, Œuvres Complètes, éd. Vitte, t. XIV, 1886, p. 243).

De la sorte, si nous voulons respecter les « règles » grammaticales en usage fixées par l’Académie, ainsi que la volonté même de l’auteur des « Considérations sur la France », il nous est donc nécessaire d’écrire, d’autant lorsqu’il s’agit d’un ouvrage publié dans une maison qui fut autrefois prestigieuse : « Maistre souligna dans une lettre : ‘‘Vous êtes donc obligé, Monsieur, de dire : « Maistre a paru, etc… » Alors vous ne pourrez plus être traduit en jugement que par la vérité. »


In Christo Rege

Écrit par : Zacharias | vendredi, 25 décembre 2009

Que Joseph de Maistre se révèle dans ses écrits, même si la force de sa radicalité est effectivement une surprise, comme étant singulièrement anti-judaïque semble assez logique par rapport à ses orientations idéologiques.

En revanche, beaucoup plus surprenante l’attitude de son ami, Louis-Claude de Saint-Martin, pourtant ouvert à une vision moins « autoritaire » du gouvernement en ce monde, mais qui au sujet des juifs ne fut pas tendre non plus en certaines pages, fustigeant la désobéissance et le caractère désorienté du peuple élu :

- « Les sacrifices sanglants des Juifs ont continué cependant depuis ce grand sacrifice [de Jésus-Christ] jusqu'à la ruine de leur ville ; mais depuis longtemps ils n'en possédaient plus que la forme ; l'esprit s'en était perdu pour eux ; il s'éloigna encore davantage depuis l'immolation de la victime divine.
Voilà pourquoi ils ne pouvaient plus aller qu'en dégénérant, et cette période, à la fin de laquelle la grande vengeance éclata sur ce peuple criminel, montre à la fois la cessation de l'action protectrice de l'esprit qui les abandonnait, et les terribles effets de la justice que l'esprit vengeur exerçait sur eux… »

- « Car il faut se rappeler qu'il fut dit au père des Juifs, que toutes les nations seraient bénies en lui ; or, jusqu'à cet âge prophétique, le peuple Hébreu vit séparé de tous les peuples, et n'a de relations avec eux que pour les combattre ; sa loi lui défend de s'allier avec les étrangers, et lui ordonne d'exercer pour son seul avantage… »
(Le ministère de l’homme-esprit)

Enfin, concernant l’idée d’un « Retour » en Terre sainte des juifs, on remarquera une nette sensibilité allant dans le sens d’une interprétation spirituelle des prophéties :

- « Leur réintégration [des juifs] ne peut avoir lieu que dans l’ordre des principes, et non point des circonscriptions terrestres. »
(De l’esprit des choses)

Écrit par : Eremo | samedi, 26 décembre 2009

Maistre à des formules relativement saisissantes à propos de la situation qui permit à la puissance judaïque de finalement s'imposer au sein des nations anciennement chrétiennes : « Les richesses des judaïsants, leur influence, leurs alliances avec les familles les plus illustres de la monarchie, les rendaient infiniment redoutables : c'était véritablement une nation renfermée dans une autre. »

C'est ce que l'on appelle, en langage certes un peu plus direct et moins littéraire, un Etat dans l'Etat !

Écrit par : Serrus | mercredi, 30 décembre 2009

L’intelligence spirituelle de l’Eglise se voit à cette disposition : « les Juifs étaient considérés comme une nation, non comme une secte hérétique. » Cela correspond qui plus est à une vérité théologique. Le judaïsme n’est pas une « hérésie » mais seulement une conséquence de l’endurcissement du cœur du peuple qui fut aimé de Dieu et qui aujourd’hui est couvert de la honte de la faute pour avoir rejeté le Messie.

Afin de respecter cette ancienne Alliance, qui fut sainte, et donc mérite des égards même si elle est aujourd’hui grandement fautive et corrompue, on peut comprendre pourquoi l’Eglise autorisait les Juifs à garder leurs lois, leurs coutumes et leur langue.

Elle était beaucoup plus attentive en cela à l’essence religieuse de la nation juive que la société moderne destructrice des identités culturelles.

Écrit par : Lozère | vendredi, 01 janvier 2010

Je trouve très juste la définition ecclésiale des Juifs selon la vision de l’Eglise médiévale, ils étaient pour elle nous dit Maistre (j’ai failli écrire de Maistre, mais grâce à Zacharias je ne ferai plus cette faute…), comme des « pèlerins dans la cité (peregrini sine civitate). » Ne serait-ce pas là l’origine de l’idée assez répandue du Juif errant ?

Écrit par : Sylvain M. | vendredi, 01 janvier 2010

@ Eremo,

Ah ! vous soulevez une question extrêmement importante. Car si Maistre a pu écrire sur les Juifs de nombreuses choses fort intéressantes et qui méritent d’être redécouvertes, Saint-Martin, figurez-vous, en a écrit bien plus. Beaucoup plus même, et touchant à des points essentiels, notamment sur des éléments de théologie fondamentale. Ce n’est pas pour rien que Maistre, qui était très admiratif des textes de Saint-Martin, disait qu’il s’engageait à soutenir à son égard sur tous les points sa parfaite droiture du point de vue doctrinal, et en proposait souvent la lecture à ses connaissances.

C’est ce qu’il fit d’ailleurs avec sa sœur Thérèse, un peu déconcertée dans un premier temps par le style quelque peu énigmatique de Saint-Martin, à laquelle il garantira la beauté, la justesse et la parfaite « orthodoxie sur tous les chefs » de « l’Homme de désir », qu’il qualifiait « d’ouvrage sublime. »

C’est pourquoi il est utile de le lire, mais avec grande prudence, c’est-à-dire en sachant, et il faut y insister avec beaucoup de force, que les courants dits « martinistes », qui prétendent se revendiquer à des degrés divers de Saint-Martin, ne sont en réalité, alors même qu’ils n’ont aucun lien réel avec celui qui fut l’ami de Joseph de Maistre et ont été créés par le mage Papus, que d’odieuses chapelles occultistes, gnostiques, maçonniques ou paramaçonniques, dispensant un funeste poison antireligieux et puissamment anticatholique où l’on y cultive la haine du sacerdoce et des prêtres, et dont l’esprit qui les anime est, pour le dire très clairement : entièrement satanique !

Une première remarque donc, après ce préalable avertissement, nous y insistons, essentiel.

Si Maistre s’inquiète de la place des Juifs dans la cité chrétienne en examinant ce problème sur un plan strictement politique, Saint-Martin lui, ce qui n’est pas pour surprendre, se penche immédiatement sur la situation du peuple hébreu dans son rapport avec le Ciel.

C’est ce qu’il dit, dès les premières lignes de son ouvrage, sans doute le plus célèbre et qui aura une influence considérable sur de nombreux auteurs (Lamenais, Balzac, Baudelaire, etc.), « l’Homme de désir » :
- « Dieu voulait suspendre les juifs, et non pas les réprouver. Eh ! Quel sang ont-ils demandé qui retombât sur eux et sur leurs enfants ? Ce sang était esprit et vie, pouvait-il jamais leur donner la mort ? » (L’Homme de désir, § 10).

Peu après, toujours dans le même ouvrage, la réflexion de l’ami de Joseph de Maistre se fait plus directement interrogative s’agissant du sens des prophéties :
- « Juifs, vous attendez votre rétablissement dans la Jérusalem terrestre. Vos prophéties ne sont-elles pas accomplies par votre retour de Babylone ? Juifs, vous attendez votre délivrance : mais vous n'êtes point dans la servitude, comme vous l'avez été en Egypte et en Assyrie ; vous êtes plutôt dans le délaissement. Juifs, vous attendez le règne glorieux et temporel du Réparateur ; ne l'aurait-il pas déjà assis parmi vous ce règne temporel et glorieux, si vous aviez voulu le reconnaître ? Tout n'est-il pas consommé ? Et pouvait-il offrir ici-bas un plus beau triomphe, que de poser la couronne sur le nom sacré qui devait dissoudre l'iniquité ? Il est esprit. Son règne glorieux est toujours prêt pour ceux qui le servent en esprit et en vérité. Le règne glorieux à venir sera celui des récompenses, pour ceux qui n'auront point été précipités par le règne glorieux du jugement. » (L’Homme de désir, § 64).

Quelle interprétation remarquable de ce que signifiait les prophéties et leur portée temporelle. La réflexion conjugue, avec une singulière justesse, profondeur et intelligence herméneutique de l’Ecriture, ceci de manière tout à fait surprenante.

Continuons. Voici ensuite ce que souligne celui qui se fit « connaître », sous le nom énigmatique du Philosophe inconnu :
« C'est parce que les dieux des nations étaient des démons, que le Seigneur choisit la nation
sainte pour qu'elles apprissent d'elle à connaître la loi du Seigneur. C'est parce que les prophètes ont péché, et que les prêtres se sont livrés à l'injustice, que la nation sainte est tombée dans la servitude. Dieu avait menacé les juifs que s'ils ne suivaient pas ses ordonnances, le prêtre serait comme le peuple. Israël, ce malheur est tombé sur toi, ton prêtre n'a plus de vertu, ton prêtre n'a plus même de titre. Dans la loi ancienne, Dieu menaçait de redemander le sang de l'homme aux bêtes même qui l'auraient dévoré. Dans la loi nouvelle, Dieu menace de redemander le sang des prophètes aux fils de ceux qui l'avaient versé, depuis le sang d'Abel jusqu' au sang de Zacharie. » (L’Homme de désir, § 108).

De nouveau Saint-Martin, aborde un autre point central. La raison de l’élection. Et il éclaire cette raison en rappelant, s’appuyant sur s ; Paul et les Psaumes, un principe bien oublié en nos temps de dialogue interreligieux : les dieux des nations étaient des démons. Il fallait donc qu’une nation soit préservée de l’idolâtrie pour que la Vérité perdure et ne puisse être ensevelie sous des cultes mensongers. Encore fallait-il que cette nation reste fidèle à sa mission. Est-ce que ce fut le cas. Nous savons que non. Les Juifs ont adoré des dieux étrangers, et ils ont, sacrilège suprême, immolé le Messie d’Israël.

D’ailleurs Saint-Martin va rappeler que le Rédempteur venait d’abord pour que les Juifs puissent, s’ils s’avéraient dignes des promesses, devenir le peuple sacerdotal, le peuple « théophore » comme l’écrira Mgr Journet [Ch. Journet, Destinées d’Israël. À propos du Salut par les Juifs, Paris, 1945, pp. 199-201], et qu’ils annoncent la Bonne Nouvelle. Si cela avait été, au lieu d’un sentiment général de mépris qui s’est répandu parmi les chrétiens, le mot « Juif » susciterait admiration et révérence :
- « Il n'avait point été envoyé spécialement aux gentils, lors des premiers actes de sa mission. Il n'avait été envoyé qu'aux brebis perdues du troupeau chéri d'Israël. Il avait recommandé à ses apôtres de courir après elles de préférence. Parce qu'Israël devait être le flambeau des nations, et représenter par-là le chef des mortels. Parce que le mot de juif, auquel nous attachons tant de mépris, mériterait le plus notre vénération, si nous l'entendions, et que nous fussions dignes de le porter. Mais quand ces juifs eux-mêmes n'eurent pas voulu reconnaître celui qui leur était envoyé ; quand ils l'eurent sacrifié à leur ignorance et à leur aveuglement, alors la porte s'ouvrit pour les nations. Alors l'esprit saint descendit sur les apôtres, pour leur infuser le don des langues ; alors ils eurent ordre d'aller prêcher par toute la terre. Alors Paul fut choisi pour être l'apôtre des gentils ; alors le fleuve décrit par les prophètes
se déborda, et toutes les nations de la terre furent abreuvées. C'est ainsi que la sagesse fait tourner les fautes même des hommes à l'accomplissement de ses desseins, et que les ténèbres de quelques-uns ont fait éclater universellement la lumière. » (L’Homme de désir, § 297).

Dans un autre texte, Saint-Martin va pousser plus loin encore son analyse, et se pencher sur ce que représente cette existence nationale « originale », cette identité en « corps de peuple » voué et consacré à Dieu et à la préservation de ses lois saintes et de ses commandements s’opposant au « corps de peuple » soumis à l’iniquité, conférant un destin et surtout une nature suréminente et à nulle autre semblable au peuple Juif :
- « Pour revenir aux Juifs, il faut remarquer qu'ils furent appelés à former un corps de peuple pour être les dépositaires des lois et des ordonnances du Seigneur. Or, pourquoi furent-ils appelés à former un corps de peuple pour être les dépositaires des lois et des ordonnances du Seigneur ? C'est parce que l'iniquité avait aussi des corps de peuple parmi lesquels elle régnait, et qu'il fallait combattre et détruire, de peur qu'ils n'infectassent la famille humaine toute entière. » (De l’esprit des choses, « Sur les massacres et les actes sanguinaires dont sont remplies les Écritures saintes »).

Or, pour leur malheur, les Juifs ne furent pas en mesure de répondre à cette responsabilité. Au contraire même, ils sombrèrent à leur tour, eux qui devaient veiller sur l’Arche Sainte, dans l’iniquité et le service du démon. La sanction fut terrible :
- « Lors donc que ces Juifs s'associaient eux-mêmes, quoique partiellement, à cette iniquité qu'ils devaient combattre, ils devenaient partiellement susceptibles de la même justice. Dès le début, ils ont manqué à remplir complètement l'objet de leur mission, puisqu'ils ont laissé subsister en Palestine plusieurs peuples criminels de la grande iniquité, et même des géants de la race d'Enoc, comme on le voit dans Josué ; par la suite, leurs prévarications se sont accrues progressivement ; de passives, sont devenues actives ; de partielles, sont devenues générales, ce qui a attiré sur ce peuple diverses punitions, et notamment toutes ces servitudes, dont la dernière est une dispersion universelle. La ligne de vie n'abandonnait pas cependant son oeuvre pour cela ; on le voit à cette série d'élus et de prophètes, par lesquels elle tâchait de faire percer sa lumière, puisque le peuple choisi lui fermait lui-même le passage. Il arrivait de là, que si les corporations des peuples coupables n'étaient pas détruites terrestrement, au moins elles perdaient de leur force comme corporations spirituelles mauvaises, parce que leurs liens se relâchaient toujours un peu par les efforts de la ligne vraie. » (De l’esprit des choses, ibid.)

Ainsi donc, par l’accroissement de ses péchés (prévarications), ce peuple s’est attiré de justes châtiments, a été sévèrement puni et, comme marque symbolique de son crime, fut dispersé sur toute la surface de la terre, réduit à séjourner comme étranger au sein des nations, sans pour autant perde ce qui fit son essence et sa nature, ce que l’Histoire nous montre très bien, ce peuple, malgré ses nombreuses et pénibles avanies, subsistant quasi miraculeusement au cours des siècles, envers et contre tout.

Toutefois, l’explication la plus importante, et elle nous intéresse directement eu égard aux événements actuels qui marquèrent le XXe siècle, événements qui virent, comme nous le savons, la réédification en Palestine d’un Etat hébreu, concerne l’éventuel nouveau rassemblement en « corps de nation » du peuple juif, que Saint-Martin désigne sous le nom de « troisième servitude », dont les conséquences si ce rassemblement devait advenir, nous allons le découvrir, sont vertigineuses sur le plan de l’Economie spirituelle, c’est-à-dire l’ère de grâce, instituée par Jésus-Christ.

Lisons attentivement ce passage :

- « La troisième servitude, étant un anéantissement et une dispersion, porte le caractère d'une véritable dissolution ; or, pour la dissolution il n'y a point de nombre, quant à sa durée, quoiqu'il y en ait, quant aux lois par lesquelles elle s'opère. Ainsi je serai heureusement dispensé de parler de nombres, au lecteur, au sujet de cette troisième servitude. [Saint-Martin fait ici allusion aux nombres correspondant aux différentes époques temporelles] Nous pouvons nous avancer jusqu'à assurer que si les Juifs étaient ramenés en corps de peuple dans ce monde, il n’y aurait de salut éternel à espérer pour personne, parce que le cercle divin des opérations suprêmes serait rempli et fermé par là dans le temps, et qu'il n'y aurait plus de moyen de jonction de cette région terrestre et temporelle avec la région divine, où il faut que nous allions pour être entièrement régénérés dans notre vie primitive, laquelle vie primitive ne peut jamais être complète pour nous, dans le cercle borné et passager qui nous emprisonne. » (De l’esprit des choses, « Sens radical des trois grandes servitudes des Juifs »).

En des termes qui pourront paraître obscurs à ceux qui ne sont pas familiers des textes du Philosophe Inconnu, il nous est tout simplement annoncé que si les Juifs devaient reformer une nation, se rassembler de nouveau en tant que peuple, le salut accordé par le saint sacrifice de la Croix cesserait d’être « opérant », car le lien, la communication entre le Ciel et le monde serait fermé !

On comprend en quoi, l’idée d’une reconstitution de l’ancien Royaume de Juda, peut avoir comme conséquences extraordinaires sur la suite de l’Histoire divine, car elle pourrait signifier, ce qu’à Dieu ne plaise, la fin de l’œuvre salvatrice du Seigneur !

Il est donc essentiel pour que l’action salvatrice perdure, que le peuple Juif reste dispersé sur la surface de la terre car, même si cela plonge les hébreux dans une profonde tristesse, néanmoins favorise grandement l’œuvre réparatrice qui s’accomplit sur l’ensemble des hommes, en aidant à l’avancement hors de l’abîme de l’âme humaine :

- « Les Juifs, dispersés aujourd'hui sur le globe, ont beau être plus malheureux temporellement et plus éloignés peut-être du terme que les Juifs ne l'étaient avant la dispersion, il n'en est pas moins vrai que l'âme humaine qu'ils ont rassemblée et tirée hors de l'abîme, par leur corporation, est beaucoup plus avancée et s'avance davantage chaque jour invisiblement par leur dispersion, qu'elle ne l'eût fait sans leur crime, et qu'elle ne le ferait si ils étaient rappelés terrestrement en corps de peuple.» (De l’esprit des choses, ibid.)

Doit-on de ce fait maintenir en diaspora le peuple Juif, fut-ce au prix de sa tristesse et des éventuels mauvais traitements que lui infligent les nations ? La réponse de Saint-Martin est sans ambiguïtés : oui ! Car ses malheurs ne sont rien en comparaison des trésors que lui réserve l’Eternel dans sa bonté, sachant que ses mérites furent immenses lorsqu’il était en « corps de peuple » préservant la Parole de Dieu, son culte, ses observances et ses lois, et non moins immenses ceux accumulés lors de sa dispersion, car ils hâtent et réduisent le temps heureux de la réintégration pour l’ensemble de la famille humaine :

« Quant au sort malheureux des individus juifs dans cette dispersion, il doit peu nous inquiéter, parce que, comme il a été dit dans l'homme de désir, le sang qu'ils ont conjuré sur eux était esprit et vie ; qu'ainsi, il leur reste toujours le moyen de se faire inscrire dans le livre de vie, s'ils le veulent, et qu'en outre, la miséricorde divine leur prépare journellement, dans la région invisible, de nombreux dédommagements et des trésors bien consolants par ceux de leurs frères qui les y attendent et par les puissants secours de cette même âme humaine, qu'ils ont rachetée par leur rassemblement et dont ils ont aidé et procuré la réintégration par leur dispersion. » (De l’esprit des choses, ibid.)

Cette aide précieuse à la « réintégration » du genre humain, nous fait mieux comprendre le sens des lignes suivantes de Saint-Martin :

« Les Juifs nous sont encore plus chers dans leur dispersion qu'ils ne nous l'ont été dans leur rassemblement. Ainsi, leur crime nous a été d'une utilité inappréciable, et c'est là où l'on peut dire de nouveau : ‘‘felix culpa’’. » (De l’esprit des choses, ibid.)

Merveilleuse disposition du plan divin qui, du triste état de dispersion, tire un bien supérieur qui profite à tous, puisqu’en expiant leur crime au titre de leur exil les Juifs accroissent les faveurs du Ciel et aident au salut universel.

Mais si, néanmoins, ne respectant pas le jugement divin qui lui fait devoir de séjourner dans la dispersion et méprisant les décrets du Ciel, le peuple juif venait à se reconstituer en « corps de peuple » et rentrer de nouveau en Terre sainte par force, violant les saints préceptes de la divinité qu’adviendrait-il ? Que se passerait-il ?

La réponse, déjà formulée plus haut mais de façon moins évidente, est extrêmement redoutable :

« Lorsque la dispersion de l'assemblée du peuple juif sera achevée (…), si les Juifs étaient ramenés en ce monde en corps de peuple, il n'y aurait de salut éternel à espérer pour personne. » (De l’esprit des choses, « Sens radical des trois grandes servitudes des Juifs »).

Écrit par : Zacharias | samedi, 02 janvier 2010

Religions et schizophrénie hallucinatoire.
Dieu a dit ; mais a qui l’a-t-il dit ?
Dr Philippe Rouby psychiatre en exercice: «Quand le ciel s’ouvre et que Dieu m´appelle par mon nom... c’est que la psychose a pris le dessus».
Questions résolues – source Internet.
- On peut être surpris qu'en 2009 aussi peu de personnes utilisant l'internet sachent que les personnes atteintes de schizophrénie religieuse sont victimes d'hallucinations auditives et visuelles.
Le plus étonnant, c'est qu'il y ait autant de personnes prêtes à croire toutes les histoires racontées par ces schizophrènes dans leurs délires.
http://fr.answers.yahoo.com/question/index?qid=20090320215704AA86ygN
- Est-ce que les mystiques au fil de l'histoire n'étaient-ils pas simplement des schizophrènes ?
http://frqna.com/sante/3475-sant.html
Folie et spiritualité, le couple inséparable.
Quelles différences faites-vous entre les relations dites «mystiques» venant de l’au-delà : contacts prophétiques, apparitions, voix intérieures d’avec les manifestations hallucinatoires psychotiques, quelles soient visuelles, auditives, de sensations intérieures... ? Demandez cette réponse à vos supérieurs religieux.
Si les croyances se nommaient ‘la certitude’, la schizophrénie n’existerait pas.
Libérons la « liberté » de croire, cette prison psychique intérieure source de dénie de maladie de nos jeunes relégués en psychiatrie.
L’essentiel : http://champion20.monsite.orange.fr

Écrit par : MCPN | lundi, 04 janvier 2010

Notre ami MCPN semble assimiler la schizophrénie à la spiritualité.
Un client pour vous, Doc Dan.

Écrit par : La Fouine | mardi, 05 janvier 2010

Que de truismes et de sottises dans ce post de MCPN.

Le mot « schizophrénie » a été employé pour la première fois en 1911 par un psychiatre français, Eugène Bleuler. Avant cette date, les désordres que l’on décrit aujourd’hui par ce mot étaient désignés sous les noms les plus divers : stupidité, idiotie, paranoïa et démence, pour ne nommer que ceux-là. Bleuler, en introduisant ce terme, voulait faire la distinction entre les symptômes de dissociation et les fonctions mentales. Le terme « schizophrénie » est d’ailleurs la fusion de deux termes grecs qui signifient « séparer » (schizo) et « esprit » (phren). À cette époque, la schizophrénie était considérée comme une détérioration de la personnalité et les manifestations de ce désordre, telles les hallucinations et les délires, étaient déjà identifiées. Plus tard, soit en 1951, après que Freud eût différencié les concepts de psychose et de névrose, Meyer, un américain, définit la schizophrénie « comme une réaction inadaptée à des situations de vie traumatiques ». Les différents symptômes constitueraient cette réaction inadaptée.

Aujourd’hui, nous pouvons établir de façon très précise les caractéristiques psychopathologiques des personnes aux prises avec cette maladie. Il s’agit, entre autres, d’hallucinations auditives et visuelles, de délires de référence et de persécution, d’humeur inappropriée, d’affect aplati et d’une socialisation inadéquate. Malgré la précision de ces caractéristiques et des critères de diagnostic énoncés par plusieurs chercheurs, nous devons reconnaître que, même de nos jours, il demeure difficile d’identifier la schizophrénie avec certitude, et encore moins d’inférer que chaque croyance est une schizophrénie et chaque croyant un schizophrène.

Pour Freud, il explique ça dans « L’avenir d’une illusion » la religion n’est ni plus ni moins que le fuit d’une névrose collective dans laquelle se retrouve l’ensemble de névroses individuelles. Il écrit : «ils appellent "Dieu" quelque vague abstraction qu'ils se sont créée et les voilà désormais, à la face du monde, déistes, croyants en Dieu, ils peuvent s'enorgueillir d'avoir reconnu un concept de Dieu plus élevé, plus pur, bien que leur Dieu ne soit plus qu'une ombre sans substance, et non plus la puissante personnalité de la doctrine religieuse. » Le point de vue freudien est d’un matérialisme très banal. Un reliquat des théories positivistes du XIXe. D’ailleurs durant tout le XXème siècle, la « révélation » freudienne va constitué la théorie en matière d’interprétation du mécanisme religieux. Postulant l’inexistence de Dieu, elle crée ce concept d’illusion, ainsi les penseurs ont été naturellement non religieux, un peu comme au XVIIème, les mêmes esprits étaient coperniciens. Il y avait dans les deux cas une opposition à l’Eglise, une volonté de progrès, une avance intellectuelle face à des esprits conservateurs et peu éclairés.

Toutefois René Girard, est venu briser ce beau consensus, en découvrant une différence structurale entre les religions tirées de la Bible et toutes les autres religions, ainsi que tous les mythes. Cette différence, c’est que les mythes (ou les “fausses” religions) se réduisent à des traces de meurtres ou de massacres racontés par les meurtriers (les “forts”), alors que la Bible effectue une révolution copernicienne en prenant dès l’origine (le meurtre d’Abel) le point de vue des innocents et en portant toute son attention sur la notion d’élection et de pureté. La Bible et tous les mythes parlent bien de la même chose - comme Freud l’avait montré - mais d’une façon radicalement différente !

Et c’est ce point de vue qui rend la religion de la Bible unique et la différencie du mythe. Là encore, qu’on soit croyant ou pas, l’analyse de Girard est incontestable et aujourd’hui on est forcé de reconnaître qu’il y a une spécificité Biblique, et cette spécificité est particulièrement inconfortable si l’on n’est pas croyant.

De ce fait, vouloir faire de la croyance une pathologie est sans doute applicable aux religions non-chrétiennes, qui toutes font vivre leurs croyants sous la terreur craintive de puissances obscures. Mais pour le christianisme, là on est dans un domaine complètement différent. On pourrait même dire que seul le christianisme libère de la névrose…et c’est d’ailleurs ce que Lacan lui-même affirmera !

« La religion triomphera. Mieux, elle est increvable. Pourquoi? Parce que la religion donne du sens à la vie humaine » soutient-il. Il va même aller plus loin : « la vraie religion c'est la religion chrétienne. Parce ce qu'elle a concocté, pour l'éternité, l'Incarnation. Le Verbe s'est fait chair avec Jésus. Une sacrée trouvaille, en vérité. A Vienne, Freud découvrait que dans la névrose existe une parole bâillonnée. En effet, l'homme est un animal parlant: «Il n'est plus du tout heureux, il ne ressemble plus du tout à un petit chien qui remue la queue, ni non plus à un brave singe qui se masturbe. [...] Il est ravagé par le Verbe.» (J. Lacan, Le triomphe de la religion, Seuil, 1991).

Et Lacan va même insister plus encore : « La seule religion, c’est la religion catholique apostolique et romaine. » (J. Lacan, Discours aux catholiques)

Intéressant, n’est-ce pas ?

Écrit par : Dan | samedi, 09 janvier 2010

Je m'attendais à une réponse étayée de votre part cher Dan, le sujet étant, comme le disait La Fouine, fait pour vous et votre science des faits psychiques. J'ignorais absolument cet éloge du catholicisme par Lacan, que je savais heideggerien mais non à ce point attaché à la Révélation de l'Evangile. Cela dit, pour un personnage qui consacra son existence à la pratique de la "parole", un intérêt pour le Verbe, mais cette fois-ci le seul et Unique, n'est pas si étonnant.

Écrit par : Serrus | samedi, 09 janvier 2010

Bravo, vous êtes nominée par le MRAP !

http://www.mrap.fr/campagnes/RacismeInternet/rapport-MRAP2009.pdf

Écrit par : Yfig | samedi, 30 janvier 2010

merci vive le France

Écrit par : mesure marie dominique | mardi, 10 avril 2012

Joseph de Maistre se trompe lourdement sur l'usage de son patronyme. Si tout le monde sait qu'en effet la particule tombe lorsque le nom n'est précédé ni d'un titre ni d'un prénom, l'usage veut que lorsque ledit patronyme ne se constitue que d'une seule syllabe on conserve alors la particule.

Ainsi : "La particule ne s'emploie que si elle est précédée d'un prénom, d'un titre ou d'une dénomination - comme monsieur / madame / mademoiselle par exemple - et jamais lorsque le nom est isolé : on dit ainsi Laurent de Galembert, le comte de Galembert, Monsieur de Galembert ou la famille de Galembert, mais on dit les Galembert ou Galembert s'il l'on emploie le nom tout court (sauf si le nom est composé d'une seule syllabe, commence par une voyelle ou un H muet ou si la particule est du : on dit directement de Gaulle, d'Aspremont, d'Hozier ou du Fresne ; il n'y a qu'une seule exception avec Sade et non de Sade, alors qu'il n'y a qu'une seule syllabe)."

Voir ici : http://nitescence.free.fr/noble.htm

Écrit par : JG | vendredi, 15 juin 2012

Les commentaires sont fermés.