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samedi, 31 octobre 2009

La politique « religieuse » de La Question !

Eclaircissements à propos du

 traditionalisme catholique contre-révolutionnaire

 

 

255017Blason_Bourbon.jpg
"Il faut que la religion refasse la monarchie..."
(Joseph de Maistre)
 
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Sépulture de saint Pie V

 

 

 

« Tenons toujours nos yeux fixés sur le monde invisible qui expliquera tout. »

(J. de Maistre, Soirées de St. Petersbourg, VIIe entretien)

 

 

 

 

index_20.jpgCertains, cherchant à mieux comprendre nos convictions, ou nous découvrant récemment par le biais du455px-Jmaistre[1].jpg blog « La Question Actualités », nous demandent, curieux et intrigués, même si nous avons pris soin de déclarer clairement quelles sont nos « Orientations », de préciser plus nettement nos positions sur le plan politique, et attendent sans doute de nous, que nous donnions des indications relatives à nos sympathies en correspondance avec les aspects spécifiques du champ idéologique contemporain.

 

Même si, évidemment, notre culture contre-révolutionnaire nous fait nous sentir proches de divers penseurs comme Bossuet, Joseph de Maistre, Blanc de Saint-Bonnet, le Cardinal Pitra, Bernardi et Donosos Cortès, ou de courants réactionnaires catholiques d’hier ou d’aujourd’hui [1], toutefois, autant le dire d’un mot : c’est ne rien comprendre à notre vision de l’Histoire que de vouloir nous mettre en référence directe vis-à-vis de tel ou tel parti républicain, ou mouvement s’inscrivant à l’intérieur du jeu électoral, puisque pour nous il ne saurait y avoir de politique véritable que religieuse !

 

I. Le drame métaphysique originel

 

Bossuet.jpgEn effet, la caractéristique propre du monde moderne, son aspect tragique aboutissant à la destruction des vestiges matériels, ou institutionnels, de la Tradition, est, en premier lieu, la négation de la Sainte Religion chrétienne [2]. Et ceci s’explique du fait que la situation tragique de ce monde relève d’un drame métaphysique qui survint des suites du péché originel, péché qui se reproduit chaque fois que l’on foule aux pieds les principes divins (Révolution de 1789 [3], Révolution bolchevique, Vatican II). Dès lors, chercher un remède ici-bas à un déséquilibre de nature ontologique sans faire intervenir la dimension surnaturelle au sein de laquelle est placé ce combat éternel que se livrent les ténèbres et la Lumière, est une grave erreur.

 

C’est pourquoi, seul nous importe le rétablissement de l’Etat chrétien incarnant la loi de Dieu sur cette terre, et des forces légitimes qui s’imposeront capables d’en assurer le maintien, de sorte que la Sainte Religion chrétienne retrouve la plénitude de ses droits et de son autorité dans la cité des hommes.

 

Si nous en croyons Joseph de Maistre, il y a une raison à la situation contemporaine, puisqu'il écrit : « Il n'y a aucune loi sensible qui n'aitvision.jpg derrière elle une loi spirituelle (...) Dans ce monde que nous voyons tout se rapporte à un autre monde que nous ne voyons pas. Le monde est un simple assemblage d'apparences, dont le moindre phénomène cache une autre réalité. » [4] Ainsi, pour le comte savoyard, ce qui se déroule dans l'ordre humain, les faits qui se signalent en ce monde abîmé par la Chute, sont des véritables « pierres d'attente », dont nous ne pouvons comprendre le sens authentique qu'à la lumière de l'enseignement divin. Souvenons-nous de cette phrase magnifique des Soirées de St. Petersbourg par laquelle Maistre déclare : « Ce monde est un système de choses invisibles manifestées visiblement (…) Il n'y a rien de si visible que les liens des deux mondes ; on pourrait même dire, rigoureusement parlant, qu'il n'y a qu'un monde, car la matière n'est rien. » [5]

 

En ce sens, les modifications qui interviennent dans le réel, les changements qui surviennent en renversant l'Ordre ancien, les faits les plus anodins, en apparence, comme, à l’extrême, l’écroulement de la civilisation et la disparition des saintes institutions, tout cela participe, « de près ou de loin à quelque œuvre secrète qui s'opère dans le monde à notre insu. »

 

 

II. La défense de la Tradition

 

On a pu parler, avec plus ou moins de raison, du « catholicisme foncier » de Joseph de Maistre, tant ses divers propos en matière religieuse furent considérés, et continuent le plus généralement d’être regardés, comme des exemples caractéristiques d’un traditionalisme furieux et véhément.

 

2Ingres.jpgIl faut ici faire intervenir une notion centrale chez Maistre, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que le mondesavoie_blason.jpg doit se conformer aux enseignements de la Révélation divine, unique fondement des lois. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde » [6] c’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre suprême, celui qui, au-dessus des Rois et des Princes, veille au respect du droit et œuvre pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes » écrit Maistre. Par ailleurs infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'un sans l'autre, se sont deux principes parfaitement identiques et équivalents. De toute manière, raisonnablement, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’histoire depuis des siècles plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse au respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’unité.         

 

Il est incontestable que la position de Maistre ne souffre aucune ambiguïté s’agissant du gouvernement temporel du pouvoir ecclésiastique, dans lequel il voit le modèle le plus parfait qui fut jamais donné aux hommes, et qui, d’autre part, considérable avantage, bénéficie du point de vue surnaturel du dépôt de la Révélation confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, l’Evêque de Rome, « L’Origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, « Patriarche universel », pour saint Léon, « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme  dit saint Jérome, l’infaillibilité en matière théologique.

 

III. Le combat pour l’Ordre catholique

 

 

greco.jpg

 

Soutenez toutes les grandes institutions approuvées par l’Eglise,

comme la chevalerie, les ordres religieux,

contemplatifs, missionnaires, militaires et hospitaliers,.

 

 

Ces analyses vont être à l’origine d’un certain nombre de positions pour le moins tranchées concernant les institutions religieuses catholiques, qui feront souvent l’objet d’importantes incompréhensions et de nombreux contresens de la part des lecteurs de Joseph de Maistre. On conviendra cependant sans peine avec notre auteur que « l’Unité transcendante » à laquelle aspirent les hommes, doit être préparée et préfigurée ici-bas par une bénéfique unité du pouvoir, et une bienfaisante et souveraine harmonie exercée par l’autorité suprême du sacerdoce.

 

a) Les bienfaits de l’Inquisition

 

Greco-portrait_cardinal-1600.jpgLes lois du Ciel trouvent inévitablement une nécessaire transposition dans les formes temporelles qui, normalement, travaillent à incarner les bienheureux et universels principes régulateurs, faute de quoi il s’en suit toujours un trouble et une désorganisation spirituelle et sociale que nul ne peut plus contrôler et qui inévitablement conduit les peuples et les nations à la ruine pure et simple. On est donc obligé de regarder de cette manière la fonction régulatrice confiée à la Sainte Inquisition, établie légalement par la bulle Ille humani generis de Grégoire IX, le 25 avril 1233, institution qui avait pour mission de prévenir, dans une période profondément troublée, le développement des germes de la division et de la confusion qui menaçaient intérieurement la chrétienté, ainsi que de la protéger du Judaïsme et du Mahométisme.

 

 

 

Croix inquisition.jpgJoseph de Maistre s’exprime de la sorte sur cette question : « Le Judaïsme avait jeté de si profondes racines eninquisition2.jpg Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. (...) Le Mahométisme augmentait prodigieusement le danger ; l’arbre avait été renversé en Espagne, mais les racines vivaient. Il s’agissait de savoir s’il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l’Islamisme se partageraient ces riches provinces ; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » [7] Il est donc démontré que l’Inquisition fut créée pour mettre fin au chaos, pour rétablir la paix et la sérénité, c’est pourquoi nous dit-il : « L’Inquisition est, de sa nature, bonne, douce et conservatrice : c’est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique, vous le voyez à Rome et vous le verrez partout où l’Eglise commandera. » [8]

 

C’est uniquement pour prévenir la propagation du mal qui, assurément, aurait semé les troubles les plus redoutables, que le tribunal de la Sainte Inquisition dut intervenir avec sévérité et fermeté. En se faisant l’ardent avocat de l’Inquisition, Maistre n’ignore pas qu’il va brutalement à l’encontre des idées reçues et de l’esprit anti-religieux de son temps. Mais il croit de son devoir de réaffirmer le vrai, de démontrer, avec la force convaincante d’incontestables arguments,  la supériorité et l’évidente sagesse du pouvoir ecclésial sur toute autre forme de pouvoir humain, la tempérance ainsi que la constante union qu’il est seul en mesure de réaliser des vertus de miséricorde et de justice ; « MISERICORDIA ET JUSTICIA » étant d’ailleurs la devise figurant sur les bannières du tribunal de la Sainte Inquisition.

 

Maistre conclut de la sorte son argumentaire :

 

- « Toutes les fois que vous verrez une grande institution ou une grande entreprise approuvée (...) par l’Eglise, comme la chevalerie, les ordres religieux, mendiants, enseignants, contemplatifs, missionnaires, militaires, hospitaliers, etc.; les indulgences générales, les croisades, les missions, l’Inquisition, etc.; approuvez tout sans balancer, et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance, en vous présentant une démonstration complète du mérite de toutes ces choses. »

 

b) Rôle fondamental de la papauté

 

 

P1010727.JPG

 

Le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer,

dans une Europe livrée au chaos, l’unité du Saint Empire.

 

 

 

armoiries1.gifPar ailleurs, l’attachement de Maistre à l’institution de la papauté, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saintPiusV.jpg Bernard,  relève d’une idée, certes non directement explicite, quoique toutefois fort précise qui transparaît sous chaque ligne de son Traité, que l'on peut résumer de la manière suivante  : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire.  Le Traité « Du Pape » consigne cette inattendue mais cohérente dévolution. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeurait que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire. 

 

Ainsi l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, qui fait l’objet d’un important développement dans le livre au point que cette notion suscita même quelques réserves à Rome et le prudent silence de Pie VII, avant d'être cependant adoptée par le Concile de Vatican I en 1870, n’a pas d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés.

 

IV. Le rétablissement du Saint Empire

 

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GestatorialChair1.jpg

 

Le Pape est le seul garant d’un possible retour

de l’unité politique et spirituelle en Europe.

 

 

SPio-V_LBALDI-1.jpgMaistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le180PX-~1.JPG grand Démiurge de la civilisation universelle. » [9] Le Pape est donc le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction,  d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Il est, à juste titre, significatif que la phrase de l’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape », ne soit pas celle d’un père de l’Eglise où d’un pieux auteur, mais paradoxalement extraite du poème homérique  « l’Iliade », phrase révélant nettement la pensée intérieure du comte savoyard, indiquant sans détour : « Trop de chefs vous nuiraient ; qu’un seul homme ait l’Empire » (Homère, Iliade, II v. 204 sq.)

 

Le catholicisme de Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversé par une vision qui emprunte autant au politique qu'au spirituel, ou, plus exactement, qui est d'autant plus politique qu'elle est spirituelle, puisque pour lui, et ceci ne doit jamais être perdu de vue lorsque l'on aborde la pensée maistrienne, les deux domaines s'interpénètrent intimement, sont étroitement liés et imbriqués, le Ciel se manifestant en permanence par des interventions qui nous sont le plus souvent incompréhensibles au sein de l'histoire humaine. Si l'autorité céleste est source de toute souveraineté ici-bas, il en résulte que l'origine divine du droit, qui fonde et donne sa légitimité à la doctrine de l'infaillibilité, est en réalité la question de la Vérité originelle dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur [10].

 

philippelebel.jpgN'oublions pas que si la France, par son peuple, est en état de « péché mortel » depuis l'horrible crime du 21 janvier 1793 qui lui fit mettre àabb4.jpg mort celui que le Ciel lui avait donné comme Roi, la Royauté est elle-même en position de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus par Philippe le Bel de se soumettre aux injonctions de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposaient dans toute la chrétienté pour en préserver l'unité, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il précisait la fameuse théorie dite des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » La décision de Philippe le Bel aura des conséquences importantes, puisqu'en revendiquant une totale indépendance à l'intérieur de son royaume, et rentrant de ce fait en conflit ouvert avec la Papauté, il sera à l'origine de l'affaiblissement du Saint Siège en Europe et du morcellement de l'empire chrétien, car, à son néfaste exemple, chaque souverain, dans ses Etats, allait exiger désormais une identique indépendance, se réclamant de l'autonomie du pouvoir temporel à l'égard du pouvoir spirituel, attitude dont nous subissons encore directement les effets, et qui a pris, dans les sociétés modernes, une ampleur vertigineuse puisqu’à présent c’est chaque individu qui réclame, rageusement, à titre personnel, une totale indépendance qui n’est en fait que la parfaite continuité de l’originel et lointain esprit « d’insoumission ». 

 

Conclusion

 

Sachons que l'avenir ne sera en définitive que ce que Dieu voudra qu'il soit, ou ce qu'il fera être par l'action de sa Providence. Rien ne sert de s'épuiser dans des formules politiques ou idéologiques qui n’intègrent pas le religieux et le spirituel dans leurs courtes vues, car contre les spectres d'un monde, depuis la Chute, tombé aux mains de l'adversaire, livré aux puissances du négatif et de la mort, ll n’est aucun combat qui puisse se gagner sans être appuyé par les forces de la Divine Providence

  

Ainsi, si nous désirons sortir de ce piège, nous extraire du conditionnement individualiste, libéral, athée et matérialiste que nous impose une société malade, profondément dominée par l’argent dispensant une culture de mort ; si nous aspirons à nous libérer de la spiritualité « parodique » avec son syncrétisme dévoyé, nous défendre contre l’affolant envahissement du psychisme déréglé, il nous faut, impérativement, nous ouvrir à un autre ordre de réalité, nous disposer à devenir singulièrement attentifs aux vérités surnaturelles, à briser l'enfermement stérile dans lequel nous précipite un monde dégradé, fracturé, agonisant sous le poids de sa gigantesque erreur, s'éloignant, inexorablement, et de plus en plus rapidement, de son Principe, et accueillir, avec respect et dévotion, les semences de l'Esprit porteuses de la Vérité de l’Evangile.

 

Il est donc évident que ce ne peut être que par la prière et la « réconciliation », sachant que le pouvoir est d'essence transcendante car il relève, positivement, d'une « histoire divine », qu'apparaîtront les conditions de la contre-révolution, car « c'est au nom du DIEU TRES GRAND ET TRES BON, à la suite des hommes qu'il aime et qu'il inspire, et sous l'influence de son pouvoir créateur, que vous reviendrez à votre ancienne constitution, et qu'un Roi vous donnera la seule chose que vous devriez désirer sagement, la liberté par le Monarque. » [11] C'est pourquoi, avant toute idée de restauration d'un pouvoir légitime, il faut d'abord, et en premier lieu, que s'établissent une réforme radicale, une conversion, un retour aux bases théologiques et morales de la tradition chrétienne ; comme le dira avec fermeté Maistre dans une lettre au vicomte de Bonald (1754-1840) : « Il faut que la religion refasse la monarchie ; et c'est ce qui arrivera malgré les apparences contraires. » [12]

 

 

       

Notes.

 

1. 466517bandera_falange.gifA titre d’exemples, des mouvements religieux et politiques de la période contemporaine, comme la Phalange en Espagne ou la Garde decorneliu_zelea_codreanu.jpg Fer en Roumanie avec les hautes figures attachantes que sont José Antonio Primo de Rivera (1903-1936) ou Corneliu Codreanu (1899-1938) ont, de toute évidence, notre sympathie.

 

2. Comment ne pas rappeler, à ce sujet, l'épisode grotesque qui, sous la Révolution, fut assez représentatif de cette caricature tragi-comique du sacré, et que la mémoire retiendra comme l'exemple caractéristique de la déviation du religieux. En effet, au moment où l'on envoyait à la guillotine les prêtres réfractaires, Chaumette (1763-1794) et la Convention eurent l'idée de célébrer un culte public à la déesse Raison qui se déroula à Paris, le 10 novembre 1793. Ce jour là, on exhiba dans les rues de la capitale sur un trône porté par plusieurs hommes, une jeune personne du nom de Mlle Thérèse-Angélique Aubry, étudiante à l'Académie royale de musique, prêtant sa plaisante silhouette pour la circonstance à cette ridicule mascarade. Préalablement à Notre Dame, les adorateurs de la déesse, représentés par des enfants des deux sexes vêtus de blanc, avaient apporté devant la jeune créature de l'Académie des parfums pour qu'ils se consument à ses pieds, et de séduisantes vestales, recrutées dans différents conservatoires, couronnées de fleurs et les reins entourés d'une ceinture tricolore, esquissaient au même instant une danse éthérée autour de l'auguste divinité. Cette dernière, hiératique, demeurait immobile dans ses voilages blancs, un bonnet phrygien rouge lui servant de diadème, alors que de larges rubans couleur de pourpre entouraient sa taille ; recouverte d'un long manteau bleu, et une pique placée dans sa main droite, la déesse recevait ainsi le vibrant hommage de la population dans le cœur de la cathédrale, à la même place qu'occupait jusqu'alors, et depuis le XIIIe siècle, la Reine du Ciel, la Vierge Marie, Mère du Sauveur. A intervalles réguliers les servantes de la déesse Raison, assises sur des sièges de verdure, tendaient leurs bras vers le trône, puis, deux par deux, venaient profondément s'incliner en se croisant, dans une sorte de vaporeuse chorégraphie, alors même qu'un chœur de chant déclamait : « Descends, ô Liberté, fille de la nature.... » Enfin, au terme de cette cérémonie « inspirée »,  la divinité se leva et, saluant la foule qui l'acclamait à tout rompre, regagna à pas lents le Temple de carton-pâte qui lui avait été édifié et qui se trouvait derrière elle, c'est-à-dire exactement devant le maître autel de la vénérable cathédrale qu'il dissimulait complètement à la vue. L'enthousiasme fut si grand, que l'on décida de porter en triomphe l'idole jusqu'à la Convention, mettant un comble à cette cérémonie antireligieuse, et l'on vit défiler dans les rues de Paris, en une effarante procession, les ballerines suivies par des tambours, entourant le trône sacré, le tout accompagné par une troupe de sans-culottes qui avait hissé en haut de longues perches, comme un trophée, la chape d'or et la mitre de l'archevêque, escortant la nouvelle Isis portée à dos d'hommes. Arrivant, dans un chaos indescriptible, dans la salle des Tuileries ou siégeait l'Assemblée, la populace, les musiciens, le corps de ballet envahirent le lieu et firent une bruyante apparition. Ce fut Chaumette qui conduisit la déesse en la présentant aux élus de la Nation la désignant avec emphase comme le « chef d'œuvre de la nature », puis, alors que le président Laloy donnait l'accolade au nom du peuple français à la belle créature, les fanfares et les chants se faisaient de nouveau entendre. Tous voulurent l'embrasser, et la représentation nationale dans son ensemble décida de lui servir d'escorte afin de la reconduire dans son Temple ; redescendant de la tribune au bras du président, elle remonta sur son pavois, et, une nouvelle fois, l'impie cortège, grossi des membres de la Convention, acclamé par une foule immense, reprit le chemin de la cathédrale Notre-Dame où la fête se poursuivit fort tardivement dans la nuit.    

 

3. On se reportera, à propos de cette « religiosité laïque », de cette « religion civile » qu’adopta la République en faisant siennes les thèses de l’auteur du Contrat social, au livre de Ghislain Waterlot : Rousseau, Religion et politique, PUF, 2004.

 

4. J. de Maistre, Les Soirées de St. Petersbourg, Xe Entretien, t. II, Trédaniel, 1980, p. 179 ss.

   

5. Ibid., p. 177.

 

6. J. de Maistre,  Du Pape, I, chap. I.

 

7. J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Première lettre, 1815.

 

8. Ibid. Il faut purger les esprits de cette image, propagée par le dix-huitième siècle et un détestable esprit voltairien, soutenant que « des prêtres pouvaient condamner un homme à mort. (...) qui ne sait qu’il est défendu au prêtre d’être chirurgien, de peur que sa main consacrée ne verse le sang de l’homme, même pour le guérir ? (...) Jamais le prêtre n’éleva d’échafaud ; il y monte seulement comme martyr ou comme consolateur ; il ne prêche que miséricorde et clémence ; et sur tous les points du globe, il n’a versé d’autre sang que le sien. » (Lettres à un gentilhomme russe, op. cit.) L’Eglise s’est bornée à livrer les fautifs au bras séculier, qui, et  lui seul, prononça et exécuta les sentences. Lorsque l’Eglise gouverna, comme ce fut le cas dans certaines souverainetés ecclésiastiques, elle se distingua toujours par sa clémence et sa mansuétude, ceci est à ce point vrai qu’un proverbe est devenu courant en Allemagne : « Unterm Krummstabe is gut whonen. » (Il est bon de vivre sous la crosse.) Que dire rajoute d’ailleurs Maistre du gouvernement de Rome, célèbre pour sa douceur, « nulle part on ne trouve un régime plus parternel, (...) une tolérance plus parfaite. Rome est peut-être le seul lieu d’Europe où le juif ne soit ni maltraité, ni humilié. » (Ibid.) L’exemple le plus frappant que nous donne l’histoire vient des Templiers eux-mêmes qui « demandèrent expressément d’être jugés par le tribunal de l’Inquisition ; car ils savaient bien que s’ils obtenaient de tels juges, ils ne pouvaient plus être condamnés à mort. » (Ibid.)

 

9. Du Pape, livre premier, ch. II.   

 

10. On aura sans doute entendu dire, en quelques occasions, que Maistre fut le chantre de la « politique expérimentale ». Or, s’il fit publier en 1793 ses Lettres d'un royaliste savosien, dans lesquelles, ulcéré par les effets de la Révolution, il défendra, par un argumentaire raisonné de grande qualité, la supériorité de la royauté par rapport à tous les autres régimes, il s'apercevra assez rapidement de son erreur et comprendra que le devenir des sociétés humaines ne relève pas de l'intelligence naturelle, n'obéit pas aux injonctions des arguments les mieux fondés et des déductions les plus justes. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration en ces domaines, on peut le regretter, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois obscures inaccessibles à l'entendement classique et est donc guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles. Maistre fut d'ailleurs tellement meurtri par sa manifeste et criante incompréhension, par la fausseté de ses vues, par ce qu'il nommera, avec une certaine rage, le « fruit de l'ignorance », qu'il décidera, de manière symbolique et dans un geste témoignant d'un profond rejet de ce qu'il avait écrit et des thèses qu'il avait, dans sa grande naïveté, défendues, de réduire en cendres, en le livrant au pouvoir des flammes, le manuscrit original de ses Lettres d'un royaliste savoisien. Il notera dans son journal, à la date du 6 février 1798 : « Avant de partir de Turin, j’ai brûlé le manuscrit de mes Lettres savoisiennes composées à une époque où je n’avais pas la moindre illumination (souligné par Maistre) sur la Révolution française ou pour mieux dire européenne. Malgré les vues droites qui les ont dictées, je les ai prises en aversion comme un fruit de l’ignorance. »

 

11. J. de Maistre, Considérations sur la France, chap. X, in Ecrits sur la Révolution, PUF, 1989, p. 179.

 

12. J. de Maistre, Lettre à L. A. Bonald, 16 juin 1807.

15:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : catholicisme, révolution, tradition, église catholique |  Imprimer | | | | | Pin it!

vendredi, 23 octobre 2009

L’antijudaïsme philosophique

La « Question Juive » de Marx et la mise en lumière de

l’essence judaïque du capitalisme

par Radek

Marx.jpg

« L'Argent est le dieu jaloux d'Israël

devant qui nul autre dieu ne doit subsister. »

(Karl Marx)

 

du_rapace_au_juif.jpg

 

L'évolution du rapace au financier

 

Karl Marx, auteur que l’on ne présente plus, âgé de 25 ans, promu récemment docteur en philosophie, rédigea un article qui parutMarx II.jpg en février 1844 dans l’unique numéro d’une revue qu’il avait tout juste contribué à fonder à Paris, Deutsch-Französische Jahrbücher. Son titre ? Zur Judenfrage « A propos de la Question Juive » – et non « La Question Juive », comme on s’est accoutumé à l’indiquer en France, texte qui était d’ailleurs une réponse au livre éponyme de Bruno Bauer [1].

L’originalité de Marx, dans ce texte polémique, venait du fait qu’il percevait non seulement le judaïsme comme une forme d’obscurantisme religieux, ce qu’il dénonça très violemment en de nombreuses occasions, mais qu’il allait jusqu’à le présenter comme étant, concrètement, une vivante métaphore du capitalisme moderne ; sa source ontologique, son origine véritable, son agent actif délétère. Pour Marx, si la société voulait se libérer de la domination capitaliste, il lui fallait d’abord s’émanciper du judaïsme et de l’esprit Juif.

I. Marx antisémite ?

zimmermann_propagandafilm_html_m4939d860.jpgContrairement à Bruno Bauer, Marx, avec une pertinence supérieure d’autant qu’il connaissait bien son sujet, définissait lesbruno4.jpg Juifs par leur religion qu'il identifiait avec le culte pratique de l'argent : « Le monothéisme du juif est donc en réalité le polythéisme des besoins multiples », il ajoutait : « L'Argent est le dieu jaloux d'Israël devant qui nul autre dieu ne doit subsister. [...] Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic et de l'argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même.» [2]

 

 

 

 

 

varsovie_juive0007.jpg

 

« La nationalité chimérique du Juif

est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent. »

 

 

 

LIBRE PAROLE ILLUSTREE 71-1.jpgPour lui, judaïsme et bourgeoisie étaient donc équivalents, d'où découlera le devoir politique selon-lui, de supprimer le judaïsme pour supprimer la société bourgeoise. Sa critique est pour le moins radicale :

 

- « Le dieu des Juifs s'est sécularisé et est devenu le dieu mondial. Le change, voilà le vrai dieu du Juif. Sonren.jpg dieu n'est qu'une traite illusoire. (…) L'idée que, sous l'empire de la propriété privée et de l'argent, on se fait de la nature, est le mépris réel, l'abaissement effectif de la religion, qui existe bien dans la religion juive, mais n'y existe que dans l'imagination. C'est dans ce sens que Thomas Münzer déclare insupportable e que toute créature soit transformée en propriété, les poissons dans l'eau, les oiseaux dans l'air, les plan­tes sur le sol : la créature doit elle aussi devenir libre

Ce qui est contenu sous une forme abstraite dans la religion juive, le mépris de la théorie, de l'art, de l'histoire, de l'homme considéré comme son propre but, c'est le point de vue réel et conscient, la vertu de l'homme d'argent. Et même les rapports entre l'homme et la femme deviennent un objet de commerce ! La femme devient l'ob­jet d'un trafic. La nationalité chimérique du Juif est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent. » [3]

Marx aurait ainsi, d’après certaines interprétations, écrit un pamphlet non pas simplement antijudaïque mais antisémite qui devait peser lourdement sur les théories des mouvements révolutionnaires face aux Juifs.

Ainsi, de l’Histoire de l’antisémitisme de Léon Poliakov, en 1951 [4], au Marx de Jean Ellenstein, en 1981 [5], et à la Géographie de l’espoir de Pierre Birnbaum, en 2004 [6], Karl Marx, l’auteur du Capital fut désigné comme « antisémite ». Ce petit-fils de rabbin, fils d’un converti au protestantisme et lui-même baptisé protestant par son père en 1824, se serait empêtré dans la « haine de soi ». Robert Misrahi, dans un Marx et la Question Juive, en 1972, avait été jusqu’à l’accuser d’avoir écrit « un des ouvrages les plus antisémites du XIXe siècle », où serait même lancé, suggérait-il, un « appel au génocide » [7]. Qu’en est-il réellement, que soutint et défendit véritablement Marx dans cet ouvrage ?

II. L’antisémitisme philosophique en Allemagne

 

14-05.jpgW. Marr, dans un pamphlet qui eut un certain retentissement, même en France : « La victoire du Judaïsme sur le Germanisme »,Feuerbach.jpg déclarait : « l'Allemagne était la proie d'une race conquérante, celle des Juifs, race possédant tout et voulant judaïser l'Allemagne, comme la France d'ailleurs », il concluait en disant « la Germanie est perdue ». [8] Max Stirner, anarcho-individualiste à la radicalité plus encore brutale, écrivait des Juifs : « Ces enfants vieillottement sages de l'antiquité, n'ont pas dépassé l'état d'âme nègre. Malgré toute la subtilité et toute la force de leur sagacité et de leur intelligence qui se rend Maîtresse des choses avec un facile effort et les contraint à servir l'homme, ils ne peuvent découvrir l'esprit qui consiste à tenir les choses pour non avenues. » [9]

 

Une autre forme de l'antisémitisme philosophique se retrouve chez Duhring qui, en plusieurs traités, pamphlets et livres, attaquait l'esprit sémitique et la conception sémite du divin et de la morale, qu'il opposait à la conception des peuples du Nord. Poussant logiquement jusqu'au bout les conséquences de ses prémisses, et non sans quelques exagérations et inexactitudes, il attaquait injustement le christianisme qui était pour lui la dernière manifestation de l'esprit sémitique : « Le christianisme, disait-il, n'a surtout aucune morale pratique qui, non susceptible de double interprétation, serait utilisable et saine. Par conséquent, les peuples n'en auront fini avec l'esprit sémitique que lorsqu'ils auront chassé de leur esprit ce deuxième aspect actuel de l'hébraïsme. »

 

Nous le voyons, c’est donc l’ensemble de la philosophie allemande qui combattait à l’époque l'esprit juif qu'elle considérait comme essentiellement différent de l'esprit germanique et qui figurait pour elle le passé en opposition avec les idées du présent. Tandis que « l'Esprit » se réalisait dans l'histoire du monde, tandis qu'il marchait, les Juifs restaient à un stade inférieur, le mercantilisme usurier. Telle était la pensée de Hegel et celle de ses disciples de gauche, Feuerbach et Arnold Ruge. [11]

 

III. Schopenhauer et le foetor judaïcus

 

Schopenhauer.jpgSchopenhauer, de son côté, ne modérait pas sa plume et refusait aux Juifs les droits politiques, parce qu'ils « sont et restent un peuple étranger » [11]. Il allait jusqu’à parler à leur sujet de « puanteur juive » ! Il écrit : « Il faut vraiment être bouché, avoir été endormi comme au chloroforme par le foetor judaïcus pour méconnaître celte vérité : que dans l'homme et la bête, c'est le principal, l'essentiel qui est identique, que ce qui les distingue, ce n'est pas l'élément premier en eux, le principe, l'archée, l'essence intime, le fond même des deux réalités phénoménales, car ce fond, c'est en l'un comme en l'autre la volonté de l'individu; mais qu'au contraire, cette distinction, c'est dans l'élément secondaire qu'il faut la chercher, dans l'intelligence, dans le degré de la faculté de connaître chez l'homme, accrue qu'elle est du pouvoir d'abstraire, qu'on nomme Raison, elle s'élève incomparablement plus haut; et pourtant, cette supériorité ne tient qu'à un plus ample développement du cerveau, à une différence dans une seule partie du corps, et encore, cette différence n'est que de quantité. » [12]

 

Ailleurs, allant plus loin, il explique, en raison de son pessimisme athée : « Un Dieu comme ce Johavah (sic), qui animi causa, pour son bon plaisir et de gaîté de cœur produit ce monde de misère et de lamentations et qui encore s'en félicite, voilà qui est trop. Considérons donc à ce point de vue la religion des Juifs comme la dernière parmi les doctrines religieuses des peuples civilisés, ce qui concorde parfaitement avec ce fait qu'elle est aussi la seule qui n'ait absolument aucune trace d'immortalité. » [13]

III. L’essence judaïque de la société selon Marx

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« L’émancipation sociale du juif,

c’est l’émancipation de la société du judaïsme. »

 

1818%20YoungerMarx.jpgMarx, beaucoup plus froidement, et avec une distance analytique qui caractérisera ses ouvrages futurs, décrivait lagws_rothschild_01-775580.jpg situation du Juif en Europe à son époque. Il est enfermé dira-t-il, dans « le trafic » et « l’argent », suscitant de par son comportement bassement vénal une inévitable caricature sociale du « judaïsme ». Vu sa place dans la société bourgeoise, le Juif incarne donc l’essence judaïque de cette société, il montre en quoi l’ensemble du système capitaliste libéral est une construction qui ne s’explique, et ne trouve d’explication que par le « judaïsme ». La société contemporaine pour Marx est une monstruosité car elle vit courbée devant le dieu Mammon, elle est érigée sous « l’empire de la propriété privée et de l’argent ».

Alexis Lacroix soutient, s’interrogeant sur le texte de Marx : « L’humanisme réel » déployé dans « La Question juive » est révolutionnaire dans ce sens qu’il fusionne une promesse d’émancipation de l’humanité avec un programme d’éradication du judaïsme – c’est-à-dire du juif dans son identité. Non pas que Marx sous-entende que, par soi, la « suppression » du juif entraînerait la fin du capitalisme. Mais un impensé organiciste anime secrètement ses diatribes : à ses yeux, protéger la communauté, c’est d’abord la protéger du juif, puisque le juif est le premier responsable du capitalisme qui la corrompt. » [14] Lacroix, relaye volontairement la thèse contemporaine selon laquelle toute critique du judaïsme est de l’antisémitisme. Ce n’est pas nouveau : le philosophe américain Dagobert Runes publiait en 1960 le texte de Marx en l’intitulant : A world without Jews (Un monde sans Juifs) de manière à faire croire que Marx était un adepte de la « solution finale ». [15]

Conclusion

LA FEUILLE 7.jpgCe discours, qui ne brille pas par son intelligence, s’empêche, concrètement, de voir ce que dénonçait exactement Marx, ce qu’il mettait en lumière dans « La Question Juive », à la suite de Schopenhauer, Hegel et Feuerbach, à savoir qu’il y a un problème interne au judaïsme qui fait de sa présence au sein de la société un facteur de corruption, puisque participant au développement non contrôlé de l’argent et des puissances usurières qui en arrivent à dominer tous les secteurs de la vie sociale.

C’est ce qu’il décrit en des lignes relativement explicites dans « La Question Juive » :

- « La ténacité du Juif, nous l'expliquons non par sa religion, mais plutôt par le fondement humain de sa religion, le besoin pratique, l'égoïsme.

 

C'est parce que l'essence véritable du Juif s'est réalisée, sécularisée d'une manière générale dans la société bourgeoise, que laLa feuille3.jpg société bourgeoise n'a pu convaincre le Juif de l'irréalité de son essence religieuse qui n'est précisément que la conception idéale du besoin pratique. Aussi ce n'est pas seulement dans le Pentateuque et dans le Talmud, mais dans la société actuelle que nous trouvons l'essence du Juif de nos jours, non pas une essence abstraite, mais une essence hautement empirique, non pas en tant que limitation sociale du Juif, mais en tant que limitation juive de la société. Dès que la société parvient à supprimer l'essence empirique du judaïsme, le trafic de ses conditions, le Juif est devenu impossible, parce que sa conscience n'a plus d'objet, parce que la base subjective du judaïsme, le besoin pratique, s'est humanisée, parce que le conflit a été supprimé entre l'existence individuelle et sensible de l'homme et son essence générique.

 

[...]

 

Nous reconnaissons donc dans le judaïsme un élément antisocial général et actuel qui, par le développement historique auquel les Juifs ont, sous ce mauvais rapport, activement participé, a été poussé à son point culminant du temps présent, à une hauteur où il ne peut que se désagréger nécessairement.

 

Dans sa dernière signification, l'émancipation juive consiste à émanciper l'huma­nité du judaïsme. » [16]

S’appuyant sur ce raisonnement, où les conditions mêmes qui pourraient entraîner la libération de la société sont nettement indiquées, la conclusion de Marx sera logiquement sans appel : « L’émancipation sociale du juif, c’est l’émancipation de la société du judaïsme. »

 

Notes.

1. En 1843, Bruno Bauer, qui venait de perdre son enseignement à l’université de Bonn en raison de ses diatribes antireligieuses, publia deux livres : La Question Juive, et L’Aptitude des juifs et des chrétiens d’aujourd’hui à devenir libres. Il s’y interrogeait sur les prétentions des juifs d’Allemagne à revendiquer leur émancipation politique.

2. K. Marx, La Question Juive, 10/18, 1968.

3. Ibid.

4. Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme, réédition en 2 volumes, coll. « Pluriel/Hachette », 1981.

5. Jean Ellenstein, Marx, Fayard, 1981.

6. Pierre Birnbaum, Géographie de l’espoir. L’exil, les Lumières, la désassimilation, Gallimard, 2004.

7. Robert Misrahi, Marx et la question juive, Gallimard, 1972.

8. W. Marr, Der sieg das Judenthum uber das Germanthum, Berne, 1879.

9. M. Stirner, Der Einzige und sein Eigenthum, 1882.

10. L. Feuerbach, L'essence du christianisme ; Arnold Ruge, Zwei Yahre.

11. A. Schopenhauer, Ethique, droit et politique,

12. A. Schopenhauer, Fondement de la morale, trad. d'Auguste Burdeau [1879], introd. et notes d'Alain Roger, Le Livre de poche, 1991, p. 194 sqq.

13. A. Schopenhauer, Parerga und Paralipomena, t. Il, chap. XII, 1874, p. 312.

14. Alexis Lacroix, Le Socialisme des imbéciles, La Table ronde, 2005.

15. H. Draper, Karl Marx’s theory of revolution, v. 1, 1977.

16. K. Marx, La Question Juive, op. cit.

 

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LA QUESTION JUIVE

 

Nous mettons à la disposition des lecteurs le dernier chapitre de conclusion de « La Question Juive » (1844), texte peu connu et rarement édité, pour les raisons que l’on imagine aisément, que Marx écrivit afin de proposer une solution à la résolution du problème posé par la présence du judaïsme à l’intérieur des sociétés modernes.

Marx n’hésite pas à mettre en relation l’aliénation et la domestication des peuples et des nations par les puissances mercantiles et usurières, et ce qu’il nommait clairement comme étant la domination universelle de « l’esprit Juif ».

On notera que ce dernier chapitre s’intitule : « la capacité des juifs et des chrétiens actuels de devenir libres ». Pour Marx, cette capacité à recouvrer la liberté passait par un unique remède qu’il n’est pas inutile de rappeler : « émanciper l’humanité du judaïsme ».

 

LA QUESTION JUIVE.pdf

 

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vendredi, 16 octobre 2009

La Sainte Inquisition : une institution nécessaire !

 

‘‘ R e c e d a n t  +  T e n e b r a e  +  P e c c a t i ’’

 

 

  

jean_paul_laurens_pape_et_inquisiteur_1882_mba_bordeaux.jpg

 

Ce Tribunal est doux et miséricordieux,

il combat le péché pour le bien des âmes,

et s’il s’entoure d’un appareil apte à frapper l’imagination,

c’est surtout pour éviter d’user de violence envers le pécheur.

 

 

 

60697_1.jpgLe télescopage de deux évènements, l’un scandaleux, soit les frasques immondes d’un ministre de la Culture etafmi.jpg de la Communication adepte du tourisme sexuel et amateur de prostitués masculins asiatiques, et la sortie en salle d’un film grotesque baptisé « Rose & Noir », film ridicule charriant à grandes eaux maladroites tous les poncifs d’une pestilentielle infra-culture dominante antichrétienne (mélange ethnique, homosexualité, haine de l’Eglise, etc.), est de nature à susciter une profitable réflexion sur ce qu’il faudrait entreprendre pour que s’engage un possible recul des ténèbres actuelles dans lesquelles s’enfonce un monde en perdition, ténèbres infectes qui sont en fait, concrètement, celles du péché  !

 

 

inquisition_p50.jpgEn effet, les vomissures abjectes qui s’exposent à la « une » des journaux, radios et télévisions, ne sont pas sans devoir nous pousser à entreprendre une interrogation approfondie à propos de la place fantastique prise par ces dites « ténèbres du péché » au sein de la cité d’aujourd’hui. A ce titre, ce n’est sans doute pas pour rien que sous l’Ancien Régime, à l’intérieur duquel la séparation fatale entre le religieux et le politique n’était pas encore advenue, on n’hésitait pas à livrer au Tribunal de l’Inquisition et soumettre à « La Question » quiconque pouvait être suspect de répandre les germes fétides de la corruption à l’intérieur de la société. Rappelons que le châtiment pour le coupable consistait le plus souvent en une mise au « pilori », devenant ainsi par dérision, l’objet de la honte publique - le fautif, sous un accoutrement grotesque étant flétri par les rires, les quolibets et les sarcasmes du peuple. Telle était la raison de la tenue de l’hérésiarque, rendue célèbre par Goya, avec laquelle étaient justement exhibés les pécheurs.

 

I. Les bienfaits de la Sainte Inquisition

 

 

inquisiteur.jpgJoseph de Maistre (1753-1821), le génial penseur de la contre-révolution catholique, à une époque de décadence quipreview_small.jpg accouchera du fruit empoisonné de la Révolution de 1789, le XVIIIe siècle, époque pervertie pas si éloignée de la nôtre du point de vue moral qui, de plus en plus, n’en comprenait plus le rôle, l’importance et la nécessité, exposa clairement les avantages des châtiments inquisitoriaux, et la place fondamentale du Tribunal de la Sainte Inquisition :

 

- « […] Il n’y a rien de si juste, de si docte, de si incorruptible que les grands tribunaux espagnols de la sainte Inquisition, et si, à ce caractère général, on ajoute encore celui du sacerdoce catholique, on se convaincra, avant toute expérience, qu’il ne peut y avoir dans l’univers rien de plus calme, de plus circonspect, de plus humain par nature que le Tribunal de l’Inquisition. » [1]

 

 

goya_inquisition.jpg

 

On ne devrait pas hésiter à livrer au Tribunal de l’Inquisition

et soumettre à « La Question » ceux qui répandent

les germes fétides de la corruption à l’intérieur de la société !

 

 

 

Pourquoi n’y a-t-il rien de plus calme, de plus humain par nature que ce saint Tribunal ? Maistre nous l’explique :

 

- « Dans ce tribunal établi pour effrayer l’imagination, et qui devait être nécessairement environné de formes mystérieuses et sévères pour produire l’effet qu’en attendait le législateur, le principe religieux conserve néanmoins toujours son caractère ineffaçable. Au milieu même de l’appareil des supplices, il est doux et miséricordieux, et parce que le sacerdoce entre dans ce Tribunal, ce Tribunal ne doit ressembler à aucun autre. En effet, il porte dans ses bannières la devise nécessairement inconnue à tous les tribunaux du monde : ‘‘MISERICORDIA ET JUSTITIA’’. » [2]

 

Oui, ce Tribunal est doux et miséricordieux, il combat le péché pour le bien des âmes, et s’il s’entoure d’un appareil apte à frapper l’imagination, c’est surtout pour éviter d’user de violence envers le pécheur. Le comte chambérien poursuit :

 

 

- « La miséricorde siège donc avec la justice et la précède même: l’accusé traduit devant ce tribunal est libre de confesser sa faute, d’en demander pardon, et de se soumettre à des expiations religieuses. Dès ce moment le délit se change en péché, et le supplice en pénitence. Le coupable jeûne, prie, se mortifie. Au lieu de marcher au supplice, il récite des psaumes, il confesse ses péchés, il entend la messe, on l’exerce, on l’absout, on le rend à sa famille et à la société. » [3]

 

Ce traitement conféré par la Sainte Inquisition, n’était-il pas préférable à cet étalage impudique des crimes auquel on assiste de nos jours ? Le repentir sincère du coupable, entendant la messe, rendu à sa famille après s’être purgé de ses péchés, n’était-il pas un signe exemplaire de la miséricorde de l’Eglise et un témoignage frappant de ce que pouvait faire le Ciel pour laver l’âme du pécheur ?

 

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Le martyr de l’Inquisiteur, saint Pedro de Arbués,

assassiné par les Juifs en 1485 alors qu'il était en prière,

canonisé par le pape Pie IX en 1867.

 

 

 

 

II. Tragique corruption de la signification du péché

 

192-Torquemada_preview.jpgCertes, on considèrera que les temps sont révolus pour de telles pratiques, qui ont pourtant fait leurs preuves, et qu’il6270.jpg convient en notre siècle d’impunité généralisée, de juger sévèrement les obscurs contrevenants, de punir de façon inflexible « les petits, les sans grades, les oubliés de la vie » [4], et d’absoudre les puissants, donnant un spectacle révoltant qui encourage à la ruse, au mensonge, à la tromperie, à la dissimulation et conduit au mépris définitif de l’autorité. Comprenne qui pourra ?

 

Ce qui nous importe, par delà ces évidentes disparités du lamentable désordre laïc et républicain, c’est le constat que l’on peut établir, au regard de la hideuse peinture que la société moderne donne d’elle-même et place sous nos yeux étonnés, à savoir que le péché est devenu un état de normalité ! La faute est à présent admise et regardée comme participant d’un ordre habituel. Or, le péché, le monde l’oublie volontairement, est intrinsèquement lié au règne des ténèbres. Il est le signe de la domination de l’infection corporelle, psychique et spirituelle. Il est la marque de l’Adversaire ; sa signature directe !

 

Mais ces ténèbres du péché, demanderont certains, quelles sont-elles véritablement ? Que sont réellement ces marques de la réprobation et du mal ? Comment distinguer et purger socialement les affres de la décadence des mœurs, éradiquer les vices et mettre fin, ou du moins sérieusement limiter l’exploitation industrielle des émois et des palpitations irrationnelles de la chair ? Disposons-nous effectivement d’une analyse capable d’éclairer les cœurs et les intelligences sur ces sujets fondamentaux, autre que celle proposée par l’Eglise ?

 

Evidemment, d’innombrables ouvrages emplissent, jusqu’à les saturer, les rayons des bibliothèques, et l’interrogation, placée à la racine matinale de la pensée, ne cesse de traverser l’esprit des penseurs depuis l’aube des temps, en particulier s’agissant du mal et de son traitement. Cependant, hélas ! nous assistons de plus en plus aujourd’hui à une hideuse transformation juridique, comportementale, littéraire et même religieuse sous l’influence des normes empuanties du monde qui se sont introduites à Rome sous la force de l’esprit de Vatican II, de l’authentique doctrine du péché.

 

Schopenhauer.jpgLes études, les thèses, les ouvrages publiés depuis plusieurs décennies, tendent vers une sorte de verbiage superficielnietzsche.jpg dénué de substance essentielle, transformant la pensée en de mauvais romans pour kiosque de gare. Dans la sphère non religieuse, on ne compte plus en philosophie, chez les auteurs à la mode, les pénultièmes dissertations sur Spinoza, Schopenhauer, l’inévitable Nietzsche, Sartre, Ricoeur, Deleuze, Lévinas, etc., toujours et encore ressassant les mêmes sempiternelles banales balivernes, dont l’unique objet est de peindre les émois, les doutes et les petites peines existentielles, des éternels étudiants assistés, narcissiques victimes consentantes de la modernité.

 

La religion, sachant qu’il n’y en a qu’une qui puisse revendiquer cette dénomination, à savoir la sainte religion chrétienne (héritière de la Révélation primitive et du mosaïsme biblique elle seule reçoit son origine d’une source pure et divine faisant d’elle la Tradition au sens authentique et surtout générique du terme), reste donc le domaine, alors que l’ensemble de la réalité sociale, économique et politique, est soumise à une terrible réification, encore en mesure d’autoriser une réflexion essentielle sur l’homme, soit celle de son rapport au religieux.

 

Toutefois elle aussi, par l’effet des mouvements de mode et de la fluctuation des tendances, est devenue l’objet des esthètes oisifs et des vanités bavardes désoeuvrées qui peuplent les salons où flottent surtout en guise de pieuse odeur, avec insistance, non l’encens avec lequel on devrait honorer le Créateur dans le secret des chapelles, mais celle du de tabac froid et de la morne non-pensée. Elle est devenue « tendance », fait vendre des livres, et l’on porte le catholicisme en ville chez certains très mauvais scribouillards qui ont pour noms Sollers, Hadjadj, Dantec, etc., comme une marque de puant snobisme.

 

III. Le nécessaire retour au catholicisme de combat

 

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Le cardinal Fernando Nino de Guevara

(Greco)

 

Grand inquisiteur puis archevêque de Séville.

 

 

473px-El_caballero_de_la_mano_en_el_pecho_(2008).jpgIl est donc vital de mettre en œuvre une démarche nouvelle, d’effectuer, en rompant avec les schémas obsolètes de la modernité, une reprise ontologique du domaine sacré, non par une nouvelle « pause » mondaine à la futilité passagère, mais par une étude attentive des pervers fondements de l’exécrable monde héritier des fruits mortifères de la Révolution. L’installation de la corruption généralisée que nous connaissons : effondrement des valeurs, dégradation des mœurs, perte du sens de la religion, négation du caractère sacré de l’enfant, etc. Tout cela représente un tel naufrage, qu’il faut, à l’évidence, un certain équilibre pour éviter d’être saisi par un puissant vertige, mais surtout une authentique virilité spirituelle pour réagir en Chevalier chrétien ! [5]

 

Ce n’est pas pour rien que l’ultime modèle dont s’est doté ce système satanique pour conduire son œuvre de perdition généralisée, est le libéralisme qui étend avec une efficacité redoutable son règne sur l’ensemble de la planète [6]. Sans que l’on n’y prenne garde et quasi invisiblement alors que beaucoup l’ignorent (le marxisme, frère jumeau du libéralisme en tant que système politique a quasi disparu, ou est en voie de disparition), l’idéologie libérale s’est généralisée au sein d’un monde qui ne pense qu’en termes d’évolution, de devenir, de plaisir, de jouissance, de légèreté des mœurs, de satisfaction immédiate, de frénésie licencieuse.

 

a) L’enfer du libéralisme

 

Pour la société libérale, l’individu, détaché et coupé de son « être historique », est le sujet-objet vivant, enchaîné à la nécessité techno-industrielle, financière et consumériste, devenant une abstraction, un rouage finalisé du mécanisme mondial de production et de valorisation. Le devenir technique et monétaire du monde, a arraché, et arrachera l'homme à toute assise stable, le réduira au simple rang d'objet, plongé de gré ou de force dans le mouvement historique du devenir spéculatif, technique et hédoniste.

 

L'humanité, il est vrai, se meurt depuis toujours, ou du moins depuis la Chute, dans le fétichisme qui constitue son mode aliéné d'existence et de conscience. Les objets de la production, s'opposent donc fatalement à l'homme comme un être étranger, comme une puissance indépendante, et il est donc vital que la réflexion critique, qui est une tâche de la métaphysique comme de la philosophie véritable, puisse partir, en mettant à la question la conception libérale de l’homme, de l'existant, de « l'être-là » (Dasein), rivé et jeté au monde, qui sans l’apport de la Révélation, serait dans une situation de délaissement moral absolument total et tragique.

 

b) Sagesse d la société traditionnelle d’Ancien Régime

 

La société traditionnelle n’était donc pas pour rien profondément religieuse, car l’essence de l’homme, faute d’une raison suffisante et d’un discernement des causes, ne peut se penser, se comprendre, s’interpréter, que par l’entremise de la Révélation qui est à la fois un don et une grâce. On perçoit ainsi pourquoi, souhaitant abattre la civilisation d’Ancien Régime, la modernité s’est tout d’abord, et en priorité, attaquée à la religion ; le laïcisme et la déchristianisation devenant le cri de guerre d’un monde désireux d’en finir avec les anciens cadres spirituels.

 

C’est pourquoi, toute tentative de dénonciation des valeurs erronées de la modernité, comme d’une remise en lumière des vérités du christianisme, doit et ne peut passer, que par une dénonciation des conceptions démiurgiques du libéralisme.

 

IV. En finir avec l’humanisme athée

 

Feuerbach.jpgOn trouve la meilleure formulation de la conception matérialiste qui peu à peu s’est imposée, chez Feuerbach (1804-1872) qui affirma : « le secret de la théologie c'est l'anthropologie » [7]. Le pari de l'athéisme humaniste porta de ce fait sur l'homme, et sur l'homme uniquement, car dans cette conception il était impossible de pouvoir accéder à Dieu. Ainsi l'humanisme feuerbachien s’est placé au sein d'une problématique nominaliste qui ne cessa de préoccuper la théologie protestante, soit la question du « pro me, pro nobis » de Luther, d’un Dieu existant que pour autant qu'il existe pour nous. Les théologiens protestants, et à leur suite les théologiens modernistes catholiques qui imposèrent leurs thèses lors du dernier concile, se sentiront d'autant plus attirés par l'humanisme feuerbachien que celui-ci se situera dans une sorte de prolongement de Luther, voilà pourquoi Hans Ehrenberg, Karl Heim et Karl Barth lui reconnaissent aujourd'hui d'avoir posé le problème religieux au niveau où il doit se situer pour eux, c'est-à-dire ni au niveau historique, ni au niveau philosophique ou métaphysique, ni théologique, mais au niveau des aspirations humaines.

 

Feuerbach lui-même soulignera que sa tentative de transformer la théologie en anthropologie (c'est-à-dire de redécouvrir l'homme sous lesLuther.jpg revêtements de la divinité), rejoignait les efforts de la théologie luthérienne : « Le mode religieux ou pratique de cette humanisation fut le protestantisme, dit-il, seul Le Dieu qui est homme, le Dieu humain, le Christ, est le Dieu du protestantisme. Le protestantisme ne se préoccupe plus, comme le catholicisme, de ce qu'est Dieu en lui-même, mais seulement de ce qu'il est pour l'homme ; aussi n'a-t-il plus de tendance spéculative ou contemplative, comme le catholicisme ; il n'est plus théologie - il n'est que christologie, c'est-à-dire anthropologie religieuse ». [8]

 

Or cette œuvre de la nature, précisément, est pour la pensée moderne, dissimulée par le discours religieux, qui s'oppose fatalement à l'homme comme un être étranger, comme une puissance indépendante, d’où la célèbre formule de Marx : « la religion c'est l'opium du peuple » [9]. Brutale affirmation qui donna lieu à de nombreuses, et souvent inexactes interprétations. Pour Marx, dont finalement l’athéisme contemporain est largement redevable, l'essence d'une critique du fait religieux s'enracine dans une volonté d’émancipation de l’homme. Emancipation de ses besoins afin de parvenir, car il ne peut en être autrement, à une satisfaction de ses désirs les plus secrets.

 

V. Les fruits pervers de la liberté

 

inquisition-01.jpgCette émancipation, après deux siècles d’éloignement à l’égard de la religion, nous en mesurons à présent les terribles effets. Ainsi donc, commedamned_inquisition_hi.jpg nous le savons, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère depuis que l’humanité, incapable de se diriger de par une dégradation de ses facultés, est victime de ses passions et soumise à ses vices. Il faut, dès lors, que s’impose à tous un ordre, un Ordre qui soit d’Eglise car elle seule possède une essence divine, les hommes étant incapables de forger par eux-mêmes une loi qui soit juste, bonne et raisonnable.

 

Dans ces conditions, s'il ne peut y avoir de politique naturelle fondée en raison, s'il n'est pas possible d'instaurer une organisation de la société basée sur l'enseignement conféré par les lumières de l'intelligence que faut-il faire ? Tout simplement convenir, sans délai, de l'incapacité des moyens humains, des projets collectifs, des ambitions temporelles car, « aucune institution n'est solide ni durable si elle ne repose que sur la force humaine : l'histoire et le raisonnement se réunissent pour démontrer que les racines de toute grande institution sont placées hors de ce monde... Les souverainetés surtout n'ont de force, d'unité et de stabilité qu'en proportion qu'elles sont divinisées par la religion. » [10] Insupportable affirmation ? Inacceptable humiliation des facultés ? Mépris des causes secondes ? Dépréciation scandaleuse des possibilités contenues en l'homme ? Oui ! sans aucun doute. Car la force des souverainetés, la puissance du pouvoir, ne proviennent que d'en Haut, « ... cette force, c'est le Nom sur lequel les institutions reposent ; car rien n'est que par Celui qui est. » [11]

 

Le monde moderne accélère sa course démentielle vers une désorientation de plus en plus marquée et évidente, une société profane et apostate à l’égarement nauséabond, à présent dépourvue et vidée de toute dimension sacrée depuis la terrible Révolution satanique et antichrétienne de 1789, se précipite vers un abîme qui prend le visage de l’ignoble décadence contemporaine, le siècle étant entièrement livré aux mains des puissances de l’Enfer.

 

Conclusion

Théocratie.jpg
 
"Toutes les fois que vous verrez une grande institution,

approuvez tout sans balancer,

et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance,

en vous présentant une démonstration complète

du mérite de toutes ces choses."

 

 

PiusV.jpgLa Tradition catholique n’est pas de l’archéologie, les chrétiens doivent avoir l’esprit tourné vers le futur, tout en sachantjoseph_hd.jpg qu’une force lancée en avant avec courage doit prendre appui sur un socle antérieur solide. Ce socle, c’est la Tradition ! “Que m’importe le passé en tant que passé, s’écriait Gustave Thibon, ne voyez-vous pas que, lorsque je pleure sur la rupture d’une tradition, c’est surtout à l’avenir que je pense ? Quand je vois pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs qui demain sécheront faute de sève.” Telles sont donc les raisons de maintenir et défendre ardemment les éléments de la Tradition.

C’est pourquoi, à la faveur de la contre-révolution qui s’impose, réveillons les institutions salutaires, espérons, avant qu’il ne soit trop tard, pour que l’Histoire accorde un temps de redressement après les périodes ténébreuses que nous traversons. Prions pour le retour de la Sainte Inquisition !

Ecoutons, en conclusion, les précieux conseils de Joseph de Maistre, conseils qui peuvent nous être très utiles dans cette œuvre salvatrice de contre-révolution catholique que nous devons entreprendre pour sauver la France :

 

« L’Inquisition est en soi une institution salutaire,

qui a rendu les services les plus importants,

et qui a été ridiculement et honteusement calomniée

par le fanatisme sectaire et philosophique […]

je ne conseillerais jamais à une nation de changer ses institutions antiques,

qui sont toujours fondées sur de profondes raisons,

et qui ne sont presque jamais remplacées par quelque chose d’aussi bon.

 

Rien ne marche au hasard, rien n’existe sans raison.

L’homme qui détruit n’est qu’un enfant vigoureux qui fait pitié.

 

Toutes les fois que vous verrez une grande institution ou une grande entreprise

approuvée par les nations,

mais surtout par l’Église, comme la chevalerie, par exemple, les ordres religieux,

mendiants, enseignants, contemplatifs, missionnaires, militaires, hospitaliers, etc.;

les indulgences générales, les croisades, les missions, l’Inquisition, etc.;

approuvez tout sans balancer,

et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance,

en vous présentant une démonstration complète du mérite de toutes ces choses.

Je vous l’ai dit plus haut, Monsieur, et rien n’est plus vrai :

la violence ne peut être repoussée que par la violence ». [12]

 

 

Escudo_inquisicion.gif

 

+

 

« MISERICORDIA ET JUSTITIA »

 

 

180px-PeterArbues.jpg

 

Saint Pedro de Arbués (1441-1485)

 

Inquisiteur provincial pour le royaume d'Aragon

avec la couronne et la palme du martyr.

 

 

Notes.

 

1. Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, 1815.

 

2. Ibid.

 

3. Ibid.

 

4. N. Sarkozy, Discours au soir de son élection présidentielle, mai 2007.

 

5. On pourra être saisi d’écoeurement à la lecture d’un éditorial intitulé : "Eviter Massada" dans la très conciliaire revue La Nef du très couard Jacques de Guillebon, lorsqu’à l’initiative de jeunes volontés s’était constitué il y a quelques mois un mouvement visant à s’opposer, par la force si besoin, aux actions des immondes crapules d’Act Up qui voulaient salir la Papauté suite aux déclarations de Benoît XVI.

6. En tant que doctrine constituée, le libéralisme a été radicalement censuré et condamné par l’Eglise, qui l’a qualifié sous les termes de « rationalisme » et de « naturalisme » - la condamnation la plus explicite de cette hérésie figure dans la Constitution « De Fide » du Concile de Vatican I, en 1870.

7. L. Feuerbach, L'Essence du Christianisme, FM/Fondations, 1982.

 

8. Ibid.

 

9. K. Marx, Contribution à la Critique de la Philosophie du Droit de Hegel, Molitor, 1976. La véritable accusation portée contre la religion par Marx, estmarx.gif que l'homme de par l'emprise du concept religieux aliène, oublie son rôle dans l'oeuvre historique de son émergence sur la scène de l'Histoire. En ce sens il n'y a pas de séparation entre la pensée du jeune Marx et l'auteur du Capital, car entre le philosophe et l'économiste politique continue d'agir la critique historique, voilà pourquoi le matérialisme chez Marx présente une spécificité originale le rendant extrêmement différent de l'humanisme athée. Cette originalité distingue le matérialisme historique, en tant que conception et compréhension du développement de l'homme dans l'Histoire comme moteur de son propre devenir, de toute forme classique de la critique antireligieuse. La religion chez Marx est ainsi critiquée, sous un aspect peu connu, elle est accusée de séparer, de masquer l'essence créatrice de l'homme, d'organiser le « mensonge » social et historique. Dès 1844, Marx établira d'ailleurs une relation entre le « trafic », la fraude et la religion ; il met à jour, comme Nietzsche, une filiation sur ce point entre le judaïsme et le christianisme : « le fondement socio-économique du judaïsme est le commerce et l'usure, le culte temporel des juifs -le trafic- et leur dieu temporel l'argent- sont des projections fétichistes (...) la religion judaïque est la forme spiritualisée du commerce, en ce sens le christianisme est la pensée sublime du judaïsme, le judaïsme est la mise en pratique du christianisme » (K. Marx, La Question Juive, Aubier Montaigne, 1971.) Le christianisme, selon Marx, achève de séparer l'homme de l'homme, de masquer le véritable procès de son auto-émergence créatrice dans l'histoire, voilà pourquoi :  « la religion est la réalisation fantastique de l'essence humaine, parce que l'essence humaine c'est de ne pas avoir d'essence » (K. Marx, Manuscrits de 1844, Ed. Sociales, 1962.) La religion voile l'historicité fondamentale de l'être humain, voile le fait qu'il se crée, qu'il se forme, qu'il se produit par son action créatrice, qu'il constitue son « monde », en édifiant le monde. L'homme dans son action, dans sa praxis créatrice connaît les choses en agissant, il agit sur elles, il les transforme ; et sa connaissance « réfléchit », tel le miroir de Nicolas de Cuse, les principes créateurs de sa pensée. L'homme connaît le monde en créant son monde humain : en se créant. Pour Marx la « matière » est impliquée dans l'activité sensible, productrice et transformatrice de la praxis. Tant que le matérialisme se réduit à l'affirmation de la chose isolée (ce caillou, cet arbre etc...), il les comprend abstraitement, le matérialisme historique de Marx retrouve l'unité vivante de la relation, du nexus, dépassant en cela le vieux matérialisme et l'idéalisme religieux. En réalité Marx cherchera à rendre à la pensée sa force active celle qu'elle avait avant la séparation de la conscience et du travail, lorsqu'elle était directement liée à la pratique. « L'acte qui posa la pensée humaine et sépara l'homme de l'animal et de la nature fut un acte pleinement créateur, bien qu'il ait abouti à la scission interne de la réalité humaine. Il s'agit de retrouver, à un niveau supérieur, cette puissance créatrice totale » (H. Lefebvre, Le Matérialisme Dialectique, PUF, 1962.) En édifiant son système philosophique, Marx critiquera toutes les théories matérialistes antérieures qui n'ont pas saisi dans la réalité extérieure la matérialisation de l'activité humaine : « le principal défaut des matérialistes (et surtout Feuerbach), dit Marx, a toujours été de ne voir dans l'objet, dans la réalité, qu'une perception des sens et non ce qu'il contenait de réalité humaine, sensible. Si Feuerbach admet bien que les objets matériels soient distincts des objets de la pensée, il ne comprend pas ce que l'activité humaine a, en elle-même, d'objectif » (K. Marx, L'Idéologie Allemande ).

 

10. J. de Maistre, Réflexion sur le protestantisme dans ses rapports avec la Souveraineté.

 

11. J. de Maistre, Considérations sur la France, chap. V.

 

12. 01.jpgJ. de Maistre, op. cit. La suite de cette Lettre sur l’Inquisition est intéressante, décrivant exactement la manière dont les esprits sont pervertis : « On y pensera au milieu du siècle le plus irreligieux, lorsque personne ne songe à faire des fondations, et que tous les souverains semblent se concerter pour spolier l’Église au lieu de l’enrichir. C’est ainsi que la souveraineté est la dupe éternelle des novateurs, et que les nations se jettent dans l’abîme, en croyant atteindre une amélioration imaginaire, tandis qu’elles ne font que satisfaire les vues intéressées et personnelles de ces hommes téméraires et pervers. La moitié de l’Europe changera de religion pour donner une femme à un prêtre libertin, ou de l’argent à des princes dissipateurs; et cependant le monde ne retentira que des abus de l’Église, de la nécessité d’une réforme et de la pure parole de Dieu. On fera de même des phrases magnifiques contre l’Inquisition, mais cependant les avocats de l’humanité, de la liberté, de la science, de la perfectibilité, etc., ne demandent, dans le fond, pour eux et leurs amis, que la liberté de faire et d’écrire ce qui leur plaît. Des nobles, des riches, des hommes sages de toutes les classes, qui ont tout à perdre et rien à gagner au renversement de l’ordre, séduits par les enchanteurs modernes, s’allient avec ceux dont le plus grand intérêt est de le renverser. Inexplicables complices d’une conjuration dirigée contre eux-mêmes, ils demandent à grands cris pour les coupables la liberté dont ceux-ci ont besoin pour réussir. On les entendra hurler contre les lois pénales, eux en faveur de qui elles sont faites, et qui abhorrent jusqu’à l’ombre des crimes qu’elles menacent. C’est un délire dont il faut être témoin pour le croire, et qu’on voit encore sans le comprendre. » (Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Lettre VI.)

 

 

02:14 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : inquisition, église catholique, histoire, espagne |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 11 octobre 2009

L’apostasie du dialogue interreligieux !

ou  L’Eglise et les religions non-chrétiennes

 

 

 

 

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Une terrible lame de fond au sein de l’Eglise d'après Vatican II

par les vertus du dialogue interreligieux,

 se dirige vers la reconnaissance officielle

de l'idolâtrie et du pluralisme spirituel.

 

 

« Vous serez haïs de toutes les nations

à cause de mon Nom. »

(Matthieu 24, 9).

 

« Celui qui ne croit pas est déjà jugé. »

(Jean 3, 18),

 

 

 

alien-queen-kali-cobra-sex-death1.gifLe débat théologique de nos jours, quittant peu à peu la sphère sociale et politique, sphère qui futbabel2-thumb.jpg  dominante au XXe siècle en raison de la faveur dont bénéficièrent les thèses néo-marxistes au sein de la théologie dite de la « libération » et des divers courants qui s’en inspirèrent ou qui voisinèrent, avec plus ou moins de distance, avec ses principaux thèmes, ce débat donc semble s’être déplacé, mondialisation oblige, sur le terrain plus spécifiquement religieux et se concentrer sur la question de la place et du rôle effectif du christianisme vis-à-vis des autres traditions de l’humanité.

 

C’est à partir de la conviction que plus aucune religion, à l’intérieur d’une société fondée sur les échanges et les relations multipliées entre les peuples de la planète, ne peut se penser comme étant seule détentrice de la vérité, que certains théologiens contemporains tentent de réorienter l’ancien discours apologétique classique en lui faisant prendre un virage radical afin d’établir une sorte d’équivalence entre le christianisme et les autres traditions religieuses qui devraient tous bénéficier d’un égal respect sous prétexte que Dieu souhaita établir une « humanité plurielle ». Nous allons voir en quoi cette thèse fallacieuse, représente l’une des principales menaces spirituelles des temps à venir.

 

 

I.                   Le relativisme

 

frontcover.jpgOn ne s’étonne plus aujourd’hui dans les milieux conciliaires, qu’un théologien anglais comme John Hick, dans sa logique9782204080279.gif ultra relativiste, en vienne à soutenir que le christianisme n’est qu’une forme d’expression parmi bien d’autres d’un identique mystère, une réponse localisée de la « même Réalité divine, qui a surgi à des moments différents et dans des cultures différentes de l'histoire de notre monde ». Chez d’autres, parmi lesquels on peut citer : Claude Basset, Dominique Cerbelaud, Jacques Dupuis [1], Claude Geffré [2], Pierre Grelot, Raimondo Panikkar, Edward Schillebeeckx ou encore Charles Taylor, on sent de même, derrière les délicates précautions dont on s’entoure pour ne point heurter trop frontalement les fondements de la vieille théologie, cherchant à donner, dans des textes se signalant par leur intensif usage de la circonvolution argumentaire des signes répétés d’orthodoxie en ne franchissant pas trop vite la ligne rouge qui consisterait à ne plus reconnaître en Jésus-Christ l’unique Sauveur de l’humanité, une tendance, pour ne pas dire une lame de fond, se dirigeant inexorablement vers l’établissement, par les vertus du dialogue interreligieux, d’un pluralisme spirituel dans lequel sont appelées à cohabiter, en un climat irénique, l’ensemble des traditions d’un monde pluriel.

 

De nombreux ouvrages depuis plusieurs années défendent avec enthousiasme les thèses caractéristiques du dialogue interreligieux, et les mêmes arguments, à travers l’ensemble de cette littérature à visée théologique, font l’objet de longs développements prenant souvent la forme de vibrantes plaidoiries en faveur de l’ouverture en direction des « lumières » présentes dans les religions non-chrétiennes.

 

_wsb_391x484_asissiII.jpgSi se sont principalement distingués dans cet exercice John Hick déjà cité, signalons également un livre de  Gérard Leroy, qui fut un temps le Secrétaire Général de la section française de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix, livre préfacé par le dominicain Claude Geffré et publié en 2002 aux Editions Salvator sous le titre  : Le salut au-delà des frontières, représentatif de l’actuel courant de pensée évoqué, offrant un parfait résumé de ses principales positions caractéristiques, les exposant avec un style clair et un évident souci de la mise en conformité des thèses contemporaines et des principales affirmations du christianisme, non sans postuler, au détour de certaines pages, des propositions pour le moins surprenantes relativement représentatives des grandes lignes soutenues, avec quelques nuances selon les auteurs, par les partisans de l’ouverture à l’égard des religions non-chrétiennes, ce qui nous donnera l’occasion d’examiner les dangereuses dérives de l’actuel dialogue interreligieux.

 

 

II. Signification de la diversité religieuse

 

 

arton209.jpgD’entrée Claude Geffré, visiblement emporté par un certain optimisme peu conforme à l'enseignement deimage010.jpg l'Ecriture, ne se souvenant plus de la raison qui conduisit l’Eternel à noyer toute chair sur la terre lors du Déluge et à disperser et confondre l'humanité après l'épisode de la Tour de Babel, faisant qu'aujourd'hui encore les hommes soient divisés en nations distinctes, en  traditions et langues différentes, considère que le miracle de la Pentecôte, alors que celui-ci eut pour mission, certes de réunir de nouveau les créatures quittant les erreurs de leurs fausses croyances idolâtres et les égarements des religions païennes qu'ils s'étaient forgés, mais en un peuple réconcilié et sanctifié « par » et « dans » le Christ : « (...) atteste  que dès l'origine, le rêve de Dieu en créant l'homme est d'écrire une histoire où une humanité plurielle a pour vocation de bénir le nom de Dieu dans l'infinie diversité des cultures et des religions » [3], allant jusqu'à prétendre que cette diversité, qui est positivement la marque distinctive du châtiment infligé par l'Eternel à une humanité insoumise et révoltée : «(...) correspond à un mystérieux dessein de Dieu » [4].

 

 

 

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Selon les vues hérétiques de Claude Geffré :

« le rêve de Dieu est d'écrire une histoire où une humanité plurielle

a pour vocation de bénir le nom de Dieu

dans l'infinie diversité des cultures et des religions. »

 

 

 

image003-full.jpgOn mesure mieux ce que cette idée, c'est-à-dire qu'il puisse résider derrière la diversité des religions un « unique dessein debrahma.jpg Dieu », outre qu'elle soit scandaleusement fausse et inexacte sur le plan de la vérité doctrinale car l'injonction de Genèse I, 28 : « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre », faite à Adam avant la Chute, et la bénédiction post-diluvienne : « Et Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit : Fructifiez et multipliez et remplissez la terre » (Genèse 9, 1), n'ont jamais été une invitation à la diversité religieuse, bien au contraire, peut avoir de redoutable en matière de foi, et en quoi elle est de nature à aisément conduire à un effectif relativisme aux désastreuses conséquences, car elle est tout simplement négatrice et oublieuse du fait que le monde dans lequel nous nous trouvons n'est pas dans l'état qui était originellement le sien, monde abîmé par le péché d'Adam et maudit à cause de lui : « Maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras en travaillant péniblement tous les jours de ta vie. Et il te fera germer des épines et des ronces... » (Genèse 3, 17-18), puis souillé par le crime de Caïn, noyé lors du Déluge et séparé en trois parties (les fils de Noé : Sem, Cham et Japhet, issus de la même famille, donnent naissance, pour l'un aux ancêtres d'Israël, pour le second aux hommes réprouvés ennemis du peuple de Dieu, et le troisième aux gentils [5]), et enfin divisé en langues multiples après Babel (Genèse 11, 1-9), d'où ce rappel formel des Ecritures : «N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. » (1 Jean 2,15) ; « Quiconque donc voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu. » (Jacques 4, 4).

 

Niceasie3.jpg
« Tous les dieux des peuples sont des idoles ! »
(Psaume 96, 5)

 

crane.jpgAinsi affirmer comme le fait, à la suite de Claude Geffré, Gérard Leroy: «... le pluralisme de principe correspond à un dessein de Dieu » [6], participe d'une profonde erreur spirituelle et d'un réel refus d'admettre ce que nous dit la Révélation, sachant que l'humanité noachide était « une » jusqu'à l'épisode de Babel, bien que répartie en trois ensembles formant une même famille, c'est-à-dire constituant un « seul peuple » ayant la même langue, participant de la même tradition et communiant de la même religion : « Et toute la terre avait une seule langue et les mêmes paroles. (...) Et l'Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l'Eternel dit : Voici, c'est un seul peuple, et ils n'ont, eux tous, qu'un seul langage, et ils ont commencé à faire ceci ; et maintenant ils ne seront empêchés en rien de ce qu'ils pensent faire. Allons, descendons, et confondons là leur langage, afin qu'ils n'entendent pas le langage l'un de l'autre. Et l'Eternel les dispersa de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C'est pourquoi on appela son nom Babel, car là l'Eternel confondit le langage de toute la terre ; et de là l'Eternel les dispersa sur la face de toute la terre. » (Genèse 11, 1 ; 5-9).

 

III. La multiplicité : conséquence du châtiment divin 

 

apocalypto.gifLa multiplicité est donc bien, loin des gratuites affirmations des modernes avocats du dialogue interreligieux et malgré leurs peu convaincants arguments, une conséquence directe du châtiment divin : « le changement et la multiplication des langues ont été une peine du péché » [7], un douloureux effet de l'entreprise babélienne qui ne verra sa résolution qu'à la fin des temps seulement où l'Eternel, par son action, rassemblera en une seule nation et une seule langue tous les peuples, il importe de le signifier aux chantres du pluralisme éternel, faisant une nouvelle terre et de nouveaux cieux pour une humanité également nouvelle : «Le temps est venu de rassembler toutes les nations et les langues ; et elles viendront et verront ma gloire. (...) Car, comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre que je fais, subsisteront devant moi, dit l'Eternel, ainsi subsisteront votre semence et votre nom » (Isaïe 66, 18 ; 22) ; « Car alors, je changerai la langue des peuples en une langue purifiée, pour qu’ils invoquent tous le Nom de l’Éternel pour le servir d’un seul cœur.» (Sophonie 3, 9).

 

 

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La multiplicité est une conséquence directe

du châtiment divin :

 

 "Les choses que les nations sacrifient

elles les sacrifient à des démons et non pas à Dieu"

 

 

YoniYogini_8.jpgC'est donc toujours la même faute qui est reproduite, la constante minimisation des traces du péché, pour ne pasMaha KALI.jpg dire le refus obstiné d'admettre que le monde dans lequel nous nous trouvons n'est pas du tout celui qui fut voulu par Dieu, ce dernier, rappelons-le au moment de l'injonction divine : « soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre », ne connaissait originellement ni le péché, ni la mort, ni la maladie, ni la division, ni le crime, ceci expliquant pourquoi la réalité existentielle que nous subissons pour notre pénible honte, résultant d'un dégradation survenue à la suite des actes malsains, répétés et reproduits de génération en génération, d'une humanité insoumise, est à présent dans un état de profonde corruption, ainsi que le martèle avec une souveraine lucidité l'apôtre Paul face à l'hédoniste aveuglement des païens : « Car nous savons que toute la création ensemble soupire et est en travail jusqu'à maintenant ; et non seulement elle, mais nous-mêmes aussi qui avons les prémices de l'Esprit, nous aussi nous soupirons en nous-mêmes attendant l'adoption, la délivrance de nos corps. » (Romains 8, 22-23).

 

IV. Oubli de ce que représente l’élection d’Abraham

abraham-isaac.jpg
« C'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence.
Il ne dit pas : ''et aux semences'' comme parlant de plusieurs ;
mais comme parlant d'un seul : - qui est le Christ. »
(Galates 3, 16)

 

Dès lors, chercher à faire correspondre la tentative de Dieu de préserver le dépôt de la sainte Tradition au milieu de la grande confusionelijah_baal.jpg religieuse qui fit suite à l'épisode de Babel, en se constituant en Abraham un peuple, qui fut positivement séparé, « extrait » de la perversion spirituelle générale : « Tu les as mis à part en les séparant de tous les peuples de la terre pour être ton héritage » (I Rois 8, 53), peuple choisi et élu, est en complète opposition avec le sens de cette action providentielle qui ne vise pas le moins du monde à bénir la « diversité » du mal triomphant malheureusement dans les nations idolâtres : « Tous les dieux des peuples sont des idoles » (Psaume 96, 5), mais à détacher de la tradition dévoyée un petit nombre d'hommes, un résidu fidèle à la vraie religion : « La race d'Israël se sépara de tous les fils de l'étranger » (Néhémie 9, 2), qui représentera, tout en la préservant et en la faisant vivre, la Tradition authentique, dépositaire, et elle seule, des promesses de la grâce selon ce que nous dit Paul dans ce passage de l'Epître aux Galates expliquant le sens du choix d'Abraham dans le chapitre 12 du livre de la Genèse : « Or c'est à Abraham que les promesses ont été faites, et à sa semence. Il ne dit pas : ''et aux semences'' comme parlant de plusieurs ; mais comme parlant d'un seul : - qui est le Christ. » (Galates 3, 16).

 

JosiahKillBaalWorshippers-e.jpgQuelle est la raison du don de cette loi  à Abraham en vue de la réalisation de la promesse, loi qui surgit comme unhazor_baal_mask.jpg apport inattendu dans l'Histoire ? Est-ce pour se féliciter de la dispersion, de la division spirituelle et des  extravagantes folies religieuses qui se développèrent alors, est-ce pour bénir les idoles de marbre, de bois et d'or que se fabriquèrent les peuples : « Les idoles des nations sont de l'argent et de l'or, ouvrage de mains d'homme: Elles ont une bouche, et ne parlent pas ; elles ont des yeux, et ne voient pas ; elles ont des oreilles, et n'entendent pas ; il n'y a pas non plus de respiration dans leur bouche. Ceux qui les ont faites, tous ceux qui se confient en elles sont comme elles » (Psaume 135, 15-18), s'extasier devant les cultes orgiaques, les célébrations criminelles dans lesquelles se pratiquaient d'épouvantables sacrifices humains, les danses licencieuses, la prostitution sacrée, les rites de démence extatique utilisant souvent des psychotropes et des  substances hallucinogènes, sans parler de ceux dédiés à l'exaltation des forces génitrices adorant, comme aujourd'hui encore en Inde, le phallus (linga) ou la vulve (yoni), rites qui font l'admiration des béats dévots guénoniens de la Tradition primordiale ? Non ! Si cette loi fut instituée : « Elle a été ajoutée à cause de la transgression...» (Galates 3, 19), cette précision nous signifiant le degré extrême de dépravation morale et de désorientation religieuse atteint par les descendants des constructeurs de Babel, réponse d'ailleurs suffisant amplement à notre instruction, puisque, on en conviendra aisément, on ne peut être plus clair au sujet du rejet par l'Eternel de la transgression qui fit suite à la confusion babélienne. 

 

 

babel4.jpg

 

 

Babel représente le remplacement de l'autel sacrificiel

par la construction d'un édifice profane

dirigé en vue de l'exaltation de l'homme.

 

 

 

nhs1-63b5e.jpgComment dès lors ne pas sursauter devant l'affirmation suivante : « Que les gens de Babel se donnent un nombaphomet-mendes3.jpg n'est pas en soi une faute », sachant ce qu'il y a de foncièrement dévié et pervers dans cet acte coupable. En effet, si les détails matériels de la construction de la Tour ont un intérêt relatif : «Etant partis d’Orient, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Sennaar et ils s’y établirent. Ils se dirent entre eux, Allons, faisons des briques et cuisons-les au feu. Et ils se servirent de briques au lieu de pierres et de bitume au lieu de ciment»(Genèse 11, 2-3), l’essentiel se trouve dans cette volonté, exprimée au verset suivant, de se doter d'un nom, le texte sacré indique d’ailleurs que cela fut fait car les constructeurs se dirent entre eux : « de peur que nous ne soyons dispersés sur la surface de toute la terre », ce qui nous fait positivement connaître l'effectif projet de Babel, à savoir fonder une « unité », non pas en s'appuyant sur un nom conféré et donné par l'Eternel, mais forgé, constitué, élaboré par l'œuvre des hommes, de se bâtir une religion selon leur cœur, pour leur propre usage, sans ce soucier des lois divines. Nom naturel et impie représentant, symboliquement, un plan purement terrestre, une volonté de placer l'homme au centre de l'univers en y délogeant Dieu, selon une perspective de conquête qui, bien que religieuse, se voulut libérée des contraintes et principes de la Révélation puisqu'il n'y était plus question de glorifier le « Nom » de celui auquel Noé offrit son holocauste à la sortie de l'Arche, ni de lui célébrer le culte expiatoire que le Juste Abel fit monter vers le Ciel dans les premiers temps de l'humanité, car à Babel fut totalement absent le rappel du culte primitif, l'érection de l'autel du sacrifice étant changée en la construction d'un édifice d'essence absolument profane dirigé uniquement en vue de l'exaltation de l'homme : une « Tour », lors de la construction de laquelle aura été mise de côté la lutte entre les deux postérités antagonistes, celle d'Abel et celle de Caïn, en une recherche mensongère, car artificielle, d'une unité perverse consistant en l'oubli de la postérité abélienne ayant pour finalité, en une étonnante modernité d'intention fort voisine de nos rêves contemporains chantant, en des accents témoignant d'un angélisme utopique, les vertus de la diversité et du pluralisme travaillant à l'œcuménique édification de la Cité de la terre, dont on sait cependant qu'elle est gouvernée et dominée par le Prince de ce monde, comme lui-même en fit l'inquiétant aveu à Jésus lorsque ce dernier fut tenté dans le désert : « Je te donnerai toute cette autorité et la gloire de ces royaumes ; car elle m'a été donnée, et je la donne à qui je veux. » (Luc 4, 6). 

 

V. Une tragique erreur d’interprétation

 

De la sorte présenter le chapitre 12 de la Genèse où, après que l'Eternel eut fait cesser l'œuvre des constructeurs de Babel en confondant la langue des hommes Abraham sera séparé et isolé de la corruption générale par Dieu pour devenir l'unique dépositaire du sceau de l'élection divine, non pas comme une décision faisant suite à une sanction, mais comme une récompense, est un inacceptable et manifeste contresens : « (...) l'arrêt de la construction n'est pas une punition. L'intervention de Dieu traduit sa volonté sur la création : il a voulu faire exister l'homme libre ; la portée de l'effet de la bénédiction d'Abraham recouvre le monde des nations » [8].

 

ABRAXAS.gifEn  effet, Babel eut pour conséquence, outre de voir les hommes se bâtir une unité factice selon un « nom » impie créédyn006_original_300_400_pjpeg_2511639_97ab5934347abfdd1af6ad0cfb8aa098.jpg pour la circonstance, mais également, sous l'influence perverse du tentateur, de se constituer des dieux répondant à leurs désirs déviés et passions malsaines, divinisant pour cela, avec une imagination fiévreuse, les puissances de la nature dont les créatures deviendront le jouet constant tout au long de l'histoire. N'ayant plus une relation droite, fidèle et authentique avec Dieu, perdant de par leur inconduite leur juste connaissance de la Vérité, les hommes se sont précipités avec empressement dans toutes les erreurs les plus ténébreuses, se fabriquant, par des rêves futiles, une multitude de dieux incarnant l'ensemble des caractères de l'humanité, du plus élevé au plus vil, en les portant à un invraisemblable degré de sublimation. Entretenant de la sorte une relation de crainte vis-à-vis de ce fantastique panthéon baroque, mélangeant formes animales et humaines qui donneront des dieux aux visages grotesques et inquiétants, les fils d'Adam se mettront à trembler devant les entités qu'ils se seront construits essayant d'apaiser, par des cultes souvent sanglants et de rigoureuses et sauvages célébrations, l'irrationnelle colère de ces imaginaires divinités qui leur inspireront peur et effroi. C'est cette triste situation qui expliquera l'intervention de Dieu, puisque ayant réduit tout d'abord une première fois la durée de la vie des hommes lors du Déluge, une seconde fois encore il la divisera de moitié à Babel, partageant ensuite la terre au temps de Phaleg (Genèse 10, 25) assignant à chaque peuple une place particulière : « Quant le Très-haut partageait l'héritage aux nations, quand il séparait les fils d'Adam, il établit les limites des  peuples selon le nombre des fils d'Israël. » (Deutéronome 32, 8).

 

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 Il n’y a jamais eu chez Dieu la volonté

d'établir un pluralisme religieux,

qui n'est que le fruit de la corruption spirituelle

qui fit suite à la division imposée après Babel.

 

 

 

A-Messaline-priape.jpgPostuler de la part de l'Eternel, de par une  aberrante supposition, un souhait de voir se constituer une humanité plurielle, n'hésitant pas à787299706.jpg considérer cette option prétendument « théologique », « hypothèse herméneutique d'un pluralisme de droit », comme participant d'une question légitime : « Le récit de la Tour de Babel ne nous incite-t-il pas à nous poser la question de l'affirmation d'un retour à l'origine de la nature même de la création qui serait, selon la volonté de l'Auteur divin, multiple ? » [9], est une thèse absolument opposée à l'enseignement de l'Ecriture. C'est pourquoi il est totalement contraire à la vérité de soutenir que : « l'Esprit de Dieu à la Pentecôte (...) consacre la diversité des nations (...) il apparaîtra que la négativité de cette confusion des langues se sera complètement retournée en positivité. Elle aura donné à l'humanité la possibilité d'expliciter toutes les potentialités que le Créateur avait mises en elle. (...) ne faut-il pas voir dans la confusion des langues la volonté divine de ramener les hommes à la condition de créature comme condition multiple ? » [10]. Reproduisant la fausseté de son postulat, à savoir qu'il y aurait eu une volonté positive chez Dieu d'établir un  pluralisme religieux alors que celui-ci, hélas ! n'est que la conséquence de la corruption spirituelle qui fit suite à la division imposée aux hommes en forme de châtiment pour briser leur coupable rêve prométhéen, division qui est une sanction, une réponse directe au projet criminel forgé par les constructeurs de l'édifice orgueilleux qui devait atteindre le ciel, et apparaît  clairement comme une conséquence de la désastreuse entreprise babélienne qui brisa l'antique unité que l'Eternel constitua originellement, Gérard Leroy en arrive même à proposer une renoncement à la vocation des chrétiens à annoncer l'Evangile et convertir les nations : « S'il y a pluralité des voies qu'aurait voulu Dieu pour aller à Lui, comment penser cette pluralité des voies vers Dieu sans brader la foi chrétienne ? (...) Cette difficulté spécifiquement chrétienne engage les chrétiens à dépasser deux inclinations : celle, paresseuse, qui nous porte à exclure les autres religions, et l'autre, prédatrice, qui voudrait les inclure, comme on assemblerait des tables gigognes. Il nous faut renoncer à certaines attitudes, pour se tenir à la place qui est la nôtre. L'initiative de la relation de Dieu à l'homme vient nécessairement de Dieu. Cessons donc de nous faire aiguilleurs du ciel ! » [11].

 

 

V. Une position « démissionnaire »

 

La conclusion d'un tel stupéfiant discours ne peut que logiquement s'achever qu'en un bien triste  aveu « démissionnaire » : « Le christianisme asaint_jean_baptiste_de_la_conception_r_formateur.jpg revendiqué une place centrale dans la cosmologie des religions (...) il nous faut abandonner cette place centrale. Celle-ci ne revient pas plus à une religion qu'à une autre. La place du centre revient au  Mystère de Dieu. C'est le seul soleil autour duquel doivent tourner les religions, y compris le christianisme. (...) Les paroles que nous prononçons ne sont pas la vérité en soi. Le christianisme n'est pas le Christ. Le christianisme témoigne d'une vérité qui le dépasse ; il est mû par Celui auquel il croit et qu'il a mission d'annoncer, non de s'approprier. Il ne revient donc pas au christianisme de rejeter ou d'inclure. » [12].

 

La pénible distinction assenée quasiment à chaque page, traversant tout l'exposé de Gérard Leroy, entre le christianisme et le Christ, alors que n'est jamais précisé ce que l'on entend par l'appellation « christianisme » (est-ce le catholicisme, les diverses églises issues de la Réforme, l'orthodoxie ?), revient comme une lassante réitération du même ahurissant refrain : « La grâce est christique, mais n'est pas pour autant le monopole du christianisme. (...) Il ne revient donc à personne, pas plus à une Eglise qu'à toute autre communauté de s'arroger le droit de répartition de la grâce et donc de s'arroger en quelque sorte le monopole de la distribution ! (...) Nous avons à éviter l'identification du christianisme et du Christ. » [13].

 

De tels propos sont évidemment choquants, mais au fond qu’y a-t-il de si extraordinaire en eux lorsqu’on sait qu’il est écrit dans Notra Aetate :  « L'Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions [religions païennes, ou orientales, " liées au progrès de la culture ", comme l'hindouisme et le bouddhisme]. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes... » Or, tous les spécialistes de ces religions affirment que cette vue est fausse. En réalité, « derrière leurs formes brillantes », évoquées par la Déclaration conciliaire, subsiste un paganisme fondamental, ou plutôt une absence de Dieu, qui rend impossible toute autre solution que celle de la conversion. Or, c'est précisément le contraire d'un appel à la conversion que leur adresse le Concile quand il exhorte les fidèles catholiques « pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec ceux qui suivent d'autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux. » Et l’on pourrait poursuivre de même encore longtemps.

 

 

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L’idée d’une herméneutique de la continuité

est absurde !

 Vatican II incarne une rupture radicale

d’avec l’ancienne doctrine de l’Eglise.

Paul-VI_ONU.jpgIl faut donc admettre que l’idée d’une herméneutique de la continuité est une absurdité, car Vatican II incarna une rupture radicale d’avec l’ancienne doctrine de l’Eglise. Et il faudrait passer par une critique honnête et objective, mais aussi un rejet salvateur des thèses modernistes erronées qui se sont, hélas ! infiltrées dans les actes du Magistère. Reconnaissons toutefois que les termes de la Déclaration Domine Iesus,  sont d’une saine fermeté et nous croyons nécessaire de les porter à la connaissance du lecteur, pensant qu’ils sont de nature à poser d’essentiels principes sur des points fondamentaux touchant à la substance même de la foi : “La pérennité de l'annonce missionnaire de l'Église est aujourd'hui mise en péril par des théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux, non seulement de facto mais aussi de iure (ou en tant que principe). Elles retiennent alors comme dépassées des vérités comme par exemple le caractère définitif et complet de la révélation de Jésus-Christ, la nature de la foi chrétienne vis-à-vis des autres religions, l'inspiration des livres de la Sainte Écriture, l'unité personnelle entre le Verbe éternel et Jésus de Nazareth, l'unité de l'économie du Verbe incarné et du Saint-Esprit, l'unicité et l'universalité salvifique du mystère de Jésus-Christ, la médiation salvifique universelle de l'Église, la non-séparation, quoique dans la distinction, entre le Royaume de Dieu, le Royaume du Christ et l'Église, la subsistance de l'unique Église du Christ dans l'Église catholique. Ces théories s'appuient sur certains présupposés de nature philosophique ou théologique qui rendent difficiles la compréhension et l'accueil de la vérité révélée. On en signalera quelques-uns : (...) l'attitude relativiste vis-à-vis de la vérité, entraînant que ce qui est vrai pour certains ne le serait pas pour d'autres; l'opposition radicale qu'on établit entre la mentalité logique occidentale et la mentalité symbolique orientale ; (...) la difficulté à percevoir et comprendre dans l'histoire la présence d'événements définitifs et eschatologiques; la privation de sa dimension métaphysique de l'incarnation historique du Logos éternel et sa réduction à une simple apparition de Dieu dans l'histoire; l'éclectisme qui, dans la recherche théologique, prend des idées dans différents contextes philosophiques et religieux, sans se soucier ni de leur cohérence systématique ni de leur compatibilité avec la vérité chrétienne (...). Sur la base de ces présupposés adoptés sans uniformité, comme des affirmations pour certains, comme des hypothèses pour d'autres, des propositions théologiques sont élaborées qui font perdre leur caractère de vérité absolue et d'universalité salvifique à la révélation chrétienne et au mystère de Jésus-Christ et de l'Église, ou y jettent au moins une ombre de doute et d'incertitude. Pour remédier à cette mentalité relativiste toujours plus répandue, il faut réaffirmer avant tout que la révélation de Jésus-Christ est définitive et complète. On doit en effet croire fermement que la révélation de la plénitude de la vérité divine est réalisée dans le mystère de Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné, qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). (...) L'économie chrétienne, étant l'Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ (cf. 1 Tm 6,14 et Tt 2,13) ». [14]

Conclusion

 

christ_cross_xir201642_hi.jpgNous sommes donc inévitablement amenés à nous demander, qu'est-ce qu'un christianisme sans le Christ, qu'est-ce que desfrancois-xavier.jpg chrétiens sans l’assurance qu'ils sont héritiers des promesses du Salut et de la Grâce ? Tout ce discours donne ainsi la fâcheuse impression d'un profond oubli de ce qui fut confié comme devoir aux apôtres et à l'Eglise primitive : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Matthieu 28, 19s.) ; « Allez par le monde entier proclamer la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné. » (Marc 16, 15-16.).Oui, Dieu aime les hommes, mais rachetés par son Fils, sanctifiés par sa grâce à la condition qu’ils croient en son « Nom » et qu'ils confessent leurs péchés : « Afin que la bénédiction d'Abraham parvînt aux nations dans le Christ Jésus, afin que nous reçussions par la foi l'Esprit de la promesse. »(Galates 3, 14). Alors effectivement, par Jésus-Christ, par la sainte vertu de son sacrifice qui nous vaudra de bénéficier de la salvatrice puissance de la Rédemption, les peuples, s'ils se convertissent et font pénitence, ne seront plus coupés, divisés, plongés dans les ténèbres de l'impiété, prisonniers de leurs inexactes religions aux croyances faussées, non plus séparés du Ciel mais unis au Père, pleinement « héritiers » des promesses faites à Abraham : « Or si vous êtes de Christ, vous êtes donc la semence d'Abraham, héritiers selon la promesse. » (Galates 3, 29).

 

 

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Les peuples, s'ils se convertissent,

ne seront plus dans les ténèbres de l'impiété,

prisonniers de leurs inexactes religions

aux croyances faussées.

 

jacques_marquette.jpgLes avocats du dialogue interreligieux préfèrent positivement, à la proclamation du seul salut en Jésus-Christ, und%25E9part_1861.jpg « nouveau paradigme » obligeant à une révision des positions traditionnelles sous prétexte de la reconnaissance d’une multi-religiosité diversifiée. Il n’est pourtant pas possible de postuler qu’un non-chrétien puisse se sauver « par » sa religion, cette dernière ne possédant pas, par définition, les fruits précieux que constituent les enseignements de la Révélation dispensateurs des dons surnaturels de la grâce, nous remémorant qu’il y a peu, l’Eglise, par la plume de Pie IX signant le Syllabus le 8 décembre 1864, réprouvait fermement et rejetait catégoriquement l’opinion suivante la regardant comme une erreur condamnable, apostate, blasphématoire, contraire à la foi de l’Evangile : « Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ. » [15]

Saint Paul avait pourtant mis fermement en garde : « Les choses que les nations sacrifient elles les sacrifient à des démons et non pas à Dieu : or je ne veux pas que vous ayez communion avec les démons. Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons. » (I Corinthiens 10, 20-21). Il importe donc que les partisans du pluralisme  religieux, profondément désorientés qui ont perdu leur sensus fidei, se remémorent le solennel et très ferme avertissement de l’Evangile : « Il n'y a qu'un seul Dieu, et un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus-Christ, qui s'est livré en rédemption pour tous » (1 Timothée 2, 4-6); « et il n'existe de salut en aucun autre .» (Actes 4, 12).

 

 

 

 

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« Faites pénitence et croyez à l'Evangile.»

(Marc 1, 15)

 

Notes.

 

[1] Le jésuite Jacques Dupuis (qui séjourna en Inde de 1948 à 1984) soutient des positions plutôt aventureuses dans son ouvrage paru en 1997 : Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux, ce qui amena, après examen, dans une Notification solennelle rédigée en 1999, celui qui était à l’époque Préfet de la « Congrégation pour la doctrine de la foi », à savoir le cardinal Joseph Ratzinger, à déclarer : «  (…) dans le livre sont contenues de graves ambiguïtés et des difficultés sur des points doctrinaux importants qui peuvent conduire le lecteur à des opinions erronées ou dangereuses. Ces points concernent l’interprétation de la médiation salvifique unique et universelle de Jésus Christ, l’unicité et la plénitude de la Révélation dans le Christ, l’action salvifique de l’Esprit Saint, l’ordination de tous les hommes à l’Eglise, la valeur et la signification de la fonction salvifique des religions. » (Notification sur le livre du P. Jacques Dupuis, s.j., «Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux», 1999) Cette heureuse Notification présente le mérite de réaffirmer ce sur quoi la Déclaration Domine Iesus avait déjà fermement insisté  : S'il est vrai que les adeptes d'autres religions peuvent recevoir la grâce divine, il n'est pas moins certain qu'objectivement ils se trouvent dans une situation de grave indigence par rapport à ceux qui, dans l'Église, ont la plénitude des moyens de salut. (Déclaration Domine Iesus, 2000).

 

[2] L’audace du dominicain Claude Geffré va assez loin comme on peut le constater : « Il semble que le seul moyen de désabsolutiser le christianisme comme religion universelle de salut et de prendre au sérieux la portée salutaire des autres religions soit de remettre en question l’universalité du salut en Jésus Christ. Et puisque c’est en tant même que Verbe fait chair que Jésus est l’unique médiateur entre Dieu et les hommes, on interprétera le langage de l’incarnation comme un langage métaphorique pour désigner l’ouverture exceptionnelle de Jésus à Dieu. (…) puisque Dieu travaille au salut de tous les hommes à travers d’autres médiations que le Christ, il faut renoncer à considérer le Christ comme la cause exclusive et constitutive du salut de tous les hommes. » (Claude Geffré, o.p.  La prétention du christianisme à l'universel: Implications missiologiques, Rome,18 octobre 2000). C’est pourquoi, Rome a exprimé de profondes et sévères critiques vis-à-vis de ses positions, ce qui s’est traduit par une mesure significative, bien que fort timide tout de même : « La récente mésaventure survenue à Claude Geffré, l’un des théologiens français les plus reconnus au niveau international, met une fois de plus en évidence la véritable mise sous tutelle de la théologie catholique par les instances disciplinaires de l’Église romaine. Deux jours avant de s’envoler pour la République démocratique du Congo, où il devait recevoir un doctorat honoris causa de la faculté de théologie de Kinshasa, ce dominicain spécialiste du dialogue des religions s’est vu conseiller par le doyen de cette faculté de rester à Paris. La Congrégation romaine pour l’Éducation catholique, dont le préfet, le cardinal polonais Zénon Grocholewski, présidait justement à Kinshasa un colloque sur « la théologie et l’avenir des sociétés », s’opposait en effet à ce que le théologien reçoive ce diplôme honorifique. » (Cf. Le Monde, 9 mai 2007).

 

[3] G. Leroy, Le salut au-delà des frontières, Edts Salvator, 2002, p. 5.

 

[4] Ibid., p. 6.

 

[5] Les desseins, c’est-à-dire les plans de Dieu à l’égard des hommes, selon l’enseignement des saintes Ecritures, concernent trois groupes, trois ensembles constitutifs bien distincts très nettement désignés dans le texte sacré : Israël, les nations et l’Eglise (ou l’Assemblée, le « corps mystique » constitué par tous les croyants qui ont foi en Jésus-Christ). Si l’humanité, dans la période allant d’Adam à Noé, est une unique famille absolument homogène formée par l’harmonieuse succession des patriarches, d’où sont nom « d’époque patriarcale », qui voit Adam donner le jour à Seth, qui engendra Enosh, qui engendra Kénan, qui engendra Mahalaleël, qui engendra Jéred, qui engendra Hénoch, qui engendra Methushélah, qui engendra Lémec, qui engendra Noé, qui lui-même engendra Sem, Cham et Japhet, l’histoire proprement dite des « nations », soit celle correspondant à une certaine diversité concrètement établie sur la terre s’ouvre, à proprement parler, après le déluge : « Ce sont là les familles des fils de Noé, selon leurs générations, dans leurs nations ; et c’est d’eux qu’est venue la répartition des nations sur la terre après le déluge. » (Genèse 10, 32). C’est d’ailleurs à cette répartition que se rapporte le passage du livre du Deutéronome : « Quand le Très-Haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël ». (Deutéronome 32, 8).

 

[6] G. Leroy, op. cit., p. 38.

 

[7] St. Augustin, La Cité de Dieu, Liv. XVI, ch XI.

 

[8] G. Leroy, op. cit., pp. 50-52.

 

[9] Ibid., p. 70.

 

[10] Ibid., pp.64-65.

 

[11] Ibid., pp. 177-178.

 

[12] Ibid., pp. 177-178.

 

[13] Ibid., pp. 177-178.

 

[14] Déclaration Domine Iesus, 2000.

[15] Pie IX, Syllabus, § III, XVI-XVII, Rome, 8 décembre 1864.

10:04 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : église catholique, paganisme, hérésie, christianisme |  Imprimer | | | | | Pin it!

dimanche, 04 octobre 2009

L’infidélité spirituelle des Juifs

ou la culpabilité historique du judaïsme moderne

 

 

 

 

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La synagogue représente le lieu où le Christ

est toujours rejeté et condamné !

 

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Les Juifs sont complices du déicide

aussi longtemps qu’ils ne se distancient pas

de la culpabilité de leurs pères

en reconnaissant la divinité du Christ

et en acceptant le baptême.

 

 

 

 

caiphe20.gifAvec la mort du Christ le rideau du Temple s’est déchiré, l’Alliance ancienne fut abolie et l’Eglise qui contient tous les peuples, cultures, races et différences sociales, cette Eglise est née de par le côté transpercé du Rédempteur. En cela les Juifs, de nos jours, ne sont pas nos frères aînés comme le prétendait lors de sa visite à la synagogue à Rome en 1986, le Pape Jean-Paul II. Les Juifs sont complices du déicide aussi longtemps qu’ils ne se distancient pas de la culpabilité du Sanhédrin [1], de la culpabilité de leurs pères en reconnaissant la divinité du Christ et en acceptant le baptême.

 

De la sorte, c’est une radicale erreur que de se vouloir bon chrétien en manifestant de la déférence à l’égard des180px-Chisinau_jew.jpg Juifs de la synagogue, car ils sont, positivement, lorsqu’ils proclament leur croyance, porteurs d’une faute qui les rend semblables à leurs pères qui condamnèrent le Christ. Les Juifs modernes, en faisant profession de leur judaïsme, s’affirment indirectement comme co-responsables du crime scandaleux du Golgotha, et ne méritent donc pas qu’un chrétien, si du moins il se veut conscient des exigences de sa religion, leur exprime un hommage particulier ou leur accorde une quelconque piété, attitude que l’on rencontre malheureusement assez souvent depuis Vatican II chez les chrétiens modernes, bien qu’elle soit pourtant singulièrement déplacée et profondément injustifiable.

 

 

 

 

 

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Avec la mort du Christ le rideau du temple s’est déchiré,

l’Ancienne Alliance fut abolie.

 

 

I. Erreur de Vatican II à l’égard du judaïsme

 

marc-chagall-05.jpgLe Concile Vatican II, concile schismatique selon Mgr Lefebvre [2] car il est traversé par de thèses inacceptables,Old%20man%20vithe%20sefer%20torah.jpg déclare en revanche qu’on ne peut charger les Juifs de notre temps ni tous ceux ayant vécu à l’époque des évènements de la souffrance du Christ. Est-ce conforme avec l’enseignement de saint Pierre qui interpelle les Juifs sans distinction, et selon lequel ils seraient les assassins du Sauveur ? Les Juifs croyants de l’Ancien Testament Abraham, Isaac et Jacob sont évidemment nos frères aînés dans la foi, et nous chrétiens sommes leurs fils spirituels car nous croyons au Messie qui s’est manifesté parmi nous et qui demeure parmi nous dans son Eglise. Les Patriarches, Abraham, Isaac, Jacob ont cru en son avènement, ils l’ont espéré et désiré, ils sont de ce fait membres de l’Eglise de Jésus-Christ, et nous sommes leurs héritiers. Mais il n’en va absolument pas de même des Juifs d’aujourd’hui, des Juifs de la synagogue qui, refusant le Christ, sont infidèles au judaïsme préchrétien, et finalement, sont concrètement, sur le plan spirituel et religieux, ennemis de l’Eglise du Christ, ennemis de la Foi. C’est pourquoi, nous voyons avec tristesse que le pape Jean-Paul II et maintenant aussi Benoît XVI, entrent dans les synagogues Juives, alors que la synagogue représente le lieu où le Christ est nié et est toujours rejeté et condamné.

 

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Nous voyons avec tristesse que les papes Jean-Paul II et Benoît XVI
entrent dans les synagogues Juives.
218_RatzSynagogue.jpg

Praying_mchm14.jpgL’assertion de l’Eglise de Vatican II, selon laquelle les Juifs d’aujourd’hui portent la faute de leurs pères doit être uniquement limitée aux Juifs quiRunningWithTorah.jpg approuvent la mise à mort de Jésus-Christ, est inexacte. Comme le soulignait fort justement Mgr Lémann : « Parmi les assemblées qui sont demeurées responsables devant la postérité, il en est une sur laquelle pèse une responsabilité exceptionnelle : c'est l'assemblée qui présida aux derniers jours de la vie nationale du peuple juif. Ce fut elle qui fit comparaître et condamna Jésus-Christ. Elle porte dans l'histoire un nom à part ; on l'appelle le sanhédrin. Prononcer devant des Israélites ce nom de sanhédrin c'est rappeler, selon eux, l’assemblée la plus docte, la plus équitable, la plus honorable qui fût jamais. Malheur à celui qui oserait, en présence de ses coreligionnaires, émettre le moindre blâme à l'égard des hommes ou des actes de cette assemblée ; il ne serait pas moins coupable que s'il parlait contre l'arche d'alliance. Et cependant, la connaissent-ils à fond, les Israélites, cette assemblée qu'ils tiennent en si grande vénération ? Nous osons affirmer que non. On les habitue dès l'enfance à la respecter ; mais ce qu'elle était, ce qu'elle a fait, ils l'ignorent. Ignorance terrible, imposée à dessein par le rabbinisme. C'est toujours le mot de Saint-Paul : la vérité captive (Rom., I, 18) ! Nous allons, avec le secours de Dieu, déchirer les voiles. Nos anciens coreligionnaires pourront enfin connaître la vérité. » [2]

 

 

II. L’Ancienne Alliance est morte !

 

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L’Eglise est née

de par le côté transpercé du Rédempteur.

 

 

the_Menorah_2_2.jpgDans un texte saint Augustin, développant en détail le sens propre des Alliances, nous explique leur signification et leur place, et surtout, insiste sur un fait de la plus haute importance, le non rétablissement par Dieu d’une Alliance lorsqu’elle est échue. En effet Dieu ne revient pas sur ce qui est dépassé à ses yeux, il ne rétablit pas ce qui est mort ; lorsque les temps sont consommés il passe à un autre ordre des choses, il s’engage dans un autre type d’attitude et de rapport avec les hommes. L’Histoire, qui n'est pas cyclique comme le prétend René Guénon, est en devenir, elle est portée par une force, par un projet divin, elle ne balbutie pas. De la sorte la place de chaque Alliance et la connaissance que nous devons en avoir ne doit souffrir d’aucune réserve, c’est là un des points cruciaux de notre Foi et de sa validité vis-à-vis des revendications du maintien de la validité de l’Alliance ancienne, perpétuelle litanie inlassablement répétée sur tous les tons de la gamme de la théologie moderniste par les courants modernes qui se font les avocats d’un christianisme judaïsé. [3]

 

Redisons-le avec force, depuis Jésus-Christ les traditions anciennes sont caduques et vidées de sens, elles sont mortes ! C’est pourquoi le judaïsme contemporain est non seulement porteur d’une grave culpabilité en raison de son accord avec ceux qui exigèrent des romains la mort du Sauveur, mais il est également un rappel de l’actuelle infidélité des Juifs.

 

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Depuis Jésus-Christ

le judaïsme ancien est vidé de sens,

il est mort !

  

Ecoutons saint Augustin :

 

Cohen4.jpg« Les sacrifices institués par Dieu convenaient à l’ancienne économie mais plus maintenant. Dieu a ordonnézpage433.jpg un changement qui convient à notre temps, car il sait infiniment mieux que l’homme ce qui convient à chaque époque. Qu’il donne ou ajoute, qu’il ôte, annule ou limite, qu’il augmente ou diminue, il demeure le Créateur immuable de choses changeantes, qui dans sa providence ordonne tous les événements jusqu’à l’achèvement du temps — dont les composants sont les économies adaptées à chaque époque successive — comme la mélodie magnifique d’un compositeur infiniment sage. Alors ceux qui l’adorent ici de façon acceptable par la foi et non par la vue pourront contempler Dieu de façon immédiate. [...] Il n’y a pas de changement chez Dieu, bien que pendant l’ancienne période de l’histoire du monde il ordonna des offrandes différentes de celles qu’il ordonna pendant la période ultérieure, car il y ordonna des actions symboliques en rapport avec la doctrine de la vraie religion, de sorte que les changements des époques successives ne s’accompagnaient d’aucun changement en Lui. [...] Il est donc établi que des choses ordonnées à juste titre pour une époque peuvent être changées à juste titre dans une autre époque : la différence indique un changement dans l’œuvre, mais non dans le plan de celui qui opère le changement. Ce plan étant conçu par l’intelligence de Celui qui n’est pas conditionné par la succession dans le temps, des choses sont simultanément présentes à son esprit alors qu’elles ne peuvent se réaliser en même temps, car les époques se succèdent les unes aux autres. » [4]

 

L’évêque d’Hippone, comme pour mieux insister encore s’agissant de la mort définitive du judaïsme mosaïque écrit :

 

«Les détails de l’histoire liée aux Alliances font ressortir de façon très intéressante à la fois les principes et la patience dont Dieu a usé pour régler la question du mal et de l’échec de l’homme, et la manière dont il œuvra pour créer chez les siens la foi en ses propres perfections ainsi mises en valeur. Toutefois, les Alliances elles-mêmes témoignent toutes d’un principe directeur ou d’une intervention de Dieu, d’une condition dans laquelle Dieu a placé l’homme, des principes qui en eux-mêmes sont éternellement sanctionnés par Dieu [...]. Dans chaque Alliance antérieure, il y eut un échec total et immédiat de la part de l’homme, même si la patience de Dieu supportait cet échec et par grâce permettait la poursuite d’une Alliance où l’homme avait ainsi échoué dès le début. Mais ce qu’il importe de se souvenir, c’est que nous ne voyons aucun exemple du rétablissement d’une Alliance ancienne lorsqu’elle est morte. » [5]

 

 

Conclusion

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Jésus-Christ

est aussi pour les Juifs le Rédempteur

et la seule Voie pour le Salut

 

 

varsovie_juive0015.jpgOn ne saurait être plus direct et précis sur ce sujet où l’on voit une foule de chrétiens sans discernement, s’aligner sur une défense erronée du judaïsme synagogal, refusant que soit prêché l’Evangile aux Juifs, sous prétexte fallacieux et inexact que Dieu les veut tels qu’ils sont. Il importe donc d’y insister en nos temps de confusion théologique, Jésus-Christ, Dieu fait homme, est pour les Juifs aussi le Rédempteur et la seule Voie pour le Salut : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : personne ne peut aller au Père si ce n’est par Moi. » (Jean, 14,6).

 

Il n’y a pas pour eux de chemins de salut séparés.

 

C’est pourquoi Saint Pierre, un Juif, le premier Pape, appelait déjà ses auditeurs Juifs à se convertir et à se faire baptiser au Nom de Jésus Christ (Actes 2, 38).

 

Cet appel solennel n’a perdu, ni son actualité ni sa validité religieuse, selon l’avertissement formel du Christ :

 

« Je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés,

car si vous ne croyez pas que Moi [Jésus-Christ] Je Suis,

vous mourrez dans vos péchés. »

(Jean 8, 24).

 

 

 

Notes.

 

 

1. Mgr Lefebvre déclarait clairement, à propos du concile Vatican II : « Nous croyons pouvoir affirmer, en nous en tenant à la critique interne et externe de Vatican II, c’est-à-dire en analysant les textes et en étudiant les avenants et aboutissants de ce Concile, que celui-ci, tournant le dos à la Tradition et rompant avec l’Église du passé, est un Concile schismatique. » (Mgr Lefebvre, le Figaro, le 4 août 1976.)

 

2. Mgr Joseph Lémann, Valeur de l’Assemblée qui prononça la mort contre Jésus-Christ, 1877.

 

3. La Nouvelle Alliance, dernière et la plus parfaite des Alliances contractées entre Dieu et les hommes, ce qui est oublié totalement par les chrétiens modernes fourvoyés dans leur inexacte déférence vis-à-vis de la synagogue, répond à plusieurs impératifs et en premier celui d’adapter le plus parfaitement possible les moyens de conduire les créatures vers la destination céleste qui est la leur. C’est ce que saint Irénée rappelle en ces termes : « Car, comme la Nouvelle Alliance était connue et prédite par les prophètes, Celui qui devait l’établir était prêché lui aussi conformément au bon plaisir du Père : il était manifesté aux hommes de la manière que Dieu voulait, afin que ceux qui mettraient en lui leur confiance puissent progresser sans cesse et, par les diverses Alliances, atteindre à la plénitude achevée du salut. Il n’y a qu’un seul salut et qu’un seul Dieu ; mais pour conduire l’homme à son achèvement, il y a des préceptes multiples, et nombreux sont les degrés qui l’élèvent jusqu’à Dieu. Eh quoi ! A un roi terrestre, qui n’est qu’un homme, il est loisible d’octroyer maintes fois de grands avancements à ses sujets : et il ne serait pas permis à Dieu, tout en demeurant identique à lui-même, de distribuer toujours plus abondamment sa grâce au genre humain et, par des dons toujours plus grands, d’honorer constamment ceux qui lui plaisent ? » (S. Irénée, Contre les Hérésies, IV, 9.)

 

4. S. Augustin, À Marcellinus, CXXXVIII, 5, 7.

 

5. Ibid.

 

 

 

 

 

12:18 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : judaïsme, juifs, église catholique, histoire sainte |  Imprimer | | | | | Pin it!