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samedi, 31 octobre 2009

La politique « religieuse » de La Question !

Eclaircissements à propos du

 traditionalisme catholique contre-révolutionnaire

 

 

255017Blason_Bourbon.jpg
"Il faut que la religion refasse la monarchie..."
(Joseph de Maistre)
 
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Sépulture de saint Pie V

 

 

 

« Tenons toujours nos yeux fixés sur le monde invisible qui expliquera tout. »

(J. de Maistre, Soirées de St. Petersbourg, VIIe entretien)

 

 

 

 

index_20.jpgCertains, cherchant à mieux comprendre nos convictions, ou nous découvrant récemment par le biais du455px-Jmaistre[1].jpg blog « La Question Actualités », nous demandent, curieux et intrigués, même si nous avons pris soin de déclarer clairement quelles sont nos « Orientations », de préciser plus nettement nos positions sur le plan politique, et attendent sans doute de nous, que nous donnions des indications relatives à nos sympathies en correspondance avec les aspects spécifiques du champ idéologique contemporain.

 

Même si, évidemment, notre culture contre-révolutionnaire nous fait nous sentir proches de divers penseurs comme Bossuet, Joseph de Maistre, Blanc de Saint-Bonnet, le Cardinal Pitra, Bernardi et Donosos Cortès, ou de courants réactionnaires catholiques d’hier ou d’aujourd’hui [1], toutefois, autant le dire d’un mot : c’est ne rien comprendre à notre vision de l’Histoire que de vouloir nous mettre en référence directe vis-à-vis de tel ou tel parti républicain, ou mouvement s’inscrivant à l’intérieur du jeu électoral, puisque pour nous il ne saurait y avoir de politique véritable que religieuse !

 

I. Le drame métaphysique originel

 

Bossuet.jpgEn effet, la caractéristique propre du monde moderne, son aspect tragique aboutissant à la destruction des vestiges matériels, ou institutionnels, de la Tradition, est, en premier lieu, la négation de la Sainte Religion chrétienne [2]. Et ceci s’explique du fait que la situation tragique de ce monde relève d’un drame métaphysique qui survint des suites du péché originel, péché qui se reproduit chaque fois que l’on foule aux pieds les principes divins (Révolution de 1789 [3], Révolution bolchevique, Vatican II). Dès lors, chercher un remède ici-bas à un déséquilibre de nature ontologique sans faire intervenir la dimension surnaturelle au sein de laquelle est placé ce combat éternel que se livrent les ténèbres et la Lumière, est une grave erreur.

 

C’est pourquoi, seul nous importe le rétablissement de l’Etat chrétien incarnant la loi de Dieu sur cette terre, et des forces légitimes qui s’imposeront capables d’en assurer le maintien, de sorte que la Sainte Religion chrétienne retrouve la plénitude de ses droits et de son autorité dans la cité des hommes.

 

Si nous en croyons Joseph de Maistre, il y a une raison à la situation contemporaine, puisqu'il écrit : « Il n'y a aucune loi sensible qui n'aitvision.jpg derrière elle une loi spirituelle (...) Dans ce monde que nous voyons tout se rapporte à un autre monde que nous ne voyons pas. Le monde est un simple assemblage d'apparences, dont le moindre phénomène cache une autre réalité. » [4] Ainsi, pour le comte savoyard, ce qui se déroule dans l'ordre humain, les faits qui se signalent en ce monde abîmé par la Chute, sont des véritables « pierres d'attente », dont nous ne pouvons comprendre le sens authentique qu'à la lumière de l'enseignement divin. Souvenons-nous de cette phrase magnifique des Soirées de St. Petersbourg par laquelle Maistre déclare : « Ce monde est un système de choses invisibles manifestées visiblement (…) Il n'y a rien de si visible que les liens des deux mondes ; on pourrait même dire, rigoureusement parlant, qu'il n'y a qu'un monde, car la matière n'est rien. » [5]

 

En ce sens, les modifications qui interviennent dans le réel, les changements qui surviennent en renversant l'Ordre ancien, les faits les plus anodins, en apparence, comme, à l’extrême, l’écroulement de la civilisation et la disparition des saintes institutions, tout cela participe, « de près ou de loin à quelque œuvre secrète qui s'opère dans le monde à notre insu. »

 

 

II. La défense de la Tradition

 

On a pu parler, avec plus ou moins de raison, du « catholicisme foncier » de Joseph de Maistre, tant ses divers propos en matière religieuse furent considérés, et continuent le plus généralement d’être regardés, comme des exemples caractéristiques d’un traditionalisme furieux et véhément.

 

2Ingres.jpgIl faut ici faire intervenir une notion centrale chez Maistre, celle de Tradition. En effet, Maistre considère que le mondesavoie_blason.jpg doit se conformer aux enseignements de la Révélation divine, unique fondement des lois. Il écrit : « On ne peut attaquer une vérité théologique sans attaquer une loi du monde » [6] c’est pourquoi le Pape, le « Pontife romain », garant du dogme et de la Tradition, est l’arbitre suprême, celui qui, au-dessus des Rois et des Princes, veille au respect du droit et œuvre pour la paix universelle. « L’infaillibilité dans l’ordre spirituel et la souveraineté dans l’ordre temporel sont deux mots parfaitement synonymes » écrit Maistre. Par ailleurs infaillibilité et souveraineté ne vont pas l'un sans l'autre, se sont deux principes parfaitement identiques et équivalents. De toute manière, raisonnablement, l’autorité transmise par Jésus à Pierre ne saurait faire l’objet d’une remise en question, car qui serait assez sot ou insensé pour contester la Parole du Seigneur. Toute l’histoire depuis des siècles plaide largement en faveur de la suprématie pontificale et nous montre, dans tous les domaines où elle exerça son ministère, son attention scrupuleuse au respect de la loi divine et sa formidable capacité à réaliser l’unité.         

 

Il est incontestable que la position de Maistre ne souffre aucune ambiguïté s’agissant du gouvernement temporel du pouvoir ecclésiastique, dans lequel il voit le modèle le plus parfait qui fut jamais donné aux hommes, et qui, d’autre part, considérable avantage, bénéficie du point de vue surnaturel du dépôt de la Révélation confié par le Christ lui-même à l’apôtre Pierre, l’Evêque de Rome, « L’Origine de l’unité sacerdotale » selon saint Cyprien, « Patriarche universel », pour saint Léon, « Souverain Prêtre » d’après le concile de Chalcédoine, ce qui lui confère non en tant qu’homme mais en tant que « Vicaire de Jésus-Christ » comme  dit saint Jérome, l’infaillibilité en matière théologique.

 

III. Le combat pour l’Ordre catholique

 

 

greco.jpg

 

Soutenez toutes les grandes institutions approuvées par l’Eglise,

comme la chevalerie, les ordres religieux,

contemplatifs, missionnaires, militaires et hospitaliers,.

 

 

Ces analyses vont être à l’origine d’un certain nombre de positions pour le moins tranchées concernant les institutions religieuses catholiques, qui feront souvent l’objet d’importantes incompréhensions et de nombreux contresens de la part des lecteurs de Joseph de Maistre. On conviendra cependant sans peine avec notre auteur que « l’Unité transcendante » à laquelle aspirent les hommes, doit être préparée et préfigurée ici-bas par une bénéfique unité du pouvoir, et une bienfaisante et souveraine harmonie exercée par l’autorité suprême du sacerdoce.

 

a) Les bienfaits de l’Inquisition

 

Greco-portrait_cardinal-1600.jpgLes lois du Ciel trouvent inévitablement une nécessaire transposition dans les formes temporelles qui, normalement, travaillent à incarner les bienheureux et universels principes régulateurs, faute de quoi il s’en suit toujours un trouble et une désorganisation spirituelle et sociale que nul ne peut plus contrôler et qui inévitablement conduit les peuples et les nations à la ruine pure et simple. On est donc obligé de regarder de cette manière la fonction régulatrice confiée à la Sainte Inquisition, établie légalement par la bulle Ille humani generis de Grégoire IX, le 25 avril 1233, institution qui avait pour mission de prévenir, dans une période profondément troublée, le développement des germes de la division et de la confusion qui menaçaient intérieurement la chrétienté, ainsi que de la protéger du Judaïsme et du Mahométisme.

 

 

 

Croix inquisition.jpgJoseph de Maistre s’exprime de la sorte sur cette question : « Le Judaïsme avait jeté de si profondes racines eninquisition2.jpg Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale. (...) Le Mahométisme augmentait prodigieusement le danger ; l’arbre avait été renversé en Espagne, mais les racines vivaient. Il s’agissait de savoir s’il y aurait encore une nation espagnole ; si le Judaïsme et l’Islamisme se partageraient ces riches provinces ; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » [7] Il est donc démontré que l’Inquisition fut créée pour mettre fin au chaos, pour rétablir la paix et la sérénité, c’est pourquoi nous dit-il : « L’Inquisition est, de sa nature, bonne, douce et conservatrice : c’est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique, vous le voyez à Rome et vous le verrez partout où l’Eglise commandera. » [8]

 

C’est uniquement pour prévenir la propagation du mal qui, assurément, aurait semé les troubles les plus redoutables, que le tribunal de la Sainte Inquisition dut intervenir avec sévérité et fermeté. En se faisant l’ardent avocat de l’Inquisition, Maistre n’ignore pas qu’il va brutalement à l’encontre des idées reçues et de l’esprit anti-religieux de son temps. Mais il croit de son devoir de réaffirmer le vrai, de démontrer, avec la force convaincante d’incontestables arguments,  la supériorité et l’évidente sagesse du pouvoir ecclésial sur toute autre forme de pouvoir humain, la tempérance ainsi que la constante union qu’il est seul en mesure de réaliser des vertus de miséricorde et de justice ; « MISERICORDIA ET JUSTICIA » étant d’ailleurs la devise figurant sur les bannières du tribunal de la Sainte Inquisition.

 

Maistre conclut de la sorte son argumentaire :

 

- « Toutes les fois que vous verrez une grande institution ou une grande entreprise approuvée (...) par l’Eglise, comme la chevalerie, les ordres religieux, mendiants, enseignants, contemplatifs, missionnaires, militaires, hospitaliers, etc.; les indulgences générales, les croisades, les missions, l’Inquisition, etc.; approuvez tout sans balancer, et bientôt l’examen philosophique récompensera votre confiance, en vous présentant une démonstration complète du mérite de toutes ces choses. »

 

b) Rôle fondamental de la papauté

 

 

P1010727.JPG

 

Le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer,

dans une Europe livrée au chaos, l’unité du Saint Empire.

 

 

 

armoiries1.gifPar ailleurs, l’attachement de Maistre à l’institution de la papauté, à « L’Héritier des Apôtres » comme le souligne saintPiusV.jpg Bernard,  relève d’une idée, certes non directement explicite, quoique toutefois fort précise qui transparaît sous chaque ligne de son Traité, que l'on peut résumer de la manière suivante  : le Pape est le seul qui possède encore l’autorité nécessaire capable de restaurer, dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, l’unité du Saint Empire.  Le Traité « Du Pape » consigne cette inattendue mais cohérente dévolution. L’Empereur ayant disparu avec le Saint Empire, ne demeurait que le Sacerdoce Suprême pour se voir dévolu l’archétype éternel du Saint Empire. 

 

Ainsi l’insistance sur l’infaillibilité, source de toute souveraineté légitime, qui fait l’objet d’un important développement dans le livre au point que cette notion suscita même quelques réserves à Rome et le prudent silence de Pie VII, avant d'être cependant adoptée par le Concile de Vatican I en 1870, n’a pas d’autre objet que d’asseoir l’incontestable autorité du Pontife romain par dessus toutes les autres formes de souverainetés.

 

IV. Le rétablissement du Saint Empire

 

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GestatorialChair1.jpg

 

Le Pape est le seul garant d’un possible retour

de l’unité politique et spirituelle en Europe.

 

 

SPio-V_LBALDI-1.jpgMaistre est sur cette question très clair : « Le Souverain Pontife est le chef naturel, le promoteur le plus puissant, le180PX-~1.JPG grand Démiurge de la civilisation universelle. » [9] Le Pape est donc le seul garant, de par l’évidente supériorité de sa fonction,  d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle. Il incarne l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel, entre ses mains sacrées repose l’ultime possibilité d’un redressement futur du Saint Empire. Il est, à juste titre, significatif que la phrase de l’épigraphe qui figure sur la page de garde du livre « Du Pape », ne soit pas celle d’un père de l’Eglise où d’un pieux auteur, mais paradoxalement extraite du poème homérique  « l’Iliade », phrase révélant nettement la pensée intérieure du comte savoyard, indiquant sans détour : « Trop de chefs vous nuiraient ; qu’un seul homme ait l’Empire » (Homère, Iliade, II v. 204 sq.)

 

Le catholicisme de Joseph de Maistre est donc, comme nous le voyons, traversé par une vision qui emprunte autant au politique qu'au spirituel, ou, plus exactement, qui est d'autant plus politique qu'elle est spirituelle, puisque pour lui, et ceci ne doit jamais être perdu de vue lorsque l'on aborde la pensée maistrienne, les deux domaines s'interpénètrent intimement, sont étroitement liés et imbriqués, le Ciel se manifestant en permanence par des interventions qui nous sont le plus souvent incompréhensibles au sein de l'histoire humaine. Si l'autorité céleste est source de toute souveraineté ici-bas, il en résulte que l'origine divine du droit, qui fonde et donne sa légitimité à la doctrine de l'infaillibilité, est en réalité la question de la Vérité originelle dont la Sainte Eglise Universelle, par Jésus-Christ, est l'humble dépositaire et son Chef visible, le « Prince des Evêques », le très soumis et très fidèle serviteur [10].

 

philippelebel.jpgN'oublions pas que si la France, par son peuple, est en état de « péché mortel » depuis l'horrible crime du 21 janvier 1793 qui lui fit mettre àabb4.jpg mort celui que le Ciel lui avait donné comme Roi, la Royauté est elle-même en position de rébellion vis-à-vis de Dieu depuis le refus par Philippe le Bel de se soumettre aux injonctions de Boniface VIII qui, conscient des lois principielles qui devaient s'imposaient dans toute la chrétienté pour en préserver l'unité, fit publier en 1302 la bulle Unam Sanctam dans laquelle il précisait la fameuse théorie dite des « deux glaives » en déclarant : « Dans l'Eglise il y a deux glaives, le spirituel et le temporel. L'un de ces glaives doit être soumis à l'autre, l'autorité temporelle doit s'incliner devant l'autorité spirituelle. » La décision de Philippe le Bel aura des conséquences importantes, puisqu'en revendiquant une totale indépendance à l'intérieur de son royaume, et rentrant de ce fait en conflit ouvert avec la Papauté, il sera à l'origine de l'affaiblissement du Saint Siège en Europe et du morcellement de l'empire chrétien, car, à son néfaste exemple, chaque souverain, dans ses Etats, allait exiger désormais une identique indépendance, se réclamant de l'autonomie du pouvoir temporel à l'égard du pouvoir spirituel, attitude dont nous subissons encore directement les effets, et qui a pris, dans les sociétés modernes, une ampleur vertigineuse puisqu’à présent c’est chaque individu qui réclame, rageusement, à titre personnel, une totale indépendance qui n’est en fait que la parfaite continuité de l’originel et lointain esprit « d’insoumission ». 

 

Conclusion

 

Sachons que l'avenir ne sera en définitive que ce que Dieu voudra qu'il soit, ou ce qu'il fera être par l'action de sa Providence. Rien ne sert de s'épuiser dans des formules politiques ou idéologiques qui n’intègrent pas le religieux et le spirituel dans leurs courtes vues, car contre les spectres d'un monde, depuis la Chute, tombé aux mains de l'adversaire, livré aux puissances du négatif et de la mort, ll n’est aucun combat qui puisse se gagner sans être appuyé par les forces de la Divine Providence

  

Ainsi, si nous désirons sortir de ce piège, nous extraire du conditionnement individualiste, libéral, athée et matérialiste que nous impose une société malade, profondément dominée par l’argent dispensant une culture de mort ; si nous aspirons à nous libérer de la spiritualité « parodique » avec son syncrétisme dévoyé, nous défendre contre l’affolant envahissement du psychisme déréglé, il nous faut, impérativement, nous ouvrir à un autre ordre de réalité, nous disposer à devenir singulièrement attentifs aux vérités surnaturelles, à briser l'enfermement stérile dans lequel nous précipite un monde dégradé, fracturé, agonisant sous le poids de sa gigantesque erreur, s'éloignant, inexorablement, et de plus en plus rapidement, de son Principe, et accueillir, avec respect et dévotion, les semences de l'Esprit porteuses de la Vérité de l’Evangile.

 

Il est donc évident que ce ne peut être que par la prière et la « réconciliation », sachant que le pouvoir est d'essence transcendante car il relève, positivement, d'une « histoire divine », qu'apparaîtront les conditions de la contre-révolution, car « c'est au nom du DIEU TRES GRAND ET TRES BON, à la suite des hommes qu'il aime et qu'il inspire, et sous l'influence de son pouvoir créateur, que vous reviendrez à votre ancienne constitution, et qu'un Roi vous donnera la seule chose que vous devriez désirer sagement, la liberté par le Monarque. » [11] C'est pourquoi, avant toute idée de restauration d'un pouvoir légitime, il faut d'abord, et en premier lieu, que s'établissent une réforme radicale, une conversion, un retour aux bases théologiques et morales de la tradition chrétienne ; comme le dira avec fermeté Maistre dans une lettre au vicomte de Bonald (1754-1840) : « Il faut que la religion refasse la monarchie ; et c'est ce qui arrivera malgré les apparences contraires. » [12]

 

 

       

Notes.

 

1. 466517bandera_falange.gifA titre d’exemples, des mouvements religieux et politiques de la période contemporaine, comme la Phalange en Espagne ou la Garde decorneliu_zelea_codreanu.jpg Fer en Roumanie avec les hautes figures attachantes que sont José Antonio Primo de Rivera (1903-1936) ou Corneliu Codreanu (1899-1938) ont, de toute évidence, notre sympathie.

 

2. Comment ne pas rappeler, à ce sujet, l'épisode grotesque qui, sous la Révolution, fut assez représentatif de cette caricature tragi-comique du sacré, et que la mémoire retiendra comme l'exemple caractéristique de la déviation du religieux. En effet, au moment où l'on envoyait à la guillotine les prêtres réfractaires, Chaumette (1763-1794) et la Convention eurent l'idée de célébrer un culte public à la déesse Raison qui se déroula à Paris, le 10 novembre 1793. Ce jour là, on exhiba dans les rues de la capitale sur un trône porté par plusieurs hommes, une jeune personne du nom de Mlle Thérèse-Angélique Aubry, étudiante à l'Académie royale de musique, prêtant sa plaisante silhouette pour la circonstance à cette ridicule mascarade. Préalablement à Notre Dame, les adorateurs de la déesse, représentés par des enfants des deux sexes vêtus de blanc, avaient apporté devant la jeune créature de l'Académie des parfums pour qu'ils se consument à ses pieds, et de séduisantes vestales, recrutées dans différents conservatoires, couronnées de fleurs et les reins entourés d'une ceinture tricolore, esquissaient au même instant une danse éthérée autour de l'auguste divinité. Cette dernière, hiératique, demeurait immobile dans ses voilages blancs, un bonnet phrygien rouge lui servant de diadème, alors que de larges rubans couleur de pourpre entouraient sa taille ; recouverte d'un long manteau bleu, et une pique placée dans sa main droite, la déesse recevait ainsi le vibrant hommage de la population dans le cœur de la cathédrale, à la même place qu'occupait jusqu'alors, et depuis le XIIIe siècle, la Reine du Ciel, la Vierge Marie, Mère du Sauveur. A intervalles réguliers les servantes de la déesse Raison, assises sur des sièges de verdure, tendaient leurs bras vers le trône, puis, deux par deux, venaient profondément s'incliner en se croisant, dans une sorte de vaporeuse chorégraphie, alors même qu'un chœur de chant déclamait : « Descends, ô Liberté, fille de la nature.... » Enfin, au terme de cette cérémonie « inspirée »,  la divinité se leva et, saluant la foule qui l'acclamait à tout rompre, regagna à pas lents le Temple de carton-pâte qui lui avait été édifié et qui se trouvait derrière elle, c'est-à-dire exactement devant le maître autel de la vénérable cathédrale qu'il dissimulait complètement à la vue. L'enthousiasme fut si grand, que l'on décida de porter en triomphe l'idole jusqu'à la Convention, mettant un comble à cette cérémonie antireligieuse, et l'on vit défiler dans les rues de Paris, en une effarante procession, les ballerines suivies par des tambours, entourant le trône sacré, le tout accompagné par une troupe de sans-culottes qui avait hissé en haut de longues perches, comme un trophée, la chape d'or et la mitre de l'archevêque, escortant la nouvelle Isis portée à dos d'hommes. Arrivant, dans un chaos indescriptible, dans la salle des Tuileries ou siégeait l'Assemblée, la populace, les musiciens, le corps de ballet envahirent le lieu et firent une bruyante apparition. Ce fut Chaumette qui conduisit la déesse en la présentant aux élus de la Nation la désignant avec emphase comme le « chef d'œuvre de la nature », puis, alors que le président Laloy donnait l'accolade au nom du peuple français à la belle créature, les fanfares et les chants se faisaient de nouveau entendre. Tous voulurent l'embrasser, et la représentation nationale dans son ensemble décida de lui servir d'escorte afin de la reconduire dans son Temple ; redescendant de la tribune au bras du président, elle remonta sur son pavois, et, une nouvelle fois, l'impie cortège, grossi des membres de la Convention, acclamé par une foule immense, reprit le chemin de la cathédrale Notre-Dame où la fête se poursuivit fort tardivement dans la nuit.    

 

3. On se reportera, à propos de cette « religiosité laïque », de cette « religion civile » qu’adopta la République en faisant siennes les thèses de l’auteur du Contrat social, au livre de Ghislain Waterlot : Rousseau, Religion et politique, PUF, 2004.

 

4. J. de Maistre, Les Soirées de St. Petersbourg, Xe Entretien, t. II, Trédaniel, 1980, p. 179 ss.

   

5. Ibid., p. 177.

 

6. J. de Maistre,  Du Pape, I, chap. I.

 

7. J. de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Première lettre, 1815.

 

8. Ibid. Il faut purger les esprits de cette image, propagée par le dix-huitième siècle et un détestable esprit voltairien, soutenant que « des prêtres pouvaient condamner un homme à mort. (...) qui ne sait qu’il est défendu au prêtre d’être chirurgien, de peur que sa main consacrée ne verse le sang de l’homme, même pour le guérir ? (...) Jamais le prêtre n’éleva d’échafaud ; il y monte seulement comme martyr ou comme consolateur ; il ne prêche que miséricorde et clémence ; et sur tous les points du globe, il n’a versé d’autre sang que le sien. » (Lettres à un gentilhomme russe, op. cit.) L’Eglise s’est bornée à livrer les fautifs au bras séculier, qui, et  lui seul, prononça et exécuta les sentences. Lorsque l’Eglise gouverna, comme ce fut le cas dans certaines souverainetés ecclésiastiques, elle se distingua toujours par sa clémence et sa mansuétude, ceci est à ce point vrai qu’un proverbe est devenu courant en Allemagne : « Unterm Krummstabe is gut whonen. » (Il est bon de vivre sous la crosse.) Que dire rajoute d’ailleurs Maistre du gouvernement de Rome, célèbre pour sa douceur, « nulle part on ne trouve un régime plus parternel, (...) une tolérance plus parfaite. Rome est peut-être le seul lieu d’Europe où le juif ne soit ni maltraité, ni humilié. » (Ibid.) L’exemple le plus frappant que nous donne l’histoire vient des Templiers eux-mêmes qui « demandèrent expressément d’être jugés par le tribunal de l’Inquisition ; car ils savaient bien que s’ils obtenaient de tels juges, ils ne pouvaient plus être condamnés à mort. » (Ibid.)

 

9. Du Pape, livre premier, ch. II.   

 

10. On aura sans doute entendu dire, en quelques occasions, que Maistre fut le chantre de la « politique expérimentale ». Or, s’il fit publier en 1793 ses Lettres d'un royaliste savosien, dans lesquelles, ulcéré par les effets de la Révolution, il défendra, par un argumentaire raisonné de grande qualité, la supériorité de la royauté par rapport à tous les autres régimes, il s'apercevra assez rapidement de son erreur et comprendra que le devenir des sociétés humaines ne relève pas de l'intelligence naturelle, n'obéit pas aux injonctions des arguments les mieux fondés et des déductions les plus justes. La valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration en ces domaines, on peut le regretter, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois obscures inaccessibles à l'entendement classique et est donc guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles. Maistre fut d'ailleurs tellement meurtri par sa manifeste et criante incompréhension, par la fausseté de ses vues, par ce qu'il nommera, avec une certaine rage, le « fruit de l'ignorance », qu'il décidera, de manière symbolique et dans un geste témoignant d'un profond rejet de ce qu'il avait écrit et des thèses qu'il avait, dans sa grande naïveté, défendues, de réduire en cendres, en le livrant au pouvoir des flammes, le manuscrit original de ses Lettres d'un royaliste savoisien. Il notera dans son journal, à la date du 6 février 1798 : « Avant de partir de Turin, j’ai brûlé le manuscrit de mes Lettres savoisiennes composées à une époque où je n’avais pas la moindre illumination (souligné par Maistre) sur la Révolution française ou pour mieux dire européenne. Malgré les vues droites qui les ont dictées, je les ai prises en aversion comme un fruit de l’ignorance. »

 

11. J. de Maistre, Considérations sur la France, chap. X, in Ecrits sur la Révolution, PUF, 1989, p. 179.

 

12. J. de Maistre, Lettre à L. A. Bonald, 16 juin 1807.

15:16 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : catholicisme, révolution, tradition, église catholique |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Le rétablissement du Saint Empire...aaah. Tout est dit dans votre article. Merci.

Je ne cesse de m'étonner, en toute humilité car je n'ai pas votre culture, de notre communauté de vue.

Une seconde fois, merci de coucher sur le papier sur ce que nous sommes souvent incapables d'exprimer sur le site des Intransigeants.

Écrit par : avouedusaintsepulcre | lundi, 02 novembre 2009

Tout à fait d'accord avec avouedusaintsepulcre. La synthèse mise en lumière dans ce texte par Zacharias, entre l'idée monarchique qui est à la base du droit politique en France, et la vision organique maistrienne d'une unité européenne de type impériale reconstituée par la papauté, est vraiment remarquable.

Cela l'est d'autant plus que beaucoup imaginent contradictoires les deux perspectives. Hors, loin de l'être, on constate qu'elles sont au contraire intimement complémentaires et nécessaires l'une à l'autre. C'est pour ne pas l'avoir compris d'ailleurs, que la France a été à l'origine de la plus grande catastrophe de l'Histoire : la Révolution !

Écrit par : Serrus | mardi, 03 novembre 2009

On voit l'intelligence politique de Maistre, savoyard ne l'oublions-pas, dans cet exposé magistral du droit positif et de l'essence spirituelle du pouvoir sur le plan politique.

Écrit par : Hacquinières | mardi, 03 novembre 2009

"Il faut que la religion refasse la monarchie..." c'est exactement ce qui doit arriver !

Il n'y a pas d'autre solution.

Écrit par : Wendrock | mardi, 03 novembre 2009

Quel analyste exceptionnel fut Joseph de Maistre lorsqu'il exposait la situation avant le XVIIIe siècle : "Le Judaïsme avait jeté de si profondes racines en Europe, qu’il menaçait de suffoquer entièrement la plante nationale (...)" C'est cette menace, qui se réalisa plus tard en France...

Écrit par : Sylvain M. | mardi, 03 novembre 2009

Le Pape garant d’un possible retour sur le continent de l’unité politique et spirituelle, incarnant, et lui seul, l’espoir d’une restauration véritable de l’ordre traditionnel. Mais bien sûr !

Ceci est pourtant évident et personne ne le voit. C'est pourtant la seule possibilité réelle qui nous reste pour sauver l'Europe.

Écrit par : Antoine La Croix de Berny | mardi, 03 novembre 2009

Vous écrivez Zacharias : "On aura sans doute entendu dire, en quelques occasions, que Maistre fut le chantre de la « politique expérimentale". Oui on l'a entendu dire, et même répété des milliers de fois dans le courant maurrassien, c'est un thème classique développé et commenté à l'infini à l'AF (on connaît l'antienne : "notre force est d'avoir raison...").

Mais alors, si Maistre n'est pas le "chantre de la politique expérimentale", pouvez-vous nous dire de quoi se fait-il le promoteur ? Pour moi cette idée de politique expérimentale maistrienne me semblait pourtant évidente. ; c'est du moins ce que pensait Maurras non ?


http://maurras.net/2009/10/05/bonald-maistre-et-maurras/

Écrit par : Charles | mardi, 03 novembre 2009

@ avouedusaintsepulcre,

Cette notion d’Empire que nous partageons (ce dont je me félicite grandement créant ainsi entre La Question et les intransigeants un évident lien doctrinal suffisamment rare pour qu’il soit souligné), si incomprise cependant, est fondamentale, car elle est de nature salvatrice, comme l'explique Joseph de Maistre qui ne travaillera sa vie durant qu’à un seul but - la restauration de « l’Unité » de la chrétienté en Europe !

Ce Principe, car s’en est un comme il l’explique en 1814 dans sa "Préface à l'Essai sur le principe générateur des constitutions politiques", n’est pas de nature seulement « politique », il est tout d'abord établi sur une vérité sacrée d'ordre métaphysique, il est placé sous la dépendance d'une perspective étroitement et rigoureusement transcendante et religieuse. D’où son idée qu’il ne peut plus y avoir de politique aujourd’hui que religieuse et continentale.

Ainsi s’explique que dans cette perspective, à laquelle nous devons évidemment consacrer nos efforts, le Pape soit le seul a posséder, aujourd’hui plus encore qu’au XVIIIe siècle (que dirait Maistre en découvrant la terrifiante situation présente !), au milieu d’une Europe brisée et affaiblie, l’autorité nécessaire capable de restaurer l’Unité.

Ce que soutiendra Joseph de Maistre par une analyse remarquable (qui est loin d’être un royaliste classique comme certains l’ont cru de façon inexacte pendant bien longtemps au contact des disciples de Maurras, royalisme vis-à-vis duquel d’ailleurs il est très critique en exposant une théorie toute différente / voir ci-dessous réponse à Charles à propos des notions de « politique expérimentale » et « d’empirisme organisateur » en vogues à l’AF ), c’est que dans une Europe livrée au chaos des égoïsmes nationaux et au venin révolutionnaire, il n’y a plus de solution locale envisageable, il n’est plus possible - et l’exemple des monarchies européennes confrontées aux même problèmes que nous mais également impuissantes à les résoudre, est probant sur ce point - de se sauver dans son coin. Seule l’unité du Saint Empire est donc apte, car il faut un redressement catholique au niveau continental, à restaurer l’Ordre traditionnel.

L’excellent Traité "Du Pape" qui est un véritable guide de stratégie politique contemporaine, consigne cette inattendue mais cohérente dévolution : L’Unité ayant disparu, ne demeure donc que le Sacerdoce Suprême, c’est-à-dire la papauté, pour se voir détentrice de l’archétype éternel de la cohésion spirituelle et politique de l’Europe.




@ Charles,


Votre étonnement est normal, car en effet, Joseph de Maistre, et cela surprend nos amis maurrassien à qui on a répété cela tant de fois, loin d'être le chantre de la « politique expérimentale » et de « l’empirisme organisateur » fut, bien au contraire, le théoricien par excellence du caractère rigoureusement irrationnel de la science politique et en vint à ne penser la question politique qu’en terme religieux de « Providentialisme ».

La preuve manifeste nous en est donnée de cette attitude, comme je l’ai signalé dans ce texte, par le comte chambérien lui-même qui, ayant fait publier en 1793 ses Lettres d'un royaliste savosien, dans lesquelles, ulcéré par les effets de la Révolution, il défendait, par un argumentaire raisonné, la supériorité de la royauté par rapport à tous les autres régimes, s'apercevra assez rapidement de son erreur et comprendra que le gouvernement des sociétés humaines ne relève pas de l'intelligence naturelle, n'obéit pas aux injonctions des arguments les mieux fondés et des déductions les plus justes.

C’est pourquoi, la valeur de l'expérience, la logique empirique et la force de la démonstration en ces sujets, constatera-t-il non sans un certain regret, ce qui le met à grande distance de l’empirisme organisateur maurassien qui hérite d’Auguste Comte une conception raisonnée de la science politique, ne comptent absolument pas ; le monde est agi par des forces d'une « autre » nature, il est soumis à des lois obscures inaccessibles à l'entendement classique, et est donc guidé, entraîné malgré lui, vers des destinations imprévisibles.

Maistre fut d’ailleurs tellement meurtri par la fausseté de ses vues initiales, nous dirions volontiers « expérimentales », qui démontraient le caractère supérieur de la monarchie, par ce qu'il nommera, avec une certaine rage, le « fruit de l'ignorance », qu'il décidera, de manière symbolique et dans un geste témoignant d'un profond rejet de ce qu'il avait écrit, de réduire en cendres, en le livrant au pouvoir des flammes, le manuscrit original de ses Lettres d'un royaliste savoisien.

Bien que d'essence profondément monarchiste, la pensée maistrienne participe donc d'un constat simple, mais cependant obligeant du point de vue doctrinal : il ne peut plus être question, en toute logique, d'envisager, pour les sociétés humaines, une « politique » naturelle basée sur l'expérience, ou de se référer à la validité d'une prétendue « loi » naturelle qui viendrait légitimer, aidée par une raison non moins « naturelle » et empirique, c'est-à-dire pervertie et obscurcie, une constitution ou un régime, puisque « l'état de nature est une contre nature.»(Œuvres Complètes, t. VII, p. 126.) Selon Maistre tout est renversé, l'ordre du monde est un désordre absolu, une radicale caricature de « l'Ordre » véritable ; tout est soumis au règne de l'inversion et de l'erreur. Il le rappellera en des termes extrêmement nets : « Il n’y a que violence dans l’univers ; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne qui a dit que "tout est bien ", tandis que le mal a tout souillé, et que, dans un sens très-vrai, tout est mal, puisque rien n’est à sa place.» (Considérations sur la France, chap. III.)

Ainsi pour Maistre c’est « la Divine Providence » uniquement qui dirige l’Histoire, c’est elle qui fait et défait les Rois, qui intervient pour redresser les fautes d’une humanité coupable incapable de se gouverner, et représente, concrètement, la volonté et l'influence directe du Législateur Suprême à l'intérieur de ce monde abîmé.

La Providence lui apparaîtra même à la réflexion, comme l’unique auteur des décrets, parfois incompréhensibles et surprenants, qui s'imposent aux hommes et aux sociétés qu'ils ont édifiées. Il parlera de l'évidente manifestation d'un « Esprit recteur », parfaitement perceptible aux différents moments cruciaux de l'Histoire, esprit qui guide et conduit de manière « surnaturelle » le monde vers un accomplissement attendu et espéré.

Maistre en arrivera ainsi à la conclusion qu'une sagesse éclairée ne peut que nous encourager à regarder les bouleversements qui jalonnent les temps comme des « messages » que la Divinité destine aux peuples et aux souverains, nous donnant à penser que les mains invisibles, qui châtient les populations, ou frappent les puissants et les chassent de leur trône, sont souvent l'instrument de la colère du Ciel. C’est pourquoi l’orage révolutionnaire, affirmera Maistre, n'aura été en France, à cet égard, que le « ministre secret de la justice divine irritée contre une nation ingrate et pervertie... »

Écrit par : Zacharias | mercredi, 04 novembre 2009

Maistre n'est pas franc du collier, mais était bel et bien franc-maçon, et de haut grade.
D'ailleurs son "Traité sur le Sacrifice" (qui suit les "Soirées") est un ode à l'hébraïsme le plus atavique...

Écrit par : Rieux | dimanche, 08 novembre 2009

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