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vendredi, 12 juin 2009

L’écologie spirituelle radicale

ou la contre-révolution conservatrice

 

 

 

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 L’écologie, à la faveur du succès électoral de la liste « Europe écologie », conduite par Daniel Cohn-Bendit lors du dernier scrutin européen, quelle que soit la valeur réelle du personnage, montre qu’il y a une prise de conscience montante de la population vis-à-vis du devenir de la planète. Cela n’est pas mauvais en soi, et représente même un certain avertissement, quoique timide, que quelque chose est en train de changer peu à peu dans l’esprit de la population, qu’une troisième voie alternative au délire consumériste de la société libérale s’impose comme étant inéluctable. Evidemment, la large diffusion du documentaire « Home », à la veille du scrutin des élections européennes, a sans aucun doute contribué au succès d'Europe écologie. Toutefois, cette explication un peu courte, masque le profond malaise que traverse notre civilisation.

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Certes ceci n’est pas nouveau, dès 1931, Oswald Spengler (1880-1936) avait déjà dit, non sans quelques raisons, que la « civilisation occidentale » produisait « un monde artificiel [qui] pénétrait le monde naturel et l’empoisonnait : « La Civilisation est elle-même devenue une machine, faisant ou essayant de tout faire mécaniquement. Nous ne pensons plus désormais qu’en termes de “chevaux-vapeur”. Nous ne pouvons regarder une cascade sans la transformer mentalement en énergie électrique »  [1]. 

I. La terre est malade

 

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 Le productivisme industriel,

est en train de dévorer toute la création avec ses dents de fer.

  

Tout le monde en convient, la terre est malade, elle souffre et meurt sous les traitements qu’on lui fait subir, elle agonise de la violence qu’on lui inflige, elle se corrompt sous les coups répétés et réitérés d’une industrie monstrueusement mortifère. Il est donc temps de se réveiller, afin que nos enfants puissent, demain, et avant qu’il ne soit trop tard, toujours entendre battre le cœur de la terre !  En effet, interrogeons-nous. Qu’est devenue la vie de l’homme aujourd’hui ? lui qui voit couler à présent, à grande vitesse et tristement ses sombres heures, domestiqué dans les enfers urbains, parqué dans des habitations qui sont une insulte à l’architecture, soumis à des cadences de travail délirantes, devenant fou en s’enfermant dans des moyens de transport insensés, bruyants, dangereux et polluants. Sans même parler de faits évidents, comme le réchauffement climatique qui n’est pas un leurre [2]  Pollution, espèces en voie de disparition, réchauffement climatique, CO2, couche d’ozone, appauvrissement des ressources d’eau douce, montée des eaux, fonte des glaciers, industrialisation frénétique, urbanisation sauvage, sommes-nous donc certains de rester passifs devant la destruction par une humanité désorientée, de ce que Dieu nous a confié, à savoir la terre qui est notre mère commune. Loin du discours idéologique d’un mouvement Vert qui draine les pires égarements politiques,  nous savons cependant que nous n’avons plus que quelques dizaines d’années en réserve de pétrole, de gaz ou d’uranium, seul le charbon est plus abondant mais il est plus difficile à utiliser et très polluant. Que faire ?

 

II. Réveil de la conscience

 

Un élément peut surprendre. Le monde catholique ne se sensibilise que très lentement. « L’Église s’est beaucoup mobilisée pour le respect de lamun00.jpg vie humaine de la conception à la mort naturelle. On peut répéter cette conviction, mais à condition qu’il y ait encore une vie humaine ! » plaide Jean-Marie Pelt, pour qui « la protection de la vie tout court est une priorité absolue ». Pourtant, comme le signale Patrice de Plunkett, auteur de «  L’écologie, de la Bible à nos jours - Pour en finir avec les idées reçues »  : le réchauffement climatique fut prédit dès 1880 par l’abbé Stoppani (géologue de l’Académie royale des sciences de Milan), et en 1900 par Arrhenius (Suédois, prix Nobel de chimie). Le souci de l’environnement, des conditions de vie fut une idée que l’on retrouve déjà chez René de La Tour du Pin ,  Frédéric Le Play, ou encore Albert de Mun. Mais l’écologie naît véritablement, même si le courant de la Révolution conservatrice en Allemagne avant-guerre se signala par ses positions novatrices en la matière, qu'à la fin des années 1960, quand l’opinion prend conscience des effets du productivisme industriel sans frein. Vers 1970, on voit naître l’écologie « politique », qui veut amener les gouvernements à prendre en compte la responsabilité de l’homme envers la nature. C’est bien plus qu’un « souci de l’environnement » : il s’agit de réinventer le politique pour qu’il soit à la hauteur des défis de l’avenir. »  Néanmoins ce mélange débouche sur une position qui ne répond pas aux véritables défis, elle en vient à faire de l’écologie un parti, alors que l’écologie est une voie conservatrice alternative.

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La Tradition est révolutionnaire, elle est le seul véritable progrès,

concret et durable, le seul développement intégral qui soit,

car rien ne pousse longtemps sans racines.

Comme l’écrit fort justement Georges Feltin-Tracol dans  «L’écologie : une troisième voie identitaire ? » : 

- « Tout peuple, toute civilisation naît, s’épanouit et meurt dans un espace bien précis, dans un terreau particulier différent de tous les autres. Le sol, fécondé par la psyché commune - l’égrégore chère aux ésotéristes, est la matrice des haute civilisations. La notion de biotope s’applique aussi aux communautés humaines parce que, en relation permanente avec un paysage spécifique, elles fondent toutes une existence collective. Cette existence particulière se symbolise par une gastronomie, un habillement, un habitat, des mœurs qui constituent un art de vivre original imprégné des génies du lieu. Attenter à l’intégrité de leur milieu naturel revient automatiquement à les agresser. Les Anciens appellent la symbiose existant entre les civilisations et le cosmos qui les entoure : l’harmonie. L’histoire est, hélas !, pleine des outrages faits par l’Occidental à la biosphère/culturosphère dont l’anéantissement de peuples entiers en constitue l’illustration la plus évidente. Au-delà du strict aspect environnemental, la destruction méthodique des paysages bouleverse à jamais la vie, les structures sociales et l’imaginaire des autochtones qu’ils soient d’Amazonie (voir le film de John Boorman, la Forêt d’émeraudes) d’Afrique, d’Asie, d’Océanie ou d’Europe. La défense des peuples passe donc par la défense de l’endroit où ils vivent. » [3] 

044.jpgPaul Claudel sut dire également quelques sévères vérités des , « qui n’est selon-lui ni secte, ni songe, son domaine est le réalisme et le bien commun, sous une forme nouvelle (…) offrant un terrain de dialogue et d’action entre croyants et incroyants, proposant un art de vivre dont le « code génétique » est proche des Évangiles », avec une rare énergie, ce qu’était les fautes de la civilisation moderne, parlant ainsi des Etats-Unis : « La même gabegie criminelle a présidé à l’exploitation des ressources naturelles et animales, des castors, des troupeaux de bisons, des vols de canards et de pigeons sauvages radicalement exterminés, des pêcheries empoisonnées par les égouts, par les usines et par le mazout, des réservoirs de gaz naturel et de pétrole livrés sans aucun contrôle aux pirateries du premier occupant… » [4] Critiquant fermement le libéralisme capitaliste Claudel rajoutait : « Le principe de notre civilisation, c’est le numéraire, l’alchimie maudite qui volatilise toute chose et transforme en une inscription servile, sur le front de l’homme, le nom de Dieu. Autrefois, l’argent n’était qu’un appoint. Aujourd’hui, c’est l’élément universel en qui tout existe et vaut » [5]. Rappelant les devoirs de l’homme envers la nature : « Tout ce que Dieu nous donne, il y a un devoir, un ordre, un art de le ménager, pour que nous gardions cela qui n’est à nous que pour que nous ayons un moyen de payer à Dieu redevance. Il ne s’agit pas de violenter la terre […] mais de l’interroger avec douceur, et de lui suggérer le vin et l’huile ». [6] L'encyclique Centesimus annus réaffirmera à ce titre : « Seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté ». C'est en répondant à cette consigne, qui lui a été adressée par le Créateur, que l'homme, avec ses semblables, peut donner vie à un monde de paix. En plus de l'écologie de la nature, il y a donc une « écologie » que nous pourrions appeler « humaine », qui requiert parfois une « écologie sociale ». Et cela implique pour l'humanité, si la paix lui tient à coeur, d'avoir toujours plus présents à l'esprit les liens qui existent entre l'écologie naturelle, à savoir le respect de la nature, et l'écologie humaine. L'expérience montre que toute attitude irrespectueuse envers l'environnement porte préjudice à la convivialité humaine, et inversement. Un lien indissoluble apparaît toujours plus clairement entre la paix avec la création et la paix entre les hommes. L'une et l'autre présupposent la paix avec Dieu. La poésie-prière de saint François, connue aussi comme « le Cantique de Frère Soleil », constitue un exemple admirable - toujours actuel - de cette écologie multiforme de la paix. » [7]

 

III. Pour une écologie spirituelle

 

 De ce fait, comme le rappelle très pertinemment Falk van Gaver : « Qu'est-ce donc que l'écologie intégrale ? C'est une écologie catholique au sens le plus plénier du terme. C'est avant tout reconnaître et proclamer l'aspect intrinsèquement écologique - et ce bien avant que le terme « écologie » n'existe - de la religion. Une écologie intégrale, c'est une écologie complète, une écologie à la fois humaine et naturelle, temporelle et spirituelle. On en trouve de nombreux axes dans le Magistère, dans les écrits des papes, mais aussi le Catéchisme et dans la Doctrine sociale de l'Église, ainsi que dans toute la Tradition chrétienne à travers les siècles, chez tous les grands saints d'Orient et d'Occident de deux mille ans de christianisme.

 

 

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Aucun salut ni réenchantement du monde
ne se fera sans une reprise de tradition

On en trouve des bases sûres dans toute la Bible, à commencer par la Genèse bien sûr, mais aussi les Psaumes, les Proverbes, la Sagesse, et le Nouveau Testament évidemment : les Evangiles, les Epîtres, l'Apocalypse…La question écologique est, le mot en moins, centralement présente dans la religion biblique, dans toute sa pensée comme dans tous ses rites, dans toute sa liturgie et toutes ses pratiques. […] Après l'immense et permanente rupture de tradition, rupture de transmission, interruption permanente de transmission, révolution permanente qui est le fondement même de la dynamique des derniers siècles que l'on a appelé « modernité », nous savons qu'aucun salut ni réenchantement du monde ne se fera sans une reprise de tradition. (…) Mais cette arche de salut ne doit pas oublier la nature, fondement de toute culture. La culture hors-sol qui constitue sur tous les plans la base de notre civilisation moderne montre ses limites. La reprise de tradition doit s'effectuer sur tous les plans, il faut l'étendre à tous les aspects de la vie, notamment économiques et écologiques. Une reprise de tradition n'est pas un retour en arrière, une copie du passé, mais une continuation inventive des méthodes qui ont fait leur preuve à travers siècles. L'agriculture biologique et l'architecture écologique sont de bons exemples, même si encore trop minoritaires, de ce qu'une reprise de tradition peut avoir de bon et de fécond. Cette reprise de tradition, multiforme et créative, est la seule véritable révolution - au sens étymologique ainsi que l'entendait Péguy : « seule la tradition est révolutionnaire… » - et le seul véritable progrès, concret et durable, le seul développement intégral qui soit. Car rien ne pousse longtemps sans racines. » Nous avons besoin d’être reliés à une source d’énergie pour vivre (alimentation, respiration….) et nos appareils font de même (électricité, gaz, pétrole….) L’analogie est que sur le plan spirituel, nous avons aussi besoin d’être reliés, de nous connecter à une source pour faire le plein. Cette source est d’origine transcendante, c’est l’essence de la Tradition.

IV.  La contre-révolution conservatrice 

Aujourd’hui le monde se meurt faute d’avoir su conserver un lien réel et vivant avec la terre. D’ailleurs les habitations modernes ont placé au cœur des maisons la boîte à image, là où, lorsque la société était encore humaine, se trouvait la cheminée, l’âtre qui, comme il fut publié ailleurs,  dans ce qu’on nommait jadis la « chambre à feu » était le cœur de la vie domestique : on s’y chauffait, on y faisait la cuisine, et les vieillards y attendaient, non comme aujourd’hui parqués dans des maisons, baptisées pudiquement de « retraite », en fait concrètement de sinistres « mouroirs» (sic) où ils végètent abandonnés de tous en raison des conditions existentielles « paradisiaques » du monde moderne, mais entourés de leurs proches, tranquillement la mort avec l’assurance de rejoindre, lorsque leur heure dernière arrivait, leur vraie demeure qui est au Ciel.  C’est pourquoi, « outre le soutien apporté aux mouvements régionalistes, il paraît indispensable d’assurer la défense culturelle et politique des terroirs, ou, si l’on préfère, des pays, dans son acception première. La protection de la paysannerie et, plus largement, de la ruralité n’est point une action vaine. En effet, « il n y a pas de mariage de l’homme et de la nature, de société différente parce qu’enracinée en son lieu, sans campagne où des paysans pratiquent l’agriculture. [...] Car le paysage n’est pas un spectacle, mais un signe. Signe de vie, d’une certaine façon de cultiver, de sentir et de penser ici sur terre. La lutte en faveur des identités et de l’environnement passe nécessairement par la renaissance du monde rural.  J’appartiens de tout mon être, remarque Georges Bernanos, de toutes mes fibres, à une vieille civilisation sacerdotale, paysanne et militaire » [8] C’est pourquoi, au moment où l’écologie politique est une autre forme du triste spectacle politicien, il nous faut revenir au combat de la terre, « aux identités culturelles, au dépassement de la Technique et à la transmission du legs ». L’écologie que nous souhaitons, doit être contre-révolutionnaire et conservatrice, source d’enracinements et de régénération des communautés organiques.  Telle sera la véritable révolution écologique conservatrice, à la fois conservatrice en ce qu'elle déplore et critique du même geste le déclin de la civilisation et les effets de la modernité aveugle à elle-même, et en même temps révolutionnaire car sa critique s'énonce d'un point de vue radical et contre-révolutionnaire antilibéral capable de balayer la forme décadente d'une société malade et agonisante. La contestation révolutionnaire-conservatrice doit désormais œuvrer pour inventer un ordre spirituel nouveau, d'où puisse renaître, s’il se peut encore, la civilisation sur son déclin. Ainsi que le déclarait Eugen Rosenstock : « Pour continuer à vivre, aller de l’avant, nous devons recourir à ce qui avait avant la césure religieuse.

Or, ce qu’il y avait avant la césure religieuse, c’est-à-dire la déchristianisation, porte un nom, un nom  conféré par Carl Schmitt  :

‘‘Ordo romanus aeternum’’ ! [9]

Notes

 

[1] Oswald Spengler, L’Homme et la Technique, Gallimard, 1958, p. 143.

 

[2] La banquise disparaît et si nous ne faisons rien dans une vingtaine d'année il n'y aura plus de glace au pôle Nord ! Chaque année c'est l'équivalent de la surface de la France qui s’évapore. Entre 2000 et 2008 un tiers de la surface a disparu ! Son épaisseur se réduit également d'année en année, celle ci est passée d'une moyenne de 3.5 mètres en 1960 à seulement 2 mètres en 2008. La température a augmenté au pôle de 4° au 20e siècle,quand sur le reste du globe la température a augmenté de 0.6 °.Avec tout ces éléments qui peut nier le réchauffement climatique ? Qui peut rester indifférent devant une telle menace ?  

 

[3] G. Feltin-Tracol, L’écologie : une troisième voie identitaire ? Europe Maxima, 2005.

 

[4] P. Claudel, Contacts et circonstances, 1940.


[5] P. Claudel, Au milieu, op. cit.


[6] P. Claudel, Présence et prophétie, 1942.

 

 

[7] Le Catéchisme de l’Eglise catholique est très riche en recommandations concernant l’ordre naturel, et le respect de la terre :

 

 -   « Chaque créature possède sa bonté et sa perfection propres. Pour chacune des œuvres des 'six jours' il est dit : « Et Dieu vit que cela était bon. » C'est en vertu de la création même que toutes les choses sont établies selon leur consistance, leur vérité, leur excellence propre avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques. Les différentes créatures, voulues en leur être propre, reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu. C'est pour cela que l'homme doit respecter la bonté propre de chaque créature pour éviter un usage désordonné des choses, qui méprise le Créateur et entraîne des conséquences néfastes pour les hommes et pour leur environnement.

-    « Le soleil et la lune, le cèdre et la petite fleur, l'aigle et le moineau : le spectacle de leurs diversités et inégalités signifie qu'aucune des créatures ne se suffit à elle-même.

-     « L'homme, dans l'usage qu'il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu'il possède légitimement comme n'appartenant qu'à lui, mais les regarder comme communes : en ce sens qu'elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres.

-     « La domination accordée par le Créateur à l'homme sur les êtres inanimés et les autres vivants n'est pas absolue; elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir; elle exige un respect religieux de l'intégrité de la création. »

 

[8] B. Charbonneau, Sauver nos régions, Écologie, régionalisme et sociétés locales, Sang de la Terre, 1992, pp. 26-27.

 

[9] Carl Schmit, Römischer Katholizismus und politische Form (1923), lance en quelque sorte un double appel: à la forme qui est essentiellement en Europe ro­maine et catholique, c’est-à-dire universelle en tant qu’impériale, et à la Terre, socle incontournable de toute action politique, contre l’économisme mouvant et hyper-mobile, contre l’idéologie sans socle qu’est le bolchevisme, allié objectif de l’économisme anglo-saxon.

 

 

 

 

 

11:02 Publié dans De la nature | Lien permanent | Commentaires (36) | Tags : ecologie, politique, pollution, religion, spiritualité |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

La référence à Spengler est non seulement judicieuse mais aussi fort sympathique ; quant à l'analyse de ce dernier dans "L’Homme et la Technique" , elle est imparable : « La Civilisation est elle-même devenue une machine, faisant ou essayant de tout faire mécaniquement ».

Écrit par : Wendrock | vendredi, 12 juin 2009

Je vous vois bien Hadrien, dans une sorte de troisième voie médiane au sein de la révolution conservatrice, entre la tendance völkisch et
le courant jeune-conservateur (violemment hostile au libéralisme, catholique et hanté par la mémoire du Saint-Empire Romain germanique) qui voulait régénérer la vie selon la formule du théoricien Albrecht Eric Günther : « nous entendons par principe conservateur non la défense de ce qui était hier, mais une vie fondée sur ce qui aura toujours de la valeur ».

Écrit par : Aloïs | vendredi, 12 juin 2009

A la même période que Spengler en Allemagne, et dans une optique évidemment directement métaphysique mais assez comparable, c'est dans ses intéressantes considérations sur "L'Origine de l'œuvre d'art" (Der Ursprung des Kunstwerks), que Heidegger reprendra à nouveaux frais, et de façon remarquable, le problème de la tradition au sens étymologique du terme (du latin tradere "transmettre en allemand "überliefern").
Faisant un parallèle avec la terre qui se meurt, il explique que "conservées dans les musées, les œuvres sont isolées du "lieu" de leur origine", soutenant que de ce fait elles parlent d'un monde révolu à jamais — "Als die Gewesenen stehen sie [die Werke] uns im Bereich der Überlieferung und Aufbewahrung entgegen. Fortan bleiben sie nur solche Gegenstände". Dès lors, il nous reste, à mettre en oeuvre le principe de la Tradition par la pensée de l'être, pensée qui doit impérativement être "transmise" et "conservée". Désormais, sur le plan de la reprise ontologique fondamentale, pour Heidegger, la Tradition ("Überlieferung") est associée à la "conservation" ("Bewahrung"). Seul le langage peut assurer la présence de cette pensée de l'être, se porter garant, et lui seul en son lieu et en sa présence, de cette Tradition qui signifie "conservation".

Écrit par : Zak | vendredi, 12 juin 2009

quelle que soit la valeur réelle du personnage



http://kvideo.fr/content/cohn-bendit-et-la-p%C3%A9dophilie

Écrit par : Pied Léger | vendredi, 12 juin 2009

@ Aloïs. A propos du rapport entre Révolution Conservatrice en Allemagne et catholicisme, lire l'article fort intéressant de Robert Steuckers :


"Révolution Conservatrice, forme catholique et «ordo æternus» romain."



"La Révolution Conservatrice n’est pas seulement une continuation de la «Deutsche Ideologie» de roman­tique mémoire ou une réactualisation des prises de positions anti-chrétiennes et hellénisantes de Hegel (années 1790-99) ou une extension du prussianisme laïc et militaire, mais a également son volet catho­lique romain. Dans les cercles catholiques, chez un Carl Schmitt par exemple, ainsi que chez ses dis­ciples flamands chapeautés par la personnalité de Victor Leemans, une variante de la RC s’inscruste dans la pensée catholique, comme le souligne justement un catholique de gauche original et vraiment non-conformiste, le Prof. Richard Faber de Berlin. Pour Faber, les variantes catholiques de la RC renouent non pas avec un Hegel hellénisant ou une prusséité soldatique et militaire, mais avec l’idéal de Novalis, exprimé dans Europa oder die Christenheit: cet idéal est celui de l’organon médiéval, où, pensent les ca­tholiques, un véritable écoumène européen s’est constitué, formait une communauté organique, soudée par la religion."


http://www.voxnr.com/cc/d_allemagne/EEuyuFkVEVvaGjBYUL.shtml

Écrit par : Quadrige | dimanche, 14 juin 2009

Article extrêmement instructif. Nous apprenons grâce à Hadrien que nous disposons, nous catholiques, d'un véritable arsenal idéologique pour contrer l'écologie boboïsante et lui opposer un contre-projet écologique viable. Il est donc possible de les battre sur leur propre terrain, tout en gardant intacte notre conception du monde.

Écrit par : Vertumne | dimanche, 14 juin 2009

Le coup de pied de l'âne du moderniste de Lubac à l'endroit de Cakl Schmitt :


"En 1984, le père de Lubac avait réuni quelques études dans un volume in­ti­tu­lé Théologies d’occasion (Desclée-de-Brouwer). Dans la dédicace de mon exemplaire, il parle de « ce fourre-tout, ces vieilleries », mais les dites vieilleries m’avaient passionné et notamment toute la section intitulée Théologie politique où l’auteur défend, contre de fallacieuses interprétations, la légitime autonomie du temporel en démontrant que le pseudo au­gustinisme politique est complètement étranger à la pensée d’Augustin. Telle que celle-ci s’est exprimée surtout dans la Cité de Dieu. Or c’est exactement le thème d’Erik Peterson dans un texte fondamental qui vient d’être réédité chez Bayard  : Le monothéisme, un problème politique. Dans le texte le plus important de ce re­cueil d’études, une simple petite note concerne Carl Schmitt, mais elle fut déterminante pour lui car, au demeurant, la démonstration de l’inadéquation de la théologie trinitaire avec une prétendue théologie politique rendait vaine toute sa théorie  : « Le concept de théologie politique a été introduit dans la littérature par les travaux de Carl Schmitt, Théologie politique, Munich, 1922 - ces considérations, à l’époque, n’ont pas été exposées de façon systématique. Nous avons tenté ici de démontrer à partir d’un exemple concret l’impossibilité d’une telle théologie politique. » Cette formule lapidaire, Schmitt la re­cevra, si j’ose dire, comme un direct à l’estomac, et il ne la digérera jamais."


http://www.france-catholique.fr/3104-Carl-Schmitt.html

Écrit par : Lozère | dimanche, 14 juin 2009

@ Vertumne. Bien de votre avis : "nous disposons, nous catholiques, d'un véritable arsenal idéologique pour contrer l'écologie boboïsante et lui opposer un contre-projet écologique viable". A ce titre ce n'est d'ailleurs pas la moindre des vertus de cet article qui, par ailleurs, en pointant du doigt le possible rattachement avec les idées de la Révolution Conservatrice, montre l'intéressant pont historique que nous puvons établir si nous voulions nous en donner la peine, par delà l'actuel écologisme politicien du parti Vert, avec des positions plus que sympathiques sur le plan spirituel.

Écrit par : Falk | dimanche, 14 juin 2009

Comment protéger la planète ? En supprimant vos enfants !


«Le Protocole de Copenhague doit explicitement établir la relation entre le fait de réduire “humainement” le nombre d’êtres humains et l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre »,

Écrit par : Ahurissant | lundi, 15 juin 2009

Hadrien merci. Je découvre grâce à vous ces textes saisissants de Paul Claudel, que je ne connaissais absolument pas : « Le principe de notre civilisation, c’est le numéraire, l’alchimie maudite qui volatilise toute chose et transforme en une inscription servile, sur le front de l’homme, le nom de Dieu. Autrefois, l’argent n’était qu’un appoint. Aujourd’hui, c’est l’élément universel en qui tout existe et vaut.

[...]

Tout ce que Dieu nous donne, il y a un devoir, un ordre, un art de le ménager, pour que nous gardions cela qui n’est à nous que pour que nous ayons un moyen de payer à Dieu redevance. Il ne s’agit pas de violenter la terre […] mais de l’interroger avec douceur, et de lui suggérer le vin et l’huile ».


Superbe et si juste !

Écrit par : Séraphi | mardi, 16 juin 2009

@ Séraphi

C'est vrai que c'est un registre moins connu de l'auteur de "L'Annonce faite à Marie" ou du "Soulier de satin", mais son analyse critique de la civilisation technicienne et industrielle est très pertinente : « La même gabegie criminelle a présidé à l’exploitation des ressources naturelles et animales, des castors, des troupeaux de bisons, des vols de canards et de pigeons sauvages radicalement exterminés, des pêcheries empoisonnées par les égouts, par les usines et par le mazout, des réservoirs de gaz naturel et de pétrole livrés sans aucun contrôle aux pirateries du premier occupant… »

Prémonitoire et visionnaire.

D'ailleurs Jean Bastaire a ainsi récemment réuni en un volume ce qu'il a nommé avec justesse les Conversations écologiques de Claudel (Le temps qu'il fait, 2000). Encore un extrait tellement le jugement est excellent :

« Notre civilisation industrielle n'est pas en train de dévorer toute la création avec ses dents de fer ? Les animaux, les plantes, les forêts qu'elle transforme en papier, l'air dont elle fait de l'engrais, la terre de tous côtés qu'elle exploite et dont elle arrache les entrailles minérales. Et partout autour de nous que de détritus, que de décombres, que d'ossements, que de matériaux sucés que nous foulons sous nos pieds ! Toute la nature souillée et abîmée avec nos affiches, nos usines et nos pompes à essence ! »

Écrit par : Falk | mardi, 16 juin 2009

Alexandre DOUGUINE, dans un article intitulé " Panorama de la "Révolution Conservatrice" en Russie", publié en 2002, a montré que les premières sources de la Révolution Conservatrice se trouvaient en Russie :


"Youri Samarine parlait effectivement en 1875 de "Révolution conservatrice" et titrait ainsi une de ses brochures programmatiques. Par ailleurs, on ne peut nier que la RC allemande était russophile et luttait pour une Ostorientierung de la diplomatie et de la politique étrangère allemandes. Ecrit-il. Les écrits de Lopouchine et de Novikov fourmillent de références aux valeurs mystiques du peuple et de l'âme russes, entendus comme des réalités spirituelles et énigmatiques. (...) Ils voulaient, dans la deuxième moitié du XVIIIième siècle, contrebalancer les tendances purement laïques et essentiellement athées de la Cour russe, devenus en quelque sorte obligatoires sous la Tsarine Catherine. Ils voulaient amorcer des recherches traditionalistes, spirituelles et ³conservatrices dans le sens où elles étaient mystiques et théologiques."


http://www.voxnr.com/cc/d_douguine/EpkyVVklkybyyeqrXZ.shtml

Écrit par : Maximilien | mardi, 16 juin 2009

Armin Molher écrit dans sa célèbre thèse "La Révolution conservatrice en Allemagne" :

« La vie culturelle et politique allemande a été caractérisée, entre 1918 et 1933, par l'existence d'un puissant mouvement spirituel qui se déclarait décidé « à faire table rase des ruines du XIXe siècle et à établir un nouvel ordre de vie ».

Ce mouvement s'est manifesté, avec plus ou moins de vigueur, un peu partout en Europe, mais c'est en Allemagne qu'il a marqué le plus profondément, et dans tous les domaines, la vie de la société. On lui a donné le nom de Konservative Revolution : de Révolution conservatrice. En fait, il s'agit d'un phénomène métapolitique maintes fois décrit (trop souvent d'ailleurs par des adversaires et sur la base d'idées préconçues), mais que l'on connaît en définitive assez mal, en dépit de son importance historique.

Écrit par : Wendrock | mardi, 16 juin 2009

Je trouve très juste cette idée de l'Interregnum propre à la Révolution Conservatrice, ainsi décrite :

- « Nous vivons dans un interrègne ; le vieil ordre s'est écroulé, et le nouvel ordre n'est pas encore devenu visible ».

Écrit par : Karl | mardi, 16 juin 2009

A noter cette remarque intéressante dans larticle sur la RC de Metapedia :

"Il y avait des auteurs juifs (Walter Rathenau, Max Scheler) parmi les hommes de la Konservative Revolution. Il est d'ailleurs intéressant de constater l'effet produit par le « réveil national allemand » sur la communauté juive allemande et, à plus lointaine échéance, sur le mouvement sioniste. L'influence exercée par la Bündische Jugend et le Mouvement de jeunesse (Jugendbewegung) issu du Wandervogel fut particulièrement importante. La notion de Volk, l'idée, sinon l'idéologie völkisch, furent souvent reçues avec bonheur au sein de la communauté juive, alors en plein renouvellement. Les jeunes Juifs, comme les jeunes Allemands, parlaient d'« homme nouveau », de « retour à la nature », de « leçons du passé ». Les uns et les autres, décidés à rompre avec la société bourgeoise, entendaient se « re-personnaliser » en élucidant les traits caractéristiques de leur âme éternelle. Dans le passé historico-mythique de leur Volk, ils s'employaient à discerner les formes d'une future Heimatland. Tous opposaient, avec Ferdinand Tönnies, la Gesellschaft (société, notion artificielle) et la Gemeinschaft (communauté, notion naturelle), en attendant de parvenir au Bund (communauté plus leadership)."

http://fr.metapedia.org/wiki/La_R%C3%A9volution_conservatrice_en_Allemagne#_ref-7

Écrit par : Jude | mardi, 16 juin 2009

"Une culture meurt quand l'âme a réalisé la somme entière de ses possibilités sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d'arts, d'États, de sciences, et qu'elle retourne à l'état psychique primaire.."


[O. Spengler, in Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1972, 554 p. - Trad. fr : La Révolution conservatrice en Allemagne, 1918-1932, Editions Pardès, Puiseaux, 1993.]

Écrit par : Gonseth | mardi, 16 juin 2009

Les termes "konservativ" et "revolutionär" apparaissent accolés l'un à l'autre pour la première fois dans le journal berlinois Die Volksstimme le 24 mai 1848 sous la plume d'un polémiste. En 1851, le couple de vocables réapparait — cette fois dans un sens non polémique — dans un ouvrage sur la Russie attribué à Theobald Buddeus. En 1875, Youri Samarine donne pour titre "Revolyoutsionnyi konservatizm" à une plaquette qu'il a rédigée avec F. Dmitriev. Par la suite, Dostoïevski l'utilisera à son tour. En 1900, Charles Maurras l'emploie dans son Enquête sur la Monarchie. En 1921, Thomas Mann l'utilise dans un article sur la Russie. Enfin en Allemagne, le terme "Konservative Revolution" acquiert une vaste notoriété quand Hugo von Hoffmannsthal le prononce dans l'un de ses célèbres discours (Das Schriftum als geistiger Raum der Nation — La littérature comme espace spirituel de la nation, 1927).

Écrit par : Quadrige | mardi, 16 juin 2009

@ Hadrien

Je veux vous dire, directement, qu'en appeler au non de ‘‘l'Ordo romanus aeternum’’ du très catholique Carl Schmitt, à revenir au combat de la terre, « aux identités culturelles, au dépassement de la Technique et à la transmission du legs » est très réjouissant et nous sort, enfin, des vieux pièges des bobos fascinés par le new-âge ou de l'écologie politique qui s'étaient appropriés un domaine, comme nous le savons par votre note, qui fut d'abord celui, et par définition en raison de son souci de l'identité des hommes, des contre-révolutionnaires.

Il y a ainsi chez vous, vous appuyant sur tous les courants révolutionnaires et conservateurs historiques, un heureux mélange ou, plus exactement, une parfaite harmonisation des thèses de Bernanos et Péguy, Spengler et von Hofmannsthal. Tout ceci est donc vraiment excellent.

J'apprécie en particulier ce passage :

“L’écologie que nous souhaitons, doit être contre-révolutionnaire et conservatrice, source d’enracinements et de régénération des communautés organiques. Telle sera la véritable révolution écologique conservatrice, à la fois conservatrice en ce qu’elle déplore et critique du même geste le déclin de la civilisation et les effets de la modernité aveugle à elle-même, et en même temps révolutionnaire car sa critique s’énonce d’un point de vue radical et contre-révolutionnaire antilibéral capable de balayer la forme décadente d’une société malade et agonisante. ”

Continuez à nous faire profiter de vos pertinentes réflexions !

Écrit par : Moria | mardi, 16 juin 2009

Spengler a déployé sous nos yeux, dans son "Déclin de l'Occident", une fresque immense, où les cultures, c'est-à-dire les plus grandes unités vitales du monde : "s'épanouissent comme des souches végétales, puis se fânent, comme s'il y avait derrière elles une volonté motrice et mystérieuse" (Die Standarte, 1925).

Écrit par : Falk | mardi, 16 juin 2009

@ Moria

Vous avez raison. Carl Schmitt, qu'Hadrien fait bien de placer au coeur de ses analyses, propose une vision très éloignée, c'est le moins qu'on puisse dire, des niaiseries “New Age” qui sont une foutaise absolue dénuée de sens et que l'on ne peut, sauf à faire preuve de très mauvaise foi, lui imputer.

Il s'éloigne ainsi, par sa reprise assez originale des thèses de la Révolution Conservatrice, aussi bien des bobos adorateurs de Gaïa, que les positions politiques imbéciles des Verts, en reprenant l'appel fondamental et important effectué par Schmitt lui-même qui se décline sur deux niveaux :

- L'essence historique qui est essentiellement en Europe ro­maine et catholique, c’est-à-dire impériale.

- La Terre, en tant que socle incontournable contre l’idéologie de l'expatriation.


On est, de la sorte, bien loin de la promo de la sensibilité Gaïa / Nature, et même, au contraire, dans le cadre d'une lutte contre toutes les entreprises de vulgarisation spirituelle du “New Age” californien et les expériences occidentales, qui sont un bazar de pseudo-spiritualités de pacotille.

Écrit par : Jürgen | mardi, 16 juin 2009

«Je traduisis de l’allemand, à la demande de l’éditeur Longanesi (…) le volumineux et célèbre ouvrage d’Oswald Spengler, Le déclin de l’Occident. Cela me donna l’occasion de préciser, dans une introduction, le sens et les limites de cette œuvre qui, en son temps, avait connu une renommée mondiale». C’est par ces mots que commence la série de paragraphes critiques à l’égard de Spengler, qu’Evola a écrit dans Le Chemin du Cinabre (op. cit., p. 177).


http://www.centrostudilaruna.it/linfluence-doswald-spengler-sur-julius-evola.html

Écrit par : Guelfe | mardi, 16 juin 2009

A l'idée scientiste et démocratique d'une Histoire universelle et unique orientée dans le sens du progrès Spengler oppose l'existence des cultures, radicalement différentes, organismes vivants qui naissent, grandissent, murissent puis déclinent et disparaissent. A la recherche rationnelle des causes il préfère la méditation sur le destin. Au mécanisme il oppose le biologisme. A la suite de Goethe, Spengler oppose le devenir au devenu, l'organique au mécanique, la nature à l'Histoire.

Il n'y a pas d'Histoire de l' Humanité pour la raison que l'Humanité n'existe pas. Les seules réalités historiques sont les cultures qui possèdent leur âme propre. Spengler écrit: "Une culture naît au moment où une grande âme se réveille, se détache de l'état psychique primaire d'éternelle enfance humaine, forme issue de l'informe, limite et caducité sorties de l'infini et de la durée.

Elle croît sur le sol d'un paysage exactement délimitable, auquel elle reste liée comme une plante. Une culture meurt quand l'âme a réalisé la somme entière de ses possibilités, sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d'arts, de sciences, et qu'elle retourne ainsi à l'état psychique primaire".

Chaque culture est mue par une nécessité immanente qui est son "destin". Différentes les unes des autres les cultures ne peuvent ni communiquer, ni se comprendre.

Écrit par : Romanum | mardi, 16 juin 2009

"On a senti le diable dans la machine et on n'a pas tort. Elle signifie, aux yeux d'un croyant, que Dieu est détrôné."


Oswald Spengler - Le Déclin de l'Occident (1918)

Écrit par : Séraphi | mardi, 16 juin 2009

Votre conclusion est prophétique :



"Telle sera la véritable révolution écologique conservatrice, à la fois conservatrice en ce qu'elle déplore et critique du même geste le déclin de la civilisation et les effets de la modernité aveugle à elle-même, et en même temps révolutionnaire car sa critique s'énonce d'un point de vue radical et contre-révolutionnaire antilibéral capable de balayer la forme décadente d'une société malade et agonisante.

La contestation révolutionnaire-conservatrice doit désormais œuvrer pour inventer un ordre spirituel nouveau, d'où puisse renaître, s’il se peut encore, la civilisation sur son déclin. Ainsi que le déclarait Eugen Rosenstock : « Pour continuer à vivre, aller de l’avant, nous devons recourir à ce qui avait avant la césure religieuse.

Or, ce qu’il y avait avant la césure religieuse, c’est-à-dire la déchristianisation, porte un nom, un nom conféré par Carl Schmitt :
‘‘Ordo romanus aeternum’’ !"

Écrit par : Alexandre | mardi, 16 juin 2009

"Le réchauffement climatique fut prédit dès 1880 par l’abbé Stoppani (géologue de l’Académie royale des sciences de Milan)", est-il écrit. C'est vrai, mais il faut rajouter que l'abbé Antonio Stoppani (1824-1891), aimait également les Alpes, qu'il fut géologue et paléontologiste affirmant (là on rigolera franchement devant les stupides accusations de "New Age" faites à Hadrien) que l'apparition de l'Homme sur la Terre constitue «un nouvel élément dans la nature, une force complètement inconnue des périodes précédentes», qu'il s'agit «d'une nouvelle force tellurique dont la puissance et l'universalité peut «être comparée aux plus grandes forces de la Terre», et qu'il convient d'introduire dans l'histoire géologique une «ère anthropozoïque». Ce dernier terme sera d'ailleurs repris par le géologue russe Alexi Petrovich Pavlov (1854-1929).


http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1994_num_82_3_3760

http://books.google.fr/books?id=1toa0pbMFIoC&pg=RA5-PA350&lpg=RA5-PA350&dq=abb%C3%A9+Stoppani&source=bl&ots=e8O43Ys-jy&sig=GDqSW8x0jgUdmpPYEwAqFYjnMDc&hl=fr&ei=Nvw3Sp2vO6aRjAf8heWcDQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1#PRA5-PA350,M1

Écrit par : Lapide | mardi, 16 juin 2009

@ A tous,


Merci pour vos remarques fort sympathiques. En effet, l'alliance que j'ai souhaitée réaliser entre les idées de la Révolution Conservatrice et les analyses singulières de l'abbé Stoppani, est un essai se synthèse de visions capables de nous ouvrir un nouvel horizon, au moment où le courant écologique est piégé par les vices bien connus du monde politicien, et ainsi offrir, par une sorte de sortie vers le haut, une perspective originale et novatrice afin d'allier les fondements essentiels de la foi avec les impératifs de la Genèse, sachant que si Dieu nous a confié la Terre comme un don, ce n'est pas pour oublier nos devoirs envers elle et la détruire.

Ainsi, rien n'est plus étranger à la conception chrétienne, que le comportement criminel d'une civilisation technicienne matérialiste et athée, qui tue, pollue et met en danger la survie même de l'espèce, pour des raisons gourvernées par un seul principe : l'égoïsme économique et le mépris de la Création.

Les thèses de la Révolution Conservatrice, comme la pensée de l'abbé Stoppani soutenue par le pape Léon XIII, sont très éloignées évidemment des folies du courant "New Age", et si certains peuvent s'y laisser prendre en les confondant, c'est simplement que par une méconnaissance qui témoigne de leurs lacunes face à des bases référentielles qu'ils ignorent visiblement, ils en viennent à réaliser un amalgame inexact. En effet, la perspective d'un Carl Schmitt ou de l'abbé Stoppani, foncièrement chrétienne, est à des années lumières des tendances des courants californiens caractérisées par une approche individuelle et éclectique de la spiritualité, bricolage syncrétique de pratiques et de croyances indéterminées et hétéroclytes notamment empruntés à la Théosophie, travaillant à un retour au spirituel par un approfondissement du sentiment, hors de toute structure historiquement constituée, ce qui est l'opposé direct de la perspective ici défendue.

Je termine en rappelant que l'abbé Antonio Stoppani, s'il fut géologue s'y consacra dans un but d'apologétique, et se pencha avec une réelle énergie sur l'exégèse biblique afin de mieux comprendre la signification de l'évolution du monde et l'origine de l'homme.

Je signale d'ailleurs, pour ceux que cela intéresse et qui passeront leurs vacances en Italie, qu'il existe à Varèse un Musée Stoppani, dédié à l'oeuvre et à la pensée de l'abbé.

"Museo di Storia Naturale Antonio Stoppani" :

http://www.zerodelta.net/musei/museo-di-storia-naturale-antonio-stoppani_venegonoinferiore.php


Enfin, pour les parents confrontés à l'éducation de leurs enfants en périodes difficiles (maladie, retard scolaire, déficience mentale, adolescence, etc.) je crois utile de rappeler que Maria Montessori, internationalement connue pour la méthode pédagogique qui porte son nom, la "pédagogie Montessori", première femme médecin italienne qui travaillera pendant dix ans en psychiatrie, était la nièce même de l’abbé Stoppani.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Maria_Montessori

D'ailleurs Maria Montessori qui semble avoir adopter les conceptions de son oncle, l'abbé Stoppani concernant la Terre, nous invite à considérer l' univers comme étant un grand organisme "intelligent, cohérent, organisé et vivant" animé d'une énergie dans lequel l'être humain est un acteur de l'évolution de la vie, doté par la nature d'une intelligence et d'une conscience individuelle.

Elle écrit dans l'un de ses livres :

"Il y a un plan auquel tout l'univers est soumis.Toutes les choses, animées et inanimées, sont subordonnées à ce plan. Il existe aussi des modèles pour toutes les espèces de choses vivantes et non-vivantes. Ces modèles sont conformes au plan universel."

"Toutes les choses dans la nature ont un modèle auquel elles se conforment et toutes adhèrent à un plan dans lequel elles s'impliquent pour former un univers équilibré. Elles fonctionnent pour la préservation de la totalité selon un plan et pour la préservation des espèces selon un modèle ; ainsi sont créés l'ordre et l'harmonie dans la nature."

[The Formation of Man, Kalakshetra, 1991]

Écrit par : Hadrien | mercredi, 17 juin 2009

L'abbé Stoppani a eu plusieurs disciples, parmi eux, Bernard Bolzano, qui devint prêtre en 1805, qui enseigna les sciences de la religion à Prague et consacra le reste de son temps aux mathématiques. Ses travaux portèrent essentiellement sur les fonctions, la logique et la théorie des nombres. Il est considéré comme l'un des principaux contributeurs à la logique telle qu'elle est aujourd'hui établie.

Bolzano qui est souvent considéré comme un des fondateurs de la logique moderne, critiqua dans son oeuvre philosophique qui participe du courant réaliste, l'idéalisme d'Hegel et de Kant en affirmant que les nombres, les idées, et les vérités existent indépendamment des personnes qui les pensent.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Bolzano

Écrit par : Lozère | mercredi, 17 juin 2009

Maria Montessori avait une confiance profonde dans l’enfant et un respect sans bornes pour ses capacités à se développer par lui-même.
"Aide-moi à faire seul" était l'une de ses phrases les plus caractéristiques. Elle allait jusqu’à dire : "L'enfant est le maître de l'homme", dans la mesure où il porte en lui le germe de son propre développement. Catholique très croyante elle y voyait sa partie divine.
Pour elle l'enfant a des tendances innées à se développer selon sa propre nature. Sagesse et discipline sont en puissance dans l'être profond de l'enfant. Il doit se libérer lui-même des obstacles qui le gênent.

Écrit par : Gabrielle | mercredi, 17 juin 2009

Il faut écouter Maria Montessori ! Nul plus qu’elle n’a, en effet, montré l’importance de ce que le philosophe Gabriel Madinier nomme « l’inversion de la dispersion ». Ce travail de retour sur soi, cette formation à l’intériorité sans laquelle le sujet ne peut ni exister, ni se mettre en jeu avec les autres.

Parce que notre modernité est trop souvent fascinée par l’agitation superficielle, nous avons encore beaucoup à apprendre de Maria Montessori, de sa démarche et de ses propositions.

Écrit par : Maristella | mercredi, 17 juin 2009

Dans la liste de l'ETAT DES MEMBRES de L'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie depuis sa fondation (1820) jusqu'à 1909, on trouve :


- MAISTRE Joseph (le comte de), envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S.M. le Roi de Sardaigne, ensuite Régent de la grande Chancellerie, membre de l’Académie royale des sciences de Turin, à Turin, 23 avril 1820.

et

- STOPPANI Antoine (l’abbé), à la bibliothéque ambrosienne, à Milan
26 déc. 1861.


Intéressant non ?

Écrit par : Falk | mercredi, 17 juin 2009

En 2008, les éditions Vrin ont eu l'excellente idée de rééditer un ouvrage fondamental de Bolzano : "De la méthode mathématique".

Présentation extrait :


"Le texte "De la méthode mathématique", extrait de l’Introduction à la Théorie des grandeurs, résume quelques unes de ses plus importantes innovations en logique et présente sa philosophie des mathématiques, conçue en opposition à Kant. Bolzano l’a choisi pour l’envoyer à Franz Exner, nommé professeur de philosophie à l’Université de Prague en 1831. L’échange épistolaire qui s’en est suivi tourne autour des deux thèses controversées de la logique de Bolzano : sa conception des objets logiques en soi, indépendants de la pensée et de la langue, et son concept d’intuition."



http://www.vrin.fr/html/main.htm?action=loadbook&isbn=2711614972#

Écrit par : Quadrige | mercredi, 17 juin 2009

Maristella:
Il faut écouter Maria Montessori ! Nul plus qu’elle n’a, en effet, montré l’importance de ce que le philosophe Gabriel Madinier nomme « l’inversion de la dispersion ». Ce travail de retour sur soi, cette formation à l’intériorité sans laquelle le sujet ne peut ni exister, ni se mettre en jeu avec les autres.

Parce que notre modernité est trop souvent fascinée par l’agitation superficielle, nous avons encore beaucoup à apprendre de Maria Montessori, de sa démarche et de ses propositions.

C'est vrai! mais cela devient très difficile; il y a comme "un air ambiant" malsain qui occupe l'ensemble de l'existence, happe l'enfant et sa famille, comme une sorte de mouvement aspirant qui entraîne, malgré les efforts d'arrêter le moteur.




Pour elle l'enfant a des tendances innées à se développer selon sa propre nature. Sagesse et discipline sont en puissance dans l'être profond de l'enfant. Il doit se libérer lui-même des obstacles qui le gênent.

Oui et non! Il ne faut pas sousestimer la part du mal dans l'enfant tout de même, ni l'entourage familial, école etc.

Écrit par : Amélie | mercredi, 17 juin 2009

Vous avez raison au sujet de l'influence terrible du mal, d'autant en notre période de vice généralisé, dont internet est le véhicule par excellence. Mais l'idée originale de Maria Montessori, c'est que l'enfant possède, même bien cachées et enfouies surtout dans les périodes difficiles (adolescence, jeune adulte, etc.), ses propres défenses immunitaires sur le plan psychique et moral (les plus efficaces qui soient), et il convient surtout de les lui faire découvrir, non comme imposées par une autorité perçue comme hostile et étrangère à lui, mais comme une conscience et un discernement intimes et postifs.

C'est là le sens de la fameuse phrase qui est comme un credo dans l'éducation Montessori : "Aide-moi à faire seul" .

Très augustinien comme principe...Faire confiance à la part de divin qui habite en chacun et s'adresser en priorité à cette part, sans négliger les règles évidemment, lorsqu'on est en relation avec l'enfant.

Écrit par : Maristella | mercredi, 17 juin 2009

Mais c'est un très bon programme, plein de sagesse et de bon sens : "Après l'immense et permanente rupture de tradition, rupture de transmission, interruption permanente de transmission, révolution permanente qui est le fondement même de la dynamique des derniers siècles que l'on a appelé « modernité », nous savons qu'aucun salut ni réenchantement du monde ne se fera sans une reprise de tradition. "

Voilà qui est justement pensé. Il est évident que l'idée du réenchantement du monde c'est la Tradition !

Écrit par : Ghijd | mardi, 23 juin 2009

Oui...cela va dans le bon sens, mais quel déni de l'animal dans tout cela. L'Homme d'un côté, et le "reste" de l'autre qu'on appelle la "nature". Les animaux, surtout les animaux les plus proches de nous, être sensibles, de chair et de sang comme l'homme ont une place privilégiée dans la Bible. Relisez l'extraordinaire et septuple alliance que Dieu fait avec l'homme et les animaux à l'aube des temps ! (Genèse 9, 8-17). Je concède que la hiérarchie catholique fait semblant de ne plus voir tous ces textes de la Bible (des centaines de versets) qui manifestent la sollicitude de Dieu pour TOUTES ses créatures de chair et de sang. Il y a des conséquences dramatiques : par déni de l'animal, le végétarisme est tabou alors qu'un végétarien nourrit gratuitement au moins 5 autres personnes Le catholicisme préfère continuer l'exploitation monstrueuse des animaux plutôt que de lutter contre la surconsommation de viande et de nourrir tous les hommes. (Venez à moi les bénis de mon Père, j'avais faim et vous m'avez nourri...). Quitte à s'asseoir sur la Bible ! Tout ça en raison de l'idée stupide que plus on rabaisse l'animal, plus on élève l'homme. C’est tristement faux.

Écrit par : ANDRE | mardi, 30 juin 2009

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