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samedi, 27 décembre 2008

LE SERMENT ANTIMODERNISTE DE SAINT PIE X

 

OU LE VENIN SPÉCULATIF DE L'HÉRÉSIE MODERNE

FACE A LA DOCTRINE SACRÉE DE L'ÉGLISE

 

 

 

 

 

«  Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique :

s'il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l'éternité. (…)

Telle est la foi catholique : si quelqu'un n'y croit pas fidèlement et fermement,

il ne pourra être sauvé. »

 

(Symbole d'Athanase ou Quicumque)

 

 

 

 

 

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Saint Pie X (1835-1914)

 

 

 

 

 

Pour lutter contre les idées infectes et pernicieuses, dont en particulier le naturalisme, le libéralisme, le panthéisme et l’évolutionnisme spéculatif en matière dogmatique, saint Pie X, qui avait déjà promulgué en 1907 une lettre encyclique intitulée Pascendi Dominici Gregis qui dénonçait vigoureusement les scandaleuses erreurs modernes, jugea nécessaire d’instituer une cérémonie de prestation de serment par laquelle chaque nouveau prêtre le jour de son ordination sacerdotale, ou quiconque parmi les clercs devant accéder à une chaire d’enseignement ou à un office ecclésiastique, solennellement, devait absolument abjurer, toutes les inexactitudes doctrinales que l’esprit du siècle avait introduites peu à peu au sein de l’Eglise, et déclarer qu’il rejetait avec force le venin des opinions délétères diffusées par des consciences désorientées hostiles à la Tradition sainte et sacrée du Magistère éternel.

 

Ainsi, le 1er septembre 1910, il fut imposé à tout membre de l’Eglise le Sacrorum antistitum, également appelé « Serment Antimoderniste », qui fut en vigueur jusqu'à Paul VI qui crut nécessaire, dans l’élan destructeur et délirant du concile Vatican II qui avalisa follement toutes les thèses combattues auparavant, en 1967, de l’abroger [1].

 

 

 

 

 

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Canonisation de Saint Pie X le 29 mai 1954 :

la châsse du Saint Père et l'autel papal

 

 

 

Qu’est-ce qui, pour saint Pie X, rendait indispensable cette décision surprenante ? Tout simplement un constat absolument terrifiant et inquiétant : les ennemis de l’Eglise qui l’avaient attaquée de l’extérieur pendant des siècles se trouvaient à présent au sein même de l’institution et travaillaient à en saper les bases spirituelles diffusant des thèses extrêmement périlleuses pour le devenir de la foi, dont, en particulier, cette idée sulfureuse à propos de « l'évolution des dogmes, qui passeraient d'un sens à l'autre, différent de celui que l'Eglise a d'abord professé », ceci à la faveur des différentes périodes de l’Histoire au prétexte, hideusement subjectif et à la dérisoire vanité, d’un nécessaire approfondissement spéculatif de la foi, les modernistes acceptant, comme on le sait, et ainsi qu’il est devenu courant de le remarquer chez les partisans de cette position, l'idée d'une évolution dynamique de la doctrine de l'Église par opposition à l’ensemble des dogmes fixes, ce que repoussa avec fermeté saint Pie X dans Lamentabili sane exitu (1907), expliquant clairement que la Vérité de la Révélation ne changeait pas à la faveur des temps mais restait immuable pour tous les hommes.

En effet, le rêve, absurde au demeurant, qu’il puisse être possible de faire évoluer le dogme comme s’il s’agissait d’une théorie profane soumise aux impératifs temporels, relève d’une méprise totale et d’un aveuglement ridicule laissant croire que la spéculation théologique peut s’exercer par tout un chacun comme s’il était docteur de l’Eglise, voyant, indécence supérieure, des minuscules et fétides esprits englués dans les fanges impures du péché pénétrer sans prudence, et sans un minimum de réserve, dans des domaines qui touchent à l’intimité même de Dieu, esprits imprudents ne s’apercevant pas, dans leur grossière épaisseur, que la doctrine a été fixée, une fois pour toute lors des sept grands conciles des premiers siècles, qui arrêtèrent définitivement les grands principes intangibles de la foi afin de briser le poison de l’hérésie [2].

 

Cela justifia au XIXe siècle les déclarations du concile Vatican I qui, face aux prétentions ridicules et destructrices des penseurs modernes (Friedrich Schleiermarcher, Heinrich Eberhard Gottlob Paulus, Ferdinand Christian Baur, Ernest Renan, auxquels succédèrent Adolf von Harnack ou Alfred Loisy), fut contraint de réaffirmer :

 

- « Si quelqu'un dit, qu'il pourrait se faire que, selon le progrès de la science, on pourrait attribuer aux dogmes proposés par l'Eglise un autre sens que celui que l'Eglise lui donne et lui a donné, qu'il soit anathème. » (Vatican I, Canons sur la foi catholique : Ch. 4, Dentzinger 1818).



- « L'Esprit-Saint, en effet, n'a pas été promis aux successeurs de Pierre pour dévoiler, par son inspiration, une nouvelle doctrine, mais pour qu'avec son assistance ils gardent saintement et exposent fidèlement la Révélation transmise par les Apôtres, c'est-à-dire le Dépôt de la Foi. »
(Pie IX, Const. Pastor Aeternus, Vatican I, Sess. IV Ch. IV, Dz. 1836).

 

 

L’erreur de la très moderne et puérile prétention spéculative, était, finalement, d’importer le Dieu profane des philosophes et des savants au sein de la théologie divine, de transposer, de façon totalement déplacée, les maigres explications de Dieu surgies des fragiles facultés humaines au sein du discours révélé, ceci aboutissant à une minoration du mystère de la Divinité et à une surévaluation prétentieuse de l’humaine nature, attitude en rupture complète avec la position religieuse traditionnelle fondée sur la réception accueillante et consentante de la Vérité. Au fond, il y avait dans cette tentative dérisoire et velléitaire de la chair de « spéculer », une évidente volonté d’appropriation conquérante de ce qui relève, pourtant, des domaines sacrés de l’ontologie face auxquels la créature ne peut que se sentir qu’impuissante et inachevée devant l’inépuisable secret du Ciel. Le nom le plus apte à qualifier ce prétentieux souhait de spéculation était donc celui "d’impiété" car la spéculation, rationnelle, historique et textuelle, ne servait qu’à assurer les fondements  de démonstrations logiques, or une démonstration uniquement rationnelle ou logique de l’existence de Dieu, admissible et utile bien évidemment au niveau des preuves formelles immédiates comme l'exposa parfaitement saint Thomas d’Aquin [3], se dévoilait en définitive, lorsqu’elle osait toucher, en étant pervertie dans son objet, au mystère intime de Dieu en écartant le pieux respect à l'égard de l'autorité de l'Ecriture Sainte et du Magistère, une incrédulité manifeste, puisqu’elle ne se fondait plus sur l'autorité de l'Eglise et la foi, mais sur la raison déductive et l'analyse critique des textes pour asseoir ses convictions. Cette grave menace d’une pénétration de l’intérieur par les ennemis de la foi, qui oeuvraient puissamment à dévoyer le précieux dépôt doctrinal en transformant le cheminement spirituel vers Dieu en une connaissance intellectuelle abstraite et spéculative soumise aux caprices de la libre interprétation, fut positivement dénoncée par le Saint Père dans son Encyclique « Pascendi » en ces termes :

 

- « Ce qui exige surtout que Nous parlions sans délai, c'est que, les artisans d'erreurs, il n'y a pas à les chercher aujourd'hui parmi les ennemis déclarés. Ils se cachent et c'est un sujet d'appréhension et d'angoisse très vives, dans le sein même et au coeur de l'Eglise, ennemis d'autant plus redoutables qu'ils le sont moins ouvertement. Nous parlons, Vénérables Frères, d'un grand nombre de catholiques laïques, et, ce qui est encore plus à déplorer, de prêtres, qui, sous couleur d'amour de l'Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu'aux moelles d'un venin d'erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l'Eglise; qui, en phalanges serrées, donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu'ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu'à la simple et pure humanité.

Ces hommes-là peuvent s'étonner que Nous les rangions parmi les ennemis de l'Eglise. Nul ne s'en étonnera avec quelque fondement qui, mettant leurs intentions à part, dont le jugement est réservé à Dieu, voudra bien examiner leurs doctrines, et, conséquemment à celles-ci, leur manière de parler et d'agir.

Ennemis de l'Eglise, certes ils le sont, et à dire qu'elle n'en a pas de pires on ne s'écarte pas du vrai. Ce n'est pas du dehors, en effet, on l'a déjà noté, c'est du dedans qu'ils trament sa ruine; le danger est aujourd'hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l'Eglise; leurs coups sont d'autant plus sûrs qu'ils savent mieux où la frapper. Ajoutez que ce n'est point aux rameaux ou aux rejetons qu'ils ont mis la cognée, mais à la racine même, c'est-à-dire à la foi et à ses fibres les plus profondes. Puis, cette racine d'immortelle vie une fois tranchée, ils se donnent la tâche de faire circuler le virus par tout l'arbre: nulle partie de la foi catholique qui reste à l'abri de leur main, nulle qu'ils ne fassent tout pour corrompre. Et tandis qu'ils poursuivent par mille chemins leur dessein néfaste, rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique: amalgamant en eux le rationaliste et le catholique, ils le font avec un tel raffinement d'habileté qu'ils abusent facilement les esprits mal avertis. D'ailleurs, consommés en témérité, il n'est sorte de conséquences qui les fasse reculer, ou plutôt qu'ils ne soutiennent hautement et opiniâtrement. »

[Pascendi Dominici Gregis, Rome, le 8 septembre 1907 ]

En un temps donc, où les erreurs naturalistes, évolutionnistes, panthéistes et libérales se sont plus encore amplifiées et répandues dangereusement dans toute le corps de l’Eglise jusqu’à son sommet, pouvant même nous faire douter d’une pérennité de la vraie foi, pervertissant les esprits à un point qui ne pouvait s’envisager il y a seulement quelques décennies, il nous paraît plus qu’utile de porter une nouvelle fois à la connaissance de chacun les termes mêmes du Serment « Antimoderniste », afin que l’on puisse comprendre, concrètement, ce contre quoi lutta saint Pie X, et ce que condamne, depuis toujours, la Tradition sacrée.

 

 

 

 

Ordination III.PNG

 

 

Elévation de la Sainte Hostie

lors d'une messe d'ordination sacerdotale

 

 

 

 

 

SERMENT ANTIMODERNISTE

 

 

Motu proprio Sacrorum antistitum,

1er septembre 1910, promulgué par le pape Saint Pie X

 

 

 

 

Moi, N..., j'embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l'Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps.

 

 

- Et d'abord, je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison "par ce qui a été fait" Rm 1,20 , c'est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets.

 

- Deuxièmement, j'admets et je reconnais les preuves extérieures de la Révélation, c'est-à-dire les faits divins, particulièrement les miracles et les prophéties comme des signes très certains de l'origine divine de la religion chrétienne et je tiens qu'ils sont tout à fait adaptés à l'intelligence de tous les temps et de tous les hommes, même ceux d'aujourd'hui.

 

- Troisièmement, je crois aussi fermement que l'Eglise, gardienne et maîtresse de la Parole révélée, a été instituée immédiatement et directement par le Christ en personne, vrai et historique, lorsqu'il vivait parmi nous, et qu'elle a été bâtie sur Pierre, chef de la hiérarchie apostolique, et sur ses successeurs pour les siècles.

 

- Quatrièmement, je reçois sincèrement la doctrine de la foi transmise des apôtres jusqu'à nous toujours dans le même sens et dans la même interprétation par les pères orthodoxes ; pour cette raison, je rejette absolument l'invention hérétique de l'évolution des dogmes, qui passeraient d'un sens à l'autre, différent de celui que l'Eglise a d'abord professé. Je condamne également toute erreur qui substitue au dépôt divin révélé, confié à l'Epouse du Christ, pour qu'elle garde fidèlement, une invention philosophique ou une création de la conscience humaine, formée peu à peu par l'effort humain et qu'un progrès indéfini perfectionnerait à l'avenir.

 

- Cinquièmement, je tiens très certainement et professe sincèrement que la foi n'est pas un sentiment religieux aveugle qui émerge des ténèbres du subconscient sous la pression du cœur et l'inclination de la volonté moralement informée, mais qu'elle est un véritable assentiment de l'intelligence à la vérité reçue du dehors, de l'écoute, par lequel nous croyons vrai, à cause de l'autorité de Dieu souverainement véridique, ce qui a été dit, attesté et révélé par le Dieu personnel, notre Créateur et notre Seigneur.

 

Je me soumets aussi, avec la révérence voulue, et j'adhère de tout mon cœur à toutes les condamnations, déclarations, prescriptions, qui se trouvent dans l'encyclique Pascendi (3475-3500) et dans le décret Lamentabili 3401- 3466, notamment sur ce qu'on appelle l'histoire des dogmes.

 

De même, je réprouve l'erreur de ceux qui affirment que la foi proposée par l'Eglise peut être en contradiction avec l'histoire, et que les dogmes catholiques, au sens où on les comprend aujourd'hui, ne peuvent être mis d'accord avec une connaissance plus exacte des origines de la religion chrétienne.

 

Je condamne et rejette aussi l'opinion de ceux qui disent que le chrétien savant revêt une double personnalité, celle du croyant et celle de l'historien, comme s'il était permis à l'historien de tenir ce qui contredit la foi du croyant, ou de poser des prémices d'où il suivra que les dogmes sont faux ou douteux, pourvu que ces dogmes ne soient pas niés directement.

 

 

Je réprouve également la manière de juger et d'interpréter l'Ecriture sainte qui, dédaignant la tradition de l'Eglise, l'analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s'attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité.

 

Je rejette en outre l'opinion de ceux qui tiennent que le professeur des disciplines historico-théologiques ou l'auteur écrivant sur ces questions doivent d'abord mettre de côté toute opinion préconçue, à propos, soit de l'origine surnaturelle de la tradition catholique, soit de l'aide promise par Dieu pour la conservation éternelle de chacune des vérités révélées ; ensuite, que les écrits de chacun des Pères sont à interpréter uniquement par les principes scientifiques, indépendamment de toute autorité sacrée, avec la liberté critique en usage dans l'étude de n'importe quel document profane.

 

Enfin, d'une manière générale, je professe n'avoir absolument rien de commun avec l'erreur des modernistes qui tiennent qu'il n'y a rien de divin dans la tradition sacrée, ou, bien pis, qui admettent le divin dans un sens panthéiste, si bien qu'il ne reste plus qu'un fait pur et simple, à mettre au même niveau que les faits de l'histoire : les hommes par leurs efforts, leur habileté, leur génie continuant, à travers les âges, l'enseignement inauguré par le Christ et ses apôtres.

 

Enfin, je garde très fermement et je garderai jusqu'à mon dernier soupir la foi des Pères sur le charisme certain de la vérité qui est, qui a été et qui sera toujours "dans la succession de l'épiscopat depuis les apôtres", non pas pour qu'on tienne ce qu'il semble meilleur et plus adapté à la culture de chaque âge de pouvoir tenir, mais pour que "jamais on ne croie autre chose, ni qu'on ne comprenne autrement la vérité absolue et immuable prêchée depuis le commencement par les apôtres.

 

Toutes ces choses, je promets de les observer fidèlement, entièrement et sincèrement, et de les garder inviolablement, sans jamais m'en écarter ni en enseignant ni de quelque manière que ce soit dans ma parole et dans mes écrits. J'en fais le serment ; je le jure. Qu'ainsi Dieu me soit en aide et ces saints Evangiles.

 

 

 

 

Ordination II.PNG

 

La grande prosternation lors d'une messe d'ordination

 

 

 

 

 

Notes.

 

 

[1] Il faut se souvenir que la riposte des modernistes ne tarda point. En effet, après le dé­cès de saint Pie X on s’ingénia à répandre la rumeur selon laquelle les dispositions contre le modernisme n’avaient pas de valeur obligeante parce qu’elles n’auraient pas été insérées dans le code de droit canon qui avait été promulgué en 1917 par Benoît XV. Toutefois, le nouveau pape déjoua la manœuvre malveillante des modernistes, en publiant une mise au point qu’il est bon de rappeler : « Les prescriptions susdites [de Pascendi et de Sacro­mm antistitllm], ayant été données à cause des serpents contenus dans les erreurs modernistes, sont, de par leur nature, temporaires et transitoires, et n’ont pas pu, pour cette raison, être intégrées dans le code de droit canonique. D’autre part cependant, tant que le virus du modernisme n’aura pas totalement cessé d’exister, elles devront gar­der leur pleine force [de loi], jusqu’à ce que le Siège apostolique en décide autrement » (décret du Saint Office sur les conseils de vigi­lance et le serment antimoderniste, approuvé et confirmé par le pape Benoît XV « en vertu de son autorité suprême », donné à Rome le 22 mars 1918, in: Acta Apostolicae Sedis, Rome 1918, p. 136).

 

[2] Il n’est pas anodin de voir Yves Congar (1904-1995), un des théologiens les plus influents lors de Vatican II auquel il assista en tant qu’expert, puis élevé au cardinalat par Jean-Paul II, avouer dans son Journal : « Nous sommes tombés d’accord aussi sur ce point que l’une des tâches de notre génération était de faire aboutir les requêtes valables du modernisme. Ici, il faut bien comprendre. Il y a deux choses dans le modernisme ; toutes deux ont été gauchies et gâchées par lui, mais toutes deux, aussi, recouvrent de vrais problèmes. Il y a la tentative d’appliquer au donné chrétien, qui se présente comme un donné historique, les méthodes critiques. […] Et il y a eu une philosophie religieuse comportant toute une interprétation de l’acte de foi, de l’insertion du croyant dans l’Église (Tyrrell, etc.). De cette philosophie, je me suis formulé, avec le temps, la requête de fond valable. C’est ce que j’appelle « le point de vue du sujet », dont je vois bien la liaison avec une ecclésiologie de la « Gemeinschaft » et avec une foule d’autres points. […] Mais, dans la nécessaire réaction contre le modernisme, le valable a été balayé comme le dévoyé. On a fait triompher des points de vue étriqués d’une « théologie » ( ?) à la fois non critique et toute faite, mécanique, vidée de la sève des sources et du contenu de la contemplation de foi. […]Il s’agissait donc de restituer à la théologie sa dimension historique et sa dimension de connaissance religieuse vivante. Avant même de le connaître, je pressentais qu’un homme avait attaqué déjà ces problèmes : Möhler. » (Cf. Journal d’un théologien (1946-1956) du P. Yves Congar, pp. 59-60.)

 

[3] L’homme cherche ici-bas, par ses petites industries à s’accaparer ce qui par essence lui échappe ; ses déclarations au sujet de son désir d’aborder de façon spéculaire les questions religieuses visent en fait, très souvent, non pas à s’orienter vers le Ciel par des moyens sacramentaires et surnaturels, mais à la réalisation effective de ses aspirations démiurgiques mobilisées par une soif puérile de connaissance et à une basse envie, très vulgaire, de pouvoir. C’est pourquoi Pascal affirmera que la religion authentique, lorsque la démonstration de Dieu en mode logique a été faite, ne relève plus de la spéculation rationnelle, mais se comprend uniquement avec le cœur : « Le cœur a son ordre, l’esprit a le sien qui est par principes et démonstration. Le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu’on doive être aimé en exposant l’ordre les causes de l’amour ; cela serait ridicule. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison. » Ainsi, saint Thomas d'Aquin, dont on fait grand cas et à juste titre du point de vue de la théologie naturelle, meurt en 1274, alors qu'il était en route pour le concile œcuménique de Lyon, auquel le pape l'avait convoqué comme expert. Mais n’oublions pas que le 6 décembre 1273, un mois avant sa naissance au Ciel, il entendit Jésus-Christ lui adresser, du fond du Tabernacle en célébrant la messe. cette parole célèbre : « Tu as bien écrit de Moi, Thomas. Quelle récompense désires-tu recevoir ? ». Et le saint, pénétré d'amour, s'écria : « Point d'autre que Vous, Seigneur ! ». Après cette extase, saint Thomas, qui s’était toujours laissé guider par l’Esprit Saint, cessa d'écrire et de dicter. À son secrétaire qui s'en inquiétait il répondit : « Je ne peux plus. Tout ce que j'ai écris me paraît comme de la paille en comparaison de ce que j'ai vu » ; il avait même prévu, après cette vision, de brûler toutes ses œuvres ! Devant les moines du monastère cistercien de Fossa Nova qui étaient autour de lui sur son lit de mort, il commentait le Cantique des Cantiques, et en recevant sa dernière Eucharistie, il dit : « Je vous reçois, ô salut de mon âme. C'est par amour de vous que j'ai étudié, veillé des nuits entières et que je me suis épuisé ; c'est vous que j'ai prêché et enseigné. Jamais je n'ai dit un mot contre Vous. Je ne m'attache pas non plus obstinément à mon propre sens ; mais si jamais je me suis mal exprimé sur ce sacrement, je me soumets au jugement de la Sainte Eglise Romaine dans l'obéissance de laquelle je meurs. » [Procès de canonisation, § 79, p. 376-377 et Guillaume de Tocco, Ystoria sancti Thome, chap.47 ].

 

 

 

16:28 Publié dans Polémique | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : religion, théologie, culture, philosophie, grâce, péché |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

La profonde supercherie de la "spéculation" afin de faire évoluer le dogme est une farce grossière et mensongère, qui n'est au service que d'un objectif simple que se sont donnés depuis plusieurs décennies les modernistes : la transformation radicale de la foi.

Très juste donc à ce titre l'analyse de Zacharias :

- "le rêve, absurde au demeurant, qu’il puisse être possible de faire évoluer le dogme comme s’il s’agissait d’une théorie profane soumise aux impératifs temporels, relève d’une méprise totale et d’un aveuglement ridicule laissant croire que la spéculation théologique peut s’exercer par tout un chacun comme s’il était docteur de l’Eglise, voyant, indécence supérieure, des minuscules et fétides esprits englués dans les fanges impures du péché pénétrer sans prudence, et sans un minimum de réserve, dans des domaines qui touchent à l’intimité même de Dieu..."

Le problème scandaleux est clairement identifié s'agissant des manoeuvres, philosophiques, exégétiques ou historiques des catholiques modernes : l'impiété !

Écrit par : Serrus | samedi, 27 décembre 2008

Comme toujours des contributions théologiques relativement solides de la part de Zacharias - cette dernière arrivant d'ailleurs utilement au bon moment puisque beaucoup d'esprits faibles s'imaginent capables de disserter sur des sujets qui excèdent leur faible intelligence un peu de partout sur la toile.

Écrit par : Dan | samedi, 27 décembre 2008

Quel aveu incroyable d'Yves Congar dans son Journal: "Nous sommes tombés d’accord aussi sur ce point que l’une des tâches de notre génération était de faire aboutir les requêtes valables du modernisme."

Après cela on viendra nous dire que Vatican II possède un caractère traditionnel conforme à l'enseignement séculaire de l'Eglise, et qu'il fut animé par des hommes souhaitant maintenir la foi de l'évangile !

Écrit par : André | samedi, 27 décembre 2008

Il y en a combien aujourd'hui, au sein du clergé contemporain, qui pourraient prononcer le sement antimoderniste de s. Pie X ?

Lorsqu'on entend certains curés le dimanche, y compris sur France 2, on évalue ce qui les sépare de la foi traditionnelle : "Je réprouve également la manière de juger et d'interpréter l'Ecriture sainte qui, dédaignant la tradition de l'Eglise, l'analogie de la foi et les règles du Siège apostolique, s'attache aux inventions des rationalistes et adopte la critique textuelle comme unique et souveraine règle, avec autant de dérèglement que de témérité..."

Écrit par : Henri | samedi, 27 décembre 2008

Extrême lucidité de saint Pie X, incontestablement. On ne pouvait mieux décrire, et la stratégie et l'objectif des modernistes, dont les fruits empoisonnés sont à présent diffusés dans l'ensemble du corps de l'église de notre temps, et jusqu'à son sommet même ce que confirment les déclarations hérétiques des papes Paul VI et Jean-Paul II : "Ennemis de l'Eglise, certes ils le sont, et à dire qu'elle n'en a pas de pires on ne s'écarte pas du vrai. Ce n'est pas du dehors, en effet, on l'a déjà noté, c'est du dedans qu'ils trament sa ruine; le danger est aujourd'hui presque aux entrailles mêmes et aux veines de l'Eglise; leurs coups sont d'autant plus sûrs qu'ils savent mieux où la frapper. Ajoutez que ce n'est point aux rameaux ou aux rejetons qu'ils ont mis la cognée, mais à la racine même, c'est-à-dire à la foi et à ses fibres les plus profondes. Puis, cette racine d'immortelle vie une fois tranchée, ils se donnent la tâche de faire circuler le virus par tout l'arbre: nulle partie de la foi catholique qui reste à l'abri de leur main, nulle qu'ils ne fassent tout pour corrompre. Et tandis qu'ils poursuivent par mille chemins leur dessein néfaste, rien de si insidieux, de si perfide que leur tactique: amalgamant en eux le rationaliste et le catholique..."

Écrit par : Sulpice | samedi, 27 décembre 2008

Saint Pie X (motu proprio Sacrorum antistitum, 1er sep­tembre 1910) obligea tous les clercs à réciter le serment, mais il ajouta cette phrase essentielle: « Cependant, si quelqu’un - ce qu’à Dieu ne plaise! ­avait l’audace de violer ce serment, qu’il soit déféré immédiatement (illico) au tribunal du Saint Office ». Or, combien des cardinaux, évêques, prêtres, voire des papes depuis des années ont complètement violé ce serment sans être déférés au Saint Office ? Plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers, c'est évident, et que fait-on - rien. Pourquoi s'étonner ensuite de l'état lamentable de l'église moderne ?

Écrit par : Laplace | samedi, 27 décembre 2008

Rappelons-nous cette déclaration de Sa Sainteté S. Pie X :

« Le modernisme est l'égout collecteur de toutes les hérésies.»

(Motu proprio Praestantia)

Écrit par : Antoine de La Croix de Berny | samedi, 27 décembre 2008

Cette réflexion de Zacharias est fort juste : "En un temps où les erreurs naturalistes, évolutionnistes, panthéistes et libérales se sont plus encore amplifiées et répandues dangereusement dans toute le corps de l’Eglise jusqu’à son sommet, pouvant même nous faire douter d’une pérennité de la vraie foi." Elle mérite simplement un utile complément, à savoir que que la vraie foi n'est plus à Rome depuis Jean XXIII et l'ouverture de Vatican II.

Écrit par : Sylvain M. | dimanche, 28 décembre 2008

Extrait d'un article de l'excellente revue Sodalitium à propos de la nature du Modernisme :

Le Modernisme est un amalgame hybride de catholicisme verbal avec un véritable rationalisme naturaliste, fondé sur trois faux systèmes philosophiques :

1) l'Agnosticisme (du Kantisme), qui associe subjectivisme, phénoménisme et relativisme, diminuant la valeur de la connaissance rationnelle.

2) l'Immanentisme, pour lequel la conscience humaine est porteuse virtuellement de toute vérité, y compris la vérité divine, qui se développe sous l'impulsion du sens religieux (de la doctrine de Kant et de Schleiermacher).

3) l'Evolutionnisme radical, pour qui la vraie réalité n'est pas l'être, mais le devenir dans et en dehors de l'homme (de Hegel et plus encore de Bergson).

Conséquences de caractère religieux :

a) Impossibilité de démontrer un Dieu personnel, distinct du monde.

b) La religion et la révélation sont un produit naturel de notre sub-conscient et le dogme en est l'expression provisoire, sujette à éternelle évolution.

c) La Bible n'est pas un livre divinement inspiré et doit donc être étudiée de manière critique comme un livre humain, sujet à erreurs.

d) La science n'a rien à voir avec la foi : le critique comme tel peut nier ce qu'il admet comme croyant.

e) La divinité du Christ ne se déduit pas des Evangiles, mais est le fruit de la conscience chrétienne.

f) La valeur expiatrice et rédemptrice de la mort du Christ est une opinion de saint Paul.

g) Le Christ n'a institué ni l'Eglise ni le primat de Pierre, passé ensuite aux Pontifes Romains : l'organisation ecclésiastique actuelle est la résultante de contingences humaines et peut changer continuellement.

h) Les Sacrements furent institués par les Apôtres, qui croyaient ainsi interpréter les instructions du Maître. Ces Sacrements servent seulement à maintenir vivante chez les hommes la pensée de la présence du Créateur toujours bienfaisante.

i) Le dogmatisme rigide de l'Eglise romaine est inconciliable avec la vraie science, qui est liée à l'évolution universelle et en suit les destinées.

Saint Pie X conclut à juste titre que le Modernisme, en vertu de ces principes délétères, conduit à l'abolition de toute religion et donc à l'Athéisme.


(Parente - Piolanti, Dizionario di Teologia Dommatica per laici, Studium Roma 1943)

http://www.sodalitium.eu/index.php?pid=10

Écrit par : Valence | dimanche, 28 décembre 2008

Judicieuse idée, Valence, que de nous donner ces lignes de Sodalitium. Je trouve également, sur le même site, un texte portant sur le changement de l'oraison du Vendredi Saint par Ratzinger écrit par Mgr Sanborn – recteur du séminaire de la Très Sainte Trinité en Floride aux Etats-Unis, qui est vraiment intéressant :

"Ratzinger a beau porter – comme il l'a fait à Noël – la panoplie complète des ornements baroques: mitres étincelantes, chapes brodées à la main de fleurs rutilantes, il n'a rien fait pour remédier au mal qui ronge nos institutions catholiques: l'œcuménisme. Le vieux Moderniste qu'il est, est plus décidé que jamais à faire ingurgiter de force aux catholiques son poison mortel, dût-il revêtir pour ce faire, mitres élancées et chapes somptueuses. Et pourtant, combien de catholiques traditionnels, voyant ces ornements – qui ne sont que des accessoires de théâtre s'ils ne sont pas au service de la vérité – tombent tête baissée dans le panneau, parce qu'ils caressent l'illusion que Ratzinger, c'est la mort de Vatican II et du modernisme.

Le mercredi des Cendres 2008, Ratzinger annonça un changement dans le Missel de 1962. Les Juifs s'étant plaint des termes de la prière pour la conversion des Juifs figurant dans le Missel de 1962, les Modernistes – pour leur être agréables- jugèrent nécessaire de la modifier.
Le 7 juillet 2007, Ratzinger publia un Motu Proprio, intitulé Summorum Pontificum, par lequel il autorisait généreusement l'emploi du Missel de 1962 qui correspond – en gros – à la Messe traditionnelle, mais avec de nombreuses imperfections. (…)
Peu de temps après cette autorisation spectaculaire du Missel de 1962, attendue depuis longtemps, l’Anti-Difamation League (ADL) – groupe de surveillance chargé de traquer et de dénoncer tout ce qu'elle juge anti-juif – déclara que le retour au Missel de 1962 était un “coup bas” porté aux relations judéo-catholiques.
Troublé par cette accusation, Ratzinger vient de modifier la prière du Missel de 1962, qui devient:

"Prions aussi pour les Juifs. Que le Seigneur Notre Dieu illumine leurs cœurs afin qu'ils reconnaissent Jésus-Christ comme Sauveur de tous les hommes.
Prions. Mettons-nous à genoux. Levez-vous.
Dieu éternel et tout-puissant, qui voulez que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la vérité, faites, nous vous en prions, que lorsque la plénitude des peuples entrera dans votre Église, le peuple d'Israël soit sauvé. Amen."

Le tableau que nous dresse Ratzinger dans sa prière, nous montre tous les peuples (comprenez les Gentils, comme le laisse entendre la prière originelle en latin) entrant dans l'Église (…) et dépeint en même temps le salut d'Israël tout entier. Ceci implique que l'Église n'est nécessaire qu'aux Gentils, puisque les Juifs ont leur propre alliance avec Dieu qui leur apporte le Salut. Pourquoi, par exemple, n'y relève-t-on aucune allusion à l'impiété des Juifs dont saint Paul parle pourtant.

La première chose à dire, c'est que cette prière est bien la plus bizarre que l'on ait jamais formulée.Par conséquent, la prière de Ratzinger ne concerne que quelques Juifs, à un moment particulier de l'avenir; ce n'est pas une prière générale pour la conversion de tous les infidèles juifs d'aujourd'hui. Le “Cardinal” Kasper, l'ultra archi-moderniste du Vatican, chargé des relations avec les Juifs, l'a confirmé: “(…) Pour comprendre cette invocation, dit-il, il faut se reporter à la source d'où proviennent les termes de cette prière: un texte de saint Paul Apôtre qui exprime l'espérance eschatologique – c'est-à-dire en rapport avec les derniers temps, la fin de l'histoire – que le peuple d'Israël entre dans l'Église, quand tous les autres peuples y entreront. Cela exprime donc bien un espoir final, mais pas l'intention d'obtenir leur conversion.”
En fait, cette prière ne demande la conversion d'aucun Juif, puisqu'elle ne mentionne ni le nécessaire abandon de leur incroyance, ni leur entrée dans l'Église. N'oublions pas que dans la théologie du Novus Ordo, il existe entre les Juifs et Dieu une alliance particulière, toujours en vigueur – bien qu'ils rejettent le Christ – alliance qui les conduira au salut. Par conséquent, une prière pour la conversion des Juifs – c'est-à-dire de ceux qui vivent, en ce moment même, ici-bas – n'est pas compatible avec la théologie du Novus Ordo à leur égard. Et pourtant, la prière de Ratzinger s'appelle toujours Pour la conversion des Juifs, comme dans le Missel de 1962. Et, chose bizarre, elle demande “l'illumination” de leurs cœurs, ce qui signifie, de toute évidence, que leurs cœurs sont obscurcis.

En changeant la prière du Vendredi Saint, Ratzinger a fait exactement comme Ponce Pilate le Vendredi Saint: pour apaiser la foule des Juifs qui réclamaient la mort du Christ, il l'a fait fouetter et couronner d'épines, dans l'espoir que cette demi-mesure apaiserait la populace assoiffée de sang. Mais pour prix de son infamie et de sa lâcheté, il n'obtint que les cris redoublés de “Crucifie-Le ! crucifie-Le !” Il y gagna aussi la honte d'être éternellement cité au Credo de Nicée."

http://www.sodalitium.eu/index.php?pid=61

Écrit par : Serrus | dimanche, 28 décembre 2008

Idée devenue courante chez les conciliaires modernistes : "l'Église n'est nécessaire qu'aux Gentils, puisque les Juifs ont leur propre alliance avec Dieu qui leur apporte le Salut". Les partisans du dialogue interreligieux sont des adeptes forcenés de ce type de position impie.

Écrit par : Plinval | dimanche, 28 décembre 2008

Je suis heureux de voir dans ce serment ce que j'ignorais :
"je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être certainement connu, et par conséquent aussi, démontré à la lumière naturelle de la raison "par ce qui a été fait" Rm 1,20 , c'est-à-dire par les œuvres visibles de la création, comme la cause par les effets."
C'est bien là la conception authentique de la raison, comme principe transcendant l'individu et ouvrant à la connaissance de Dieu.

il n'y a rien que de légitime dans ce serment, comme dans le Syllabus. Je ne suis pas clerc, mais je pourrais le tenir. Il est étrange de constater que des conceptions normales encore au XVIIème siècle dans les cercles de Port Royal, comme la perpétuité de la Religion chrétienne avant même la venue du Christ, soient devenues incompréhensibles dans l'Eglise même qui devrait les conserver.

J'appelle cependant une remarque : toute la lutte antimoderniste, tous les serments, n'ont pas empêché la défaite temporelle de l'Eglise. Face à la fuite massive des fidèles, les bergers ont cru devoir les suivre. Cette attitude montre aussi un grand désarroi, bien compréhensible.

Sans aucune prétention théologique, je veux dire que la stratégie de résistance suivie a été largement vaine. Cette stratégie est je pense trop défensive et trop moralisatrice, comme le style même du texte de Zacharias le montre à mes yeux. Relisons Congar :

"Mais, dans la nécessaire réaction contre le modernisme, le valable a été balayé comme le dévoyé. On a fait triompher des points de vue étriqués d’une « théologie » ( ?) à la fois non critique et toute faite, mécanique, vidée de la sève des sources et du contenu de la contemplation de foi."

Parfois c'est dans la bouche même de l'ennemi que sortent des flèches pertinentes, comme pour De Maistre la Révolution est en un sens une punition légitime. Le grand St Thomas, dont les citations données sont à mes yeux décisives, l'a bien dit : la théologie est de la paille, "Je ne peux plus. Tout ce que j'ai écris me paraît comme de la paille en comparaison de ce que j'ai vu". La paille doit brûler, et non servir d'obstacle, et non être dans les yeux.

Sans vie spirituelle, sans exigence de vie spirituelle, une partie du néothomisme est devenue une mécanique moralisatrice. Sans vie spirituelle, l'Eglise est devenue si fermée qu'elle aurait pu condamner non des modernistes, mais des spirituels, déjà au XIVème siècle avec Maître Eckhart. La priorité de la vie n'est ni de défendre ni de condamner, mais d'être exemplaire avant de dénoncer les défauts d'autrui. "Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'oeil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton oeil à toi, ne la vois-tu pas!"

La raison humaine peut détruire le modernisme aussi sûrement que l'imprécation morale ; et je crois que le fond du modernisme n'est rien de plus que cela, une erreur, une idéologie moderne ; et il mérite d'être déconstruit sur ses bases, sans chercher à dénier toute valeur personnelle à ceux qui l'ont adopté. Je pense que cela est plus efficace, et aussi plus charitable.

Cela disant, je n'affirme sur vous aucune supériorité et ne veut pas vous blesser ; ce combat est aussi indispensable.

Écrit par : LancelotVlad | lundi, 29 décembre 2008

Attention LanceloVlad, certes la stratégie purement défensive n'a pas pu, hélas ! éviter la catastrophe moderniste, mais il serait surprenant que vous puissiez avaliser le fait que l'inaction ait été préférable face à l’immense danger que représentaient les thèses des ennemis objectifs et déclarés de l’église.
Il me semble donc erroné, d’un côté de vouloir engager un combat métaphysique comme vous le proposez, et refuser le devoir impérieux de résistance minimale, qui n’est pas « vaine » ni « trop défensive et trop moralisatrice », mais relève, bien au contraire, de la dénonciation indispensable et sainte des forces spirituelles ténébreuses derrière qui se cache l'authentique adversaire.

Écrit par : Lapide | lundi, 29 décembre 2008

La formule de S. Pie X, Lapide, indique d'ailleurs clairement dans son Encyclique Pascendi la nature réelle des adversaires de la Foi, et qui est leur maître secret : "Ennemis de l'Eglise, certes ils le sont, et à dire qu'elle n'en a pas de pires on ne s'écarte pas du vrai...phalanges serrées, [qui] donnent audacieusement l'assaut à tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'oeuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne, qu'ils abaissent, par une témérité sacrilège, jusqu'à la simple et pure humanité."

Écrit par : Serrus | lundi, 29 décembre 2008

A Lapide :

Vous avez raison et je ne veut pas être interprété comme disant que la résistance est vaine.
Toutes les résistances légitimes sont bonnes dans leur principe ; mais l'homme ne doit pas avoir la vanité de croire que le diable est dans la lumière, parfaitement visible et sans ruses, et que l'entéléchie historique qui se produit réellement, de manière immanente, à la suite de ses actes et de celles des autres hommes, est parfaitement transparente à sa propre intelligence naturelle. On peut faire pire que combattre une cause, c'est la défendre avec de mauvaises raisons ; on peut alors servir l'adversaire.

L'adversaire moderniste trace le portrait d'un ennemi traditionnel inculte, colérique, puritain et borné, fermé à toute réflexion sociale, à toute réflexion sur les non chrétiens ; et tout ce qui est faire preuve manifestement de science, de calme et d'amour, de sens spirituel, de symbolisme, de lucidité concernant l'essence des règles chrétiennes concernant la chair, la conversion des peuples ; tout cela n'est pas refuser le combat, mais refuser de se placer dans les règles de l'adversaire. Quand Jean Borella rappelle que la théologie la plus ancienne ne renvoie pas tout les non chrétiens au Diable de manière indistincte, mais que Dieu a donné des Anges au Nations, il fait bien. L'antiquité de la religion chrétienne permet de le penser, comme le personnage de Melchitsedeq. L'intelligence est du côté des ennemis d'une modernité destructrice de toute humanité, car l'humanité est d'avoir pour entéléchie d'être image et ressemblance de Dieu : le dépassement de l'homme est homme.

J'ajoute qu'une partie du problème de la guerre est politique, au sens noble du terme ; et disant "soyez rusés comme des serpents et candides comme des colombes", le Maître donnait une place légitime à la vigueur morale, qui se scandalise des turpitudes humaines, et à la vigueur politique, qui s'en dispense, et les observe sans les accorder. Vous comprendrez alors tout l'intérêt pour moi du thème des filles de Loth.

Les prêtres les plus nobles de l'âge moderne, souvent simples et pieux, ont observé avec stupéfaction ce qu'ils ont appelé le modernisme ; et cette stupéfaction, et leur limites à comprendre les tortueux cheminement des choses humaines, les a désarmés, comme fut désarmé le pauvre Louis XVI au début de la révolution. Un autre aurait sans doute trouvé des armes dans une plus rude formation. La stupéfaction légitime ne les a pas rendus efficaces. Ainsi dans l'histoire de l'Eglise le pape Célestin V, pieux et simple ermite, ne put avoir la redoutable force d'un Jean XXII, beaucoup plus subtil.

A contrario, St Dominique : "là où n'a pas valu la bénédiction, vaudra le bâton". Certes, mais il s'agit du bras séculier...Et voyez dans l'autobiographie d'Ignace de Loyola, l'hésitation qu'il éprouve devant un sarrasin.

Les différentes formes du combat à vrai dire dans mon esprit sont complémentaires. La seule chose que je veux exprimer est une différence de forme.

Écrit par : LancelotVlad | lundi, 29 décembre 2008

Nous sommes des Catholiques-Romains intégraux. Comme ce mot l’indique, le Catholique-Romain intégral accepte intégralement la doctrine, la discipline, les directions du Saint-Siège et toutes leurs conséquences légitimes pour l’individu et pour la société. Il est « papiste », clérical,antimoderniste, antilibéral, anti sectaire. Donc il est intégralement contre-révolutionnaire, parce qu’il est l’adversaire non seulement de la Révolution jacobine et du radicalisme sectaire, mais également du libéralisme religieux et
social.

Écrit par : Sodalitium Pianum | lundi, 05 janvier 2009

Pertrinent jugement analytique de Zacharias : "L’erreur de la très moderne et puérile prétention spéculative, était, finalement, d’importer le Dieu profane des philosophes et des savants au sein de la théologie divine, de transposer, de façon totalement déplacée, les maigres explications de Dieu surgies des fragiles facultés humaines au sein du discours révélé, ceci aboutissant à une minoration du mystère de la Divinité et à une surévaluation prétentieuse de l’humaine nature, attitude en rupture complète avec la position religieuse traditionnelle fondée sur la réception accueillante et consentante de la Vérité."

Toujours la même idée, constante chez les Modernistes, d'une volonté de faire perdre à la Révélation sa dimension surnaturelle.

Écrit par : Lozère | jeudi, 15 janvier 2009

Le Modernisme lorsqu'il fit son apparition, fut une époque d'authentique démence spirituelle où beaucoup de jeunes prêtres n’avaient à la bouche que le devenir et l’immanence, la transformation évolutive des expressions de la Foi, la prismatisation (sic) de l’ineffable à travers des formules dogmatiques toujours provisoires et différentes. Il était vital de réagir. Mais Vatican II fera de l'ensemble de ces thèses hérétiques un nouveau credo pour une nouvelle religion.

Écrit par : Abbé J-Réal | mardi, 27 janvier 2009

Je tombe ici par erreur, je suis effarée, comment pouvez-vous dire de telles stupidités sur l'Eglise concilaire ? ...
Je crois que vous êtes tous tombés sur la tête. Tout serait à reprendre, vos interprétations de ce qui se vit actuellement dans l'Eglise concilaire sont totalement fausses et déformées.
Vous êtes à côté de la plaque. Une seule solution : lisez vraiment Vatican II, et pas ce qu'on vous en a dit. Demandez qu'on vous explique. Venez à nos messes. Vous verrez que nous sommes tout à fait fidèles à ce que vous appelez "la vraie Foi" et que c'est vous qui vous trompez tragiquement.

Écrit par : Etonnée | dimanche, 22 février 2009

Hélas ! Etonnée, c'est pour avoir lu et étudié en profondeur les textes de Vatican II, que nous réagissons en ces lieux avec une telle vigueur.

Dirigez-vous, pour vous documenter, vers quelques notes significatives :

http://www.la-question.net/archive/2008/04/19/d2bb8633e39b52be2d812eb1b18acd2d.html

http://www.la-question.net/archive/2009/02/09/abbe-franz-schmidberger-aucun-chretien-veritable-ne-peut-etr.html

http://www.la-question.net/archive/2009/02/05/mgr-lefebvre-contre-l-apostasie-de-rome.html


Tapez pour plus de détails : Vatican II, sur le moteur de recherche du Blog :

http://www.la-question.net/search/vatican%20II

Et puis surtout n'oubliez-pas de vous pencher sur les commentaires également, souvent très instructifs.

Bonne lecture !

Écrit par : Hire | dimanche, 22 février 2009

Venez à nos messes. Vous verrez que nous sommes tout à fait fidèles à ce que vous appelez "la vraie Foi" et que c'est vous qui vous trompez tragiquement.

Vous avez raison c'est tragique:


http://www.gloria.tv/?video=hmd9l9k6vc8w7nibdza7

Écrit par : Jean-Pierre | dimanche, 22 février 2009

Hi!

I am a servant of God on www.prophecyfilm.com and wish to beg you, in the name of our Lord Jesus Christ, to please link to this wonderful site which has free glorious Prophecies & Revelations of Jesus and Mary from Saint Bridget in many languages!

We also have free videos for download on various catholic topics, and maybe hoped that you could tell your visitors and your family and friends! They are a bit further down on the page and are quite interesting. They are extremly good for catholics to strengthen their faith, for protestants to come to the true faith, and for atheists to see the scientific evidence of the Bible that proves God's existance. You are free to copy all our videos on our site www.prophecyfilm.com to your site if you like them. This can draw lots of brothers and sisters to your site. We know by experience. We hope you also read the revelations and watch our videos personally!

Peace and God bless!

Écrit par : Mark | vendredi, 26 juin 2009

Bonjour,

Vous avez écrit ceci.

"« Serment Antimoderniste », qui fut en vigueur jusqu'à Paul VI qui crut nécessaire, dans l’élan destructeur et délirant du concile Vatican II qui avalisa follement toutes les thèses combattues auparavant, en 1967, de l’abroger"

Je ne remets pas en cause ces dires (loin de là !), mais je suis à la recherche de la source exacte de cette information. Par quelle déclaration/lettre/autre Paul VI a-t-il abrogé l'obligation de prêter le serment antimoderniste, svp ?
Si je comprends bien, ce serait en 1967 ?

Écrit par : Constantiam | lundi, 14 juin 2010

@ Constantin,





La suppression du serment antimoderniste ne s’est pas faite en un jour. Elle fut préparée et organisée lentement.

Cela commença le 13 juillet 1962 lors du début de Vatican II, où sept schémas préparatoires, dont quatre de la Commission théologique, furent envoyés aux Pères du Concile. Beaucoup de réponses favorables, mais aussi quelques critiques acerbes de la part des progressistes. Suenens (Bruxelles) et Léger (Montréal) firent le siège du Pape pour qu’il prenne la tête d’un mouvement de Réforme en profondeur. Jean XXIII leur donnera un écho favorable dans son radio-message du 11 septembre.

224 experts (periti ) furent nommés le 28 septembre avec l’accord du Pape, mais, fait très surprenant qui en disait long sur l'état d'esprit de réforme générale, qui les dispensa de prêter le serment antimoderniste. « C’est un crime », écrivit l’un d’eux, Mgr Fenton, de l’Université catholique de Washington, principal allié d’Ottaviani aux États-Unis, qui ne cachait pas son inquiétude : « J’ai toujours pensé que ce Concile était dangereux. On l’a entrepris sans raisons suffisantes. On a beaucoup trop parlé de ce qu’il était supposé accomplir. Maintenant, je crains que nous n’ayons de vrais problèmes. » (Alberigo, t. 2, p. 116).


St Pie X, par le Motu proprio Sacrorum Antistitum (septembre 1910) avait imposé le serment antimoderniste ; mais c'est Paul VI qui l’abolira définitivement et non Jean XXIII.

Pour affronter cette "synthèse de toutes les hérésies" qu’était le modernisme, st. Pie X avait réorganisé le Saint Office par la Constitution "Sapienti Consilio" du 29 juin 1908 ; mais Paul VI, par un grave et sot conseil, le détruisit, déclarant en 1965 que d’hérésies et de désordres généralisés, « grâce à Dieu, il n’en existe plus au sein de l’Église » (cfr. Ecclesiam Suam) et que, « à présent on pourvoyait mieux à la défense de la foi en promouvant la Doctrine qu’en condamnant ».

En absolvant les auteurs hérétiques ou immoraux et les propagateurs non convertis de mauvais livres, Paul VI a signé l’approbation de l’erreur et lui a donné le droit de cité dans l’Église.
Paul VI en abolissant l'obligation du Serment antimoderniste que saint Pie X avait exigé du clergé pour le prévenir des erreurs doctrinales du modernisme a mis l'Eglise dans une situation de grand danger.

Ainsi, la disposition de saint Pie X fut abrogées par Paul VI en 1967 qui la remplaça par une brève formule accommodante et élastique. Le serment antimoderniste était pour Paul VI contraire à la liberté du clergé, en tant qu’il l’empêchait de penser et de croire différemment, et contraire à Vatican II. De fait, Vatican II avait décrété que : « Chacun au sein de l’Église… conservera la liberté qui convient… même en ce qui concerne l’élaboration théologique de la vérité révélée. » (Décret conciliaire sur l’œcuménisme ‘Unitatis Redintegratio’, du 21 novembre 1964, n°4). On voit les résultats catastrophiques d'une tellme désorientation !

Écrit par : Zacharias | jeudi, 17 juin 2010

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