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vendredi, 05 décembre 2008

Lettre à la chrétienté mourante : Alphonse de Chateaubriant (1877-1951)

 

deat_et_alphonse_de_chateaubriand.jpg

 

 

Alphonse de Chateaubriand (1877-1951)

ici le premier à gauche de la photo, avec Marcel Déat

 

 

 

 

 

 

Avant que de publier un extrait de sa « Lette à la chrétienté mourante » qu’Alphonse de Chateaubriant écrivit de sa retraite forcée en Autriche et dans laquelle il exposa son expérience de l’Être, expérience bouleversante qui le saisira de façon surprenante et l’engagera dans une dimension métaphysique de nature supérieure, rappelons rapidement qui fut cet auteur, malheureusement bien oublié, et qui pourtant possède une écriture magnifique qui lui donna de signer des ouvrages qui figurent parmi les œuvres littéraires les plus remarquables du siècle dernier.

 

 

Brière.jpgAlphonse de Châteaubriant est né à La Prévalaye, près de Rennes, le 25 mars 1877 dans une vieille famille de gentilshommes bretons. Après de brillantes études secondaires il entre en littérature à 34 ans. En effet, le 5 décembre 1911 paraît chez Grasset son premier roman : Monsieur des Lourdines. Il est couronné par le prix Goncourt. Ce neuvième prix nécessite sept tours de scrutin au café de Paris. Il s'agit d'un livre « à rendre en un mois son auteur célèbre dans le monde entier », écrit Romain Rolland à J.-R. Bloch dès février 1911. L'écrivain a toujours soutenu Châteaubriant, qui lui a d'ailleurs dédié Monsieur des Lourdines. En 1914, Châteaubriant est mobilisé dans les ambulances et écrit des lettres déchirantes à sa femme et à son ami Romain Rolland. De ce traumatisme, l'écrivain ressort convaincu que la France doit s'allier à l'Allemagne pour éviter une nouvelle guerre. En 1923, il reçoit le Grand Prix de l'Académie française pour La Brière, l'un des plus forts tirages de l'entre-deux guerres, un livre qui a pour cadre un terroir auquel Chateaubriant est viscéralement attaché.

 

Germanophile, Alphonse de Châteaubriant se laisse gagner aux doctrines national-socialistes. Gerbe.JPGIl y mêle un mysticisme religieux qui éclate dans La Réponse du Seigneur. En mai 1937, il publie La Gerbe des forces où il expose ses thèses en faveur de l'idéologie nationale-socialiste et démontre la compatibilité entre christianisme et nazisme. La rencontre d'Adolf Hitler à Berchtesgaden, qui lui dit, en prenant ses mains dans les siennes: «Monsieur l'écrivain français, vous avez compris le national-socialisme mieux que les 99% d'Allemands qui votent pour moi!».

 

A l'automne 1940, il crée officieusement le Groupe Collaboration, qui est autorisé en février 1941 par les autorités allemandes. En parallèle, il fonde un hebdomadaire littéraire et politique où il appelle à la collaboration avec les Allemands : La Gerbe. Le premier exemplaire paraît le 11 juillet 1940. Y collaborent Marc Augier, Jean Giono, Paul Morand, Jean Cocteau, Marcel Aymé, Sacha Guitry, André Castelot. C'est dans ses colonnes qu'en août 1940, Châteaubriant écrira : « Au milieu des peuples fatigués, l'Allemagne seule donne des preuves incontestables de vie ardente. L'Europe sans l'Allemagne n'est plus qu'un passage libre pour toutes les grandes invasions prochaines. » Le 30 janvier 1941, il exalte dans La Gerbe « la beauté morale de la capitulation » et demande aux Français de collaborer sans réserve puisque les Allemands offrent aux Français « d'être libres avec eux et libérateurs face aux dominations et aux esclaves ». Le 17 août 1944 est imprimé le dernier numéro de La Gerbe alors que son directeur de publication s'est déjà exilé en Allemagne. À la "libération", son nom apparaît sur la liste des auteurs jugés indésirables par le Comité national des écrivains. En 1945, il passe en Autriche, à Kitzbühel, sous le nom d'emprunt de Dr Alfred Wolf. Le 25 octobre 1945, la sixième section de la Cour de justice de la Seine condamne Châteaubriant à mort par contumace et le frappe d'indignité nationale à vie. Un mandat d'arrêt est alors lancé contre lui avec ordre de le conduire au fort de Charenton. Il meurt le 2 mai 1951 dans sa retraite autrichienne, un monastère du Tyrol. Ses œuvres sont ensuite entrées au purgatoire littéraire. Représentatives des canons d'une époque, elles ont été marquées du sceau d'infamie, même si la plupart ne portent aucune trace d'engagement ou de propagande.

 

Œuvres principales :

 

·                     Monsieur des Lourdines. Histoire d'un gentilhomme campagnard, Grasset, 1911.

·                     La Brière, Paris, Grasset, 1923

·                     Instantanés aux Pays-Bas, Kra, 1927.

·                     La Meute, Éd. du Sablier, 1927.

·                     La Réponse du Seigneur, Paris, Grasset, 1933.

·                     Au pays de Brière, Liège, Paris, J. de Gigord, 1935.

·                     La Gerbe des forces : nouvelle Allemagne, Paris, Grasset, 1937.

·                     Les Pas ont chanté, Paris, B. Grasset, 1938.

·                     La Psychologie et le drame des temps présents, 1943.

·                     Écrits de l'autre rive, Paris, Collection « Le Palladium », A. Bonne, 1950.

·                     Lettre à la chrétienté mourante, Grasset, 1951.

·                     Lettres des années de guerre, 1914-1918, Paris, A. Bonne, 1952

·                     Fragments d'une confession, Paris, Desclée de Brouwer, 1953. .

·                     Itinerarium ad lumen divinum, la Colombe, 1955.

 

Source : http://fr.metapedia.org/wiki/Alphonse_de_Chateaubriant

 

 

 

 

 

LETTRE A LA CHRETIENTE MOURANTE

 

 

 

 « En ce temps de fin de monde d’où se répand déjà autour de nous une odeur de brûlé universelle, dans cette solitude d’un pays de France perdu, je trace ces mots avec hâte.

 

[…]

 

   Si je livre ces pages, c’est pour des raisons de haute obéissance. Ceci, au surplus, n’est pas un livre que j’écris et publie, mais bien plutôt une bouteille que je jette à la mer. En cette bouteille est roulé ce journal manuscrit de ma suprême confidence, livre de bord d’un bâtiment fantôme ballotté sur la mer de ma solitude. Dans l’océan de l’illusion, cette bouteille pourra être trouvée et recueillie par quelque homme du large, navigateur naufragé ou  explorateur hardi, mais seulement par un « homme du large ».

Beaucoup se croient  être des hommes du large, qui n’ont que les habitudes de leur case, sous les palmiers de leur rue.

Je jette cette bouteille à la mer, et certes, ce n’est pas pour demander que l’on vienne à  mon secours ! C’est pour dire à ceux qui se croient en sûreté : «Dépêchez-vous de faire naufrage, de vous en aller couler au fond très loin au large, et, remontant de ce fond, d venir, flottant entre deux eaux, me retrouver sur mon rocher, frangé d’écumes, où, dans ma solitude battue par les flots, vous serez comme moi, pêcheur de perles. »

 

Encore une fois, ce n’est pas un livre que j’écris. […] Ce que j’ai saisi avec mon esprit, avec mes mains d’homme, c’est-à-dire avec mon espérance d’homme, la foi de mon cœur d’homme, l’opiniâtreté de ma pensée d’homme, a la valeur inestimable d’un message que l’esprit des choses vous adresse. Ce que j’ai vécu a rallumé en moi des lumières qui allaient s’éteindre.

 

[…]

 

Tout était écrit au fond du texte sibyllin contenu dans ces deux petites lumières, que les parentés de leur azur reliaient à certains lointains regards antiques. Celui du vieux Parménide d’Elée dans le regard duquel, je le sais aujourd’hui, la même vérité auguste et impérissable s’est reflétée un jour, comme en des puretés éternelles.

Parménide lointain, Parménide demeuré dans le sable brûlant des origines, vieux Parménide usé par les flots du temps et qui fut là brisé par des soldats, en attendant les résurrections.

 

[…]

 

Je regarde à l’intérieur du monde, je regarde à l’intérieur de mon cœur, je regarde à l’intérieur de tous les cœurs… parce que les cœurs commencent à m’être connus et que je les aime.

Je me sens à la fin de ma vie… et aussi au commencement de ma vie ; et, entre les deux, maintenant s’ouvre un grand abîme, qui ne pourra, par rien d’humain, être comblé !

 

 

[…]

 

 

Mon regard, beaucoup plus qu’hier, ne se sépare pas de la vision intérieure de l’Être, telle qu’elle m’est apparue un jour quand je ne la cherchais pas. La grandeur de cette vision, de cette acquisition est difficile à exprimer. Lorsqu’on l’a, elle contient toutes choses. Elle est la vie personnalisée dans son infini. Elle est la vérité, en dehors de quoi il n’est aucune vie possible ; elle est la substance en dehors de quoi il n’est aucune matière susceptible de réalité.

 

Pendant trois moi, j’eus et maintins devant mes yeux la volonté douce d’être fidèle en pensée à cette pensée de lumière qui n’était pas née avec moi par hasard, mais était en moi la révélation profonde qui attend dans le cœur de tous les hommes. Je la fixai devant moi et en moi, n’ayant pas d’effort à faire, car elle est un support merveilleux et l’on comprend, en s’appuyant sur elle, ce que signifiait le geste de saint Jean reposant sa tête sur la poitrine de son Maître.

 

[…]

 

Mon regard était fixé au centre de cette conscience de l’Être, dans lequel se trouvait à mes yeux la source débordante d’amour dont s’allumait ma propre conscience, ma vraie vie. J’étais là, établi comme dans une forteresse – c’était bien là le rocher dont parle la Bible – se défaire de l’illusion mortelle même à travers ses pires fantasmes, échapper aux funèbres tentations sensibles du fini, et remplir sa conscience de la connaissance de l’Eternel, éternellement créateur.

 

[…]

 

Il est difficile, quand on a vu ces choses tout d’un coup, de ne pas demeurer les yeux grands ouverts devant cette phrase par laquelle commence le premier chapitre de la création de l’homme, cette phrase du Livre des livres… ‘‘La terre était informe et vide, les ténèbres étaient à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait sur les eaux ; et Dieu dit : Que la lumière soit. Je suis la lumière du monde.’’ »

 

 

Lettre à la chrétienté mourante, Grasset, 1951, pp. 5-10 ; 12-18.

 

21:29 Publié dans De la littérature | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : philosophie, littérature, religion, catholicisme |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Excellente continuité avec la note de Zak ! La question de l'Être retrouve sous les mots d'Alphonse de Chateaubriant une sonorité chrétienne singulière : "Parménide d’Elée dans le regard duquel, je le sais aujourd’hui, la même vérité auguste et impérissable s’est reflétée un jour, comme en des puretés éternelles."

Écrit par : Serrus | vendredi, 05 décembre 2008

Alphonse de Chateaubriand est plus que jamaisà redécouvrir. Il eut toute sa vie une passion pour la gnose, la quête. Le nom de la société secrète à laquelle il appartînt m'échappe. L'Edelweiss peut-être, j'ai oublié mais certains ici doivent s'en souvenir avec qui j'avais eu le bonheur de parler rosicrucianisme. Alhponse de Chateaubriant fut un passionné de cette science secrète, de cette discipline de l'Arcane qui, du Roman de la rose à Apollinaire en passant par Nerval, Baudelaire Miloz et Pessoa double l'histoireintellectuelle et spirituelle de l'occident. Evidemment, etce la nous attriste, il ne sut pas reconnaître lemal lorsque ce dernier arriva :"Oui Hitler est bon! J'affirme qu 'il est bon" et autres exclamations ne furent pas pardonnés a l'écrivain. Sa condamnation du monde moderne, son espérance d'une restauration, ses contacts avec des groupes qui eux-mêmes se trouvaient être proche d'Evola (on sait que dans certains milieux tout se touche plus ou moins...) le conduisit à s'aveugler. qu'il ait pu écrire les lignesquenous lisons aujourd'hui prouve qu'il su ressortir plus fort de ses errances. "«Dépêchez-vous de faire naufrage,..." Le naufrage de l'Europe après l'experience diabolique n'était qu'une étape de la Dévastation. Il faut savoir écouter les voix quiont scruté l'abyme, quand bien même s'y seraient-elles perdues un temps.

Ps Radek, dès que j'aurai retrouvé le titre d'un article qui m'échappe (mais je suis tenace!) je ne manquerais pas de vous répondre sur le fil adéquat.

Écrit par : Restif | vendredi, 05 décembre 2008

Toutes mes félicitations Benoît Fulbert pour votre note ; j'ai une vive admiration pour Alphonse de Chateaubriant depuis dès années, auteur magnifique qui souffre aujourd'hui, malheureusement, d'une injuste déconsidération et d'un étrange oubli pour d'absurdes raisons. J'avoue que son "Itinerarium ad lumen divinum" est un texte qui vint nourrir avec grand profit quelques unes de mes méditations, et que je garde toujours proche de moi dans ma bibliothèque. Un écrit, incontestablement, d'une inestimable valeur spirituelle qui ouvre, largement et avec une plume remarquable, le splendide chemin d'ascension de l'ontologie chrétienne.

Que ces lignes que vous proposez, extraites de sa "Lettre à la chrétienté mourante" (titre visionnaire...) sont belles ! vraiment excellentes : "Mon regard était fixé au centre de cette conscience de l’Être, dans lequel se trouvait à mes yeux la source débordante d’amour dont s’allumait ma propre conscience, ma vraie vie. J’étais là, établi comme dans une forteresse – c’était bien là le rocher dont parle la Bible – se défaire de l’illusion mortelle même à travers ses pires fantasmes, échapper aux funèbres tentations sensibles du fini, et remplir sa conscience de la connaissance de l’Eternel, éternellement créateur."

Je rejoins donc volontiers pour plusieurs raisons fondamentales, l'ami Restif, que je salue d'ailleurs au passage, Chateaubriant est plus que jamais à redécouvrir !

Écrit par : Zak | samedi, 06 décembre 2008

Je suis à peu près certain que je suis une chiure.

Je ne suis qu'un gland
_________________________________________


Vous l'avez dit et bien dit Boulard!!

IdC

Écrit par : Boulard | mardi, 09 décembre 2008

IdC vous devez avoir raison.

Je vous aime : je suis chrétien.

AMEN

Écrit par : Boulard | mardi, 09 décembre 2008

Mon amour était là.

Mon amour.

Pour ma bien aimée.

Je ne connais personne d'autre que ma bien-aimée.

Écrit par : Boulard | mardi, 09 décembre 2008

"La sainteté qui vient aspire au mal". Georges Bataille.

Je suis à fond d'accord. Il ne croyait pas si bien dire.

Le MAL....le MAL le MAL le MAL

LE MAL.

le foutre le sang la jument le mal dans la viande du sang de la pute

Écrit par : Boulard | mercredi, 10 décembre 2008

"Je n'appartiens à aucun parti politique, je n'ai jamais vu flotter au-dessus d'aucun parti la bannière où se trouve inscrit dans un linge l'or pur que je désire. Le vent de la bannière des partis n'évente jamais les visages que d'une brise qui rappelle le trop maigre souffle du maigre égoïsme stérile.

[...]

Cette parole : "l'Europe n'est plus digne du Christ" nous atteint tous, s'applique à tous. Toute la conscience humaine, depuis sept ou huit siècles, par un égarement dont un saint Bernard avait relevé les prodromes avec effroi jusque dans les monastères, a cessé d'appeler le Christ à ses grandes fonctions salvatrices de réédificateur du monde intérieur de l'homme. Elle l'a appelé à être le tuteur du songe empirique, elle ne s'est pas livrée à lui pour qu'il soit le transformateur divin de ce songe.

L'imminence de la catastrophe suspendue sur nous par voie de conséquence de ce fait d'histoire et l'état critique du monde poursuivant sa chute chaque jour davantage hors de Dieu forcent à déclarer, sans perdre une minute, que les paroles prononcées sont également, de part et d'autre, insuffisantes et incomplètes.
Sous la douleur imposée par des certitudes tragiques, j'ai été amené à diriger du côté de Hitler toute la recherche de mon esprit, par l'intuition que là, au milieu du chaos et de la ruine, une certaine lumière véritable et véridique se créait un chemin, et agissait par les actes de ce chef de peuple, un peu comme une plante qui s'efforce de percer les murs d'une cave et s'élève à travers la pierre vers la clarté du jour.

[...]

L'humanité s'enchaînant dans les chaînes de l'or, au lieu de vivre l'abondance du Christ, de tels égarements se paient de toute la mesure de vie qui s'est laissé fourvoyer et corrompre.
...Et l'humanité succombe sous son trésor, sous les lourdes dépouilles de ce négatif.
A force de descendre dans la méconnaissance de l'Être, elle s'est identifiée avec ce négatif.
Il n'y a que l'Être, a dit un plus grand politique que les plus profonds politiques, saint Thomas, qui a appelé cette vérité la Sublime Vérité... Et l'humanité, avec son impiété,s'est identifié avec le non-être.
Et voilà le drame. Il n'est pas ailleurs."


Alphonse de Chateaubriant, La Gerbe des Forces, Grasset, 1940, p. 8 ; 19-20 ; 127.

Écrit par : Heildelberg 1937 | mercredi, 17 décembre 2008

Il y a en effet un aspect positivement mystique dans la vision politique du très catholique führer du IIIe Reich, vision qui dut séduire Alphonse de Chateaubriant :

" Aujourd'hui s'éveille une foi nouvelle: le mythe du sang, la croyance selon laquelle on peut, avec le sang, défendre aussi l'essence divine de l'homme (...). Le sang nordique représente ce mystère qui a remplacé et surmonté les anciens sacrements (...)."

Adolf Hitler, Mein Kampf.

Écrit par : Xavier | jeudi, 18 décembre 2008

Est-il nécessaire de rappeler la phrase que L'évêque de Freiburg déclara alors, en réponse à des questions qui lui étaient posées à propos des lois raciales :

- "On ne peut refuser à quiconque le droit de sauvegarder la pureté de sa race et d'élaborer les mesures nécessaires à cette fin."

Monseigneur Gröber, 1938.

Écrit par : Fs | jeudi, 18 décembre 2008

"Hitler n'a jamais quitté l'Église catholique " rappellera d'ailleurs le Dr Otto Dietrich qui vécut dans l'entourage immédiat du Führer.

Ce précieux témoin ajoute :

" Il avait interdit d'appeler Charlemagne le "boucher des Saxons", dans la presse ou ailleurs ; Charlemagne avait christianisé les Allemands par la force de l'épée et on lui donnait ce surnom à cause des luttes sanglantes qu'il avait menées contre le duc de Saxe.
" Hitler considérait Charlemagne comme l'un des plus grands hommes de l'histoire d'Allemagne, car il voyait d'abord en lui l'unificateur des Allemands et le créateur de l'Empire ; il l'approuvait d'avoir, en vue de ce " but national suprême ", aussi bien introduit la religion chrétienne dans les pays germaniques que d'avoir agi avec une rigueur impitoyable contre tous ceux qui ne voulaient pas coopérer à l'unification sous l'égide du christianisme. C'était pour cela qu'il ne tolérait pas que l'on pût critiquer les massacres du grand empereur Charles…"

(Dr Otto Dietrich, Hitler - Grasset, 1955)

Écrit par : Damien F. | jeudi, 18 décembre 2008

"C'est un beau mystère, une chanson de geste, qu'écrivent nos gars à la pointe de leur baïonnette, avec l'encre de leur sang sur cette immense page blanche de la neigeuse steppe russe. Jeunesse de France, comprendrez-vous le spirituel de la Légion Française?"

- Mgr Jean Mayol de Lupé - Paris - 21 IV 1944

Écrit par : Monseigneur | jeudi, 18 décembre 2008

Je ne sais plus comment j'en suis venu à lire le texte de Zak sur un blog que je ne connaissais guère ; ce qui est certain c'est qu'il m'est immédiatement apparu qu'il y avait enfin là un débat capital. Je pense que des éléments de ce débat ont été posés par nos échanges ; et je voudrais revenir à ce qui me paraissait dans ma perspective le plus important comme objet de ce dialogue, et qui concerne la stratégie de la guerre métaphysique.


Je pense que la dialogue spirituel et théologique est sans doute une des grandes saveurs de l'existence humaine ; aussi ne voyez pas mépris dans mon absence de réponse ; et je ne nierais pas non plus que dans des perspectives plus hautes, la question posée-la stratégie, au fond : que faire?- ne paraisse peu de choses, voire parfaitement futile. Les affaires du monde sont comme une onde, que toujours quelque vent empêche de calmer ; mais l'homme du monde aime les très grands vents, et chérit les tempêtes. Qu'importe en effet au spirituel que

« des êtres qui croient bon d’exprimer, parfois naïvement et comme ils le peuvent leur désir d’un autre-monde, d’une littérature vraie, et d’une vie un peu plus réelle, et dont on sait que ces rêves, parfois chimériques bien sûr, de nature romantique, esthétique ou politique, ont peu de chances d’aboutir concrètement »(Zak quelque part).

Mais voilà, il suffit que l'homme qui parle sous le nom de LV ne soit pas un spirituel, mais plutôt un homme du siècle. Et bien plus dans sa vie réelle travailleur que penseur, conscient de n'avoir pas choisi la meilleure part, la contemplation, pour les illusions de l'action. Mais justement, je n'ai pas choisi, et je ne peut être ce que je ne suis pas et que j'admire, un contemplatif. En un autre temps, peut être.


Cependant je veux à la fois ne pas, encore une fois, polémiquer en vain, là où je crois trouver sur le fond un accord ; mais aussi ne pas mentir, être sincère et clair dans mon approche du problème, car il ne peut y avoir de maison solide construite sur du sable, comme sur du mensonge ou de l'hypocrisie. Il se trouve qu'à la réflexion la question de la stratégie risquerait d'engager, au delà de la métaphysique, des positions théologiques. Je ne le souhaite pas . Je voudrais pouvoir concevoir la guerre comme une guerre de course, où il n'est demandé au prince légitime rien de plus qu'une lettre de marque ; la liberté, l'audace et l'aventure des mers du Sud en échange de la fidélité à la patrie et de la vénération de Dieu et du prince. Et pour l'âme, la justice de la cause et la confiance en la charité du Christ, au delà des grandes peines de la vie et de la mort. Car on ne court pas les mers sans engager tout l'homme, avec son bien et avec son mal. Vous ne serez pas surpris là de retrouver une de mes dangereuses ambiguïtés morales.

Je ne suis pas complètement naïf, et n'ignore pas que cette description est fictive. Elle me paraît cependant éclairante.


De plus, je citerais encore, mais non comme des autorités, comme des saveurs, au sens de Vico, des auteurs que vous jugez à manier avec précautions. J'ai pu comprendre ce que j'étais de différentes manières, par des discussions, des lectures, comme celle de Jean Borella. Je dirais que je suis un païen converti, et la conversion est une involution en soi du païen, non une disparition complète. Le modèle d'intégration des âmes donné par Aristote me semble efficace pour donner cela à comprendre : « Toujours en effet, le terme postérieur contient en puissance le terme antérieur, qu'il s'agisse de figures ou d'êtres animés... » Traité de l'âme, à partir de 414b29. Ainsi le chrétien est-il supérieur au païen non en ce qu'il lui est étranger, mais en ce qu'il le contient en puissance, et plus encore. Pour reprendre des propos du Maître concernant la Loi, qu'Erigène identifie au règne ancien des Anges des nations, c'est à dire aux anciens paganismes, comme Clément d'Alexandrie en effet l'a rappelé,« car les Anges ont été donnés aux peuples par une décision très ancienne », « je ne suis pas venu pour abroger, mais pour accomplir. ».Ainsi le salut n'est pas une pure négation du pécheur, mais un accomplissement de l'homme total.


Ce qu'est le païen, en terme de foi, c'est qu'il a appris à lire dans le deuxième livre avant le premier.


Je répète très sérieusement qu'il ne faut pas voir là une affirmation de savoir, mais une âpre saveur de la vie qui cherche l'expression par des mots. J'y reviens par la suite.



Malgré le caractère regrettablement personnel de ces derniers propos, ce qui engage un dialogue avec vous-la Question en général- au fond, n'est pas revendiqué par un nom et un prénom. Ce qui est personnel dans la pensée peut avoir certains ordres inférieurs d'intérêt mais ne peut rien construire de grand. La situation historiale analogue à celle du dernier siècle, dont découle l'itinéraire de l'homme sur lequel porte ce commentaire, amène au jour un complexe analogue de pensées, dans le savoir objectif, et surtout à faire poursuivre un analogue ordre de fins. A savoir de décider d'une voie humaine dans une « civilisation » qui est une formidable puissance de négation de toute vie proprement humaine possible.


Deux problèmes épineux se posent à mes yeux sur la voie de la compréhension mutuelle, celle des cycles temporels, et celle de la nature de la liberté humaine. La question du Temps, ou des temps, posée comme fondamentale engage déjà lourdement l'orientation de la question. Car le temps n'est rien pour celui qui est ancré dans l'éternité ; la primordialité de la question du temps pose déjà l'orient vers l'action. Et l'action pose la question de la liberté humaine.


Si je résume très simplement ma perception du débat et donc le sens de mon intervention, je dirais les choses suivantes :


Juan (que je n'ai lu qu'après) pose en quelque mots le vide du monde humain, ou du monde moderne ; ce vide qui est une réalité massive pour tout homme ne serait-ce qu'infimement concerné par la teinture du spirituel, c'est à dire pour tout homme venant dans le monde, dans les ténèbres. La réponse de Zak, je l'ai comprise, et je dirais, après avoir pris le temps de lire les commentaires, justement comprise, comme l'expression d'une essence. Je le cite :


« Elle se présente bien à nous, je le répète, comme un « destin » ; c’est-à-dire que son essence est effectivement destinale selon l’expression d’Heidegger dans le sens où elle n’est ni nouvelle, ni particulièrement spécifique à nos temps - elle est inscrite, comme une force de détermination ontologique, au cœur du présent de chaque être, de chaque existence en ce monde, sous toutes les latitudes et à toutes les époques de l’Histoire - ceci, et je crois qu’il importe d’insister sur cet aspect, depuis que le premier instant après la Chute emprisonna jusqu’à l’heure du jugement dernier Adam, et sa postérité, dans la geôle de l’espace et de la durée. »


C'est le premier sens de mon propos, de poser que cette essence préexistante s'exalte négativement particulièrement dans notre temps. Il y a là un désaccord possible, mais pas nécessaire. Zak en effet reconnaît plus loin que nous vivons, ce qui ne peut être nié à mon sens, une époque générale d'apostasie jamais connue auparavant depuis le Christ.


« Vous avez raison de signaler, voyant bien dans votre analyse votre attachement à l’œuvre du « Mendiant ingrat », que si nous sommes peu outillés pour nous confronter à la stupéfaction carcérale de la modernité à la différence de Bloy qui « pouvait encore tenter de retourner le numéraire de la parole devenue éternelle répétition du même », il ne nous reste que de faibles instruments bien impuissants « devant ce monde du spectacle qui intègre jusqu'à sa condamnation. » La situation n’est donc pas simple et nous avons comme un devoir impératif de témoignage de notre indigente position, qui fait que nous apparaissons sur la scène de l’Histoire comme, sans doute, les plus misérables des misérables créatures qui n’aient jamais rampé dans la fange de la nuit spirituelle depuis l’aube des temps, ceci participant des conséquences terrifiantes, non seulement du péché originel, mais aussi, cela n’est pas à négliger, de l’apostasie généralisée dont rend bien compte une société vidée de sa substance chrétienne. Je n’y reviens pas. »

Le 19 novembre, par un lien qui n'est pas passé, j'ai posté sur la question mon premier commentaire. J'écrivais ceci, et je crois que la question est bien posée sur ces bases :


« Le néant qui frappe la civilisation moderne est certes constitué du néant de l'homme, mais cette civilisation l'exalte à un point inédit dans l'histoire de l'homme. Cette civilisation, ce milieu de vie semble absorber et perdre comme l'eau sur du sable tout effort noble, tout homme noble. Mais il n'y à mon avis ni résignation ni désespoir à avoir, mais désir d'engager la guerre métaphysique qui s'annonce. »


Une question importante se pose déjà pour notre compréhension mutuelle, c'est de savoir si vous admettez que l'on puisse poser des situations historiales, ce que j'appellerais des cycles du temps humain, et même une structure cyclique du temps humain, faite d'involutions certes communes pour leur horizon d'ensemble, mais cependant assez qualitativement différentes pour que l'histoire soit un enjeu dans la guerre métaphysique. Cette guerre dont nous constatons bien l'existence au coeur de nos propres existences.


Je n'ignore pas la difficulté pour vous de cette notion de cycle, surtout si ces cycles sont posés comme nécessaires, et non l'effet d'un libre volonté, d'une libre grâce. Mais au delà, il ne semble pas excessif d'écrire que le temps de l'Écriture comprend à la fois la nature linéaire du récit, et aussi la marque de cycles, y compris de cycles de théophanies : ainsi la création et la période d'avant le péché, la période antédiluvienne, la période des patriarches, la période de Moïse et de la réaffirmation de l'Alliance, la période de la vie du Maître, la période apostolique...et aujourd'hui, la période moderne, dont l'étrangeté est difficile à comprendre de manière systématique, où des catholiques passionnés remettent en cause l'orthodoxie du Pape. Parmi d'autres éléments et très vite, un cycle est fait d'une période d'oubli, de décadence, et d'une théophanie restauratrice, restauration certes partielle, restauration qui s'exprime par son mouvement de retour dans le mot repentir, qui fait écho à la nostalgie. La particularité des temps tient à la profondeur, à l'énormité de l'oubli, au sentiment d'une chute irrépressible dans un abîme sans limites ; à la puissance de négation systématique, tenace, mécanique du Système moderne ; à sa capacité inédite de s'assimiler la révolte et la négation pour augmenter et intensifier sa puissance ; à ce « complot contre toute les formes de vie intérieure »dont parle Bernanos. Je dirais que nous vivons une forme idéologique du Déluge, où les quarante jours et les quarante nuit de pluie, de tentation du Verbe, ne trouvent pas de cesse. Dans de telles circonstances, l'abri hors du monde de l'Ermite est le pendant de l'engagement au combat de ceux qui sont des hommes du monde, de chair et de sang, de ceux qui enterrent et pleurent leurs morts et font profession de leurs bras, comme le centurion Corneille ; de ceux qui ont

des enfants, de ceux qui aiment les cultes et leurs pompes, les parfums et ont beaucoup aimé et beaucoup péché.


Face à cette nuit obscure de l'âge humain, il est humain de prendre une conscience aigüe des ténèbres et du péché. Cela, vous l'aurez compris, est une pique pour tenir le lecteur éveillé et rien de plus. Les cycles de la Révélation sont analogues au cycles de l'âme ; la nuit des Temps correspond à la nuit obscure et au nuage d'inconnaissance de l'âme. A ce titre L'Ecriture prend tout son sens spirituel quand elle est lue comme acte et exercice spirituel, comme histoire de l'âme ; et le temps de l'âme est ainsi le reflet du temps de la révélation, et analogiquement tissé de rythmes, ainsi que Boèce l'a étudié à la suite de l'Antiquité, sous le nom de musique. Par la vibration de la musique sacrée les rythmes de l'âme et les rythmes de l'histoire sainte sont rendus sensibles. Une célébration divine peut ainsi nous placer en situation de comprendre les lectures du jour plus et plus loin qu'une lecture isolée, comme si soudain la parole s'était adressée à nous personnellement, en une véritable théophanie ; et une voix profonde de spirituel, peut, par la simple lecture dans la prière, rendre sensible obscurément, et hors de portée du concept, la texture intime de l'écriture. Cela est une vertu de la musique, gloire silencieuse de Dieu.


Par là je montre que le Livre est fermé sans milieu de vie, et à mes yeux, je présente un argument favorable à la notion de cycles de l'histoire divine.Car toute argumentation n'est pas raisonnement mais aussi expérience. Les chants portent le nom de passages du cycle quotidien, et la liturgie est explicitation de l'analogie du cycle annuel avec les cycles de l'Ecriture.


C'est toute l'importance de la théurgie, de la mise en résonance de l'Ecriture avec la vie humaine,ici et maintenant, résonance qui est analogué avec la résonance des cloches dans la temporalité de la communauté, ou encore avec le foyer commun de la temporalité qu'est le cycle luni-solaire, légitimement vécu comme symbole de l'éternité, sphère céleste et soleil invaincu. Comparez cet Univers commun des cycles temporels, essentiel aux communautés traditionnelles, avec la montre individuelle, et son morcellement unidimensionnel fixé sur l'utilité productive, et avec la télévision individuelle comme premier facteur de construction d'un Univers commun, et vous aurez une notion faible de la perte d'orientation de la communauté humaine et de l'exténuation de son Univers. La perte de l'Univers spirituel dans la communauté des hommes, les hommes individuels enfermés dans une mondéité propre bornée, cela certes s'enracine dans l'essence de la destinée humaine, mais est aussi son exaltation ténébreuse propre à un moment du Cycle humain, moment par ailleurs étendu sur des siècles. Le mal métaphysique s'exalte et triomphe, et chacun porte le signe de son nom ; mais il est à la portée de l'homme de le combattre.


La question est de celle qui engage le théologien ,le métaphysicien, le philosophe porteur d'un mode de vie, l'artiste comme producteur de mondes, constituant d'un Univers humain, à savoir un Univers constituant une communauté humaine, et un Univers permettant l'assomption de l'homme, maintenant ouvertes dans la vie humaine les portes du Royaume. Car, comme dit l'Ecclésisaste, certes l'homme souvent œuvre dans la vanité et la poursuite du Vent, mais « Dieu retrouve ce qui est perdu. »


Le premier pas vers la lutte est la compréhension de la situation comme cyclique, donc re-formable, capable de ré-volution au sens primordial du terme.Mais comment? Le premier point de communauté et de désir de combat est l'inextinguible soif de l'homme, cette aveugle et naïf désir d'être plus : le dépassement de l'homme est l'homme. L'exténuation de l'Univers huamain n'est pas l'exténuation de la nostalgie.


«Le combat, l’unique combat Artériosclérose, pour nous sur « La Question », est donc d’ordre métaphysique et spirituel contre le mal ; métaphysique car il touche à la nature ontologique de l’homme et du monde ; spirituel car il ne peut emprunter, et comme armes et pour finalité, que l’essence invisible de la soif mystique de l’Absolu. »


Cette soif qu'à la suite d'Eschyle et de Simone Weil, je nomme, car elle est à la fois direction et douleur, nostalgie.Elle est puissance universelle de conversion, à l'œuvre aussi dans les « Confessions ». En clair, je pense que cette soif « éclaire tout homme venant dans le monde », et que tout homme venant dans le monde peut penser cette peine et commencer son retour, son repentir.


« Zeus, quiconque, la pensée tournée vers lui, dira sa gloire,

Celui là recevra la plénitude de la sagesse,

Lui qui de la sagesse aux mortels à ouvert la voie ;

« par la souffrance la connaissance » est la loi suprême qu'il a posée.

Elle se distille dans le sommeil auprès du cœur,

la peine qui est mémoire douloureuse ;

et même à qui n'en veut pas vient la sagesse.

De la part de divinités c'est là une grâce faite de violence,

ellesqui sont assises au gouvernail sacré. »


La peine qui est mémoire douloureuse, l'état de disgrâce de l'homme. Et chose étrange, cette peine et cette déréliction sont armes, armes redoutables. Car c'est de l'insatisfaction, de ce caractère indéfini, de cette créaturalité, que jaillit la puissance qui pousse l'homme sur les voies impénétrables, loin du confort de la bête et du sommeil minéral des monts. Comme Judas a mystérieusement collaboré au mystère du sacrifice de la Passion, ainsi le péché, la déchéance, la souffrance issue du mal métaphysique est justement la porte de l'Orient mystique. Connais toi toi même. La connaissance du mal, du mal en soi-même, est grâce, donation de puissance. Ainsi si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu crois savoir.Et tu t'arrêtes sans même avoir commencé l'oeuvre de la vie humaine.L'homme noble est l'homme de la nostalgie.


J' accorde que cette puissance est condition non suffisante, et qu'elle peut mener dans les ténèbres ; mais je dis par contre que l'homme qui est possédé par cet ardent désir, même si celui ci le mène à la plus complète déréliction, est celui qui est visé par les paroles du Maître à Marie-Madeleine : « il te sera beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé ». Que n'es-tu froid ou bouillant...celui qui ne pèche que peu au regard des hommes parce qu'il ignore la souffrance, la passion au sens propre du salut, et ne cherche pas des voies d'aventure dans un Univers humain où toutes les voies sont fermées au regard et envahies de ronces- « je me retrouvai dans une forêt obscure, car la voie droite était perdue... »-celui là me fait penser aux pharisiens, qui ont perdu la voie du Royaume et l'interdisent aux autres hommes, à ceux qui ne voient pas qu'ils sont aveugles, pitoyables et nus. Ce propos me semble particulièrement adapté pour faire saisir à un admirateur de la Résistance ce que nous pouvons trouver chez Alphonse de Chateaubriant. Aussi, pour faire saisir pourquoi Parménide, ou Héraclite, sont des auteurs emplis de grâces. Et pour faire comprendre comment je peux être un lecteur de Simone Weil, de Bernanos, et de Zak. Il est deux frontières dans la guerre, entre ceux qui combattent, mais aussi entre ceux qui combattent et ceux qui ne combattent pas. Il importe que d'ennemis ils deviennent adversaires.


La liberté humaine demeure dans la souillure du péché ; l'homme mauvais est poussé à aller au delà de lui, vers ce qui le dépasse. Certes sa nature est insuffisante, mais elle peut poser, ou non, des inflexions nécessaires, non suffisantes à la grâce du repentir. L'action est possible et souhaitable dans le monde, comme expression de ce chaos qu'est l'homme. Pour autant elle n'est pas un principe pour tout homme.La meilleure part n'est pas la part de tous.


La nostalgie concerne tout homme, et elle est le ferment et la lumière commune qui rallie les si divers combattants de la totalité présentée par le Système. Un effet du Système est d'absorber comme une puissance nouvelle à son service tout refus qui n'est pas total ; un autre est de diviser profondément ceux là même qui portent le grand Refus. Pourtant la force qui fait bouger les montagnes n'est pas dans la division, mais dans la réunion. Un élément qui m'a paru tout à fait crucial pour me reconnaître dans la démarche de Zak est d'y lire la lecture conjointe du Système par la théologie, par l'ontologie fondamentale et par les penseurs situationnistes. La conjonction de la pensée traditionnelle, la plus essentiellement critique car la plus étrangère à son entéléchie, avec la pensée révolutionnaire, apte à l'efficacité temporelle, est cela même qui a produit le grand ébranlement du Système, et vous comme moi connaissez le nom de cet explosif réellement dominant dans les sphères culturelles de l'avant guerre. C'est la reconnaissance de la communauté principielle, l'empathie de la nostalgie commune, avant le rattachement aux orientations humaines, conceptuelles ou politique, qui fonde ce rapprochement légitime. C'est pourquoi je pose que le penseur supérieur, qui va et se maintient sur les fondements de la guerre métaphysique et sur la nostalgie, n'a pas d'opinions- et des passages des contributions de Zak ont pour moi le même sens. C'est cela même qui fait distinguer un désaccord de principe total avec une empathie réelle avec les pitoyables révoltes de ce siècle. Car dans les conditions de vie du Système, pour des hommes déprivés de tout Univers, transformés en moyens d'une entéléchie aussi puissante que vide, mieux vaut la révolte que rien. Je suis plus proche d'un hors la loi humain et désespéré que d'un pharisien du politiquement correct. Le caractère fermé et borné du marxisme primaire est aussi le reflet d'un milieu de vie réel où rien ne compte que la force et l'argent ; et celui qui est élevé dans ce monde ne peut développer une révolte au delà sans génie, et le génie est rare. Il y a donc lieu d'un dialogue et d'une œuvre commune entre des courants de diverses origines du grand Refus. Dans le passé, le cercle Proudhon en fut un exemple significatif. Les éléments intellectuels d'une synthèse analogue me semble disponibles, avec en plus de nouveaux éléments qui peuvent l'améliorer. La guerre idéologique est ainsi pour moi le premier pas de la guerre en tant qu'action humaine.


Par exemple je lis dans les commentaires au présent texte la nécessité de repenser le Nazisme.Le nazisme fascine le monde moderne et fait les succès d'édition et de scandale. Le Système nie cette fascination pourtant tout à fait sensible, et propre à lui. La cruauté plaît et attire. Le négatif absolu du Système secrété par le Système fascine les ennemis du Système qui ont en lui leur milieu de vie et sont en fait encore déterminés par lui. Le nazisme est une position cruciale de l'idéologie moderne. Le nazisme a été le soleil noir qui a entrainé des hommes nobles dans son étrange vortex et les a rendus complices de crimes atroces, et spectaculaires. Leur assimilation idéologique par le spectacle comme figure fonctionnelle de l'Enfer ne doit pas, par le rejet du spectacle, faire détourner le regard de ces crimes réels. Le nazisme doit être analysé comme Tentation, et rejeté. Son caractère méphistophélique est sensible. Cela me paraît valable à tous les plans d'analyse. Et surtout le Nazisme en dernière analyse me paraît étrangement proche du Système, en être une variante. La nostalgie d'hommes nobles a permis la prise du pouvoir par Speer, figue de l'entéléchie du Système, et des assassins démoniaques. Le nazisme a permis la réalisation des attentes du Système, la transformation de l'homme en matière première industrielle, en objet de la technique, par son corps mais aussi par son âme. Il n'est pas le lieu dans ce texte de le faire plus avant, mais cette analyse est une nécessité stratégique.« il tromperait même les justes, si cela était possible ».


Un tel projet- la déconstruction de la déconstruction- ne peut être individuel et doit s'enraciner dans les couches les plus profondes de la réalité historiale. Il est, je le répète, la destruction phénoménologique de la matrice idéologique du Système, comme premier moment de la pratique de la guerre. Sinon, tout effort aboutira à renforcer le Système. Particulièrement tout exercice de la violence matérielle, puisque l'entéléchie du Système est la maximisation du déploiement de la puissance matérielle. Pour cela nous avons l'arc, la tension, la flèche et le but...sans entrer dans une analyse longue et difficile, je crois que notre époque est un kairos, un point crucial et un lieu de jugement de l'histoire des derniers siècles : notre siècle est bien le siècle des menaces pour le Système triomphant..


Le choix prioritaire de la lutte idéologique s'explique aussi par l'inflation idéologique du Système, qui remplace la coercition physique par le discours partout où il le peut. Et par la nécessité où est le Système pour fonctionner, de faire tendre tendanciellement vers zéro les coûts de transmission de l'information, ce qui permet à une très petite puissance matérielle de diffuser une information qualitativement très puissante, même si de ce fait elle est peu accessible. A ce sujet, l'élaboration de canaux reconnaissables est un élément de la maitrise du bruit informationnel, qui est la contre arme du Système autant et plus que la censure directe. Par bien des côtés, nous nous trouvons dans une situation comparable à la diffusion des lumières, inversées ; ou, pour parler davantage à d'autres lecteurs, comparable à la mission de Paul et à la diffusion du christianisme dans l'Empire romain, je pense en particulier à la rencontre de Denys sur l'Aréopage, à Athènes.Dans un tel contexte, la nostalgie de Denys rencontre les paroles de la Nouvelle. Dans un tel contexte s'applique la parole, « qui n'est pas contre nous est pour nous. »


Il est un dernier point sur le quel je veux argumenter.


L'entéléchie de la matrice du système peut être décrite comme la maximisation du déploiement de la puissance matérielle, ce qui donne à la paix une allure de production de guerre, avec la production et la destruction comme seul horizon ; et ce qui donne à la guerre une allure de guerre totale symétrique, avec montée aux extrêmes de la puissance de production et de destruction. La deuxième guerre mondiale ou la guerre froide, avec la course aux armements, n'en sont que des exemples. La guerre a lieu dans le monde économique. Le système libéral, avec l'organisation de la guerre de tous contre tous, est par essence un système de maximisation de la puissance globale, de montée symétrique à la course à la puissance matérielle, conjointement à une exténuation limite de toute communauté politique. Les oppositions de ce fait sont assimilées par l'entéléchie du Système dès lors que ces oppositions acceptent d'utiliser les moyens légitimes du Système, depuis la violence terroriste qui permet le déploiement inédit de la coercition, jusqu'à la pratique politique qui abouti très vite à se positionner dans le Système.


Dans cet horizon spécifique, la lutte idéologique ne peut se faire, comme toute opposition, en opposition frontale qui nourrira la puissance du système ; la lutte idéologique globale doit se fondre dans les grilles de lecture du Système et devenir la mode, tout en veillant à rester inassimilable ; ce caractère de grain de sable dans les rouages devant conduire à augmenter les forces d'inerties et les résistances, à les fédérer et à leur donner forme et fin.Ce processus est très visible dans l'histoire de l'Encyclopédie. Cette option stratégique me permet d'expliquer le titre si ambigu « délices de l'Âge de fer ». Je citerais un homme lucide sur ces nécessités :


« Le beau est fait d'un élément éternel, invariable, (...)et d'un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l'on veut, tour à tour ou tout ensemble, l'époque, la mode, la morale, la passion. Sans ce second élément, qui est comme l'enveloppe amusante, titillante, apéritive, du gâteau, le premier élément serait indigestible, inappréciable, non adapté et non approprié à la nature humaine » .

Beaudelaire, l'Art Romantique.


Par exemple le système use et abuse du discours moral comme moyen de domination, ce qui est une destruction complète du bien et du mal, du fait de l'utilisation du bien explicite comme moyen d'arraisonnement, comme outil, avec une finalité de domination. En clair l'inflation du discours moral est en fait une annihilation du bien et du mal comme distinctions dernières. La destruction de la « moralité » du système est nécessaire, et rendue plus aisée par la prétention du Système à revendiquer l'immoralité et le plaisir. Je les revendique sans hésiter comme arguments.Je pense que ce point vous sera difficile.Mais de ce fait aussi l'argumentation des chiens de garde sera difficile. L'œuvre comme je l'ai dit peut faire la déconstruction de la déconstruction, être légère et ludique sur ce que le Système veut traiter avec sérieux, être sérieuse sur ce que le Système affecte de traiter comme superficiel, et surtout utiliser les principes et les discours du Système contre lui. L'idéologie matricielle est paradoxale, et la détruire n'est pas seulement de la mettre à plat mais aussi accentuer ses paradoxes au delà de ce qui permet sa survie. La vérité est aussi une arme, car le spectacle est constamment trompeur et manipulateur. La posture globale est celle du dandysme philosophique déjà sensible chez Beaudelaire.


Ainsi j'ai pu poser des principes de diagnostic et des principes de stratégie dans la guerre métaphysique ; ce texte est déjà très long pour notre forme de publication. Je le dépose devant vous, gardiens de « la Question », après une première discussion sur les conditions du dialogue que nous avions menée à bien ; la période du cycle annuel y est particulièrement favorable, période de victoire apparente des ténèbres et d'apparition de la grande lumière, la Lumière qui resplendit et ne peut être comprise dans la main des ténèbres, l'étrangère par excellence.

Écrit par : LancelotVlad | dimanche, 21 décembre 2008

« R.- […]Toute idéologie, de droite ou de gauche, qui implique le viol d’une réalité, est luciférienne dans son essence.

Q.- Qu’entendez-vous par « luciférienne » ?

R.- La révolte de Lucifer n’est pas la révolte du mal contre le bien, mais la révolte du bien contre l’être. »

(Vladimir Volkoff, Le Montage, Julliard, l’Age l’Homme, 1982 , p. 256)

Écrit par : Karl | jeudi, 25 décembre 2008

http://clubchateaubriant.centerblog.net

Écrit par : peyrot | vendredi, 22 juillet 2011

Blog du Club Alphonse de Châteaubriant

http://clubchateaubriant.centerblog.net

Franck Peyrot
Président-fondateur du club

Écrit par : peyrot | samedi, 23 juillet 2011

Quelle parenté avec François-René de Chateaubriant ?

Écrit par : BEH | mardi, 27 mai 2014

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