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mercredi, 26 novembre 2008

RÉACTIONS À LA RÉPONSE DE ZAK À JUAN ASENSIO

Par Zak

 

 

 

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« La domination ontologique de l’horreur est inscrite de façon générique

en chaque être depuis la rupture adamique »

 

 

 

 

 

 

Nous avions voulu, dans notre précédente réflexion portant sur la notion de « virtualité », proposer une interrogation sur la notion d’authenticité en convoquant, à la fois les outils de la métaphysique classique et ceux de l’anthropologie chrétienne. Notre petit texte a suscité, à notre surprise, un nombre suffisamment significatif et important de commentaires multiples et variés, pour que nous nous sentions encouragé de relever, puisqu’il ne nous apparaît pas utile d’insister sur ceux qui témoignèrent de leur intérêt à notre égard et que nous avons bien lus, ce que ce questionnement a pu recueillir comme réactions critiques.

 

 

On pourra bien évidemment tout d’abord sourire, très franchement, de l’ire colérique plutôt comique que provoqua notre initiative, ici ou là, et en particulier chez des esprits réduits et bavards soutenant une impossibilité formelle entre l’interrogation métaphysique et le christianisme, encore pénétrés d’un indigent apriorisme qui sont allés jusqu’à affirmer, sans crainte du ridicule, et comme s’y risquent encore seuls quelques positivistes attardés, qu’il n’était pas possible d’engager une question de nature philosophique si l’on accordait un crédit à l’enseignement de la Révélation[1].

 

 

 

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« La philosophie, c'est à dire l'amour de la sagesse,

n'est pas une chose et la religion une autre chose. »

(Saint Augustin, De vera religione)

 

 

 

L’énorme stupidité abyssale d’un tel affligeant discours qui relève des innombrables bêtises écrites dans les petits opuscules, écrits par des professeurs formatés, que l’on destine aux lycéens qui se préparent au baccalauréat, pourrait aisément être mise en lumière en dressant la très longue liste des philosophes et métaphysiciens chrétiens qui marquèrent de leur présence magistrale l’histoire de la pensée.

 

Mais cela serait trop facile pour deux raisons principales :

 

- Tout d’abord parce que tous les penseurs en Europe avant même l’avènement du christianisme, à de très rares expressions près, furent des croyants, païens ou chrétiens, fortement attachés à leur religion et parfois, comme Jamblique, adeptes des cultes mystériques ;

 

- Deuxièmement parce que c’est toute la métaphysique, toute l’histoire de la philosophie elle-même, qui a sa source dans un fondement religieux placé à la base du questionnement dont on sait qu’il prit naissance précisément avec Parménide et son fameux « Poème sur la nature » (Peri Physeos) où, dans cet instant matinal et natif de l’interrogation fondamentale, conduit par la Déesse, il s’approcha de l’Être, qui se dévoila comme un don et lui fut délivré comme un préconcept transmis par la divinité [2].

 

Difficile de faire plus religieux, on le constate, en ce qui concerne le domaine originel de la philosophie !

 

Mais ceci n’a rien d’exceptionnel puisque c’est l’ensemble de la pensée grecque qui fut encadrée dès ses premiers pas par la fonction essentielle des personnages divins - Themis, Dikè, les Moires – des présocratiques jusqu’à Platon et Aristote puis, plus encore chez les néoplatoniciens dont beaucoup furent chrétiens (celui connu sous le nom de Denys l’Aréopagite en est l’exemple par excellence), personnages divins accompagnant le questionnement à l’égard de la sagesse. A ce titre, le nom même de « philosophie », désigne bien cette « Sophia » aimée que les latins désigneront comme « Sapientia », ce qui fera dire à Cicéron que la pensée philosophique est « la science des choses divines et humaines et des principes qui les fondent ».

Comme l’expliquera Jean Daniélou dans son étude parue en 1944, Platonisme et théologie mystique, cette approche conduira saint Augustin, très marqué par le néo-platonisme, a réconcilier les « idées éternelles » avec l’Evangile suivi en cela par Théodoric de Chartres, Dominique Gundisalvi, Duns Scot, ou Giordano Bruno,  (saint Thomas d’Aquin faisant de même plus tard avec l’aristotélisme), se souvenant que dans son Apologie de Socrate Platon déclarait : «  je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien », démontrant ainsi que la sagesse philosophique consiste d’abord à se reconnaître ignorant en avouant la limite de la raison et des facultés humaines pour atteindre le domaine, inaccessible, de la Vérité [3].

 

 

Toutefois il nous faut faire justice, par delà les invraisemblables incohérences déjà signalées, à un truisme naïf foncièrement ridicule, toujours issu des manuels destinés aux classes du secondaire et que l’on recrache sottement, consistant à soutenir que « philosopher », vaniteuse et bien ambitieuse expression au demeurant pour les cancres ignorantins qui la manipulent sans intelligence, consisterait à « inventer » des concepts et faire surgir de sa pensée de la nouveauté. Rien que ça ! Or, telle est bien l’une des plus aberrantes et insignifiantes idées participant de la piètre vision deleuzienne vidée de sens et de fondement, aimant à roucouler son éternel credo au sujet du philosophe « amant du concept ». Deleuze lui-même, dont on n'oubliera pas qu’il s'est donné la mort de façon brutale le 4 novembre 1995, déclarait dans son ouvrage « Les conditions de la question : qu'est-ce que la philosophie? » : « La philosophie ne contemple pas, ne réfléchit pas, ne communique pas. C'est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts, mais surtout de les créer. » Outre que tout le monde n’est pas Deleuze, et que peu d’individus sont en mesure d’éventuellement "générer du concept", il y a dans cette vue un pseudo raisonnement qui joue sur les éléments de la pensée réflexive d’une manière toute hégélienne, laissant dans l’ombre un présupposé non interrogé de la vieille doxa deleuzienne qui trouve son inspiration chez Marx et Nietzsche : le rôle de la philosophie ne consiste plus à contempler le monde mais à le changer, à l’interpréter. Dans Différence et répétition, par exemple, Deleuze reprochera, de façon très marxiste finalement, à la dialectique hégélienne sa manière abstraite de concevoir le changement qui la rend incapable de penser le mouvement réel des choses.

 

heidegger_denken[1].jpgAussi Deleuze s’écartera foncièrement de Heidegger, en s’y opposant, critiquant son approche fondée sur l’authenticité, tel que le « Dasein » doit l’expérimenter. Et c’est bien là où réside une opposition radicale, entre l’utopie deleuzienne fondant ses vains espoirs évolutifs et progressistes en la création permanente de la nouveauté conceptuelle, et la position heideggerienne, beaucoup plus en accord avec l’intuition matinale parménidienne, et dont nous n’hésitons pas à dire que nous la reconnaissons comme supérieure et beaucoup plus respectueuse de la nature même de ce qu’est l’exercice philosophique véritable, consistant à nous préparer à répondre à un appel qui nous révèle, dans un saisissement inattendu et non volontaire, "l’Être" dans la perfection de sa donation originelle.

De la sorte, pour la philosophie exigeante consciente de l’appel ontologique, l'avènement de la Vérité réintroduit la métaphysique là où le nietzschéisme deleuzien, par un subjectivisme dérisoire et fort moderne, l'avait chassée en s'imaginant être en mesure de créer du "concept". En effet, ce qu’avait tragiquement oublié la non pensée moderne, l’Etre est une nécessité impérative à l’intérieur de laquelle nous sommes placés, nous ne le créons pas. C’est pourquoi à la question de savoir « qu’est-ce que penser ? », Heidegger répondit en 1955 par une autre question beaucoup plus juste et fondamentale : « qu'est-ce que l'Être ? » Ainsi, la question « qu’appelle-t-on penser ? » signifie plutôt : qu’est-ce qui nous incite à penser ? qu’est-ce ce qui nous appelle à penser ? qu’est-ce qui nous donne à penser ? Et ce qui donne le plus à penser, c’est le « Penser » lui-même : das Bedenkliche. Heidegger pourra donc affirmer, ruinant définitivement les présupposés évolutionnistes et subjectivistes si caractéristiques du nihilisme philosophique contemporain : « A l’aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept » [4]

 

 

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« A l’aube profonde du déploiement de son être,

la pensée ne connaît pas le concept »

 

 

 

 

Nous nous attarderons un instant également, ayant déjà dit notre opposition à leur discours et le rejet que nous ressentions face à leur méthode de dénonciation, sur les profondes confusions théoriques, à nos yeux, des frères républicains consanguins Qu'est-ce qu'un français de souche? adeptes de « l’inessentiel » et d'un certain matérialiste, qui vinrent clamer leur incompréhension des mécanismes propres au spectacle moderne au prétexte de ridiculiser anonymement un auteur, s’imaginant missionnés pour sauver le monde du péril de la domination réactionnaire technocratique biocybernétique sans comprendre leur profonde participation à cette même domination dont ils ne sont que le pôle négatif et grimaçant inclus dans ce même spectacle qui, aujourd’hui comme hier, a depuis longtemps intégré sa critique.

 

 

 

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« La lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes

n’est, en dernière instance, qu’un amusement pénible

qui ne sert qu'à régénérer un système qui ne connaît plus de mouvement négateur. »

 

 

Ces étranges personnages épidémiologiques ne comprennent pas, comme, pourtant, le disait déjà le texte de la brochure De la misère en milieu étudiant, que : « la critique radicale du monde moderne doit avoir maintenant pour objet et pour objectif, la totalité. » En effet, la critique, si elle doit s’exercer, est donc contrainte de se pencher sur le projet de la domestication totale, non en désignant encore et toujours, en retombant dans les mêmes pièges et ornières stupides, identifiant de façon erronée de prétendus agents de la réaction, discours ultra obsolète qui cache mal une totale incapacité analytique à appréhender la nature du système et de sa matrice, dans un schéma structurel passablement inopérant focalisé stérilement sur la désignation de l’adversaire principal situé, évidemment - grande révélation - à l’extrême. A présent à l’échelle mondiale, alors même que la domination ontologique est inscrite de façon générique en chaque être depuis la rupture adamique, la convergence est absolument réalisée entre la communauté du capital et sa critique, capital qui est devenu l’être social de l’espèce, dont la pérennisation est rendue possible grâce à l’instauration de la démocratisation, l’égalisation, et l’homogénéisation poussées à leur sommet, sachant que puisque le capital, par son idéologie libérale, s’est constitué en communauté globale il peut exercer sa domination sans partage en utilisant la démocratie et la République pour parachever la domestication, et qu’il n’y a rien qui ne puisse éviter de le servir en ne participant pas de son pouvoir, n’ayant nul besoin que quelques discours, qui tiennent d’ailleurs plus de l’incantation fantaisiste que du réel danger, viennent l’aider à renforcer son contrôle.

 

De ce fait, se faire le chantre des vertus républicaines et démocratiques en dénonçant les imaginaires adversaires de ces régimes, alors même que la démocratie est l’instrument par excellence de la soumission biologique et structurelle de l’espèce, [Marx disait de la démocratie qu’elle est « l'énigme résolue de toutes les constitutions bourgeoises »] , est donc le plus sur moyen, en collaborant au jeu spectaculaire et se vouant à la lutte contre des fantômes anecdotiques, d’asseoir le règne de la domination abstraite de la valeur en se transformant en laquais objectif de la domestication libérale.

 

Alors que la démocratie, telle qu'elle s'est constituée historiquement à des périodes décisives de l'histoire politique, de la Grèce du Ve siècle aux Républiques italiennes jusqu’à la Révolution française,  qui fut depuis toujours le vecteur idéal de la caste financière s'imposant de manière hégémonique comme la forme accomplie de domination réelle du capital sur la société, n’est plus menacée et par conséquent n'a plus à être défendue contre l'éventuel retour d'un phénomène totalitaire, même au prétexte d’un « pouvoir biocybernétique » qui, pour être plus efficace, n’a dans sa nature rien d’original ni de nouveau, faisant que ce combat n'est donc pas « progressiste » ou positif, mais absolument anachronique et régressif, c'est-à-dire réactionnaire. Déjà dans les années 1920, Bordiga, prévenait des ambiguïtés du slogan socialiste et républicain « la démocratie en danger » qui entraîna sur les champs de bataille des millions d’hommes qui se livrèrent une guerre criminelle, aussi inutile que vaine. La démocratie est une communauté illusoire, une communauté de la séparation parce qu'elle sanctionne politiquement, juridiquement et idéologiquement la soumission des hommes dans l'échange marchand où chaque individu, agissant pour lui-même, est devenu pour l'autre un représentant de la marchandise. La démocratie est donc actuellement "l'esprit" de la société, sa "religion".

Ainsi, si le nihilisme n’est que l'idéologie de soutient à la forme achevée de la domination, le prétendu reflet du mal dans lequel s’enferme les membres de la « Confrérie », nous assénant interminablement des injonctions sur la démocratie, la liberté, les Droits de l'Homme, réduisant concrètement l'horizon à l'alternative démocratie / totalitarisme, s'avère incantatoire et vain alors qu’il importe de démasquer le pivot du paradigme libéral pour montrer que son visage est multiforme, plastique et mouvant, utilisant pour son service l’ensemble des mécanismes trompeurs du champ politique pour mieux instrumentaliser, et son éloge et sa critique. La République, la démocratie, le totalitarisme et le marxisme ont permis l'universalisation du mode de production capitaliste, de sorte que la lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes n’est en dernière instance qu’un amusement pénible, un travail contestable qui ne sert, d’une certaine manière, qu'à régénérer le système lui-même puisque le développement de la valeur a fini par cannibaliser les lois structurelles du système qui ne connaît plus de mouvement négateur.

La seule attitude authentique, c’est-à-dire authentiquement en rupture, est donc uniquement d’ordre supérieur, elle relève du spirituel et du transcendant.

A ce sujet, Augustin d’Hippone expliqua clairement que la « Question » porte sur la notion des "deux cités", des deux principes antagonistes depuis la Chute, dans la mesure où le monde est le lieu où se déroule depuis l’origine une incessante lutte entre deux volontés, deux projets antagonistes, où s’affrontent deux « voies », deux orientations aux perspectives radicalement différentes. Telle est l’authentique division toutes les autres étant factices et superficielles. C’est pourquoi, celui qui a compris que la seule extériorité critique est uniquement de nature spirituelle et qu’il n’y a pas, fondamentalement, de différence, de clan, de tendance dans la cité de la terre puisque toutes les forces possèdent la même et identique racine de désorientation viciée et corrompue, doit, alors qu’il est placé au cœur d’une confrontation métaphysique gigantesque qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables, se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux Cités, l’amenant, certes, à relativiser les gloires et puissances terrestres, mais surtout regarder les fausses luttes politiques ou idéologiques d’ici-bas comme vaines et stériles, dans la mesure où le combat véritable, l’unique combat, se mène contre « l’Adversaire », et non contre des mirages passagers au nom d’orientations politiques intramondaines.

 

 

Redisons-le, il ne peut y avoir qu’une seule communauté en ce monde, c’est celle des forces ténébreuses qui n’appartiennent à aucune communauté si ce n’est celle de l’abomination et de l’horreur ontologique. Le combat contre le mal est donc d’ordre métaphysique et spirituel : métaphysique car il touche à la nature pervertie de l’homme et à l’essence fétide de ce monde ; spirituel car il ne peut emprunter, et comme arme et pour finalité, que l’Absolu : « Il n’y a que deux cités, l’une criminelle descendant d’un homicide jusqu’à un homicide, […] et l’autre, sainte, fondée par celui qui mit sa confiance à invoquer le nom de Dieu. Voilà, en effet, quelle doit être l’unique occupation des membres de la Cité de Dieu, étrangers en ce monde pendant le cours de leur vie mortelle… » (S. Augustin, La Cité de Dieu, Livre XV, Ch. XXI.)

 

 

En conclusion, toutes ces réactions, parfois puériles, qui firent suite à la note : « Métaphysique de la virtualité », témoignent donc clairement de la tragique impasse dans laquelle se trouve enfermée une pensée indigente, totalement incapable d’affronter l’exigence ontologique, qui se contente de fonctionner en utilisant le slogan ou l’autocongratulation narcissique et le bavardage comme ultime recours face à sa tragique impuissance théorique. Mais au final rien d’étonnant, puisque tout ceci est relativement conforme au misérable niveau dans lequel croupit la modernité contemporaine désacralisée et son monde de toute façon condamné depuis l’origine à la déréalisation inessentielle, en raison de causes objectives qui conservent un pourvoir de nuisance terrifiant, utilisant, avec un art consommé, les êtres comme autant de marionnettes inconscientes afin qu’ils servent son nocturne objectif.

 

Rien n’était donc plus nécessaire que de se confronter à la notion d’inauthenticité en examinant l’essence de la virtualité. Comprendre et mettre à jour la réalité du lien secret et pervers qui unit ces deux notions, tel était, et reste donc, l’objet de notre réflexion.

 

 

 

Notes.

 

[1] On ne sera point trop cruel en relevant dans ce billet L'absence de question hautement fantaisiste publié sur un site naturiste que nous avions déjà incidemment évoqué, à l’intérieur des quelques lignes maladroites dont l’alacrité trahissait surtout un piteux dépit et qui se voulait une poussive et dérisoire réponse à notre texte, les réitérations d’un plaisantin écolâtre  se voulant philosophe mais possédant de curieux « soubassements » aprioriques, et qui n’hésita pas à proférer des affirmations sentencieuses - encouragé dans sa risible initiative par un hilarant cordonnier La haine du mouvement qui déplace les lignes jouant au singe savant qui ne cesse, à la moindre occasion, de crier furieusement du fond de son échoppe en lui imputant la responsabilité de l’arrivée au pouvoir à la tête de l’Empire du bien du candidat démocrate : « à bas Bush ! » -  composant son mot en l’accompagnant d’un babillage assez comique, puisque parlant ridiculement, dans son sabir, d’un : « cadre [pré-déterminé] », « des limites … qui renverraient infiniment à [elles-même] », expliquant « le [sous-bassement] chrétien supposé dès le départ» , et  le « thomisme vaguement [rebricolé] » , une nouvelle fois le « [sous-bassement] chrétien ne doit pas être atteint » , les  « fondements [inquestionnables] »  s’avouant comme « fondement [inquestionnable] ». - Ouf ! on est effectivement renversé, mais vraiment peu rassuré, par l’étalage d’une telle science orthographique génératrice de concepts.

[2] Cf. Couloubaritsis, L., du Peri Physeos, in Mythe et philosophie chez Parménide, Ousia, 1986.

 

[3] Les rapports entre néo-platonisme et christianisme sont très étroits; les néo-platoniciens connaissaient les chrétiens et certaines de leurs doctrines. En outre, des personnalités aussi importantes que des Pères de l'Eglise se sont tourné vers le platonisme, et la doctrine augustinienne comporte des composants éminemment platoniciens. Saint Augustin ne cachera d'ailleurs pas son immense dette envers les platoniciens dans la Cité de Dieu : il y affirme qu'ils sont proches du christianisme. Il reconnaît sans peine par exemple que les Libri platonicorum et le Prologue johannique, présentent une doctrine pratiquement identique. Ce parallèle entre des écrits platoniciens et le Prologue écrit par saint Jean, se remarque de même dans l’Introduction aux Confessions de saint Augustin, où Solignac cite Amélius évoquant une ressemblance entre le logos de saint Jean et le logos d'Héraclite :

- « Et tel était le Logos, par qui tout ce qui devient a été fait, tandis qu'il est lui-même éternel, ainsi qu'Héraclite l'a proclamé : et, par Zeus, c'est ce Logos, le Barbare (i.e. saint Jean) l'a reconnu, qui, étant établi au rang et à la dignité de principe, était en Dieu et était Dieu : par lui, tout absolument a été fait ; en lui ce qui a été fait, était, originellement vivant, vie et être ; et c'est ce même Logos qui est descendu jusque dans les corps et, ayant revêtu la chair, il est apparu comme l'homme, mais de telle sorte que, même alors, il montrât la majesté de sa nature ; et naturellement, après avoir été délié du corps, il est à nouveau divinisé et il est Dieu, comme il était avant d'être répandu dans les corps, dans la chair et dans l'homme. »

Rappelons qu’Augustin fut instruit de ces rapprochements par Simplicianus, et on trouve dans le livre VII des Confessions de l'évêque d'Hippone, une indication de sa lecture des Libri Platonicorum, affirmant que les textes se rapprochant de l'Evangile figurent en particulier dans les Ennéades de Plotin.

 

[4 ] Heidegger, M., Qu’appelle-t-on penser, PUF, 1992, p. 8.

 

 

 

 
 

21:48 Publié dans Philosophie, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (114) | Tags : philosophie, réflexion, politique, société, métaphysique |  Imprimer | | | | | Pin it!

lundi, 24 novembre 2008

« Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » de Bourdaloue

Pensées présentées

par

Radek

 

 

 

 

 

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Louis Bourdaloue en prière

 

" Aimons la vérité qui nous reprend, et défions-nous de celle qui nous flatte."

 

 

 

 

 

 

180px-Louis_Bourdaloue_by_Jean_Jouvenet[1].jpgZak, lors d’un récent message à l’intérieur des commentaires de sa note fondamentale portant sur la « Métaphysique de la virtualité », compara mes très rigoureux avertissements et les sévères et dures admonestations que j'ai cru bon d'exprimer et que je réitère d'ailleurs entièrement sans en changer la moindre  virgule, à des prêches de Louis Bourdaloue (1632-1704). Il rajouta même qu’il serait sans doute intéressant, à l’occasion, de porter à la connaissance de chacun un sermon portant sur l’humilité volontaire. Judicieuse idée à vrai dire. Il m’a donc semblé intéressant, acceptant volontiers cette pertinente invitation, de prendre l’initiative de mettre en ligne sur " La Question ", blog spirituel s’il en est, un texte bien oublié, mais pourtant célèbre, du dit Bourdaloue, non pas un prône à vrai dire, mais des extraits de ses « Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » qui, je l’espère, s’avéreront utile à l’édification générale.

 

Rappelons que Bourdaloue, fut peut-être l’un des plus brillants prédicateurs du XVIIe siècle, possédant un art oratoire supérieur qui lui donnait, les yeux imperturbablement clos dit-on, de quasiment déclamer en chaire ses sermons avec une extraordinaire présence quasi théâtrale. Mais son rôle de s’arrête pas à la prédication. En effet, les idées de Bourdaloue possèdent une place significative dans l’histoire de la spiritualité française. Plus que quiconque il fit porter l’attention du parcours chrétien sur l’importance de la réflexion intérieure, le retour sur soi, l’examen de conscience, le discernement et la lucidité à l’égard de nos passions troublées et vices cachés. Jean-Pierre Landry, professeur à l’université de Lyon III soutient : « On peut d’ailleurs penser que sa prédication est un des meilleurs exemples de la pastorale de la peur au XVIIe siècle. Il prêche en effet un Dieu juste mais sévère, qui châtie durement le pécheur. Le devoir essentiel du chrétien est donc [selon-lui] de fuir l’impureté et d’être moralement impeccable. » Ceci explique pourquoi, comparable en cela au moraliste de Port-Royal Pierre Nicole (1625-1695), dès 1668, il s’opposera au « quiétisme » dans son sermon sur la prière.

Ainsi, bien que membre de la Compagnie de Jésus, on considère que Bourdaloue, le fondateur de l'éloquence chrétienne en France, fut « le plus Janséniste des Jésuites ». Raison de plus pour lui accorder une place de choix dans les pages de "La Question".

 

 

 

 

‘‘ Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité ’’

 

 

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‘‘Notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents’’

 

 

 

 

Nous aimons tant l'humilité dans les autres : quand travaillerons-nous à la former dans nous-mêmes? Partout où nous l'apercevons hors de nous, elle nous plaît, elle nous charme. Elle nous plaît dans un grand, qui ne s'enfle point de sa grandeur. Elle nous plaît dans un intérieur, qui reconnaît sa sujétion et sa dépendance. Elle nous plaît dans un égal ; et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux, si c'est néanmoins un homme humble que cet égal, et que la Providence vienne à l'élever, nous lui rendons justice, et ne pensons point à lui envier son élévation.

Or puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui, pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Mais voici le mystère que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait l'humilité dans les autres? elle les porte à s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous? elle nous porterait à nous abaisser au-dessous des autres, et voilà ce que nous n'aimons pas.

 

On s'est échappé dans une rencontre, on a parlé, agi mal à propos. C'est une faute ; et si d'abord on la reconnaissait, si l'on en convenait de bonne foi et qu'on témoignât de la peine, la chose en demeurerait là. Mais parce qu'on veut se justifier et se disculper, parce qu'on ne veut pas subir une légère confusion, combien s'en attire-t-on d'autres? Vous contestez, et les gens s'élèvent contre vous ; ils vous traitent d'esprit opiniâtre ; et, piqués de votre obstination, ils prennent à tâche de vous mortifier, de vous rabaisser, de vous humilier. Avec un peu d'humilité, qu'on s'épargnerait d'humiliations !

Il s'est élevé bien des savants dans le monde, et il s'en forme tous les jours. Quelles découvertes n'ont-ils pas faites et ne font-ils pas encore? Depuis l'hysope jusqu'au cèdre, et depuis la terre jusqu'au ciel, est-il rien de si secret, soit dans l'art, soit dans la nature, où l'on n'ait pénétré ? Hélas! on n'ignore rien, ce semble, et l'on possède toutes les sciences hors la science de soi-même. Selon l'ancien proverbe, cité par Jésus-Christ même, on disait et l'on dit encore : Médecin, guérissez-vous vous-même (Luc, IV, 23); ainsi je puis dire : Savants, si curieux de connaître tout ce qui est hors de vous, hé ! quand apprendrez-vous à vous connaître vous-mêmes?

Il est vrai, vous ne parlez de vous que dans les termes les plus modestes et les plus humbles. Vous rejetez tous les éloges qu'on vous donne ; vous rabaissez toutes les bonnes qualités qu'on vous attribue ; vous paraissez confus de tous les honneurs qu'on vous rend ; enfin , vous ne témoignez pour vous-même que du mépris. Tout cela est édifiant.

Mais du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer, ou par une parole, ou par un geste, ou par une œillade, vous voilà tout à coup déconcerté : votre cœur se soulève , le feu vous monte au visage, vous vous mettez en défense, et vous répondez avec aigreur. Que d'humilité et d'orgueil tout ensemble! Mais tout opposés que semble être l'un et l'autre, il n'est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement et à témoigner du mépris pour soi-même, il n'y a qu'une humiliation apparente, et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la part d'autrui, c'est là que l'humiliation est véritable, et par là même qu'elle devient insupportable.

 

Humilions-nous, mais sincèrement, mais profondément, et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents , mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellents ministères, mieux que tous les miracles que Dieu pourrait opérer par nous : comment cela? parce que notre humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talents, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentiments dune vraie et solide humilité.

 

[…]

 

Vous vous plaignez de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons naturels qui brillent dans les autres, et qui les distinguent; mais surtout vous ajoutez que ce qui vous afflige, c'est de ne pouvoir pas, faute de talent, glorifier Dieu comme les autres le glorifient : illusion. Car si vous examinez bien le fond de votre cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige, ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres, mais de ne pouvoir pas, en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-même. Que notre orgueil est subtil, et qu'il a de détours pour nous surprendre! jusque dans la gloire de Dieu, il nous fait désirer et chercher notre propre gloire.

 

[…]

 

Un père a eu raison de dire que le souvenir de nos péchés nous est infiniment plus utile que le souvenir de nos bonnes œuvres.

Pour entendre la pensée de ce saint docteur, il faut distinguer deux choses :

 

- nos actions, et

- le souvenir de nos actions.

 

Or il n'en est pas de l'un comme de l'autre, et ils ont des effets tout opposés. Nos bonnes actions nous sanctifient, mais le souvenir de nos bonnes actions nous corrompt, parce qu'il nous enorgueillit : au contraire, nos mauvaises actions nous corrompent, mais le souvenir de nos mauvaises actions sert à nous sanctifier, parce qu'il sert à nous humilier. De là, double conséquence. Pratiquons la vertu ; et dès que nous l'avons pratiquée, que l'humilité nous mette un voile sur les yeux pour ne plus voir le bien que nous avons fait. Et. par une règle toute différente, fuyons le péché; mais quand nous avons eu le malheur d'y tomber, que l'humilité nous tire le voile de dessus les yeux, pour voir toujours le mal que nous avons commis. Ainsi nous serons vertueux sans danger, et ce ne sera pas même sans fruit que nous aurons été pécheurs.

 

 

‘‘Le monde au-dessus de nous,

le monde au dessous de nous, le monde autour de nous’’

 

Il y a un monde au-dessus de nous, un monde au-dessous de nous, et un monde autour de nous. Un monde au-dessus de nous, ce sont les grands ; un monde au-dessous de nous, ce sont ceux que la naissance ou que le besoin a réduits dans une condition inférieure à la nôtre ; un monde autour de nous, ce sont nos égaux. Selon ces divers degrés, nous prenons divers sentiments. Ce monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité, et de la vanité la plus puérile. Ce monde qui est au-dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Et ce monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. Il faut expliquer ceci, et reprendre par ordre chaque proposition.

 

- Le monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité. Je ne dis pas qu'il devient le sujet de notre ambition : cela est plus rare. Car il n'est pas ordinaire qu'un homme d'une condition commune, quoique honnête d'ailleurs, se mette dans l'esprit de parvenir à certains états d'élévation et de grandeur. Mais du reste, il tombe dans une faiblesse pitoyable : c'est de vouloir au moins s'approcher des grands, de vouloir être connu des grands et les connaître, de n'avoir de commerce qu'avec les grands, de ne visiter que les grands, de s'ingérer dans toutes les affaires et toutes les intrigues des grands, de s'en faire un mérite et un point d'honneur. Ecoutez-le parler, vous ne lui entendiez jamais citer que de grands noms, que des personnes de la première distinction et du plus haut rang, chez qui il est bien reçu, avec qui il a de fréquents entretiens, qui l'honorent de leur confiance, et par qui il est instruit à fond de tout ce qui se passe. Fausse gloire et vraie petitesse, où, voulant s'élever au-dessus de soi-même, l'on se rabaisse dans l'estime de tous les esprits droits et de bon sens!

 

- Le monde qui st au dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Dès qu'on a quelque supériorité sur les autres, on veut la leur faire sentir. On les traite avec hauteur, on leur parle avec empire, on ne s'explique en leur présence qu'en des termes et qu'avec des airs d'autorité ; on les tient dans une soumission dure et dans une dépendance toute servile, comme si l'on voulait en quelque manière se dédommager sur eux de tous les dédains qu'on a soi-même à essuyer de la part des maîtres de qui l'on dépend. Car voilà ce que l'expérience tous les jours nous fait voir : des gens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête, mais absolus et fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination.

 

- Le monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. On ne se mesure ni avec les grands ni avec les petits, parce qu'il y a trop de disproportion entre eux et nous; mais on se mesure avec des égaux : et comme il n'est pas possible que l'égalité demeure toujours entière, et que l'un de temps en temps n'ait l'avantage sur l'autre, de là naissent mille envies qui rongent le cœur, qui même éclatent au dehors, et se tournent en querelles et en inimitiés. Car c'est assez qu'un homme l'emporte sur nous, ou, sans qu'il l'emporte, c'est assez qu'il concoure en quelque chose avec nous, pour nous indisposer et nous aigrir contre lui ; et n'est-ce pas là ce qui cause entre les personnes de même profession, et jusque dans les états les plus saints, tant de partis et tant de divisions? Etrange injustice où nous porte notre orgueil ! Ayons l’Esprit de Dieu, et suivons-le. Conduits par cet esprit de sagesse, d'équité, de charité, d'humilité, nous rendrons au monde que la Providence a placé au-dessus de nous tout ce qui lui est dû, mais sans nous en faire esclaves, et sans nous prévaloir, par une vaine ostentation, de l'accès que nous aurons auprès de lui.

 

[…]

‘‘Mon élévation a été mon humiliation’’

 

 

La ressource de l'orgueilleux , lorsque l'évidence des choses le convainc malgré lui de son incapacité et de son insuffisance , est de se persuader qu'elle lui est commune avec les autres. Ce qu'il n'est pas capable de bien faire, il ne peut croire qu'il y ait quelqu'un qui le fasse bien, un mauvais orateur ne convient qu'avec des peines extrêmes qu'il y en ait de bons. Il reconnaîtra aisément qu'il y en a eu autrefois, parce qu'il n'entre avec ceux d'autrefois en nulle concurrence. Il les exaltera même comme des modèles inimitables ; il les regrettera, il demandera où ils sont, s'épanchera là-dessus dans les termes les plus pompeux et les plus magnifiques : mais pourquoi? est-ce qu'il s'intéresse beaucoup à la gloire de ces morts? non certes : mais, pour une maligne consolation de son orgueil, il voudrait, en relevant le mérite des morts, obscurcir le mérite des vivants et le rabaisser.

S'humilier dans l'humiliation , c'est l'ordre naturel et chrétien ; mais dans l'humiliation même s'élever et s'enfler, c'est, ce me semble, le dernier désordre où peut se porter l'orgueil. Voilà ce qui arrive tous les jours. Des gens sont humiliés : on ne pense point à eux, on ne parle point d'eux, on ne les emploie point, on ne les pousse à rien. En sont-ils moins orgueilleux , et est-ce à eux-mêmes qu'ils s'en prennent des mauvais succès qui leur ont fait perdre tout crédit, ou à la cour, ou ailleurs? Bien loin de cela , c'est alors que leur cœur se grossit davantage, et qu'ils deviennent plus présomptueux que jamais. S'ils demeurent en arrière, ce n'est, à ce qu'ils prétendent, que par l'injustice de la cour, que par l'ignorance du public. A les en croire , et par la seule raison qu'on ne les avance pas , tout est renversé dans le monde. Il n'y a plus ni récompense de la vertu , ni distinction des personnes, ni discernement du mérite. Que l'orgueil est une maladie difficile à guérir! l'élévation le nourrit, et l'humiliation , qui devrait l'abattre , ne sert souvent qu'à le réveiller et à l'exciter.

Notre vanité nous séduit, et nous fait perdre l'estime du monde dans les choses mêmes où noirs la cherchons, et par les moyens que nous y employons. Une femme naturellement vaine s'ingère, dans les conversations, à parler de tout, à raisonner sur tout. Elle juge , elle prononce, elle décide, parce qu'elle se croit femme spirituelle et intelligente ; mais elle aurait beaucoup plus de raison et plus d'esprit, si elle s'en croyait moins pourvue ; et voulant trop faire voir qu'elle en a, c'est justement parla même qu'elle en fait moins paraître.

On loue beaucoup les grands; car ils aiment à être loués et applaudis. Mais, à bien considérer les louanges qu'on leur donne, on trouvera que la plupart des choses dont on les loue, et qui semblent en effet louables selon le monde , sont dans le fond et selon le christianisme, selon même la seule raison naturelle, plutôt des vices que des vertus.

 

Tel aurait été un grand homme, si on ne l'avait jamais loué ; mais la louange l'a perdu. Elle l'a rendu vain, et sa vanité l'a fait tomber dans des faiblesses pitoyables, et en mille simplicités qui inspirent pour lui du mépris. Je dis en mille simplicités ; car quelque fonds de mérite qu'on ait d'ailleurs, il n'y a point ni dans les discours, ni dans les manières d'agir, d'homme plus simple qu'un homme vain. On lui fera accroire toutes choses , dès qu'elles seront à sa louange. Est-il chagrin et de mauvaise humeur: louez-le, et bientôt vous lui verrez reprendre toute sa gaieté. Les gens le remarquent , le font remarquer aux autres, et s'en divertissent. C'est ainsi que , sans le vouloir ni l'apercevoir, il vérifie dans sa personne cette parole de l'Evangile, que celui qui s élève sera abaissé et humilié. Comme donc l'ambition, selon le mot de saint Bernard, est la croix de l'ambitieux, je puis ajouter que souvent l'orgueil devient l'humiliation de l'orgueilleux.

Cet homme est toujours content de lui ; et, n'eût-il eu aucun succès, il se persuade toujours avoir réussi le mieux du monde. Contentez-vous de savoir ce qui en est, et d'en croire ce que vous devez ; mais du reste, pourquoi cherchez-vous à le détromper de son erreur, puisqu'elle le satisfait, et qu'elle ne nuit à personne? Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois des raisons qui peuvent vous engager à lui ouvrir les yeux, et à lui faire connaître l'illusion où il est ; mais avouez-le de bonne foi, c'est une malignité secrète, c'est une espèce d'envie qui vous porte à l'humilier, et à lui faire perdre cette idée dont il s'est laissé prévenir en sa faveur. Car mille gens sont ainsi faits : non seulement ils sont jaloux de la réputation solide et vraie qu'on a dans le monde , mais de plus, par une délicatesse infinie de leur orgueil, ils sont en quelque manière jaloux de la bonne opinion, quoique mal fondée, qu'un homme a de lui-même.

 

Qu'il me soit permis de faire une comparaison. Il y a des mérites, et en très grand nombre, qui ne devraient se produire à la lumière qu'avec des précautions dont on use à l'égard de certaines étoffes pour les débiter. On ne les montre que dans un demi-jour, parce que le grand jour y ferait paraître des défauts qui en rabaisseraient le prix. Combien de gens peuvent s'appliquer la parole du Prophète : Mon élévation a été mon humiliation ?

C'est-à-dire qu'ils semblent ne s'être élevés que pour se rendre méprisables, que pour laisser apercevoir leur faible, que pour perdu toute la bonne opinion qu'on avait conçue d'eux. Tant qu'ils se sont tenus à peu près dans le rang où la Providence les avait fait naître, ils réussissaient, on les honorait, on parlait d'eux avec éloge; mais, par une manie que l'orgueil ne manque point d'inspirer, ils ont voulu prendre l'essor, et porter plus haut leur vol : c'est là qu'on a commencé à les mieux connaître, et qu'en les connaissant mieux, on a appris à les estimer moins. En un mot. ils étaient auparavant dans leur place, et ils y faisaient bien ; mais ils n'y sont plus, et tout ce qui n'est pas dans sa place blesse la vue.

 

 

 

 

 

 

 

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vendredi, 21 novembre 2008

La nature de l'homme souillée par le péché

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Saint Augustin, affirmait que la grâce divine est un don absolument gratuit, donné par Dieu, et qu’elle seule peut suppléer à la nature abîmée par le péché de la créature. Cette position, parfaitement conforme à l’enseignement de l’Ecriture, engendra pourtant de vifs débats à l'intérieur de l'Eglise. Or, la doctrine de la grâce, si incomprise, exige que l’on se penche tout d’abord sur ce que l’évêque d’Hippone exposa dans ses écrits, d’où la nécessité de se reporter à l’un de ses textes les plus importants, soit le célèbre « De natura et Gracia » .

 

 

 

 

 

 

 

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lundi, 17 novembre 2008

RÉPONSE DE ZAK À JUAN ASENSIO

Nous signalons, eu égard au tour relativement délicat que prend cette note, que si le débat est toujours largement encouragé sur La Question, et qu’il n’est pas dans notre intention d’y contraindre la liberté d’expression qui reste, comme toujours, pleine et entière, il convient cependant de respecter certaines règles minimales déontologiques. On évitera donc, autant que faire ce peut, les injures déplacées, les suppositions gratuites, et tout ce qui pourrait s’apparenter à de la diffamation envers les personnes.

 

MÉTAPHYSIQUE DE LA VIRTUALITÉ

ou la dissection théologique du cadavre de la lassitude et du dégoût

par ZAK

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Juan Asensio, quoi de plus normal finalement et fort logiquement, se lasse d’une activité « internautique » et d’un mode de fonctionnement passablement vide et inexistant ? Ne vient-il pas de déclarer, récemment, en des termes relativement forts, puisqu’il parle de « lassitude » et même de « dégoût », termes qui nous instruisent sur la nature actuelle de son sentiment intérieur à l’égard du monde virtuel, son peu d’enthousiasme pour ce qui fit, un temps, le sens même de son investissement en ces domaines. Par ailleurs, renforçant plus encore ce jugement, il semblerait que ces impressions négatives ne soient pas récentes : « Cette lassitude, et, de plus en plus souvent hélas, ce dégoût, ne sont point des sentiments véritablement nouveaux… » affirme-t-il.

Mais au fond qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? Juan Asensio ressent ce que tout être animé d’un minimum d’intelligence voit surgir en sa conscience lorsqu’il constate que son dialogue avec le siècle se résume à une suite de monologues autistes entre sourds profonds, se solde par d’inutiles confrontations entre des orgueils démesurés et des vanités maladives, le plus souvent inversement proportionnels au talent et à la valeur des minuscules ignorants qui aboient un peu de partout et de façon répétitive sur la toile, et que les constants efforts que demandent la réalisation d’analyses sérieuses, de réflexions étayées, de commentaires développés, se concluent inlassablement par des quolibets indigents, des glapissements ridicules, des slogans imbéciles, des attitudes basses et viles. Rien de plus triste et de navrant, rien de plus stérile et affligeant, que ce spectacle grossier – effectivement !

Tout comme lui,  nous ne pouvons, fort heureusement, que douter que cette atmosphère soit la réponse ultime pour que puisse vivre et s’exprimer la pensée : « Je doute, écrit-il, que la virtualité, cet universel reportage fonctionnant bien trop souvent à vide, soit absolument la dernière chance donnée à la littérature de se faire lire, entendre, écouter, admirer, commenter. »


C’est pourquoi, partageant ces doutes, il nous a semblé intéressant de nous pencher, par une défiance de principe à l’égard du psychologisme qui fait l’excitation des petits esprits contemporains intoxiqués par un sous freudisme de pacotille dont on sait les pièges catégoriques qu’il recèle, non sur les ressorts secrets de l’âme « juanienne » qui ne manifeste pas une originalité particulière en ces domaines et qui, comme les autres, souhaite sa part de lumière en ce monde ténébreux tout en souffrant d’être incomprise, mais sur l’essence de la virtualité qui est en fait, la véritable et authentique question pertinente que soulève, indirectement, notre dissecteur du cadavre de la littérature dans sa déclaration.


De ce fait, loin donc d’entrer dans un exercice qui voisinerait avec l’habituel babillage littéraire, il était évident que seule une approche attentive de ce qui constitue l’essence de cette virtualité pouvait, non seulement être cohérente, mais nous amener à découvrir en quoi il ne peut et ne saurait y avoir que déception, tristesse, lassitude, dégoût et acédie en cette vallée de Josaphat, où certaines causes déterminantes et contraignantes, depuis la rupture adamique qui entraînât les dégâts que l’on sait, condamnent les créatures à errer et toujours être déçues et désillusionnées, ceci jusqu’à l’heure de leur retour à l’invisible.


Les anciens, qui conservaient, au contraire de nous, bien plus que trois sous évanescents et médiocres de religion et qui, surtout, ne se prétendaient pas savants, savaient ça pourtant. Ils ne se plaignaient pas - endurant l’adversité et le désespoir lorsqu’ils survenaient et, voyant la dureté de cette terre, prenaient leur bréviaire ou leur Bible, et aller prier l’Eternel dans le secret de leur cœur. Et là, face à l’intimité du Ciel, ils ouvraient tout grand leur âme simple aux grâces de la consolation surnaturelle.


Cependant, concrètement pour nous qui n’avons plus la sagesse de jadis et manquons de recours spirituels et de simplicité, un travail est indispensable face à cette situation de déréliction, à savoir penser le caractère propre de notre relation face à un monde nouveau qui est englouti, dévoré, submergé par l’abstraction et la non-substance. Dès lors, il s’agit bien d’interroger métaphysiquement l’essence de la virtualité sous peine d’être incapable de pouvoir ni la penser, ni la comprendre et encore moins l’éprouver dans ce qu’elle peut provoquer de « lassitude » et de « dégoût », et de ne point se cantonner, en s’empêchant d’en affronter la vérité, à employer de façon superficielle « ce terme [de virtualité] dans le sens de reportage universel », et de convoquer, impérativement, « Adam, Eve, Martin, Thomas » et les autres, pour espérer y voir un peu plus clair.


C’est pourquoi, nous reprendrons volontiers ici au titre de la contribution, ceci afin de ne pas noyer sous un commentaire fleuve son blog, la courte analyse que nous avions écrite à l’attention de Juan Asensio, en lui adjoignant simplement quelques notes complémentaires qui en éclaireront la perspective :

 

I. Nature ontologique de la « virtualité »



heid6.jpg L'existence, si l’on y réfléchit, ne vient pas par un détour, elle est donnée d'abord, elle nous est donnée. Elle préexiste ontologiquement à la pensée. Le "cogito" est précédé ainsi d'un être sous-entendu, sur lequel l'idéalisme n'a point tort d'attirer l'attention, mais dont il ne faudrait pas d'abord omettre la portée existentielle, pour le clore ensuite hâtivement à double tour sur soi-même [1]. Car cet être a beau conditionner la connaissance qui en émane, sa co-naissance provient justement d'un être-à-penser ; le "moi" sous-entendu, sous-jacent, sous-existant, n'est précisément déterminé par rien d'autre, défini par rien d'autre en ce point de départ que par la subordination, la sujétion, la docilité à cet appel des questions multiples et à son peu de réalité. Tel est le "moi" ; une aptitude à l'être, un être provocable, un petit rien du tout, un illusoire être à-penser-l'être, un correspondant, un répondant de l'être assez minuscule et fragile [2].

Il se peut donc que la « virtualité », puisque c’est bien de cela qu’il s’agit du point de vue de notre nature, ait été le premier état de l’Adam primitif après la Chute [3]. Dès lors la « virtualité » serait d’essence ontologique pour chaque homme, depuis toujours et à jamais ; elle se dévoilerait donc de nature destinale pour reprendre l’expression de Martin Heidegger (1889-1976) [4]. L'homme, en effet, en tant que virtualité abîmée, liée, assujettie, est cette réalité initiale dont la solidarité existentielle ne souffre aucune contestation : si rigoureusement primitive en réalité qu'il manquerait une "raison" pour la mettre en doute. On ne saurait donc le faire de prime abord que déraisonnablement, sans justification. Les questions sont assez réelles, pour qu'il n'y ait point à les provoquer. L'existence les fait lever. Le doute imaginaire lui-même n'a pas d'existence que par ces questions du doute existentiel dont il emprunte les livrées.

 

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Enest Hello (1828-1885)

"Qu’est-ce que l’homme en vérité ? …Il naît dans le sang et pleure avant de voir..."

 

II. Nature de l’homme

 

Ernest Hello, dont la santé fragile lui donna, comme Pascal, de percevoir vivement la situation pénible qui est le lot de l’humaine condition lorsqu’elle ne se ment pas par le divertissement, n’hésitera pas à dire :

-  « Qu’est-ce que l’homme en vérité ? …Il naît dans le sang et pleure avant de voir. Il donne la douleur avant de naître et quelquefois la mort en naissant. Il gémit avant d'ouvrir les yeux. Corps, âme, esprit et cœur il est la proie de tout ce qui existe. Toutes les créatures forment contre lui une épouvantable, inévitable et toute puissante conspiration.
Ses amis, qui sont rares, et ses ennemis, qui sont innombrables, s’entendent entre eux pour le perdre. Les créatures les plus irréconciliables entre elles se réconcilient pour conspirer sa ruine. Ruine du corps, ruine de l’esprit, ruine de l’âme, ruine du cœur. (…) Il n’y a pas dans la création un abîme qui ne puisse contenir pour nous la maladie, le désespoir, la mort et l’enfer, multipliés les uns par les autres. Il n’y a pas un mouvement de l’âme et de l’esprit, fût- ce le plus doux, le plus bienveillant, le plus juste et le plus vrai, qui, égaré par les douleurs dont il est environné, précédé ou suivi, ne puisse contenir pour nous et pour nos amis la maladie, le désespoir, la mort et l’enfer. (…) Il faut ajouter, poursuit Hello, qu’en écartant par la pensée toutes les horreurs de la paix et de la guerre, tous les maux que je viens de nommer et tous les autres maux, il lui resterait encore l’horreur de se supporter lui-même, l’ennui de son vide qui ramènerait toutes les horreurs… Enfin il faut ajouter, conclut-il, que ce misérable, qui, tout entier, cœur, âme, esprit et corps, de la pointe des cheveux à la plante des pieds, de la peau au cœur, n’est qu’une plaie, et à qui sa propre corruption se révèle incessamment et perpétuellement par toutes les voies les plus hideuses dont dispose la pourriture, ce monstre qui peut mourir de l’infection du cadavre de son voisin, ce monstre est pétri d’orgueil, et la dernière chose qui meurt en lui c’est l’amour-propre. » [5]

A l'origine, il n'y a donc pas seulement une conscience. Ni même un être authentique parmi les êtres en coexistence. Mais, un être déterminé comme les autres à l'orgueil, à la virtualité, soumis, dominé ; qui lasse et qui dégoûte. A l'origine, il y a ainsi cette provocation manifeste et générale des phénomènes, tous plus virtuels les uns que les autres, dont on ne peut se déprendre, se libérer... sauf bien évidemment dans le refus existentiel réalisé, d'une certaine façon, par le suicide qui n’est en fait, que le triomphe ultime d’une dernière virtualité…accomplie, mais toujours manquante. La coexistence est indéniable, dont se constitue la cogitation toute première (et dont précisément notre tâche est de rendre raison). C'est de l'être virtuel que brasse la pensée ; elle n'agite rien que "sub respectu entis", sous la forme d'être et en rapport à sa virtualité abstraite et dégoûtante. Tel est le "logos" indiscutable, cette liaison de la virtualité ontologique à ce qui l'entoure. Indiscutable détermination, car on ne la discuterait encore qu'au nom d’un devenir bien hypothétique, si on prétendait la mettre en doute. Avant toute disposition qui prétendrait de notre choix, nous sommes ainsi embrayés, enclenchés, engagés...produits « virtuellement ».


C'est ce fait, justement, dont il nous faut tenir compte. Et sans doute assumer.

 

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Joseph de Maistre (1753-1821)

 

III. La virtualité comme détermination originelle

 

Le postulat initial d’une fatale détermination au virtuel, si l'on tient à ce terme, n'est donc en réalité d'aucune façon postulé, mais imposé, positif, donné par nature et de naissance. Nous sommes de la race de ceux qui cherchent virtuellement l'être. Plutôt que d'un postulatum à admettre, c'est du postulare en effet qu'il s'agit de chercher raison. Et il ne faut donc point confondre avec un quelconque postulat, comme celui qui marge l'origine d'une hypothèse, l'universelle ligation et obligation, l'implacable domination qui est faite à l'homme, face à laquelle il ne peut qu'interroger, interroger en réponse à la provocation des phénomènes, à la détermination de l'être à la terrible contingence virtuelle.
La réponse de l'homme est son interrogation, la réponse à la détermination existentielle est dans « la Question », dans le questionnement incessant et inquiet, dans l’angoisse et l’incomplétude. La virtualité se présente bien à nous comme un destin, elle n’est ni nouvelle, ni particulièrement spécifique à nos temps ; elle est inscrite au cœur du présent depuis que le premier instant après la Chute emprisonna jusqu’à l’heure du jugement dernier Adam, et sa postérité, dans la geôle de l’espace et de la durée.

De la sorte, serait-il vraiment nécessaire de préciser, à quelqu’un qui connaît apparemment bien Joseph de Maistre, ce que signifie le sens de la dégradation pour l’homme, qui sut si bien, se fondant sur l’auteur de l’Epître aux Romains, indiquer que nous ne percevons les choses aujourd’hui que comme des myopes indigents – ou plus exactement que nous appréhendons la réalité de façon renversée, comme dans un miroir - « cum speculum » ?

Dans le doute, rappelons tout de même pour conclure, quitte à « ennuyer » si l’on considère notre orientation foncièrement ontologisante comme une « sur-réponse », avec les mots du comte chambérien, ce qu’il en est de la l'existence, ceci pour éviter peut-être moins de lassitude et de dégoût répétitifs, ou d’aquoibonisme sur le mode des humeurs passagères de l’âme, même si ce n'est que face au superficiel « reportage universel », représentatif des tares génériques de l'humaine condition, et faire en sorte que l’acédie puisse se transformer, heureusement, en une perspective, certes qui pourrait en définitive s’avérer moins stylistiquement attractive, mais sans aucun doute beaucoup plus substantielle, c’est-à-dire - du moins pour nous qui nourrissons plus que des doutes vis-à-vis de l’authenticité de la littérature contemporaine qui se révèle souvent un cadavre stérile - métaphysiquement exigeante :



« Le mal a tout souillé, et dans un sens très vrai tout est mal
puisque rien n’est à sa place.  (...)
Tout les êtres gémissent et tendent avec effort vers un autre ordre des choses
. »   

(J. de Maistre)

 

Notes.


[1] « Si la conscience est comprise, non comme fondement inconditionné, mais comme phénomène déterminé par des causes nécessaires, on en revient certes à un monisme, mais il semble alors que le prix en soit plus lourd encore, et qu'en particulier on ne puisse plus fonder dans une spécificité humaine la valeur que l'homme attache à sa propre dignité, à l'humanité consciente comme source du sens, de la vérité et de la liberté. C'est donc plus fondamentalement, ajoute avec pertinence André Ouzoulias, le régime d'existence de l'humanité, autrement dit son statut ontologique, qui est au cœur de tout questionnement sur le statut de la conscience. » (A. Pouzoulias, La Conscience, Quintette, 1989, pp. 5-6.)

[2] « Le mot allemand antworten, répondre, ne signifie en vérité pas moins que ent-sprechen, correspondre. La réponse à notre question ne s'épuise pas dans un énoncé qui répliquerait à la question par une constatation...; la réponse est bien plutôt l'Ent-sprechung, la correspondance qui parle en faisant face à l'être de l'étant. Une condition doit d'abord être remplie : parvenir à une correspondance avant d'en faire la théorie. » (M. Heidegger, Qu'est-ce que la philosophie ? Gallimard, 1960, p. 36).

[3] La rupture adamique si souvent impensée, a tellement modifié, transformé notre état que nous n’en mesurons pas toujours la véritable conséquence : « Qu’avez-vous été ? questionnera saint Bernard (1090-1153), qu’êtes-vous ? que serez-vous ? Ce que vous avez été ? un vil néant ; ce que vous êtes ? un vase plein de corruption ; ce que vous serez ? la pâture des vers : Quid fuisti ? quid es ? quid eris ? Quid fuisti ? sperma faetidum ; quid es ? vas stercorum ; qiid eris ? esca vermium. » (Formul. Vitae honestae).

[4] Penser l'homme, pour Heidegger, c'est avant tout penser l'être, et penser l'être implique de dépasser le cadre un peu étroit et limité de la pensée, il faut donc se confronter à deux modalités consubstantielles : la métaphysique et la connaissance de la nature de l’homme, modalités qui recèlent un même destin historial dissimulant l’essence destinale même de la pensée authentique.

[5] E. Hello, Du néant à Dieu, t. II,  Librairie Académique Perrin, 1930, pp. 3-9.

21:49 Publié dans De la littérature, Du mal, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (158) | Tags : littérature, stalker, blogosphère, internet, blog, blogs |  Imprimer | | | | | Pin it!

mercredi, 12 novembre 2008

Rodney Starck : Le triomphe de la déraison idéologique

 

« ou le modèle économique occidental, fruit du libéralisme matérialiste athée »

 

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Les nouveaux habits des sinistres avocats de la peste noire

de la déraison idéologique 

 

De très curieux propos ont été, il y a quelques jours, écris sur un blog naturiste au sujet des positions doctrinales de « LA QUESTION » !


Passons sur la valeur plus que ridicule et stupide des notes indigentes qui ont suscité quelques échanges à notre sujet, notes dont la nullité et la débilité ne méritent pas qu’on s’y attarde outre-mesure, même s’il est triste de voir s’y égarer, et surtout s’y corrompre en se laissant aller à des commentaires hasardeux, des plumes qui furent, à une époque encore récente, plus heureusement inspirées. Nous mettrons donc volontairement de côté les notions de théologie, assez malmenées, abordées par certains ignorants radicaux, n'ayant qu'un goût fort modéré pour les conversations de comptoir, préférant nous pencher, pour faire suite à notre précédente note, sur une thèse qui semble avoir la faveur de quelques incultes écervelés  : les liens supposés entre christianisme et capitalisme.


En effet, s’appuyant sur un ouvrage "Le triomphe de la raison",  publié par un piètre sociologue des religions Rodney Starck [1], enseignant à Baylor University (Etats-Unis), on en vient à prétendre que le christianisme serait à l’origine du capitalisme.

Paraphrasons le titre de ce bouquin, en l'intitulant le "Triomphe de la déraison idéologique", afin de résumer brièvement sa thèse :

« La réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, parce que le christianisme contient en lui-même "la possibilité du progrès". Nous pouvons ainsi identifier la base de la différence entre le christianisme et toutes les autres religions : « Progrès, dans la connaissance de Dieu, mais aussi de la nature qui, parce qu’elle a été créée par lui a nécessairement une structure rationnelle, légitime, stable qui attend que l’homme la comprenne mieux.»

On voit le niveau assez médiocre du raisonnement général de l'ouvrage, qui fait peu de cas de ce que représente comme folie pour la sagesse des hommes le scandale de la Croix, oubliant ce qui  excède radicalement la raison dans la Révélation  !

Le plus hilarant, c’est que ce sociologue incompétent en vient à citer saint Augustin lorsqu’il vante le développement de la technique dans la "Cité de Dieu" : « Quels progrès merveilleux, et on pourrait dire stupéfiants, l’industrie humaine a faits dans les techniques du tissage, de la construction, de l’agriculture et de la navigation ! (…) la maîtrise acquise en ce qui concerne les mesures et le calcul ! ». ( La Cité de Dieu, 22, 24). Son incompétence est telle que, sans s’en apercevoir, il commet une erreur gigantesque en confondant science et économie, imaginant que le développement de la technique est dû à la monnaie ! Sombre idiotie.

Cette erreur est confirmée lorsque par la suite il soutient sottement : « (...) non l’Europe n’a pas connu de progrès économique en dominant et en exploitant le reste du monde par la conquête et la colonisation ; elle a dominé le monde grâce à ses progrès économiques. » Or, il aurait fallu apprendre à l’inculte sociologue, qui débite âneries sur âneries, que l’Europe a d'abord dominé le monde par ses armées et par le PROGRES SCIENTIFIQUE ! non par son économie. Ce qui n’est pas du tout la même chose !

Pour achever de peindre sa grotesque fresque ultra-libérale fantaisiste, Rodney Starck nous affirme plus loin, confirmant sa tragique méprise  : « Ce que l’on a appelé l’ «impérialisme » est la conséquence et non la cause du progrès économique de l’Europe. Le capitalisme a commencé à se développer dans les zones qui échappaient au despotisme étatique, à savoir les cités italiennes, Venise, Gênes, Milan, Florence pour se répandre ensuite là où il était faible : les Pays-Bas, puis l’Angleterre… »


Or ce que ne voit pas, ou ne sait pas Rodney Starck, c'est que ce sont ces zones, précisément, qui les premières mirent en place l’usure et la spoliation et créèrent une économie mafieuse qui plongea l’Europe dans les guerres, la ruine et la domination des lobbys. On ignore, en effet, que la peste noire qui décima la population européenne vers 1350 fut la conséquence du plus grand effondrement financier de l’histoire, en comparaison, de laquelle la Grande crise de 1929 n’a été qu’un épisode transitoire, de peu de conséquence. En effet, en 1345, l’effondrement des grandes maisons bancaires florentines des Bardi et Peruzzi conduisit à une véritable désintégration financière et à une régression sans précédent puisque d’après les meilleures estimations, pendant la période 1300-1450, la population européenne, suite à la famine, aux épidémies et aux guerres, fut réduite de 35 à 45% et c elle du monde de 25%.


La dévastation causée par les banquiers marchands vénitiens et leurs « alliés » dans la seconde moitié du XIVe siècle fut terrifiante. En Europe, en Chine et en Inde (presque trois-quarts de la population mondiale), la tendance démographique positive s’inversa après quatre à six siècles d’augmentation régulière de la population. Famines, pestes bubonique et pulmonaire, épidémies et guerres, tous ces facteurs firent disparaître de la terre 100 millions d’être humains [2].

 

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Masque vénitien rappelant l'épidémie de peste noire

qui fit suite à l’effondrement du système bancaire de 1345


 

Venise qui était une ville sans industrie, "à la seule exception de la construction navale militaire, réussira à dominer le monde méditerranéen et à contrôler un empire simplement à travers ses entreprises commerciales. Fernand Braudel nota : « On disait du Vénitien : "Non arat, non seminat, non vendemiat" (il ne laboure pas, ne sème pas, ne vendange pas). Construite dans la mer, manquant totalement de vignes et de champs cultivés, ainsi le doge Giovanni Soranzo décrit-il sa ville, en 1327. » De son côté Frederick Lane précisera également : « Les patriciens vénitiens étaient moins intéressés par les profits provenant de l’industrie que par ceux provenant du commerce entre les régions où l’or et l’argent avaient des cours différents »."

 

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"Non arat, non seminat, non vendemiat"

 


Ainsi, entre 1250 et 1350, "les financiers vénitiens mirent sur pied une structure de spéculation mondiale sur les monnaies et sur les métaux précieux qui rappelle par certains aspects l’immense casino moderne des « produits dérivés ». Les dimensions de ce phénomène dépassaient de très loin la spéculation plus modeste sur la dette, sur les marchandises et sur le commerce des banques florentines. Les Vénitiens parvinrent ainsi à enlever aux monarques le monopole de l’émission et la circulation de la monnaie [3]. Les historiens « de rite libre-échangiste » maintiennent que les banquiers florentins firent beaucoup de bien à la communauté de l’époque, en ne s’occupant que de leurs intérêts égoïstes. En accumulant des fonds, en bâtissant des monopoles financiers, ils développèrent le commerce et ouvrirent la voie à l’industrie capitaliste en concurrence pacifique avec d’autres marchands, prenant soin d’expier quelques petits péchés dûs à l’usure par de généreuses donations aux institutions religieuses. Selon cette version mensongère de l’histoire, le serpent s’introduisit dans ce paradis terrestre, sous la forme des rois centralisateurs du pouvoir [4]."

 

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La peste symbolisée par la mort du Tarot de Marseille



On voit très bien où veut en venir Rodney Stark : « Les pays en retard ont exactement été ceux qui ont été dominés par des monarchies absolues : l’Espagne, qui a exporté son despotisme en Amérique du Sud, et la France qui en a fait de même dans ses colonies. Par contre, le capitalisme a fleuri là où la liberté et le droit de propriété étaient les mieux respectés, à savoir les Etats-Unis d’Amérique qui ont dépassé l’Europe dès la fin du 19e siècle. Le monde moderne, a pris son essor seulement dans les sociétés chrétiennes. »

De la sorte, s’il faut en croire les conceptions de Starck, auxquelles de petits esprits prêtent une fallacieuse autorité, l’Espagne catholique d'Isabelle et Ferdinand n’aurait pas été chrétienne, la France de Jeanne d'Arc et Charles VII non plus ? On rêve ! Et c’est l’Angleterre et son or, à l'époque, puis aujourd'hui les Etats-Unis, dominés, domestiqués, asservis par les puissances d’argent, qui eux seraient chrétiens puisque authentiquement capitalistes. Mais c’est de la démence totale !


Le peu sérieux bouquin de Rodney Starck, qui sciemment glisse allègrement en créant d’évidentes confusions entre les notions de «science » et de « finance », qui sont pourtant bien différentes voire même antagonistes, est en fait un texte idéologique au service des intérêts de la voyoucratie internationale, ce qui a d'ailleurs était parfaitement démontré par Bruno Michon dans son analyse critique, qui déclare que cette étude : « constitue plus un travail idéologique que véritablement historico-sociologique » [5] .


Ce livre est éminemment américain, il est un apologue servile du libéralisme et du capitalisme truffé de raccourcis grossiers, de patentes contrevérités. Ce tissu ridicule d’absurdités consternantes, est un ouvrage navrant et fou, qui mérite de figurer parmi les pires productions de la déraison intellectuelle contemporaine ; un texte de basse et vulgaire propagande au service des plus sinistres forces obscures anonymes et pestilentielles de l’argent roi.

 

Notes.

 

[1] Rodney Starck, « Le triomphe de la raison. Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme », Presses de la Renaissance, 2007.

[2]  Cf. Frederick C. Lane, « Money and Banking in Medieval and Renaissance Venise », John Hopkins University Press, 1985.

[3]  Cf. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, Armand Colin, 1979, tome III.

[4] Cf. Paul B. Gallagher, Comment Venise orchestra le plus grand scandale financier de l'Histoire, Fidelio, hiver 95.

[5] Bruno Michon, qui doute à juste titre, de la validité scientifique du livre de Starck, chose rare à ce niveau universitaire ce qui doit nous inviter à regarder les thèses de ce livre avec une extrême prudence, considère que cette étude « constitue plus un travail idéologique que véritablement historico-sociologique ». D’ailleurs dans sa recension, publiée dans les Archives de sciences sociales des religions, il met très nettement en garde contre les thèses simplificatrices de l’auteur et, de nombreuses fois, fait la lumière sur les limites théoriques et les significatives erreurs de cet ouvrage, comme en témoignent les extraits suivants :

 

« Il s’agit là d’un discours normatif pour lequel l’auteur sacrifie la complexité de l’histoire à une sélection arbitraire d’exemples plus ou moins pertinents. »

 

« Encore une fois, sans poser la question du véritable progrès que constitue ce ‘pré-capitalisme’, l’auteur joue avec l’histoire en relativisant, par exemple, l’interdiction de l’usure par l’Église et en affirmant qu’au contraire si l’islam fermait les yeux sur l’usure, ce n’était pas dans le but d’investir mais dans celui de consommer. Une telle preuve d’orientalisme (la passivité des Orientaux est un des topos de ce type d’argumentaire), pose à nouveau la question de la validité scientifique de l’ouvrage. »

 

- « En ayant recours à des ‘preuves’ historiques souvent constituées d’anecdotes légères, l’auteur montre que le despotisme empêche la fondation d’une société libre et capitaliste implicitement considérée comme le modèle politique idéal. La performativité d’un tel discours n’a pas besoin d’être établie. »

 

- « L’ouvrage heurte par ses positions normatives qui semblent être le pendant ‘sociologique’ des réflexions du cardinal Ratzinger sur la foi et la raison. Pourtant, contrairement aux assertions de l’ancien préfet de la congrégation de la foi, le discours de Starck se rapporte plus à la rhétorique des ‘faucons’ américains réécrivant l’histoire afin de donner corps à une certaine forme d’idéologie impérialiste. »

 

- « S’il est évident que le capitalisme est né en Europe, il semble beaucoup plus sujet à caution que celui-ci soit issu d’une « théologie rationnelle chrétienne ». Bien que L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme soit l’objet de critique légitime, il est aberrant que Rodney Starck passe cet ouvrage capital sous silence, évitant d’aborder la théorie bien documentée et bien discutée de Weber. »

 

- « Nier aux traditions juive, grecque, bouddhiste ou islamique l’idée de théologie voire de science ressemble plus à une aberration qu’à une véritable recherche historique. »

 

- « Finalement, ce qui gêne dans cet ouvrage est l’ambiguïté consentie par l’auteur entre un discours savant et une idéologie politique. Max Weber nous a pourtant, depuis longtemps, mis en garde contre les dangers d’une telle dérive. »

 

 

Archives de sciences sociales des religions, 140 (2007) - Varia,  mis en ligne le 02 juillet 2008.

 

 

 

07:08 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (158) | Tags : france, europe, actualité, ump, parti socialiste, usa |  Imprimer | | | | | Pin it!

mercredi, 05 novembre 2008

LE LIBÉRALISME : HÉRÉSIE SPIRITUELLE ET ERREUR TRAGIQUE !

 

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Le Prince de ce monde, maître véritable des forces d'argent

"Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent "

(Luc 16, 13)

 

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« Le libéralisme n'est pas une hérésie ordinaire,

c'est l'hérésie propre, personnelle de Satan,

puisqu'elle consiste, pour la créature, à usurper à son profit

l'indépendance et la souveraineté qui n'appartiennent qu'à Dieu, de toute éternité,

et dans l'ordre des temps à Notre Seigneur Jésus-Christ.

(…) On voit par là en quoi le libéralisme moderne diffère

de tout ce qui l'a précédé en fait de révolte et de péché.

C'est le péché lui-même, le dernier terme et le plus haut degré du péché.

Le libéralisme appelle "l'homme de péché", il prépare les voies à l'Antéchrist. »



(Mgr Henri Delassus, La Conjuration antichrétienne, 1910)

 

 

Comme il est plaisant de voir les niais admirateurs de littérateurs incompétents, confondant la science-fiction avec la vérité concrète [1], qui s’enthousiasmaient il n’y a pas si longtemps de la folle stratégie de l’Amérique, se réveiller aujourd’hui en s’apercevant que leurs rêves piteux se sont transformés en un hideux cauchemar. En fait, mais cela n’est pas étonnant, leur Amérique était une illusion pour salonards désoeuvrés, et leur libéralisme d’opérette une coquetterie ridicule pour esprits incapables de comprendre l’essence des lois intangibles qui gouvernent, depuis des siècles, le monde et président au devenir des hommes, des peuples et des nations.

Les risibles pamoisons adolescentes devant les excursions guerrières des U.S.A., symptôme caractéristique de juvéniles impuissants intoxiqués par trop de surf sur la toile qui s’extasiaient devant les geôles, d’ailleurs bientôt désertes et désaffectées, de Guantanamo [2], trouvent à présent leur risible conclusion, à savoir que les lendemains qui s’annoncent, suite au résultat de l’élection présidentielle outre-atlantique, vont ruiner, jour après jour et définitivement, chacun des mythes usés qui firent l’excitation puérile de leur faible pensée. Il y a d’abord eu l’effondrement des bourses mondiales, qui laissa clairement entrevoir la prochaine déroute définitive d’un système économique moribond, ruinant leurs trémolos à la gloire de l’économie de marché qui résonnaient inlassablement et comme une pénible ritournelle sous la plume de ses microscopiques idéologues du tout libéral. Maintenant, suite à un revirement prévisible, c’est à l’écroulement de la factice stratégie militaire et géopolitique de l’empire américain, suicidaire au demeurant depuis des années, à laquelle nous allons assister pour leur plus grande confusion.

 

 

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Pie IX, condamna le libéralisme lors du Concile Vatican I

 

 

Mais tout cela n’est au fond que justice pour plusieurs raisons objectives.

Tout d’abord, sur le plan purement théorique, le présupposé du libéralisme est d’une plate indigence erronée. Pourquoi ? Tout simplement, par ce qu'en raison de sa croyance en la prétendue bonté de la «Loi naturelle» qui serait « inscrite au cœur de l'homme » et des choses, il évacue le fait que l’homme n’est pas libre, mais au contraire prisonnier d’un déterminisme ontologique qui trouve sa source dans le "péché des origines" qui place chaque créature sous la dépendance directe de l’esclavage de passions incontrôlées, esclavage que nous recevons tous en naissant en tant qu’enfants d’Adam. De la sorte le libéralisme souffre d’un vice rédhibitoire : l’optimisme idéaliste. Dès lors, sous prétexte d’une croyance absurde dans les possibilités de l’auto équilibre des forces contradictoire, et en proclamant l'autonomie absolue de l'homme sur le plan moral, social, économique et spirituel, le libéralisme est, positivement, une idéologie mortifère, impie, négatrice des conséquences de la Chute, et donc oublieux du caractère abîmé du monde dans lequel nous nous trouvons, et donc du caractère foncièrement surnaturel de la Révélation qui excède toutes les données mondaines.

Ainsi à terme, et logiquement, le libéralisme conduit à une double négation, l’une pratique, par un excès d’optimisme, des nécessaires lois régulatrices qui doivent régler, arbitrer et maintenir les activités humaines qui sans cela deviennent rapidement folles ; l’autre, théorique, car en mettant l'humanité divinisée au niveau providentiel de Dieu, elle installe la dialectique du devenir en tant qu’idole effective remplaçant le Créateur. Ceci explique qu’en tant que doctrine constituée, le libéralisme ait été radicalement censuré et condamné par l’Eglise, qui l’a qualifié sous les termes de « rationalisme » et de « naturalisme » - la condamnation la plus explicite de cette hérésie, figurant dans la Constitution « De Fide » du Concile de Vatican I, en 1870.

Une variété de nuances de la pensée libérale existe bien sûr, et il a, au fil du temps changé de forme mais jamais de caractère ni varié sur son fond. Ainsi les distinctions entre le libéralisme en Europe et en Amérique du Nord, même si elles sont significatives, n’ont pas été modifiées puisque les principales caractéristiques demeurent intactes :

- 1°) Le désir d'adapter des idées religieuses à la culture moderne et les modes de pensée, les libéraux insistant sur le fait que le monde a changé depuis l'époque où le christianisme a été fondé de sorte que la terminologie biblique est incompréhensible pour les gens aujourd'hui.

2°) Le rejet de la croyance religieuse fondée sur la seule autorité, toutes les croyances devant être comprises par la raison et l'expérience et l'esprit ouvert aux nouveaux faits. Dès lors, pour cette idéologie, aucune question n’est fermée ou résolue, et la religion ne doit pas surtout pas se protéger contre un examen critique. « L'essence du christianisme » remplace ainsi l'autorité de l'Écriture, les croyances, et l'Eglise. Cela signifie qu'il n'existe aucune contradiction inhérente entre les royaumes de la foi et du droit naturel, la révélation et la science, le sacré et le séculier, ou la religion et la culture.

- 3°) L'immanence divine. Dieu étant considéré comme présent dans le monde, il n’est pas élevé au-dessus du monde comme un être transcendant. Il est son « âme » en tant que Créateur, il est présent en tout ce qui se passe, il n’y a donc plus, selon cette théorie impie, aucune distinction entre le naturel et surnaturel. La présence divine est indiquée dans les choses telles, beauté artistique (on voit les séductions qu’un paganisme rémanent peu tirer de cette notion avec un culte évident pour l’érotisme et le sensualisme), et bien moral.

- 4°) Enfin, sur le plan économique, le domaine de l’activité productrice et financière est libérée du poids contraignant de l’Etat pour en laisser la pleine administration aux seuls acteurs du secteur qui, évidemment, animés par un inextinguible esprit de lucre, se livrent à une concurrence féroce dont le seul objet est une course effrénée à toujours plus de profit au détriment total du bien commun.

 

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Nicolas Poussin, l'Adoration du Veau d'or, (1634).

 

 

De la sorte, bien que la plupart des libéraux tentent, maladroitement, de se revendiquer de la doctrine chrétienne, en réalité se référant au principe d'immanence ils tendent inévitablement vers le panthéisme païen.

Pour traquer les premiers signes de l’émergence des idées libérales, saint Augustin qui voyait en quoi cette idéologie néfaste était en opposition avec la religion et la tradition, par une revendication du pur utilitarisme prônant l’augmentation constante des plaisirs et la diminution des peines, au profit de la jouissance individuelle, aboutissait à la création d’un homo oeconomicus, dont l’homme de la société moderne est la figure résultante, soit un être désirant et calculateur toujours en quête de la maximisation de son intérêt personnel, ne sachant pas quoi faire, dénué de morale, quand il ne l’ignore pas purement et simplement, hypocrite, lâche et mesquin.

 

 

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Saint Pierre Fourrier transmettant la règle de saint Augustin

 

Saint Augustin, puis de nombreux Pères de l’Eglise, n’auront donc de cesse d’en appeler, contre ce danger, au rôle de l’État et au contrôle de la monnaie [3]. Ceci explique pourquoi, davantage que les modes de production, c’est la prédominance des rapports utilitaristes qui éclaire la malheureuse situation actuelle. Comme le dit Alain Accardo dans "Le petit bourgeois gentilhomme" : « le « mal » se loge tout autant en nous et entre nous qu’autour de nous. »

Ce qui est réaffirmé par Dufour : « L ’individualisme issue des Lumières s’est entre-temps retournée en son avatar postmoderne : le « troupeau schizoïde « égo-grégaire », qui, en plus de ses tares, est aussi consumériste, procédurier, ignorant et fier de l’être, constituant par là même une grave menace pour la poursuite du procès civilisateur. Dans "On achève bien les hommes" (…) l’effondrement de la transcendance au 18ème siècle a aussitôt fait place à une nouvelle religion, celle du Marché, qui enclencha un processus de désinstitutionnalisation.» (Dufour,D.-R., Le divin marché. La révolution culturelle libérale, éd. Denoël, 2007).

 

*

 

Le libéralisme manifeste donc un optimisme humaniste fallacieux, puisque la société n’évolue pas vers la réalisation du Royaume céleste, qui serait une éthique de la perfection humaine, mais est en prise avec des forces négatives qui tendent à un asservissement toujours plus important de l’esprit de l’homme. Comme le dira fort justement le cardinal Billot, « le principe du libéralisme est absurde, contre nature et chimérique » .

 

A cet optimisme libéral Bossuet ne souscrivit pas, son pessimisme s’ancrant dans la dénonciation de l’individualisme (quoique le terme lui soit postérieur), puissance corruptrice qui est la cause de la déliquescence de la société contemporaine : « Qui saurait connaître ce que c'est en l'homme qu'un certain fonds de joie sensuelle, et je ne sais quelle disposition inquiète et vague au plaisir des sens, qui ne tend à rien et qui tend à tout, connaîtrait la source secrète des plus grands péchés. » (Bossuet , Maximes et réflexions sur la comédie).

La pluralité des intérêts et la pluralité des opinions qui s’enracinent dans l’individualisme sensualiste qui sous-tend le libéralisme, manifestait pour lui la corruption sociale. De fait dans L’histoire des variations des Eglises protestantes Bossuet montrera que dans toute distance à l’égard du catholicisme se trouve l’inévitable la source d’un émiettement infini des opinions et d’une chute dans l’indifférence au vrai - et d’une complaisance pour l’immoralité, la jouissance et le profit – thème que reprendra ensuite Lamennais dans son Essai sur l’indifférence. (Cf. Lucien Jaume, Echec au libéralisme, Paris, Editions Kimé, 1990.

 

Ceux qui ne comprennent pas les erreurs axiomatiques de leur propre culture, sont inévitablement condamnés à répéter les erreurs de l’Histoire. Tel est le sort qui guette aujourd’hui les tenants du libéralisme, comme les oligarchies imbéciles. Après cinquante ans de pillage par le FMI et la Banque mondiale, aggravé par l’émergence de bulles financières incontrôlables, le système court rapidement à sa perte. L’écroulement de l’URSS, en 1989, et la guerre en Irak, a fait revivre la dangereuse illusion d’un « moment unilatéral », capable d’engendrer l’utopie d’un empire mondial que tout vient contredire à présent.

 

 

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César se rendant au Sénat le jour des ides de mars

 

La bataille qui s’engage est de nouveau celle de saint Augustin contre les valeurs de l’Empire romain décadent et paganisé symbolisé par la « Pax Americana », car cet empire touche à sa fin et ce n’est pas une nouvelle croisade, qui vient d’ailleurs de s’achever, qui le fera perdurer.

A la nouvelle administration américaine, nous disons donc volontiers ce que le devin disait à Jules César dans la pièce de Shakespeare :

« Prends garde aux ides de mars » [4] .



Notes.

[1] Exemplaires de cette tendance, les hasardeux propos de Maurice Dantec, devenus le médiocre vade mecum de quelques ramolis du cerveau, qui proclamait avec vigueur : "La guerre en Irak était justifiée depuis 1991. Je n'ai jamais eu de doute à ce sujet. (...) Face aux dictatures des pays arabes, j'ai toujours eu la même position... : il faut leur casser la figure, les foutre dehors et, éventuellement, placer des régimes qui soient à notre botte." Pontifiant de façon hilarante sur la nature de l'économie américaine  : "On peut dire ce qu’on veut sur l’Amérique, moi je suis un défenseur acharné du judéo-capitalisme américain. Sans problème. (...) oui je suis un suppôt du saint-empire germano-américain. Evidemment, on essaye de nous dire ah, le capitalisme, l’ultra-libéralisme, (...) Quel est l’homme le plus riche des Etats-Unis ? C’est un type qui avait dix dollars en poche il y a vingt ans. C’était Bill Gates. Alors qu’on essaye pas de me dire que c’est le même système. C’est pas vrai. Ce n’est pas le même système. En Europe, on n’est pas dans un système ultra-libéral, on est dans un système national-socialiste. Voilà ce que je pense. Un système de grandes entreprises publiques qui a complètement foiré toutes les révolutions technologiques depuis vingt ans. Evidemment, ce sont des bureaucrates, des fonctionnaires. En France, on a voulu créer la Silicon Valley, par exemple. Aux Etats-Unis, elle s’est créée toute seule, là où il fallait qu’elle soit. Je ne dis pas que là-bas il n’y a pas de racisme. Mais tu crois qu’il n’y en a pas ici ? Mais là-bas, il y a un turn-over réel des générations, même si c’est dur, même si c’est une société sauvage, violente, tout ce que tu veux. Mais aujourd’hui, l’industrie américaine, c’est l’industrie de la communication et de la culture." (Entretien, 18 mars 1996). http://www.les-ours.com/novel/dantec/dantec5.htm

[2] “La guerre en Irak n’était pas justifiée.” (Barak Obama, 27 septembre 2008)

[3] Ces idées ont été transmises depuis saint Augustin à Dante Alighieri et aux Frères de la vie commune, dont le fondateur, Gerhard Groote, créa de nombreuses écoles en Allemagne, en Suisse, en Bourgogne, en Flandre, aux Pays-Bas et dans certains endroits en France. Ces écoles réunissaient des élèves issus de familles modestes ou pauvres pour leur enseigner l’histoire des découvertes passées, éveillant ainsi leurs pouvoirs créateurs. « L’imitation de Jésus-Christ » et la copie des textes classiques — notamment des pères de l’Eglise -. De 1374 à 1417, les Frères de la vie commune formèrent des milliers de jeunes gens à Cologne, Trèves, Louvain, Utrecht, dans le Brabant, en Flandre, Westphalie, Hollande, Saxe, etc. Leur oeuvre se heurta à une très forte opposition, mais fut défendue par les milieux de l’Eglise qui luttaient pour surmonter le Grand Schisme, ainsi que par Nicolas de Cuse. Cette méthode d’éducation ainsi que les initiatives politiques et militaires prises par Jeanne d’Arc, jetèrent les bases d’un Etat-nation en France, que le fils de Charles VII, Louis XI, réalisa magnifiquement. Sur un peu plus de 50 ans (1461-1510), Louis XI (1423, 1483) et ses successeurs purent ainsi créer les institutions d’éducation nécessaires au développement de l’Etat-nation en muselant l’usure et l’appétit corrupteur des financiers.

 

 

 

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Louis XI en prière

 

 

 

 

[4] César : Qui est-ce, dans la foule, qui m'appelle ainsi ? J'entends une voix, plus perçante que tous les instruments de musique crier –César ! Parle, César se tourne pour entendre.

Le Devin : Prends garde aux ides de mars.

César : Quel est cet homme ?

Brutus : Un devin qui vous avertit de prendre garde aux ides de mars.

(Shakespeare, Jules César, Acte Premier, Scène II.)

 

 

 

 

 

20:22 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (44) | Tags : politique, amérique, société, littérature, barak obama |  Imprimer | | | | | Pin it!