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samedi, 29 novembre 2008

RÉACTIONS À LA RÉPONSE DE ZAK À JUAN ASENSIO

Par Zak

 

 

 

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« La domination ontologique de l’horreur est inscrite de façon générique

en chaque être depuis la rupture adamique »

 

 

 

 

 

 

Nous avions voulu, dans notre précédente réflexion portant sur la notion de « virtualité », proposer une interrogation sur la notion d’authenticité en convoquant, à la fois les outils de la métaphysique classique et ceux de l’anthropologie chrétienne. Notre petit texte a suscité, à notre surprise, un nombre suffisamment significatif et important de commentaires multiples et variés, pour que nous nous sentions encouragé de relever, puisqu’il ne nous apparaît pas utile d’insister sur ceux qui témoignèrent de leur intérêt à notre égard et que nous avons bien lus, ce que ce questionnement a pu recueillir comme réactions critiques.

 

 

On pourra bien évidemment tout d’abord sourire, très franchement, de l’ire colérique plutôt comique que provoqua notre initiative, ici ou là, et en particulier chez des esprits réduits et bavards soutenant une impossibilité formelle entre l’interrogation métaphysique et le christianisme, encore pénétrés d’un indigent apriorisme qui sont allés jusqu’à affirmer, sans crainte du ridicule, et comme s’y risquent encore seuls quelques positivistes attardés, qu’il n’était pas possible d’engager une question de nature philosophique si l’on accordait un crédit à l’enseignement de la Révélation[1].

 

 

 

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« La philosophie, c'est à dire l'amour de la sagesse,

n'est pas une chose et la religion une autre chose. »

(Saint Augustin, De vera religione)

 

 

 

L’énorme stupidité abyssale d’un tel affligeant discours qui relève des innombrables bêtises écrites dans les petits opuscules, écrits par des professeurs formatés, que l’on destine aux lycéens qui se préparent au baccalauréat, pourrait aisément être mise en lumière en dressant la très longue liste des philosophes et métaphysiciens chrétiens qui marquèrent de leur présence magistrale l’histoire de la pensée.

 

Mais cela serait trop facile pour deux raisons principales :

 

- Tout d’abord parce que tous les penseurs en Europe avant même l’avènement du christianisme, à de très rares expressions près, furent des croyants, païens ou chrétiens, fortement attachés à leur religion et parfois, comme Jamblique, adeptes des cultes mystériques ;

 

- Deuxièmement parce que c’est toute la métaphysique, toute l’histoire de la philosophie elle-même, qui a sa source dans un fondement religieux placé à la base du questionnement dont on sait qu’il prit naissance précisément avec Parménide et son fameux « Poème sur la nature » (Peri Physeos) où, dans cet instant matinal et natif de l’interrogation fondamentale, conduit par la Déesse, il s’approcha de l’Être, qui se dévoila comme un don et lui fut délivré comme un préconcept transmis par la divinité [2].

 

Difficile de faire plus religieux, on le constate, en ce qui concerne le domaine originel de la philosophie !

 

Mais ceci n’a rien d’exceptionnel puisque c’est l’ensemble de la pensée grecque qui fut encadrée dès ses premiers pas par la fonction essentielle des personnages divins - Themis, Dikè, les Moires – des présocratiques jusqu’à Platon et Aristote puis, plus encore chez les néoplatoniciens dont beaucoup furent chrétiens (celui connu sous le nom de Denys l’Aréopagite en est l’exemple par excellence), personnages divins accompagnant le questionnement à l’égard de la sagesse. A ce titre, le nom même de « philosophie », désigne bien cette « Sophia » aimée que les latins désigneront comme « Sapientia », ce qui fera dire à Cicéron que la pensée philosophique est « la science des choses divines et humaines et des principes qui les fondent ».

Comme l’expliquera Jean Daniélou dans son étude parue en 1944, Platonisme et théologie mystique, cette approche conduira saint Augustin, très marqué par le néo-platonisme, a réconcilier les « idées éternelles » avec l’Evangile suivi en cela par Théodoric de Chartres, Dominique Gundisalvi, Duns Scot, ou Giordano Bruno,  (saint Thomas d’Aquin faisant de même plus tard avec l’aristotélisme), se souvenant que dans son Apologie de Socrate Platon déclarait : «  je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien », démontrant ainsi que la sagesse philosophique consiste d’abord à se reconnaître ignorant en avouant la limite de la raison et des facultés humaines pour atteindre le domaine, inaccessible, de la Vérité [3].

 

 

Toutefois il nous faut faire justice, par delà les invraisemblables incohérences déjà signalées, à un truisme naïf foncièrement ridicule, toujours issu des manuels destinés aux classes du secondaire et que l’on recrache sottement, consistant à soutenir que « philosopher », vaniteuse et bien ambitieuse expression au demeurant pour les cancres ignorantins qui la manipulent sans intelligence, consisterait à « inventer » des concepts et faire surgir de sa pensée de la nouveauté. Rien que ça ! Or, telle est bien l’une des plus aberrantes et insignifiantes idées participant de la piètre vision deleuzienne vidée de sens et de fondement, aimant à roucouler son éternel credo au sujet du philosophe « amant du concept ». Deleuze lui-même, dont on n'oubliera pas qu’il s'est donné la mort de façon brutale le 4 novembre 1995, déclarait dans son ouvrage « Les conditions de la question : qu'est-ce que la philosophie? » : « La philosophie ne contemple pas, ne réfléchit pas, ne communique pas. C'est l'art de former, d'inventer, de fabriquer des concepts, mais surtout de les créer. » Outre que tout le monde n’est pas Deleuze, et que peu d’individus sont en mesure d’éventuellement "générer du concept", il y a dans cette vue un pseudo raisonnement qui joue sur les éléments de la pensée réflexive d’une manière toute hégélienne, laissant dans l’ombre un présupposé non interrogé de la vieille doxa deleuzienne qui trouve son inspiration chez Marx et Nietzsche : le rôle de la philosophie ne consiste plus à contempler le monde mais à le changer, à l’interpréter. Dans Différence et répétition, par exemple, Deleuze reprochera, de façon très marxiste finalement, à la dialectique hégélienne sa manière abstraite de concevoir le changement qui la rend incapable de penser le mouvement réel des choses.

 

heidegger_denken[1].jpgAussi Deleuze s’écartera foncièrement de Heidegger, en s’y opposant, critiquant son approche fondée sur l’authenticité, tel que le « Dasein » doit l’expérimenter. Et c’est bien là où réside une opposition radicale, entre l’utopie deleuzienne fondant ses vains espoirs évolutifs et progressistes en la création permanente de la nouveauté conceptuelle, et la position heideggerienne, beaucoup plus en accord avec l’intuition matinale parménidienne, et dont nous n’hésitons pas à dire que nous la reconnaissons comme supérieure et beaucoup plus respectueuse de la nature même de ce qu’est l’exercice philosophique véritable, consistant à nous préparer à répondre à un appel qui nous révèle, dans un saisissement inattendu et non volontaire, "l’Être" dans la perfection de sa donation originelle.

De la sorte, pour la philosophie exigeante consciente de l’appel ontologique, l'avènement de la Vérité réintroduit la métaphysique là où le nietzschéisme deleuzien, par un subjectivisme dérisoire et fort moderne, l'avait chassée en s'imaginant être en mesure de créer du "concept". En effet, ce qu’avait tragiquement oublié la non pensée moderne, l’Etre est une nécessité impérative à l’intérieur de laquelle nous sommes placés, nous ne le créons pas. C’est pourquoi à la question de savoir « qu’est-ce que penser ? », Heidegger répondit en 1955 par une autre question beaucoup plus juste et fondamentale : « qu'est-ce que l'Être ? » Ainsi, la question « qu’appelle-t-on penser ? » signifie plutôt : qu’est-ce qui nous incite à penser ? qu’est-ce ce qui nous appelle à penser ? qu’est-ce qui nous donne à penser ? Et ce qui donne le plus à penser, c’est le « Penser » lui-même : das Bedenkliche. Heidegger pourra donc affirmer, ruinant définitivement les présupposés évolutionnistes et subjectivistes si caractéristiques du nihilisme philosophique contemporain : « A l’aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept » [4]

 

 

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« A l’aube profonde du déploiement de son être,

la pensée ne connaît pas le concept »

 

 

 

 

Nous nous attarderons un instant également, ayant déjà dit notre opposition à leur discours et le rejet que nous ressentions face à leur méthode de dénonciation, sur les profondes confusions théoriques, à nos yeux, des frères républicains consanguins Qu'est-ce qu'un français de souche? adeptes de « l’inessentiel » et d'un certain matérialiste, qui vinrent clamer leur incompréhension des mécanismes propres au spectacle moderne au prétexte de ridiculiser anonymement un auteur, s’imaginant missionnés pour sauver le monde du péril de la domination réactionnaire technocratique biocybernétique sans comprendre leur profonde participation à cette même domination dont ils ne sont que le pôle négatif et grimaçant inclus dans ce même spectacle qui, aujourd’hui comme hier, a depuis longtemps intégré sa critique.

 

 

 

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« La lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes

n’est, en dernière instance, qu’un amusement pénible

qui ne sert qu'à régénérer un système qui ne connaît plus de mouvement négateur. »

 

 

Ces étranges personnages épidémiologiques ne comprennent pas, comme, pourtant, le disait déjà le texte de la brochure De la misère en milieu étudiant, que : « la critique radicale du monde moderne doit avoir maintenant pour objet et pour objectif, la totalité. » En effet, la critique, si elle doit s’exercer, est donc contrainte de se pencher sur le projet de la domestication totale, non en désignant encore et toujours, en retombant dans les mêmes pièges et ornières stupides, identifiant de façon erronée de prétendus agents de la réaction, discours ultra obsolète qui cache mal une totale incapacité analytique à appréhender la nature du système et de sa matrice, dans un schéma structurel passablement inopérant focalisé stérilement sur la désignation de l’adversaire principal situé, évidemment - grande révélation - à l’extrême. A présent à l’échelle mondiale, alors même que la domination ontologique est inscrite de façon générique en chaque être depuis la rupture adamique, la convergence est absolument réalisée entre la communauté du capital et sa critique, capital qui est devenu l’être social de l’espèce, dont la pérennisation est rendue possible grâce à l’instauration de la démocratisation, l’égalisation, et l’homogénéisation poussées à leur sommet, sachant que puisque le capital, par son idéologie libérale, s’est constitué en communauté globale il peut exercer sa domination sans partage en utilisant la démocratie et la République pour parachever la domestication, et qu’il n’y a rien qui ne puisse éviter de le servir en ne participant pas de son pouvoir, n’ayant nul besoin que quelques discours, qui tiennent d’ailleurs plus de l’incantation fantaisiste que du réel danger, viennent l’aider à renforcer son contrôle.

 

De ce fait, se faire le chantre des vertus républicaines et démocratiques en dénonçant les imaginaires adversaires de ces régimes, alors même que la démocratie est l’instrument par excellence de la soumission biologique et structurelle de l’espèce, [Marx disait de la démocratie qu’elle est « l'énigme résolue de toutes les constitutions bourgeoises »] , est donc le plus sur moyen, en collaborant au jeu spectaculaire et se vouant à la lutte contre des fantômes anecdotiques, d’asseoir le règne de la domination abstraite de la valeur en se transformant en laquais objectif de la domestication libérale.

 

Alors que la démocratie, telle qu'elle s'est constituée historiquement à des périodes décisives de l'histoire politique, de la Grèce du Ve siècle aux Républiques italiennes jusqu’à la Révolution française,  qui fut depuis toujours le vecteur idéal de la caste financière s'imposant de manière hégémonique comme la forme accomplie de domination réelle du capital sur la société, n’est plus menacée et par conséquent n'a plus à être défendue contre l'éventuel retour d'un phénomène totalitaire, même au prétexte d’un « pouvoir biocybernétique » qui, pour être plus efficace, n’a dans sa nature rien d’original ni de nouveau, faisant que ce combat n'est donc pas « progressiste » ou positif, mais absolument anachronique et régressif, c'est-à-dire réactionnaire. Déjà dans les années 1920, Bordiga, prévenait des ambiguïtés du slogan socialiste et républicain « la démocratie en danger » qui entraîna sur les champs de bataille des millions d’hommes qui se livrèrent une guerre criminelle, aussi inutile que vaine. La démocratie est une communauté illusoire, une communauté de la séparation parce qu'elle sanctionne politiquement, juridiquement et idéologiquement la soumission des hommes dans l'échange marchand où chaque individu, agissant pour lui-même, est devenu pour l'autre un représentant de la marchandise. La démocratie est donc actuellement "l'esprit" de la société, sa "religion".

Ainsi, si le nihilisme n’est que l'idéologie de soutient à la forme achevée de la domination, le prétendu reflet du mal dans lequel s’enferme les membres de la « Confrérie », nous assénant interminablement des injonctions sur la démocratie, la liberté, les Droits de l'Homme, réduisant concrètement l'horizon à l'alternative démocratie / totalitarisme, s'avère incantatoire et vain alors qu’il importe de démasquer le pivot du paradigme libéral pour montrer que son visage est multiforme, plastique et mouvant, utilisant pour son service l’ensemble des mécanismes trompeurs du champ politique pour mieux instrumentaliser, et son éloge et sa critique. La République, la démocratie, le totalitarisme et le marxisme ont permis l'universalisation du mode de production capitaliste, de sorte que la lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes n’est en dernière instance qu’un amusement pénible, un travail contestable qui ne sert, d’une certaine manière, qu'à régénérer le système lui-même puisque le développement de la valeur a fini par cannibaliser les lois structurelles du système qui ne connaît plus de mouvement négateur.

La seule attitude authentique, c’est-à-dire authentiquement en rupture, est donc uniquement d’ordre supérieur, elle relève du spirituel et du transcendant.

A ce sujet, Augustin d’Hippone expliqua clairement que la « Question » porte sur la notion des "deux cités", des deux principes antagonistes depuis la Chute, dans la mesure où le monde est le lieu où se déroule depuis l’origine une incessante lutte entre deux volontés, deux projets antagonistes, où s’affrontent deux « voies », deux orientations aux perspectives radicalement différentes. Telle est l’authentique division toutes les autres étant factices et superficielles. C’est pourquoi, celui qui a compris que la seule extériorité critique est uniquement de nature spirituelle et qu’il n’y a pas, fondamentalement, de différence, de clan, de tendance dans la cité de la terre puisque toutes les forces possèdent la même et identique racine de désorientation viciée et corrompue, doit, alors qu’il est placé au cœur d’une confrontation métaphysique gigantesque qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables, se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux Cités, l’amenant, certes, à relativiser les gloires et puissances terrestres, mais surtout regarder les fausses luttes politiques ou idéologiques d’ici-bas comme vaines et stériles, dans la mesure où le combat véritable, l’unique combat, se mène contre « l’Adversaire », et non contre des mirages passagers au nom d’orientations politiques intramondaines.

 

 

Redisons-le, il ne peut y avoir qu’une seule communauté en ce monde, c’est celle des forces ténébreuses qui n’appartiennent à aucune communauté si ce n’est celle de l’abomination et de l’horreur ontologique. Le combat contre le mal est donc d’ordre métaphysique et spirituel : métaphysique car il touche à la nature pervertie de l’homme et à l’essence fétide de ce monde ; spirituel car il ne peut emprunter, et comme arme et pour finalité, que l’Absolu : « Il n’y a que deux cités, l’une criminelle descendant d’un homicide jusqu’à un homicide, […] et l’autre, sainte, fondée par celui qui mit sa confiance à invoquer le nom de Dieu. Voilà, en effet, quelle doit être l’unique occupation des membres de la Cité de Dieu, étrangers en ce monde pendant le cours de leur vie mortelle… » (S. Augustin, La Cité de Dieu, Livre XV, Ch. XXI.)

 

 

En conclusion, toutes ces réactions, parfois puériles, qui firent suite à la note : « Métaphysique de la virtualité », témoignent donc clairement de la tragique impasse dans laquelle se trouve enfermée une pensée indigente, totalement incapable d’affronter l’exigence ontologique, qui se contente de fonctionner en utilisant le slogan ou l’autocongratulation narcissique et le bavardage comme ultime recours face à sa tragique impuissance théorique. Mais au final rien d’étonnant, puisque tout ceci est relativement conforme au misérable niveau dans lequel croupit la modernité contemporaine désacralisée et son monde de toute façon condamné depuis l’origine à la déréalisation inessentielle, en raison de causes objectives qui conservent un pourvoir de nuisance terrifiant, utilisant, avec un art consommé, les êtres comme autant de marionnettes inconscientes afin qu’ils servent son nocturne objectif.

 

Rien n’était donc plus nécessaire que de se confronter à la notion d’inauthenticité en examinant l’essence de la virtualité. Comprendre et mettre à jour la réalité du lien secret et pervers qui unit ces deux notions, tel était, et reste donc, l’objet de notre réflexion.

 

 

 

Notes.

 

[1] On ne sera point trop cruel en relevant dans ce billet L'absence de question hautement fantaisiste publié sur un site naturiste que nous avions déjà incidemment évoqué, à l’intérieur des quelques lignes maladroites dont l’alacrité trahissait surtout un piteux dépit et qui se voulait une poussive et dérisoire réponse à notre texte, les réitérations d’un plaisantin écolâtre  se voulant philosophe mais possédant de curieux « soubassements » aprioriques, et qui n’hésita pas à proférer des affirmations sentencieuses - encouragé dans sa risible initiative par un hilarant cordonnier La haine du mouvement qui déplace les lignes jouant au singe savant qui ne cesse, à la moindre occasion, de crier furieusement du fond de son échoppe en lui imputant la responsabilité de l’arrivée au pouvoir à la tête de l’Empire du bien du candidat démocrate : « à bas Bush ! » -  composant son mot en l’accompagnant d’un babillage assez comique, puisque parlant ridiculement, dans son sabir, d’un : « cadre [pré-déterminé] », « des limites … qui renverraient infiniment à [elles-même] », expliquant « le [sous-bassement] chrétien supposé dès le départ» , et  le « thomisme vaguement [rebricolé] » , une nouvelle fois le « [sous-bassement] chrétien ne doit pas être atteint » , les  « fondements [inquestionnables] »  s’avouant comme « fondement [inquestionnable] ». - Ouf ! on est effectivement renversé, mais vraiment peu rassuré, par l’étalage d’une telle science orthographique génératrice de concepts.

[2] Cf. Couloubaritsis, L., du Peri Physeos, in Mythe et philosophie chez Parménide, Ousia, 1986.

 

[3] Les rapports entre néo-platonisme et christianisme sont très étroits; les néo-platoniciens connaissaient les chrétiens et certaines de leurs doctrines. En outre, des personnalités aussi importantes que des Pères de l'Eglise se sont tourné vers le platonisme, et la doctrine augustinienne comporte des composants éminemment platoniciens. Saint Augustin ne cachera d'ailleurs pas son immense dette envers les platoniciens dans la Cité de Dieu : il y affirme qu'ils sont proches du christianisme. Il reconnaît sans peine par exemple que les Libri platonicorum et le Prologue johannique, présentent une doctrine pratiquement identique. Ce parallèle entre des écrits platoniciens et le Prologue écrit par saint Jean, se remarque de même dans l’Introduction aux Confessions de saint Augustin, où Solignac cite Amélius évoquant une ressemblance entre le logos de saint Jean et le logos d'Héraclite :

- « Et tel était le Logos, par qui tout ce qui devient a été fait, tandis qu'il est lui-même éternel, ainsi qu'Héraclite l'a proclamé : et, par Zeus, c'est ce Logos, le Barbare (i.e. saint Jean) l'a reconnu, qui, étant établi au rang et à la dignité de principe, était en Dieu et était Dieu : par lui, tout absolument a été fait ; en lui ce qui a été fait, était, originellement vivant, vie et être ; et c'est ce même Logos qui est descendu jusque dans les corps et, ayant revêtu la chair, il est apparu comme l'homme, mais de telle sorte que, même alors, il montrât la majesté de sa nature ; et naturellement, après avoir été délié du corps, il est à nouveau divinisé et il est Dieu, comme il était avant d'être répandu dans les corps, dans la chair et dans l'homme. »

Rappelons qu’Augustin fut instruit de ces rapprochements par Simplicianus, et on trouve dans le livre VII des Confessions de l'évêque d'Hippone, une indication de sa lecture des Libri Platonicorum, affirmant que les textes se rapprochant de l'Evangile figurent en particulier dans les Ennéades de Plotin.

 

[4 ] Heidegger, M., Qu’appelle-t-on penser, PUF, 1992, p. 8.

 

 

 

15:05 Publié dans Philosophie, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (114) | Tags : philosophie, réflexion, politique, société, métaphysique |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Merci pour cette mise au point magistrale. On peut dire que le projet totalitaire maintenant vit dans l'entéléchie du Système réel. Cela conduit à penser non ce qui sépare notre système de civilisation du totalitarisme, mais ce qui fait qu'il lui ressemble comme un frère, une ressemblance que la symétrie du rejet déclamatoire dissimule et construit- l'ombre est ombre de quelque chose...

Écrit par : lancelotVlad | samedi, 29 novembre 2008

Mon très cher Zak, je ne vais pas me lancer dans une tentative d'analyse de ce texte. D'ailleurs, si vous avez fréquenté les commentaires du blog sympathique auquel vous faites finement allusion, vous en aurez quelques idées. Je ne vais pas me lancer dans un couper/coller mal recoiffé de mes comms. Lorsque j'écris notamment que "tous les concepts se trouvent dans le placenta de l'Etre", je crois vous rejoindre en bonne partie. Pour les grecs...J'en ai discuté au même endroit et je n'y reviens pas. Pour moi, on ne peut convertir en une seule et même métaphysique celle de Parménide pour lequel le mouvement (et donc le devenir) est illusion et Platon qui dit précisément et expressément le contraire dans le Timée. Par contre qu'il y ait du religieux chez les grecs, oui, évidemment -même chez Héraclite,-mais pas un religieux abstrait, a l'extrême limite il est plus proche d'un Spinoza- c'est une évidence. Même un Empédocle est, pr certains côtés, plus proche du Shaman que du philosophe tel qu'on se l'imagine. Par contre Démocrite...il trouve irréfutable Parménide sauf sur un point : sous prétexte que Parménide « refuse d'admettre le vide il refuse d'admettre le non-être », et le point n'est pas mince. A propos de shamanisme vous connaissez certainement ces travaux qui élaborent l'idée que la Grèce archaïque a baigné dans un shamanisme, une "religion" magique qui a laissé des traces. La sorcellerie chez Pythagore et Empédocle, l'interdiction de manger des fèves chez le premier, la transmigration des âmes -qu'on retrouvera en passant chez Platon... jusqu'à l'apparence des sages grecs qui les font d’avantage ressembler à des médecine men qu’à des universitaires. Quant aux ioniens eux semblent surtout avoir été des "scientifiques" -d'ailleurs selon certaines enquêtes le mot même de philosophie n'apparait vraiment que vers l'époque de Socrate.

Je m’étonne un peu de retrouver sous votre plume un Bordega exonéré de ce qui fait l’essentiel de son matérialisme philosophique (avec lui on serait vite arrêté vous et moi,ca ne trainerait pas, et les participants du blog avec). Qu’est ce qu’il s’est trompé ! C’est bien lui qui écrit «Dès qu'il entre en lutte, le prolétariat voit clairement et concrètement où est son ennemi : il est une classe homogène qui a une perspective et une mission historiques. (Bordega Auschwitz ou le grand alibi) Darien 30 ans avant dans La belle France le réfutait déjà ! On sait à quel point un Bordega influe sur l’ultra gauche, la vieille taupe, et jusqu’à la négation d’Auschwitz, cet Auschwitz qu’Heidegger à justement pensé comme la plus éclatante manifestation de la dévastation (en réponse aux éclopés du neurone qui l’attaquent sur ses positions sans rien savoir de sa pensée).
Une dernière petite chose, qui ne vous est pas vraiment adressé : j’aimerai qu’on ait un peu de décence quand on parle de totalitarisme (mea culpa d’ailleurs, car j’ai parfois donné là dedans). Pour l’instant on ne vit pas avec la terreur de voir quelqu’un venir frapper à notre porte la nuit. SVP qu’on ne me ressorte pas toutes les fines analyses sur la démocratie totalitarisme caché etc, etc.J’ai moi-même écrit ce que je pense des débuts de la république. Mais encore une fois, il suffit de parler avec des gens ayant vécus dans des systèmes réellement répressifs -le soviétique par ex- pour savoir faire la différence. Maintenant on est en droit de me dire que s’est simplement mis en place un système qui nous laisse une liberté sans importance parce que déminée d’avance par le système et son spectacle, et qui n’a plus besoin de la balle dans la nuque et des coups de sonnette de minuit. Un système qui interdit jusqu’à la possibilité du martyre réalise une sorte de chef d’œuvre infernal. N’empêche que je ne regrette pas les camps d’extermination, les goulags ou les procédés de la Montagne.
Ps il me semble intutile de revenir sur ce que qui, dans ce texte, me parle haut. Il suffit de dire que nous communions en Heidegger -en nous souvenant que malgré sa thèse de jeunesse il est farouchement anticatholique quand même! l'etre pour la mort n'est pas sauvé par l'incarnation- et dans l'exigence ontologique, seule porte de sortie.

Écrit par : Restif | dimanche, 30 novembre 2008

Rien que pour cette phrase, cet article mériterait de figurer parmi les textes de la toile les plus aptes à nous permettre de penser correctement les données idéologico-politiques de la situation passée et actuelle : « La lutte conduite sur la base du vieux combat de dénonciation des extrêmes n’est, en dernière instance, qu’un amusement pénible qui ne sert qu'à régénérer un système qui ne connaît plus de mouvement négateur. »

Écrit par : Fs | lundi, 01 décembre 2008

Est-ce que Zak ne serait pas en train, par ce type de phrase : "le spectacle a depuis longtemps intégré sa critique" de spiritualiser Debord, de le faire passer du marxisme à la métaphysique, tout en rendant quasi impossible, mais aussi, ce qui est sans doute plus grave et légèrement déprimant, inutile le moindre effort négateur ?

Écrit par : Karl | lundi, 01 décembre 2008

@ Restif : j'attends la réponse de Zak pour en être certain, mais je me demande si notre "ayatollah" selon certains qui, vous avez raison, feraient bien de le lire avec plus d'attention avant d'écrire des âneries, n'a pas voulu prendre les consanguins à leur propre piège en utilisant un référentiel ultra-dogmatique peu connu de l'histoire du mouvement ouvrier marxiste, afin de les mettre un peu dans l'embarras ?

Écrit par : Xavier | lundi, 01 décembre 2008

En attendant, Ilys est en train de faire de ZAC une mascotte de la toile, un personnage.
lol

Écrit par : Al Farenzi | lundi, 01 décembre 2008

Plus qu'un personnage qu'il est déjà et pour qui la publicité importe guère je crois, Zak a provoqué un petit coup de grisou sur la toile avec sa réponse à Stalker, se payant le luxe de se coltiner au passage les consanguins. Ce qui est surtout surprenant c'est qu'ilys, du moins un ou deux de ces animateurs, au lieu de voir ce qu'il y a d'intéressant dans le discours zakien et pourquoi pas engager un débat sérieux, qui risquerait peut-être il est vrai de les secouer car comme le dit Restif l'animal a de la ressource, semblent se raidir comme s'il s'agissait d'un ennemi - du coup, effectivement, la fascination à l'égard du principal contributeur de La Question est en train de croître de façon importante un peu de partout.

Écrit par : Ghijd | lundi, 01 décembre 2008

L'ennui, pour ZAC, c'est qu'il ne fait pas vraiment le poids.

Sur Ilys, il ne s'agit pas seulement de réciter sa leçon, mais de faire preuve d'intelligence et d'esprit:)

Écrit par : Al Farenzi | mardi, 02 décembre 2008

Zak est brillant sur la scène du discours sur l'être...beaucoup trop brillant hélas pour être et pour les êtres profonds.

Écrit par : anonyme | mardi, 02 décembre 2008

L'ennui, Al Farenzi, c'est l'indigence patente de vos commentaires!

Dieu seul juge la profondeur des êtres, anonyme!
Quant aux êtres profonds ils ne passent pas leurs temps sur la toile!

lancelotVlad nous dit que "la symétrie du rejet déclamatoire dissimule et construit - l'ombre est ombre de quelque chose...
en effet, il me semble qu'il faut cesser de penser le totalitarisme à l'aulne de CE QUI À ÉTÉ mais plutôt analyser avec des yeux neufs cette ombre; nous n'avons pas encore assez de recul pour juger. L'avenir nous dira si ceux qui ont eu raison trop tôt ont eu tort.

Écrit par : JP | mardi, 02 décembre 2008

Effectivement Al, ils font pas le poids su ilys : « cadre [pré-déterminé] », « des limites … qui renverraient infiniment à [elles-même] », expliquant « le [sous-bassement] chrétien supposé dès le départ» , et le « thomisme vaguement [rebricolé] » , une nouvelle fois le « [sous-bassement] chrétien ne doit pas être atteint » , les « fondements [inquestionnables] » s’avouant comme « fondement [inquestionnable] ».

Écrit par : Dan | mardi, 02 décembre 2008

Attention Dan, vous citez le plus lettré de la bande, voyez chez les autres le niveau - vous devriez par exemple vous pencher un instant sur les billets du cordonnier de Barbès spécialisé dans la babouche - un authentique régal !

Écrit par : Serrus | mardi, 02 décembre 2008

Mais ce Al Farenzi qui vient de frapper à la porte de la Question, n'est-ce pas le jeune commis livreur du cordonnier bédouin qui fait le singe savant sur un blog naturiste et animalier ?

Écrit par : Falk | mardi, 02 décembre 2008

Bonjour,

Voudriez-vous m'indiquer un site pour traduire gratuitement (arabe en français ) les commentaires de Al ....

Amicalement.

Écrit par : Roncesvalles | mardi, 02 décembre 2008

La toile est l'espace évangélique de la fin des temps.
Dieu est le saut catastrophique de l'aube profonde du déploiement de l'être de la pensée... dans le concept.
A méditer

Écrit par : anonyme | mardi, 02 décembre 2008

Il suffit de demander Roncesvalles :

http://www.firdaous.com/00336-traduction-francais-arabe-de-texte-avec-traducteur-phonetique.htm

Cet outil traducteur gratuit vous permet d’effectuer une traduction d’un texte français à un texte arabe, ou vice-versa. De plus, une transcription phonétique du texte arabe est réalisée, vous permettant ainsi de prononcer le texte en arabe, même si vous ne savez pas le lire.

Écrit par : Falk | mardi, 02 décembre 2008

Excellente analyse : "pour la philosophie exigeante consciente de l’appel ontologique, l'avènement de la Vérité réintroduit la métaphysique là où le nietzschéisme deleuzien, par un subjectivisme dérisoire et fort moderne, l'avait chassée en s'imaginant être en mesure de créer du "concept".

En effet, l'illusion est de croire que le savoir s'est augmenté, alors qu'il s'est répété, que l'on fabrique du concept alors que nous sommes inclus, placés, dans des données métaphysiques qui nous précèdent de façon extraordinaire. L'idée que "philosopher" puisse consister en la "création de concepts", outre son caractère plutôt comique, surtout chez ceux qui se prétendent représenter cette génération conceptuelle, est l'un des plus grands pièges subjectivistes et vaniteux du monde contemporain. Comme l'écrit Yves Bonnefoy : "La mimésis est la conséquence directe de la pensée conceptuelle. L'illusion qu'elle crée, semble n'être qu'un mirage..."

Écrit par : Quadrige | mardi, 02 décembre 2008

Savez-vous Quadrige, que notre cerveau est souvent victime d’erreurs et d’illusions mais que ces illusions se situent plus au niveau conceptuel que visuel...

http://www.geocities.com/Jesalgadom/illusions_optique.html

Écrit par : Henri | mardi, 02 décembre 2008

Merci Henri pour vos explications.

Le commentaire de Al est donc une illusion d'optique; il fallait lire ceci



المشكلة لاستئناف الهجرة هي انها لا حقا الوزن.

على Ilys ، وليست مجرد تلاوة له لدرسا ، ولكن لتظهر قدرا من الذكاء وروح :)

Écrit par : Roncesvalles | mardi, 02 décembre 2008

Incontestablement, c'est bien plus clair ainsi ; les gens sont toujours beaucoup plus précis lorsqu'ils s'expriment dans leur langue maternelle !

Écrit par : Henri | mardi, 02 décembre 2008

Vous avez raison d'avoir pointé la faute théorique d'une philosophie du concept qui prétendrait "penser" dans votre note Zak. Car lorsque Heidegger écrit : "Wissenschaft denkt nicht", ce qui veut dire « la science ne pense pas », cela signifie pour lui qu'il n'y a pas de pensée en elle, absolument aucune ! La pensée, et en particulier la pensée de nature ontologique, est affaire d'un tout autre ordre. L'illusion de la science comme celle du concept philosophique, est de croire que seule elle épuise le réel, c'est-à-dire qu'elle dit quelque chose, qu'elle produit du neuf, alors qu'elle ne dit rien et n'invente rien. Heidegger montre donc que cette prétentation à créer du concept est radicalement fausse, et que l'être en soi ne peut être atteint que par la pensée authentique, la pensée qui s'ouvre à la dimension de l'Etre. La connaissance conceptuelle porte uniquement, dans son illusoire industrie sur des objets en général, y compris lorsqu'elle se croit génératrice d'objets philosophiques ; la pensée effective, véritable porte sur une chose singulière l'Être qui se donne dans une offrande non conceptuelle mais intuitive d'une région différente. C'est pourquoi : "la pensée est la voie vers ce qui, depuis toujours et pour toujours, donne à l'homme à penser."

Extrait d'un passage fondamental de Heidegger montrant en quoi ni la science, ni la réflexion conceptuelle, ne pensent, et en quoi elles sont éloignées de la philosophie :

"La raison de cette situation est que la science ne pense pas. Elle ne pense pas, parce que sa démarche et ses moyens auxiliaires sont tels qu'elle ne peut pas penser – nous voulons dire penser à la manière des penseurs. (...) Il n'y a pas de pont qui conduise des sciences vers la pensée, il n'y a que le saut. Là où il nous porte, ce n'est pas seulement l'autre bord que nous trouvons, mais une région entièrement nouvelle. Ce qu'elle nous ouvre ne peut jamais être démontré, si démontrer veut dire : dériver des propositions concernant une question donnée, à partir de prémisses convenables, par des chaînes de raisonnements. Quand une chose ne se manifeste que pour autant qu'elle apparaît d'elle-même en même temps qu'elle reste dans l'ombre, vouloir encore prouver une telle chose et vouloir qu'elle soit prouvée, ce n'est aucunement juger suivant une règle supérieure et plus rigoureuse de connaissance : c'est seulement faire un compte en utilisant un certain système de mesure, et un système inapproprié. Car, à une chose qui se manifeste seulement de sorte qu'elle apparaît dans l'acte même par lequel elle se cache, nous ne répondons bien que si nous attirons l'attention sur elle et si nous nous imposons à nous-mêmes la règle de laisser ce qui se montre apparaître dans la non-occultation qui lui est propre. Montrer ainsi simplement est un trait fondamental de la pensée, elle est la voie vers ce qui, depuis toujours et pour toujours, donne à l'homme à penser. Tout peut être démontré, c'est-à-dire déduit de prémisses appropriées. Mais peu de choses seulement peuvent être montrées, c'est-à-dire libérées par un acte indicateur qui les invite à venir à nous ; et encore se laissent-elles rarement montrer."


Heidegger, Essais et conférences, « Que veut dire penser ? », TEL Gallimard, Pages 157 - 158

Écrit par : Arpacschad | mardi, 02 décembre 2008

Le concept est privé de pertinence, c'est une raison faible, un subjectivisme abstrait ; l'idée de vérité pour Heidegger, contre saint Thomas par exemple, n'est plus une adéquation de la chose (objet) et de l'esprit (sujet transcendantal), l'humanisme n'opère plus. « Quelle tâche, à la fin de la philosophie, demeure réservée à la pensée ? » interroge M. Heidegger. De prime abord, la « tâche de la pensée » importe moins que « la fin de la philosophie ». Cette dernière n'est pas réductible à une simple fulguration. La fin de la philosophie signifie : début de la civilisation mondiale en tant qu'elle répond, par le développement des sciences, à la mise en route initiale de l'erreur de la philosophie conceptuelle elle-même. De la sorte, bien plus que le règne de la technique, la civilisation mondiale peut être conçue comme le déploiement de l'universalité même de la raison philosophico-métaphysique désorientée et déviée. Dès lors, en annonçant la fin de la philosophie occidentale, Heidegger n'aspirait à rien de moins qu'à affirmer la nécessité vitale d'émergence d'une philosophie singulière, d'un genre nouveau.

Écrit par : Hellingrath | mardi, 02 décembre 2008

"lancelotVlad nous dit que "la symétrie du rejet déclamatoire dissimule et construit - l'ombre est ombre de quelque chose...
en effet, il me semble qu'il faut cesser de penser le totalitarisme à l'aulne de CE QUI À ÉTÉ mais plutôt analyser avec des yeux neufs cette ombre; nous n'avons pas encore assez de recul pour juger."
Je trouuve ça intéressant. Effectivement, nous n'avons pas de recul. Le danger est que nous perdions les mots même qui servent à désigner le mal qui détruit le sens. C'est pourquoi il n'est pas illégitime d'aller prendre à un penseur marxiste (Debord) le concept (c'est fort simplement que j'entends le mot "concept", dans le sens de désignation d'une idée ) de spectacle d'autant plus qu'il emprunte lui-même beaucoup à la critique de la mimésis par Platon. Et puis il faut risquer le contact des pensées -sans tomber nullement dans le confusionnisme- pour s'affronter à la contemporanéité, à sa viduité menaçante (et qui n'est peut-être qu'apparence; qui sait ce que cache cette viduité. cette question me poigne). Existe-t-il encore qqlq chose en dehors du "spectacle"? Il y a bien une somme de réel qui est encore là. "Le sommeil de la raison engendre des monstres" disait-on auparavant. Que nous cache l'ostentation du spectacle? (ce n'est quand même pas "la matrice" du film ; le réel, l'histoire hégélienne continue. L'"ombre" qui a été évoquée pourrait rentrer dans cet espace du réel indéterminé).

@ Xavier : Zak n'a pas vraiment à me répondre à cet instant du discours, surtout que je n'ai fait qu'indiquer sommairement quelque points de divergence. Je pense qu'il fera en temps voulu une synthèse de tout ce qu'il aura rencontré. A moins qu'il ne mette au point une nouvelle note -ce qui serait encore le plus fructueux! L'essentiel était que ça démarre. Il est possible que vous ayez raison pour Bordega et puis encore une fois le plaisir intellectuel de féconder les pensées par rencontre, afin aussi de dresser la carte des idées "modernes"). L'amusant est qu'il y a désormais des lecteurs pour voir en Zak un "gauchiste". Lors même qu'il explique pourquoi, à ses yeux, les étiquettes sont effacées…

Écrit par : Restif | mardi, 02 décembre 2008

Ps "divergence" ,le mot est trop fort. Il s'agit plutôt d'affinement des référents.

Écrit par : R. | mardi, 02 décembre 2008

Ce qui est critiqué fortement et rigoureusement chez Heidegger dans son rejet d'une philosophie du concept, c'est en fait ce qu'il identifie comme étant l'essence propre, et mortifère de la technique. La technique occupe une place importante chez le penseur de l'Être, parce qu'elle est, dit-il, le dernier visage de la métaphysique de la subjectivité, c'est-à-dire qu'elle est positivement équivalente au nihilisme. Autrement dit, elle hérite selon lui de ce mouvement ayant pris son essor avec le cartésianisme et qui vise à rendre les hommes "comme maîtres et possesseurs de la nature " ; elle signale le triomphe du sujet qui se proclame auto-suffisant et dont la volonté de puissance finit par culminer en une "volonté de volonté " ainsi que le suggérait Nietzsche. La technique, dans son aspect philosophique, est donc le dernier avatar de l'humanisme prométhéen qui tend à "arraisonner" le monde ce qui qualifie et distingue terriblement les "temps modernes". Quand Heidegger dit qu'il n'est rien de plus important aujourd'hui que de "penser la technique" qui n'est qu'un nihilisme appliqué, que prétend-il au juste ? Que c'est avec elle qu'on saisira le mieux l'oubli de l'Être qu'endosse la métaphysique et qu'en affrontant la question de la technique, on se met précisément dans la position de réveiller la question de l'Être si l'on est capable de saisir le caractère inexact d'une philosophie qui se voudrait génératrice de concept, et surtout de mettre à jour sa nature foncièrement nihiliste.
Le paradoxe, c'est qu'un discours visant à qualifier de fixiste et chosifiante une attitude de respect à l'égard du Transcendant et des écrits de la Révélation, ce qui va, par la caricature grossière et assez bête, jusqu'à l'assimiler à une prétendue position musulmane, est peut-être, concrètement, l'expression la plus achevée du nihilisme le plus pur. Celui qui croyait "penser", pourrait donc se révéler dans son ignorance l'instrument caractéristique des forces ténébreuses de la modernité subjective

Écrit par : Radek | mardi, 02 décembre 2008

Radek lorsque vous écrivez : "un discours visant à qualifier de fixiste et chosifiante une attitude de respect à l'égard du Transcendant et des écrits de la Révélation, ce qui va, par la caricature grossière et assez bête, jusqu'à l'assimiler à une prétendue position musulmane, est peut-être, concrètement, l'expression la plus achevée du nihilisme le plus pur", est assez juste.
Je rajoute, de plus, qu'il y a une sorte d'aveuglement dans ce discours stéréotypé que l'on entend chez les modernes singes bavards et babillards, consistant à imaginer l'élaboration conceptuelle comme relevant de la philosophie alors que s'en est très souvent la directe négation comme en donnent l'image les élèves des classes de philo se préparant au bac.
En réalité les petits perroquets stériles de ce type de discours, qui s'amusent au caquetage permanent dans leur poulailler naturiste, sont des esprits limités qui n'ont pas su digérer leurs cours et, surtout, qui ne sont pas parvenus à les dépasser.

Écrit par : Lozère | mardi, 02 décembre 2008

À la ligne 35 du fr. 8 de son Poème, Parménide aurait dit, selon le texte transmis par Simplicius : « Sans l’être dans lequel il se trouve exprimé, tu ne trouveras pas le penser. »

La difficulté, apparaissant comme cela semble évident à la compréhension des modernes, qui consiste à placer le penser dans l’être, disparaît immédiatement si l’on adopte le texte transmis par Proclus :

- « Sans l’être, grâce auquel il est exprimé, tu ne trouveras pas le penser. »

Ceci est en parfaite conformité avec la position heideggerienne.

Écrit par : Quadrige | mardi, 02 décembre 2008

le langage conceptuel est frappé d’une irrémédiable infirmité ontologique. Constitutivement voué au déterminé, à l’articulé, au différencié, jamais il ne pourra être le site d’une manifestation de soi de l’absolu, de l’être, toujours il se bornera à l’expression du relatif, du fini.
Sans doute un discours inadéquat reste-t-il possible : celui qui, au lieu de laisser le vrai se dire en lui en déployant les déterminations qu’il se donne, prétend lui en assigner d’autres, pertinentes pour le fini seulement, et cela de façon extérieure. Mais ce n’est là qu’une défaillance possible, une inévitable errance.

Écrit par : Onafhankelijkheid | mardi, 02 décembre 2008

Intéressant passage de Plotin :


"Le Bien est simple et sans besoin, il n'a pas besoin de la pensée. Et ce dont il n'a pas besoin ne lui appartient pas. D'ailleurs rien absolument ne lui appartient ; la pensée ne lui appartient donc pas.

De plus, il ne pense rien, parce qu'il n'y a pas autre chose à penser.

En outre, l'intelligence est autre chose que le Bien ; elle est image du Bien, parce qu'elle pense le Bien.

Dans le nombre deux, il y a une unité, plus une autre ; mais il n'est pas possible que un soit cette unité qui est liée avec une autre dans le nombre deux ; un doit exister en lui-même, avant cette unité qu'on lie à une autre. De même ici, il faut que l'Un ne soit pas compté avec les autres choses ; il est simple ; il existe en soi, il n'a rien en lui de ce qu'il y a dans les unités qui sont comptées avec d'autres. Car d'où vient qu'une chose est dans une autre, s'il n'y a d'abord un terme séparé, dont cette autre dérive ? Car le simple ne dépend d'aucune autre chose ; ce qui est deux ou plusieurs doit au contraire dépendre d'autre chose.

On peut comparer le Premier à la lumière, l'être qui vient après lui au soleil, et le troisième à la lune qui reçoit sa lumière du soleil. L'âme a une intelligence d'emprunt qui l'éclaire à la surface, lorsqu'elle est intelligente. L'intelligence a en elle-même une lumière propre, bien qu'elle ne soit pas de la lumière pure, mais un être illuminé jusqu'au fond de sa substance. L'Un lui fournit la lumière ; il est lumière ; il est une lumière simple qui donne à l'intelligence le pouvoir d'être ce qu'elle est. Pourquoi donc aurait-il besoin de quoi que ce soit ! Car il n'est pas en lui-même une chose qui est en autre chose ; être en autre chose, c'est très différent d'exister par soi-même."

ENNÉADE V, 6 [24] -trad. E. Bréhier

Écrit par : Eudes | mardi, 02 décembre 2008

Toute la philosophie moderne, dont se gargarisent niaisement certains bavards, a occulté la question du sens de l’être au profit de la question de l’étant ; elle a abandonné l'ontologie au profit de l'ontique, elle confond la pensée métaphysique avec la conceptualisation.
Mais cette accusation, qui prend parfaois des accents assez rudes, Heidegger l’adressa également à saint Thomas.

Écrit par : Agulher | mardi, 02 décembre 2008

Alors là Radek je trouve tout simplement votre petit texte magistral,et je pèse le mot. Vous posez la question douloureuse, mais qui doit-être posée. Car à reprendre l'appareil conceptuel d'une pensée pour attaquer une modernité haïe en oubliant où se situe cette pensée par rapport à la transcendance et sa "traduction chrétienne", la Révélation et l'Incarnation, on risque de glisser dans un quiproquo dangereux pour ce qu'on désire défendre. (Question -qui est aussi partie de La Questio- de la pertinence réelle, de la validité finale d'une pensée pour le transcendant chrétien).
Je m'arrête là, mais je tiens à saluer votre rigueur. Vous n'hésitez pas à soulever ce qui est pour moi un problème déterminant, et j'aurai assez tendance à rejoindre votre conclusion.

Écrit par : Restif | mardi, 02 décembre 2008

@ Restif : "L'amusant, dites-vous, est qu'il y a désormais des lecteurs pour voir en Zak un "gauchiste". Lors même qu'il explique pourquoi, à ses yeux, les étiquettes sont effacées…" Fort bien vu ! Il est non moins amusant, et surtout supérieurement comique, de voir certains, ailleurs, continuer à l'identifier à : un "ayatollah catho intégriste", un "pervers", un "pauvre type" ... et même jusqu'à le comparer à "Mgr Dupanloup". De mieux en mieux sur le plan argumentaire dans un certain blog "d'élite". Bon, je sais, tout cela est plutôt drôle et ne traduit pas une grande profondeur analytique, cachant même parfois d'étranges blocages psychologiques pas très clairs chez un cordonnier médiocrement inspiré, mais on pourrait attendre un peu mieux. Passons.
En effet, ces bêtises dénuées d'importance mises de côté, je crois que l'on en arrive avec cette note à faire justice d'une sombre idiotie qui fut étalée un peu légèrement, à savoir la réduction de la pensée à la fabrication de concepts. Si Heidegger s'est défié de la pensée conceptuelle, c'est qu'il savait le caractère mort de la connaissance lorsque impuissante à en faire l'expérience. Il a ainsi ouvert le chemin d'une toute autre pensée où, dans l'ouverture de l'Être, rien n'est déjà connu, rien ne subsiste. Il a parlé une langue autre. C'est pourquoi la distinction que fait Heidegger entre la dimension catégoriale et celle de l'existentiale permet donc de comprendre le sens de ce « saut » vers une interrogation qui soit une saisie conçue comme un engagement radical dans la pensée. Et cet engagement il était tout de même bon qu'il soit rappelé.

Écrit par : Xavier | mardi, 02 décembre 2008

Je visite ce blog, attiré par le bruit qui s'est formé en quelques endroits au sujet d'une note dont on dit le plus grand bien. Je ne suis pas déçu, tout au contraire, de découvrir ce texte. Mais le second, toujours du même auteur à l'intriguant pseudo, portant sur les "réactions à sa réponse", possède des qualités identiques. Je relève avec intérêt cette phrase : "il ne peut y avoir qu’une seule communauté en ce monde, c’est celle des forces ténébreuses qui n’appartiennent à aucune communauté si ce n’est celle de l’abomination et de l’horreur ontologique. Le combat contre le mal est donc d’ordre métaphysique et spirituel : métaphysique car il touche à la nature pervertie de l’homme et à l’essence fétide de ce monde ; spirituel car il ne peut emprunter, et comme arme et pour finalité, que l’Absolu." Je vais immédiatement la mettre dans un de mes petits carnets que j'ouvre parfois pour méditer.

Écrit par : Laurent Lemoine | mardi, 02 décembre 2008

Vous avez tout à fait raison Xavier, c'était à rappeler, vraiment. Et vous avez d'autant plus raison que les concepts tendent à n'être plus que des signes dans les discours, à ne plus recouvrir une pensée en mouvement -telle celle d'Heidegger et de tous les grands philosophes qui ne sont pas figés mais progressent, se reprennent, tâtonnent. Ainsi le Jeune Kant écrit avant sa Raison pure quelques Reflexions sur le sublime et c'est dans sa troisième critique qu'il reprendra et traitera à fond cette question. On sait qu'il y a deux ou même trois Platon. D'ailleurs Heidegger ne manque pas d'entretenir un dialogue presque constant avec par exemple un Kant, comme avec Nietzsche . Mais la pensée qui n'en est pas une se fige dans un pur signifiant dont le signifié est on ne peut plus fumeux, à se demander s'il existe réellement comme objet de pensée.
Il est un autre grand nom dont le souvenir grandit en moi ces jour-ci, et c'est celui d'Hegel. Sur le blog auquel vous faisiez allusion (qui finira pas se lasser...passons), Hadrien, déjà venu en ces lieux je crois, a repris une courte citation de Hegel que j'avais donnée. Ce faisant, il a mis l'accent (lui et lui seul) sur le fait qu'Hegel aussi attaque le concept figé, mort. Mais en reprenant ma Phénoménologie et La raison dans l'Histoire, je me suis rendu compte qu'il était impossible de concilier Heidegger et Hegel. Je ne connais pas assez Heiddy pour savoir s'il a exprimé comme il l'a fait pour Kant (notamment dans Qu'est-ce qu'une chose) ce qu'il pensait de l'immense construction hégélienne qui s'oppose à sa vision de l'Etre puisque pour Hegel c'est 'homme qui est Logos. Et il faut reconnaître que Hegel peut plus aisément s'inscrire dans une lecture chrétienne...(ou pour être plus exacte puisse s'accorder au christianisme. L'homme n'est pas un être-pour-la mort comme il 'est chez Heidegger qui ne pense pas la survit de l'âme individuelle). Ah, que de passionnants débats en perspective!
(Bonne et agréable nuit Xavier et à Messer Radek s'il se trouve dans le coin.)

Écrit par : Restif | mardi, 02 décembre 2008

@ Restif : Je suis allé voir la contribution d'Hadrien à propos de Hegel dans le fil que vous indiquez. En effet, il repère correctement qu'Hegel attaque le concept figé, mort, et il montre bien les liens qui peuvent éventuellement s'établir entre Hegel et Heidegger à ce titre. Mais il oublie peut-être que selon Heidegger, Hegel manque le néant parce qu’il ne le considère que comme un non-étant, parce que sa négativité n’est pas le «Erzitterung des Seyns » (frémissement de l’Être) mais l’activité de la subjectivité représentative et parce que l’entre-appartenance de l’être et du néant ne traduit que leur indétermination et immédiateté.
Jean-Hugues Barthélémy dans son article "Hegel et l'impensé de Heidegger" (Kairos, n° 27, mai 2006), a précisément montré que le statut exceptionnel de Hegel aux yeux de Heidegger consiste surtout à être le penseur qui a déjà pensé l’impensé fondamental, et dont la Phénoménologie de l’esprit est en réalité une « ontologie fondamentale de l’ontologie absolue ».

Écrit par : Xavier | mercredi, 03 décembre 2008

Je signale que le numéro de 2006 sur "Heidegger et la science" de la revue Noesis est disponible en ligne :

http://noesis.revues.org/document264.html

Écrit par : Quadrige | mercredi, 03 décembre 2008

En parcourant ce fil, on voit bien que le Tsunami Ilys est passé sur lui.
Pour un peu, ça ferait presque de la peine.
Mais si ça pouvait aider certain à se remettre en cause, ça ne serait pas un mal, je crois.

Écrit par : En passant | mercredi, 03 décembre 2008

"...Car, à une chose qui se manifeste seulement de sorte qu'elle apparaît dans l'acte même par lequel elle se cache, nous ne répondons bien que si nous attirons l'attention sur elle et si nous nous imposons à nous-mêmes la règle de laisser ce qui se montre apparaître dans la non-occultation qui lui est propre. Montrer ainsi simplement est un trait fondamental de la pensée, elle est la voie vers ce qui, depuis toujours et pour toujours, donne à l'homme à penser. Tout peut être démontré, c'est-à-dire déduit de prémisses appropriées. Mais peu de choses seulement peuvent être montrées, c'est-à-dire libérées par un acte indicateur qui les invite à venir à nous ; et encore se laissent-elles rarement montrer."

Écrit par : anonyme | mercredi, 03 décembre 2008

Tiens! On dirait que le cordonnier à babouche a pris ses quartiers d'hiver dans l'écurie du château!

Écrit par : Roncesvalles | mercredi, 03 décembre 2008

Il faut dire que la température s'étant nettement rafraîchie, vivre dévêtu en cette période pour un cordonnier naturiste nécessite de se mettre à l'abri - l'écurie est donc un lieu tout indiqué pour lui.

Écrit par : Hire | mercredi, 03 décembre 2008

Soyons charitable! Je propose une collecte à son intention.
Si c'est un Tamagotchi, ce sera plus facile!

Écrit par : Roncesvalles | mercredi, 03 décembre 2008

Excellente idée ! Organisons cette collecte sans tarder, le pauvre bougre meurt de froid à l'écurie - je lui donne mes vieilles doc matens, ça le changera de ses babouches peu confortables sous nos climats.

Écrit par : Dan | mercredi, 03 décembre 2008

Votre générosité vous perdra Dan, pour ce qui me concerne je lui cède simplement une ancienne casquette usagée afin de remplacer sa tarbouche de Fès (طربوش فاسيّ ou ṭarbūš fāsī) qu'il a sur la tête.

Écrit par : Falk | mercredi, 03 décembre 2008

... En Tunisie on appelle aussi la tarbouche "chechia megidi" ou chechia stambouli...

Écrit par : Falk | mercredi, 03 décembre 2008

C'est pourquoi on le désigne depuis sous l'appellation de cordonnier à tarbouche !

Écrit par : Hire | mercredi, 03 décembre 2008

Cela me fait penser que l'on vient de présenter lors de la 9 ème edition du Festival national du film DE TANGER "Maarouf Al-Eskafi" (Maarouf le cordonnier) sous le titre : « Il était une fois, il était deux fois » de Bachir Skiredj.

Ce film raconte, l’histoire de Maârouf, un cordonnier marié à une méchante femme, Aïcha, qui lui rend la vie impossible en le battant et le maltraitant traitant de toutes les mauvaises manières. Un jour, après avoir piqué une colère noire, Aïcha veut assommer son mari avec son marteau de cordonnier : elle manque son coup et fait craquer un mur d’où apparaît un génie qui éjecte Maârouf dans une nouvelle vie dans la ville d’Orlondo, aux Etats-Unis.



http://209.85.129.132/search?q=cache:fDaFk_xNuw0J:www.lejournaldetanger.com/article.php%3Fa%3D2148+Maarouf+le+cordonnier&hl=fr&ct=clnk&cd=14&gl=fr

Écrit par : Fs | mercredi, 03 décembre 2008

Maâlouf le cordonnier naturiste à tarbouche dans une nouvelle vie aux Etats-Unis ? - mais elle est plus vraie que nature cette histoire !

Au fait voici la photo du cordonnier à tarbouche :

http://www.telquel-online.com/294/images/image2_arts_294.jpg

Écrit par : Dan | mercredi, 03 décembre 2008

pour revenir au fil du débat, voici quelques éléments à propos de la notion de concept :

Concept du latin conceptus, participe passé du verbe concipere, «former en son sein, contenir », représentation abstraite et générale d’une chose ou d’un fait. L’« Homme », par exemple, est une représentation générale ou en genre qui comprend aussi bien les individus actuels (présents) que virtuels (passés ou à venir). En ce sens, comme une médaille, le concept offre toujours deux faces : il est interfacial, et cela à plusieurs niveaux.

« Le concept, considéré superficiellement, apparaît comme l’unité de l’Être et de l’Essence. L’essence est la première négation de l’Être, qui devient par là apparence ; le concept est la seconde négation, ou la négation de cette négation, donc l’être restauré, mais comme la médiation infinie et la négativité de l’être en lui même. ». Si c’est là clore le destin métaphysique de la raison, en identifiant le droit et le fait (du concept), il revient pour ainsi dire à Heidegger d’avoir promu la subreption du concept au titre d’objet digne d’être pensé comme différence ontico-ontologique.

http://fr.encarta.msn.com/encnet/refpages/RefArticle.aspx?refid=741534111

Écrit par : Quadrige | mercredi, 03 décembre 2008

Quadrige, comprenez-vous votre citation ?

Je vous dis qu'elle est inopérante : votre citation est un néant.

Prouvez-moi le contraire.

Écrit par : Boulard | mercredi, 03 décembre 2008

@ Restif : De fait je trouve que cette impérative volonté de "penser", visant à dénoncer une approche plus attentive à des écrits essentiels sous prétexte qu'elle serait frappée d’une étrange incapacité "intrinsèque à penser en chrétien", c’est-à-dire, si l'on prête évidemment trois sous excessifs de sérieux à des slogans consistant à dénier à l'attitude chrétienne traditionnelle de pouvoir "séparer l’esprit de la lettre et se livrer au moindre exercice d’interprétation" (comme si d'ailleurs il nous était demandé parce que chrétien de nous plonger dans les risques de la libre interprétation dont on connait les conséquences désastreuses sur la Réforme, alors même que le respect dû aux vénérables écrits des Pères ou vis-à-vis de l'Ecriture Sainte ne correspond en rien à une quelconque fatwa musulmane et que le rapport à la "Tradition" est loin d'avoir le visage du "singe pendu à la majuscule du mot" incapable "d’en comprendre l’essence, le génie et le caractère mouvant" ), petit blabla assez creux et superficiel se contentant de raisonner de façon incantatoire qui possède néanmoins une tonalité intensément nihiliste par son évident subjectivisme, ce qu'il convenait de mettre en lumière. Par ailleurs savez-vous, pour revenir à Hegel sur lequel Hadrien et vous-même avez insisté, que si d’ordinaire, la formule "Dieu est mort" est attribuée à Nietzsche, cependant, nous rencontrons cette expression déjà chez Hegel dans la Phénoménologie de l’Esprit. Pour lui elle signifie l’image de ce qu’auparavant il avait appelé "l’auto conscience malheureuse" et la "conscience malheureuse", est quelque chose de très présent, d'actuel depuis l'origine, et non l’annonce de ce qui viendra, comme c’est le cas chez Nietzsche. A ce titre connaissez-vous l'ouvrage "LE PÉCHÉ ORIGINEL SELON HEGEL" de Bernard Pottier, s.j. dans lequel ce jésuite interroge Hegel en commentant littéralement les Leçons de la Phénoménologie de l’Esprit sur le péché originel. Sa conclusion : le péché originel est une représentation nécessaire de la liberté humaine en son aliénation première et volontaire. C'est quasi le discours de la note ici mise en ligne sur la Question.


@ Quadrige : Merci pour vos précisions. Dans la même ligne d'information, je conseille la lecture d'une étude intéressante car mettant en lumière les liens et les différences entre Pascal et Heidegger, en particulier touchant à la notion d'authenticité, étude intitulée : "L'ontologie acosmique - La crise de la modernité chez Pascal et Heidegger" de Laurent VAN EYNDE.

Résumé :

Que la pensée de Heidegger, à tout le moins à l'époque de Sein und Zeit, fût le reflet d'une détresse de notre époque, voilà ce que montrent les travaux de Karl Löwith. La pertinence phénoménologique de la philosophie heideggérienne s'en trouve sans nul doute remise en cause. Aussi l'auteur souligne-t-il la prégnance, dans de Sein und Zeit, d'une pensée de l'acosmisme qui ratifie la dévalorisation moderne de la quotidienneté intramondaine et confine la phénoménalité dans le registre de l'inauthenticité. Une telle ontologie est anticipée par les dénonciations pascaliennes des principes présidant à l'élaboration du projet moderne. La pensée de Pascal est une confrontation avec l'étrangeté de ce monde éclaté qui, implicitement, pour Heidegger est encore notre monde. L'analyse comparée des pensées de Pascal et Heidegger permet tout autant d'éclairer d'un jour nouveau les Pensées et Sein und Zeit, que d'esquisser une critique plus générale de l'ontologie acosmique, philosophie annonciatrice du nihilisme post-moderne.

réf : TR.25 - 1993 ( 151 pages) ; ISBN : 2-8028-0087-6.

www.fusl.ac.be/publications/TR25.html

Écrit par : Radek | mercredi, 03 décembre 2008

"Mais au final rien d’étonnant, puisque tout ceci est relativement conforme au misérable niveau dans lequel croupit la modernité contemporaine désacralisée et son monde de toute façon condamné depuis l’origine à la déréalisation inessentielle, en raison de causes objectives qui conservent un pourvoir de nuisance terrifiant, utilisant, avec un art consommé, les êtres comme autant de marionnettes inconscientes afin qu’ils servent son nocturne objectif."
ZAK


Pourquoi "de toute façon" ? négativisme, défaitisme, pessimisme ?

Pourquoi "inessentielle" ? pourquoi faire l'autruche ?

De quelles "causes objectives" parlez-vous ? Celles du capitalisme?

Du libéralisme ? et quoi d'autre ?

Écrit par : Boulard | mercredi, 03 décembre 2008

Ah, voilà Boulard notre poivrot que l’on avait pas entendu depuis un moment, qui vient de se réveiller de son coma éthylique.

Écrit par : Falk | mercredi, 03 décembre 2008

Flash info : le cordonnier à tarbouche jouant au singe savant sur un site nudiste vient enfin de pouvoir prononcer, non sans peine, trois mots qu'il avait bannis de son maigre vocabulaire d'ignorantin pour des raisons que la psychiatrie mettra peut être en lumière un jour :

"Zacharias, du site la Question" !


http://ilikeyourstyle.net/2008/12/03/on-a-retrouve-le-petit-gregory/

Écrit par : Dan | mercredi, 03 décembre 2008

Boulard, comprenez-vous votre réaction ?

Je vous dis qu'elle est un néant : votre réaction est inopérante.

Prouvez-nous le contraire.

Écrit par : Hocking | mercredi, 03 décembre 2008

Mais n'est-ce point saint Sébastien que l'on voit en photo dans l'échoppe de l'inculte cordonnier bédouin ?


Une autre version est disponible, beaucoup plus artistique :


http://mediaphoto.doctissimo.fr/dossiers/y/e/yeoman/Espagne-Madrid-2/IM-443678-Prado-Saint-Sebastien.jpg

Écrit par : Fs | mercredi, 03 décembre 2008

Le cordonnier à tarbouche préfère exposer quelques éphèbes dévêtus sur la devanture de son magasin de chaussures car son portrait, découvert plus haut, risquerait sans doute de faire fuir la clientelle.

http://www.telquel-online.com/294/images/image2_arts_294.jpg,

Écrit par : Dan | mercredi, 03 décembre 2008

Est-ce que le comique cordonnier naturiste après avoir poussé son premier cri se porte bien ?

Écrit par : Hire | mercredi, 03 décembre 2008

Une question me traverse l'esprit. Et si notre spécialiste de la chaussure orientale était un inverti ? Cette façon de présenter un poster représentant un éphèbe sur la vitrine de son échoppe dénote inconsciemment de vives sympathies pour la cause gay.

Écrit par : Falk | mercredi, 03 décembre 2008

Vous voulez rire Falk ! nous voilà donc en présence maintenant d'un cordonnier homosexuel à tarbouche officiant sur un site naturiste - il manquait plus que ça pour parfaire le portrait du gignolesque spécialiste de la babouche !

Écrit par : Fs | mercredi, 03 décembre 2008

Vous disiez Xavier : "Hegel manque le néant parce qu’il ne le considère que comme un non-étant, parce que sa négativité n’est pas le «Erzitterung des Seyns » (frémissement de l’Être)" - il semble toutefois que ce frémissement ne soit pas étranger au émois du cordonnier inverti !

Écrit par : Ghijd | mercredi, 03 décembre 2008

Dans cette assemblée d'excellents lecteurs de Heidegger, que je lis avec attention sans prétendre apporter quoi que ce soit à la conversation, je ne ferai que passer pour donner quelques informations.
- La parution récente (octobre 2008) de "L'Etre et le Divin" de Bernard Sichère, Gallimard, collection l'Infini. C'est la collection de Sollers, et alors? L'Esprit souffle où il veut.
-Un passionnant entretien sur le site http://parolesdesjours.free.fr entre Bernard Sichère et Stéphane Zagdanski. La présentation de ce site est assez déroutante, (bordélique, dirait Boulard). Cliquez sur l'IMAGE du tableau de Rembrandt, "L'ânesse de Balaam", avec le nom de Sichère en dessous. Sichère interroge le rapport entre la pensée de Heidegger et la pensée hébraïque à partir d'une note de Heidegger identifiant ereignis et parousie, en convoquant Rosenzweig, et surtout à partir de l'occultation par Heidegger, lorsqu'il a recours à Hölderlin pour aborder la sortie du nihilisme, des deux poèmes chrétiens de Hölderlin, "L'Unique" et "Patmos". Sichère met aussi en lumière l'importance du poète, de la poésie,comme parole à l'écoute du Divin. (On semble peu se soucier de la parole poétique, sur ce site, soi dit en passant. C'est la modeste critique que je me permettrai, suivant en cela le Heidegger de "Achèvement de la métaphysique et poésie" , pour qui " penser et poétiser se tiennent ensemble" Ed Gallimard,2005,p. 109)
- Sur le même site, le séminaire de Gérard Guest, qui a commencé en septembre 2007. Dans la première séance de cette nouvelle cession, Guest tente de démontrer en quoi le dieu caché de Pascal n'est pas le même que le "dernier dieu" des Beiträge de Heidegger.
Ces deux philosophes divergent dans leur lecture de Heidegger, preuve, s'il en est, de la compexité et de la fécondité du Souabe.

Écrit par : Armande II | mercredi, 03 décembre 2008

Quand on déclare comme Restif que le totalitarisme moderne ne pratique pas la répression, on ne fait que dénoncer un perspective étroite : la répression a lieu dans les marges, elle n'en a pas moins lieu, mais hors de notre monde propre.Lisez, Restif, l'histoire de l'Irlande ou de la Bretagne. Lisez, Restif, lisez Kourouma, lisez aussi Disgrâce de Coetzee, pour apprécier la violence de ces mondes ensoleillés. La sécurité moderne est celle du meilleur des mondes, une illusion de la domestication et non une maîtrise par l'homme de son monde. Quelle liberté a celui qui n'assure pas sa sécurité? Il suffit d'un discret rappel, pour le soumettre.
Deuxième point : le texte de Zak porte en lui un parfum de dualisme qui mérite une réponse réfléchie, en ce qu'il porte une voie de l'ennemi, et une stratégie de guerre métaphysique sur laquelle je veux m'appuyer pour penser. Signalons simplement que s'appuyer sur l'ontologie fondamentale, s'appuyer sur Heidegger pour penser aujourd'hui, c'est à mes yeux oublier que le fondamental n'est pas le fondateur ; et nous avons besoin, nous désirons une pensée fondatrice, car l'ontologie fondamentale est passive, comme paralysée par la fascination du regard sur le Serpent antique. La pensée doit être puissance pour être réalité vécue, et non amertume de la perte ; la volonté de puissance doit se dire au delà de l'être. A bientôt pour une explication plus structurée.

Écrit par : lancelotVlad | mercredi, 03 décembre 2008

Je me suis fait virer pour si peu ,

quand je lis les contributions merdiques des autres...

Je rêve.

______________________________

Monsieur Boulard

La verdeur, (et même assez poussée si vous le souhaitez) oui!
La grossièreté gratuite non!

A votre service!
IdC

Écrit par : Boulard | mercredi, 03 décembre 2008

@ lancelotVlad : En effet, le texte de Zak porte en lui, comme vous dites : "un parfum de dualisme (...) en ce qu'il porte une voie de l'ennemi, et une stratégie de guerre métaphysique". Difficile de toute manière dans la perspective métaphysique qui y est développée de ne pas identifier nettement les deux cités, les deux camps antagonistes et irréconciliables. Toutefois je ne qualifierais pas forcément ce texte comme étant porteur d'un parfum de "dualisme" - le terme exsude un peu trop fort le vieux manichéisme, bien éloigné de la pensée zakienne me semble t-il. Certes saint Augustin fut séduit dans sa jeunesse par les sirènes de Valentin d'Epiphane ou de Mani, mais sa position est surtout paulinienne et évangélique, ayant fait raisonner comme personne parmi les pères de l'Eglise la fameuse déclaration évangélique : "mon royaume n'est pas de ce monde".
En revanche sur le plan de l'analyse intra-mondaine je constate dans le discours zakien un quasi monisme, voire un non-dualisme absolu dans son attitude visant à se refuser de distinguer une position comme vraie ou fausse à l'intérieur du champ idéologique et politique. C'est là un point assez nouveau et de plutôt original, face auquel d'ailleurs je suis encore en débat intérieur.
Dernier point concernant votre remarque au sujet de l'ontologie : "s'appuyer sur l'ontologie fondamentale (...) pour penser aujourd'hui, c'est à mes yeux oublier que le fondamental n'est pas le fondateur". Certes, mais l'ontologie fondamentale a ceci de particulier qu'elle porte son regard vers l'Etre en le dégageant de l'ontique et du phénoménal. A ce titre elle est porteuse, en germe, d'une perspective qui rejoint l'ouverture chrétienne vers le Tout Autre, vers le Transcendant. C'est ce qui en fait un précieux cheminement, sur le plan métaphysique, vers un mode spirituel supérieur.

Écrit par : Radek | mercredi, 03 décembre 2008

@ Armande II : Merci bien pour vos excellentes informations qui contribuent parfaitement à la discussion. Toutefois n'ayez crainte de vous plonger dans la réflexion et le débat si vous le souhaitez - vos idées sont les bienvenues d'autant que la perspective heideggerienne autorise une approche poétique et intuitive non forcément dépendante d'un appareil philosophique technique et complexe. Le propre de l'ouverture ontologique participe d'une capacité d'immédiateté subtile que vous possédez sans aucun doute si j'en juge à la lecture de vos pages.

Écrit par : Xavier | mercredi, 03 décembre 2008

Mais zut Isabelle je suis grossier moi.

Vous êtes castratrice.

mais surtout Isa je suis un authentique inculte.

C'est pourquoi je suis précieux.

Car les cultivés, j'aime leur demander des comptes.

Bien à vous Isa.

Écrit par : Boulard | mercredi, 03 décembre 2008

@ Fs : c'est tout à fait ça "nous voilà donc en présence maintenant d'un cordonnier homosexuel à tarbouche officiant sur un site naturiste".

Mais pour faire plus court, plus simple, et surtout plus conforme à ses penchants inavoués, on pourra parler dorénavant d'un "cordonnier à tarlouzes".

Écrit par : Roncesvalles | mercredi, 03 décembre 2008

Pour une fois il dit vrai Boulard : "je suis un authentique inculte. C'est pourquoi je suis précieux."

IdC pour cette franchise qui démontre sa grande humilité, ce qui devrait d'ailleurs faire plaisir à Radek, soyez clémente. Et puis on s'est habitué à sa présence maintenant, laissez le subsister dans le château...

Quant à vous Boulard attention à votre vocabulaire maintenant !

Écrit par : Hire | jeudi, 04 décembre 2008

Radek : Non,je n’ai pas lu le livre que vous m’indiquez et que je note (ainsi quel'article). Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, la philosophie m’est une aventure (difficile) quand la littérature est ma légitime compagne (qu’on m’excuse pour le scabreux de la comparaison). Ma position fut longtemps celle de Gombrowicz et aujourd’hui encore je pense que la littérature -là-dessus je suis Freud- explore plus tôt que la philosophie certains terrains. Il y a une phénoménologie proustienne d’avant la phénoménologie. Aristote dans sa Poétique déclare d’ailleurs que ce sont les œuvres qui imposent les règles (variables…), non l’inverse. De plus, j’ai remarqué que le temps pouvait changer notre rapport aux textes philosophiques autant qu’à certains écrivains. Un remarquable directeur de recherche de ma connaissance me contait qu’ayant relu Etre et temps il avait été surpris de n’y plus rien comprendre, lui qui croyait avoir tout saisi lors se sa première lecture, 15 ans auparavant. Etant donné la grande intelligence de l’homme ce témoignage m’incline à modestie. Je reprends donc Hegel sérieusement, en commençant par La raison dans l’Histoire. Avec aussi une (lente) lecture de la Phéno. Ca, par contre, la philo reste indépassablepour penser notre pensée et ses conditions même d’exercice (et d'émergence).
Lancelot/Vlaad, si vous m’avez bien lu je n’ai pas caché que les démocraties modernes avaient leurs propres rapports particuliers à une servitude « new look ». Il m’avait même semblé que rechercher les conditions d’émergence de ce figement de l’Esprit et de déploiement du nihilisme était au cœur des recherches de cette Agora. Par ailleurs je n’ai pas été analyser l’histoire et ses exemples. Je m’en tiens 1) à ce que Hanna Ardents appelle totalitarisme (en gros idéologie unique, parti unique, chef charismatique, terreur policière, 2) à ce que nous discutions : la contemporanéité, l’aujourd’hui dans lequel NOUS vivons. Il se trouve que dans la famille de ma femme il n’y a pas si longtemps on crevait de peur et que le grand-père a connu les geôles de l’Urss. Mon propre aïeul n’a du la vie sauve devant le Moloch allemand qu’à son chauffeur avertit par un « collabo » français qu’on allait venir arrêter son patron. J’éprouve donc une rétractation de l’esprit à parler -pour moi- de vie en société totalitaire alors que ni prisons ni tortures ne me menacent. Et puis je me méfie de l’abolition du sens des mots. Ceci dit si vous m’avez lu précédemment je faisais remonter l’origine de la pensé totalitaire aux Jacobins et notamment je faisais référence à leur traitement de la Vendée. Je ne peux décemment rappeler à chaque pli et replis de la discussion ce qui s’exprime entre chaque déploiement (je n’ose parler de développement).
J’espère qu’on en viendra à étudier de plus prés la condamnation platonicienne de la Mimésis (refus des poètes, donc du théâtre contrairement à Aristote). J’avoue aussi, quand je vois les dégâts de la télé, bras armé du Spectacle, que le souvenir de l‘interdit que l’Eglise lançât

Écrit par : Restif | jeudi, 04 décembre 2008

(pardon) me revient en mémoire...

Écrit par : R. | jeudi, 04 décembre 2008

(Raha, la précipitation, la hoonte!)
J’avoue aussi, quand je vois les dégâts de la télé, bras armé du Spectacle, que le souvenir de l‘interdit que l’Eglise lançât contre le théâtre lerevient en mémoire. (ouf)

Écrit par : R. | jeudi, 04 décembre 2008

Restif : je lis votre réponse avec un vrai plaisir, en ce qu'elle est construite et réfléchie. Moi même je ne veux pas m'engager dans des polémiques. Je comprend votre point de vue, et je ne veux pas paraître brutal. Mais si vous ne pouvez lire Disgrâce de Coetzee (de la littérature!) voyez aussi le canard enchainé de cette semaine, l'éditorial. La lecture d'Arendt vaut aussi pour son début, qui est l'ennui et le figement de l'ère de la sécurité.Les caractéristiques effectivement doivent être revues, dans un spectacle de tolérance et de pluralisme. Cela étant, je vous accorde la violence de la répression totalitaire comme sans commune mesure avec celle dont nous parlons, mais c'est aussi grâce au sentiment de sécurité qu'éprouve l'oligarchie. Si la crise s'avérait menaçante, je crois qu'un retour de la répression violente ne serait pas exclu. En bref, la douceur actuelle me paraît conjoncturelle, cyclique, et peut être même de fin de cycle.
Radek, je vous remercie aussi de vos remarques. Comme je l'ai dit, je prépare à ce sujet un type de discussion.

Écrit par : lancelotVlad | jeudi, 04 décembre 2008

lancelotVlad : pas de problèmes! Je vous écoute avec soins et Coetzee sera lu (quand par contre...mais il sera lu, pourvu que Dieu me prête encore un peu vie). Et comme j'achètele Canard chaque semaine (mai souvent avec un peu de retard). D'ailleurs, comme je l'avais écrit avant même cette échange, votre phrase sur "l'ombre qui est ombre de qqlchose" m'avait intéressé (elle était déjà reprise par JP dans un apport enrichissant). Il y a d'ailleurs un "Anonyme" qui a donné un petit texte qui me semble aller dans cette direction -j'aime bien la façon dont la pensée ici s'infléchit, se compare à ce qu'elle énonce et l'interroge. Donc, j'attend avec intérêt ce que vous nous avez promis!

Écrit par : Restif | jeudi, 04 décembre 2008

@ Restif : Je suis absolument de votre avis, "la philo reste indépassable pour penser notre pensée et ses conditions même d’exercice (et d'émergence)" ; c'est sans doute l'une des principales qualités des deux dernières notes de Zak que de nous obliger à reprendre Être et temps - que je comprends toujours mais avec des efforts - afin d'aborder la question de l'authenticité. D'ailleurs je vous avoue que notre ami m'a complètement surpris (le personnage est parfois, il est vrai vous le savez, habitué à ces attitudes déroutantes), alors que je l'attendais dans la récitation d'un catéchisme saint-cyranien dont il se faisait une spécialité depuis des mois (car il penche en disciple d'Orcibal, vous le savez, beaucoup plus vers le confident de Bérulle que vers Nicole ou Arnauld), le voilà qu'il envoie une contribution à Stalker lors de son exercice d'admiration (Asensio semble depuis avoir repris rapidement goût à la vie et ne plus trop souffrir de lassitude...), et qu'il nous livre ensuite une analyse qui, en certains endroits, me surprend. L'important est toutefois que nous puissions creuser ensemble quelques pistes pertinentes - ce qui est bien le cas fort heureusement.

Écrit par : Radek | jeudi, 04 décembre 2008

Xavier, où avez-vous pu lire "mes pages"? Je crains qu'il y ait méprise. Je n'ai pas de blog, je ne suis qu'une simple lectrice.
Ma première bulle sur ce blog hospitalier,Armande, a mis en lien le blog de Zoé Balthus, sur la note précédente de Zac. Ma seconde bulle, Orange sanguine, a précisé qu'Armande n'était pas Zoé Balthus. Armande II le redit. Celle qui écrit ces lignes N'EST PAS Zoé Balthus. Désolée de vous décevoir! (Ah, ces pseudos!)

Écrit par : Armande II | jeudi, 04 décembre 2008

@ Armande II : C'est moi qui suis désolé, mais je suis bien d'accord avec vous les pseudos sont souvent source de grande confusion. Quoiqu'il en soit heureux que ces petits problèmes d'identification aient provoqué votre retour sur la Question, vous permettant de nous éclairer sur ce qui distingue Armande, Zoé Balthus et Orange sanguine. C'est bien plus net à présent.

@ Radek : Vos notes de lectures sont précieuses ! je me précipite sur le bouquin de Löwith d'autant que ce que vous en dites est vraiment excellent. J'attends pas mal de cette confrontation Pascal Heidegger, analyse comparée de deux pensées aussi éloignées que proches.

Écrit par : Xavier | jeudi, 04 décembre 2008

J'ai fait quelques recherches sur l'énigmatique Bordiga cité par Zak, dont je n'ai pas vraiment perçu immédiatement l'intérêt à l'intérieur de cette note.

Je viens pourtant de tomber sur un texte qui pourrait expliquer bien des choses sur le plan de son analyse :

"A propos de deux sommets scatologiques"

A. Bordiga


Ce titre veut évidemment faire allusion au colloque du siècle entre USA et URSS qui passionne l'imbécile masse moderne. Nous disons scatologiques et non eschatologiques. De ce colloque nous n'attendons rien de meilleur ni de pire que la situation actuelle c'est-à-dire ce siècle crasseux où triomphe désormais le capital dans le monde entier. Nous n'attendons rien ni même aucune surprise car il ne peut en résulter ni salut ni miracle, ni sorcellerie ni diablerie. Notre titre fait allusion à la pyramide qui soutient les deux sommets et à la digne matière à laquelle on peut comparer l'amas de créatures stupides qui restent à les contempler. L'histoire humaine traverse une phase excrémentielle et elle n'en sortira pas parce que le sommet occidental surpassera le sommet oriental ou vice-versa : ni s'ils se nivellent dans un marasme pacifique.

La rencontre des deux sommets n'est pas un fait historique digne d'être commenté, ce qui l'est c'est que toutes les hiérarchies et toutes les organisations qui cloisonnent la fourmillière humaine se concentrent sur cet épisode inepte; elles se démènent et se comportent de façon obscène en marge de ce prétendu événement.

Le seul fait paradoxal qui mérite d'être relevé c'est la passive conviction de deux milliards d'êtres humains que d'une semblable rencontre dépend le sort de générations entières. Ce qui arrive est la confirmation des deux thèses que nous, marxistes intégraux, avons énoncées immédiatement après la seconde guerre mondiale, dans le cercle restreint où nous pouvions nous manifester. Une de ces thèses était qu'il n'y aurait pas à brève échéance de heurt armé entre la Russie et l'Amérique. L'autre thèse était que l'issue de la guerre n'était pas la victoire des formes démocratiques de gouvernement capitaliste sur les formes dictatoriales et "fascistes", mais que cette guerre voyait justement la victoire de ces formes, même si Hitler avait été brûlé, si Mussolini avait été pendu par les pieds et si l'empereur avait servi de cobaye pour la première bombe atomique.

Une génération s'est fait massacrer pour éviter d'être soumise au petit trio fasciste, mais la suivante se prosterne de façon imbécile devant les deux grands. Voici à quoi ont abouti les idéologies pestilentielles du monde libre, de la démocratie parlementaire et des démocraties populaires ( pour nous idéologies fausses et vouées à la faillite dès l'origine ).

[...]

Le traitement infâme infligé au peuple allemand pour parachever son "abjuration" de l'hitlérisme - et pour ce faire Est et Ouest se sont trouvés férocement d'accord - était la preuve authentique que la méthode de la dictature avait vaincu. Dans les mains des Etats, comme dans celles des classes, c'est la seule méthode qui soit susceptible de vaincre et de conserver la victoire.

A écouter les propagandes, le grand tremblement de terre de la guerre n'aurait eu d'autre but que de sauver cent millions d'Allemands du nazisme et de les rendre à la démocratie. Cette cause perdue se vante d'avoir vaincu.

Donc, non seulement nous n'avons jamais cru à l'énorme mensonge d'une guerre révolutionnaire d'agression de la Russie contre l'Amérique, mais nous n'avons jamais non plus cru à la perspective erronée d'un conflit proche entre les deux vainqueurs causé par une rivalité impérialiste.

(...)

Tant que la forme capitaliste et mercantile survivra - et on ne peut pas compter la voir s'effondrer prochainement -, la guerre entre les Etats bourgeois restera inévitable tout comme au temps de Lénine. Seule la destruction du capitalisme peut éliminer les causes profondes de la guerre. Ce que la recherche historique n'est par contre pas en mesure d'établir, c'est de quelle façon les Etats bourgeois se regrouperont pour un troisième conflit...

La démocratie est le contenu politique et juridique de la forme capitaliste et tant qu'elle vivra elle ne perdra pas ce caractère. Elle est un pacte d'alliance trompeur entre classe dominante et classe dominée. Tout comme l'URSS s'est elle-même vendue à l'Amérique dans l'alliance de 1942, la classe prolétarienne est vendue au Capital dans toute alliance démocratique.

Démocratie signifie collaboration de classe, neutralisation de toute lutte de classe, conservation maxima de la forme sociale existante. Aucun fascisme, aucune dictature de la classe capitaliste ne peuvent être plus conservateurs que la démocratie, acceptée par le Capital aussi longtemps que le prolétariat a la bêtise de l'accepter. Historiquement le fascisme représente une situation plus révolutionnaire que la démocratie. Ceci a été pleinement théorisé par Engels à la fin de sa vie, et non pas comme le firent stupidement les staliniens européens de 1922 - cette honte est en premier lieu italienne - voyant dans le fascisme un retour du régime bourgeois au despotisme féodal. Pour Engels, le fascisme donne à la classe dominante la responsabilité et l'initiative de rompre la trêve libérale et de déclencher la guerre de classe moderne.

Une façon stupide de comprendre le fascisme est celle qui réduit le rôle du communisme à une campagne pour que soit sauvegardée et éternisée la forme démocratique alors que le communisme devrait accueillir le défi avec joie. Eterniser la forme démocratique c'est éterniser la forme bourgeoise qui seule est menacée par la proclamation de la guerre sociale.

Démocratie et fascisme travaillent donc tous deux à la conservation de la même forme bourgeoise ultra-moderne et non de formes sociales différentes. Dans son aspect extérieur, ce n'est pas parce qu'ils foulent aux pieds la liberté, laquelle nous a toujours été refusée, à nous prolétaires, que le fascisme se montre notre ennemi, en substituant audacieusement aux formes vides et stupides de gouvernement collectif le personnage de l'Homme seul qui conduit la politique et fait l'histoire.

(...)

Quand le fascisme apparut et tout le temps qu'il subsista nous ne l'avons craint ni maudit, mais nous avons prévu le plus néfaste de ses effets : l'antifascisme qui lui succéderait, et dont nous respirons encore les miasmes.

La cause de cet antifascisme n'était pas la dictature de Benito, Adolf ou autres super-idiots, mais l'opportunisme qui avait miné et détruit le parti révolutionnaire.

Il n'en reste pas moins que le grand homme, ou la grande figure, la prosternation universelle devant la personnalité suprême et la stupide croyance selon laquelle de pareils personnages, apparus jusque dans les plus ridicules petits pays, tiennent dans leurs mains les rênes de l'histoire sont autant de phénomènes fascistes.

Mais ce sera le spectacle de ce suprême duo mondial que l'on est en train de préparer à grand frais de mise en scène qui nous donnera le droit de reconnaître en vous, prétendus démocrates de toutes les idéologies et de toutes les parties du monde, de méprisables lèche-bottes de l'idolâtrie personnelle, des fascistes passifs.

Il Programma Comunista, no, 15, 1959.
reproduit dans Invariance Série IV, No. Spéciaux Juin 1994 :
A. Bordiga – Textes 1912-1969

Écrit par : Jude | jeudi, 04 décembre 2008

Je crois utile de donner également un extrait de la conclusion du célèbre "Auschwitz ou le grand alibi", qui créa tant de polémiques certaines assez récentes, mais dont on parle souvent sans l'avoir lu :

"Les expériences des médecins S.S. doivent faire oublier que le capitalisme expérimente en grand les produits cancérigènes, les effets de l'alcoolisme sur l'hérédité, la radio-activité des bombes « démocratiques ». Si on montre les abat-jour en peau d'homme, c'est pour faire oublier que le capitalisme a transformé l'homme vivant en abat-jour. Les montagnes de cheveux, les dents en or, le corps de l'homme mort devenu marchandise doivent faire oublier que le capitalisme a fait de l'homme vivant une mar­chandise. C'est le travail, la vie même de l'homme, que le capitalisme a transformé en marchandise. C'est cela la source de tous les maux. Utiliser les cadavres des victimes du capital pour essayer de cacher la vérité, faire servir ces cadavres à la protection du capital c'est bien la plus infâme façon de les exploiter jusqu'au bout."


Article publié en français dans le n°11 de la revue Programme Communiste. Réédité sous forme de brochure supplément au journal Le Prolétaire – parti communiste international (programme communiste) –, en novembre 1978.

Écrit par : Jude | jeudi, 04 décembre 2008

Jude on se croirait sur un site marxiste ! Arrêtez immédiatement s'il vous plait ou je prends ma carte à la cellule du Parti de mon quartier !! Plus sérieusement je crois que Zak a simplement voulu piéger le discours des consanguins en utilisant cette référence à Bordiga, mais il ne faudrait sans doute pas en faire pour nous une lecture d'autorité.

Maintenant, je vous accorde que divers passages sont relativement pertinents et il est bon de les porter à la connaissance. Outre la vision plutôt juste dès 1951 d'une alliance complice entre Amérique libérale et Russie soviétique, je relève en particulier les lignes suivantes : "Les montagnes de cheveux, les dents en or, le corps de l'homme mort devenu marchandise doivent faire oublier que le capitalisme a fait de l'homme vivant une mar­chandise." Pas mal je l'admets...

Écrit par : Fs | jeudi, 04 décembre 2008

Dans leur défense des thèses de Bordiga, les militants de l'ultra-gauche écrivaient ceci :

"la lutte contre le fascisme ne peut se mener avec l'objectif de maintenir et de consolider une autre forme de la domination du capital - la démocratie - et en alliance avec les partisans de celle-ci. Si elle ne veut pas être illusoire, la lutte contre le fascisme doit être une lutte contre le capitalisme.

L'antifascisme démocratique, qui se présente comme une lutte commune à tous, autour de la défense de la forme démocratique de l'État et du régime bourgeois, est, lui, bel et bien un piège mortel. C'est justement parce que nous ne banalisons pas ce qu'a représenté le fascisme (qui n'était pas un programme, mais un mouvement politique au service de la conservation sociale), parce que nous nous efforçons de ne pas oublier les terribles leçons du fascisme et de la lutte contre lui, que nous ne crions pas tous les matins depuis 50 ans au danger fasciste et que nous dénonçons ceux qui depuis 15 ans s'emploient à engluer encore davantage les prolétaires dans le démocratisme au nom d'une lutte - essentiellement électorale.

Non, aujourd'hui, le danger majeur pour les salariés, les femmes, les exclus, les minorités, etc. - disons: les prolétaires, ce n'est pas le fascisme! Ce n'est pas le FN qui expulse les prolétaires immigrés, qui licencie, qui s'attaque aux retraites, qui fait baisser les salaires réels, qui renforce la police et couvre ses crimes, mais bien les démocrates !

Le danger majeur, c'est le capitalisme, son État démocratique et les forces politiques, grandes ou petites, au gouvernement ou non, parlementaires ou extra-parlementaires, qui se donnent la tâche de le servir et de duper les travailleurs! Le danger majeur, c'est la persistance de la collaboration des classes, alimentée par l'action conjointe de l'opportunisme politique et syndical et du réseau capillaire des institutions démocratiques, qui paralyse le prolétariat et l'empêche de réagir efficacement à l'aggravation continue de son exploitation et à la détérioration croissante de sa situation. Les anti-fascistes fournissent leur contribution au maintien de cette asphyxiante collaboration des classes, en s'efforçant de maintenir en fonction le vieux piège de l'anti-fascisme démocratique."

Nouvelles attaques contre «Auschwitz ou le grand alibi»
Source: «Le Prolétaire», numéro 454, juillet-aout 2000.

Écrit par : Dan | jeudi, 04 décembre 2008

J'ai lu Bordga, en tous cas son Auscwitz et quelques autres titres (on trouve tout ça sur la toile). C'est un marxiste pur porc hein, le fait qu'il ait été du côté de l'opposition ouvière ne doit certes pas nous amener à regarder ce personnage (qui nous aurait tous fait fusiller gaiement commeje l'écrivais plus haut)comme un complice. Enfin,si on se sent proche des idées de La vieille Taupe dont il est un des maîtres à penser... Mettre sur le même plan les démocratie capitalistes et la machine nazie est un vieux tour marxiste dont personnellement je me défie. Non seulement pour des raisons assez évidentes, mais aussi parce qu'on se trouve devant un tout autre phénomène. Il ne s'agit plus de détruire une/des races pour construireun monde anti-chrétien de maîtres, mais d'abolir des différences ou d'en produire qui ne sont que des différences apparentes -les fameuses "tribus" de la pub, différences qui ne servent que le but commun : l'anéantissement d'un langage capable de combattre un système qui veut mettre "avoir" avant "être".

Ca Radek , vous avez raison : Zak nous pousse à reprendre Etre et temps,et pour ma part qql volumes en plus! La question sera justement de nous demander en quoi nous différons de marxistes qui voulaient abolir toute sphère privée, car je ne me reconnais pas dans un tel projet. Heiddegger est un des rares penseurs non marxiste (et même ennemi de Marx qu'il condamne franchement) à nous donner des moyens de compréhension. Hegel aussi, que Marx a nanifié, et ses commentateurs quasi tous marxistes. Il est peut-être temps d'y revenir un peu...
(Moi aussi je m'attendais plus à des schèmes issu d courant Saint-cyranien - également après votre note. Mais quoi, un homme qui aime et Arnaud ET Bossuet, qui cite Pascal Et Rûmi nous surprendra toujours...agréablement ça va sans dire. Cependant l'intérêt pour Heidegger me suprend finalement peu. Et Fénelon??? -je vais peut-être trop loin!)

Écrit par : Restif | jeudi, 04 décembre 2008

C'st un vrai pousse à la réflexion cette note - brassant du Heidegger, faisant surgir des concepts marxistes, confrontant des analyses religieuses et philosophiques antagonistes. Personnellement je n'avais pas lu un truc pareil sur la toile depuis longtemps. Ce site porte donc bien son nom - les questions sont vraiment bien mises en lumière sur la Question.

Écrit par : Jean-Charles | jeudi, 04 décembre 2008

La lecture de ces textes marxistes fait froid dans le dos - quelle vision étroite et réduite de la dimension humaine à sa seule position économique et de classe. Une seule chose est correctement perçue, la prison marchande dans laquelle nous enferme toute réalité le système de la valeur monétaire.

Écrit par : André | jeudi, 04 décembre 2008

Offrons, car il ne faudrait pas oublier notre collecte, les oeuvres complètes de Bordiga pour Noël au cordonnier à tarlouzes.

Écrit par : Roncesvalles | jeudi, 04 décembre 2008

@ Restif : Oui le recours à Heidegger m'apparaît compréhensible dans cette note, et il n'est pas anodin que cette référence nous porte indirectement à engager une critique du marxisme dans ce qu'il a de plus infect et ignoblement réducteur - dintrinsèquement pervers pour reprendre l'expression de Pie XI. Comment d'ailleurs ne pas se remettre en mémoire le fait qu'Heidegger, en rupture radicale d'avec le Marx de l'idéologie allemande, excercera une distinction métaphysique importante entre la théorie et la pratique dans Être et Temps, allant même jusqu’à affirmer que « la liberté est l’essence de l’être-dans-le-monde », sachant toutefois que cette liberté pour Heidegger est celle, pour l'homme, de son appropriation en tant « vérité » de l’Être et surtout celle de son envoi historial en direction de la philosophie authentique capable de de nouveau "penser", ou plus exactement se laisser penser par l'Être.

PS. Fénelon, pourquoi pas ? dans l'idée d'abandon quiétiste du Cygne de Cambrai (que les port-royalistes purs et durs se bouchent les oreilles...), n'y a-t-il pas d'ailleurs quelque chose de cette Gelassenheit heideggerienne ? Connaissez-vous à ce sujet de L Lannou "Heidegger, vacuité et passivité", dans lequel le mouvement ontologique est comparé à un consentement à ce qui est dans une absence d'essence qui constamment demeure ?

Écrit par : Radek | jeudi, 04 décembre 2008

[…] Nous admettons les objets techniques dans notre monde quotidien et en même temps nous les laissons dehors, c'est-à-dire que nous les laissons reposer sur eux-mêmes comme des choses qui n'ont rien d'absolu, mais qui dépendent de plus haut qu'elles. Un vieux mot s'offre à nous pour désigner cette attitude du oui et du non dits ensemble au monde technique : c'est le mot Gelassenheit, « sérénité », « égalité d'âme ». Parlons donc de l'âme égale en présence des choses. (« Sérénité », 177)

Le vieux mot évoqué remonte jusqu'à Maître Eckhart et signifie très exactement chez lui : « laisser être » ; il marque l'« abandon » ou le « détachement » où l'on se laisse d'abord soi-même afin de laisser les choses à elles-mêmes pour qu'elles aillent librement leur cours (en Dieu). Un tel détachement implique une double déprise : envers l'ustensilité trop ostentatoire des objets qui semblent pourtant voués à gratifier l'homme moderne, envers tout volontarisme ascétique s'arrachant trop exemplairement à la posture consommatrice. L'équanimité est ici patience envers l'Être jusqu'à ce que notre propre mode d'être (entendu ici sous l'expression « notre aître ») coïncide avec le « destin », c'est-à-dire avec ce qui vient à nous du plus proche-lointain et qu'il nous faut accueillir dignement. C'est dire que cette « attente », qui est « sérénité » donc « détachement », n'est l'attente d'aucun objet ou état prédéterminés et ne relève d'aucun vouloir, d'aucune propédeutique graduée et mesurée car :

Le plus âgé : Dans la mesure où nous attendons quelque chose, nous nous cramponnons à quelque chose d'attendu. Notre attente n'est là qu'une manière de « s'attendre à quelque chose ».

L'attente pure et simple est troublée, car avec elle, me semble-t-il, nous n'attendons rien.

Écrit par : La pensée de Martin Heidegger | vendredi, 05 décembre 2008

Merci pour le lien.

L'attente pure et simple rejoint la mesure de la mouvementation de l'être.

Écrit par : anonyme | vendredi, 05 décembre 2008

Accueuillant sans détour le vent de la chose nous nous préparons à accueillir le vent de l'être..."Avec le péril grandit ce qui sauve"...

Écrit par : anonyme | vendredi, 05 décembre 2008

"Je connais tes œuvres, — tu n’es ni froid ni bouillant. Je voudrais que tu fusses ou froid ou bouillant !Que n’es-tu froid ou bouillant ! Mais tu es tiède, et parce que tu es tiède, je vais te vomir par ma bouche."

Quiconque s'arrête à lire cette pensée, et j'espère à la ruminer, doit se rappeler qu'elle est un commentaire de la parole du Maître. Un commentaire mêlant, comme en un creuset de chair, la rage, l'incompréhension, le vertige de la folie, la peur, la violence des passions, l'amour, la pitié, l'envie, l'avarice, la jalousie, la cruauté, tous ces entrelacs de pics et d'abîmes qui font de nous des hommes. Mais un commentaire. La base en est une compréhension du signe de Jonas.

Ensuite, le lecteur doit savoir que si je prend tant de temps et de force à écrire une réponse qui est assimilation et rejet des textes de Zak, c'est que je me reconnais profondément dans sa démarche, tout en m'en démarquant. La discussion part de bases communes, et avoir des bases communes dans les domaines de pensée est rare. A ce titre je reprend des citations de son texte pour les questionner. L'introduction est finie.

Le champ sémantique de la constitution d'une description est tissé de différences. Différences, c'est à dire opposition. De manière générale, dans la construction du récit de soi , dans la construction de la mondéité et de l'universalité que porte l'idéologie, le portrait de l'ennemi est un négatif de l'idéal du moi personnel ou collectif.
C'est à dire que l'appréhension de l'autre se fait par rapport à soi, et par condamnation et rejet comme démarche de nature face au non soi, issu pourtant du même principe que le soi. Quand l'ennemi est identifié comme tel, sa description découle de ce jugement ; c'est à dire qu'aucune qualité positive de ma totalité idéologique ne peut lui être appliqué sans scandale. A ce modèle correspond l'image sémantique du totalitarisme nazi dans l'idéologie du Système. Précisons que cette position de l'image n'est pas une connaissance, c'est à dire que la thèse soutenue n'est en aucun cas assimilable à une défense du totalitarisme, ni même à un savoir quelconque sur lui, mais ne porte que sur le rôle fonctionnel de « totalitarisme » dans le sous système idéologique.

L'ennemi n'est pas en effet l'adversaire. L'adversaire est une symétrie et une figure d'identification ; quelque part il est mon égal. C'est pourquoi l'affrontement à l'adversaire ouvre-t-il la possibilité du jeu, c'est à dire d'un affrontement médiatisé par des règles communes, et laissant continuer l'honneur et la vie de l'honorable vaincu. La guerre ancienne a connu l'adversaire sous la figure de la guerre chevaleresque, fondement du concept de lois de la guerre. Mais aujourd'hui la voie de l'ennemi l'emporte.

Autant l'adversaire valorise ma victoire, autant le combat contre l'ennemi prend-il la figure d'une guerre d'extermination où les règles morales humaines n'ont plus à être respectées. L'ennemi ne peut être pensé comme un être humain, objet d'identification, de pitié et d'amour.

L'ennemi est une négation absolue ; une vermine, un parasite ; une chose ignoble, qui doit être détruite pour le triomphe du bien. Dans l'optique de l'ennemi, aucune protection juridique ne doit être accordée au vaincu ; il n'est que proie vouée à la destruction. C'est dans cette optique que naît le refus de toute protection au vaincu, la torture, le génocide, les viols des femmes. Une fois un ennemi vaincu et détruit, je garde en moi la structure de l'ennemi, et je me trouve de nouveaux ennemis-car je ne peux être cela que je suis sans ennemi. Aussi mes efforts de victoire aggravent-ils ma servitude ; et je prends l'habitude de la cruauté insouciante. La voie de l'ennemi est un naufrage pour le vainqueur comme pour le vaincu, malgré son caractère quasi inévitable en guerre. Voyez les fruits de la « guerre contre le terrorisme ». Cette voie n'est pas une haute voie spirituelle, et la guerre Sainte ne peut s'y identifier. Les paroles rapportées du Maître contiennent à ce sujet des avertissements très clairs. Entre autres :

« Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, ne la vois-tu pas ?»Parce que tu dis : Je suis riche, et je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et que tu ne connais pas que, toi, tu es le malheureux et le misérable, et pauvre, et aveugle, et nu »
«Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. »

Voyons maintenant le passage du texte de Zak qui m'amène à ces réflexions :
« A ce sujet, Augustin d’Hippone expliqua clairement que la « Question » porte sur la notion des "deux cités", des deux principes antagonistes depuis la Chute, dans la mesure où le monde est le lieu où se déroule depuis l’origine une incessante lutte entre deux volontés, deux projets antagonistes, où s’affrontent deux « voies », deux orientations aux perspectives radicalement différentes. Telle est l’authentique division toutes les autres étant factices et superficielles. C’est pourquoi, celui qui a compris que la seule extériorité critique est uniquement de nature spirituelle et qu’il n’y a pas, fondamentalement, de différence, de clan, de tendance dans la cité de la terre puisque toutes les forces possèdent la même et identique racine de désorientation viciée et corrompue, doit, alors qu’il est placé au cœur d’une confrontation métaphysique gigantesque qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables, se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux Cités, l’amenant, certes, à relativiser les gloires et puissances terrestres, mais surtout regarder les fausses luttes politiques ou idéologiques d’ici-bas comme vaines et stériles, dans la mesure où le combat véritable, l’unique combat, se mène contre « l’Adversaire », et non contre des mirages passagers au nom d’orientations politiques intramondaines. »

Radek a douté que je puisse parler de dualisme, en rappelant l'orientation manichéenne de la jeunesse de St Augustin. Pourtant...je vois là non pas un monisme, mais bien les risques d'un dualisme principiel.

« il (l'homme) est placé au cœur d’une confrontation métaphysique gigantesque qui voit s’affronter deux puissances irréconciliables »

Voilà le développement d'une autre tradition culturelle, issue pourtant du Néoplatonisme et de l'évangile.
Le monde réel est tissé de différences multiples issues de l'Un ; l'arbre est un symbole du monde autant que de la connaissance. L'identité se construit en tissant les oppositions ; et l'identité positive en désignant l'ennemi, le Mal dans un Univers. Tout est issu de l'Un et retourne à l'Un ; et la pensée de l'Un est la pensée de l'Unité. Ainsi, le Mal est un produit du Bien, comme une ombre. Il n'y a pas place dans cette perspective à une distinction entre distinction authentique et distinction factice, mais une division première fondatrice à laquelle les autres divisions s'analoguent à l'indéfini.

FAUST : Donc es-tu?
MEPHISTOPHELES : Une partie de cette force qui éternellement veut le mal, et qui éternellement fait le bien. Goethe, Faust.
Choisi en frontispice du « Maître et Marguerite » de Boulgakov.

Le Sage le plus haut, contrairement aux autres hommes, n'est pas obligé de combattre le Mal, car du combat contre le Mal, posé comme voie de l'ennemi à exterminer, naît sans cesse du Mal. Ainsi la guerre contre le terrorisme multiplie les crimes,le sang et les larmes...contrairement à Zak :

«(il doit...)se positionner clairement en faveur de l’une ou l’autre des deux Cités »

Je dis moi, que le penseur supérieur n'a pas d'opinion, et n'a pas à se positionner, car il cherche la matrice des opinions, et que plus il s'en rapproche, et plus il est apte à percevoir les limites des positionnements et à en rendre compte. Et une très ancienne tradition spirituelle porte cet avis.

Là où les hommes reçoivent l'ordre de combattre pour se purifier, le Sage reçoit l'ordre de la pitié. C'est le signe de Jonas. Je veux citer ici une étrange et lointaine parole de Clément d'Alexandrie (Stromates VII ch II, 10)

« C'est pourquoi les commandements sous la Loi, et aussi avant la Loi-car la Loi n'est pas pour le juste-ont établi que le choix de vie fasse recevoir un lot éternel et bienheureux, mais ont laissé avec l'objet de son choix celui qui a préféré le mal » « car c'est d'après la condition que je vous trouverez que vous serez jugé », rappel de « c'est à la mesure dont vous jugerez que vous serez jugés ».

On trouve dans le « Livre des Haltes » d'Abd El Kader la même consultation sophiologique.

Je peux maintenant revenir sur le signe de Jonas.

La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas une seconde fois, en ces mots :

"Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et proclames-y la publication que je t’ordonne ! Et Jonas se leva, et alla à Ninive, selon la parole de l’Éternel. Or Ninive était une très grande ville, de trois jours de marche. Jonas fit d’abord dans la ville une journée de marche ; il criait et disait : Encore quarante jours, et Ninive est détruite !

Dieu l'affirme, Ninive est mauvaise et condamnée. C'est une Vérité.

Dieu vit qu’ils agissaient ainsi et qu’ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas.
Dieu porte en lui ce que la créature, ce fragment de miroir, pense comme la contradiction. Cette contradiction est temporelle dans le récit mais le Centre absolu des mondes ne peut être que le point de rencontre des opposés. Cette contradiction place le repentir, le retour en Dieu même.
Cette irritation, ou colère, montre le point de vue unilatéral de Jonas : Jonas est sur la voie de l'ennemi ; il se renforce illégitimement de ses condamnations, pourtant légitimes.

Il implora l’Éternel, et il dit : Ah ! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal.

Le mal est en Dieu même si le repentir est en Dieu même.

Maintenant, Éternel, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie. L’Éternel répondit : Fais-tu bien de t’irriter ?

Jonas a annoncé des vérités divines, et Dieu se contredit. Il en est irrité, malheureux jusqu'à la mort. Sa personne est bâtie sur sa réprobation, et sa réprobation est devenue une question de survie. Il veut la mort des ninivites pour sa survie, pour se glorifier de son rôle de théophore. Quelle peut être la probité de son jugement? La réponse est une question qui ne porte pas sur le jugement moral, mais sur l'émotion que provoque la condamnation et la réprobation morale. Zak, Juan, faites vous bien de vous irriter contre des hommes qui ne connaissent ni leur droite ni leur gauche?

Et Jonas sortit de la ville, et s’assit à l’orient de la ville, Là il se fit une cabane, et s’y tint à l’ombre, jusqu’à ce qu’il vît ce qui arriverait dans la ville. L’Éternel Dieu fit croître un ricin, qui s’éleva au-dessus de Jonas, pour donner de l’ombre sur sa tête et pour lui ôter son irritation. Jonas éprouva une grande joie à cause de ce ricin.
L'homme qui se met à l'Orient, vers Dieu, a besoin de cette cabane, de cette part d'ombre. Il ne peut vivre en plein midi sans folie caniculaire, sans démesure. C'est Dieu lui même qui lui donne cette part d'ombre.

Mais le lendemain, à l’aurore, Dieu fit venir un ver qui piqua le ricin, et le ricin sécha.

Il y a un ver dans la satisfaction morale ; il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Au lever du soleil, Dieu fit souffler un vent chaud d’orient, et le soleil frappa la tête de Jonas, au point qu’il tomba en défaillance. Il demanda la mort, et dit : La mort m’est préférable à la vie.

Jonas ne peut affronter sans ténèbres le souffle de l'Esprit et la Lumière céleste. La puissance de Dieu est souffrance pour l'être fini. Jonas souffre de la puissance de Dieu, qui vient d'Orient comme Esprit et Lumière. Le théophore souffre de la lumière et cherche la protection des ténèbres !

Dieu dit à Jonas : Fais-tu bien de t’irriter à cause du ricin ? Il répondit : Je fais bien de m’irriter jusqu’à la mort. Et l’Éternel dit : Tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit.

Le rapport entre le « ricin » et la nuit, et la nuit et le temps est souligné.

Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre !

Et si moi j'ai eu pitié de quelque hommes musulmans, Dieu ne pourrait avoir pitié de tous?
Tout système est une image de la totalité, en ce qu'il porte une clôture ; mais il est image, car il n'est pas la totalité. La totalité échappe à tous comme à Jonas. Quoi? Pierre n'a pas renié le Christ? Et les paroles « qui n'est pas contre moi est pour moi » «Loin de moi, vous qui commettez l'iniquité! » « Que n'est -tu froid ou bouillant! » n'ont pas été dites? L'expérience de la totalité est la négation de la négation.

La constitution de l'identité personnelle étant liée à la constitution d'un monde, il s'ensuit que la conscience en soi de la totalité est fermée à la conscience personnelle. Plus encore, les efforts que fait l'homme, cette essence de verre pour être consistant, pour être plus qu'une flamme éphémère, sont autant de déformations nécessaires de l'accès à l'Être. Plus il se détermine, plus il détermine les mondes, et ferme des portes et des possibles. Plus il enténèbre des jours qui auraient pu être. Aveuglé par ce qu'il gagne, il tourne le dos à ce qu'il perd, et ne peut être compté.

Face à St Augustin , je veux invoquer l'autorité d' Héraclite, d'Origène, de Denys et de Jean Scot ; celle aussi de Nicolas de Cues : la création fait intégralement retour au Principe, la complexité infinie de l'émanation étant figurée par l'arabesque. L'arabesque est structurellement comparable à l'emblème du Tao. Lumières et Ténèbres s'entrelacent d'une manière inextricable. Le labyrinthe est symbole du monde, comme les sous bois obscurs envahis par les ronces, comme les arbres qui mêlent la puissance solaire à l'obscure nourriture des ténèbres terrestres, dans une poussée verticale ascendante, théophanique, qui résonne dans l'esprit contemplatif. Les fleurs naissent du fumier. J'exalte l'âpre saveur de la vie, l'odeur mêlée du sang et des roses. L'apocastase est alliance du temps et de l'éternité ; comme la chute et comme la grâce elle est toujours déjà réalisée, et c'est pourquoi le sage est exempté de lutter contre le Mal, pour chercher l'Un. Dans la Geste, cette exemption justifie l'acte de l'ermite qui porte secours à Tristan et Iseult et qui leur permet la réintégration du monde humain.

Hors de la voie de l'ennemi, la vie est un cercle : on sort du Suprême, et on retourne vers le Suprême. Quand tu te rapproches du Suprême, tu t'en éloignes aussi. Le chemin vers le haut et le chemin vers le bas est le même. Tu ne sors de cette contradiction que dans le Suprême. La contradiction naît de l'émanation, du temps et du point de perspective.Le Suprême sort du Suprême. Le Suprême s'éloigne du Suprême et revient vers le Suprême. Le Suprême se forme, se corporifie, et pâtit. Le Suprême souffre, pleure, désire. Le Suprême s'incarne et meurt, descend aux enfers.

Le Suprême est tout, mais tout n'est pas le Suprême. Tout n'est pas le Suprême, contre Eckhart : « l'être est Dieu. Dieu est l'être, mais l'être n'est pas Dieu. Le suprême est tous les noms divins, mais tous les noms divins ne sont pas le Suprême. Tout les reflets sur la mer sont le soleil, mais le soleil n'est pas tous les reflets sur la mer. Et le Suprême est insaisissable ne peut être contenu par rien, comme celui qui voudrait saisir la mer entre ses mains.

Tout sort du Suprême et vit la vie du suprême. « De même que tu vis en Christ, Christ vit en toit »sous l'écorce des ténèbres. Le Suprême vit dans les vivants mais tous les vivants ne sont pas le Suprême. Toute vie est la vie du Suprême, mais toute la vie n'est pas le Suprême. En toi Christ est crucifié, entre centre et dispersion, haut et bas, Ciel et Enfer ; entre l'Esprit qui réunit et flue vers le Père, et le Verbe qui s'engendre du Père et est comme une épée, qui sépare et pose.

L'ascèse est nécessaire et amère comme la mort à celui qui comme Jonas, porte la condamnation du Siècle. Et cette condamnation est juste. Mais à celui qui voit que méditer sur la vie et méditer sur la mort sont un, la mort est une science de la vie divine, comme le printemps est une science du printemps divin. C'est pourquoi la Loi, qui sépare et pose, n'est pas pour les justes, les spirituels qui réunissent, et donc ne jugent ni ne condamnent.

Il existe, frère, une dextre et une sénestre du Père, une main gauche et une main droite, et nul sinon le fils ne peut se prévaloir de connaître toutes les voies. L'homme ignore la Justice. « il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ». Dire cela n'est pas nier les contradictions, ce que fait le syncrétisme ; les contradictions du monde ne peuvent être résolues, avant comme après Babel. Clément le rappelle dans ses Stromates VII, ch 2, 6 : « Car les Anges ont été répartis entre les peuples par une décision très ancienne (deut 32,8) » Les contradictions du monde sont bonnes ; la guerre est père des mondes.

« Il n'y a d'extériorité critique en ce monde que spirituelle »

C'est un jugement qui peut avoir deux sens. Soit c'est un truisme, car la critique ne peut naître que d'une comparaison de l'être actuel avec de l'être non actuellement réel dans le monde critiqué ; et donc ne peut naître que de ce qui excède l'être actuel par le possible, par le désir, par la volonté de puissance, et est, par cet excès, de nature hiérarchiquement supérieure à la substance du monde vécu, c'est à dire de nature spirituelle, étant entendu que le spirituel est relatif au monde considéré.

Soit on veut dire par là que seuls les spirituels peuvent, par leur science de ce qui excède les limites étroites des siècles modernes, adopter à son égard l'attitude critique qui repose en dernière analyse sur leur altérité définitive à ce monde. Cela me semble largement vrai, les idéologies modernes me paraissant être des variations autour de fondements métaphysiques communs, ces fondements implicites étant hors d'accès de la critique pour ceux qui voient le monde dans le système. Ces fondements sont conçus comme des caractères objectifs de l'Être. Le « caractère objectif » signifie qu'ils sont hors de discussion, fondement des discussions possibles, légitimes, et non des décisions idéologiques, ce qu'ils sont. Si je veux discuter ces fondements idéologiques, je suis vite classé comme ayant un principe de réalité déficient, un insensé susceptible de prise en charge juridique ou médicale. Ainsi, l'idée que ce qui est par excellence est quelque chose, a le caractère de la res, est réel ; et que ce qui n'est pas quelque chose, ce qui est irréel, comme une relation, un nombre, n'a pas vraiment d'être. L'irréel est assimilé au néant pur et simple. Par exemple, ce fondement sert à poser que « la crise financière »est extérieure à « l'économie réelle »

Cela, ce privilège critique des spirituels, n'est pas à mes yeux une situation structurelle mais une situation conjoncturelle, cyclique due à la puissance de propagande et d'assimilation de la « totalité » dominante. Mais la totalité dominante est elle même négativement une réalité spirituelle, et aussi une réalité concrète qui ne peut être balayé d'un revers de main conceptuel. Il faut prendre au sérieux cette idée qu'un être doit parcourir la somme de ses possibilités, y compris inférieures, pour se réaliser.

Le point de vue moral est un point de vue unilatéral, qui ne peut prendre en charge la totalité. Le point de vue moniste est un point de vue unilatéral, qui ne peut prendre en charge la totalité. Je justifie cette dernière thèse en rappelant que le monisme est structurellement réducteur : il affirme l'unité d'une substance et nie les polarités. Pour le monisme, la substance est réelle, et les oppositions sont factices ; et je dis moi qu'elles sont les conditions de toute phénoménalité.

L'autodestruction du Système par lui même est à la fois un mal et un bien. La cité de Dieu veut être, et la cité terrestre veut être ; « il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. ». L'émanation est par nature une négation du Principe, et cette négation est bonne. « Dieu vit que cela était bon ». Et cette négation réside non pas dans un des pôles, mais dans la division. Et la réconciliation n'est pas la destruction d'un pôle, mais leur réunion polaire.

Appuyer une époque de rénovation des mondes sur la pensée de Heidegger est un risque, le risque de se désarmer à l'heure du péril. Car cette pensée est la pensée de l'interrogation fondamentale, de la fondation et de la contemplation ; et à l'heure de la rénovation, il faut non seulement une pensée fondamentale, mais aussi une pensée fondatrice ; non seulement une pensée de l'être, mais aussi du possible, de la volonté et de la puissance. Le Maître n'a pas seulement dit et contemplé ; il a voulu des pêcheurs d'hommes, il a institué des pratiques, il a fait siffler le fouet de cordes sur les marchands. A l'heure du péril, il ne suffira pas de réciter Holderlin pour faire croître ce qui sauve. Ce n'est pas étonnant à mes yeux que nos discussions reviennent sur Fénélon : car l'attitude passive, féminine, est comparable."abandon et détachement..." La philosophie ne peut être théorie pure et l'art art pour l'art ; la fin de la philosophie et la fin de l'art est la vie. La philosophie authentique est mode de vie, et l'art authentique la vie poétique. Le feu héraclitéen, le feu du mémorial de Pascal excède de partout l'ontologie fondamentale. La volonté de puissance excède l'Être. Sans milieu de vie, sans rites, sans calendrier, la vie spirituelle est un désert vain. La philosophie et l'art doivent de nouveau être vécus. Et la cité terrestre est mutilée si elle ne peut s'efforcer d'être une image de la cité céleste, séparée mais visible en elle.

Voilà, les amis, les fruits de mes efforts. N'y voyez pas condamnation. Mais l'action est à la portée de la critique, et doit être défendue parce qu'elle est un devoir, en tout moment cyclique.

http://encyclopediedusouterrain.blogspot.com/

Écrit par : LancelotVlad | vendredi, 05 décembre 2008

Errata. Désolé, qq fautes de frappe sur Jonas.

Écrit par : LancelotVlad | vendredi, 05 décembre 2008

http://agedefer.blogspot.com/2008/06/le-blog-exige-un-flux-continu-cest-une.html
les délices de l'âge de fer: Projet d'une Déclaration des devoirs envers l'être humain

Écrit par : anonyme | samedi, 06 décembre 2008

Je salue volontiers, LancelotVlad, l’effort consenti pour cette longue réponse, et ne veux pas rester sans marquer mon respect à l’égard de votre réflexion, quasi poétique par endroit, d’autant que vous avez souhaité placer cette dernière sous le signe d’une certaine « reconnaissance dans la démarche », reconnaissance que je vous accorde volontiers.

D’ailleurs, globalement, j’apprécie votre enthousiasme, et prends plaisir à la lecture de votre message. Cependant, vous l’imaginez sans doute, plusieurs aspects de votre intéressant exposé m’apparaissent extrêmement contestables, alors même que son ardeur visible me fait me remémorer des passions antérieures qui me furent chères, et qui sont loin d’être complètement éteintes. Je m’arrête donc simplement sur le point central de votre plaidoyer qui vous fait déclarer : «L'ennemi n'est pas en effet l'adversaire », vous appuyant sur une considération à l’égard du saint Augustin, auteur de « la Cité de Dieu », qui distingua avec l’ intransigeante rigueur que l’on sait, entre les deux forces irréconciliables : «je vois là non pas un monisme, mais bien les risques d'un dualisme principiel. »

Vous allez même plus loin dans votre credo unitaire, osant une singulière proposition : « …le Mal est un produit du Bien, comme une ombre. Il n'y a pas place dans cette perspective à une distinction entre distinction authentique et distinction factice, mais une division première fondatrice à laquelle les autres divisions s'analoguent à l'indéfini. » Pour vous, de ce fait : « Le Sage le plus haut, contrairement aux autres hommes, n'est pas obligé de combattre le Mal… » Vous rajoutez même : « Je dis moi, que le penseur supérieur n'a pas d'opinion, et n'a pas à se positionner, car il cherche la matrice des opinions, et que plus il s'en rapproche, et plus il est apte à percevoir les limites des positionnements et à en rendre compte. » Vous résumez enfin en une phrase votre pensée : « Le mal est en Dieu même si le repentir est en Dieu même. »

Bien. Autant vous le dire, mais vous vous en doutez sûrement, je suis en totale opposition avec ce genre de conception, que l’on retrouve chez un certain nombre de penseurs éminemment sympathiques (Nietzsche, Evola, etc.), mais dont la capacité à aborder l’exigence métaphysique fondamentale m’est toujours apparue relativement limitée. Pourquoi ? Tout d’abord pour avoir privilégié l’exaltation lyrique instinctive et l’énergie dynamique de l’élan vital sur le questionnement essentiel. Certes, d’autant lorsque cet enivrement surgit dans un esprit en son caractère encore non abîmé par l’usure de l’âge, il est toujours très exaltant de le voir vanter les puissances telluriques et la volonté de puissance, mais c’est vraiment faire peu de cas de la nécessaire interrogation effective des éléments propres de la réalité, je veux dire des éléments qui composent concrètement la réalité existentielle, livrée, comme un examen rapide nous le fait voir, à la mort, à la dégradation et la finitude.
Non, hélas ! ce monde, cette terre, les êtres en leur dimension charnelle, ne sont pas dans un état de perfection qui leur permettrait de participer du Principe. C’est une vue gratuite et fausse que de l’affirmer. La distance est immense qui sépare les pâles reflets d’un monde corrompu et mortel de la sainteté de la Divinité. Et, d’ailleurs, la plus importante de ces différences se situe d’abord au niveau de l’infection satanique qui domine en toutes les créatures depuis le sinistre moment où Adam se laissa séduire par la langue sifflante de l’Adversaire de Dieu. Depuis cet instant terrible, l’esprit et l’essence même de l’humaine nature ont été emprisonnés et sont devenus des esclaves du Mal. Bien sûr le Christ par son Sacrifice a vaincu Satan à la Croix, mais pour l’instant et jusqu’à l’heure du jugement, les forces du Mal livrent un combat contre le Ciel, parce qu’elles savent que leur condamnation est inéluctable et qu’il leur est promis comme destination éternelle le feu de la géhenne.

Voilà pourquoi saint Augustin expose la situation actuelle du chrétien en soutenant qu’en tant que disciple du Christ il est face à une décision qui le partage entre deux choix qui correspondent à deux vocations, à deux finalités, à deux perspectives, pour tout dire à deux cités, et il n’y a en cela nul dualisme mais engagement évangélique. Et ces cités, ennemies car elles se livrent une bataille incessante, sont dissemblables en tous points. L’une est dévolue à la glorification du Nom de l’Eternel et à la sanctification, pour leur infinie béatitude, de ceux qui le servent ; l’autre est consacrés spirituellement, car les démons sont aussi des esprits ne l’oublions pas, au triomphe des ténèbres obscures, à la domination sans partage de l’abjection, utilisant le mensonge, la contrainte et la peur, pour la satisfaction infecte et exécrable de l’Adversaire de Dieu.

Il n’y a pas, il ne peut y avoir d’union, de correspondance, de contact entre ces deux camps. Cependant, il y a séduction, attirance, fascination de la créature pécheresse, ceci en permanence, envers les fallacieuses ombres enchanteresses des régions maléfiques, qui lui fait accomplir des allers-retours constants le cours de sa vie terrestre. Dès lors il s’agit bien d’un combat dans lequel se trouve précipité le chrétien, non pas entre tel ou tel parti ou idéologie mondaine, mais entre les légions du Ciel et les légions de l’enfer.

A ce titre, non, cent fois non ! il n’est pas admissible d’affirmer : «La volonté de puissance excède l'Être », sachant ce que recouvre l’Être en sa plénitude infinie donatrice des grâces de la lumière incréée, et sachant ce que représente la puissance et qui la possède ici-bas, soit le Prince de ce Monde.

C’est pourquoi, « la Cité de Dieu » n’est pas un ouvrage anodin au sein de l’immense œuvre augustinienne, puisqu’il sera à la base de toute la doctrine de l’Eglise, traçant une sorte de ligne de conduite qui deviendra très vite l’orientation dogmatique fondamentale telle que définie ensuite par les conciles et reprise par les principaux Pères ; la théologie-politique augustinienne de l'histoire ayant effectivement eu un rôle essentiel en Occident et dans le développement des Ordres monastiques qui vinrent structurer et organiser le cadre temporel des chrétiens. Il importe donc d’apprécier à leur juste valeur les positions d’Augustin, et de comprendre en quoi elles intéressent toutes les périodes du christianisme présentant, depuis son origine jusqu’à son ultime finalité, la perspective historique et religieuse de l’humanité rachetée décrite en ces termes par l'apôtre Paul : « Nous regardons non point aux choses visibles, mais à celles qui sont invisibles; car les choses visibles sont passagères, et les invisibles sont éternelles. » (2 Corinthiens 4, 18)

Augustin mit en évidence le fait que la ruine de Rome, l’orgueilleuse cité païenne, revêtait en réalité un caractère providentiel car elle constituait un souverain rappel de la nature périssable et fragile de tous les biens terrestres et des civilisations humaines, qui ne sont que des pauvres édifices bien fragiles et misérables devant la gloire éternelle du Royaume ou « Cité de Dieu » , c’est-à-dire l’authentique patrie, le domaine céleste et éternel de ceux qui participent déjà, par la grâce de la foi, des réalités d’en haut et vivent dans le respect de la loi divine. Augustin écrira donc : « Deux amours ont donc bâti deux cités: celle de la terre par l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, celle du ciel par l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi », nous signifiant que la première « Cité », celle des hommes représentée par Caïn, fonde uniquement son bonheur sur la jouissance et la satisfaction des biens terrestres, alors que la seconde, la « Cité de Dieu », dont Abel le juste, l’innocente victime du crime fratricide, est l’emblématique figure, au contraire, n’attend son repos et son salut que de la contemplation des choses célestes.

Désolé donc, d’avoir à vous décevoir, mais la création ne fera pas intégralement retour au Principe, elle disparaîtra définitivement comme toute matière ainsi que l’explique l’Ecriture en particulier dans le livre de l’Apocalypse (aux chapitres 21 et 22 exactement). Ces deux chapitres présentent un bouleversement cosmique total : la création a disparu, les cieux et la terre ont été consumés par le feu, la mer n'est plus. (Apocalypse 21,1 - 21,4) mais aussi dans (2 Pierre 3.10,11,12). Elles ne reviendront même plus à l'esprit. Elles seront complètement oubliées (Esaïe 66, 17). Ceci vous expliquant en quoi L'apocastase n’est absolument pas, et c’est là que l’on peut repérer quelques évidentes traces de dualisme manichéen dans cette thèse déjà soutenue par plusieurs sectes gnostiques des premiers siècles chrétiens, « l’alliance du temps et de l'éternité » alors que le temps est une conséquence de la Chute, un signe de la mort et de la finitude, un symbole, comme l’espace, du pouvoir de Satan sur l'homme.

Rappelons ce que dit l’Apocalypse. Satan est condamné à la « seconde mort », c’est-à-dire à être englouti, à la fin des temps, dans « l’océan de feu » pour y être emprisonné à tout jamais : « Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clé de l’abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et il le lia pour mille ans. Il le jeta dans l’abîme, ferma et scella l’entrée au-dessus de lui , afin qu’il ne séduise plus les nations, jusqu’à ce que mille ans soient accomplis.(…) Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre ; leur nombre est comme le sable de la mer. Ils montèrent à la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel, et les dévora. Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. (…) Puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu. C’est la seconde mort, l’étang de feu. Quiconque ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l’étang de feu. ». (Apocalypse 20, 1-3 ; 7-10 ; 14-15.)

Cette « seconde mort », symboliquement représentée par « l’étang de feu », n’est pas un anéantissement, mais est l’expression qui désigne l’état éternel de réprobation et de retranchement de Satan et de ses légions, ce qui est très différent de l’accès au Plérôme et du retour à « l’Unité », on en conviendra sans peine, qu’imaginent quelques esprits enténébrés par un égarement doctrinal. Cette seconde mort, ceci est d’importance, est une condition définitive car en Dieu il n’y a nulle trace d’imperfection, de péché, d’obscurité ou de mal, et ne doit s’y trouver, pour l’éternité que la pure et virginale « Lumière » de la sainteté et de la Vérité.

Ainsi, le sage, vous le voyez, est loin d’être exempté de lutter contre le Mal, pour chercher l'Un ; au contraire il lutte durement et combat sans cesse pour s’approcher de l’Eternel en une pensée fondamentale, une pensée effectivement fondatrice, c'est-à-dire une pensée de l'Être, non du possible ou de la volonté de puissance, mais de l’indicible qui est ouverture transformatrice de l’esprit à la grâce d’en haut.

De la sorte, effectivement, « à l'heure du péril, il ne suffira pas de réciter Holderlin pour faire croître ce qui sauve », vous avez entièrement raison, à condition cependant de ne pas oublier qu'il faudra surtout impérativement penser à invoquer le Nom du Seigneur !

A méditer :

« Levez les yeux vers le ciel, et regardez en bas sur la terre! Car les cieux s’évanouiront comme une fumée. La terre tombera en lambeaux comme un vêtement, Et ses habitants périront comme des mouches; Mais mon salut durera éternellement, Et ma justice n’aura point de fin. » (Esaïe 51, 6)


« Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; en ce jour, les cieux et la terre passeront avec fracas. Les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. » ( 2 Pierre 3,10)

Écrit par : Zak | samedi, 06 décembre 2008

Je médite et je n'ai pas peur: ce jour-là rien n'empêchera plus la joie terrestre de mes années et la grâce ineffable de l'amour multiple de gagner le zénith de mon coeur. Car j'aurai habité mes demeures terrestres en y chassant divinement de l'être-là-en-elles le fantôme de Dieu.

Écrit par : X | samedi, 06 décembre 2008

Se distille la goutte
de la douleur,
se fane la corolle
brillante de l'illusion,
les invincibles, on les tue
par le silence.

aubes qui reviennent
couleur de perle,
et le cœur encore est vivant,
les murs blanchissent
et plus noirs se font les contours
des arbres, lors que de l'abîme
monte la lumière.

L'oubli est le plus grand ennemi,
mais si les dieux se sont montrés
sur ton chemin,
l'oubli est en déroute.

- Sais-tu ce qu'est l'âme ?
- C'est une partie du corps.
- Sans doute, mais dans cette partie
habitent les dieux.
- Quelle est la différence entre les dieux et les hommes ?

Le battement du cil
ouvre la digue,
et se précipite
l'eau du glacier.
L'image de joie
ne mourra pas :
le reste ne compte pas.

(G.Colli)

Écrit par : (G.Colli) | samedi, 06 décembre 2008

Zak,

Vous ne me décevez pas parce que vous m'avez (assez, je met cela amicalement!)bien compris. Juste un mot : bien sûr j'ai été lecteur de Nietzsche, mais il existe bien d'autres sources de ce que j'énonce, et cherche maladroitement à penser. Il serait plus décevant aussi de vous convaincre. Je pense qu'il est vain et prétentieux de polémiquer superficiellement sur des objets dignes de respect et de silence plutôt que de parole, et plus encore de vaine dispute. Je ne peux évidemment discuter très vite de votre argumentation ni philosophique ni scripturaire ; cela viendra en son temps si l'occasion s'en présente.
Je souhaite simplement que puisse réapparaitre le dialogue philosophique antique, autour de la philosophie divine, qui est celle du Christ. Et j'ai l'impression que c'est possible.

Je reste vigilant et à l'écoute, et je vous remercie
L.

Écrit par : Lancelot Vlad | samedi, 06 décembre 2008

Du bon usage du mot Dieu :


"Mon Dieu, si je n'existais pas,
vous non plus n'existeriez pas
puisque moi, c'est vous,
avec ce besoin que vous avez de moi"


"Dieu est une grande merveille. Etant tout ce qu'Il veut
Il veut tout ce qu'Il est, sans mesure et sans but "


"Dieu demeure dans une lumière où nulle voie ne mène : qui ne devient pas elle, ne le verra jamais de toute éternité"


"Sans jouissance rien ne subsiste
Sans jouissance rien ne dure, Dieu doit jouir de soi;
Sinon son essence comme l'herbe sécherait"


"Dieu joue avec le créé
Tout est un jeu que la Déité se donne;
La créature, elle l'a conçue pour son plaisir"

ANGELUS SILESIUS

Écrit par : Boulard | samedi, 06 décembre 2008

Encore une pincée :

"Dieu tient à moi autant que Lui m'est nécessaire,
Je L'aide à soutenir son être et Lui le mien."

"Je suis de Dieu l'image; s'Il veut se regarder,
Il ne le peut qu'en moi ou en qui me ressemble."

"Je ne suis hors de Dieu, ni Dieu n'est hors de moi ;
Je suis son lustre, sa lumière, Il est ma gloire."

ANGELUS SILESIUS

On saisit bien la différence entre un bon usage du
mot Dieu, et un mauvais usage (alibi pour se mortifier etc..)

Écrit par : Boulard | samedi, 06 décembre 2008

L'humanité est cette conscience qui ne se supporte pas elle-même d'être un commencement et une fin dans ce qui n'a ni commencement ni fin.

Écrit par : aux arpenteurs | dimanche, 07 décembre 2008

A Zak, entre autres...
La discussion philosophique est l'exercice le plus rare et le plus vivant de la philosophie authentique. La discussion réussie porte les mêmes difficultés que la lecture réussie d'une grande œuvre. La discussion philosophique par elle même fait advenir l'Être dans le réel vécu. Rare, car souvent, le penseur ne vit pas en même cycle que son lecteur. Et surtout, parce que les conditions d'une discussion véritable sont très rares.

Pour qu'une discussion véritable s'élabore, les personnes tissées à partir du Verbe doivent s'enraciner dans un Univers commun, ou être curieux d'univers.

Tout d'abord, une indéfinité de textes peut faire légitimement référence au même objet de discussion. Cela peut paraître contradictoire avec des affirmations antérieures ; mais pas vraiment si la polarisation produit des attracteurs, en lesquels des êtres de même espèce se lovent de manière analogue, comme le Serpent, comme un lit peut être habité, dans un hôtel, par mille et mille destins de passage. Disons que le même objet de discussion ne désigne pas un singulier unique, mais une classe de particuliers analogues.

Ensuite, le texte contient de manière implicite et immanente une position quant à la vérité : ainsi cette position sera-t-elle très différente dans un roman et dans un rapport d'enquête. La vérité dans le roman est la cohérence interne et la réalité de l'attribution à l'auteur ; ainsi un texte faux sera un plagiat ou une mauvaise traduction, ou encore le texte authentique mot à mot mais lu, comme au théâtre, de manière fausse, comme quand un musicien joue faux. La vérité dans le rapport est référentielle, peut importe la personne qui l'a écrit. La position quant à la vérité est implicite dans le texte, dans sa forme et sa présentation ; on accepte un roman de présentation fantaisiste, mais une thèse universitaire revendique sa véracité par l'austérité.

Ainsi le tissage du texte produit-il son concept de vérité, et un malentendu sur ce concept est parfaitement vraisemblable. Simone Weil, dans sa "lettre à un religieux", 24 dit que la vérité du Dogme est d'ouvrir les portes du ciel, comme le voile du Temple, qui indique et qui voile ; et que cette vérité là ne doit pas être confondue avec une vérité d'ordre physique, comme "Salazar est vivant", d'autant plus qu'il est mort.

L'usage dogmatique des dogmes revient à l'usage de Tartuffe, de faire du texte mystérique, paradoxal par essence par référence au "bon sens", au sens "objectif", un moyen de pouvoir et de domination. En effet, le paradoxe permet d'ordonner la soumission pure et simple si on le prend comme une vérité physique : je dois croire ce que je ne puis comprendre, car je suis dominé. Je dois perdre confiance dans mes moyens, perdre tout critère, abandonner dans ma raison au sens transcendant, et me remettre pieds et poings liés au magistère ; et seul l'orgueil expliquera et culpabilisera ma perplexité. Le dogme ainsi instrumentalisé comme arme de l'Âge est une figure de la double contrainte. Les dénonciateurs de la religion ne sont le plus souvent que des caricatures de cette caricature d'époque.

Le paradoxe du Dogme est le reflet de son contenu, dynamique et contradictoire, qui doit me pousser à engager le combat spirituel en me faisant sortir des illusions du monde quotidien, normal, et pourtant construit et vidé par la préoccupation vitale ; le dogme est la porte de la gnose. En le posant comme une vérité physique, on me permet en fait de n'habiter que le monde ordinaire et de faire par fêtes une excursion sécurisée dans l'extraordinaire, rendu incompréhensible donc inaccessible, définitivement étranger au monde ordinaire. Il ne reste plus après qu'a le supprimer dans ses symboles et dans ses rites devenus incompréhensibles par ceux là même qui doivent les conserver et les accomplir, sans parler des autres.

Et cet usage du Dogme comme moyen de puissance est un élément du Système ; le lien aux Abîmes se ferme ; l'Âge de fer s'affirme par ses prétendus ennemis que sont les fondamentalistes littéraux. Ceux-ci ferment les voies du Paradis et de l'Enfer, autant que les philosophes matérialistes, et leur œuvre s'en distingue peu.

Car la vérité est que chaque parcelle des mondes est un reflet de l'Être, et porte l'unité, la vérité et la beauté, à l'œil qui sait voir. Et que chaque instant peut être braise, et feu, et non pas cendres, et production et consommation matérielles. La distinction entre le temps ordinaire, le monde ordinaire et le "Grand Temps"n'est que lâcheté indispensable à la survie humaine ; l'exigence absolue envers soi-même est de refuser l'ordinaire, non pour l'extraordinaire, mais pour la cime ou l'abîme-la vie ou la mort.

La méditation quotidienne de la mort, de sa mort, imaginée, vue et vécue dans ses tourments les plus concrets, dans sa face éperdue, paralysée et grimaçante, est ce délice qui cabre la puissance de l'âme, comme une puissante monture des ténèbres, au dessus des espaces terrestres. Le macabre est une discipline de saveur de l'âme.

Deuxième obstacle : un même texte peut avoir plusieurs références, et donc être à la fois vrai et faux selon l'Univers où il s'enracine et prend son sens. Debord dit avec raison que dans le Système, "le vrai est un moment du faux général" ; ou encore, une information exacte peut être l'argument d'un mensonge. Cela est vrai au delà des mots, pour les images, ou mille autres signes de la semiosis générale. Je donnerais comme exemple l'usage mécanique de Thomas d'Aquin, très éloigné de la vérité de l'effort de totalisation d'une vision de Thomas, et qu'il a qualifié lui même de "paille". Utiliser Thomas comme machine à argumenter et à nier est ignorer son entéléchie brûlante, ascendante, et incarnante, ignorer la masse de Thomas, ses affirmations de la conservation terrestre du Paradis terrestre, ou encore que le plaisir de l'amour des sexes était supérieur avant le Péché : ignorer que Thomas est homme de nôtre âge, incarnant la puissance sacrée dans tous les aspects de la vie humaine comme une totalité encyclopédique, un puissant désir de savoir et de totalité, d'assimilation-et l'énormité de son corps n'est pas contingente.

Thomas est le désir terrestre de Dieu ; un fruit de son époque, une époque de moisson, et un automne mélancolique et plantureux des mondes où la quête de la Sagesse, de plus en plus obscure et hors de portée, était, de l'avis unanime des hommes nobles, le destin même de l'homme noble ; et où cet avis créait un marché de la philosophie. Nous autres vivons l'hiver, et sommes bien loin de comprendre la puissance de ces temps pourtant proches.

Il est un autre exemple de ce mal, dans la lecture des textes sacrés ; les savants préoccupés de philologie et d'exactitude physique se croient dédouanés de l'usage des commentaires anciens, et en arrivent à s'aveugler absolument sur le sens du texte dans son Univers de naissance et de croissance. En effet, j'ai lu dans un dictionnaire universitaire éminent, catholique et encyclopédique de la Bible en un très fort volume, et fort récent, que ni le Cantique, ni l'Ecclésiaste, n'avaient vraiment leur place dans le Texte, étant "profanes", et que leur intégration avait des "causes historiques". A ce point, il est clair que la discussion ne peut trouver son sol, ni ses racines.

Enfin la discussion en général, où la lecture, peut s'arrêter à "l'art d'avoir toujours raison." Soit en effet l'auditeur ne conserve que des fragments utiles à renforcer son entéléchie, et croit comprendre et partager ce qu'il entend tout en n'y entendant rien, c'est à dire qu'il démembre et éviscère ce qu'il reçoit et s'en nourrit, soit encore la discussion et ses arguments ne sont que la forme d'un affrontement, qui suit alors les règles de l'affrontement, et non plus les règles de la discussion. Dans ce combat les plus hautes paroles deviennent des moyens des vanités, et toute vie supérieure fait alors défaut.
Le plus souvent on ne parle pas, ou on parle avec soi même ; la haute figure de l'Autre est ainsi un fantôme ténu que l'on évite, un être d'une substance d'obscurité.
Parfois même, comme l'atteste l'autobiographie d'Ignace de Loyola, est-il un démon familier et silencieux, immobile dans les silences et les abîmes de l'âme. On le trouve aussi dans d'autres textes :

"«[…] un démon d’aspect […] infernal était sans cesse à ses côtés sous la forme de son frère.»
James Hogg, Confession du pécheur justifié (Gallimard, coll. L’Imaginaire, 1987), p. 58."

Seul l'être porteur d'abîmes peut réellement ouvrir son âme à l'Autre, car il est lui même puissance, nœud dynamique d'opposés, et donc capable d'assimiler, comme le Serpent Dasypeltis, des formes et des entéléchies étrangères.

Enfin il y a l'objection de Nietzsche, qui est plus ancienne que son nom. On soutient que toute grande pensée est l'expression de la biographie de son auteur, et donc n'est qu'un masque qu'il faut interpréter. Cela clôt la discussion, puisqu'on ne peut parler alors des mêmes objets ; on prend de plus une position de supériorité avec aisance, le grand style psychanalytique. Cette objection est à rejeter pour le texte comme pour la musique ; chaque morceau s'enracine dans une idiographie mais s'exprime par des structures qui ne sont possédées ni produites par âme qui vive. Reste une passion de la pensée, un désir, une chair qui font le style.

A ce titre cependant je ne dirais qu'une chose, c'est que le phylum qui me porte porte aussi les contradictions des combats et des cendres, que j'ai entendu les combats et les cendres, et que je n'ai su quoi faire de toute cette douleur. Je n'ai su que faire de ces danses macabres des rives odorantes de la mer aux forêts de l'Est. Il me reste le mythe d'Odin, éborgné, une nuit infinie pendu sous Yggdrasil comme forme implicite de l'amour de Dieu. Il me reste que l'homme ignore la justice, connaît la douleur, le deuil et l'amertume mais ne doit pas renoncer ; que quand la guerre à mort surplombe une époque, la ligne de démarcation n'est pas entre les combattants, mais entre les combattants et les autres ; que le passé est cendres, qu'il ne mérite ni pitié ni tendresse.

Celui qui m'a bien compris sait alors que nos textes ne sont pas incompatibles. Le texte est entouré, déterminé, porté par tout ce qui n'est pas lui et plus que lui. Le texte ne reflète que spéculairement, et non face à face, l'objet de ses soins, de son désir et de sa mélancolie. Par analogie, le spectacle est vide à qui vit la vie dans les mondes. L'effort pour saisir l'objet, cette lutte avec l'Ange, aussi dure que les luttes humaines, est plus que le texte. Le texte est cet étrange labyrinthe de cendres, issues des hautes cimes de l'esprit. Le mémorial de Pascal est moins que le Feu qui l'habita.

A titre de joute, de jeu qu'on ne saurait négliger sans excès de sérieux, j'ajoute que de manière analogue l'être n'est que cendres par rapport à ce volcan dont veut rendre compte le nom de Tout-Puissant.

L'objet de mes soins est la guerre métaphysique. Et cela est comme les longs fleuves de l'amour, un réseau qui ne peut finir. J'y reviendrais.

Écrit par : LancelotVlad | mercredi, 10 décembre 2008

@ LanceloVlad : la polysémie de sens est légitime si l’on parle de textes littéraires profanes, mais pour le texte sacré, en admettant qu’on lui accorde un caractère révélé d’origine non-humaine, c’est-à-dire Divine, les niveaux de lecture ne se contredisent jamais et disent tous la même chose, certes de façon différente mais toujours convergente. On dénombre traditionnellement quatre niveaux de lecture de l’Ecriture selon les Pères, à savoir le littéral, le figuratif, le symbolique et l’eschatologique (ou prophétique). De ce fait il est fort délicat de faire intervenir des éléments subjectifs dans l ‘interprétation des idées centrales de la Révélation (Incarnation, Résurrection, Jugement dernier, etc.), je vous cite : « un même texte peut avoir plusieurs références, et donc être à la fois vrai et faux selon l'Univers où il s'enracine et prend son sens ».
Or non, le problème est que le discours révélé ne peut être à la fois vrai et faux en ce qui concerne les fondements axiaux de la perspective spirituelle.
Il n’est pas vrai et faux par exemple que Adam ait été déchu, il n’est pas vrai et faux que le monde fut noyé lors du déluge, etc.
A ce titre donc, il est positivement incontestable que la création, frappée par un terrible principe non de puissance (bien illusoire et fragile d’ailleurs) mais de dégradation et de mort, soit dévolue à la disparition et qu’elle n’est pas destinée à une quelconque union entre le visible et l’invisible, entre le temps et l’éternité, l’espace et le Royaume inaccessible.
Les phrases citées par Zak possèdent ainsi un sens qui heurte une sensibilité moderne qui aimerait, avec légèreté et aisément, pouvoir réaliser l’union des contraires, mais il en est pas ainsi, et l’on ne peut faire comme si certaines lignes n’avaient pas été écrites et ne se trouvaient pas dans la Sainte Ecriture – et lorsqu’elles s’y trouvent, il ne s’agit plus de raisonner ou de vouloir interpréter, mais de croire, surtout lorsqu’elles sont d’une évidente clarté : « … les cieux et la terre passeront avec fracas. Les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. » ( 2 Pierre 3,10)

Écrit par : Lozère | mercredi, 10 décembre 2008

Très beau texte de Zak, et quel heureux rappel dans cette note de ce que signifie la pensée authentique, ceci à l'encontre des avocats du concept : "Ainsi, la question « qu’appelle-t-on penser ? » signifie plutôt : qu’est-ce qui nous incite à penser ? qu’est-ce ce qui nous appelle à penser ? qu’est-ce qui nous donne à penser ? Et ce qui donne le plus à penser, c’est le « Penser » lui-même : das Bedenkliche. Heidegger pourra donc affirmer, ruinant définitivement les présupposés évolutionnistes et subjectivistes si caractéristiques du nihilisme philosophique contemporain : « A l’aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept »"

Il était bon que cela soit rappelé - on comprend beaucoup mieux dès lors les l'orientation métaphysique de l'ontologie fondamentale, y compris, finalement, d'un Alphonse de Chateaubriant.

Écrit par : Goémé | mercredi, 10 décembre 2008

On soulignera Goémé, que la non-pensée, généreusement génératrice jusqu'à l'écoeurement de concepts, c'est précisément la définition même de ce qui caractérise le nihilisme.

Écrit par : Xavier | jeudi, 11 décembre 2008

Je connais les quatre sens traditionnels de l'écriture, et n'ignore pas qu'ils ne doivent pas se contredire. Le vrai et le faux cependant n'apparaissent que dans la perspective de l'interprétation ; ainsi l'Être est vrai, bon et juste, mais peut n'être pas jugé tel. Je dis simplement que la fermeture de l'interprétation, la réduction au littéral est un élément du nihilisme, et non de la compréhension divine. Et que dites vous de Genèse, les affirmations répetées de la bonté de la création? Tout fut par lui, et rien de ce qui fut, fut sans lui? Bien sûr le monde éphemère disparaitra, mais celui qui a regardé les lys des champs n'en sera pas attristé. le sens du Livre comme l'amour de Dieu sont inépuisables et naissent entre le Texte et le lecteur.
Vous jugez, et bien légèrement que je cherche la facilité de l'union des contraires ; j'affirme moi que je cherche à appliquer les paroles du Christ. On ne peut faire comme si certaines lignes étaient écrites et d'autres non ; on trouve aussi l'Ecclésisaste, ou le Cantique. Je veux éviter la satisfaction et l'orgueil de celui qui croit en avoir terminé, avoir compris, pouvoir condamner sans s'interroger. "ne jugez pas...et que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre". Que pensez vous de Simone Weil? Et d'Henri Corbin?
Lancez donc!

Écrit par : lancelotvlad | jeudi, 11 décembre 2008

"Que pensez vous de Simone Weil? Et d'Henri Corbin?", pour être franc pas grand chose d'extraordinaire. Je ne reviens pas sur ce qui fut exposé à propos de l'un et de l'autre concernant leurs erreurs patentes ici même dans deux notes récentes auxquelles je vous renvoie et qui m’apparaissent avoir suffisamment mis en lumière les incohérences manifestes et les limites de ces deux penseurs.

Pour le reste vous prétendez ne pas chercher l'union des contraires, soit. Mais c'est pourtant ce qui ressort nettement de vos phrases, qui mélangent allègrement un néoplatonisme de bon aloi avec la perspective évangélique : « Tout est issu de l'Un et retourne à l'Un ; et la pensée de l'Un est la pensée de l'Unité. Ainsi, le Mal est un produit du Bien, comme une ombre. Il n'y a pas place dans cette perspective à une distinction ». C’est très aimable ce bon discours, mais ce n’est absolument chrétien !
Le Mal ne vient pas du Bien, ne vient pas de Dieu car le mal n’a pas d’existence en soi. Vous confondez nettement la possibilité du mal et sa nature dans votre pensée. Dieu n’a pas créé le mal, mais il permet le mal, c’est totalement différent. Si Dieu avait exclu la possibilité du mal, les anges et l’humanité entière seraient en train de servir Dieu par obligation et non par choix. Dieu permit la possibilité du mal pour que nous ayons une authentique libre volonté de choisir de le servir ou non. Or nous savons ce qu’il est advenu de cette libre volonté, aujourd’hui disparue puisque nous sommes esclaves du péché.

Ainsi, montrant votre importante confusion, vous soutenez : « Le mal est en Dieu même si le repentir est en Dieu même ». Non ! Vous confondez une nouvelle fois, l’hésitation à la sanction en Dieu fruit de sa miséricorde, avec la volonté de nuire. C’est une grave erreur de psychologisation de la pensée divine.

Vous poursuivez dès lors par des affirmations non moins inquiétantes : « Le Sage le plus haut, contrairement aux autres hommes, n'est pas obligé de combattre le Mal, car du combat contre le Mal, posé comme voie de l'ennemi à exterminer, naît sans cesse du Mal. Ainsi la guerre contre le terrorisme multiplie les crimes,le sang et les larmes... le penseur supérieur n'a pas d'opinion, et n'a pas à se positionner. » Là on est en pleine démission spirituelle, car si nous n’avons pas à combattre le Mal en nous et hors de nous, je ne vois pas bien quelle est le rôle du chrétien en ce monde ? C’est oublier le caractère dramatique de la lutte constante du chrétien : lors du baptême - et du renouvellement des promesses de son baptême, le baptisé "renonce" en effet à Satan et professe sa "foi au Christ". Le prêtre ajoute que le démon "veut le mal" et que nous devons lutter contre lui, Dieu permettant son action uniquement pour la purification et l’humilité de ses serviteurs. L'existence chrétienne est donc une lutte sans relâche, au cours de laquelle sont utilisées les "armes" de la prière, du jeûne et de la pénitence. Rappelez-vous ce que nous dit l’apôtre : « Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l'armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manoeuvres du diable. Car ce n'est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C'est pour cela qu'il vous faut endosser l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en oeuvre, rester fermes.
Tenez-vous donc debouts, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l'Evangile de la paix; ayez toujours en main le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais; enfin recevez le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu. » (Ephésiens 6.10-17)

Ces lignes sont d’une grande importance et ne sont pas à interpréter en les filtrant dans le tamis aux larges espaces d’un subjectivisme prompt aux conciliations complaisantes et aux accommodements fantaisistes produits par nos facultés fragiles et dévoyées, passant gentiment sur votre expression fantaisiste : "L'usage dogmatique des dogmes", comme si un dogme était autre chose qu’une doxa. D’ailleurs c’est précisément par l’orgueil de notre pensée, notre sentiment d’en savoir plus que l’Ecriture ou le Magistère et surtout par nos séductions intellectuelles, que nous sommes l’objet des assauts de l’Adversaire.
Ceci explique les sages conseils de Tauler qui ne doivent pas être négligés, d’autant en une période où le séduisant enivrement narcissique est en train de constituer une société de fats indigents tout émerveillés d’eux-mêmes et qui se réveilleront, sous peu, avec une puissante gueule de bois qui sera d’une sévérité rigoureuse car l’on ne se moque pas de Dieu et de ses lois impunément : « L'homme doit faire comme on fait dans une ville assiégée. C'est à l'endroit où l'armée assiégeante a le plus de force d'attaque et où la défense de la ville est plus faible, qu'on se garde particulièrement. Si on ne le faisait pas, on perdrait la ville. C'est ainsi que l'homme doit considérer avec beaucoup de vigilance de quel côté l'Ennemi attaque le plus souvent, où sa nature est le plus faible, en quoi cette faiblesse consiste particulièrement et c'est sur ce point qu'il faut une garde plus vigilante. » (Jean Tauler, Sermon 35)

Écrit par : Lozère | jeudi, 11 décembre 2008

@ Lozère : Connaissez-vous cette sentence : "Je suis comme un homme assis sous un grand arbre et qui voit venir à lui beaucoup de bêtes sauvages et de serpents. Chaque fois qu'il ne peut leur résister, il court monter dans l'arbre et il est sauvé. C'est ce que je fais, moi aussi : je suis assis dans ma cellule et j'observe les mauvaises pensées qui m'assaillent et quand je défaille devant elles, je me réfugie en Dieu par la prière, et je suis sauvé de l'Ennemi."

Sentences des Pères du désert, Jean Colobos, 12

Écrit par : Sylvain M. | jeudi, 11 décembre 2008

Non je ne connaissais-pas cette sentence Sylvain, mais je médite souvent ce passage si précieux de l'Imitation :

- "Combattez comme un généreux soldat, et si quelquefois vous succombez par fragilité, reprenez un courage plus grand, dans l'espérance d'être soutenu par une grâce plus forte; et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l'orgueil.
C'est ainsi que plusieurs s'égarent et tombent dans un aveuglement presque incurable.
Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d'eux-mêmes vous soient une leçon continuelle de vigilance et d'humilité."
[Imitation de Jésus-Christ, L. III, chap. VI]

Écrit par : Lozère | jeudi, 11 décembre 2008

@ Lozère : Ah ! on vous retrouve bien dans votre réponse à LancelotVlad avec la sévérité coutumière qui accompagne généralement vos commentaires sur les questions religieuses. Je ne m'attendais donc pas à vous voir très enthousiaste (c'est le cas de la dire...) sur une question touchant de trop près à la métaphysique ; science trop spéculative à votre goût sans doute. J'ai ainsi l'impression qu'il y a interférence entre deux niveaux de discours - pour le reste, certes, la lutte contre le Mal n'est pas à prendre à la légère.

Écrit par : Xavier | jeudi, 11 décembre 2008

Une précision, LancelotVlad exprime son expérience dans un langage dont les termes sont utilisés en un sens mythique, symbolique, dialectique, et métaphysique comme c’est d’ailleurs le cas dans le langage de l’Ecriture Sainte et de la théologie négative. Dans ce contexte, l’affirmation que Dieu puisse avoir de la « Ténèbre » en Lui, pour être surprenante et déconcertante, est au moins resituée dans le sens où la divinité implique, selon une longue tradition parfaitement légitime, une négation de la négation qui se trouve à la fois dans la réalité divine et dans le discours humain. Dieu est en effet réellement négation de la négation, « negatio negationis », ou encore, selon les sermons allemands d’Eckhart « versagen des versagennes », parce qu’il peut, dans l’infini suréminent qui lui sert de couronne, englober de nombreux éléments qui participent de la réalité, même la plus éloignée, la plus étrangère à Lui.
En ce sens, et d’un point de vue métaphysique, toutes les créatures ont en elles-mêmes, possèdent en leur fond, une négation et une affirmation : l’une nie être l’autre … Mais Dieu, dans son originalité « sur-ontologique », a une négation de la négation qui lui est propre, qui lui appartient à Lui seul selon un mode surnaturel incomparablement plus haut et supérieurement insaisissable. De ce fait, il est « Un » et n’est rien de ce qui est, il est l’Être, et nie en même temps toutes choses sachant qu’aucune n’est hors de Dieu mais qu’aucune, paradoxalement, n’est en Lui. C’est là toute la subtilité théorique et doctrinale de cette question si difficile à comprendre sur le plan purement humain et à l’aide des facultés appuyées sur la logique réduite du tiers exclu.
De la sorte, la négation de la négation n’est autre que l’affirmation si souvent rappelée par Duns Scot ou Scot Erigène : « l’authentique négation est une pure affirmation». Ce rappel éclaire le sens de la transcendance divine nous amenant, avec une délicatesse intellective subtile, à comprendre que la transcendance de l’Un est, verbalement et concrètement pour nous sur le plan de notre immédiate réalité, négation. Selon la sentence scolastique bien connue : « sed in significato, cum sit negatio negationis, est mera affirmatio. »

La négation de la négation est d’ailleurs à un tel point « purissimae affirmationis », que le résultat du procédé dialectique suivi par l’homme est précisément la reconnaissance de la plénitude ontologique de Dieu qui peut aller jusqu’à la découverte saisissante, et parfois effrayante, de sa non substance excessive et vertigineuse, ce qui exclut donc dans le rappel de cette dimension si peu entrevue de la Divinité, tout nihilisme.

De la sorte, nier que Dieu soit seulement uniquement « Bien », ne signifie donc pas en diminuer l’être ou le lui retirer, mais plutôt, ce qui peut étonner, l’en augmenter et le lui attribuer.

Et on peut en dire autant, si l’on y réfléchit un instant, de la réalité du monde considérée comme un néant : « hoc dicendo non destruimus esse rerum, sed constituimus » - ce qui exclut totalement non seulement le nihilisme déjà écarté, mais aussi le panthéisme souvent sous-entendu par quelques esprits un peu étroits. Comme on pourrait le vérifier par une enquête appropriée, circonstanciée et consciente des problèmes relatifs aux concepts ici mobilisés, l’analogie, le symbole, la dialectique, l’affirmation-négation, sont d’une essence nous faisant accéder aux vérités éternelles bien mieux que les réflexions purement réitératives et impératives.

En conclusion, l’audace métaphysique, même s’il est normal d’en corriger quelques aspects excessivement unificateurs oublieux de la dimension singulièrement perverse du Mal, et de mettre en garde contre certains de ses appels à une « volonté de puissance » dont j’ai déjà dit le caractère problématique, cette audace métaphysique doit cependant être nécessairement préservée. Et puisque la dernière note portait sur le questionnement de l’auteur de la « Réponse du Seigneur », je rappelle volontiers ce qu’il disait du mystère de Dieu dans l’âme et de ce que cette âme doit accorder comme liberté d’amour chez ceux qui se sentent aspirés par le Divin :

- « Ma vie, semblable à un iris solitaire poussé sur le bord du grand fleuve du temps, donne aujourd'hui sa fleur, sur laquelle, comme dans les légendes, est écrit le secret que la souffrance a tiré de moi. Quand nous adorons Dieu, c'est l'amour de Dieu que nous éprouvons, c'est son amour que nous reflétons. Celui qui aime est celui qui laisse aimer Dieu. » (Alphonse de Chateaubriant)

Écrit par : Zak | jeudi, 11 décembre 2008

Très heureux rappel doctrinal de Lozère : "Le Mal ne vient pas du Bien, ne vient pas de Dieu car le mal n’a pas d’existence en soi. Vous confondez nettement la possibilité du mal et sa nature dans votre pensée. Dieu n’a pas créé le mal, mais il permet le mal, c’est totalement différent."

Écrit par : Sulpice | vendredi, 12 décembre 2008

Par ce mot je veux répondre aux remarques de Lozère et de Xavier.

Je tiens aussi à remercier Zak pour la charité de son interprétation et pour la la sympathie, au sens étymologique, dont il fait preuve vis à vis de mes erreurs. J'en ressens vivement tout la valeur. Car je reconnais bien volontiers être maladroit, estimant que ce qui est exprimé ne peut être complètement digne de l' « hupokeimenon », du « jacent au fond », du sujet, qui dépasse par essence toute parole humaine, et tout signe. Par contre, je ne pourrais en conscience reconnaître être nihiliste, puisque pour moi le monde n'a jamais été désenchanté, et c'est bien cette puissante certitude intime qui m'a mené à la pensée : décrire, justifier et défendre la splendeur du mystère jacent au fond de toutes choses, comme dans l'Ecriture.

Je précise enfin que je n'ai pas de prétention à être une autorité théologique, et que Zak interprète correctement les choses en parlant d'un aspect poétique ; il s'agit aussi de rendre compte d'une expérience. Une grosse erreur est de mon fait, comme je l'ai signalée, mais de manière trop allusive et je m'en excuse : il ne s'agit pas de dire « le mal est en Dieu, même si le repentir est en Dieu même » mais « le mal est en dieu si (condition)le repentir est en Dieu même », dans le contexte du livre de Jonas, où il est écrit que « Dieu se repentit »(de sa décision de détruire Ninive). En clair, je voulais dire dans ce strict contexte que le texte pointait cette possibilité, et pas du tout affirmer que le mal est en Dieu de toute manière, même si Dieu se repent, ce qui est j'en conviens une énormité sur tous les plans.

« Fait-tu bien de t'irriter? »demande Dieu à Jonas. Et je me suis irrité moi-même. Je connais la formule du Confiteor. J'ai trouve certaines remarques raides et sèches et surtout peu attentives au fond. Je ne nie nullement le péché, et je ne veut être ni naturaliste ni panthéiste. Qui, quand on lui demande du pain, donnera des pierres? J'ai eu l'impression...Voilà.

Je ne veux pas non plus polémiquer sur le fond. Cependant là il me semble que je peux relever des positions qui me paraissent excessivement raides et peu conformes à la plus ancienne tradition du Christ et de l'Eglise. De plus, il ne faudrait pas utiliser Heidegger comme un penseur hostile au concept. Que le concept doive être dépassé est un fait ; et qu'il ne soit en fait que spéculaire et en énigme, c'est ce dont je suis convaincu ; mais le dépassement du concept, la percée, ne peut se faire sans un travail conceptuel préalable, au risque de tomber dans l'arbitraire. Condamner abruptement le travail conceptuel me fait penser à l'oiseau qui trouve que ses ailes ralentissent son vol.

J'ajouterai que j'ai choisi d'apporter au débat non pas mes avis, mais des citations de Heidegger et des citations de la tradition. Je suis bien conscient qu'il ne faut pas tout mélanger ; je place donc Heidegger en premier à titre d'introduction ; ensuite des citations sur la créature ne tant que deuxième Livre dans la Tradition ; enfin des citations sur les sens de l'Ecriture, avec des remarques défendant l'idée qu'en droite pensée, le sens spirituel, le plus élevé, est le principe et l'ordonnateur par analogie de tous les autres, et donc que la complétude du sens littéral lui même ne peut advenir sans intelligence spirituelle des mystères du Texte sacré.

J'annonce ici enfin que si possible je n'aborderais plus ces sujets, qui ne peuvent être trop discutés sans risques ; car l'objet de mon intervention sur le texte de Zak est autre. Il s'agit non pas de discuter du contenu de la foi, mais de la guerre métaphysique. C'est sur ce sujet que je crois pouvoir dire être en accord sur le fond avec Zak quand à la nature de cette guerre. La discussion porte à mes yeux sur la stratégie. Et j'y reviendrais, à la lenteur de mes moyens.

Commençons donc :
Sur l'importance du travail conceptuel fondamental je me refère aux « problèmes fondamentaux de la phénoménologie » de Heidegger. Sur la nature de ce travail d'abord, rendu urgent face à l'idéologie moderne :

« La consistance des problèmes fondamentaux issus de la tradition philosophique garde aujourd'hui encore une stabilité et une efficace telle que l'on ne saurait surestimer les effets de cette tradition. Il en résulte que toute élucidation philosophique, si radicale soit-elle en recommençant à nouveaux frais, demeure pénétrée de concepts reçus en héritage et par conséquent d'horizons et de perspective également reçus ; il n'est pas du tout certain que ces derniers proviennent originairement et authentiquement du domaine ontologique et de la constitution d'être qu'ils prétendent concevoir. L'interprétation conceptuelle de l'être et de ses structures, c'est à dire la construction réductrice (au sens de la réduction phénoménologique note de L) implique nécessairement une destruction autrement dit une dé-construction critique des concepts reçus, qui sont d'abord nécessairement en usage, afin de remonter aux sources où ils ont été puisées. C'est seulement par cette destruction que l'ontologie peut s'assurer phénoménologiquement de la pleine authenticité de ses concepts. »

L'idéologie moderne est basée dans ses multiples variantes sur une structure ontologique commune, qui est l'ontologie de la chose, selon laquelle seule la chose, l'être déterminé sensible, singulier, peut être dit « être » au sens plein, et tous les autres étant ne peuvent être dit être que par ressemblance, homonymie ou analogie à la chose. De ce fait, l'ontologie des nombres, des signes, des relations, des images, sans parler des mondes spirituels, devient impensable et renvoyée à l'irréalité, comme dans l'expression « économie réelle » qui parle de choses réelles par opposition à la sphère financière, dont l'être ne peut être pensé dans cette idéologie. Pourtant tout ce qui est n'est pas une chose et n'existe pas selon la modalité de la chose.

D'où la volonté de construire une ontologie incompatible avec l'idéologie moderne, une ontologie de la relation et de la puissance, où ce qui apparaît comme singulier dans l'ontologie de la chose est décrit comme la polarité d'une relation dans un ensemble. Construire, car la philosophie est un travail de l'esprit humain, et donc possède une liberté, un espace de jeu et d'interprétation.
C'est en quelque sorte une destruction expérimentale de l'ontologie moderne, celle qui par exemple produit le nominalisme, le libéralisme individualiste, l'idéologie du contrat social...le projet étant la construction d'une contre Encyclopédie.

Je donne une autre citation du même cours, qui est plus polémique :

« Mais l'opposition qu'une pensée dresse à l'encontre de l'opinion habituelle mène-t-elle nécessairement à la négation pure et au négatif? Cela n'arrive en réalité (mais alors de façon inéluctable et définitive, c'est à dire sans aucune échappée libre sur autre chose) que si l'on pose au préalable que cette opinion est « le positif » et qu'à partie de ce positif on décide absolument et négativement à la fois du champ des oppositions que l'on pourra rencontrer. Une telle manière de faire dissimule le refus d'exposer à une telle réflexion ce qu'on a estimé au préalable positif, ainsi que la position et l'opposition pour lesquelles il se croit sauvé. Par une référence constante à ce qui est logique, on donne l'apparence de s'être engagé dans la voie de la pensée, alors qu'en fait on l'a abjurée ».

Passer de la collection de singuliers incompatibles à la polarisation d'un tissu unique, c'est me semble-t-il ouvrir une compréhension humaine, mais plus profonde, de la Trinité. Et selon Saint Bonaventure entre tant d'autres, la Création est vestige de la Trinité. J'en viens donc à la tradition très ancienne de la création comme deuxième Livre. Je cite à nouveau la gloire des lys des champs. Je précise à priori que le péché n'est pas un argument contre cette tradition, car le Livre est ouvert pour l'homme pécheur ; et aussi, que les vestiges du péché eux même racontent la Gloire divine. La fermeture du deuxième livre vient de la vision du monde comme nature à exploiter, ressources, utilité ; c'est cette posture humaine qui aveugle sur les signes qui dans la création, sont présent à qui a des yeux.

Une citation ouvre le « Moyen Âge », nom péjoratif d'une grande époque d'Univers chrétien :

« « Je ne suis pas digne de dénouer la lanière de sa chaussure » (la chaussure du Verbe, c'est sa chair, celle qu'il a assumée). On peut aussi dire que la chaussure signifie la créature visible et l'Ecriture sainte, en laquelle il a laissé comme l'empreinte de ses pieds. La créature visible ne effet, est le vêtement du Verbe, puisqu'elle le fait ouvertement connaître en manifestant sa beauté ; la sainte Ecriture est devenu aussi son vêtement, puisqu'elle contient ses mystères. De ces deux réalités- créature et Ecriture-le précurseur s'estime indigne de dénouer la courroie, autrement dit la subtilité. Les deux pieds du Verbe sont d'une part, la raison naturellede la créature visible, d'autre part, l'intelligence spirituelle de la sainte Ecriture.(...) la courroie de cette double chaussure est la recherche diligente et la poursuite minutieuse de la vérité sur le double terrain que l'on vient de dire(...) »
Jean Scot Erigène, « commentaire sur l'évangile de Jean » traduction SC.

Une citation le ferme :

« Celui qui ne connaitrait rien d'autre que les créatures, n'aurait jamais plus besoin de méditer sur aucun sermon, car toute créature, quelle qu'elle soit, est pleine de Dieu et elle est un livre »
Maître Eckhart, extrait d'un sermon cité par L. Cognet, introduction aux mystiques rhéno-flamands, Paris 1968 p71.

Ces auteurs peuvent ne point vous agréer : sachez que pour Thomas, la contemplation de la Création peut permettre d'ouvrir à la Cause, et donc aux premiers linéaments de la foi. Non bien sûr à la foi catholique.

Je ne peux donc vous accorder, Lozère, l'inexpressivité de la création. Quant à l'Ecriture, je veux signaler que ce que vous appelez sens eschatologique est déjà pour moi le sens d'une orientation structurellement historique ; j'ai toujours lu comme sens ultime de l'Ecriture le sens spirituel, qui ouvre à l'éternité. St Augustin sans être le premier fut un grand interprète spirituel de l'Ecriture. J'ajouterais Guillaume de St Thierry, St Bernard, entre tant d'autres. C'est à dire que le sens spirituel ne s'ouvre qu'aux spirituels, enraciné dans une vie et une expérience spirituelles ; il est en puissance dans le texte, et n'est en acte et en exercice en ce monde qu'orienté vers un lecteur. Il y a bien diversité hiérarchisée des lectures, des accès aux différents sens. Et les sens qui se manifestent ne sont pas contraires, mais sont contradictoires, c'est à dire que ce qui apparaît au lecteur matériel comme étant un domaine de référence matériel, à celui qui veut moraliser comme un domaine de référence moral, est au Spirituel lié à un domaine de référence spirituel. Si cela n'était pas le cas, veuillez admettre que cela n'aurait pas de sens de parler d'une pluralité réelle de sens, ou expliquez moi.

Par contre, en vous relisant, je veux affirmer devant mes frères que mes propos à ce sujet n'ont pour sens ou conséquence de rendre contradictoire par nature et sur le même plan le Texte sacré. Le Déluge a eu lieu, non n'a pas eu lieu dans le plan physique ; par contre le sens ultime de ce récit réside dans sa compréhension spirituelle, dans le cercle formé par l'Arche et l'Arc, symbole de la totalité formée par le Ciel et la Terre, et dans le pont que restaure l'Arc en ciel entre la création déchue et les hiérarchies célestes. Pour moi il y a là analogie avec le baptême.

Ces différents sens ne sont pas pour autant des parties autonomes et séparées, mais bien des analogons de la hiérarchie des mondes célestes, tels que décrits par St Denys, à la suite d'une pensée issue d'une interprétation platonicienne d'Aristote :

« Toujours en effet, le terme postérieur contient en puissance le terme antérieur, qu'il s'agisse de figures ou d'êtres animés... » Traité de l'âme, à partir de 414b29.

Le terme le plus élévé est l'achèvement ultime de tous les autres ; le sens spirituel contient en puissance tous les autres sens. De là j'en déduis que le sens littéral n'est pleinement ouvert qu'à celui qui accède au sens spirituel, et que le sens littéral apparent, obvie, ne peut prétendre sans inversion nihiliste ordonner le sens spirituel. Et c'est justement ce que dans mon texte précédent je reprochais à l'exégèse « scientifique » des modernes, qui se prétend « purement littérale », et est de ce fait « absolument aveugle ».

je cite St Denys :

« La hiérarchie est selon moi un ordre sacré, une science, une activité s'assimilant autant que possible à la déiformité, et selon les illuminations dont Dieu lui a fait don, s'élevant à la mesure de ses forces vers l'imitation de Dieu. Et si la beauté, qui convient à dieu, étant simple, bonne, principe de toute initiation,est entièrement pure de toute dissemblance, elle fait participer chacun, selon sa valeur, à la lumière qui est en elle, et elle le parfait dans une très divine initiation en façonnant harmonieusement les initiés à l'immuable ressemblance de sa propre forme »
(Une vieille citation de mes cahiers, sans autre référence que SC.)

J'ajoute une citation trouvée sur Wikipédia :

A l'occasion de la Crise moderniste[7]Les papes Léon XIII et Pie XII ont publié des encycliques sur les études bibliques. Léon XIII, dans Providentissimus deus (1893), met en garde contre une interprétation exclusivement littérale :

« Il importe, en effet, de remarquer à ce sujet qu'aux autres causes de difficultés qui se présentent dans l'explication de n'importe quels auteurs anciens, s'en ajoutent quelques-unes qui sont spéciales à l'interprétation des Livres Saints. Comme ils sont l'œuvre de l'Esprit-Saint, les mots y cachent nombre de vérités qui surpassent de beaucoup la force et la pénétration de la raison humaine, à savoir les divins mystères et ce qui s'y rattache. Le sens est parfois plus étendu et plus voilé que ne paraîtraient l'indiquer et la lettre et les règles de l'herméneutique ; en outre, le sens littéral cache lui-même d'autres sens qui servent soit à éclairer les dogmes, soit à donner des règles pour la vie.
Aussi, l'on ne saurait nier que les Livres Saints sont enveloppés d'une certaine obscurité religieuse, de sorte que nul n'en doit aborder l'étude sans guide (Ps 18:2) »

Voilà Lozère, j'espère moins mériter votre colère, si vous comprenez que mon objectif n'est pas la discussion du contenu de la foi, pour laquelle je ne revendique pas de compétence particulière, mais la destruction phénoménologique des fondements conceptuels de l'idéologie moderne, et aussi, j'y reviendrais donc, sur la nature et la stratégie de la guerre métaphysique qui s'affirme dans notre époque du monde. Désolé pour l'erreur de copie que vous avez justement relevée. Je souhaite désormais que la discussion puisse se poursuivre sur des bases assainies. Quant à ce que je retiens de Henry Corbin et de Simone Weil, ce ne sont pas leur orthodoxie mais leurs vertus ; de l'un, l'ouverture aux ciels spirituels, de l'autre l'intransigeance teintée d'amour, de passion de Dieu.

Écrit par : LancelotVlad | vendredi, 12 décembre 2008

Voilà une déclaration qui devrait plaire à l'auteur de la "Réponse à Juan Asensio" et autres textes plutôt solides : "l'objet de mon intervention sur le texte de Zak est autre. Il s'agit non pas de discuter du contenu de la foi, mais de la guerre métaphysique. C'est sur ce sujet que je crois pouvoir dire être en accord sur le fond avec Zak quand à la nature de cette guerre."

Pour ce qui me concerne,LancelotVlad, cette ferme volonté d'engagement dans le cadre de la guerre métaphysique me convient entièrement ; vous avez toute votre place sur la Question !

Écrit par : Xavier | dimanche, 14 décembre 2008

On fera effectivement difficilement de l'Encyclique de Léon XIII, "Providentissimus Deus", un plaidoyer en faveur d'une minoration de la valeur d'autorité incontestable de l'Ecriture Sainte. Bien au contraire le Saint Père exprimait son rejet des thèses modernistes avec une force souveraine, écartant radicalement les dérives en matière de théologie dogmatique, affirmant qu’il n’y a pas de possibilité d’erreurs dans l'Ecriture, soutenant même que la Bible est infaillible non seulement dans le domaine du dogme et de la morale, mais encore dans celui de la science, de l'histoire et de l'astronomie !
En réalité, le développement de la critique des textes bibliques au XIXe siècle, en Allemagne et en France, avait fait surgir des problèmes nouveaux, par lesquels très souvent était mis en contradiction les conclusions de l'exégèse, celles de la science et le discours du texte révélé par une fixation littéraliste qui rendait impossible un accès au sens profond de certains passages, principalement de l'Ancien Testament, qui faisaient intensément débat. L'encyclique publiée le 18 novembre 1893, mettra donc en avant que l'objet du texte biblique réside avant tout, et de manière centrale, dans la Révélation du salut pour les fils d'Adam. Rappelons que cette encyclique importante et essentielle connaîtra une postérité théologique dans l'encyclique "Divino Afflante Spiritu" publiée au XXe siècle par le pape Pie XII. Ce que dit Léon XIII doit être longuement médité car son invitation au respect de l'Ecriture est liée à un profond rejet du rationalisme subjectif :

- "...nos adversaires principaux sont les rationalistes, qui, fils et héritiers pour ainsi dire de ces hommes dont Nous parlons plus haut, se fondant de même sur leur propre opinion, ont rejeté entièrement même ces restes de foi chrétienne, encore acceptés par leurs prédécesseurs.
Ils nient, en effet, absolument toute inspiration, ils nient l'Ecriture, et ils proclament que tous ces objets sacrés ne sont qu'inventions et artifices des hommes; ils regardent les Livres Saints non comme contenant le récit exact d'événements réels, mais comme des fables ineptes, comme des histoires mensongères. A leurs yeux, il n'y a pas de prophéties, mais des prédictions forgées après que les événements ont été accomplis, ou bien des pressentiments dus à des causes naturelles; il n'existe pas de miracles vraiment dignes de ce nom, manifestations de la puissance divine, mais des faits étonnants qui ne dépassent nullement les forces de la nature, ou encore des prestiges et des mythes; enfin les Evangiles et les écrits des apôtres ne sont pas écrits par les auteurs auxquels on les attribue.
Pour appuyer de telles erreurs, grâce auxquelles ils croient pouvoir anéantir la sainte vérité de l'Ecriture, ils invoquent les décisions d'une nouvelle science libre; ces décisions sont d'ailleurs si incertaines aux yeux mêmes des rationalistes, qu'ils varient et se contredisent souvent sur les mêmes points.
Et tandis que ces hommes jugent et parlent d'une façon si impie au sujet de Dieu, du Christ, de l'Evangile et du reste des Ecritures, il n'en manque pas parmi eux qui veulent être regardés comme chrétiens, comme théologiens, comme exégètes et qui, sous un nom très honorable, voilent toute la témérité d'un esprit plein d'insolence.
A ceux-ci viennent s'ajouter un certain nombre d'hommes qui, ayant le même but et les aidant, cultivent d'autres sciences, et qu'une semblable hostilité envers les vérités révélées entraînent de même façon à attaquer la Bible. Nous ne saurions trop déplorer l'étendue et la violence de plus en plus grande que prennent ces attaques. Elles sont dirigées contre des hommes instruits et sérieux, quoique ceux-ci puissent se défendre sans trop de difficultés ; mais c'est surtout contre la foule des ignorants que des ennemis acharnés agissent par tous les procédés.
Au moyen des livres, des opuscules, des journaux, ils répandent un poison funeste; par des réunions, par des discours, ils le font pénétrer plus avant ; déjà ils ont tout envahi, ils possèdent de nombreuses écoles arrachées à l'Eglise, où, dépravant misérablement, même par la moquerie et les plaisanteries bouffonnes, les esprits encore tendres et crédules des jeunes gens, ils les excitent au mépris de la Sainte Ecriture.
Il y a bien là, Vénérables Frères, de quoi émouvoir et animer le zèle commun des pasteurs, de telle sorte qu'à cette science nouvelle, à cette science fausse, on oppose cette doctrine antique et vraie que l'Eglise a reçue du Christ par l'intermédiaire des apôtres, et que, dans un tel combat, se lèvent de toutes parts d'habiles défenseurs de la Sainte Ecriture."

Par ailleurs, ce qui est intéressant, c'est l'indication de la façon dont les textes de l'Ecriture doivent être lus - soit à la lumière insispensable de l'enseignement des Pères de l'Eglise :

- "L'interprète catholique doit donc regarder comme un devoir très important et sacré d'expliquer dans le sens fixé les textes de l'Ecriture dont la signification a été indiquée authentiquement soit par les auteurs sacrés, que guidait l'inspiration de l'Esprit-Saint, comme cela a lieu dans beaucoup de passages du Nouveau Testament, soit par l'Eglise, assistée du même Saint-Esprit, et au moyen d'un jugement solennel, ou par son autorité universelle et ordinaire; il lui faut se convaincre que cette interprétation est la seule qu'on puisse approuver d'après les lois d'une saine herméneutique.

Sur les autres points, il devra suivre les analogies de la foi et prendre comme modèle la doctrine catholique telle qu'elle est indiquée par l'autorité de l'Eglise. En effet, c'est le même Dieu qui est l'auteur et des Livres sacrés, et de la doctrine dont l'Eglise a le dépôt. Il ne peut donc arriver, assurément, qu'une signification attribuée aux premiers et différant en quoi que ce soit de la seconde, provienne d'une légitime interprétation.
Il résulte évidemment de là qu'on doit rejeter comme insensée et fausse toute explication qui mettrait les auteurs sacrés en contradiction entre eux, ou qui serait opposée à l'enseignement de l'Eglise.
Celui qui professe l'Ecriture Sainte doit aussi mériter cet éloge qu'il possède à fond toute la théologie, qu'il connaît parfaitement les commentaires des saints Pères, des Docteurs et des meilleurs interprètes."

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 18 novembre de l'année 1893, de Notre Pontificat la seizième.

Écrit par : Sulpice | dimanche, 14 décembre 2008

@ LanceloVlad : Plaçant, comme vous le faites, votre dernier message sous les uniques auspices de la « guerre métaphysique », et précisant que vous ne souhaitez pas vous exprimer en théologien (ce que Zak vit sans doute plus justement que moi en décelant une part non négligeable de poésie chez vous), j’aurai mauvaise grâce à vous faire encore grief d’erreurs que vous rejetez catégoriquement, ce qui me satisfait pleinement sur le plan doctrinal. Vous écrivez en effet : «Il s'agit non pas de discuter du contenu de la foi, mais de la guerre métaphysique. C'est sur ce sujet que je crois pouvoir dire être en accord sur le fond avec Zak… », et je pense pouvoir dire que vous l’êtes indéniablement.

Certes la question de la stratégie qui semble vous préoccuper, pourrait faire l’objet d’un long débat, sachant que la Question reste ouverte aux différentes analyses sur ce point, et qu’il arrive souvent que diverses sensibilités s’y expriment avec une grande liberté, et d’appréciation et d’approche, ce qui est heureux.
Vous ne serez, par ailleurs, pas surpris de ne pas me voir aborder la question de l’ontologie à partir d’Heidegger, préférant largement les analyses des Pères de l’Eglise en ce domaine, même si je reconnais volontiers une réelle pertinence au penseur de Fribourg qui sut rappeler en plein XXe siècle à une modernité orgueilleuse bien des vérités essentielles passablement oubliées (je préfère me plonger dans Abraham a Sancta Clara…)

J’en viens donc uniquement à l’interrogation théorique que vous soulevez portant sur le statut actuel de la Création, vous appuyant sur Eckhart, ou encore Scot Erigène, auteurs qu’il faut manier avec une certaine prudence, ce qui vous amène à deux affirmations principales :

- « selon Saint Bonaventure entre tant d'autres, la Création est vestige de la Trinité (…) le péché n'est pas un argument contre cette tradition, car le Livre est ouvert pour l'homme pécheur ; les vestiges du péché eux même racontent la Gloire divine. »
- « pour Thomas, la contemplation de la Création peut permettre d'ouvrir à la Cause, et donc aux premiers linéaments de la foi. Non bien sûr à la foi catholique. Je ne peux donc vous accorder, Lozère, l'inexpressivité de la création. »

Or désolé d’avoir à vous décevoir, mais, bien que connaissant et respectant la tradition spirituelle qui cherche les vestiges divins dans le monde, et il y en a évidemment, je considère que la tendance au panthéisme est si vite présente dans une humanité ultra complaisante à l’égard des illusions d’ici-bas, qu’il est préférable de montrer les pièges redoutables qui se dressent devant l’âme chrétienne plutôt que de flatter dans la chair fragile des fils d’Adam de notre temps (qui ne possèdent pas la même solidité d'âme que les anciens) les reliquats du vieux poison du concupiscible.
Je vous rappelle tout de même que le récit de la Création dans la Genèse (Gen.III,10), nous montre suffisamment que l’homme et la femme, après la chute, furent absolument saisis de peur et qu’ils se cachèrent en entendant la voix divine, peur révélatrice d’une blessure qui a atteint leurs corps et leurs âmes, une blessure originelle que rien ne put être réparée et qui nous plonge dans une nuit ténébreuse. Car si les choses du monde reçurent après la chute comme l’ombre portée du Mal, l’esprit de l’homme est aujourd’hui beaucoup plus enténébré que n’importe quelle réalité matérielle. Et c’est là principalement, dans cet esprit désorienté et malade, que réside le danger fondamental. Tout homme est donc, par sa naissance, comme blessé par le Mal ; il est incapable, de par ses seules et uniques forces, de devenir ami de Dieu et de participer à la Vie divine.

Pascal, vous le savez résume notre triste situation ainsi : «Il n'y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si éloignés de cette source, semblent incapables d'y participer. Cet écoulement ne nous paraît pas seulement impossible, il nous semble même très injuste ; car qu'y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté, pour un péché où il paraît avoir si peu de part, qu'il est commis six mille ans avant qu'il fût en être ? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine ; et cependant, sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. Le noeud de notre condition prend ses replis et ses tours dans cet abîme ; de sorte que l'homme est plus inconcevable sans ce mystère que ce mystère n'est inconcevable à l'homme. »

Pie XII en 1950 dans l'encyclique « Humani Generis », le redira également : « ... le péché originel, péché qui tire son origine d'un péché vraiment personnel commis par Adam et qui, transmis à tous par la génération, se trouve en chacun et lui appartient. » Mais saint Paul l’avait déjà dit clairement : « Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort » (Romains 5,12). C'est ainsi que l'Apôtre résume le contenu du récit de la Genèse. Par sa transgression, reprendra le concile de Trente, Adam a « perdu la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été établi » (DS 1511; FC 275). L'harmonie dans laquelle il se trouvait avec Dieu, avec lui-même et avec le monde a été perdue, ainsi que le don de l'immortalité. Chacun en est atteint et marqué, du fait même de son appartenance à la famille humaine.

Certes les Pères de l'Église d'Orient, qu’il faut lire parfois avec prudence, ne cessent d'exalter la grandeur de l'homme créé par Dieu à son image et à sa ressemblance, et appelé à la divinisation. Mais la tradition occidentale, plus sage et plus mesurée, a engagé une longue méditation sur la signification et la portée de la chute d'Adam, en relation avec un approfondissement de la doctrine de la grâce. Telle fut tout particulièrement l'oeuvre de saint Augustin dont la pensée fut reprise principalement dans le concile de Carthage et le deuxième concile d'Orange, qui déclarèrent que « le péché d’Adam a blessé à mort la race humaine, Adam a perdu les dons de Dieu. » Nous sommes en quelque sorte, déclarent les conciles, précédés par le mal, du fait de notre appartenance à la famille humaine, représentée en son origine par Adam. Telle est la condition faite par le péché originel à tout fils et à toute fille d'homme.

Ainsi, Adam a transmis à ses descendants une nature corrompue, faisant, hélas !que l’homme est incapable de faire le bien par ses seules forces. S’accrocher au fait que la nature humaine est blessée comme dit saint Thomas : « vulneratus in naturalibus, spoliatus in gratuitis », en sous-entendant que cette blessure a introduit un désordre et non une corruption, et que dès lors même sans la Révélation, l'homme est capable du bien, est une erreur optimiste dont on a vu à quoi elle conduisait. Il y a un lien entre la faute et la mort, un lien ontologique, et il nous faut reconnaître que la mort biologique est apparue avec le péché, mais également la nuit des facultés et leur complète désorientation.

Il faut pour cela un peu d’humilité et surtout beaucoup d’honnêteté, ce qui, je vous l’accorde, ne sont pas choses du monde les plus répandues, d’autant que le péché n'est pas le dernier mot du rapport de l'humanité avec Dieu. Celui-ci, heureusement, n'a pas abandonné l'homme qui s'était, par sa faute livré à la perdition. « Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de toi, déclare une des prières eucharistiques, tu ne l'as pas abandonné au pouvoir de la mort. » En effet, le Christ, dont nous célèbrerons dans quelques jours la naissance, est venu répondre à la triste situation d’une humanité perdue, et à ce titre, vous avez raison d’écrire que « le sens ultime de l'Ecriture le sens spirituel, ouvre à l'éternité ». Mais cette ouverture est une grâce sans laquelle il n’est pas d’accès possible à la vie divine. Or le propre de l’aveuglement orgueilleux d’Adam et de tous ses fils c’est d’oublier la nécessité de la grâce pour accéder à cette vie divine.

Et le problème moderne est bien là, LancelotVlad, le même que depuis toujours pour l’humanité pécheresse, vouloir se faire Dieu en refusant de confesser et admettre son péché et son néant

De la sorte si votre objectif « n'est pas la discussion du contenu de la foi (…) mais la destruction phénoménologique des fondements conceptuels de l'idéologie moderne », il n’y a aucune raison de ne pas vous retrouver en parfait accord avec l’orientation fondamentale de la Question, à savoir la lutte intransigeante et sans concession envers tous les masques hideux de l’infect mensonge, masques passés et actuels, qui ne sont en fait qu’un voile trompeur constant et permanent dont se couvre l’antique Serpent pour séduire et entraîner à sa suite les faibles créatures abusées par ses fallacieuses promesses démoniaques.

Écrit par : Lozère | lundi, 15 décembre 2008

Grande vérité anthropologique, métaphysique et religieuse Lozère concernant la tragique impasse de la pensée moderne : "le propre de l’aveuglement orgueilleux d’Adam et de tous ses fils c’est d’oublier la nécessité de la grâce pour accéder à cette vie divine." Or cet oubli se traduit par une attitude bien connue : la révolte face à Dieu et à ses lois.

Écrit par : Pacem in terris | dimanche, 28 décembre 2008

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