Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 24 novembre 2008

« Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » de Bourdaloue

Pensées présentées

par

Radek

 

 

 

 

 

56[1].jpg

 

Louis Bourdaloue en prière

 

" Aimons la vérité qui nous reprend, et défions-nous de celle qui nous flatte."

 

 

 

 

 

 

180px-Louis_Bourdaloue_by_Jean_Jouvenet[1].jpgZak, lors d’un récent message à l’intérieur des commentaires de sa note fondamentale portant sur la « Métaphysique de la virtualité », compara mes très rigoureux avertissements et les sévères et dures admonestations que j'ai cru bon d'exprimer et que je réitère d'ailleurs entièrement sans en changer la moindre  virgule, à des prêches de Louis Bourdaloue (1632-1704). Il rajouta même qu’il serait sans doute intéressant, à l’occasion, de porter à la connaissance de chacun un sermon portant sur l’humilité volontaire. Judicieuse idée à vrai dire. Il m’a donc semblé intéressant, acceptant volontiers cette pertinente invitation, de prendre l’initiative de mettre en ligne sur " La Question ", blog spirituel s’il en est, un texte bien oublié, mais pourtant célèbre, du dit Bourdaloue, non pas un prône à vrai dire, mais des extraits de ses « Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité » qui, je l’espère, s’avéreront utile à l’édification générale.

 

Rappelons que Bourdaloue, fut peut-être l’un des plus brillants prédicateurs du XVIIe siècle, possédant un art oratoire supérieur qui lui donnait, les yeux imperturbablement clos dit-on, de quasiment déclamer en chaire ses sermons avec une extraordinaire présence quasi théâtrale. Mais son rôle de s’arrête pas à la prédication. En effet, les idées de Bourdaloue possèdent une place significative dans l’histoire de la spiritualité française. Plus que quiconque il fit porter l’attention du parcours chrétien sur l’importance de la réflexion intérieure, le retour sur soi, l’examen de conscience, le discernement et la lucidité à l’égard de nos passions troublées et vices cachés. Jean-Pierre Landry, professeur à l’université de Lyon III soutient : « On peut d’ailleurs penser que sa prédication est un des meilleurs exemples de la pastorale de la peur au XVIIe siècle. Il prêche en effet un Dieu juste mais sévère, qui châtie durement le pécheur. Le devoir essentiel du chrétien est donc [selon-lui] de fuir l’impureté et d’être moralement impeccable. » Ceci explique pourquoi, comparable en cela au moraliste de Port-Royal Pierre Nicole (1625-1695), dès 1668, il s’opposera au « quiétisme » dans son sermon sur la prière.

Ainsi, bien que membre de la Compagnie de Jésus, on considère que Bourdaloue, le fondateur de l'éloquence chrétienne en France, fut « le plus Janséniste des Jésuites ». Raison de plus pour lui accorder une place de choix dans les pages de "La Question".

 

 

 

 

‘‘ Pensées diverses sur l’orgueil et l’humilité ’’

 

 

18XX-00-00%20FRA%2022590%20Desury%20Orfevrerie%20Croix%20Procession%20Pleumeur-Gautier%20(2)[1].jpg

 

 

 

‘‘Notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents’’

 

 

 

 

Nous aimons tant l'humilité dans les autres : quand travaillerons-nous à la former dans nous-mêmes? Partout où nous l'apercevons hors de nous, elle nous plaît, elle nous charme. Elle nous plaît dans un grand, qui ne s'enfle point de sa grandeur. Elle nous plaît dans un intérieur, qui reconnaît sa sujétion et sa dépendance. Elle nous plaît dans un égal ; et quoique la jalousie naisse assez communément entre les égaux, si c'est néanmoins un homme humble que cet égal, et que la Providence vienne à l'élever, nous lui rendons justice, et ne pensons point à lui envier son élévation.

Or puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui, pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Mais voici le mystère que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait l'humilité dans les autres? elle les porte à s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous? elle nous porterait à nous abaisser au-dessous des autres, et voilà ce que nous n'aimons pas.

 

On s'est échappé dans une rencontre, on a parlé, agi mal à propos. C'est une faute ; et si d'abord on la reconnaissait, si l'on en convenait de bonne foi et qu'on témoignât de la peine, la chose en demeurerait là. Mais parce qu'on veut se justifier et se disculper, parce qu'on ne veut pas subir une légère confusion, combien s'en attire-t-on d'autres? Vous contestez, et les gens s'élèvent contre vous ; ils vous traitent d'esprit opiniâtre ; et, piqués de votre obstination, ils prennent à tâche de vous mortifier, de vous rabaisser, de vous humilier. Avec un peu d'humilité, qu'on s'épargnerait d'humiliations !

Il s'est élevé bien des savants dans le monde, et il s'en forme tous les jours. Quelles découvertes n'ont-ils pas faites et ne font-ils pas encore? Depuis l'hysope jusqu'au cèdre, et depuis la terre jusqu'au ciel, est-il rien de si secret, soit dans l'art, soit dans la nature, où l'on n'ait pénétré ? Hélas! on n'ignore rien, ce semble, et l'on possède toutes les sciences hors la science de soi-même. Selon l'ancien proverbe, cité par Jésus-Christ même, on disait et l'on dit encore : Médecin, guérissez-vous vous-même (Luc, IV, 23); ainsi je puis dire : Savants, si curieux de connaître tout ce qui est hors de vous, hé ! quand apprendrez-vous à vous connaître vous-mêmes?

Il est vrai, vous ne parlez de vous que dans les termes les plus modestes et les plus humbles. Vous rejetez tous les éloges qu'on vous donne ; vous rabaissez toutes les bonnes qualités qu'on vous attribue ; vous paraissez confus de tous les honneurs qu'on vous rend ; enfin , vous ne témoignez pour vous-même que du mépris. Tout cela est édifiant.

Mais du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer, ou par une parole, ou par un geste, ou par une œillade, vous voilà tout à coup déconcerté : votre cœur se soulève , le feu vous monte au visage, vous vous mettez en défense, et vous répondez avec aigreur. Que d'humilité et d'orgueil tout ensemble! Mais tout opposés que semble être l'un et l'autre, il n'est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement et à témoigner du mépris pour soi-même, il n'y a qu'une humiliation apparente, et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la part d'autrui, c'est là que l'humiliation est véritable, et par là même qu'elle devient insupportable.

 

Humilions-nous, mais sincèrement, mais profondément, et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents , mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellents ministères, mieux que tous les miracles que Dieu pourrait opérer par nous : comment cela? parce que notre humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talents, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentiments dune vraie et solide humilité.

 

[…]

 

Vous vous plaignez de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons naturels qui brillent dans les autres, et qui les distinguent; mais surtout vous ajoutez que ce qui vous afflige, c'est de ne pouvoir pas, faute de talent, glorifier Dieu comme les autres le glorifient : illusion. Car si vous examinez bien le fond de votre cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige, ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres, mais de ne pouvoir pas, en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-même. Que notre orgueil est subtil, et qu'il a de détours pour nous surprendre! jusque dans la gloire de Dieu, il nous fait désirer et chercher notre propre gloire.

 

[…]

 

Un père a eu raison de dire que le souvenir de nos péchés nous est infiniment plus utile que le souvenir de nos bonnes œuvres.

Pour entendre la pensée de ce saint docteur, il faut distinguer deux choses :

 

- nos actions, et

- le souvenir de nos actions.

 

Or il n'en est pas de l'un comme de l'autre, et ils ont des effets tout opposés. Nos bonnes actions nous sanctifient, mais le souvenir de nos bonnes actions nous corrompt, parce qu'il nous enorgueillit : au contraire, nos mauvaises actions nous corrompent, mais le souvenir de nos mauvaises actions sert à nous sanctifier, parce qu'il sert à nous humilier. De là, double conséquence. Pratiquons la vertu ; et dès que nous l'avons pratiquée, que l'humilité nous mette un voile sur les yeux pour ne plus voir le bien que nous avons fait. Et. par une règle toute différente, fuyons le péché; mais quand nous avons eu le malheur d'y tomber, que l'humilité nous tire le voile de dessus les yeux, pour voir toujours le mal que nous avons commis. Ainsi nous serons vertueux sans danger, et ce ne sera pas même sans fruit que nous aurons été pécheurs.

 

 

‘‘Le monde au-dessus de nous,

le monde au dessous de nous, le monde autour de nous’’

 

Il y a un monde au-dessus de nous, un monde au-dessous de nous, et un monde autour de nous. Un monde au-dessus de nous, ce sont les grands ; un monde au-dessous de nous, ce sont ceux que la naissance ou que le besoin a réduits dans une condition inférieure à la nôtre ; un monde autour de nous, ce sont nos égaux. Selon ces divers degrés, nous prenons divers sentiments. Ce monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité, et de la vanité la plus puérile. Ce monde qui est au-dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Et ce monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. Il faut expliquer ceci, et reprendre par ordre chaque proposition.

 

- Le monde qui est au-dessus de nous devient souvent le sujet de notre vanité. Je ne dis pas qu'il devient le sujet de notre ambition : cela est plus rare. Car il n'est pas ordinaire qu'un homme d'une condition commune, quoique honnête d'ailleurs, se mette dans l'esprit de parvenir à certains états d'élévation et de grandeur. Mais du reste, il tombe dans une faiblesse pitoyable : c'est de vouloir au moins s'approcher des grands, de vouloir être connu des grands et les connaître, de n'avoir de commerce qu'avec les grands, de ne visiter que les grands, de s'ingérer dans toutes les affaires et toutes les intrigues des grands, de s'en faire un mérite et un point d'honneur. Ecoutez-le parler, vous ne lui entendiez jamais citer que de grands noms, que des personnes de la première distinction et du plus haut rang, chez qui il est bien reçu, avec qui il a de fréquents entretiens, qui l'honorent de leur confiance, et par qui il est instruit à fond de tout ce qui se passe. Fausse gloire et vraie petitesse, où, voulant s'élever au-dessus de soi-même, l'on se rabaisse dans l'estime de tous les esprits droits et de bon sens!

 

- Le monde qui st au dessous de nous devient ordinairement l'objet de nos mépris et de nos fiertés. Dès qu'on a quelque supériorité sur les autres, on veut la leur faire sentir. On les traite avec hauteur, on leur parle avec empire, on ne s'explique en leur présence qu'en des termes et qu'avec des airs d'autorité ; on les tient dans une soumission dure et dans une dépendance toute servile, comme si l'on voulait en quelque manière se dédommager sur eux de tous les dédains qu'on a soi-même à essuyer de la part des maîtres de qui l'on dépend. Car voilà ce que l'expérience tous les jours nous fait voir : des gens humbles et souples jusqu'à la bassesse devant les puissances qui sont sur leur tête, mais absolus et fiers jusqu'à l'insolence envers ceux qu'ils ont sous leur domination.

 

- Le monde qui est autour de nous excite plus communément nos jalousies et nos animosités. On ne se mesure ni avec les grands ni avec les petits, parce qu'il y a trop de disproportion entre eux et nous; mais on se mesure avec des égaux : et comme il n'est pas possible que l'égalité demeure toujours entière, et que l'un de temps en temps n'ait l'avantage sur l'autre, de là naissent mille envies qui rongent le cœur, qui même éclatent au dehors, et se tournent en querelles et en inimitiés. Car c'est assez qu'un homme l'emporte sur nous, ou, sans qu'il l'emporte, c'est assez qu'il concoure en quelque chose avec nous, pour nous indisposer et nous aigrir contre lui ; et n'est-ce pas là ce qui cause entre les personnes de même profession, et jusque dans les états les plus saints, tant de partis et tant de divisions? Etrange injustice où nous porte notre orgueil ! Ayons l’Esprit de Dieu, et suivons-le. Conduits par cet esprit de sagesse, d'équité, de charité, d'humilité, nous rendrons au monde que la Providence a placé au-dessus de nous tout ce qui lui est dû, mais sans nous en faire esclaves, et sans nous prévaloir, par une vaine ostentation, de l'accès que nous aurons auprès de lui.

 

[…]

‘‘Mon élévation a été mon humiliation’’

 

 

La ressource de l'orgueilleux , lorsque l'évidence des choses le convainc malgré lui de son incapacité et de son insuffisance , est de se persuader qu'elle lui est commune avec les autres. Ce qu'il n'est pas capable de bien faire, il ne peut croire qu'il y ait quelqu'un qui le fasse bien, un mauvais orateur ne convient qu'avec des peines extrêmes qu'il y en ait de bons. Il reconnaîtra aisément qu'il y en a eu autrefois, parce qu'il n'entre avec ceux d'autrefois en nulle concurrence. Il les exaltera même comme des modèles inimitables ; il les regrettera, il demandera où ils sont, s'épanchera là-dessus dans les termes les plus pompeux et les plus magnifiques : mais pourquoi? est-ce qu'il s'intéresse beaucoup à la gloire de ces morts? non certes : mais, pour une maligne consolation de son orgueil, il voudrait, en relevant le mérite des morts, obscurcir le mérite des vivants et le rabaisser.

S'humilier dans l'humiliation , c'est l'ordre naturel et chrétien ; mais dans l'humiliation même s'élever et s'enfler, c'est, ce me semble, le dernier désordre où peut se porter l'orgueil. Voilà ce qui arrive tous les jours. Des gens sont humiliés : on ne pense point à eux, on ne parle point d'eux, on ne les emploie point, on ne les pousse à rien. En sont-ils moins orgueilleux , et est-ce à eux-mêmes qu'ils s'en prennent des mauvais succès qui leur ont fait perdre tout crédit, ou à la cour, ou ailleurs? Bien loin de cela , c'est alors que leur cœur se grossit davantage, et qu'ils deviennent plus présomptueux que jamais. S'ils demeurent en arrière, ce n'est, à ce qu'ils prétendent, que par l'injustice de la cour, que par l'ignorance du public. A les en croire , et par la seule raison qu'on ne les avance pas , tout est renversé dans le monde. Il n'y a plus ni récompense de la vertu , ni distinction des personnes, ni discernement du mérite. Que l'orgueil est une maladie difficile à guérir! l'élévation le nourrit, et l'humiliation , qui devrait l'abattre , ne sert souvent qu'à le réveiller et à l'exciter.

Notre vanité nous séduit, et nous fait perdre l'estime du monde dans les choses mêmes où noirs la cherchons, et par les moyens que nous y employons. Une femme naturellement vaine s'ingère, dans les conversations, à parler de tout, à raisonner sur tout. Elle juge , elle prononce, elle décide, parce qu'elle se croit femme spirituelle et intelligente ; mais elle aurait beaucoup plus de raison et plus d'esprit, si elle s'en croyait moins pourvue ; et voulant trop faire voir qu'elle en a, c'est justement parla même qu'elle en fait moins paraître.

On loue beaucoup les grands; car ils aiment à être loués et applaudis. Mais, à bien considérer les louanges qu'on leur donne, on trouvera que la plupart des choses dont on les loue, et qui semblent en effet louables selon le monde , sont dans le fond et selon le christianisme, selon même la seule raison naturelle, plutôt des vices que des vertus.

 

Tel aurait été un grand homme, si on ne l'avait jamais loué ; mais la louange l'a perdu. Elle l'a rendu vain, et sa vanité l'a fait tomber dans des faiblesses pitoyables, et en mille simplicités qui inspirent pour lui du mépris. Je dis en mille simplicités ; car quelque fonds de mérite qu'on ait d'ailleurs, il n'y a point ni dans les discours, ni dans les manières d'agir, d'homme plus simple qu'un homme vain. On lui fera accroire toutes choses , dès qu'elles seront à sa louange. Est-il chagrin et de mauvaise humeur: louez-le, et bientôt vous lui verrez reprendre toute sa gaieté. Les gens le remarquent , le font remarquer aux autres, et s'en divertissent. C'est ainsi que , sans le vouloir ni l'apercevoir, il vérifie dans sa personne cette parole de l'Evangile, que celui qui s élève sera abaissé et humilié. Comme donc l'ambition, selon le mot de saint Bernard, est la croix de l'ambitieux, je puis ajouter que souvent l'orgueil devient l'humiliation de l'orgueilleux.

Cet homme est toujours content de lui ; et, n'eût-il eu aucun succès, il se persuade toujours avoir réussi le mieux du monde. Contentez-vous de savoir ce qui en est, et d'en croire ce que vous devez ; mais du reste, pourquoi cherchez-vous à le détromper de son erreur, puisqu'elle le satisfait, et qu'elle ne nuit à personne? Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois des raisons qui peuvent vous engager à lui ouvrir les yeux, et à lui faire connaître l'illusion où il est ; mais avouez-le de bonne foi, c'est une malignité secrète, c'est une espèce d'envie qui vous porte à l'humilier, et à lui faire perdre cette idée dont il s'est laissé prévenir en sa faveur. Car mille gens sont ainsi faits : non seulement ils sont jaloux de la réputation solide et vraie qu'on a dans le monde , mais de plus, par une délicatesse infinie de leur orgueil, ils sont en quelque manière jaloux de la bonne opinion, quoique mal fondée, qu'un homme a de lui-même.

 

Qu'il me soit permis de faire une comparaison. Il y a des mérites, et en très grand nombre, qui ne devraient se produire à la lumière qu'avec des précautions dont on use à l'égard de certaines étoffes pour les débiter. On ne les montre que dans un demi-jour, parce que le grand jour y ferait paraître des défauts qui en rabaisseraient le prix. Combien de gens peuvent s'appliquer la parole du Prophète : Mon élévation a été mon humiliation ?

C'est-à-dire qu'ils semblent ne s'être élevés que pour se rendre méprisables, que pour laisser apercevoir leur faible, que pour perdu toute la bonne opinion qu'on avait conçue d'eux. Tant qu'ils se sont tenus à peu près dans le rang où la Providence les avait fait naître, ils réussissaient, on les honorait, on parlait d'eux avec éloge; mais, par une manie que l'orgueil ne manque point d'inspirer, ils ont voulu prendre l'essor, et porter plus haut leur vol : c'est là qu'on a commencé à les mieux connaître, et qu'en les connaissant mieux, on a appris à les estimer moins. En un mot. ils étaient auparavant dans leur place, et ils y faisaient bien ; mais ils n'y sont plus, et tout ce qui n'est pas dans sa place blesse la vue.

 

 

 

 

 

 

 

17:50 Publié dans Des livres | Lien permanent | Commentaires (24) | Tags : littérature, foi, religion, église, christ |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Si on considère que Bourdaloue, le fondateur de l'éloquence chrétienne en France, fut le plus "Janséniste des Jésuites", on pourrait dire, sans aucun doute, au regard de cette note et de ce qui en est à l'origine, que Radek est le plus "Jésuite des Jansénistes" de La Question...

Écrit par : Xavier | dimanche, 23 novembre 2008

Radek vous écrivez : "mes très rigoureux avertissements et les sévères et dures admonestations que j'ai cru bon d'exprimer et que je réitère d'ailleurs entièrement sans en changer la moindre virgule". Est-ce un péché d'orgueil à l'égard des sujets qui furent évoqués dans les commentaires de la note de Zak, ou tout simplement une conviction qui semble à présent être devenue vôtre ?

Écrit par : Fs | dimanche, 23 novembre 2008

@ Fs : Ne cherchez pas, Radek est surtout en passe de devenir membre de la Confrérie ; d'ailleurs ce matin, selon certaines sources sérieuses, on dit qu'il a assisté en secret au culte célébré à la gloire de la déesse Raison par les frères Scoliose et Artériosclérose dans leur crypte mystérieuse.

Écrit par : Xavier | dimanche, 23 novembre 2008

Dois-je vous signaler Messieurs que vous semblez avoir oublié un message significatif que Radek a reçu, contenant une étrange promesse qu'il me tarde de voir advenir ?


@ Radek : vous dernier message appelle de notre part une réponse circonstanciée, que nous prendrons le temps de vous communiquer un peu plus tard.

Ecrit par : Frère Artériosclérose | jeudi, 20 novembre 2008

Écrit par : Dan | dimanche, 23 novembre 2008

Avec cette note Radek, vous venez de signer l’une des contributions méditatives les plus intelligemment et subtilement "contestatrices" ainsi que sourdement critiques de « La Question ». J’avais énormément apprécié vos dernières analyses musicales sur Kraftwerk et Laibach dans lesquelles vous vous étiez signalé comme un esprit géométriquement aiguisé, je constate que vous ne manquez pas non plus de finesse ironique !

Écrit par : Zak | lundi, 24 novembre 2008

Nous signalons à l'aimable assistance que le Frère Artériosclérose ci-dessus est un usurpateur, et que nous ne sommes entrés en contact avec aucun d'entre voux.

Écrit par : Frère Artériosclérose | lundi, 24 novembre 2008

le Frère Artériosclérose ci-dessus est un usurpateur, car il n'aurait jamais laissé passer une faute aussi énorme dans son français de qualité :

"...nous ne sommes entrés en contact avec aucun d'entre voux..."

Dites donc voux, je constate que voux savez écrire !

Écrit par : Dan | lundi, 24 novembre 2008

"et tout ce qui n'est pas dans sa place blesse la vue."
De Maistre(repris par Bloy) : "Rien n'est à sa place"
Ergo : le monde n'est qu'une lacération constante de l'oeuil...

(Je joins mes félicitations à celles de Zak Radek. Maintenant, allez, séance de travaux pratiques d'humilité. Aïl!)

Écrit par : Restif | lundi, 24 novembre 2008

L'humilité dans le monde n'est sans trouble que lorsqu'on porte en soi une fierté de pensée à toute épreuve.

Écrit par : anonyme | lundi, 24 novembre 2008

Bourdaloue est un fin analyste de l'âme humaine : "à parler modestement et à témoigner du mépris pour soi-même, il n'y a qu'une humiliation apparente, et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la part d'autrui, c'est là que l'humiliation est véritable, et par là même qu'elle devient insupportable." Très bien vu.

Écrit par : Maristella | mardi, 25 novembre 2008

Il faut reconnaître à Radek une intelligente façon de communiquer avec ce choix de pensées. Certaines sont assez mordantes :

"Tel aurait été un grand homme, si on ne l'avait jamais loué ; mais la louange l'a perdu. Elle l'a rendu vain, et sa vanité l'a fait tomber dans des faiblesses pitoyables..."

Écrit par : Silvère | mardi, 25 novembre 2008

Vous avez certes bien raison Silvère, mais tout le monde en prend pour son grade. Il y en a aussi une bonne ration pour Scoliose et Artério :


"Pourquoi cherchez-vous à détromper [cet homme] de son erreur, puisqu'elle le satisfait, et qu'elle ne nuit à personne? Ce n'est pas qu'il n'y ait quelquefois des raisons qui peuvent vous engager à lui ouvrir les yeux, et à lui faire connaître l'illusion où il est ; mais avouez-le de bonne foi, c'est une malignité secrète, c'est une espèce d'envie qui vous porte à l'humilier..."

Écrit par : Fs | jeudi, 27 novembre 2008

Que l'on gagnerait à la méditation journalière des lignes de Bourdaloue ! remercions Radek de nous les faire connaître, mais prions surtout le Ciel de nous rendre capable de cette profonde sagesse : "Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talents, de leurs succès, de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentiments dune vraie et solide humilité."

Écrit par : Denis | mercredi, 10 décembre 2008

Grande vérité qui montre l'excellence de la connaissance de l'âme humaine chez Bourdaloue : "puisque l'humilité nous paraît si aimable dans autrui, pourquoi donc, lorsqu'il s'agit de l'acquérir nous-mêmes et de la pratiquer, y avons-nous tant d'opposition? quelle diversité et quelle contrariété de sentiments ! Mais voici le mystère que je puis appeler mystère d'orgueil et d'iniquité. Car que fait l'humilité dans les autres? elle les porte à s'abaisser au-dessous de nous, et voilà ce que nous aimons : mais que ferait la même humilité dans nous? elle nous porterait à nous abaisser au-dessous des autres, et voilà ce que nous n'aimons pas."

Écrit par : Lapide | jeudi, 11 décembre 2008

L'humilité et la sincérité participent fondamentalement et foncièrement de la vérité, comme le rappela justement Mgr Guérard des Lauriers :

- “ Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment la vérité mesure les choses et les vies, que si l'on vit soi-même dans la vérité ”.

Extrait de La Charité de la vérité
Mgr Guérard des Lauriers

Écrit par : Serrus | jeudi, 11 décembre 2008

Aujourd'hui, jeudi 11 décembre, on fête Saint Damase d'Espagne, pape.

Si "Damase est un personnage éminent, fort versé dans la connaissance des saintes écritures", comme le dit Saint Jérôme dans son Epître à Eustochium, on sait que, par un sentiment d'admirable d'humilité, ce grand Pontife ne voulut point choisir sa sépulture au milieu des tombes des martyrs dont il avait si religieusement fait décorer les monuments.

Il dira, montrant sa profonde et grande modestie :

- "J'avoue, j'aurai ardemment souhaité ce bonheur ; mais j'ai craint de profaner le lieu auguste où reposent les Saints."


http://hodiemecum.hautetfort.com/

Écrit par : Sylvain M. | jeudi, 11 décembre 2008

Fortes lignes de Bossuet, à propos de l'orgueil et l'humilité, à méditer :

- « il faut savoir que tout le bien vient de Dieu, et tout le mal de nous seuls. Que sert de rechercher curieusement les moyens de concilier notre liberté avec les décrets de Dieu ? […] Mais, au lieu de pousser comme il devait l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi-même, il a poussé l’amour de soi-même jusqu’au mépris de Dieu ; il a suivi sa volonté propre jusqu’à oublier celle de Dieu, jusqu’à ne s’en soucier en aucune sorte, jusqu’à passer outre malgré elle et à vouloir agir et se contenter indépendamment de Dieu […] Chrétien, écoute : ne sois point superbe ; ne fais point ta volonté, ne t’attribue rien : tu es le disciple de Jésus, qui ne fait que la volonté de son Père, qui lui rapporte tout et lui attribue tout ce qu’il fait »

Écrit par : Silvère | vendredi, 12 décembre 2008

Chercher une forme paradoxale et extrêmement hypocrite de jouissance

en se rabaissant et tirer sa jouissance de ce rabaissement, de ce mépris de soi.

Mais comme cette hideuse prosternation se fait en hommage et au profit

du Créateur, de Dieu-tout-puissant lui-même...vous imaginez la

RECOMPENSE...

Bref tout cela est hideux.

J'ai du mal à vous comprendre...

Écrit par : Boulard | samedi, 13 décembre 2008

"Chercher une forme paradoxale et extrêmement hypocrite de jouissance" - voyez plutôt sur les blogs naturistes pour ce genre de petits plaisirs Boulard !

Écrit par : Falk | dimanche, 14 décembre 2008

Incroyable mais vrai ! les consanguins s'alignent sur les intransigeants dans leur critique de Mickael Vendetta :


14 décembre 2008
Message de la station
David Pursang, wild and unleashed in Paris
SOIRÉE DRING - REVUE LITTÉRAIRE - SURLEDRING.COM
19 décembre 2008 - dès 20h30 - Café La Contrescorte
Réservation : davide@surledring.com
Conférence de rédaction de la revue Dring - avec Hélène Carrère d'Encausse, Davide Pursang le bogosse-réac-percutant en déplacement spécial de Montréal, Guy Miiiières, Daniel Pipes, Charles Martel et quelques membres du comité de rédaction. Recrutement de nouveaux calebutes noirs. Heure : dès 20h30. Lieu : Café "La Contrescorte" sur la Place de la Contrescorte, en haut de la rue Mouffetard, 75005 - Paris. (Quartier Latin).
Dress code : cravate lamée.
Publié par les Consanguins à l'adresse 1:38 PM

http://consanguin.blogspot.com/

=========================================================


Mickael Vendetta, ou l’incarnation de l’orgueil juif intégriste Friday, Oct 24 2008
Anti-sionisme and Citations israel, juifs, Mickael Vendetta, orgueil, péché, sionisme, sionistes El Cristero 8:57 am

Vous avez bien rigolé, avant-hier, en visionnant les vidéos du surhomme Mickaël Vendetta que nous avons légalement mis en ligne. Comme vous l’avez constaté, le fanfaron n’est pas Catholique mais bien juif intégriste, fréquentant d’autres juifs intégristes ayant la main mise sur les médias … D’où le buzz et les contrats du jeune rigolo.

http://intransigeants.wordpress.com/2008/10/24/mickael-vendetta-ou-lincarnation-de-lorgueil-juif-integriste/

Écrit par : Ghijd | lundi, 15 décembre 2008

Nous sommes à quelques jours de Noël, et je vous rappelle que nous effectuons toujours une collecte en faveur du cordonnier à tarlouzes qui s'ébat sur un blog naturiste. http://www.blognaturiste.com/

Pour l'instant le produit des dons est plutôt maigre :

- Une vieille paire de doc martens
- Un casquette usagée
- les oeuvres complètes de Bordiga


Allons un peu de charité, soyez généreux avec le cordonnier à tarlouzes !

Écrit par : Roncesvalles | lundi, 15 décembre 2008

Observez avec soin les mouvements de la nature :

» Elle est pleine d'artifices; elle en attire plu­sieurs, elle enlace, elle trompe, et n'a jamais d'autre fin qu'elle‑même.

» Elle ne veut ni mourir, ni être contrainte, ni vaincue, ni obéir, ni se soumettre de bon gré.

» Elle travaille pour son intérêt, et calcule le pro­fit qu'elle peut tirer d'autrui.

» Elle reçoit de bonne grâce les honneurs et les respects. Elle craint la confusion et le mépris.

» Elle aime l'oisiveté et le repos du corps.

» Elle recherche les choses curieuses et belles, et repousse avec horreur ce qui est vil et grossier.

» Elle a des yeux pour les biens du temps, elle se réjouit d'un gain terrestre, s'afflige d'une perte, et s'irrite d'un seul petit mot d'injure.

» Elle est cupide, et aime mieux recevoir que donner; elle aime ce qui lui est propre et particulier.

» Elle incline vers les créatures, la chair, la vanité, les distractions.

» Elle reçoit volontiers quelque consolation exté­rieure, dans laquelle elle se délecte avec sensualité.

» Elle fait tout pour le gain et l'intérêt propre ; elle ne peut rien faire de désintéressé ; mais pour ce qu'elle fait de bien, elle espère recevoir ou autant ou mieux, ou la faveur, ou des louanges; elle souhaite vivement que l'on estime ce qu'elle fait, ce qu'elle donne, ce qu'elle dit.

» Elle cherche de la joie dans le nombre des amis, dans ses proches ; elle se glorifie d'une nais­sance élevée, d'un rang distingué; elle sourit aux puissants, flatte les riches, et applaudit à ses sem­blables.

» Elle est prompte à se plaindre de ce qui lui manque et de ce qui l'offense.

» Elle rapporte tout à elle ; pour elle, elle combat et discute.

» Elle est curieuse de secrets et de nouvelles ; elle veut se montrer et toucher à tout, elle veut être connue, et s'attirer les louanges et l'admiration.

Voilà, de la nature, une photographie bien anté­rieure à la photographie moderne. L’auteur de ce tableau n'est guère connu, et n'a guère cherché à l'être. C'est l'auteur de L’Imitation de Jésus-Christ. Il nous a montré la nature prise sur le fait. Le fond de son caractère, c'est l’égoïsme et la vanité.

Avec cela elle est glorieuse.

Qu'on vienne donc nous dire après cela qu'elle n'est pas malade!

Écrit par : Sulpice | jeudi, 25 décembre 2008

Après plusieurs délirants billets hilarants et névrotiques sur son blog naturiste tant aimé, le cordonnier à tarlouzes vient, enfin, de nous délivrer, dans un aveu éclairant sur lui-même, ce qu'il pensait honnêtement de sa misérable et indigne personne.

Attention la confession, qui se voulait un poussif et plutôt maladroit exercice parodique, ne manque cependant pas d'intérêt et mérite de figurer dans les commentaires de cette note, où d'ailleurs nous la reproduisons volontiers pour la porter devant l'autel des âmes du purgatoire :


- "... son abyssale médiocrité que ce littérateur naturiste pitoyable et risible reconnaît lui-même dans un éclair de lucidité rapide et fugace qui masque mal cependant le néant vide de sa pensée ..."

[Idiots Lascifs Yeuteurs Salaces - Le 28/12/08 à 9:53]


C'est bien mon fils il y a un net progrès dans vos efforts spéculatifs et conceptuels ; allez en paix et ne péchez plus.

Vous réciterez, pour votre pardon, trois Pater et deux Ave !

Écrit par : Fs | lundi, 29 décembre 2008

Je vous trouve relativement sévère Fs.

Auriez-vous oublié la célèbre sentence que se doivent d'appliquer les clercs auprès de ceux qui s'approchent, tremblants et craintifs, du tribunal de la confession :

"Faute avouée est à moitié pardonnée."
[Manuel secret des confesseurs, Mgr Bouvier]

L’indigne cordonnier naturiste à tarlouzes, puisqu’il dit reconnaître dans un bref éclair de lucidité ses péchés, n'aura donc à réciter en punition de ses actes scandaleux, de sa pollution intellectuelle, de sa bassesse, de ses discours déshonnêtes, de ses propos déplacés, sa mauvaise foi patentée, sa méchanceté recuite, sa jalousie morbide et ses regards impudiques, pour tout dire, son « abyssale médiocrité témoignant du néant vide de sa pensée », que deux Pater et un seul Ave.

Écrit par : Xavier | lundi, 29 décembre 2008

Les commentaires sont fermés.