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vendredi, 21 novembre 2008

La nature de l'homme souillée par le péché

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Saint Augustin, affirmait que la grâce divine est un don absolument gratuit, donné par Dieu, et qu’elle seule peut suppléer à la nature abîmée par le péché de la créature. Cette position, parfaitement conforme à l’enseignement de l’Ecriture, engendra pourtant de vifs débats à l'intérieur de l'Eglise. Or, la doctrine de la grâce, si incomprise, exige que l’on se penche tout d’abord sur ce que l’évêque d’Hippone exposa dans ses écrits, d’où la nécessité de se reporter à l’un de ses textes les plus importants, soit le célèbre « De natura et Gracia » .

 

 

 

 

 

 

 

21:18 Publié dans Du mal | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : philosophie, littérature, réflexion, art |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

La nature de l'homme souillée par la chute dans l'idée de Dieu, voilà le péché originel contre la grâce, Zak !

Écrit par : anonyme | lundi, 24 novembre 2008

Je n'avais pas fait attention, mais il y a un passage intéressant à propos des enfants morts sans baptême dans cette note de Zacharias :

"Saint Augustin affirme que les âmes des enfants non baptisés, dont « toute douleur est exclue de leur peine », ne souffrent en enfer que de la « peine la plus douce » (Enchiridion, 103), c’est-à-dire que ces âmes se trouvent dans un état intermédiaire n’encourant pas véritablement les souffrances de l’enfer mais sont seulement privées de la béatitude du paradis à cause du péché originel qui infecta Adam et toute sa descendance charnelle. C’est de cette difficulté que surgira, au XIIIe siècle, l’idée consolante des limbes (‘‘limbus puerorum’’ ou limbes des enfants), lieu intermédiaire dans lequel les âmes des nouveaux-nés non baptisés se trouvent placées, état d’attente non douloureuse, et encore pour un temps, soit jusqu’à l’heure du jugement dernier ou les mystères infinis de la miséricorde divine pourront s’exercer selon des vues et une volonté qu’il ne nous appartient ni de connaître, ni d’interpréter."

http://zacharias.hautetfort.com/

Écrit par : Hire | vendredi, 05 décembre 2008

La réponse à cette délicate question trouve il est vrai l'élément central d'explication dans le texte des réfutations des erreurs de Pélage par saint Augustin : "...par le fait de leur origine, tous les hommes sont soumis au châtiment, et lors même que tous subiraient en réalité le supplice de la damnation, ce ne serait que rigoureuse justice. Voilà pourquoi ceux qui sont délivrés par la grâce ne sont pas appelés des vases de leurs propres mérites, mais des vases de miséricorde..."

Écrit par : Serrus | jeudi, 11 décembre 2008

Sur le sort des enfants morts sans baptême, Augustin s'en tient à un principe inexorable : ces enfants encourent une condamnation éternelle. " Si en effet, disions-nous, il ne peut y avoir, comme il [Pélage] paraît l'admettre, de vie perpétuelle que pour ceux qui sont baptisés, sans aucun doute la mort perpétuelle atteindra ceux qui meurent sans baptême, car au regard divin un tel sort pour ceux qui n'ont commis aucun péché en cette vie ne peut se justifier qu'en raison du péché originel ." ( Saint Augustin, De gratia Christi et de peccato originali, 2, 22 (BA 22, p. 199).) L'argumentation paraît imparable, mais il révèle une telle injustice qu'il semble avoir effrayé Augustin lui-même. Aussi, sans mettre en question le principe, il en vient à suggérer que la peine à laquelle ces enfants sont condamnés sera " la plus douce possible ".

"On peut être autorisé à dire que les enfants qui meurent sans baptême sont condamnés comme les autres, mais à une peine la plus douce qui soit (damnatio omnium mitissima). On se trompe et on trompe étrangement les autres, quand on dit qu'ils ne seront pas damnés, puisque l'Apôtre enseigne " qu'on sera condamné par le jugement de Dieu à cause d'un seul péché. " Il dit encore un peu plus loin : " Tous les hommes ont été condamnés, à cause d'un seul péché" ( Saint Augustin, De peccatorum meritis et de baptismo parvulorum. 1, 21).

Dans ces conditions, on serait tenté d'invoquer le " préjudice de la naissance " et de dire : mieux vaudrait n'être pas né. S'appuyant sur Matthieu 26, 24 (" Il aurait mieux valu pour lui (Judas) qu'il ne fût pas né, cet homme-là " ), certains disent : plutôt la non-existence qu'une existence de malheur perpétuel. Augustin entend l'objection, mais la récuse. Une existence, même à bonheur réduit, vaut mieux que la non-existence. Quant à savoir de quelle gravité sera la condamnation des enfants morts sans baptême, Augustin avoue finalement qu'il n'en sait rien : " Pour moi, je ne dis pas que les enfants qui meurent sans le baptême de Jésus-Christ doivent subir une peine si grande, qu'il vaudrait mieux pour eux qu'ils ne fussent pas nés, car le Seigneur n'a pas dit cela de tous les pécheurs, mais seulement des plus criminels et des plus impies… Qui peut douter que les enfants qui ne sont pas baptisés, et qui n'ont d'autre péché que celui contracté à leur origine, sans être chargés d'aucuns péchés qui leur soient propres, seront punis plus légèrement que les autres damnés ? Quelle sera la nature et la grandeur de leur châtiment, je l'ignore ; cependant je n'oserais pas dire qu'il vaudrait mieux pour eux ne pas être nés, que d'être dans l'état où ils sont . "
(Saint Augustin, Contra Julianum libri sex. 5, 44. Edition Vivès (1873), vol. XXXI p. 361.)

Écrit par : Sulpice | jeudi, 11 décembre 2008

L'hérésiarque Pélage, qui niait l'existence du péché originel, concluait logiquement que le baptême des petits enfants était inutile. Or, aux yeux de saint Augustin, les enfants participent à la culpabilité d'Adam, chaque être en étant marqué dès sa naissance, alors même qu'ils sont privés de toute capacité de choisir. Le baptême lui apparaîtra comme l'unique voie pour en libérer l'homme. Si saint Augustin maintiendra la nécessité impérative du baptême précoce, c'est donc en raison de l'idée de l'universalité du péché originel, dont personne ne peut être libéré sans le sacrement du baptême, exception faite pour les martyrs, au nombre desquels Augustin compte, ne l'oublions-pas, les saints innocents, "ces bébés qui furent mis à mort par Hérode" ( Saint Augustin, De libero arbitrio III, 68. BA 6, p. 511.).

Écrit par : Valence | jeudi, 11 décembre 2008

La notion de péché originel apparaît chez Augustin dans un traité de philosophie consacré au libre arbitre. La question est métaphysique et la démarche de pensée pour y répondre est rationnelle : comment affirmer un Dieu bon et juste face au malheur du monde - en particulier face à la mort des enfants ?

Pour expliquer ce fait scandaleux, Augustin se réfère à une faute au début de l'humanité. Il donne au mot péché un sens majeur et pour cette raison présuppose - ce que le texte de la Genèse ne dit pas - qu'Adam avait reçu une grâce particulière. Le seul texte qui dans la Bible puisse correspondre a ce qui a été dit par la suite à propos du péché d'Adam est en Ezéchiel dans la complainte sur le roi de Tyr (Ez 28, 11-19). Ce texte fait écho à un mythe de l'homme primitif. Il oriente la théologie dans la direction de l'apocalyptique qui oppose, par delà les affrontements locaux, un engagement des puissances célestes. L'apocalyptique en effet privilégie la figure de la chute pour dire la défaite et le malheur. Elle s'écarte de la thématique patriarcale qui vaut pour le premier Adam. Elle renvoie à une cosmologie qui sort de la linéarité de l'histoire humaine. Ce scénario a une portée métaphysique ; il permet d'innocenter Dieu, qui n'a pas fait la mort ni le mal. Il permet aussi d'expliquer que l'homme soit mortel et que toute mort soit justifiée - même celle des petits enfants qui n'ont pas pu pécher au sens moral du terme. La vie présente est l'effet d'une grâce qui suspend l'exécution d'une juste sentence. Cette doctrine permet de montrer le caractère nécessaire du baptême des petits enfants pour leur salut. Sans le baptême ils vont en Enfer.

La notion de péché originel prend alors un sens précis. L'expression désigne la faute du patriarche de l'humanité dont les conséquences pèsent sur tous ses descendants. En toute connaissance de cause - c'est donc un péché grave -, Adam a perdu les dons de Dieu. Il a transmis à ses descendants une nature corrompue. L'homme est incapable de faire le bien par ses seules forces.

Écrit par : Synésius | vendredi, 12 décembre 2008

À propos d’un enfant mort sans baptême, le grand prédicateur Bossuet déclare : « Il est enfant d’Adam, voilà son crime. » Jusqu’au début du XVIIIe siècle, dans plusieurs pays, l’Église refuse donc l’inhumation des enfants morts sans être baptisés en terre consacrée.

Écrit par : Lozère | vendredi, 12 décembre 2008

La tradition protestante est assez identique. Calvin pense que les enfants non baptisés ne sont sauvés que si leurs parents sont chrétiens ; les autres sont abandonnés en enfer.

Écrit par : Lozère | vendredi, 12 décembre 2008

Les âmes existent dans l'éternité de Dieu avant de venir dans un corps de chair où elles sont en exil, dans l'attente de leur délivrance. Cette vision pessimiste traverse toute l'oeuvre de saint Augustin qui présente l'humanité comme "massa damnata". L'existence humaine est de ce fait ontologiquement marquée par le mal. Cette vision est corrélative, ne l'oublions pas, de l'insistance avec laquelle S. Augustin parle de la grâce.

Écrit par : Valence | vendredi, 12 décembre 2008

Adam a péché par orgueil, et son péché a réduit effectivement toute l'humanité à une "massa damnata" : une masse condamnée à la mort. Si le médecin est devenu nécessaire, c'est que nous sommes tous atteints par cette maladie d'Adam qui se transmet de génération en génération : "Omnis homo Adam" (in Jo Ev. 3, 3) : tout homme est Adam. Si l'on veut extirper le mal, il faut donc s'attaquer à sa racine, l'orgueil.

Dans ses commentaires de l'évangile de Jean, saint Augustin précise : « Le principe de toutes les maladies est l'orgueil… Quand le médecin suit une maladie, s'il soigne les effets qui proviennent de quelque cause particulière sans soigner la cause même qui est à l'origine du mal, il paraît pour un temps lui porter remède, mais, comme la cause demeure, la maladie revient ... Pour soigner par conséquent la cause de toutes les maladies, c'est-à-dire l'orgueil, le Fils de Dieu est descendu et s'est fait humble » (In Jo Ev. 25, 16).

Seule la voie de l'humilité peut guérir de l'orgueil. C'est la voie choisie par le Christ. Il importe donc de mettre sa confiance dans « l'humble avènement du Fils de Dieu » (in Ps 13, 7), et d'entrer dans cette voie de l'humilité. Or, rien n'est plus difficile à vaincre que l'orgueil : « C'est la dernière (faute) de ceux qui reviennent à Dieu, comme elle fut la première de ceux qui se sont éloignés de lui » (in Ps 18, I, 14). L'orgueil est un mal chronique, dont seul peut nous guérir le Verbe fait chair. C'est pourquoi, Augustin presse les fidèles à s'attacher au Christ humble et de fuir les idées faussées de leur propre esprit déterminé au Mal :
« Pourquoi t'enorgueillir, ô homme ? Dieu s'est fait humble à cause de toi. Tu aurais peut-être honte d'imiter un homme humble, imite du moins un Dieu humble. Le Fils de Dieu est venu dans un homme humble, et s'est fait humble : il t'est commandé d'être humble, il ne t'est pas commandé de tomber de ton rang d'homme à celui de la bête. Lui, Dieu, s'est fait homme, toi, ô homme, reconnais que tu es un homme : toute ton humilité consiste à reconnaître ce que tu es… » (in Jo Ev. 25, 16).

Écrit par : Lapide | vendredi, 12 décembre 2008

Pour obtenir le secours du Divin Réparateur, il faut d'abord être conscient de la gravité du mal, insister, lutter, prier. Il faut d'abord avoir le désir de guérir. Seule l'absence de désir peut tenir en échec la compétence du Sauveur : « Leurs infirmités ont été multipliées », non pour les perdre, mais pour leur faire désirer le médecin. “Alors ils se sont hâtés”. C'est donc à la vue de leurs infirmités devenues plus nombreuses, qu'ils se sont hâtés de chercher leur guérison… » (Augustin, Commentaires, Ps 15, 4).

Dans son commentaire du psaume 6, un psaume de supplication, saint Augustin observe que le Seigneur tarde souvent à répondre. En réalité, le retard qu'il met à nous répondre n'est pas le signe d'une absence : « Dieu ne s'est jamais éloigné de nous, mais c'est nous qui nous sommes détournés de lui » (Ibid., Ps 6, 5).

C'est un retard pédagogique : il tend à éduquer l'âme, en lui faisant prendre conscience des profondeurs de son mal, et donc du châtiment qu'elle mériterait, et d'autre part il lui fait ainsi davantage désirer le médecin : « Qui ne comprend qu'il s'agit ici de l'âme qui lutte contre ses maladies ; de l'âme que le médecin a délaissée depuis longtemps déjà, afin de lui faire sentir dans quels maux elle s'est précipitée d'elle-même par le péché ? … Il ne faut donc point accuser Dieu de cruauté… Il faut le regarder au contraire comme le bon conseiller de l'âme, à laquelle il fait comprendre quels maux elle s'est elle-même créés… Il veut aussi lui apprendre quel immense châtiment est préparé pour les impies qui refusent de se convertir à Dieu, puisque ceux même qui se convertissent éprouvent tant de difficultés pour arriver au salut.… » (Ibid., Ps 6, 4).

Écrit par : Sulpice | vendredi, 12 décembre 2008

Voici le texte dans lequel Bossuet explique avec une grande clarté doctrinale les terribles conséquences de la faute originelle sur les fils du péché, texte comportant la fameuse phrase d'une profonde justesse théologique : "Il est enfant d'Adam : voilà son crime. C'est ce qui le fait naître dans l'ignorance et dans la faiblesse."



«Il y a une grande affliction, et un joug pesant sur les enfants d'Adam, depuis le jour de leur sortie du sein de leur mère jusqu'au jour de leur sépulture dans le sein de la mère commune (Eccli., XL, 1 et seq.). » Nos misères commencent avec la vie, et durent jusqu'à la mort : nul ne s'en exempte. Quatre sources intarissables les font couler sur tous les états et dans toute la vie : « les soucis, les terreurs, les agitations d'une espérance » trompeuse, « et enfin le jour de la mort : » les maux qui viennent de ces quatre sources empoisonnent toute la vie : tout en ressent la violence et la pesanteur, « depuis celui qui est assis sur le trône jusqu'à celui qui est abattu à terre et sur la poussière ; depuis celui qui est revêtu de pourpre et des plus belles couleurs jusqu'à celui qui est couvert d'une toile grossière et crue: on trouve partout fureur, jalousie, tumulte, incertitude et agitation d'esprit, les menaces d'une mort prochaine, les longues et implacables colères, les querelles et les animosités.» Quelle paix parmi tant de furieuses passions? « Elles ne nous laissent pas en repos pendant le sommeil. Dans le silence et la tranquillité de la nuit, dans la couche » où l'on se refait des travaux du jour, on apprend, on expérimente un nouveau genre de trouble. « A peine a-t-on goûté un moment les douceurs d'un premier sommeil ; et voilà qu'il se présente » à une imagination échauffée « toutes sortes de fantômes et de monstres, comme si l'on avait été mis en sentinelle » dans une tour. On se trouble dans les visions de son cœur. «On croit être poursuivi par un ennemi furieux, comme dans un jour de combat : on ne se sauve de cette crainte qu'en s'éveillant en sursaut : on s'étonne d'une si vaine terreur, » et d'avoir trouvé tant de périls dans une entière sûreté. On a peine à se remettre d'une si étrange épouvante, et on sent que sans aucun ennemi on se peut faire à soi-même une guerre aussi violente que des bataillons armés. Les songes nous suivent jusqu'en veillant. Qu'est-ce que les terreurs qui nous saisissent sans sujet, si ce n'est un songe effrayant? Mais qu'est-ce que l'ambition et une espérance fallacieuse qui nous mène de travaux en travaux, d'illusion en illusion, et nous rend le jouet des hommes, sinon une autre sorte de songe qui change de vains plaisirs en des tourments effectifs ? Que dirai-je des maladies accablantes, « qui inondent sur toute chair, depuis l'homme jusqu'à la bête, et cent fois plus encore sur les pécheurs? » Et où arrive-t-on par tant de maux, et à quelle mort ? Laisse-t-on du moins venir la mort doucement et comme naturellement, pour nous être comme une espèce d'asile contre les malheurs delà vie ? Non ; l'on ne voit que des « morts cruelles : dans le combat, dans le sang, l'épée, l'oppression, la famine, la peste, l'accablement, tous les fléaux de Dieu : toutes ces choses ont été créées pour les méchants, et le déluge est venu pour eux. » Mais le déluge des eaux n'est venu qu'une seule fois : celui des afflictions est perpétuel, et inonde toute la vie dès la naissance.

Après cela peut-on croire que l'enfance soit innocente ? O Seigneur ! « Vous jugez indigne de votre puissance de punir les in-nocens ' : » pourquoi donc répandez-vous votre colère sur cet enfant qui vient de naître? A qui a-t-il fait tort? De qui a-t-il enlevé les biens? A-t-il corrompu la femme de son prochain ? Quel est son crime, et pourquoi commencer à l'accabler d'un joug si pesant? Répétons encore : « Un joug pesant sur les enfants d'Adam (Eccli., XL. 1.— S. August., lib. IV contra Julian. cap. XVI, n. 83.). » Il est enfant d'Adam : voilà son crime. C'est ce qui le fait naître dans l'ignorance et dans la faiblesse ; ce qui lui a mis dans le cœur la source de toutes sortes de mauvais désirs : il ne lui manque que de la force pour les déclarer. Combien faudra-t-il le tourmenter pour lui faire apprendre quelque chose ? Combien sera-t-il de temps comme un animal ? N'est-il pas bien malheureux d'avoir à passer par une longue ignorance à quelques rayons de lumière ? « Regardez, disait un saint, cette enfance laborieuse de quels maux n'est-elle pas opprimée? Parmi quelles vanités, quels tournions, quelles erreurs, et quelles terreurs, prend-elle son accroissement? Et quand on est grand, et même qu'on se consacre à servir Dieu , que de dangereuses tentations, par l'erreur qui nous veut séduire, par la volupté qui nous entraîne, par la douleur et l'ennui qui nous accable, par l'orgueil qui nous enfle ! Et qui pourrait expliquer ce joug pesant dont sont accablés les enfants d'Adam ; ou croire que sous un Dieu bon, sous un Dieu juste , on dût souffrir tant de maux, si le péché originel n'avait précédé? »

Bossuet - Les suites affreuses du péché originel par le chapitre XL de l'Ecclésiastique.

Écrit par : Zacharias | samedi, 13 décembre 2008

"Les âmes existent dans l'éternité de Dieu " Il me semblait que dans son traité sur l'origine de l'âme, S. Augustin était nettement moins tranchant ("ceux qui, comme moi, ignorent l'origine de l'âme;",4ème partie du Traité sur l'origine de l'âme -il est vrai qu'il passe en revue toutes les possibilitès).
Très cher Zak -j'en profite pour vous saluer bien amicalement, je me distraits en ce moment dans le pur divertissement,honte -, vous qui êtes un authentique augustinien, quel fut le fin mot du maître in fine? (Et y en-t-il seulement un?) -question qui peut attendre que Chronos vous baille quelques (sévères) "loisir". (je préfère la prophylaxie des guillemets -ou des paenthèses- à l'idée que vous pourriez avoir de bêtes loisirs. Nous ne sommes pas des bêtes à loisirs que je sache, malgré les constantes blandices du Bélial moderne.)
Si un autre disciple du saint Evèque a la réponse, ce sera aussi très bien. Nous prenons la becquée de la sapience d'où qu'on daigne nous la présenter.
(Radek, je n'oublie pas que je vous dois une réponse. Milles excuses. Mais une femme enceinte ...une âme qui se forme...ne laissent guère de temps, sauf pour de rapides dialogues. Demain ou mardi j'espère avoir un poil de temps en sus)

Écrit par : Restif | dimanche, 14 décembre 2008

Ah ! que le sujet portant sur la nature de l’âme chez saint Augustin est immense et passionnant. Quel fut « le fin mot du maître » sur ce point précis me dites-vous ?

Pour pouvoir approcher sérieusement de la réponse une seule méthode mon cher Restif, l’étude et l’analyse raisonnée de ce qu’écrivit l’évêque d’Hippone. Or, vous le savez, le problème premier d’Augustin portait tout d’abord sur la notion d’immortalité qui préoccupait son esprit si travaillé par les thèses néo-platoniciennes. A ce titre son « Traité sur l’immortalité de l’âme », fit immédiatement suite aux « Soliloques » que l’on néglige bien trop dans l’opus augustinia [cf. l’excellent article « Note sur l'argumentation des Soliloques de Saint Augustin sur l'immortalité de l'âme » par P. Bailhache, Madrid, Augustinus, 1994, vol. 39, pp. 61-74, dans lequel il est montré que les Soliloques contiennent un ensemble d’hypothèses sur lesquelles reposent les arguments plus tardifs d’Augustin, aboutissant à la conclusion que finalement toute ses thèses reposent sur des conceptions originales fort éloignées des conceptions païennes]. Bien évidemment saint Augustin essaie de concilier dans un premier temps la tradition platonicienne avec le christianisme, déclarant qu’il y a une grande vérité dans les visions préparatoires et balbutiantes des grecs s’agissant de l’âme et de son essence immatérielle et éternelle, mais le vrai problème qui va surgir chez lui apparaît avec la question de la résurrection (vaste débat traversant la chrétienté dès ses premiers instants et qui agita encore bien des pages de ce lieu encore récemment), et de son mode particulier d’accomplissement et de réalité.

Jean-François Petit, en fin augustinien (frère des Augustins de l’Assomption), met nettement en lumière les difficultés : « La première mention de la résurrection apparaît dans le De quantitate animae[La grandeur de l’âme, Bibliothèque augustinienne, 5, DDB, 1948.]. Cet ouvrage est écrit en 388 à Rome peu après le retour d’Augustin de Cassiciacum. Il est formé, nous dit-il, d’un dialogue avec son ami Evodius, qui deviendra plus tard évêque d’Uzale. Ce dialogue est centré sur les nombreuses questions concernant l’âme humaine : qu’est-ce que l’âme ? Peut-elle subsister, après cette vie, sans être unie à un corps ? Peut-on décrire l’âme comme un corps étendu, une « grandeur », au sens spatial du terme ? Les réponses sont d’abord d’ordre philosophique. Mais Augustin n’oublie pas qu’il est chrétien. Evodius et lui avancent pas à pas, cherchant à résoudre progressivement les difficultés de leur recherche. C’est au terme de ce dialogue qu’Augustin finira par invoquer les « divines Ecritures » (§75) et confesser sa foi en la résurrection. La résurrection est présentée comme un « voyage vers le soleil », une « sortie du corps » – autant d’expressions compréhensibles pour un lettré de l’Antiquité. » Le thème central qui va donc traverser la pensée d’Augustin en cette période fut celui non pas de l’immortalité, quasi évident, mais de la « purification » de l’âme afin qu’elle puisse parvenir à Dieu. Cet itinéraire, loin d’être simple, fait l’objet de plusieurs suppositions non satisfaisantes qui déçoivent Augustin : «Pour un lettré de l’Antiquité envisageant une vision de Dieu comme totalement accessible dans cette vie, l’immortalité de l’âme n’était rien, sauf la continuation de la vie spirituelle commencée ici-bas. Les premiers dialogues d’Augustin montrent sa difficulté à se départir de cette perspective. Dans le chapitre « le futur perdu » de sa biographie d’Augustin, Peter Brown a tenté d’analyser cette question[La vie de saint Augustin, Seuil, 2001, p. 189-203] : Augustin avait pensé trouver dans le platonisme chrétien la promesse d’une réconciliation entre l’idéal de la sagesse antique et la sainteté chrétienne. A son époque, les chrétiens cultivés croyaient fermement que leurs saints avaient réalisé un idéal comparable à la sérénité recherchée par les philosophes. Il faudra du temps à Augustin pour se départir de ce rêve de perfection lié à la seule purification de l’âme. Les Confessions donneront ainsi par la suite le témoignage d’une réévaluation négative des possibilités d’extases contemplatives obtenues par des méthodes purement philosophiques. » (Ibid.)

Il faut dès lors attendre l’an 400, et son traité d’exégèse « La genèse au sens littéral » pour voir saint Augustin établir un lien direct entre le corps animal et le corps spirituel : Adam avait un « corps animal. Celui-là n’a pu être changé. Seul son « corps spirituel » a pu être l’objet de la résurrection. Il en conclut : « Sans doute notre corps animal sera-t-il changé en corps spirituel – car c’est un corps animal qui est semé, c’est un corps spirituel qui ressuscite »[ La genèse au sens littéral, Bibliothèque augustinienne, 48, DDB, 1972, p. 491.] Cette conclusion provient d’une intense méditation de la Genèse aboutissant à une position relativement radicale qui reste encore globalement incomprise et suscite des résistances aiguës chez beaucoup de ceux qui se confrontent avec la pensée augustinienne : si Adam n’avait pas péché, son corps aurait été préservé de la mort. Tel n’a pas été le cas. En conséquence, si nous devons être rénovés à l’image du Créateur, ce ne peut être que « selon l’esprit », non selon notre corps mortel, pensée du docteur d’Hippone qui se trouve déjà exprimée en 398 dans le « Contra Faustum Manichaeum », puisque Augustin y parle d’une « restauration de l’homme intérieur, renouvelé après l’image de son créateur, extirpant ce qu’il n’est pas juste du « vieil homme », le nouvel homme devenant de son côté « participant des cieux » ( XIV, 2).
Le corps humain tel que nous le connaissons, ne pourra prendre part à la résurrection, puisque ce corps est une « prison » pour l’âme. L’âme, selon Augustin, travaillera dès ce monde à se dépouiller de ses attachements ataviques : « L’âme devient meilleure en se dépouillant de ce qu’elle reçoit par le corps, lorsqu’elle se détourne des sens charnels et se réforme selon les harmonies divines de la Sagesse »[Bibliothèque augustinienne, 7, DDB, 1947, p. 377] C’est une affirmation fondamentale qui constitue d’ailleurs le thème central du « De fide et symbolo » traité qu’Augustin destinait aux membres du concile de Carthage (lors de la discussion sur l’incarnation du Verbe, il accepta que le terme « chair » puisse lui être attribué, mais en insistant vigoureusement sur le fait que l’expression de Paul ne peut être passer sous silence : « la chair et le sang n’hériteront pas du royaume des cieux » (1 Corinthiens 15, 50). Ainsi, l’homme étant sujet à la corruption (Romains 1, 23), Augustin soutiendra avec force que le corps céleste ne sera pas le même que le corps terrestre : « Il arrive souvent que certains s’offusquent, parmi les infidèles du paganisme ou parmi les hérétiques, de notre foi en la translation d’un corps terrestre dans les cieux. Les païens surtout de nous adresser à l’envi les arguments des philosophes pour montrer que la présence d’un objet terrestre dans le ciel est impossible. C’est qu’ils ignorent nos Ecritures et ne savent pas qu’il est dit : « un corps animal est semé et il lève un corps spirituel (1 Co 15, 44) [ De la foi et du symbole, Bibliothèque augustinienne, 9, DDB, 1947, p. 43] »

En conclusion, il me semble que l’idée clé de saint Augustin à propos de l’âme, et son ultime idée pour ce qui est de notre sujet, pourrait bien être celle-ci, à savoir cette pensée qui fut si présente dans le souhait des « Soliloques » : « Noverim me, noverim te… » Cri profond et essentiel : « Que je me connaisse, que je te connaisse », exprimé avec l’ardeur absolue de rencontrer Dieu immédiatement, c’est-à-dire sans médiation, sachant que ce : « je me connaisse moi-même », signifiait bien pour Augustin « mon âme » en tant que lieu de l’expérience souveraine et ineffable, lieu dynamique et lumineux en attente de sa transformation substantielle - non pas propriétaire d’une essence fixe et immobile, car dans le mystère de l’union l’âme a à parachever sa vie - et qu’il importe de ce fait de ne surtout pas gaspiller notre temps ici-bas dans l’oisiveté et les occupations frivoles puisque la fine pointe de nos âmes est appelée à s’immerger dans les plus hauts secrets de la Divinité, ceci expliquant d’ailleurs la grande faveur des conceptions de l’évêque d’Hippone chez Jean Duns Scot ou saint Bonaventure [je rajoute, ce qui ne vous sera pas indifférent que le § XI des « Soliloques », fut, en autres, l’un des textes qui aura une influence non négligeable sur Heidegger].

Que le Noël qui s’annonce vous comble des joies septiformes de l’Esprit dont cette période de l’Avent devrait être la préparation intérieure, ma pensée s’étendant évidemment aux âmes qui vous sont proches, et plus particulièrement à celle qui avance dans l’espérance de la « Lumière ».

Écrit par : Zak | mardi, 16 décembre 2008

Quelle justesse dans l'expression de sa recherche de Dieu chez saint Augustin que cette insistance sur la vie intérieure de l'âme !

La vérité avec lui-même lui fait trouver Dieu. C'est dans ce passage des Confessions (X, 27, 38), qu'il retrace l'itinéraire de sa conversion :

"Bien tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle,
Bien tard je t'ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c'est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ;
j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touché, et je me suis enflammé pour ta paix."

A travers ce texte, nous voyons une oscillation entre l'extériorité qui est dispersion, et l'intériorité qui est unification.
Quand le cœur s'aperçoit que l'attachement au monde n'est qu'une forme d'aliénation, il est déjà prêt à renouer avec la Vérité qu'il porte à l'intérieur de lui-même. C'est l'expérience qu'Augustin a faite et il va chercher à la partager avec d'autres. Le retour ou l'ascension de l'âme vers Dieu, qui se fait par degrés, est rendu possible grâce à la présence de Dieu à l'âme : "Dieu demeure de telle sorte dans les cœurs des hommes que si un homme se détache de Lui et tombe, Dieu reste en Lui-même. Il vous soulève " (Commentaire Ps 45, 9).

Écrit par : Lapide | mercredi, 17 décembre 2008

Extrait d'un texte fort intéressant de Urs von Balthasar :

"Pour saint Augustin, Dieu est la lumière qui éclaire l'âme et lui fait voir en elle même toutes les choses qu'elle comprend véritablement dans cette même lumière qui n'est autre que Dieu.

L'âme ne pourra voir Dieu qu'avec sa substance rassemblée et unifiée pour devenir une totalité où le fond de l'âme (memoria), esprit de l'âme (spiritus) et amour de l'âme (dilectio) coïncident substantiellement. Dans cette coïncidence se réalise sa vraie nature d'esprit il devient le reflet de la lumière trinitaire et par là capable de voir Dieu.

Augustin a par ailleurs une vision large du cogito : "je suis, je vie, je pense". Les trois termes ont une unité même si l'intelligence est supérieure. Etre pour vivre, vivre pour comprendre. Préférer à une certaine vie, une vie meilleure ce qui suppose une progression. Pour Augustin, l'intelligence dépasse la cogitatio et peut arriver ainsi à la réalité de l'être. Le Cogito requiert l'illumination, en effet, pour lui, l'esprit fini ne peut juger autrement que dans la lumière induisant un rapport nécessaire et libre entre le fini et l'infini. L'homme ne peut se hausser de lui-même jusqu'à la ressemblance. Il faut que la vérité de Dieu montre sa face, se présente, se laisse embrasser pour qu'il y parvienne. Cela nécessite une dépersonnalisation achevante du moi, une absence d'envie à la différence de l'accaparement égoïste de la vérité divine qui est le mouvement caractéristique du péché et de la chute.

Chez saint Augustin, la participation créatrice à l'être est donc participation graduée à l'unité divine."

Cf. Hans URS von BALTHASAR La Gloire et la Croix Tome 2 Styles d'Irénée à Dante Cerf DDB Trad. R Givord Edº 1990 DDB.

Écrit par : Quadrige | mercredi, 17 décembre 2008

Urs von Balthasar fait remarquer très justement que saint Augustin est en accord avec Origène lorsqu'il écrit :

- "le Christ est sans beauté sauf pour ceux aux yeux purs pour qui la beauté spirituelle n'apparaît, qu'aux purifiés comme au Mt Thabor."

Réflexion extrêmement pertinente et significative de cette attention au « Noverim me, noverim te… » qui est sans doute l'élement central comme l'écrit Zak, de la théorie de l'âme augustinienne.

Écrit par : Hadrien | mercredi, 17 décembre 2008

Je vous remercie Zak. Profondément. Si tout le texte me passionne j’ai été tout particulièrement touché, saisi, par ce « Noverim me noverim te »,le coeur et l'esprit étreint par l’immense simplicité avec laquelle un homme tel qu’Augustin met toute sa fiance en Dieu, et redevient à sa manière, déjà, « petit enfant ». Il y a quelque chose de bouleversant à voir cet esprit si prodigieux exprimer une telle confiance dans son Père aux cieux. Sa science ne lui importe plus, son savoir lui est si peu, tout est à venir. Oui, je vois bien comment cela se relie à la prudence exprimée sur L’origine de l’âme. Je n’ai plus rien à dire, je vais méditer tout cela et prier pour que cela fructifie. Je suis infiniment touché par vos vœux spirituels. Oh comme j'y pense à cette âme qui vient ! Ce m’est une joie très pure que cette pensée vous est visitée. Soyez bénie vous et les vôtres, ceux qui vous sont chers et précieux, par Dieu,tous ses anges et tous ses saints, maintenant et lors de ce Noël qui arrive et voit le Verbe naître Homme, se faire chair par amour de nous et de notre âme pécheresse. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Écrit par : Restif | mercredi, 17 décembre 2008

Excellente définition de l'âme par Zak. En parfait accord avec la pensée de saint Augustin qui, je le signale, expliqu'il y a dans l’homme, qui est l’image de Dieu, une espèce de trinité , à savoir : l’âme, la connaissance que l’âme a d’elle-même et l‘amour qu’elle a pour elle-même et pour sa propre connaissance ; et ces trois choses sont égales entre elles et de la même essence :

"Comme l’âme et l’amour de l’âme, quand elle s’aime, sont deux choses différentes, ainsi l’âme et la connaissance de l’âme, quand elle se connaît, sont aussi deux choses distinctes. Donc l’âme, son amour, sa connaissance, sont trois choses, et ces trois choses n’en font qu’une, et quand elles sont parfaites, elles sont égales.
En effet, si l’âme ne s’aime pas dans toute l’étendue de son être, par exemple, si l’âme de l’homme limite son amour à l’amour du corps, bien qu’elle soit elle-même plus que le corps, elle pèche et son amour n’est pas parfait. De même si elle s’aime au delà de l’étendue de son être, par exemple, si elle s’aime autant qu’il faut aimer Dieu, bien qu’elle soit incomparablement moins que Dieu, elle pèche aussi par excès et ne s’aime point d’un amour parfait.
Mais la perversité et l’iniquité sont plus grandes encore, quand elle aime son corps autant qu’il faut aimer Dieu. De même si la connaissance est moins étendue que l’objet connu, et qui peut-être entièrement connu, cette connaissance n’est point parfaite.
Mais si elle est plus grande, c’est que la nature qui connaît est supérieure à celle qui est connue, comme il arrive pour la connaissance du corps, laquelle est plus grande que le corps, objet de cette connaissance. En effet, il y a une certaine vie dans la raison de celui qui connaît, et le corps n’est pas vie. Et toute vie est supérieure à un corps quelconque, non en volume, mais en puissance. Mais quand l’âme se connaît elle-même, elle n’est point supérieure à elle-même par sa propre connaissance, puisque c’est elle-même qui connaît et elle-même qui est connue.
Quand donc elle se connaît elle-même et rien du reste avec elle, sa connaissance est égale à elle-même: puisque sa connaissance n’est pas d’une autre nature, vu que c’est elle-même qui se connaît. Et quand elle se connaît tout entière et rien de plus, sa connaissance est égale à elle-même; car la connaissance qu’elle a d’elle-même n’est pas d’une autre nature que la sienne. Et quand elle se connaît tout entière, sa connaissance n’est ni plus petite ni plus grande qu’elle-même. Nous avons donc eu raison de dire que quand ces trois choses sont parfaites, elles sont nécessairement égales."

De Trinitate, Livre IX, Ch. IV.

Écrit par : Eremo | jeudi, 18 décembre 2008

Zak...Comme on ne saurait croire au hasard "le labarum des imbéciles" (Bloy), et que tout est lié, absolument tout,je crois bon de vous prévenir que celui qui s'avançait vers la lumière a surgi aujourd'hui! devançant l'appel de près de cinq jours. Je ne peux que croire que vos bénédictions furent agissantes...
J'étais présent. ET ce qui chante et prie en moi, là, maintenant, n'a pas vraiment de nom. Pensez que notre sauveur fut ce tout petit être...c'est à pleurer d'émerveillement, de pitié, d'adoration.

Ps Merci a Eremo pour ce très beau complément que j'ajoute a mon copier/coller. Et à tous ceux qui se donnent la merveilleuse peine -et joie- d'aboder ces sujets. Bon... je déborde quelque peu d'une ivresse qui ne doit rien à le vigne et tout à un grand mystère de vie. Je pense aux siècles de désobéissance qui pèse sur une toute petite âme...Et cependant, j'espère.

Écrit par : Restif | jeudi, 18 décembre 2008

Je reçois avec gratitude cette heureuse nouvelle, en exprimant toutes mes félicitations à la Maman et à vous ami Restif, vous assurant évidemment de mes voeux les meilleurs et les plus fervents pour cette petite vie que le Ciel vous confie.

Voilà un bien beau Noël en vérité, et une très pure lumière à déposer délicatement dans la crèche... de votre coeur !

Je vous livre en ce jour béni du 18 décembre 2008 ces quelques mots à l'attention de votre enfant, écrits par Bérulle dont vous savez la grandeur d'âme, texte paru en janvier 1629, quelques mois avant la mort du Cardinal. Ils représentent la synthèse de toute la pensée bérullienne sur le Christ et la Vierge Marie, les deux étant inséparables "tellement que parler de Marie est parler de Jésus, et honorer Marie est honorer Jésus, et même c'est honorer Jésus au plus grand de ses oeuvres", comme il le soutenait, et par là nous permettre de voir également, en chaque âme, sa destination spirituelle - d'où mon adaptation en la circonstance.
Bérulle souligna plus que quiconque le lien intime et secret contracté par Marie avec chacune des personnes de la Trinité en vertu de l'Incarnation du Verbe en elle, et donc, depuis ce jour, son rapport particulier avec chaque créature naissant en ce monde :

- "Il naît à petit bruit, sans que le monde en parle et sans qu'Israël même y pense ; mais, si la terre n'y pense pas, le ciel le regarde et le vénère comme celui que Dieu a fait naître pour un si grand sujet et pour rendre un si grand service à sa propre personne, c'est-à-dire pour le revêtir un jour d'une nouvelle nature."

Pierre de Bérulle - Vie de Jésus -

Écrit par : Zak | jeudi, 18 décembre 2008

Zak, voire votre nom et vos mots s’inscrire devant moi, ce soir, cela me touche. Etre un foyer chrétien, aujourd’hui, passer le flambeau, c’est l’une des dernières aventures qui vaillent la peine de voir la famille se regrouper autour de la veilleuse sacrée.
J’ai beaucoup appris aujourd’hui. Etre semblable à un petit enfant, cela signifie qu’on naît par le baptême,certes (et ce ce sens notre fils doit encore naître d’eau et d’esprit) mais il m’a fallu cette expérience pour entrevoir qu’il fallait sans doute s’abandonner à la toute bonté du Père comme le nouveau né qui attend tout de ceux qui ont chéri l’amour jusqu’à vouloir le sanctifier à travers une âme, jusqu'à désirer pkus que tout un être à soutenir dans le chemin périlleux. Nouveaux devoirs, humilité, et sentiment de l’inépuisable amour… Ce Noël nous nous recueillerons, bien loin de la folie commerciale pour remercier, très simplement.

Ps Je me souviens avoir lu mon cher Bloy évoquer un grand personnage de l'Eglise qui entendait les petis enfants lui demander sa bénédiction du sein de leur mère. N'était-ce pas Berulle? Ou le père de Condren peut-être. Je vérifierais. Ah : sachez que je garde vos mots pour le jour où je le jugerai en âge de connaître quel grand personnage vous évoquâtes à sa naissance. Ce sera fait.

Écrit par : Restif | jeudi, 18 décembre 2008

Extraits de présentations de la si belle et si essentielle "Vie de Jésus" de Bérulle :


- "La Vie de Jésus de Bérulle (1629) commence par une " vue grandiose de l'histoire universelle ", depuis l'origine jusqu'à l'Incarnation du Christ. Elle s'achève avant la naissance de Jésus, au seuil historique de sa vie terrestre. Mais entre le préambule historique et la conclusion qui invite à suivre " le Fils de Dieu pas à pas (...) selon le cours des saints mystères ", les 30 chapitres du livre ne proposent que la contemplation d'un moment, l'instant même où Jésus " est entrant dans le monde ". Le texte invite ainsi à une méditation sur cet instant sans durée, image dans le temps de l'éternité divine. Il y a lieu d'établir un parallèle entre le contenu du discours bérullien et sa forme. Ce discours cherche à créer dans l'âme non seulement par ce qu'il dit mais par sa façon de dire, de purs instants. La Vie de Jésus n'a pas pour fin de représenter le passé dans son écoulement temporel, mais à faire adhérer à chacun des " mystères " qui ne passent pas."

[Historicité et vie mystique : La " Vie de Jésus " du cardinal de Bérulle in Histoire et philosophie, Beauchesne, 1986, vol. 49, no4, pp. 571-582]

Si Bérulle avait prévu de continuer d'écrire sa "Vie de Jésus", sa mort, survenue le 2 octobre 1629, a fait que ce livre où simplement "elle commence" soit le dernier. Et à bien des égards il porte les caractères d'une dernière œuvre. C'est un livre parfaitement accompli. En outre, quoiqu'il ne se présente en rien comme une confession personnelle, il laisse entendre, plus que les ouvrages précédents, quelque chose de la vie et de l'âme de Bérulle. »

http://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=3721

Écrit par : Sulpice | vendredi, 19 décembre 2008

N'oubliez pas que la chair est satanique (pour aller vite).
Et que le meilleur que l'on puisse souhaiter
à une créature charnelle est de mourir à elle-même,à sa part charnelle,
pour renaître à Dieu.

Ainsi, la question de la reproduction sexuée
et à fortiori humaine,

me laisse perplexe venant de croyants.

Écrit par : Boulard | vendredi, 19 décembre 2008

"Croissez et multipliez"

Écrit par : Restif | dimanche, 21 décembre 2008

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