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dimanche, 19 octobre 2008

KRAFTWERK: DES ROBOTS HUMAINS...TROP HUMAINS!

par RADEK

 

 

 

kraftwerk.jpg

 

 

 

 

Nul n’a pu oublier le mythique groupe allemand Kraftwerk et le concept mythique de robotisation lié à son discours théorique. Avec une image à la froide rigueur, une esthétique singulièrement géométrique, la formation tranchait d’avec les mœurs et attitudes de la pop-music des années 70’s, et cela faisait, avouons-le, grand bien à l’époque. En avance de façon extraordinaire sur son temps, et plus particulièrement au sein du  Krautrock et de la  Kosmische Musik, Kraftwerk inaugura toutes les tendances qui se feront connaître ensuite sous le nom générique de « techno », initiant au passage l’immense vague  « électro-industrielle ».


Une réputation de grande intégrité et d’impeccable discipline, suivait les quatre musiciens du groupe, réputation renforcée par les poses hiératiques à l’indifférente distance savamment calculée qu’ils s’employaient, avec un effort soutenu et un insistant rappel arborant constamment, dans un style soigné,  costumes et cravates, à montrer au public. Nous étions sous le charme. Par ailleurs la dépersonnalisation alla si loin, certains n’hésiteront sans doute pas en ces pages à parler de « désincarnation », que l’on vit les quatre étranges acteurs de Kraftwerk créer des doublures artificielles d’eux-mêmes qu’ils installèrent sur scène afin de les remplacer lors de l’exécution de quelques titres, dont en particulier le célèbre hymne after-punk et pro-soviétique: "We are the Robots"

 

 

 



 

 

Or, une révélation surprenante, venant de quelqu’un hautement impliqué dans l’histoire du groupe pendant plusieurs années, soit l’ancien percussionniste : Wolfgang Flür, a brisé il y a peu cette illusoire image de papier glacé. En effet s’étant décidé à publier un ouvrage de souvenirs intitulé : « Kraftwerk, j’étais un robot », Wolfang Flür, lève le voile sur la réalité existentielle effective qui présidait au quotidien de la formation. On découvre ainsi, au détour de quelques anecdotes curieuses, le comportement plus que détestable, égocentrique et autoritaire des deux fondateurs : Ralf Hütter et Florian Schneider-Esleben (lesquels firent tout pour interdire la publication de l'ouvrage outre-Rhin), conjuguant, avec une autocratique domination, narcissisme exacerbé, mise à l’écart assez basse, manœuvres suspectes, et, peut-être, le pire pour des compositeurs, appropriations d’inventions et même usurpation de morceaux élaborés par d’autres. D’ailleurs la situation et le désaccord prirent un tour si tendu, que Wolfang Flür et Klaus Rôder, l'autre percussionniste, furent sèchement remerciés en 1987, pour, comble de grinçante ironie : « inutilité musicale ! »

Combien se confirment donc les vues considérées, assez légèrement par un manque d’examen attentif, comme excessivement pessimistes sur la nature des créatures, et se brisent, radicalement, les postures préfabriquées par trop abstraites et idéalistes, oublieuses des éléments négatifs qui, depuis l’origine, structurent et constituent l’homme réel. Ce nouvel épisode de désillusion, illustre avec force le fait que la vertu professée en mode simplement naturel est toujours le masque qu’utilise le vice pour se dissimuler ! En effet : « La vertu humaine veut avoir un grand nombre de témoins et d’approbateurs, mais sa vraie inclination n’est pas d’être, mais de paraître. La vraie vertu ne se soucie que d’être ; elle est même bien aise quand on l’ignore ; et ceux qui la pratiquent avec le plus de perfection ne demandent point d’autre témoignage que celui de leur conscience. » (J. Esprit, La Fausseté des vertus humaines, Aubier, 1996, p. 530.)    



A lire :  « Kraftwerk, j'étais un robot »,de Wolfang Flür, Camion blanc, 415 p. Rens. : www.camionblanc.com

Voir également :

 

Culturopoing.com/


Le Tour de France, Kraftwerk et la critique-machine

 

 

 

 

 

 

20:47 Publié dans De la musique | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : musique, musiques, concert, kraftwerk, techno |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Je ne pense pas que ces révélations de polichinelle enlèvent quoi que ce soit à l'aspect Visionnaire de ce groupe monumental. Personnellement je ne me suis jamais amusé à idolâtrer les musiciens que j'apprécie. Il n'y a rien de surprenant à ce que les membres de KRAFTWERK soient "humains trop humains".

Par contre, que "We are the Robots" soit un hymne post-Punk, je n'en doute pas... je doute fort, cependant, que "We are the Robots" fut un hymne pro-soviétique. C'est juste que le terme "Robot" est d'origine Russe... et que les allemands fasse là un clin d'oeil à Isaac Asimov pour son oeuvre "Robots" cela ne m'étonnerait guère...

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Écrit par : Nebo | dimanche, 19 octobre 2008

@ Nebo, je ne vois pas dans cette note en quoi il y a une critique de la valeur musicale du groupe, au contraire même. Ce qui est en question c'est un peu l'attitude "modèle de vertu" qui en prend un coup dans l'aile. Quant à la nature des déclarations de Wolfang Flür on ne peut pas qualifier de "révélations de polichinelle" son témoignage; c'est quelqu'un qui fut membre pendant 13 ans du groupe tout de même ! (74-87).

Écrit par : Conti | dimanche, 19 octobre 2008

Pour ce qui est de la fascination pro-soviétique de Kraftwerk à l'époque de "Man-Machine" c'est une évidence, le titre qui exprime l’oxymore thématique du CD, est inscrit en plusieurs langues dans une police d’usine également en russe dans des symboles rappelle directement les affiches de propagande soviétique.

Écrit par : Vladimir | dimanche, 19 octobre 2008

Pas de doute Vladimir, la pochette rend un hommage clair a l’art constructiviste russe du début des années 20, c'est d'ailleurs une copie d'une affiche du peintre Lissitzky. D'autre part la dominante de "rouge" montre clairement que Kraftwerk a été influencé par l’Europe de l’est, avec une allusion “politique” sous jacente incontestable. J'ai le souvenir d'un entretien où Florian disait, alors que Bowie était fasciné par Berlin et qu'il venait de s'y installer, que eux étaient déjà à Moscou ! Et puis on doit pas sous-estimer le fait que le titre de cet album devait se nomme "DYNAMO"...

Écrit par : Frings | dimanche, 19 octobre 2008

On peut-être déçu sans avoir été idolâtre.

Et puis je me souviens que le mot vertueux les a toujours accompagné, ils ont joué à mort la carte image lisse, intègre et cohérente et si on replace tout ça dans le contexte baba cool ça tranchait fameusement avec le joint, sexe, voyage en Inde, guru cheveux dégueulasses, guenilles etc.
Dans une époque où tout volait en éclat, église comprit, voir un groupe qui se tenait bien moi ça me branchait.

Écrit par : Jo | dimanche, 19 octobre 2008

@Radek. Puisque visiblement le sujet vous intéresse, est-ce que l'on pourrait qualifier de "jansénistes" ceux qui furent les humains robots de Kraftwerk ?

Écrit par : Caylus | lundi, 20 octobre 2008

Jansénistes je ne sais pas, mais rigoristes néo-marxistes luthériens sans aucun doute ! C'est assez conforme à l'atmosphère dominante de l'Allemagne d'après-guerre...

Écrit par : Radek | lundi, 20 octobre 2008

Je reste un grand admirateur de la musique de Kraftwerk, mais les faits sont plutôt sérieux. Je lis : "lors de la réédition des albums de Kraftwerk il y a quelques années, les noms de Bartos et Flür furent purement et simplement effacés des pochettes, Hütter et Schneider prétextant qu’ils n’avaient été que des collaborateurs passagers au milieu de beaucoup d’autres à cette époque ! [...] Wolfang Flür ayant fait l’erreur de signer son projet personnel Yamo chez EMI, le même label que Kraftwerk, il a vite compris ensuite pourquoi sa maison de disques mettait aussi peu d’énergie à faire la promotion de sa musique. A l’évidence, il s’agit de ne pas froisser la susceptibilité de Hütter et Schneider…" C'est pas très brillant tout ça...

Écrit par : Fremont | lundi, 20 octobre 2008

Pourtant il faisait même du vélo avec ses copains à l'époque Wolfang.

http://www.youtube.com/watch?v=iJhJGl06uTY&feature=related

Écrit par : Touriste | lundi, 20 octobre 2008

Un bon reportage d'Arte sur le quatuor de Dusseldorf :


http://fr.youtube.com/watch?v=s70ShalVj40&NR=1

Écrit par : Youri | lundi, 20 octobre 2008

Sarkozy activity !

http://fr.youtube.com/watch?v=RfQ1g3Ac6XU&feature=related

Écrit par : Sarkozy activity | lundi, 20 octobre 2008

mais rigoristes néo-marxistes luthériens sans aucun doute !
C'est aller un peu loin Non?!

Écrit par : Jo | lundi, 20 octobre 2008

Pourquoi-pas un brin néo-nazis aussi - parce que l'atmosphère de Trans Europe Express : cheveux courts, costards années 30 (mon album préféré, bien meilleur que Man Machine à mon avis) à des accents un rien Reich d'avant-guerre ...

Écrit par : Fred | lundi, 20 octobre 2008

Il est vrai que pour de jeunes allemands d'après-guerre, chanter avec une certaine emphase romantique les autoroutes sachant quel est le régime qui les a construites...

Écrit par : Edgar | lundi, 20 octobre 2008

la vertu professée en mode simplement naturel est toujours le masque qu’utilise le vice pour se dissimuler

Radek, n'est-ce pas un peu naïf de demander aux artistes de ne point avoir de masque?

Écrit par : Maurice | lundi, 20 octobre 2008

La critique machine du monde de la machine donne en effet un aspect à la fois rétro-futuriste et poético-sociologique à l'attitude de Kraftwerk. C'est là leur réelle pertinence sur le plan de l'idée créatrice, c'est également ce qui fit leur grande force, en un temps où la naïveté triomphante des effluves post-hippies dictaient leurs impératives valeurs à une jeunesse crétinisée jusqu'à l'extrême.
Autant le dire, ce groupe fut génial et magnifique - une rupture assumée et poussée à fond avec l'ambiance dominante à l'époque, osant le costume strict et la nuque dégagée en plein règne dictatorial du pantalon pattes d'éléphants et des chemises à fleurs. Je rejoins Nebo, de grands visionnaires nos amis d'outre-Rhin !

Écrit par : Meinhof | mardi, 21 octobre 2008

Visionnaires et encore très géniaux nos amis de Kraftwerk. Et puis des robots qui ont des défauts (qui n'en a pas ?) c'est merveilleux !


Un bon compte rendu, par Nicolas Julliard, de leur passage au célèbre festival jazz de Montreux en 2005 :


"Adeptes à leur tour de l'image et des technologies mobiles, les quatre musiciens allemands optent désormais pour un dispositif minimal. Quatre ordinateurs portables disposés sur de vastes pupitres, quelques leviers de commande invisibles, et le tour est joué [1]. Dans leurs complets sombres et leurs gestes imperceptibles, ce quatuor d'âge mûr évoque aussitôt l'autorité hiératique d'un meeting politique. Et dans ce G4 de la pop assistée par ordinateur, la parcimonie du mouvement parfait le rêve de l'homme-machine que Kraftwerk appelait de ses voix synthétiques, dès 1978."


La suite ici :


http://www.letemps.ch/dossiers/dossiersarticle.asp?ID=159422



[1] J'ai bien lu votre note Radek portant sur le dernier opus de Laibach ; globalement d'accord avec vous, c'est du grand n'importe quoi sur le plan musical, le degré zéro de la composition sonore et en plus d'une médiocre facilité lorsqu'on voit ce que peuvent générer les computers aujourd'hui. Mais je remarque une chose en regardant leurs vidéos des concerts du B.A.CH. festival sur youtube, c'est leur plagiat pur et simple, au niveau de la scénographie (pupitres ordi portables, écrans), des allemands de Kraftwerk ! comme le montre l'exemple suivant : http://www.laibach.nsk.si/bach.htm

Écrit par : Tsok | mardi, 28 octobre 2008

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