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mardi, 30 septembre 2008

Lettre de Simone Weil à Déodat Roché sur le Catharisme




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Stèle commémorative du bûcher de Montségur
inaugurée en 1960
par la
Société du Souvenir
et des Etudes
Cathares
fondée par Déodat Roché


 

 

 

Simone Weil

(1909 — 1943)

simone_coat.gifJe viens de lire chez Ballard votre belle étude sur l’amour spirituel chez les cathares. J’avais déjà lu auparavant, grâce à Ballard, votre brochure sur le catharisme. Ces deux textes ont fait sur moi une vive impression.

Depuis longtemps déjà je suis vivement attirée vers les cathares, bien que sachant peu de choses à leur sujet. Une des principales raisons de cette attraction est leur opposition concernant l’Ancien Testament, que vous exprimez si bien dans votre article, où vous dites justement que l’adoration de la puissance a fait perdre aux Hébreux la notion du bien et du mal. Le rang de texte sacré accordé à des récits pleins de cruautés impitoyables m’a toujours tenue éloignée du christianisme, d’autant plus que depuis vingt siècles ces récits n’ont jamais cessé d’exercer une influence sur tous les courants de la pensée chrétienne ; si du moins on entend par le christianisme les Églises aujourd’hui classées dans cette rubrique. Saint François d’Assise lui-même, aussi pur de cette souillure qu’il est possible de l’être, a fondé un Ordre qui à peine créé a presque aussitôt pris part aux meurtres et aux massacres. Je n’ai jamais pu comprendre comment il est possible à un esprit raisonnable de regarder le Yahvé de la Bible et le Père invoqué dans l’Évangile comme un seul et même être. L’influence de l’Ancien Testament et celle de l’Empire Romain, dont la tradition a été continuée par la papauté, sont à mon avis les deux causes essentielles de la corruption du christianisme.

Vos études m’ont confirmée dans une pensée que j’avais déjà avant de les avoir lues, c’est que le catharisme a été en Europe la dernière expression vivante de l’antiquité pré-romaine. Je crois qu’avant les conquêtes romaines les pays méditerranéens et le Proche-Orient formaient une civilisation non pas homogène, car la diversité était grande d’un pays à l’autre, mais continue ; qu’une même pensée vivait chez les meilleurs esprits, exprimée sous diverses formes dans les mystères et les sectes initiatiques d’Égypte et de Thrace, de Grèce, de Perse, et que les ouvrages de Platon constituent l’expression la plus parfaite que nous possédions de cette pensée. Bien entendu, vu la rareté des documents, une telle opinion ne peut pas être prouvée ; mais entre autres indices Platon lui-même présente toujours sa doctrine comme issue d’une tradition antique, sans jamais indiquer le pays d’origine ; à mon avis, l’explication la plus simple est que les traditions philosophiques et religieuses des pays connus par lui se confondaient en une seule et même pensée. C’est de cette pensée que le christianisme est issu ; mais les gnostiques, les manichéens, les cathares semblent seuls lui être restés vraiment fidèles. Seuls ils ont vraiment échappé à la grossièreté d’esprit, à la bassesse du cœur que la domination romaine a répandues sur de vastes territoires et qui constituent aujourd’hui encore l’atmosphère de l’Europe.

Il y a chez les manichéens quelque chose de plus que dans l’antiquité, du moins l’antiquité connue de nous, quelques conceptions splendides, telles que la divinité descendant parmi les hommes et l’esprit déchiré, dispersé parmi la matière. Mais surtout ce qui fait du catharisme une espèce de miracle, c’est qu’il s’agissait d’une religion et non simplement d’une philosophie. Je veux dire qu’autour de Toulouse au XIIe siècle la plus haute pensée vivait dans un milieu humain et non pas seulement dans l’esprit d’un certain nombre d’individus. Car c’est là, il me semble, la seule différence entre la philosophie et la religion, dès lors qu’il s’agit d’une religion non dogmatique.

 

deodat roché photos.gif Une pensée n’atteint la plénitude d’existence qu’incarnée dans un milieu humain, et par milieu j’entends quelque chose d’ouvert au monde extérieur, qui baigne dans la société environnante, qui est en contact avec toute cette société, non pas simplement un groupe fermé de disciples autour d’un maître. Faute de pouvoir respirer l’atmosphère d’un tel milieu, un esprit supérieur se fait une philosophie ; mais c’est là une ressource de deuxième ordre, la pensée y atteint un degré de réalité moindre. Il y a eu vraisemblablement un milieu pythagoricien, mais nous ne savons presque rien à ce sujet. À l’époque de Platon il n’y avait plus rien de semblable, et l’on sent continuellement dans l’œuvre de Platon l’absence d’un tel milieu et le regret de cette absence, un regret nostalgique.

Excusez ces réflexions décousues ; je voulais simplement vous montrer que mon intérêt pour le catharisme ne procède pas d’une simple curiosité historique, ni même d’une simple curiosité intellectuelle. J’ai lu avec joie dans votre brochure que le catharisme peut être regardé comme un pythagorisme ou un platonisme chrétien ; car à mes yeux rien ne surpasse Platon. La simple curiosité intellectuelle ne peut mettre en contact avec la pensée de Pythagore et de Platon car à l’égard d’une telle pensée la connaissance et l’adhésion ne sont qu’une seule opération de l’esprit. Je pense de même au sujet du catharisme.

Jamais il n’a été si nécessaire qu’aujourd’hui de ressusciter cette forme de pensée. Nous sommes à une époque où la plupart des gens sentent confusément, mais vivement, que ce que l’on nommait au XVIIIe siècle les lumières constitue – y compris la science — une nourriture spirituelle insuffisante ; mais ce sentiment est en train de conduire l’humanité par les plus mauvais chemins. Il est urgent de se reporter, dans le passé, aux époques qui furent favorables à cette forme de vie spirituelle dont ce qu’il y a de plus précieux dans les sciences et les arts constitue simplement un reflet un peu dégradé. C’est pourquoi je souhaite vivement que vos études sur les cathares trouvent auprès du public l’attention et la diffusion qu’elles méritent. Mais des études sur ce thème, si belles qu’elles soient, ne peuvent suffire. Si vous pouviez trouver un éditeur, la publication de ce recueil de textes originaux, accessible au public, serait infiniment désirable.

S. Weil, Lettre à Déodat Roché de 1941. Cf. Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Paris, Gallimard, coll. « Espoir », 1962, p. 66.

 

 

 

 

 

18:39 Publié dans Philosophie, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (65) | Tags : littérature, philosophie, réflexion, religion, simone weil |  Imprimer | | | | | Pin it!

mercredi, 24 septembre 2008

L’ESOTERISME CHIITE, par RESTIF

 

 

 

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Imam Ali

 

 

Ce que l’Islam à  de plus haut se trouve sans doute être l’ésotérisme chiite, ésotérisme lumineux dont Henri Corbin (1903-1978), élève d’Etienne Gilson et Jean Baruzi, également de Louis Massignon qui lui révèle la « théosophie orientale » de Sohravardi ce qui orientera définitivement sa vocation philosophique, alors qu’après plusieurs séjours en Allemagne, il publie en 1937 la première traduction française d'Heidegger sous le titre « Qu'est-ce que la métaphysique ? », plus tard attaché à l'Institut français d'Istanbul (1939 à 1945), où il sera chargé de fonder le département d'iranologie à l'Institut français de Téhéran, fondant la « Bibliothèque iranienne » où seront publiés les classiques de cette tradition oubliée, ésotérisme donc, dont il a magnifiquement parlé dans les quatre volumes de son monumental « En Islam iranien ».

Nous sommes finalement ici en pays de connaissance. Les grands mystiques persans usent du langage d’un Louis-Claude de Saint-Martin,  et plus encore d’un Jacob Boehme. Henri Corbin a pris  vingt ans de sa vie pour donner un ordre à ce qui lui fut le plus cher, à ce qu’il connût mieux qu’homme au monde (les érudits persans étaient émerveillés par Corbin).
Il écrit dans le livre " Le Chiisme et Iran" : « Cela présuppose que l’on admette l’existence d’univers spirituels permanents, posant à l’homme une interrogation permanente, lui  adressant une invite permanente. On ne peut l’admettre, certes, sans avoir vaincu le "réflexe agnostique" spontané chez l’homme  occidental de nos jours. A qui n’a pas vaincu  ce réflexe il ne reste plus qu’à confondre philosophie et sociologie de la philosophie. Il y a un abyme entre l’une et l’autre ».

 

 

 

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Les douze Imams, de l'admiration des Chiites :

Imam Ali (599-661)
Imam Hassan (624-670)
Imam Hussein (625-680)
Imam Zeyn-el Abidin (659-719)
Imam Bakir (677-733)
Imam Djafer Sâdik (699-765)
Imam Moussa Kazim (745-799)
Imam Riza (765 -818)
Imam Taki (811-835)
Imam Naki (829-868)
Imam Hassan el Askeri (846-874)
Imam Mehdi (870-878)

 


Bien sûr, Corbin use du terme « philosophie » en son sens premier, recherche de la « Sophia », on est loin de Hegel et de Kant, ce qui nous démontre que l’Histoire et la géographie (entres autres facteurs) contribuent à forger des différences essentielles. Ainsi,  on peut se demander si La Perse, d'où provient le principal peuple chiite - n’a pas amené à l’Islam son génie si particulier, celui qui nous avait déjà donné ce dualisme d’où devait surgir le manichéisme si influent sur certaines théories gnostiques, puis Zoroastre enfin le Démon, puisque la très grande majorité - religieux compris quand ils sont savants - des spécialistes des deux testaments et de la figure diabolique s’accordent à reconnaître dans le Satan de Paul et de l’Evangile l’Ahriman iranien (sa très forte influence disons), alors que celui de l’Ancien Testament est l’outil de Dieu, pas son ennemi (cf. le Livre de Job et d ‘autres épisodes où le texte dit « Dieu envoya un Satan »).

Hélas, les croyants refusent trop souvent dans ces cas là d’écouter même les sévères pères dominicains qui marchent la main dans la main avec leurs collègues protestants et agnostiques - les textes sont là et on voit combien est différent le Satan juif et l’être d’iniquité de saint Paul, le « Prince de ce Monde » de l’Evangile, tentateur de Notre Seigneur. Reste évidemment le serpent de la Genèse « le plus rusé de tous les animaux » dans lequel il est bien difficile de ne pas reconnaître « notre » Satan et qui ici intervient bien comme un ennemi du projet divin.

Nos chercheurs n’ont pas d’explications à cela, mais ils ont raison sur les autres apparitions de l’Adversaire dans l’Ancien Testament (je ne dis pas que d'autres pensées soient inconcevables : de toute manière le diable n'est pas le plus petit mystère de la Bible et de la théologie chrétienne!).

 

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Henri Corbin (1903-1978)

 

 

Tout ceci pour dire que la civilisation Perse à toujours eu un génie singulier, que nous lui devons énormément et qu’il n’est donc pas tellement étonnant que le plus grand mysticisme islamique, son ésotérisme le plus riche ne soit pas arabe ( le plus riche et le plus ouvert si on en croit ces textes « soufis-shiite » ou des chrétiens interviennent (cf. « Le livre du dedans », Rûmi) et discutent avec la petite assemblée des initiés - certains disent que les Templiers avaient de fraternelles accointances avec certains surgeons soufis… on retrouve d’ailleurs le Graal -La lumière de gloire et le Saint Graal, Henri Corbin, en islam iranien, t.2, chap.IV) et même une chevalerie mystique, lire le Futuwa. D’après Corbin le véritable ésotérisme iranien n’a RIEN de prosélyte, bien au contraire… Et comme tous les gens sérieux il est infiniment discret

 

 

 

 

 

22:43 Publié dans Sédévacantisme | Lien permanent | Commentaires (113) | Tags : islam, musulman, religion, spiritualité, religions |  Imprimer | | | | | Pin it!

mardi, 16 septembre 2008

Les Pensées de Pascal sur France Culture

 

 

 

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A écouter 

5 émissions sur




par

Raphaël Enthoven









A douze ans, Pascal découvre tout seul que la somme des angles d'un triangle est égale à deux angles droits.
À seize ans, il rédige un Essai sur les coniques.
À dix-neuf ans, pour aider son père dans son travail de comptabilité fiscale, il invente la calculatrice, la "Pascaline", qui additionne, soustrait, multiplie et divise, grâce à un système composé de six roues à dix dents.
En 1648, Pascal confirme la réalité du vide et de la pression atmosphérique, avant d’établir la théorie générale de l'équilibre des liqueurs.
Pascal participe également à l'assèchement des marais poitevins, crée les premiers transports en commun - des lignes de carrosses à cinq sols qui circulent dans Paris. Puis il invente la presse hydraulique, clarifie le calcul infinitésimal, et fonde avec Fermat le calcul des probabilités.
Qui, mieux que lui, pouvait dire que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » ?


Gérard Ferreyrolles professeur de littérature française à l'université Paris-Sorbonne sera l'invité de cette émission.

Auteur de "Pascal et la raison du politique" (PUF, 1984), "Les reines du monde. L'imagination et la coutume chez Pascal" (Champion, 1995) il dirige la revue "Les Amis de Bossuet" et vient de publier, en collaboration, un Bossuet aux Presses de l'université Paris-Sorbonne (septembre 2008).

 

 

 




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Vue de l'abbaye de Port-Royal des Champs, (d'après Madeleine Hortemels).

 

 

‘‘Port-Royal et la tradition chrétienne d’Orient’’

 

 

 

Icône de saint Augustin

 

 

Par ailleurs, un colloque sur "Port-Royal et la tradition chrétienne d'Orient" se déroulera au couvent dominicain de Montpellier du 25 au 27 septembre prochain.

Présentation: "Le mouvement de Port-Royal a en effet favorisé le retour aux sources patristiques et le respect de la Tradition chers aux Églises d’Orient. Les Messieurs se sont intéressés aux Pères grecs alors souvent méconnus, et ils ont su les concilier avec leur vénération pour saint Augustin. Se laissent deviner des analyses proches, autant que d’importantes différences que ce colloque voudrait explorer."


Plusieurs orthodoxes participeront à ce colloque, notamment l'archimandrite Placide (Deseille), Michel Stavrou, Jean-Marie Gourvil. Des intervenants russes seront également présents. Pour plus d'informations et le programme, voir le document joint.