mardi, 30 septembre 2008
Lettre de Simone Weil à Déodat Roché sur le Catharisme

inaugurée en 1960
par la Société du Souvenir
et des Etudes Cathares
fondée par Déodat Roché
(1909 — 1943)
Je viens de lire chez Ballard votre belle étude sur l’amour spirituel chez les cathares. J’avais déjà lu auparavant, grâce à Ballard, votre brochure sur le catharisme. Ces deux textes ont fait sur moi une vive impression.
Depuis longtemps déjà je suis vivement attirée vers les cathares, bien que sachant peu de choses à leur sujet. Une des principales raisons de cette attraction est leur opposition concernant l’Ancien Testament, que vous exprimez si bien dans votre article, où vous dites justement que l’adoration de la puissance a fait perdre aux Hébreux la notion du bien et du mal. Le rang de texte sacré accordé à des récits pleins de cruautés impitoyables m’a toujours tenue éloignée du christianisme, d’autant plus que depuis vingt siècles ces récits n’ont jamais cessé d’exercer une influence sur tous les courants de la pensée chrétienne ; si du moins on entend par le christianisme les Églises aujourd’hui classées dans cette rubrique. Saint François d’Assise lui-même, aussi pur de cette souillure qu’il est possible de l’être, a fondé un Ordre qui à peine créé a presque aussitôt pris part aux meurtres et aux massacres. Je n’ai jamais pu comprendre comment il est possible à un esprit raisonnable de regarder le Yahvé de la Bible et le Père invoqué dans l’Évangile comme un seul et même être. L’influence de l’Ancien Testament et celle de l’Empire Romain, dont la tradition a été continuée par la papauté, sont à mon avis les deux causes essentielles de la corruption du christianisme.
Vos études m’ont confirmée dans une pensée que j’avais déjà avant de les avoir lues, c’est que le catharisme a été en Europe la dernière expression vivante de l’antiquité pré-romaine. Je crois qu’avant les conquêtes romaines les pays méditerranéens et le Proche-Orient formaient une civilisation non pas homogène, car la diversité était grande d’un pays à l’autre, mais continue ; qu’une même pensée vivait chez les meilleurs esprits, exprimée sous diverses formes dans les mystères et les sectes initiatiques d’Égypte et de Thrace, de Grèce, de Perse, et que les ouvrages de Platon constituent l’expression la plus parfaite que nous possédions de cette pensée. Bien entendu, vu la rareté des documents, une telle opinion ne peut pas être prouvée ; mais entre autres indices Platon lui-même présente toujours sa doctrine comme issue d’une tradition antique, sans jamais indiquer le pays d’origine ; à mon avis, l’explication la plus simple est que les traditions philosophiques et religieuses des pays connus par lui se confondaient en une seule et même pensée. C’est de cette pensée que le christianisme est issu ; mais les gnostiques, les manichéens, les cathares semblent seuls lui être restés vraiment fidèles. Seuls ils ont vraiment échappé à la grossièreté d’esprit, à la bassesse du cœur que la domination romaine a répandues sur de vastes territoires et qui constituent aujourd’hui encore l’atmosphère de l’Europe.
Il y a chez les manichéens quelque chose de plus que dans l’antiquité, du moins l’antiquité connue de nous, quelques conceptions splendides, telles que la divinité descendant parmi les hommes et l’esprit déchiré, dispersé parmi la matière. Mais surtout ce qui fait du catharisme une espèce de miracle, c’est qu’il s’agissait d’une religion et non simplement d’une philosophie. Je veux dire qu’autour de Toulouse au XIIe siècle la plus haute pensée vivait dans un milieu humain et non pas seulement dans l’esprit d’un certain nombre d’individus. Car c’est là, il me semble, la seule différence entre la philosophie et la religion, dès lors qu’il s’agit d’une religion non dogmatique.
Une pensée n’atteint la plénitude d’existence qu’incarnée dans un milieu humain, et par milieu j’entends quelque chose d’ouvert au monde extérieur, qui baigne dans la société environnante, qui est en contact avec toute cette société, non pas simplement un groupe fermé de disciples autour d’un maître. Faute de pouvoir respirer l’atmosphère d’un tel milieu, un esprit supérieur se fait une philosophie ; mais c’est là une ressource de deuxième ordre, la pensée y atteint un degré de réalité moindre. Il y a eu vraisemblablement un milieu pythagoricien, mais nous ne savons presque rien à ce sujet. À l’époque de Platon il n’y avait plus rien de semblable, et l’on sent continuellement dans l’œuvre de Platon l’absence d’un tel milieu et le regret de cette absence, un regret nostalgique.
Excusez ces réflexions décousues ; je voulais simplement vous montrer que mon intérêt pour le catharisme ne procède pas d’une simple curiosité historique, ni même d’une simple curiosité intellectuelle. J’ai lu avec joie dans votre brochure que le catharisme peut être regardé comme un pythagorisme ou un platonisme chrétien ; car à mes yeux rien ne surpasse Platon. La simple curiosité intellectuelle ne peut mettre en contact avec la pensée de Pythagore et de Platon car à l’égard d’une telle pensée la connaissance et l’adhésion ne sont qu’une seule opération de l’esprit. Je pense de même au sujet du catharisme.
Jamais il n’a été si nécessaire qu’aujourd’hui de ressusciter cette forme de pensée. Nous sommes à une époque où la plupart des gens sentent confusément, mais vivement, que ce que l’on nommait au XVIIIe siècle les lumières constitue – y compris la science — une nourriture spirituelle insuffisante ; mais ce sentiment est en train de conduire l’humanité par les plus mauvais chemins. Il est urgent de se reporter, dans le passé, aux époques qui furent favorables à cette forme de vie spirituelle dont ce qu’il y a de plus précieux dans les sciences et les arts constitue simplement un reflet un peu dégradé. C’est pourquoi je souhaite vivement que vos études sur les cathares trouvent auprès du public l’attention et la diffusion qu’elles méritent. Mais des études sur ce thème, si belles qu’elles soient, ne peuvent suffire. Si vous pouviez trouver un éditeur, la publication de ce recueil de textes originaux, accessible au public, serait infiniment désirable.
S. Weil, Lettre à Déodat Roché de 1941. Cf. Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Paris, Gallimard, coll. « Espoir », 1962, p. 66.
18:39 Publié dans Philosophie, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (65) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, philosophie, réflexion, religion, simone weil









































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Commentaires
Écrit par : Radek | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Julien | mardi, 30 septembre 2008
« Dieu a fait à Moïse et à Josué des promesses purement temporelles à une époque où l’Egypte était tendue vers le salut éternel de l’âme. Les Hébreux, ayant refusé la révélation égyptienne, ont eu le Dieu qu’ils méritaient : un Dieu charnel et collectif qui n’a parlé jusqu’à l’exil à l’âme de personne (à moins que, dans les Psaumes) ?… Parmi les personnages des récits de l’Ancien Testament, Abel, Enoch, Noé, Melchisédech, Job, Daniel seuls sont purs. Il n’est pas étonnant qu’un peuple d’esclaves fugitifs, conquérants d’une terre paradisiaque aménagée par des civilisations au labeur des quelles ils n’avaient eu aucune part et qu’ils détruisirent par des massacres — qu’un tel peuple n’ait pu donner grand-chose de bon. Parler de « Dieu éducateur » au sujet de ce peuple est une atroce plaisanterie. Rien d’étonnant qu’il y ait tant de mal dans une civilisation — la nôtre — viciée à sa base et dans son inspiration même par cet affreux mensonge. La malédiction d’Israël pèse sur la chrétienté. Les atrocités, l’Inquisition, les exterminations d’hérétiques et d’infidèles, c’était Israël. Le capitalisme, c’était Israël, notamment chez ses pires ennemis. Il ne peut y avoir de contact « personnel » entre l’homme et Dieu que par la personne du Médiateur. En dehors du Médiateur, la présence de Dieu à l’homme ne peut être que collective, nationale. Israël a simultanément choisi le Dieu national et refusé le Médiateur ; il a peut-être tendu de temps à autre au véritable monothéisme, mais toujours il retombait, et ne pouvait pas ne pas retomber, au Dieu de tribu. »
Simon Weil
Écrit par : Maristella | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Wladimir Lux | mardi, 30 septembre 2008
C'est fort un lapin lorsque ça pense ; mais il faut pas trop en exiger tout de même sur le plan logique sous peine de rester sceptique...
Écrit par : Jojo lapin | mardi, 30 septembre 2008
"Auriez-vous l'amabilité M. Lapin, dans votre grande science historique et théologique relativement curieuse et fort étonnante, de nous donner les noms et adresses exactes des : "vieux clercs jansénistes que Simone Weil consultait lorsqu’elle leur suggérait qu’il fallait purger le christianisme de ses racines juives" (sic) !
Par avance merci de vos précisions attendues...
Ecrit par : Zacharias | mardi, 01 juillet 2008
Écrit par : Henri | mardi, 30 septembre 2008
François d'Assise après son retour de Terre Sainte trouva son ordre fondamentalement changé par les soins de frère Elie, dit Elie d'Assise, personnage ambitieux, ami du Pape et de l'Empereur qui vécut dans le luxe et le pouvoir sans partage, ce qui était une inversion exacte de l'idéal franciscain.
Ce fut une période très triste pour François qui décida d'abandonner son ordre à son destin.
Écrit par : JP | mardi, 30 septembre 2008
Julien, la filiation avec le communisme me semble évidente non?
Bon...un peu d'indulgence c'est pas mon domaine
Écrit par : Enzo | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Julien | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Xavier | mardi, 30 septembre 2008
"Il se trouve ainsi, actuellement, que cette utilisation absurde se révèle être, comme le disait déjà naguère Saint-Simon, « l'inévitable pot au noir pour barbouiller qui l'on veut », et on la retrouve adaptée à toutes les sauces sous diverses plumes indigentes pour signifier souvent n’importe quoi, comme en témoignent nombre de vos textes, qui sont à l’examen un modèle du genre en ce domaine, se distinguant par un emploi vertigineusement inflationniste du terme.
Mais quant à qualifier, et là est vraiment le bouquet si je puis dire, les catholiques qui dialoguèrent avec Simone Weil M. Lapin, à savoir le Père dominicain Marie Alain Couturier (1897 - 1954), qui fut l'un des principaux acteurs du renouveau de l'art sacré en France, ancien élève de Maurice Denis, Le Père Perrin (1905 - 2002), dominicain également, aveugle depuis l’âge de dix ans, actif dans la résistance en aidant les juifs à quitter le territoire français, emprisonné par la Gestapo en 1943, ou plus impressionnant encore, Gustave Thibon (1903-2001), connu comme étant, après-guerre, le « catholique qui osa parler du sexe » se faisant un devoir de lever le tabou du plaisir en proclamant les vertus charnelles de l’amour contre l’érotisme publicitaire, «d’interlocuteurs jansénistes », relève du plus pur délire sémantique et de la fantaisie de très haut niveau de nature authentiquement hallucinatoire.
Sachez donc, que le seul janséniste véritable, du moins par sa formation port-royaliste de jeunesse, autre que Pascal, M. Lapin, qui joua un rôle, certes modeste, mais décelable sur Simone Weil, était mort depuis bien longtemps lorsqu’elle se pencha sur la question du christianisme, il s’agit de Racine (1639-1699).
Lisez, à ce titre, son court commentaire sur Phèdre dans « La pesanteur et la grâce » :
« Qu'importe ce qu'il y a en moi d'énergie, de dons, etc. ? J'en ai toujours assez pour disparaître.
Et la mort à mes yeux ravissant la clarté
Rend au jour qu'ils souillaient toute sa pureté...
Que je disparaisse afin que ces choses que je vois deviennent, du fait qu'elles ne seront plus choses que je vois, parfaitement belles.
Je ne désire nullement que ce monde créé ne me soit plus sensible, mais que ce ne soit plus à moi qu'il soit sensible. A moi, il ne peut dire son secret qui est trop haut. Que je parte, et le créateur et la créature échangeront leurs secrets.
Voir un paysage tel qu'il est quand je n'y suis pas...
Quand je suis quelque part, je souille le silence du ciel et de la terre par ma respiration et le battement de mon coeur.»
Pensez donc à l’avenir, pour contribuer à la crédibilité de votre propos, à l’exactitude de vos définitions, la « science du juste est un critère du vrai » disait Nicole dans sa « Logique ou l’art de penser » … un auteur, je vous l’accorde volontiers pour cette fois, qui enseignait aux enfants placés sous la garde des solitaires de l’abbaye de Port-Royal des Champs, et qu'il n'est pas inutile de relire !
Ecrit par : Zacharias | jeudi, 03 juillet 2008
Écrit par : Jojo lapin | mardi, 30 septembre 2008
d'après Spendius les augustiniens ne bandent pas
A part Zak (enfin, c'est Nebo qui le dit, il a l'air d'en savoir quelque chose
http://ilikeyourstyle.net/2008/09/28/series/
Écrit par : Torquemada | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Henri | mardi, 30 septembre 2008
Nebo est bien plus nuancé dans ses propos que vous ne le laissez croire. Son commentaire est une réponse à Spendius qui dit, parlant du site La Question" :
"Mon pauvre…si vous voulez, je peux y aller faire une blague cochonne.
Le jeu dans ce site, si j’ai bien compris, c’est celui qui bandera le moins souvent dans sa vie gagne, hein?"
Et Nebo de répondre :
"Spendius… vous n’avez pas tout à fait raison… mais pas complètement tort. Ha !
Mon cher Restif, quand la bêtise est telle seul le silence, finalement, s’impose. Le pire c’est que je suis persuadé qu’il est pas né celui qui nous convertirait toi et moi… mais les intervenants de La Question Zak mis à part, et tout du moins pour ce sujet, sont des catholiques à babouches selon la trouvaille d’XP… c’est viscéral… parce que ça sent la merde et pas l’Huile pour oindre… et pour ce qui est de bander, ça bande pour maître Zak, c’est tout."
En d'autre termes, Nebo laisse entendre que seul Zak est digne d'intérêt et que les intervenants, d'une manière générale, bandent pour Zak. Il a bien raison. Enfin, si les Jansénistes se réclament de Saint Augustin, cela ne signifie pas que tous les augustiniens sont Jansénistes. Or, ce sont bien les Jansénistes qui dérangent Nebo ou Restif. J'ai bien suivi là ?
Torquemada, soit vous ne savez pas lire, soit vous le faites exprès pour semer la confusion. Et vous savez qui est père de la confusion dans la Bible ? Hein ?
Bon. En attendant, ce qui est curieux tout de même c'est que les grands esprits, comme Simone Weil, semblent s'intéresser à TOUT. Aux Cathares ou aux Soufis.
Écrit par : Angel | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Falk | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Enzo | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : Torquemada | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : JP | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : JP | mardi, 30 septembre 2008
Au fait l'ange déchu mauvaisement déplumé qui refoule du goulot, pour les explications de texte, même s'ils ont des problèmes d'érections, ils savent encore lire les visiteurs de "La Question" - alors pas besoin de commentaires poussifs délayés à l'eau de vaisselle, il suffit de se rapporter au lien et d'aller lire sur place - c'est compris mon petit oiseau ?
Écrit par : Torquemada | mardi, 30 septembre 2008
Bon, en vouture Simone!
Ah, mais la note qui nous est ici proposé à tout à voir avec les texticulets que pondent les "cervelles fragiles" (tout le monde n'a pas vos neurone d'Hercule mon cher Radek!). En effet, les manichéens sont descendants directes du Zoroastre perse -qu'on dit avoir inspiré Les fidèles d'amour -sous titre du T.3 de Corbin sur la gnose Shiite...- on voit bien qu'il y a quelque rapport... Sauf que lié ce monde là au cathare, historiquement ce n'est pas prouvé. nousy reviendront...un jour.
Il en est bien d'autres des filiations insoupçonnesz dans cette lettrine! Mais que nos sagaces lecteurs se débrouillent. dès que l'abominable tripallium et le sévère Saturne le permettront (bientôt j'espère) je bouclerais cette petite excursion en pays gnostique- bien qu'en vérité elle l'est déjà été par Zak. Les lecteurs ayant de bons yeux auront remarqué qu'il lette les bases d'une excellente lecture de Corbin (à qui il ne ménage certes pas les compliments, parlant d’un « livre remarquable »d’un « auteur de bonne bibliothèque » -plus prudent que moi et plus ferré sur la généalogie des déviances il pose d’avantage de garde-fous, mais je reprendrais tout cela dès que j’aurais un peu plus de temps, non certes pour combatte -je suis pleinement d’accord -mais pour compléter et expliquer.. De toute manière, ) -j'entends par là les prolégomènes d'une lecture critique que j'appel pour moi de mes voeux sur mains autres textes. Le drame de SW, à mon sens, ce drame qui ma conduisit à cette étrange suicide par refus de e nourrir ne peut se comprendre si on ne sait qu’elle décidât de cheminer seule ,privée des lumières de l4Eglise et, pire d’une certaine manière, de la grâce du baptême et de la communion (dont nous avons là une preuve effective. On ne peut se dire catholique sans pratiquer. Péguy fit la même erreur, c’est peu connu. Au moins était-il baptisé, , membre de l’Eglise, ce qui change bien des choses-pour ne pas dire tout. Je pense ici à ceux qui font profession de catholicisme évidemment.
Et je pense donc que le texte de Simone Weil nous montre les dangers qu'il y a à cheminer dans les sentiers de la mystique et de la théologie -à avoir des apparitions du christ comme Simone Weil - hors de toute communauté. Souvenons nous en effet qu'elle ne voulu JAMAIS se convertir au catholicisme. Il faut être cet hybride cauchemardesque né des mains de quelques docteur Moreau, ce résidus de radiation qu'on nomme un communiste chrétien ( Lapinos est-tu là? ) pour prendre comme égérie du catholicisme une femme certes estimable mais qui refusa toujours de l'être! Le massacre des cathares n'est pas à la gloire de l'Eglise, c'est vrai. Mais il faut vir qu'il y avait derrière cela des intérêts économiques. Et politiques. Pouvait-on laisser tout le sud de la France faire sécession. On sait ce que répondront les américains 600 ans plus tard (en gros hein la chronologie!).
Il faudrait avoir la date exacte de cette lettre. Car il me semble que la SW de la dernière période ne pensait plus de même? a vérifier, je la connais fort mal.
Mais ce qui est hautement révélateur dans cette lettre, c'est son destinataire ! Déodat Roché, l'homme qui fit "revivre" les cathares était un hurluberlu de la plus belle eau et fort ami avec Rudolph Steiner. J'espère que quelqu'un ici mieux loti du côté de Chronos nous daignera brosser quelque mignard portrait des croisade par grand vent et hautes turbulences des aléas « mystique » du sieur roché qui écuma comme rat dans son fromage les milieux occultistes de tout poil et obédience de notre capitale avant de trouver son personnage dans celui de "parfait" cathare. Et là on frise non plus seulement le ridicule, mais l'escroquerie. Car la vérité historique la plus certaine c'est qu'on ne sait pas grand chose des cathares. Ils avaient un Evangile spéciale, oui. Lequel? On soupçonne un Saint Jean remanié ou un l’éventuel possession d’un manuscrit venu de la littérature apocryphe -voire d’un des évangile que les savants ne posséderont qu’à partir de Nag-Hammadi. Mais c’est bien plus douteux. Ce qu'on sait par contre c'est que le catharisme fut un surgeons des Bogomiles bulgares, et d’un embrassement manichéen-gnostique dans l’est (gnostique devant s’entendre ici des dualistes pur et dur). Rien là qui soit très digne d’être rapproché de Platon. D’ailleurs, d’après le peu qui nous est arrivé il semble bien que le catharisme était d’une insigne pauvreté doctrinale. Platon ! Celui-là, c'est aberrant de le voir en cette douteuse compagnie, et on s'étonne que l'agrégée de philosophie S.W ait pu "oublier" Et il connaîtra un dernier avatar avec Les lois. Ce prodigieux inventeur de mythe trouvait dans l’absolue stagnation de la civilisation égyptienne sur plus de 3000 ans un motif d’admiration. Il admirait également leurs principes esthétiques qui rejoignaient sa critique de la peinture, cette « imitation d’imitation » (République, je crois). Quoi qu’ilen soit il est hautement comique de voir nommer l’Egypte dans la bouilli pour greffiers en mal de saines souris de la belle S.W. Nous ne connaissons pas de textes philosophiques, mystiques ou théologiques qui aient frappé l’antiquité. Et il faudra attendre Champollion pour connaître le Livre des morts égyptiens. Ficin, de l’académie Florentine et tout l’hermétisme du 16ème siècle commis les mêmes erreurs que Sohrawardi et les gnostiques shiites qui crurent que les « écrits »d’Hermès Trismégistes dataient de Moïse, voire d’avant. L’humaniste Casaubon fit litière de cette prétention.
Je remarque le malaise profond de SW devant la violence de l’Ancien Testament. Je remarque avec tristesse que l’abbé Pierre usât des mêmes mots dans sa défense de Garaudy.
Écrit par : Restif | mardi, 30 septembre 2008
http://fr.youtube.com/watch?v=SGx_IAimILA
Écrit par : Fraternité, Fraternité, Fraternité | mardi, 30 septembre 2008
C'est l'est "embrasé" (non "embrassé) par le gnosticisme-manicheisme.
Enfin la plus belle bourde ! : "Lagrégé de philo S.W auraitdu se rappelerqu'entre le *platon du Phédon et celui du Timée il y a un gouffre (et effectivemment il changea encore au moment des lois suite à ses échecs notamment auprès de Denis)
toutes mes excues pour cette graphie fatiguante. C'était ça ou rien. Peut-être aurai-jedu me taire.
Ps ainsi que je l'ai dit dès que je le pourrai je m'expliquerai sur quelque point dans le fil schiite. De toute façon, je l'avais écrite pour en appeler à des renseignements. N'aurait elle donnée que le dernier texte de Zak que je serais content.
Écrit par : Restif | mardi, 30 septembre 2008
Non! je rêve!
Écrit par : JP | mardi, 30 septembre 2008
Ilys triture l'actualité, balance entre Hara-kiri de la grande époque et Commentaire (en plus libre et plus rapide), Ilys à un côté "Playboy. Que fait-il ici? jene suis pas le seul à me poser la ...question vous savez JP.
Bon, on retourne à Simone?
Écrit par : Restif | mardi, 30 septembre 2008
Écrit par : JP | mardi, 30 septembre 2008
"les manichéens sont descendants directes du Zoroastre perse -qu'on dit avoir inspiré Les fidèles d'amour"
Les fidèles d'amour qui ont inspiré l'écrivain catholique DANTE. Décidément...
Par contre, comme par hasard, les bogomiles en Bulgarie et en Bosnie furent les premiers à se convertir à l'Islam lorsque les turcs débarquèrent entre la fin du 14ème siècle et le milieu du 15ème siècle.
Écrit par : Nebo | mardi, 30 septembre 2008
Historiquement évidemment non, mais sur le plan des idées avec les Fidèles d'Amour puis nos "Parfaits" du Languedoc, comme le dit Nebo, là il y a tout de même des éléments très voisins.
Écrit par : Seraphi | mercredi, 01 octobre 2008
Le problème là dedans, c’est que le Dante que je connais est un thomiste convaincu et un grand lecteur d’Aristote « Lemaître de ceux qui savent » comme il l’appelle. Rien dans son œuvre -Banquet, Monarchie etc ne le relie à des doctrines secrètes ou gnostiques et laComédie est un modèle de Thomisme aristotélicien. Alors ?Alors j’ai bien des problèmes lorsque dans une généalogie on voit surgir ainsi l’hypothèse d’un Dante secret que rien à ma connaissance ne vient prouver. Certains voudraient que l’appartenance à un tiers ordre franciscain soit un signe discret d’appartenance à une société secrète. C’est un peu gros. Corbin lui-même dans le peu que j’ai pu en lire ne tiens pas pour certains cette appartenance de Dante et se montre fort prudent. En vérité, tout part de l’ouvrage d’un personnage qui est l’un des « fou littéraire » dont Blavier fera le portrait : Oui, Seraphi, il y a des éléments. J'en suis fortement d'accord. Le problème est qu'on entre là dans des domaines où tout se compénètre, les hypothèses, de très rares faits, et les plus absurdes appariements. Dans L’amour et l’occident, Denis de Rougemont a voulu voir un rapport très net entre la Dame des cathares et celle chanté par les troubadours. D’autres y voient la Sophia.Et enfin, évidemment, certains y voient des rapprochements avec ces fidèles d’amour qui pour certains feraient le lien entre gnoses d’orient et d’occident. On a voulu que Dante en fasse parte. Bref, on voudrait que toute la poésie des troubadours d’où sortira le dolce stil nuovo et enfin le pétrarquisme (soit une, si ce n’est LA part essentielle de la poésie occidentale !) soit comme un dérivé de la poésie théosophique amoureuse persane. Hum…
Le problème là dedans, c’est que le Dante que je connais est un thomiste convaincu et un grand lecteur d’Aristote « Lemaître de ceux qui savent » comme il l’appelle. Rien dans son œuvre -Banquet, Monarchie etc ne le relie à des doctrines secrètes ou gnostiques et laComédie est un modèle de Thomisme aristotélicien. Alors ?Alors j’ai bien des problèmes lorsque dans une généalogie on voit surgir ainsi l’hypothèse d’un Dante secret que rien à ma connaissance ne vient prouver. Certains voudraient que l’appartenance à un tiers ordre franciscain soit un signe discret d’appartenance à une société secrète. C’est un peu gros. Corbin lui-même dans le peu que j’ai pu en lire ne tiens pas pour certains cette appartenance de Dante et se montre fort prudent. En vérité, tout part de l’ouvrage d’un personnage qui est l’un des « fou littéraire » dont Blavier fera le portrait : http://signes-et-symboles.org/dossiers-symbole/index.php/2007/05/06/77-eugene-aroux-dante-esoterisme.
Franchement,avec de telles personnages qui font du plus grand poète catholique de la fin du moyen-âge un hérétique anti-catholique pré-communiste... La plus grande méfiance est de rigueur (la curiosité n'est évidemment pas interdite, mais tenons compte de ce qu'on sait de manière sûre et certaine avant de spéculer sur ce qui pourrait être et que tout, absolument tout, dément).
Écrit par : Restif | mercredi, 01 octobre 2008
Déodat Roché est né le 3 décembre 1877 à Arques et est décédé également à Arques, le 12 janvier 1978, petit village de l’Aude. Fils du notaire de cette bourgade, il mène pendant ses premières années l’existence libre d’un enfant de la campagne. Ceux qui l’ont connu dans son enfance le dépeignent comme un être à l’intelligence très vive, mais si coléreux que de méchantes langues prétendent encore qu’on devait attacher le garçonnet à un arbre pour le punir de quelque violente révolte. Que d’efforts durent être consentis pour atteindre le calme et la parfaite maîtrise de soi de l’adulte que nous connaissions !
Les parents de D. Roché appartiennent à de très anciennes familles du village, puisqu’on retrouve jusqu’au XIIe siècle les traces familiales de sa mère, femme timide et modeste mais d’une extraordinaire dignité et d’une grande noblesse. Son père appartenait également à une très vieille famille du pays, laquelle compte un certain nombre de médecins et de notaires. Lorsqu’on sait que dans les familles cathares la tradition voulait que le fils aîné soit tisserand, le second médecin et le troisième notaire, on peut supposer que le notaire d’Arques ait eu des ascendants cathares.
Quoi qu’il en soit, le père de D. Roché – qui ne fit jamais fortune – était plus préoccupé par l’histoire des religions que par la possession de biens matériels. Spiritualiste, il s’intéresse aux divers courants religieux et se préoccupe de problèmes sociaux. Libéré des croyances catholiques, il renonce à la prêtrise qu’il envisage pendant un moment, puis s’impose comme modèle de dévouement pour ses concitoyens qui le vénèrent, alors, en raison de sa très grande bonté.
Déodat Roché fréquente l’école du village puis, sous la direction de son père, il entreprend pendant deux ans des études secondaires. Il apprend alors, de bonne heure, l’inanité des récompenses enfantines comme celle des gloires humaines, le dévouement à l’égard des autres, la logique de l’existence de l’Etre dominant le temps et l’espace, sous la direction de celui qui est son confident, son ami, son maître.
Puis l’adolescent quitte le village pour le lycée de Carcassonne où il s’adapte difficilement à la discipline quasi militaire des établissements scolaires de cette époque. Il termine à l’Université de Toulouse de brillantes études couronnées par une double licence de droit et de philosophie. D. Roché entre dans la magistrature où il fait carrière successivement à Limoux et Carcassonne, puis, comme président de tribunal, à Castelnaudary et à Béziers jusqu’en 1943 où il fut mis à la retraite d’office par le gouvernement de Vichy sous l’intolérant et cocasse prétexte : «s’occupe d’histoire des religions et de spiritisme». A cet instant, il se retire à Arques et, disposant alors du temps qui lui manque dans sa vie professionnelle, il réalise son œuvre concernant le Catharisme, en se livrant à un travail considérable de recherches loyales et minutieuses.
Sous l’influence de son père, Déodat Roché se penche sur les religions, sur les mystères de l’Egypte, de la Perse et sur le culte de Mithra. La lecture des Oeuvres de Fabre d’Olivet, d’Éliphas Lévi, puis de l’ouvrage ‘les grands initiés’ de Schuré ont enrichi ses connaissances. L’étude des écrits d’Allan Kardec puis de Léon Denis l’amène à la conception des vies successives. Plus tard, il écrit son ouvrage ‘Survivance et immortalité de l’âme’. Très tôt, il entreprend un long chemin initiatique de libre penseur chrétien. Successivement, il adhère au groupe d’Etudes Esotériques de Paris (dont le directeur était alors Sédir), puis à l’Ordre martiniste où il trouve la voie manichéenne à travers l’œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin. Membre du Grand Orient de France, il préside pendant plusieurs années l’atelier de cette obédience à Carcassonne. Parallèlement, D. Roché essaie de trouver dans la méditation de l’Imitation de Jésus-Christ la source de la charité et de l’amour.
Dès 1897, il découvre le passage à Arques des Croisés de Simon de Montfort et l’histoire locale l’amène à l’étude de l’œuvre des gnostiques, de Valentin en particulier, étude qu’il intensifie progressivement au cours de ses vacances professionnelles puis tout au long des années 1943 à 1978. Les découvertes des manuscrits de la Mer Morte lui permettent d’approfondir sa connaissance du manichéisme et, aux derniers jours de sa vie, il étudie encore aussi la pensée d’Origène. En 1899, il crée un journal à l’existence éphémère : ‘Le Réveil des Albigeois’ qui marque la re-floraison du laurier prédit par la légende.
En 1922, il rencontre enfin, à Dornach en Suisse, le créateur de l’anthroposophie, Rudolph Steiner, dans l’enseignement duquel il croit reconnaître les impulsions du manichéisme.
L’activité intellectuelle de D. Roché se complète par une activité politique : maire d’Arques, il administre avec une justice appréciée de tous, pendant de longues années, cette petite commune des Corbières avec un tel souci du bien général qu’il réalise cette exceptionnelle performance de réunir sous son nom, à chaque consultation électorale, la totalité des votes. Conseiller d’arrondissement, puis conseiller général en 1945, il défend à l’assemblée départementale les intérêts économiques des Hautes Corbières avec tant d’efficacité qu’il remporte l’admiration et l’estime de tous, même de ceux qui n’ont point les mêmes opinions politiques que lui. Cependant, il considère que sa tâche essentielle — sa Mission — est de faire connaître le vrai visage du Catharisme, résurgence du manichéisme.
Dès 1929, il écrit une partie des dialogues qui constituent l’ouvrage ‘L’Église romaine et les Cathares albigeois’. Soucieux de vérité, conscient de l’importance du Catharisme dans l’évolution de la pensée humaine, il essaie de dévoiler aux yeux de ses contemporains les germes d’avenir que contient la pensée cathare et de débarrasser celle-ci de toutes les contre vérités que le fanatisme suscite contre elle.
Tolérant, respectueux de toutes les opinions, révolté par le mensonge et la calomnie, grâce au long chemin initiatique qui est le sien, il est le premier et presque le seul à voir chez les Cathares un maillon de la longue chaîne des initiés allant des mystères de l’Antiquité lointaine à nos sociétés initiatiques modernes.
De 1948 à 1950, il consacre son temps, et une grande partie de ses ressources, à la rédaction et à la diffusion des ‘Cahiers d’études cathares’, modeste revue à l’origine faisant connaître ses recherches et ses travaux à de tous premiers lecteurs dont le nombre grandit très rapidement.
Très vite, viennent vers Déodat Roché et sa revue tous ceux que le Catharisme intéresse ou intrigue. René Nelli (dont le nom s’inscrit au sommaire de divers numéros de la revue), Fernand Niel, Nita de Pierrefeu, Simone Hannedouche et, un peu plus tard, Jean Duvernoy et Michel Roquebert, Marcel Dando d’Angleterre, le docteur Sandkiihler d’Allemagne, Paul Ladame de Suisse et bien d’autres encore collaborent à l’enrichissement des ‘Cahiers d’études cathares’ devenus revue internationale.
En 1950, devant l’intérêt grandissant manifesté à son œuvre, Déodat Roché organise avec quelques amis, un jour d’avril à Montségur, la ‘Société du Souvenir et des Etudes Cathares’ qui, durant près de 30 ans, regroupera obstinément savants, historiens, philosophes représentants du groupe zoroastrien (avec Paul Jouveau du Breuil), gnostiques, enseignants des divers degrés, étudiants, lecteurs de tous les milieux sociaux désireux de mieux connaître le Catharisme.
Des congrès annuels au grand rayonnement se succèdent à Ussat, Lavelanet, à Cordes et à Castres, à Béziers, à Narbonne, à Carcassonne, et Henri Corbin, en particulier, (hum, hum...) vint assister à l’un d’eux alors qu’il était directeur d’Iranologie à l’Institut franco-iranien de Téhéran.
Déodat Roché, se retirant peu à peu de ses activités, affaiblit et souvent malade, s'éteint à tout de même 101 ans, en janvier 1978.
Écrit par : Jean-Rémi | mercredi, 01 octobre 2008
Écrit par : Karl | mercredi, 01 octobre 2008
Déodat Roché, 1937
Écrit par : Faber | mercredi, 01 octobre 2008
Un petit lien sur une partie de sa pensée :
http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/seneve/numeros_en_ligne/noel2000/olivier.html
Ps Je persiste àdire que Déodat Roché est un hurluberlu. @ Karl :Guénon fut bel et bien evèque d'un mouvement néo-gnostique (en compagnie de ce même Dédodat je crois). Mais qu'estce que Guénon n'a pas été?
Écrit par : Restif | mercredi, 01 octobre 2008
- « Mes dames, la fin de mon amour a été naguère le salut de cette dame de qui peut-être vous voulez parler, et c'est en lui que résidait ma béatitude laquelle était la fin de tous mes désirs. Mais depuis qu'il lui a plu de me le refuser, mon seigneur Amour, grâces lui soient rendues, a placé toute ma béatitude en ce qui ne me peut m'être ôté ».
Jeanne et ses amies se concertent et finalement lui demandent de préciser d'où il tire cette béatitude. Dante réplique, avec son orgueil habituel et le plus naturellement du monde :
- « Dans les paroles qui louent ma dame ».
Mais Jeanne lui dit : « Si cela était vrai, les vers en lesquels tu as dépeints ton état, tu les aurais tournés d'une toute autre manière ».
Alors Dante repart, la queue entre les jambes, demeurant plusieurs jours anxieux et excité jusqu'à trouver, dans le chant suivant, les vers qui feront trembler les gens d'amour…
Écrit par : Julien | mercredi, 01 octobre 2008
qu’on grouille là, à l’étroit,
dans le vomi de l'extase »
Écrit par : LMO | mercredi, 01 octobre 2008
Écrit par : Seraphi | mercredi, 01 octobre 2008
La dernière nuit de Montségur, avant que n’échût l’heure de se livrer, les parfaits élirent quatre d’entre eux pour demeurer en la terre d’exil. Ils avaient nom : Aicard, Hugon, Peytavi et Sabatier. Ils se cachèrent dans le repli du rocher. Nous ne savons que peu de chose de leur mission. Nous imaginons cependant ce qu’il pouvait en coûter à Pierre-Roger de Mirepoix et à toute la garnison d’enfreindre les conventions arrêtées pour la reddition. Mais les quatre parfaits ne pouvaient fuir et témoigner, avant que le temps ne fût accompli. En ce premier jour de printemps, ils iraient sauvegarder l’espoir d’une résurrection future. Ils transmettraient le symbole pour que la tradition ne fût pas perdue à Montségur.
Mais à qui confier ce symbole et la clé du mystère, dans ce pays d’adversité devenu tout-à-coup terre royale et terre d’inquisition ? Au peuple tout entier, puisque lui seul demeure ! « C’est au peuple qu’est toujours confiée la conservation des vérités d’ordre ésotérique qui autrement risqueraient de se perdre, vérités qu’il est incapable de comprendre, assurément, mais qu’il n’en transmet cependant que plus fidèlement, même si elles doivent pour cela être recouvertes, elles aussi, d’un masque plus ou moins grossier ; et c’est là en somme l’origine réelle et la vraie raison d’être de tout « folklore », et notamment des prétendus « contes populaires ». » (René Guénon)
Il n’est pas dans notre intention d’évoquer dans ce court essai les fondations du dualisme chrétien dont les cathares témoignèrent en Occitanie. Rappelons toutefois que le dualisme participe nécessairement du grand courant gnostique. « Le gnosticisme est un des problèmes les plus compliqués qui puissent se proposer à l’historien des religions, et il demeure encore extrêmement obscur pour les spécialistes eux-mêmes. Non seulement il touche à tout – histoire de l’Eglise, situation du judaïsme à l’avènement du christianisme, mystères hellénistiques, religions orientales, syncrétisme de l’Orient, du judaïsme et de l’hellénisme aux environs de l’ère chrétienne – , non seulement, à son propos, tout a été remis en question, mais bien des choses nous échappent encore, ne serait-ce que dans l’interprétation des documents qui peuvent nous en être restés. Il y a des systèmes gnostiques dont nous sommes incapables de donner une simple analyse, et il y a une infinité de systèmes, souvent à l’intérieur d’une même école. Une question préjudicielle consisterait même à se demander si nous avons le droit d’opérer avec la gnose comme avec tout, alors que la « variation » est la loi même du gnosticisme. » (Henri-Charles Puech)
Écrit par : Agulher | mercredi, 01 octobre 2008
Écrit par : Nebo | mercredi, 01 octobre 2008
Une des figures les plus importante de la poésie pré-Islamique se nomme IMROU'L QAIS (500-540). Pour vous donner une idée, le prophète Mahomet est né en 570 et est mort en 632... enfin... mort ou enlevé par Allah, le mécréant que je suis ne saurait se prononcer. IMROU'L QAIS a vécu l'existence d'un Prince en s'adonnant aux voluptés du libertinage (bref, un gars qu'a toute mon estime). Il s'adonne à la poésie assez jeune, y traitant de ses débauches avec un goût de la provocation bien connu. Du coup, son père le chasse à cause de sa plume trop osée, ce qui était indigne, paraît-il, d'une personne de son rang.
Mon anthologie, traduite et présentée par René R. Khawam (Edition Phébus)
http://ecx.images-amazon.com/images/I/51W9A756CZL._AA240_.jpg
Je cite mon anthologie concernant ce poète des temps pré-Islamiques : "Chassé par son père Houdjr, roi de Kinda, qui désapprouvait sa passion pour une fille des Banou-Odhra, la tribu où l'AMOUR COURTOIS était à l'honneur, le prince-poète erra de campement en campement à travers l'Asie mineure. Il connut de nombreux succès d'amour, même à Constantinople où Justinien le reçut avec pompe et libéralité. Lorsque son père mourut en combattant la révolte des Banou-Asad, dans l'Arabie Centrale, IMROU'L QAIS se mit en mesure de le venger. Il n'en continua pas moins à composer des poèmes -- avant de mourir empoisonné. On lui attribue les règles fixes auxquelles fut soumise après lui la poésie arabe. Il donna le modèle du poème appelé QASÎDA, dans lequel l'éloge de la tribu et le récit des exploits guerriers s'allient à un sentiment aigu de la rapidité de l'existence et de la vanité des liens dont s'embarrasse le coeur de l'homme. (...) Regard perspicace sur la réalité quotidienne, souffle épique, densité de l'expression, tout concourt à faire du "prince errant" un initiateur et un modèle."
Et voilà ce qu'il écrit... de l'AMOUR COURTOIS avant l'heure, mêlé à des allusions libertines franches en cette première moitié du 6 ème Siècle (!!!!) :
"Arrêtons-nous et pleurons au souvenir de l'aimée.
Maison près du banc de sable entre Dakhoul et Harmal,
Toudiha et Miqrat, les vents du Nord et du Midi
leur étoffe ont tissé mais n'ont point effacé sa trace.
Mes compagnons près de moi ont arrêté leurs montures,
disant :"Maîtrise-toi et fuis cette affliction mortelle."
Ma guérison, amis, c'est de laisser couler mes larmes
mais doit-on s'affliger d'une trace effacée ?
N'as-tu pas courtisé Oumm-al-Houwayrith avant elle,
et puis encore la belle Oumm-al-Rahab à Ma'sal ?
Quand elles se levaient, des effluves de musc partout
se répandaient, parfum d'oeillet porté par le zéphyr.
En les quittant, d'abondantes larmes avaient coulé
jusqu'à ma gorge et mon ceinturon en était mouillé
Oui, plus d'un jour parfait d'elles tu as pu obtenir,
et surtout, parmi ces jours, celui de Darah-Djouldjoul.
(...)
Je suis entré un jour dans le palanquin d'Ounayza...
"Malheur !Tu vas me forcer d'aller à pieds, me dit-elle"
et entre temps le palanquin ployait avec nous deux...
et puis : "Descend, IMROU'L QAIS, tu fatigues ma bête."
Et moi de lui répondre :" Va, laisse filer sa longe,
ne m'éloigne pas, de grâce, de ton fruit qui distrait...
J'ai visité des femmes comme toi, et même enceintes,
qui ont laissé leur nourrisson entouré d'amulettes...
S'il pleurait, de moitié se tournaient vers lui, et mon soc
les pourfendait tranquillement, sans être détourné."
L'une un jour se refusa sur la colline de sable,
s'obligea de rompre, par un serment indissoluble.
Doucement ! ô Fâtima, après ta coquetterie,
modère-toi, même si la rupture est décidée.
Cela t'a-t-il séduite de voir ton amour me tuer,
de constater que mon coeur t'obéit sans murmurer ?
Si quelque créature t'a poussé à me haïr
sépare nos habits : tu verras qu'unique en est la trame."
Dans quelle mesure ce type d'épanchements a eu de l'influence sur Dante ? Mystère et boule de gomme.
Personnellement, j'ai plus tendance à voir dans le catharisme sur Simone Weil, ou l'amour courtois arabe sur dante, comme des lignes de forces, des résonances avec ce qui les intéressait intimement. Comme l'ésotérisme Chiite sur l'Ami Restif. Ce sont quelques évidences qui apparaissent de façon lumineuse. Il ne s'agit pas, alors, de sombrer dans le syncrétisme, mais de savoir faire preuve d'épuration et de hiérarchisation dans notre démarche. La Foi, je suppute, confère le discernement. La simple croyance interdit la curiosité.
Écrit par : Nebo | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Henri | jeudi, 02 octobre 2008
Extrait de LA DIVINE COMÉDIE de DANTE.
L’ENFER, CHANT XXVIII.
Le tonneau, lorsqu’il perd quelque douve ou le fond,
ne reste pas béant, comme un que j’aperçus,
ouvert depuis le cou jusqu’au trône des pets.
Entre ses deux genoux pendillaient ses boyaux,
les entrailles à l’air, avec le sac fétide
qui prend nos aliments pour les merdifier.
Je tenais mon regard rivé sur cette horreur ;
il ouvrit, m’ayant vu, de ses mains sa poitrine
et dit : « Regarde donc comme je me déchire !»
Vois à quel triste état est réduit Mahomet !
Celui qui va devant en pleurant, c’est Ali,
le visage béant du toupet au menton.
Tous les autres esprits que tu peux voir ici
dans la vie ont été des semeurs de scandale
et de schisme ; et voilà ce qui les fend ainsi !
S’inspirant de cette description de Dante, divers artistes majeurs ont donné une représentation de Mahomet le ventre ouvert, condamné aux tourments de l’enfer. Voir les représentations :
http://forum.doctissimo.fr/psychologie/dieu-religions/dante-mahomet-sujet_5928_1.htm
Écrit par : Simon | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Campari | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Torquemada | jeudi, 02 octobre 2008
Plus graves sans doute, sont les diverses séductions à l'égard de la gnose dualiste qui s'exprime, certes avec plus ou moins de force, chez certains contributeurs (Seraphi, Restif - surprenant les récents propos chez ce dernier qui s'était souvent distingué par des interventions plus solides - quant à la farce Ilys...passons, Nebo, etc.). Et lorsqu'on voit qu'un Corbin assista aux Colloques, en forme de farces historiques, organisés par Déodat Roché, on en reste rêveur....
Écrit par : Lozère | jeudi, 02 octobre 2008
Attention, Campari, il y a des noms qu'il ne faut pas citer en ces lieux. Je suis surpris que les vociférateurs professionnels ne vous soient pas déjà tombés dessus.
Je note, une fois de plus, que certains ne font qu'agréer ou prononcer les anathèmes. Point de possibilité pour eux de sortir de ce rôle pour aller vers un approfondissement propre et personnel, afin de proposer des pistes de réflexion. Ils ne savent que semer le doute sur des personnalités dignes d'intérêt. La bave facile, comme celle des crapauds.
Écrit par : Angel | jeudi, 02 octobre 2008
On vous écoute Angie
Écrit par : Amphibien anoure | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Denis | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Buloyer | jeudi, 02 octobre 2008
http://www.volle.com/opinion/abstrait.htm
Écrit par : Celias | jeudi, 02 octobre 2008
Nebo, il y a un moment ou nous devons poser les livres des hommes, mettre de côté notre curiosité, cesser de "démarcher"...
nous assoir... et nous tenir prêt:
Mt 24:44-
"Ainsi donc, vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'homme va venir."
Quant à l'épuration, elle vise à devenir "pauvres en esprit" , car le royaume des cieux est à eux!" Mathieu 5.3
Et comment atteindre l'Un, sinon dans la «simplicité du regard» et en se détachant du «monde multiple» ?
Écrit par : Jeanne Chantal | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Jeanne Chantal | jeudi, 02 octobre 2008
Saint Bernard
"Plus les hommes s'éloignent de Dieu, plus ils avancent dans la connaissance des religions."
E. M. Cioran
"Il est bien des choses que je veux une foi pour toutes, ne point savoir. La sagesse fixe des limites même à la connaissance."
F. Nietzsche
Sinon... Denis... j'ai précisé dans une de mes "humeurs", sur mon blog, il y a quelques jours de ça :
"L’œil et la raison sont traitres. Mon problème est que je cherche à voir. Or, en ce cas précis, peut-être que la puissance et la noblesse seraient de ne pas voir afin de croire. N’être que le reflet du ciel. Sanctuaire."
Cela étant dit... je me méfie des certitudes... c'est instinctif et plus fort que moi. Le démon, peut-être ?
Écrit par : Nebo | jeudi, 02 octobre 2008
Écrit par : Denis | jeudi, 02 octobre 2008
Mais cependant, quand on veut en faire un sentiment purement platonique…hum… Marcabru s’éleva très tôt contre l »hypocrisie du fin amor. Enfin : « - Le plaisir charnel.
L’amour ou fin’amor, "amour parfait", repose sur l’idée que l’amour se confond avec le désir. Si l’on se réfère à la poésie des troubadours il ne s’agit nullement d’un sentiment éther et platonique. Cette sensualité est présente aussi bien chez Béroul et chez Thomas, que chez Chrétien de Troyes. Dans la version de Tristan de Béroul l’obsession de la lèpre est obscurément liée à la sexualité; chez Thomas pour sa part, met une rhétorique au service d’une perception violente de la passion, et tout particulièrement de l’imbrication des pulsions sexuelles et de la jalousie. Colloque sur l’amour courtois, invention du 19e siècle et débat moderne"Sabrina Stackler "
Ceci dit, le débat n’est pas clos. Car personne ne sait pourquoi cet art à surgi un beau matin.Exigence de codification par Aliénor d’ Aquitaine ? En tous cas on dit les thèmes semblables avec cette poésie dont parle Nebo. Certains chercheurs ont même fait des rapprochements dans la métrique et l’art des coupes avec la poésie arabe. La vérité nous oblige à dire qu’ils restent des marginaux.
Seraphi, je vois que vous appréciez l'épitaphe de Breton. C'est d'ailleurs ce que je préfère chez lui... (Vous nommez Blake, Hölderlin…quel bonheur. On pourrait ajouter Suso…et qqlq autres. ) Il me plait moi aussi chez certains poètes et mystiques de reconnaître le cri déchiré de la créature qui meurt de ne pas saisir Dieu. Ou la flambée d'extase de l'Union. Evidemment, entre Rimbaud et Boehm il est quand même quelques différences ! (oh euphémisme!)
Mon très cher Nebo parle de » lignes de forces, des résonances », et je dois dire que ce sont des chose que je ressens profondément. De même qu’il m’arrive de me demander pourquoi on retrouve dans divers fond religieux et mythologiques cette structure de l’affrontement entre deux grande familles. Les Fomori et les Thuatha te danan chez les Celtes. En Inde, les deux familles divines des Devas contre les Asuras, les titans et les dieux de l’Olympe chez les grec, les mauvais anges et leur maître contre Dieu et ses troupes menées par Saint Michel pour nous chrétiens (en cherchant bien on trouve encore nombre de mythologie où nous est conté l’affrontement de deux grand groupes d’ailleurs souvent unis par le sang ou du moins de même race, spirituelle ou corporelle).
Je crois qu’on à là la trace d’un évènement considérable. Il me semble qu’on à le droit de rêver là-dessus, d’avoir son petit jardin secret et d'en parler à l'occasion, sans que cela porte atteinte au dogme. C’est ainsi que je ne mets évidemment pas sur le même plan la chute de Lucifer et la révolte des mauvais anges et la guère de Zeus conte les titans. Je me contente de rêvasser…
Ainsi, Bloy a dit des choses énormes. Pour lui le Christ et Lucifer ne font qu’un. Et je pourrais en dire bien d’autre sur lamendiant ingrat. Cependant, il a toujours réclamé le droit de n'être "rien qu'un poète ", et lorsque son œuvre fut examiné par la congrégation de l’indexe, on se contenta de parler d’ "imagination embrasée", mais on ne condamna pas sa lecture. Lorsque Bloy assimile le Christ à Caïn, vaticine sur la féminisation du Saint esprit, il se contente de laisser libre cours à sa propre quête de l’or du temps (j’ai parfois souris de voir certains se réfugier derrière la parole de Bloy quand on connait réellement l’homme et son œuvre. C’est un paraclétiste bien proche des gnostiques que j’ai brièvement examiné l’autre jour, Zak a milles fois raison sur ce point et j’espère pouvoir y revenir (sauf que Bloy ne saurait en aucuns cas admettre que le Christ n’ait pas été crucifié). M. Barbeau n’en dit pas moins de lourdes bêtises et Bloy n’a jamais été « un prophète luciférien ». Barbeau -occultiste... qui n'a pas laissé d'autre souvenir dans la recherche- fait de Bloy un caïnite, un dévot de Vintras ! ce qui est d’une absolue stupidité. La vérité est que dan les « abstruses méthodes » que lui confiât l’abbé Tardif, dans son paraclétisme -sujet qui ne demandait qu’à flamber chez Bloy - était passé une oncelette des dérives que ce sujet faisait allègrement germer en cette époque. Point
Je pense que l’homme à la droit de voler dans les vastes steppes de l‘Imaginaire. Simplement, lorsqu’il est catholique, lorsqu’on en vient à des questions qui concernent toute la communauté, il est de son devoir de rejoindre le dogme (car sans dogme…plus d’ Eglise).
Écrit par : Restif | vendredi, 03 octobre 2008
Ah ! Vintras... cela me rappelle le feu de "La colline inspirée" par Barrès. Léopold Baillard... Quirin... les hosties saignantes...
C'est bien à ce même Vintras que tu fais allusion, Restif ?
Écrit par : Nebo | vendredi, 03 octobre 2008
Voici un extrait de sa correspondance à un ami :
« Je file décidément, la semaine prochaine, pour Lyon. Je suis mis en avant-goût des aventures occultes par la voyante, la somnambule du prêtre qui est venue à Paris guérir une possédée et est venue chez moi. Elle est tout bonnement extraordinaire et …très inquiétante. Je commence à croire que je verrai des choses étranges à Lyon où je suis sûr d’être reçu à bras ouverts…Ces gens-là sont des êtres diaboliques à coup sûr. »
Ils se rendent à Bruges où ils rencontrent le prêtre Louis Van Haecke autrement dit le célèbre chanoine Docre de « Là-Bas », dont le satanisme n’a jamais pu être prouvé. Boullan, quant à lui, inspire le personnage de Johannés. S’ensuit une correspondance qui débouche sur une amitié sincère.
Écrit par : Seraphi | samedi, 04 octobre 2008
Donc histoire de Boullan
Un astrologue parisien, Eugène Ledos—le Gevingey de Là-Bas—et un ancien prêtre habitant Lyon, l'abbé Boullan, achevèrent de le documenter—faussement parfois, nous le verrons—sur le Satanisme moderne.
Le Matin a publié, quelque temps après la mort de Huysmans, la lettre dans laquelle l'écrivain demandait à l'abbé Boullan des renseignements. Par retour du courrier ce dernier lui répondit que son concours lui était assuré.
La correspondance entre Huysmans et l'abbé Boullan est volumineuse ; elle date du 6 février 1890 au 4 janvier 1893
La vérité est que si Huysmans assista à la messe noire, le récit qu'il en a fait n'est nullement une relation de choses vues. Certains détails sont empruntés à des documents anciens tirés des Archives de Vintras.
(…)Quant au chanoine Docre, il était fait avec diverses personnalités et notamment deux ecclésiastiques que Huysmans avait beaucoup connus. L'un fut, ainsi qu'il l'a écrit dans Là-Bas, chapelain d'une reine en exil ; il s'est pendu il y a quelques années. L'autre, qui habitait en Belgique, à Bruges, était un prêtre encore exerçant, dans ce bijou gothique qu'est la chapelle du Saint-Sang, où l'on montre aux fidèles, tous les vendredis, le sang de Jésus-Christ qui aurait été rapporté des Croisades par un comte de Flandre. (…)En opposition au chanoine Docre, Huysmans révélait un certain docteur Johannès, qui n'était autre que l'abbé Boullan.(…)
Quel était donc en vérité cet abbé Boullan, à qui Huysmans s'était adressé pour la documentation de son livre, et qu'il affirmait «missionné par le Ciel pour briser les manigances infectieuses du Satanisme, pour prêcher la venue du Christ glorieux et du divin Paraclet [Là-Bas, page 395.]» ?
Un procès en escroquerie, jugé en 1865 devant la Chambre des appels correctionnels de Paris, va nous faire connaître de curieux détails sur notre abbé et sur les étranges doctrines qu'il professait.
Prêtre du diocèse de Versailles, docteur en théologie, ancien supérieur d'une communauté de Strasbourg, auteur de plusieurs ouvrages canoniques, traducteur de la Vie de la Sainte Vierge de la célèbre visionnaire Catherine Emmerich, fondateur du Rosier de Marie—dont fut accusé, un jour, M. Naquet d'avoir été l'assidu collaborateur—l'abbé Boullan était un cerveau inquiet et assoiffé d'absolu. Jeune encore, il avait eut, en 1856, à s'occuper d'une religieuse de Saint-Thomas de Villeneuve, à Soissons, la soeur Adèle Chevalier. Cette religieuse racontait qu'abandonnée par tous les médecins, elle avait été guérie miraculeusement d'une cécité et d'une congestion pulmonaire, par l'intercession de Notre-Dame de la Salette. C'était au mois de janvier 1854 que le miracle s'était produit : elle était alors soeur postulante chez les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve.
La nouvelle s'en était rapidement répandue dans tout le diocèse et l'évêque de Soissons avait délégué son vicaire général pour procéder à une enquête. Les conclusions du rapport rédigé par cet ecclésiastique étaient nettes et précises : «Après avoir mûrement réfléchi sur les circonstances dans lesquelles Adèle Chevalier a obtenu le recouvrement de la vue et la guérison pulmonaire qui s'était présentée avec des caractères de gravité si alarmants, je n'hésite pas à croire à une intervention surnaturelle de la mère de Dieu.»
A partir de cette époque, la soeur Chevalier affirma qu'elle ne cessait d'être inspirée de la grâce divine, qu'elle était en communication avec la Vierge, dont elle recevait fréquemment des révélations par une voix mystérieuse.
En 1856, la supérieure de la Communauté des dames de Saint-Thomas l'envoya à Notre-Dame de la Salette, où l'appelaient, disait-elle, des voix surnaturelles.
Les Pères de la Salette examinèrent son état et en furent si frappés qu'ils demandèrent à l'évêque de Grenoble l'autorisation de la confier à la direction de l'abbé Boullan dont la science théologique et mystique leur était, disaient-ils, bien connue.
L'abbé Boullan eut foi, dès les premiers jours, dans l'état surnaturel de sa pénitente. Il conclut au miracle, et il fut décidé, qu'il se rendrait à Rome pour présenter ledit miracle à l'examen du Pape et du Sacré Collège.
Vers la même époque, il avait eu à s'occuper de la direction d'une demoiselle Marie Roche, qui lui avait été confiée par l'évêque de Rodez : elle aussi prétendait avoir une mission divine et recevoir du ciel des inspirations prophétiques. Des événements de la plus haute gravité lui avaient été annoncés qui devaient frapper d'étonnement toute l'Europe. Une partie de ces prophéties s'appliquait au Pape qui devait mourir de mort violente ; une autre à l'empereur des Français qui, s'il n'accomplissait pas les ordres que Marie Roche était chargée de lui révéler, devait périr de la main de ses officiers, pour faire place à Henri V. Cette Marie Roche fut conduite à Rome par l'abbé Boullan, présentée au Sacré Collège, admise même à expliquer sa mission devant le Pape. e retour de Rome, après deux années, l'abbé Boullan retrouva Adèle Chevalier et reprit sa direction. Prétendant avoir reçu de la Vierge une révélation dans laquelle elle lui ordonnait de fonder une oeuvre religieuse qui s'appellerait : Oeuvre de la réparation des âmes, et en avoir écrit les règles sous une dictée divine, la soeur Chevalier s'occupait d'organiser cette oeuvre.
D'accord avec son directeur, elle l'installa à Bellevue, dans le département de Seine-et-Oise, avec l'approbation de plusieurs prélats hauts placés.
Bientôt, on signala dans l'intérieur de la communauté des pratiques bizarres. L'abbé Boullan y guérissait, par des procédés étranges, des maladies diaboliques, dont auraient été atteintes les religieuses : une des soeurs étant tourmentée par le Démon, l'abbé, pour l'exorciser, lui crachait dans la bouche ; à une autre, il faisait boire de son urine mélangée à celle de la soeur Chevalier ; à une troisième il ordonnait des cataplasmes de matière fécale.
De plus, des ecclésiastiques écrivaient à l'abbé Boulan et à la soeur Chevalier pour leur demander—moyennant finances—comment ils pourraient se concilier la faveur de la Sainte Vierge ; des femmes du monde, enfin, les consultaient sur des cas de conscience incroyables.
Tel était donc l’homme qui avait tant trompé Huysmans. Il faut désormais dire haut et fort que Huysmans se fit manipuler comme un béjaune par Boulan. Lorsqu’il s’en aperçut… quel colossales écailles lui churent des yeux : On peut lire ses réactions dans son fameux «Cahier vert » (très dur à lire)où on le voit tomber de haut. ,on y découvrira aussi que le même Huysmans qui écrivait l’Oblat et la Cathédrale couvre les religieux de ses sarcasmes. Ilfaut savoir que la Madame Bavoil de la trilogie huysmansienne (en route, L’oblat, La cathédrale) avait été formé par Vintras.Il la récupéré via Boulan. Il faut lire les scènes où on voit Mm Bavoil tenter chaque jour à la mesure de ses faibles moyens le sacrifice de gloire de Melchisédech. Un nom qui rappellera des souvenirs à ceux qui ont qql connaissances en maçonneries. Rappelons que ce fut le titre d’une des grande maçonneries de Cagliostro.
Il y eut bientôt, auprès de l'évêque de Versailles, des plaintes nombreuses. Une instruction fut ouverte contre l'abbé Boulan et la soeur Chevalier, accusés d'escroquerie et d'outrage public à la pudeur. le Tribunal correctionnel de Versailles rendit une ordonnance de non-lieu, et les condamna seulement pour escroquerie à trois ans de prison.
cardinal Guibert, après avoir entendu les explications de Boulan sur les cures des sortilèges et les doctrines dont il était le propagateur, le frappa d'interdit. Il se rendit aussitôt au Vatican pour protester contre la mesure disciplinaire qui le frappait, mais il en fut chassé : le Vatican avait eu horreur de ce prêtre qui osait soutenir avoir reçu du ciel la mission de combattre l'enfer par la profanation de l'hostie et par l'ordure (Nebo, cela vous areppelera des choses…) Enfin, et la boucle et bouclée :
A la suite de ces aventures, notre abbé quitta l'Église. Il s'en vint à Lyon auprès du célèbre prophète et mystique : Eugène Vintras, dont il avait fait la connaissance à Bruxelles. On connaît les stigmates sanglantes des hosties de Vintras… Lequel Il vivait très retiré à Lyon, rue de la Martinière, chez un architecte, M. Misme, excellent vieillard préoccupé de retrouver l'élixir de Paracelse. Il avait avec lui deux voyantes : Mme Laure et Mme Thibaut.
Mme Thibaut, paysanne au regard d'aigle, au verbe villageois, et qui, depuis des années, ne mangeait que du pain trempé dans du lait, avait fait à pied les pèlerinages les plus lointains, et n'avait qu'à soulever les prunelles au-dessus de ses lunettes pour apercevoir les légions de l'invisible. Huysmans a tracé d'elle un exact portrait dans la Cathédrale, sous le nom de Mme Bavoil.
C'est à Lyon, dans l'été de 1891, que Huysmans vint voir l'abbé Boullan. Il visita le modeste sanctuaire où celui-ci combattait, à l'aide des sacrifices établis par Élie Vintras, ses ennemis de Paris, de Bruges et de Rome.
Revêtu de la grande robe rouge Vintrasienne que serrait à la taille une cordelière bleue, tête nue et pieds nus, il prononçait le «Sacrifice de gloire de Melchissédech» qui devait confondre ses ennemis. Huysmans qui assista à plusieurs de ces combats, déclara en avoir emporté le souvenir le plus tragique. (Lire particulièrement " J .K Huysmans et le satanisme" de Bricaud, à qui je suis redevable d'une partie essentielle de mes informations. Inutile de nommer les travaux quiont confirmé cet oeuvre essentielle, mais on s'intéressera judicieusement à Mm Dominique-millet Gérard, ,Richard Griffith et tous les bulletins de la société J.K.H.
Je m’arrête ici ayant déjà dépassé tout espace tolérable… Mais peut être certains auront-ils été intéressés.
Écrit par : Restif | samedi, 04 octobre 2008
"6- Je m'étonne de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, à un évangile différent, qui n'en est pas un autre ;
7- Non pas qu 'il y ait un autre Évangile, mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent renverser l'Évangile de Christ.
8- Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème !
9- Nous l'avons dit précédemment, et je le répète à cette heure: si quelqu'un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème !
10- Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ." (Epître de Paul aux Galates, Traduction Louis SEGOND 1880, Version revue en 1910)
Ce passage, soit dit en passant, condamne d'avance l'émergence de l'Islam. "Mais, quand nous-mêmes, quand un ange du ciel annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème !" L'ange Gîbrîl de Mahomet peut aller aux oubliettes. Bien entendu, la seule réponse des muslims consiste à dire que chrétiens comme juifs ont trafiqué les Saintes écritures. Balivernes. Comme je l'ai déjà dit, je crois, la branche balkanique des Cathares, les Bogomiles, ont été les premiers à se convertir à l'Islam à l'arrivée des turcs en Bulgarie, Serbie, etc... Si l'Islam avait poussé jusqu'en France, les représentants du Catharisme auraient embrayés sur la même voie... je suppute mais n'en serais pas surpris.
Écrit par : Nebo | samedi, 04 octobre 2008
Pour ce qui me concerne, j'ai surtout fouillé du côté de Vintras, Péladan, Blanc de Saint-Bonnet, etc., d'où ma curiosité à l'égard des positions de Bloy que vous évoquez également, et dont je crois, il y aurait beaucoup à dire assurément...
Écrit par : Seraphi | samedi, 04 octobre 2008
http://www.la-question.net/archive/2008/09/24/par-restif.html
Écrit par : Denis | samedi, 04 octobre 2008
Écrit par : Radek | samedi, 04 octobre 2008
Les femmes sont des prêtresses prédestinées, disait-il. Par elles, s'opérera le Salut, grâce au Rituel de Marie qu'elles doivent accomplir. Les femmes sont les prêtresses de l'Amour, exécutant l'association en Dieu par l'acte d'amour, celle du masculin et du féminin, dans la pensée « marisiaque ». Ce sont elles, « les Filles de la Lumière », qui constituent le carmel blanc, vouées à l'offrande du pain et du vin, consacrées à l'acte de glorification.
Vintras leur lançait son invocation déprécatoire :
- "Levez-vous, ô génération de femmes de foi et d'amour, qui avez servi la cause du bien à travers les siècles passés ! Venez, le carmel vous adresse un pressant appel... La terre est en possession du sacrifice de Marie !"
Le grand arcane du carmel consistait en une rédemption individuelle, puis en une rédemption collective, par actes d'amour religieusement accomplis. Ainsi se fera la Rédemption. Toujours solennel, la bénédiction facile, le pontife revêtait des vêtements sacerdotaux, robe blanche avec large croix rouge renversée annonçant le triomphe de Jésus ; sur la tête, une sorte de diadème doré, avec le lingam indien sur le front. Sa robe est parfois pourpre. Il tient un sceptre aux doigts fermés sauf le pouce et l'auriculaire, doigts consacrés à Mercure et à Vénus: le signe de l'hermaphrodite antique.
Ainsi, le règne de l'hermaphrodite reviendra, assurait le pontife.
Tels étaient les mystères du carmel blanc et de la Miséricorde.
Écrit par : Hénoch | samedi, 04 octobre 2008
Pour aller vite, tout en ne sacrifiant rien a l'essentiel, d'un cote, l'Eglise reussit a envoyer la fine fleur de l'aristocratie europeenne male se faire decimer et etriper en Palestine a partir de la fin du XIeme siecle, laissant la societe europeenne sous le controle des femmes ; de l'autre, a la meme epoque, dans un mouvement parallele, pour ainsi dire "croise", de la "Maison du savoir" du Caire, fondee par le calife fatimide Al-Hakim bi-Amr Allah en 1004, partent pour l'Europe les meilleurs eleves de cet institut arabe et musulman, avec pour mission de convertir l'Europe a l'islam. La plupart d'entre eux sont des soufis. De maniere particulierement subtile, ils creeront de toutes pieces le mouvement trouvere/troubadour, infusant dans l'art de ceux-ci l'acide debilitant et ammolissant (un des adjectifs favoris de Huysmans) qui, via l'Espagne maure et Alienor, allait peu a peu corroder les dernieres valeurs viriles dont etait encore porteuse une aristocratie non encore christianise jusqu'a la moelle.
Des lors, l'Occident entrait dans la periode que Flaubert a justement caracterisee comme celle de l'"Hamour".
Ceux qui, en toute bonne foi d'ailleurs, voit dans l'islam une religion de "guerriers" prennent des vessies pour des lanternes. L'islam, comme le christianisme, n'est que la resurgence, sous des formes monotheistes, des cultes pre-chretiens matriarchaux combattus avec acharnement par la republique et l'empire romains. Pour ceux qui lisent l'anglais (l'ouvrage, colossal, n'a malheureusement pas encore ete traduit en francais), voir "Moon-o-theism" http://books.google.co.uk/books?id=G55KFxBo7ioC&printsec=frontcover&dq=moon-o-theism&ei=R0QjScPeDoLgywTvrIWdAw#PPA26,M1 - une etude tres documentee sur la nature essentiellement lunaire et, donc, feminine, d'Allah.
Écrit par : suumcuique | mercredi, 19 novembre 2008
Juste pour dire que la parenté entre Simone Weil et les Albigeois, réprimés férocement sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux, est évidente. Avec la théologie de la Renaissance également en général, dans la mesure où celle-ci est bel est bien, même si c'est difficile à comprendre aujourd'hui que le jansénisme triomphe sous l'aspect du libéralisme (le soutien inconditionnel des journalistes du 'Figaro' à Benoît XVI n'est pas un 'scoop'), bel et bien 'antimonachiste', que ce soit François Bacon ou Rabelais. Et Robert Bacon comme Thomas d'Aquin ont connu des difficultés invraisemblables avec les dirigeants de leurs ordres, tel qu'un lefébvriste pourrait avoir s'il lui arrive de penser différemment de ce crétin de Fellay. Les ultra-conciliaires de 'Famille chrétienne', pour être juste, font preuve de la même platitude, si ce n'est pire encore, puisque de Gérard Leclerc en passant par le crétin Guillebon, Maxence, Hadjadj, c'est un concours à qui sera le plus sinistre et ignorant de l'histoire de l'Eglise.
Là où Simone Weil est 'à côté de la plaque', c'est à propos de Platon et surtout de Marx, dont elle n'a pas bien saisi à quel point il est proche de François Bacon. Le crétin agricole Thibon était il faut dire le moins bien placé pour l'en informé, espèce de Guitton-des-champs en moins cocasse.
(Sainte-Beuve explique clairement en quoi la 'prédestination' n'est qu'une conséquence de la doctrine janséniste et non un de ses principes, tandis que Zacharias ne fait que noyer le problème, à la manière d'un théoricien démocrate-chrétien, sous une pesante et orgueilleuse érudition universitaire, dont Rabelais a déjà dit ce qu'il faut penser.)
(Ah, si la Charbinière pouvais faire quelque chose pour interrompre l'envoi de sa 'newsletter' dans ma boîte à email, je lui en serais reconnaissant.)
Écrit par : Lapinos | vendredi, 13 février 2009
Écrit par : Zak | vendredi, 13 février 2009
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