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dimanche, 02 septembre 2007

Heidegger contre Ricoeur, par Mundilfari

 

 

 

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 "Soit nous prêtons attention à ce qu'il nous faut,

soit nous prêtons attention à ce dont nous pouvons nous passer"

 Concepts fondamentaux

 NRF Gallimard, 2001- p.17
    
 
 
« Soi-même comme nul autre »

Ou la force intransigeante de la pensée authentique,
face aux platitudes de l’humanisme insignifiant.  

 
 
         Paul Ricoeur (1913-2005), naïf ou idéaliste, affirmait que  « la philosophie est une méditation de la vie et non de la mort », prenant ainsi par cette déclaration quelques importantes et significatives distances vis-à-vis de l’ontologie de Martin Heidegger (1889-1976) qui, comme nous le savons, associe intimement l’expérience du futur et l’«être-pour-la-mort». Ricœur en effet ne pouvait envisager le futur qu’à partir de la promesse et sous le signe de la vie, d’un « être-pour-la-vie ».
Le décalage est évidemment manifeste – radical – quasi inconciliable : alors que Ricœur envisage le futur à partir de la promesse placée sous le signe de la vie, Heidegger, lui, envisage l’avenir à partir de l’ « être-pour-la-mort ».
Que faut-il en penser ? Heidegger se serait-il trompé en plaçant le Dasein dans une projection déterminée par l’horizon de la finitude et de la limite ? Participe-t-il d’une vision pessimiste dans laquelle le négatif occupe une place par trop pesante et écrasante ? Si l’on en croit les pieuses louanges dispensées à foison aujourd’hui à l’égard de Ricoeur par tous les chœurs éperdus de bons sentiments du discours intellectuel dominant, on serait presque tenté de se laisser aller à quelques interrogations dubitatives et l’on en viendrait parfois à regarder Heidegger comme un philosophe triste ce qui, comme il arrive toujours, aboutirait rapidement à imposer de lui à l’opinion l’image d’un triste philosophe.
Certes, refusant une « ontologie sans éthique », Ricoeur, le penseur par excellence de « l’extrême centre » à l’axe introuvable, pâmé, et quasi en permanente « extase » devant les sempiternelles sirènes de la « sainte différence » et du respect de l’autre, qui, à présent, occupent et monopolisent jusqu’à l’écœurement l’ensemble des discours représentatifs du prêchi-prêcha de l’humanisme post-conciliaire, ne cessa de vouloir mettre en valeur la notion « d’affirmation originaire » ; l’éthique étant pour lui enracinée dans une tradition ontologique qui n’est pas celle de la « substance » mais celle de « l’acte » conjuguant attestation et injonction : «Si l’injonction de l’autre, disait-il,  n’est pas solidaire de l’attestation de soi, elle perd son caractère d’injonction, faute de l’existence d’un être-enjoint qui lui fait face à la manière d’un répondant.»
              On préfèrera cependant, n’en déplaise aux timides agitateurs du renouveau ecclésial « en église » à la sauce « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », l’analyse plus intransigeante et incomparablement profonde de la perspective proposée par Martin Heidegger, car un simple constat de la valeur des relations existentielles, n'emporte pas, qu’on le veuille ou non et l’expérience dans ce domaine, lorsque l’âge de la maturité a fait son œuvre, est sans appel, la conviction de la pauvre réalité des relations elles-mêmes, ou du moins de leur réelle « invalidité » catégorique.

               Il faut donc se convaincre qu'il n'y a pas d'une part, les êtres et d'autre part, l'être qui devrait s’enquérir de leur richesse. C'est dans une même nécessité que le Dasein constate de la pauvreté de son être et de l'être des autres. Il appartient à sa « facticité » commune et collective d'être jetée, livrée, abandonnée, dans l'être (Geworfenheit). Toutefois cette propriété essentielle et existentiale, pour douloureuse qu’elle soit tout d’abord, est beaucoup moins une perte, que la marque de l'appartenance inconfortable de l'homme à l'être, "la facticité du fait contraignant l'homme à prendre lui-même son être en charge ou, plus nettement : l'être-là comme livré à son là" (M. Heidegger, Lettre sur l'humanisme, Aubier, 1957, p. 184.) Il n’y a donc rien à trouver dans l’autre, ni lui, qui ne s’est pas encore découvert, ni soi-même ; il n’y a rien, si ce n’est le vide d’une interrogation à jamais introuvable

                 La relation d'inclusion d'un être dans un autre : "est une détermination catégoriale qui ne peut, comme telle, s'appliquer à l'être-là. L'être-dans-le-monde est un existential, c'est-à-dire une détermination constitutive de l'exister humain, un mode d'être propre à l'être-là. (...) L'être-dans-le-monde, en tant qu'existential, est une relation originaire. L'être-là n'existe pas d'abord isolément, à la façon du sujet cartésien par exemple, pour entrer ensuite en relation avec quelque chose comme le monde, mais se rapporte d'emblée au monde qui est le sien. Le phénomène de l'être-dans-le-monde n'est pas assimilable, en particulier, à la connaissance d'un objet par un sujet. Loin d'être interprétable comme une relation gnoséologique, l'être-dans-le-monde est bien plutôt ce qui précède et rend possible toute connaissance, c'est-à-dire la saisie thématique de l'étant comme tel" (A. Boutot, Heidegger, PUF, 1989, p. 27.)

                  Exister c'est donc subir sa différence d'avec soi-même, c'est ne pas être à soi-même son être, tout en étant semblable à un autre. Drame existentiel éternel, auquel il n'y aura jamais de terme. La fracture ne sera jamais refermée, le fossé jamais comblé. Rien en nous n'est de nous, vient de nous ni va vers l’autre. Ceci explique pourquoi chaque être est incapable, à lui-seul, d'aller au bout de l'être, ni du sien ni des autres. Il est freiné par son manque constitutif d'être. L'unique forme du possible pour l'être est donc le non-sens, le sens sans nom, l'absence de nom du moi ; à l'oubli de l'être répond très exactement, fait écho, la non-existence du Je, le moi innommable et l’absence de l’autre tout aussi perdu et égaré.

                    L'être de l'exister est donc insaisissable, car ce qui est relatif, produit, dépendant, soumis, dominé, n'est pas véritablement. L'être n'est nulle part. L'expérience authentique est donc de réaliser son dénuement. "Je saisis en sombrant que la seule vérité de l'homme, enfin entrevue, est d'être une supplication sans réponse" (G. Bataille, L'Expérience intérieure, Gallimard, 1943, p. 25.). Il nous faut donc accepter le mouvement inexorable du non-savoir, du non-pouvoir. dans un monde vide et absent, le Dasein n'est rien.

                      Ce qui signifie clairement, que l'existence est soumise à la limite radicalement, foncièrement. Qu'il n'y a rien à comprendre du mystère existentiel, rien à conquérir,  qu'il n'y a rien à dépasser, car l'être n'est jamais atteint. Sans accès possible, l'être est présent dans son absence et absent en tant que présent. Lorsque Heidegger écrit, que "l'essence du Dasein consiste en son existence" (M. Heidegger, L'Être et le Temps, Gallimard, 1964, p. 42. ), il faut laisser de côté le sens qu'a ce mot dans la philosophie classique : acte premier qui situe un être hors du néant, hors de ses causes, et le comprendre comme cette possibilité qui caractérise l'homme d'expérimenter une ouverture (non-lieu) où il doit se soumettre dans le dépouillement de toute chose, lieu "dans l'ouverture duquel l'être lui-même se dénonce et se cèle, s'accorde et se dérobe" (M. Heidegger, Qu'est-ce que la métaphysique? Questions, I, Gallimard, 1989, p. 33.).

                      Cet espace, ce lieu, est celui où règne le silence nocturne des vérités impensables, inexprimables, là où la pensée retourne en son silence originel ; l'existence dans la plénitude de son inexistence. Moment non manifesté, non-né, non-advenu. Temps inexistant pour un lieu sans localisation. Pour une parole vide de son silence, un dire vide du vide lui-même. Un inconnu à jamais indicible et obscur, une « ténèbre » insondable et invisible. L'intense abîme du néant en son rien. En cet informulable où prend source toute pensée de la non-pensée, où s'origine le contact ontologique fondamental, où s'enracine les premières lumières de la pensée matinale du logos philosophique. La patrie nécessairement oubliée de l'être.
   
                      En ce sens, la réalité de l'acte philosophique total est l'affirmation de l'impossibilité philosophique. De l'impossible philosophie.

                      La révélation de l'inexistence de l'être, n'est qu'un moyen de sombrer plus avant dans l'absence de l'être. L'intolérable ne peut se comprendre, mais il est certain qu'une seule chance par lui nous reste offerte : celle d'accepter le non-sens. L'existant, le sujet, se retournant sur lui-même doit donc impérativement affronter dans l'angoisse, la nuit vide, l'absence cruelle, son ex-pulsion hors de lui-même et des autres vers le néant. Le sujet n'est rien d'autre que cette ouverture au néant, à l'innommable Autre, au Tout Autre, face  auquel il affronte, tout en rencontrant, sa tragique limite.

                      Il n'est donc d'autre mission véritable pour le Dasein, comme l’explique Heidegger ce qui en fait vraiment le penseur essentiel de la recherche absolue, il n'est d'autre fin authentique pour lui, qu'une souveraine perte définitive de lui-même et des autres, perte qui le condamne, dans un premier temps, au non-savoir et aux ténèbres de la nuit, mais lui donne finalement s’il le peut ou plus exactement en reçoit la grâce, dans un ultime renoncement, d’entendre secrètement le silence ineffable de l’éternelle Parole du Verbe.

 

 

 

 

 

 

 

 


09:35 Publié dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (138) | Tags : Martin Heidegger, Paul Ricoeur, Philosophie, Littérature, Reflexion |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Mais... Ricoeur était protestant, non ? Donc rien de plus normal.

Heidegger, par contre, ancrait sa pensée dans le paganisme des champs et forêts traversées par un chemin de campagne sur lequel le pélerin allait dans une sérénité fiévreuse à sa propre rencontre... même si ce positionnement l'a conduit à commettre des erreurs idéologiques probablement mal assumées... mais philosophiquement tellement plus excitantes.

Ricoeur a eu des fulgurances incroyables dans sa perception de l'Être en tant que tel, mais ses crispations très Chrétiennes (puritaines par dessus tout) lui ont interdit de les mettre en exergue avec conviction. Heidegger, quant à lui, tout païen qu'il fut dans son mouvement et dans son enracinement a débouché sur des échanges très physiques avec la juive Hannah Arendt ou hautement intellectuels avec le magnifique poète juif Paul Celan.

Il ne faut pas oublier, tout de même, que le thème de la thèse que Heidegger dut rendre au terme de ses études à l'université de Fribourg était : "Traité des catégories et de la signification chez Duns Scot". Pour ceux qui s'intéressent un peu à la Scolastique, Jean Duns Scot (un peu oublié face à Saint-Thomas d'Aquin) a tenu tête à toute la scolastique inspiré des penseurs arabes de l'époque qui tentaient d'établir que les hommes tirés d'une matrice universelle et égalisatrice, une matrice Divine, bien entendu, n'étaient pas dignes de Singularité, mais se valaient tous. Préfiguration de la Machine. Il faut pour saisir cela se pencher sur les fameux "UNIVERSAUX" de la Scolastique. Maurice G. Dantec aborde ce thème avec fureur dans son roman "Grande Jonction". Jean Duns Scot soutenait, grosso modo, que Dieu étant une Singularité, et l'homme étant fait à l'image de Dieu, il devrait de ce fait être une singularité aussi, et certainement pas juste un rouage de la grande machine, comme l'Islam par exemple qui considère que l'on fait partie de la OUMMA ou alors on n'est pas un homme.

Paradoxalement, les juifs non fondamentalistes, considéraient l'homme de la même manière. Gershom Sholem affirmait que s'il y avait 600 000 juifs à la Montagne de Sion, il y avait 600 000 portes pour accéder à l'Éternel dont la Loi de Moïse ne devait qu'offrir l'assurance de la préservation de cet accès.

Ce nain de la pensée qu'était Sartre pilla Heidegger de fond en comble... mais l'adaptant à sa sauce. Si Heidegger avait été quelque peu conciliant avec l'existentialisme émergeant, je suis assez persuadé que nos chers intellectualistes post-modernes ne twisteraient pas autour de son cadavre de nos jours afin de trancher si "oui" ou "non" Heidegger fut fréquentable ou pas. Sa réponse à la "non-pensée" de Sartre par la fameuse "Lettre sur l'Humanisme" indique bien qu' "Être et temps" ne constitue pas une anthropologie, puisque ce qui est visé à travers le Dasein, c'est le rapport à l'être, et non une définition de l'essence humaine et encore moins une définition des modalités de son engagement socio-politique. L'engagement national-Socialiste du penseur lui aura servi de leçon et il n'allait pas s'engager comme le Sartre à gueule de caméléon dans un engagement de Gôche Stalinien. C'est bien de désengagement dont il est question afin d'atteindre le seul engagement qui compte : celui de l'Approche de l'ÊTRE.

De ce point de vue, Heidegger est probablement le plus grand penseur du 20ème Siècle... ma seule résèrve pour affirmer cela étant ma modeste condition de prolétaire-magasinier qui m'empêche d'aborder les penseurs de notre temps avec le sérieux et la profondeur qui s'impose afin de donner un avis définitif.

Mais il faut lire Ricoeur, simplement parce qu'il vient du corpus chrétien... et que ça en fait chier plus d'un par les temps mussades qui courent.


Bien à Vous Charmante Isabelle...

@)>-->--->---

Écrit par : Nebo | dimanche, 02 septembre 2007

Pour mieux comprendre le sens véritable de l'Ereignis (avènement) chez le penseur de Fribourg, on méditera longuement, et avec conscience, cette phrase citée par Heidegger, et qu'il nota dans ses carnets intimes :
"Je m'efface devant quelqu'un qui n'est pas encore là, et m'incline un millénaire à l'avance, devant son esprit."

Écrit par : Holzwege | dimanche, 02 septembre 2007

...accepter deux ou trois choses ....

Écrit par : Rick heure | lundi, 03 septembre 2007

D’abord, un très grand merci à la personne qui a posté le lien. On retrouve Heidegger même, c’est passionnant. Toute parole doit s’effacer devant les vidéos consacrées au penseur. Ceux que la question de Dieu intéresse suivront notamment –mais tout doit être vu - dans La Question de l’être l’épisode qui dure 6mn 34 (le n° 3 ? c'est mal indiqué).

Ensuite, n’ayant guère de temps, je veux souligner la vanité surprenante de mundilfari. Alors voilà un bonhomme qui a tout compris d’Heidegger, ben tiens : « La question de l’être que je pose n’a pas encore été comprise » 1969. Entretient Richard Wisser, Heidegger., repris in Cahier de l’Herne Martin Heidegger, p.94 Tu vois Martin! il n’a pas fallu attendre 1000 ans, Mundi est là !

Bon Ricoeur ne fait qu’acclimater à sa sauce l’œuvre de Lévinas, penseur au demeurant intéressant. Googlez, vous trouverez son « Martin Heidegger et l’ontologie », bonne entrée en matière à Heid. Sinon, pour une vue de l'interprétation de Lévinas, suivez le « Parcours Lévinassien » du site d’Henry Duthu : http://www.initiationphilo.fr/articles.php?lng=fr&pg=79 (Ah, là là, voilà que je vends les sources qui ma permettaient d'avoir l'air culitvé. Enfin... )

Écrit par : Restif | lundi, 03 septembre 2007

Pendant que nous prêtions attention à ce qu'il nous fallait, "ce dont nous pouvions nous passer" profitait de notre distraction et préparait sa vengeance.

Écrit par : . | lundi, 03 septembre 2007

"
Lettre à Jean-Michel SALANSKIS
14 novembre 1999

Cher Jean-Michel,


J'étais la semaine dernière à Totnauberg à la ``hutte'' et dans le jardin j'ai fait une découverte fantastique : j'ai trouvé une petite boîte scellée et à l'intérieur un nouveau manuscrit de M. H. En voici la traduction (j'ai fait de mon mieux).





Il faut réfléchir à l'ouverture déposée par l'Etre via un mode de révélation trans-linguistique dans les mots lift, luft, loft et left.

La conquête de l'unité de ces termes conduit à un nouvel et fondamental existential. Le fait même qu'il ne fut pas explicité dans S. u. Z. ne saurait être considéré comme contingent. Il est inhérent au retrait rusé de l'Etre visant à faire échapper cet existential à la mainmise grossière de tous ces pseudo-heideggériens qui ne font que répéter mimétiquement (``mimetisch'') mes propres mots.

A l'évidence, l'unité sous-jacente à ces mots doit s'exprimer comme légèreté.

lift (ascenseur) en anglais n'est rien d'autre que l'outil (évidemment au sens d'un à-portée-de-la-main) que le Dasein utilise pour s'élever ou, ce qui est équivalent, pour lutter contre son poids, autrement dit pour atteindre la légèreté. Réduire un ascenseur à n'être qu'une boîte mue électriquement de haut en bas et de bas en haut pour accéder à un appartement manquerait complètement l'authentique sens de son être.

Le terme allemand Luft (l'air) n'est rien d'autre que la légèreté-dans-le-monde. Pour le comprendre jusqu'à son fondement, il faut se référer au Geviert. L'air, en tant que légèreté-dans-le-monde, se révèle comme le cinquième terme, l'exacte médiation entre Dieu et l'Homme, entre le Ciel et la Terre. En fait cela était déjà saisi dans une compréhension pré-ontologique par les glorieux membres de la Luftwaffe, tous ces quasi-Surhommes qui furent prématurément sacrifiés comme je l'ai déjà suggéré ailleurs (quoique dans un langage nécessairement plus prudent). Considérer l'air comme un gaz, constitué par un mélange d'oxygène et de gaz carbonique, puis l'étudier en employant tous ces vulgaires moyens chimiques est encore une conséquence du tragique oubli de l'Etre et de la chute dans la tekné.

loft au sens français désigne primordialement un appartement qui n'a en son intérieur aucun mur séparateur, c'est-à-dire un appartement où se déroule la vie la plus légère, une vie dégagée de l'opacité pesante qui se dresse devant l'être-avec du Dasein et détruit toute relation directe avec les autres Dasein. C'est seulement la mécompréhension de cette légèreté qui incline l'homme de la quotidienneté à introduire des murs dans les lofts, aliénant par cette vulgaire construction l'authenticité de son être-avec.

Le mot américain left (gauche), dans ses différents usages, révèle également sa vraie nature comme légèreté. De par son être propre, la main gauche n'est employée le plus souvent que pour soulever des poids légers ; dans son sens politique, la gauche désigne traditionnellement ceux qui souhaitent alléger le fardeau qui écrase la vie des pauvres Daseins (quoique jusqu'à la présente découverte, je n'étais guère enclin à prendre en compte de telles considérations) ; et inversement, dans un mode déficient, to be left, être abandonné, renvoie à celui qui est trop léger pour faire l'objet d'un souci.

Ainsi, et pour la première fois, est révélée une compréhension ontologique explicite d'un nouvel existential du Dasein, l' être-vers-le-haut. Tout comme les autres existentiaux, il est fondé sur l'être-au-monde mais il est totalement distinct de l' être-en-chemin déjà explicité dans S. u. Z.

C'est seulement sur la base de cet existential que nous pouvons comprendre ces faits ontiques que le Dasein utilise des ascenseurs, des avions, des lofts et qu'il se choisit des leaders politiques de gauche. A l'instar des autres existentiaux, l'être-vers-le-haut a ses modes déficients, ce qui, également pour la première fois, permet d'expliciter ontologiquement ces faits ontiques que sont les pannes d'ascenseur, les accidents d'avion ou l'élection d'un leader de droite. A nouveau, interpréter ces faits comme des événements mécaniques ou sociaux manque totalement leur véritable sens.

Je scelle cette découverte fondamentale dans cette boîte. Je suis certain qu'un penseur authentique dans une génération future, après le décès de tous ces pseudo-heideggériens à l'esprit étroit, la trouvera dans ce jardin et sera à même d'éclairer (to en-light-en) dans son authentique-propre être-vers-le-haut.

Totnauberg, le (date illisible),

M. H.





C'est tout ce que j'ai trouvé dans la boîte. Bien à toi. "

Écrit par : "Levinas" | lundi, 03 septembre 2007

Restif, fermez promptement You tube, délassez-vous les yeux et prenez le temps de lire :

"Il n'y a rien à comprendre du mystère existentiel, rien à conquérir, il n'y a rien à dépasser, car l'être n'est jamais atteint..."

Écrit par : Serrus | lundi, 03 septembre 2007

Serrus je partage votre analyse (celle de Nebo également), l'angle d'attaque de Mundilfari est intéressant car la mise en confrontation des deux penseurs, Heidegger / Ricoeur, ouvre des horizons essentiels pour celui qui cherche vraiment à pénétrer sérieusement la "question de l'être" et ne se contente pas d'en rester à sa simple répétition sans intelligence.

On ne le sait que trop, la riche distribution subjective existentielle de la réalité par une luxuriance de la complaisance complice d'avec soi-même, rend en effet possible, pour l'apprenti philosophe et le débutant en la matière, qui a appris depuis peu à faire suivre trois mots savants dans une phrase, les appréciations diverses à la Restif ; il est de fait, hélas, qu'elles ne manquent pas sur la toile et encombrent souvent nos écrans.

Pour tout vous dire, bien que ne goûtant pas excessivement ses affirmations parfois trop catégoriques et brutales - j'aurais par exemple aimé une ouverture plus accueillante encore à l'égard de la "souveraine perte définitive" - je trouve ce Mundilfari relativement pertinent en bien des endroits...

IDC merci infiniment pour ce texte qui se conjugue, à mon sens, remarquablement avec vos toiles !

Écrit par : Ereignis | lundi, 03 septembre 2007

Il est tout de même nécessaire de rappeler qu'en 1933, Heidegger prend part à la ‘révolution nationale socialiste' et devient recteur de l'université de Freibourg. Son discours inaugural clôturé d'un « heil Hitler » constituant la bavure la plus infâme de l'histoire de la philosophie.

Cestres désillusionné, un peu tardivement, par le mouvement national-socialiste, Heidegger démissionne de son poste en 1934. Il poursuit ses conférences se référant de plus en plus aux textes grecs antiques et au ‘poète d'entre les poètes' : Friedrich Hölderlin.

Heidegger, interdit d'enseigner par les forces d'occupation après la guerre au motif de ses sympathies nazies, continua toutefois d'écrire en relation avec son temps et à propos des développements technologiques, allant jusqu'à alimenter la controverse et faire un parallèle entre les exterminations massives et l'agriculture moderne !

1942 marque l'année où les nazis appliquent la “solution finale”. Cette même année, Heidegger donne une conférence sur un poème de Freidrich Hölderlin à propos du Danube, ‘The Ister' . Cette conférence interroge le sens de la poésie, la nature de la technologie, les relations entre la Grèce antique et l'Allemagne moderne, l'essence de la politique et l'homme dans son espace. La partie centrale de sa conférence porte sur une lecture d'Antigone de Sophocle : il souligne l'importance de cette ouvre ainsi que l'influence de la pensée grecque antique pour la recontextualiser dans la poésie de Hölderlin.

Cette conférence de 1942 alimente la pensée politique d'Heidegger et touche à son essence ; mais ce dernier ne sera en mesure de nous communiquer seulement que les deux tiers des textes de cette conférence de son vivant...

Écrit par : Die Nacht | lundi, 03 septembre 2007

"un parallèle entre les exterminations massives et l'agriculture moderne !"

Je ne vois pas ce que ce parallèle a de si choquant.

Écrit par : . | lundi, 03 septembre 2007

«Tout cela se nomme philosophie. Ce qui aujourd'hui, tout à fait, comme philosophie du national-socialisme est mis aux enchères, mais avec la vérité interne et la grandeur de ce mouvement (nommément avec la rencontre de la technique déterminée et de l'homme des temps modernes) n'a pas la moindre chose à faire, c'est ce qui met ses filets à poissons dans ces eaux troubles des "valeurs" et des "totalités".»

(Introduction à la métaphysique )

Écrit par : Nationalsozialismus | lundi, 03 septembre 2007

Heidegger n’a jamais rompu avec le national-socialisme, pas même avec les instances officielles du parti, puisqu’il est invité par l’entourage de Mussolini à participer à une série de conférences organisées avec l’aval de l’Auswärtiges Amt, le ministère des Affaires étrangères du IIIe Reich.

Plusieurs années après encore, c’est sur l’intervention de Mussolini qu’un texte de Heidegger sera inclus dans un annuaire à la publication duquel tentait de s’opposer Rosemberg. Ses cotisations au parti nazi (NSADAP), Heidegger les paiera jusqu’en 1945. Le nazisme pour lui incarnait l’Allemagne et figurait donc la pensée car seul ce qui est allemand est authentiquement de la pensée.

On sait jusqu’à quel degré de bêtise cela fera finalement sombrer Heidegger qui en arrivera à dire dans son fameux entretien du Spiegel que lorsque les Français se mettent à penser, ils parlent allemand.

Écrit par : Auswärtiges Amt | lundi, 03 septembre 2007

La totale adhésion de Martin Heidegger au national-socialisme en 1933-1934 était chose connue. L’ouvrage de Victor Farias, fondé sur l’étude minutieuse de toutes les sources accessibles, montre qu’il ne s’agissait point là d’un opportunisme momentané, mais de l’expression publique de convictions que le philosophe conserva tout au long de sa vie. Heidegger resta jusqu’à la fin de la guerre un des intellectuels les mieux considérés par le parti nazi, auquel il ne cessa jamais d’adhérer. Sa rupture avec la politique universitaire officielle du régime s’explique par l’élimination de la fraction dans laquelle il reconnaissait « la vérité interne et la grandeur » du national-socialisme : celle de Rhöm et des S.A. qui, animateurs du mouvement étudiant en 1933, prônaient le bouleversement radical de l’Université. Finalement ce furent Rosenberg et Krieck qui devinrent les philosophes officiels du nazisme, et non Heidegger, jugé trop radical.
Même en privé, face à ses anciens collègues les plus proches, Heidegger devait ensuite toujours refuser de critiquer le régime déchu, et d’expliquer ses propres prises de position. La cohérence et la ténacité de ses conceptions politiques apparaissent clairement si l’on remarque que le premier texte (1910) de sa vie et le dernier (1964) sont consacrés au moine autrichien Abraham a Santa Clara, principal représentant au XVIIe siècle d’une tradition autoritaire, antisémite et ultranationaliste.

Écrit par : Abraham a Santa Clara | lundi, 03 septembre 2007

« La mise à l’écart dont je suis l’objet n’a au fond rien à voir avec le nazisme. On subodore dans la manière dont je pense quelque chose de gênant, sinon même d’inquiétant ; qu’en même temps on y prête tant d’attention n’en est qu’une preuve de plus."

Martin Heidegger, Mis à 1’écart (1946) (Traduction inédite de François Fédier)

Écrit par : Mis à 1’écart | lundi, 03 septembre 2007

Soyons sérieux, les documents inédits ou non traduits jusque-là nous révèlent à quel point Heidegger s'est consacré à introduire les fondements du nazisme dans la philosophie et son enseignement.

Dans son séminaire, à proprement parler hitlérien, de l'hiver 1933-1934, il identifie ainsi le peuple à la communauté de race et entend former une nouvelle noblesse pour le IIIe Reich, tout en exaltant l'éros du peuple pour le Führer.

Or, contrairement à ce qu'on a pu écrire, loin de s'atténuer après 1935, le nazisme de Heidegger se radicalise. En juin 1940, il présente la motorisation de la Wehrmacht comme un " acte métaphysique ", et, en 1941, il qualifie la sélection raciale de " métaphysiquement nécessaire ". Après la défaite du nazisme, ses prises de position sur le national-socialisme et les camps d'anéantissement viendront, par ailleurs, nourrir le discours de mouvements révisionnistes et négationnistes.

Sans jamais dissocier réflexion philosophique et investigation historique, Emmanuel Faye a suffisemment démontré dans son ouvrage "Heidegger, l'introduction du nazisme dans la philosophie : Autour des séminaires inédits de 1933-1935" (Albin-Michel), que les rapports de Heidegger au national-socialisme ne peuvent se résumer au fourvoiement temporaire d'un homme dont l'œuvre continuerait à mériter admiration et respect.

En participant à l'élaboration de la doctrine hitlérienne et en se posant en " guide spirituel " du nazisme, Heidegger, loin d'enrichir la philosophie, s'est employé à détruire à travers elle toute pensée, toute humanité. Déjouer cette entreprise, telle est donc la tâche urgente du philosophe aujourd'hui.

Écrit par : Gesamtausgabe | lundi, 03 septembre 2007

Loin d’avoir voulu sauver l’Université et préserver son autonomie, Heidegger s’est beaucoup employé à l’assujettir au pouvoir et à la modeler selon les canons nationaux-socialistes, étant un promoteur ardent de ce qu’on appelait la Gleichschaltung (la normalisation).

Heidegger, dont l’engagement en faveur du nazisme s’est prolongé bien au-delà des années 1933-1934, a été, parmi les intellectuels allemands qui ont embrassé la cause d’Adolf Hitler, l’un des plus radicaux (l’autobiographie de Jaspers contient des témoignages éloquents dans ce sens).

Une preuve irréfutable, fournie par Emmanuel Faye, infirme la thèse selon laquelle le Discours du rectorat aurait été occulté par les nazis. Un long extrait de ce Discours figure dans le livre du juriste schmittien Ernst Forsthoff publié en 1938, preuve qu’un ouvrage de propagande nazie était disposé à lui accorder une place de choix.
La reconstruction des rapports de Heidegger avec des collègues comme les philosophes Erich Rothacker ou Alfred Baeumler, des penseurs du politique comme Carl Schmitt, des disciples comme le juriste Erik Wolf ou le philosophe Oskar Becker, des historiens comme Rudolph Stadelmann, tous engagés dans la cause nationale-socialiste, ou avec un néo-hégélien comme Richard Kroner expulsé de l’Université en 1933 en tant que juif et que Heidegger attaque vivement dans son séminaire sur Hegel de 1934-1935, éclaire bien le climat intellectuel de l’époque et permet d’élucider la forma mentis de l’intellectuel national-socialiste.

L’auteur d’Être et Temps était animé depuis le début de son activité philosophique, de façon sous-jacente et non divulguée, par les idées qui vont exploser lors de son adhésion publique au national-socialisme de 1933. Autrement dit, le projet intellectuel de Heidegger était depuis le début un projet essentiellement idéologique et politique, inspiré par les idées de « communauté du peuple » (expression qui apparaît effectivement dans le paragraphe 74 d’Être et Temps) et d’« essence germanique », et non par un projet rigoureusement philosophique, dicté par la recherche désintéressée de la vérité, comme c’est le cas chez tout penseur véritable.

En somme, le philosophe de Fribourg n'est qu’une sorte d’Abraham a Santa Clara, un prêcheur drapé de somptueux vêtements spéculatifs, qui n’aurait fait autre chose qu’introduire dans la philosophie « les principes du nazisme ».

Écrit par : paragraphe 74 | lundi, 03 septembre 2007

* L’agriculture est aujourd’hui une industrie d’alimentation motorisée, dans son essence (Wesen) le Même (das Selbe) que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’anéantissement, le Même (das Selbe) que le blocus et la réduction de pays à la famine, le Même (das Selbe) que la fabrication de bombes à hydrogène. » (GA tome 79, [1949], "Bremer Vorträge. Einblick in was das ist", "Das Ge-Stell", p. 27)
Explications : il ne s'agit pas ici de dasselbe (la même chose), mais das Selbe (le Même, au regard de l'histoire de l'Être). Wesen, essence, ne doit pas être compris en son sens traditionnel, comme la nature d'une chose, mais en son sens actif, verbal (das Wesen west), comme déploiement appartenant à l'histoire de l'Être. Heidegger ne dit donc pas que l'agriculture comme industrialisation motorisée est d'un point de vue moral, la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz. Il dit que ces phénomènes contemporains relèvent du même déploiement au regard de l'histoire de l'Être, le deploiement comme Gestell à l'époque de la domination planétaire de la technique.

* « Des centaines de milliers < de gens > meurent en masses. Meurent-ils ? Ils périssent < perdent la vie >. Ils sont abattus < descendus >. Meurent-ils ? Ils font partie intégrante d’un stock pour la fabrication de cadavres. Meurent-ils ? Ils sont liquidés sans qu’il y paraisse dans des camps d’extermination. Et sans cela - des millions périssent aujourd'hui de faim en Chine. Mourir cependant signifie porter à bout la mort dans son essence. Pouvoir mourir signifie avoir la possibilité de cette démarche. Nous le pouvons seulement si notre essence aime l'essence de la mort. Mais au milieu des morts innombrables l'essence de la mort demeure méconnaissable. […] La mort est l'abri le plus haut de la vérité de l'être, l'abri qui abrite en lui le caracère caché de l'essence de l'être et rassemble le sauvetage de son essence. C'est pourquoi l'homme peut mourir si et seulement si l'être lui-même approprie l'essence de l'homme dans l'essence de l'être à partir de la vérité de son essence. La mort est l'abri de l'être dans le poème du monde. Pouvoir la mort dans son essence signifie: pouvoir mourir. Seuls ceux qui peuvent mourir sont les mortels au sens porteur de ce mot. Ce ne sont partout que détresses en masse d’innombrables morts atrocement privées de < leur propre > mort < littéralement : atrocement non mortes > —, et pour autant l’être de la mort est dissimulé < refusé > à l’homme. L’homme n’est pas < même > encore le mortel.»

Écrit par : M.H | lundi, 03 septembre 2007

Certains se demenderont qui était donc cet Abraham a Sancta Clara, alias Johann Ulrich Megerle, auquel il est fait allusion à propos de Heidegger ?

Né en 1644 près de Messkirch, ce prédicateur exerça une influence considérable sur la vie politique et religieuse de l’époque, un peu à la manière d’un Savonarole. Deux thèmes principaux dans les diatribes du prédicateur : les Turcs et les Juifs, archétypes du mal. Le Turc, pour Abraham a Sancta Clara est « un véritable Antéchrist, un tigre insatiable, un Satan invétéré [...], une bête insatiable et vindicative, un poison de l’Orient, un chien enragé et déchaîné, un tyran, le contraire d’un homme ».

Quant aux Juifs, ils sont, entre autres, avec les sorcières, les responsables directs et volontaires des épidémies de peste : « Ce maudit scélérat [le Juif] doit être pourchassé partout où il ira [...]. À cause de ce qu’ils ont fait à Jésus, les narines de leurs enfants mâles s’emplissent de vers chaque vendredi saint, ils naissent avec des dents de porc [...]. Hormis Satan, les hommes n’ont pas plus grand ennemi que le Juif [...]. Pour leurs croyances, ils méritent non seulement la potence mais aussi le bûcher. »

En 1910 et en 1964, Abraham a Sancta Clara se trouve défini par Heidegger de la même manière comme héraut de l’alémanité :

« Des personnages comme Abraham a Sancta Clara doivent demeurer vivants en nous, œuvrant silencieusement dans l’âme du peuple. Plaise à Dieu que ses écrits circulent encore davantage parmi nous, que son esprit [...] devienne un ferment puissant pour la conservation de la santé et là où la nécessité se fait pressante pour le rétablissement de la santé du peuple. »

Et cinquante-quatre ans après, alors que des millions de Juifs avaient connu ces « bûchers » appelés de ses vœux par le prédicateur, Heidegger consacre un autre texte à Abraham a Sancta Clara, en citant poétiquement une phrase de ce dernier dans laquelle sont rapprochées les villes de « Sachsenhausen et de Francfort » (villes dont les noms, en 1964, évoquaient pour tous, sauf peut-être pour Heidegger, l’un des plus sinistres camps de concentration et le siège du tribunal chargé d’enquêter sur les crimes perpétrés à Auschwitz).

Entre ces deux textes bornes, indicatifs de l’insouciance, du cynisme, ou de l’innocent aveuglement de Heidegger : les années de «militantisme » du philosophe au sein du parti nazi et à l’université. Car c’est bien de militantisme qu’il faut parler, sinon d’activisme et non pas de philosophie n'en déplaise à M. Mundilfari.

Écrit par : Johann Ulrich Megerle | lundi, 03 septembre 2007

« Des personnages comme Abraham a Sancta Clara doivent demeurer vivants en nous, œuvrant silencieusement dans l’âme du peuple. Plaise à Dieu que ses écrits circulent encore davantage parmi nous, que son esprit [...] devienne un ferment puissant pour la conservation de la santé et là où la nécessité se fait pressante pour le rétablissement de la santé du peuple. »

Écrit par : Plaise à Dieu | lundi, 03 septembre 2007

Dans ma bibliothèque je dispose d’une publication savante, réalisée pendant la guerre, de 88 sermons de ce prédicateur, édités à partir de manuscrits conservés à la Bibliothèque Nationale de Vienne (découverts en 1926). C’est un spécialiste d’Abraham a Sancta Clara, Karl Bertsche, qui a reconstruit ces textes, dans leur forme la plus authentique possible, avec l’aide de graphologues, les a datés, commentés et annotés. Ces 88 sermons vont de 1670 à 1707 et remplissent 872 pages.

Le travail avait été confiée à l’Académie des Sciences de Vienne (sur sa proposition) par le Gouverneur de l’Autriche de l’époque, Baldur von Schirach (Werke von Abraham a Sancta Clara aus dem handschriftlichen Nachlass unter Förderung des Reichsstatthalters in Wien Baldur von Schirach herausgegeben von der Akademie der Wissenschaften in Wien, bearbeitet von Karl Bertsche, éditeur : Adolf Holzhausen Nachfolger, Vienne, 1943-44 Tomes 1 et 2. Je ne dispose pas du 3ème tome qui date de 1945).

On peut se demander pourquoi le nazi Baldur von Schirach qui a été le promoteur de la Hitlerjugend avant d’être nommé Gouverneur de l’Autriche (Reichsstatthalter) par Hitler (et donc responsable de la déportation et de l’extermination des juifs autrichiens) a jugé bon d’éditer ces sermons. Etait-ce-ce pour montrer que l’Autriche, par sa culture, faisait partie intégrante du Reich ou était-ce parce que Abraham a Sancta Clara avait inclus dans ses sermons des tirades antisémites ? C’est cette dernière thèse qui a été défendue dernièrement dans des articles sur le nazisme par un avocat de Luxembourg, Maître Vogel.

En fait je crois que cette thèse a pour origine les études récentes qui ont été publiées à propos d'Heidegger à qui beaucoup d’intellectuels reprochent ses sympathies pour le nazisme.

Or Heidegger est lui-même né à Messkirch, dans une ville toute proche du lieu de naissance d’Abraham a Sancta Clara et il a eu beaucoup de considération pour le prédicateur. Et c’est dans le livre polémique publié par Victor Farias ( Heidegger et le nazisme, Verdier) que l’on trouve, paraît-il, cette citation : « Ce maudit scélérat doit être pourchassé partout où il ira… A cause de ce qu’ils ont fait à Jésus, les narines de leurs enfants mâles s’emplissent de vers chaque vendredi saint, ils naissent avec des dents de porc… Hormis Satan, les hommes n’ont pas plus grand ennemi que le Juif… Pour leurs croyances, ils méritent non seulement la potence mais aussi le bûcher. »

Farias semble également reprocher à Abraham a Sancta Clara la façon dont il invective le Turc : « un véritable Antéchrist, un tigre enragé et déchaîné, un tyran, le contraire d’un homme ». Là je crois qu’il faut quand même raison garder. Le Turc était l’ennemi. Toute l’Europe en avait peur. Cette phrase est extraite d’un appel à la résistance. Est-ce que la Kapuzinerpredigt de Schiller est moins virulente ?

Pour en revenir à l’accusation d’antisémitisme je me suis donné la peine de parcourir l’ensemble des 88 sermons dont je dispose, soit, je le rappelle, 872 pages, ce qui est d’autant plus méritoire qu’ils sont écrits en vieil allemand du XVIIème et même en vieux souabe !

Et je n’ai rien trouvé. Lorsqu’il décrit l’arrestation du Christ il parle des juifs et des rabbins qui le frappent, mais il ne fait que rapporter ce qu’en disent les Evangiles de Marc et de Mathieu. Et lorsqu’il se demande pourquoi Dieu s’est fait homme en Palestine et non en Occident ou même en Autriche, il plaisante : Il l’a fait naître parmi les juifs parce qu’Il savait bien qu’ils s’entêteraient à ne pas vouloir le croire. Et s’Il l’avait fait naître à Vienne, les Viennois, considérant Dieu comme un compatriote, immanquablement, se laisseraient aller au péché, certains que leur compatriote leur pardonnerait...

Alors je veux bien croire que Farias n’a pas inventé sa citation, mais de là à prétendre que les diatribes du prédicateur ont deux thèmes principaux : les Turcs et les Juifs, archétypes du Mal, il me semble que c’est un peu gros !
Abraham a Sancta Clara a vécu à la fin du XVIIème. Il vit littéralement dans l’Ancien Testament. Il ne peut avoir que du respect pour les Hébreux. Mais il en veut aux Juifs d’aujourd’hui parce qu’ils n’ont pas reconnu celui que lui-même considère comme étant le vrai Dieu. Si haine il y a elle n’est pas raciste, elle est religieuse. S’il est coupable, toute l’Eglise l’est tout autant.

J’ai trouvé dans ces sermons beaucoup d’humanité, les thèmes sont toujours religieux ou moraux (on traite de la paresse, de l’avarice, du couple, etc. On console les veuves, les mères qui ont perdu leur enfant, etc. On y critique souvent ceux qui nous gouvernent : « chez eux la distance du cœur jusqu’à leur langue est plus grande que celle qui va de Strasbourg à Nuremberg »). Je suis étonné par l’érudition du personnage : en plus de l’Ancien et du Nouveau Testament tous les anciens auteurs grecs et latins y passent, il est aussi à l’aise dans l’histoire de Rome que dans celle des Hébreux. Mais on y trouve aussi une multitude d’anecdotes, de fables, de paraboles et d’histoires de paysans ou de gens du peuple. Et toujours beaucoup d’humour. Du sarcasme aussi. Et puis quelle joie exubérante dans le maniement du verbe ! Il joue de l’allitération, de la répétition, du rythme. Il s’enivre. Il faut le citer en allemand : ainsi quand il parle de l’argent :
« Was ist das ? Es ist ein Köder, an welches ein Jeder will beissen, es ist ein’ Feder, mit welcher ein Jeder will schreiben, es ist ein Tisch, bei dem ein Jeder will sitzen, es ist ein Fisch, den ein Jeder will fangen, es ist ein Bach, in dem sich ein Jeder will baden, es ist ein Dach, under dem ein Jeder will wohnen, es ist ein Glocken, die ein Jeder will laüten, es ist ein Brocken, den ein Jeder will schlucken, es ist ein Buch, in dem ein Jeder will lesen, es ist ein Tuch, in dem ein Jeder will brangen ( ?), es ist eine Mühl, in der ein Jeder will mühlen, es ist ein Ziel, wohin ein Jeder will laufen, es ist eine Weid’, wo ein Jeder will grasen, es ist ein Kleid, das ein Jeder will tragen. Was muss denn das Ding sein ? »
« In der Stärke ist ihm nichts gleich in der Welt. Samson hat viel gerichtet, Gideon…, David…, Joab…, Jahel…, etc., aber nicht so viel, als dieses Ding. Was muss es doch sein ? »
« Es schlagt alles, es jagt alles, es trutzt alles, es stutzt alles, es treibt alles, es reibt alles, es findet alles, es überwindet alles. Was muss es doch sein ? Gelt, es errats niemand ? Es ist schon erraten : Geld ist es. Das Geld will ein Jeder, das Geld ist das allerstärkste in der Welt, welches der Ecclesiast selbst bezeugt : pecuniae obediant omnes… »

Abraham a Sancta Clara, lit-on dans l’introduction de mon livre de sermons, est le plus éloquent des prédicateurs de langue allemande depuis Luther. Cela me fait penser à quelque chose : Luther, lui aussi, a lancé des imprécations contre les Juifs (Des Juifs et de leurs mensonges – Sur Chem Hamphoras). Alors tous ceux qui aiment Luther et qui suivent son enseignement sont-ils des antisémites et des nazis?

Écrit par : Mundilfari | lundi, 03 septembre 2007

Les faits ont un sens bien plus "parlant" pour employer la langue d'Etre et Temps :

Des bûchers de livres ont eu lieu à Fribourg sous le rectorat de Heidegger selon les témoignages d'Ernesto Grassi et ceux de Fribourgeois recueillis par Hugo Ott.
Le samedi 24 juin 1933 Heidegger pronocera un discours devant les flammes d'un autodafé, il dira :

" Flamme, annoce-nous, montre-nous le chemin d'où il n'y a plus de retour" .

Écrit par : le chemin d'où il n'y a plus de retour | lundi, 03 septembre 2007

Vous apprécierez sans doute, mon cher Mundilfari, le Discours à l'institut d'anatomie pathologique de Fribourg de votre grand "philosophe" :

"Pour ce qui est sain et pour ce qui est malade, un peuple et une époque se donnent à eux-mêmes la loi en fonction de la grandeur intérieure et de l'étendue de leur existence. Le peuple allemand est maintenant en train de retrouver son essence propre et de se rendre digne de son grand destin. Adolf Hitler notre grand Führer et chancelier, a créé à travers la révolution nationale-socialiste un Etat nouveau par lequel le peuple doit à nouveau s'assurer d'une durée et d'une cnstante de son histoire [...]. Pour tout peuple, le premier garant de son authenticité et de sa grandeur est dans son sang, son sol et sa croissance corporelle". [GA 16 151].

Dans cette même ligne de pensée sur "l'être", au lendemain de son adhésion publique à la NSDAP, Heidegger écrit à son frère Fritz (le 4 mai 1933) : "Tu dois considérer la totalité du mouvement non pas d'en bas mais à partir du Führer et des ses grands objectifs. [...] désormais on ne doit plus penser à soi mais seulement à la totalité et au destin du peuple allemand". [GA 16 95.]

Écrit par : Discours à l'institut | lundi, 03 septembre 2007

Nous y sommes.

Écrit par : . | lundi, 03 septembre 2007

Oui, nous y sommes. Et cela nous apprend beaucoup sur l'Homme, sûr l'être humain (comme Sade ainsi que le dit si bien Blanchot dans "La raison de Sade", ou Céline en littérature. Le génie et Lucifer).

Il faudra bien penser l'homme Heidegger avec ses rapports au mal. Il n’empêche : les questions soulevées par Heidegger restent viables. On ne retirera pas Heidegger de la philosophie. C'est, d'évidence, un grand penseur. S'intéresserait on autant à lui -passé, présent- si ce n'était pas le cas? Si ce qu'il a questionné n'était pas capital? Ce questionnement, nous le garderons.

Ps Serrus, merci,le conseil est bon. Mais il y avait un poil d'humour vous savez, de provo disons. Et, indéniablement, Lévinas reste le grand absent de doux échange, et je n'ai plus de temps, rien, pas une brindille.

Quant au merveilleux imbécile qui signe avec une simplicité confondante «ereignis » (au sens pré-heideggerien évènement/avènement) mon cas est bien plus grave qu’il ne le croit. Je ne « viens pas d’apprendre 2, 3 mots », ayant eu mon premier contact avec H Il y a déjà 20 ans. Ma bêtise est donc crasse,totale, irrécupérable. Le das sein âne. Bon ben, j'va m’offrir une pinte de Saint Simon pour oublier ce triste sort (ou relire le Faustus de T. Mann pour qui Heiddy était « le nazi par excellence » et qui pose splendidement la question des rapports du génie au mal)

Une petite pierre au débat :

« Peut-on rapprocher l’Un plotinien et l’Ereignis heideggérien?
Ils se rapprochent en ce sens que l’un et l’autre se situent au-delà de l’Être. Ils se distinguent car leur transcendance se déploie en direction de l’identité pour Plotin (transascendance) et dans le sens de la différence pour Heidegger (transdescendance).
L’Ereignis heideggérien n’est pas, comme l’Un plotinien, une unité excluant toute altérité, il est au contraire affirmation de sa différence d’avec l’Être qu’il «destine», lui-même «procuré» par le Temps. Alors que l’extase plotinienne vise l’union, la fusion avec l’Un, pour Heidegger, elle est avant tout ouverture, béance, par laquelle l’Être sort de lui-même, ek-siste. Si l’extase plotinienne est retour vers une source qui est rejet de toute altérité, retrait dans l’identité de l’Un sans l’Être, la pensée de Heidegger est maintien de la différence et de l’extériorité de l’Être qui se dévoile avec le Temps dans l’Événement, l’Ereignis. Le salut alors n’est point dans la simplification, mais dans le consentement à la différence, il est une perte. » Daniel Mazilu.

Écrit par : Restif | lundi, 03 septembre 2007

Restif , pour ce qui est de votre demande, reportez-vous, je veux dire en y pénétrant vraiment, à l'étude très intéressante (bien que peu tendre à l'égard de Heidegger critiqué pour avoir méconnu la richesse de l'interrogation de l’oubli de Dieu évoqué par Plotin dans l’Ennéade V, 1, 1), de Jean-Marc Narbonne : Hénologie, ontologie et Ereignis (Plotin - Proclus -Heidegger), Paris, Les Belles Lettres, 2001, qui ouvre pourtant grandement les portes de la question évoquée.

Ci-joint le compte-rendu (disponible sur la toile) de cet ouvrage à l'attention des curieux, précisément, de Daniel Mazilu de l'Université de Montréal que vous citez dans votre message :

"Fruit d’une recherche assidue menée pendant quatre années (1997-2000) et subventionnée par la Fondation allemande Humboldt et le CRSH, le dernier livre de Jean-Marc Narbonne relève le défi redoutable d’un dialogue concerté de trois figures majeures de la métaphysique occidentale : Plotin, Proclus et Heidegger.

Le concert est, à vrai dire, plutôt dissonant étant donné que Heidegger se trouve en faux, selon Narbonne, par la perspective partiale et partielle qu’il offre de la métaphysique occidentale.

On s’attendrait, en lisant la trilogie conceptuelle du titre, à tomber sur la clé susceptible d’ouvrir une voie d’accès non seulement à la plus obscure notion heideggerienne, l’Ereignis (signifiant ordinairement, c’est-à-dire dans un sens non-obscurci
par Heidegger, événement ou avènement), mais, par elle, au dilemme du rapport de l’ontologie à l’hénologie.

Le propos de Narbonne est cependant tout autre. Son intention
est double : d’abord, et c’est l’un des mérites du travail, elle consiste à retracer l’histoire de deux traditions parallèles, l’hénologie issue du platonisme et l’ontologie d’allégeance aristotélicienne ; ensuite, c’est de montrer en quoi Heidegger a finalement manqué son ambition déclarée de couvrir l’ensemble de la métaphysique occidentale
— pour, éventuellement, mieux la contester par après et en même tempss’imposer lui-même comme l’unique représentant de l’authentique sens de l’être.

Mais que peut-il encore rester de la pertinence d’une déploration de l’oubli de l’être quand cet être, avant même d’avoir été posé comme tel et reconnu dans son autonomie par un principe de loin supérieur qui le surplombe et le conditionne même dans sa totalité, est dépassé ? Quelle valeur pouvons-nous encore accorder donc à partir de là à l’invocation heideggerienne du retour à la pensée de l’être alors qu’il semble ignorer cette école néoplatonicienne qui place l’essentiel justement au-dessus de l’être, non pour nier ce dernier dans ses prérogatives plus ou moins légitimes à la prolifération
protéiforme qui le caractérise, mais pour mieux le relativiser en fonction d’une exigence qui se réclame en ligne directe de Parménide, le héraut même de la métaphysique de Heidegger, et davantage encore de Platon, comme un défi presque ?

Après un parcours de longue haleine à travers tous les détours de la doctrine néoplatonicienne, avec un passage en revue du rôle architectonique et transcendant de l’Un, de son privilège par rapport au multiple et à l’être, c’est Heidegger qui est pris à partie pour n’avoir pas su voir ce qui, par son absence de l’ordre des déterminations sensibles, visibles, palpables, paraît néant alors qu’il est tout, s’affirme en se retirant, se manifeste en restant impénétrable, l’un au-delà de l’être. Il est à regretter seulement
que l’oubli de l’être de Heidegger n’ait pas été mis en parallèle avec l’oubli de Dieu évoqué par Plotin dans l’Ennéade V, 1, 1, et qu’il ne soit pas davantage question tout le long du livre de l’« âme oublieuse », perdue dans la contemplation, que l’on trouve
en IV, 3, 32. Tout aussi regrettable, compte tenu du titre du livre, nous semble l’omission d’un passage (VI, 8, 11. 35-37) où Plotin affirme qu’en somme il n’advient jamais rien, qu’il n’y a donc, en réalité, pas d’événement (Ereignis) — selon la version
correcte de H.D. Saffrey (« La Théosophie de Tübingen », Recherches sur le néoplatonisme après Plotin, Vrin, 1990, p. 22-23). Cette position néoplatonicienne aurait pu être exploitée avec beaucoup de profit en vue d’une confrontation féconde entre
la position heideggerienne dominée par le souci du temps et de l’histoire et la finalité néoplatonicienne de l’accès à l’éternité et au salut de l’âme.

L’ouvrage de Narbonne comporte deux parties dont la première trace une histoire et donne un exposé détaillé du néoplatonisme et dont la seconde confronte Heidegger à ses propres assertions en illustrant les points névralgiques de sa conception de l’onto-théologie. Une abondante moisson de textes néoplatoniciens augmente
l’intérêt de l’ensemble : de longs extraits de Plotin (les Ennéades, bien sûr), mais aussi de Proclus, notamment d’une œuvre peu utilisée et néanmoins capitale pour la compréhension de l’École d’Athènes, la Théologie platonicienne.

Le livre est aussi muni d’un abondant appareil de notes placé à la fin du livre et de trois index fort utiles : des passages cités, des noms anciens et un troisième de noms modernes de la philosophie et de l’érudition. La seule lacune technique à signaler est l’absence d’une bibliographie des textes utilisés.

Rappelons que la mise en plein jour du problème de la prééminence de l’ontologie ou de l’hénologie l’une sur l’autre remonte à la parution, en Allemagne, du livre d’Albert Zimmermann, Ontologie oder Metaphysik (E.J. Brill, Leiden-Köln, 1965) qui ouvrait la discussion amorcée aux XIIIe et XIVe siècles sur l’objet véritable de la
métaphysique. Il fut suivi de près par celui de Hans Joachim Krämer, Der Ursprung der Geistmetaphysik (B.R. Grüner, Amsterdam, 1967). Nous renvoyons, pour la clarification de l’Ereignis chez Heidegger, à l’article de Philippe Verstraeten paru dans Les Études philosophiques (no 66, janvier-mars 1986, p. 113-133) : « Le sens de
l’Ereignis dans Temps et être ».

DANIEL MAZILU
Université de Montréal

Écrit par : Serrus | lundi, 03 septembre 2007

« Je sais que tout ce qu’il y a d’essentiel et de grand a son origine dans le fait que l’être humain a une patrie et est enraciné dans une tradition. »


Martin Heidegger

Écrit par : M.H | lundi, 03 septembre 2007

« Heidegger est pour moi le plus grand philosophe du siècle, peut-être l’un des très grands du millénaire ; mais je suis très peiné de cela, parce que je ne peux jamais oublier ce qu’il était en 1933, même s’il ne l’était que pendant une courte période. (…) Il a en tout cas un très grand sens pour tout ce qui fait paysage ; pas du paysage artistique mais du lieu où l’homme est enraciné. Ce n’est pas du tout une philosophie d’émigré. Je dirai même que ce n’est pas une philosphie d’émigrant. Pour moi être migrateur n’est pas être nomade. Il n’ya rien de plus enraciné qu’un nomade. Mais celui qui émigre est intégralement homme, la migration de l’homme ne détruit pas, ne démolit pas le sens de l’être. »


Emanuel Lévinas

Écrit par : Nomade | lundi, 03 septembre 2007

En septembre 1966, Martin Heidegger accorda un long entretien au Spiegel. Il fut publié dix ans plus tard au lendemain de la mort du philosophe. (1) Alors qu’Heidegger évoquait les rapports entre les hommes et l’« être de la technique », ses interlocuteurs lui demandèrent :

« Spiegel : On pourrait vous opposer tout à fait naïvement ceci : qu’est-ce qu’il s’agit de maîtriser ici ? Car enfin tout fonctionne. On construit toujours davantage de centrales électriques. La production va son train ; Les hommes, dans la partie du monde ou la technique connaît un haut développement, ont leurs besoins bien pourvus. Nous vivons dans l’aisance. Qu’est-ce qu’il manque ici finalement ?

MH : Tout fonctionne, c’est bien cela l’inquiétant, que ça fonctionne, et que le fonctionnement entraîne toujours un nouveau fonctionnement, et que la technique arrache toujours davantage d’hommes à la Terre, l’en déracine ; Je ne sais pas si cela vous effraye ; moi, en tous cas, je suis effrayé de voir maintenant les photos envoyées de la lune sur la Terre. Nous n’avons plus besoin de bombe atomique ; Le déracinement de l’homme est déjà là. Nous ne vivons plus que des conditions purement techniques, ce n’est plus une Terre sur laquelle l’homme vit aujourd’hui…

Spiegel : Qui sait si c’est la destination de l’homme d’être sur cette Terre ?

MH : D’après notre expérience et notre histoire humaines, pour autant que je sois au courant, je sais que toute chose essentielle et grande a pu seulement naître du fait que l’homme avait une patrie et qu’il était enraciné dans une tradition… »

S’il fut un temps ou le savoir scientifique et le progrès étaient, au moins en occident, considérés par presque tous comme la garantie d’un monde, d’un avenir meilleurs, il faut accepter qu’ils puissent être considérés aujourd’hui comme des motifs d’inquiétude .A l’augmentation alarmante de la démographie mondiale, s’ajoutent la crainte du développement incontrôlé de la pollution de la planète, de la prolifération nucléaire, du gaspillage des ressources naturelles et la hantise de manipulations génétiques et de biotechnologies portant sur (ou touchant directement) les hommes eux-mêmes.Sans pour autant céder à l’utopie de la « décroissance », très tendance actuellement, et abondamment instrumentalisée par la mouvance communiste/ progressiste reconvertie habilement en un anti mondialisme de façade, il est difficile d’imaginer ce qui pourrait contrarier la course en avant de cette « société technicienne » qui inquiétait Heidegger. Nombreux sont ceux qui considèrent que les Hommes ne sont pas de taille et qu’un destin Faustien ou Prométhéen leur est promis…"




(1) Martin Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique, Mercure de France, 1988, p.45,47.

Écrit par : Quadrige | lundi, 03 septembre 2007

"Pour moi être migrateur n’est pas être nomade. Il n’y a rien de plus enraciné qu’un nomade. Mais celui qui émigre est intégralement homme, la migration de l’homme ne détruit pas, ne démolit pas le sens de l’être. »"

L'homme entier est instinct du chemin de la patrie de ses enfants.

Écrit par : . | mardi, 04 septembre 2007

Serrus. Merci. J’entre en lecture. Lentement.

Pour que ce post ne soit pas qu’égotisme (encore qu’il témoigne pour l’écoute) je donne ce passage du Pseudo Denis l’Aéropagyte. Le rapport ? Son inspiration néo-platonicienne.
V
LA CAUSE TRANSCENDANTE DE TOUT L'INTELLIGIBLE N'EST RIEN D'INTELLIGIBLE
(…)
On ne peut la saisir par l'intelligence.
Elle n'est ni science, ni vérité,
ni royauté, ni sagesse.
Elle n'est pas un, ni unité,
ni déité,
ni bonté.
Elle n'est pas esprit comme nous pouvons le connaître,
ni filiation
ni paternité, ni rien de ce que ni nous, ni personne ne saurait connaître.
Elle n'est rien de ce qui n'est pas,
rien de ce qui est.
Les êtres ne la connaissent pas telle qu'elle est
et elle-même ne les connaît pas tels qu'ils sont.
On ne peut ni la comprendre
ni la nommer,
ni la connaître.
Elle n'est ni ténèbre, ni lumière,
ni erreur, ni vérité.
On ne peut d'elle absolument rien affirmer,
ni nier.
Mais en affirmant ou niant des réalités qui lui sont inférieures,
nous ne saurions affirmer, ni nier quoi que ce soit puisque c'est au-dessus de toute affirmation
que réside la Cause unique et parfaite de tout,
comme aussi, au-delà de toute négation,
l'excellence de Celui qui est absolument affranchi
et au-delà de tout.

PSEUDO-DENYS L'ARÉOPAGITE La théologie mystique
Traité de la Théologie Mystique (http://www.migne.fr/pseudo_denys_theologie_mystique.htm)

Écrit par : Restif - en apprentissage permanent. | mardi, 04 septembre 2007

Céline avait-il lu Heidegger? Si non c'est encore plus interessant.

Écrit par : Anonyme | mardi, 04 septembre 2007

"Si nous voulons aller seulement contre la pensée d'un penseur, il faut que par cette volonté nous ayons déjà rapetissé ce qu'il y a de grand en elle."

"Avec des aveugles, nul ne peut discuter des couleurs. Mais il y a pire que la cécité: c'est l'aveuglement, qui croit qu'il voit - et qu'il voit de la seule façon possible - quand c'est pourtant cette croyance où il est qui lui bouche toute vue."

M. Heidegger (Qu'appelle-t-on penser ?)

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

Voyons à présent comment les nazis eux-mêmes parlaient de Heidegger. Dans la biographie pourtant si peu favorable qu’il a consacrée au penseur, Hugo Ott a publié quelques extraits d’une violence inouïe. Ernst Krieck, proche de Rosenberg et membre de la Allgemeine SS depuis 1934, a organisé dès 1934 dans son journal nazi Volk im Werden une véritable cabale contre la pensée de Heidegger considérée comme « un ferment de décomposition et de désagrégation pour le peuple allemand ». Les ouvrages du penseur disparaîtront lentement de la vente publique au fil des années sous le IIIe Reich. Dans la revue des Jeunesses hitlériennes Wille und Macht, Heidegger était également l’objet de critiques acerbes, en particulier à propos de son ignorance quant la vraie « spécificité de Hölderlin » que la jeunesse allemande connaissait mieux que lui ! Au moment de la « levée en masse », enfin, à l’automne 1944, les nazis cherchant de la main-d’œuvre ont fait établir par les autorités universitaires des listes de professeurs selon qu’ils étaient plus ou moins nécessaires au régime. Heidegger figure dans le haut de la liste comme « le moins indispensable » ; malgré son âge et ses deux fils déjà réquisitionnés sur le front russe, il fait partie des quelques professeurs contraints d’interrompre leur enseignement.

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

The Facts !

Les véritables témoignages à propos du seul professeur de l’université de Fribourg qui ne commençait pas ses cours par le salut nazi.

Voyons quelques courts extraits, pris parmi de nombreux autres de même nature.

· Celui de Walter Biemel (Cahier de l’Herne Martin Heidegger, 1983), élève de 1942 à 1944, puis proche du penseur, qui raconte une après-midi chez Heidegger au cours de ces années « Pour la première fois, il me fut donné d’entendre de la bouche d’un professeur d’université, une violente critique contre le régime qu’il qualifiait de criminel. » Puis : « Il n’y a pas un cours, un séminaire où j’ai entendu une critique aussi claire du Nazisme qu’auprès de Heidegger. Il était d’ailleurs le seul professeur qui ne commençât pas son cours par le Heil’Hitler réglementaire. À plus forte raison, dans les conversations privées, il faisait une si dure critique des nazis que je me rendais compte à quel point il était lucide sur son erreur de 1933 » (cité par Jean-Michel Palmier, Les écrits politiques de Martin Heidegger, Paris, éditions de l’Herne, 1968).

· Celui de Sigfried Bröse qui a assisté à tous les cours de Heidegger du printemps 1934 à l’automne 1944, et qui fut lui-même destitué de ses fonctions (sous-préfet) par les Nationaux-socialistes à leur arrivée au pouvoir en 1933 : « Les cours de Heidegger étaient fréquentés non seulement par des étudiants, mais aussi par des gens exerçant depuis longtemps déjà une profession, ou même par des retraités ; chaque fois que j’ai eu l’occasion de parler avec ces gens, ce qui revenait sans cesse, c’était l’admiration pour le courage avec lequel Heidegger, du haut de sa position philosophique et dans la rigueur de sa démarche, attaquait le national-socialisme. Je sais également que les cours de Heidegger, précisément pour cette raison – sa rupture ouverte n’était pas demeurée ignorée des nazis – étaient surveillés politiquement. » (lettre du 14/01/1946 au recteur de l’université de Fribourg. Le texte entier est accessible en traduction française dans l’ouvrage de François Fédier, Heidegger : Anatomie d’un scandale, Paris, Robert Laffont, 1988.)

· Celui de Hermine Rohner, étudiante de 1940 à 1943, qui écrit à propos du penseur : « Lui ne craignait pas, fût-ce dans ses cours aux étudiants de toutes les facultés (où le nombre des auditeurs était tel qu’on ne pouvait pas compter qu’ils fussent tous “ses” élèves), de critiquer le national-socialisme d’une manière si ouverte et avec le tranchant si caractéristique qu’offre sa manière de choisir en toute concision ses termes, qu’il m’arrivait d’en être effrayée au point de rentrer la tête dans les épaules (…) En tout cas, la manière courageuse dont Heidegger s’est singularisé pendant les dernières années du IIIe Reich doit assurément compter dans la balance, car elle pèse lourd, bien plus lourd que ne peuvent se le représenter des auteurs nés après la guerre. » (Publié dans la Badische Zeitung du 13/08/1986 et dans son intégralité en français dans Heidegger : Anatomie d’un scandale.)

· Celui de Georg Picht, élève à partir de 1940, qui raconte l’histoire suivante : « Je ne fus pas surpris lorsqu’un jeune homme vint me trouver et me dit : “Ne m’interrogez pas sur mes sources d’information. Vous mettez votre personne en grand danger si on vous voit aussi souvent avec M. le Professeur Heidegger.” » (Erinnerung an Martin Heidegger, Pfullingen, Neske, 1977.)

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

Il faut lire dans mon post d'au-dessus :

"de son ignorance quant À la vraie « spécificité de Hölderlin » que la jeunesse allemande connaissait mieux que lui !"

Écrit par : Neb' | mardi, 04 septembre 2007

Et quand j'appuyais, au sein de mon premier commentaire, sur le fait que Heidegger entretenait des rapports intellectuels avec Paul Celan, par exemple, poète juif qui n'est pas à présenter, voici ce pensait de Heidegger le docteur Erich Jaensch, psychologue national-socialiste (16 février 1934) :

« Sa manière de penser (…) est exactement la même que celle de la chicanerie talmudique, de sinistre réputation, laquelle a toujours été ressentie par l’esprit allemand (…) comme lui étant particulièrement étrangère. (…) La philosophie de Heidegger va même encore beaucoup plus loin dans le sens de la vacuité, de la confusion, de l’obscurité talmudique, que les productions du même genre d’origine authentiquement juive. (…) Ce mode de penser talmudique, propre à l’esprit juif, est aussi la raison pour laquelle Heidegger a toujours exercé et continue d’exercer la plus grande force d’attraction sur les Juifs et les demi-Juifs »

D'autres exemples ?

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Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

Roger-Pol Droit a écrit dans “Le Monde des livres” du 25 mars dernier que Heidegger aurait soutenu “que ceux qui sont morts en masse ne sont pas vraiment morts”.

Bêtise humaine, jusqu'où iras-tu ?

La conférence de Brême de 1949 à laquelle il se référe ne dit rien de tel. Elle dit même tout le contraire. Heidegger y affirme (p. 56 du tome 79 de l’Édition intégrale de ses écrits), à propos de la « la détresse d’effroyables morts innombrables, en masse », qu’elles furent des "ungestorbene Tode", à savoir (l’expression, difficilement traduisible en français, étant rendue ici par une périphrase) : « des morts auxquelles n’aura pas même été accordée la possibilité de (se) mourir. » À l’arrière-plan, il y a bien sûr toute l’analyse que fait Heidegger de l’ « être vers la mort » dans les §§ 47 à 53 d’Être et temps, dont vous semblez ignorer l’existence.

Non pas, donc, “pas vraiment morts”, comme l’écrit Roger-Pol entre autres insanités en agitant allègrement le spectre du négationnisme, mais morts par deux fois en quelque sorte, du fait d’une entreprise criminelle doublement mortifère.

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

Vous êtes un avocat touchant Nebo, bien touchant, mais pourquoi chercher à absolument nier ce qui fut ? Au fond pourquoi rentrer dans le discours culpabilisant en utilisant le vieux mécanisme éculé et inefficace de la justification, qui, depuis l'origine du monde, ne sert à rien.

Heidegger fut national-socialiste, et alors ? Sa pensée n'en reste pas moins magnifique de profondeur métaphysique ; pour tout vous dire, ce débat n'a pas de sens, c'est-à-dire qu'il est insensé car inutile, jugé par avance par des ignares et des incapables sur le plan de la pensée questionnante.

Sachez que ceux pour qui toute évocation, même la plus légère, d'une possibilité de vie intellectuelle, philosophique, religieuse ou artistique sous le IIIe Riech est inacceptable ne vous liront pas, pour les autres...

Écrit par : Aloïs | mardi, 04 septembre 2007

La négation, même la plus documentée, ne peut aller à l'encontre des faits. Car en 1923, déjà, alors qu’il enseigne la théologie à Marbourg, l’association étudiante Akademische Vereinigung – « apolitique »... mais excluant de ses rangs « tout élément juif ou de couleur » – recommande chaleureusement de suivre les cours de Heidegger.

En 1930, c’est au cours d’une fête de la « Patrie badoise » que Heidegger prononce la première version (non publiée) de la conférence intitulée « L’essence de la vérité ». Le président d’honneur est Eugen Fischer, fondateur et dirigeant, depuis 1927, de l’Institut d’hygiène raciale. Le rôle bien connu de cet organisme dans les expériences conduites par les SS dans les camps de la mort n’empêchera par Heidegger d’adresser, en 1960 !!!, un de ses livres à Eugen Fischer, avec ses « cordiales salutations de Noël et ses vœux de Nouvel An ».

Le rectorat ne serait, si l'on vous écoute Nebo, qu'un épisode rapide, une courte parenthèse.

Que constatons-nous ? Au printemps 1933, le pays de Bade est mis au pas : les sociaux-démocrates sont en camp, les syndicats muselés, les juifs molestés. Le 1er mai, Heidegger adhère au Parti nazi et les archives révèlent qu’il en resta membre jusqu’en 1945, payant ponctuellement ses cotisations.

De l’année d’activité du recteur de Fribourg le tableau consternant. Il y a le fameux discours du 27 mai 1933, que l’on connaît déjà. On sait moins, en revanche, qu’il devint une sorte de classique du nazisme, très prisé des organisations étudiantes. Il fut réédité par trois fois, dont la dernière, à cinq mille exemplaires, en 1937, en un temps où la censure exigeait du solide.

Au cours de sa gestion, Heidegger en fera des tonnes. Il s’engage à fond dans des mesures destinées à révolutionner l’Université, à changer la vie des étudiants dans le sens de la conception national-socialiste du monde.
S’il démissionne aussi brusquement, ce n’est pas saisi d’un repentir soudain, ou pour manifester une tardive résistance, mais parce que sa fraction a été battue. Sa désillusion fut de voir Rudolf Hess remplacer Röhm, c’est-à-dire une ligne SS de gestion du pouvoir et de compromis efficaces l’emporter sur le courant populiste et radical des SA.

Par la suite, les dirigeants nazis se sont pas méfiés, comme vous l'affirmez rapidement, d’un possible adversaire du régime national-socialiste, mais d’un « révolutionnariste » trop impétueux.

Méfiance toute relative d'ailleurs, puisqu'en 1945 Heidegger dira qu’après le 30 juin 1934 (c.a.d. la « nuit des longs couteaux », l’élimination des SA), ceux qui acceptaient des fonctions officielles à l’Université savaient avec quel pouvoir ils travaillaient.

Or lui-même participe, en septembre 1934, à l’élaboration d’un projet d’« Académie des professeurs du Reich », sorte d’institut d’élite destiné à former les maîtres de l’avenir.

Pire, à la demande du secrétaire d’État Wilhelm Stukart (un des auteurs des lois raciales de 1935, qui participera à la conférence de Wannsee mettant en route la « solution finale » et sera jugé à Nuremberg comme criminel de guerre), Heidegger soumet un projet détaillé. Il y est notamment question de « repenser la science traditionnelle à partir des interrogations et des forces du national-socialisme ».


Je vais vous dire Nebo, je le trouve vraiment charmant votre Heidegger qui ne commençait pas ses cours par le salut hitlérien dans ce pittoresque costume de "démocrate chrétien", selon votre amusante présentation ; tellement charmant d'ailleurs, et surtout si peu crédible, qu'il en est finalement risible.

Écrit par : Anatomie d’un scandale | mardi, 04 septembre 2007

Ce n'est même pas une justification, Aloïs, juste des faits tout ce qu'il y a de plus terre à terre. C'est banal même.

Par contre, étant originaire d'un pays où le Totalitarisme a régné pendant 50 ans, l'ex-Yougoslavie, je peux certifier aux donneurs de leçons démocrassouillards, bien installés dans leurs édredons, au chaud, l'âme et la conscience tranquilles (c'est-à-dire, dans le cas présent, éteintes), que parvenir à vivre dans un tel pays demande des capacités d'adaptations que ces tristes sires drapés de Moraline ne soupçonnent pas un seul instant. Les différentes possibilités de résistance spirituelle sont assez réduites. J'ai connu des gens à l'intelligence vive, Vivants, créatifs... qui avaient leur carte du Parti Communiste parce qu'il leur fallait l'avoir. Point ! Ils occupaient des fonctions importantes dans les sphères économiques, universitaires, politiques et bien que ne partageant pas du tout l'idéologie du criminel TITO, ils se devaient de montrer patte blanche, juste pour pouvoir tenir, se faufiler entre les pièges du système et... AGIR comme ils le pouvaient à leur échelle. Je ne doute pas que la situation fut différente durant le règne du National-Socialisme en Allemagne.

Alors, pour ce qui est d'appliquer, dans notre pays, les principes Staliniens du jugement hâtif ("Donnez moi dix lignes écrites par quelqu'un et je le fais fusiller" disait Vichinsky, le sinistre accusateur communiste des purges Staliniennes) nos intellectuels savent y faire. Et cela demande une certaine Volonté que de tenir tête au dégarnissage des bulbes qui est en cours.

Bernard Sichère dans "Seul un Dieu peut encore nous sauver, Le nihilisme et son envers", écrit :

« La France n’aime pas sa propre histoire mais elle aime punir : d’où l’imbroglio tonitruant de l’“affaire Heidegger” plus de cinquante ans après les faits, dont la conséquence au plan de la pensée fut plus que minime, puisque presque aucun grand texte de Heidegger ne fut convoqué pour examen, et puisque presque aucune des questions qu’il eût été légitime de poser alors ne le fut. Par exemple : est-il vrai que l’un des plus grands philosophes de ce siècle fut nazi, et qu’est-ce que cela veut dire ? A-t-il toujours été nazi et si oui, pourquoi ses œuvres circulent-elles librement et font-elles régulièrement l’objet de thèses universitaires ? Sa responsabilité est-elle identique à celle, chez nous, d’un Brasillach ou d’un Céline, ou bien en diffère-t-elle et comment ? Heidegger a-t-il été l’intime d’un René Bousquet ? D’un Klaus Barbie ? Est-il responsable de crimes de guerre comme Kurt Waldheim ? A-t-il aidé de hauts responsables nazis comme l’appareil d’État américain à la fin de la guerre ? A-t-il soupé avec Goebbels comme Mme Leni Riefenstahl ? A-t-il publié des écrits antisémites comme tant de ces intellectuels français qui réussirent par la suite à les faire oublier ?

À ces dernières questions la réponse est aisée : elle est négative. »

Pour conclure... je ne serais pas surpris du tout d'apprendre que les mêmes qui n'ont de cesse d'attaquer Heidegger auront défendu, bec et ongles, Alija Izetbegovic, le président de la Bosnie-Herzégovine, comme grand démocrate, défenseur de son peuple musulman, ALORS QUE LUI RECRUTAIT DURANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE, POUR SON ORGANISATION DES JEUNESSES MUSULMANES, et avec la bénédiction de son mentor (le mufti de Jérusalem, Amin Al-Husseini -- lui-même doté d'un certificat d'Aryenité par Hitler en personne) DES VOLONTAIRES POUR LA DIVISION SS MUSULMANE HANDJAR. Mais je suppute que l'Islam étant considéré par nos bons pseudo-penseurs comme une R.A.P.T. (Religion d'Amour de Paix et de Tolérance) ceci n'est même pas envisageable.

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

Vous apprécierez, je n'en doute pas, l’histoire du professeur Eduard Baumgarten qui doit être portée au crédit du comportement national-socialiste de Heidegger.

Après avoir débuté comme professeur de philosophie dans le Wisconsin, Baumgarten revient à Fribourg pour obtenir l’habilitation de ses travaux sur Dewey, travaux dirigés par Heidegger lui-même.

Heidegger et Baumgarten, en conflit sur le plan philosophique, entretenaient des relations amicales, au point que les époux Heidegger étaient parrains d’un fils Baumgarten.

L’université de Göttingen veut habiliter Baumgarten. De Fribourg, Heidegger envoie un « rapport politique confidentiel à l’Organisation des professeurs nationaux-socialistes de Göttingen ».

On y lit :

« Le docteur Baumgarten provient, de par sa famille et son attitude spirituelle, du cercle d’intellectuels libéraux-démocrates autour de Max Weber. Durant son séjour ici, il fut tout sauf un national-socialiste. Cela m’étonne d’entendre qu’il est enseignant à Göttingen : je ne peux m’imaginer sur la base de quel rendement scientifique il a obtenu son habilitation. Après avoir échoué avec moi, il s’est étroitement lié au Juif Fränkel, qui avait été actif à Göttingen puis fut expulsé de cette université. Je suppose que Baumgarten a trouvé une protection par ce biais. Je tiens pour impossible l’insertion de Baumgarten tant dans les SA que dans l’enseignement. »

Ce rapport est tellement outrancier que le Führer des professeurs de Gottingen, le docteur Vogel, le classe immédiatement aux archives avec la mention : « Inutilisable, chargé de haine ». Cependant, son successeur, le docteur Blume, mal disposé à l’égard de Baumgarten, l’exhume deux ans après. Résultat : le 12 avril 1935, on notifie officiellement à Baumgarten qu’il est suspendu de ses fonctions, que son traitement est interrompu et que sont entreprises les démarches pour son expulsion vers les États-Unis. Certains de ses amis interviendront auprès du ministère de Berlin, en mentionnant la dénonciation de Heidegger.

Baumgarten obtiendra l’annulation des dispositions prises à son encontre. Il écrira plus tard à Heidegger, pour demander, sinon des comptes du moins des explications...

« Ce dernier lui aurait répondu par une citation d’Eschyle » ; c'est beau la poésie n'est-ce pas ?

Écrit par : Anatomie d'un scandale | mardi, 04 septembre 2007

http://www.youtube.com/watch?v=P57WVtHhxMM

Écrit par : M.H | mardi, 04 septembre 2007

Je partage vos conclusions Nebo ; à ce propos, vous connaissez sûrement cette analyse de Heidegger concernant la nature réelle du communisme :


"Ist der »Kommunismus« die metaphysische Verfassung der Völker im letzten Abschnitt der Vollendung der Neuzeit (…) Die bürgerlich-christliche Form des englischen »Bolschewismus« ist die gefährlichste. Ohne die Vernichtung dieser bleibt die Neuzeit weiter erhalten.
Die endgültige Vernichtung kann aber nur die Gestalt der wesenhaften Selbstvernichtung haben…"

En français pour les non-germanistes :

Le “communisme” est la constitution metaphysique des peuples dans la dernière phase de l’achèvement des temps modernes (…). La forme chrétienne et bourgeoise du “bolchevisme” anglais est la plus dangeureuse. Sans l´anéantissement [Vernichtung] de celle-ci, l´époque moderne se maintient. La destruction définitive ne peut avoir toutefois que la forme de l’autodestruction [Selbstvernichtung].

(GA tome 69 [1939-1940], “Entwurf zu Koinon. Zur Geschichte des Seyns”, p.208-209)

Écrit par : Aloïs | mardi, 04 septembre 2007

Je vois que tel un chien fou vous ne désirez pas lacher l'Os que votre gueule s'emploie à tenir et à ronger misérablement.

http://parolesdesjours.free.fr/scandale.htm

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

Non Aloïs, je ne connaissais pas cette citation et ne sais trop quoi en penser hors contexte...

...si ce n'est que le monde moderne... et même le monde au modernisme digéré, c'est-à-dire Post-moderne... va tranquillement, en effet, à sa perte.

Écrit par : Nebo | mardi, 04 septembre 2007

http://www.dailymotion.com/video/xrv1y_chemin-4_creation

Écrit par : M H | mardi, 04 septembre 2007

Vous avez remarqué? Cet homme âgé lit là sans lunettes! Ce n'est pas le moindre des messages de cette vidéo!

Écrit par : . | mercredi, 05 septembre 2007

“Le langage est la maison de l’Etre. Dans son abri, habite l’homme. Les penseurs et les poètes sont ceux qui veillent sur cet abri”.
(Lettre sur l'humanisme)



Il n'est pas possible de parler d'une œuvre philosophique en quelques lignes autrement qu'à l'emporte pièce. Que l'on s'en console, comme les idiots, en sachant qu'il est toujours facile d'emporter la conviction par des citations habilement extraites de leur contexte.

Il ne s'agit pas d'ailleurs ici de convaincre, mais seulement de tracer une approche de l'œuvre philosophique — et d'elle seulement — qui rende lisible sa dimension, y compris politique, et par là permette de mieux comprendre les éléments de la question fondamentale.


Au-delà de la prise de parti sur la personne ou sur la place qui lui a été faite, et loin de tout esprit inquisitorial sur son influence, ce débat peut rendre possible une véritable réflexion sur la pensée national-socialiste, et à travers elle sur l'idéologie européenne.

C'est ce que tend à éviter le débat tel qu'il est mené aujourd'hui. On s'arrête à un aspect de la philosophie de Heidegger, sans que son rapport avec le national-socialisme ne soit bien clarifié, et l'on jette le soupçon sur tous ceux qui s'y référeraient.


Ou encore on attaque sans nuance toute pensée systématique, comme si jamais le national-socialisme ne pouvait être désigné en tant que tel. Pour radical que semble le thème "le nazisme est la haine de la pensée", il n'en fait pas moins l'impasse sur toute critique.

De même qu'on ne peut à la fois condamner les crimes du nazisme et les nier, comment pourrait on en condamner la pensée tout en la niant. Il apparaît qu'on ait seulement nié qu'une pensée fût nazie, et que l'on continue à la faire. Ceci laisse songeur quand on sait combien, et parfois avec quelle mauvaise foi, toutes les pensées progressistes ces dernières années ont été passées au crible de leurs implications politiques.

Or c'est bien sur cette pensée, ces pensées, leur contenu, que nous aimerions bien voir tous les donneurs de leçons prendre position.

Écrit par : Aloïs | mercredi, 05 septembre 2007

En voici une, de citation, dans son contexte historique :

« Le führer lui-même et seulement lui est la réalité allemande d'aujourd'hui, de demain ; il est aussi sa loi. Apprenez à l'approfondir chaque fois davantage : à partir de maintenant chaque chose doit être décidée. Chaque acte doit être responsable. Vive Hitler ! »

Martin Heidegger

Freiburger Studenten Zeitung 3 nov 1933.

Écrit par : Zak | mercredi, 05 septembre 2007

La philosophie de Heidegger se caractérise par une résurgence de la scolastique. La philosophie du moyen-âge est le centre de gravité de sa conception de l'histoire. De part et d'autre de ce centre se trouvent d'un côté un passé : la philosophie antique, relue et recodée avec la grille nominaliste du thomisme, de l'autre un devenir : la métaphysique européenne qui aboutit aux grands systèmes de la pensée allemande de Kant à Husserl.

On constatera que cette généalogie philosophique est corollaire de celle d'une civilisation aryenne : Grecs, Romains, Saint Empire, Reich allemand. On n'en fera pas pour autant à Heidegger le mauvais procès d'être allemand, et par là d'être marqué par sa culture et attaché à elle. Pourtant, si l'on compare cette construction à celle par exemple de Hegel, on constate une différence notable.

Si pour Hegel la supériorité de la culture européenne, et tout particulièrement germanique, paraît aller de soi, c'est pour l'unique raison qu'elle serait parvenue à se hisser mieux que les autres vers des valeurs universelles. Aussi va-t-il tout autant de soi que cette supériorité est précaire et relative (de là son engagement pour la révolution française, comme sa préoccupation perpétuelle — si sensible dans ses cours — pour toute manifestation de l'esprit humain étrangère).

Relativité et précarité s'estompent chez Heidegger. L'Allemagne a atteint la plus haute universalité de l'esprit, donc la plus haute universalité de l'esprit est allemande.

Écrit par : Onafha | mercredi, 05 septembre 2007

"La pensée de la race, cela veut dire que le fait de compter avec la race jaillit de l´expérience de l´être en tant que subjectivité et n´est pas quelque chose de "politique".
Le dressage-de-la-race [Rasse-züchtung] est une voie de l´affirmation de soi [Selbstbehauptung] en vue de la domination. Cette pensée vient à la rencontre de l´explication de l´être comme "vie", c´est à dire comme "dynamique"."


(GA tome 69 [1938-1940], "Das Wesen der Macht", p. 70)

Écrit par : Zak | mercredi, 05 septembre 2007

"Des centaines de milliers [sic] meurent en masse. Meurent-ils ? Ils périssent. Ils sont tués. Meurent-ils ? Ils deviennent les pièces de réserve d´un stock de fabrication de cadavres. Meurent-ils ? Ils sont liquidés discrètement dans les camps d´anéantissement. Et sans cela -des millions périssent aujourd´hui de faim en Chine.

Mourir cependant signifie porter à bout la mort dans son essence. Pouvoir mourir signifie avoir la possibilité de cette démarche. Nous le pouvons seulement si notre essence aime l´essence de la mort. Mais au milieu des morts innombrables l´essence de la mort demeure méconnaissable.

La mort n´est ni le néant vide, ni seulement le passage d´un étant à un autre. La mort appartient au Dasein de l´homme qui survient à partir de l´essence de l´être. Ainsi abrite-t-il l´essence de l´être [Seyns]. La mort est l´abri le plus haut de la vérité de l´être, l´abri qui abrite en lui le caractère caché de l´essence de l´être et rassemble le sauvetage en son essence.

C´est pourquoi l´homme peut mourir si et seulement si l´être lui-même approprie l´essence de l´homme dans l´essence de l´être à partir de la vérité de son essence. La mort est l´abri de l´être dans le poème du monde. Pouvoir la mort dans son essence signifie : pouvoir mourir. Seuls ceux qui peuvent mourir sont les mortels au sens porteur de ce mot."


(GA tome 79, [1949], "Bremer Vorträge. Einblick in was das ist.", "Die Gefahr", p. 56)

Écrit par : Die Gefahr | mercredi, 05 septembre 2007

Ce qu'on appelle en France la "philosophie " de Martin Heidegger ou ses commentaires poétiques n'est qu'un vernis qui sert à mieux faire accepter le poison de la pilule qu'il a voulu faire avaler à L'Occident pour assurer son prétendu "salut".

On sait ce qu'a été le traitement médical prescrit par cet abominable sophiste, traitement annoncé dès 1924 dans le cours sur Le sophiste de Platon. On sait comment il a formé et dirigé Hitler pour peu qu'on veuille se donner la peine de lire attentivement Mein Kampf d'une part , son appel à la collaboration des Français de 1937 pour assurer le "salut de l'Occident" (Cahiers de L'Herne, Heidegger, Chemins d'explication) et le cours sur L'essence de la vérité du semestre d'hiver 1931-1932, d'autre part !

Écrit par : Bauerot | mercredi, 05 septembre 2007

Que le monde aille à sa perte! C'est la seule politique.

(Le camion)

Écrit par : (Duras) | mercredi, 05 septembre 2007

Vous me faites rigoler Beauerot avec votre prêchi-prêcha culpabilisant, car au même moment où Martin Heidegger, proclame sa foi en Hitler, Maurice Blanchot, le si génial auteur de l'Entretien Infini publié chez Gallimard, emporté par une certaine idée de la France, vitupère les juifs dans la presse nationaliste...

Écrit par : Onafha | mercredi, 05 septembre 2007

“L'hitlérisme est la plus grande épreuve — l'épreuve incomparable — que le judaïsme ait eue à traverser…. Ce qui donne à l'antisémitisme hitlérien un accent unique et en constitue, en quelque manière, l'originalité, c'est la situation sans précédent où il a mis la conscience juive… Le sort pathétique d'être juif devient une fatalité… Le juif est inéluctablement rivé à son judaïsme.”


Emmanuel Lévinas, Paix et droit, 1935

Écrit par : Zak | mercredi, 05 septembre 2007

Savez-vous Zak, qu'en 1923, à dix-huit ans, Lévinas arrive à Strasbourg et s’engage dans des études de philosophie :

" Il perfectionne sa connaissance du français en lisant Corneille, Racine et Georges Sand. Ses maîtres s’appellent Carteron, Blondel et Pradines et la philosophie vivante a pour nom Bergson.

Il mène la vie estudiantine d’un Juif assimilé, devient ami de Maurice Blanchot, un étrange génie littéraire, politiquement d’extrême droite, qui aura par la suite parcours intellectuel fort accidenté. En 1928, Emmanuel Levinas découvre le mouvement phénoménologique avec Husserl puis Heidegger et s’y rattache de manière décidée. Le judaïsme est bien loin et les premiers écrits de Levinas n’y font aucune mention. Selon la formule classique, à cette époque, Levinas est “heureux comme Dieu en France”."

Écrit par : Onafha | mercredi, 05 septembre 2007

Vous évoquez Maurice Blanchot et ses liens avec Lévinas, Blanchot fut effectivement d’extrême droite dans sa jeunesse. Ses copains s’appellent Robert Brasillach, Thierry Maulnier, Pierre Boutang. Leur maître commun est Maurras. Certains d’entre eux, dont Blanchot lui-même, ont de la sympathie pour le fascisme de Mussolini et le nazisme de Hitler. Blanchot attaque le capitalisme juif, exalte la pureté du « beau sang français », traite le président du Conseil Léon Blum de métèque. Inutile de rallonger la sauce, vous avez compris...

Mais cela n’est encore rien. Le sieur Blanchot ne se contente pas de retourner (comme tant d’autres) sa veste en 1943. Il se métamorphose illico en flic des lettres, en abject délateur. A peine devenu plus blanc que blanc, il a l’impudence de participer en 1944 « aux premières réunions du CNE sur l’épuration du milieux intellectuel français ». Là, il découvre sa vraie vocation : dénonciateur stalinien.

Quelques années plus tard, en 1976, lorsque Pierre Boutang, réintégré dans l’enseignement, est nommé à la Sorbonne, Derrida, autre peu ragoûtante figure flicarde, publie dans Le Monde une lettre de protestation. Cette lettre ignoble suscite l’indignation de nombreux intellectuels de gauche, au premier rang desquels René Schérer. Quant à cette misérable canaille de Blancho il écrit alors à Derrida pour lui donner son « accord sans réserve" !

Etait-il donc nécessaire de rappeler la proximité de Blanchot dans les années trente à l’extrême-droite maurrassienne nationaliste et raciste, la violence de ses articles politiques dans la presse antidémocratique voire national-révolutionnaire de l’époque ?

Comme on l’a parfois à juste titre souligné, les engagements politiques de Blanchot sont indissociables de son engagement dans l’écriture, Or, avant ses combats politiques plus ou moins opportunistes aux côtés des intellectuels communistes contre la guerre d’Algérie, le colonialisme ou le général de Gaulle, avant sa participation "enthousiaste" aux manifestations de mai 1968 et ses prises de position en faveur des résistants tchécoslovaques face à l’armée soviétique, avant tout cela, Maurice Blanchot fut incontestablement un militant d’extrême-droite. Sur cette période de sa vie, il ne reviendra jamais explicitement.

À peine une allusion çà et là, en particulier très tard dans un article de la revue Le Débat en 1984 dont un bref passage résonne comme une douloureuse méditation : « Il y aurait donc dans toute vie un moment où l’injustifiable l’emporte et où l’incompréhensible reçoit son dû », écrit-il, avant d’ajouter : « Pénible souvenir, pénible énigme».


Pourquoi donc reprocher à Heidegger, ce que vous ne voulez pas voir, et pourtant bien plus misérable encore, tout près de chez vous ?

Écrit par : Aloïs | mercredi, 05 septembre 2007

"Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d'attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues aux mêmes degré de culture..."

Non, cher ZAK, cette citation n'est pas de Heidegger mais du chantre du Front Populaire, le socialiste bien connu de tous, Léon BLUM, qui s'adressait ainsi à la chambre des députés le 9 Juillet 1925. Que votre pensée Gôchisante en prenne de la graine.

Si vous voulez la pensée d'un "facho" typique, Léon DAUDET, tenez "Je trouve scandaleux que l'on n'ait rien fait pour les noirs après ce que les noirs ont fait pour nous...il faudrait absolument réparer cela. La race noire monte et elle monte très vite. Gare à ceux qui ne le comprennent pas !"

Mais... pour en revenir à Heidegger :

"Le national-socialisme est un principe barbare."
Martin Heidegger, 1934
(La phrase figure dans l’un des Schwarze Hefte à paraître dans l’Édition intégrale. Elle est citée par Hartmut Tietjen dans la présentation des disques cd de Heidegger.)

Écrit par : Nebo | mercredi, 05 septembre 2007

Votre citation est amusante Nebo mais ne peut faire illusion devant l'énormité des évidences. Certes il faudra du temps pour que les Français, et vous avec, apprennent à décoder toute l’œuvre écrite de Heidegger mais il serait temps qu’ils apprennent à le faire. Car Martin Heidegger n’est pas un philosophe, contrairement à ce qu’ils croient, mais un « sophiste allosophe » mettant toute son énergie, tous ses écrits et toute sa personne au service de son idéologie devenue régime politique exterminateur afin de faire acquérir à la prétendue « race » aryenne la « souveraineté universelle ». C’est ce qu’il appelle, en se dissimulant derrière les paroles de Nietzsche : « Imprimer au devenir le caractère de l’Être ». Cette fonction de l’« Être » est définie par lui comme « justice ».

« La justice, dit-il, regarde au –dehors vers cette humanité qui doit être façonnée, dressée et marquée de l’empreinte de cette race qui possède l’aptitude essentielle d’instituer sa souveraineté absolue sur la Terre : car ce n’est que par cette souveraineté que l’essence absolue de la pure volonté parvient à apparaître à elle-même, c’est-à-dire à la puissance »

« Le fait d’anéantir assure le penser contre la pression de toutes les conditions de déclin ».

« La volonté de puissance s’autorisant elle-même à se surpasser amène sa propre essence à la puissance, c’est-à-dire à apparaître dans l’étant. La volonté de puissance est une représentation qui institue des valeurs. Or le construire est la suprême manière d’intensifier. L’élimination qui distingue et préserve, est la suprême manière de conserver.
L’anéantissement est la suprême manière de la contre-essence pour la conservation et l’intensification. » (La métaphysique de Nietzsche. 1940 ; Nietzsche II, NRF 1971, p. 256à266).

« La question reste de savoir, écrit-il encore en 1940, quels peuples, quels genres d’humanité, allant de l’avant, se trouvent définitivement sous la loi qui les assimile à ce trait fondamental de l’histoire inaugurant la souveraineté de l’homme sur la planète. Ce qu’à la suite d’Aurore Nietzsche esquissait vers les années 1881-1882 (…) ne pose plus de question, c’est une affaire désormais décidée : « Le temps vient où le combat sera livré pour la domination de la terre – il sera mené au nom des doctrines philosophiques fondamentales. » (Même texte p.265).

Dans son cours sur Der Ister au début du semestre d’été 1942, après la conférence de Wannsee, citant Hölderlin, et se retranchant toujours derrière la parole d’un autre, ici son poète-prophète, Heidegger a donné l’ordre suivant: « Jetzt komme, Feuer ! ». « Viens maintenant, Feu » (Der Ister G .A.N° 53 p.6).

Dès la fin de l’été le premier bûcher a commencé à crépiter à Auschwitz. (Rudolf Hoess. Le commandant d’Auschwitz parle. Maspéro Petite collection n° 225 p.268-269 ) Durant l’été les wagons ont commencé à apporter du bois pour alimenter le bûcher. Il s’agit bien évidemment du « déchargement des convois ». (Hoess p.268).

L’opération avait été préparée de longue date puisqu’ « après avoir défini Être et temps comme une tâche, un travail, Heidegger en 1930, déjà, avait caractérisé la patience comme le fait de « dresser le bûcher avec du bois approprié et choisi jusqu’à ce qu’il prenne feu enfin » (Cours sur la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. NRF p.124).

L’ordre écrit d’Hitler n’a jamais été trouvé. En revanche l’ordre de Heidegger existe bel et bien. Il fait suite au cours de 1941 sur « Les concepts fondamentaux » où il parlait de « décisions imminentes » et de « planification pour des millénaires ». Il fait suite à son appel aux Français à la collaboration pour réaliser le « salut de l’Occident » (Chemins d’explication. Premier annuaire nazi de la ville de Fribourg.1937).

Être et temps, dix ans plus tôt, appelait déjà, au combat d’une génération et disait que « philosopher sans y incorporer l’histoire était une survivance métaphysique ». Bien sûr il se retranchait derrière une citation du comte Paul Yorck von Wartenburg, mais personne n’était dupe.

Inutile d’en dire plus.

Si les Français ne veulent pas comprendre les paroles de Heidegger c’est que ce sont réellement des « veaux ». ( Général de Gaulle , dixit)
On ne saurait être plus clair que l’a été Heidegger, bien qu’il cherchât toujours à se dissimuler. Et pour cause ! Quand on veut exterminer la moitié de l’humanité pour devenir le maître du monde afin d’être le dernier dieu temporel sur la boucle de l’Eternel Retour, on ne va pas le crier sur la place publique !

Écrit par : Zak | mercredi, 05 septembre 2007

Mon Cher Zak, votre jugement est parfait, mais il faut savoir que le « maître à penser » d'Aloïs, Nebo, Restif et Cie, n’a pas attendu Hitler au pouvoir pour adhérer à l’idéologie nationale-socialiste. Emmanuel Faye avait déjà établi qu’il avait voté pour le Parti nazi dès 1932. Et une anthologie de lettres à son épouse Elfride viennent de noircir encore le « dossier Heidegger ».

La radicalité de l'antisémitisme et du racisme qui habite Heidegger dès les années 1910 n'est plus a démontrer. Voilà ce qu'il dit le 18 octobre 1916, en pleine guerre, à sa fiancée :

"L'enjuivement (Verjudung) de notre culture et des universités est en effet effrayant et je pense que la race allemande (die deutsche Rasse) devrait trouver suffisamment de force intérieure pour parvenir au sommet" . Pour que la race allemande accède au sommet, elle a besoin d'un guide (Führer) ».

Ces formules constituent l'amorce d'un programme de domination raciale qu'il exposera une quinzaine d'années plus tard dans ses cours de philosophie, alors qu'Hitler sera au pouvoir. Il parlera alors d'"exploiter à fond les possibilités fondamentales de l'essence de la souche originellement germanique et de les conduire jusqu'à la domination " [Gesamtausgabe (œuvres complètes), t. 36-37, p. 89].

Dans sa lettre du 17 octobre 1918, il déplore "la perte complète de but et le vide" dans "la vie et la constitution de l'Etat" et il conclut : "Je reconnais de manière toujours plus pressante la nécessité du Führer."

Son adhésion intellectuelle au nazisme est manifeste dès 1930. Dans une lettre du 2 octobre 1930, à propos du procès de Leipzig où trois officiers de la Reichswehr sont accusés de haute trahison pour avoir formé une cellule nazie, il indique à Elfride qu'il possède déjà un exemplaire du Völkischer Beobachter et il se réjouit que "le procès de Leipzig semble déjà retomber sur les fameux accusateurs". C'est donc à un quotidien nazi qu'il se fie pour s'informer de l'actualité politique et la commenter. Si Heidegger critique avec Alfred Bäumler, nazi inconditionnel qu'il évoque constamment dans les lettres de cette période, le niveau culturel des nationaux-socialistes et de leur presse, il n'en souligne pas moins que "le mouvement a sa mission" (lettre du 18 juin 1932).

L'antisémitisme foncier d'Heidegger se voit aussi à ses réflexions sur Jaspers et sur l'affection profonde de ce dernier pour sa femme, qui est juive.(…) Heidegger voudrait que le Dasein allemand renonce à toute pensée de l'humanité comme telle et coupe tout lien avec les juifs, pour se rattacher exclusivement à une Grèce mythifiée. CQFD.

Écrit par : Beauerot | mercredi, 05 septembre 2007

Merci pour vos utiles précisions, en effet je ne connaissais pas les lettres à Elfride, mais le petit extrait que vous citez laisse présager le meilleur chez le grand philosophe de l'oubli de l'être...

Je vous avoue, non pas ma surprise car tout cela se laissait aisément et largement deviner depuis bien longtemps, mais là pour le coup c'est le bouquet (si je puis dire !) ; et puis c'est tellement plus clair lorsque les choses sont dites avec la "langue de l'amour", ou plus exactement la "langue des fleurs", puisqu'il s'agit de lettres envoyées à sa fiancée :

"L'enjuivement (Verjudung) de notre culture et des universités est en effet effrayant et je pense que la race allemande (die deutsche Rasse) devrait trouver suffisamment de force intérieure pour parvenir au sommet" . Pour que la race allemande accède au sommet, elle a besoin d'un guide (Führer) ».

Écrit par : Zak | mercredi, 05 septembre 2007

Vous avez raison, Zak, Beauerot et tout autre zouave inquisiteur, vous m'avez magistralement convaincu, chers cons vaincus, je vais de ce pas brûler tout ce que j'ai dans ma bibliothèque concernant Heidegger, Céline ou Maurras.

Par la même occasion je vais brûler aussi tout ce qui concerne Blum (à cause de la citation que vous avez trouvé amusante)... mais aussi, pendant qu'on y est :

-Brûlons Antonin Artaud (il a dédicacé "Nouvelles Révélations" à Hitler)
-Brûlons Aragon (qui a chanté les odes au Guépéou Soviétique... le communisme, n'oublions pas, au minimum 150 000 000 de morts)
-Brûlons Éluard (Il a chanté des louanges à Staline qui n'était guère plus châtoyant que l'autrichien moustachu de la grande Allemagne)
-Brûlons Ezra Pound qui avait des sympathies mussoliniennes
-Brûlons Kant qui detestait les nègres, parlant de leur odeur avec une certaine poésie relevant de "l'Impératif Catégorique", cette moraline idéelle à laquelle vous vous soumettez avec délectation passionnée
-Brûlons Voltaire qui fit fortune grâce à l'esclavage et qui plaçait les nègres en dehors de l'Humanité
-Brûlons tous les Protestants car leurs pères à tous, Luther et Calvin, n'avaient pas de mots assez durs envers les juifs et le judaïsme en général

Par la même occasion

-Brûlons Shakespeare à cause de son antisémitisme dans "Le archand de Venise"
-Brûlons Karl Marx, juif mais juif antisémite... il suffit, pour cela de lire sa "Question Juive" pour se demander si Hitler ne s'est pas inspiré d'un juif qui méprisait tant son propre sang pour théoriser ses abjectes théories
-Brûlons Ficte
-Brûlons Hegel
tous deux antisémites...
-Brûlons Swift... antisémite
-Brûlons Gide... antisémite
-Brûlons l'encyclopédie des lumières toute imprégnée d'antisémitisme, voyez l'encyclopédiste révolutionnaire Nicolas Boulanger, dans "Le Christianisme dévoilé" écrivait à propos des juifs que c'était le "peuple le plus ignorant, le plus stupide, le plus abject, dont le témoignage n'est d'aucun poids"
-Brûlons Georges Duhamel... antisémite

Puis

-Brûlons Baudelaire, qui nous suggère de passer à tabac les mendiants et qui se prononce ouvertement pour la peine de mort
-Brûlons Huysmans à cause de son Catholicisme moyen-âgeux et traditionaliste
-Brûlons Balzac, Royaliste et réactionnaire

oui... brûlons tous les livres ("Du passé faisons table rase" dit la chanson) et soumettons-nous avec confiance à votre pensée basée sur la pure et simple chasse aux sorcières.

Écrit par : Nebo | mercredi, 05 septembre 2007

Brûlons Platon ! Platon n'a-t- il pas pensé une société atroce dans la République ? Communauté des enfants, divisions en classes figées, maisons de redressement de la pensée et mise à mort au nom de la cité?
Et maintenant, avec cette tournure d'esprit, imaginons Platon naissant en Allemagne, à l’époque de Heidegger, dans une famille comme celle de Heidegger, n’aurait-on pas eu Heidegger ?

Je lis qu'Heidegger est mon "maître à penser". Oh bêtise humaine, comment s'amuserait-on sans toi? Je l'ai écrit : il faudra bien penser Heidegger avec le mal, et apprendre à penser contre Heidegger dans certains cas, pour certaines virtualités de sa pensée. C'est une magnifique et terrifiante enigme humaine -ne la refusons pas, ne la brûlons pas! Ne répétez pas les gestes des éléiminateurs. Votre premier geste c'est "anathème". Non, telle n'est pas la pensée d'un Steiner, par exemple.

Mais mes agneaux, vous n'êtes pas supérieur à Lévinas, et Lévinas savait très bien qu'Heidegger avait été nazi.

On a trop vu en Heidegger le Moïse ou le Napoléon de la pensée. Hors, Heidegger c’est aussi ce petit bonhomme pris dans la lumière des phares de l’histoire comme un lapin dans les phares d’une voiture (sauf que ce n’est pas lui qui se fait écraser, nous sommes d’accord). Si tant de gens, de Ricoeur à Lévinas en passant par Gadamer et Bultmann se sont intéressés à ce point à Heidegger, c'est bien parce que chez lui quelque chose à été pensée, qu'une question a été soulevée. Se pencher sur cette question n'est pas "prendre Heidegger pour maîtrer à penser", cela peut renvoyer à Plotin, Clément d'Alexandrie, cela peut conduir à les choisir contre Heidegger.
Ce qui vous semble impensable, c'est qu'on puisse être nazi et penseur. Et bien si, c'est le scandale de l'Homme.

J'ai tenté -stupidement- de faire entendre une parole qui ne soit pas d'excommunication. Je sais que c'est inutile. Je m'étais bien promis de ne plus revenir. Mais bon, voilà ce post - et accrocher moi une croix gammée au cou. C'est plus simple que de penser.

Écrit par : Restif | mercredi, 05 septembre 2007

Bien dit, Restif...

D'ailleurs... c'est curieux... mais de lire des Heidegger, des Nietzsche, et j'en passe... cela met du vent dans mes voiles (qui n'ont que faire de la vapeurs des plumitifs) et m'apprend plutôt à n'avoir point de maître du tout... maître-penseur ou je ne sais quoi... alors que les Zak & co pataugent dans la soumission sans pensée aucune des opinions qui ont cours... entendez : des opinions lisses, sans aspérités, comme une planche de surf... pour que ça glisse...

Écrit par : Nebo | mercredi, 05 septembre 2007

Assez moyen votre mode de défence Nebo, je m'attendais à beaucoup mieux de votre part, à quelque chose de plus probant en quelque sorte - je vous assure vraiment charmante votre gallerie des horreurs...(entre nous bonjour les amalgames totalement absurdes sans aucune validité de par leur caractère absolument anachronique et leur nature disparate - aucune comparaison en effet, entre l'antisémitisme théologique de Luther et Calvin du XVIe siècle, philosophique de Kant ou Hegel au XIXe, littéraire de Balzac, Baudelaire et Huysmans de même, et le racisme bologique, essentiellement métaphysique, pour tout dire foncièrement nazi de Heidegger exprimé, édité, diffusé, théorisé, enseigné et appliqué (le rectorat !) en plein IIIe Reich).

Ainsi, pour l'allumage du bûcher voyez donc votre ami Heidegger il avait toujours du feu sur lui cet "être là" ("Dasein" en allemand je crois) ; comment disait-il déjà dans la langue de l'être, ah oui ça me revient à l'instant sous l'effet d'un éclair en forme de Zieg : "Jetzt komme, Feuer !"

Écrit par : Zac | mercredi, 05 septembre 2007

Nebo. Je pense que si les temps d'enfer revenaient, on aurait des surprises sur qui fait quoi. Ceux qui ne veulent voir qu'une face bien lisse, cacher l'atroce, mais authentique, mélange humain, fait de fulgurances et de déchéances, d'aurores et de crépuscules, ceux là préparent les futurs totalitarismes. En toute bonne conscience.

Écrit par : Restif | mercredi, 05 septembre 2007

Vous venez de progresser Restif, certes bien légèrement, mais encore un effort et vous vous libèrerez sous peu des reliquats du discours cupabilisant - les racines de ce lassant mécanisme stérilisant, nocives au plus haut point, rendaient jusqu'à présent votre discours moins joyeusement assuré dans la revendication assumée de la part d'ombre, indérracinable, qui réside en chacun.

Écrit par : Aloïs | mercredi, 05 septembre 2007

L'Hydre pointe dangereusement de nouveau sa tête imonde avec ses arguments spécieux, et vous vous en réjouissez - spectacle relativement abject de prétendus chrétiens (heidegerriens évidemment), bassement satisfaits de la réalité du mal, la regardant comme étant une forme de normalité, alors qu'elle conduisit Celui dont il se disent sans honte les disciples à en mourrir ignomineusement sur la Croix.

Écrit par : Beauerot | mercredi, 05 septembre 2007

Votre indignation vous honore Beauerot, le monde paraît moins vil avec des refus d'acception de l'abjection tel que vous l'exprimez - surtout devant l'écoeurant spectacle donné par les nauséabondes complaisances des petites âmes misérables éblouies par le génie philosophique corrupteur.

En guise de florilège, pour éviter toute contestation (n'est-ce pas Nebo ?), on appréciera ces morceaux choisis du grand penseur "pris dans la lumière des phares de l’histoire comme un lapin dans les phares d’une voiture", celle-là il fallait l'oser comme imbécilité abyssale :

"Pour l´homme essentiel, le combat est la grande épreuve de tout être : dans lequel se décide si nous sommes nous-mêmes des esclaves ou des maîtres [...] Notre race -nous dans notre camaraderie pleine de mystère avec les camarades morts- est le pont vers la conquête historico spirituelle de la Grande Guerre."

(GA tome 16, "25 Jahre nach unserem Abiturium", 26./27. Mai 1934)


"Le corporel [Leiblichkeit] doit être transposé dans l´existence de l´homme. [...] la race et la lignée aussi sont à comprendre ainsi et non pas à décrire à partir d´une biologie libérale vieillie."

(GA tome 36-37 [1933-1934], "Vom Wesen der Wahrheit", p. 178)


"On pourrait objecter d´un côté qu´il y a des hommes et des groupes d´hommes (les nègres, dont par exemple les cafres), qui n´ont pas d´histoire [...] Mais comment peut-on en venir à dire à ce sujet, que les cafres seraient sans histoire ? Il ont tout aussi bien une histoire, comme les singes ou les oiseaux."

(GA tome 38 [1934], "Die Frage nach dem Wesen der Sprache als Grund- und Leitfrage aller Logik", drittes Kapitel, § 17a, pp. 81 et 83)


"La pensée de la race, cela veut dire que le fait de compter avec la race jaillit de l´expérience de l´être en tant que subjectivité et n´est pas quelque chose de "politique".
Le dressage-de-la-race [Rasse-züchtung] est une voie de l´affirmation de soi [Selbstbehauptung] en vue de la domination. Cette pensée vient à la rencontre de l´explication de l´être comme "vie", c´est à dire comme "dynamique"."

(GA tome 69 [1938-1940], "Das Wesen der Macht", p. 70)



Vous avez dit pas si racialiste biologique que ça cette prose nazie ? Non vous exagérez Nebo, Restif et Aloïs, c'est juste un Chemin de campagne...vers les fours crématoires !

Écrit par : Zac | mercredi, 05 septembre 2007

Décidément vous ne percevez rien mon pauvre Zak, pour décrire le cheminement de la pensée humaine, M. Heidegger utilise l'image du chemin des bûcherons : dans la forêt, il existe des sentiers qui ne mènent nulle part. Ils sont frayés par les bûcherons qui y coupent leur bois. Quand on les emprunte, on ne débouche sur rien d'autre que sur des clairières d'où surgit la lumière du ciel. Ainsi, le nulle part n'est pas rien : c'est le lieu et le moment où le vertical vient croiser et éclairer l'horizontal de l'existence. C'est le moment, le lieu de la liberté.
Pour Heidegger, la pensée libre va donc nulle part : cul-de-sac dans l'ordre de l'horizontalité, ouverture vers une perspective verticale...

Le Dasein est aussi de ce fait dans la non vérité parce qu'il est absorbé dans son propre monde, aliéné par son mode d'être inauthentique. L'inauthenticité est une pensée de l'arrachement au fait d'être absorbé (nous sommes rivés à l'être dira Lévinas).
La vérité d'une chose se dévoile qu'à partir d'un fond d'obscurité. L'étant se dévoile mais n'est jamais complètement dévoilé. Le Dasein est toujours dans un mélange de vérité et de non vérité. L'étant se dégage à partir d'une structure de mondanéité.

Le mode d'être de la vérité et la présupposition de la vérité : en tant que constitué dans l'ouverture ; le Dasein est essentiellement dans la vérité. L'ontologie de Heidegger va de la sorte au-delà de l'anthropologie. Toute vérité est relative à l'être du Dasein..

Écrit par : Aloïs | mercredi, 05 septembre 2007

Et voilà, vous êtes déjà prêt à faire arrêter, fusiller. Ecoutez votre langage,vous écumez. Ca y est, vous incarnez LE BIEN. Aloys, vous êtes gentil, mais je n'ai aucun besoin de vos bons points. Entre les deux camps, je crois incarner la raison. Je ne me réjouis pas du mal, mais il existe, le nier ne sert qu'à le faire réapparaitre, et le plus souvent sous le masque du bien.

Je ne viens pas, comme vous de l'est Nebo, mais ma femme oui. Elle est Russe. J'ai été là bas, j'ai beaucoup parlé. On connaît ces sociétés. Cela nous donne sans doute un coup d'avance sur le visage réel du totalitarisme. Ceux qui psalmodient la vieille antienne sur l"hydre qui remonte la tête" - les staliniens chantaient la même chanson- sont tout prêt à se proposer comme exécuteurs. Gonflés de violence et de haine. Désolé, pas moi.

Écrit par : Restif | mercredi, 05 septembre 2007

Ps La part d'ombre, je veux la connaître pour l'éviter ALoys, par pour la chanter. Mais je ne serai le censeur de personne, le juge de personne, le flic de personne.

Écrit par : Restif | jeudi, 06 septembre 2007

Restif... les temps d'Enfer sont déjà là... Non ? Voyez... les obsessions de pureté... les chiens de garde... les lecteurs du dimanche... qui vocifèrent leurs ressentiments... les adorateurs de la Vertu qui ignorent que les vertus ont des vices... et que certains vices peuvent avoir de vivifiantes vertus... ils feraient des bras droits d'exception auprès de St Just et Robespierre... et sans problème de conscience.

Lorsque Peter Sloterdijk, dans son "Règles pour un parc humain" fait référence à Heidegger pour penser une nouvelle Éthique pour notre devenir d'hommes "humains trop humains", Sloterdijk (qui vient pourtant de la Gauche et qui affiche un esprit libertaire vif et indépendant) se retrouve aussitôt poursuivi par des sbires comme Zak & co. Pendant que les chiens aboient... le penseur qui pense vraiment, lui, passe... et demeure. Oui je sais, c'est Paradoxal comme un "sophisme" de Heidegger !

Écrit par : Nebo | jeudi, 06 septembre 2007

Heidegger, comme Céline, Comme Nietzsche aura été hanté par un évènement innommable, bien plus insupportable encore et sans commune mesure avec l'exermination des juifs dont il a évidemment pris conscience de l'horreur mais d'abord et surtout de son inscription métaphorique dans une horreur absolue qui s'emparait comme un tournant du temps humain ... Et devant cela, il a passé la main...

Écrit par : Anonyme | jeudi, 06 septembre 2007

Ah Nebo, vous avez raison, évidemment, mais il faut avouer qu’ils sont aussi bien comiques. J’ai réellement rigolé en lisant ce bon vieux cliché « l’hydre relève la tête. » Non, faut pas avoir peur des mouches pour user de ce vieux chewing-gum sémantique qui a traîné dans la bouche des pires larbins du totalitarisme. Et cette façon de se féliciter sur le champ de bataille « cette réaction vous honore » quel verbe ampoulé. Allez y a fond « le caporal un tel est nommé à l’ordre du jour pour son courage au feu bloguesque face à l’abomination fasciste » . Non, ils jouent à l‘armée des ombres avec des soldats de plomb.

Tout cela est assez cocasse. Je rappelle qu’Heidegger était au programme d’agreg de philo en 2007. Qu’Heidegger est au programme de terminal dans toutes les sections (d’assault). Alors, les branquignols, courrez occuper les écoles, enchaînez vous devant l’Élysée et arrêtez de vous occuper de ce que pense le voisin. Personnellement, ce que vous lisez m’indiffère parfaitement.

Ces gens ne devraient jamais écrire « je pense que » mais « je répète que ». Je retourne a Gourmont, Lorrain, Pessoa Lowry et qqlq autres. Tiens, je vais lire Kierkegaard .J’ai encore le droit ?

Écrit par : Restif | jeudi, 06 septembre 2007

Il n'y a pas grand intérêt à vouloir prouver la culpabilité de Heidegger et il serait encore plus absurde de réduire sa philosophie au nazisme, non ce qu'il faut essayer de comprendre, dans sa philosophie même, c'est le succès du nazisme à son époque, ce en quoi il était d'une certaine façon nécessaire ("la vérité interne et la grandeur de ce mouvement" disait-il à la fin de son "Introduction à la métaphysique"), c'est le fait que le nazisme a été soutenu par tant d'intellectuels et qu'il était en quelque sorte indécidable avant d'en faire l'expérience, tout comme le communisme.

Bien sûr cela paraîtra scandaleux à certains, mais le libéralisme, qui n'est pas le dernier mot de l'histoire et ne vaut guère mieux dans son dogmatisme insensible et totalitaire que les précédentes barbaries.

Il y a bien un enjeu métaphysique, Heidegger le répète sans arrêt, dans la confrontation des différentes idéologies mais c'est comme une guerre des religions où aucune n'est vraie, plutôt la confrontation avec nos erreurs et nos illusions successives. On passe à chaque fois d'une certitude à la certitude contraire et, cette fois, après un trop grand laxisme on pourrait passer au retour de l'arbitraire et de la terreur. La dialectique est ce qui manque le plus dans ces idéologies mortifères de la recherche de la pureté morale en politique ...

Écrit par : Aloïs | jeudi, 06 septembre 2007

Des documents inédits ou non traduits jusqu'à aujourd'hui nous révèlent à quel point Heidegger s'est consacré à introduire les fondements du nazisme dans la philosophie et son enseignement.

Dans son séminaire de l'hiver 1933-1934, il identifie ainsi le peuple à la communauté de race et entend former une noblesse politique pour le IIIe Reich, tout en exaltant l'éros du peuple pour le Führer.

Or, contrairement à ce qu'on a pu écrire, loin de s'atténuer après 1935, le nazisme de Heidegger se radicalise. Sans jamais dissocier réflexion philosophique et recherche historique, les rapports de Heidegger au national-socialisme ne peuvent donc se résumer au fourvoiement temporaire d'un homme dont l'œuvre continuerait à mériter admiration et respect.

En se posant en " guide spirituel " du nazisme, Heidegger, loin d'enrichir la philosophie, s'est employé à détruire à travers elle toute pensée, toute humanité. Déjouer cette entreprise, telle est donc la tâche urgente de la pensée digne de ce nom.

Écrit par : Bauerot | jeudi, 06 septembre 2007

Vous osez écrire, Aloïs, que le nazisme "était d'une certaine façon nécessaire" ! Mais c'est une honte, c'est horrible, c'est purement ignoble est scandaleux - comment supporter de telles affirmations réellement inacceptables ?

Vous êtes, derrière un langage philosophique, en réalité le pourvoyeur et l'avocat des pires dérives de l'intelligence !

Écrit par : Bauerot | jeudi, 06 septembre 2007

Mais il faut vous calmer mon grand garçon, prenez une aspirine et allongez-vous -respirez quoi - et puis ne me poussez pas la prochaine fois à vous inviter à prendre une douche, vous y verriez encore, dans votre esprit excessivement velléitaire, une forme ignoble d'humour noir...

Écrit par : Aloïs | jeudi, 06 septembre 2007

Votre réaction montre bien la profondeur de votre aveuglement criminel - le nazisme d'Heidegger, et sa dénonciation impitoyable, n'est pas une question de nerfs, mais relève de la dignité de la pensée, de la valeur de sa perspective du point de vue humain.

Alors votre humour immonde sur des sujets qui n'y autorisent pas, gardez-le, cela vous dégrade plus encore à mes yeux et vous décridibilise totalement ; vous êtes un agent actif de la compromission avec la honte, avec ce qui n'a pas de nom - vous prospérez lamentablement dans la nuit de la pensée.

Écrit par : Bauerot | jeudi, 06 septembre 2007

Votre lien d'en-tête ne s'ouvre pas d'ici, Isabelle!?

Écrit par : . | jeudi, 06 septembre 2007

Bon chéri ça va bien comme ça, puisque vous le prenez sur ce ton là on va changez de registre mon joli pinson. Je vous avais gentiment prévenu qu’il conviendrait de ne point trop me pousser la prochaine fois, je constate que vous n’avez pas prêté attention à mon tendre et charitable avertissement.

Alors ouvrez bien grandes vos oreilles encrassées d’abruti patenté :

- Heidegger fut nazi, c’est très bien !

- Mieux encore, il était totalement convaincu, quitte à le considérer ensuite comme une forme naïve d’enthousiasme dû à l’immaturité, du caractère vital et nécessaire de ce qui lui apparut comme une chance inespérée pour l’Allemagne, c’est parfait !

- Il ne s’en est point repenti, tout l’honneur lui en revient ! (ceci contrairement aux roquets à la Blanchot et aux lâches qui ont baissé rapidement leur culotte en dénonçant les copains aux flics de la pensée).

Beauerot (quel pseudo ridicule et si peu en rapport avec ce que vous êtes mon gars, c’est-à-dire non un « Beau Héros » évidemment, selon vos rêves idiots d’impuissant moralisateur, mais un triste minable, un « Beau Zéro » s’excitant sur les fantômes d’hier), s’il vous plait oubliez-moi !

Vous me cassez les oreilles avec vos vieux refrains usés, allez faire votre prêche suintant de fausses onctions à d’autres beaucoup plus disposés à vous entendre, et, surtout, allez cracher vos lassantes partitions dans des sonos adaptées pour ce genre de thérapies permanentes, ouvertes quoi, accueillantes à l’égard de vos insipides pâmoisons de donzelle énervée – prenez une douche, et foutez-vous au lit en pyjama rayé sans manger, vous verrez ça repose !
C’est surtout beaucoup plus efficace qu’un séminaire de transactionnel autour de Maître Eckhart et de la mystiques rhénane (la Rhénanie ou "Rheinland" dans le texte est pourtant une belle région qui compte des hommes brillants dans son héritage comme Nicolas de Cues et Valéry Giscard d’Estaing) chez les dominicains, ou qu’une réunion ennuyeuse autour d’une table en formica avec les membres du conseil paroissial activistes ardents du CCFD évidemment chasseurs de nazis à temps perdu.

Écrit par : Aloïs | jeudi, 06 septembre 2007

L'ignoble heideggerien Aloïs, visiblement empli d'une décelable sympathie envers les idéologies mortifères, laisse entendre dans sa réponse abjecte, que les camps de concentration étaient des séjours de santé, des sortes de sanatoriums où l'on venait se reposer. C'est tout simplement une infâmie révisioniste !

Écrit par : Bauerot | jeudi, 06 septembre 2007

Je veux bien être traité de ce que vous voudrez pas votre croupissante puanteur Beau Zéro, mais de grâce faites-le avec de l'orthographe, sachez que "Révisionniste" prend deux N, de même que vous êtes pourvu de deux oreilles...d'âne bien sûr !

Écrit par : Aloïs | jeudi, 06 septembre 2007

Le seul engagement chez Heidegger, c’est celui de la pensée. Pensée requise par le déploiement de ce qui se passe dans le présent (à un niveau essentiel, mais qui doit se traduire dans l’expérience et les événements). Que Heidegger ait avoué en 1976 n’être toujours pas démocrate témoigne de son honnêteté foncière et de son exigence de sérieux en philosophie politique, domaine que certains ont le culot de lui reprocher d’avoir oublié ou caricaturé.

C’est l’unité des problèmes que pense Heidegger. A l’origine et par la question de l’être, comme il l’a dit lui-même. Les fameux «Chemins qui ne mènent nulle part» («Pas une œuvre, mais des chemins !») sont des recherches ouvertes et préliminaires : il n’y a pas de doctrine achevée et encore moins de manuels de prêt à penser...

Écrit par : Aloïs | jeudi, 06 septembre 2007

"vLa philosophie d'Hitler est primaire. Mais les puissances primitives qui s'y consument font éclater la phraséologie misérable sous la poussée d'une force élémentaire. Elles éveillent la nostalgie secrète de l'âme allemande. Plus qu'une contagion ou une folie, l'hitlérisme est un réveil des sentiments élémentaires.

Mais dès lors, effroyablement dangereux, il devient philosophiquement intéressant. Car les sentiments élémentaires recèlent une philosophie. Ils expriment l'attitude première d'une âme en face de l'ensemble du réel et de sa propre destinée. Ils prédéterminent ou préfigurent le sens de l'aventure que l'âme courra dans le monde.

La philosophie de l'hitlérisme déborde ainsi la philosophie des hitlériens. Elle met en question les principes mêmes d'une civilisation.

La barbarie sanglante du national-socialisme n'est pas dans une quelconque anomalie contingente du raisonnement humain, ni dans quelque malentendu idéologique accidentel. Cette source tient à une possibilité essentielle du Mal élémental où bonne logique peut mener et contre laquelle la philosophie occidentale ne s'était pas assez assurée. Possibilité qui s'inscrit dans l'ontologie de l'Être, soucieux d'être - de l'Être « dem es in seinem Sein um dieses Sein selbst geht », selon l'expression heideggerienne. Possibilité qui menace encore le sujet corrélatif de « l'Être-à-rassembler » et « à-dominer », ce fameux sujet de l'idéalisme transcendantal qui, avant tout, se veut et se croit libre."

(Lévinas)

Écrit par : Onafha | jeudi, 06 septembre 2007

La reconnaissance et la condamnation des “erreurs” que Heidegger a faites dans le courant du début des années trente ne sont pas difficiles à énoncer. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.

Mais, quand à cette condamnation, qui ne mange pas de pain, s’associe la fable d’un Heidegger résistant spirituel au nazisme, nous nous trouvons en réalité en face d’une construction “en dupe” dont l’effet, sinon le but conscient et réfléchi, est d’occulter le fait que le - dispositif Heidegger - est la tanière philosophique, jusque dans le calamiteux entretien posthume donné au Spiegel, du nazisme en position (momentanée) de retrait de la scène historique.

Écrit par : Zak | jeudi, 06 septembre 2007

Le pensée d'Heidegger est un labyrinthe pervers. Toutes les condamnations du monde des errements du philosophe ne changeront rien à l’affaire. D’autant plus que, précisément, il ne s’agit nullement d’errements, mais d’un programme trés habilement enté sur une entreprise à visage philosophique.
La pensée d'Heidegger est résolument au-delà du bien et du mal.
La condamnation morale des errements du philosophe est donc absolument impuissante à en neutraliser la criminalité virtuelle.

Écrit par : Konrad | jeudi, 06 septembre 2007

Une intelligente approche de la question à mon sens, dans cet article de Jorge Semprun, qui cible bien le noeud central du problème :


“Dès qu’il est question de Heidegger, en France du moins, et particulièrement dans une enceinte universitaire, resurgit le débat sur son appartenance au nazisme.
Faux débat, presque indécent d’ailleurs, au vu de la documentation existante.

Oui, Martin Heidegger a ouvertement soutenu le nazisme : jamais il n’est revenu de façon crédible sur les raisons de ce soutien. Jamais il ne l’a mis en doute, en cause ni en question, lui qui aura tenté de faire du questionnement le fondement même de toute activité proprement philosophique.

Oui, il existe un lien théorique, une raison non pas de conjoncture historique, mais déterminante sur le plan de l’ouverture métaphysique aux problèmes de l’être, entre la pensée de Martin Heidegger et le nazisme.

Le plus scandaleux, donc, n’est pas que Heidegger ait appartenu au parti nazi. Le plus scandaleux est qu’une pensée originale et profonde, dont l’influence d’une manière ou d’une autre s’est étendue au monde entier, ait pu considérer le nazisme comme un contre-mouvement spirituel historiquement capable de s’opposer au déclin présumé d’une société mercantile et massifiée.

Il faut, en somme, affronter et assumer le scandale dans sa radicalité : ce n’est pas parce qu’il est l’un des plus considérables philosophes de ce siècle qu’il faut occulter, nier ou minimiser l’appartenance de Heidegger au nazisme. Ce n’est pas parce qu’il fut nazi qu’on peut refuser de questionner jusqu’au bout le fond et la raison de son questionnement.”

Jorge Semprun

Écrit par : Bovelles | jeudi, 06 septembre 2007

Aloïs, vous faites ma joie. Ces imbéciles sont bien incapables de comprendre ce que vous écrivez, comme d’ailleurs ce que vous représentez. Le courage aussi bien que la pensée, ça leur échappe. Ce qui m’amuse, c’est que nous n’avons aucun besoin d’eux, qu’ils aillent dans leur coin cracher sur Heidegger ou qui leur plait nous indiffère profondément. Mais eux faut qu’ils viennent taper l’incruste. On les intéresse prodigieusement. On était parti sur Heidegger, après Plotin arrivait Levinas, d’autres sans doute allaient surgir, Nietzsche, Hegel, et boum, voilà la fine équipe des sous doués qui débarque. Celui qui ne peut pas penser ne peut supporter chez l’autre cette liberté qui lui échappe (ou qu’il s’interdit). On devrait parler sans plus les lire ni leur répondre, mais ils gâchent le paysage.
Quand même, qu’il existe des êtres assez raz de la casquette pour ne pas savoir lire, c’est étonnant.
Un gros travail à rendre m’interdit toute participation réellement active –c'est-à-dire pensé. Je retourne à mes recherches Mais c’est net : inutile d’essayer de la patience, buté braqués ils sont, butés bêta ils resteront.

« La dévastation, telle que nous l’entendons, et que nous devons penser lentement de façon encore plus serrée, ne ressortit pas au mal au sens de la mauvaiseté moral de son auteur présumé. C’est bien plutôt le mal lui-même qui, en tant que malignité, est dévastateur. C’est pourquoi toute indignation morale, même si elle fait de la publicité de l’espace mondial son porte-voix, ne peut rien face à la dévastation. » La dévastation et l’absence, Méphisto H

Écrit par : Restif | jeudi, 06 septembre 2007

"Le Japonais dit : Nombreux sont ceux qui voient dans ce processus le triomphe de la Raison. Cette Raison, ne l'a-t-on pas saluée comme une divinité à la fin du XVIIIe siècle, pendant la Révolution française?

Heidegger lui répond : Certes. On va même si loin dans l'idolâtrie à l'égard de cette divinité qu'on en vient à dénigrer et à tenir pour une preuve de déraison toute pensée qui s'attache à récuser, comme non fondatrice, la prétention de la raison. Le japonais insiste ? La domination intouchable qu'exerce votre Raison européenne, on la croit consacrée par le succès de la rationalité, celui que le progrès technique nous met heure par heure sous les yeux.

Heidegger enchaîne : Cet éblouissement nous aveugle au point qu'on ne parvient même plus à voir comment l'européanisation de l'homme et de la terre attaque et ronge aux racines tout ce qui est essentiel. Toutes les sources paraissent devoir s'épuiser. "

Heidegger: Unterwegs zur Sprache, trad. Diéguez

Écrit par : Unterwegs zur Sprache | jeudi, 06 septembre 2007

Le divin, la nature divinement belle, ne sont pas sacrés parce que divins, mais au contraire, leur divinité est rayon du sacré. Le sacré est «postérieur» au divin comme à la nature même; sacré n’est pas la naissance en tant que telle, mais «ce» qui l’envoie, «ce» à partir de quoi elle ek-siste. Quod non est quid.
C’est pourquoi, en un lieu décisif, que Heidegger ne cite pas (mais son discours le présuppose), il est dit que le «das Heilige» «ne vaut pour l’usage» (Einst hab ich die Muse gefragt...), qu’il est «inentamé»: d’aucune manière il n’est en mon pouvoir, d’aucune manière je ne le peux comprendre et m’en faire un «fonds».

Avec tout autant de force, pourtant, il faut rappeler que chez Hölderlin «das Heilige» n’est donné qu’à travers la «médiation» de la présence de ce qui est heilig. Le problème du «das Heilige» affleure à partir d’une question-vision qui pourrait se formuler ainsi :

quelle est la provenance de la vie incompressible de ce Wesen (essence), ou de tous les êtres, alors qu’ils sont considérés dans leur âme, comme les conçoit Plotin? Pouvons-nous l’appeler Chaos?

Écrit par : Hatsarm | jeudi, 06 septembre 2007

“ la chose engendrée se retourne vers lui, elle est fécondée, et tournant son regard vers lui, elle devient Intelligence. Son arrêt, par rapport à l’Un, la produit comme être ; et son regard tourné vers lui, comme Intelligence. Et puisqu'elle s'est arrêtée pour le regarder, elle devient à la fois Intelligence et Etre ”

Plotin(V,2,1,9). Pourquoi le Chaos? La provenance... L'UN.

Écrit par : Restif | jeudi, 06 septembre 2007

Philippe Sollers et Michel Onfray comptaient parmi les invités de l’émission "la Bande à Bonneau" (France Inter) du 3 octobre 2006.
Ils s’y exprimaient sur Heidegger (et notamment sur le livre d’Emmanuel Faye : Heidegger, "Une introduction du nazisme dans la philosophie").

On lira leur "échange" ci-dessous.

P. Sollers : (qui se met à « raper » en apparaissant sur les ondes)


Heidegger

Heidegger c’est la guerre

Et moi

Je vais vous dire

Heidegger

C’est toujours la guerre.

Et moi

Je vais vous dire

Encore plus

Acheminement vers la parole...

(...) Vous voulez mon commentaire sur tout ça ?

A. Vivian : J’ai cru comprendre... Il y a deux camps dans cette histoire. D’un côté... on a l’impression : les historiens. E. Faye était défendu par J.P Vernant, par feu Pierre Vidal-Naquet, qui nous a quittés cet été, par le sociologue aussi, Jacques Bouveresse. D’un côté les historiens, de l’autre les philosophes purs et durs. Est-ce que je me trompe ?

P. Sollers : Non pas vraiment. Mais je voudrais d’abord signaler l’information la plus importante... Je m’occupe d’une revue trimestrielle assez confidentielle, mais pas tellement, qui s’appelle l’Infini. Le dernier numéro, l’avant-dernier numéro, c’était le numéro 95, c’était un numéro assez gros complètement consacré à Heidegger. C’est plus de trois ans de travail sous la direction d’un philosophe extrêmement remarquable qui s’appelle Gérard Guest. Ce numéro à ma grande surprise - divine surprise ! - a été épuisé en un mois et a été réimprimé depuis aux éditions Gallimard. Donc il ne faudrait surtout pas entendre, dans ce qu’on vient de dire, que Gallimard aurait la moindre réticence quant à la publication de l’œuvre de Martin Heidegger. Alors sur cette affaire, il y a quelque chose de très simple, à mon avis, à dire, c’est qu’Emmanuel Faye, dans son livre, « exit » une vieille affaire qui revient comme le monstre du Lochness. L’appartenance de Heidegger au parti nazi... Bon il y a des livres entiers là-dessus. On ne va pas y revenir... cela durerait trois siècles... Il a fait un pas de plus décisif. Il a dit que la philosophie tout entière de Heidegger était infiltrée, contaminée par une vision du monde nazie. Ce qui est évidemment une faribole et une absurdité. Je rappelle au passage que Heidegger est un penseur absolument considérable. Il a une œuvre en effet énorme. Il a influencé de leur propre aveu... Relisez ce que Sartre en dit... à quel point Heidegger lui avait sauvé la vie pratiquement... la vie de la pensée... Bon, que des penseurs comme Levinas, comme Lacan, comme Foucault, surtout Derrida... dont le nazisme ne parait pas du tout évident.
Enfin, voilà, donc il y a une telle exagération, un tel emballement dont la simplification. C’est ça le problème. On vit à une époque médiatique, que vous palpez constamment, où le simplisme, la réduction devient pratiquement pavlovienne. Et donc comme ça il y a des réactions qui sont extraordinairement falsificatrices. Je ne me suis pas occupé de ce livre... qui s’appelle "Heidegger à plus forte raison" *. Qui était une réponse à ce mouvement de déconsidération de Heidegger visant en quelque sorte à le retirer de la bibliothèque philosophique. Il est au programme de l’agrégation. Il y aurait comme ça dans un coin une littérature nazie. On mettrait Heidegger là-dedans avec une croix gammée définitive. C’est absolument absurde, ça vise à éradiquer tout effort de pensée en fait. Ce qui c’est passé je n’ai pas été en charge de évidemment... Je m’occupais d’autre chose... de ce numéro qui vient d’être réimprimé... qui est excellent !.. l’Infini, numéro 95. Je vous le recommande ! Il se trouve, je pense, que Fédier, dans un premier temps, a dû faire un texte qu’il a ensuite corrigé et qui a alerté... les épreuves ont été envoyées dans les salles de rédaction... qui a alerté ceux qui relancent sans arrêt cette affaire Heidegger, par exemple quelqu’un comme Roger Pol-Droit, du Monde, qui écrit dans le Point. Il y a quelques personnes qui, vraiment, répètent sans arrêt la même chose. On dirait vraiment que, pour eux, c’est une question essentielle, d’empêcher en quelque sorte la lecture de Heidegger. Ce livre magnifique que vous avez cité "Acheminement vers la parole", mais bien d’autres, "Approche de Hölderlin", etc. C’est vraiment le grand penseur de la poésie fondamentale, je pense, il y a eu quelque chose qui s’est passé. Fédier a donc revu et corrigé son texte. Il s’en est expliqué dans le monde dans un entretien avec Jean Birnbaum. Tout ca ... au cœur de l’été... il y a eut en quelque sorte un emballement, que je n’ai pas suivi de près, du juridique.



Bonneau : Si je comprends bien, Philippe Sollers, Gallimard ne publiera pas ce livre ?

P. Sollers : Il va paraître, je peux vous l’annoncer, bientôt aux éditions Fayard où il a été immédiatement accepté.

Bonneau : Il va être publié chez Fayard.

P. Sollers : Dans tout cela beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Cela sera un volume que je n’ai pas lu pour l’instant. Je le lirai avec le plus vif intérêt.

Bonneau : D’accord ... Alors, Philippe Sollers, merci de nous avoir donné votre point de vue, de nous avoir expliqué cette affaire ... Michel Onfray est arrivé en avance (...). Page 77 de votre dernier livre, "La puissance d’exister", chez Grasset, vous dites, Michel Onfray, « quelle est la preuve du philosophe ?... : sa vie ». Et vous parlez, justement, de Heidegger en disant que cette fracture schizophrénique entre la vie et l’œuvre où on peut dire par exemple : « ah oui Martin Heidegger a appartenu au parti nazi mais son œuvre n’a rien à voir avec ça ». Vous, ce que vous dites, si j’ai bien compris, c’est que voilà une vie de philosophe, elle ne peut pas être séparée dans des petits bouts, son œuvre, sa pensée et qu’il faut prendre en tout, en totalité. Qu’est-ce que vous pensez de cette affaire ? Est-ce que le fait que Martin Heidegger a été nazi le disqualifie comme philosophe ?

Michel OnfrayOnfray : D’abord je trouve le livre de Faye remarquable. C’est un des rares grands livres que j’ai lu dans ces dix dernières années. Pas seulement sur la question Heidegger mais aussi sur ce sujet de l’implication, de la vie, de la biographie, du philosophe, du professeur. Toutes ces choses-là sont mélangées. Alors, bien sûr, on peut toujours dire : ce qui m’intéresse c’est le philosophe, ce n’est pas le professeur, je fais l’économie de telle partie dans la biographie. Quand Philippe Sollers dit... accessoirement... cette histoire de parti nazi. Mais c’est quand même de 33 à 45. On ne peut pas faire avant, on ne peut pas faire après... Ca ne veut pas rien dire cette affaire d’inscription au parti nazi ! Mais, très longtemps, on a dit : « oui mais cela n’est pas comme ça qu’il faut l’entendre. Il ne pouvait pas ne pas y être ». Et d’un seul coup Faye nous donne des démonstrations considérables, remarquables, des traductions. Il a travaillé sur des archives, sur des séminaires en disant « regardez comment ça marche ». Et ça imprègne la philosophie. Alors pas forcément "Etre et Temps"... encore que... on peut imaginer que, dans "Etre et temps", l’être-pour-la-mort, la question de l’enracinement, la question du sol, la question de la critique de la technique. Toutes ces choses là ont à voir avec la thématique nazie. Alors cela ne fait pas un philosophe nazi à proprement parler.



Bonneau : Vous n’êtes pas favorable, Michel Onfray, pour reprendre l’expression de P. Sollers, à retirer Heidegger de la bibliothèque philosophique ?

M. Onfray : Non, enfin, non. On publie Carl Schmidt, on en publie d’autres aussi. Je suis même pour le fait qu’on republie les pamphlets antisémites de Céline. On est des grands garçons et des grandes filles. On est capable de faire des lectures. On est capable de trouver aujourd’hui dans le commerce Mein Kampf ... Qu’on fasse des éditions, qu’on fasse appel à des gens qui sont capables de faire des préfaces, des introductions, des annotations ... Qu’on prenne en considération le travail de Faye et qu’on dise « voilà, c’est un philosophe, avec des errements, des égarements, avec des traits de génie probablement, avec une grandeur... ça c’est sûr, avec un travail qui est original, certes. Mais on oublie beaucoup Husserl, on oublie beaucoup la phénoménologie avant Heidegger. Quand on dit Sartre n’aurait jamais été possible sans Heidegger... non ! Sans Husserl, oui ! Sans Heidegger non ! Je pense qu’on pourrait rentrer dans des détails techniques qui font que le débat est de toute façon préférable à l’interdiction de toute publication.

Bonneau : Ca vous convient Philippe Sollers ?

P. Sollers : Et bien, écoutez, ça ira très bien comme ça. Il faudra s’entendre sur "la vie des philosophes"... il y aurait beaucoup de choses à dire. .. Onfray vient de prononcer le mot de grandeur. Et bien je m’en satisfais pleinement.

Bonneau : Très bien. Et bien je vous remercie beaucoup Philippe Sollers.

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Allez-y... énervez-vous... Ha ha ha ha ha ha !

Écrit par : Euh'l'Neb' | jeudi, 06 septembre 2007

"...Mais que>, VICTIME D'UN SACRIFICE, n'a de sens que profond et diffère autant de l'élusion d'un Dieu dans une notion du monde claire et servile qu'un sacrifice humain, sanctifiant la victime, de l'esclavage qui fait d'elle un instrument de travail.
..."
(Bataille, l'expérience intérieure p 155)

Écrit par : . | vendredi, 07 septembre 2007

Décidément je confirme: D'ici ça passe mal;-)

Écrit par : . | vendredi, 07 septembre 2007

A moins que...évidemment...:

" ...En raison de la servilié croissante en nous des formes intellectuelles, il nous revient d'accomplir un sacrifice plus profond que ceux des hommes qui nous précédaient. Nous n'avons plus à compenser par des offrandes l'abus que l'homme a fait des espèces végétales, animales et humaines. La réduction des hommes eux-mêmes à la servitude reçoit maintenant(d'ailleurs depuis longtemps) des conséquences dans l'ordre politique(il est bon au lieu d'en tirer des conséquences religieuses d'abolir les abus). Mais le suprême abus que l'homme fait tardivement de sa raison demande un dernier sacrifice: la raison, l'intelligibilité, le sol même où il se tient, l'homme les doit rejeter, en lui Dieu doit mourir, c'est le fond de l'effroi, l'extrême où il succombe. L'HOMME NE SE PEUT TROUVER QU'A LA CONDITION, SANS RELACHE, DE SE DEROBER LUI-MEME A L'AVARICE QUI L'ETREINT."

Écrit par : . | vendredi, 07 septembre 2007

Le camarade Bataille est toujours amusant à citer :

«.On ne saisit pas de quelle façon nous devons parler de Dieu. Mon désespoir n’est rien, mais celui de Dieu ! Je ne puis rien vivre, connaître sans l’imaginer vécu, connu par Dieu. Nous reculons de possible en possible, en nous tout recommence et n’est jamais joué, mais en Dieu : dans ce « saut de l’être » qu’Il est, dans son « une fois pour toutes » ? Nul n’irait au bout de la supplication sans se placer dans la solitude épuisante de Dieu. » (…)
« Dérision ! qu’on me dise panthéiste, athéiste, théiste !...Mais je crie au ciel : « je ne sais rien (…) absolument rien (L’expérience intérieure ; 48-49).

Mais pour une vision complète de notre styliste, après ces nobles interrogations et hurlements, pour vraiment le connaître et ne pas rester à se polir la parlotte, il faut lire au moins l’une des charmantes descriptions sur lesquelles il débouche :

« Marie pissait toujours. Sur la table au milieu des bouteilles et des verres elle s’arrosait d’urine avec les mains. Elle s’inondait les jambes, le cul, la figure.
-Regarde dit- elle, je suis belle.
Accroupie, le con au niveau de la tête du monstre, elle en fit ouvrir horriblement les lèvres.
MARIE S’ARROSE D’URINE «
( La didascalie en majuscules est de Georges.)
In Le Mort, recueil Madame Edwarda,10/18,1979 pagination non indiquée)
...

Écrit par : Restif | vendredi, 07 septembre 2007

" Marie pissait toujours. Sur la table au milieu des bouteilles et des verres elle s’arrosait d’urine avec les mains. Elle s’inondait les jambes, le cul, la figure.
-Regarde dit- elle, je suis belle.
Accroupie, le con au niveau de la tête du monstre, elle en fit ouvrir horriblement les lèvres.
MARIE S’ARROSE D’URINE "

Comment dire?: "Pénible!"?

Écrit par : . | vendredi, 07 septembre 2007

AH, ça, je ne vous le fait pas dire ! Mais cher pseudo androgyne, faut quand même savoir QUI on cite - qui VOUS avez cité. Sinon, on balbutie dans l'insignifiant.

Écrit par : Restif | vendredi, 07 septembre 2007

Ce serait la moindre des choses, à son instar, si nous en étions capables.

Écrit par : . | vendredi, 07 septembre 2007

Ben c'est de G. Bataille... hein ? J'ai bien suivi ?

Écrit par : Nebo | vendredi, 07 septembre 2007

Par je ne sais quelle inconséquence, quel manque de lucidité cruel, il est arrivé à Bataille d'écrire de volumineux, d'ennuyeux ouvrages de sociologie ou d'anthropologie, par exemple L’Erotisme, Histoire de l'érotisme... sans parler de La Part maudite, mais ces ouvrages ne nous touchent guère, car ils parlent de l'érotisme, mais précisément ils ne font que parler de l'érotisme, à jamais extérieur au livre.

Chez Bataille, non pas l'auteur des traités d'anthropologie (auxquels il a consacré beaucoup de temps!), mais l'auteur de textes érotiques, comme chez nul autre, même chez Sade, l'érotisme et l'écriture sont « coextensifs » pour reprendre la judicieuse remarque de Denis Hollier. Ces récits sont inséparables de leur trajet, de leur mouvement - celui d'une « crue », bien mise en lumière par Lucette Finas -, de leur caractère excessif, de plus en plus outrancier : aucune barrière ne limite la fiction. S'imaginer qu'écrire de tels récits érotiques est une partie de plaisir est une naïveté et d'abord un contresens, car l'acte d'écrire, touchant à l'extrême, rencontre le danger, que naturellement Bataille ne fuit pas, mais tout au contraire recherche.
Ici encore Denis Hollier voit juste lorsqu'il écrit :

« Pour Bataille, l'écriture est une pratique réelle de déséquilibre, un risque réel pour la, santé, mentale. La folie est contamment en jeu dans ce qu'il écrit. Mais la "folie" est précisément l'inimitable écriture sans règle ni modèle . »



Le débat prend une tournure (si je puis dire) intéressante !

Écrit par : Laporte | vendredi, 07 septembre 2007

Tournure, tournant plutôt dans la pensée, dans la perspective à mon avis de cette phrase de Heidegger :
"Je m'efface devant quelqu'un qui n'est pas encore là, et m'incline un millénaire à l'avance, devant son esprit."
Il est insensé évidemment d'établir des clivages selon quelque critère que ce soit dans l'expérience de Bataille...

http://i.a.m.free.fr/acephale/propositions.html

Écrit par : (Bataille) | vendredi, 07 septembre 2007

Vous pensez bien que si je ma bibliothèque s’orne de Mm Edwarda et autres mignonneries , ce n’est pas précisément par désir d’épurer l’œuvre de Bataille. Je n’établis d’autre distinguo que celui de mon plaisir, qui seul compte à mes yeux. Je tiens La Mère (ou même l’Abbe C) pour un bouquin assez hallucinant. Par contre, j’ai assez bouffé de l’universitaire (j’en produis moi-même) pour n’avoir nul besoin ni nulle envie d’aller me réfugier derrière le premier rhéteur venu. Bataille est certes intéressant, mais vous me permettrez de penser qu’à côté de Dante ou de Rabelais, sa contribution à la culture universelle reste assez mince. On en reparlera dans 2,3 siècles…
J’avouerai même en toute franchise qu’un Thomas Mann m’éveille bien plus à une forme supérieure de la culture. N’ayant pas l’habitude d’imposer mes goûts, je veux bien reconnaître que c’est là question de caractère et de réception. Je le dis par probité, mais je viens de lire A. Karénine et me suis replongé dans Guerre et paix, et de là Bataille n’est pas bien haut.

Sade, c’est autre chose. D’abord, il y a chez lui un humour comme j’en ai rarement rencontré. Le portrait de Minsky avec ses pâtés de chair humaine, le Pape sacrant comme un bougre, ceux qui n’ont jamais ris en lisant Sade, je les plains. J’ai le bonheur de posséder son œuvre complète et je m’y replonge assez souvent. Blanchot (en passant j’en ai appris de belles sur lui) écrit fort justement : « Sade a eu la hardiesse d’affirmer qu’en acceptant intrépidement les goûts singuliers qu’il avait et en les prenant pour points de départ et le principe de toute raison, il donnait à la philosophie le fondement le plus solide qu’il pût trouver et se mettait en mesure d’interpréter d’une manière profonde le sort humain dans son ensemble. » (La raison de Sade)
Ca va assez loin, peut être même trop, mais ce qui compte, c’est que l’esprit y trouve de quoi pétiller. Et. je n’ai pas sous les yeux Klossowski, mais son point de vue est passionnant. De plus ces deux là ne nous gavent pas à l’auge de l’alma mater, fade brouet qui me laisse presque toujours un arrière goût déplaisant.
Il y a, surtout, un style de Sade, glacé, nacré, toujours en explosion qui fait mes délices. Désolé, les turpitudes de Batailles me laissent de bois. Cette parataxe uniquement descriptive m’e… au plus haut point.

En tous cas, il est bien amusant de voir qu’aujourd’hui les deux sont en Pléiade !

Écrit par : Restif | samedi, 08 septembre 2007

"Si l'on va jusqu'à la fin, il faut s'effacer, subir la solitude, en souffrir durement, renoncer d'être RECONNU: être là-dessus comme absent, insensé, subir sans volonté et sans espoir, être ailleurs. (La pensée( à cause de ce qu'elle a au fond d'elle), il faut l'enterrer vive. Je la publie la sachant d'avance méconnue, devant l'être. Il faut que son agitation finisse, qu'elle demeure cachée, ou presque, vieillarde dans un coin, sans honneur. Je ne puis, elle ne peut avec moi, que sombrer à ce point dans le non-sens. La pensée ruine et sa destruction est incommunicable à la foule, elle s'adresse aux moins faibles"

(L'E.I, p179)

Écrit par : (Bataille) | samedi, 08 septembre 2007

L'affirmation de Bataille : "Si l'on va jusqu'à la fin, il faut s'effacer", témoigne, pour intéressante qu'elle soit, de sa difficulté à percevevoir ce qu'il y a de réellement unique et spécifique à l'origine de la philosophie. Car à cette origine il n'y a pas seulement une conscience d'être, ni même d'être parmi les êtres en coexistence, mais, d'être déterminé, soumis, dominé, limité, condamné à l'inexistence dès notre existence actuelle.

A l'origine de la démarche philosophique, il y a donc cette provocation manifeste des phénomènes manifestés, dont on ne peut se déprendre, se libérer... sauf bien évidemment dans le refus existentiel réalisé, d'une certaine façon, par le suicide.

Où est donc l'être vraiment, demande celui que la mort n'a pas encore livré au silence ? en quoi réside-t-il ? Telle est la forme que prend nécessairement la question en se formulant ; elle va vers une réalité, elle s'informe de la réalité. Le point de départ étant ce qu'il est, l'être dominé comporte, porte en lui l'existence d'un écho, on ne dit rien de plus que la certitude de quelque chose à quoi confère, réfère et confronte son logos.

Reste à faire le compte de cet écho, à le décanter, à se rendre en quelque sorte maître de cette résonance. A tenir compte de ce qui est réel, distinct du pur phénomène acoustique ; à dénoncer l'illusoire apparence, bref, à fixer les incidences authentiques de cette sonorité existentielle.

A entendre dans ce concert des coexistences chaque voix pour sa valeur, à l'isoler par l'oreille de l'intelligence, à en situer l'importance, à ne point se laisser conter par une audition globale et confuse, ni distraire par ce qui, ramage plumage ou personnage, voilerait l'essentiel. A percevoir, dans ce brouhaha d'existence, dans cette masse bruyante, ce qui s'y révèle d'intelligible ou de constitutif ; à discerner enfin ce que peut bien signifier, dans l'orchestration des bruits de ce monde, une telle débauche d'existences multiformes, une telle confusion des "états multiples de l'être".

Écrit par : Derek | mardi, 11 septembre 2007

Fort bien...

Écrit par : . | mercredi, 12 septembre 2007

"La vie sioniste a été vécue dans le peuple Allemand par Friedrich
Hölderlin. L'être-là (Dasein) de Hölderlin est le canon de toute vie
historique. Cela constitue le fondement de l'autorité absolue de Hölderlin
(...) [et de] sa place aux côtés de la Bible. La Bible est la canon de
l'écriture, Hölderlin, le canon de l'être-là (Dasein). Hölderlin et la Bible
sont les deux seules choses dans le monde, qui ne peuvent jamais se
contredire. Le canonique doit être defini comme la pure possibilité
d'interprétation (Deutbarkeit)"

Gershom Scholem

Judaïsme... Romantisme Allemand... hop ! un saut ! ... Martin Heidegger !

Gershom Scholem... Juif... spécialiste en Mystique Kabbalistique.

Écrit par : Nebo | vendredi, 14 septembre 2007

" Tout homme-disait Alain- est marchand en sa boutique, le prêtre, le professeur.... On questionne, on croit découvrir, on cherche l'Absolu, on ouvre des écoles, on a des disciples... Certains se font appeler "maître"comme un garçon d'ascenseur est nommé liftier... "

A lire et tenter de comprendre les 110 commentaires abscons de cette page... Il y a, semble-t-il, beaucoup de liftiers dans les auteurs des commentaires... ! Ricoeur et Heidegger ne méritaient pas ça !!

Le grand problème disait Krishnamurti, c'est que l'intelligence ne s'acquiert pas : un type stupide peut accumuler un monceau de diplomes universitaires, il restera stupide....

Écrit par : mauridub | dimanche, 16 septembre 2007

Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ! Comment peux-tu dire à ton frère : "Frère, laisse-moi ôter la paille qui est dans ton œil", toi qui ne vois pas la poutre qui est dans ton œil ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil ; et alors tu verras clair pour ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Écrit par : . | lundi, 17 septembre 2007

"C'est à Votre Majesté [mauridud le liftier, qui ridiculement et sans honte apparente semble très instruit dans le domaine des ascenseurs et des stupides références (Krishnamurti et pourquoi pas Lobsang Rampa !)] qu'il appartient de donner à ses pareils de si utiles leçons !"

[ Jean le Rond d' Alembert, Lettre au roi de Prusse, 15 décembre 1774 ]

Écrit par : Jean le Rond d' Alembert | lundi, 17 septembre 2007

"Mes pouvoirs d'idéation ne sont pas de ceux qui peuvent permettre d'écrire des choses fictives ou imaginaires ; ma configuration astrologique m'interdit totalement une telle virtuosité cérébrale".

Lobsang Rampa

Écrit par : Rampapaouet | lundi, 17 septembre 2007

Au fait, puisque le minuscule cuistre mauridub (le dernier disciple admiratif vivant de Krishnamurti), par sa comique leçon vient d'en susciter l'évocation, savez-vous que cet clown de Rampa n'était qu'un tibétain de papier, il s'appelait Cyril Henry Hoskins fils d'un plombier, connu sous le nom de Dr Kuan et vivait avec sa femme et l'épouse d'un courtier, Mrs Shelling Roose, dans une villa perchée sur les hauteurs dominant Dublin.


Prudents, les éditeurs français de Rampa ôtèrent la mention "autobiographie d'un lama tibétain" de la couverture du Troisième Oeil en format de poche (coll. "J'ai Lu"). On se rappela opportunément que les éditeurs anglais de la version originale avaient précisé dans leur texte de présentation qu'il leur avait été "difficile d'établir l'authenticité" du manuscrit (doux euphémisme!), que l'enquête qu'ils avaient diligentée n'avait débouché sur "aucun résultat positif" et qu'ils concevaient que le livre... "dépasse parfois les limites de la crédulité occidentale"! L'illusionniste Yvon Yva, spécialisé dans la démystification des faux fakirs, ne cachait pas son envie d'éclater de rire : "Il est bien difficile de croire, en voyant une photo de Rampa que ce dernier est d'origine asiatique, écrivit-il. Il y a autant de différence entre M. Rampa et un Tibétain qu'entre un Amérindien et un Zoulou." Il aurait pu ajouter que Rampa avait un accent du Devonshire (la patrie de Mr. Hoskins, à l'ouest de l'Angleterre) à couper au hachoir et qu'il fuyait comme la peste les représentants de la communauté tibétaine (personne ne l'ayant d'ailleurs, de sa vie, entendu prononcer

Rampa persista bec et ongles. Dans un livre modestement intitulé : L'Histoire de Rampa (1960), avouant au détour d'une phrase qu'il avait écrit Le Troisième Oeil parce qu'il n'arrivait pas à trouver de travail, le gourou tenta d'expliquer son itinéraire. Il y racontait qu'en juin 1949 le dénommé Cyril Hoskins (c'est-à-dire lui-même), victime d'un accident dans son jardin, avait subi une commotion cérébrale, au cours de laquelle " il perdit tout souvenir de sa vie passée"; au même moment, " il lui vint la mémoire complète d'un Tibétain, depuis la toute première enfance". Il y avait donc eu prise de possession du corps de l'Anglais par l'esprit du Tibétain, garni de tous ses souvenirs. Miracle! Preuve de poids garantissant l'exactitude du récit : " Ma femme atteste ici qu'elle s'est rendue compte, à l'époque où cela s'est produit, que mon corps avait été investi par une autre entité"!

Depuis la publication duTroisième Oeil, Rampa vécut dans l'aisance matérielle que lui procura sa renommée mondiale. Ses admirateurs gobèrent tout. Ils lui envoyèrent des dons conséquents. Les droits d'auteur de ses livres (18 au total), diffusés et traduits dans le monde entier, lui rapportèrent de coquettes sommes d'argent. La vente des Tranquillizer Touch-Stones (pierres tranquillisantes) et d'un disque sur les bienfaits de la méditation lui assurèrent quelque subside. Télépathe, magnétiseur, astrologue, cartomancien, tarologue, hypnotiseur, graphologue, médium, augure, il fut un véritable V.R.P. du surnaturel, prodiguant conseils spirituels contre rétributions sonnantes. Il influença une ou deux générations d'occultistes en herbe. Lui qui ne mit jamais les pieds au Tibet, il sut berner des lamas véritables (qui étaient pourtant bien placés pour savoir que "l'opération du troisième oeil" est un conte à dormir debout!). En 1972, la supercherie tourna au drame : un jeune étudiant tira sur un de ses professeurs, sur un copain, puis se suicida : l'enquête prouva que Les Secrets de l'Aura de Rampa avait influencé son geste. Le gourou s'en moqua bien, les dollars continuaient d'affluer.

Rampa-l'escroc avait prévu une guerre mondiale pour 1985. Il n'eut pas le temps de se rendre compte de sa bévue, puisqu'il mourut en 1981, à la suite d'une banale crise cardiaque qu'il n'avait pas prévue, elle.

"I lit a candel" (J'ai allumé un flambeau), telle était la devise que Rampa avait inscrite sur son blason. Il serait temps pour notre génération de souffler dessus une bonne fois pour toutes.

Allez, adieu Lobsang! Et cette fois soigne bien ta prochaine réincarnation!

Écrit par : Lhassa | lundi, 17 septembre 2007

Puisque l'on parle de Rampa dans le style, Krishnamurti est pas mal non plus ! Qu'il fut un menteur et un hypocrite de premiere classe, de classe mondiale, doublé d'un escroc, n'est plus à démontrer.


Pour quelqu'un qui prétendait que "la verite" (qui est sans chemin évidemment !), ne peut pas et ne doit pas s'organiser, on peut dire qu'il fit très fort : des centres dans le monde entier, des milliers de videos, de K7, d'enregistrements en tout genre, des écoles, des milliards sur son compte en banque, bien qu'il se plut toujours à jouer au pauvre.

Écrit par : La vérité sans chemin | lundi, 17 septembre 2007

Savez-vous que juste avant sa mort, Krishnamurti, lui le grand pourfendeur critique des gurus et des maîtres spirituels, est revenu avec beaucoup de "conviction" sur le caractère grandiose et indépassable de sa mission dans des termes quelques peu surprenants pour un être détaché de son ego.

Il dit de lui-même:

>

Cette sorte de rigidité quant à l'auto-évaluation de sa grandeur semble différer de la souplesse et de la largeur de vue de certains maîtres sur leur lit de mort.

Cependant, avec Krishnamurti, on peut se demander s'il n'y a pas des difficultés supplémentaires venant de sa méthode-même:

Est-ce que, sous prétexte d'encourager l'indépendance des disciples, il ne flattait pas leur mégalomanie innée en Ieur faisant croire qu'ils n'avaient besoin d'aucun support pour atteindre le Suprême?

Est-ce qu'il ne flattait pas tout simplement Ieur paresse en leur faisant croire que surtout, il n'y avait rien à faire ni rien à vouloir?

Est-ce qu'il ne flattait pas de plus un "modernocentrisme" naïf en laissant entendre que de nos jours, les techniques traditionnelles longues étaient dépassées et qu'au siècle des voitures et des fusées, les gens intelligents et dans le vent pouvaient s'offrir une voie directe et immédiate pour atteindre l'absolu ?

Est-ce qu'il ne flattait pas enfin le mythe du "self-made man" cher à tout public américain en se présentant comme " l'homme qui s'était fait lui-même" spirituellement?

Paradoxalement, trois ans avant sa mort qui survint en février 1986, Krishnamurti en est venu à la nécessité de créer de nouveaux centres pour adultes. Il en avait assez des gens qui lisaient un peu et repartaient. Il voulait des gens qui restent pour une durée déterminée, étudient vraiment son enseignement, et le méditent même dans une "pièce du silence' prévue à cet effet. En un mot après avoir critiqué toute sa vie la notion d`ashram, il en vient à en reconnaître l'utilité et il finit par en planifier quatre durant les trois dernières années de sa vie.

Écrit par : Onafha | lundi, 17 septembre 2007

Voici ce qu'il disait de lui-même !

"Vous ne trouverez jamais un corps comme celui-ci, ni cette suprême intelligence agissant dans un tel corps, non, jamais plus pendant des centaines d'années. Vous ne verrez plus jamais cela. Quand il partira, cela s'en ira. Il ne reste aucune conscience après le départ de cette conscience-là, de cet état-là. IIs prétendront tous;ou ils essayeront d'imaginer qu'il peuvent entrer en contact avec cela. Peut-être le feront-ils plus ou moins, s'ils vivent l'enseignement. Mais personne ne l'a fait. Personne. Et voilà c'est ainsi."

Écrit par : Onafha | lundi, 17 septembre 2007

S'il y a un secteur qui requiert une méfiance voire une bonne et solide paranoia, c'est bien l'ésotérisme.

Sur les soi disants "spécialistes" de l'ésotérisme : en collection "Bouquins", Laffont, le dénommé Pierre Riffard parle avec le plus grand sérieux de Lobsang Rampa et en donne des extraits... A côté de textes fort estimables, c'est bien le plus ennuyeux. Antoine Faivre (Aspect de l'ésotérisme occidental, Gallimard) est quand même plus sérieux.

Écrit par : Restif | lundi, 17 septembre 2007

Désolé, erreur d'aiguillage, lisez ailleurs mes biens cher frères.

Écrit par : R. | lundi, 17 septembre 2007

Mais... C'est fort bien ici. Bon !
Puisqu'on est en train de s'amuser avec les arnaques des ersatz d'ésotérisme, faisons avancer les célèbres "supérieurs inconnus", que Hund - créateur de La Stricte observance Templière - a vu, il le jure, foi de gentilhomme ! Au convent maçonnique de Willemsbad, il provoque même en duel les contradicteurs... Alors, la question : ment-il comme un arracheur de dents ou bien est-ce qu'on lui a monté un monstrueux bateau? mais alors qui, pourquoi? C'est quand même la naissance d'un mythe.
Le plus drôle, c'est qu'à willemsbad on fait circuler une liste des pseudo grands maîtres de l'ordre du Temple dans son glorieux passé. Et ces noms prestigieux, on va les retrouver en partie dans notre bon siècle, chez Dan Brown. Et oui, Pierre Plantard, l'inventeur du Prieuré de Sion qui a servi de source à Brown, s'est contenté de piquer sa légende à la Stricte observance (cf "La franc-Maçonnerie templière et occultiste au 18 et 19ème siècle" René le Forestier). Dans une prochaine causerie, nous aborderons Valentin Andrae qui jurait n'avoir rien à faire avec la "Fama " et les manifestes roses-croix. (Sauf que le temps risque de manquer.)

Ami de l'Agartha, du lapin de Pâques et du magicien d'Oz, bonsoir.

Écrit par : Restif | lundi, 17 septembre 2007

On sait peu que c'est l’influence en Europe du guru Krishna Menon qui conduira Guénon à écrire « Vrais et faux instructeurs spirituels » (mars 1948) et « Sur le rôle du Guru » (mars 1950), articles que d’aucuns crurent dirigés contre Schuon...

Dans le même ordre d’idée, on soulignera en passant que l’article de Guénon, « Contre le mélange des formes traditionnelles » (qu'il aurait d'ailleurs pu s'appliquer à lui-même !), paru quelques années auparavant dans les Etudes Traditionnelles, en avril 1937, s'il ne visait pas directement Schuon, touchait cependant de très près à les pratiques syncrétiques (islam soufi, christianisme, hindouisme) dispensées et enseignées par le guru suisse.

Écrit par : Onafhankelijkheid | lundi, 17 septembre 2007

Le " cuistre " mauridub a au moins un talent : savoir allumer les reflexions des intellectuels professionnels .... !

C'est pourtant " BEN'VRAI ", mauridub est un authentique plouc " blogueur moraliste inculte et ignorant ", il remarque simplement que depuis que le monde est dirigé par des hauts diplomés qui croient tout savoir, tout va de mal en pis ... ?

A la limite de l'absurde, on peut croire que tous les grands " penseurs " de l'histoire sont des imposteurs... comment prouver que Bouddha, Confucius ou Socrate, ont vraiment existé ? Ce qui parait important par contre, c'est " la valeur ajoutée " de leur pensée au bien de l'humanité ...!

Le XXI me siècle démarre, semble-t-il, avec le même niveau d'humour, d'amour, et de miséricorde que celui, supposé, de nos ancètres australopithèques ou cro-magnoniens... QUOI ...QUE !! : http://vieillegarde.hautetfort.com/archive/2007/08/30/orgueil-et-modernite.html#c2700322

Aveuglé par trop de Lumières, le pauvre cuistre retourne méditer ou ruminer dans sa grotte ...

Écrit par : mauridub | mercredi, 19 septembre 2007

Elle est sympa votre grotte Maudibub. On n'y parle pas la langue de bois. C'est déja ça . Mais la pierre d'entrée hummm...

Écrit par : . | mercredi, 19 septembre 2007

« La vaine querelle autour de Heidegger n'a pas de sens philosophique propre, elle est seulement symptomatique d'une faiblesse de la pensée actuelle qui, à défaut de se trouver une énergie nouvelle, revient obsessionnellement sur ses origines, sur la pureté de ses références, et revit douloureusement, en cette fin de siècle, sa scène primitive du début du siècle. »

Jean Baudrillard, Nécropestive autour de Heidegger in Libération, 27 janvier 1988.

Écrit par : Nebo | jeudi, 04 octobre 2007

La pensée de Martin Heidegger en est une de l'Hubris, auquel il a lui même cédé toute sa vie, mais sous différents modes.
Il a s'agit pour lui de penser l'intégralité des phénomènes, y compris ceux qui sont "immonde". Il a sû reconnaître dans le subjectivisme inconditionné la condition ontologique pour que se déchaînent les penchants les plus destructeurs de l'homme, comme "déliés", complètement "désajointés" du reste du monde, pures volontés de puissances nombrilistes anéantissants pour s'accaparer le moindre étant. L'homme qui se prend pour Dieu et prend ses congénères pour matériau de sa domunation, l'homme qui discipline et qui dresse, est apparu au même siècle dans différents endroits du monde, à Birkenau, bien sûr, mais aussi dans d'immondes camps japonais en Chine, en Sibérie, aujourd'hui encore à Guanatanmo, etc...
Seule une pensée ontologico-historiale, inspirée à la fois par La parole d'Anaximandre et par l'essai de 1809 de Schelling sur la liberté humaine peut saisir cette "contre-volonté", ce "rengorgement" diabolique de certains "séjournants" déterminés à vivre souverainement, en guerre totale contre le reste du monde. Ces "sujets" sont des "peuples" et factions : et Heidegger lui-même quelques années avant sa prise de conscience (autour de 1936) souhaitait un "Reich d'un millénaire" à l'Allemagne...Il savait de quoi il en retournait.
Mais il se trouve qu'à partir du cours sur Schelling, et peut être même avant, Heidegger ne cherche plus qu'à chercher une alternative, par la pensée, à toute la domination et à la persistance de la "machination" ("Machenschaft") technique, laquelle englobe toutes les "pensées" à visée totalisatrices de son temps : communisme bolchévique, démocratisme libéral, racisme biologique...En fait il critique toutes les idéo-logies, nazisme compris, en tant qu'"insurrection", volonté de s'imposer, de persister, de dominer, à travers un "Imperium" (cf. le cours de 1942 sur Parménide).
Disons que même si il n'est pas un enfant de choeur, Heidegger peut montrer mieux que quiconque, à ceux qui savent faire la part des choses, des vérités de fond sur toutes les "visions du monde" et donc sur l'être de notre époque.
N'en déplaise à ceux qui en font une affaire personnelle, il est probablement l'un des seuls à avoir fait des objections massives car comme "de l'intérieur de l'oeil du cyclone", car il a pensé très tôt la catastrophe à venir, à l'époque où un Alain faisait encore l'apologie d'Hitler...

Heidegger critique de toutes les "insurrections" subjectivistes , de la plus drapée de morale (telle guerre pour la liberté au moyen orient), à la plus immonde et cynique, même si il ne s'agit pas de tomber dans une espèce de concours morbide pour classer les pires catastrophes à l'instar d'un Dieudonné.

Écrit par : Stéphane Domeracki | jeudi, 17 janvier 2008

Sur l'analyse d'Heidegger de cette manifestation dont la technique (qu'Heydi ne fut pas le premier à dénoncer, Bloy le faisait déjà, haïssant téléphone et ascenseur dès leur apparition et insérant cette haine dans une théologie de la transcendance qui n'aurait pas eu l'aval du fils de Messkirch) donc la technique disais-je, n'est au fond qu'une incarnation agissante de cette manifestation qu'Heidegger nomme "Dévastation" avant d'aller fouiller le concept de "malignité" (Bösartigkeit). Pour comprende ce qu'il entend par là il est bon de lire "La dévastation et l'attente'. (2006, Gallimard).
Heidegger a été nazi (d’un certain nazisme doctrinalement SA, car ce n’était pas un bloc le nazisme) certains disent qu'il l'était encore après 36. Et pas seulement Faye, mais également, par exemple, un Lionel Duvoy. L'important est que son expérience, bien loin de le dévaluer, l'a porté au cœur de ce qu'il nomme "dévastation". "La dévastation et l’attente" est un dialogue de 45, le 3ème « entretient sur le chemin de campagne » qui se déroule dans un camp de prisonniers allemands en Russie. Les deux protagonistes sont à l’évidence les deux fils d’Heidegger qui étaient alors prisonniers des Russes. Je cite ce passage sur cette fameuse dévastation :
" [ qu'est-ce qui] n'est pas complètement blessé et déchiré en nous – nous pour qui la manière dont notre propre peuple s’est aveuglément fourvoyé en se laissant conduire dans l’errance est trop lamentable pour que nous ayons le droit de nous prodiguer en lamentations, malgré la dévastation qui étend son emprise sur notre terre natale et ses hommes désemparés »

Avec Heidegger, pour ne pas tomber stupidement et, pour la pensée, inutilement, dans un « camp »quelconque, nous devons apprendre à lire soigneusement et à comprendre les possibles sous-entendus d’une rhétorique. Ce qui est dit de cette « dévastation » dans ce dialogue est captivant. Mais dire que la dévastation s’étend aussi sur l’Allemagne c’est une façon de la mettre aussi au rang de ses victimes. Ce qui n’est pas faux EN SOI mais peut soulever certains doutes sur la pureté, l’objectivité de la réflexion. Bref, avec Heidegger nous avons une extraordinaire occasion d’enrichir notre rapport à la lecture en rendant celle-ci polysémique.
« C’est peut être purement et simplement la volonté elle-même qui est le mal » (Heidegger, Dévastation et attente, p.22)

Ps: Guantanamo ne peut être mis sur le même plan que Birkenau, le Goulag ou les camps japonais. Je ne le défends pas, mais c’est une pure et simple question de typologie. Ils ne sont pas massacrés en masse ni réduit à l’état de purs zombies, ceux qui sont rentrés en témoignent. Plus j’y pense, plus je réalise à quel point il est peu sérieux de mettre un signe = entre Guantanamo et Birkenau et consorts, vraiment. Ca vous décrédibilise une pensée (ce qui est dommage).

Écrit par : Restif | jeudi, 17 janvier 2008

Vous n'avez pas compris. Il n'y aucun " = " ici. Heidegger affirme juste, en toute cohérence avec son chemin de pensée, que toutes les exactions pérpétrées à l'ère du Gestell procède d'un "Même", ce qui ne signifie pas "qu'ils sont les mêmes".
Ce même, en revanche, vous l'avez bien vu, est bien la "dé-vastation", l'annihilation de toute proximité à l'heure de la mise en disponibilité de tout ce qui est (cf. "le dis-positif" trad. S. Jollivet in Po&sie numéro 115)

Écrit par : Stéphane Domeracki | dimanche, 20 janvier 2008

Je dois bouffer bientôt avec Fédier Steph, je lui raconterai votre insertion de l'aseité de dieudo et vos petits bons points. On a pas tous les jours l'occasion de rigoler!

Écrit par : r | dimanche, 20 janvier 2008

Bon appétit

Écrit par : Stéphane Domeracki | dimanche, 20 janvier 2008

Moi quand j'ai envie de rigoler je lis son article intitulé "l'irréprochable"

Écrit par : Stéphane Domeracki | dimanche, 20 janvier 2008

"Heidegger, l'impossible

Martin Heidegger : une pensée encore occultée par la polémique. Crédits photo : AP
DANS UN COURS de 1931, commentant la fameuse allégorie platonicienne, Heidegger demande si la mise à mort du philosophe dans la caverne est nécessaire ou accidentelle. À quoi il répond qu'elle fait partie de son destin : un vrai philosophe est toujours mis à mort par le monde. Et de nos jours plus que jamais. Mais ce meurtre, explique-t-il, se perpétue avec des moyens plus insidieux que la ciguë. Lequel est le plus perfide ? La réponse tombe dans un mélange d'humour et d'effroi : la célébrité.
La célébrité tue le penseur, parce que sa pensée désormais se débite en slogans : elle qui ne peut être entendue que dans le recueillement, voilà qu'on l'étale sur les gazettes, ce qui constitue sa neutralisation la plus sûre, car on croit toujours déjà la connaître, alors qu'on l'ignore radicalement. Comme on l'aura compris, cette sentence vaut pour la pensée de Heidegger lui-même. Que ce soit dans l'éloge (« Bien plus grand que Sartre ! »), dans l'évidence (« Ah ! oui ! le penseur de l'être-pour-la-mort ! ») ou dans la condamnation (« Mais Heidegger était nazi ! »), sa célébrité occulte sa profondeur. Et plus les journaux s'en emparent, plus sa pensée est méconnue.
C'est l'honneur de la presse que de reconnaître qu'elle n'est pas le lieu du recueillement nécessaire, et de renvoyer à ce lieu à travers ses colonnes. C'est sa honte, au contraire, lorsqu'elle s'instaure en juge suprême et, croyant faire oeuvre de haute réflexion, colporte rengaines et ragots. Ce qui advint, une fois encore, avec le livre d'Emmanuel Faye, encensé ici et là, pour avoir définitivement, à ce qu'il paraît, convaincu Heidegger de nazisme, au point de réclamer son exclusion de l'enseignement.
Le collectif lancé aujourd'hui en représailles accomplit donc une oeuvre de salubrité. Contre Faye, François Fédier et sa troupe accumulent des charges accablantes : textes tronqués, tordus, falsifiés par un traduttore très traditore, puisqu'il présente systématiquement ce que Heidegger analyse pour mieux le dénoncer comme ce qu'il théorise pour mieux le prêcher. Emmanuel Faye aurait fait avec lui ce qu'Elizabeth Förster fit jadis avec Nietzsche : un découpage pour le nazifier, sauf qu'elle, c'était pour le faire aimer de Hitler, tandis que lui, c'est pour le faire détester de nous. Il était nécessaire de lui ôter son masque.

La « banalité du mal »
Cette oeuvre salubre n'est toutefois point salutaire. Elle jette à nouveau dans la polémique, et « la polémique, dit Heidegger, manque la tenue de la pensée » : les études rassemblées, souvent d'un grand intérêt, versent parfois dans un ton qui nuit à l'éloquence de la preuve. L'imposture de Faye ne doit pas nécessairement nous faire adopter la posture de Fédier. D'ailleurs, comme ils s'entendent à lutter sur le même terrain, il existe, entre ces deux adversaires, une étrange analogie. Elle peut se décliner en quatre mots :
1° Filiation. C'est le point le plus touchant. L'un et l'autre défendent l'héritage du père. Emmanuel, celui de son propre père, Jean-Pierre Faye, qui depuis cinquante ans s'échine à démontrer le nazisme de Heidegger. Fédier, celui de son père spirituel, Jean Beaufret, l'introducteur de la pensée de Heidegger en France.
2° Transparence. L'un et l'autre prétendent atteindre jusqu'aux intentions du penseur dans la tourmente du Reich. Si bien que là où Faye diabolise, Fédier canonise. Le premier fantasme le crime le plus odieux, le second ne discerne qu'une brève erreur politique. Ne peut-on croire que ces deux excès s'entretiennent l'un l'autre ?
3° Réduction. Le premier réduit la pensée de Heidegger par diffamation ; le second, par confiscation. Bien sûr, entre le lynchage médiatique et l'embaumement éditorial, le coeur balance pour le deuxième. Mais le problème n'en est que plus patent : Faye veut retirer Heidegger des bibliothèques, Fédier voudrait qu'il n'y soit qu'avec son estampille ; et tandis que celui-là caviarde ses textes, celui-ci les traduit dans un terrible jargon : « aîtrie », « porrection », « copropriation-advenante ». N'est-ce point parce que ces traductions sont si peu lisibles qu'il y a la place pour une interprétation fausse et calomnieuse ?
4° Nazification. Plusieurs rédacteurs du recueil retournent contre Faye l'accusation de nazisme et révisionnisme. C'est le même procédé, de part et d'autre, de disqualification. Quand un terme si grave s'envoie avec autant de légèreté (mais c'est monnaie courante), il faut croire qu'il reste encore impensé. Dieu merci, quelques auteurs du livre, notamment Pascal David, Philippe Ajakovsky et Hadrien France- Lanord, s'efforcent de se livrer à cette tâche difficile.
Le nazisme est vendeur. Depuis qu'on banalise le concept de « banalité du mal », il n'est pas certain qu'on le connaisse mieux. Heidegger peut nous y aider, cependant, précisément parce qu'un temps il a pu s'y laisser prendre, et que la suite de son oeuvre se déploie comme un repentir et une explication. Réduire le nazisme au racisme ou à une explosion d'irrationalité sauvage est la meilleure manière de le laisser courir. Car il est d'abord autre chose : d'une part, à travers la substitution de l'élection aryenne à l'élection juive, le refus de toute Révélation ; d'autre part, à travers le darwinisme et la raison calculatrice, le règne de la performance. Or ces fondements du nazisme sont toujours enseignés dans nos écoles. Pour quelle nouvelle barbarie ? Aux heideggeriens et aux autres de nous exhorter à la plus haute vigilance."

Écrit par : *** | mercredi, 19 mars 2008

Je ne pense pas que ce soit à un Hadjadj de juger Fédier. D'abord, il survole avec une légèreté qui vaut manque de probité l'œuvre de celui-ci qui se compose de milliers de pages. De plus, il se trouve que le fils de Martin Heidegger a confié à Fédier la responsabilité de l'œuvre de son père pour la France. Il n'est donc pas question de "confisquer une œuvre", c'est ridicule, il y a simplement en l'état un devoir à accomplir du à l'acceptation de cet honneur assez lourd (et qu'il était impossible d'éviter quand on connaît les liens unissant Fédier à Beauffret), car le corolaire de toute responsabilité, c'est le devoir. Mais QUI a ouvert librement collections et publications à Hadrien France-Lanord et Philippe ARjakovsky si bien vus (à juste titre d'ailleurs) de notre Salomon au petit pied, si ce n'est Fédier ? Reprocher à un homme de lutter avec passion pour celui qu’il tient pour un génie, mettre cet homme sur le même plan qu’un faussaire qui voudrait supprimer des bibliothèques de philosophie les écrits de ce même génie, voilà qui est pour le moins assez vil. A ce prix, il faudrait accuser tous les spécialistes reconnus d’un auteur de vouloir maintenir leur pouvoir. Un Pierre Glaudes ne supporterait que sa vision de Bloy, un Pierre Michel n’accepterait pas qu’on touche à Mirbeau sans son imprimatur, un Jean Louis Cabanès régnerait sur les Goncourt. Or rien n’est plus faux. Animés du désir de servir ceux qu’ils admirent et auxquels ils ont consacré énormément d’ un temps qu’un Hadjadj préféra investir dans l’auto promotion et la critique lilliputienne, ces hommes ont toujours ouvert leurs archives et leurs sources à tout chercheur sincère ,ne demandant rien en retour que probité et objectivité.

Que vos Pâques soient toutes grâces.

Écrit par : Restif | jeudi, 20 mars 2008

J'ai eu le plaisir de lire quelques lignes de Restif, de loin les plus objectives sur ce site.
Et me prend l'envie - pour rigoler un peu - de copier-coller la phrase qui suit :

"Si l’on en croit les pieuses louanges dispensées à foison aujourd’hui à l’égard de Ricoeur par tous les chœurs éperdus de bons sentiments du discours intellectuel dominant, on serait presque tenté de se laisser aller à quelques interrogations dubitatives et l’on en viendrait parfois à regarder Heidegger comme un philosophe triste ce qui, comme il arrive toujours, aboutirait rapidement à imposer de lui à l’opinion l’image d’un triste philosophe."

1°) "tous les choeurs éperdus de bons sentiments du discours intellectuel dominant" font la "louange" de Ricoeur. Il faut entendre par-là, chère Isabelle des Charbonières - oups ! - que seul le Petit Nombre se serre dur les coudes pour résister au pauvre Ricoeur - lequel, soit dit en passant, n'a mis ni le pied, ni les mains, ni toute son âme dans le nazisme, comme Heidegger, ni dans le mao-staliinisme, tel Sartre. On a beau jeu d'attaquer Ricoeur sans le connaître. Et s'il est vrai que sa pensée s'ancre dans l'analyse lévinassienne du rapport à autrui, Madame De La Charbonière - oups, deux fois oups ! - semble oublier que chez Levinas, ce n'est pas la positivité "tout le monde il est beau tout le monde il est gentil" qui en fonde la définition, mais le "Tu ne tueras point". Si "Tu ne tueras point", comme retenue positive essentielle du sujet face à autrui, ne dénote pas à vos yeux une façon grave et pessimiste d'envisager l'existence humaine en commun, c'est que vous n'êtes jamais sortie de votre atelier de peinture - ou de votre cabinet de philistine - pour vous confronter au monde et à l'autre.

Il est tellement aisé de s'asseoir dans un cabanon de jardin - à ce sujet, et pour vous dérouiller un peu l'esprit, je vous invite à relire la Première inactuelle de Nietzsche, dont je donnerai prochainement une nouvelle traduction chez Allia -, au beau milieu de nulle part, perdu en pleine cambrousse, de militer, à distance, pour la mort de la pensée dominante - qui n'est jamais définie par vous que comme une pensée qui ne vous agrée pas, car vous aimez Heidegger comme on aimerait un amant -, pour, comme Heidegger, faire triompher le nazisme intellectuel - dont vous semblez, Madame, être déjà toute confite, pour votre malheur de jeune femme -, pour, par dépit, taper sur le clavier de votre ordinateur que tout ce qui refuse de se laisser aller à la pensée de la mort - ou à la considération ontologique de "l'être pour la mort", ce qui est radicalement la même chose, mais dit avec des mots pompeux par un prétentieux voleur passé par le royaume des ontologies classiques, mais tout aussi vite rejeté de ce même royaume, car transpirant, derrière ses airs bonhomme et sa nonchalance rhétorique, la haine mesquine... et non le soufre salutaire d'une pensée agitée et brûlante.
Ma phrase est-elle si longue qu'il faille la relire à tête reposée ?
Je recommence donc : il est tellement aisé de s'asseoir et méditer sur la société quand on est bien né, de fustiger l'humanisme en le ravalant aux déviations occultes du XIX° S. Vos êtes une Jivaro ma parole. L'humanisme n'est pas une invention des XIX° et XX° S., mais bel et bien de la Renaissance, dont vous semblez totalement ignorer l'existence.
Soit. Heidegger, lui aussi n'aimait pas Platon. Nietzsche non plus d'ailleurs. Mais le dernier avait cependant le mérite d'admirer son génie, génie dont Heidegger se montre finalement totalement dépourvu... à moins que la langue et le jeu de singe des étymologistes soit une activité géniale, je ne crois pas qu'Heidegger mérite d'être élevé au pinacle.

Écrit par : Duvoy | mardi, 01 avril 2008

Mademoiselle De Charbinière, je tiens à vous adresser mes plus plates excuses.
Je n'avais pas bien lu que cet article n'est pas de vous. Alors ne prêtez pas attention à mes deux Chiquenaudes. Mr Mundilfari est la personne concernée.
Mille excuses.

Écrit par : Duvoy | mardi, 01 avril 2008

Hélas, je suis loin d'être toujours aussi objectif que je le voudrai... C'est ainsi que je traite Faye de "faussaire", ce qui est pour le moins aller un peu vite (les commentaires il est vrai invitent à ce défaut. Ce n'est pas une excuse). Hors le débat qu'il a ouvert était nécessaire. Quelle que soit la blessure. Quelle que soit la douleur -et elle peut être forte, narcissique en bonne partie, certainement, mais elle n'en existe pas moins.
Votre intervention nous rappelle qu'Heidegger est devenu le lieu d'une douleur moderne. Quelque chose se joue là,entre ludicité, rejet, avec ce questionnement, aussi, des rapports entre le génie -je continue de le croire - et le mal. De l'homme et du politique,ce qui a été dit, ce qui ne devait pas l'être. Si une pensée peut se dégager de l'histoire comme d'une contingence. Vous êtes la voix que nous ne voulons pas entendre, le rappel tenace d'un scandale métaphysique, l'empêcheur d'"aîtrer" en rond. C'est salubre et personnellement je vous en remercie.

Écrit par : Restif | mardi, 01 avril 2008

Si, vous êtes objectif, car vous gardez une position interrogatrice qui n'est pas l'apanage des cerveaux déjà faits, une posture de simplicité qui doit faire autorité en ces matières. Car un sujet aussi brûlant nécessite qu'on emploie des pincettes : ce sont les deux siècles passés que l'on tire de leur bobine, au péril d'effacer tous les efforts féconds qui ont conduit à la libération de l'instinct moral de l'homme. Certes, une fois surmontées les menaces de la punition et les promesses de la béatification, le bien et le mal sont affaire de sagesse. C'est ce que n'a pas encore compris l'homme post-nazi, et que persistent à nier les tenants de la post modernité et de la non philosophie.

On sait bien que peu sont les hommes à s'y adonner, c'est-à-dire à être probes, honnêtes. Probe, c'est-à-dire non seulement responsables de leurs actes et de leurs mots passés et présents, mais également et surtout, conscients de la dimension dramatique dans laquelle leur acte peut plonger les générations présentes et futures. La seule moralité que l'on exige d'un homme qui a la parole est de ne jamais user de cette parole pour invoquer les démons.

Qu'Heidegger, pour ne prendre que l'exemple qui nous intéresse ici, ait pu douté une seule fois de son influence sur les milieux universitaires, constitue, à mes yeux, le mensonge fondamental sur lequel repose toute son autodéfense d'après-guerre, voire son dénie d'adhésion.
Qu'il ait été écarté de l'université malgré lui est le second mensonge.
Qu'il ait été nazi par ignorance, voilà le troisième mensonge, et le pire : ce n'est pas lui qui a produit ce mensonge, mais ses défenseurs - tels Fédier et son maître - pour que soit comblé le vide créé par son silence insupportable.

Ce silence, justement : si quelques français mal inspirés n'avaient pas volé au secours de son oeuvre en la traduisant et en la diffusant comme texte de la modernité post-nazie, Heidegger serait resté, dans la mémoire de tous les partisans de la liberté, un exécutant du régime parmi d'autres. Il est étrange de constater que l'on étudie plus Heidegger qu'Hans Jonas, plus Carl Schmitt que Walter Benjamin. La systématicité semble valoir vérité. Grossière erreur.
Heidegger fut SA. Nous l'avons là, sur une photo, pris sur le fait de son engagement à perpétrer des crimes qu'il ne pouvait ignorer. L'étude approfondie de cette sombre période par E. Faye, malgré tout ce que l'on pourra dire de son côté excessif et radical, le démontre amplement. Et même l'histoire y suffit.

Sur son silence, Heidegger est en tous points comparable à Eichmann. Eichmann n'eut pas d'autre argument de défense, face à ses juges israéliens, que de répéter inlassablement qu'il n'avait fait que suivre et obéir aux ordres, sans jamais savoir quelle destination, et à quel usage était réservés les trains pour le camp d'Auschwitz Birkenau. Pareil mensonge est un signe de bassesse et de lâcheté.

Mais le silence, on le sait par expérience, pèse bien plus gravement qu'une parole de disculpation, même mensongère : car au moins, le menteur est considéré comme tel, et est jugé en conséquence. Celui qui se tait, au contraire, ne peut être jugé que sur pièces. Rien n'est donné pour le saisir, rien ne peut lui être opposé que les faits et les textes. Et chacun sait que les textes sont, comme vous le dites bien, ô combien polysémiques... et équivoques. Mais peut-il y avoir de l'équivocité dans l'utilisation, par Heidegger, du mot "race", quand la société allemande faisait au même moment l'expérience d'une politique raciste ?

Heidegger s'est tu. Qui a donc parlé pour nous donner une explication de son geste ? Ses détracteurs auraient été immédiatement suspectés de vouloir faire d'un ex-nazi, de surcroît professeur de philosophie à l'université, le bouc émissaire de l'épuration. Il semble qu'on ait bien voulu laisser de côté les idéologues et les juristes, les romanciers et les artistes au service du régime, pour ne juger du nazisme que ceux qui passaient à l'acte : la branche armée. De même, aujourd'hui, où l'on débat des heures durant sur la limite de la littérature : mais bon Dieu, tant que ne sont pas invoqués les démons, la responsabilité de celui qui sait n'est pas mise en cause.
Condamner d'emblée les penseurs nazis aurait été commettre une plus grave erreur, sans doute, que ne plus jamais nous pencher sur leur cas pour les juger sur pièces. Ils n'ont pas droit au repos : nous devons les harceler jusqu'à ce que leur oeuvre tout entière crache les quelques indices de complicité volontaire. Et ils ne manquent pas.

Ceux qui ont parlé et qui parlent encore à tort et à travers aujourd'hui du "génie" d'Heidegger : Beauffret, Fédier, Guest, et consorts, devraient s'aviser que leur temps est passé et que l'être pour la mort, le Dasein, a traversé le XX°s., qu'il a connu, en suffisance, son lot de morts et de massacres.
Le Dasein ne veut pas être pour la mort. Il ne veut pas qu'une vérité historique tirée de la folie guerrière du XX° S. devienne l'unique vérité. Heidegger, comme tout homme, a vécu dans son siècle. Et quoiqu'il ait pris la mine de l'ermite au bonnet, son esprit n'était préoccupé que de succès et de gloire personnelle.

Les psychopathes des pouvoirs totalitaires ne sont pas la seule vérité sur l'homme. Ce serait faire trop grand honneur aux puissants excités. Il y a tant d'autres possibilités qui ne sont pas entrevues. Nietzsche ne disait-il pas que l'homme est une chose qui doit être dépassée ? Le Surhomme de Nietzsche n'est-il pas, essentiellement, celui qui, après avoir été annoncé par le prophète du bien et du mal, planera par-delà le bien et le mal, et existera sur le mode qui lui est le plus essentiel : la création de nouvelles valeurs, la création du beau, le cosmopolitisme supranational, la sagesse dans le gouvernement. Il n'est qu'à relire Nietzsche pour comprendre que l'interprétation qu'en fit Heidegger n'est qu'une répétition des assertions idéologiques du nazisme.

Souvenons-nous que même dans l'horreur, l'homme, avant de devenir un muslim, a su encore fêter Noël à Auschwitz, en confectionnant des banderoles de papier et des luminaires de cire et de poudre, tandis que non loin de là, un faux ermite dans sa Hütte, affinait sa "théologie du dernier dieu" pour enterrer la métaphysique au nom de l'être pour la mort. Souvenons-nous en. Et ce n'est pas là sentimentalisme, n'en déplaise à l'auteur de l'article qui a ouvert ces commentaires, mais volonté de puissance manifestée à son plus haut point, capacité de résistance que les SS ignorait, raison pour laquelle leur haine des peuples optimistes non assimilés se détourna contre des êtres humains ravalés au rang de cadavres vivants. La Volonté leur est apparue dans toute sa splendeur christique, et ils l'ont, une fois de plus, mise à mort. C'est cela la mort de Dieu chez Heidegger, loin de Nietzsche, et le dernier dieu n'était autre, à ses yeux, qu'Hitler.

J'aurais tant à écrire encore sur l'Etre d'Heidegger, sur la néantisation de toute invisibilité au profit d'un monisme de la mort... Sur un vidage en règle du monde offert en sacrifice par une horde de sanguinaires, à celui qui se prenait pour Satan du haut de son estrade,n mais qui n'était, au fond, qu'un homme malade et qui avait fait le choix pathologique de semer la terreur et de brûler tout ce qui n'entrait pas dans son plan de domination.

L'insoumission des muslim...

Écrit par : DUVOY | mercredi, 02 avril 2008

Je sais une chose qui m’invite, c’est vrai, à la plus grande prudence : lorsque est sorti le livre de Faye, j'ai eu une réaction dont je blêmis encore aujourd'hui (même si elle n'a pas durée longtemps). Voici : quand j’appris l’existence de ce livre mon cri du cœur, ma clameur intime, cachée derrière une rationalisation de pacotille fut, au fond, ce hurlement nu : Ce Faye: qu'on l'enlève! le kidnappe! qu'’on le jette à la cave ! ,aux oubliettes. Mieux! Qu’on l'égorge! Au plus profond de la plus profonde des forêts. Et qu'on brûle le corps avec sa bibliothèque, ses écrits et son bureau.. Qu’on affrète un bateau pour aller noyer ses cendres lestées de plomb au cœur béant de l’océan. S’il est marié, que sa femme épouse un doctorant heideggérien, s’il a un fils qu’il s’en aille en pèlerinage à Messkirch. Et qu'on l'oublie à tout jamais ce vil blasphémateur -plus d'état-civile, pas de tombe, que tout le monde le sache : Faye n'a jamais existé! ce fut une illusion et il faudra bien soigner ceux qui prétendraient le contraire.

J'ai l'air de plaisanter et effectivement, je prends un peu de recul, mais le fait est là : sans connaître de cet homme rien d'autre que le titre de son livre et un petit entrefilet de journal, j’eus un profond mouvement de rejet. Regretter /rejetter l’existence d’un homme dont on ne savait mot une heure avant, sur un simple titre de livre... voilà ce qui en moi m'effraye. Ainsi j’ai agi comme l’un de ces fanatiques de tous poils que je prétends détester ? J’ai moi aussi crié : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir/ Par de pareils objets les âmes sont blessées/Et cela fait venir de coupables pensées. »
Eh bé...Je ne me mêle pas de corriger les hommes, mais depuis, je m’oblige au recul. Autant que je le peux.

Je n’entrerai pas ici dans un autre débat qui est simple : ce que Ricoeur, Harendt, Lévinas (et tant d’autre … tout le 20ème siècle est traversé par cette pensée) ont vu dans les écrits d’Heidegger, cela n’a pas disparu. Les questions qui furent alors soulevées, il ne faut pas les perdre. Evidemment, l’ampleur de l’influence ne doit pas nous détourner de l’effort d’analyse, bien au contraire. Ce qui s’ouvre ici c’est aussi le lieu d’une réflexion sur notre vénération pour le « génie », réflexion couplée à l’importance de la parole philosophique. Céline aussi est resté silencieux, pourtant l’écrivain en lui n’est plus vraiment discuté, La Pléiade l’a accueilli, en toute connaissance de causes (point capital : il n’ya pas de doutes sur Céline.). Mais Céline n’est-ce pas, c’est un « poète », et le poète est toujours un peu un irresponsable ainsi le veut la légende - et elle n'a pas complètement tort (legenda). Mais la philosophie …L'éthique est en jeu, l'Homme même. Le mot signifie "amour de la sagesse" ... Amour/ sagesse. C'est tout dire.

Alors voilà : l’enjeu est énorme, plus qu’énorme, vital au sens le plus intense, le plus essentiel du mot. Il faut que le chantier de vérité soit lancé. Dans l'objectivité.

( a tous ceux qui trouvent en Heidegger si profond écho je rappelle que moi aussi cet écho je l’ai ressenti, oh combien ! Le chemin de campagne me fut maintes fois refuge, l’Origine de l’œuvre d’art et tant d’autres textes qui me furent des sommets. Maintenant, en prenant la lumière dans la clairière de l’Etre, est ce que je n’oublie pas un petit quelque chose ? Oh, un rien… que chacun étiquètera ici comme il le voudra. J’ai toujours fait profession de rejeter les Vychinski, mais sincèrement et dirai-je de manière un peu grandiloquente « en mon âme et conscience » (grandiloquence qui correspond pourtant bien à ce qui est en jeu à mes yeux), je pense qu’il ne faut pas craindre la confrontation à ce qui nous choque tant.
Une question : « Le chemin de campagne en sera-t-il moins beau » ? A ce stade, je ne sais plus rien. Le texte est toujours superbe, oui, bien sûr. Mais le soupçon est entré en moi, soupçon du sens à entendre derrière la beauté lyrique des formules : « Le chêne lui-même disait qu'une telle croissance est seule à pouvoir fonder ce qui dure et porte des fruits ; que croître signifie : s'ouvrir à l'immensité du ciel, mais aussi pousser des racines dans l'obscurité de la terre ; que tout ce qui est vrai et authentique n'arrive à maturité que si l'homme est disponible à l'appel du ciel le plus haut, mais demeure en même temps sous la protection de la terre qui porte et produit. »
Cette « obscurité » cette « protection de la terre », je ne puis m’empêcher de la lire désormais à plusieurs niveaux. C’est ainsi. Et je ne proclame pas que ma parole est vérité. Il en est ainsi pour moi. Et ce peut être un enrichissement. La valeur de vie -de toute existence humaine- peut en ressortir plus importante que jamais.
Sur un autre plan : "Ce gai savoir est une sagesse malicieuse. Nul ne l'obtient qui ne l'ait déjà". Socrate, lui, disait : « je sais que je ne sais rien ». Enfin je laisse de côté tout ce qui nous montre l’énorme distance qui sépare Heidegger du christianisme. Si le chemin s’écarte de la croix pour aller vers la forêt, il y a une raison.)

Ce n’est pas sans une grande émotion que j’ai lu chez vous le nom de Walter Benjamin, poussé au suicide par la haine furieuse du néant en armes.

« S’il peut paraître entendu que l’aspiration chez l’homme à une existence plus pure, plus innocente et plus spirituelle que celle qui lui est donnée, cherche nécessairement une garantie dans la nature (…) il n’en va pas de même chez Baudelaire. Le rêve chez lui d’une pareille existence rejette toute communauté avec la nature terrestre » (W. Benjamin, Charles Baudelaire, un poète lyrique à l’apogée du capitalisme.)

Voilà, vous avez dit ce que vous Deviez dire et il vous faudrait un livre pour vraiment achever. Moi, j’ai esquissé un simple (début de) parcourt personnel. Je ne pense pas y revenir. Que la vie l'emporte.

Écrit par : Restif | mercredi, 02 avril 2008

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