vendredi, 08 août 2008
Quelle vanité que la peinture!
" Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration
par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux!"
(Pascal, Pensées)
Les port-royalistes se sont beaucoup méfiés de l'art, soupçonné d'avoir pour fin la seule séduction des sens: "plus on donne aux sens, plus on ôte à l'esprit", disait Mère Angélique, et la peinture donne beaucoup aux sens, risquant ainsi d'arrêter sur la créature un regard qui ne doit porter que sur le Créateur. De plus, l'art menace de tromper, puisqu'il offre des simulacres sans consistance d'objets eux-mêmes de peu d'importance. L'art risque ainsi de détourner du dépouillement intérieur auquel oblige, aux yeux des augustiniens, la religion chrétienne. L'art est donc rangée au rang des "vanités humaines", c'est-à-dire de toutes les activités humaines qui ne sont qu'autant de pièges par lequel le diable espère nous prendre
Or, le moindre paradoxe n'est pas que la peinture, pourtant elle-même vanité, va se complaire, à l'époque baroque, à représenter la vanité, voire à mettre en abyme sa propre vanité, dans des représentations picturales
Le genre de la vanité est à la mode au XVIIe Siècle : inventé vers 1600, sous-genre de la nature morte, ils offrent des représentations des plaisirs du monde (nourriture, musique, jeux de carte, fleurs, bijoux, perruques), ou de la culture humaniste (livres ouverts, reliures, globes terrestres), au milieu desquels trône un crâne ou un sablier dont la fonction symbolique est de nous prévenir que nous sommes mortels, que les plaisirs et la science n’ont qu’un temps, et que tout s’achèvera pour nous dans la cendre du tombeau – memento mori. Elles figurent ainsi la leçon de l’Ecclésiaste : Vanitas vanitatum et omnia vanitas – richesses, plaisirs, devront céder devant l’inévitable triomphe de la mort, aussi convient-il de songer au salut surnaturel de notre âme, telle est la leçon chrétienne de ces tableaux de Vanités.
Philippe de Champaigne, qu'on considère comme le peintre de Port-Royal, a lui aussi peint une vanité. Elle est à la fois parfaitement conventionnelle, et absolument originale et révélatrice de la spiritualité de Port-Royal. Chez Champaigne en effet, on retrouve bien le crâne, figure emblématique de la mort, et condition du genre de la vanité, ainsi que le vase à la tulipe et le sablier, ces objets symbolisant la fuite du temps ou le dépérissement des biens terrestres. Mais ces objets ne sont pas représentés sur le mode du bric-à-brac hétéroclite et joyeux qu’affectionnaient les peintres de vanité, qui usent parfois de ce genre pour peindre avec un délice non dissimulé et quelque peu paradoxal dans ce contexte les joies de la vie terrestre et matérielle.
Rien ici n'est propre à allécher les sens et à détourner le spectateur de la méditation sur la mort qui compose le sujet du poème: les trois objets, isolés, posés sur une table d’autel, apparaissent sur un fond sombre qui souligne leur évidence terrible et l’inéluctable destin de chaque être humain. Dans cette image austère et qui se donne d’emblée comme d’inspiration religieuse, l’homme se trouve confronté à la brutalité d’un memento mori sans les adoucissements, les édulcorations ou les séductions habituelles à ce genre de peinture. Rien ne détourne d'une contemplation qui confine à la prière : on ne saurait mieux souligner combien le peintre refuse toutes les alléchantes séductions du monde, qui ne sont qu’autant de « divertissements » qui ne servent qu’à nous faire oublier notre vraie condition mortelle. Cette peinture au chromatisme sobre et d’où s’est retiré tout charme pictural fonctionne comme une invitation à faire l’expérience totale du dépouillement.
Illustration
Philippe de Champaigne (1602-1674)
La Vanité ou Allégorie de la vie humaine, 1646
Huile sur toile - 28,8 x 37,5 cm
Le Mans, Musée de Tessé
Photo : RMN / Bulloz
15:55 Publié dans De l'art, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, arts, peinture










































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Commentaires
Jean-Paul Bourre parlant de ça disait "l'Orgueil des Fous"...
Écrit par : Nebo | dimanche, 15 juillet 2007
Du rire j'ai dit : " sottise ", et de la joie : " à quoi sert-elle ? "
J'ai décidé en moi-même de livrer mon corps à la boisson tout en menant mon cœur dans la sagesse, de m'attacher à la folie pour voir ce qu'il convient aux hommes de faire sous le ciel, tous les jours de leur vie.
J'ai fait grand. Je me suis bâti des palais, je me suis planté des vignes, je me suis fait des jardins et des vergers et j'y ai planté tous les arbres fruitiers. Je me suis fait des citernes pour arroser de leur eau les jeunes arbres de mes plantations. J'ai acquis des esclaves et des servantes, j'ai eu des domestiques et des troupeaux, du gros et du petit bétail en abondance, plus que quiconque avant moi à Jérusalem. Je me suis amassé aussi de l'argent et de l'or, le trésor des rois et des provinces. Je me suis procuré chanteurs et chanteuses et tout le luxe des enfants des hommes, coffret par coffret. Je me suis élevé et j'ai surpassé quiconque était avant moi à Jérusalem, et ma sagesse m'est restée. Je n'ai rien refusé à mes yeux de ce qu'ils désiraient, je n'ai privé mon cœur d'aucune joie, car je me réjouissais de tout mon travail et cela fut mon sort dans tout mon travail. Alors je réfléchis à toutes les œuvres de mes mains et à toute la peine que j'y avais prise, eh bien, tout est vanité et poursuite de vent, il n'y a pas de profit sous le soleil! Puis je me mis à réfléchir sur la sagesse, la sottise et la folie : Voyons, que fera le successeur du roi ? Ce qu'on a déjà fait. J'ai vu qu'il y avait avantage de la sagesse sur la folie comme du jour sur l'obscurité. Le sage a les yeux ouverts, mais l'insensé marche dans les ténèbres. Et je sais, moi aussi, qu'ils auront tous deux le même sort. Alors je me dis en moi-même : " Le sort de l'insensé sera aussi le mien, pourquoi donc avoir été sage ? " Je me dis que cela aussi est vanité. Il n'y a pas de souvenir durable du sage ni de l'insensé, et dans les jours suivants, tous deux sont oubliés : le sage meurt bel et bien avec l'insensé.
Je déteste la vie, car ce qui se fait sous le soleil me déplaît : tout est vanité et poursuite de vent.
Je déteste le travail pour lequel j'ai pris de la peine sous le soleil, et que je laisse à mon successeur : qui sait s'il sera sage ou fou ? Pourtant il sera maître de tout mon travail pour lequel j'ai pris de la peine et me suis comporté avec sagesse sous le soleil; cela aussi est vanité.
Mon cœur en est venu à se décourager pour toute la peine que j'ai prise sous le soleil.
Car voici un homme qui a travaillé avec sagesse, savoir et succès, et il donne sa part à celui qui n'a pas travaillé : cela aussi est vanité, et c'est un tort grave.
Car que reste-t-il à l'homme de toute sa peine et de tout l'effort pour lequel son cœur a peiné sous le soleil ?
Oui, tous ses jours sont douloureux et sa tâche est pénible; même la nuit il ne peut se reposer, cela aussi est vanité! Il n'y a de bonheur pour l'homme que dans le manger et le boire et dans le bonheur qu'il trouve dans son travail, et je vois que cela aussi vient de la main de Dieu, car qui mangera et qui boira si cela ne vient de lui ?
A qui lui plaît, il donne sagesse, savoir et joie, et au pécheur il donne comme tâche de recueillir et d'amasser pour celui qui plaît à Dieu. Cela aussi est vanité et poursuite de vent.
Écrit par : Qohélet | mardi, 17 juillet 2007
Moi, l'Ecclésiaste, j'ai été roi d'Israël à Jérusalem. J'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c'est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l'homme. J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent. Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.
J'ai dit en mon cœur : Voici, j'ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science. J'ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j'ai compris que cela aussi c'est la poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.
Écrit par : Qohélet | mardi, 17 juillet 2007
Saint Matthieu 6, 19-23
Écrit par : Qohélet | mardi, 17 juillet 2007
Le principal est de ne pas considérer l'Autre comme une chose... et de ne pas sombrer dans le consumérisme pathologique et de chercher la qualité et non la quantité.
Dame, après tout... ou avant tout (rires)... le Roi Salomon avait 1000 épouses et concubines...
A moins que tout ceci ne me perde...
Bien à Vous...
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Écrit par : Nebo | mercredi, 18 juillet 2007
Écrit par : . | mercredi, 18 juillet 2007
On ne devient pas communiste. Il faut naître communiste, ou renoncer à le devenir jamais. Le communisme est une qualité d’âme. Un état d’âme qui ne peut s’acquérir. Rien ne peutmodifier, atténuer, exalter le ton, la valeur, la joie d’une âme. Propagandes, éducations, violences, intérêts, souffrances, et même le fameux Amour n’atteignent pas l’âme. L’âme s’en fout. Le fond d’un homme est immuable. L’âme n’apprend rien, n’oublie rien. Elle n’est pas venue sur la terre pour se faire emmerder. L’âme n’est chaude que de son mystère. Elle y tient, Elle le défend. Elle y tient par-dessus tout, envers et contre tout. La mort qui refroidit tout ne saisit pas toujours l’âme, elle se débrouille. L’airain, le platine, le diamant ne sont que flexibles, ductiles, capricieuses, trèsimpressionnables substances comparées à l’âme, à l’effroyable immutabilité d’une âme. Rien ne peut l’atteindre. Du premier au dernier souffle la même pauvreté, la même richesse, exactement. Tous les bavardages, toutes les menaces, tous les charmes, tous lessubterfuges flanchent, se dissipent devant sa porte, ne pénètrent jamais. Rien ne peutl’appauvrir, rien ne peut l’enrichir, ni l’expérience, ni la vie, ni la mort. Elle s’en va [123] comme elle est venue, sans rien nous demander, sans rien nous prendre. Le communisme dans la pratique c’est l’unanimité des âmes, des âmes toutescommunistes, toutes altruistes, toutes embrasées de passion unanime. Qui ? Que ? Où ? Comment ? Recrutement ? D’où vont surgir ces sublimes effectifs ? Imposture grotesque dans l’état actuel des hommes ! Vous dites ?Ces morveuses, ravageuses, hagardes hordes dénigrantes, enlisées dans les ragots, délirantes de conneries mesquines ? Ces anthropophages ? sournois ? Ces chiens de tous les charniers ? Ça ? Communistes ? Merde ! Vous abusez des animaux ! Nos sociétés croulent sous les richesses matérielles, mais elles crèvent de pauvreté spirituelle. Le fanatisme objectiviste nous tue. L’homme vole ? mais c’est un étron qui s’envole, l’esprit ne s’enlève pas, jamais la pensée ne s’est tenue plus basse, plus rampante, moins ailée,moins délivrante.
Foutre des poésies mécaniques ! Poésie est morte avouons-le ! Tous nos Arts gisent grotesques, lourds rebuts raisonnants, surchargés d’astuces malheureuses, de mufleries tragiques. Le Communisme raisonnable crèvera dans cette civilisation sans poètes comme tout le reste. Le Communisme doit être folie, avant tout, par dessus tout, Poésie. Le Communisme sans poète, à la juive, à la scientifique, à la raison raisonnante, matérialiste, marxiste, à l’administrative, au mufle, au peigne-cul, au 600 kilos par phrase, n’est plus qu’un très emmerdant procédé de tyrannie prosaïque, absolument sans essor, une imposture juive satrapique absolument atroce, immangeable, inhumaine, une très dégueulasse forcerie d’esclaves, une infernale gageure, un remède pire que le mal.
Écrit par : Céline: l'école des cadavres. | vendredi, 20 juillet 2007
http://stalker.hautetfort.com/archive/2006/05/10/nocturnal.html
Écrit par : . | vendredi, 20 juillet 2007
des armes de la mort, les plaines dorées,
les lacs bleus et par-dessus le soleil
encore plus sombre roule ; la nuit enserre
des guerriers mourants, la lamentation sauvage
de leurs bouches en éclat.
Mais en silence s'amoncelle au fond du pâturage
nuée rouge, là vit un dieu coléreux,
le sang est vidé, froid de lune
Toutes les routes débouchent dans la pourriture noire
Sous les rameaux d'or de la nuit et des étoiles,
Vacille l'ombre de la soeur au travers du bois muet
Pour saluer les esprits des héros, les têtes en sang
Et doucement sonnent dans les roseaux les flûtes
obscures de l'automne
Ô deuil plus fier autel d'airain
La flamme chaude de l'esprit nourrit aujourd'hui
une douleur violente,
Les descendants qui ne verront pas le jour.
Écrit par : Grodek | samedi, 21 juillet 2007
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