jeudi, 07 juin 2007
La vérité spirituelle du Jansénisme
ou
"Le Discours de la réformation de l’homme intérieur "
"Le Discours de la réformation de l’homme intérieur "
par la purification du cœur
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(in Béatrice Guion, De l’abandon à la méditation : représentations de l’espace intérieur à Port-Royal)

Cornelius Jansénius (1642).
Avant-propos de Sainte-Beuve.
Avant-propos de Sainte-Beuve.
Le nom de Cornelius Jansénius est inévitablement attaché à son œuvre majeure L’Augustinus. Mais il est des textes plus secrets qui, loin des rumeurs du monde, ne cessent de le modeler à son insu ; le Discours de la réformation de l’homme intérieur fait partie de ceux-là. Ce prêche rédigé en 1628 en latin pour établir la Réforme d’un monastère de Bénédictins parvint en 1646, dans la traduction française de Robert Arnauld d’Andilly chez les Pascal. Blaise, qui était alors âgé de vingt-trois ans, fut tout entier emporté par le libelle flamboyant de l’évêque d’Ypres. De là date, dit-on, sa «première conversion». Les thèmes implacables et austères développés par Jansénius influencèrent de façon décisive le tour de la pensée du jeune Pascal. Il y puisa sans doute une part essentielle du rigorisme impitoyable et de la subtile, profonde et tourmentée connaissance du cœur humain qui animent son Apologie de la religion chrétienne plus connue sous le nom des Pensées.
Ainsi un texte peu connu de quelques pages, parvenu en de bien fortuites circonstances à son «destinataire», eut-il sa part non négligeable dans le destin de cet immense théologien, penseur et écrivain de la langue française qu’est Blaise Pascal.
Ainsi un texte peu connu de quelques pages, parvenu en de bien fortuites circonstances à son «destinataire», eut-il sa part non négligeable dans le destin de cet immense théologien, penseur et écrivain de la langue française qu’est Blaise Pascal.

Philippe de Champaigne
Portrait de l'abbé de Saint Cyran
Huile sur toile
73 x 58 cm
Portrait de l'abbé de Saint Cyran
Huile sur toile
73 x 58 cm
Musée de Grenoble
« Jansénius tenait saint Augustin pour « celui qui a pénétré davantage dans les replis les plus cachés du cœur de l’homme, et dans les mouvements les plus secrets et les plus imperceptibles des passions » (Cornelius Jansenius, Discours de la réformation de l’homme intérieur, 1642, p. 13.) — « replis », « caché », « secret », « imperceptible », ce sont là des termes que l’on retrouve constamment chez les spirituels et les moralistes augustiniens du Grand Siècle pour décrire l’espace intérieur. Les disciples d’Augustin se verront reconnaître la même perspicacité par les lecteurs de l’âge classique.
Le cœur est l’objet privilégié des auteurs augustiniens, qui célèbrent l’intériorité comme le lieu de l’authenticité de l’être : vivre au-dehors, c’est se dissiper, c’est vivre dans l’erreur et la vanité. À la suite et à l’exemple d’Augustin, ils appellent l’homme à rentrer en lui-même : « Au lieu d’aller dehors, rentre en toi-même : c’est au cœur de l’homme qu’habite la vérité » (Saint Augustin, De vera religione, ch. 39, § 72.)
Corrélativement, ils condamnent la « pente » qui pousse l’homme au-dehors : que l’on songe aux liasses pascaliennes relatives au divertissement. Mais ces mêmes liasses donnent la raison de ce mouvement vers l’extérieur : si l’homme sort de lui, c’est pour fuir le vide qu’il rencontre en lui-même. En effet, l’âme qui fait retour sur soi éprouve tout d’abord son néant et sa corruption — c’est d’ailleurs afin de provoquer cette prise de conscience que nos auteurs s’attardent autant sur la description du cœur humain. Mais le cœur est aussi le point d’action de la grâce (Dieu « s’unit au fond de leur âme » Blaise Pascal, Pensées, frag. 690), et le lieu de la charité : c’est, tous les augustiniens le soulignent, la primauté conférée à l’intention qui distingue la religion chrétienne de l’ancienne Loi.
Une ambivalence pèse donc sur l’intériorité, caractérisée tour à tour par deux types de termes et d’images, les uns positifs (recueillement, lieu propre, authenticité), les autres négatifs (corruption, abîme, plis et replis). Les auteurs de Port-Royal s’accorderont dans la description qu’ils donneront du cœur corrompu, et Saint-Cyran, se défiant de l’esprit humain et de la réflexivité dans sa conception de la réparation de cette corruption prônera l’abandon à Dieu.
Les jansénistes représenteront volontiers l’intériorité de façon figurée. Un premier type d’images renverra au vide du cœur humain, comme dans la formule célèbre de Pascal : « Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure » (frag. 171). On peut rapprocher ce passage du fragment 515 :
« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos […]. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. »
Le vide dans cette énumération est associé au néant, à l’insuffisance, à la dépendance. Il renvoie, en effet, à l’ontologie augustinienne pour laquelle les créatures, tirées par Dieu du néant, n’ont d’être qu’autant qu’elles participent de la divinité. Saint-Cyran estime qu’« il n’y a dans les unes et dans les autres [les biens terrestres et les créatures] que vanité, c’est-à-dire, qu’un vide et un creux semblable à celui des ombres, et presque inséparable du même néant d’où Dieu a tiré tous les biens de la terre, et toutes les créatures visibles et invisibles » (Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, « Lettre I », dans Lettres chrestiennes et spirituelles, 1647, IIe partie, ch. 19, p. 122-123.)
Le « creux », le vide, c’est l’insuffisance ontologique de la créature qui ne saurait avoir en elle-même de principe de subsistance. De surcroît, ce néant d’être est redoublé par le péché, qui dans l’augustinisme est conçu comme une privation d’être, en quoi se révèle l’influence néo-platonicienne. Comme l’écrit Pascal à Gilberte, le péché « est le véritable néant, parce qu’il est contraire à Dieu, qui est le véritable être » (Blaise Pascal, « Lettre de Blaise et Jacqueline Pascal à Gilberte, 1er avril 1648 », dans Oeuvres complètes, 1970, t. 2, p. 583.)
C’est au péché qu’est imputable le vide du cœur humain : « Depuis que l’homme a voulu trouver son bonheur en lui-même et ne le plus chercher en Dieu, il est tombé dans un vide effroyable » (Nicolas Fontaine, Dictionnaire chrétien, 1711, p. 413. Voir également l’article « Vide » (ibid., p. 659). Le Dictionnaire apparaît comme une somme de la pensée port-royaliste, d’autant plus que Fontaine fait de larges emprunts aux écrits de ses prédécesseurs, notamment à Saint-Cyran et à Nicole. )
Si c’est un mouvement naturel que d’aspirer à combler ce vide, l’homme se trompe sur la nature des biens auprès desquels il cherche consolation : dès lors que l’âme est « capable d’un amour infini » (Blaise Pascal, « Lettre de M. Pascal […] au sujet de la mort de M. Pascal, son père », dans Oeuvres complètes, op. cit., t. 2, p. 857.) les biens terrestres ne peuvent la satisfaire durablement, puisqu’ils sont finis. Cette image du vide et du plein est fréquente sous la plume de Saint-Cyran : « le diable remplit ce que Dieu ne remplit point, n’y ayant non plus de vide dans les opérations de la grâce que dans celles de la nature » (Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, « Lettre XI », dans Lettres inédites de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran : le manuscrit de Munich et la vie d’Abraham, 1962, p. 55.)
On la retrouve aussi chez Pascal : l’amour-propre « s’est étendu et débordé dans le vide que l’amour de Dieu a quitté » (] « Lettre de M. Pascal […] au sujet de la mort de M. Pascal, son père, loc. cit. », p. 858.) ; comme chez Nicole : les désirs charnels sont « une suite de la corruption du coeur, qui nous ayant séparés de l’amour de Dieu, a porté l’âme à vouloir remplir par la possession des créatures le vide qu’elle ressent » (Pierre Nicole, « Sur l’épître du III. dimanche d’après Pâques », § 3, dans Continuation des Essais de morale, t. 1, 1687-1688, p. 78 (t. 11 des Essais de morale à partir de 1714-1715), ils nous portent « à sortir de nous-mêmes pour remplir par la jouissance des créatures, le vide que nous trouvons en nous » (Pierre Nicole, « Sur l’épître du dimanche de l’octave de Pâques », § 1, dans Continuation des Essais de morale, op. cit., p. 1 (t. 12 des Essais de morale à partir de 1714-1715).
Le vide qu’ils décrivent, c’est l’état du cœur séparé de Dieu. Le cœur du chrétien, en revanche, retrouve une plénitude : « Dieu remplit l’âme et le cœur de ceux qu’il possède » (Blaise Pascal, Pensées, frag. 490.) Aussi Nicole exhorte-t-il son lecteur à « vider le cœur pour le remplir ».( Pierre Nicole, « Sur l’évangile du Ier dimanche de carême », § 6, dans Continuation des Essais de morale, op. cit., t. 1, p. 93 t. 10 des Essais de morale à partir de 1714-1715 ). »
Le cœur est l’objet privilégié des auteurs augustiniens, qui célèbrent l’intériorité comme le lieu de l’authenticité de l’être : vivre au-dehors, c’est se dissiper, c’est vivre dans l’erreur et la vanité. À la suite et à l’exemple d’Augustin, ils appellent l’homme à rentrer en lui-même : « Au lieu d’aller dehors, rentre en toi-même : c’est au cœur de l’homme qu’habite la vérité » (Saint Augustin, De vera religione, ch. 39, § 72.)
Corrélativement, ils condamnent la « pente » qui pousse l’homme au-dehors : que l’on songe aux liasses pascaliennes relatives au divertissement. Mais ces mêmes liasses donnent la raison de ce mouvement vers l’extérieur : si l’homme sort de lui, c’est pour fuir le vide qu’il rencontre en lui-même. En effet, l’âme qui fait retour sur soi éprouve tout d’abord son néant et sa corruption — c’est d’ailleurs afin de provoquer cette prise de conscience que nos auteurs s’attardent autant sur la description du cœur humain. Mais le cœur est aussi le point d’action de la grâce (Dieu « s’unit au fond de leur âme » Blaise Pascal, Pensées, frag. 690), et le lieu de la charité : c’est, tous les augustiniens le soulignent, la primauté conférée à l’intention qui distingue la religion chrétienne de l’ancienne Loi.
Une ambivalence pèse donc sur l’intériorité, caractérisée tour à tour par deux types de termes et d’images, les uns positifs (recueillement, lieu propre, authenticité), les autres négatifs (corruption, abîme, plis et replis). Les auteurs de Port-Royal s’accorderont dans la description qu’ils donneront du cœur corrompu, et Saint-Cyran, se défiant de l’esprit humain et de la réflexivité dans sa conception de la réparation de cette corruption prônera l’abandon à Dieu.
Les jansénistes représenteront volontiers l’intériorité de façon figurée. Un premier type d’images renverra au vide du cœur humain, comme dans la formule célèbre de Pascal : « Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure » (frag. 171). On peut rapprocher ce passage du fragment 515 :
« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos […]. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir. »
Le vide dans cette énumération est associé au néant, à l’insuffisance, à la dépendance. Il renvoie, en effet, à l’ontologie augustinienne pour laquelle les créatures, tirées par Dieu du néant, n’ont d’être qu’autant qu’elles participent de la divinité. Saint-Cyran estime qu’« il n’y a dans les unes et dans les autres [les biens terrestres et les créatures] que vanité, c’est-à-dire, qu’un vide et un creux semblable à celui des ombres, et presque inséparable du même néant d’où Dieu a tiré tous les biens de la terre, et toutes les créatures visibles et invisibles » (Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, « Lettre I », dans Lettres chrestiennes et spirituelles, 1647, IIe partie, ch. 19, p. 122-123.)
Le « creux », le vide, c’est l’insuffisance ontologique de la créature qui ne saurait avoir en elle-même de principe de subsistance. De surcroît, ce néant d’être est redoublé par le péché, qui dans l’augustinisme est conçu comme une privation d’être, en quoi se révèle l’influence néo-platonicienne. Comme l’écrit Pascal à Gilberte, le péché « est le véritable néant, parce qu’il est contraire à Dieu, qui est le véritable être » (Blaise Pascal, « Lettre de Blaise et Jacqueline Pascal à Gilberte, 1er avril 1648 », dans Oeuvres complètes, 1970, t. 2, p. 583.)
C’est au péché qu’est imputable le vide du cœur humain : « Depuis que l’homme a voulu trouver son bonheur en lui-même et ne le plus chercher en Dieu, il est tombé dans un vide effroyable » (Nicolas Fontaine, Dictionnaire chrétien, 1711, p. 413. Voir également l’article « Vide » (ibid., p. 659). Le Dictionnaire apparaît comme une somme de la pensée port-royaliste, d’autant plus que Fontaine fait de larges emprunts aux écrits de ses prédécesseurs, notamment à Saint-Cyran et à Nicole. )
Si c’est un mouvement naturel que d’aspirer à combler ce vide, l’homme se trompe sur la nature des biens auprès desquels il cherche consolation : dès lors que l’âme est « capable d’un amour infini » (Blaise Pascal, « Lettre de M. Pascal […] au sujet de la mort de M. Pascal, son père », dans Oeuvres complètes, op. cit., t. 2, p. 857.) les biens terrestres ne peuvent la satisfaire durablement, puisqu’ils sont finis. Cette image du vide et du plein est fréquente sous la plume de Saint-Cyran : « le diable remplit ce que Dieu ne remplit point, n’y ayant non plus de vide dans les opérations de la grâce que dans celles de la nature » (Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, « Lettre XI », dans Lettres inédites de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran : le manuscrit de Munich et la vie d’Abraham, 1962, p. 55.)
On la retrouve aussi chez Pascal : l’amour-propre « s’est étendu et débordé dans le vide que l’amour de Dieu a quitté » (] « Lettre de M. Pascal […] au sujet de la mort de M. Pascal, son père, loc. cit. », p. 858.) ; comme chez Nicole : les désirs charnels sont « une suite de la corruption du coeur, qui nous ayant séparés de l’amour de Dieu, a porté l’âme à vouloir remplir par la possession des créatures le vide qu’elle ressent » (Pierre Nicole, « Sur l’épître du III. dimanche d’après Pâques », § 3, dans Continuation des Essais de morale, t. 1, 1687-1688, p. 78 (t. 11 des Essais de morale à partir de 1714-1715), ils nous portent « à sortir de nous-mêmes pour remplir par la jouissance des créatures, le vide que nous trouvons en nous » (Pierre Nicole, « Sur l’épître du dimanche de l’octave de Pâques », § 1, dans Continuation des Essais de morale, op. cit., p. 1 (t. 12 des Essais de morale à partir de 1714-1715).
Le vide qu’ils décrivent, c’est l’état du cœur séparé de Dieu. Le cœur du chrétien, en revanche, retrouve une plénitude : « Dieu remplit l’âme et le cœur de ceux qu’il possède » (Blaise Pascal, Pensées, frag. 490.) Aussi Nicole exhorte-t-il son lecteur à « vider le cœur pour le remplir ».( Pierre Nicole, « Sur l’évangile du Ier dimanche de carême », § 6, dans Continuation des Essais de morale, op. cit., t. 1, p. 93 t. 10 des Essais de morale à partir de 1714-1715 ). »
- Béatrice Guion -
Titre : De l’abandon à la méditation : représentations de l’espace intérieur à Port-Royal
Revue : Études littéraires
Numéro : Volume 34, numéros 1-2, Hiver 2002. « Espaces classiques »
Tous droits réservés © 2002 Université Laval
08:15 Ecrit par . dans Réflexion | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : Relidion, Christianisme, Jansénisme |




































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Commentaires
Calvin a, décidément, fait plus de mal qu'on ne le croit au Catholicisme...
Bien à Vous...
@)>-->--->---
Ecrit par : Nebo | lundi, 25 juin 2007
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