lundi, 07 mai 2007

ENTRETIEN AVEC THIERRY JOLIF

 
 
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Nous avons souhaité interroger notre ami Thierry Jolif, écrivain, musicien, fondateur de l'entité musicale Lonsaïmaïkov, porteur d’un message d’exigence et de vérité ; il nous parle donc avec une grande sincérité de lui et de ses goûts, de son parcours non conventionnel, de ses amours également, et de ses grandes orientations, en peinture, musique, littérature ou poésie.Ce petit entretien ne cherche pas à dévoiler un être, prétention déplacée et vaine d’autant que nous cultivons plutôt, ici-même, en une sorte de principe fondamental depuis que nous avons ouvert ces pages, un certain art particulier de l’intime et de l’intériorité, mais à rendre mieux et plus transparent à l’authentique « Lumière » de la Vérité l’expression d’un bel enthousiasme et d’une communicative espérance envers les mystères secrets de la « sainte quête » transcendante, unique pour chacun d’entre nous, visant à l’union indicible dans la contemplation silencieuse, mais non dénuée d’une brûlante et dévorante passion du Verbe.


Merci beaucoup à Thierry Jolif d’avoir accepté de répondre à nos questions.



A l'âge où notre soif d'absolu éclate aux yeux du monde, passiez vous des journées entières dans les arbres, ou bien étiez-vous un rat de bibliothèque?

Ni l'un ni l'autre à dire vrai ! ou peut-être un peu des deux, disons que, peut-être je lisais quelques rares livres dans de trop rares arbres ... mais je ne cherchais, à ce qu'il m'en souviens, ni la vérité ni l'absolu, seulement une voie pour "exprimer" ce que je ressentais comme une différence. A 13 ans j'errais dans le système clos et sombre de l'Education Nationale avec un livre de Nietzsche dans la poche, je me rappelle agacer mes camarades d'ennui programmé en répondant à leurs questions par des citations tirées "au hasard" de "Par-delà bien et mal", ensuite il y eu pêle-mêle Villiers de l'Isle Adam, Jean Lorrain, J-K Huysmans, Barbey d'Aurevilly, Richard Wagner, Beethoven, Strauss, Léon Bloy, Pierre Loti, Pierre Louys, Witold Gombrowicz ... tout ce qui ne s'étudiait pas en classe, il fallait toujours que je cherche une "ligne de démarcation" et ceci m'emmenait toujours plus loin, trop loin peut-être aussi car, à une éducation chrétienne très simple et classique il me fallut opposer quelque chose de "plus" (ce devait être un plus me semblait-il) ... alors il y eu le dadaïsme, le surréalisme (cela "calmait" un peu l'angoisse de mes professeurs - ce qui aujourd'hui me confirme dans l'intuition naissante alors qu'il est des "révoltes" stériles et programmables ...), puis le futurisme, l'occultisme (Crowley et quelques autres ...).

Malgré tout, avec le recul, je peux dire que, malgré mes tentatives de le faire "taire", toujours la "voix-voie" du Christ restait présente, même dans les instants les plus rageurs et obscurs de la "révolte", une petite, une infime certitude restait présente, comme un tout petit sillon, ténu, mais qui semblait indiquer que, quoique je fasse, quoique qu'il advienne, je pourrais, bon gré mal gré, faire retour, me retourner vers Ce qui m'a fait, Ce qui me fait, Celui qui m'a fait ... Par la suite les "choses" n'ont eu de cesse que de s'affiner, j'ai souvent dit qu'en tout domaine, vraiment, l'idée d'évolution ne m'agrée pas !! je préfère voir les différentes "étapes" de la vie comme une lame qu'on aiguise ... alors voila les éléments se sont décantés, affinés, aiguisés ... les arts, la musique, la pensée (religieuse, métaphysique, poltique) tout cela se mêle à la musique pour faire advenir ce qui est, il existe vraiment tout un processus d'intuition, d'incantation, de "décantation", de solution et de coagulation, de précipitation, des idées parfois montées "très haut" se solidifient, font masse et atteignent leur point critique, le Logos est véritablement un "Feu", verba ignis, et "l'intuition intellectuelle" est mon seul guide, les erreurs me sont imputables, les "réussites" à Elle/Lui, il y a l'intuition et sa transcription, sa "translation" dans le monde créé, par un médium, une tablette et un stylet, "je" joue les deux rôles ...jusqu'à ce que le silence s'impose
, et c'est là le seul véritable "but", que le silence d'or pur et de feu se fasse ...

Qu'elles étaient vos lectures, vos musiques, vos peintres, vos penseurs ... qui ont nourit votre imaginaire?

Plein !! Sérieusement j'en ai cité déjà quelques uns ... certains demeurent d'autres non. Julius Evola fut d'une importance conséquente, et puis ... René Guénon aussi, Ananda Coomarwaswamy, Eliade, à côté de quelques autres ils m'ont construits et se sont, en quelque sorte, inscrit, en moi, dans mon "travail", leurs travaux à eux m'ont "élaborés" et se sont résorbés...; et puis William Blake, Chesterton, Mishima, Artaud, Meyrink ... j'ai lu assez peu de "philosophes" et je n'en ressens toujours pas l'appel ...
Picturalement les choses sont moins "tracées", l'image m'a toujours un peu rebutée (malgré des études audiovisuelles ...) j'ai eu quelques "coups de foudres", toujours assez brefs étant plus jeunes ... Gustave Moreau (en même temps que Mallarmé en poésie, m'a passé assez vite, une "varicelle" romantique ...), Odilon Redon, plus longtemps, Egon Schielle ... mais le travail de Pierre Soulages ou celui de Malévicth ont je crois laissé une forte empreinte !! enfin je crois ...



Qu'elle est votre formation initiale?

Aucune, a part un parcours chaotique dans le chemin étriqué de l'éducation obligatoire et quelques années d'études en audiovisuelle, mais je me suis toujours nourri d'expériences (positives ou négatives), de conflits et d'intuition ...


Tradition et musique "moderne" un étrange alliage, non ?

Non, pas vraiment ! Le Christ est la Tradition, et le Christ fait chaque chose nouvelle, Il renouvelle toute chose et les transfigure ! J'aime beaucoup, et j'accorde une grand importance, à ce terme forgé par Dante : "transhumaner" ! Le compositeur britannique John Tavener (dont le travail est d'une grand importance pour moi) disait, en substance : "L'homme peut faire les sons les plus horribles qu'il veut, sur des instruments ou avec sa voix, il ne peut créer une seule chose nouvelle, seul le Christ le peut", il dit aussi "La musique c'est de la métaphysique liquide" ...

Le modernisme en tant qu'idéologie est une chose atroce et abjecte, mais la modernité ne doit pas en elle-même nous effrayer, elle fait partie du "processus" né de la Chute, elle est une de ces "sur-imposition" conséquence de l'état déchue, elle nous masque le monde déjà transfiguré par l'Incarnation et la Résurrection du Christ ! La modernité est constitutive de notre état actuel qui dispose de toutes les potentialités de la "déification" et qui continue pourtant à la rejeté au profit de la chair, des passions, du monde ...
Finalement toute "réaction traditionaliste" est immanquablement "moderne", voire, moderniste ...je veux dire qu'elle impose une certaine "contamination", c'est un paradoxe inévitable mais tout Grand Oeuvre est un paradoxe expliqué par le paradoxe (G.K Chesterton avait la-dessus une phrase merveilleuse, qui m'échappe à l'instant), l'Incarnation n'en est-elle pas une "preuve" magnifique ... ?
Faire de la musique "moderne" cela signifie pour nous contaminer celle-ci tout en nous en libérant, en la brûlant ... comme nous avons brûlé certaines "idoles" dans nos travaux précédents en mêlant notre intérêt pour les cultes antiques et l'ésotérisme chrétien à nos chansons.

Le seul véritable but c'est d'atteindre au silence, musicalement et spirituellement, paradoxalement, encore, cela pourrait ce faire en faisant le maximum de bruit !! Et bien sur nous ne parlons pas du silence artificieux d'un John Cage, mais plutôt, comme le souligne souvent et justement Sir John Tavener, en atteignant certains limites de "l'audible" ...
 
Finalement en déroutant toutes les règles la modernité en musique permet d'envisager un "a rebours" du Fiat Lux ...

(A suivre)
 
 
 
http://lonsaisongs.blogspirit.com
www.myspace.com/lonsaimaikovskingdom

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Commentaires

Dites-donc, La Charbinière, on a toujours l'impression que vous et vos amis vous trinquez dans des calices et vous couchez dans des linceuls ! Assurément vous êtes plus près de Malévitch ou de Mallarmé que de l'abbaye de Thélème ou même de Bloy.

Ecrit par : Lapinos | mercredi, 21 février 2007

Impression qui n'est peut-être pas fausse à l'évidence, l'ayant également parfois ressentie à la lecture des notes de ce Blog.

Mais dites moi, n'est-ce pas préférable Lapinos, au fait d'avoir l'arrière train mouillé par l'herbe de votre terrier, en raison de l'urine que vous y déposez tout au long de vos lassantes journées ?

Chacun son décors en effet, que voulez-vous la vie est ainsi faite et il convient de l'accepter...

Ecrit par : @@@ | mercredi, 21 février 2007

Comment comprendre les mystères secrets de la « sainte quête » lorsque l'on est marxiste?

Ecrit par : Arlette | mercredi, 21 février 2007

Mais c'est justement parce que je suis au ras des pâquerettes que Marx me plaît beaucoup, sa perspective historique, et ce clair-obscur dialectique !

J'avoue que la quête du Graal ou du trèfle à quatre feuilles, ça n'est pas trop ma tasse de thé. Oserais-je l'avouer, je crois que je préfère même "Sacré Graal" des Monthy Pythons à Chrestien de Troyes…

Ecrit par : Lapinos | jeudi, 22 février 2007

Les commentaires parlant plus de soi que du sujet sont hélas la monstration flagrante d'un comportement de consommateurs d'idées...

Diantre, les artistes ont une pensée personnelle, certains feraient bien d'en prendre de la graine.

Ecrit par : Vagabond | samedi, 24 février 2007

De ce point de vue vous faites exactement la même chose en venant ici distribuer votre petite science Vagabond.


Contribuez concrètement à l'enrichissement du débat par des propositions argumentaires, ensuite tancez vos contradicteurs si cela vous chante !

Ecrit par : @@@ | samedi, 24 février 2007

La consommation excessive d'idées contribue-t-elle au réchauffement climatique ?
À part ça je vote pour l'alliance avec l'Allemagne, puissance pas si étrangère que ça aux brumes romantiques de La Charbinières, contre l'envahissement des feuilletons yankis vulgaires.

Ecrit par : Lapinos | dimanche, 25 février 2007

Tiens ! Un orthodoxe en entrevue sur "La Question". C'était le temps avant que Zak et sa horde ne prennent possession des lieux pour y étaler leurs culs serrés. Zak, son nom est Légion.

Ecrit par : Betelgeuse | dimanche, 09 août 2009

Erreur Betelgeuse, l'austérité sévère de date pas de l'arrivée de Zak (qui d'ailleurs sévit sur la Question depuis presque le début), voyez le jugement du Lapin à l'époque déjà :

"Dites-donc, La Charbinière, on a toujours l'impression que vous et vos amis vous trinquez dans des calices et vous couchez dans des linceuls ! Assurément vous êtes plus près de Malévitch ou de Mallarmé que de l'abbaye de Thélème ou même de Bloy."

Lapinos - mercredi, 21 février 2007

Ecrit par : Falk | dimanche, 09 août 2009

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