samedi, 22 avril 2006

Autour du carré noir de Malévitch

Je me propose ici de vous présenter un texte à portée philosophique qui prend le peintre Malévitch comme point d’ancrage et exemple privilégié. Max Lector, son auteur, a par ailleurs écrit trois ouvrages. Le plus ancien, Apesanteur est un journal métaphysique, une sorte d’ovni littéraire proche de la poésie surréaliste en prose. Le flux d’une pensée qui sonde les ténèbres et parfois traverse des îlots de lumière brute. Seuls les presbytes ne peuvent pas voir la mort de près est un roman qui relate le parcours à la fois tragique, humoristique et baroque d’un petit tueur à gage dont la rédemption passera par la pratique artistique. Mélange biscornu de genre policier et fantastique.
Les deux ouvrages précédents ne sont en vente que sur le net via l’éditeur en ligne Manuscrit.com http://www.chapitre.com/frame_rec.asp?sessionid=614159472...
système alternatif qui n’équivaut certainement pas un éditeur traditionnel.

Son dernier roman achevé Carré noir - pour lequel il cherche donc en priorité un éditeur - revendique, à l’instar du précédent, une influence essentiellement baroque. Il y est question en particulier d’un écrivain en manque d’inspiration (…) qui va entrer en contact avec un étrange groupe, la loge du carré noir… Ses membres suivent une forme d’enseignement inspiré du suprématisme, le mouvement philosophico - pictural fondé par le peintre Ukrainien Kazimir Malévitch (1878-1935).
Le suprématisme vise à créer une peinture absolument non objective. C’est à dire une peinture qui ne cherche pas à représenter les objets de la nature, de la réalité… Malévitch s’intéresse plus au rapport qui s’instaure entre les signes et cette réalité. Il vise le « zéro des formes » ou encore l’origine même de l’existence et de l’Etre. Démarche illustrée entre autre par son fameux quadrangle noir représentant un carré noir sur un fond blanc.
L’élève dissident de Malévitch (là commence la fiction) à l’origine de la fameuse loge s’inspira à son tour du suprématisme pour faire reculer encore d’avantage les limites de l’abstraction dans l’art en fondant le trans-nihilisme, une nouvelle approche qui pousse ses partisans à expérimenter des techniques de stimulation de la créativité quelque peu extrêmes comme le héros et narrateur du roman l’apprendra à ses dépens.


La quête poursuivie par Malévich et ses continuateurs étant universelle, elle conduira l’écrivain déstabilisé sur les chemins d’autres chercheurs d’exception attirés eux aussi par cette fameuse source. Le savant Nikola Tesla et son concept « d’énergie au niveau zéro » qui rêve d’alimenter la planète entière depuis une source d’électricité inépuisable ou encore le psychanalyste iconoclaste Wilhelm Reich qui en étudiant les mécanismes de l’orgasme découvre l’orgone et tous ces inventeurs plus ou moins pittoresques et allumés qui tentent de poursuivrent les travaux restés inachevés des pionniers précédemment cités.


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Une terre « céleste », ou un mystère plus profond encore…

 

 

 

 

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Les questions soulevées par Malévitch sont fascinantes et profondément philosophiques. Les artistes savent depuis longtemps que l’art ne consiste pas à représenter, reproduire la réalité ou du moins ce que, justement, l’œil trivial dénué de sens poétique nomme telle. Jusqu’où est-il possible de pousser cette recherche de la peinture non objective, préconisée dans le suprématisme, paraît une question pertinente et nous évoque également un lien avec la pensée de Heidegger. Ne pas penser, ou ne pas représenter sur une toile les choses, les objets, ces simples « étants », c’est sans doute se rendre plus ouvert à l’Etre par lequel ses objets sont ce qu’ils sont mais qui, bien sûr, ne peut se confondre avec aucun d’entre eux, ni même avec leur totalité dénombrée.

Utiliser un élément très concret (plus que les mots en particulier), comme la peinture pour parvenir à se hisser jusqu’au sommet de l’abstraction, voilà une démarche des plus séduisantes. Comme on ne peut quand même pas ne rien représenter du tout, l’artiste qui opte pour cette démarche va, sans doute, s’attacher au détail, à l’épuré, au « presque rien », à l’infiniment petit et discret… Mais, au même titre que la physique quantique dévoile une vision du monde où les règles les plus élémentaires de la mécanique classique concernant le temps et l’espace sont bouleversées, ce simple changement d’échelle, au niveau sensible et même éthique (orienter son regard sur ce qui « normalement » n’évoque que l’indifférence voir le mépris. Ce qui a priori n’est que résidu, forme du minimum de détermination, tache ou souillure, chaos…), ce changement de regard donc, ouvre sur une autre perception du monde (celui des choses), sur un « ailleurs extrême » dont la densité d’Etre est traversée toute entière par l’infini dans tous les sens du terme



Malévitch a aussi, parfois, attiré l’attention sur un autre point important. Se détacher du monde familier des choses c’est également accepter de confronter son regard au vide à l’absence et peut-être à la mort.

« La composition est fondée sur la conjonction d’éléments, de la sensation de vide, de solitude et de désespoir dans la vie »


écrit Malévitch au dos d’une de ses toiles intitulée Pressentiment complexe
Cela nous rappelle le rôle que Heidegger attribue à l’angoisse. Sentiment qui, à la différence de la peur, n’a pas d’objet. L’angoisse est une peur du Rien, du néant, néant d’ « étants » et, par conséquent, elle constitue un sentiment privilégié pour se qui relève d’une certain compréhension de l’Etre constitutive de l’étant humain (le fameux Dasein). L’artiste se doit de convertir son regard, de l’épurer en faisant le deuil d’un certain nombre de préjugés fondateurs de la société. Ces préjugés, ces filtres, sont d’ordre esthétique mais aussi, bien souvent, d’ordre moral.

Pour les bonnes mœurs, il vaut mieux ne pas s’attarder non seulement sur ce qui est dérisoire, insignifiant, inutile, sans valeur marchande, mais aussi sur ce qui, directement ou indirectement, pourrait choquer, déranger, évoquer trop péniblement la souillure, la dégénérescence, le monstrueux et la mort.
Il est essentiel que l’artiste adopte une attitude amorale, au-delà du bien et du mal (pour finir peut-être d’ailleurs par trouver un autre lieu de partage plus authentique du bien et du mal). Cette attitude est d’ailleurs de plus en plus souvent incomprise par un public avide de « télé-réalité » pour qui le champ spécifique de l’expression artistique se réduit à une simple reproduction de ce qu’il juge être la seule réalité…
Nous l’avons dit, à la pensée de la représentation, l’artiste cherche à substituer une pensée créatrice. Créatrice de ses propres objets qui, du coup, n’en sont plus mais deviennent, privés de leurs déterminations de simples choses, de véritables mondes. Car si ce qui est déterminé et limité n’est jamais qu’une partie du monde existant (celui des « étants », des choses) seul l’infini qui éclôt de la désintégration de l’objet peut générer une œuvre véritable, c’est à dire un monde, dont l’essence est d’être interprétable à l’infini.

Une œuvre d’art suggère toujours, il me semble, un sentiment « d’ailleurs extrême » et, en même temps, il n’est jamais question d’une fuite de la réalité dans quelque arrière monde nébuleux, dans une rêverie où la lucidité se dissoudrait. Bien au contraire, plus l’artiste excelle à dépeindre avec précision le monde qu’il crée, plus s’éveille en lui une forme d’aurore nouvelle des sens, une « hyper- conscience ».
Il y a un bon et un mauvais ailleurs en quelque sorte. Un bon ou un mauvais « trip » dirait peut-être le « junkie »… Ce que le philosophe Gilles Deleuze appelle la « déterritorialisation ». Il n’y a plus référence à un autre plan hiérarchiquement plus élevé qui donnerait sens (Les « Idées » platoniciennes) mais exploration au-delà des frontières habituellement posées par la pensée rationnelle (les catégories de la raison), par synthèses disjonctives d’éléments apparemment impossibles à réunir car l’art est, essentiellement, un pensée du paradoxe. Non seulement au-delà du bien et du mal, mais de toutes les formes de dualités (le cas du surréalisme est riche d’enseignements à ce sujet…).
Il met en jeu une forme de pensée à la lisière entre conscient et inconscient, une pensée qui ne relève pas de la simple émotion esthétique mais qui raisonne suivant des règles différentes de la raison ordinaire, du langage discursif propre à la conscience de veille non initiée à ce mystère. (Voir l’excellent ouvrage de Ehrenzweig, L’ordre caché de l’art).

Ecoutons encore une fois à ce propos Kazimir Malévich :

« Nous avons atteint au rejet de la raison, mais nous avons rejeté la raison en nous appuyant sur le fait qu’une autre raison a grandi en nous – par comparaison avec celle que nous avons rejetée, nous pouvons l’appeler au-delà de la raison – qui, elle aussi, est régie par une loi, une construction, un sens et ce n’est qu’en la comprenant que nous atteindrons une œuvre fondée sur la loi de cet « au-delà de la raison.»

(Lettre à Matiouchine, juillet 1913).


L’idée de cheminement, de mouvement qui trace une ligne de fuite vers un horizon toujours ouvert. Vitesse absolue (mouvement en soi et non relativement à un repère fixe) de la pensée créatrice au lieu d’un itinéraire conduisant forcément d’un point de départ à un point d’arrivée. L’espace de l’art ne fonctionne pas selon ces normes téléologiques héritées de la philosophie grecque, ou du moins les transforme, à sa manière, car la volonté de recherche persiste. Un peu comme le tireur à l’arc zen dont l’objectif n’est pas forcément d’atteindre la cible, mais l’est aussi malgré tout…

On pourrait dire de l’artiste qu’il vise un absolu perpétuellement décentré. Une origine qui est enracinée dans une terre elle-même mouvante (le rhizome deleuzien ?), une terre céleste (et toute terre à y regarder de plus loin est forcément céleste…), qui dérive dans la nuit noire de l’inconscient ou peut-être d’un mystère plus profond encore. Sûrement…
Max Lector
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Illustration

Kazimir Sévérinovitch Malévitch
Pressentiment complexe ( 1928-32)
Huile sur toile 99 x 79 cm
State Russian Museum, St. Petersburg
1885517172.jpg
Malevich for “Victory over the Sun”

22:55 Ecrit par . dans De l'art, Réflexion | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : peinture, art, critique | | |  Facebook

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Commentaires

Très belle description de la quête et de la vision du Maître.
Beaucoup apprécié
Sa recherche de l'absolue simplicité, du tout premier sens, épuré, musical ou mathématique, touche encore les élèves de collège et les intrigue...
C'est pourquoi il est bon de savoir en parler. Il peut encore ouvrir des portes, des cerveaux, des cages mentales et virtuelles...

Ecrit par : Dominique CORTI-BA | mercredi, 09 janvier 2008

Dommage que mon article figure sur ce site de bigots mongoliens.

Ecrit par : Max | dimanche, 23 novembre 2008

Dommage que cet article d'un mongolien non bigot figure sur ce site.

Ecrit par : Hire | dimanche, 23 novembre 2008

Si la comtesse de mes couilles savait écrire elle pourrait éviter de remplir son blog de merde avec les articles des autres (auxquels, en plus, elle ne comprend rien). Evidemment ça serait un peu vide.

Ecrit par : Le mongolien | lundi, 24 novembre 2008

Si le mogolien de mes couilles savait écrire il aurait pu éviter de remplir sa note de merde avec les articles des autres (auxquels, en plus, il ne comprend rien). Evidemment ça serait un peu vide.

Ecrit par : Hocking | lundi, 24 novembre 2008

Si c'est une note de merde, qu'est-ce qu'elle attend alors pour l'enlever? Abruti.

Ecrit par : Max | lundi, 24 novembre 2008

Peut-être qu'Isabelle a perdu la clé!
C'est embêtant tout de même; vous allez pourrir dans les caves du château.

Ecrit par : Le commis | lundi, 24 novembre 2008

Si c'est une note d'Abruti qu'est-ce qu'elle attend pour chasser cette merde ?

Ecrit par : Hocking | lundi, 24 novembre 2008

A mon avis c'est une punition!
Elle va le laisser enfermé dans les caves jusqu'à la fin des temps!

Comme ça, il aura tout le temps pour penser:
Mon Dieu quel abruti j'étais, d'avoir écris une merde pareille!

Tout le monde entendra ces gémissements et l'on dira de lui:
C'était le pauvre Max! Il avait écrit un article de merde! Le grand nigaud, au lieu d'être discret il était revenu dire à tout le monde: Regardez!! j'ai écrit une note de merde!

Alors, la comtesse l'avait puni pour son insolence et son imprudence!

Ecrit par : Le commis | lundi, 24 novembre 2008

Max L (si c'est bien vous) je m'étonne d'un langage aussi morne, une boue sans pétillements. Et puis, auriez-vous leprojet de "réguler" la pensée des artistes?( mettez Balthus survos fiches!). De quel artiste je parle? Mais de Dame Isabelle de la charbinière voyons...l'abominable entité qui règne sur les nauséeux "bigots"! (c'est sa peiture d'abord qui devrait vous intéresser )Bon :d'1, ça fait longtemps que l'auteur de ce blog s'intéresse à Malevitch (ainsi qu'aux futuristes d'ailleurs). C'est de plus, resoulignons, un peintre -ce qui devrait rentrer en ligne de compte; elle a peut-être quelques idées sur la peinture et une ou deux raisons (grund) de s'y connaître en art... allez savoir. Ca n'est ps votre génie universellement reconnu, juste qql expos permanentes mais bon, soyez généreux.
Après ça, réduire toute la Question à un blog de bigots c'est franchement petit et surtout complétement à côté de la plaque. On y a parlé de Plotin, d’Heidegger, (de Sohrawardi !) on y recherche ce que peut être devenir le logos johanique dans l’universelle dissolution conteporaine (dissolution du sens), on y parle de Debord et de Bataille ! Ce n’est pas très éthique de juger en 5 minutes,sur un coup d’œil zappeur tant de contributions et de commentaires. L'Heidegger du Chemin de campagne s'intéressait bien à Eckhart qui en passionne certains ici. Souffrez qu'on continue cette interrogation (à notre pauvre niveau, certes, tout le monde n'atteint pas vos sommets conceptuels), et qu’on ose penser que la Question-Dieu n’est pas si close que cela. Regardez L’Idole et la distance de Marion, il en pose très bien la modernité.Votre réfutation me passionerait.
Quand Heiddy s'interroge sur l'Origine de l'œuvre d'Art, il en arrive à interroger la notion même d’interprétation (ce qui rejoint ce qu’il écrivait dans E&T en 1,1 sur l’ère du questionnement et sa nécessité) et de manière passionnante, il pose la question de l’essence de l’art même, donc de l'etre de l'art. Hors il n’est pas insupportable pour l’esprit de lier la question de l’être à la question de celui qui se définit précisément par l’Etre : « Je suis celui qui est » ( ça m’avait toujours frappé, fasciné même, ce rapprochement mais je croyais accoler deux « concepts » par trop dissemblables. J’ai eu le plaisir de voir que Paul Ricoeur avait été happé par ce rapprochement et n’avait pas hésité à poser la question à Heidegger -qui s’est soigneusement tu. Moralité : n’ayez pas peur de penser et d’avoir un peu confiance en vous !-ah elle est belle l’humilité !)
Et puis Malevitch -du peu que j’en ai lu- n’évacue pas Dieu comme ça. Loin de là ! Andrei Nakov dans sa préface aux « Ecrits de Malevitch » (Coll. Ivra, Champ libre) voit même dans le peintre un spiritualiste avant tout, « un peintre de la contemplation mystique ». Et vu les connaissances du bonhomme Nakov vous ne pouvez pas glisser ça sous le tapis d’un pied discret. On se souviendra aussi de Kandinsky et de son ouvrage « Du spirituel dans la peinture » dans lequel il explique que l’abstraction provient d’une nécessité intérieure et d’une intuition de Dieu. Nier que la quête de Malevitch soit spirituel ferait plus que frôler l’écorniflage intellectuel (ou le manque de connaissance et/ ou de moyens). J’irai même jusqu’à dire qu’il est légitime de tirer un parallèle entre le Rien Malevitchien et le Nada de S Jean de la Croix ! ( oui, c’est extrême, mais àprès tout, si on se souvient que Dieu et le Rien doivent en quelque sorte fusionner sous le regard enfin atteint de l’inobjectivité (et il bien évident que le Rien malevitchien n’a...rien à voir avec le rien du lexique;) on pourrait soutenir que c’est l’Etre enfin vu d’une manière inobjective . « Je me suis métamorphosé en zéro des formes » déclare Malevitch (après le Carré blanc sur fond blanc ? ), et il est loisible -et encore une fois légitime- d’y voir une résurgence de la mystique négative.Comme évidemment dans toute sa démarche Briser toute mimésis, en venir à une assomption du vide, ce n’estpas sans répercutions métaphysique.

« Cet étant que nous sommes chaque fous nous-mêmes et qui a, entre autres possibilités d’être, celle de questionner, nous lui faisons place dans notre terminologie sous le nom e Das sein » (E&TI, 1 p.31 Gall-il y a la trd d’Emmanuel Martineau sur la toile) - La Question,ce blog si infâme à vos yeux plein de compassion, c’est précisément cette possibilité du Das sein d’interroger. Il n’y pas ici de pensée unique -les chocs et controverses le prouvent. J’ai regret que vous ayez, comme un vulgaire indic’ de n’importe quelle épicerie totalitaire, nié toute possibilité de pensée en noyant l’altérité sous un slogan. En vous privant du dialogue avec un peintre -et de quel qualité (depuis que nous nous connaissons -et le temps file !-Isabelle sait que j’aime profondément ses toiles que je crois pouvoir échapper à l’accusation de flagornerie. Sinon…Tant pis) vous vous amputez d’une bien belle rencontre. « Bigots » -que vous aimez les préjugés, la « pensée » d’Epinal oui,la pensée chromos (marci à Bardamu pour le substantif "chromo").
Et puis, enfin, un peu d’urbanité ne fait pas de mal dans les rapports humains…( on ne pourra certes pas dire que vous cherchez la flatterie. De là à tomber dans l’impolitesse... Et si vous saviez combien la Dame des lieux est intéressée par de si diverses pensées ! Sur ce coup, c’est un peu vous le bigot, soi dit sans méchanceté. Ca n’en vaut pas la peine, tant il me semble qu’il y a méprise au fond.A mpins que vous ne vous revendiquiez laïciste primaire, le genre de type pour qui Eckhrt, SJean de la Croix, Clément d'Alexandrie ou S. Augustin (voir Rûmi Sohrawardi, Attar) sont de faux penseurs, des "inutiles". DAns ce cas...

Ecrit par : Restif | lundi, 24 novembre 2008

Retif> vous vous n’êtes pas un mongolien c’est sûr (on peut appeler ça un compliment oui). Contrairement aux trois autres gnomes qui se sont exprimés plus haut et qui feraient mieux de retourner dans leur cour de récréation. Du coup je me demande un peu qu’est-ce qui vous attire sur ce blog ?
Je trouve d’ailleurs votre commentaire très intéressant. Le problème est simplement que, globalement, je ne me reconnais pas du tout dans les idées, ou plutôt les croyances, qui semblent être souvent véhiculées sur ce blog. Si ça n’était que des gens comme vous ça changerait tout, mais je n’ai malheureusement pas l’impression que ça soit le cas.
J’ai proposé à Isabelle des charbinières cette note au début de son blog quand il me paraissait encore intéressant et moins intégriste, mais maintenant elle refuse de l’enlever et ne répond même pas aux mails. C’est quand même un peu malhonnête et ridicule, d’autant qu’elle a repris la première partie du texte à son compte en rajoutant au début "je vous présente etc… " Elle n’a donc exprimé aucun avis personnel, que ce soit sur mes livres ou sur Malévitch.
Ca n’est donc pas moi qui veux réguler la pensée de qui que ce soit (manquerait plus que ça !) si ce n’est la mienne !
De plus, souligner, comme vous le faites, les liens plus ou moins conscients entre l’œuvre de Malévitch et la pensée spécifiquement religieuse n’a rien d’absurde, je suis tout à fait d’accord. Simplement ça n’était pas du tout le sujet de mon article qui explorait plutôt une interprétation opposée, notamment en soulignant l’aspect anti-platonicien d’une certaine démarche artistique hors de la pensée de la représentation (le caractère non objectif souligné par le peintre). Seul l’expression malheureuse dans ce contexte " une terre céleste " peut porter à confusion. De toute façon ça n’était même pas le problème. Je ne suis pas hostile à la réflexion sur la spiritualité (terme ultra ambigu…) mais plutôt à l’absence d’esprit critique occulté par le recours quasi névrotique aux textes religieux.
(Je lirai vos autres notes à l’occasion, puisqu'il y a au moins une personne intéressante sur ce blog)

Ecrit par : Max L | lundi, 24 novembre 2008

Max L -
Et bien je me suis sans doute pressé de donner un avis sans connaître le dessous des cartes. C’est à mettre sur le compte de l’amitié que je voue à Isabelle de la Charbinière. Je ne pense pas -à lire sa présentation- qu’elle vous ait voulu du mal, mais bon… je me mêle de ce qui ne me regarde point, mille pardons. Pour le Blog, je vous dirai que la Question est ce que ses contributeurs en font. Le fait même qu’un texte tel que le votre intéresse est la preuve qu'il y a plus d'une tendance sur ce blog et qu'ony est curieux. C’est vrai qu’il y a eu ces derniers mois une inclination vers une approche du religieux pour le moins sévère. Derrière une plume puissante que j’estime beaucoup, une plume amie que je défends tant elle est porteuse de richesse, certains se sont reconnus… (il me semble d’ailleurs qu’il y a parfois méprise, mais c’est le sort des auteurs à succès), et ça a suffit pour déterminer un courant. Aux commentateurs de donner un coup de barre vers l'Ailleurs! A part quelques coms qui m’ont infligé des désagréableries, j’ai pu m’intéresser à des points de vue parfois différents. Enfin, que vous dire... il n’y pas tant de blogs ou l’on parle des sujets que j’ai déjà énuméré (ésotérphénoménologie,gnose etc) Ici je peux rapprocher Heidegger de Plotin, j’ai même pu me risquer en gnosticisme shiite (une approche superficielle, simple petite présentation et qui m’a valu quelque hostilité -mais aussi de précieuses défenses ! ) Et puis je sais que d’autres voix ne demandent qu’à réapparaitre : à peine la philosophie ressort que les voilà qui pointent. Quant à moi, je différencie, en démarche de pensée (je n’ose écrire philosophique) mon approche du religieux via l’incarnation -domaine de la foi pure, domaine intime où je puis m’affronter à mes doutes, à mon saut personnel dans l’ absurde Kierkegaardien -ou simple rappel de Tertullien- je différencie cela de l’interrogation sur Dieu en tant que Nous ou être ou …Rien. La toutes les questions sont possibles, et lz Dionysos de Nietzsche peut cotoyer Pascal.

Mais venons en à votre texte qui mérite qu’on s’y arrête. J'ai été précisément intéressé par cet aspect anti-platonicien que vous souleviez. J'ai hélas peu de temps mais... bon, ce n’est qu’un com et vous me pardonnerez bien le décousu et l’inintéressant) Je veux juste dire que cette idée -cette expérience - de briser toute référence à un plan supérieur à travers l’acte de peindre est passionnante. Cela devient praxis, métamorphose et du geste artistique et du vécu sur lequel il se détache. Les démarches ontologiques et artistiques se confondent. Se vouer à une peinture qui vise au détachement, qui bouscule les points de vue et cherche à les faire basculer vers un "ailleurs extrême", c’est bien retrouver une démarche "spirituelle ",le mot étant évidemment éloignée de toute amalgame saint sulpicien. Conversion du regard, démarche au delà du bien et du mal, ce sont là des perspectives qui me rappellent La lettre du Voyant de Rimbaud. Là aussi il s’agit de dépasser tous les dogmes, de concasser les données du monde pour les transmuer en un pont vers l’ « ailleurs ». Or il est intéressant de savoir que Rimbaud toucha la Russie avec le symbolisme précisément vers la première décade du XXème siècle. Un Blok, un Biely les découvrent à cette époque . C’est la période de l’Age d’argent. Or on découvre précisément à cette époque les écrit d’un Berdiaev qui dans son ouvrage "la Philosophie de la liberté" de 1911 parle d’un crise de la philosophie qu’(il questionne : "En quoi consiste cette crise ? Toute la philosophie contemporaine – ultime résultante de toute la philosophie moderne – a découvert sa fatale impuissance à connaître l’être, à relier à l’être le sujet connaissant. Et même plus : cette philosophie a provoqué la suppression de l’être, (…) elle a entraîné le sujet connaissant dans un royaume de spectres." L'influence d'un Soloviev mort en 1900 est importante.
André Biely écrira, dans "la Magie des vocables" ( 1910), :
"La parole créée est une parole incarnée (la parole est chair), et dans ce sens elle est active ; le symbole en est la chair vivante de l’homme." (voir l’article de Floence Corrado « Représentation de la russie à l’âge d’argent : Vladimir Ern et la pensée du logos ».
On voit les rapprochements qu’il est possible d’opérer entre cette tentative de créer une parole active, dépassant justement la simple représentation et l’expérience Malevitchienne. Je le crois -avec toute la puissance de son originalité - inséparable de ce courant capital qui habite la Russie à cette époque. Brussof et Merejkovski étudient Philon d’Alexandrie, Plotin, les néo-platoniciens et les gnostiques. Malevitch baigne dans cette ambiance. Hélas je ne connais pas assez le cercle de ses amis, mais quand on sait combien les idées circulaient chez les poètes et artistes russes...L’appartement de Merejkovski et de sa femme -véritable muse de l’âge d’argent- Zinaïda Hippius- fut un carrefour de rencontres… C'est l'époque de Bediaev, Boulgakov, Rozanov, Biely, qui cherchent pour certainsà dépasser le christianisme, à yintégrer la pensée rosicrucienne (celle de l'Académie Florentine,celle d'Hermes Trismegiste. La gnose) . Il ne s’agit aucunement de réduire la singularité malevitchienne, mais de le voir sans son paysage, dans ce splendide paradigme qui fait de l’âge d’argent (brisé par la guerre et terreur bolchévique-Malevitch ne sera-t-il pas torturé ?-)
Je dois hélas m’arrêter là. Il est vrai que je suis déjà bien long. Pourtant,j'aurai aimé étayé davatage ce que j'indique; j’eusse aimé à interroger votre présentation de l’angoisse que je trouve riche de sens. Je poursuivrai plus tard ! (quand à mes autres textes sur la Question, j’ai peur que vous ne soyez déçu. J’ai tendance à m’avancer sans toujours faire montre d’une rigueur conceptuelle parfaite. J’opère des rapprochements, j’essaye de mettre des fils en contact, en évitant l’arbitraire bien sûr, en croyant profondément à mes rapprochements. Mais il faudrait des pages… et l’erreur, assurément, ne demande qu'à se glisser. Vous êtes brut de décoffrage Max L (jene parle pas de votre pensée), assurément, mais vous avez du jus. Vous donnez une nourriture qui met en appétit. Et vous avez l’air libre par rapport aux regards et opinions. Et je ne vous passe pas le séné, non, c’est simplement que c’est vrai. (Spiritualité, terme ambigue, oh combien! Assurément. Mais que dire? On doit savoir qu'une spiritualité n'entraîne pas forcémnt l'adhésion à un dieu ayant fait l'homme à son image. Bataille peut-être une spiritualité.n'ayez crainte, je ne crois pas me servir des mots pour réduire etemprisonner la pensée!
"

Ecrit par : Restif | mardi, 25 novembre 2008

Max écrit : "elle refuse de l’enlever et ne répond même pas aux mails". Il faut dire que la façon dont cet idiot formule ses demandes et ses e.mails est d'une telle repoussante délicatesse que l'on ne s'étonne pas qu'IdC ne dédaigne pas lui répondre. Si j'étais à sa place je ferais exactement comme elle.

Ecrit par : Lydt | mardi, 25 novembre 2008

Restif> je ne connaissais pas André Biely et ça m’a l’air très intéressant et énigmatique. Votre analyse m’ouvre d’ailleurs des perspectives plutôt stimulantes.
Heureusement que vous les faites, ces rapprochements conceptuels. C’est bien ce métissage des idées qui nourrit la pensée et la passion qui la porte, il me semble. Tous ce que détestent les esprits sectaires religieux ou, aussi parfois, universitaires !(et évidemment privés d’humour)
Vous devriez créer votre propre blog. Ca ne nécessite aucune connaissance particulière en informatique et vu la longueur, mais surtout la richesse de vos seuls commentaires, vous n’auriez pas de mal à le remplir sans avoir à chercher les articles des autres…
Si vous le faites en tout cas prévenez-moi je viendrai voir ça et j’apprendrai sûrement beaucoup de choses.
P.S : j’ai lu votre note sur l’ésotérisme chiite. C’est un peu trop pointu pour moi en terme d’histoire des religions, mais certains des commentaires reflètent vraiment tout ce que je trouve gerbant sur ce blog. L’érudition au service d’une pensée cadenassée (autant dire morte).

Ecrit par : Max L | mercredi, 26 novembre 2008

Ah M L je m’en va vous regretter ! Je comprends ce qui peut vous faire fuir e ce blog, j’abuse moi-même parfois (trop souvent !) d’un écœurant bavardage qui tranche sur des questions finalement hallucinantes pour la pensée. Mais quoi, ce ne sont que des commentaires, on jouit aussi un peu des mots. L’espace d’unephrase, on se prendrait presque pour Heidegger…Et puis reconnaissons qu’il est difficile d’entamer certains débats sans tomber dans l’abstrus. Un rappel à plus de simplicité aurait cependant pu nus faire du bien et votre voix manquera…Mais enfin vous êtes franc du collier, le blog ne vous plait pas, vlam ! la porte se referme.
Comme je suis heureux que ce soit Bielyï qui vous ait le plus tapé dans l’œil ! On a traduit ses romans à l’âge d’Homme mais… ses textes philosophiques, ses poèmes, hélas, que de travail il reste à faire. Grâce à mon épouse (Russe) j’ai pu lire des traductions uniques faites pour ses recherches.
Je tiens juste à vous dire que la philo m’est un territoire, au fond, assez éloigné. A vrai dire, c’est plutôt la littérature qui m’intéresse, laphilo est là pour me donner à penser . Ma note sur la gnose schiite n’a rien de transcendant. C’était un essai, et je comprends très bien que le sujet n’intéresse guère. Merci pour l’encouragement à bloguer. Je passe hélas par des phases de procrastination telles… Mais bon, je pense qu’ayant distribué des notes aux 4 coins de la blogosphère je vais un jour les reprendre. Certains amis les liront 2 fois mais bah, ils devraient en avoir oublié les ¾ et les éventuels passants les découvriront. Si un jour je créé mon petit coin (mais un boulot important à finir d’abord) je vous promets de vous en prévenir en votre propre province . Au cas où ça vous intéresserait,je vous indique avec le plus éhonté des sans gène un des mes coms plus fouillis que fouillé mais littéraire. Je le donne parce que dans le deuxième paragrpahe de cette trop longue impro je touche à la représentation, (c’est le première fois que je me permets cette horrible impudeur de publicité mais bon…puisqu’il faut donner l’adresse…que vous m’avez encouragé…et puis ça a si peu d’importance). http://incarnation.blogspirit.com/archive/2008/10/27/publicite-visionnaire1.html (Je dois être le 8ème com avant la fin. Le plus niagaresque...)Je vous rendrais, plus que certainement visite un de ces jours. Un déclenchement et hop!
Et bonne chance avec la faune éditoriale
(Ps j’avais cru pouvoir étudier votre »concept d’angoisse à la lumière Kierkegaardienne et puis…Je me suis aperçu que ça ne collait pas du tout. Par contre, accessoirement, j’ai rencontré cette essai de Dubuffet sur Céline dans lequel il écrit « La littérature à cent ans de retard sur la peinture. (…) La littérature est figée, prise en gelée (…)Or c’est dans l’art la forme qui détermine toute l’action de l’œuvre. C’est quand elle [ la littérature] s’avisera de s’inventer de nouveaux corps -comme l’a fait la peinture- qu’elle verra ce que sont des positions d’esprit vraiment nouvelles.(…) L’art est une affaire de formes. » Et dubuffet d’ajouter que seul le Céline de Féérie et Normance à atteint au moderne. (Cahier de l’Herne Céline). Evidemment -et c’est là où je me demande si la frontière écriture/peinture n’est pas décisive -il y a, comme l’avait vu Foucaud, une « étrange attitude à l’égard du langage [qu’il existe dans l’écrit] que ] un excès nécessairement non formulé de la pensée que le langage à laissé dans l’ombre ». La peinture et particulièrement celle d’un Malevitch,ne laisse pas,je crois, même impression. Peut être parce que l’écriture a partie lié avec l’Ecriture (ou poèsie-logos au sens grec ou Heideggériens, encore une fois je n’enferme pas ce type de problématique. Il y a tant de tristesse dans l’enfermement…)
Merci de la discussion. A vous revoir chez vous!

Ecrit par : Restif | jeudi, 27 novembre 2008

Restif> Je n’ai trouvé aucun de vos propres commentaires abstrus et justement ça me paraît une très très bonne idée de les utiliser dans un premier temps pour remplir votre futur blog !! Ainsi vous gagnerez beaucoup de temps (la chronophagie du net est un de ses pires défauts) et un plus grand nombre de lecteurs pourront en profiter.

Une fois de plus vous relevez un sujet passionnant. J’aimerais beaucoup lire cet article de Dubuffet. Effectivement la création de la forme me paraît un des éléments essentiels de l’art, que ce soit en peinture ou en littérature. Un roman sans style (ce mot pris dans un sens non technique, mais comme synonyme d’une forme innovante et spécifique à un auteur et à sa personnalité profonde qu’il utilise pour exprimer un contenu ou un autre) ne me semble pas relever de la littérature, par exemple. Evidemment c’est très subjectif…
Pour ce qui différencie la littérature de la peinture, je n’aurai pas tout à fait le même point de vue. Cet « excès non formulé » du langage me paraît un élément propre à tous les autres arts et donc aussi à la peinture. C’est même cet abîme sans fond d’informulé, il me semble, qui fait d’une œuvre son caractère d’univers à part entière.
Par contre la matière première de la littérature, le langage, a cette spécificité, contrairement à la peinture ou à la musique, d’être à la fois le véhicule de l’expression artistique (poésie, littérature) et aussi celui de la pensée purement discursive et rationnelle.

J’ajoute que je place moi aussi la littérature bien avant la philosophie. Et comme vous le relevez dans votre article sur Don Quichotte, (qui m’a foutrement donné envie de le relire !) il me semble à moi aussi que son champ d’exploration est plus vaste que la philosophie qui (même si elle me fascine) court toujours le risque de marcher sur une seule jambe, celle de l’hyper-rationalité, néanmoins poussée jusque dans ses retranchements et donc amenée à vaciller un peu au bord ses ultimes frontières.
A bientôt, sur des terres virtuelles moins mornes et plus accueillantes ;-)

Ecrit par : Max L | dimanche, 30 novembre 2008

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