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dimanche, 16 avril 2006

Le sens de la Croix

medium_ph_de_champaigne.2.jpgRôle fondamental du sacrifice chez Joseph de Maistre

En considérant les bénéfiques effets, pour l’ensemble de l’humanité, du divin sacrifice de la Croix, nous remarquons sans peine que cette notion occupe une place non négligeable dans l’œuvre maistrienne, et ce d’autant plus que son universelle et tenace présence dans toutes les sociétés humaines depuis les plus lointaines origines indique assez bien l’aspect fondamental de son rôle dans le cadre de l’économie particulière qui présida au devenir de toute les institutions religieuses et politiques.

Maistre, à ce sujet, dans ses nombreuses et fécondes réflexions, remarquera très vite l’énorme place de la violence dans l’histoire du monde, mais, à la différence de certains penseurs de l’antiquité païenne, il lui apparaîtra évident que le christianisme a introduit sur ce point une donnée radicalement nouvelle, apte à fournir précisément un « éclaircissement » prodigieux concernant les mécanismes de compensation intervenant dans l’accomplissement des rites sacrificiels.
Certes, et Maistre le souligne, le sacrifice se trouve bien à la base de « toute espèce de culte, sans distinction de lieu, de temps, d’opinions ou de circonstances » (Eclaircissement sur les sacrifices, ch. I), toutefois pense-t-il, c’est dans le sacrifice sanglant du Calvaire qu’est ouverte et proposée à tous pour la première fois depuis la Chute une authentique voie de régénération spirituelle. Jésus fait homme, par sa mort consentie et assumée, libère pour toujours les créatures du péché, son sang est versé pour la Rédemption du genre humain, son sacrifice devient le moyen merveilleux du salut offert gratuitement à tous. « La grande victime, élevée pour attirer tout à elle, cria sur le Calvaire :

TOUT EST CONSOMME !

Alors le voile du temple étant déchiré, le grand secret du sanctuaire fut connu, autant qu’il pouvait l’être dans cet ordre des choses dont nous faisons partie. Nous comprîmes pourquoi l’homme avait toujours cru qu’une âme pouvait être sauvée par une autre, et pourquoi il avait toujours cherché sa régénération dans le sang. » (Soirées, IXe Entretien.) La force expiatoire de la souffrance sanglante des innocents payant pour les coupables, explique la place importante occupée par le sacrifice au cœur de l’histoire humaine. Par sa soif visible d’actes terrible, son appétit d’effroyables cruautés, le monde exprime rageusement, dans l’accomplissement d’une incompréhensible et insoutenable violence, son désir de rachat.

Le genre humain, marqué par les souillures de la génération, expie d’âge en âge, dans une étrange solidarité de condition, le forfait de ses premiers parents. La grande énigme, bien souvent révoltante, de la réversibilité des peines, trouve son explication dans l’unité humaine, liée solidairement depuis l’origine par le péché et la Chute. Ainsi justes et criminels, ensemble, sont engagés dans le même fleuve de l’histoire, partagent la même condition et communient à la même et identique loi.
Maistre nous rappelle ce mécanisme mystérieux de la réversibilité des peines lorsqu’il démontre que le christianisme est fondé sur ce principe : « On se demande quelquefois à quoi servent ces austérités terribles, pratiquées par certains ordres religieux, et qui sont aussi des dévouements ; autant vaudrait précisément demander à quoi sert le christianisme puisqu’il repose tout entier sur ce même dogme agrandi, de l’innocence payant pour le crime. » (Considérations, ch. III.)



Le monde est donc soumis à une loi d’équilibre, une loi de compensation qui voit le mal combattre le mal, le mal transformer en un bien supérieur une nature déchue, faire du crime et de la mort des moyens de salut. Il importe, à ce titre, de comprendre que la Rédemption se poursuit à travers les siècles. Bien que le Christ soit mort pour tous, il n’a pas changé la condition des êtres. La mort du Sauveur, « si elle nous restitue le droit d’entrer en possession de l’héritage perdu, ne nous dispense pas des conditions nécessaires pour le reconquérir. Le fidèle membre du Christ, doit collaborer avec Lui, et les mérites de tous les justes ajoutés, quelque faibles qu’ils soient relativement à ceux du Sauveur, forment un trésor dont l’Eglise est l’éternelle dépositaire. L’effort purificateur se poursuit sans relâche. Le Bien travaille à extirper le Mal. Les souffrances restent toujours proportionnelles aux vices, l’humanité attend le jour où la volonté divine sera faite sur la terre comme au Ciel. (...) Le manteau du blanc cavalier apocalyptique continuera à être taché de sang, jusqu’au jour où le Prince de ce Monde rentrera dans l’abîme. En attendant la fin des temps actuels, qui doivent être précédés d’une recrudescence de calamités, car « l’iniquité s’étant accrue, l’amour se refroidira », la terre continuera à boire les sang des êtres... » (E. Dermenghem, Joseph de Maistre mystique, La Colombe, 1946, pp. 217-218.)

Cette domination constante au sein du monde de la rigoureuse puissance de la violence, du crime et de la mort, de la guerre, qui accompagne depuis toujours l’histoire des hommes, en donne un exemple pour le moins saisissant. Elle apparaît bien comme une sorte de « modalité » spécifique de la loi universelle du sacrifice, du dogme de la réversibilité des peines et des souffrances. Maistre en quelques lignes le démontre très clairement : « Il n’y a pas dans tout le monde spirituel une plus magnifique analogie, une proportion plus frappante d’intentions et de moyens, d’effet et de cause, de mal et de remède. Il n’y a rien qui démontre d’une manière plus digne de Dieu ce que le genre humain a toujours confessé, même avant qu’on le lui eût appris : sa dégradation radicale, la réversibilité des mérites et l’innocence payant pour le coupable, et LE SALUT PAR LE SANG. » (Eclaircissement, ch. III.)
 
 


Illustration:
 
Le Christ mort sur sa Croix
Phillipe de Champaigne
Musée de Grenoble.

00:05 Publié dans Le sens de la Croix | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : réflexion, métaphysique, philosophie |  Imprimer | | | | | Pin it!

Commentaires

Pour mieux saisir la pensée de Joseph de Maistre, je recommande la lecture des pensées instinctives de Cioran: "Essai sur la pensée réactionnaire : à propos de Joseph de Maistre" ouvrage court et incisif.

Écrit par : Cadichon | mercredi, 26 avril 2006

Pour info, le traité sur les sacrifices de De Maistre est téléchargeable librement ici : http://issuu.com/gdelacoste/docs/maistre-eclaircissementsurlessacrif

Écrit par : Gédé | lundi, 26 mai 2014

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